L’Encyclopédie/1re édition/PLACE

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PLACE, LIEU, ENDROIT, (Synonym.) lieu marque un total d’espace ; endroit n’indique proprement que la partie d’un espace plus étendu ; place insinue une idée d’ordre & d’arrangement. Ainsi l’on dit le lieu de l’habitation ; l’endroit d’un livre cité ; la place d’un convive, ou de quelqu’un qui a séance dans une assemblée.

On est dans le lieu, on cherche l’endroit, on occupe la place.

Paris est le lieu de toute la France le plus agréable ; les espions vont dans tous les endroits de la ville ; les premieres places ne sont pas toujours les plus commodes.

Il faut, tant qu’on peut, préférer les lieux sains, les endroits connus, & les places convenables. Gitard.

Le mot place a un grand nombre d’acceptions différentes : on dit la plaine S. Denis seroit une belle place pour donner bataille ; c’est en greve que se font les exécutions, j’évite de passer par cette place ; il a eu la maison pour rien, car il n’a payé que la place ; vous n’aurez pas assez de place pour le monde que vous vous proposez de recevoir ; vous n’aurez pas de place au sermon si on ne vous la retient ; je ne voudrois pas être à la place de cet homme qu’on loue tant ; il est resté mort sur la place ; il aura place dans l’histoire ; la place est bonne, elle tiendra long-tems ; l’étapier a tant de places à fournir par compagnie ; ne prenez pas la place d’honneur, si vous n’avez un titre qui vous la décerne ; le mépris a pris la place de l’estime ; dans ce monde tout est à sa place, on ne conçoit pas qu’il en puisse être autrement ; il occupe une belle place ; combien ces effets valent-ils sur la place ? la place de Lyon est une des meilleures de France ; on l’a subrogé en lieu & place du titulaire, &c.

Place, (Jurisprud.) ce terme a dans cette matiere plusieurs significations différentes.

Place se prend souvent pour le lieu où l’on siege dans un tribunal ou autre assemblée.

Quelquefois place se prend pour le rang, ou pour la dignité même de celui qui occupe, comme la place de chancelier, celle de premier président.

On entend aussi par le terme de place certains états & offices qui ne sont point vénaux, comme la place de conseiller d’état.

Place signifie quelquefois un terrein vain & vague, comme une place à bâtir, une place qui est ordinairement en pascage.

On appelle place publique, celle qui est destinée pour l’usage public, comme sont les marchés, ou comme les places de décoration & celles destinées pour les réjouissances publiques, & pour les exécutions de justice.

On appelle encore place, un certain espace de terrein où des marchands & débitans exposent leurs marchandises, comme font les Boulangers & les marchandes de poisson & de légumes dans les marchés. Ces places dépendent la plupart du domaine ; en quelques marchés il y en a qui dépendent des seigneurs hauts justiciers.

On dit aussi une place de barbier, c’est-à-dire l’état de barbier ; ces places ne sont point des offices.

Les places monachales sont les lieux destinés à loger & entretenir un certain nombre de religieux : ces places ne sont point des bénéfices ; mais quand un monastere est fondé pour tant de religieux, le chapitre général peut obliger ce monastere de recevoir des religieux à proportion du nombre qu’il y a de places vacantes. Voyez Couvent, Monastere, Religieux. (A)

Place, s. f. (Archit.) espace de figure réguliere ou irréguliere, destiné pour bâtir : on l’apelloit anciennement parterre.

Place publique, grande place découverte, entourée de bâtimens, pour la magnificence d’une ville ; comme les places de Vendôme, Royale, des Victoires à Paris ; de Bellecourt, à Lyon ; de S. Charles, à Turin, &c. ou pour l’utilité, telle qu’une halle, un marché ; ainsi, par exemple, que la place Navonne, à Rome.

On proportionne la grandeur des places publiques, pour ce dernier usage, au nombre des habitans d’une ville, afin qu’elle ne soit pas trop petite si beaucoup de personnes y ont affaire, ou qu’elle ne paroisse pas trop vaste si la ville n’est pas beaucoup peuplée.

