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Cours d’agriculture (Rozier)/ATMOSPHÈRE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 54-64).


ATMOSPHÈRE. Toute substance fluide qui environne un corps de toutes parts, qui en dépend, qui lui doit sa formation & son existence, porte en général, dans la physique, le nom d’atmosphère. Ainsi les exhalaisons odoriférantes qui émanent d’une fleur, forment une atmosphère autour d’elle ; un corps embrasé est enveloppé d’une atmosphère de lumière & de chaleur ; la terre flotte dans le centre d’une atmosphère composée d’air, d’eau, de vapeurs, d’exhalaisons, de molécules, d’émanations, &c. Mille causes concourent à l’entretenir dans son état de fluidité & de mouvement perpétuel. Quelle est celle qui lui a donné la naissance ? Quel est le principe qui a formé autour de notre globe ce vêtement, (si je puis me servir de cette expression) qui le revêt de tous côtés ? A-t-il existé un instant où la terre, seule & isolée, a circulé au milieu de l’espace ? a-t-elle existé sans atmosphère ? Qu’est-ce que cette atmosphère ? quel est son usage ? quelles sont ses influences ? Il est peu de questions aussi intéressantes dans l’étude de la nature ; il en est peu d’aussi satisfaisantes, parce qu’il en est peu où la vérité se rencontre aussi souvent, & d’où l’on tire des conséquences aussi avantageuses dans la pratique. L’homme le plus indifférent trouve du plaisir à connoître, ou du moins à entendre parler de l’élément au milieu duquel il respire ; le physicien s’applaudit en calculant sa hauteur, sa densité, ses variations ; l’astronome est forcé d’étudier ses effets dans les routes que la lumière s’y fraye. Tout le monde voudroit deviner ses vicissitudes & les causes qui les produisent, & le laboureur lui doit tout : c’est de l’atmosphère que dépendent sa fortune ou ses malheurs ; il en éprouve les salutaires influences, ou il en redoute les cruels effets. Le succès de sa récolte n’est pas le seul objet qui l’intéresse : sa santé dépend le plus souvent de la constitution de l’atmosphère : sage par état & par nécessité, aucun excès ne la dérange ; mais la moindre altération de ce fluide trouble l’équilibre de son économie ; l’air qu’il respire peut devenir un poison ; & tandis que dans les champs il va demander à la terre la récompense de ses travaux, sa nourriture & celle de sa famille, il peut en rentrant chez lui, rapporter le germe de maladies longues & aiguës. Qu’il importe donc à tous les hommes de connoître l’atmosphère !

Dès l’instant que le cahos a été débrouillé ; que l’ordre & l’harmonie ont régné sur le globe, l’atmosphère a existé ; c’est-à-dire qu’il s’est formé autour de la terre un amas d’air, de vapeurs & d’exhalaisons, qui toujours en action, en mouvement & en fermentation, est devenu un des principes absolument nécessaire & dépendant de la terre. Sans doute tous les astres ont de pareilles enveloppes ; mais laissons aux astronomes à discuter leur existence & leurs effets, & ne nous occupons que de celle qu’il nous intéresse si fort de bien connoître.

L’air proprement dit, paraît en faire une des parties principales ; c’est lui qui est le véhicule des autres, leur lien, & la base qui leur sert de point d’appui. L’eau réduite en vapeurs y est dissoute par l’air, & les molécules qui s’exhalent de tous les êtres animés & inanimés, y flottent librement, unies aux globules de l’air & de l’eau.

L’existence de l’eau dans l’atmosphère, est une vérité incontestable démontrée par l’expérience journalière. Plusieurs savans même, comme MM. Boerhaave, Halley, le Roi, &c, ont calculé la quantité qui y est répandue, & ils la regardent comme faisant la plus grande partie du poids d’une masse d’air donnée. Les bruines, les brouillards, les pluies, les nuages, ne sont que ces vapeurs, cette humidité assez condensée pour être sensible. Elle retombe sur la terre pour l’entretenir dans cet état de mollesse & de douceur, si nécessaire à la végétation. Une partie de cette eau salutaire passe dans les plantes, d’où elle ressort par la transpiration insensible. L’air la repompe de nouveau pour l’élever dans l’atmosphère, où elle reste suspendue jusqu’à ce qu’une nouvelle condensation la précipite vers la terre. (Voyez Pluie, Rosée.) Une autre partie qui servoit à humecter la terre, est reportée en haut, & par la chaleur même de la terre, & par l’action du soleil. L’évaporation continuelle des grands amas d’eau, comme des fleuves, des étangs, des lacs, des mers, élève à chaque instant une prodigieuse quantité de vapeurs qui se distribuent dans toute la masse d’air qui enveloppe notre globe. Si dans un seul jour d’été, par le seul effet de la chaleur, il s’exhale, suivant le célèbre Halley, de la surface de la mer méditerranée environ 51,800,000,000 de tonnes d’eau, combien ne doit-il pas s’en évaporer de la surface immense de l’océan ? Non-seulement la chaleur solaire est une des causes prochaines de cette élévation, mais l’action des vents & celle de la température de la terre, l’augmentent à chaque instant.

