L’Encyclopédie/1re édition/CORNE

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CORNE, s. f. (Hist. nat. des Insect.) pointe fine, dure, sans articulation, qui sort ordinairement de la tête des insectes.

La Nature a donné des cornes dures à quelques insectes, tout comme elle en a donné à divers quadrupedes. Ces cornes différent des antennes, en ce qu’elles n’ont point d’articulations. Plusieurs insectes n’ont qu’une corne qui est placée sur la tête & s’éleve directement en-haut, ou se recourbe en arriere comme une faucille. Nos Naturalistes en ont donné des figures : mais il y a aussi des insectes qui ont deux cornes placées au-devant de la tête, s’étendant vers les côtés, ou s’élevant en ligne droite. Ces cornes sont ou courtes, unies, & un peu recourbées en-dedans comme des faucilles, ou elles sont branchues comme celles du cerf-volant. Quelquefois elles sont égales en longueur, & d’autres fois elles sont plus grandes l’une que l’autre.

L’on trouve aussi des insectes qui ont trois de ces cornes qui s’élevent perpendiculairement ; tels sont, par exemple, les cornes de l’énena du Brésil. Voyez la description de cet insecte dans Marcgrave, hist. Brasil. l. VII. c. ij.

Tous les insectes ne portent pas leurs cornes à la tête ; car on en voit qui les ont des deux côtés des épaules près de la tête.

Enfin, dans quelques insectes elles sont immobiles, & mobiles dans d’autres. Ceux-ci peuvent par ce moyen serrer leur proie comme avec des tenailles, & ceux-là écarter ce qui se trouve en leur chemin.

Il regne à tous ces égards des variétés infinies sur le nombre, la forme, la longueur, la position, la structure, les usages des cornes dans les diverses especes d’insectes. Nous devons au microscope une infinité de curieuses observations en ce genre ; mais comme il n’est pas possible d’entrer dans ce vaste détail, nous renvoyons le lecteur aux ouvrages de Leuwenhoek, de Swammerdam, de M. de Reaumur, de Frisch, Lessers, & autres savans Naturalistes. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Corne, s. f. (Physiol.) partie dure & solide qui naît sur la tête de quelques animaux à quatre piés.

Le tissu de ce corps dur & solide paroît être un composé de plusieurs filets, qui naissent par étages de toute la surface de la peau qui est sous la corne. Tous ces filets étant réunis, colés, & soudés ensemble par une humeur visqueuse qui les abreuve, forment autant de cornets de différente hauteur, qui sont enchâssés les uns dans les autres, & prolongés jusqu’à la pointe de la corne, d’où vient que cette pointe composée de toutes ces enveloppes est fort solide, & que plus on approche de la base où ces cornets finissent par étages, plus on voit que l’épaisseur & la dureté de la corne diminuent.

Si l’on prend une corne sciée selon sa longueur, après l’avoir fait boüillir, on voit l’os qui soutient la corne, lequel se trouve aussi scié selon sa longueur ; & l’on remarque au-dedans de cet os diverses cellules revêtues d’une membrane parsemée d’un très grand nombre de vaisseaux. Si pour lors on détache de l’os la corne qui le couvre, on voit paroître sur la surface extérieure de la peau qui est entrée dans la corne & l’os, les racines d’une infinité de membranes arrangées par étages, d’où les diverses couches de la corne ont pris leur origine. On apperçoit encore que la surface intérieure de la corne est percée par autant d’étages de petites cavités qui répondent à ses mammelons, lesquels ont quantité de vaisseaux qui portent la nourriture dans tout l’intérieur des couches de la corne. Enfin l’accroissement & le gonflement de la tige des cornes des cerfs, justifient qu’elles ne sont que les productions des mammelons de la peau.