Les places publiques des Grecs sont quarrées, & il y a au-tour de doubles portiques, dont les colonnes serrées les unes contre les autres, soutiennent des architraves de pierre ou de marbre, avec des galeries au-dessus. C’est sur ces galeries, & dans ces portiques que se plaçoient les spectateurs pour voir le combat des gladiateurs qu’on donnoit autrefois dans ces places. Daviler. (D. J.)

Place, en terme de guerre, est un mot générique, qui signifie toutes sortes de forteresses ou l’on peut se défendre. Voyez Forteresse.

En ce sens l’on peut dire que c’est un lieu tellement disposé, que les parties qui l’entourent se défendent & se flanquent mutuellement. Voyez Fort & Fortification.

Place forte ou place fortifiée, est un lieu flanqué & couvert de bastions. Voyez Bastion & Forteresse.

Place réguliere, est celle dont les angles, les côtés, les bastions, & les autres parties sont égales. Elle prend ordinairement son nom du nombre de ses angles ; on l’appelle un pentagone, un hexagone, &c. Voyez Pentagone, Hexagone, &c. Voyez aussi Régulier. Palmanova, bâtie par les Vénitiens, est un dodécagone. Voyez Dodécagone.

Une place irréguliere, est celle dont les côtés & les angles sont inégaux. Voyez Fortification irréguliere.

Place d’armes, en fortification, c’est une place forte, choisie pour être le principal magasin d’une armée.

Place d’armes, dans une ville ou dans une garnison ; c’est un grand espace de terrein, ouvert ordinairement vers le centre, où l’on assemble les soldats pour les fonctions militaires, comme pour monter la garde, faire les revues, & en cas d’allarmes, pour y recevoir les ordres du gouverneur ou du commandant. Voyez Garnison. Chambers.

Ces sortes de places d’armes ont différentes figures dans les places irrégulieres, mais dans les régulieres, elles sont ordinairement ou quarrées, ou de la figure du polygone de la place. Une place d’armes quarrée est plus avantageuse, pour la régularité des maisons, que celle qui forme un autre polygone, parce que leur emplacement est alors rectangulaire, au lieu qu’il ne l’est point lorsqu’elle a une autre figure. Les principales rues de la ville doivent aboutir à la place d’armes, & l’on doit aussi de cette place pouvoir conduire les troupes aisément & promptement au rempart.

La grandeur des places d’armes est fort difficile à régler avec précision : car elle doit être relative à celle de la ville à la garnison, au nombre des habitans, & à la quantité du terrein dont on peut disposer. Une place d’armes, grande & spacieuse, a quelque chose de plus agréable qu’une petite. C’est un ornement pour la ville. D’ailleurs les principaux édifices, comme la grande église, l’hôtel-de-ville, le gouvernement ou la maison du gouverneur, ont ordinairement leur principale porte sur la place d’armes. Tout cela y attire un grand concours de monde. Lorsque les villes sont fort grandes, elles ont ordinairement plusieurs places d’armes ; mais la plus grande ou la principale en occupe presque toujours à-peu-près le centre. Suivant le livre de la Science des Ingenieurs, lorsque la ville ou la place est un pentagone, le côté du quarré de la place d’armes doit avoir 40 toises, 45 ou 50 si elle a six bastions ; 55 à 60 si elle en a sept, 70 ou 75 si elle en a huit ; & enfin 90 ou 95 si la place à onze ou douze bastions.

Place d’armes dans un siege, est une espece de tranchée parallele à la place, qui a été mise en usage par M. le maréchal de Vauban, & où l’on a toujours des soldats préparés à soutenir ceux qui travaillent aux approches contre les entreprises de la garnison. Voyez Paralleles ou Places d’armes.

Place d’armes particuliere dans une garnison, c’est une place proche de chaque bastion, où les soldats que l’on envoie de la grande place aux quartiers qui leur sont assignés, viennent relever ceux qui sont de garde ou qui sont au combat. Chambers.

Place d’armes dans un camp, est un grand espace à la tête d’un camp, pour y ranger l’armée en bataille. Il y en a aussi pour faire assembler chaque corps particulier. Voyez Camp.

Place d’armes d’une troupe ou d’une compagnie, c’est l’étendue du terrein sur lequel une troupe ou une compagnie se range en bataille. Voyez Troupe, &c.

