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Sermon III pour la fête de l’Annonciation

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Œuvres de Saint Bernard — Pour la fête de l’Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie.
Traduction par Nicolas Laffineur (abbé).
Texte établi par Monseigneur l’Évêque de Versailles, Louis Guérin (Sermons de saint Bernard — Paraboles attribuées à saint Bernard — Textes diversp. 28-32).

Sermon III[1]

De la femme adultère (Jean viii, 3, 11) : de Suzanne (Dan. xiii) et de la bienheureuse Marie (Luc i, 26, 38.)

1. Que vous êtes riche en miséricorde, que vous êtes magnifique en justice, que vous distribuez vos grâces avec munificence, ô Seigneur, notre Dieu ! Non, personne ne sait, comme vous, donner avec tant d’abondance, rémunérer avec tant d’équité, délivrer avec tant de bonté ! Vous regardez gratuitement les humbles, vous jugez justement les innocents, vous sauvez miséricordieusement les pécheurs. Voilà, mes frères, les mêts plus copieux que d’habitude servis aujourd’hui à la table du riche Père de famille, dans les témoignages tirés des saintes Écritures, si toutefois nous y prêtons une attention sérieuse. Cette abondance, nous la devons à la coïncidence du saint temps de Carême avec le jour sacré de l’Annonciation du Seigneur. Aujourd’hui, en effet, à nos oreilles, l’indulgence du Rédempteur a absous la femme surprise en adultère : aujourd’hui elle a délivré de la mort Suzanne innocente, aujourd’hui elle a rempli la bienheureuse Vierge des faveurs exceptionnelles d’une bénédiction gratuite. Festin magnifique dont les mets sont la miséricorde, la justice et la grâce ! Et la miséricorde n’est-elle pas une nourriture pour les hommes ? Oui, et une nourriture salutaire, dont l’efficacité guérit. La justice, de son côté, n’est-elle pas un pain pour le cœur ? Oui, et elle l’affermit, c’est un aliment substantiel et solide. Heureux ceux qui ont faim car ils seront rassasiés[2] ! N’est-ce pas encore pour l’âme une nourriture que la grâce de son Dieu ? Oui, et une nourriture pleine de douceur, de suavité, de délicieuse saveur : ou plutôt rassemblant toutes les propriétés des deux autres, elle charme, elle soutient, elle guérit.

2. Mes frères, approchons de cette table, et goûtons au moins à chacun des mêts qui y sont servis. Dans sa loi, Moïse a ordonné de lapider ces gens-là, disent des pécheurs parlant d’une pécheresse et les Pharisiens à propos d’une adultère. Il a parlé ainsi à cause de la dureté de vos cœurs. Mais Jésus se baissa. Seigneur, abaissez les cieux et descendez[3]. En s’inclinant, en se laissant fléchir à la miséricorde (car il n’avait pas un cœur de juif) il écrivait avec son doigt, non sur la pierre, mais sur la terre. Et là il y a, non pas une écriture unique, mais une double écriture, comme il y a deux tables dans les mains de Moïse. Peut-être écrivait-il vérité et grâce, et en écrivant une seconde fois, semble-t-il les imprimer sur la terre, selon ce mot de l’apôtre saint Jean ; La loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité ont été réalisées par Jésus-Christ[4]. Est-ce dans la table de la vérité qu’il a lu, pour réfuter les Pharisiens : Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ? Parole courte mais vive et efficace, plus pénétrante qu’un glaive acéré. À ce mot, comme ces cœurs de rocher sont brisés ! comme ces fronts de granit sont broyés sous cette petite pierre ! C’est ce que prouvent bien la confusion qui les couvre, et leur retraite clandestine. Cette adultère méritait, il est vrai, d’être lapidée. Mais que celui-là trouve de la joie à punir qui n’est pas lui-même digne de châtiment ! Que celui-là ose tirer vengeance d’une pécheresse qui ne mérite pas le premier d’être traité ainsi ! Sinon commencez par vous ; vous êtes si près de vous-mêmes ! Prononcez la sentence, et exercez la vengeance contre vous. Ainsi parle la Vérité.

