L’Encyclopédie/1re édition/MIXTE

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MIXTE, adj. (Mathémat.) On dit qu’il y a raison ou proportion mixte, lorsqu’on compare la raison de l’antécédent & du conséquent à leur différence, comme si

a . b c . d  : en ce cas, l’on aura
3 4 12 16
7 . 1 28 . 4 Voyez Raison & Proportion.
a+b . a−b c+d . c−d

Mathématiques mixtes. Voyez Mathématiques.

Mixte, (Phys.) un corps mixte en Philosophie, est celui qui est composé de divers étémens ou principes. En ce sens, mixte est opposé à simple ou élémentaire, qui se dit des corps qui ne sont composés que d’un principe seulement, comme les Chimistes supposent que sont le soufre, le sel, &c.

Les Scholastiques définissent un corps mixte, un tout résultant de plusieurs ingrédiens altérés, ou modifiés par le mélange. Suivant ce principe, les différens ingrédiens ou composans, n’existent point actuellement dans le mixte, mais ils sont tous changés de façon qu’ils conspirent à la formation d’un nouveau corps, d’une espece différente de celles des ingrédiens.

L’objet de la Chimie est de résoudre les mixtes en leurs parties composantes, ou principes. Voyez Chimie, &c.

Les Scholastiques distinguent les mixtes en parfaits & imparfaits. Les mixtes parfaits sont des corps animés, où les élémens sont transformés par un parfait mélange : tels sont les plantes, les bêtes, les hommes. Les mixtes imparfaits, sont des corps inanimés dont la forme n’est pas différente de celle des élémens : tels sont les météores, les minéraux, les métaux. Sur quoi tout cela est il fondé ? Voyez Élémens. Chambers.

Mixte & Mixtion, (Chimie.) les Chimistes prennent ces mots dans deux sens différens : premierement, dans un sens général & vague, ils appellent mixtes les corps chimiques, formés par l’union de divers principes quelconques ; & mixtion, l’union, la combinaison de ces divers principes : c’est-là le sens le plus connu, & le plus ancien. Secondement, dans un sens moins général, plus resserré, ils appellent mixte le corps formé par l’union de divers principes élémentaires ou simples ; & mixtion, l’union qui constitue cet ordre particulier de corps chimiques. Cette derniere acception est plus propre aux Chimistes modernes ; elle a été principalement introduite dans la langue chimique, par Becher & par Stahl, qui n’ont cependant pas assez soigneusement évité d’employer ces expressions dans la premiere signification.

Nous allons considérer les mixtes & la mixtion, sous ces deux points de vûe.

Il est clair que sous le premier, la mixtion est la même chose que la syncrèse, que la combinaison, que l’union chimique, que la liaison intime, la forte cohésion de divers principes, opérée par l’exercice de cette force, ou de ce principe universel que nous avons considéré sous le nom de miscibilité, voyez Miscibilité, Chimie. On trouvera encore beaucoup de notions majeures sur la mixtion, répandues dans plusieurs autres articles de ce Dictionnaire, dans l’article Chimie, dans l’art. Menstrue, dans l’art. Rapport, dans l’art. Principes, Chimie, dans l’art. Union, &c. où ces notions ont concouru nécessairement à établir ou à éclaircir les différens points de doctrine chimique, dont on s’occupe dans ces articles. Nous allons en donner dans celui-ci, le résumé & le complément.

1°. Les mixtes ou corps chimiques composés, sont formés par l’union de principes divers, d’eau & d’air, de terre & de feu, d’acide & d’alcali, &c. ils different essentiellement en cela des aggregés, aggregats, ou molécules qui sont formées par l’union de substances pareilles ou homogenes. Cette différence est exposée avec beaucoup de détail dans la partie dogmatique de l’article Chimie, voyez cet article. Il suffit de rappeller ici, que c’est à cause de cette circonstance essentielle à la formation des mixtes, que ces corps ne peuvent être résous en leurs principes, qu’on n’en peut séparer un de leurs matériaux, sans que leur être propre spécifique périsse, au lieu que l’aggregé étant divisé dans ses parties intégrantes & primitives, chacune de ces parties est encore un corps pareil à la masse dont elle est détachée. C’est dans ce dernier sens que la plus petite partie d’or est toujours de l’or ; mais nul des principes chimiques de la plus petite partie d’or, de l’or individu, du mixte appellé or, n’est de l’or ; nul assemblage de certains principes de l’or, moins un, n’est de l’or ; de même que nulle unité, concourant à la formation du nombre six, n’est six ; ni nulle somme de ces unités, moins une, ou moins plusieurs, n’est six.