Face d’une place Voyez Face
Feu de la place Feu
Tenaille de la place Tenaille
Chambers

Place d’armes dans le fossé sec, est une espece de chemin couvert que l’on y pratique, qui en traverse la largeur, & qui sert à augmenter la défense du fossé. Ces places ne consistent que dans un parapet perpendiculaire aux faces de demi-lunes, & autres ouvrages construits dans les fossés secs : elles occupent toute la largeur du fossé à l’exception d’un petit espace auprès de la contrescarpe qui est fermé par une barriere. Ce parapet est élevé de trois piés sur le niveau du fossé, lequel fossé est creusé dans cet endroit de la même quantité, il se perd en glacis comme celui du chemin couvert : il a aussi une banquette, & il est palissadé.

Place d’armes du chemin couvert, sont des espaces pratiqués à ses angle, rentrant & saillant, pour assembler les soldats nécessaires à la défense du chemin couvert, & faire des sorties sur l’ennemi. Les places d’armes des angles saillans sont appellées saillantes, & elles sont formées par l’arrondissement de la contrescarpe. A l’égard des places d’armes des angles rentrans, & qu’on appelle places d’armes rentrantes, elles se construisent ainsi. On prend 12 ou 15 toises de part & d’autre de l’angle rentrant du chemin couvert, & sur la ligne qui le termine vers la campagne. De l’extrémité S & T de chacune de ces lignes (Pl. I. des fortifications, fig. 5.), & de l’intervalle de 18 ou 20 toises, on décrit deux arcs qui se coupent dans un point V vis-à-vis l’angle rentrant du chemin couvert. On tire de ce point deux lignes, VS, VT, aux extrémités des 12 ou 15 toises prises sur le côté intérieur du chemin couvert. Ces lignes sont les faces des places d’armes. Les deux premieres lignes qui ne paroissent plus lorsque le plan est achevé, se nomment les demi-gorges. Il faut observer que l’angle que les faces des places d’armes font avec le chemin couvert, ne doit jamais être aigu, mais droit ou un peu obtus ; autrement les soldats placés le long des faces des places d’armes, pourroient en tirant, tuer ou estropier ceux qui seroient sur les branches voisines. Les places d’armes de M. le maréchal de Vauban, n’ont que 10 toises de demi-gorge, & 12 de face ; mais ces dimensions sont trop petites. De grandes places d’armes sont plus propres à être soutenues que de petites ; & d’ailleurs les faces en flanquent bien plus avantageusement les branches du chemin couvert. (Q)

Place fortifiée, Forteresse ou Fortification ; c’est une place bien flanquée & bien couverte d’ouvrages.

Les places fortifiées, selon la méthode des modernes, consistent principalement en bastions, courtines, & quelquefois en demi-bastions, selon la situation du terrein ; en cavaliers, remparts, fausses-braies, fossés, contrescarpes, chemins couverts, demi-lunes ou ravelins, ouvrages à corne, à couronne, rédans & tenailles. Voyez chacun de ces ouvrages à l’article qui est particulier à chacun d’eux, c’est-à-dire, voyez Fortification, Bastion, Courtine, Rempart, Cavalier, Fausse-braie, Fossé, &c. Chambers.

Toutes ces pieces sont composées d’un rempart & d’un parapet. Elles ont des bermes lorsqu’elles sont revêtues de gasons, & alors elles sont ordinairement fraisées. Voyez Berme, Fraises, &c.

Ces ouvrages sont composés de plusieurs parties qui ont différens noms ; ainsi un bastion est composé de faces, de flancs, de casemates, d’orillons, de gorges, une demi-lune, de demi-gorges, de faces & quelquefois de flancs ; un ouvrage à corne de demi-bastions & d’aîles, branches ou longs côtés, &c. Voyez les articles de tous ces différens ouvrages.

Places en premiere ligne, se dit dans l’Art militaire de celles qui couvrent les Provinces frontieres des états, & qui se trouvent par conséquent les plus exposées aux entreprises de l’ennemi. Celles qui forment une espece de seconde enceinte derriere la premiere, sont dites être en seconde ligne, & celles qui suivent, en troisieme ligne.