Les sillons qui paroissent sur les cornes lorsqu’elles sont dépouillées de leur peau, semblent formés par le gonflement des veines & des arteres parsemées dans la peau qui couvroit les cornes, & ces vaisseaux sont enflés & tendus par l’affluence perpétuelle du sang qui y aborde, de la même maniere qu’on voit au-dedans du crane des sillons tracés par les vaisseaux de la dure-mere. Aux animaux dont les cornes ne tombent pas, l’apophyse de l’os du front qui sert de premiere base à la corne, & le péricrane qui la couvre, croissent & font croître la corne par plusieurs couches qui s’appliquent les unes aux autres, & qui forment une croûte.

L’ingénieux & industrieux Malpighi a le premier dévoilé, avant l’année 1675, (voy. ses épitres, p. 21.) l’origine, l’accroissement, & la structure de la corne des animaux : ensuite l’illustre du Verney exposa le même méchanisme dans une lettre écrite à M. le P. Cousin, insérée dans le Journal des savans du 3 Mai 1689 ; & c’est aussi d’après leurs principes qu’on peut expliquer la formation de ces excroissances qu’on voit naître quelquefois en certains endroits du corps de l’homme, & que l’on appelle improprement des cornes.

De ces excroissances, on en a fait dans tous les tems des cornes de bélier, blanches, grises, noires, de toutes sortes de longueur & de figure monstrueuse ; car qu’est-ce que l’amour du merveilleux n’a pas enfanté ? qu’est-ce que la crédulité n’a pas adopté ? Si l’on en croit quelques écrivains, l’imagination seule a même produit des cornes ; témoin l’histoire que fait Valere Maxime (lib. V. ch. vj.) du préteur Cippus, qui pour avoir assisté le jour avec grande affection au combat des taureaux, & avoir eu en songe toute la nuit des cornes en tête, les produisit bien-tôt sur son front par la force de son imagination. Nos auteurs modernes ne sont pas exempts de contes de cette espece.

Ce qu’il y a de vrai, quoique le cas soit encore fort rare, c’est qu’il vient quelquefois dans quelques parties du corps, sur le front par exemple, une excroissance ou élevation longue, dure, ronde, & pointue, qui ressemble à une corne. Le cas le plus singulier de cette difformité, est celui d’un paysan, dont parlent nos historiens, & Mézeray en particulier.

Au pays du Maine, dit-il, en l’année 1599, il se trouva un paysan nommé François Trouillu, âgé de 35 ans, portant à la tête une corne qui avoit percé dès l’âge de sept ans. Elle étoit cannelée en lignes droites, & se rabattoit en-dedans comme pour rentrer dans le crane… Ce paysan s’étoit retiré dans les bois pour cacher cette difformité monstrueuse, & y travailloit aux charbonnieres… Un jour que le maréchal de Lavardin alloit à la chasse, ses gens ayant vû ce paysan qui s’enfuyoit coururent après ; & comme il ne se découvroit point pour saluer leur maître, ils lui arracherent son bonnet, & ainsi apperçurent cette corne. Le maréchal fit venir cet homme à la cour, le présenta à Henri IV, & il fut donné en spectacle dans Paris à tout le monde. Desesperé de se voir promener comme un ours, il en conçut tant de chagrin qu’il en mourut bien-tôt après.

M. de Thou, qui a été témoin de ce fait, ajoûte (liv. CXXIII.) que cette corne placée au côté droit du front, s’étendoit en se recourbant vers le côté gauche, desorte que la pointe retomboit sur le crane, & l’auroit blessé si on ne l’eût coupée de tems en tems ; alors il ressentoit de grandes douleurs, comme aussi lorsque les spectateurs la touchoient un peu rudement. On éprouve de même les douleurs les plus vives lorsque l’ongle d’un des doigts du pié en se recourbant rentre dans la chair.

Il paroît assez que toutes ces sortes d’excroissances ont la même origine, & ne sont que des productions des mammelons de la peau. On pourroit, suivant les apparences, prévenir de telles difformités dans le commencement ; car comme elles s’annoncent d’abord par une petite grosseur qui fait soulever la peau, & qui résiste au toucher, en frottant souvent cette grosseur avec de l’esprit-de-sel, la racine de l’excroissance se dessécheroit & tomberoit d’elle-même.

