Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Lettre G

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Henri Plon (p. 290-316).
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Gaap (autrement dit Tap). Voy. {{DIv|ïap. < Gabinius ou Gabienus. Dans la guerre de < Sicile, entre Octave et Sextus Pompée, un des gens d’Octave, nommé Gabinius, ayant été fait < prisonnier, eut la tête coupée. Un loup emporta cette tête ; on l’arracha au loup, et sur le soir on entendit ladite tête qui se plaignait et demandait à parler à quelqu’un. On s’assembla autour ; alors la bouche de cette tête dit aux assistants qu’elle était revenue des enfers pour révéler à Pompée : des choses importantes. Pompée envoya aussitôt ; un de ses lieutenants, à qui le mort déclara que ledit Pompée serait vainqueur. La tête chanta ensuite dans un poëme les malheurs qui menaçaient Rome ; après quoi elle se tut, à ce que disent Pline et Valère Maxime.

Si ce trait a quelque fondement, c’était sans doute une fourberie exécutée au moyen d’un ventriloque, et imaginée pour relever le courage des troupes. Mais elle n’eut point de succès : Sextus Pompée, vaincu et sans ressource, s’enfuit en Asie, où il fut tué par les gens de Marc-Antoine.

Gabino, démon de l’espèce de Kleudde ; il se montre le plus souvent sous la peau du cheval sauvage, très-redouté dans le pays de Vannes.

Gabkar. Les Orientaux croient à une ville fabuleuse appelée Gabkar, qu’ils disent située dans les déserts habités par les génies.

Gabriel (Gilles) a écrit au dix-septième siècle un essai de la morale chrétienne comparée à la morale du diable : Specimina moralis christianœ et moralis diabolicœ in praxi. Bruxelles, 1675, in-12.

Gabrielle. Dans le Vexin français, le bourgeois qui a quatre filles et veut avoir un garçon nomme la dernière Gabrielle ; charme qu’il croit de nature à lui amener infailliblement un fils.

Gabrielle d’Estrées, maîtresse de Henri IV, morte en 1599. Elle cherchait à épouser le roi et se trouvait logée dans la maison de Zamet, riche financier de ce temps. Comme elle se promenait dans les jardins, elle fut frappée d’une apoplexie foudroyante. On la porta chez sa tante, madame de Sourdis. Elle eut une mauvaise nuit ; le lendemain elle éprouva des convulsions qui la firent devenir toute noire : sa bouche se contourna, et elle expira horriblement défigurée. On parla diversement de sa mort ; plusieurs en chargèrent le diable ; on publia qu’il l’avait étranglée ; et au fait il en était bien capable.

Gabrielle de P., auteur de l’Histoire des fantômes et des démons qui se sont montrés parmi les hommes, in-12, 1819, et du Demoniana, ou Anecdotes sur les apparitions de démons, de lutins et de spectres, in-18, 1820.

Gaetch, fils de Touita, dieu des morts chez les Kamtschadales. Voy. Lézards.

Gaffarel (Jacques), hébraïsant et orientaliste, né à Mannes en Provence en 1601, mort en 1681. Ses principaux ouvrages sont : Mystères secrets de la cabale divine, défendus contre les paradoxes des sophistes, Paris, 1625, in-4°. Curiosités inouïes sur la sculpture talismanique des Persans, l’horoscope des patriarches et la Lecture des Étoiles. Paris, 1629, in-8°. Index de 19 cahiers cabalistiques dont s’est servi Jean Pic de la Mirandole. Paris, 1651, in-8°. Histoire universelle du monde souterrain, contenant la description des plus beaux antres et des plus rares grottes, caves, voûtes, cavernes et spèlonques de la terre. Le prospectus de ce dernier ouvrage fut imprimé à Paris, 1666, in-folio de 8 feuillets : il est très-rare. Quant au livre, il ne parut pas, à cause de la mort de l’auteur. On dit que c’était un monument de folie et d’érudition. Il voyait des grottes jusque dans l’homme, dont le corps présente mille cavités ; il parcourait les cavernes de l’enfer, du purgatoire et des limbes, etc. Ce savant avait été bibliothécaire du cardinal de Richelieu.

Gaïlan, Les Arabes appellent ainsi une espèce de démon des forêts qui tue les hommes et les animaux.

Gaillard (François). Voy. Coirières.

Gaius, aveugle guéri par un prodige, du temps d’Antonin. Esculape l’avertit, dans un songe, de venir devant son autel, de s’y prosterner, dépasser ensuite de la droite à la gauche, de poser ses cinq doigts sur l’autel, de lever la main, et de la mettre sur ses yeux. Il obéit et recouvra la vue en présence du peuple, qui applaudit avec transport. — C’était une singerie qu’on faisait pour balancer les miracles réels du christianisme.

Galachide ou Garachide, pierre noirâtre, à laquelle des auteurs ont attribué plusieurs vertus merveilleuses, celle entre autres de garantir celui qui la tenait des mouches et autres insectes. Pour en faire épreuve, on frottait un homme de miel pendant l’été, et on lui faisait porter cette pierre dans la main droite : quand cette épreuve réussissait, on reconnaissait que la pierre était véritable. On prétendait aussi qu’en la portant dans sa bouche, on découvrait les secrets des autres.

Galamta, sorcière du seizième siècle. Elle donna un jour une pomme à goûter à la fille du suisse de l’église du Saint-Esprit à Bayonne, qui désirait avoir trois paniers de ces pommes. Cette fille n’eut pas plutôt mordu la pomme, qu’elle tomba du haut mal ; et la force du maléfice fut telle, qu’elle en fut tourmentée toute sa vie. Aussitôt qu’elle voyait la sorcière, les accès lui prenaient très-violemment : « ce qui a été confirmé devant nos yeux, » comme dit Delancre. De nos jours, on n’attribuerait peut-être pas cela au sortilège ; mais alors on poursuivit la sorcière.

Galdarkraftigans, sorciers des Anglo-Saxons, qui liaient ou déliaient par des chants magiques appelés Galdra. Ce chant vient d’Odin.

Galien, Le plus grand médecin des temps passés après Hippocrate. On lui attribue un Traité des enchantements, et les médecins empiriques ont souvent abusé de son nom.

Galigaï ( Léonora), épouse du maréchal d’Ancre Concino Concini, qui fut tué par la populace en 1617. On la crut sorcière ; et en effet elle s’occupait de sciences occultes et de charmes. On publia que par ses maléfices elle avait ensorcelé la reine ; surtout lorsqu’on eut trouvé chez elle trois volumes pleins de caractères magiques, cinq rouleaux de velours destinés à dominer les esprits des grands, des amulettes qu’elle se mettait au cou, des agnus que l’on prit pour des talismans, car elle mêlait les choses saintes aux abominations magiques, et une lettre que Léonora avait ordonné d’écrire à une sorcière nommée Isabelle. Il fut établi au procès que le maréchal et sa femme se servaient pour envoûter d’images de cire qu’ils gardaient dans de petits cercueils ; qu’ils consultaient des magiciens, des astrologues et des sorciers ; qu’ils en avaient fait venir de Nancy pour sacrifier des coqs aux démons, et que dans ces cérémonies Galigaï ne mangeait que des crêtes de coqs et des rognons de bélier qu’elle faisait charmer auparavant. Elle fut encore convaincue de s’être fait exorciser par un certain Matthieu de Montanay, charlatan sorcier. Sur ses propres aveux, dit-on, elle eut la tête tranchée, en place de Grève à Paris, et fut brûlée en 1617. Cependant le président Courtin ! lui demandant par quel charme elle avait ensorcelé la reine, elle répondit fièrement : « Mon sortilège a été le pouvoir que les âmes fortes ont sur les âmes faibles. »

Galilée. Les protestants, copiés par les jansénistes, ont beaucoup déclamé contre la prétendue persécution qu’essuya Galilée à cause de ses découvertes astronomiques. On a fait fracas de ce qu’on appelle sa condamnation au tribunal de l’inquisition romaine. Mais il est prouvé, il est constant, il est avéré, il est établi, depuis longtemps déjà, qu’on en impose effrontément dans ces récits infidèles : ce qui n’empêche pas les écrivailleurs de les répéter toujours, et les peintres ignorants de déshonorer leurs pinceaux par ces mensonges. Galilée ne fut pas censuré comme astronome, mais comme mauvais théologien. Il voulait expliquer la Bible. — Ses découvertes, à l’appui du système de Copernic, ne lui eussent pas fait plus d’ennemis qu’à cet autre savant. Ce fut son entêtement à vouloir concilier, à sa manière, la Bible et Copernic, qui le fit rechercher par l’inquisition. En même temps que lui, vivaient à Rome un grand nombre d’hommes célèbres, et le saint-siége n’était pas entouré d’ignorants. En 1611, pendant son premier voyage dans la capitale du monde chrétien, Galilée fut admiré et comblé d’honneurs par les cardinaux et les grands seigneurs auxquels il montra ses découvertes. Lorsqu’il y retourna, en 1615, le cardinal Delmonte lui traça le cercle savant dans lequel il devait se renfermer. Mais son ardeur et sa vanité l’emportèrent. « Il exigeait, dit Guichardin, que le Pape et le saint-office déclarassent le système de Copernic fondé sur la Bible. » Il écrivit à ce sujet mémoires sur mémoires. Paul V, fatigué de ses instances, accorda que cette controverse fût jugée dans une congrégation. Malgré tout l’emportement qu’y mit Galilée, il ne fut point intéressé dans le décret rendu par la congrégation, qui déclara seulement que le système de Copernic ne paraissait pas s’accorder avec les expressions de la Bible. Avant son départ, il eut une audience très-gracieuse du Pape ; et Bellarmin se borna, sans lui interdire aucune hypothèse astronomique, à lui interdire ses prétentions théologiques.

Quinze ans après, en 1632, sous le pontificat d’Urbain VIII, Galilée imprima ses célèbres dialogues Delle due massime système del mondo, avec une permission et une approbation supposées. Personne ne réclama. Il fit reparaître ses mémoires écrits en 1616, où il s’efforçait d’ériger la rotation du globe sur son axe en question de dogme. Ses bravades le firent citer à Rome. Il y arriva le 3 février 1633. Il ne fut point logé à l’inquisition, mais au palais de l’envoyé de Toscane. Un mois après, il fut mis, — non dans les prisons de l’inquisition, — comme tant de menteurs l’ont écrit, mais dans l’appartement du fiscal. Au bout de dix-huit mois, s’étant rétracté, c’est-à-dire ayant renoncé à sa conciliation de Copernic et de la sainte Bible, seule question qui fût en cause, il s’en retourna dans sa patrie. Voici ce qu’il écrivait en 1633, au P. Bécénéri, son disciple : — « Le pape me croyait digne de son estime. Je fus logé dans le délicieux palais de la Trinité-du-Mont. Quand j’arrivai au saint-office, deux pères dominicains m’invitèrent très-honnêtement à faire mon apologie. J’ai été obligé de rétracter mon opinion en bon catholique. Pour me punir, on m’a défendu les dialogues, et congédié après cinq mois de séjour à Rome. Comme la peste régnait à Florence, on m’a assuré pour demeure le palais de mon meilleur ami, monseigneur Piccolomini, archevêque de Sienne ; j’y ai joui d’une pleine tranquillité. Aujourd’hui je suis à ma campagne d’Arcêtre, où je respire un air pur auprès de ma chère patrie [1]. » Néanmoins les philosophes rebelles continueront à faire de Galilée une victime de la superstition et du fanatisme. On citera le conte de Galilée en prison, écrivant sur la muraille, autour d’un cercle, e pur si muove ; « et pourtant elle tourne ! » Comme si jamais on lui eût interdit d’avancer cela. On consacrera cette malice absurde par la peinture et la gravure ; et on citera avec emphase la même fausseté malveillante illustrée par les beaux vers de Louis Bacine, dans le poëme de la Religion : Tant il est difficile de déraciner une erreur passionnée ! Dans tout cela, nous ne jugeons pas le système de Galilée, sur lequel il n’est pas impossible que le dernier mot ne soit pas dit. On vient de retrouver les manuscrits de Galilée, que l’on avait dit brûlés par l’inquisition. Que ne peut-on retrouver, à l’usage des ennemis de l’Église, la bonne foi !

Gall (Jean-Joseph), né vers 1775 dans le Wurtemberg, mort à Montrouge, près Paris, en 1828, inventeur d’une science qui juge le caractère et les dispositions des hommes sur l’inspection des protubérances du crâne. Cette science était chez lui le résultat de longues études sur un grand nombre de crânes d’hommes et d’animaux. On l’appelle crânologie et phrénologie. Comme Gall est mort après cinq jours d’idiotisme, où il ne put témoigner d’aucun sentiment religieux, on l’a accusé de matérialisme ; et on a jeté cette même injure à son système, un peu aventureux.

Nous ne voyons pas cependant, comme quelques-uns l’ont dit, que la crânologie consacre le matérialisme, ni qu’elle consolide les funestes principes de la fatalité. Nous sommes persuadé au contraire que les dispositions prétendues innées se modifient par l’éducation religieuse, surtout par rapport aux mœurs. Dans les arts on dit bien que le génie est inné : c’est peut-être vrai en partie seulement, car il n’y a pas de génie brut qui ait produit des chefs-d’œuvre. Les grands poètes et les grands peintres ne sont pourtant devenus grands qu’à force de travail. Le génie, a dit Buffon, c’est la patience ; et Socrate, né vicieux, est devenu homme de bien. Avant Gall et Spurzheim, son élève, les vieux physiologistes n’avaient jeté que des idées vagues sur la crânologie, ou crânoscopie, ou phrénologie, qui est l’art de juger les hommes au moral

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par la conformation du crâne et ses protubérances. Gall et Spurzheim en firent un système qui, à son apparition, divisa le public en deux camps, comme c’est l’usage ; les uns admirèrent et applaudirent ; les autres doutèrent et firent de l’opposition. Peu à peu on reconnut des vérités dans les inductions crânologiques des deux Allemands. Le système devint une science ; la médecine légale y recourut ; aujourd’hui il y a des chaires de crânologie, et peut-être que cette science, dont on avait commencé par rire, deviendra un auxiliaire de la procédure criminelle.

On a soutenu fréquemment que l’âme a son siège dans le cerveau. Dans toute l’échelle de la création, la masse du cerveau et des nerfs augmente en raison de la capacité pour une éducation plus élevée. La gradation, pour ne parler ici que matériellement, a lieu jusqu’à l’homme, qui, parmi tous les êtres créés, roi de la création, est susceptible du plus haut degré d’ennoblissement, et à qui Dieu a donné le cerveau le plus parfait et proportionnellement le plus grand. Il y a dans certains animaux certaines dispositions innées. Il y a immensément de ces dispositions dans l’homme, que peut-être on n’aurait jamais dû comparer à ce qui n’a pas comme lui la raison. L’histoire nous offre plusieurs grands hommes qui, dès leur tendre jeunesse, ont eu un penchant décidé pour tel art ou telle science. La plupart des grands peintres et des poêles distingués se sont livrés aux beaux-arts par cette inclination et sont devenus fameux quelquefois malgré leurs parents. Ces dispositions peuvent être développées et perfectionnées par l’éducation ; mais elle n’en donne pas le germe, car les premiers indices de ces talents commencent à se montrer quand les enfants ne sont pas encore propres à une éducation proprement dite.

Dans le règne animal, toutes les espèces ont des inclinations qui leur sont particulières : la cruauté du tigre, l’industrie du castor, l’adresse de l’éléphant, sont dans chaque individu de ces espèces, sauf quelques variations accidentelles. L’homme n’est pas ainsi restreint dans une spécialité.