3. Mais ce n’est pas tout encore : car cette Vérité a confondu les accusateurs, sans absoudre la coupable. Qu’elle écrive donc de nouveau, qu’elle écrive sa grâce, qu’elle lise ensuite, et que nous l’entendions. Femme, personne ne vous a condamnée ? Personne, Seigneur. Je ne vous condamnerai pas non plus : allez et ne péchez plus. Ô parole de miséricorde ! quelle joie salutaire on éprouve en l’entendant ! Seigneur, ah ! faites-moi entendre, dès le matin, votre miséricorde, parce que j’ai espéré en vous[5]. Car l’espérance seule obtient auprès de vous la place de la miséricorde, et vous ne versez l’huile de cette miséricorde que dans le vase de la confiance. Mais il y a une confiance infidèle, qui ne peut qu’attirer la malédiction. C’est lorsque nous nous autorisons de l’espoir du pardon pour pécher. Une pareille disposition ne mérite pas le nom d’espérance ; c’est une insensibilité, une dissimulation fatales. Car quel espoir peut avoir celui qui ne voit pas le péril ? ou quel remède pouvez-vous avoir contre la crainte quand vous n’avez le sentiment ni de la crainte, ni de ce qui en est la matière ? La confiance est une consolation : et il n’a pas besoin de consolation celui qui trouve sa joie à mal faire, et qui met ses délices dans le crime. C’est pourquoi, mes frères, prions le ciel de nous répondre et de nous faire connaître l’énormité de nos iniquités et de nos péchés : souhaitons que nos crimes nous soient montrés. Sondons nos voies et nos dispositions : et songeons sérieusement à tous les périls que nous courons. Que chacun dise dans un sentiment de terreur : j’irai aux portes de l’enfer ; afin que nous ne respirions plus que par la seule miséricorde de Dieu. Voilà la vraie confiance de l’homme qui se défie de lui-même, pour ne s’appuyer que sur son Dieu. Voilà, dis-je, la véritable confiance à laquelle la miséricorde n’est pas refusée, car le Prophète le déclare : Dieu se complaît en ceux qui le craignent et en ceux qui espèrent en sa miséricorde[6]. Et, certes, les biens qu’il nous ménage ne sont pas à dédaigner. Nous trouvons en nous un sujet de crainte, mais en lui un motif de confiance. Il est doux et plein de suavité : riche est sa miséricorde ; il se laisse apaiser, il est libéral en ses pardons. Croyons en ses ennemis eux-mêmes qui n’ont pas trouvé en lui d’autre base pour y appuyer leurs calomnies. Il compatira au sort de la pécheresse, disent-ils, et il ne la laissera pas mettre à mort. Il se montrera donc l’ennemi évident de la loi en absolvant une femme condamnée par la loi. Ô Pharisiens ! toutes les inventions de votre malignité vont retomber sur vos têtes. Vous vous défiez de votre cause, puisque vous cherchez à éluder le jugement. L’absolution de cette femme ne porte aucune atteinte à la loi, puisqu’elle reste sans accusateur.

4. Mais, considérons, mes frères, où vont ces Pharisiens en se retirant. Voyez-vous ces deux vieillards (les plus vieux ont donné le signal du départ) se cacher dans le verger de Joachim. Ils cherchent Suzanne sa femme. Suivons-les, car ils nourrissent contre elle un criminel dessein. Consentez à nos propositions, disent ces vieillards, ces Pharisiens, ces loups privés naguères du plaisir de dévorer une autre brebis, mais une brebis égarée. Consentez à nos propositions et ayez commerce avec nous. Vieillards scélérats et endurcis dans le crime, quoi ! tantôt vous accuserez l’adultère et tantôt vous le prêcherez ! Voilà toute votre justice : ce que vous condamnez en public vous le faites en secret. C’est pour cela que vous êtes partis l’un après l’autre, quand celui qui pénètre tous les secrets eut ébranlé vos consciences en disant : Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre. La Vérité a eu raison de dire à ses disciples : Si votre justice n’est plus parfaite que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux[7]. Sinon, poursuivent les vieillards, nous porterons témoignage contre vous. Race de Chanaan, et non de Juda, Moïse n’a pas même prescrit cela dans la loi. Celui qui a ordonné de lapider l’épouse adultère a-t-il enjoint d’accuser la femme chaste et vertueuse ? S’il a condamné la première à périr écrasée sous les pierres, a-t-il aussi exigé de déposer contre l’innocence ? Au contraire : il n’a pas voulu laisser le faux témoin plus impuni que l’adultère[8]. Mais vous qui mettez votre gloire dans la loi, vous outragez Dieu en la transgressant.

