L’Encyclopédie/1re édition/PEAU

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PEAU, s. f. en Anatomie, c’est un plexus réticulaire ou un corps de vaisseaux, situé immédiatement sous la cuticule ou l’épiderme.

Les vésicules de la peau contiennent une liqueur muqueuse : Malpighi & d’autres pensent que la couleur de la peau vient de la teinture de cette liqueur ; ils se fondent sur ce que la peau des negres est blanche, & leur sang rouge, &c. & que la seule chose qui leur soit particuliere en cette partie est la couleur de cette liqueur. Voyez Negre.

La peau est composée de fibres qui lui sont propres, ou suivant Stenon, elle est formée des productions des tendons des parties subjacentes, qui se terminent en une infinité de mamelons pyramidaux, entrelacés d’un nombre innombrable de fibres nerveuses & d’autres vésicules, qui forment ce que l’on appelle un parenchyme, voyez Parenchyme ; c’est par le moyen de ces mamelons que la peau devient l’organe du toucher. Voyez Mamelons, Papilla.

La peau généralement est liée aux parties subjacentes par la membrane adipeuse, & par les vaisseaux qui lui sont propres, les veines, les arteres, les nerfs, &c. son usage est de couvrir & d’envelopper tout le corps, d’être un émonctoire général pour la matiere de la transpiration, & d’être l’organe du toucher. Voyez Transpiration, Toucher.

Les maladies de la peau sont la gale, la lepre, la petite vérole, la rougeole, le pourpre & les inflammations érésipélateuses. Voyez Gale, Vérole, Lépre, &c.

Peau, Pores de la (Scienc. microscop.) chaque partie de la peau humaine est pleine de conduits excrétoires ou de pores, qui évacuent continuellement les humeurs superflues du fluide qui circule. Pour voir ces pores, il faut couper un morceau de la peau extérieure, aussi mince qu’il sera possible, avec un rasoir bien tranchant ; immédiatement après, vous couperez du même endroit un second morceau que vous appliquerez au microscope ; & dans une partie qui ne sera pas plus grande qu’un grain de sable, vous appercevrez un nombre innombrable de pores aussi clairement que vous pourriez distinguer autant de petits trous formés par une aiguille fine sur le papier, si vous le présentiez au soleil. Les écailles de l’épiderme empêchent qu’on ne voie distinctement les pores, à-moins qu’on ne les sépare avec un couteau, ou qu’on ne les coupe de la maniere précédente ; mais si l’on prépare de cette maniere un morceau de la peau qui est entre les doigts ou sur la paume de la main, & si on l’examine au microscope, on verra avec beaucoup de plaisir la lumiere à-travers les pores.

M. Leeuwenhoëck tâche de donner quelque légere idée du nombre incroyable de pores qui sont sur le corps humain. Il suppose qu’il y a cent vingt pores dans une ligne, qui n’est que la dixieme partie d’un pouce ; cependant pour n’être pas à l’étroit, il ne calcule que sur le pié de cent ; un pouce de longueur en contiendra donc mille, & un pié douze mille ; selon ce calcul, un pié quarré en contiendra cent quarante-quatre millions, & supposant que la surface d’un homme de taille moyenne est de 14 piés quarrés, il y aura sur sa peau deux mille & 16 millions de pores.

Pour avoir une notion encore plus claire de ce nombre prodigieux de pores, par l’idée que nous avons du tems ; supposons avec le P. Mersenne, que chaque heure est composée de soixante minutes, chaque minute de soixante secondes ou de soixante battemens d’une artère ; il y a donc dans une heure 3600 battemens, dans vingt-quatre heures 86400, & dans un an 31536000 ; mais il y a environ soixante-quatre fois autant de pores dans la surface de la peau d’un homme, & par conséquent, il faudroit qu’il vêcût soixante-quatre ans pour n’avoir qu’un seul battement pour chaque pore de sa peau.

Le D. Nathaniel Grew observe, que les pores par lesquels nous transpirons, sont plus remarquables en particulier aux mains & aux piés ; car si l’on se lave bien les mains avec du savon, & si l’on examine seulement avec un verre ordinaire la paume de la main ou les extrémités, & les premieres jointures du pouce & des doigts, on y trouvera une infinité de sillons paralleles entr’eux, d’une égale grandeur, & à distances égales. Une fort bonne vûe pourra sans aucun verre appercevoir sur ces sillons les pores en ligne droite ; mais si on les observe avec un bon verre, chaque pore paroîtra comme une petite fontaine, avec la sueur qui en transpire claire comme de l’eau de roche ; & si on la frotte, on verra sortir immédiatement après une autre goutte.

En faisant réfléxion à cette multitude d’orifices au-dessus de la peau, nous avons lieu de croire que les petits insectes, comme les puces, pous, cousins, &c. ne font pas de nouvelles ouvertures avec leurs instrumens déliés, mais qu’ils ne font que les insinuer dans les vaisseaux de la peau pour en sucer le sang & les autres humeurs qui leur servent de nourriture. (D. J.)

Peau des negres, (Anatomie.) les Anatomistes ont cherché dans quelle partie de la peau résidoit la couleur noire des negres. Les uns prétendent que ce n’est ni dans le corps de la peau, ni dans l’épiderme, mais dans la membrane réticulaire qui se trouve entre l’épiderme & la peau ; que cette membrane lavée & tenue dans l’eau tiede pendant fort longtems ne change pas de couleur, & reste toujours noire ; au lieu que la peau & la sur-peau paroissent être à-peu-près aussi blanches que celle des autres hommes.