2°. La mixtion ne se fait que par juxta-position, que par adhésion superficiaire de principes, comme l’aggrégation se fait par pure adhésion de parties intégrantes d’individus chimiques. On n’a plus heureusement besoin de combattre les entrelacemens, les introsusceptions, les crochets, les spyres & les autres chimeres des Physiciens & des Chimistes du dernier siecle.

3°. La mixtion n’est exercée, ou n’a lieu, qu’entre les parties solitaires, uniques, individuelles des principes, fit per minima : elle suppose, elle demande la destruction, ou du moins le très-grand relâchement de l’aggrégation, tel que celui qui est propre aux liquides, aux substances que les Chimistes appellent dissoutes ou résoutes, solutæ ; & voilà d’où naît l’axiome chimique, corpora non agunt, c’est-à-dire, ne contractent point la mixtion chimique, nisi sint soluta.

4°. La mixtion est un acte naturel spontané ; l’art ne la produit point, n’ajoute rien à l’énergie du principe naturel dont elle dépend, n’excite point la force qui la produit ; il ne fait que placer les corps miscibles dans la sphere d’activité de cette force ; sphere qui est très-bornée, qui ne s’étend point à un espace sensible. Ainsi, non seulement les mixtes naturels, mais même les mixtes qui peuvent être appellés à quelques égards artificiels, savoir, ceux qui sont dûs à la dissolution chimique, ou à l’action menstruelle, déterminée par des opérations artificielles, voyez Menstrue, Chimie ; tous ces corps, dis-je, sont à la rigueur des produits naturels, des êtres dûs immédiatement à un principe absolument indépendant de l’art humain. Je sens bien qu’on pourroit chicaner sur cette maniere d’envisager le principe immédiat de la mixtion, & dire que tous les principes des changemens que les hommes appellent artificiels, sont pourtant naturels à la rigueur ; mais cela ne seroit pas exact : des principes naturels concourent, il est vrai, aux changemens opérés par les hommes, mais ils y concourent plus ou moins prochainement ; & ce concours plus ou moins prochain, plus ou moins médiat, suffit ici pour établir des différences essentielles. En un mot, l’acide & l’alkali qui, lorsqu’ils sont mis à portée l’un de l’autre, ex intentione artificis, s’unissent pour former le nitre, sont joints par un lien qui peut être plus exactement, plus proprement appellé naturel, que celui qui assujettit les douves d’un tonneau, au moyen des cerceaux, &c.

5°. L’acte de la mixtion est soudain & momentané : mixtio fit in instanti, dit Stahl, dans son specimen Becherianum, part. I. sect. 1. membre. 1. §. xij. Ceci est une suite nécessaire du dogme précédent ; car non-seulement l’observation, les faits, établissent cette vérité ; mais elle est susceptible, dans la considération abstraite, de la plus exacte démonstration. En effet, dès que la mixtion s’opere par une force inhérente, ou toûjours subsistante dans les corps ; dès que des corps se trouvent placés dans la sphere d’activité de cette force (cette sphere étant sur-tout circonscrite dans les termes de la plus grande vicinité possible, peut-être du contact), & dès que tous les obstacles sont écartés ou vaincus, la mixtion doit arriver dans un instant, par un acte simple, dans lequel on ne sauroit concevoir de la durée ; en un mot, être très-voisin, ou se toucher, est la même chose dans ce cas, que subir la mixtion.