5. Suzanne s’écria en gémissant : l’angoisse me presse de toute part. Car la mort est partout : d’un côté mort corporelle, mort spirituelle de l’autre. Si je fais cela, dit-elle, c’est ma mort ; si je m’y refuse je n’échapperai pas à vos mains. Et aux vôtres, ô Pharisiens ! personne n’échappe non plus, ni la femme coupable, ni la vertueuse : vos accusations atteignent et le saint, et le pécheur. Vous cachez vos péchés quand vous découvrez ceux d’autrui : et quand un homme est personnellement innocent vous lui prêtez vos crimes. Cependant que fait Suzanne entre la mort et la mort, entre la mort de l’âme et celle du corps ? Il vaut mieux, dit-elle, que je tombe innocente entre les mains des hommes que d’abandonner la loi de mon Dieu. Elle savait qu’il est affreux de tomber aux mains du Dieu vivant. Car les hommes, quand ils ont tué le corps, sont réduits à l’impuissance à l’égard de l’âme. Mais il faut redouter celui qui a le pouvoir de nous jeter corps et âme dans l’enfer[9]. Pourquoi la maison de Joachim tarde-t-elle à arriver ? Qu’elle se précipite à l’entrée du jardin : car un cri a retenti dans le verger. C’est le cri de loups affreux : c’est aussi le doux bêlement de la brebis tombée au milieu d’eux. Mais il ne leur permettra pas de dévorer cette brebis innocente, celui qui a daigné arracher de leurs dents une autre brebis qui méritait moins cette délivrance. Aussi lorsqu’on la conduisait à la mort, son cœur était plein de confiance en Dieu : elle l’avait craint jusqu’à dédaigner pour lui toute crainte humaine, jusqu’à préférer sa loi et à sa vie et à sa réputation. Jamais on n’avait rien dit de pareil de Suzanne. Ses parents étaient justes, et son mari jouissait de la plus grande considération parmi les Juifs. Elle a donc bien mérité d’obtenir du juste juge une juste vengeance contre d’iniques accusateurs, celle qui avait de la justice une soif assez ardente pour mépriser la mort corporelle, la honte de sa race, et le deuil inconsolable de ses amis.

6. Et nous, mes frères, si nous avons entendu le Christ nous dire, je ne vous condamnerai pas non plus, si nous ne voulons plus pécher contre lui, mais vivre pieusement en lui, souffrons la persécution, et ne rendons pas offense pour offense, malédiction pour malédiction. Autrement en perdant la patience on perd la justice, c’est-à-dire la vie, c’est-à-dire son âme. À moi la vengeance : c’est moi qui rendrai, dit le Seigneur[10]. Il en est ainsi. Il rendra, mais si vous lui réservez le soin de votre vengeance, si vous ne lui ravissez pas le jugement, si vous n’usez pas de représailles envers ceux qui vous maltraitent. Il rendra justice mais à celui qui aura enduré l’injustice : il jugera avec équité, mais au profit de la mansuétude. Si je ne me trompe, vous vous fatiguez des lenteurs avec lesquelles viennent les délices : n’en soyez pas surpris, ce sont des délices. Elles ne deviendront jamais fades si rassasié qu’on en soit : elles n’exciteront jamais le dégoût des cœurs les mieux remplis.