Les auteurs d’observations rapportent divers exemples de ces sortes d’excroissances cornuës nées aux extrémités des orteils & des doigts, & en effet leur structure & celle des ongles ont ensemble beaucoup d’affinité ; cependant il faut convenir que dans les cornes des animaux il ne regne point la même uniformité que dans les ongles ; les cornes des animaux sont très-variées en contour, en forme, en grandeur, en dureté, en usages, & à plusieurs autres égards ; il faut encore convenir que jusqu’à ce jour les Physiciens n’ont fait qu’y jetter un coup d’œil trop superficiel & trop peu curieux. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Corne (Bêtes à), Œconom. rustiq. On ne comprend sous cette dénomination que les bœufs, vaches, & chevres. Voyez Bestiaux.

Corne de Cerf. Voyez Cerf.

Corne de Cerf (Gelée de) Pharmacie. Prenez raclure de corne de cerf demi-livre ; faites-la cuire à petit feu dans trois pintes d’eau commune, jusqu’à consistence de gelée ; coulez la décoction, & la passez ; mêlez-y sucre choisi une demi-livre, puis vous la clarifierez avec le blanc d’œuf. Ajoûtez-y vin blanc quatre onces, jus de citron une once, & la gelée sera faite.

Quand on a versé la gelée dans les pots, il faut les mettre dans un lieu frais & sec, afin qu’elle se coagule plus facilement. Elle reste quelquefois en été neuf ou dix heures à se congeler. Elle ne se garde guere plus long-tems que la gelée de viande ; c’est pourquoi on en fera peu à la fois, & on la renouvellera souvent. Voyez Chambers & James.

Cette gelée est nourrissante, cordiale & restaurante ; on la prend à la dose d’une cuillerée toutes les quatre heures, ou dans un bouillon, ou seule.

On fera la gelée de viperes de la même façon ; mais elle est de peu d’usage, quoique d’un grand secours pour purifier le sang, & dans le cas où l’on met en usage les bouillons de viperes.

* Corne de Bœuf. C’est cette partie double, éminente, contournée, pointue, noirâtre, qui défend la tête du bœuf. Voyez Bœuf. On en fait grand usage dans les arts ; on en fait des manches de différens instrumens. On tire de l’extrémité qui est solide, des cornets d’écritoire. On la dresse au feu, on l’amollit, on la lime & polit ; alors on y remarque des marbrures très-agréables. On nomme Tabletiers-Cornetiers ceux qui employent cette matiere. Pour l’amollir, la mouler, & lui donner telle forme que vous voudrez, ayez de l’urine d’homme gardée pendant un mois ; mettez-y de la chaux vive & de la cendre gravelée ou de lie de vin, le double de chaux, la moitié de cendres. Ajoûtez sur une livre de chaux & une demi-livre de cendres, quatre onces de tartre & autant de sel ; mêlez bien le tout ; laissez bouillir & réduire un peu le mêlange, passez-le ; gardez cette lessive bien couverte. Quand vous voudrez amollir la corne, laissez-la reposer dedans pendant une huitaine de jours.

Ou ayez des cendres de tiges & têtes de pavots ; faites-en une lessive, & faites-y bouillir la corne.

Ou ayez de la cendre de fougere, autant de chaux vive ; arrosez le tout d’eau, faites bouillir ; réduisez un peu le mélange, laissez-le ensuite se reposer & se clarifier ; transvasez, ayez ensuite des raclures de cornes, jettez-les dans cette lessive, laissez-les y pendant trois à quatre jours, oignez-vous les mains d’huile, paitrissez la corne, & la moulez.

Ou ayez jus de marrube blanc, d’ache, de millefeuilles, de raifort, de chelidoine, avec fort vinaigre ; mettez la corne tremper là-dedans, & l’y laissez pendant huit jours.