Les places en premiere & en seconde ligne, doivent être exactement fortifiées & disposées de maniere, qu’elles ferment absolument l’entrée du pays à l’ennemi. On doit s’attacher à faire ensorte qu’il n’y en ait aucune qui n’ait son utilité ; mais pour déterminer celles qui sont de cette espece, il faut outre une grande connoissance du pays, des vues supérieures pour juger de tout ce qu’un ennemi intelligent peut faire, & des situations propres à arrêter ses progrès. Les livres ne peuvent guères donner que des idées fort superficielles sur cet objet, c’est-à-dire quelques principes généraux dont il est aisé de convenir, comme par exemple, que la premiere maxime de la fortification, qu’il ne doit y avoir aucun endroit de l’enceinte d’une place, qui ne soit vu & défendu de quelqu’autre partie de cette enceinte, doit s’appliquer aux différentes places des frontieres des états ; qu’ainsi ces places doivent fermer tous les passages à l’ennemi, & être disposées de maniere qu’il ne puisse ni les éviter, ni pénétrer dans l’intérieur du pays pour en avoir forcé quelques-unes : ou bien comme ledit M. le comte de Beausobre dans la deuxieme partie de son commentaire sur Enée le tacticien, que la tactique, la fortification particuliere d’une place, & la fortification générale d’une frontiere, sont dans la même analogie. Ces principes, quoique assez exactement vrais en eux-mêmes, n’en souffrent pas moins de difficultés dans la pratique. Il y a tant de circonstances particulieres à examiner & à combiner pour les appliquer judicieusement, qu’on ne peut guere présumer d’y réussir parfaitement. Si l’on ajoute à cela les changemens que la guerre occasionne dans les frontieres & dans les intérêts particuliers des princes, on verra qu’il est presque impossible de parvenir & de déterminer exactement le nombre & la nature des places fortes qui doivent faire la barriere des grands états. On peut voir ce que M. de Beausobre dit sur ce sujet, dans l’ouvrage que nous venons de citer, & la maniere dont il répond à cette question qu’il se fait. Combien faut-il de places fortes dans un état, & quel doit être leur distribution & leur ordonnance ? (Q)

Place, reconnoître une (Art milit.) c’est en faire le tour avant que de l’assiéger, & remarquer avec soin les avantages & les défauts de son assiette & de sa fortification, afin de l’attaquer par l’endroit le plus foible. C’est un soin que le général doit prendre lui-même. On ne fait point de siege, qu’on n’aille auparavant reconnoître la place. Dict. milit. (D. J.)

Place, secourir une (Art. milit.) c’est faire lever le siege à une armée qui l’attaque. Le secours qu’on veut donner à une place assiégée, consiste ou en hommes, ou en munitions, ou en vivres. On proportionne la disposition du secours qu’on veut faire entrer. à la maniere qu’on desire qu’il soit, c’est-à-dire, que s’il ne s’agit que d’introduire dans la place un nombre d’hommes pour en fortifier la garnison, ou un convoi de vivres pour en augmenter les provisions, ou l’un & l’autre tout ensemble ; on tâche de le faire avant que les lignes de circonvallation soient parfaites. Les difficultés qu’elles opposent sont très-difficiles à surmonter ; elles ne sont cependant pas impossibles à vaincre, mais on ne peut donner des regles certaines sur cela. Il faut de nécessité que ce soit la disposition des lieux, & celle de l’ennemi qui en décident.

Celui qui conduit l’entreprise s’instruit si bien de ses dispositions, qu’il n’est pas besoin d’autre guide que de lui-même. Si ce sont des troupes qu’on veut jetter dans une place, il faut qu’il se souvienne que c’est de l’infanterie qui y est nécessaire, & non pas de la cavalerie. Les cavaliers qui sont chargés d’introduire de la poudre dans une place, ont soin de les mettre dans des sacs de cuir, de peur que la poudre, si on la mettoit dans sacs de toile, ne se répande le long du chemin.

La meilleure maniere de secourir les places, est d’y aller avec une bonne armée, pour combattre celle de l’assiégeant, de quelque maniere qu’elle soit portée, afin de la contraindre de lever le siege. Si dans cette occasion il y a une armée d’observation, ou si celle qui assiege sort des lignes pour venir au-devant pendant l’action, pourvu que l’occasion se présente de jetter des troupes ou d’autres secours dans la place, il en faut profiter à cause du succès incertain de l’entreprise. Cette action doit être concertée avec le gouverneur par le moyen des espions, afin que pendant son cours, il fasse de son côté des efforts pour donner tout ce qu’il a besoin pour faire une vigoureuse résistance.