D’après ce que nous venons de dire, on pourroit croire que l’atmosphère n’est jamais autant chargée de vapeurs aqueuses, que lorsque une humidité générale, une pluie de longue durée, des brouillards épais forment le tems que l’on appelle humide ; mais c’est une erreur vulgaire bien pardonnable, à la vérité, puisqu’elle naît du témoignage des sens ; le vulgaire n’est pas ici le seul qui s’abuse ; le commun des hommes est très-persuadé que jamais l’atmosphère n’est aussi dépouillée d’humidité, que lorsque le tems continue à être serein & chaud. Cependant c’est tout le contraire : plus la chaleur dure, plus l’évaporation est abondante, plus par conséquent il s’élève de vapeurs ; & la sécheresse de la terre ne vient que de cette évaporation. Cette eau, à la vérité, ne s’arrête pas dans les basses régions de l’atmosphère ; raréfiée par la très-grande chaleur, elle devient plus légère, & sa pesanteur spécifique la porte dans les couches les plus élevées, où elle s’étend & occupe un très-grand espace. La ténuité de ses molécules, leur éloignement réciproque, la distance où elles sont de notre globe, font qu’elles échappent à nos yeux mais elles n’en existent pas moins. Leur présence s’annonce par l’augmentation du poids de l’atmosphère, comme il est facile de s’en assurer par le baromètre. (Voyez Baromètre) Lorsque par leur rapprochement & leur condensation, elles deviennent plus pesantes, elles retombent alors vers les régions inférieures, & deviennent sensibles pour nous par des effets immédiats. Si nous considérons notre globe comme un centre autour duquel s’étend toute l’atmosphère par autant de couches ou de zones, on conçoit facilement que celle de la circonférence doit avoir infiniment plus de diamètre & de surface, que celle qui nous avoisine & nous touche : par conséquent la même masse d’eau, qui est très-sensible lorsqu’elle flotte au-dessus de nos têtes, par exemple sous la forme de brouillard, parvenue vers les dernières couches, trouvera un plus grand espace où toutes ses parties pourront s’étendre & s’éloigner les unes des autres au point d’être invisibles. On a donc tort de conclure que l’atmosphère est plus légère & moins chargée d’humidité parce que l’air est plus serein.

L’air & l’eau ne sont pas les seuls principes qui composent l’atmosphère ; toutes les exhalaisons & les émanations naturelles & artificielles des corps se rassemblent & flottent dans ce grand réservoir, & y travaillent sans cesse à de nouvelles productions. Le règne végétal fournit abondamment des parties odorantes, qui se mêlent à l’eau & à l’air de l’atmosphère. Il en est de ces parties odorantes, comme des molécules aqueuses dont nous venons de parler ; tant qu’elles sont réunies & rapprochées, elles sont sensibles à l’odorat ; mais dès qu’elles viennent à prendre plus de surface en occupant plus d’espace, leur présence paroît nulle, parce qu’elle ne s’annonce par aucune impression sur nos organes. La transpiration insensible des plantes évacue encore le plus grand nombre de leurs principes, comme les parties huileuses, gommeuses, séveuses, résineuses ; mais la secrétion la plus abondante que les végétaux rendent à l’atmosphère, c’est certainement leur air fixe & leur air inflammable. (Voyez Air fixe & Air inflammable.) Ces deux substances redeviennent parties constituantes de l’air commun ; absorbées de nouveau par les plantes, après les avoir nourries, entretenues & fortifiées, elles repassent encore dans la masse générale. Cette circulation perpétuelle est l’ame & la vie de l’économie végétale, comme nous l’avons vu dans les articles ci-dessus.

