L’Encyclopédie/1re édition/OR

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OR, s. m. aurum, sol, (Hist. nat. Minéralogie & Chimie.) c’est un métal d’un jaune plus ou moins vif ; sa pesanteur surpasse non-seulement celle de tous les autres métaux, mais encore de tous les autres corps de la nature ; elle est à celle de l’eau environ dans la proportion de 19 à 1. L’or est fixe & inaltérable dans le feu, à l’air & dans l’eau ; c’est de tous les métaux celui qui a le plus de ductilité & de malléabilité ; quand il est pur, il est mou, flexible & point sonore ; les parties qui le composent ont beaucoup de ténacité ; lorsqu’on vient à rompre de l’or, on voit que ces parties sont d’une figure prismatique & semblables à des fils. Il entre en fusion un peu plus aisément que le cuivre, mais ce n’est qu’après avoir rougi ; lorsqu’il est en fusion, sa surface paroît d’une couleur verte, semblable à celle de l’aigue marine ; dans cette opération, quelque long & quelque violent que soit le feu que l’on emploie, il ne perd rien de son poids.

De toutes ces propriétés, les Chimistes concluent que l’or est le plus parfait des métaux ; il est composé des trois terres ou principes que Beccher regarde comme la base des métaux, savoir le principe mercuriel, le principe inflammable & la terre vitrescible, combinés si intimement & dans une si juste proportion, qu’il est impossible de les séparer les unes des autres. Voyez Métaux. C’est pour cela que les anciens Chimistes l’ont appellé sol ou soleil, & ils l’ont représenté sous l’emblème d’un cercle. C’est aussi à ce métal que les hommes sont convenus d’attacher le plus haut prix, ils le regardent comme le signe représentatif le plus commode des richesses.

Jusqu’à présent on n’a point encore trouvé l’or minéralisé, c’est-à dire dans l’état de mine, ou combiné avec le soufre ou l’arsenic ; il se montre toujours dans l’état métallique qui lui est propre, & il est d’un jaune plus ou moins vif en raison de sa pureté, c’est ce qu’on appelle de l’or vierge ou de l’or natif. Ce métal se trouve dans cet état joint avec un grand nombre de pierres & de terres ; il y est sous une infinité de formes différentes qui n’affectent jamais de figure réguliere & déterminée. En effet, il est tantôt en masses plus ou moins considérables, tantôt en grains, tantôt en feuillets, tantôt en filets & en petits rameaux ; tantôt il est répandu dans les pierres, les terres & les sables en particules imperceptibles.

La pierre dans laquelle on trouve l’or le plus communément, c’est le quartz blanc & gris, & on peut le regarder comme la matrice ou la miniere la plus ordinaire de ce métal. Wallerius & quelques autres minéralogistes ont prétendu qu’il se trouvoit aussi dans le marbre & dans de la pierre à chaux, mais cette idée n’est point conforme à l’expérience : il y a lieu de croire que les mines d’or de cette espece ont été faites à plaisir & dans la vûe de tromper des connoisseurs superficiels. C’est donc dans le caillou ou dans des pierres de la nature du caillou que l’or se trouve le plus ordinairement ; on en rencontre aussi dans la pierre cornée qui est une espece de jaspe : cependant on trouve de l’or quelquefois dans des minieres beaucoup moins dures, & même dans de la terre, comme nous aurons occasion de le dire. C’est mal-à-propos que l’on donne le nom de mines d’or à ces sortes de pierres, puisque l’or, comme nous l’avons déja remarqué, s’y trouve sous la forme & sous la couleur qui lui sont propres, & sans être minéralisé. Il y a cependant en Hongrie une mine que l’on nomme mine d’or couleur de foie, dans laquelle quelques auteurs prétendent que l’or est comme minéralisé, on la dit fort rare, & Henckel paroît douter du fait, peut-être que l’or qui s’y trouve y est répandu en particules si déliées que l’œil ne peut point les appercevoir.

Quoique l’on n’ait point encore trouvé d’or dans l’état de mine, on n’est point en droit de nier absolument qu’il soit impossible que ce métal se minéralise ; en effet, suivant la remarque de M. de Justi, quoique le soufre ne puisse point se combiner avec l’or, l’arsenic ne laisse pas de pénétrer ce métal, & le foie de soufre, qui est une combinaison de soufre & de sel alkali fixe, agit très-puissamment sur l’or : d’où il conclud que, comme nous ignorons toutes les voies que la nature peut employer dans ses opérations, il ne faut point se hâter d’établir des regles trop générales. Tout ce qu’on peut dire, c’est que jusqu’à présent on n’a point trouvé de mine d’or proprement dite.

On trouve des particules d’or mêlées accidentellement avec des mines d’autres métaux ; c’est ainsi qu’en Hongrie on rencontre du cinabre qui contient quelquefois une quantité d’or assez considérable, qui non-seulement s’y montre en petites paillettes ou en filets, mais encore qui y est mêlé, de façon que l’œil ne peut point l’appercevoir. Il y a aussi en Hongrie une espece de pyrite, que l’on appelle gelft ou gilft, dont quelques-unes donnent à l’essai, suivant M. de Justi, une ou deux onces d’or au quintal ; il ajoute que la même chose se voit dans des pyrites qui se trouvent dans la mine d’Adelfors en Suede, ce qui contredit le sentiment du célébre Henckel, qui prétend dans le xij. chapitre de sa Pyritologie, que les pyrites ne contiennent jamais une certaine quantité d’or, & que celui qu’on en tire, y a été produit dans l’opération que l’on a faite pour le tirer. Outre cela, on trouve encore de l’or, dans quelques mines d’argent, de cuivre, de plomb, & sur-tout dans des mines de fer qui semble avoir une affinité particuliere avec ce métal précieux.

L’or se trouve le plus communément dans plusieurs especes de terres & de sables ; il y est répandu en masses qui pesent quelquefois plusieurs marcs, mais le plus souvent il est en paillettes & en molécules de différentes formes & grandeurs ; quelquefois ces particules ressemblent à des lentilles, & ont été arrondies par le mouvement des eaux qui les ont apporté dans les endroits ou on les trouve ; quelquefois elles sont recouvertes de différentes terres & de substances qui masquent leur couleur d’or, & le rendent méconnoissable. Il y a des auteurs qui prétendent qu’il est très-rare de trouver du sable qui ne contienne point quelque portion d’or ; c’est sur cette idée qu’est fondé le travail que le fameux Beccher proposa aux Hollandois, & qu’il commença même à mettre en exécution ; il consistoit à faire fondre le sable de la mer avec de l’argent, pour unir à ce métal l’or contenu dans ce sable que l’on pouvoit ensuite séparer part le départ. Voyez Beccheri minera arenaria perpetua. Cependant il paroît que ce procédé doit difficilement fournir assez d’or pour payer les frais du travail.

Il est certain qu’un grand nombre de rivieres charrient des paillettes d’or avec leur sable ; c’est une vérité dont on ne peut point douter. Cependant quelques-unes de ces rivieres en charrient une plus grande quantité que les autres ; c’est ainsi que chez les anciens le Pactole étoit fameux pour la quantité d’or qu’il rouloit avec ses eaux ; le Tage a aussi été renommé par cet endroit. Le Rhin, le Danube, le Rhône &c. en fournissent une assez grande quantité. Dans l’Afrique, dans les Indes orientales & dans l’Amérique, plusieurs rivieres roulent une très grande quantité d’or avec leur sable, & celui qui contient de l’or, est communément mêlé de particules ferrugineuses, attirables par l’aimant.

Plusieurs auteurs ont prétendu que les pays les plus chauds étoient les plus propres à la production de l’or, mais il ne paroît point que la chaleur du soleil contribue plus à la génération de ce métal qu’à celle des autres : en effet, on trouve des mines d’or fort abondantes en Hongrie & en Transylvanie, on en trouve aussi, quoiqu’en petite quantité, dans la Suède, dans la Norwege, en Sibérie, & dans les pays froids & septentrionaux ; plusieurs rivieres de France & d’Allemagne en roulent avec leurs sables, & l’or qui s’y trouve doit avoir été détaché des montagnes & des filons des environs, d’où l’on voit que l’or se trouve dans des pays froids ; néanmoins il faut avouer que le métal ne s’y rencontre point en aussi grande abondance que dans les climats les plus chauds. En effet, on trouve des mines d’or très-abondantes dans les Indes orientales ; c’est ce pays qui, suivant toute apparence, étoit l’ophir d’où Salomon tiroit ce métal précieux, & comme nous l’avons remarqué à l’article Mine, on y donne encore dans les Indes le nom d’ophir à toute mine d’or. L’Afrique est remplie de mines d’or ; c’est sur-tout du Sénégal, du royaume de Galam & de la côte du Guinée, appellée aussi Côte-d’or, qu’on en tire la plus grande quantité ; les habitans ne se donnent point la peine d’aller chercher l’or dans les montagnes, & de le détacher des filons qui le contiennent, ils se contentent de laver la terre & le sable des rivieres qui en sont remplis ; & c’est de-là qu’ils tirent la poudre d’or qu’ils donnent aux nations européennes en échange d’autres marchandises, dont ils font plus de cas que de ce métal qui fait l’objet de notre cupidité.

Les relations des voyageurs nous apprennent que dans certains cantons du Sénégal & du royaume de Galam tout le terrein est rempli d’or, & qu’il n’y a simplement qu’à gratter la terre pour trouver ce métal. Les endroits les plus riches de cette contrée sont les mines de Bamboue & de Tambaoura, près de la riviere de Gambie, ainsi que celles de Nattacon, de Nambia & de Smahila, qui sont à environ 30 lieues du fort de S. Joseph de Galam.

