Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 2.djvu/819

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


façon dont on s’y prend. Les Vinaigriers séparent par expression la partie la plus liquide de la lie de vin, dont ils se servent pour faire le vinaigre ; du marc qui leur reste, ils forment des pains ou gâteaux qu’ils font sécher ; cette lie ainsi séchée se nomme gravelle ou gravelée : ils la brûlent ou calcinent à feu découvert dans des creux qu’ils font en terre, & pour lors on lui donne le nom de cendres gravelées. Pour qu’elles soient bonnes, elles doivent être d’un blanc verdâtre, en morceaux, avoir été nouvellement faites, & être d’un goût fort âcre & fort caustique. L’on s’en sert dans les teintures pour préparer les laines ou les étoffes à recevoir la couleur qu’on veut leur donner. Voyez Teinture. On les employe aussi à cause de leur causticité dans la composition de la pierre à cautere, qui se fait avec une partie de chaux vive, & deux parties de cendres gravelées. Voyez Cautere.

Suivant M. Lemery, la cendre gravelée contient un sel alkali qui ressemble fort au tartre calciné : mais il est chargé de plus de parties terrestres que le tartre, & ne contient point autant de sel volatil que lui ; ce qui ne paroît point s’accorder avec ce que le même auteur dit dans un autre endroit, que le sel qui se tire des cendres gravelées, est beaucoup plus pénétrant que l’autre tartre, & par conséquent plus propre à faire des caustiques.

La plûpart des auteurs s’accordent à dire que les cendres gravelées s’appellent en Latin cineres clavellati ; sur quoi l’on a cru devoir avertir que le célebre Stahl, & généralement tous les Chimistes Allemands, par cineres clavellati, ont voulu désigner la potasse, qui n’est point de la lie de vin brûlée comme les cendres gravelées que l’on vient de décrire dans cet article. Il est vrai que la potasse & la cendre gravelée ont beaucoup de propriétés qui leur sont communes ; l’une & l’autre contiennent du sel alkali, & peuvent s’employer à peu de chose près aux mêmes usages ; mais ces raisons ne paroissent point suffisantes pour autoriser à confondre ces deux substances.

Si l’on a raison de distinguer la cendre gravelée, qui est produite par l’ustion de la lie de vin, d’avec le vrai tartre calciné ; doit-on mettre moins de différence entre cette même lie de vin brûlée, & des cendres d’arbres telle qu’est la potasse ? Voyez Potasse. Le Miscellanea chimica Leydensia appelle cineres clavellati, les cendres de sarmens de vigne brûlés en plein air. Autrefois l’on donnoit aussi ce nom aux cendres de barrils ou tonneaux que l’on brûloit : mais comme il étoit difficile d’en retirer de cette maniere autant que l’on en avoit besoin, on a préféré de se servir de la potasse que l’on pouvoit avoir en plus grande abondance. (—)

Cendre Bleue. Voyez Bleu.

Cendres vertes, (Hist. nat. & Minéralogie.) le nom de cendres a été donné fort improprement à cette substance, qui est une vraie mine de cuivre, d’une consistance terreuse, dont la couleur est d’un verd tantôt clair, tantôt foncé ; on l’appelle en Latin ærugo nativa terreæ. Voyez l’article Verd de montagne. (—)

Cendres de roquette, (Chimie & Art de la Vernerie.) on les nomme aussi poudre de roquette, cendres de Sirie ou du Levant. Neri dit dans son Art de la Verrerie, que la roquette est la cendre d’une plante qui croît abondamment en Egypte & en Syrie, surtout près des bords de la mer. Cette plante n’est autre chose que le kali ; on la coupe vers le milieu de l’été lorsqu’elle est dans sa plus grande force ; on la fait sécher au soleil ; on la met en gerbes que l’on entasse les unes sur les autres, & que l’on brûle ensuite pour en avoir les cendres : ce sont ces cendres que l’on nous envoye du Levant, & surtout de S. Jean d’Acre & de Tripoli ; les Verriers & les Savon-