Ou ayez cendre gravelée & chaux vive, faites en une forte lessive, mettez-y de la raclure de corne ; faites bouillir la raclure dans la lessive, elle se mettra en pâte facile à mouler. On pourra même, en ajoûtant de la couleur, teindre la pâte.

M. Papillon graveur en bois, de qui nous tenons ces préparations, prétend qu’elles réussiront non-seulement sur la corne, mais même sur l’yvoire. Il ajoûte que pour amollir les os, il faut prendre les portions creuses de ceux des jambes, avoir du jus de marrube, d’ache, de mille-feuilles, de raifort, avec fort vinaigre, en parties égales ; en remplir les os, bien boucher les ouvertures, ensorte que la liqueur ne puisse sortir ; les enterrer en cet état dans le crotin, & les y laisser jusqu’à ce qu’ils soient mous.

Pour l’yvoire & les os, on dit qu’il suffit de les faire bouillir dans de fort vinaigre.

Ayez aussi du vitriol Romain, du sel réduit en poudre ; arrosez le tout de fort vinaigre : distillez. On ajoûte que le résultat de cette distillation amollira l’os & l’yvoire qu’on y laissera séjourner ; & que si on fait passer de-là ces substances dans le suc de bettes, elles s’attendriront tellement, qu’elles prendront des empreintes de médailles qu’on rendra durables en mettant d’abord les pieces imprimées dans le vinaigre blanc, & ensuite dans de l’eau de puits fraiche.

Nous ne garantissons aucun de ces effets ; nous les publions afin que quelqu’un les éprouve, & voye si sur ce grand nombre il n’y en auroit pas qui tînt ce qu’on en promet.

Corne, (Hist. nat.) on donne communément le même nom à ces especes de petits télescopes qui partent de la tête du limaçon & autres animaux semblables, & aux touffes de plumes qui s’élevent sur celle des chat-huants & autres oiseaux.

Corne, (Maréchall. & Manege.) est un ongle dur & épais d’un doigt, qui regne autour du sabot du cheval, & qui environne la sole & le petit pié ; c’est-là où l’on broche les clous lorsqu’on le ferre, sans que le fer porte & appuie sur la sole ; parce que celle-ci étant plus tendre que la corne, le fer la fouleroit, & feroit boîter le cheval. Quand la corne est usée, on dit, le pié est usé. On met du surpoint à la corne du pié des chevaux, lorsqu’elle est seche & usée. Voyez Surpoint.

Les avalures viennent à la corne. L’encastelure vient à la corne des piés de devant. Votre cheval a un javart encorné. Voyez Avalure, Encastelure & Javart.

Quand un cheval a beaucoup de corne à la pince des piés de devant, le maréchal y peut brocher haut, sans crainte de rencontrer le vif ; & à-l’égard des piés de derriere, il doit brocher haut au talon, mais bas à la pince, parce que la corne y est près du vif.

On dit donner un coup de corne à un cheval, pour dire le saigner au milieu du troisieme, au quatrieme cran, au sillon de la mâchoire supérieure ; ce qu’on fait avec une corne de cerf dont le bout est affilé & pointu, ce qui fait l’effet d’une lancette. On donne un coup de corne à un cheval qui a la bouche échauffée.

Corne de vache. Les maréchaux appellent ainsi une véritable corne de vache ouverte par les deux bouts, dont ils se servent pour donner un breuvage à un cheval.

Muer de corne, voyez Muer. (V)

Corne de Cerf, Coronopus, (Hist. nat. Bot.) genre de plante dont les fleurs & les fruits sont semblables aux fleurs & aux fruits du plantain, dont il ne differe qu’en ce que les feuilles sont profondément découpées, tandis que les feuilles du plantain sont seulement dentelées. Tournefort, inst. rei herb. Voyez Plante. (I)

Corne de Cerf, plante, (Matiere méd.) Cette plante a à-peu-près les mêmes propriétés que le plantain, mais on n’en fait aucun usage dans la pratique de la Médecine. Voyez Plantain. (b)