Personne n’ignore la prodigieuse quantité d’or que les Espagnols ont tiré depuis plus de deux siecles du Nouveau-Monde ; c’est sur-tout l’envie de se mettre en possession de l’or des Américains, qui leur a inspiré tant d’ardeur pour faire la conquête de cette riche contrée, & depuis ils n’ont cessé d’y puiser des richesses incroyables. C’est le Pérou, le Potosi & le Chily qui en fournissent la plus grande quantité. L’or s’y trouve, soit par filons, soit par masses détachées & en particules de différentes formes mêlées dans les couches de la terre, & souvent à sa surface. Les Espagnols nomment Lavaderos les terres qui contiennent de l’or, & dont on tire ce métal par le lavage ; souvent ces terres ne paroissent point au premier coup-d’œil en contenir ; pour s’en assûrer, on fait des excavations dans ces terres, & l’on y fait entrer les eaux de quelque ruisseau ; pendant qu’il coule, on remue la terre, afin que le courant d’eau la délaye & l’entraîne plus facilement ; lorsqu’on est arrivé à la couche de terre qui contient de l’or, on détourne les eaux, & l’on se met à creuser à bras d’hommes, on transporte la terre chargée d’or dans un lieu destiné à en faire le lavage, on se sert pour cela d’un bassin qui a la forme d’un soufflet de forge ; on fait couler l’eau d’un ruisseau rapidement par ce bassin, afin qu’il délaye la terre & en détache l’or qui y est mêlé ; on remue sans cesse avec un crochet de fer ; on sépare les pierres les plus grossieres, & l’or par sa pesanteur tombe au fond du bassin parmi un sable noir & fin, qui est vraissemblablement ferrugineux. M. Frézier, auteur d’un voyage de la mer du Sud, d’où ces faits sont tirés, présume avec raison qu’en procédant avec si peu de précautions il doit se perdre beaucoup de particules métalliques qui sont emportées par l’eau ; il remarque que l’on préviendroit cette perte, si on faisoit ce lavage sur des plans inclinés garnis de peaux de moutons, ou d’une étoffe de laine velue & grossiere, qui serviroit à accrocher les petites particules d’or. Voyez l’article Lavage. De cette maniere on découvre quelquefois dans ces terres des masses d’or, que les Espagnols nomment pépitas, qui souvent pesent plusieurs marcs ; on prétend qu’il s’est trouvé dans le voisinage de Lima deux de ces masses ou pépites, dont l’une pesoit 64 marcs & l’autre 45, voyez Pépitas ; mais communément il est en poudre, en paillettes, & en petits grains arrondis & lenticulaires. Pour séparer l’or du sable ferrugineux, avec lequel il est encore mêlé : après ce premier lavage, on le met dans une sébille ou grand plat de bois, au milieu duquel est un enfoncement de trois ou quatre lignes, on remue ce plat avec la main en le tournant dans une cuve pleine d’eau, on lui donne des secousses au moyen d’un tour de poignet ; de cette maniere ce qui étoit resté de terre & de sable, étant plus léger s’en va par-dessus les bords du plat ; tandis que l’or, comme beaucoup plus pesant, reste dans le fond où on le voit paroître sous sa couleur naturelle & en particules de différentes figures, qui n’ont pas besoin d’un travail ultérieur. Cette maniere de tirer l’or de la terre est moins couteuse & moins laborieuse que lorsqu’on travaille un filon, & que l’on détache l’or de la pierre dure qui lui sert de miniere ou d’enveloppe. La terre qui est chargée d’or est ordinairement rougeâtre, & forme une couche mince à la surface ; à 5 ou 6 piés de profondeur, elle est mêlée d’un sable grossier, & c’est là que commence le lit ou la couche qui contient de l’or ; au-dessous de cette couche est un banc pierreux bleuâtre, comme d’une roche pourrie, ce banc est parsemé d’une grande quantité de petites particules luisantes que l’on prendroit pour des paillettes d’or, mais qui ne sont réellement que des particules pyriteuses. En allant au-dessous de ce banc de pierre, on ne trouve plus d’or. Voyez le voyage de la mer du Sud de M. Frézier. L’on voit par ce récit que ces mines d’or ont été formées par les torrens & par les inondations qui ont arraché l’or des filons, où il étoit contenu, pour le répandre dans les couches de la terre. Voyez l’article Mine. L’on doit attribuer la même origine à l’or qui se trouve répandu dans le sable des rivieres, dont nous avons parlé plus haut. Cependant Beccher a cru que cet or du sable des rivieres y avoit été formé ; sentiment qui ne paroît point du tout vraissemblable. L’or qui se trouve dans les couches de la terre, ainsi qu’à sa surface, comme au Sénégal & dans le royaume de Galam en Afrique, paroît y avoir été apporté par les rivieres considérables qui arrosent ces contrées.

A l’égard de l’or qui se trouve dans des filons suivis, & enveloppé dans le quartz, il en coûte beaucoup plus de peines & de dépenses pour l’obtenir : d’abord il faut pour cela creuser & fouiller dans les montagnes, ensuite il faut détacher avec beaucoup de travail la miniere de l’or, qui est quelquefois extrèmement dure ; après quoi on est obligé de l’écraser & de la réduire en poudre. On se sert pour cela au Chily & dans les autres parties de l’Amérique espagnole, de moulins que l’on nomme trapiches. M. Frézier dit qu’ils ressemblent à ceux dont on se sert en France pour écraser les pommes lorsqu’on en veut faire du cidre ; ils sont composés d’une auge ou d’une grande pierre ronde de cinq ou six piés de diametre, creusée d’un canal circulaire profond de dix-huit pouces. Cette pierre est percée dans le milieu pour y placer l’axe prolongé d’une roue horisontale posée au-dessous, & bordée de demi-godets, contre lesquels l’eau vient frapper pour la faire tourner : par ce moyen on fait rouler dans le canal circulaire une meule posée de champ, qui répond à l’axe de la grande roue ; cette meule s’appelle en espagnol volteadora ou la tournante ; son diametre ordinaire est de trois piés quatre pouces, & son épaisseur est de dix à quinze pouces. Elle est traversée dans son centre par un axe assemblé dans le grand arbre, qui la faisant tourner verticalement, écrase la pierre qu’on a tirée de la mine ou du minerai, qui est ou blanc, ou rougeâtre, ou noirâtre, & qui ne montre que peu ou point d’or à l’œil. Lorsque ces pierres sont un peu écrasées, on verse par-dessus une certaine quantité de mercure qui s’unit à l’or qui étoit répandu dans la roche. Pendant ce tems on fait tomber dans l’auge circulaire un filet d’eau, conduit avec rapidité par un petit canal pour délayer la terre qu’il entraîne dehors par un trou fait exprès. L’or uni au mercure tombe au fond de l’auge par sa pesanteur, & y demeure retenu. On moud par jour un demi-caxon, c’est-à-dire 25 quintaux de minerai ; & quand on a cessé de moudre, on ramasse cette pâte d’or & de mercure, ou cet amalgame que l’on trouve au fond de l’endroit le plus creux de l’auge ; on la met dans une toile pour en exprimer le mercure autant qu’on peut ; on l’expose ensuite au feu pour dégager ce qui reste de mercure uni avec l’or, & l’on appelle l’or qu’on a obtenu de cette façon or en pigne, voyez. Pour achever de dégager entierement cet or du mercure dont il est imprégné, on le distille dans de grandes rétortes ; & quand le mercure en a été entierement séparé, on le fait fondre dans des creusets, & on le met en lingots ou en lames. Ce n’est qu’alors qu’on peut connoître son poids & son véritable titre ; ce titre varie, & tout l’or qui se trouve n’est point également pur, ce qui vient du plus ou du moins d’argent ou de cuivre auquel il est uni. Voyez voyage de la mer du Sud, par M. Frézier. Voyez nos Pl. de Métal. & leur explic.

A l’égard des mines d’Hongrie, les principales sont à Schemnitz & à Kremnitz ; on y détache l’or du filon, & l’exploitation se fait de même que celle de toutes les autres mines, c’est-à-dire, on y descend par des puits, on y forme des galeries, &c. Voyez l’article Mine. La roche ou miniere dans laquelle l’or est enveloppé, est ou blanche, ou noire, ou rougeâtre : on l’écrase sous des pilons, on en fait le lavage ; & comme cette mine contient des matieres étrangeres, on la mêle avec de la chaux vive & avec des scories, & on la fait fondre dans un fourneau. On passe la masse qui a résulté de cette fonte encore par un feu de charbon pour la purifier.

Quant à l’or qui se trouve dans les rivieres, on l’obtient en lavant le sable de leur lit ; on choisit pour cela les endroits où la riviere fait des coudes, où ces eaux vont frapper avec violence, & où il s’est amassé du gros sable ou gravier. Ceux qui s’occupent de ce travail se nomment orpailleurs ; ils commencent par passer ce sable à la claie, afin de séparer les pierres les plus grossieres : on met ensuite le sable qui a passé, dans des grands baquets remplis d’eau ; on jette ce sable avec l’eau sur des morceaux de drap grossier ou sur des peaux de mouton tendues sur une claie inclinée : par-là l’or, qui est ordinairement en particules très fines, s’attache avec le sable le plus fin aux poils du drap ou de la peau de mouton, que l’on lave de nouveau pour en séparer l’or & le sable. Pour achever ensuite la séparation de l’or d’avec le sable auquel il est joint, on en fait le lavage à la sebille, c’est-à-dire dans une écuelle de bois dont le fond est garni de rainures ; on l’agite en tournoyant ; le sable qui est plus leger, s’en va par dessus les bords de la sebille, tandis que l’or reste au fond. L’or que l’on obtient de cette maniere est quelquefois très-pur, quelquefois il est mêlé avec de l’argent ou du cuivre.

Après avoir examiné la maniere dont l’or se trouve dans sa mine, & la maniere dont on l’en tire, nous allons examiner ses propriétés physiques & ses différens effets dans les opérations de la Chimie.

Nous avons dit dans la définition de l’or, que sa couleur étoit jaune, mais elle est quelquefois très pâle, ce qui annonce qu’il est mêlé de beaucoup d’argent. Il y a même des auteurs qui ont prétendu qu’il y avoit de l’or blanc, & il y a apparence qu’on a voulu désigner par-là de l’argent chargé d’une très petite portion d’or. Au reste on a aussi donné le nom d’or blanc à la substance que les Espagnols ont appellée platina del pinto. Voyez Platine.

Quelques chimistes ont prétendu blanchir l’or au moyen d’un esprit de nitre qu’ils appellent philosophique ou bézoardique, dans lequel il y a de l’antimoine ; mais M. Rouelle observe avec raison que ce dissolvant n’est autre chose qu’une eau régale qui a conservé une portion de l’antimoine qu’elle avoit dissout, & qui a contribué à blanchir cet or. Ce qui le prouve, c’est qu’en refondant cet or il reprend sa couleur jaune.

L’or est le corps le plus pesant qui soit dans la nature ; un pié cube d’or pese 21220 onces poids de Paris. De toutes les substances minérales, c’est la platine qui en approche le plus pour le poids. Voyez Platine.

Quant à la ductilité de l’or, elle est plus grande que celle d’aucun autre métal ; pour s’en convaincre, on n’a qu’à considérer le travail des Tireurs & des Batteurs d’or, qui réduisent ce métal en fils & en feuilles d’une finesse incroyable.