De même donc qu’il y a des dispositions innées, de même il existe autant d’organes rassemblés et placés les uns près des autres dans le cerveau, qui est le mobile des fonctions supérieures de la vie. Ces organes s’expriment sur la surface du cerveau par des protubérances. Plus ces protubérances sont grandes, plus on doit s’attendre à de grandes dispositions. Ces organes, exprimés à la surface du cerveau, produisent nécessairement des protubérances à la surface extérieure du crâne, enveloppe du cerveau depuis sa première existence dans le sein maternel. Cette thèse au reste n’est applicable qu’aux cerveaux sains en général, les maladies pouvant faire des exceptions. Mais il ne faut pas, comme a fait Gall, l’appliquer aux vertus et aux vices, qui seraient sans mérite si les bosses du crâne les donnaient. Ce serait admettre une fatalité matérielle. S’il est vrai qu’un voleur ait la protubérance du vol, c’est son mauvais penchant qui, peu à peu, a fait croître la protubérance en agissant sur le cerveau. Mais la protubérance antérieure n’est pas vraie.

Voici une notice rapide de tout ce système : L’instinct de propagation se manifeste par deux éminences placées derrière l’oreille immédiatement au-dessus du cou. Cet organe est plus fortement développé chez les mâles que chez les femelles. L’amour des enfants est dans la plus étroite union avec ces organes. Aussi la protubérance qui le donne est-elle placée auprès de celle qui indique l’instinct de la propagation. Elle s’annonce par deux éminences sensibles derrière la tête, au-dessus de la nuque, à l’endroit où se termine la fosse du cou. Elle est plus forte chez les femelles que chez les mâles ; et si on compare les crânes des animaux, on le trouvera plus prononcé dans celui du singe que dans tout autre. L’organe de l’amitié et de la fidélité est placé dans la proximité de celui des enfants ; il se présente des deux côtés par deux protubérances arrondies, dirigées vers l’oreille. On le trouve dans les chiens, surtout dans le barbet et le basset. L’organe de l’humeur querelleuse se manifeste de chaque côté par une protubérance demi-globulaire, derrière et au-dessus de l’oreille. On le trouve bien prononcé chez les duellistes. L’organe du meurtre s’annonce de chaque côté par une protubérance placée au-dessus de l’organe de l’humeur querelleuse, en se rapprochant vers les tempes. On le trouve chez les animaux carnivores et chez les assassins. L’organe de la ruse est indiqué de chaque côté par une éminence qui s’élève au-dessus du conduit extérieur de l’ouïe, entre les tempes et l’organe du meurtre. On le rencontre chez les fripons, chez les hypocrites, chez les gens dissimulés. On le voit aussi chez de sages généraux, d’habiles ministres et chez des auteurs de romans ou de comédies, qui conduisent finement les intrigues de leurs fictions. L’organe du vol se manifeste de chaque côté par une protubérance placée au haut de la tempe, de manière à former un triangle avec le coin de l’œil et le bas de l’oreille. On le remarque dans les voleurs et dans quelques animaux. Il est très-prononcé au crâne de la pie. L’organe des arts forme une voûte arrondie à côté de l’os frontal, au-dessous de l’organe du vol ; il est proéminent sur les crânes de Raphaël, de Michel-Ange et de Rubens. L’organe des tons et de la musique s’exprime par une protubérance à chaque angle du front, au-dessous de l’organe des arts. On trouve ces deux protubérances aux crânes du perroquet, de la pivoine, du corbeau et de tous les oiseaux mâles chantants ; on ne les rencontre ni chez les oiseaux et les animaux à qui ce sens manque, ni même chez les hommes qui entendent la musique avec répugnance. Cet organe est d’une grandeur sensible chez les grands musiciens, tels que Mozart, Gluck, Haydn, Viotti, Boïeldieu, Rossini, Meyerbeer, etc. L’organe de l’éducation se manifeste par une protubérance au bas du front, sur la racine du nez, entre les deux sourcils. Les animaux qui ont le crâne droit, depuis l’occiput jusqu’aux yeux, comme le blaireau, sont incapables d’aucune éducation ; et cet organe se développe de plus en plus dans le renard, le lévrier, le caniche, l’éléphant et l’orang-outang, dont le crâne approche un peu des têtes humaines mal organisées. L’organe du sens des lieux se manifeste extérieurement par deux protubérances placées au-dessus de la racine du nez, à l’os intérieur des sourcils. Il indique en général la capacité de concevoir les distances, le penchant pour toutes les sciences et arts où il faut observer, mesurer et établir des rapports d’espace : par exemple, le goût pour la géographie. Tous les voyageurs distingués ont cet organe, comme le prouvent les bustes de Cook, de Colomb et d’autres. On le trouve aussi chez les animaux errants. Les oiseaux de passage l’ont plus ou moins, selon le terme plus ou moins éloigné de leurs migrations. Il est très-sensible au crâne de la cigogne. C’est par la disposition de cet organe que la cigogne retrouve l’endroit où elle s’est arrêtée l’année précédente, et que, comme l’hirondelle, elle bâtit tous les ans son nid sur la même cheminée. L’organe du sens des couleurs forme de chaque côté une protubérance au milieu de l’arc des sourcils, immédiatement à côté du sens des lieux. Lorsqu’il est porté à un haut degré, il forme une voûte particulière. C’est pour cela que les peintres ont toujours le visage plus jovial, plus réjoui, que les autres hommes, parce que leurs sourcils sont plus arqués vers le haut. Cet organe donne la manie des fleurs et le penchant à réjouir l’œil parla diversité des couleurs qu’elles offrent. S’il est lié avec l’organe du sens des lieux, il forme le paysagiste. Il paraît que ce sens manque aux animaux, et que leur sensibilité à l’égard de certaines couleurs ne provient que de l’irritation des yeux. L’organe du sens des nombres est placé également au-dessus de la cavité des yeux, à côté du sens des couleurs, dans l’angle extérieur de l’os des yeux. Quand il existe à un haut degré, il s’élève vers les tempes un gonflement qui donne à la tête une apparence carrée. Cet organe est fortement exprimé sur un buste de Newton, et, en général, il est visible chez les grands mathématiciens. Il est ordinairement lié aux têtes des astronomes avec l’organe du sens des lieux. L’organe de la mémoire a son siège au-dessus de la partie supérieure et postérieure de la cavité des yeux. Il presse les yeux en bas et en avant. Beaucoup de comédiens célèbres ont les yeux saillants par la disposition de cet organe. Le sens de la méditation se manifeste par un renflement du crâne, environ un demi-pouce sous le bord supérieur du front. On le trouve au buste de Socrate et à plusieurs penseurs. L’organe de la sagacité se manifeste par un renflement oblong au milieu du front. L’organe de la force de l’esprit se manifeste par deux protubérances demi-circulaires, placées au-dessous du renflement de la méditation et séparées par l’organe de la sagacité. On le trouve dans Lesage, Boileau, Cervantes, etc. L’organe de la bonhomie se manifeste par une élévation oblongue partant de la courbure du front vers le sommet de la tête, au-dessus de l’organe de la sagacité. On le trouve au mouton, au chevreuil et à plusieurs races de chiens. L’organe de la piété vraie ou fausse se manifeste par un gonflement au-dessus de l’organe de la bonhomie. L’organe de l’orgueil et de la fierté se manifeste par une protubérance ovale au haut de l’occiput. L’organe de l’ambition et de la vanité se manifeste par deux protubérances placées au sommet de la tête et séparées par l’organe de la fierté. L’organe de la prudence se manifeste par deux protubérances placées à côté des protubérances de l’ambition, sur les angles postérieurs du crâne. Enfin, l’organe de la constance et de la fermeté se manifeste par une protubérance placée derrière la tête, au-dessous de l’organe de la fierté.

Ce système du docteur Gall a eu, comme on l’a dit, de nombreux partisans, mais il n’a guère eu moins d’ennemis. Quelques-uns l’ont comparé aux rêveries de certains physionomistes, quoiqu’il ait, en apparence du moins, un fondement moins chimérique. On a vu cent fois le grand homme et l’homme ordinaire se ressembler par les traits du visage, et jamais, dit-on, le crâne du génie ne ressemble à celui de l’idiot. Peut-être le docteur Gall a-t-il voulu pousser trop loin sa doctrine, et on peut s’abuser en donnant des règles invariables sur des choses qui ne sont pas toujours constantes. Un savant de nos jours a soutenu, contre le sentiment du docteur Gall, que les inclinations innées n’existaient pas dans les protubérances du crâne, puisqu’il dépendrait alors du bon plaisir des sages-femmes de déformer les enfants, et de les modeler, dès leur naissance, en idiots ou en génies ; mais le docteur Gall trouve cette objection risible, parce que, quand même on enfoncerait le crâne par exemple à un endroit où se trouve un organe précieux, cet organe comprimé se rétablirait peu à peu de lui-même, et parce que le cerveau résiste à toute pression extérieure par l’élasticité des tendres filets, et qu’aussi longtemps qu’il n’a pas été écrasé ou totalement détruit, il fait une répression suffisante. Cependant Blumenbach écrit que les Caraïbes pressent le crâne de leurs enfants avec une certaine machine, et donnent à la tête la forme propre à ce peuple. Les naturalistes placent aussi les qualités de l’esprit, non dans les protubérances, mais dans la conformation du crâne, et plusieurs prétendent qu’un soufflet ou une pression au crâne de Corneille venant de naître en eût pu faire un imbécile. On voit d’ailleurs des gens qui perdent la raison ou la mémoire par un coup reçu à la tête. Au surplus, le docteur Fodéré parle, dans sa Médecine légale, de voleurs et de fous sur le crâne desquels on n’a point remarqué les protubérances du vol ni celles de la folie. Ajoutons que le crâne de Napoléon Ier avait des bosses qui ont fort intrigué les phrénologistes.

Gamahé ou Camaieu, espèce de talisman qui consiste dans des images ou des caractères naturellement gravés sur certaines pierres, auxquels la superstition a fait attribuer de grandes vertus, parce qu’elle les croit produits par l’influence des esprits. Gaffarel dit qu’Albert le Grand avait une de ces pierres, sur laquelle était un serpent qui possédait cette admirable vertu d’attirer les autres serpents lorsqu’on la plaçait dans le lieu où ils venaient. D’autres pierres, ajoutet-il, guérissent les morsures et chassent les venins. Georges Agricola rapporte qu’on voit des. Gamahés de la forme de quelques parties du corps, ou de quelques plantes, et qui ont des vertus merveilleuses ; ainsi celles qui représentent du sang arrêtent les pertes, etc.

Gamoulis, esprits qui, selon les habitants du Kamtschatka, produisent les éclairs, en se lançant dans leurs querelles les tisons à demi consumés qui ont chauffé leurs huttes. Lorsqu’il tombe de la pluie, ce sont les Gamoulis qui rejettent le superflu de la boisson.

Gamygyn, grand marquis des enfers. C’est un puissant démon. On le voit sous la forme d’un petit cheval. Mais dès qu’il prend celle d’un homme, il a une voix rauque et discourt sur les arts libéraux. Il fait paraître aussi devant l’exorciste les âmes qui ont péri dans la mer, et celles qui souffrent dans cette partie du purgatoire qui est appelée Cartagra (c’est-à-dire affliction des âmes). Il répond clairement à toutes les questions qu’on lui fait ; il reste auprès de l’exorciste jusqu’à ce qu’il ait exécuté tout ce qu’on lui ordonne ; cependant là-bas, trente légions lui sont soumises [2].

Gandillon (Pierre), sorcier de la FrancheComté, qui fut brûlé vers 1610, pour avoir couru la nuit en forme de lièvre [3].

Gandreid, sorte de magie en usage chez les Islandais, laquelle magie donne la faculté de voyager dans les airs ; elle est, dit-on, d’invention nouvelle, quoique le nom en soit connu depuis des temps reculés. Mais on attribuait autrefois les cavalcades aériennes au diable et à de certains esprits. Les Islandais prétendent aujourd’hui que ce sont des sorcières montées sur des côtes de cheval et des tibias, en guise de manche à balais, qui se promènent par les airs. Les sorcières de basse Saxe et du duché de Brunswick se mettent à califourchon sur la même monture ; et tous les autres ossements qui se trouvent dans la campagne se pulvérisent à l’approche de l’un de ces cavaliers nocturnes. L’art de préparer leur équipage consiste dans une courroie d’une espèce de cuir qu’ils appellent Gandreid-Jaum, sur laquelle ils impriment leurs runes ou caractères magiques [4].

Ganelon. Voy. Guinefort.

Ganga-Gramma, démon femelle que les Indiens craignent beaucoup, et par conséquent auquel ils rendent de grands honneurs. Il a une seule tête et quatre bras ; il tient dans la main gauche une petite jatte, et dans la droite une fourchette à trois pointes. On le mène en procession sur un char avec beaucoup de pompe ; quelquefois il se trouve des fanatiques qui se font écraser par dévotion sous ses roues. Les boucs sont les victimes ordinaires qu’on lui immole. Dans les maladies ou dans quelque autre danger, il se trouve des Indiens qui font vœu, s’ils en réchappent, de pratiquer en l’honneur de GangaGranima la cérémonie suivante. On leur enfonce dans la peau du dos des crochets, par le moyen desquels on les élève en l’air ; là ils font quelques tours d’adresse, comme des entrechats, en présence des spectateurs. Il se trouve des femmes simples et crédules, à qui l’on persuade que cette cérémonie est agréable à Ganga-Gramma, et

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qu’elle ne cause aucune douleur. Lorsqu’elles la sentent, il n’est plus temps de s’en dédire, elles sont déjà en l’air, et les cris des assistants étouffent leurs plaintes. Une sorte de pénitence, toujours en l’honneur du même démon, consiste à se laisser passer une ficelle dans la chair, et à danser pendant que d’autres personnes tirent cette ficelle. La nuit qui suit la fête de GangaGramma, on lui sacrifie un buffle dont on recueille le sang dans un vase ; on le place devant l’idole, et l’on assure que le lendemain il se trouve vide. Des auteurs disent qu’autrefois, au lieu d’un buffle, on immolait une victime humaine.

Ganguy (Simone), dite la petite mère, sorcière, amie de Madeleine Bavent. Il ne paraît pas qu’elle ait été brûlée.

Ganipotes, loups-garous de la Saintonge. Voy. Lycanthropie.

Ganna, devineresse germaine ; elle avait succédé à Velléda ; elle fit un voyage à Rome, où elle reçut de grands honneurs de Domitien [5].

Gantière, sorcière. En 1582, le parlement de Paris confirma la sentence de mort du bailli de la Ferté contre la femme Gantière. Elle avouait que la Lofarde l’avait transportée au sabbat ; que le diable l’avait marquée ; qu’il était vêtu d’un habit jaune ; qu’il lui avait donné huit sous pour payer sa taille ; mais que, de retour dans son logis, elle ne les avait plus trouvés dans son mouchoir.

Garandier, démon invoqué dans les litanies du sabbat.

Garcia (Marie), femme de Madrileschos, près de Tolède, qui, ayant mangé une orange qu’une autre femme lui avait donnée, devint possédée et fut tourmentée sept ans par une légion de démons. Elle fut exorcisée enfin ; le démon qui la dominait, sommé de dire son nom, répondit qu’il s’appelait Asmodée, et qu’il était logé chez cette femme avec plusieurs autres. On leur demanda un signe de leur soumission ; ils répondirent que la veille ils avaient enlevé quelques pièces de monnaie d’argent chez la sœur du prêtre qui les forçait à sortir, parce que cette femme, ne les ayant pas retrouvées, les avait données au diable. On signifia aux démons de rapporter immédiatement ces pièces ; aussitôt la possédée tendit le cou et les vomit. Ces faits eurent lieu le 14 octobre 1609, devant une foule d’assistants.

Garde des troupeaux. Voy. Troupeaux.

Gardemain (Marie). Voy. Glocester.

Gargantua, héros populaire de taille gigantesque, dont la légende ne s’accorde pas avec le roman de Rabelais. Quoique son histoire ne soit qu’un conte bleu, on montre aux environs d’Aigues-Mortes la vieille tour de Gargantua ; et on n’ose en approcher la nuit, de peur d’être happé par un bras de vingt-cinq mètres.