6°. La cohésion mixtive est très-intime ; le nœud qui retient les principes des mixtes est très-fort : il résiste à toutes les puissances méchaniques ; nul coin, nul lévier, nul choc, nulle direction de mouvement, ne peut le rompre : & même le plus universel des agens chimiques, le feu, & toute l’énergie connue de son action dissociante, agit en vain sur la mixtion la plus parfaite, sur un certain ordre de corps chimiques composés, dont nous parlerons dans la suite de cet article. A plus forte raison, le degré le plus foible de cette action, savoir la raréfaction par sa chaleur ne porte-t-elle point absolument sur la mixtion, même la plus imparfaite. Le moyen le plus commun, le plus généralement efficace que la nature & l’art employent pour surmonter cette force, c’est un plus grand degré de cette même force. Certains corps combinés chimiquement, ne se séparent parfaitement & absolument, que lorsque chacun ou au-moins l’un d’entre eux, passe dans une nouvelle combinaison. Cette nouvelle combinaison est l’effet propre du phénomene que les Chimistes appellent précipitation ; & ce plus haut degré de force mixtive existe entre deux substances, dont l’une est nue ou libre, (voyez Nud, Chimie) & l’autre unie ou combinée, par l’exercice duquel cette derniere est dégagée de ses anciens liens, & en subit de nouveaux ; ce plus haut degré de force, dis-je, est connu dans l’art sous les noms de plus grand rapport, & de plus grande affinité. Voyez Rapport, Chimie. Voyez aussi a l’art. Feu, Chimie, & à l’art. Distillation, quels sont les corps chimiques composés dont le feu seul peut désunir les principes, & quels sont ceux contre la mixtion desquels cet agent est impuissant.

Ce lien, ce nœud, cette cohésion mixtive, est très-supérieure dans le plus grand nombre de cas à la cohésion aggrégative, qui est l’attraction de cohésion des Physiciens. Cette vérité est prouvée, & en ce que l’action dissociante du feu se porte efficacement sur tous les aggrégés chimiques ; & en ce que dans les cas les plus ordinaires & les plus nombreux, les parties intégrantes individuelles des aggrégés abandonnent, deserunt, leur association aggrégative, pour se porter violemment, ruere, à la mixtion, ou à l’association avec des principes divers, comme cela arrive dans presque toutes les dissolutions (voyez Menstrue, Chimie), & enfin en ce que les puissances méchaniques surmontent, quelquefois même avec beaucoup de facilité, la cohésion aggrégative.

Il est tout commun aussi de voir dans les opérations chimiques les agens chimiques très-énergiques, & principalement le feu rompre l’aggrégation d’un sujet chimique composé sans agir sur sa mixtion. Toutes les opérations chimiques proprement dites, que nous avons appellé disgrégatives, & toutes celles que nous avons appellé mixtives ou combinantes, sont dans ce cas. Voyez Opérations chimiques.

Il arrive cependant quelquefois que certains menstrues obéissent davantage à la force de cohésion aggrégative, qu’à la force de miscibilité : par exemple, l’esprit de nitre concentré à un certain point, n’agit pas sur l’argent par cette raison ; voyez Menstrue, Chimie : mais ces cas sont rares.

7°. Un caractere essentiel de la mixtion chimique, du-moins la plus parfaite, c’est que les propriétés particulieres de chaque principe qui concourt à la formation du mixte, périssent, ou du-moins qu’elles soient tellement masquées, suspendues, sopitæ, qu’elles soient comme si elles n’étoient point, & que le mixte soit une substance vraiment nouvelle, spécifiée par des qualités propres, & diverses de celles de chacun de ses principes. C’est ainsi que le nitre formé par l’union d’un certain acide, & d’un certain alkali, n’a plus ni les propriétés essentielles de cet acide, ni celles de cet alkali, mais des propriétés nouvelles & spéciales. C’est ainsi que plusieurs sels métalliques qui conservent la corrosivité de l’un de leurs principes, de l’acide, ne retiennent cette propriété, que parce que cet acide est contenu surabondamment dans ces sels, c’est-à-dire dans un état de mixtion très-imparfaite, très-improprement dite. Voyez Surabondant, Chimie.