L’action du feu le plus violent ne produit aucune altération sur l’or. Kunckel a tenu ce métal en fusion pendant deux mois au fourneau de verrerie, sans avoir remarqué au bout de ce tems aucune diminution dans son poids. M. Homberg prétend que l’or exposé au miroir ardent s’est vitrifié, a perdu une portion de son poids, & a repris ensuite sa forme primitive, lorsqu’on eut remis cette chaux en fusion avec une matiere grasse.

L’or a beaucoup de disposition à s’unir avec le mercure ; c’est sur cette propriété qu’est fondé le travail par lequel on sépare ce métal des terres, des pierres, du sable avec lesquels il se trouve mêlé, comme on a fait voir dans le cours de cet article. C’est aussi sur ce principe qu’est fondé l’art de la dorure ou d’appliquer l’or sur les autres métaux. Voyez Dorure.

Le vrai dissolvant de l’or est l’eau régale, c’est-à-dire l’acide nitreux combiné avec l’acide du sel marin ou avec le sel ammoniac. On croit communément qu’aucun de ces acides n’agit séparément sur l’or ; cependant M. Brandt, célebre chimiste suédois, a fait voir dans le tome X. des mémoires de Stockholm, que l’eau-forte ne laisse pas d’agir sur l’or, & d’en dissoudre une partie. Voyez Régale, eau. L’or dissout dans l’eau régale, lui donne une couleur jaune ; s’il en tombe sur les mains, elle y fait des taches de couleur pourpre.

Si on précipite l’or qui a été dissout dans de l’eau régale faite avec le sel ammoniac par le moyen d’un alkali fixe, le précipité que l’on obtient s’appelle or fulminant, parce que si on l’expose à la chaleur, cet or précipité fait une explosion très-violente, & plus forte même que celle de la poudre à canon.

L’or qui a été dissout dans l’eau régale peut aussi être précipité par le moyen du cuivre ou du vitriol cuivreux, ainsi que par le mercure & le sublimé corrosif.

Quand on précipite l’or qui a été dissout par l’eau régale au moyen de l’étain, l’or se précipite d’une couleur pourpre ; c’est ce que l’on appelle le précipité de Cassius. Ce précipité est propre à entrer dans les émaux, & il est excellent pour peindre sur la porcelaine. Voyez Pourpre minérale.

L’or peut encore se dissoudre dans d’autres dissolvans que l’eau régale, mais il faut pour cela que son aggrégation ait été rompue, & alors ce métal, comme M. Marggrave l’a prouvé, peut se dissoudre même dans les acides tirés des végétaux.

La combinaison de l’alkali fixe & du soufre, que l’on nomme foie de soufre, dissout l’or au point de le rendre miscible avec l’eau commune. Sthal pense que c’est par ce moyen que Moïse détruisit le veau d’or des Israëlites.

L’or a la propriété de s’unir avec d’autres métaux, tels que l’argent & le cuivre. On fait souvent ces alliages pour lui donner plus de dureté, vû qu’il est mou lorsqu’il est pur ; quand il est allié avec de l’argent, on l’en sépare par le moyen de l’acide nitreux, qui agit sur l’argent & le dissout sans toucher à l’or, mais il faut pour cela qu’il y ait dans la masse totale trois parties d’argent contre une partie d’or. Voyez Départ & Quartation. Lorsque l’or est allié avec d’autres métaux, on l’en dégage ou on le purifie à l’aide de l’antimoine ; pour cet effet on met dans un creuset une partie d’or contre quatre parties d’antimoine crud ; on fait entrer le tout en fusion, & on le tient long-tems dans cet état. On vuidera ensuite la matiere fondue dans un cône de fer chauffé & enduit de graisse ; lorsque le tout sera refroidi, on séparera le régule ou culot des scories ; on mettra ce régule dans un creuset pour calciner l’antimoine, qui se dissipera en fumée ; on aidera la dissipation de l’antimoine en soufflant sur le mélange fondu ; lorsqu’il n’en partira plus de fumée, ce sera un signe que l’antimoine est totalement dissipé. Par ce moyen on aura de l’or parfaitement pur, parce que le soufre qui étoit dans l’antimoine crud s’unit avec les autres métaux & les réduit en scories, & l’or se combine avec le régule de l’antimoine, qui ayant beaucoup de disposition à se calciner & à se dissiper en fumée, se dégage ensuite de l’or par la calcination. Il faut observer que dans cette opération l’or souffre toujours quelque déchet, parce que l’antimoine en se dissipant en entraîne une petite portion. C’est-là la maniere la plus sûre de purifier l’or.

Ce métal se purifie encore par la coupelle ; cette opération est fondée sur ce que le plomb qui vitrifie les métaux imparfaits n’agit point sur l’or, & le débarrasse des substances étrangeres avec lesquelles il étoit mêlé. Voyez Coupelle. Enfin, l’or se purifie encore par la cémentation ; dans cette opération on réduit l’or en lames, on le stratifie dans un creuset avec un mélange composé de sel ammoniac, de sel marin, & de briques pilées ; on tient le tout pendant long-tems à un degré de chaleur qui le fasse rougir : par ce moyen on le dégage des métaux imparfaits. Voyez Cémentation.

L’or qui a été dissout dans l’eau régale, peut être précipité par le moyen d’une huile essentielle ; on n’aura pour cela qu’à la verser sur la dissolution, & l’y laisser en digestion : par là l’huile essentielle prendra la couleur d’or, & on pourra l’étendre & la faire digérer avec de l’esprit-de-vin ; c’est-là ce qu’on appelle de l’or potable. On peut se servir pour le faire de l’huile essentielle de romarin ; mais l’éther ou la liqueur éthérée de Frobénius, a sur-tout la propriété de se charger de l’or qui a été dissout dans l’eau régale. M. Rouelle regarde ce procédé comme un excellent moyen de purifier l’or, parce que tous les métaux qui peuvent être unis avec lui restent dissous dans l’eau régale, & l’éther se charge de l’or très-pur.

La dissolution de l’or dans l’eau régale, faite avec le sel ammoniac, fournit un moyen de volatiliser ce métal. Pour y parvenir, suivant M. Rouelle, on distille cette dissolution dans une cornue, jusqu’à ce que la liqueur qui reste soit devenue d’une consistance épaisse comme une pulpe ; on remet ce qui a passé dans le récipient sur ce qui est resté dans la cornue ; on réitere six ou sept fois ces distillations & ces cohobations ; alors en poussant le feu, l’or monte sous la forme de crystaux d’une couleur orangée ou un peu rouge, qui s’attachent aux parois des vaisseaux, ensuite il passe sous la forme d’une liqueur rouge. C’est cette liqueur que quelques alchimistes ont nommé le lion rouge ; ils en faisoient leur or potable en le dissolvant dans de l’esprit-de-vin ou dans une huile essentielle, & ils lui attribuoient un grand nombre de vertus merveilleuses.

M. Wallerius ayant fait dissoudre de l’or dans de l’eau régale, versa sur cette dissolution de l’éther qui ne tarda point à se charger des particules d’or qui avoient été dissoutes ; il boucha la bouteille avec soin, & trouva au bout de quelques mois qu’il s’étoit formé dans la bouteille des crystaux semblables à ceux du nitre, qui étoient d’un beau jaune d’or. Voyez les mémoires de l’académie de Stockholm, t. XI. année 1749.

La calcination de l’or a toujours été regardée comme un problème très-difficile de la Chimie, & plusieurs personnes doutent très-fort de sa possibilité, vu que l’action du feu ne peut point détruire ce métal ; on a été même jusqu’à dire qu’il étoit plus facile de faire de l’or que de le décomposer. Cependant Isaac le hollandois & le célebre Kunckel ont prétendu qu’on pouvoit réduire l’or en une chaux absolue & irréductible, en le tenant pendant trois ou quatre mois exposé au feu de réverbere, sans cependant le faire entrer en fusion ; mais il falloit pour cela avoir rompu son aggrégation. Isaac le hollandois regarde cette chaux comme le vrai sel des métaux, & prétend que l’or y est changé en une substance saline, propre à transmuer les autres métaux ; il assure y être parvenu en dissolvant cette chaux dans l’acide du vinaigre distillé. Kunckel a travaillé d’après les idées d’Isaac le hollandois, & ses expériences semblent appuyer le sentiment de cet alchimiste. En effet, après être parvenu à produire ce sel, il prétend l’avoir fait crystalliser, & ses crystaux étoient, selon lui, en fils semblables à ceux de l’amiante ; il assure de plus que ce sel est propre à transmuer le plomb en argent.

Langelot & d’autres alchimistes ont prétendu qu’en triturant l’or en grenaille dans un mortier fait exprès, avec quelques substances dont il tait la composition, cet or préparé mis en distillation dans une cornue, passe sous la forme d’une liqueur rouge qu’il n’est pas possible de réduire en or.

On a aussi tenté de décomposer l’or en le mettant en cémentation avec le lapis pyrmieson, qui est un composé d’arsenic, d’antimoine & de soufre fondus ensemble. Borrichius prétend être parvenu à mettre l’or sous la forme d’une poudre grise qui ne put plus se réduire par la fusion. Son procédé consistoit à triturer pendant long-tems l’amalgame de l’or avec le mercure dans de l’eau. Les Osiander, autres alchimistes, ont pareillement prétendu avoir mis l’or dans l’état d’une chaux irréductible, en triturant & en digérant alternativement pendant long-tems un amalgame composé de six parties de mercure contre une partie d’or.

Quoi qu’il en soit de toutes ces prétentions alchimiques, il paroît que la calcination & la décomposition de l’or demeurera toujours une opération sinon impossible, du-moins extraordinairement difficile : on peut en dire autant de la chrysopée ou de l’art de faire de l’or, dont l’avidité des hommes s’est occupée depuis tant de siecles. Voyez Hermétique, Philosophie, Pierre philosophale, Transmutation, &c.

Un grand nombre d’auteurs ont attribué à l’or les plus plus grandes vertus médicinales ; par malheur elles nous sont entierement inconnues. Suivant M. Rouelle les dissolutions d’or étendues dans l’esprit-de-vin sont apéritives ; la dissolution de ce métal dans l’eau régale est corrosive & émétique ; l’or fulminant pris à la dose de douze grains, est un purgatif. Voilà, suivant cet habile chimiste, tout ce que nous connoissons sur les vertus de l’or. Il y a lieu de croire que le remede connu en France sous le nom des gouttes du général de la Motte, est une huile essentielle qui s’est chargée d’or dissout dans de l’eau régale.