Le docteur Towns & quelques autres ont prétendu que le sang des negres étoit bien plus noir que celui des blancs, & par conséquent que la couleur des negres vient de celle de leur sang ; ce qui n’est pas confirmé par l’expérience.

M. Barrere dans une dissertation sur la couleur des negres, imprimée à Paris 1741, pense avec M. Winslow, que l’épiderme des negres est noir, & que s’il a paru blanc à ceux qui l’ont examiné, c’est parce qu’il est extrèmement mince & transparent, mais qu’il est réellement aussi noir que de la corne noire, qu’on auroit réduite à une aussi petite épaisseur. Ils assurent aussi que la peau des negres est d’un rouge brun approchant du noir ; ce qui ne nous paroît pas trop vrai.

Cette couleur de l’épiderme & de la peau des negres est produite, selon M. Barrere, par la bile qui dans les negres est noire comme de l’encre ; il prétend s’en être assuré sur plusieurs cadavres de negres qu’il a eu occasion de disséquer à Cayenne ; mais en ce cas la bile des negres de Cayenne seroit bien différente de la bile des negres que nous voyons en Europe ; car la bile de ceux-ci n’est point différente de celle des blancs, & il n’est pas vraissemblable qu’elle le soit à Cayenne ; d’ailleurs il faudroit supposer que la bile est toujours répandue également sur la peau des negres, & qu’elle se sépare naturellement dans l’épiderme en assez grande quantité pour lui donner cette couleur noire, autre supposition qu’on ne sauroit admettre. Enfin, en supposant que c’est le sang ou la bile qui donnent cette couleur à la peau des negres, on pourroit encore demander pourquoi les negres ont la bile ou le sang noir, en prenant les mêmes alimens que les blancs, en changeant de climat, en vivant en Suede, en Danemarck, &c.

M. de Buffon croit que la même cause qui nous brunit trop lorsque nous nous exposons au grand air & aux ardeurs du soleil, cette cause qui fait que les Espagnols sont plus bruns que les Allemands, les Maures plus que les Espagnols, fait aussi que les negres le sont plus que les Maures. Il pense donc que la chaleur du climat est la principale cause de la couleur noire, & que la différence des zones fait la différence des blancs & des noirs.

Lorsque cette chaleur est excessive, comme au Sénégal & en Guinée, les hommes sont tout-à-fait noirs ; lorsqu’elle est un peu moins forte, comme sur les côtes orientales de l’Afrique, les hommes sont moins noirs ; lorsqu’elle commence à devenir un peu tempérée, comme en Barbarie, au Mogol, en Arabie, &c les hommes ne sont que bruns ; & en effet, lorsqu’elle est tout-à-fait tempérée, comme en Europe & en Asie, les hommes sont blancs, & les variétés qu’on y remarque viennent de la maniere de vivre.

Lorsque le froid devient extrème, il produit quelques effets semblables à ceux de la chaleur excessive. Les Samoïedes, les Lapons, les Groenlandois sont fort basannés. Les deux extrèmes se rapprochent ici ; un froid très-vif & une chaleur brûlante produisent le même effet sur la peau, parce que l’une & l’autre de ces deux causes agissent par une qualité qui leur est commune ; cette qualité est la sécheresse qui dans un air très-froid peut être aussi grande que dans un air chaud ; le froid comme le chaud doit dessécher la peau, l’altérer & lui donner cette couleur basanée que l’on trouve dans les Lapons.

Suivant ce système, le genre humain n’est pas composé d’especes essentiellement différentes entre elles : il n’y a eu originairement qu’une seule espece d’hommes qui s’étant multipliée & répandue sur toute la surface de la terre, a subi différens changemens par l’influence du climat, par la différence de la nourriture, par celle de la maniere de vivre, par les maladies épidémiques, & aussi par le mélange varié à l’infini des individus plus ou moins ressemblans ; que d’abord ces altérations n’étoient pas si marquées, & ne produisoient que des variétés individuelles ; qu’elles sont ensuite devenues variétés de l’espece, parce qu’elles sont devenues plus générales, plus sensibles & plus constantes par l’action continuée de ces mêmes causes ; qu’elles se sont perpétuées, & qu’elles se perpétuent de génération en génération, comme les difformités ou les maladies des peres & meres passent à leurs enfans ; qu’enfin comme elles n’ont été produites originairement que par des causes accidentelles & extérieures, elles pourroient devenir différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui, si ces mêmes causes venoient à varier dans d’autres circonstances & par d’autres combinaisons.

Mais si la noirceur dépendoit de la chaleur du climat, les habitans des régions situées sous la zone torride devroient être tous noirs ; cependant on a découvert un continent entier au nouveau monde, dont la plus grande partie des terres habitées sont situées sous la zone torride, & où cependant il ne se trouve pas d’hommes noirs, mais de plus ou moins basanés, ou couleur de cuivre ; on auroit dû trouver dans la Gayane, dans le pays des Amazones & dans le Pérou, des negres, ou du moins des peuples noirs, puisque ces pays de l’Amérique sont situes sous la même latitude que le Sénégal, la Guinée & le pays d’Angola en Afrique ; on auroit dû trouver au Bresil, au Paraguai, au Chili, de, hommes semblables aux Caifres, aux Hottentots, si le climat ou la distance du pole étoit la cause de la couleur des hommes.