Nous ne parlerons pas ici des émanations terrestres, métalliques & fluides qui se rencontrent dans l’atmosphère. Comme ces substances n’y sont qu’accidentellement ; que leur pesanteur spécifique les empêche d’y rester long-tems suspendues, elles n’en sont pas parties constituantes, & par conséquent elles ne doivent pas entrer dans la classe des principes de l’atmosphère. Les vents, les tempêtes, les bouleversemens, les embrasemens, les travaux des hommes, en petit comme en grand ; les opérations des laboratoires, des mines, des exploitations, sont les causes qui répandent le plus souvent ces molécules dans l’air, où elles ne séjournent que peu. Pour parler plus exactement, il faudroit dire que ces substances hétérogènes sont transportées d’un lieu dans un autre par le moyen de l’air, & non pas qu’elles font partie de l’atmosphère, comme quelques auteurs l’ont avancé.

Il faut cependant remarquer que souvent l’atmosphère d’un pays, d’un sol, est infectée par les émanations ou les miasmes pestilentiels qui s’en exhalent. Il faut attribuer ce vice plutôt à l’air méphitique développé par la fermentation des végétaux ou des animaux qui se décomposent, qu’à des parties solides & nuisibles combinées avec l’atmosphère. C’est à ces miasmes, à cet air méphitique, qui se trouve toujours sous forme fluide, qui pénétrent dans l’intérieur de l’homme & des animaux par tous les organes, qui se mêlent à ses alimens, se déposent & adhèrent à ses vêtemens, qu’il faut attribuer les maladies épidémiques qui font tant de ravages. Mais ce qui prouve mieux que ces principes ne sont qu’interposés entre les molécules atmosphériques, & ne sont tout au plus qu’en dissolution dans l’eau, qui en est une partie nécessaire, c’est que le moindre changement dans la constitution de l’air, un grand vent, une pluie, une gelée les précipitent & balayent ces causes de destruction.

Il nous semble donc que deux principes concourent essentiellement à former cette masse de fluide qui environne notre globe, l’eau & l’air ; & cet air encore n’est-il peut-être que le résultat de la combinaison des airs déphlogistiqué, fixe & inflammable. Toutes les autres substances que l’analyse y rencontre, n’y sont qu’accidentellement ; & peuvent en être extraites & séparées, sans que pour cela la nature de l’atmosphère soit détruite.

Les substances qui concourent à composer l’atmosphère, ne sont pas le seul objet important à connoître ; sa hauteur ou la profondeur de cette masse aérienne, & sa constitution présente, doivent intéresser le cultivateur physicien. De cette hauteur & de cette constitution actuelle, dépendent la force avec laquelle elle presse les corps qui se trouvent plongés dans son sein, & l’influence qu’elle a sur l’économie.

Cette hauteur n’est point facile à connaître exactement ; tous les moyens dont se sont servis MM. Boyle, Mariotte, Halley, Lahire, ont donné des résultats trop différens pour que l’on puisse compter sur quelque chose. Il est sûr que l’atmosphère est beaucoup plus élevée que les montagnes les plus hautes. La montagne du Chimboraco, dans les Cordilières du Pérou, a, suivant les calculs de MM. Bouguer & la Condamine, près de 3 000 toises de hauteur. Quelle est l’élévation de l’atmosphère au-dessus de cette montagne ? Elle est à la vérité de 3 000 toises moindre qu’au bord de la mer, & son poids augmente en proportion de sa hauteur. La physique offre un procédé bien simple pour estimer ce poids & la force avec laquelle il presse les corps que l’air environne. Le calcul en est facile.