On évalue la pureté de l’or, d’après des degrés fictifs que l’on nomme karats. Lorsque l’or est parfaitement pur, on dit qu’il est à 24 karats ; s’il se trouve contenir un vingt-quatrieme d’alliage, on dit qu’il est à 23 karats, & ainsi de suite. L’or dans sa pureté parfaite est mou, & ne peut point être employé dans de certains ouvrages ; c’est pourquoi on lui joint un alliage de cuivre ou d’argent pour lui donner plus de dureté & de consistance. Suivant les ordonnances, en France il n’est permis aux ouvriers en bijouterie que d’employer de l’or à 20 karats dans les petits morceaux ; pour les grands morceaux ou pour la vaisselle, l’or doit être de 22 karats. Les Orfévres se servent de la pierre de touche pour s’assurer du degré de pureté ou du titre de l’or, c’est-à-dire pour découvrir s’il est allié ou non. Pour cet effet ils frottent l’or sur la pierre de touche, sur laquelle est ordinairement un trait fait avec de l’or très-pur pour servir d’échantillon & de comparaison ; ensuite on met de l’eau-forte sur la trace qui a été faite avec l’or que l’on veut éprouver : cette eau-forte dissout tous les métaux auxquels l’or peut être allié, sans toucher à ce dernier. Mais cette épreuve peut être trompeuse, & ne fait point connoître les métaux étrangers qui peuvent avoir été fortement dorés on enveloppés dans de l’or. Pour s’en assurer, il faut briser le lingot & l’essayer à la coupelle ou par l’antimoine.

Depuis quelques années le luxe qui rend les artistes inventifs, leur a fait imaginer des moyens pour donner à l’or différentes nuances par les alliages ; on applique des fleurs & des ornemens faits avec ces ors diversement colorés, ce qui produit une variété agréable à l’œil, mais aux dépens de la valeur intrinséque du métal qui est sacrifié à la beauté de l’ouvrage. Il y a de l’or verd qui se fait en alliant beaucoup d’argent avec l’or. L’or rouge se fait en l’alliant avec beaucoup de cuivre ; l’or blanc se fait en l’alliant avec beaucoup de fer : ce dernier est aigre & cassant, & difficile à travailler ; il seroit plus court d’employer simplement de l’argent. En changeant les proportions de l’alliage, on peut de cette façon avoir de l’or de différentes nuances. (—)

Or, (Mat. méd.) autrefois les Grecs ne connoissoient pas l’usage de l’or dans la Médécine. Les Arabes sont les premiers qui en ont recommandé la vertu. Ils l’ont mêlé dans leurs compositions réduit en feuilles. Ils croient que l’or fortifie le cœur, ranime les esprits & réjouit l’ame ; c’est pourquoi ils assurent qu’il est utile pour la mélancholie, les tremblemens & la palpitation du cœur. Les Chimistes ajoutent de plus que l’or contient un soufre fixe le plus puissant ; lequel étant incorruptible, si on le prend intérieurement, & s’il est mêlé avec le sang, il le préserve de toute corruption, & il rétablit & ranime la nature humaine de la même maniere que le soleil, qui est la source intarissable de ce soufre, fait revivre toute la nature. Geoffroy, Mat. méd.

Les Alchimistes ont retourné cet éloge de mille & mille façons, & ils l’ont principalement accordé à leur or philosophique, & plus encore à la quintessence, à la semence, à l’ame de l’or, à la teinture solaire radicale qu’ils ont regardée comme la vraie Médecine universelle.

A toutes ces vaines promesses, à toutes ces spéculations frivoles, les Théoriciens modernes ont substitué des idées plus sages, du moins plus scientifiques sur les qualités médicamenteuses de l’or. Ils ont prétendu que le plus inaltérable & le plus pesant de tous les corps étant porté avec les humeurs animales dans les voies de la circulation, étoit éminemment capable de résoudre les concrétions les plus rébelles, & de déboucher les couloirs les plus engorgés. Ils sont partisans encore d’une autre notion très-positive, savoir de la facilité avec laquelle l’or s’unit au mercure, pour avancer que ce métal étoit un bon remede pour ceux qui avoient trop pris de mercure ; car ces deux métaux, dit Nicolas Lemeri, s’unissent ensemble facilement, & par cette liaison ou amalgame, le mercure est fixé, & son mouvement interrompu. Mais autant les connoissances chimiques sur lesquelles s’appuient ces théories, sont réelles & incontestables, autant les conséquences qu’on en déduit en faveur des qualités médicinales de l’or, sont précaires & chimériques : aussi les Médecins raisonnables ne croient-ils plus aujourd’hui aux admirables vertus de l’or, quand même ils pensent qu’on peut le porter dans les voies de la circulation, réduit en un état de très-grande division. Ainsi les feuilles d’or ne leur paroissent servir qu’à l’élégance dans la confection alkermès, la confection hyacinthe, la poudre de perles, la poudre réjouissante, la poudre pannonique, &c. L’extinction de l’or rougi au feu dans des liqueurs aqueuses que Fr. Burrhus employoit, au rapport de Borrichius & de Juncker, contre les palpitations du cœur, & quelques autres maladies, leur paroît une pure charlatanerie.

Le vitriol de sel, c’est-à-dire le sel retiré de la dissolution de l’or par l’eau régale, auquel plusieurs auteurs ont attribué une qualité purgative, vermifuge, roborante, analogue à celle du vitriol de mars, est un remede peu éprouvé, à peine connu.

L’or fulminant a été recommandé aussi dans l’usage intérieur, comme un excellent diaphorétique, spécialement propre pour la petite-vérole ; mais Konig, professeur de Médecine à Basle, Daniel Ludovic & Boerhaave assurent que l’or fulminant est plutôt un purgatif dangereux. Au reste, le vitriol solaire & l’or fulminant n’agissent point par les qualités propres à l’or : leur vertu dépend essentiellement des matieres salines auxquelles il est joint dans ce sel neutre qui contient de l’acide par surabondance, & dans ce précipité qui participe de toutes les substances acides & alkalines qui ont été employées à sa préparation. Voyez Sels neutres métalliques, sous le mot Sel & Précipité.

Le seul remede tiré de l’or qui soit aujourd’hui en usage, est une liqueur huileuse chargée d’or par une espece de précipitation, & qui est connue sous le nom d’or potable ou teinture d’or, dont on trouve la préparation dans toutes les pharmacopées & les chimies médicinales modernes. La voici d’après une addition au cours de Chimie de Lemeri, par M. Baron.

Teinture d’or ou or potable de Mademoiselle Grimaldi. Prenez un demi-gros d’or le plus pur, faites-en la dissolution dans deux onces d’eau régale ; versez sur cette dissolution, dont la couleur sera d’un beau jaune, une once d’huile essentielle de romarin ; mêlez bien ensemble les deux liqueurs ; laissez le tout en repos, bientôt après vous verrez l’huile, teinte d’une belle couleur jaune, surnager l’eau régale qui aura perdu toute sa couleur ; séparez l’une d’avec l’autre vos deux liqueurs, au moyen d’un entonnoir, par l’extrémité duquel vous laisserez écouler toute l’eau régale, & que vous boucherez avec le doigt, aussitôt que l’huile sera prête à passer ; recevez cette huile dans un matras, & la mêlez avec cinq fois son poids d’esprit-de-vin rectifié ; bouchez votre matras avec de la vessie mouillée ; mettez le mélange en digestion sur le bain de sable pendant un mois : au bout de ce tems il aura pris une couleur pourpre & une saveur gracieuse, mais un peu amere & astringente. Elle peut être employée en Médecine dans tous les cas où il s’agit d’augmenter l’action du cœur & des vaisseaux, comme dans les apoplexies sereuses, les paralysies, &c. en un mot, dans tous les cas où il s’agit d’animer & de fortifier. La dose en est depuis trois jusqu’à dix ou douze gouttes dans une liqueur appropriée, comme du vin, ou une potion cordiale. Baron.

Il seroit encore mieux de la réduire pour l’usage sous forme d’éleo-saccharum, voyez Eleo-saccharum.

On peut assurer que les vertus réelles de la teinture d’or appartiennent entierement à l’huile essentielle de romarin, & que c’est très-vraissemblablement à pure perte qu’on renchérit cette huile en la chargeant d’or. Voyez Huile essentielle sous le mot Huile & Romarin.

On voit bien qu’on peut employer à la préparation de l’or potable toute autre huile essentielle analogue à celle du romarin, telles que toutes celles des plantes labiées ; celle de plusieurs substances exotiques, comme canelle, gérofle, sassafras, &c.

Les gouttes jaunes du général la Mothe, que sa veuve remariée à un gentilhomme italien, appellé Calsabigi, vend encore aujourd’hui à Paris, ne sont autre chose qu’une teinture semblable, à la préparation de laquelle on a employé l’éther de Frobenius, qui est la plus subtile & vraissemblablement la plus précieuse de toutes les huiles essentielles pour l’usage médicinal. M. Pot a découvert par l’examen chimique, & publié la composition de ces gouttes ; & il ne faut qu’avoir vu & flairé l’éther pour le reconnoître dans ces gouttes, & par l’inspection la plus superficielle. Nous pouvons assurer de cette teinture, comme nous avons avancé de celle de Mademoiselle Grimaldi, que l’or qu’elle contient n’ajoute rien aux qualités médicamenteuses propres de l’éther. Voyez Éther de Frobenius.

On emploie dans les boutiques des Apothicaires des feuilles d’or aussi-bien que des feuilles d’argent à recouvrir des pilules, soit dans la vue de les orner, de leur procurer de l’élégance, soit principalement pour masquer le mauvais goût de quelques-unes, en les défendant du contact de la salive qui pourroit en extraire des matieres âcres, ameres, &c. comme cela arriveroit si on prenoit des pilules savonneuses, aloëtiques, &c. sans cet enduit. C’est à cet usage que doit son origine l’expression proverbiale dorer la pilule, dont tout le monde connoît le sens figuré.

Au reste, les pilules se dorent par une manœuvre très-simple exposée au mot pilule, voyez Pilule, Pharmacie. (b)

Or, terre d’(Hist. nat.) on a donné ce nom assez mal-à-propos à plusieurs especes de terres qui ne contiennent point de l’or. C’est ainsi que quelques naturalistes allemands ont appellé une terre martiale & pyriteuse qui se trouve dans le pays de Hesse, terra solaris hassiaca : voyez Solaire, terre.