On peut répondre à cette difficulté qu’il fait moins chaud sous la zone torride en Amérique, que sous celle d’Afrique ; & cela est certain. On ne trouve de vrais negres que dans les climats de la terre où toutes les circonstances sont réunies pour produire une chaleur constante & toujours excessive ; cette chaleur est si nécessaire non-seulement à la production, mais même à la conservation des negres, qu’on a observé dans nos îles où la chaleur, quoique très-forte, n’est pas comparable à celle du Sénégal, que les enfans nouveau-nés des negres, sont si susceptibles des impressions de l’air, que l’on est obligé de les tenir pendant les neufs premiers jours après leur naissance, dans des chambres bien fermées & bien chaudes ; si l’on ne prend pas ces précautions, & qu’on les expose à l’air au moment de leur naissance, il leur survient une convulsion à la mâchoire, qui les empêche de prendre la nourriture, & qui les fait mourir.

M. Littre, qui fit en 1702 la dissection d’un negre, observa que le bout du gland qui n’étoit pas couvert du prépuce, étoit noir comme toute la peau, & que le reste qui étoit couvert étoit parfaitement blanc. Cette observation prouve que l’action de l’air est nécessaire pour produire la noirceur de la peau des negres ; leurs enfans naissent blancs, ou plutôt rouges, comme ceux des autres hommes, mais deux ou trois jours après qu’ils sont nés, la couleur change, ils paroissent d’un jaune basané qui se brunit peu-à-peu, & au septieme ou huitieme jour ils sont déja tout noirs. On sait que deux ou trois jours après la naissance, tous les enfans ont une espece de jaunisse ; cette jaunisse dans les blancs n’a qu’un effet passager, & ne laisse à la peau aucune impression ; dans les negres au contraire elle donne à la peau une couleur ineffaçable, & qui noircit toujours de plus en plus.

Mais cette jaunisse & l’impression actuelle de l’air ne paroissent être que des causes occasionnelles de la noirceur, & non pas la cause premiere ; car on remarque que les enfans des negres ont dans le moment même de leur naissance, du noir à la racine des ongles & aux parties génitales : l’action de l’air & la jaunisse serviront, si l’on veut, à étendre cette couleur, mais il est certain que le germe de la noirceur est communiqué aux enfans par les peres & meres ; qu’en quelque pays qu’un négre vienne au monde, il sera noir comme s’il étoit né dans son propre pays ; & que s’il y a quelque différence dès la premiere génération, elle est si insensible qu’on ne s’en est pas apperçu. Cependant cela ne suffit pas pour qu’on soit en droit d’assurer qu’après un certain nombre de générations, cette couleur ne changeroit pas sensiblement ; il y a au contraire toutes les raisons du monde pour présumer que comme elle ne vient originairement que de l’ardeur du climat & de l’action long-tems continuée de la chaleur, elle s’effaceroit peu-à-peu par la température d’un climat froid, & que par conséquent si l’on transportoit des negres dans une province du nord, leurs descendans à la huitieme, dixieme ou douzieme génération, seroient beaucoup moins noirs que leurs ancêtres, & peut-être aussi blancs que les peuples originaires du climat froid où ils habiteroient. Histoire natur. de l’homme, tome III. (D. J.)

Peau des insectes, (Hist. nat. des Insect.) vêtement extérieur que la nature a donné à tous les insectes ; ce vêtement couvre tout leur corps, en lie les parties, les contient dans la place qui leur est assignée.

La peau n’est pas de la même qualité chez tous les insectes, il s’en faut de beaucoup. Ceux dont le genre de vie ne les expose ni à des compressions, ni à des frottemens violens, comme sont les chenilles & plusieurs sortes de vers, ont la peau fort délicate & fort tendre. Quelques-uns en ont plusieurs l’une sur l’autre, à-peu-près comme les différentes peaux d’un oignon. La peau de la plupart des insectes a des pores si petits pour l’usage de leur transpiration, qu’on a de la peine à les appercevoir. D’autres cependant ont les pores de la peau très-larges. Il y a certaines chenilles à cornes dont les pores sont si ouverts, que non-seulement ils donnent passage aux œufs que des petits ichneumons pondent dans leur corps, mais de plus les vers nés de ces œufs peuvent sortir par ces mêmes pores, sans que la peau en paroisse blessée.

Les insectes qui rampent dans les trous, dans les fentes où ils sont exposés à un frottement assez rude, ont la peau plus dure que les autres ; celle de quelques-uns est écailleuse.

La peau sert aux insectes d’un manteau pour les couvrir contre les injures de l’air : elle est pour eux de la même utilité que les écailles sont pour les poissons, les coquilles pour les insectes des coquillages, les plumes pour les oiseaux, & le poil pour la plupart des quadrupede.

Comme les insectes sont d’ordinaire très-petits, l’ardeur du soleil auroit bien-tôt desséché l’humidité intérieure de leurs corps, & épuisé leurs esprits animaux, s’ils n’avoient pas été revêtus d’une peau dure qui les mît à couvert de cet inconvénient.

Elle est l’organe du mouvement de ceux qui n’ont ni piés ni aîles : en l’étendant & la resserrant successivement, par le moyen des muscles ou des anneaux, ils se transportent d’un lieu à un autre.

On sait qu’il y a des animaux qui chaque année changent de peau ; ainsi plusieurs insectes muent, & même un grand nombre de fois.

Puisque la peau des insectes, de même que celle des autres animaux, varie extrèmement, & qu’on en trouve parmi les uns & les autres qui l’ont tendre, dure, robuste, lisse, chagrinée, coriace, épaisse, mince, velue, rase, épineuse, &c. il résulte que ce n’est pas dans la qualité de la peau qu’il faut chercher des caracteres propres à distinguer les insectes des autres animaux ; mais ce seroit plutôt dans la mutation de cette peau qu’on pourroit chercher ces caracteres ; c’est du-moins une chose remarquable, que les quadrupedes, les oiseaux & les poissons ne quittent jamais leur peau, & que la plûpart des insectes, de même que des reptiles, en changent plusieurs fois. (D. J.)

