Relation et Naufrages

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Traduction par H. Ternaux-Compans.
Arthus Bertrand (p. titre-8).

VOYAGES,
RELATIONS ET MÉMOIRES
ORIGINAUX
pour servir à l’histoire de la découverte

DE L’AMÉRIQUE,
publiés pour la première fois en français,
par h. ternaux-compans.

*
relation et naufrages
d’alvar nuñez cabeça de vaca,
adelantade et gouverneur du rio de la plata.

valladolid. — 1555.
*
Paris,
arthus bertrand, libraire-éditeur
,
libraire de la société de géographie de paris,
rue hautefeuille, n° 23.

m. dccc xxxvii.

PRÉFACE.


L’avant-propos des commentaires d’Alvar Nuñez Cabeça de Vaca, qui forment le tome sixième de cette collection, contient tout ce que j’ai pu découvrir sur la biographie de ce conquérant. Sa relation de la Floride, quoique moins importante relativement à l’histoire, est peut-être encore d’un plus grand intérêt sous le point de vue ethnographique. Elle nous fait connaître la position exacte, les mœurs et les coutumes d’un grand nombre de peuplades qui n’existent plus aujourd’hui ; renseignements d’autant plus précieux pour nous, que quelques années après, les Français tentèrent à plusieurs reprises de former un établissement dans ce pays. La véracité du récit de Cabeça de Vaca, est confirmée par Herrera (Décad. iii, liv. ii, ch. 4 ; décad. iv, liv. iv, ch. 4–8 ; décad. vi, liv. 1, ch. 3–8), et par tous les historiens espagnols. On voit à la fin de cette relation de la Floride, que les deux Espagnols qui accompagnaient Cabeça de Vaca revinrent dans leur patrie : le nègre Estevanico resta au Mexique, et plus tard il servit de guide à Francisco Marco de Nizza dans l’expédition entreprise pour découvrir Cibola. Ce malheureux Estevanico fut massacré par les Indiens qui le prirent pour un imposteur parce qu’il s’annoncait comme l’envoyé d’un peuple blanc, lui qui était noir[1].

Les Espagnols qui abordèrent après Cabeça de Vaca dans la Floride, trouvèrent des traces de son passage. On peut consulter à cet égard la relation manuscrite du voyage de Francisco Vazquez de Coronado, par D. Pedro de Castañeda Nagera, qui attribue plusieurs fois aux bons traitements exercés par Cabeça de Vaca, la confiance que témoignaient les Indiens : voyez aussi l’histoire également inédite de la Nouvelle-Galice, par D. Matias de la Mota Padilla.

Alvar Nuñez Cabeça de Vaca fut certainement un homme d’une grande énergie, et son voyage à travers le continent septentrional de l’Amérique est une des entreprises les plus hasardeuses qui jamais aient été tentées. Quant à ses miracles, D. Antonio Ardoino, marquis de Sorito, a publié une longue et lourde dissertation pour en prouver l’authenticité[2]. Cet écrivain, après avoir rassemblé soigneusement toutes les histoires fabuleuses que l’on trouve dans les auteurs anciens ou modernes, conclut que ces événements ayant pu arriver, ceux que raconte Cabeça de Vaca méritent la même croyance ; pour ma part, je le lui accorde bien volontiers.

Il n’est peut-être pas hors de propos de rappeler en peu de mots les expéditions qui ont précédé celle dont Alvar fit partie.

Quelques auteurs ont prétendu que le continent de la Floride avait été aperçu en 1496 par Sébastien Cabot ; mais ce fut Jean Ponce de Léon qui le premier y aborda. Ponce avait accompagné Christophe Colomb dans son second voyage, et il était devenu gouverneur de l’ile de Boriquen ou de Porto-Rico. Ayant entendu dire aux Indiens que l’on trouvait la fontaine de Jouvence dans l’ile de Bimini, l’une des Lucayes ; il équippa deux navires pour aller à sa recherche.

Jean Ponce de Léon partit du port de San-German de Porto-Rico, navigua dans la direction du nord, et découvrit, le 27 mars, un continent auquel il donna le nom de Florida : les naturels l’appelaient Jaquara. Cette nouvelle terre fut ainsi nommée, dit Herrera, soit à cause de l’aspect fleuri du pays, soit parce qu’on l’aperçut le dimanche des Rameaux, que les Espagnols appellent Pascua Florida[3].