Les Italiens appellent terra vergine d’oro une terre calcaire, très-blanche & très-fine, qui est tantôt en poudre, tantôt en pierre, & qui se trouve dans le voisinage de Modene, & que l’on a appellée terre d’or, à cause des grandes vertus qu’on lui attribue dans la fievre, la dissenterie, l’hypocondriaque & contre les poisons. (—)

Or, (Arts & Métiers.) c’est le plus précieux des métaux, qui réduit en feuilles & appliqué sur plusieurs couches de couleur, sert à décorer ou enrichir les dedans & les dehors des bâtimens. On appelle or mat, l’or qui étant mis en œuvre, n’est pas poli ; or bruni, celui qui est poli avec la dent-de-loup, pour détacher les ornemens de leur fond ; or sculpté, celui dont le blanc a été gravé de rinceaux & d’ornemens de sculpture ; or réparé, celui qu’on est obligé de repasser avec du vermeil au pinceau, dans les creux de sculpture, ou pour cacher les défauts de l’or, ou encore pour lui donner un plus bel œil ; or bretelé, celui dont le blanc a été haché de petites bretelures ; or de mosaïque, celui qui dans un panneau est partagé par petits carreaux ou losanges, ombrés en partie de brun, pour paroître de relief ; & or rougeâtre ou verdâtre, celui qui est glacé de rouge ou de verd, pour distinguer les bas-reliefs & ornemens de leur fond.

Il y a encore de l’or à l’huile, qui est de l’or en feuilles appliqué sur de l’or couleur, aux ouvrages de dehors pour mieux résister aux injures du tems, & qui demeure mat ; de l’or moulu, dont on dore au feu le bronze, & de l’or en coquille, qui est une poudre d’or détrempée avec de la gomme, & dont on ne fait usage que pour les desseins. Voyez les principes d’Architecture, de Sculpture, &c. par M. Felibien, liv. I. ch. xxij. (D. J.)

Or fin, se dit de l’or qui est au titre de 24 karats ; mais comme il est difficile &, pour ainsi dire, impossible de rencontrer de l’or au titre de 24 karats, soit parce que dans les dissolutions les plus parfaites, ou les affinages les mieux exécutés, la chaux d’or, ou le régule restent toujours chargés de quelque légere partie d’argent, soit qu’avec les précautions les plus exactes, il est difficile d’empécher que le morceau destiné à l’essai ne contracte quelque légere impureté, il suffit que le cornet rapporte 23 k de karat pour être réputé fin ; car alors le poids qui s’en manque étant la 128e partie du grain de poids de marc, eu égard au poids d’essai dont on se sert en France, il est sensible qu’une si légere diminution est presqu’inévitable, ne peut nuire à la finesse du titre, & ne fait que constater combien on doit apporter de soin aux affinages, & combien il est difficile de dégager entierement les métaux des parties hétérogenes qu’ils renferment dans leur sein.

Il en est de même de l’argent fin, qui doit être au titre de douze deniers, & que l’on trouve rarement à ce titre, parce que dans les affinages les plus complets, & les dissolutions les mieux faites & les plus soigneusement décantées, il est impossible que l’argent ne retienne quelques parties de plomb ou de cuivre ; celui qui se trouve au titre de 11 deniers 23 grains, est réputé fin ; quelquefois on en a trouvé à 11 deniers 23 grains , mais cela est très-rare. Nous remarquons ici en passant, que les essais d’argent demandent beaucoup plus de soin & d’attention que les essais d’or, que leur sûreté dépend d’un nombre de conditions accumulées, & que leur certitude physique est bien moins constante que celle des essais d’or : car comme cette opération se fait au fourneau de reverbere, il est important de veiller à ce que le feu ait par-tout une égale activité ; autrement le feu étant plus vif dans une partie du fourneau que dans l’autre, le plomb entre plutôt en action dans une coupelle que dans l’autre, & la torréfaction étant plus vive, il peut ronger & emporter avec lui quelque parcelle d’argent, tandis que les autres boutons d’essais sur lesquels le plomb n’aura eu qu’une action lente par défaut d’activité du feu, pourront retenir dans leur sein des parcelles de plomb ; ce qui avantage les uns & fait perdre aux autres : il faut en outre bien prendre garde qu’il ne se fasse des cheminées, & les boucher à l’instant qu’on s’en apperçoit : autrement l’air frappant sur le bouton, peut le faire pétiller, & écarter quelques grains. Il faut d’ailleurs garder son plomb à raison du titre de l’argent qu’on veut essayer, autrement on pourroit faire de grandes erreurs. Voyez Essai.

Or au titre, se dit de l’or qui est au titre de 20 karats, qui est celui prescrit par les ordonnances pour les bijoux d’or.

Or bas, se dit de l’or qui est au titre de 10, 12, jusqu’à 19 karats ; au-dessous du titre de 10 karats, ce n’est plus proprement qu’un billon d’or.

Or bruni, c’est de l’or que l’on a lissé & poli avec un instrument de fer qu’on appelle brunissoir, si c’est de l’or ouvré, ou de la dorure sur métal ; & avec une dent-de-loup, si c’est de la dorure sur détrempe.

Or en chaux, se dit de l’or réduit en poudre par quelques dissolutions quelconques ; l’or en chaux est réputé le plus fin, & c’est celui dont se servent les doreurs ; mais il est toujours prudent d’en faire l’essai avant de l’employer, & de ne pas s’en rapporter à la foi des affineurs ou départeurs, attendu qu’ils peuvent aisément vous tromper : il leur est facile, en versant quelques gouttes de vitriol dans leurs dissolutions, d’y précipiter un peu d’argent, sans altérer la couleur de leurs chaux, & moyennant cela, sans qu’on s’en apperçoive à l’inspection.

Or aigre, se dit de tout or qui éprouve des fractures ou gersures dans son emploi, sous l’effort du marteau ou celui du laminage : si on n’employoit que de l’or fin, il est certain qu’il seroit plus ductile ; mais comme les ouvrages deviendroient beaucoup plus lourds, & n’auroient pas tant de solidité, ni une aussi belle couleur, il faut l’allier (car nous remarquerons en passant, que plus les métaux sont durs, plus ils sont disposés à recevoir un beau poli). Avant qu’on travaillât l’or d’une couleur aussi rouge que celle qu’on lui donne aujourd’hui, l’or n’étoit pas si sujet à contracter des aigreurs, parce qu’alors on l’allioit avec de l’argent en totalité ou en partie ; mais depuis qu’on l’a voulu avoir d’un rouge extraordinaire, il a fallu l’allier avec le cuivre seul : or, comme l’or ne s’allie pas si facilement avec le cuivre qu’avec l’argent, il faut employer le cuivre de rosette le plus doux qu’il soit possible, & en même-tems le plus rouge ; néanmoins quelque doux que soit le cuivre, l’or a de la peine à le recevoir dans son sein, & il suffit de voir dans le creuset les combats que ce mélange occasionne, pour juger de la répugnance qu’a l’or de s’allier avec le cuivre. Lors donc que l’aloi occasionne de l’aigreur, on s’en apperçoit aisément dans le bain ; on voit le bain s’agiter à sa superficie, tantôt jetter des fleurs, tantôt former des éclairs ; il n’est point alors de moyen fixe à indiquer pour l’adoucir : il est des aigreurs qui cedent à la projection du salpêtre seul ; il en est d’autres qui veulent le salpêtre & le borax ; une autre espece demande le crystal minéral ; en général le borax est ce qui réussit le mieux, mais il a l’inconvénient de pâlir l’or. Quand l’aigreur procede de quelque mélange de plomb, d’étain, de calamine ou cuivre jaune, on s’en apperçoit aisément, parce qu’alors il s’eleve sur la surface des petites bulles de la forme à-peu-près d’une lentille ; le moyen d’adoucir cette espece d’aigreur, est le mélange de salpêtre & de soufre. Au surplus, c’est à un artiste intelligent à tater son métal, & à voir par l’espece d’aigreur apparente, quels sels y conviennent le mieux ; mais il ne doit point verser son or, qu’il ne soit assuré de sa ductilité, par la tranquillité du bain ; ce qui se remarque aisément, sur-tout quand les sels fondus couvrent exactement la surface, & qu’aucun éclair ni bouillonnement ne les sépare ; alors l’or est certainement doux. Il faut encore observer qu’on ne doit point toucher l’or en fusion avec du fer, autrement on court risque de l’aigrir, ce qui lui est contraire avec l’argent, que l’attouchement du fer adoucit. L’argent n’étant pas si sujet à contracter des aigreurs, pour peu que l’on lui en apperçoive, le salpêtre, quelques croûtes de pain & le savon suffisent pour en venir à bout.

Or en bain, se dit de l’or qui est en pleine fusion dans le creuset.

Or poreux, se dit de tout or qui renferme des cavités & des impuretés dans son sein, qui se découvrent à l’emploi ; cet inconvénient résulte du défaut de propreté dans la fonte, ou dans la forge de l’or, en versant l’or & l’argent dans la lingotiere. Ces métaux sur la fin de l’opération contractent un peu de froid, ce qui forme sur le dessus des lingots une espece de peau : en outre les sels qui ont été mis en fusion avec les métaux, & qui ont ramassé toutes les impuretés, coulent avec les métaux, se rassemblent sur la surface & y forment des cavités. Il seroit toûjours prudent d’enlever cette premiere peau avec le gros gratoir ; voyez Épailler. Il faut ensuite avoir soin que l’enclume sur laquelle on forge soit propre, qu’elle ne contracte point de rouille non plus que les marteaux dont on se sert ; éviter la chûte de quelque ordure sur la piece pendant qu’on la forge, & avoir soin, en forgeant & rechauffant, de prendre garde que quelque partie du métal ne se reploie sur lui-même, autrement il se doubleroit, & souvent on ne s’en appercevroit qu’à la fin de l’ouvrage qu’on seroit étonné de voir enlever la moitié de l’épaisseur de sa piece. Le moyen le plus sûr de remédier à ces inconvéniens est d’épailler souvent ; & si on s’apperçoit que les métaux soient trop poreux, il est plus prudent de les refondre que de s’obstiner à les travailler, car quelque peine que l’on se donnât, il ne prendroit jamais un beau poli.

