Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/63

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Chaque substance est susceptible d’une infinité de relations. Ainsi le même Pierre, considéré par rapport à Henri, est en relation de maître ; par rapport à Jean, en celle de vassal ; par rapport à Marie, en celle d’époux, &c. De plus, comparé avec une personne, il est riche ; comparé avec une autre, il est pauvre ; enfin, comparé avec différentes personnes, il est éloigné ou proche, grand ou petit, voisin ou étranger, savant ou ignorant, bon ou méchant, égal ou inégal, &c. Les philosophes scholastiques disputent beaucoup sur la question de savoir si la relation est quelque chose qui soit formellement & réellement distinct de la substance même. Voyez Substance.

Relation s’emploie aussi en Théologie, pour désigner certaines perfections divines, qu’on appelle personnelles, par lesquelles les personnes divines sont rapportées l’une à l’autre, & distinguées l’une de l’autre. Voyez Personnes.

Ainsi les Théologiens enseignent qu’il y a en Dieu une nature unique, deux processions, trois personnes & quatre relations. Voyez Trinité.

Ces relations sont la paternité, la filiation, la spiration active & la spiration passive. Voyez Paternité, &c. Voyez aussi Pere, Fils, Esprit, &c.

Relation, en Géométrie, en Arithmétique, &c. est l’habitude ou le rapport de deux quantités l’une à l’autre à raison de leur grandeur. Cette relation s’appelle plus ordinairement raison. Voyez Raison.

La parité ou l’égalité de deux semblables relations s’appelle proportion. Voyez Proportion.

Relation, en termes de Grammaire, est la correspondance que les mots ont les uns avec les autres dans l’ordre de la syntaxe. Voyez Syntaxe, Construction, & l’article Relatif.

Les relations irrégulieres & mal appliquées, sont des fautes que des écrivains corrects doivent éviter avec soin, parce qu’elles rendent le sens obscur, & souvent même équivoque, comme dans cet exemple : on le reçut avec froideur, qui étoit d’autant plus étonnante, qu’on l’avoit prié instamment de venir, & qu’on l’attendoit avec impatience ; car ici le mot froideur étant employé d’une maniere indéfinie, le relatif qui ne peut pas avoir avec ce mot une relation juste & réguliere. Voyez Relatif.

Relation se prend aussi très-souvent pour analogie, ou pour désigner ce qui est commun à plusieurs choses. Voyez Analogie.

En Peinture, en Architecture, &c. c’est une certaine relation des différentes parties & des différens morceaux d’un bâtiment ou d’un tableau qui constitue ce qu’on appelle symmétrie. Voyez Symmétrie.

Relation, (Jurisprud.) signifie quelquefois témoignage ou rapport d’un officier public ; comme quand on dit que le notaire en second ne signe les actes qu’à la relation de celui qui reçoit la minute.

Relation signifie aussi quelquefois le rapport & la liaison qu’il y a entre deux termes ou deux clauses, ou deux parties différentes d’un acte. (A)

Relation historique, (Histoire.) les relations historiques instruisent des évenemens remarquables, tels que les conjurations, les traités de paix, les révolutions, & semblables intérêts particuliers à tout un peuple. C’est-là surtout qu’un historien ne peut, sans se manquer à lui-même, trahir la vérité, parce que le sujet est de son choix ; au lieu que dans une histoire générale, où il faut que les faits suivent l’ordre & le sort des tems, où la chaîne se trouve souvent interrompue par de vastes lacunes (car il y a des vuides dans l’histoire, comme des déserts sur la mappe-monde) ; on ne peut souvent présenter que des conjectures à la place des certitudes ; mais comme la plûpart des révolutions ont constamment été traitées par des contemporains, que l’esprit de parti met toujours en contradiction, après que la chaleur des


factions est tombée, il est possible de rencontrer la vérité au milieu des mensonges opposés qui l’enveloppent, & de faire des relations exactes avec des mémoires infideles. C’est une observation du chancelier Bacon ; on ne sauroit trop orner cet ouvrage des pensées de ce beau génie. (D. J.)

Relation, s. f. en Musique, c’est le rapport qu’ont entr’eux les deux sons qui forment un intervalle, considéré par l’espece de cet intervalle. La relation est juste, quand l’intervalle est juste, majeur ou mineur, fausse, quand il est superflu ou diminué. Voyez Intervalle.

Parmi les fausses relations, on ne considere généralement comme telles, dans l’harmonie, que celles dont les deux sons ne peuvent entrer dans le même mode. Ainsi le triton, qui en mélodie est une fausse relation, n’en est point une dans l’harmonie, à moins que l’un de ces deux sons ne soit une corde étrangere au mode. Mais la quarte diminuée & les octaves diminuées & superflues qui sont des intervalles bannis de l’harmonie, sont toujours de fausses relations.

Autrefois les fausses relations étoient toutes défendues avec beaucoup de rigueur. Aujourd’hui elles sont presque toutes permises dans la mélodie, mais non dans l’harmonie. On peut pourtant les y faire entrer ; mais il faut qu’un des deux sons qui forment la fausse relation, ne soit admis que comme note de goût, & jamais ils ne doivent entrer tous les deux à la fois dans un même accord.

On appelle encore relation enharmonique, entre deux cordes qui sont à un ton de distance, le rapport qui se trouve entre le dièse de l’inférieure & le bémol de la supérieure. C’est la même touche sur l’orgue & sur le clavecin ; mais en rigueur ce n’est pas le même son ; & il y a entr’eux un intervalle enharmonique. Voyez Enharmonique. (S)

RELAVER, v. act. (Gram.) laver de-rechef. Voyez l’article Laver.

RELAXATION, s. f. (Jurisprud.) est la délivrance & la sortie d’un prisonnier qui se fait du consentement de celui qui l’a fait écrouer.

Dans quelques provinces on dit relaxation de la demande, pour décharge de la demande. (A)

Relaxation, en Médecine, c’est l’acte par lequel les fibres, les nerfs, les muscles, se relâchent. Voyez Tension, Fibre, &c.

La relaxation d’un muscle est supposée occasionnée ou par la perspiration des esprits nerveux, ou par l’entrée trop précipitée du sang, des esprits, &c. qui enfle les fibres, ou par la contraction de l’air dans les globules du sang, avant qu’il soit dilaté par le flux, & le soudain mélange des esprits, &c. Voyez Muscle & Motion musculaire.

Relaxation, en Chirurgie, c’est une extension extraordinaire d’un nerf, d’un tendon, d’un muscle, ou de quelque partie semblable, qui est occasionnée par la violence qu’on lui fait, ou par sa propre foiblesse.

Les hernies sont les descentes, ou les relaxations des intestins. Voyez Hernie. De la même cause vient la descente, ou la chûte de l’anus. Voyez Procidence.

RELAYER, v. act. & neut. (Gram.) c’est se servir de relais, changer de chevaux, lâcher de nouveaux chiens. Il se dit aussi du travail successif de plusieurs ouvriers dont l’un reprend quand l’autre cesse. Ils se relayent.

RELEGATION, s. f. (Jurisprud.) est lorsque le prince envoie quelqu’un, ou lui ordonne d’aller dans un lieu qu’il lui désigne pour y rester jusqu’à nouvel ordre.

On appelloit la relégation chez les Romains ce que nous appellons communément exil.

La relégation différoit de la déportation, en ce que