On sait que la suspension de la colonne de mercure dans le baromètre, (voyez Baromètre), est due à la colonne d’air de même base, qui repose sur la surface du mercure. Cette petite colonne de mercure, de vingt-sept à vingt-neuf pouces, est en équilibre avec une colonne atmosphérique de même base & de toute la hauteur de l’atmosphère. Pour connoître le poids de cette masse d’air, il n’y a qu’à comparer la pesanteur du mercure avec un autre fluide, connu comme l’eau. Le mercure pèse près de quatorze fois plus que l’eau ; le poids d’une colonne de vingt-huit pouces équivaut donc à celui d’une colonne d’eau de même base & de trois cents quatre-vingt-douze pouces, ou de trente-deux pieds deux troisièmes de hauteur. Supposons trente-deux pieds pour la facilité du calcul. La surface du corps d’un homme de moyenne taille, est environ de quatorze pieds carrés ; & ce corps étant pressé de toutes parts par l’air qui l’enveloppe, cette pression équivaudra à celle d’une colonne d’eau de trente-deux pieds de hauteur, & dont la base seroit égale à toute la surface du corps de l’homme. Veut-on trouver quel est ce poids, le calcul suivant le donnera. Un pied cubique d’eau commune pèse 70 livres ; une colonne d’eau d’un pied carré de base, & de 32 pieds de hauteur, pèse 32 fois 70 livres, ou 2 240 livres. Ainsi quatorze colonnes semblables pèseront ensemble 31 360 livres. Quelle pression énorme pour une machine aussi foible que celle du corps humain ? il succomberoit facilement sous un tel poids, dont cependant il ne s’apperçoit pas, s’il n’étoit contre-balancé par l’air intérieur, disséminé entre les parties de son corps.

D’après cette théorie, il est facile de calculer la pression de l’atmosphère sur tous les corps, sur les animaux, comme sur les plantes. La proportion est égale ; c’est toujours l’air intérieur qui réagit & qui fait équilibre avec l’air extérieur. Le chêne fort & robuste, dont les branches étendues offrent une surface immense, n’éprouve pas de la part de l’air une pression plus forte que la plante herbacée. Tout est sagement prévu & ordonné par l’auteur de la nature, par celui qui a établi les loix des pesanteurs. La plante dont les organes sont foibles & délicats, & les fibres sans consistance, dans laquelle rien n’annonce la force & la solidité, n’éprouve cependant aucune altération de la part du poids de l’atmosphère. Quelle en peut être la raison ? La voici. Les plantes herbacées, en général, contiennent beaucoup plus de vide que les arbrisseaux & les arbres. Non-seulement leur intérieur renferme un canal vide, ou tout au plus garni d’une moelle extrêmement rare & légère, mais encore les vaisseaux aériens, les trachées y sont plus sensibles que dans les plantes ligneuses. La rigidité des fibres, la solidité de la masse totale d’un arbre dans toute sa force, forment une compensation à la diminution des interstices dont il étoit rempli dans sa jeunesse, & qui s’obstruent à mesure qu’il avance en âge. (Voyez Arbre)

Les différens degrés de hauteur de l’atmosphère, depuis le niveau de la mer, jusqu’au sommet des plus hautes montagnes, ont été distingués en différentes régions, & ces différentes régions ont presque toujours une température différente. Les régions les plus basses, celles qui reposent sur le globe, sont aussi celles où l’on éprouve le plus grand degré de chaleur. La réflexion de la lumière du soleil, renvoyée par la surface de la terre, la chaleur naturelle des animaux & des végétaux, celle qui est inhérente à la terre, la chaleur artificielle, c’est-à-dire, celle que les hommes produisent à chaque instant en employant le feu ; toutes ces causes concourent à entretenir un certain degré de chaleur, principe de vie, dans la partie de l’atmosphère qui nous environne. Mais si on s’élève au-dessus d’elle, on éprouve à une certaine hauteur un froid qui devient de plus en plus vif & piquant, à mesure que l’on monte dans les régions supérieures. Enfin il augmente au point de glacer les particules d’eau qui forment les nuages ; ils se résolvent alors en neige. C’est pour cette raison que les physiciens ont nommé cette région, région de la neige. Elle décrit une courbe autour de la terre, mais il ne faut pas croire que cette courbe soit disposée parallélement à la courbure du globe ; les limites de cette région sont d’autant plus près, qu’elles sont plus éloignées de la zone torride, & qu’elles s’approchent davantage des pôles. Les voyageurs observateurs ont remarqué que la région de la neige étoit située à peu près à 2 434 toises au-dessus du niveau de la mer sous la zone torride ; elle ne paroît élevée que de 2 100 toises à l’entrée des zones tempérées ; elle ne l’est que de 15 à 1 600 à l’endroit qui répond au-dessus du sommet du pic de Téneriffe. Située à peu près à la même hauteur en France & en Europe, elle va toujours en se rapprochant de la surface du globe, en avançant vers les pôles. (Voyez Froid & Neige.)