Gargouille. « Que vous dire de la gargouille de Rouen ? Il est certain que tous les ans le chapitre métropolitain de cette ville présentait au parlement, le jour de l’Ascension, un criminel qui obtenait sa grâce, en l’honneur de saint Romain et de la gargouille. La tradition portait qu’à l’époque où saint Romain occupait le siège épiscopal de Rouen, un dragon, embusqué à quelque distance de la ville, s’élançait sur les passants et les dévorait. C’est ce dragon qu’on appelle la gargouille. Saint Romain, accompagné d’un criminel condamné à mort, alla attaquer le monstre jusque dans sa caverne ; il l’enchaîna et le conduisit sur la place publique, où il fut brûlé, à la grande satisfaction des diocésains [6]. » On a contesté cette légende en niant les dragons, dont les géologues actuels reconnaissent pourtant que l’existence a été réelle. Il se peut toutefois que ce dragon soit ici une allégorie. Des historiens rapportent que, du temps de saint Romain, la ville de Rouen fut menacée d’une inondation ; que ce saint prélat eut le bonheur de l’arrêter par ses soins et par ses prières. Voilà l’explication toute simple du miracle de la gargouille. Ce mot, dans notre vieille langue, signifie irruption, bouillonnement de l’eau. Des savants auront rendu le mot hydra par celui de dragon.

Garibaut (Jeanne), sorcière. Voy. Grenier et Pierre Labourant.

Garinet (Jules), auteur de l’Histoire de la magie en France, Paris, 1818, in-8°. On trouve à la tête de cet ouvrage curieux une description du sabbat, une dissertation sur les démons, un discours sur les superstitions qui se rattachent à la magie chez les anciens et chez les modernes. Beaucoup de faits intéressants mériteraient à ce livre une nouvelle édition ; mais l’auteur, fort jeune lorsqu’il le publia, lui a donné une teinte philosophique et peu morale que son esprit élevé et ses vastes études doivent lui faire désapprouver aujourd’hui. Une nouvelle édition serait donc recherchée.

Garnier (Gilles), loup-garou, condamné à Dôle, sous Louis XIII, comme ayant dévoré plusieurs enfants. On le brûla vif, et son corps, réduit en cendres, fut dispersé au vent. Henri Camus, docteur en droit et conseiller du roi, exposa que « Gilles Garnier avait pris dans une vigne une jeune fille de dix ans, l’avait tuée et occise, l’avait traînée jusqu’au bois de la Serre, et que, non content d’en manger, il en avait apporté à sa femme ; qu’un autre jour étant en forme de loup (travestissement horrible qu’il prenait sans doute pour sa chasse), il avait également tué et dévoré un jeune garçon, à une lieue de Dôle, entre Grédisans et Monotée ; qu’en sa forme d’homme et non de loup il avait pris un autre jeune garçon de l’âge de douze à treize ans, et qu’il l’avait emporté dans le bois pour l’étrangler… [7]. » C’est sans doute le même que Germar.

Garniza. Voy. Éléazar.

Garosmancie. Voy. Gastromancie.

Garuda, oiseau fabuleux qu’on représente souvent avec la tête d’un beau jeune homme, un collier blanc et le corps d’un aigle. Il sert de monture à Wishnou, comme l’aigle servait de

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véhicule à Jupiter. Les Indiens racontent qu’il naquit d’un œuf que sa mère Diti avait pondu et qu’elle couva cinq ans.

Gaspard, démon qui servait Héliodore. Voyez ce mot.

Gastrocnémie, pays imaginaire dont parle Lucien, où les enfants étaient portés dans le gras de la jambe ; ils en étaient extraits au moyen d’une incision.

Gastromancie ou Garosmancie, divination qui se pratiquait en plaçant entre plusieurs bougies allumées des vases de verre ronds et pleins d’eau claire ; après avoir invoqué et interrogé les démons à voix basse, on faisait regarder attentivement la superficie de ces vases par un jeune garçon ou par une jeune femme ; puis on lisait la réponse sur des images tracées par la réfraction de la lumière dans les verres. Cagliostro employait cette divination.

Une autre espèce de gastromancie se pratiquait par le devin qui répondait sans remuer les lèvres, en sorte qu’on croyait entendre une voix aérienne. Le nom de cette divination signifie divination par le ventre ; aussi, pour l’exercer, il faut être ventriloque, ou possédé, ou sorcier. | Dans le dernier cas, on allume des flambeaux ! autour de quelques verres d’eau limpide, puis on agite l’eau en invoquant un esprit qui ne tarde pas à répondre d’une voix grêle dans le ventre du sorcier en fonction. Les charlatans trouvant dans les moindres choses des moyens sûrs d’en imposer au peuple et de réussir dans leurs fourberies, la ventriloquie doit être pour eux d’un grand avantage. Un marchand de Lyon, étant un jour à la campagne avec son valet, entendit une voix qui lui ordonnait, de la part du ciel, de donner une partie de ses biens aux pauvres, et de récompenser son serviteur. Il obéit et regarda comme miraculeuses les paroles qui sortaient du ventre de son domestique. On savait si peu autrefois ce que c’était qu’un ventriloque, que les plus grands personnages attribuaient toujours ce talent à la présence des démons. Photius, patriarche de Constantinople, dit dans une de ses lettres : « On a entendu le malin esprit parler dans le ventre d’une personne, et il mérite bien d’avoir l’ordure pour logis. »

Gâteau des rois. La part des absents, quand on partage le gâteau des rois, se garde précieusement ; dans certaines maisons superstitieuses, elle indique l’état de la santé de ces personnes absentes par sa bonne conservation ; une maladie, par des taches ou des ruptures.

Gâteau triangulaire de Saint-Loup. Le personnes superstitieuses font ce gâteau le 29 juillet, avant le lever du soleil ; il est composé de pure farine de froment, de seigle et d’orge, pétrie avec trois œufs et trois cuillerées de sel, en forme triangulaire. On le donne, par aumône, au premier pauvre qu’on rencontre, pour rompre les maléfices.

Gauchelin, prêtre du onzième siècle, qui eut une vision célèbre. C’était une immense troupe de défunts faisant leur pénitence et conduits par des démons. Elle a été conservée par Orderic Vital [8].

Gaufridi (Louis-Jean-Baptiste), curé de Marseille qui, infidèle à ses devoirs, tomba dans le désordre et se fit sorcier vers la fin du seizième siècle. On raconte que le diable lui apparut un jour, pendant qu’il lisait un livre de magie ; ils entrèrent en conversation et firent connaissance. Le prêtre se livra au diable par un pacte en règle, à condition qu’il lui donnerait le pouvoir de suborner et de séduire en soufflant au visage. Le diable y consentit d’autant plus volontiers, qu’il trouvait dans ce marché un double avantage. L’apostat s’éprit de la fille d’un gentilhomme, Madeleine de la Palud, dont l’histoire est devenue célèbre. Mais bientôt la demoiselle effrayée se retira dans un couvent d’ursulines. Gaufridi furieux y envoya, disent les relations du temps, une légion de démons ; la sorcellerie du prêtre fut prouvée. Un arrêt du parlement de Provence le condamna au feu, en avril 1611.

Gauric (Luc), astrologue napolitain, né en 1476. Selon Mézeray et le président de Thou, il annonça positivement que le roi Henri II serait tué dans un duel et mourrait d’une blessure à l’œil ; ce qui fut vrai. Catherine de Médicis avait

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en Luc Gauric la confiance la plus entière. Bentivoglio, seigneur de Bologne, le condamna à cinq tours d’estrapade, pour avoir eu la hardiesse de lui prédire qu’il serait chassé de ses États ; ce qui n’était pas difficile à prévoir, vu la disposition des esprits qui détestaient ce seigneur. Gauric mourut en 1558, âgé de quatre-vingt-deux ans. On a de lui une Description de la sphère céleste, publiée dans ses œuvres, Bâle, 1575, 3 vol. in-fol. On y trouve aussi un Éloge de l’astrologie. — On attribue à son frère Pomponius Gauric un livre dans lequel on traite de la physiognomonie, de l’astrologie naturelle, etc. [9] ; mais il ne paraît pas que cet ouvrage soit de Pomponius, il serait plutôt de Luc. Le Traité astrologique de Luc Gauric [10] est un livre assez curieux. Pour prouver la vérité de l’astrologie, il dresse l’horoscope de tous les personnages illustres, dont il a pu découvrir l’heure de la naissance ; il démontre que tout ce qui leur est arrivé se trouvait prédit dans leur horoscope, — comme si on n’y trouvait pas tout ce qu’on veut !

Gaurie, génie ou lutin que la superstition des villageois bas bretons croit voir danser autour des amas de pierres, ou monuments druidiques, désignés dans la langue des anciens insulaires par le mot chiorgaur, que l’on a traduit par ceux-ci : chorea gigantum, ou danse des géants, mais qu’il serait peut-être plus exact d’entendre chorea Gauriorum, danse des Gauries.

Gauthier (Jean), alchimiste. Charles IX, trompé par ses promesses, lui fit donner, pour faire de l’or, cent vingt mille livres, et l’adepte se mit à l’ouvrage. Mais après avoir travaillé huit jours ; il se sauva avec l’argent du monarque : on courut à sa poursuite, on l’attrapa, et il fut pendu.

Gauthier, conspirateur écossais. Voy. Walter.

Gauthier de Bruges. On conte que ce cordelier, nommé évêque par le pape Nicolas III, et déposé par Clément V, appela à Dieu de cette déposition et demanda qu’en l’inhumant on lui mît son acte d’appel à la main. Quelque temps après sa mort, le pape Clément V, étant venu à Poitiers, et se trouvant logé au couvent des cordeliers, désira visiter les restes de celui qu’il avait déposé ; on ajoute qu’il se fit ouvrir le tombeau, et qu’il fut effrayé en voyant Gauthier de Bruges agitant son acte d’appel d’une main desséchée [11]. » Conte imaginé par les ennemis du Pape.

Gayot de Pitaval, Lyonnais, auteur de la compilation des Causes célèbres, ouvrage indigeste. Mort en 1743. Nous ne le citons que pour faire remarquer l’esprit léger, mais hostile, dans lequel, à propos de la possession de Loudun, il a admis tous les mensonges de Saint-Aubin. Voy. ce nom.

Gazardiel, ange qui, selon le Talmud, préside à l’Orient, afin d’avoir soin que le soleil se lève et de l’éveiller s’il ne se levait pas.

Gaze (Théodore de), propriétaire d’une ferme dans la Campanie, au seizième siècle ; il la faisait cultiver par un fermier. Comme ce bonhomme travaillait un jour dans un champ, il découvrit un vase rond où étaient enfermées les cendres d’un mort. Aussitôt il lui apparut un spectre qui lui commanda de remettre en terre le même vase avec ce qu’il contenait, sinon qu’il ferait mourir son fils aîné. Le fermier ne tint compte de ces menaces, et peu de jours après son fils aîné fut trouvé mort dans son lit. Quelque temps plus tard, le même spectre lui apparut, lui réitérant le même commandement, et le menaça de faire mourir son second fils. Le laboureur avertit de tout cela Théodore de Gaze, qui vint lui-même à sa métairie et fit remettre le tout à sa place : sachant bien’, dit Leloyer, qu’il fait mauvais jouer avec les morts…

Gaziel, démon chargé de la garde des trésors souterrains, qu’il transporte d’un lieu à un autre pour les soustraire aux hommes. C’est lui qui ébranle les fondements des maisons et fait souffler des vents accompagnés de flammes. Quelquefois il forme des danses qui disparaissent tout à coup ; il inspire la terreur par un grand bruit de cloches et de clochettes ; il ranime les cadavres, mais pour un moment. Anarazel est son compagnon.

Géants. Les géants de la fable avaient le regard farouche et effrayant, de longs cheveux, une grande barbe, des jambes et des pieds de serpent, et quelques-uns cent bras et cinquante-têtes. Homère représente les Aloïdes, géants remarquables, comme étant d’une taille si prodigieuse qu’à l’âge de neuf ans ils avaient neuf coudées de grosseur, trente-six de hauteur, et croissaient chaque année d’une coudée de circonférence et d’un mètre de haut. Les talmudistes assurent qu’il y avait des géants dans l’arche. Comme ils y tenaient beaucoup de place, on fut obligé, disent-ils, de faire sortir le rhinocéros, qui suivit l’arche à la nage. Aux noces de Charles le Bel, roi de France, on vit une femme de Zélande d’une taille extraordinaire, auprès de qui les hommes les plus hauts paraissaient des enfants ; elle était si forte, qu’elle enlevait de chaque main deux tonneaux de bière, et portait aisément huit hommes sur une poutre [12]. Il est certain qu’il y a eu de tout temps des hommes d’une taille et d’une force au-dessus de l’ordinaire. On trouva au Mexique des os d’hommes trois fois aussi grands que nous, et, dit-on, dans l’île de Crète un cadavre de quarante-cinq pieds… Hector de Boëce dit avoir vu les restes d’un homme qui avait quatorze pieds. En 1693, il y avait à Lekerké un homme assez maigre, nommé Guerrit Baastrausée, pêcheur de son métier, qui avait huit pieds du Rhin de hauteur et qui pesait cinq cents livres. Pour la force, nous citerons Milon de Crotone, tant de fois vainqueur aux jeux Olympiques ; ce Suédois qui, sans armes, tua dix soldats armés ; ce Milanais qui portait un cheval chargé de blé ; ce Barsabas qui, du temps de Louis XIV, enlevait un cavalier avec son équipage et sa monture ; ces géants et ces hercules qu’on montre tous les jours au public. Mais la différence qu’il y a entre eux et le reste des hommes est petite, si on compare leur taille réelle à la taille prodigieuse que les traditions donnent aux anciens géants.

Geber, roi des Indes et grand magicien, auquel on attribue un traité absurde du rapport des sept planètes aux sept noms de Dieu, et quelques autres opuscules inconnus [13].

Gedi, pierre merveilleuse qui, dans l’opinion des Gètes, avait la vertu, lorsqu’on la trempait dans l’eau, de changer l’air et d’exciter des vents et des pluies orageuses. On ne connaît plus la forme de cette pierre.

Geilana, duchesse de Franconie, ayant ordonné le meurtre de saint Kilian, fut, aussitôt après le crime, possédée d’un démon.

Geillis Duncane, sorcière anglaise qui guérissait certaines maladies par l’aide d’un démon, comme elle le déclara. Le roi Jacques la fit arrêter.

Geiralda, sorcière. Voy. Kalta.

Gello ou Gilo, c’était une fille qui avait la manie d’enlever les petits enfants. On dit même que parfois elle les mangeait, et qu’elle emporta un jour le petit empereur Maurice ; mais qu’elle ne put lui faire aucun mal, parce qu’il avait sur lui des amulettes. Son fantôme errait dans l’île de Lesbos, où, comme elle était jalouse de toutes les mères, elle faisait mourir dans leur sein les enfants qu’elles portaient, un peu avant qu’ils fussent à terme [14]. On voit que c’était l’épouvantail du sixième siècle. Elle n’était pas seule.

Gellons, compagnons de Gello en Grèce. Ces esprits pénètrent dans les appartements quoique les portes en soient fermées et y enlèvent les enfants. Voyez aussi Géludes.

Gellone (vallée de). Voy. Pie.

Geloscopie, Espèce de divination qui se tire du rire. On prétend acquérir ainsi la connaissance du caractère d’une personne, et de ses penchants bons ou mauvais. Un rire franc n’annonce certainement pas une âme fausse, et on peut se défier quelquefois d’un rire forcé. Voy. Physiognomonie.

Géludes, sorcières-vampires de l’Orient. Saint Jean Damascène parle de ces monstres qui entraient dans les maisons malgré serrures et verrous, suçaient le sang des enfants ou les enlevaient pour manger leur foie. Mais il cite ces propos comme croyances erronées.

Gématrie. C’est une des divisions de la cabale chez les Juifs. Elle consiste à prendre les lettres d’un mot hébreu pour des chiffres ou nombres arithmétiques, et à expliquer chaque mot par la valeur arithmétique des lettres qui le composent. Selon d’autres, c’est une interprétation qui se fait par la transposition des lettres.