Peau, maladies de la, (Médec.) les maladies de la peau sont toutes caractérisées par quelque éruption plus ou moins sensible, plus ou moins élevée qui en change la couleur, détruit la souplesse, dérange le poli & l’uniformité ; ces éruptions sont quelquefois des boutons ou petites tumeurs élevées au-dessus de la surface de la peau ; d’autresfois ce sont de simples taches qui n’offrent aux yeux qu’une altération dans la couleur, sans élevation sensible ; dans quelque cas ce sont des écailles qui recouvrent la peau, &c. Voyez Eruption, Exanthème, Ecaille, Tache, Pustule, &c. Les maladies de la peau peuvent se distinguer en chroniques & en aiguës : cette distinction est très-bien fondée & très-importante. Dans la premiere classe on doit ranger la lepre, la gale, les dartres, la teigne, l’éléphantiase, &c. Parmi les maladies aiguës on compte principalement la petite-vérole, la rougeole, les fievres scarlatines, miliaires, pourprées, érésipellateuses, &c. Voyez tous ces différens articles. Outre ces maladies dont le principal symptome se trouve à la peau, il y en a beaucoup d’autres qui sont accompagnées d’une affection de la peau, d’éruption, de taches, &c. mais cette affection n’est que symptomatique ; elle ne constitue pas des maladies particulieres, & n’accompagne pas même toujours & essentiellement celles auxquelles elle se joint : telles sont parmi les maladies aiguës ces fievres dans le cours desquelles il survient des petits boutons, des taches quelquefois critiques : tel est aussi dans la classe des chroniques le scorbut, qu’accompagne souvent & que caractérise très-bien l’éruption de taches noirâtres ou livides en différentes parties du corps ; voyez Scorbut : telle est, ou mieux telle étoit la vérole dans les commencemens de son invasion. Pendant le siege de Naples, elle se manifestoit principalement par de larges pustules qui couvroient & défiguroient la peau ; voyez Vérole ; enfin on peut ajouter à ces maladies un grand nombre d’éruptions cutanées, extrèmement variées, qui n’ont point de caractere spécifique ni de nom particulier, & qu’on ne peut pas exactement rapporter à aucune des maladies nommées. Il y a tout lieu de penser que toutes ces variétés sont accidentelles & dépendantes d’un concours fortuit de circonstances, de la différence de tempérament, de régime, de climat, de pays, de l’idiosyncrasie, &c.

L’ætiologie des maladies de la peau a fourni un champ vaste aux explications de théoriciens boerrhaavistes ; c’est-là qu’ils ont fait jouer an grand rôle aux acrimonies imaginaires du fameux Boerrhaave ; & l’on ne sauroit disconvenir que cette doctrine ne soit en ce point fondée sur quelques apparences : car enfin, disoient-ils, l’acrimonie de l’humeur qui forme par son séjour & sa stagnation les différentes éruptions est manifestée par les douleurs, les démangeaisons qu’elle excite sur la peau. N’est-il pas visible que les parties globuleuses de la lymphe sont transformées en petits corps pointus, en aiguilles extrèmement fines, qui agacent, irritent & piquotent les filets nerveux qui s’insinuent dans leurs tissus, qui tendent à en désunir les molécules, & produisent par cette action la démangeaison & la douleur qui accompagnent assez fréquemment les maladies éruptives : or, poursuivent-ils avec la même sagacité, l’acrimonie manifeste de cette humeur décele infailliblement l’acrimonie du sang, & sur-tout de la lymphe dont elles dérivent ; car principiatum redolet naturam principii ; il est très-probable qu’un peu d’épaississement de la lymphe se joint à son âcreté ; ce second vice sert admirablement bien pour la faire arrêter, croupir, s’accumuler dans les petits vaisseaux : pour les distendre, les dilater, les élever en tumeur, produire les exanthèmes ou les taches. Telle est la théorie générale des maladies de la peau, ou éruptives. Le lecteur éclairé nous dispensera facilement de lui montrer le faux, le vague, l’arbitraire & le ridicule de ces principes : il lui est facile d’appercevoir que quelle que soit la nature des humeurs qui forment ces exanthemes, le tissu de la peau n’a qu’à être plus tendre, il sera plus sensible, plus irritable, & plus ou moins désagréablement affecté par des causes ordinaires. Il sent fort bien que toutes ces acrimonies ne sont si variées & si multipliées, & n’existent même que dans l’imagination de quelques oisifs spéculateurs : il voit d’ailleurs que quand même la matiere de la transpiration seroit âcre, ce seroit une mauvaise raison que d’attribuer la même âcreté au sang & à la lymphe. L’axiome allégué, vrai dans quelques occasions, est un pur sophisme dans le cas dont il s’agit. L’épaississement de la lymphe n’est pas mieux fondé, & cette froide explication de la formation des tumeurs, démontre dans ses auteurs une connoissance bien peu exacte de l’œconomie animale, de la marche des liqueurs, de l’action des vaisseaux, de leur vice & de leur méchanisme ; mais enfin, si l’on n’avoit que ces défauts à reprocher à cette théorie, le mal ne seroit pas grand, & absurdités pour absurdités, celles-là pourroient aussi-bien passer que tant d’autres qui ont été dites ou avant ou après ; & nous aurions toujours l’avantage d’avoir, en avançant, une erreur de moins à craindre : plus on a fait de fautes, & moins on nous en laisse à faire. Mais ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est que ces principes erronés ont donné lieu à des conséquences pernicieuses ; une fausse théorie a établi une mauvaise pratique, surtout dans le traitement des maladies chroniques de la peau. Si toutes les humeurs sont âcres, a-t-on dit, si leur acrimonie est la base, le fondement & la cause premiere de ces maladies, il n’y aura qu’à la détruire pour en faire cesser les effets. Jettons donc dans le sang des médicamens aqueux, doux, mucilagineux, nous noyerons les sels, adoucirons leur âcreté, envelopperons & engaînerons, pour ainsi dire, leur pointe ; en même tems les vaisseaux enduits par ces sucs gras, onctueux, seront moins susceptibles d’irritation ; défendus par ce bouclier, ils seront à l’abri des picotemens de ces globules pointus, ils résisteront à leur action, aux efforts plus foibles qu’ils font pour pénétrer dans leur tissu, alors aussi la quantité de liquide aqueux qui servira de véhicule à ces médicamens, délayera la lymphe, & le sang diminuera sa cohésion, le voisinage des globules ; par ce moyen ces deux vices fondamentaux du sang seront efficacement corrigés ; les humeurs seront édulcorées & rendues plus fluxiles, par conséquent plus de stagnation, plus d’engorgement & plus de tumeur, en même-tems plus d’irritation, plus de picotement, & par là même, cessation entiere de la démangeaison & de la douleur ; & par une suite nécessaire ultérieure, le calme le plus parfait, l’harmonie & l’uniformité sont rétablies dans l’œconomie animale. Voilà comme ces médecins guérissent dans leurs cabinets & leurs consultations : les indications sont très-naturelles, les remedes répondent exactement aux indications ; mais malheureusement le succès n’y répond pas : c’est un fort joli roman ; mais il n’y a rien de réel ; les situations sont bien ménagées, bien amenées ; mais elles sont imaginées : les caracteres sont bien soutenus ; mais ils sont faux, ils n’existent pas dans la nature. L’observation s’accorde ici avec la raison pour détruire de fond en comble cet édifice superbe & régulier. Tous les bouillons adoucissans de poulet, de grenouilles, de limaçon, &c. ne font que passer sur l’estomac de ces malades, ils ne touchent rien du tout à la maladie ; il en est de même du lait, remede si vanté, si célebre, si souvent & si vainement employé dans ces maladies. J’ai par-devers moi plusieurs observations qui constatent l’inefficacité de ces médicamens. Voyez Lait.