niers s’en servent ; elles sont chargées d’un sel très acre & très-fixe que l’on en retire par la méthode ordinaire des lessives & des crystallisations, ou en en faisant évaporer la lessive à siccité. On faisoit autrefois un très-grand cas du sel tire de ces cendres ; soit qu’on lui attribuât plus de force qu’à d’autre, à cause du climat chaud qui le produit, soit que l’éloignement du pays d’où l’on tiroit cette marchandise contribuât à en rehausser le prix : mais Kunckel nous avertit dans ses notes sur l’Art de la Verrerie de Neri, que la soude, la potasse, ou toutes sortes de cendres fournissent un sel aussi bon pour les usages de l’art de la Verrerie, que celui que l’on peut tirer de la roquette, pourvû que ce sel ait été convenablement purifié par de fréquentes solutions, évaporations, & calcinations. (—)

* Cendres, (Hist. anc.) reste des corps morts brûlés, selon l’usage des anciens, Grecs & Romains : on comprend aisément qu’ils pouvoient reconnoître les ossemens ; mais comment séparoient-ils les cendres du corps d’avec celles du bûcher ? Ils avoient, dit le savant pere Montfaucon, plusieurs manieres d’empêcher qu’elles ne se confondissent ; l’une desquelles étoit d’envelopper le cadavre dans la toile d’amiante ou lin incombustible, que les Grecs appellent asbestos. On découvrit à Rome en 1702 dans une vigne, à un mille de la porte majeure, une grande urne de marbre, dans laquelle étoit une toile d’amiante : cette toile avoit neuf palmes romains de longueur, & sept palmes de largeur ; c’est environ cinq piés de large, sur plus de six & demi de long. Elle étoit tissue comme nos toiles ; ses fils étoient gros comme ceux de la toile de chanvre ; elle étoit usée & salle comme une vieille nappe de cuisine ; mais plus douce à manier & plus pliable qu’une étoffe de soie. On trouva dans cette toile des ossemens, avec un crane à demi-brûlé. On avoit mis sans doute dans cette toile le corps du défunt, afin que ses cendres ne s’écartassent point, & ne se mêlassent pas avec celles du bûcher, d’où on les retira pour les transporter dans la grande tombe. On jetta cette toile dans le feu, où elle resta long-tems sans être brûlée ni endommagée. Le pere Montfaucon qui semble promettre plusieurs manieres de séparer les cendres du mort de celles du bûcher, n’indique pourtant que celle-ci. On rapportoit les cendres de ceux qui mouroient au loin, dans leur pays ; & il n’étoit pas rare d’enfermer les cendres de plusieurs personnes dans une même urne. Voyez Bûcher, Funérailles, Urne, Tombeau, &c.

CENDRÉ, adj. terme qui se dit des choses qui ressemblent à des cendres, surtout par rapport à la couleur & à la consistance ; ainsi la substance corticale du cerveau, s’appelle aussi la substance cendrée. Voyez Cortical & Cerveau.

Ce terme se dit des déjections ou selles dans la lienterie, dans les crudités acides. Voyez Lienterie & Crudité.

CENDRÉE, s. f. (Chimie & Docimasie.) c’est ainsi que l’on nomme la cendre que l’on employe pour la formation des coupelles. L’on en distingue deux especes ; la grande cendrée, cineritium majus, & la petite cendrée, cineritium minus : la premiere s’employe pour les essais en grand, lorsqu’il est question de passer une grande quantité de métal à la coupelle ; pour la faire, on se sert de cendres de bois, que l’on ne prend pas la peine de lessiver ou de préparer avec tant de soin que pour la petite cendrée ; l’on y joint un peu de briques réduites en poudre ; on lui donne ensuite la forme dans des moules de terre, ou avec un anneau de fer, ou l’on s’en sert pour garnir le fourneau à raffiner. Voyez Coupelle.

La petite cendrée demande beaucoup plus de préparation ; l’on prend pour cela des matieres qui puis-