Mais si l’ennemi ne sort point de ses retranchemens, & qu’il faille l’y forcer, un général a deux partis à prendre. Le premier est d’attaquer en lignes déployées une partie de la circonvallation, separée de l’autre par quelque riviere, ruisseau ou autre défilé, afin de n’avoir pas toutes les forces de l’ennemi à combattre ; ces corps ne manquent pas de profiter de leur absence pour pénétrer dans les lignes, & pousser, s’il est possible, jusqu’aux tranchées, ou du moins faire une puissante diversion. Le second parti est d’attaquer le retranchement par têtes de colonnes ; on les forme en divers endroits. Dans ce cas on choisit les plus foibles, d’où on puisse le plus aisément pénétrer jusqu’à la place.

Quelques mesures que l’assiégeant prenne, il ne lui est guère possible d’en prendre d’assez justes, pour s’opposer à ces sortes d’attaques ; car en faisant une disposition semblable, en opposant colonne contre colonne, il ne le peut sans être obligé de dégarnir presqu’entierement le derriere de ses parapets, & sans s’exposer à être emporté par ces endroits. Il est infiniment plus aisé à l’assaillant de donner le change, qu’il ne lui est facile de s’en garantir. (D. J.)

Places publiques de Rome, (Antiquités de Rome.) les Grecs & les Romains se sont distingués par leurs places publiques, monumens à jamais célebres de leur magnificence & de leur goût pour les arts.

Les places publiques chez les Grecs étoient quarrées, & avoient tout-autour de doubles & amples portiques, dont les colonnes étoient serrées, & soutenoient des architraves de pierre ou de marbre, avec des galeries en haut ; mais cela ne se pratiquoit point en Italie, parce que l’ancienne coutume étant de faire voir au peuple les combats de gladiateurs dans ces places, il falloit pour de tels spectacles, qu’elles eussent tout-autour des entre-colonnes plus larges ; & que sous les portiques, les boutiques des changeurs & les balcons au-dessus, eussent l’espace nécessaire pour faire le trafic, & pour la recette des deniers publics.

Il y avoit à Rome 17 places publiques nommées fora ; mais il y avoit 3 places publiques principales où les Romains rendoient la justice : 1°. la place romaine, forum romanum, qui étoit la plus ancienne & la plus fameuse de toutes, & dans laquelle étoient les rostres : 2°. la place de César, forum Julii Cæsaris : 3°. la place d’Auguste, forum Augusti. Ces deux dernieres ne furent ajoutées que pour servir de supplément à la place romaine, à cause du grand nombre de plaideurs & de procès, comme dit Suétone.

Ces trois places étoient destinées aux assemblées du peuple, aux harangues, & à l’administration de la justice. A ces trois places, on en ajouta encore deux autres ; l’une fut commencée par Domitien, & achevée par l’empereur Nerva, qui, de son nom, fut appellée forum divi Nervæ ; & l’autre fut bâtie par Trajan, & nommée de son nom, forum Trajani. Disons un mot de toutes ces fameuses places.

La place romaine, située entre le mont Palatin & le Capitole, comprenoit tout cet espace qui s’étendoit depuis l’arc de Septimus Severus, jusqu’au temple de Jupiter Stator. Du tems de Romulus, ce n’étoit qu’une simple place sans édifices & sans ornemens. Tullus Hostilius fut le premier qui l’environna de galeries & de boutiques. Après lui ses successeurs, ensuite les consuls & les autres magistrats l’embellirent tellement, que dans le tems de la république florissante, c’étoit une des plus belles places du monde : elle étoit entourée d’édifices magnifiques, avec des galeries soutenues de colonnes, & s’étendoit alors depuis le pié du mont Capitolin où étoit l’arc de Septimus, jusqu’à l’arc de Titus ; & depuis le bas du mont Palatin, jusqu’à la voie sacrée.