Tout ce que nous avons dit jusqu’à présent sur l’atmosphère, ne sert, pour ainsi dire, que d’introduction à la connoissance de ses qualités générales, d’où dépend son influence. Son poids & son ressort agissent moins immédiatement sur l’économie animale & végétale, que sa chaleur, son humidité, sa sécheresse, & sur-tout son électricité. Ces quatre propriétés sont les causes de tous les changemens, de tous les états de santé ou de maladie par lesquels les êtres animés passent dans le courant de leur vie. Leurs successions ou leurs variations trop rapides, entraînent presque toujours des dérangemens sensibles & dangereux, des maladies. Essayons de tracer un abrégé des effets de l’atmosphère dans tous ces cas, renvoyant de plus grands détails aux mots Électricité, Humidité, Sécheresse, &c.

Si un parfait équilibre & une proportion juste ne se trouvent pas dans la pesanteur de la colonne d’air qui repose sur nous, si sa constitution sèche ou humide ne convient pas au caractère, au tempérament, à l’habitude de ceux qui la respirent, il s’ensuit ordinairement des altérations plus ou moins nuisibles ; elles le deviennent infiniment davantage lorsque les variations sont brusques & portées à l’excès. Des médecins habiles, des observateurs intelligens qui tiennent registre de météorologie médicale & végétale, ont remarqué un retour assez frappant des mêmes maladies avec les mêmes constitutions atmosphériques. Leurs résultats propres aux pays où ils ont observé, peuvent se généraliser jusqu’à un certain point & convenir à tous ; ou du moins dans la pratique, on peut en tirer des conséquences utiles.

Les excès de légéreté dans l’atmosphère, long-tems soutenus, sont accompagnés ou suivis immédiatement de morts subites ; les apoplexies sont plus fréquentes, & les épileptiques ont des rechûtes plus graves & plus répétées. Les asphyxies sont plus communes dans les excès de pesanteur ; des fièvres putrides malignes règnent assez souvent tant que dure cette température. Ces mêmes excès n’influent pas moins sur les végétaux. M. Duhamel a remarqué que les plantes languissoient, & que leur végétation étoit singuliérement retardée, lorsque la légéreté considérable de l’atmosphère se conservoit quelque tems. Jamais la végétation n’est plus active, plus vigoureuse, que dans les tems qu’on appelle bas, étouffans ; que dans les jours où il doit y avoir des orages, des tonnerres, &c. Veut-on une démonstration plus frappante de cette vérité ? que l’on gravisse sur une très-haute montagne, on s’appercevra facilement qu’à mesure que l’on parviendra vers son sommet, que par conséquent la hauteur de l’atmosphère diminuera, & que la colonne d’air deviendra plus légère, la végétation languira ; l’on ne trouvera plus à une certaine élévation, que des arbustes rabougris, des plantes avortées, des herbes minces & rampantes ; il est même une région où la végétation devient nulle. Le défaut de chaleur, de principes nutritifs, & sur-tout de cet air fixe disséminé dans l’atmosphère, contribue beaucoup à cet état de dépérissement : le premier agent de la vie des plantes, la cause de leur mouvement & de la circulation de la séve, un certain poids de l’air, y manquent. La trop grande pesanteur, & trop long-tems continuée, arrête la végétation & la rend tardive. On pourroit attribuer ce dérangement à la sécheresse qui agit presque toujours en même tems que la pesanteur de l’air, si M. Duhamel n’avoit remarqué le même état de langueur dans la végétation des plantes aquatiques, qui ne manquent jamais d’être couvertes d’eau.

Les grandes chaleurs mettent les humeurs en effervescence, & les dilatent à un point, que ne pouvant être contenues dans leurs vaisseaux, elles agissent contr’eux, les distendent, & occasionnent par-là des maladies inflammatoires du sang : souvent l’hémorragie ou des transpirations très-abondantes terminent ces maladies ; souvent aussi le siège du mal se fixe dans quelque viscère particulier, où il se fait un engorgement & un dépôt. Si les chaleurs continuent, les accidens deviennent plus graves & plus dangereux ; les maux de tête, les lassitudes dans les extrémités, un abattement général, le défaut d’appétit, des accès de fièvre, de fausses fluxions de poitrine, sont les suites ordinaires de cette température ; les bains, les rafraîchissans, le changement de la constitution de l’air, les font disparoître d’elles-mêmes.