Or chargé d’émeril. Il arrive souvent que l’or est chargé de petites parties d’émeril, qui est une matiere dure & pierreuse, dont aucune dissolution n’a pû le purger : c’est un inconvénient d’autant plus dangereux, qu’il se loge toûjours dans les entrailles du métal, & que quand il est en petits grains surtout, il ne se découvre qu’à la fin & lors, pour ainsi dire, qu’il n’y a plus de remede, l’ouvrage étant presqu’à sa perfection. Quand on le sait, pour l’en purger totalement, on trouve dans les mémoires de l’académie des Sciences de 1727 le procédé suivant.

Parties égales d’or & de bismuth : sondez les ensemble dans un creuset, & versez dans un cône à régule ce qui pourra sortir coulant : pesez ensuite ce mélange fondu pour juger de la quantité qui sera restée dans le creuset : ajoutez y la même quantité de bismuth : faites fondre le mélange, versez comme la premiere fois, & répétez encore toute l’opération jusqu’à ce que toute la matiere soit sortie du creuset bien coulante. On mettra cet or ainsi soulé de bismuth dans une grande coupelle épaisse, bien soutenue dans une autre faite de terre de creuset où elle aura été formée & bien battue : on coupelle ce mélange sans y mettre autre chose ; mais quand il sera figé on trouvera encore l’or impur & couvert d’une peau livide. On mettra alors sur chaque marc d’or deux à trois onces de plomb, & l’on continuera de coupeller jusqu’à ce que tout le plomb soit évaporé ou imbibé dans la coupelle : après cette seconde opération, l’or n’est pas encore aussi beau qu’il doit l’être, quoiqu’il soit déja moins livide & moins aigre : pour achever de le purifier ; il faut le mettre dans un creuset large qu’on placera dans une forge, de sorte que le vent du soufflet darde la flamme sur le métal ; on le tiendra quelque tems en fusion, & l’on cessera de souffler quand l’or commencera à s’éclaircir. On y jettera ensuite à plusieurs reprises un peu de sublimé corrosif, & sur la fin un peu de borax.

On connoît que l’opération est entierement finie, lorsque le métal devient tranquille, qu’il ne fume plus, & que sa surface est brillante ; alors on peut le jetter en lingot, &, en le travaillant, on le trouvera fort doux. Si ce mauvais or tenoit de l’argent, il faut le traiter davantage selon cette vûe, parce que l’argent ne s’en sépare pas par la coupelle de plomb.

Après que l’or aura été coupellé la premiere fois avec le bismuth, on mettra deux parties d’argent sur une partie d’or, & on le coupellera selon l’art avec le plomb : il ne sera pas nécessaire alors de jetter tant de sublimé corrosif dans le creuset ; l’or étant retiré de la coupelle, on départira l’argent à l’ordinaire par l’eau-forte.

Mais comme ces procédés sont au-dessus de la portée des artistes ordinaires, & qu’ils n’ont ni le tems ni la commodité de les exécuter, il est un moyen qui demande peu de frais & d’attention pour éviter au moins qu’il ne se rencontre d’émeril dans les grandes parties de leurs ouvrages.
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Ce moyen que je crois déja avoir indiqué, est de fondre leur or dans un creuset rond de forme conique très-pointue, auquel en le faisant faire on fait réserver un pié rond & plat par-dessous, pour lui donner de l’assiette dans la casse, & à-peu-près dans la forme ci-contre,…

Il est constant que l’émeril se précipite toûjours au fond ; ainsi lorsque l’or est fondu, il faut le laisser refroidir dans le creuset, casser le creuset, & couper le culot d’or, l’émeril se trouve rassemblé dans ce culot. On se sert de ces culots pour des ouvrages de peu de conséquence dont il n’y a qu’un côté qui doive être poli, ou on les fond avec les garnisons, c’est-à-dire, les moulures ou les quarrés. Comme l’émeril se loge presque toûjours dans l’intérieur du métal, & que ces sortes de pieces restent toûjours épaisses, l’émeril se trouve renfermé dans ces épaisseurs ; & si par hasard il s’en découvre quelques grains, ils ne peuvent choquer l’œil ; & y en eût-il dix grains sur un morceau de quarré, ils ne seront pas si sensibles qu’un seul au milieu d’une plaque qui y cause une difformité affreuse, en ce qu’il dérange toute l’économie & le brillant du poli.

Or d’essai, est l’or qui a passé par l’essai, qui après cela est très-fin, & dont le titre est fort approchant des 24 karats.

Or de couleur, terme qui exprime les différentes couleurs que l’on a trouvé le moyen de donner à l’or par l’alliage d’autres métaux avec lui. On emploie ces ors colorés, ou pour mieux dire nuancés, particulierement dans les bijoux d’or, pour y représenter avec plus de vérité les sujets que l’on veut exécuter, & approcher autant qu’il est possible de l’imitation de la nature. Veut-on représenter une maison, on emploie l’or blanc ; un arbre, l’or verd ; une draperie, l’or bleu, l’or jaune ; les chairs se font volontiers avec de l’or rouge. On ne connoît que cinq ors de couleur, qui sont l’or blanc, l’or jaune, l’or rouge, l’or verd, l’or gris ou bleuâtre.

L’or jaune, est l’or fin dans toute sa pureté.

L’or rouge, est un or au titre de 16 karats, allié par trois parties d’or fin sur une de cuivre rosette.

L’or verd, est aussi au titre de 16 karats, fait avec trois parties d’or fin & une partie d’argent fin.

L’or verd, est celui dont un habile artiste peut tirer le plus de parti pour les nuances, parce que c’est celui où elles sont le plus sensibles. Le verd dont nous venons de donner la proportion, fournira un beau verd de pré. Mettez (en considérant la totalité comme 24) 18 parties d’or fin sur 6 d’argent fin, on aura un verd feuille morte ; en mettant au contraire 10 parties d’argent fin sur 14 d’or fin, on aura un verd d’eau : c’est à l’artiste à consulter ses nuances & ses sujets pour régler ses alliages.

L’or gris ou bleu, ou pour bien dire ni gris ni bleu, mais bleuâtre, se fait par le mélange de l’arsenic ou de la limaille d’acier : la fumée de l’arsenic étant très dangereuse, on s’en sert peu ; & comme il arrive souvent que la limaille d’acier se brûle trop vîte, on a éprouvé que ce qui réussissoit le mieux étoit du gros fil de fer doux, dont on prend un quart du poids que l’on veut nuancer, & que l’on jette dans le creuset. Lorsque l’or est en bain, il s’en saisit alors ordinairement assez vîte ; on retire le tout du feu aussi tôt qu’on s’apperçoit que l’incorporation est faite ; autrement l’or, en bouillant long-tems, le rejetteroit de son sein par scories ; cette couleur peu décidée est cependant la plus difficile à faire.

L’or blanc est assez improprement appellé or, n’étant autre chose que de l’argent, à-moins que pour éteindre sa vivacité on ne le mélange un peu, ce qui arrive rarement.

Or, marc d’, (Poids.) Le marc d’or, en latin bes auri, fait un poids de huit onces pesant d’or. Il se divise en vingt-quatre karats, le karat en huit deniers, & le denier en vingt quatre grains ; ensorte qu’un marc d’or est composé de 4608 grains. Le marc d’or vaut par l’édit du mois de Mai 1743, la somme de 650 liv. 10 s. 11 den. s’il est pur ; & 900 monnoyé en louis d’or du titre de 22 karats, du poids de 7 d. 16 grains à la taille de 25 au marc, au remede de poids de 12 grains, & d’un quart de karat de fin par marc, & valant 36 livres.

Or novellan. On appelle ainsi dans le royaume de Pégu l’or qui est au plus haut titre, comme qui diroit en France à 24 karats.

Or en pate, c’est une pâte d’or qui peut servir à un artiste intelligent pour réparer des accidens arrivés à une piece finie, & que l’on ne pourroit reporter au feu. Un amateur des arts nous a communiqué le secret de cette pâte par la voie du Mercure de France, au mois de Février 1745. Ce secret qui n’est pas encore à son degré de perfection, peut y être porté par la suite ; il est néanmoins très-utile tel qu’il est, & mérite d’être conservé dans un ouvrage comme celui-ci. Le voici tel qu’il nous a été donné.

On prend quatre parties d’or en chaux bien pur, précipité du départ : on l’amoncele sur une petite table d’agate, & on fait dans le milieu un petit enfoncement avec le doigt, dans lequel on verse deux parties de mercure revivifié du cinabre qu’on a eu soin de peser exactement. Aussi-tôt qu’on a mis le mercure dans cet enfoncement, l’on y jette de l’esprit d’ail qui fermente sur le champ avec le mercure & l’or ; sans perdre de tems on mêle & broie bien le tout avec une petite molette d’agate, jusqu’à ce que le mélange soit seché & mis en poudre. Je n’ai pas pesé la quantité d’esprit d’ail, parce que M. de Paresky m’a assuré que tout l’inconvénient qu’il y avoit à en trop mettre étoit qu’il falloit broyer plus long-tems ; j’en avois trop mis effectivement, j’ai laissé évaporer une partie de la liqueur ensorte que ma poudre n’a été parfaitement seche que le lendemain.

Pour employer cette poudre sur l’or ou sur l’argent, il faut que la piece soit très-nette & l’argent le plus fin : immédiatement avant que d’y appliquer l’or préparé, on la frotte avec du jus de citron ; on délaye ensuite un peu de la poudre qui est grise comme de la cendre avec du jus de citron, & on l’emploie sur la piece d’or ou d’argent avec une facilité infinie, & aussi épaisse que l’on veut, puisqu’il n’y a qu’à mettre plusieurs couches l’une sur l’autre, ou laisser épaissir un peu le mélange avant de l’appliquer : on peut aussi travailler cette pâte appliquée, lorsqu’elle est seche, avec des ébauchoirs.

Lorsque la poudre est appliquée comme on vient de le dire, & qu’on a couvert le dessein précédemment tracé, on fait chauffer la piece sur le feu de charbon pour faire évaporer le mercure : plus on la chauffe, moins il reste de mercure, & par conséquent plus l’or est haut en couleur. Cependant il reste toûjours assez pâle, & ce seroit une chose utile de trouver un moyen pour lui donner de la couleur ; car on feroit avec cette pâte des ornemens d’une très grande beauté & avec une facilité infinie, tant sur l’or que sur l’argent.

