Page:Béranger - Ma biographie.djvu/226

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sible. Cette bonne volonté le jeta quelquefois dans l’absurde, comme lorsqu’en citant le Bon Dieu il s’écria « Est-ce ainsi que Platon parlait de la Divinité ? » Cette apostrophe parut d’au tant plus déplacée qu’il est visible que ce Bon Dieu de la chanson est, à la tolérance près, celui du fétichisme des vieilles dévotes et non la suprême Intelligence, devant laquelle je me suis toujours prosterné, ainsi que le témoignaient déjà plusieurs autres pages du travail incriminé[1].

On a conservé les détails de cette audience, célèbre dans le temps, où la foule était si compacte que les juges furent obligés d’entrer par la fenêtre, et où l’accusé fut sur le point de ne pouvoir arriver jusqu’au pied du tribunal, bien qu’il répétât à la foule, comme certain larron qu’on menait au gibet : « Messieurs, on ne peut pas commencer sans moi. » La belle plaidoirie de Dupin[2], qui a été recueillie, donne la

  1. Les chansons poursuivies étaient la Bacchante, Ma Grand’Mère, Margot, pour outrage aux mœurs ; le Deo gratias d’un épicurien, la Descente aux Enfers, Mon Curé, les Capucins, les Chantres de Paroisse, les Missionnaires, le Bon Dieu, la Mort du roi Christophe, pour atteinte à la morale religieuse ; le Prince de Navarre, le Bon Dieu, l’Enrhumé, la Cocarde Blanche, pour offense envers la personne du roi ; le Vieux Drapeau, pour provocation au port d’un signe de ralliement non autorisé par le roi. Béranger fut acquitté sur le premier et le troisième chef d’accusation il fut condamné sur les deux autres. C’était le 8 décembre 1821.
  2. M. Dupin aîné.