La chaleur ne paroît d’abord influer qu’en bien dans le règne végétal : plus la somme des degrés de chaleur de l’année a été grande, plus le tems de la maturité des grains est avancé, comme l’a remarqué le père Cotte. Une chaleur douce raréfie les sucs des plantes, & leur donne plus de fluidité ; elle entretient dans un état constant & naturel, la chaleur intérieure des plantes, dont l’existence, à un terme modéré, est un des principes de l’organisation végétale. Mais dès que la chaleur vient à être dépouillée de l’humidité atmosphérique ; que son degré de force repousse dans les hautes régions de l’air, les molécules aqueuses qui flottent autour des plantes ; qu’elle enlève à la terre celles qui imbibent sa surface ; enfin, qu’une sécheresse brûlante succède à une chaleur tempérée, alors tout dépérit, la transpiration insensible & sensible est plus forte que la réparation ; la plante épuisée ne sent plus circuler dans ses canaux une lymphe reproductrice ; la séve & les sucs desséchés, & réduits à un moindre volume, fermentent & s’aigrissent ; une mort prompte suit bientôt cet état de langueur. (Voyez Chaleur, Sécheresse.)

Tous les excès sont nuisibles & ont des suites fâcheuses. Autant un froid léger, dans la saison, est-il favorable à la santé animale & végétale, autant est-il dangereux lorsqu’il est porté à un certain point, qu’il est de longue durée, ou qu’il règne dans un tems où une douce chaleur devroit être la seule température de l’atmosphère. Des épaississemens de la lymphe, des fluxions de poitrine, des catarres, des toux longues & fatigantes, des grippes, des douleurs d’entrailles, &c. affligent les hommes qui y sont exposés, ou qui en sont subitement frappés. Dans le fort de l’hiver, le froid de l’atmosphère ne fait pas autant de ravages dans l’économie végétale ; mais rien n’est si pernicieux que les faux dégels, les gelées matinales du printems, lorsque les bourgeons commencent ou sont déjà développés. Dans une saison plus avancée, lorsque les blés sont en fleur, ou qu’ils ne font qu’épier, la gelée fait périr dans la balle toute l’espérance du cultivateur, en brûlant la fleur ou le tendre germe. Les gelées d’automne font quelquefois avorter les jeunes tiges de blé, en coupant leurs racines ; mais heureusement que ce mal se répare de lui-même ; la plante, au printems, repousse ordinairement de nouvelles racines. (Voyez Froid)

L’air, comme nous l’avons déjà remarqué, a la propriété de dissoudre & de retenir les vapeurs aqueuses ; lorsqu’il en tient une trop grande quantité, & que les vents & la chaleur ne les dissipent pas, alors la constitution de l’atmosphère devient humide, & il n’en est point en général de plus funeste pour les deux règnes. Il est peu de maladies chroniques qui ne s’irritent dans cette disposition ; des rhumatismes aigus & longs enchaînent tous les membres ; des fièvres catarreuses se développent ; le scorbut, sur-tout sur les bords & dans les contrées voisines de la mer, fait de grands ravages, lorsque le froid & l’humidité règnent ensemble. De toutes les propriétés atmosphériques, l’humidité est sans contredit celle dont l’influence est la plus utile aux végétaux ; mais aussi aucune ne leur devient plus nuisible dans certaines circonstances : par exemple, lorsqu’un soleil vif & ardent trouve les plantes chargées d’humidité, chaque goutte ronde d’eau devient autant de verre brûlant, de lentille, dont le foyer concentre les rayons lumineux, augmente leur vivacité, & produit une petite brûlure sur la plante. Si la gelée survient tout d’un coup, & qu’elle trouve les tiges encore couvertes d’eau, que la rosée, les brouillards ou la pluie y auront déposée, on verra le même effet à peu près, quoique produit par une cause différente. Mais si ni le vent, ni le soleil, ne dissipent cette humidité, les plantes ont encore un autre danger à courir ; celui de la moisissure & de la pourriture. (Voyez Humidité)

Quelques auteurs ont attribué à l’humidité, suivie de très-grandes chaleurs, la rouille & la nielle des blés, & le charbon à l’humidité, accompagnée du froid. (Voyez Charbon, Nielle, Rouille.)

On ne peut douter, d’après ce tableau, des effets en bien & en mal des différentes constitutions de l’atmosphère. Son influence est donc un principe que tout cultivateur doit avoir sans cesse devant les yeux, pour savoir en tirer des conséquences utiles dans la pratique. Qu’il se souvienne que,

1º. Si la terre fournit les parties fixes de la nourriture des plantes, la partie humide & aérienne vient en entier de l’atmosphère, & c’est la partie la plus considérable.