Lorsque l’or est devenu jaune sur le feu, on le frotte avec le doigt & un peu de sable broyé ; il prend du brillant, alors on peut le ciseler & le réparer à l’ordinaire, si ce n’est qu’il est plus mol & plus spongieux : ainsi, pour le travailler, il vaut mieux l’enfoncer au ciselet, que l’enlever avec le burin. Il est rare qu’il se détache ; si cependant cela arrivoit, il seroit aussi facile d’y en remettre qu’il l’a été la premiere fois.

Il faut avertir que l’esprit d’ail est d’une puanteur insupportable : Il faut prendre garde d’en jetter par terre, car quelques gouttes qui étoient tombées ont infecté la maison pendant deux jours.

Cet esprit se fait en chargeant une cornue de gousses d’ail pilées ; on lute bien la cornue avec son récipient, & on distille au bain de sable ; on se sert indistinctement de toute la liqueur claire qui a passé dans le récipient, en la séparant seulement de l’huile fétide. Je ne sai si le suc d’ail ne feroit pas aussi bien.

Lorsqu’on a délayé avec du jus de citron plus de poudre qu’il n’en faut, ou qu’on n’en peut employer sur le champ, elle ne peut plus servir une autre fois après avoir été sechée, il faut la jetter dans l’eau où elle se précipite. On lave dans la même eau les pinceaux, la petite table d’agate. & la molette dont on s’est servi ; l’or se précipite, & on peut le refondre pour en faire de nouvelle chaux.

Cette chaux peut se faire par le départ ordinaire de l’or & de l’argent, ou en précipitant l’or dans une dissolution très-affoiblie par le moyen de la mine de cuivre rouge bien nette, ou en affoiblissant une dissolution d’or par 25 ou 30 parties de vin de Champagne ou de vin de Rhin, & exposant le vaisseau au soleil : cette derniere opération donne une chaux très fine & d’une belle couleur.

Or en coquille, se dit des feuilles d’or broyées & amalgamées dans une coquille avec un mordant. Les Peintres s’en servent pour des ouvrages pointillés ; & les Orfevres quelquefois pour boucher des trous imperceptibles qui auroient pû se faire dans un bijou ciselé. On ne peut s’en servir que pour des parties d’or mat, sa couleur jaune y étant analogue, & ne pouvant s’accorder avec celle de l’or bruni ou poli.

Or mat, se dit des parties d’or sur les bijoux, qui ont été amaties & pointillées au ciselet ou au matoir, qui sont restées sur leur couleur jaune, ou auxquelles on l’a restituée par la couleur au verdet, ou au tire-poil. Voyez Couleur, Ciselet, Matoir, Matir ou Amatir.

Or battu, ou or en feuilles, se dit de l’or réduit en feuilles minces & préparées pour la dorure ; cette préparation est du ressort du Batteur d’or. Voyez Batteur d’or.

Or en lames, se dit de l’or écaché entre deux roues du moulin à laminer, pour être employé dans les galons. Comme on ne fait point de galons d’or à cause de leur chereté & de la trop grande pesanteur, ce terme ne peut guere s’entendre que de l’argent doré auquel l’usage a improprement consacré le nom d’or : on dit or en lame, or trait, or filé, galon d’or, quoiqu’il ne s’agisse que de galon d’argent doré, & des parties qui le composent.

Or trait, se dit de l’argent doré réduit en fil extrèmement menu & délié, que l’on emploie pour faire des boutons & quelques parties de broderies.

Or filé, se dit de l’argent doré réduit en lames minces & étroites, filé ensuite au moulinet sur de la soie, du fil ou du crin, pour les galons & la broderie.

Or faux, se dit des lames, paillettes, filés, galons, &c. & autres pieces de cuivre doré & imitant l’or.

Or moulu, se dit de l’or qui a été amalgamé avec du mercure, pour appliquer sur des pieces d’argent ou de cuivre que l’on veut dorer solidement : cette amalgame se fait dans un creuset garni de craie que l’on fait recuire, & dans lequel on met huit parties de mercure & une d’or. Quand le creuset est rougi, on y met le mercure & l’or que l’on remue avec un bâton ; l’amalgame fait, on retire le creuset du feu, on le lave plusieurs fois, & on le passe dans un chamois pour faire sortir le vif argent qui ne seroit pas amalgamé, on l’emploie ensuite pour dorer. Voyez Dorure.

On estime ici la dorure d’Allemagne, parce qu’elle est plus brillante & se fait à moins de frais ; mais on ne réfléchit pas que l’argent d’Allemagne étant de bas titre & allié sur cuivre jaune, est déja par sa couleur analogue à celle de l’or, qu’en conséquence il n’est pas étonnant qu’il faille moins d’or, & qu’il prenne une couleur plus brillante. Les Allemands emploient, pour donner à leur dorure une couleur haute, des cires composées, dont voici deux recettes que j’ai vû employer en Allemagne : ils appellent cette composition glivax.

Une once de crayon rouge, deux onces de cire jaune, trois quarts d’once de verd de gris, trois quarts d’once de vitriol blanc, quatre gros de borax.

Autre. Deux onces de cire jaune ou rouge, une once de sanguine, une demi-once de vitriol blanc, un gros de verd de gris, un gros de borax.

Ils forment de tous ces ingrédiens une pâte dont ils enduisent la piece dorée, ils la portent ainsi enduite au feu, & l’y laissent jusqu’à ce que cette pâte ou cire soit brûlée ; alors ils la gratebossent & brunissent dans de l’urine, & leur dorure la plus superficielle devient brillante.

Je crois devoir joindre aussi à cet article deux recettes qui nous sont parvenues par la voie du Journal économique, mois de Novembre 1751, pour conserver la dorure des pieces d’orfévrerie dorées que l’on seroit obligé de reporter au feu pour ressouder, & qui ont été éprouvées avec succès.

On sait que lorsqu’une piece d’argent dorée est reportée au feu & obligée d’y rougir, la dorure rentre en-dedans & l’argent reste d’un blanc sale, de sorte qu’il faut de toute nécessité la redorer : les recettes suivantes conservent la dorure, & on n’est obligé que de remettre les pieces en couleur.

La premiere, est d’enduire la piece d’ocre, & de la laisser secher dessus avant de la porter au feu.

La seconde, est de prendre autant de jus d’ail que de blanc d’œuf, & d’en faire une pâte avec du blanc d’Espagne dont on enduit la piece ; quand la pâte est seche on porte au feu & on soude sans risque. Cette pâte sert aussi à mettre en couleur une piece d’or où il y a des chatons ou appliques d’argent ; on barbouille l’argent de cette pâte, & la couleur n’a par ce moyen aucune action dessus.

Or en poudre, se dit d’un or mis en dissolution & réduit en poudre, dont on se sert pour des dorures superficielles, telles que le dedans des tabatieres d’argent, & tous les dessous des chatons des ouvrages de joaillerie.

Pour faire cette poudre, on prend un gros d’or en chaux, que l’on précipite dans une dissolution composée de deux onces d’eau forte, un gros de sel ammoniac, deux gros de salpêtre fin, & un gros de couperose : on y joint aussi douze ou quinze grains de cuivre rosette par gros d’or pour lui donner une couleur rouge. Cette dissolution se fait dans un matras au bain de sable ; quand elle est faite, on la verse goutte à goutte sur de vieux chiffons de linge, que l’on prend en proportion de la quantité de liqueur ; quand ces chiffons sont bien imbibés & que la dissolution est tarie, on les laisse secher, puis on les pose sur un plat de faïance, & on y met le feu avec une allumette dont on a ôté le soufre, on les laisse se consumer petit-à-petit & se réduire en cendre ; c’est de cette cendre dont on se sert pour la dorure en poudre, & qu’on nomme or en poudre. Pour l’employer, il faut que les pieces soient au degré de poli qu’on nomme adouci ; alors ou prend un bouchon de liege bien sain que l’on mouille avec de l’eau très-propre, on trempe ce bouchon mouillé dans la boîte à poudre d’or, & on étend cette poudre sur les pieces en frottant avec le bouchon ; il ne faut pas employer trop d’eau parce que la poudre se met en lavage & se perd : on reconnoît à l’inspection si la couche est assez épaisse, alors on cesse de frotter avec le bouchon & on brunit. Dans les grands ouvrages on se sert des brunissoirs de sanguine, & dans les petits ouvrages d’un petit brunissoir d’acier poli, & ce bruni se fait avec de l’eau de savon.

Or, purification de l’, (Monnoyage.) on trouve quelquefois de l’or qui a divers caracteres d’impureté ou d’imperfection. Il ne se met jamais en fusion claire ; sa surface est livide, si on le verse dans une lingotiere, il en demeure dans le creuset une partie qui n’est pas assez coulante ; enfin il est aigre, cassant, & ne se peut presque pas travailler. On croit communément qu’il tient quelque portion d’émeril, qui est une matiere pierreuse, dure, & très-hétérogene à l’or. En effet, on rencontre assez souvent de l’émeril dans les mines d’or ; mais sans examiner s’il s’en est mêlé véritablement dans l’or ; on trouvera dans les mémoires de l’acad. des Sciences un moyen de purifier l’or, & de le rendre aussi doux qu’il doit l’être naturellement : ce moyen est assez intéressant pour l’indiquer ici.

L’on sait que tout le métal, excepté l’argent mêlé avec l’or, s’en sépareroit par la coupelle, & que l’argent ne s’en sépare que par le départ. Ici il faut d’autres moyens.

Il faut prendre de l’or qu’on suppose mêlé d’émeril, & de bismuth parties égales, les fondre ensemble dans un creuset, & verser dans un culot ce qui pourra sortir coulant ; peser ensuite ce mélange fondu pour juger de la quantité restée dans le creuset, la mêler avec une égale quantité de bismuth, refondre & reverser comme la premiere fois ; on répétera l’opération jusqu’à ce qu’enfin toute la matiere soit sortie du creuset bien coulante.

Cet or ainsi soulé de bismuth, on le mettra dans une grande & épaisse coupelle, bien soutenue d’une autre faite de terre à creuset dans laquelle elle aura été formée & bien battue. On coupellera le mélange sans y rien mettre autre chose, & quand il sera figé, on trouvera l’or encore impur, & couvert d’une peau livide. On mettra alors sur chaque marc d’or deux ou trois onces de plomb soit évaporé, soit imbibé dans la coupelle. Après cette seconde opération, l’or n’est point encore aussi beau qu’il le doit être, quoiqu’il soit cependant moins livide & moins aigre.