Gemma (Cornélius), savant professeur de Louvain, auteur d’un livre intitulé Des caractèies divins et des choses admirables [15], publié à Anvers, chez Christophe Plantin, architypographe du roi ; 1575, in-12. C’est un tableau des merveilles de la nature dont l’auteur a profondément saisi la marche et le but. Il y a des réflexions admirables, exprimées avec un langage de sentiment qui touche autant qu’il instruit le lecteur.

Génération. Voy. Enfants.

Gengues, devins japonais qui font profession de découvrir les choses cachées et de retrouver les choses perdues. Ils habitent des huttes perchées sur le sommet des montagnes et sont tous extrêmement laids. Il leur est permis de se marier, mais seulement avec de ? femmes de leur caste et de leur secte. Un voyageur prétend que le signe caractéristique de ces devins est une corne qui leur pousse sur la tête. Il ajoute qu’ils sont tous vendus au diable qui leur souffle leurs oracles ; quand leur bail est fini, le diable leur ordonne de l’attendre sur une certaine roche. À midi, ou plus souvent vers le soir, il passe au milieu de l’assemblée ; sa présence cause une vive émotion. Une force irrésistible entraîne alors ces malheureux, qui sont précipités à sa suite et ne reparaissent plus…

Géniane, pierre fabuleuse à laquelle on attribuait la vertu de chagriner les ennemis de ceux qui la portaient. On pouvait de très-loin, en frottant sa pierre, vexer de toute façon les amis dont on avait à se plaindre, et se venger sans se compromettre. Les doctes n’indiquent pas où se trouve cette pierre curieuse.

Génies. La tradition des anges, parvenue altérée chez les païens, en a fait des, génies. Chacun avait son génie. Un magicien d’Égypte avertit Marc-Antoine que son génie était vaincu par celui d’Octave ; et Antoine intimidé se retira vers Cléopâtre [16]. Néron, dans Britannicus, dit en parlant de sa mère :

 Mon génie étonné tremble devant le sien.

Les borborites, hérétiques des premiers siècles de l’Église, enseignaient que Dieu ne peut être l’auteur du mal ; que, pour gouverner le cours du soleil, des étoiles et des planètes, il a créé une multitude innombrable de génies, qui ont été, qui sont et seront toujours bons et bienfaisants ; qu’il créa l’homme indifféremment avec tous les autres animaux, et que l’homme n’avait que des pattes comme les chiens ; que la paix et la concorde régnèrent sur la terre pendant plusieurs siècles, et qu’il ne s’y commettait aucun désordre ; que malheureusement un génie prit l’espèce humaine en affection, lui donna des mains, et que voilà l’origine et l’époque du mal. L’homme alors se procura des forces artificielles, se fabriqua des armes, attaqua les autres animaux, fit des ouvrages surprenants ; et l’adresse de ses mains le rendit orgueilleux ; l’orgueil lui inspira le désir de la propriété et la vanité de posséder certaines choses à l’exclusion des autres ; les querelles et les guerres commencèrent ; la victoire fit des tyrans et des esclaves, des riches et des pauvres. Il est vrai, ajoutent les borborites, que si l’homme n’avait jamais eu que des pattes, il n’aurait pas bâti des villes, ni des palais, ni des vaisseaux ; qu’il n’aurait pas couru les mers ; qu’il n’aurait pas inventé l’écriture, ni composé des livres ; et qu’ainsi les connaissances de son esprit ne se seraient point étendues. Mais aussi il n’aurait éprouvé que les maux physiques et corporels, qui ne sont pas comparables à ceux d’une âme agitée par l’ambition, l’orgueil, l’avarice, par les inquiétudes et les soins qu’on se donne pour élever une famille, et par la crainte de l’opprobre, du déshonneur, de la misère et des châtiments. Aristote observe que l’homme n’est pas supérieur aux animaux parce qu’il a une main, mais qu’il a une main parce qu’il est supérieur aux animaux.

Les Arabes ne croient pas qu’Adam ait été le premier être raisonnable qui ait habité la terre, mais seulement le père de tous les hommes actuellement existants. Ils pensent que la terre était peuplée avant ! a création d’Adam par des êtres d’une espèce supérieure à la nôtre ; que dans la composition de ces êtres, créés de Dieu comme nous, il entrait plus de feu divin et moins de limon. Ces êtres, qui ont habité la terre pendant plusieurs milliers de siècles, sont les génies, qui ensuite furent renvoyés dans une région particulière, mais d’où il n’est pas impossible de les évoquer et de les voir paraître encore quelquefois, par la force des paroles magiques et des talismans. Il y a deux sortes de génies, ajoutent-ils, les péris, ou génies bienfaisants, et les dives, ou génies malfaisants. Gian-ben-gian, du nom de qui ils furent appelés ginnes ou génies, est le plus fameux de leurs rois. Le Ginnistan est un pays de délices et de merveilles, où ils ont été relégués par Taymural, l’un des plus anciens rois de Perse. Ce sont encore là des vestiges altérés de l’ancienne tradition.

Les Chinois ont des génies qui président aux eaux, aux montagnes ; et chacun d’eux est honoré par des sacrifices solennels. — Voy. Fées, Anges, Esprits, etc.

Génirade, médecin matérialiste, ami de saint Augustin et très-connu à Carthage pour sa grande capacité. Il doutait qu’il y eût un autre monde que celui-ci. Mais une nuit il vit en songe un jeune homme qui lui dit : — Suivez-moi. — Il le suivit et se trouva dans une ville où il entendit une mélodie admirable. Une autre fois il vit le même jeune homme qui lui dit : — Me connaissez-vous ? — Fort bien, lui répondit-il. — Et d’où me connaissez-vous ? — Gérinade lui raconta ce qu’il lui avait fait voir dans la ville où il l’avait conduit. Le jeune homme ajouta : — Est-ce en songe ou éveillé que vous avez vu tout cela ? — C’est en songe, répondit le médecin. Le jeune homme dit : — Où est à présent votre corps ? — Dans mon lit. — Savez-vous bien que vous ne voyez rien à présent des yeux du corps ? — Je le sais. — Quels sont donc les yeux par lesquels vous me voyez ?… Comme le médecin hésitait et ne savait que répondre, le jeune homme lui dit encore : — De même que vous me voyez et m’entendez, à présent que vos yeux sont fermés et vos sens engourdis, ainsi après votre mort vous vivrez, vous verrez, vous entendrez, mais des yeux de l’esprit. Ne doutez donc plus. — Génirade conclut que si l’âme pouvait voyager ainsi dans le sommeil, elle n’était donc pas liée à la matière ; et il se convertit.

Gennadius, patriarche de Constantinople. Allant à son église, il rencontra un spectre hideux. Il reconnut que c’était le diable, le conjura et entendit une voix qui lui dit : — Je t’avertis, Gennadius, que durant ta vie je ne pourrai nuire plus que toi à l’Église grecque ; mais après ta mort je la ruinerai. — Le patriarche se mit à genoux, pria pour son Église, et mourut peu après [17]. Ceci se passait tandis que Mahomet II faisait la conquête de l’empire.

Geoffroi d’Iden, chevalier du treizième siècle, qui fut tué dans une guerre injuste au diocèse de Mâcon, et qui revint, deux mois après, réclamer des prières. Il se montra deux fois à deux personnes différentes, portant encore saignante l’énorme blessure qui lui avait donné la mort ; et il obtint ce qu’il demandait. Ces faits, dont toute la contrée ne put douter, sont rapportés par Pierre le Vénérable [18].

Géomancie ou Géomance, divination par la terre. Elle consiste à jeter une poignée de poussière ou de terre au hasard sur une table, pour juger des événements futurs par les lignes et les figures qui en résultent : c’est à peu près le même procédé que celui du marc de café. Selon d’autres docteurs, la géomancie se pratique tantôt en traçant par terre ou sur un globe des lignes et des cercles, sur lesquels on veut deviner ce qu’on a

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envie d’apprendre ; tantôt en faisant au hasard, par terre ou sur le papier, plusieurs points sans garder aucun ordre ; les figures que le hasard forme alors fondent un jugement sur l’avenir ; tantôt enfin en observant les fentes et les crevasses qui se font naturellement à la surface de la terre, d’où sortent, dit-on, des exhalaisons prophétiques, comme de l’antre de Delphes.

Gérard. C’est le nom, à ce qu’on croit, de l’architecte qui entreprit la somptueuse basilique de Cologne. Plusieurs traditions se rattachent à cet immense édifice. Selon les unes, le diable en aurait fait le plan et l’aurait offert à Gérard, moyennant un pacte qui lui eût livré son âme. L’architecte aurait d’une main saisi le plan, et de l’autre, armée d’une relique de sainte Ursule, il aurait mis le diable en fuite. Mais en se retirant violemment le diable avait arraché du plan la portion la plus importante ; ce qui fit que le monument n’a pu être achevé. Selon d’autres traditions, Gérard était avancé dans l’érection de sa cathédrale au point où nous la voyons, lorsqu’il paria orgueilleusement avec le diable qu’il aurait achevé sa grande tour avant que lui, Satan, eût terminé le grand aqueduc de Trêves à Cologne, qu’il avait entrepris. Mais le diable gagna le pari, et Gérard humilié se précipita du haut de sa tour, dont personne jusqu’ici n’a entrepris l’achèvement.

Gérard le Diable, garnement du treizième siècle, enfant de grande maison à Gand. La sinistre histoire de ce possédé, de son fils Gérard le Maure et de la tour rouge est établie dans les Légendes infernales.

Gérardine (Rose), pauvre femme de la Lorraine qui fut arrêtée comme sorcière en 1856. Elle confessa qu’on l’avait emmenée au sabbat malgré elle, qu’on l’avait cruellement battue parce qu’elle se refusait à faire le mal qui lui était prescrit ; et elle montrait les traces des plaies qu’elle avait reçues. Elle ne fut pas punie.

Gerbert. Voy. Sylvestre II.

Géréahs. Les habitants de Ceylan croient les planètes occupées par des esprits qui sont les arbitres de leur sort. Ils leur attribuent le pouvoir de rendre leurs favoris heureux en dépit des démons. Ils forment autant d’images d’argile appelées Géréahs qu’ils supposent d’esprits mal disposés ; ils leur donnent des figures monstrueuses et les honorent en mangeant et buvant ; le festin est accompagné de tambours et de danses jusqu’au point du jour : les images sont jetées alors sur les grands chemins, où elles reçoivent les coups et épuisent la colère des démons malintentionnés.

Germanicus, général romain qui fut empoisonné par Plancine. On ne dit pas si ce fut par des parfums ou par un poison plus direct, ou par des maléfices ; mais ce qui est certain, dit Tacite, c’est que l’on trouva dans sa demeure des ossements et des cendres de morts arrachés aux tombeaux, et le nom de Germanicus écrit sur une lame de plomb qu’on avait dévouée à l’enfer [19].

Germar (Gilles), infâme coquin, né à Lyon et arrêté à Dôle pour ses crimes, à travers les guerres de la réforme. Il avoua, sans y être contraint, qu’un jour, habillé en loup-garou, il avait, dans le bois de la Serre près de Dôle, étranglé une jeune fille et qu’après avoir mangé la chair de ses bras et de ses jambes, il en avait porté à sa femme qui partageait ses goûts ; qu’un mois après il avait, sous la même forme de loup-garou, tué une jeune fille pour la manger pareillement, mais qu’il en avait été empêchée par l’arrivée de trois personnes, à l’aspect desquelles il s’était enfui ; que quinze jours plus tard, dans la vigne de Grédisans, il avait tué un enfant et en avait mangé aussi la chair des bras et des jambes ; enfin que, cette fois en sa forme d’homme et non plus en loup-garou, il avait tué un enfant de douze à treize ans dans le bois de Pérouze et qu’il se disposait à le manger lorsqu’on l’avait arrêté. Cet anthropophage fut condamné au feu [20].

Géroldseck, l’un des vieux manoirs des bords du Rhin. Sous ses ruines sont ensevelis Wittich, Siegfried et d’autres chevaliers bandits des plus mauvais jours du moyen âge, attendant le jugement dernier.

Gerson (Jean Charlier de), chancelier, pieux et savant, de l’université de Paris, mort en 1429, auteur de l’Examen des esprits, où l’on trouve des règles pour discerner les fausses révélations des véritables ; auteur aussi de l’Astrologie réformée, qui eut un grand succès. Nous ne parlons pas ici de ses ouvrages de piété.

Gert (Berthomine de), sorcière de la ville de Préchac en Gascogne, qui confessa vers 1608 que, lorsqu’une sorcière revenant du sabbat était tuée dans le chemin, le diable avait l’habitude de prendre sa figure, et de la faire reparaître et mourir dans son logis pour la tenir en bonne réputation. Mais si celui qui l’a tuée a quelque bougie ou chandelle de cire sur lui, et qu’il en fasse une croix sur la morte, le diable ne peut, malgré toute sa puissance, la tirer de là, et par conséquent est forcé de l’y laisser [21].

Gervais, archevêque de Reims, mort en 1067, dont on conte cette aventure. Un chevalier normand qui le connaissait, voulant, pour le besoin de son âme, aller à Rome visiter les tombeaux des saints apôtres, passa par Reims, où il demanda à l’archevêque sa bénédiction, puis il reprit son chemin, dont il s’était écarté. Il arriva à Rome et fit ses oraisons. Il voulut ensuite aller au mont Saint-Ange. Dans son chemin, il rencontra un ermite qui lui demanda s’il connaissait Gervais, archevêque de Reims ; à quoi le voyageur répondit qu’il le connaissait. — Gervais est mort, reprit l’ermite. — Le Normand demeura stupéfait ; il pria l’inconnu de lui dire comment il savait cette nouvelle. L’ermite lui répondit, qu’ayant passé la nuit en prière dans sa cellule, il avait entendu le bruit d’une foule de gens qui, marchaient le long de son corridor en faisant beaucoup de bruit ; qu’if avait ouvert sa fenêtre, et demandé où ils allaient ; que l’un d’eux lui avait répondu : Nous sommes les anges de Satan ; nous venons de Reims. Nous emportions l’âme de Gervais ; mais à cause de ses bonnes œuvres, on vient de nous l’enlever, ce qui nous fâche rudement. Le pèlerin remarqua le temps et le jour où il avait appris tout cela, et de retour à Reims, il trouva que l’archevêque Gervais était mort à la même heure [22].

Geyseric, démoniaque goth, dont l’âme fut emportée par le diable en enfer après que son corps eut crevé, comme ceux de Bucer et d’Arius, pendant qu’il était au lit [23].

Ghilcul ou Gilgoul. Chez les Juifs modernes c’est la métempsycose ou transmigration des âmes en d’autres corps, doctrine reçue dans quelques-unes de leurs sectes. Selon une de leurs traditions, le prophète Élie avait été auparavant Phinéès, fils d’Aaron.

Ghirardelli (Corneille), franciscain, né à Bologne vers la fin du seizième siècle. Il étudia l’astrologie et la métoposcopie ; on connaît de lui des discours astrologiques, des almanachs comme celui de Matthieu Laensberg, enfin la Céphalonie physionomique, avec cent têtes dessinées et des jugements sur chaque figure, lesquels jugements sont renfermés en un sonnet rehaussé d’un distique ; in-4°, 1630.

Gholes. La croyance aux vampires, aux gholes, aux lamies, qui sont à peu près le même genre de spectres, est répandue de temps immémorial chez les Arabes, chez les Perses, dans la Grèce moderne et dans tout l’Orient. Les Mille et une Nuits et plusieurs autres contes arabes roulent sur cette matière, et maintenant encore cette terrible superstition porte l’épouvante dans plusieurs contrées de la Grèce moderne et de l’Arabie. Les gholes sont du sexe féminin. On en cite des histoires qui remontent jusqu’au dixième siècle et même jusqu’au règne d’Haroun al Raschid. Elles mangent la chair humaine et boivent le sang, comme les loups-garous plutôt que comme les vampires, car elles n’ont pas toujours besoin d’être mortes pour se livrer à leurs festins funèbres. Quand la chair vivante leur manque, elles vont dans les cimetières déterrer les cadavres frais. Ces traditions doivent être fondées sur des faits sinistres.