Ponce essaya en vain d’aborder en plusieurs endroits : les Indiens le repoussèrent vaillamment, et lui tuèrent plusieurs soldats. N’ayant pas assez de monde pour former un établissement, il se décida à retourner à Porto-Rico, et de là en Espagne, où il obtint en 1514, de Ferdinand le Catholique le titre d’adelantade des îles de Bimini et de la Floride[4]. Il quitta Séville avec trois caravelles, et se dirigea de nouveau vers Porto-Rico. Il aborda d’abord dans quelques-unes des Antilles, et notamment dans l’île de Guacana (la Guadeloupe), où les Caraïbes lui tuèrent beaucoup de monde. Cette perte l’obligea de rester quelque temps à Porto-Rico, et ce ne fut qu’en 1521 qu’il put mettre à la voile pour la Floride. Ponce de Léon avait à peine mis pied à terre, qu’il fut vigoureusement attaqué par les Indiens qui massacrèrent la plus grande partie des Espagnols : leur chef lui-même, blessé d’un coup de flèche à la cuisse, eut la plus grande peine à gagner l’île de Cuba, où il mourut bientôt après des suites de sa blessure[5].

Francisco de Hernandez de Cordova avait tenté un débarquement en 1517, entre les deux expéditions de Ponce de Léon, sans être plus heureux[6]. L’entreprise de Lucas Vazquez de Ayllon faite en 1520, n’avait d’autre but que d’enlever des naturels pour les faire travailler aux mines de Saint-Domingue. Il réussit par des présents à en attirer à bord de ses navires ; néanmoins il ne recueillit pas de grands avantages de cette trahison, car ces Indiens aimèrent mieux se laisser mourir de faim que de travailler pour leurs tyrans[7].

Jean de Verrazano, pilote italien, au service de François Ier, visita en 1524 la côte de la Floride, et lui donna le nom de Nouvelle-France[8].

Un pilote de Cuba, nommé Mirvelo, probablement le même dont parle Cabeça de Vaca, y fut jeté par une tempête quelques années après. La description que cet homme fit du pays encouragea Lucas Vazquez de Ayllon à entreprendre en 1525 une nouvelle expédition qui ne fut pas plus heureuse que les précédentes : il perdit presque tout son monde, et ne s’échappa qu’avec bien de la peine[9].

Pamphile de Narvaez, qui avait autrefois commandé l’armée envoyée par Valazquez pour enlever à Fernand Cortez le gouvernement du Mexique, sollicitait depuis longtemps à la cour d’Espagne un dédommagement des pertes qu’il avait éprouvées dans cette occasion, lorsqu’en 1526 il obtint le gouvernement de toutes les terres qu’il pourrait découvrir depuis l’ile des Palmes, jusqu’aux confins de la Floride. Il partit pour cette expédition sans se laisser décourager par le mauvais succès de ses devanciers : on verra, par la relation de Cabeça de Vaca, le mauvais succès de cette tentative.

TABLE ANALYTIQUE
des matières
contenues dans ce volume
.


Pages
 23
 47
Chap. VII. — De la nature du pays. 
 49
Chap. VIII. — Nous partons d’Haute. 
 61
 105
 139
Chap. XX. — Nous prenons la fuite. 
 157
 167
 249
 259
 263
 279
fin de la table des matières.
  1. La relation de Francisco Marco de Nizza se trouve dans la collection de Ramusio et dans celle d’Hakluyt.
  2. Cette dissertation a été insérée par Barcia dans les Historiadores primitivos de las Indias.
  3. Herrera, décade 1, liv. ix, ch. 10.
  4. Gomara, Hist. de las Indias. Medina del Campo, 1553, p. 23.
  5. P. Martyr, décad. iii, ch. 10.
  6. Herrera. décade ii, liv. ii, ch. 18.
  7. Garcilasso de la Vega. Hist. de la Florida, liv. i, ch. 3.
  8. La relation de Jean de Verrazano, datée de Dieppe, le 8 juillet 1524, a été insérée par Hakluyt dans le troisième volume de sa collection ; voyez aussi Ramusio t. iii
  9. Garcilasso liv. i, ch. iii ; Herrera décad. iii, liv. viii, chap. 8.