Je ne m’arrête pas davantage à réfuter ces systèmes produits de l’imagination : qui vult videre videat. Je n’ajouterai que quelques remarques pratiques sur la nature & le traitement de ces maladies, remarques fondées sur l’observation, & conformes à la raison.

1°. Les maladies aiguës de la peau sont ordinairement un espece de dépôt critique qui purge la masse du sang infectée, salutaire par son siege aux parties extérieures, & par la fievre qui les accompagne ; elle en est le remede le plus prompt, le plus sûr, &, pour mieux dire, l’unique : la petite vérole peut servir d’exemple. Voyez ce mot.

Les maladies chroniques privées du secours de la fievre, exigent les secours de l’art ; elles ne guérissent pas sans remedes. Il y en a qui dépendent d’une cause spécifique, particuliere, qui ne peut être combattue & détruite que par des remedes spécifiques particuliers ; la Medecine rationnelle est bien peu avancée sur ce qui les regarde ; le peu de lumieres qu’on a est dû à l’empirisme : telles sont la vérole, la gale, le scorbut ; ce n’est pas le théoricien qui a trouvé en raisonnant le mercure, le soufre, & le cochléaria ; c’est le hasard qui les a découverts inopinément à l’empirique étonné.

3°. Toutes les affections cutanées, opiniâtres, souvent périodiques, dépendent sans doute immédiatement, de même que toutes les maladies de la peau, d’un vice dans la transpiration. Quelques faits bien appréciés sont penser que les dérangemens dans l’action du foie, dans la sécrétion de la bile, sont les causes très-ordinaires du vice de la transpiration. Nous ne prétendons pas expliquer le méchanisme, la façon d’agir de ces causes ; nous avouons notre ignorance là-dessus, & cet aveu nous le faisons sans peine & souvent : il nous paroît préférable à des opinions hasardées, ou bâties sur des fondemens peu solides ; nous ne saurions adopter ni comme vérité, ni même comme simple hypothèse, le sentiment de ceux qui voudroient faire refluer la bile mal séparée & excernée, excreta, en petite quantité du foie dans le sang, & de-là dans les vaisseaux cutanés où elle corrompt, infecte la matiere de l’insensible transpiration, en diminue la quantité. Cette marche nous paroît trop peu conforme aux lois bien approfondies de l’œconomie animale. La fausseté de cette théorie ne nous semble point équivoque ; elle se sent, mais elle n’est pas démontrable.