Ses principales parties étoient le lieu appellé comitium, le comice, où le peuple s’assembloit pour les affaires publiques. Les édiles & les préteurs y donnoient souvent des jeux pour divertir le peuple. Marcelius, fils d’Octavie, sœur d’Auguste, dont Virgile a fait un si bel éloge, le fit couvrir de toile l’année de son édilité pour la commodité des plaideurs, ut salubrius litigantes consisterent, pour me servir des termes de Pline ; Caton le censeur disoit au contraire, qu’il le falloit faire paver de pierres pointues, afin que les plaideurs n’y allassent pas si souvent, & qu’en y perdant patience, ils perdissent aussi l’envie de plaider. Dans ce lieu du comice ou de l’assemblée, il y avoit quatre basiliques, celle de Paulus, l’Opimia, où le sénat s’assembloit, la Julia, qui fut bâtie par Vitruve, & la Portia par Portius Caton.

A l’un des coins de cette place, au pié de la roche Tarpéienne, étoit cette grande & affreuse prison que fit faire Ancus Martius, & que Servius Tullius augmenta depuis de plusieurs cachots, d’où vient qu’on l’appella Tullianum. A l’entrée de la place, ou, comme dit Tacite, près du temple de Saturne, étoit la célebre colonne appellée milliarium aureum, d’où l’on commençoit les mesures des distances des milles d’Italie. Il y avoit aussi une galerie, ou comme un pont de marbre, que fit faire l’empereur Caligula, pour aller & venir du mont Palatin au capitole par la place romaine. Elle étoit soutenue par quatre vingt grosses colonnes de marbre blanc. La vieille place romaine est appellée aujourd’hui campo vacino, &c.

La place de César, étoit celle dont Jules César fit l’acquisition pour l’embellissement de Rome, & pour servir aux assemblées du peuple, il l’acheta cent millions de sesterces, qui valoient, selon le calcul de Budé en argent de France de son tems deux millions cinq cens mille écus, & Jules-César dépensa deux cent cinquante mille écus pour la faire paver. Ce dictateur y fit bâtir la basilique Julienne, & y fit dresser sa statue sur un cheval de bronze.

La place d’Auguste à Rome fut l’ouvrage de cet empereur, parce que l’ancienne place romaine, & celle de Jules-César réunies, ne suffisoient pas pour toutes les assemblées publiques. On s’y rendoit pour déliberer de la guerre ou de la paix, & du triomphe que l’on accordoit aux vainqueurs, lesquels y apportoient les enseignes & les trophées de leurs victoires. Le temple de Mars étoit dans cette place, & l’on y faisoit quelquefois des courses à cheval, & des jeux publics. On y voyoit une magnifique statue d’albâtre, qui représentoit Auguste, avec les statues de tous ceux qui avoient triomphé. Il y avoit aussi deux tableaux de la main d’Apelle, dont l’un représentoit Castor & Pollux, & l’autre les victoires d’Alexandre le Grand, monté sur un char de triomphe. Cette place d’Auguste étoit près de la place romaine, & voisine du Tibre, qui s’y déborda du tems de cet empereur.

La place de Nerva, à côté de celle d’Auguste, commencée par l’empereur Domitien, fut achevée & embellie par Nerva son successeur. Elle étoit ornée de plusieurs statues, & de colonnes de bronze d’une hauteur extraordinaire, couvertes de bande de cuivre. Il y avoit près de-là un palais magnifique, avec un superbe portique, dont il reste encore quelques débris.

La place de Trajan, est celle que cet empereur fit bâtir entre la place de Nerva, le capitole & le mont Quirinal. Tout y étoit de la derniere magnificence. On y voyoit un superbe portique soutenu d’un grand nombre de colonnes, dont la hauteur & la structure donnoient de l’admiration. Tout cela étoit accompagné d’un arc triomphal, orné de figures de marbre, avec la statue du cheval de Trajan, qui étoit élevée sur un superbe piédestal. Au milieu de la place, étoit la colonne de Trajan. Voyez Colonne Trajane. (D. J.)

Place du change, ou place commune des Marchands ; c’est un lieu public établi dans les villes de négoce, où les marchands, négocians, banquiers, courtiers ou agens de change, & autres personnes qui se mêlent du commerce des lettres & billets de change, ou qui font valoir leur argent, se trouvent à certains jours de la semaine pour y parler & traiter des affaires de leur commerce, & savoir le cours du change. Voyez Change.