On voit aussi dans les contes orientaux une espèce de vampire qui ne peut conserver son odieuse vie qu’en avalant de temps en temps le cœur d’un jeune homme : ces contes prouvent que les horribles idées du vampirisme sont anciennes en Arabie.

Ghoolée-Beenban, vampire, ou lamie ou ghole. Les Afghans croient que chaque solitude, chaque désert de leur pays est habité par un démon, qu’ils appellent le Ghoolée-Beenban ou le spectre de la solitude. Us désignent souvent la férocité d’une tribu en disant qu’elle est sauvage comme le démon du désert.

Giall, fleuve des enfers Scandinaves ; on le passe sur un pont appelé Giallar.

Gian-ben-Gian. Voy. Génies.

Gibel, c’est l’Etna, montagne volcanique au sommet de laquelle se trouve un cratère d’où l’on entend lorsqu’on prête l’oreille des gémissements et un bouillonnement effroyable. Les Grecs jetaient dans ce soupirail des vases d’or et d’argent, et regardaient comme un bon présage que la flamme ne les repoussât pas ; ils pensaient apaiser par là les dieux de l’enfer, dont ils croyaient que cette ouverture était une des entrées [24].

Gilbert, démon dont parle Olaùs Magnus. Il se montrait chez les Ostrogoths et il avait enchaîné dans une caverne le savant Catillus, nécromancien suédois qui l’avait insulté [25].

Gilles de Chin, chevalier célèbre par sa force et son courage, est regardé comme le vainqueur d’un dragon terrible qui désolait les environs de Mons dans le Hainaut. On montre la tête du dragon à l’hôtel de ville de Mons, et on voyait à l’abbaye de Saint-Guislain l’épitaphe de Gilles de Chin ; mais elle a disparu avec la vieille église [26].

Gilles de Vailladoros. Voy. Vailladoros.

Gilo. Voy. Gello.

Gimi ou Gimin, génies que les musulmans croient d’une nature mitoyenne entre l’ange et l’homme. Ce sont nos esprits follets.

Ginguérers, cinquième tribu des géants ou génies malfaisants chez les Orientaux.

Ginnes, génies femelles chez les Persans, qui les disent maudites par Salomon, et formées d’un feu liquide et bouillonnant avant la création de l’homme.

Ginnistan, pays imaginaire où les génies malfaisants font leur résidence, selon les opinions populaires des Persans. Voy. Génies.

Ginnungagap, nom de l’abîme, partie de l’enfer chez les Scandinaves.

Gioerninca-Vedur. Les Islandais appellent de ce nom le pouvoir magique d’exciter des orages et des tempêtes, et de faire périr des barques et des bâtiments en mer. Cette idée superstitieuse appartient autant à la magie moderne qu’à l’ancienne. Les ustensiles que les initiés emploient sont très-simples : par exemple une bajoue de tête de poisson sur laquelle ils peignent ou gravent différents, caractères magiques, entre autres la tête du dieu Thor, de qui ils ont emprunté cette espèce de magie. Le grand art consiste à n’employer qu’un ou deux caractères, et tout leur secret est que les mots Thor hafot ou hafut puissent être lus devant eux ou en leur absence, sans être compris de ceux qui ne sont pas admis à la connaissance de ces mystères.

Giourtasch, pierre mystérieuse que les Turcs orientaux croient avoir reçue de main en main de leurs ancêtres en remontant jusqu’à Japhet, fils de Noé, et qu’ils prétendent avoir la vertu de leur procurer de la pluie quand ils en ont besoin.

Girard (Jean-Baptiste), jésuite né à Dole en 1680. Les ennemis de la société de Jésus n’ont négligé aucun effort pour le présenter comme un homme de scandale. Ils l’ont accusé d’avoir séduit une fille nommée Catherine Cadière, et sur ce thème ils ont bâti tous les plus hideux romans. Cette li ! ! e, folle ou malade, sembla possédée dans les idées du temps ou le fut peutêtre, et on dut l’enfermer aux Ursulines de Brest. Sur quelques divagations qu’elle débita, un procès fut intenté par le parlement d’Aix. Mais toutes choses examinées et pesées, il fallut se borner à rendre Catherine Cadière à sa famille. On ne put pas même trouver moyen d’impliquer le père Girard dans cette affaire comme coupable, quoiqu’on eût ameuté trois partis violents contre lui, les jansénistes, le parlement et les philosophes. — Ce qui n’a pas empêché les écrivains antireligieux de faire revivre sur son compte des calomnies condamnées. On a rassemblé ces calomnies en six gros volumes. L’avocat janséniste François Richer les a concentrées dans ses Causes célèbres avec une férocité haineuse qui fait peine. Fréron, dans l’Année littéraire 1772, t. II, p. 250, a pulvérisé, preuves en main, cet échafaudage d’odieux mensonges. Ce qui n’a pas empêché une tête obtuse dans son fiel de les republier de nos jours en une brochure in-8° intitulée Détails historiques sur le père Girard, jésuite, et mademoiselle Cadière de Toulon, imprimée à Nîmes, chez Rallivet et Fabre, 1844. Au résumé, la Cadière était une coquine, le père Girard un saint et ses calomniateurs des faussaires [27].

Girtanner, docteur de Gcettingue qui a annoncé que, dans le dix-neuvième siècle, tout le monde aurait le secret de la transmutation des métaux ; que chaque chimiste saurait faire de l’or ; que les instruments de cuisine seraient d’or et d’argent, ce qui contribuera beaucoup, dit-il, à prolonger la vie, qui se trouve aujourd’hui compromise par les oxydes de cuivre, de plomb et de fer que nous avalons avec notre nourriture [28]. Les bons chimistes actuels partagent cet avis.

Gitanos, mot espagnol, qui veut dire Égyptiens. Voy. Bohémiens.

Giwon, esprit japonais. Les habitants croient qu’il veille particulièrement à la conservation de leur vie, et qu’il peut les préserver de tout accident fâcheux, comme des chutes, des mauvaises rencontres, des maladies et surtout de la petite vérole. Aussi ont-ils coutume de placer sur la porte de leurs maisons l’image de Giwon.

Glanvil, curé anglican d’Abbey-Church à Bath, mort en 1680. On lui attribue un traité des Visions et apparitions, in-8°, Londres, 1700 ; mais il est certainement auteur d’un ouvrage intitulé Considérations philosophiques touchant l’existence des sorciers et la sorcellerie, 1666, in-4°.

Glaphyra, épouse d’Alexandre, fils de cet effroyable Hérode, qu’on a appelé Hérode le Grand. Cette princesse, ayant perdu Alexandre, se maria avec Archelaüs, son beau-frère, et mourut la nuit même de ses noces, l’imagination troublée par la vision de son premier époux, qui semblait lui reprocher ses secondes noces avec son frère [29].

Glasialabolas. Voy. Caacrinolaas.

Gleditch. Voy. Hallucinations.

Glocester. Sous Henri VI, les ennemis de la duchesse de Glocester, voulant la perdre, l’accusèrent d’être sorcière. On prétendit qu’elle avait eu des entretiens secrets avec Roger Bolingbroke, soupçonné de nécromancie, et Marie Gardemain, réputée sorcière. On déclara que ces trois

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La duchesse de Glocester.

personnes réunies avaient, à l’aide de cérémonies diaboliques, placé sur un feu lent une effigie du roi faite en cire, dans l’idée que les forces de ce prince s’épuiseraient à mesure que la cire fondrait, et qu’à sa totale dissolution la vie de Henri VI serait terminée. Cette accusation s’accrédita sans peine. Tous trois furent déclarés coupables, et ni le rang ni l’innocence ne purent les sauver. La duchesse fut condamnée à un emprisonnement perpétuel, Roger Bolingbroke pendu et Marie Gardemain brûlée dans Smithfield [30].

Glubbdubdrib. Ile des sorciers dansles voyages de Gulliver. Swift y fait des contes très-piquants.

Gnomes, esprits élémentaires amis de l’homme, composés des plus subtiles parties de la terre, dont ils habitent les entrailles, selon les cabalistes. — La terre, disent-ils, est presque jusqu’au centre remplie de gnomes, gens de petite

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stature, gardiens des trésors, des mines et des pierreries. Ils aiment les hommes, sont ingénieux et faciles à gouverner. Ils fournissent aux cabalistes tout l’argent qui leur est nécessaire et ne demandent guère, pour prix de leurs services, que la gloire d’être commandés. Les gnomides, leurs femmes, sont petites, mais agréables, et vêtues d’une manière fort curieuse [31]. Les gnomes vivent et meurent à peu près comme les hommes ; ils ont des villes et se rassemblent en sociétés. Les cabalistes prétendent que ces bruits qu’on entendait, au rapport d’Aristote, dans certaines îles, où pourtant on ne voyait personne, n’étaient autre chose que les réjouissances et les fêtes de noces de quelque gnome. Ils ont une âme mortelle ; mais ils peuvent se procurer l’immortalité en contractant des alliances avec les hommes. Voy. Incubo, Cabale, Pygmées, Nains, Gobelins, Kobold, etc.

Gnostiques, hérétiques qui admettent une foule de génies producteurs de tout le monde. Leur nom signifie illuminés ; ils l’avaient pris parce qu’ils se croyaient plus éclairés que les autres hommes. Ils parurent au premier et au deuxième siècle, principalement dans l’Orient. Ils honoraient, parmi les génies, ceux qu’ils croyaient avoir rendu au genre humain les bons offices les plus importants. Ils disaient que le génie qui avait appris aux hommes à manger le fruit de l’arbre de la science du bien et du mal avait fait pour nous quelque chose de très-signalé… Ils l’honoraient sous la figure qu’il avait prise, et tenaient un serpent enfermé dans une cage : lorsqu’ils célébraient leurs mystères, ils ouvraient la cage et appelaient le serpent, qui montait sur une table où étaient les pains, et s’entortillait alentour. C’est ce qu’ils appelaient leur eucharistie… Les gnostiques, auxquels se rattachaient les basilidiens, les ophites, les simoniens, les carpocratiens, etc., tentèrent contre le Catholicisme de grands efforts. Leur serpent, non plus que les autres, n’y put faire qu’user ses dents. Voy. Tête de Bophomet, Éons, etc.

Goap, roi des démons de midi. On peut l’évoquer de trois heures du matin à midi, et de neuf heures du soir à minuit [32].

Gobbino. Voy. Imagination.

Gobelins, espèce de lutins domestiques qui se retirent dans les endroits cachés de la maison, sous des tas de bois. On les nourrit des mets les plus délicats, parce qu’ils apportent à leurs maîtres du blé volé dans les greniers d’autrui. Ils sont de l’espèce des cobales. On dit que la manufacture des Gobelins à Paris doit son nom à quelques follets qui, dans l’origine, venaient travailler avec les ouvriers et leur apprendre à faire de beaux tapis. C’est d’eux, ajoute-t-on, qu’on tient le secret des riches couleurs.

Les Normands regardent les Gobelins comme les bons génies des campagnes. S’ils sont irrités cependant, ils entrent dans les maisons et changent les enfants, mettant le fils d’un prince dans le berceau d’un fils de mendiant et celui-ci dans le berceau royal.

On appelait Gobelin ce démon d’Évreux que saint Taurin expulsa, mais qui, ayant montré un respect particulier au saint exorciste, obtint la permission de ne pas retourner en enfer, et continua de hanter la ville sous diverses formes, à condition qu’il se contenterait de jouer des tours innocents aux bons chrétiens de l’Eure. Mais le Gobelin d’Évreux semble s’être ennuyé de ses espiègleries depuis quelques années, et il a rompu son ban pour aller tourmenter les habitants de Caen. L’un de ces derniers hivers, les bourgeois de la bonne ville de Guillaume le Bâtard furent souvent effrayés de ses apparitions. Il s’était affublé d’une armure blanche et se grandissait jusqu’à pouvoir regarder à travers les fenêtres des étages les plus élevés. Un vieux général rencontra ce diable importun dans une impasse et le défia, mais Gobelin lui répondit : — Ce n’est pas de toi que j’ai reçu ma mission, ce n’est pas à toi que je dois en rendre compte. Le général ayant insisté, six diables blancs de la même taille sortirent tout à coup de terre, et le général jugea prudent de battre en retraite devant le nombre. Le journal du département rendit justice à son courage ; mais le général n’eut pas moins besoin de se faire saigner par le docteur Vastel. Voy. Lutins, Follets, Kobold, etc.

Gobineau de Montluisant, gentilhomme chartrain qui cherchait la pierre philosophale. Il voyait toute la science hermétique exposée dans les sculptures qui décorent le portail de Notre-Dame de Paris. Le Père éternel et les deux anges qui sont auprès de lui représentent, dit-il, le Créateur tirant du néant le souffre incombustible et le mercure de vie, figurés par ces deux anges. Une figure a sous ses pieds un dragon volant qui mort sa queue ; elle n’est pas autre chose que la pierre philosophale, composée de deux substances, la fixe et la volatile. La gueule du dragon dénote le sel fixe qui, par sa siccité, dévore le volatile que désigne la queue glissante de l’animal. Une autre figure a sous ses pieds un chien et une chienne qui s’entre-mordent. C’est encore la lutte de l’humide et du sec, etc. Le savant abbé Lebœuf a vu ces figures avec d’autres yeux. La statue qui foule aux pieds le dragon est Jésus-Christ vainqueur du démon ; l’autre, qui a au-dessous d’elle un chien et une chienne, représente le même Jésus-Christ écrasant le péché et l’hérésie, etc.

Gobs, lutins écossais du genre des Gobelins.

Gobes. On appelle gobes, dans la campagne, des boules sphériques que l’on trouve quelquefois dans l’estomac des animaux ruminants, et qui sont formées de poils avalés spontanément, mêlés de fourrages et agglutinés par lés sucs gastriques. On persuaderait difficilement à la plupart des gens de la campagne que ces boules ne sont pas l’effet d’un sort [33].

Godeslas, meunier du diocèse de Maëstricht, qui se raillait des Croisés et du saint sépulcre, et qui fut emporté par le diable [34].

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Godeslas.


Godwin, comte de Kent. Voy. Emma.

Godwin, écrivain anglais qui a publié la Vie des nécromanciens, ou histoire des personnages
les plus célèbres auxquels on a attribué, dans les différents âges, une puissance surnaturelle.

Goëthe, auteur du drame de Faust, qui a fait un si grand bruit. M. François Hugo a démontré que le fond de ce poëme appartient à Marlowe, poëte anglais, antérieur à Goëthe de deux siècles.

Goétie. La goétie est une phase de la magie, qui consiste à s’adresser aux esprits de l’abîme pour se les rendre favorables et arracher leurs secrets par des enchantements, des formules mystérieuses, des conjurations, des amulettes et des talismans.

Quand on s’adresse aux puissances de la lumière, c’est la théurgie.

Il y a dans le magnétisme des faits qui tiennent de la goétie et d’autres qui sont de la théurgie. — La goétie est la magie noire des temps antiques, et la théurgie leur magie blanche.

Goffe (Marie), femme de Rochester, qui se sentant mourir témoigna un ardent désir de revoir ses enfants, dont elle était éloignée de quelques lieues. C’était le 3 juin 1691. On lui fit comprendre qu’elle ne pouvait être transportée ; ce qui l’affligea vivement. À deux heures du matin, le 4 juin, elle eut une sorte d’extase qui la mit auprès de ses enfants. Elle sortit de son évanouissement au point du jour, toute joyeuse de les avoir revus ; et ce qui est singulier, c’est que la bonne qui gardait les enfants avait vu avec surprise leur mère assise en silence sur leur lit à l’heure même où elle était évanouie, à quatre lieues de là. La pauvre mère mourut ce même jour.

Goguis, démons de forme humaine qui accompagnent les pèlerins du Japon dans leurs voyages, les font entrer dans une balance et les contraignent de dire leurs péchés. Si les pèlerins taisent une de leurs fautes dans cet examen, les diables font pencher la balance, de sorte qu’ils ne peuvent éviter de tomber dans un précipice où ils se rompent tous les membres [35].