4°. C’est dans ces maladies que le médecin doit agir, la nature est insuffisante ; la méthode la plus sûre, est de rétablir & de favoriser la transpiration ; c’est l’indication qui se présente d’abord, magis obvia ; les bains domestiques un peu chauds sont très-appropriés ; ils gueriroient seuls, si le vice n’étoit qu’à l’extérieur, si la transpiration seule péchoit ; mais ils n’operent jamais une guérison complette ; je me suis servi avec un succès surprenant d’un remede composé avec le soufre & le mercure doux, dans une teigne invéterée, qui avoit été long-tems traitée inutilement, par tous les remedes que la médecine & la superstition suggerent. Les extraits amers sont très-appropriés, celui de fumeterre est regardé presque comme spécifique. On les donne ordinairement avec du petit-lait, auquel on pourroit substituer, sans risquer de perdre beaucoup de vertu médicamenteuse, l’eau simple ou aiguisée avec un peu de sucre, de nitre ou de sel de Glauber ; l’aloës joint au tartre vitriolé a opéré des guerisons merveilleuses : ces remedes un peu actifs, irritans, réussissent mieux & sans inconveniens, quand on les tempere par l’usage des bains d’ailleurs avantageux ; les purgatifs résineux, cholagogues, ne doivent point être négligés, leur action n’est point indifférente dans ces maladies, elle est sur-tout nécessaire chez les enfans. Les eaux minérales sulphureuses sont encore un secours très-assuré ; l’on éprouve de très-bons effets de celles qui sont acidules, salées, ferrugineuses & légerement purgatives. Quelqu’efficaces que soient ces différens médicamens, que le médecin éclairé peut varier suivant les circonstances, il faut y joindre un régime convenable : on peut tirer des observations que l’illustre & patient Sanctorius a eu la générosité de faire, suspendu pendant trente ans dans sa balance, quelques canons diététiques à ce sujet. Ce médecin, ami de l’humanité, a marqué soigneusement les alimens qui diminuoient ou augmentoient la transpiration ; il faut choisir ceux qui la favorisent, évitant avec attention ceux qui l’interrompent ; tels sont les laitages, tel est sur-tout la chair de cochon, dont l’usage, peu modéré, passe pour être une des causes les plus ordinaires des maladies de la peau, & sur-tout de la lepre : les lois politiques des Juifs, d’accord avec celles de la Médecine, avoient défendu cet aliment à ces peuples sujets à la lépre, & en avoient même fait un point de religion qui subsiste encore, pour les contenir plus surement.

5°. Enfin il est très-essentiel d’avertir les malades d’écarter avec soin la main meurtriere du chirurgien imprudent, d’éviter avec la derniere circonspection toute application extérieure, tout remede qui pourroit agir en quelque façon sur la peau ; il n’y a point de milieu, si le remede n’est pas inutile, il sera pernicieux, il ne sauroit faire du bien ; le plus grand mal qui puisse résulter & qu’on ait à craindre, c’est l’action de ces topiques que le charlatan, prometteur effronté, distribue sans connoissance, & que le peuple ignorant & crédule achete & emploie avec confiance ; les mauvais effets de ces remedes sont terribles & prompts. Ils dissipent assez bien l’affection de la peau ; ils font disparoître les pustules, les exanthèmes, & c’est de cette cessation trop prompte que vient tout le danger. Combien de morts soudaines ont suivi ces sortes d’inconsidérations ; tous les livres sont pleins des funestes accidens qu’attire cette sorte de crédulité ; il n’y a personne qui n’ait vu ou entendu raconter quelqu’événement semblable ; & cependant l’on est toujours la dupe de ces médecins subalternes fertiles en promesses, l’espérance de la guerison prévaut à la crainte du danger. On espere facilement ce qu’on desire avec ardeur, & il n’est point d’affaires où l’on cherche moins à fonder ses esperances que dans ce qui regarde la santé, aussi n’y en a-t-il point où l’on soit le plus souvent trompé. (m)

Peau, (Médec. Séméiotiq.) l’état de la peau variant dans bien de maladies & dans plusieurs circonstances de ces maladies, peut sans doute, & doit nous éclairer sur leur nature, leur marche & leur terminaison ; tout phénomene peut être un signe aux yeux attentifs d’un habile observateur. Voyez Séméiotique, Signe. La peau du visage est celle qui change le plus ordinairement dans les maladies, & c’est surtout sa couleur qui est altérée ; les signes qu’on tire de ces changemens, sont exposés aux articles Face, Visage, Couleur, Paleur, &c. Il ne nous reste qu’un mot à dire sur l’état de la peau en général considerée comme signe.

Tant que subsiste cette admirable harmonie entre toutes les parties du corps, leurs vies & leurs actions, qui constitue proprement la santé, l’organe extérieur ou la peau, contrebalance avec efficacité la résistance & les efforts des puissances internes, & il est à son tour soutenu & comme repoussé par leur action opposée ; cet organe plus actif que ne le croit le commun des médecins, dans une tension continuelle, les nerfs, les vaisseaux, les glandes, &c. dont il est composé sont vivans, animés, & exercent leur fonction avec uniformité ; des liquides de différente nature, poussés par l’action du cœur & des gros troncs continués, ou plutôt attirés, & pour ainsi dire sucés par l’action propre & combinée des plus petits rameaux, les parcourent, circulent dans leur cavité, s’épanchent par les ouvertures des vaisseaux exhalans, sont ensuite dissipés ou repris par les tuyaux absorbans, ils humectent & lubréfient tous ces solides, & servent enfin à mille différens usages ; un des principaux effets qui résulte de cet amas d’humeur & de vaisseaux est l’insensible transpiration qui purifie le sang, & le délivre du superflu d’acide qu’il contenoit ; le dis acide, & j’ai des observations particulieres qui justifient ce mot ; voyez Transpiration. L’exercice complet de toutes ces fonctions se manifeste par le bien-être général, & en particulier par les qualités de la peau, qui est alors sensible, modérement chaude, molle, souple, humectée, & d’une couleur particuliere propre, qu’on appelle couleur de chair. Lorsque quelque dérangement local ou intérieur trouble & empêche cet exercice ; la peau s’en ressent, & son état varie plus ou moins, 1°. dans quelque cas le sentiment devient plus aigu, plus fin, au point même d’être affecté désagréablement par les objets familiers du toucher : tout le corps est d’une sensibilité exquise ; c’est le cas des rhumatismes universels, voyez Rhumatisme : si l’affection est particuliere & sans rougeur, sans chaleur, sans tumeur, c’est un simple rhumatisme ; si les autres phénomenes s’y rencontrent, il y a inflammation, voyez ce mot ; dans d’autres maladies le contraire arrive, le sentiment diminue ou se perd, la peau est insensible ; cette privation de sentiment générale ou particuliere, parfaite ou incomplette, forme les différentes especes de paralysie & d’engourdissement, voyez ces mots & Sentiment. Ces maladies ne sont pas restreintes à la peau, elles peuvent affecter d’autres parties.