7. L’Ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée nommée Nazareth. Vous vous étonnez de voir Nazareth, une petite ville, honorée d’un message du grand roi, et de quel message ! Cette petite ville cache un grand trésor ; elle le cache aux hommes mais non pas à Dieu. Marie n’est-elle pas le trésor de Dieu ? Son cœur la suit partout. Ses yeux sont sans cesse sur elle : partout il regarde la bassesse de sa servante. Le fils unique de Dieu le Père connaît-il le ciel ? S’il le connaît, il connaît aussi Nazareth. Pourrait-il ignorer sa patrie, ignorer son héritage ? Du chef de son Père il revendique le ciel, et Nazareth du chef de sa mère, puisqu’il se déclare, à la fois, et Fils de David, et son Seigneur[11]. Le ciel est au Seigneur : pour la terre il l’a donnée aux enfants des hommes[12]. Il faut donc que l’un et l’autre deviennent sa propriété, puisqu’il n’est pas seulement le Seigneur, mais encore le fils de l’homme. Aussi entendez-le, en sa qualité de fils de l’homme, revendiquer la terre, et la communiquer en sa qualité d’époux. Les fleurs dit-il, ont apparu sur notre terre[13]. Ce qu’on ne contredit pas en donnant au mot Nazareth le sens de fleur. La fleur issue de la racine de Jessé aime une patrie fleurie : la fleur des champs, le lis des vallons se plaît au milieu des lis. Trois choses, trois grâces relèvent le prix de ces fleurs, la beauté, le parfum, l’espérance des fruits qu’elles donneront. Dieu vous regarde comme une fleur : il met en vous ses complaisances si vous avez et la beauté d’une vie honnête, et le parfum d’une réputation pure, et l’intention de la récompense future. Car le fruit de l’esprit c’est la vie éternelle.

8. Ne craignez pas, ô Marie ; car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur. Et quelle grâce ! Une grâce pleine et singulière. Dirai-je singulière ou générale ? Je dirai l’un et l’autre, puisqu’elle est pleine et d’autant plus singulière qu’elle est générale ; car seule vous avez reçu une grâce générale d’une façon singulière. Oui, dis-je, d’autant plus singulière qu’elle est générale : car seule, entre toutes les femmes, vous avez trouvé grâce. Grâce singulière, puisque vous avez seule trouvé cette plénitude ; grâce générale, puisque tous reçoivent de cette plénitude. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Ce fruit est spécialement le vôtre ; mais, par votre intermédiaire, il arrive à toutes les âmes. Ainsi jadis, ainsi la rosée était tout entière sur la toison et tout entière dans l’aire : mais jamais elle ne couvrit l’aire comme elle avait couvert la toison[14]. En vous seule, le Roi riche et souverainement riche s’est anéanti ; le Très-Haut s’est humilié ; l’Immense s’est rapetissé et abaissé au-dessous des anges ; le vrai Dieu, Fils de Dieu, s’est incarné. Mais quel fruit voulait-il produire ? Il voulait nous enrichir de sa pauvreté, nous relever par ses abaissements, nous agrandir par ses humiliations, nous unir à Dieu par son incarnation, nous aider à devenir un même esprit avec lui.

9. Mais que disons-nous, mes frères ? Quel est le vase où la grâce est versée de préférence ? Si, comme nous l’avons rappelé plus haut, la confiance est propre à contenir la miséricorde, et la patience la justice, quel sera le récipient réservé à la grâce ? La grâce est un baume d’une pureté exquise : elle demande un vase très-solide. Or, qu’y-a-t-il d’aussi pur, d’aussi solide que l’humilité du cœur ? C’est donc avec raison que Dieu donne la grâce aux humbles, et qu’il abaisse les yeux sur la bassesse de sa servante. Pourquoi, me direz-vous ? Parce qu’un cœur humble n’est occupé par aucun mérite humain qui empêche la plénitude de la divine grâce d’y descendre à flots. Mais il nous fait arriver à cette humilité par certains degrés. Car, premièrement, le cœur de l’homme qui trouve encore du plaisir à pécher, et qui n’a pas changé une malheureuse habitude pour une résolution meilleure, trouve dans ses propres vices un obstacle qui le rend incapable de recevoir la grâce. Secondement, a-t-il commencé à se corriger, et se propose-t-il de ne plus retomber dans ses fautes passées, encore que ses désordres antérieurs semblent finis, tant qu’ils restent en son âme, ils la ferment à la grâce. Or, ils y restent jusqu’à ce que l’aveu les ait purifiés, et que de dignes fruits de pénitence les aient fait disparaître. Mais malheur à vous, si vous tombez dans l’ingratitude, plus funeste que tous les désordres et que tous les péchés ! Qu’y a-t-il de plus évidemment contraire à la grâce ? Avec le temps, la première ferveur de notre vie s’attiédit ; la charité se refroidit peu à peu ; l’iniquité abonde, et après avoir débuté par l’esprit, nous finissons par la chair. De là vient que nous apprécions moins les dons que Dieu nous a faits : nous glissons dans l’indévotion et l’ingratitude. Nous perdons la crainte de Dieu ; nous négligeons la solitude religieuse ; nous devenons loquaces, curieux, facétieux, médisants ; nous murmurons, nous nous occupons de bagatelles ; nous fuyons le travail et la règle, toutes les fois que nous pouvons le faire sans être remarqués, comme si en cessant d’être observés nous étions moins coupables ! Pourquoi nous étonner si la grâce nous manque, quand nous lui opposons tant d’obstacles ! Mais au contraire, et selon l’enseignement de l’Apôtre nous montrons-nous reconnaissants, afin que la parole de Dieu habite en nous[15] ; sommes-nous pieux, pleins de sollicitude et de ferveur ; gardons-nous bien de nous confier en nos mérites et de nous appuyer sur nos œuvres : sinon la grâce n’arrivera pas jusqu’à nos cœurs ; il est déjà plein, et la grâce n’y saurait trouver place.