Pour achever de le purifier, il faut le mettre dans un creuset large, que l’on placera dans une forge, de sorte que le vent du soufflet darde la flamme sur le métal, on le tiendra quelque tems en fusion ; & on cessera de souffler, quand l’or commencera à s’éclaircir ; on y jettera ensuite à plusieurs reprises un peu de sublimé corrosif, & sur la fin un peu de borax. On reconnoît que l’opération est entierement finie, lorsque le métal devient tranquille, qu’il ne fume plus, & que la surface est brillante. On le peut alors jetter en lingot ; & quand on le travaillera, on le trouvera fort doux.

Si ce mauvais or tenoit aussi de l’argent, il faudroit le traiter davantage selon cette vue, parce que l’argent mêlé avec l’or, est le seul métal qui ne s’en sépare pas par la coupelle. Après que l’or aura été coupellé la premiere fois avec le bismuth, on mettroit deux parties d’argent sur une d’or, afin que l’argent en plus grande quantité tirât mieux l’argent que l’or. On le coupelleroit avec le plomb, comme il a été dit, & il ne seroit pas nécessaire de mettre tant de sublimé corrosif. On feroit enfin le départ de l’argent à l’ordinaire. (D. J.)

Or-sol, on se sert quelquefois de ce terme pour évaluer & calculer les monnoies de France dans les remises qu’on en fait pour les pays étrangers, ce qui triple la somme que l’on remet. Ainsi, quand on dit qu’on a 450 liv. 15 s. 6 d. d’or-sol à remettre à Amsterdam à 86 deniers de gros par écu, on sous-entend qu’on a 1352 liv. 6 s. 6 d. tournois, la livre d’or valant 3 liv. simplement, le sol d’or, 3 sols, & le denier d’or trois deniers.

Or a dorer les livres, c’est une poudre d’or que les Batteurs d’or réduisent en feuilles très-minces (voyez Batteur d’or), & qu’ils distribuent dans un livret de 13 feuilles, qui font 26 feuillets de papier blanc sur lesquels ils mettent une couche legere de rouge, pour que l’or s’en détache aisément ; on met dans ce livret 25 feuilles d’or, ce qui fait qu’on le nomme un quarteron d’or. Voyez les Planches.

Or, (Ecriture.) il y a deux moyens pour écrire en lettres d’or. Voici le premier qui est simple.

Prenez 20 feuilles d’or & quatre gouttes de miel, & les mêlez ensemble, puis mettez-les dans un cornet de terre ou de verre, & quand vous voudrez vous en servir, détrempez le tout avec de l’eau gommée.

Le second, qui demande plus d’apprêt, est précisement un mordant pour l’or & l’argent en relief sur le papier ou le parchemin.

Prenez gomme arabique de la plus blanche & de la plus nette que vous pourrez trouver, & mise en poudre très-fine, une once.

Du sucre candi bien choisi, une once aussi réduit en poudre très-fine.

Faites fondre votre sucre dans un poisson de bonne eau-de-vie ou d’esprit de vin, joignez-y ensuite votre gomme bien pulvérisée, & l’y laisserez jusqu’à ce qu’elle soit bien fondue. Vous remuerez de tems en tems la bouteille, ensuite vous y mettrez gros comme une fêve de bon miel de Narbonne, si vous le trouvez trop coulant, vous y ajouterez gros comme un pois de gomme gutte.

Si ce mordant est destiné pour l’or, vous y mettrez du carmin autant qu’il en faut pour faire un rouge un peu foncé. Si c’est pour l’argent, vous y ajouterez de beau bleu de Prusse, tout ce qu’il y a de meilleur, & ce qu’il en faut.

Ce mordant s’emploie avec une plume ou un pinceau pour tous ouvrages en lettres, desseins, &c. & lorsqu’il est à un certain degré de sécheresse, il faut poser votre or ou argent, qui doit être coupé de la grandeur nécessaire ; s’il arrivoit qu’il fût un peu trop sec, en happant ce mordant avec l’haleine il remordroit.

S’il s’épaissit, il faut y mettre un peu d’eau-de-vie, & un peu de miel pour le faire couler ; & s’il ne mordoit point assez, il faudroit y ajouter un peu de gomme gutte.

Il ne faut employer que de l’or & de l’argent fin que l’on coupe avec un couteau à l’or sur un coussin de cuir. Deux jours après on ôtera la superficie de l’or ou de l’argent en passant dessus un coton légerement. Au bout de trente jours, l’on peut avec une bonne dent de loup donner en brunissant le beau brillant à l’ouvrage.

Or, terme de Blason, couleur jaune qui représente le premier métal ou le premier des émaux. Voyez Couleur & Métal.

Sans or ou sans argent il ne peut y avoir de bonnes armoiries, c’est-à-dire, des armes suivant les regles du blason. Voyez Armes & Argent.

Dans les côtes d’armes des nobles l’or s’appelle topaze, & dans celles des princes souverains sol. Les graveurs représentent l’or par une infinité de petits points, comme on le peut voir dans nos Planches du Blason.

L’or est le symbole de la sagesse, de la tempérance, de la foi, de la constance, & de la force, &c.

Or de Toulouse, (Littérat.) aurum Tolosanum, c’étoit, au rapport d’Aulu-Gelle, un proverbe chez les Romains pour signifier un bien qui entraînoit la perte de celui qui le possédoit.

L’origine du proverbe est la prise de Toulouse dans les Gaules par Quintus Cépion. Il y enleva du temple d’Apollon cent mille marcs d’or, & cent dix mille marcs d’argent qui provenoient du pillage de l’ancien temple de Delphes par les Tectosages. Le sénat de Rome manda à Cépion d’envoyer tout cet argent à Marseille, ville amie & alliée du peuple Romain ; les conducteurs furent assassinés sur la route, & l’argent volé. On fit des grandes recherches, & Cepion fut accusé d’avoir lui-même fait assassiner ses gens, & s’être emparé du trésor. Ayant été banni de sa patrie avec toute sa famille, il mourut de misere dans son exil : cependant Cicéron assure qu’on fit un crime à Cépion de ce qui n’étoit que l’effet du caprice de la fortune, & que son désastre n’eut d’autre principe que la haine du peuple qu’on avoit séduit. Il fut jugé dans la derniere rigueur, parce qu’il eut pour juges les chevaliers qui le haïssoient mortellement. Leur haine venoit de ce que Cépion dans son consulat, avoit partagé la connoissance des causes entre le sénat & cet ordre de gens qui en étoit seul en possession depuis la loi de Caius Gracchus, & qui en jouit jusqu’au tems de la loi plautia. Quoi qu’il en soit, l’or de Toulouse passa en proverbe pour marquer quelque chose de funeste. Les Romains, pour le dire en passant, eurent encore dans la suite un autre proverbe qui revenoit au même sens que celui de l’or de Toulouse. Ils disoient d’un homme qui finissoit sa vie d’une façon misérable, qu’il avoit le cheval de Séjan, parce tous ceux à qui ce cheval avoit appartenu, étoient morts d’une maniere tragique. (D. J.)

Or, âge d’(Mytholog.) âge heureux où regnoit l’innocence & la justice, où jamais le souffle empoisonné des soucis rongeans ne corrompit l’air pur qu’on respiroit ! Dans cet âge, le sang humain n’étoit point formé de chair immonde. L’homme étranger aux arts cruels de la vie, aux rapines, au carnage, aux excès, aux maladies, étoit le maître, & non le bourreau des autres êtres de l’univers.

Le crépuscule éveilloit alors la race heureuse de ces hommes bienfaisans : il ne rougissoit point comme aujourd’hui, de répandre ses rayons sacrés sur des gens livrés à l’empire du sommeil, du luxe & de la débauche. Leur assoupissement léger s’évanouissoit encore plus légerement : renaissans entiers comme le soleil, ils se levoient pour admirer la beauté de la nature. Occupés de chants, de danses, & de doux plaisirs, leurs heures s’écouloient avec rapidité dans des entretiens pleins de douceur & de joie : tandis que dans le vallon semé de roses, l’amour faisoit entendre ses soupirs enfantins, libres de toute inquiétude, ils ne connoissoient que les tendres peines, qui rendent le bonheur encore plus grand. Ces fortunés enfans du ciel n’avoient d’autres lois que la raison & l’équité : aussi la nature bienfaisante les traitoit-elle en mere tendre & satisfaite.

Aucuns voiles n’obscurcissoient le firmament : des zéphirs éternels parfumoient l’air des présens de Flore : le soleil n’avoit que des rayons favorables : les influences du ciel répandues en douce rosée, devenoient la graisse de la terre. Les troupeaux mêlés ensemble bondissoient en sureté dans les gras pâturages, & l’agneau égaré dormoit tranquillement au milieu des loups. Le lion étincelant n’allarmoit pas les foibles animaux qui paissoient dans les vallons ; considérant d’abord dans sa retraite sombre le concert de la nature, son terrible cœur en fut adouci, & se vit forcé d’y joindre le tribut de sa triste joie : tant l’harmonie tenoit toutes choses dans une union parfaite : la flûte soupiroit doucement ; la mélodie des voix suspendoit toute agitation. L’écho des montagnes répétoit ces sons harmonieux, le murmure des vents & celui des eaux s’unissoient à tous ces accords.

Les orages n’osoient souffler, ni les ouragans paroître : les eaux argentines couloient tranquillement. Les matieres sulphureuses ne s’élevoient pas dans les airs pour y former les terribles météores : l’humidité mal-saine, & les brouillards, encore plus dangereux, ne corrompoient pas les sources de la vie. Tels étoient les premiers jours du monde en son enfance : alors, pour m’exprimer dans le langage des dieux,

La terre féconde & parée
Marioit l’autonne au printems ;
L’ardent Phœbus, le froid Borée
Respectoient l’honneur de nos champs.
Par-tout les dons brillans de Flore
Sous les pas s’empressoient d’éclore
Au gré des zéphirs amoureux ;
Les moissons inondant nos plaines
N’étoient ni le fruit de nos peines,
Ni le prix tardif de nos vœux.

Alors l’homme ne cherchoit pas sa félicité dans le superflu ; & la faim des richesses n’allumoit pas en lui des desirs insatiables.

Mais bien-tôt ces tems rapides & innocens ont fait place au siecle de fer : disciples de la nature, vous connoissez cependant encore cet âge brillant que les poëtes ont imaginé. Le ciel, il est vrai, ne vous a pas placé dans les vallées délicieuses de la Thessalie, d’où l’âge d’or tira son origine ; mais du moins la vertu vous fait trouver la santé dans la tempérance, le plaisir dans le travail, & le bonheur dans la modération. (Le chevalier de Jaucourt.)