2°. La chaleur de la peau augmente dans presque toutes les fievres ; à ce seul signe, bien des médecins jugent de la présence de cette maladie ; ils en ont même fait un signe pathognomonique de la fievre, mais c’est à tort ; ce signe généralisé est trompeur, même dans leur façon inexacte de compter la fievre ; on croit que c’étoit un des principaux signes dont se servoit Hippocrate pour la reconnoître, faisant peu d’usage du pouls. Voyez Fievre. Cette chaleur de la peau est très-sensible dans les fievres ardentes, dans les fievres bilieuses, dans les fievres lentes hectiques, sur-tout dans la paume de la main ; au reste cette chaleur peut être âcre ou humide, selon que la peau est séche ou humectée. Voyez Chaleur. La peau devient froide, ou perd de sa chaleur naturelle dans les syncopes, dans quelques fievres malignes ; dans les fievres lipiries la peau est froide, & le malade se sent brûler ; au contraire dans le commencement de plusieurs accès de fievre, pendant le tems du froid, le malade tremble, frissonne, gele de froid, & cependant la peau est trouvée brûlante par les assistans. Voyez Froid, Fievre, &c. Quoique la peau fournisse ces signes, c’est moins comme peau, comme tégument, que comme partie extérieure.

3°. La peau perd de sa souplesse, de sa douceur, de son humidité dans un grand nombre de maladies, au commencement de presque toutes les fievres elle devient séche, inégale & raboteuse ; ces défauts s’observent dans des degrés très-hauts pendant le cours des fievres malignes ; la peau ressemble à du cuir tanné ; c’est un signe qu’il ne se fait presque point, ou très-peu de transpiration ; tant que la peau reste dans cet état, on ne peut s’attendre à aucun mieux durable, il ne se fait ni crise, ni coction ; mais dès qu’il commence à se dissiper, on peut en tirer un favorable augure, c’est une marque que l’harmonie commence à se rétablir, que la nature long-tems affaissée & presque vaincue reprend le dessus ; l’exercice des fonctions recommence, le jeu, la vie & l’action des vaisseaux se renouvelle, les humeurs reprennent leurs cours, la transpiration est rappellée, la peau s’humecte & redevient molle & souple comme auparavant ; alors la coction est faite ; la crise est prochaine ; & on peut assurer qu’elle sera salutaire, & que le malade ne tardera pas à entrer dans une heureuse convalescence ; c’est de tous les signes celui qui me fait le plus de plaisir dans les fievres malignes ; dès qu’il paroît, les malades sont hors d’affaire ; la peau seroit-elle l’organe le plus affecté dans ces maladies ? Les vésicatoires qui en reveillent le ton sont bien efficaces. Dans les phthisies, les fievres lentes hectiques, la peau est pour l’ordinaire sur la fin seche & raboteuse, la transpiration se fait mal ; les sueurs abondantes qui épuisent le malade ne rendent pas la peau plus souple & plus humectée ; ce n’est qu’en rétablissant la transpiration qu’on guérit surement ces malades ; & il n’est pas aisé d’y réussir, sur-tout avec les laitages & autres remedes lents & affadissans de cette espece, qui diminuent encore la transpiration ; on s’apperçoit du succès des remedes qu’on donne quand la peau s’humecte, s’adoucit, & devient souple & huileuse. C’est toujours par-là que commence leur guerison ; remarque qu’il est important d’approfondir & de mettre en exécution.

4°. La couleur de la peau varie très-souvent ; cet effet est plus fréquent & plus sensible au visage où la peau est plus fine ; le changement de couleur y est excité par la moindre émotion, par la plus légere passion subite ; le visage, lorsqu’il n’est pas encore instruit à feindre, est le miroir de l’ame, & le dépositaire indiscret de ses secrets ; mais il perd à bonne heure cette prérogative ; & lors même qu’il la conserve, on a trouvé le moyen de voiler son changement de couleur par le masque de rouge & de blanc dont on le recouvre. Voyez Visage, Passion. Les maladies font aussi changer la couleur : dans les phrénésies, les fievres ardentes, le visage est rouge, animé ; la peau du reste du corps prend aussi une couleur plus rouge ; dans les défaillances, pendant le froid des fievres intermittentes, dans des maladies de langueur, la peau de tout le corps pâlit, mais moins que celle du visage. Il y a des maladies dont le principal symptome se tire de la décoloration de la peau ; elles sont comprises sous le nom prétendu générique d’ictere ou jaunisse ; voyez ces mots. La peau y prend diverses teintes de jaune, de verd, de brun & de noirâtre ; les jeunes filles pressées par des desirs, effets du besoin naturel, qu’elles ne doivent ou ne peuvent satisfaire, sont sujettes à une maladie qui tire son nom & son caractere de la décoloration de la peau ; on l’appelle pales-couleurs, febris alba amatoria. Voyez Pales-couleurs.

