Page:Oeuvres de Saint Bernard, Tome 3, 1870.djvu/186

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apprend ainsi que cet esprit cache d’ordinaire, sous l’écorce de la lettre, plusieurs sens spirituels. Aussi, les divers points de vue sous lesquels nous avons considéré ces fleurs nous porteront à dire : la virginité est une fleur : le martyre est une fleur : une bonne action est une fleur. La virginité est figurée par la fleur du jardin, le martyre par celle des champs, et la bonne action par celle qui orne la chambre nuptiale. La fleur du jardin est le symbole de la virginité dont la naturelle pudeur fuit le monde, aime la retraite et une vie austère. La fleur du jardin est renfermée ; celle des champs est à la disposition de toutes les mains ; et celle qui est dans la chambre est semée, aussi est-il écrit : Ma sœur est un jardin fermé, une fontaine scellée[1]. C’est bien là ce qui indique la pudeur dans une vierge et la conservation de la sainteté complète, telle qu’on la rencontre dans Celle qui fut sainte de corps et d’esprit. Dans la fleur des champs on a le symbole du martyre ; c’est là, en effet, que les martyrs sont exposés aux outrages de tout un peuple et donnés en spectacle aux anges et aux hommes. N’est-ce pas leur voix lamentable que nous entendons dans le psaume : Nous sommes devenus un sujet d’opprobre à nos voisins ; ceux qui sont autour de nous, se moquent de nous et nous insultent[2] ? La chambre est aussi la figure d’une bonne action qui rend l’âme tranquille et sûre. Après une bonne œuvre, en effet, on s’endort en paix dans la contemplation, et l’on cherche avec d’autant plus de confiance à étudier et à pénétrer les choses divines, que l’on a plus de droit à se rendre le témoignage de n’avoir point, par amour d’un repos personnel, omis les œuvres de la charité.

5. Toutes ces choses se rencontrent dans le Seigneur Jésus. Il est la fleur du jardin, le rejeton vierge issu d’une vierge. Il est aussi la fleur des champs, il est martyr, et la couronne des martyrs, le modèle du martyre ; il est conduit hors de la ville, il souffre hors du camp ; il est attaché à la croix, donné en spectacle aux hommes et exposé aux outrages de tous. Il est encore la fleur qui couvre le lit nuptial, le miroir et le modèle de toute bonté, comme il le déclare lui-même aux Juifs en disant : J’ai fait devant vous beaucoup de bonnes œuvres par la puissance de mon Père[3]. L’Écriture dit encore de lui : Il a passé en faisant le bien, et en guérissant toutes les infirmités[4]. Or, si le Seigneur est ces trois choses, pourquoi s’appelle-t-il de préférence la fleur des champs ? C’est sans doute, pour exciter l’Épouse à la patience, car il sait que la persécution la menace, si elle veut vivre pieusement. L’Époux aime donc à se montrer sous l’image de l’état dans lequel il désire que l’Épouse le suive. C’est ce que je vous ai dit ailleurs, qu’elle aspire sans cesse après le repos, tandis qu’il l’excite à la souffrance, lui rappelant que c’est par beaucoup de tribulations qu’elle doit entrer dans le royaume des cieux[5]. Aussi, comme il se disposait à retourner vers son Père, après avoir épousé, sur la terre, la nouvelle Église, il lui disait : L’heure vient où quiconque vous fera mourir croira faire une chose agréable à Dieu[6] ; et encore : S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi[7]. Vous pouvez vous-mêmes trouver, dans l’Évangile, bien des passages qui se rapportent à cette prédiction des maux que l’Épouse doit supporter.

6. Je suis la fleur des champs et le lys des vallées. Pendant que l’Épouse montre son lit, l’Époux au contraire lui montre le champ et l’anime au travail, et pour la décider il n’a rien de mieux à lui proposer que son exemple ou que la récompense. Je suis la fleur des champs. Ces paroles en effet donnent à entendre qu’il est, ou le modèle du soldat, ou la gloire du triomphateur. Vous m’êtes, l’un et l’autre, ô Jésus, mon Seigneur, mon modèle dans mes souffrances, et la récompense de ma patience. Par l’exemple de votre courage, vous formez mes mains au combat, et, après la victoire, vous me couronnez de la présence de votre majesté, soit que je vous voie combattre, soit que je vous attende non-seulement pour me couronner, mais pour devenir ma couronne même ; vous m’attirez admirablement à vous, et ces deux considérations sont une chaîne puissante capable de tout entraîner. Attirez-moi donc après vous ; avec quelle joie je vous suivrai ! Mais combien il m’est plus doux de jouir de vous ! Si vous êtes si bon pour ceux qui vous suivent, Seigneur, que serez-vous pour ceux qui vous auront rejoint ? Je suis la fleur des champs ; que celui qui m’aime vienne dans la campagne ; qu’il ne refuse pas de combattre avec moi, afin qu’il puisse dire : J’ai combattu le bon combat[8].

7. Et, parce que les humbles, incapables de présumer d’eux-mêmes sont propres au martyre plus que les orgueilleux, il ajoute : Je suis le lys des vallées, c’est-à-dire, la couronne des humbles, désignant leur future élévation par la hauteur de cette fleur. Viendra l’heure en effet où toute vallée sera remplie, toute montagne et toute colline abaissée[9]. Alors apparaîtra la splendeur de la vie éternelle, le

  1. Cantiq., iv, 12.
  2. Ps. lxxviii, 4.
  3. Jean, x, 32.
  4. Act. x, 38.
  5. Act. xvi, 21.
  6. Jean, xvi, 2.
  7. Idem, xv, 20.
  8. II Tim., iv, 7.
  9. Isaï., 40.