8°. Un autre caractere essentiel de la mixtion, caractere beaucoup plus général, puisqu’il est sans exception, c’est que les principes qui concourent à la formation d’un mixte, y concourent dans une certaine proportion fixe, une certaine quantité numérique de parties déterminées, qui constitue dans les mixtes artificiels ce que les Chimistes appellent point de saturation. Voyez Saturation, Chimie. Car quoique nous ayons dit que les principes des mixtes s’unissoient per minina partie à partie, cela n’empêche point qu’à une seule partie d’un certain principe, ne puissent s’unir deux ou plusieurs parties d’un autre. C’est ainsi que très-vraissemblablement le soufre commun est formé par l’union d’une partie unique d’acide, & de plusieurs parties de feu ; il est vrai que cette derniere animadversion n’est qu’un soupçon qui est établi cependant sur de très-grandes probabilités. Voyez Soufre. Mais l’observation générale sur la proportion déterminée des ingrédiens de la mixtion, est un dogme d’éternelle vérité, de vérité absolue, nominale. Nous n’appellons mixtes, ou substances non-simples, vraiment chimiques, que celles qui-sont si essentiellement, si nécessairement composées, selon une proportion déterminée de principes ; que non-seulement la soustraction ou la suraddition d’une certaine quantité de tel ou rel principe, changeroit l’essence de cette substance ; mais même que l’excès d’un principe quelconque est de fait inadmissible dans les mixtes, tant naturels qu’artificiels, & que la soustraction d’une portion d’un certain principe, est, par les définitions ci dessus exposées, la décomposition même, la destruction chimique d’une portion du mixte ; en sorte que si d’une quantité donnée de nitre, on sépare une certaine quantité d’acide nitreux, il ne reste pas un nitre moins chargé d’acide ; mais un mélange de nitre parfait comme auparavant, & d’alkali fixe, qui est l’autre principe du nitre, absolument nud, à qui l’acide auquel il étoit joint a été entierement enlevé. En un mot, l’acide n’a pas été enlevé proportionnellement à la quantité entiere de nitre, mais à une certaine portion qui a été absolument dépouillée. Ceci est démontré par les faits.

La premiere assertion est prouvée aussi par des faits très-connus : tous les menstrues entrent en mixtion réelle avec les corps qu’ils dissolvent ; mais l’énergie de tous les menstrues est bornée à la dissolution d’une quantité déterminée du corps à dissoudre ; l’eau une fois saturée de sucre, (voyez Saturation, Chimie) ne dissout point du nouveau sucre ; du sucre jetté dans une dissolution parfaitement saturée de sucre y reste constamment sous le même degré de chaleur dans son état de corps concret. Cette derniere circonstance rend le dogme que nous proposons très-manifeste ; mais elle ne peut s’observer que lorsqu’on éprouve l’énergie des divers menstrues sur les corps concrets ou consistans ; car lorsqu’on l’essaye sur des liquides, ce n’est pas la même chose, & quelque excès d’alkali résout qu’on verse dans de l’esprit de vinaigre, par exemple, il ne paroît pas sensiblement qu’une partie de la premiere liqueur soit rejettée de la mixtion. Elle l’est pourtant en effet, & la chimie a des moyens simples pour démontrer dans les cas pareils, la moindre portion excédente ou superflue de l’un des principes (voyez Saturation, Chimie) ; & cette portion excédente n’en est pas plus unie avec le mixte, pour nager dans une même liqueur avec lui. Car deux liqueurs capables de se mêler parfaitement, & qui sont actuellement mêlées très-parfaitement, ne sont pas pour cela en mixtion ensemble. Au contraire les liqueurs très-pareilles, celles, par exemple, qui ont l’eau pour base commune, se mêlent on ne peut pas plus parfaitement ensemble, au point même qu’elles sont aussi inséparables que deux verres d’eau pure bien entre-mêlés. Un verre de dissolution de sel marin, & un verre de dissolution de nitre qu’on mêleroit ensemble, seroient tout aussi inséparables que ces deux verres d’eau pure. Or ces mélanges tout indissolubles qu’ils sont, ne constituent pas la mixtion. Il en est ainsi de l’alkali excédent, dans l’expérience ci-dessus proposée ; c’est une liqueur alkaline, dont la base est de l’eau, qui est mêlée ou confondue avec une liqueur de terre foliée (c’est le nom du sel résultant de l’union de l’alkali fixe, commun, & de l’acide du vinaigre) dont la base est aussi de l’eau, comme un verre d’eau pure seroit mêlé ou confondu avec un autre verre d’eau pure. La circonstance de tenir en dissolution quelque corps ne change point à cet égard la condition de l’eau, pourvû que dans le cas où chaque eau est chargée d’un corps divers, ces deux corps ne soient point miscibles ou solubles l’un par l’autre.