5°. Enfin l’éruption de taches, d’exanthèmes, de pustules, changent & alterent en même tems la couleur, l’égalité & la souplesse de la peau, il en résulte différentes maladies qu’on peut voir aux articles particuliers & sur lesquelles on peut consulter l’article précédent ; nous observerons seulement que dans les maladies aiguës, lorsque l’éruption paroissant, diminue la violence des symptomes, on doit les regarder comme un bon signe ; si au contraire les accidens ne sont point calmés, elle augmente le danger ; la nature & la couleur des exanthèmes peut encore concourir à le rendre plus pressant ; par exemple, si elles sont en grand nombre, d’un mauvais caractere, livides, noirâtres, &c. Voyez Fievres éruptives. (m)

Peau, (Critiq. sacrée.) pellis ; ce mot signifie d’ordinaire dans le vieux Testament, la peau qui couvre la chair, & les os de tout animal ; il se prend aussi pour le corps entier, pour la personne, Habac. xl. 26. & au figuré pour des tentes, parce qu’elles se faisoient de peaux de bêtes. Pelles terræ Madian turbabuntur ; Habac. iij. 7, l’effroi se mettra dans les tentes des Médianites. (D. J.)

Peau, terme de marchands & artisans ; ce mot en général se dit particulierement de cette dépouille de l’animal qui est différemment apprêtée ou préparée par les Pelletiers, Tanneurs, Mégissiers, Chamoiseurs, Peaussiers, Corroyeurs, Parcheminiers, Maroquiniers, Gantiers, &c.

Les maroquins se font avec des peaux de boucs & de chevres, ou d’un autre animal à-peu-près semblable, que l’on nomme menon. Le parchemin se fabrique d’ordinaire avec des peaux de béliers, de moutons, de brebis, & quelquefois de chevres. Le vélin, qui est aussi une espece de parchemin, se fait de la peau d’un veau mort-né, ou d’un veau de lait. Le vrai chamois se fabrique de la peau d’un animal de même nom, que l’on appelle aussi isard, & il se contrefait avec des peaux de bouc, de chevre & de mouton. Les basanes sont des peaux de béliers, moutons ou brebis, passées en tan ou en redon, & quelquefois en mégie.

Les fourrures ou pelleteries se font de peaux de martres, d’hermines, de castors, de tigres, de loutres, de vautours, de cygnes, de petits gris, de fouines, d’ours, de putois, de lapins, de lievres, de renards, de chats, de chiens, d’agneaux, &c. dont on conserve le poil, en les préparant d’une maniere particuliere.

Les peaux de boucs & de chevres en poil, qu’on a cousues & disposées d’une maniere propre à pouvoir contenir des liqueurs, se nomment simplement boucs, & quelquefois outres. Quand elles n’ont été employées qu’à transporter des huiles, on peut encore les passer en chamois, aulieu de les laisser sécher & se perdre. Savary. (D. J.)

Peau, (Jardinage.) la peau des fruits est la superficie qui enveloppe leur chair ; c’est leur épiderme.

Peau de chagrin, (Comm. du Levant.) à Constantinople la peau de chagrin est faite de la partie de derrierre de la peau de cheval, mule ou âne du pays ; on la prépare & on la tanne ; & lorsqu’elle est devenue souple & maniable, on l’étend sur un chassis, & l’on l’expose au soleil ; après cela, l’on répand sur cette peau de la graine de moutarde qu’on a soin de repasser plusieurs fois avec la main, & cette graine, aidée de la chaleur du soleil, éleve le grain qui se durcit ensuite. Ces peaux sont grises ordinairement, mais on les teint de la couleur qu’on veut. La partie de derriere de l’animal est plus propre que toutes les autres pour être mises en chagrin. Diction. du commerce. (D. J.)

Peau humaine passée, (Arts mod.) on peut passer la peau humaine comme celles des quadrupedes. Cette préparation consiste dans une lessive composée de 2 livres ou plus de sel commun, de 4 onces de vitriol commun, & de 8 onces d’alun ; on fait fondre le tout dans trois pintes d’eau presque bouillante. On y plonge la peau après l’avoir dépouillée de la graisse. On l’agite pendant une demi-heure, & on la laisse reposer pendant vingt-quatre heures dans la même eau. Ensuite on renouvelle cette eau, & on n’en retire la peau que deux jours après avoir éprouvé qu’elle blanchit lorsqu’on souffle dessus. Enfin on la fait sécher à l’air sans l’exposer au soleil. M. Suë, chirurgien de Paris, a donné au cabinet du roi une paire de pantoufles faites avec de la peau humaine, préparée selon ce procédé, qui n’a point détruit les poils de cette peau, ce qui prouve bien que les poils sont implantés profondément dans une capsule bulbeuse, revêtue en-dedans d’une membrane qui enveloppe la bulbe.

La peau humaine passée, selon le procédé dont on vient de parler, reste d’une consistence ferme, assez lisse sur sa face extérieure, quoique les sillons qui environnent les mamellons en forme de losanges irréguliers, y paroissent plus profondément gravés que dans le naturel ; la surface intérieure est inégale, &, pour ainsi dire, laineuse, parce qu’il y reste presque nécessairement des feuillets de la membrane adipeuse. (D. J.)

Peaux d’Espagne, ou Peaux de senteur, (Parfum.) ce sont des peaux bien passées, puis parfumées de différentes odeurs dont on faisoit autrefois des gants, des corps de jupes, des pourpoints, des poches, &c. Ces sortes de peaux parfumées qui s’envoient presque toutes d’Espagne, & qui ont eu si fort la vogue en France, ne sont plus d’usage ; elles faisoient une portion du négoce des marchands Merciers, Parfumeurs & Gantiers.

Peaux fraîches, terme de Mégissier, nom qu’ils donnent quelquefois aux maroquins façon de Barbarie qui se fabriquent à Rouen.

Peau verte, (Corroyerie.) on nomme peaux vertes les peaux qui n’ont point encore reçu de préparation, étant telles qu’elles ont été levées de dessus le corps des animaux.