A Paris on dit simplement la place, elle est située dans la cour du palais sous la galerie dauphine. A Lyon on la nomme aussi la place ou la place du change ; à Toulouse, à Londres, à Amsterdam, & presque dans tous les pays étrangers, la bourse. Voyez Bourse.

Faire des traites & remises de place en place, c’est faire tenir de l’argent d’une ville à une autre par le moyen des lettres-de-change, moyennant un certain droit qui se regle suivant que le change est plus ou moins haut. Voyez Remise.

Quelquefois le mot de place se prend pour tout le corps des marchands & négocians d’une ville. On dit en ce sens que la place de Lyon est la plus considerable & la plus riche de France, pour dire qu’il n’y a point dans le royaume de banquiers & de marchands plus riches ni plus accrédités que ceux de Lyon.

On dit en termes de commerces : c’est demain jour de place. Je vais à la place. Il y a peu d’argent sur la place. L’argent de la place est à tant. Le change est haussé ou baissé sur la place, &c. Dans toutes ces expressions le nom de place ne signifie que le concours & l’assemblée des marchands qui négocient ensemble. Diction. de comm. tom. III. p. 865.

Place ; on appelle encore ainsi en terme de commerce de mer, certains endroits destinés dans les ports de mer. Les bâtimens marchands, suivant les ordonnances de marine, ne doivent point être mêlés ni engagés avec les vaisseaux de roi, & avoir déchargé leurs poudres & autres marchandises combustibles, avant que de pouvoir prendre leurs places dans le port. Idem. Ibid.

Place est encore un lieu public, dans lequel se tiennent les foires ou marchés où les marchands ont leurs échopes ou petites boutiques pour étaler leurs marchandises, quelquefois sans payer aucun droit, & le plus souvent en le payant au roi ou aux seigneurs.

Place se dit aussi du lieu que les maîtres de quelques communautés des arts & métiers de Paris ont droit d’avoir aux halles pour y étaler leurs marchandises les jours de marché, la place des Potiers de terre, &c.

Place s’entend aussi des endroits où les vendeurs d’images & les petits merciers étalent leurs marchandises, comme sont à Paris le cimetiere des SS. Innocens, les murs des églises & des grands hôtels. Dict. de comm.

Place, terme de Cloutier ; c’est un ustensile de fer enfoncé par le pié dans un gros bloc de bois, qui sert comme d’établi au cloutier pour fabriquer ses cloux. Cet ustencile est une espece d’enclume plus plate que quarrée, plus large par en-haut que par en-bas, dont la surface supérieure est unie & quarrée d’un côté, & alongée de l’autre ; c’est sur cet instrument que les ouvriers forgent & amenuisent leur baguette de fer pour en former les cloux ; il sert aussi pour appuyer la clouillere. Voyez les Planches du Cloutier.

Place, (Maréchal.) on appelle ainsi l’espace qui est entre deux poteaux dans une écurie, lequel est destiné pour y attacher & loger un cheval. Place s’entend dans quelques occasions pour le manege, comme quand le maître dit à l’écolier qui est à cheval de venir par le milieu de la place ; d’arrêter au milieu de la place ; il entend par cette expression le milieu du manege.

Places, tirer les, au médiateur, se dit d’une cérémonie de politesse qui sert de preuve à la bonne-foi des joueurs en se plaçant où le sort l’a décidé. On prend pour cela quatre cartes dans un jeu ; savoir, un roi, une dame, un valet & un as, que l’on présente aux joueurs pour leur en faire prendre une à chacun. Celui qui a tiré le roi se place où il veut, la dame après lui, le valet ensuite, & l’as au-dessus, pour lui donner la main.

Places, tirer les, au jeu de quadrille ; c’est voir au sort où chaque joueur doit se placer, ce qui se fait pour éviter toutes supercheries, & de la maniere suivante : on prend d’abord quatre cartes, une de chaque couleur, que l’on met à découvert à chaque place de la table, puis on en prend encore une de chaque couleur, que l’on mêle & que l’on présente, la couleur cachée, à chacun des joueurs, qui doit en prendre une & se placer à la couleur qui répond à cette carte prise.