Il est évident, & les considérations précédentes nous conduisent à cette vérité plus générale, que toutes ces unions de divers liquides aqueux, sont de vraies, de pures aggrégations. Une certaine quantité déterminée d’eau s’unit par le lien d’une vraie mixtion à une quantité déterminée de sel, & constitue un liquide aqueux qui est un vrai mixte. Cela est prouvé entre autres choses, en ce que dès qu’on soustrait une portion de cette eau, une portion du mixte périt : on a au lieu du mixte aqueo-salin, appelle lessive, lixivium, un corps concret, un crystal de sel. Mais toute l’eau qu’on peut surajouter à cette lessive proprement dite, ne contracte avec elle que l’aggrégation ; c’est de l’eau qui s’unit à de l’eau ; & voilà pourquoi ce mélange n’a point de termes, point de proportions : une goutte de lessive se mêle parfaitement à un océan d’eau pure : une goutte d’eau pure se mêle parfaitement à un océan de lessive. Il en est absolument de même de l’esprit de vin, du vin, du vinaigre, de toutes les liqueurs végétales & animales aqueuses, des acides, des esprits alkalis, aromatiques, &c. & de leurs mélanges à de l’eau pure ou entre eux, toutes les fois qu’ils ne contiendront pas des substances réciproquement solubles, ou abstraction faite de l’événement qui résultera de cette circonstance accidentelle, il est clair que tous ces mélanges ne sont pas des mixtions : premierement par les définitions, car ils ne sont bornés par aucune proportion ; secondement, par la nature même des choses ; car nous croyons avoir prouve que dans tous ces cas, ce sont des corps non seulement pareils, mais mêmes identiques de l’eau & de l’eau qui s’unissent, ce qui constitue l’aggrégation. Voyez l’article Liquidité, Chimie. L’acide surabondant des sels métalliques peut aussi être considéré à quelques égards comme uni par simple aggrégation au vrai mixte salin.

Les différentes substances métalliques s’alliant aussi ou s’entremêlant, pour la plûpart, sans aucune proportion, un grain d’argent étant reçu dans une masse d’un millier de cuivre, comme un grain de cuivre dans une masse d’un millier d’argent, nous regardons aussi ces mélanges & les pareils, comme une espece d’aggrégation. C’est ainsi que nous l’avons considéré dans l’exposition du système des opérations chimiques. V. Opérations chimiques.

Des mixtes & de la mixtion considérés dans la seconde acception. M. Becker distingue tous les sujets chimiques en mixtes, composés, surcomposés, decomposita, & ceux qu’il appelle super decomposita.

Il appelle mixtes les corps formés par l’union chimique de deux ou de plusieurs élémens, premiers principes, ou corps simples. Voyez Principes. L’acide, le soufre, l’huile, le charbon le plus simple, les métaux, sont regardés comme des corps de cet ordre, qui est très-peu nombreux, soit dans la nature, soit dans les produits de l’art. C’est la mixtion des sujets chimiques de cet ordre qui est la plus parfaite, la plus intime, la plus constante, à laquelle conviennent éminemment les propriétés de la mixtion en général. Il est tout simple par exemple, qu’elle élude davantage l’énergie des agens chimiques, tant parce que les mixtes sont de tous les corps destructibles les plus petits, que parce que leurs principes sont vraissemblablement cohérans dans le plus grand degré de vicinité possible, ou du-moins existant dans la nature. Si le contact même est concevable, c’est sans contredit principalement entre les principes simples & premiers.