Gohorry (Jacques), écrivain alchimiste assez ignoré.

Goîtres. Les Arabes prétendent guérir cette infirmité avec des amulettes. Le docteur Abernethy, que l’on consultait sur la manière de dissiper un goitre, répondit : « Je crois que le meilleur topique serait de siffler… »

Goldner. On lit dans la Chronique de Thorn, en Prusse, que le fils d’un marchand de cette ville, nommé Goldner, avait un enfant obsédé par un esprit frappeur. Cet esprit se montrait quelquefois en forme de bouc, de chevreuil ou d’autre animal, battait l’enfant et le tourmentait de plusieurs manières ; ce qui dura trois mois de l’année 1665.

Gomory, puissant duc des enfers ; il apparaît sous la forme d’une femme ; il a une couronne ducale sur ta tête, et il est monté sur un

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chameau. Il répond sur le présent, le passé et l’avenir ; il fait découvrir les trésors cachés ; il commande à vingt-six légions [36].

Gonderic, roi des Vandales, qui fut, à l’exemple de Geyseric et de Bucer, éventré par le diable, et dont l’âme, selon les chroniqueurs, fut conduite en enfer [37].

Gonin. Les Français d’autrefois donnaient le nom de maître gonin à leurs petits sorciers,

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charmeurs, escamoteurs et faiseurs de tours de passe-passe [38].

Gontran. Helinand conte qu’un soldat nommé Gontran, de la suite de Henry, archevêque de Reims, s’étant endormi en pleine campagne après le dîner, comme il dormait la bouche ouverte, ceux qui l’accompagnaient, et qui étaient éveillés, virent sortir de sa bouche une bête blanche semblable à une petite belette, qui s’en alla droit à un ruisseau assez près de là. Un homme d’armes, la voyant monter et descendre le bord du ruisseau pour trouver un passage, tira son épée et en fit un petit pont sur lequel elle passa et courut plus loin… Peu après, on la vit revenir, et le même homme d’armes lui fit de nouveau un pont de son épée. La bête passa une seconde fois et s’en retourna à la bouche du dormeur, où elle rentra… Il se réveilla alors ; et comme on lui demandait s’il n’avait point rêvé pendant son sommeil, il répondit qu’il se trouvait fatigué et pesant, ayant fait une longue course et passé deux fois sur un pont de fer. Mais ce qui est plus merveilleux, c’est qu’il alla par le chemin qu’avait suivi la belette ; qu’il bêcha au pied d’une petite colline et qu’il déterra un trésor que son âme avait vu en songe. Le diable, dit Wierus, se sert souvent de ces machinations pour tromper les hommes et leur faire croire que l’âme, quoique invisible, est corporelle et meurt avec le corps ; car beaucoup de gens ont cru que cette bête blanche était l’âme de ce soldat, tandis que c’était une imposture du diable…

Goo, épreuve par le moyen de pilules de papier que les jammabos, fakirs du Japon, font avaler aux personnes soupçonnées d’un vol ou de quelque autre délit. Ce papier est rempli de caractères magiques et de représentations d’oiseaux noirs ; le jammabos y met ordinairement son cachet. Le peuple est persuadé que si celui qui prend cette pilule est coupable, il ne peut la digérer et souffre cruellement jusqu’à ce qu’il confesse son crime. Voy. Khomano-Goo.

Goodwin. Voy. Parris.

Gœrres, auteur contemporain d’un très-savant livre, qui a pourtant quelques erreurs : La Mystique divine, naturelle et diabolique. Cet ouvrage a été traduit en français par M. ch. {{rom|SainteFoi. 5 vol. in-8°, 1855.

Gorson, l’un des principaux démons, roi de l’Occident ; il est visible le matin à neuf heures [39].

Gouffres. On en a souvent fait des objets d’effroi. Sur une montagne voisine de Villefranche, on trouve trois gouffres ou étangs considérables, qui sont toujours le théâtre des orages ; les habitants du pays croient que le diable est au fond, et qu’il ne faut qu’y jeter une pierre pour qu’il s’élève aussitôt sur ces étangs une tempête.

Gougou. « Champlain, à la fin de son premier voyage au Canada, en 1603, raconte que « proche de la baie des Chaleurs, tirant au sud, » est une île où fait résidence un monstre épouvantable que les sauvages appellent Gougou. » Le Canada avait son géant, comme le cap des Tempêtes avait le sien. Homère est le véritable père de ces inventions ; ce sont toujours les chameau cyclopes, Charybde et Scylla, ogres ou gougous [40]. »

Goul, espèce de larves ou sorcières vampires qui répondent aux empuses des anciens. C’est la même chose que ghole.

Goule (la grande). C’est un énorme dragon que l’on promenait à Poitiers aux processions des Rogations. On l’appelait la bonne sainte vermine ; ce qui est assez singulier ; car elle représentait le démon, que la foi chrétienne avait détrôné. Il en était ainsi de la Chair Salée de Troyes, de la Graouilli de Metz, de la Gargouille de Rouen, du Dragon de saint Marcel à Paris, de la Tarasque à Tarascon.

Gouleho, génie de la mort chez les habitants des îles des Amis. Il gouverne un royaume sombre où se rendent les âmes.

Gourmandise (la), péché capital, odieux au Ciel et à la terre, et qui envoie aux enfers beaucoup de recrues. Elle a un autre effet, qui suffirait peut-être aux matérialistes pour les faire hésiter devant elle : c’est qu’elle amène brusquement le triomphe de cet âpre squelette que nous appelons la mort.

Goyon. Voy. Matignon.

Graa, sorte d’immortelle (plante) que les Islandais employaient autrefois à la magie, et qui servait aussi à écarter les sorciers.

Grains bénits. On se sert encore dans les campagnes (et cette coutume est désapprouvée par l’Église comme superstitieuse) de certains grains dits bénits qui ont la propriété de délivrer les possédés par l’attouchement, d’éteindre les incendies et les embrasements, de garantir du tonnerre, d’apaiser les tempêtes, de guérir la peste, la fièvre, la paralysie ; de délivrer des scrupules, des inquiétudes d’esprit, des tentations contre la foi, du désespoir, des magiciens et des sorciers [41].

Grains de blé, divination du jour de Noël. Dans plusieurs pays du Nord, on fait, le jour de Noël, une cérémonie qui ne doit pas manquer d’apprendre au juste combien on aura de peine à vivre dans le courant de l’année. Les paysans surtout pratiquent cette divination. On se rassemble auprès d’un grand feu, on fait rougir une plaque de fer ronde, et, lorsqu’elle est brûlante, on y place douze grains de blé sur douze points marqués à la craie, auxquels on a donné les noms des douze mois de l’année. Chaque grain qui brûle annonce disette et cherté dans le mois qu’il désigne ; et si tous les grains disparaissent, c’est le signe assuré d’une année de misères. Triste divination !

Graisse des sorciers. On assure que le diable se sert de graisse humaine pour ses maléfices. Les sorcières se frottent de cette graisse pour aller au sabbat par la cheminée ; mais celles de France croient qu’en se mettant un balai entre les jambes, elles sont transportées sans graisse ni onguent. Celles d’Italie ont toujours un bouc à la porte pour les transporter. Gralon. Voy. Is.


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Grandier en prison.

Grandier (Urbain). L’histoire de cet homme n’est guère connue du public que par le livre du calviniste Saint-Aubin, qui l’a écrite sous le titre d’Histoire des diables de Loudun, et qui avait intérêt, dans l’esprit de sa secte, à travestir les faits. Son livre, on le reconnaît aujourd’hui, n’est qu’un pamphlet menteur et calomnieux. Grandier était malheureusement un prêtre plus dissipé, comme le disent les récits du temps, que sa condition ne le comportait. Il avait donc là un titre aux sympathies des ennemis de l’Église romaine. Il y avait depuis sept ans à Loudun un couvent d’ursulines, que Grandier voulut séduire. Il ensorcela les religieuses, comme on disait alors ; on dirait aujourd’hui il les magnétisa, au moyen de Heurs charmées qu’il leur fit parvenir ; et ces saintes filles devinrent possédées et frénétiques. Les phénomènes que produit le magnétisme sous nos yeux expliquent bien des faits que les dissidents et les philosophes ont traités d’absurdes, et qu’on ne peut plus révoquer en doute. Une procédure fut entamée, suivie avec beaucoup d’ordre, de lenteur et de sagesse. Grandier, en prison, composait ou fredonnait des chansons. Il fut condamné à mort. On s’est récrié contre cette sentence et on a gémi à propos de son exécution. Mais le magnétisme et les tables tournantes ont produit ou produiront des crimes, qui seront, aussi bien que ceux de Grandier, du ressort des cours prévôtales ou des cours d’assises. Voy. Loudun [42].

Grando Une légende citée par Görres [43] parle d’un vampire nommé Grando, qui inquiéta assez longtemps les habitants de la Carniole. On le trouva tout rouge, longtemps après sa mort. Son visage fit les mouvements du rire lorsqu’on le découvrit, et il bâilla comme pour respirer l’air frais. On lui présenta un crucifix ; aussitôt il versa des larmes. Après qu’on eut prié pour le repos de son âme, on eut recours à l’expédient qui délivre des vampires, on lui coupa la tête ; il poussa un cri, se tourna et se tordit comme s’il eût été vivant et remplit tout le cercueil de son sang…

Grange du diable. On voit encore à la ferme d’Hamelghem, qui appartient à M. d’Hoogsvorth, et qui est tenue par M. Sterckx, frère de l’archevêque de Malines, ferme dépendante de la commune d’Osselt, entre Meysse et Ophem, à une bonne lieue de Vilvorde, à trois lieues de Bruxelles ; en allant par Laeken, on voit, dis-je, dans cette ferme une grange, qui passe pour la plus vaste du pays, mais qui en est assurément la plus remarquable, et qu’on appelle la Grange du Diable (Duyvel’s dak).

Il n’y a presque pas de province où l’on ne montre, dans quelque ferme écartée, une grange mal famée qu’on appelle la Grange du diable. Par suite d’un pacte avec un paysan dans l’embarras, c’est toujours le diable qui l’a bâtie en une nuit, et partout le chant du coq l’a fait fuir avant qu’il eût gagné son pari ; car il y a un trou qui n’est pas couvert, ou quelque autre chose qui manque à toutes ces granges. On en cite plusieurs qui sont fameuses [44].

Granson. Paul Diacre (Hist. Longob.) raconte ceci : Deux seigneurs lombards, nommés Aldon et Granson, ayant déplu à Cunibert, roi de Lombardie, ce prince résolut de les faire mourir. Il s’entretenait de ce projet avec son favori, lorsqu’une grosse mouche vint se planter sur son front et le piqua vivement ; Cunibert chassa l’insecte, qui revint à la charge, et qui l’importuna jusqu’à le mettre dans une grande colère. Le favori, voyant son maître irrité, ferma la fenêtre pour empêcher l’ennemi de sortir et se mit à poursuivre la mouche, pendant que le roi tira son poignard pour la tuer. Après avoir sué bien longtemps, Cunibert joignit l’insecte fugitif, le frappa ; mais il ne lui coupa qu’une patte, et la mouche disparut. — Au même instant Aldon et Granson, qui étaient ensemble, virent apparaître devant eux une espèce d’homme qui semblait épuisé de fatigue et qui avait une jambe de bois. Cet homme les avertit du projet du roi Cunibert, leur conseilla de fuir et s’évanouit tout aussitôt. Les deux seigneurs rendirent grâces à l’esprit de ce qu’il faisait pour eux ; après quoi ils s’éloignèrent comme l’exigeaient les circonstances.

Grasvitnir, dragon Scandinave qui épouvante le monde de ses sifflements dans les tempêtes.


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Gratarole.

Gratarole (Guillaume), médecin du seizième siècle, mort en 1568. Il est auteur d’un ouvrage intitulé Observations des différentes parties du corps de l’homme pour juger de ses facultés morales [45]. Bâle, 1554, in-8. Il a composé aussi sur l’Antéchrist un ouvrage que nous ne connaissons pas ; enfin, des traités sur l’alchimie et sur l’art de faire des almanachs.

Gratianne (Jeannette), habitante de Sibour ou Siboro, au commencement du dix-septième siècle. Accusée de sorcellerie à l’âge de seize ans, elle déposa qu’elle avait été menée au sabbat ; qu’un jour le diable lui avait arraché un bijou de cuivre qu’elle portait au cou ; ce bijou avait la forme d’un poing serré, le pouce passé entre les doigts, ce que les femmes du pays regardaient comme un préservatif contre toute fascination et sortilège. Aussi le diable ne le put emporter, mais le laissa près de la porte. Elle assura aussi qu’en revenant un jour du sabbat, elle avait vu le diable en forme d’homme noir, avec six cornes sur la tête, une queue au derrière, deux visages, etc. ; que, lui ayant été présentée, elle en avait reçu une grosse poignée d’or ; qu’il l’avait fait renoncer à son Créateur, à la sainte Vierge, à tous les saints et à tous ses parents [46]

Gratidia, devineresse qui trompa Pompée, comme le rapporte Horace : car lui ayant demandé l’issue de la guerre de Pharsale, elle l’assura qu’il serait victorieux ; néanmoins il fut vaincu [47].

Gratoulet, insigne sorcier qui apprenait le secret d’embarrer ou nouer l’aiguillette, et qui s’était vendu à Belzébuth. Il donna des leçons de sorcellerie à Pierre Aupetit, condamné en 1598.

Greatrakes (Valentin), empirique qui fit du bruit en Angleterre dans le dix-septième siècle ; il était né en Irlande en 1628. On ignore la date de sa mort. Il remplit de brillants emplois, mais il avait la tête dérangée. En 1662, il lui sembla entendre une voix lui dire qu’il avait le don de guérir les écrouelles ; il voulut en user et se crut même appelé à traiter toutes les maladies : ce qui lui attira une grande célébrité. Cependant une sentence de la cour de l’évêque de Lismore lui défendit de guérir. Sa méthode consistait à appliquer les mains sur la partie malade et à faire de légères frictions de haut en bas ; étaitce du magnétisme ? Il touchait même les possédés, qui tombaient dans des convulsions aussitôt qu’ils le voyaient ou l’entendaient parler. Plusieurs écrivains se moquèrent de lui. Saint-Évremont écrivit contre la folle confiance qu’on lui accordait. Mais Greatrakes a eu des défenseurs, et Deleuze, dans son Histoire du magnétisme animal, l’a présenté sous un jour qui fait voir que c’était en effet un magnétiseur.

Green (Christine), Anglaise du dix-septième siècle, citée par Glanvil. Elle avait un esprit familier qui vivait avec elle sous la forme d’un hérisson, et lui suçait tous les matins un peu de sang pour lui donner des extases.

Grégoire le Thaumaturge (saint). Voy. Idoles.

Grégoire VII ( saint), l’un des plus grands papes, sauva l’Europe au onzième siècle. Comme il fit de grandes choses pour l’unité, il eut des ennemis dans tous les hérétiques, et en dernier lieu dans les protestants, qui l’accusèrent de magie et même de commerce avec le diable. Leurs mensonges furent stupidement répétés par les catholiques. Ce saint pape vient d’être bien vengé ; car l’histoire, qui lui rend justice enfin, est écrite par un protestant (Voigt) [48].

Greillmeil, sorcier. Voy. JacquesIer.

Grêle. Chez les Romains, lorsqu’une nuée paraissait disposée à se résoudre en grêle, on immolait des agneaux ; ou, par quelque incision à un doigt, on en faisait sortir du sang dont la vapeur, montant jusqu’à la nuée, l’écartait ou la dissipait entièrement : ce que Sénèque réfute comme une folie [49].