2º. Que les fumiers & les engrais ne remplissent qu’une partie du but qu’il se propose en travaillant sa terre ; que les labours qu’il donne, & les travaux multipliés, ne font que tourner, diviser, triturer la terre, & la mettre à même de recevoir mieux l’eau des pluies, des rosées, des brouillards, de la neige & des autres météores aqueux, & d’absorber insensiblement tous les principes fécondans répandus dans l’atmosphère. (Voyez Amendement, chap. Ier.)

3º. Que le mouvement, si nécessaire à la végétation, est imprimé aux sucs en partie par ceux du fluide qui les environne. Le poids & le ressort de l’air, ses différens degrés de chaleur & de froid, produisent une alternative de raréfaction & de condensation dans les fluides des végétaux. Cette alternative prépare & élabore ces sucs ; le corps spongieux des racines les absorbe ; la chaleur du jour les raréfie, & par-là les déplace ; la fraîcheur de la nuit les condense & facilite l’introduction d’autres liqueurs ; enfin, suivant M. Toaldo, cette alternative égale de dilatation & de contraction dans les canaux des plantes, y établit une espèce de mouvement, soit péristaltique, soit de diastole & de sistole, qui avance le mouvement, & peut-être la circulation des fluides dans tous les corps des plantes.

4º. Que rien n’est plus favorable à la végétation, qu’une douce chaleur, accompagnée d’une légère humidité ; la chaleur donne le mouvement, l’humidité fournit la matière.

Il nous reste à parler d’un principe répandu dans l’atmosphère, qui donne souvent des signes sensibles de son existence, & que tous les jours on découvre produire de très-grands effets, l’électricité. Des esprits enthousiastes ont rendu ce principe universel ; ils l’ont voulu faire la cause de tous les phénomènes qui se passent sous nos yeux. À force de le trop généraliser, ils ont obscurci sa marche, & souvent embrouillé ses vrais effets. Nous renvoyons au mot Électricité pour y développer sa nature, son action, & les points que nous pouvons regarder comme des vérités démontrées sur ce nouvel agent. Il nous suffit, pour compléter les connoissances que nous devons avoir sur l’atmosphère, de démontrer qu’il est toujours électrique.

C’est une vérité reconnue de tous les physiciens ; les expériences des Dalibard, Delor, Lemonnier, Romas, Francklin, &c. l’ont prouvée d’une manière à ne laisser aucun doute : tout nous démontre que la masse d’air dans laquelle nous vivons, est une source inépuisable de matière électrique ; c’est le vrai magasin de l’électricité, suivant l’expression de M. Lemonnier. Les orages, les tempêtes, les foudres & les éclairs, annoncent ses effets, ou plutôt elle en est la cause principale. Presque toujours la résolution des nuages en pluie, la formation de la grêle, les brouillards, les bruines, sont précédés ou accompagnés des signes de l’électricité la plus forte, capable de donner la commotion. De simples nuages flottans dans le vague des airs, sont autant de réservoirs qui promènent de tous côtés des amas de fluide électrique. Les barres électriques isolés en soutirent une partie, & annoncent sa présence par les étincelles & l’attraction des corps légers. Dans le tems le plus serein, l’air, ou plutôt l’atmosphère est imprégnée d’une certaine quantité d’électricité. En tout tems, en toutes saisons, à toute heure elle en donne des signes évidens, tantôt plus marqués, tantôt plus foibles. Plus on s’élève dans les régions atmosphériques, & plus elle a d’énergie, sans doute parce qu’elle y est plus libre, & qu’il s’y rencontre moins de vapeurs aqueuses qui détruisent en partie l’effet de l’électricité.

Le fluide électrique est donc un des principes toujours existans dans l’atmosphère ; mais il ne peut y exister sans avoir une influence directe sur tous les êtres organisés, qui tirent de son sein la matière de leur nourriture & de leur respiration. Les effets de cette influence dépendent particuliérement de la manière générale dont l’électricité agit ; & pour bien concevoir ses effets, il faut avoir des connoissances préliminaires du fluide électrique, & de sa nature. Il nous paroît donc plus naturel de traiter cet objet à la suite des notions que nous donnerons de l’électricité. (Voyez ce mot)