Les composés sont des corps formés par l’union chimique de deux ou de plusieurs mixtes ; ces corps sont plus communs, soit dans la nature, soit dans l’art. Les métaux minéralisés avec le soufre, les sels métalliques, les résines, &c. sont des composés.

Les surcomposés sont des corps formés par l’union chimique de deux ou de plusieurs composés : les exemples des corps de cet ordre, ou du-moins qui soient strictement dans les termes de la définition, ne sont pas aisés à trouver. Sthal dans le specimen Becterianum, n’ose en proposer qu’avec la formule du doute. Cette difficulté vient d’un vice inhérant à la division même de Becker, qui n’a point fait d’ordre distinct pour les combinaisons qui se présentent le plus fréquemment tant dans les sujets naturels que dans les sujets artificiels ; savoir les unions immédiates des élémens, des mixtes & des composés entre eux. En effet, il existe très-peu de corps très-composés dans le dernier ordre de composition, dans lesquels n’entre quelque mixte ou quelque élément. Il y a beaucoup de combinaisons de mixte & d’élémens, &c.

L’usage que fait Becker de sa superdécomposition est aussi très-peu exact ; il entend presque la même chose que nous entendons par surabondance (voyez Surabondance), & spécialement la surabondance d’un principe élémentaire dans un mixte ou dans un composé.

Toute cette doctrine, ou plûtôt cette nomenclature est inexacte & heureusement inutile : il importe seulement en considérant & en traitant les sujets chimiques, d’avoir le plus grand égard aux différens ordres de leur composition, à les examiner successivement en commençant par le plus prochain, le plus immédiat, le dernier. Voyez pour exemple de cette méthode, l’article Végétal, (Chimie). Il entre assurément dans cette recherche, de connoître l’état de simplicité ou de composition diverse de chaque principe considéré à son tour ; mais il importe peu ce me semble, que chacun de ces états ait un nom distinct : si cependant il les faut ces noms, les Chimistes doivent en chercher d’autres, ceux-ci ne valent rien. (b)

Mixte, (Jurisprud.) se dit de ce qui tient de deux natures différentes. Il a des corps mixtes qui sont partie laïcs & partie ecclésiastiques, comme les universités.

Il y a des droits & actions qui sont mixtes, c’est-à-dire partie réels & partie personnels ; de même les servitudes mixtes sont celles qui sont tout-à-la-fois destinées pour l’usage d’un fond & pour l’utilité de quelque personne. Voyez Action, Servitude.

On appelle questions mixtes, celles où plusieurs lois ou coutumes différentes se trouvent en opposition ; par exemple, lorsqu’il s’agit de savoir si c’est la loi de la situation des biens, ou celle du domicile du testateur, ou celle du lieu où le testament est fait qui regle la forme & les dispositions du testament. Voyez question mixte.

Les statuts mixtes sont ceux qui ont en même tems pour objet la personne & les biens. V. Statuts. (A)

Mixte, ou Mélé, adject. est en Musique le nom qu’on donnoit autrefois à quelques modes qui participoient de l’authentique & du plagal : c’est ainsi que s’en explique l’abbé Brossard ; sur quoi l’on ne doit pas se tourmenter pour entendre une explication qu’il n’a surement pas entendu lui-même.

On appelloit modes mixtes ceux qui participoient à plusieurs genres à fois. Voyez Genres.

Mixte, (Peinture.) c’est une sorte de peinture où l’on se sert du pointillement de la miniature & de la touche libre de la détrempe. Les points sont propres à finir les parties du tableau les plus susceptibles d’une extrème délicatesse ; mais par la touche, le peintre répand dans son ouvrage une liberté & une force que le trop grand fini n’a point. On peut travailler en grand & en petit de cette façon. Il y a deux tableaux précieux du Corrège peints dans ce genre, que le roi de France possede. (D. J.)