Grenier (Jean), loup-garou qui florissait vers l’an 1600. Accusé d’avoir mangé des enfants, par Jeanne Garibaut et par d’autres, quoiqu’il eût à peine quinze ans, il avoua qu’il était fils d’un prêtre noir (prêtre du sabbat), qui portait une peau de loup [50], et qui lui avait appris le métier. On le condamna à servir toute sa vie dans un couvent, où il se convertit. Voy. Poirier et Pierre Larourant.

Grenouille. On n’ignore pas cet admirable secret des paysans, que la grenouille des buissons, coupée et mise sur les reins, fait tellement uriner, que les hydropiques en sont guéris Voy. Messie des Juifs, Tremblement de terre, etc.

Des philosophes allemands ont prétendu, à force de profondes recherches, établir que nous descendons de la grenouille, qui, peu à peu, s’est perfectionnée : ce qu’elle ne fait pourtant plus. Et Lavater a fait graver un tableau pour montrer qu’au moyen d’une vingtaine de transitions légères, une tête de crapaud devient une tête d’Apollon…

Grésili, l’un des démons qui possédaient Louise Capelle, compagne de Madeleine de la Palud.

Grey-Meil, Anglaise qui remplissait au sabbat les fonctions de portière, dans la procédure’,’d’Agnès Sampson, dirigée par le roi Jacques.

Griffon. Brown assure qu’il y a des griffons, c’est-à-dire des animaux mixtes qui par devant ressemblent à l’aigle et par derrière au lion, avec des oreilles droites, quatre pieds et une large queue. Des traditions du moyen âge donnaient au griffon l’aigle pour père et la louve pour mère.

Grigri, démon familier que l’on voit chez les Américains, et surtout dans les forêts du Canada et de la Guinée.

Grillandus (Paul), Castillan, auteur d’un traité des Maléfices (De malejiciis), publié à Lyon en 1555 ; de traités des sortilèges, des lamies, de la torture, etc. ; Lyon, 1536, et de quelques autres ouvrages de ce genre. Il conte quelque part qu’un avocat, ayant été noué par un puissant maléfice que nul art de médecine ne pouvait secourir, eut recours à un magicien qui lui fit prendre, avant de dormir, une certaine potion, et lui dit de ne s’effrayer de rien. À onze heures et demie de la nuit, survint un violent orage accompagné d’éclairs ; l’avocat crut d’abord que la maison lui tombait sur le dos ; il entendit bientôt de grands cris, des gémissements, et vit dans sa chambre une multitude de personnes qui se meurtrissaient à coups de poing et à coups de pied, et se déchiraient avec les ongles et les dents ; il reconnut une certaine femme d’un village voisin, qui avait la réputation de sorcière, et qu’il soupçonnait de lui avoir donné son mal ; elle se plaignait plus que tous et s’était elle-même déchiré la face et arraché les cheveux. Ce mystère dura jusqu’à minuit, après quoi le maître sorcier entra ; tout disparut ; il déclara au malade qu’il était guéri : ce qui fut vrai [51].

Grillon. Dans beaucoup de villages, et surtout en Angleterre, on regarde les grillons qui animent le foyer à la campagne, et qui chantent si joyeusement la nuit, comme de petits esprits familiers d’une nature bienveillante, qui empruntent leur forme exiguë pour échapper aux malices humaines. Beaucoup de villageois se figurent que leur présence porte bonheur dans la famille et qu’on ne les tue pas impunément. Aussi, en général, ne voit-on pas d’un bon œil le pied brutal qui les écrase. « Toute la tribu des grillons se compose de puissants esprits, bien que cela soit ignoré des gens qui ont affaire à eux ; et il n’est pas dans le monde invisible de voix plus gentilles et plus sincères à qui on puisse se fier davantage ou dont les conseils soient plus dévoués et plus sûrs que les voix qu’empruntent ces esprits de l’âtre et du foyer pour s’adresser à l’espèce humaine [52]. »

Grimaldi. Sous le règne de Louis le Débonnaire, il y eut dans toute l’Europe une maladie épidémique qui s’étendit sur les troupeaux. Le bruit se répandit dans le peuple que Grimaldi, duc de Bénévent, ennemi de Charlemagne, avait occasionné ce dégât en faisant répandre de tous côtés une poudre meurtrière par ses afïidés. On arrêta un grand nombre de malheureux soupçonnés de ce crime ; la crainte et la torture leur firent confesser qu’ils avaient en effet répandu cette poudre qui faisait mourir les troupeaux. Saint Agobard, archevêque de Lyon, prit leur défense et démontra que nulle poudre n’avait la vertu d’infecter l’air ; et qu’en supposant même que tous les habitants de Bénévent, hommes, femmes, jeunes gens, vieillards et enfants, se fussent dispersés dans toute l’Europe, chacun suivi de trois chariots de cette poudre, ils n’auraient jamais pu causer le mal qu’on leur attribuait [53].

Grimalkin. C’est le nom que les sorcières anglaises donnent au démon lorsqu’il vient au sabbat sous la figure d’un chat.

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Grimalkin.


Grimoire. Tout le monde sait qu’on fait venir le diable en lisant le Grimoire ; mais il faut avoir soin, dès qu’il paraît, de lui jeter quelque chose à la tête, une savate, une souris, un chiffon, autrement on risque d’avoir le cou tordu. Le terrible petit volume connu sous le nom de Grimoire, autrefois tenu secret, était brûlé très-justement dès qu’il était saisi. Nous donnerons ici quelques notes sur les trois Grimoires les plus

Grémoire}} (sic) du pape Honorius, avec un recueil des plus rares secrets ; sous la rubrique de Rome, 1670, in-16, orné de figures et de cercles. Les cinquante premières pages ne contiennent que des conjurations. Voy. Conjurations et Évocations. — Dans le Recueil des plus rares secrets, on trouve celui qui force trois demoiselles à venir danser le soir dans une chambre. Il faut que tout soit lavé dans cette chambre ; qu’on n’y remarque rien d’accroché ni de pendu ; qu’on mette sur la table une nappe blanche, trois pains de froment, trois sièges, trois verres d’eau ; on récite ensuite une certaine formule de conjuration [54], et les trois personnes qu’on veut voir viennent, se mettent à table et dansent ; mais au coup de minuit tout disparaît. On trouve dans le même livre beaucoup de bêtises de ce genre que nous rapportons en leur lieu.

Grimorium verum, vel probatissimœ Salomonis claviculœ rabbini Hebraici, in quibus tum naturalia, tum supernaturalia sécréta, licet abditissima, inpromptu apparent, modo operator pernecessaria et contenta facial ; sciât tamcn opportet dœmonum potentiel duntaxat peragantur : traduit de l’hébreu, par Plaingière, avec un recueil de secrets curieux. A. Memphis, chez Alibeck l’Égyptien, 1517, in-16 {sic omnia) ; et sur le revers du titre : Les véritables clavicules de Salomon, à Memphis, chez Alibeck l’Égyptien, 1517.

Le grand Grimoire avec la grande clavicule de Salomon, et la magie noire ou les forces infernales du grand Agrippa, pour découvrir les trésors cachés et se faire obéir à tous les esprits ; suivis de tous les arts magiques, in-18, sans date ni nom de lieu. Ces deux grimoires contiennent, comme l’autre, des secrets que nous donnons ici aux divers articles qu’ils concernent.

Voici une anecdote sur le Grimoire : — Un petit seigneur de village venait d’emprunter à son berger le livre du Grimoire avec lequel celui-ci se vantait de forcer le diable à paraître. Le seigneur, curieux de voir le diable, se retira dans sa chambre et se mit à lire les paroles qui obligent l’esprit de ténèbres à se montrer.

Au moment où il prononçait avec agitation ces syllabes niaises qu’il croyait puissantes, la porte, qui était mal fermée, s’ouvre brusquement : le diable paraît, armé de ses longues cornes et tout couvert de poils noirs… Le curieux seigneur perd connaissance et tombe mourant de peur sur le carreau, en faisant le signe de la croix. Il resta longtemps sans que personne vînt le relever. Enfin il rouvrit les yeux et se retrouva avec surprise dans sa chambre. Il visita les meubles pour voir s’il n’y avait rien de dégradé : un grand miroir qui était sur une chaise se trouvait brisé ; c’était l’œuvre du diable. Malheureusement pour la beauté du conte, on vint dire un instant après à ce pauvre seigneur que son bouc s’était échappé et qu’on l’avait repris devant la porte de cette même pièce où il avait si bien représenté le diable. Il avait vu dans le miroir un bouc semblable à lui et avait brisé la glace en voulant combattre son ombre [55].

Grisgris, nom de certains fétiches chez les Maures d’Afrique, qui les regardent comme des puissances subalternes. Ce sont de petits billets sur lesquels sont tracées des figures magiques ou des pages du Koran en caractères arabes ; ces billets sont vendus assez cher, et les habitants les croient des préservatifs assurés contre tous les maux. Chaque grisgris a sa forme et sa propriété. Voy. Goo.

Grisou. Le feu grisou est un gaz qui s’enflamme spontanément ou par occasion dans les mines de houille, et qui produit souvent de grands désastres. — Beaucoup de mineurs regardent le grisou comme un lutin de méchante espèce.

Grœnjette. Il y a sur les côtes de la Baltique, comme dans la plupart des contrées montagneuses de l’Europe, des chasseurs défunts, condamnés pour leurs méfaits à courir éternellement à travers les marais et les taillis. Les habitants du Sternsklint entendent souvent le soir les aboiements des chiens de Grœnjette ; ils le voient passer dans la vallée, le chasseur réprouvé, la pique à la main ; et ils déposent devant leur porte un peu d’avoine pour son cheval, afin que dans ses courses il ne foule pas aux pieds leurs moissons [56]. Voy. Veneur.

Gros-Jacques, sorcier. Voy. Boguet.

Grospetter. Voy. Laghernard.

Grossesse. On a cru longtemps à Paris qu’une femme enceinte qui se regarde dans un miroir croit voir le diable : fable autorisée par la peur qu’eut de son ombre une femme grosse, dans le temps qu’elle s’y mirait, et persuadée par son accoucheur qui lui dit qu’il était toujours dangereux de se regarder enceinte. On assure aussi qu’une femme grosse qui regarde un cadavre aura un enfant pâle et livide [57]. Dans certains cantons du Brésil, aucun mari ne tue d’animal durant la grossesse de sa femme, dans l’opinion que le fruit qu’elle porte s’en ressentirait. Voy. {{DIv|Imagination. On ignere encore le motif pour lequel certaines églises particulières refusèrent longtemps la sépulture aux femmes qui mouraient enceintes ; c’était sans doute pour engager les femmes à redoubler de soins envers leurs enfants. Un concile tenu à Rouen en 1074 a ordonné que la sépulture en terre sainte ne fût nulle part refusée aux femmes enceintes ou mortes pendant l’accouchement.

Grosse-Tête (Robert), évêque de Lincoln, auquel Gouvérus donne une androïde comme celle d’Albert le Grand.

Gruau de la Barre, un des nombreux prétendants que nous avons vus réclamer le trône de Louis XVI, en prenant sans peur le nom de Louis XVII, a fait imprimer en 1840 un volume in-12 intitulé Révélations sur les erreurs de l’Ancien Testament. Il débute ainsi :

« Londres, 1840, le mercredi 5 février.

» Moi, Charles-Louis, duc de Normandie, qui écris ceci, j’ai reconnu que la sainte volonté de l’Éternel, le Tout-Puissant, est infaillible ; et que Dieu, selon son incomparable sagesse, dans l’intérêt du salut des mortels de cette terre, a voulu se servir de l’orphelin du Temple, fils du roi-martyr de France et de Marie-Antoinette, pour répandre dans le monde entier la lumière de la véritable doctrine céleste qui déjà avait été renouvelée, dans son temps, par l’ange de la face de l’Éternel, notre Seigneur Jésus-Christ. J’atteste et je confesse devant Dieu et devant l’univers qu’en accomplissant ce devoir qui m’est commandé, je ne fais rien de moi-même ; mais que je suis guidé par l’ange du Tout-Puissant, qui me parle visiblement en esprit et en vérité. J’atteste et je confesse encore que cet ange est celui qui m’a dicté et fait écrire la Doctrine céleste. »

Or, cette doctrine céleste, dictée par un ange au duc de Normandie, n’est autre chose que la négation de tout l’Ancien Testament, pour établir l’éternité de la matière et un stupide panthéisme tiré des plus absurdes écarts de PigaultLebrun, de Dupuis, de d’Holbach et de Voltaire. Ce livre a été publié à Paris par le docteur Charles de Cosson, seulement en sa première partie. En 1841, une deuxième et une troisième partie ont paru réunies en un autre volume in-12, sous le titre de Salomon le Sage, fils de David, sa renaissance sur cette terre et révélation céleste publié par M. Gruau de la Barre, ancien procureur du roi. Deuxième et troisième partie, faisant suite à la première, intitulée Révélations sur les erreurs de l’Ancien Testament. Si le duc de Normandie a démoli l’histoire de nos origines, M. Gruau de la Barre la reconstruit. Il fait créer le monde avec cent soixante-douze paradis, par l’éternel Esprit-Saint. La terre subit six révolutions avant d’être propre à recevoir des hommes pour habitants. Alors l’éternel Esprit-Saint forme Lithamana, son premier né, et crée toutes les âmes, leur donnant la connaissance du bien et du mal. Il crée aussi les anges, parmi lesquels il y a bientôt un séditieux qu’on appelle Lisathama. L’éternel Esprit-Saint met les âmes créées dans des corps qui peuplent la terre ; il chasse du ciel Lisathama et ses adhérents, qui vont tenter les hommes et les font tomber. Caïn tue Abel ; mais pourtant Caïn est bon au fond et fait une grande pénitence. Toute l’histoire sainte est travestie ensuite de la manière la plus prolixe et dans un but que nous ne pouvons apercevoir.

Guacharo. Dans la montagne de Tuméréquiri, située à quelque distance de Cumana, se trouve la caverne de Guacharo, fameuse parmi les Indiens. Elle est immense et sert d’habitation à des milliers d’oiseaux nocturnes dont la graisse donne l’huile de guacharo. Il en sort une assez grande rivière ; on entend dans l’intérieur le cri lugubre de ces oiseaux, cri que les Indiens attribuent aux âmes qu’ils croient forcées d’entrer dans cette caverne pour passer dans l’autre monde. Ce séjour ténébreux, disent-ils, leur arrache les gémissements plaintifs qu’on entend au dehors. Les Indiens du gouvernement de Cumana, non convertis à la fui, ont encore du respect pour cette opinion. Parmi ces peuples, jusqu’à deux cents lieues de la caverne, descendre au Guacharo est synonyme de mourir.

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Entrée du Guacharo.


Guayotta, mauvais génie que les habitants de l’île Ténériffe opposent à Achguaya-Xérac, qui est chez eux le principe du bien.

Gudeman (bon homme). C’est le nom d’un esprit redouté én Ecosse, auquel les laboureurs croient devoir laisser un de leurs champs qu’ils ne cultivent jamais.

Guecuba, esprit du mal chez les Araucans. Voy. Toqui.

Gueldre. On trouve ce récit dans les historiens hollandais :« Un monstre affreux, d’une grandeur prodigieuse, ravageait la campagne, dévorant les bestiaux et les hommes mêmes ; il empoisonnait le pays de son souffle empesté. Deux braves gens, Wichard et Lupold, entreprirent de délivrer la contrée d’un fléau si terrible, et y réussirent. Le monstre, en mourant, jeta plusieurs fois un soupir qui semblait exprimer le mot ghelre. Les deux vainqueurs voulurent qu’en mémoire de leur triomphe, la villequ’ils bâtirent prît le nom de Ghelre, dont nous avons fait Gueldre.

Guérin (Pierre). Voy. Illuminés.