10. Avez-vous considéré le Pharisien en prière ? Il n’était ni voleur, ni injuste, ni adultère. Ne croyez pas qu’il fût non plus déshérité de tout fruit de pénitence. Il jeûnait deux fois la semaine ; il payait la dîme de tous ses biens. Vous le soupçonnez peut-être d’avoir été ingrat ? Écoutez-le s’écrier : Mon Dieu ! je vous rends grâces. Mais son cœur n’était pas vide, il n’était pas humble : c’était un cœur enivré d’orgueil. Au lieu de chercher à connaître ce qui lui manquait, il s’exagérait son propre mérite. Au lieu d’une plénitude solide, il n’y avait en lui qu’une tumeur. Aussi redevint-il vide après avoir simulé la plénitude. Le Publicain, au contraire, qui s’était abaissé parce qu’il avait cherché a présenter un vase vide, remporta une grâce plus abondante[16]. Désirons-nous donc, mes frères, trouver la grâce, abstenons-nous désormais de nos vices, et faisons de nos péchés passés une digne et sérieuse pénitence. Ensuite, empressons-nous de nous montrer dévoués à Dieu et parfaitement humbles. C’est, en effet, sur les âmes ainsi disposées que Dieu aime à reposer ses yeux, selon cette parole du Sage : La grâce et la miséricorde de Dieu sont sur les Saints ; il repose son regard sur ses élus[17]. Peut-être est-ce pour cela qu’il rappelle quatre fois à lui l’âme qui attire ses regards, et qu’il dit : Revenez, revenez, ô Sunamite ; revenez, revenez, afin que nous vous voyions[18]. Il ne veut qu’elle reste ni dans l’habitude du péché, ni dans une conscience coupable, ni dans la tiédeur et l’indifférence de l’ingratitude, ni dans la cécité de l’orgueil. À ce quadruple péril, daigne nous arracher et nous soustraire Celui qui, pour nous, a été fait, par Dieu le Père, sagesse, justice, sanctification, rédemption, Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui avec le Père et l’Esprit-Saint, vit et règne en Dieu dans les siècles sans fin. Ainsi soit-il.

  1. Prononcé en 1150. L’Annonciation tombait le samedi, veille du ive dimanche de Carême où on lit à l’office l’histoire de Suzanne, et à la messe l’Évangile de la femme adultère.
  2. Math. v, 6.
  3. Ps. cxliii, 5.
  4. Jean i, 17.
  5. Ps. cxlii, 8.
  6. Ps. cxlvi, 11.
  7. Math. v, 20.
  8. Deutér. xix, 16, 21, et Prov. xix, 9.
  9. Math. x, 28.
  10. Rom. xii, 19.
  11. Math. xxii, 42, 45.
  12. Ps. cxiii, 16.
  13. Cantique des Cantiques.
  14. Juges. vi, 37, 40.
  15. Coloss. iii, 16, 15.
  16. Luc xviii, 10, 14.
  17. Sagesse iv, 15.
  18. Cantiq. vi, 12.