Gui de chêne, plante parasite qui s’attache au chêne, et qui était regardée comme sacrée chez les druides. Au mois de décembre, qu’on appelait le mois sacré, ils allaient la cueillir en grande cérémonie. Les devins marchaient les premiers en chantant, puis le héraut venait, suivi de trois druides portant les choses nécessaires pour le sacrifice. Enfin paraissait le chef des druides, accompagné de tout le peuple ; il montait sur le chêne, coupait le gui avec une faucille d’or, le plongeait dans l’eau lustrale et criait : « Au gui de l’an neuf (ou du nouvel an). »

On croyait que l’eau charmée ainsi par le gui de chêne était très-efficace contre le sortilège et guérissait de plusieurs maladies. Voy. Gutheyl. Dans plusieurs provinces on est persuadé que si on pend le gui de chêne à un arbre avec une aile d’hirondelle, tous les oiseaux s’y rassembleront de deux lieues et demie.

Guibert de Nogent, abbé de Nogent-sousCoucy, au diocèse de Laon (onzième siècle), homme savant, qui a écrit, sous le nom de Gesta Dei per Francos, l’histoire des premières croisades. Il y a dans ses écrits plusieurs petits faits qui établissent les relations des vivants avec les morts.

Guido. Un seigneur nommé Guido, blessé à mort dans un combat, apparut autrefois tout armé à un prêtre nommé Étienne ou Stéphane, et le chargea de commissions qui devaient, en réparant quelques-unes de ses fautes, abréger son purgatoire. Cette histoire est rapportée par Pierre le Vénérable [58].

Guillaume, domestique de Mynheer Clatz, gentilhomme du duché de Juliers, au quinzième siècle. Ce Guillaume fut possédé du diable et demanda pour exorciste un pasteur hérétique nommé Bartholomée Panen, homme qui se faisait payer pour chasser le diable, et qui, dans cette circonstance, fut penaud. Comme le démoniaque pâlissait, que son gosier enflait et qu’on craignait qu’il ne fût suffoqué entièrement, l’épouse du seigneur Clatz, dame pieuse, ainsi que toute sa famille, se mit à réciter la prière de Judith. Guillaume alors se prit à vomir, entre autres débris, la ceinture d’un bouvier, des pierres, des pelotons de fil, du sel, des aiguilles, des lambeaux de l’habit d’un enfant, des plumes de paon que huit jours auparavant il avait arrachées de la queue du paon même. On lui demanda la cause de son mal. Il répondit que, passant sur un chemin, il avait rencontré une femme inconnue qui lui avait soufflé au visage, et que tout son mal datait de ce moment. Cependant, lorsqu’il fut rétabli, il nia le fait, et ajouta que le démon l’avait forcé à faire cet aveu, et que toutes ces matières n’étaient pas dans son corps ; mais qu’à mesure qu’il vomissait, le démon changeait ce qui sortait de sa bouche’[59]

Guillaume de Carpentras, astrologue qui fit, pour le roi René de Sicile et pour le duc de Milan, des sphères astrologiques sur lesquelles on tirait les horoscopes. Il en fit une pour le roi Charles VIII à qui elle coûta douze cents écus ; cette sphère, contenant plusieurs utilités, était fabriquée de telle manière que tous les mouvements des planètes, à toute heure de jour et de nuit, s’y pouvaient trouver ; il l’a, depuis, rédigée par écrit en tables astrologiques [60].

Guillaume le Roux, fils de Guillaume le Conquérant, et tyran de l’Angleterre dans le onzième siècle. C’était un prince abominable, sans foi, sans mœurs, blasphémateur et cruel. Il fit beaucoup de mal à l’Église, chassa l’archevêque de Cantorbéry et ne voulut point que ce siège fût rempli de son vivant, afin de profiter des revenus qui y étaient attachés. Il laissa les prêtres dans la misère et condamna les moines à la dernière pauvreté. Il entreprit des guerres injustes et se fit généralement détester. Un jour qu’il était à la chasse (en l’année 1100, dans la quarante-quatrième de son âge et la treizième de son règne), il fut tué d’une flèche lancée par une main invisible. Pendant qu’il rendait le dernier soupir, le comte de Cornouailles, qui s’était un peu écarté de la chasse, vit un grand bouc noir et velu, qui emportait un homme défiguré et percé d’un trait de part en part… Le comte, troublé de ce spectacle, cria pourtant au bouc de s’arrêter, et lui demanda qui il était, qui il portait, où il allait ? Le bouc répondit : — « Je suis le diable ; j’emporte Guillaume le Roux, et je vais le présenter au tribunal de Dieu, où il sera condamné pour sa tyrannie ; et il viendra avec nous [61] . »

Guillaume de Paris. Il est cité par les démonographes pour avoir fait des statues pariantes, à l’exemple de Roger Bacon, chose qui ne peut avoir lieu que par les opérations diaboliques [62]. Naudé a réfuté cette imputation.

Guillaume III, comte de la comté de Bourgogne. C’était un bandit sans vergogne et un bourreau sans pitié. Un jour que, chargé de crimes et de sacrilèges, il était en orgie, un inconnu le fit demander pour lui offrir un beau cheval. Dès qu’il l’eut monté, il fut emporté et disparut. L’inconnu était le diable qui venait prendre son bien [63].

Guillemin, esprit familier de Michel Verdung, avec l’aide duquel il pouvait courir aussi vite qu’il le voulait.

Guinefort. C’est le nom d’un chien que les fabliaux du moyen âge ont illustré. Ce chien, ayant sauvé un enfant qu’un serpent voulait dévorer, fut tué par son maître, qui, lui voyant la gueule ensanglantée, crut qu’il avait étranglé son enfant ; suivant une autre version, il périt dans le combat avec le serpent. Le maître éclairé lui fit un petit tombeau ; ce qui était imprudent ; car, dans la suite, des paysans trompés prirent ce tombeau pour celui d’un saint et invoquèrent saint Guinefort. Le P. Bourbon, dans une mission qu’il fit au pays de Lyon et en Auvergne, fit tomber cette superstition, qui certainement n’était qu’une suggestion du diable. Ce chien, appelé Guinefort dans le Lyonnais, s’appelait Ganelon en Auvergne [64].

Guivre, monstre qu’on ne trouve que dans les bestiaires du moyen âge et que les artistes ont reproduit. M. Paulin Paris a établi qu’il ne faut pas confondre la Guivre avec la Vouivre ; la Guivre n’est qu’un griffon ou une hydre que l’on voit figurer sur quelques vieux monuments.

Gullets ou Bonasses, démons qui servent les hommes dans la Norvège, et qui se louent pour peu de chose. Ils pansent les chevaux, les étrillent, les frottent, les brident, les sellent, dressent leurs crins et leurs queues, comme le meilleur palefrenier : ils font même les plus viles fonctions de la maison. Voy. Bérith, Hecdekin, etc.

Gunem, appelé aussi iEnus, soldat anglais qui, après avoir servi sous le roi Etienne, se trouvant chargé de bien des crimes, s’en alla en Irlande, décidé à faire sa pénitence dans le purgatoire de Saint-Patrice. Il y subit diverses douleurs qu’il accepta en expiation, s’en revint soulagé et mena depuis une vie exemplaire.

Gurme, chien redoutable, espèce de Cerbère de l’enfer des Celtes. Pendant l’existence du monde, ce chien est attaché à l’entrée d’une caverne ; mais au dernier jour il doit être lâché, attaquer le dieu Tyr ou Thor, et le tuer. C’est le même que le loup Fenris.

Gusandal (vallée de lumière). En Suède, où la magie est en plein mouvement, de nos jours, on donne ce nom au carrefour où se fait le sabbat.

Gusoyn, grand-duc aux enfers. Il apparaît sous la forme d’un chameau. Il répond sur le présent, le passé, l’avenir, et découvre les choses cachées. Il augmente les dignités et affermit les honneurs. Il commande à quarante-cinq légions.

Gustaph. Voy. Zoroastre.

Gutheyl ou Guthyl, nom sous lequel les Germains vénéraient le gui de chêne. Ils lui attribuaient des vertus merveilleuses, particulièrement contre l’épilepsie, et le cueillaient avec les mêmes cérémonies que les Gaulois. Dans certains endroits de la haute Allemagne, cette superstition s’est conservée, et les habitants sont encore aujourd’hui dans l’usage de courir de maison en maison et de ville en ville, en criant : « Guthey ! Guthey ! » — Des Septentrionaux s’imaginaient qu’un homme muni du gui de chêne non-seulement ne pouvait être blessé, mais était sûr de blesser tous ceux contre lesquels il lançait une flèche. C’est à cause de ces vertus magiques, attribuées au gui de chêne, qu’on l’appelle en Alsace Marentakein, c’est-à-dire arbrisseau des spectres.

Guymond de la Touche, poëte dramatique et philosophe du dernier siècle. Il était allé le 11 février 1760 chez une sorcière, à Paris, dans le dessein de rire, car il ne croyait à rien. Il fut frappé pourtant de l’appareil mystérieux qui entourait la sorcière et de l’attention grave que lui prêtaient les assistants. Sa curiosité fut piquée. Dans l’instant où, un peu troublé, il s’approchait d’une jeune fille à qui on enfonçait des épingles dans la gorge : — « Vous êtes bien empressé, lui dit la sorcière, à vous éclairer de ce qu’on fait ici. Puisque vous êtes si curieux, apprenez que vous mourrez dans trois jours. » — Ces paroles dites avec solennité firent sur Guymond de la Touche, qui ne croyait à rien, une impression telle qu’il se retira chez lui bouleversé, se mit au lit et mourut en effet trois jours après, le 14 février 1760 [65].

Gymnosophistes, philosophes ainsi nommés parce qu’ils allaient nus ou sans habits. Chez les démonomanes, les gymnosophistes sont des magiciens qui obligeaient les arbres à s’incliner et à parler aux gens comme des créatures raisonnables. Tespesion, l’un de ces sages, ayant commandé à un arbre de saluer Apollonius, il s’inclina, et, rabaissant le sommet, de sa tête et ses branches les plus hautes, il lui fit des compliments d’une voix distincte, mais féminine, « ce qui surpasse la magie naturelle [66]. »

Gyromancie, sorte de divination qui se pratiquait en marchant eu rond, ou en tournant autour d’un cercle, sur la circonférence duquel étaient tracées des lettres. À force de tourner on s’étourdissait jusqu’à se laisser tomber, et de l’assemblage des caractères qui se rencontraient aux divers endroits où l’on avait fait des chutes, on tirait des présages pour l’avenir. Voy. Alectryomancie.


  1. Bergier, Dict. de théologie, au mot Sciences.
  2. Wierus, De prœst. dœm., p. 926.
  3. M. Garinet, Hist. de la magie en France, p. 466.
  4. Voyage en Islande, traduit du danois, etc., 1802.
  5. Tacite, Annales, 55.
  6. M. Saiguesy, Des erreurs, t. III, p. 370.
  7. M. Jules Garinet, Hist. de la magie en France, p. 129.
  8. Voyez cette vision dans les Légendes de l’autre monde.
  9. Pomponii Gaurici Neapolitani tractatus de symmetriis, lineamentis et physiognomonia, ejusque speciebus, etc., Argentor., 1630, avec la Chiromancie de Jean Ab Indagine.
  10. Lucœ Gaurici geophonensis episcopi civitatensis tractai us astrologicus, in quo agitur de prœteritis multorum hominum accidentibus per proprias eorum genituras, ad unguem examinatis. Venetiis. In-4°, 1552.
  11. M. de Marchangy, Tristan le voyageur, ou la France au quatorzième siècle, t. I er, ch. {{rom|iv, p. 63.
  12. Jonsthoni thaumatographia.
  13. Naudé, Apologie pour tous les grands personnages soupçonnés de magie, ch. xiv, p. 360.
  14. Delrio, Disquisitions magiques ; Wierus, De prœst., p. 466.
  15. De naturœ divinis characterismis, seu raris et admirandis spectaculis, causis, indiciis, proprietatibus rerum in partibus singulis universi Hbri II, auctore Cornelio Gemma, etc.
  16. Plutarque, Vie de Marc-Antoine.
  17. Leloyer, Histoire des spectres et apparitions des esprits, p. 270.
  18. Voyez cette histoire dans les Légendes de l’autre monde (légendes du purgatoire).
  19. Leloyer, Histoire des spectres et apparitions des esprits, p. 370.
  20. Bodin, Dêmonomanie, liv. IL
  21. Delancre, Tabl. de l’inconstance des démons, etc., p. 455.
  22. Manuscrit de la bibliothèque impériale, rapporté par Lenglet-Dufresnoy, Dissertations, t. Ier.
  23. Delancre, Tabl. de l’inconstance des démons, etc., p. 5.
  24. Leloyer, Histoire des spectres ou apparitions des esprits, p. 50.
  25. Wierus, Deprœst., p. 466.
  26. Voyez l’histoire de Gilles de Chin, dans les Légendes cles douze convives du chanoine de Tours, nouvelle édition.
  27. Nous ajouterons avec regret que, dans le tome IV de sa Mystique, Görres expose assez mal, pages 176 à 179, l’affaire de la Cadière ; il est vrai qu’un peu plus loin, page 182, il défend le père Girard. Il est fâcheux qu’il n’ait pas lu la judicieuse dissertation de Fréron, que nous avons citée.
  28. Philosophie magique, t. VI, p. 383, citée dans les Curiosités de la littérature, t. I er, p. 262.
  29. Leloyer, Histoire des spectres et des apparitions des esprits, ch. xxiii, p. 436.
  30. Goldsmith, Histoire d’Angleterre.
  31. Il y a apparence que ces contes de gnomes doivent leur origine aux relations de quelques anciens voyageurs en Laponie.
  32. Wierus, in Pseudomonarchia clœmon.
  33. Salgues, Des erreurs et des préjugés, t. II, p. 44.
  34. Voyez son histoire dans les Légendes infernales.
  35. Leloyer, Histoire des spectres ou apparitions des esprits, ch. ii, p. 336.
  36. Wierus, in Pseudomon. dœmonum.
  37. Delancre, Tabl. de l’inconstance des démons, etc., p. 5.
  38. Bodin, Démonomanie, p. 148.
  39. Wierus, Pseudom. dœm., p. 931.
  40. Chateaubriand, Mémoires, tome IL
  41. Lebrun, Histoire des superstitions, t. I er, p. 397.
  42. Voyez aussi l’histoire de Grandier, dans les Légendes infernales.
  43. Livre V de sa Mystique, ch. xiv.
  44. Voyez la Grange du diable, dans les Légendes infernales.
  45. De prœdictione morum naturarumque hominum facili ex inspectione partium corporis.
  46. Delancre, Tabl. de l’inconstance des démons, etc., liv. iv, p. 432.
  47. Delancre, Tabl. de l’inconstance des démons, etc., liv. h, p. 53.
  48. Voyez l’abrégé de cette histoire par M. l’abbé Jorry.
  49. Lebrun, t. Ier, p. 376.
  50. M. Jules Garinet, Histoire de la magie en France.
  51. Delancre, Tabl. de l’inconstance des démons, etc., p. 356.
  52. M. Ch. Dyckens, Le grillon du foyer, conte de Noël.
  53. M. Salgues, Des erreurs et des préjugés, t. I, p. 298.
  54. Voici les paroles de cette conjuration :« Besticirum ! consolation, viens à moi. Vertu créon, créon, créon… Je ne mens pas ; je suis maître du parchemin ; par ta louange, prince de la montagne, fais taire mes ennemis et donne-moi ce que tu sais. »
  55. Histoire des fantômes et des démons, p. 214.
  56. Marmier, Trad. de la Baltique.
  57. Brown, Essai sur les erreurs populaires, p. 401.
  58. Voyez-la dans les Légendes de l’autre monde : Légendes du purgatoire.
  59. Wierus, De prœst., lib. III, cap. vi.
  60. Extrait d’un ancien manuscrit, cité à la fin des Remarques de Joly sur Bayle.
  61. Matthœi Tympii prœmia virtutum. — Matthieu Paris, Historia major, t. IL
  62. Naudé, Apologie pour les grands personnages accusés de magie, ch. xvii, p. 493.
  63. Voyez sa légende dans les Légendes infernales.
  64. Voyez les Fabliaux du moyen âge, recueillis par J. Loyseau, 1846, p. 26.
  65. Voyez cette histoire dans les Légendes de l’autre monde.
  66. Delancre, Incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincues, p. 33.