Corne d’Ammon, cornu Ammonis, (Hist. nat. Minéralog.) pierre figurée dont l’origine & la formation sont à présent bien connues ; on ne doute plus que ce ne soit une pétrification de coquille. Dès qu’on est parvenu à détruire une erreur, il seroit à souhaiter que l’on pût en effacer le souvenir. A quoi bon retracer les chimeres qui ont fait illusion à l’esprit humain, & les superstitions qui l’ont abruti pendant si long-tems ? Une telle érudition ne peut que satisfaire la vaine curiosité des hommes, & non pas les éclairer du flambeau de la vérité. Les Naturalistes, loin de s’occuper des fables qui ont été introduites dans l’Histoire naturelle, doivent s’efforcer de les anéantir dans l’oubli, en opposant aux fictions d’une folle imagination, le simple exposé des observations les plus exactes. Ainsi nous ne nous arrêterons point à détailler toutes les idées ridicules que l’on a eues par rapport aux cornes d’Ammon. Peu nous importe de savoir si cette dénomination vient de la ressemblance qu’il y avoit entre les pierres figurées dont il s’agit, & les cornes de la statue de Jupiter Ammon. Quelles lumieres pouvons-nous tirer de diverses opinions qui ont été soûtenues sur la nature des cornes d’Ammon ? Les uns ne considérant que la signification stricte du nom, les ont prises pour des pétrifications de vraies cornes de quelques especes de béliers ; d’autres ont pensé que ces pierres figurées étoient des queues d’animaux pétrifiés, parce qu’elles sont contournées en volute, comme la queue de certains animaux, & composées de plusieurs pieces articulées, en quelque façon, comme des vertebres. Enfin la forme de la volute des cornes d’Ammon, qui grossit à mesure qu’elle décrit des circonvolutions autour du centre, a fait imaginer que ces pierres figurées étoient des serpents ou des vers marins pétrifiés, dont la queue, c’est-à-dire l’extrémité la plus mince, se trouvoit au centre de la volute. Enfin ceux qui ont été le plus portés au merveilleux, ont prétendu que ces cornes d’Ammon avoient la vertu de procurer des songes mystérieux, & de donner le secret de les expliquer.

Aucune de ces opinions ne mérite notre attention, depuis que nous savons que les cornes d’Ammon sont des nautiles pétrifiés. Le nautile est un coquillage dont on distingue plusieurs especes : les uns n’ont qu’une seule cavité, & leurs parois sont fort minces ; c’est pourquoi on les appelle nautiles papiracées : il y en a dans la mer Méditerranée. Les autres sont divisés à l’intérieur par des cloisons transversales en plusieurs petites loges qui leur ont fait donner le nom de nautiles chambrés. On n’en a jamais vû que dans les mers des Indes ; cependant on trouve ces coquilles pétrifiées presque par-tout, principalement en Europe : c’est une des pétrifications les plus abondantes qui soient en France. Dans la plûpart de nos provinces la terre en est jonchée, les chaussées des grands chemins en sont en partie construites ; les bancs des carrieres de pierre & de marbre en renferment dans leur sein ; on en voit dans le roc & dans le caillou, il en tombe des montagnes les plus élevées, on les tire de l’argille. Les cornes d’Ammon sont les plus abondantes & les plus nombreuses des pierres figurées ; il y en a de plusieurs formes & de grandeurs très-différentes. Il s’en trouve qui ont jusqu’à une toise de diametre. On en a découvert dans des sables, qui sont si petites qu’on ne peut les appercevoir qu’à l’aide du microscope. Entre ces deux extrémités il y en a une grande quantité de toutes les grandeurs.

Les Naturalistes ne doutent plus que les cornes d’Ammon ne soient de vraies coquilles de nautiles pétrifiés ; mais comme nous écrivons pour le public, & qu’il y a en tout genre des prétendus esprits forts qui se plaisent à jetter des doutes sur les choses les plus avérées, nous rapporterons ici la preuve incontestable de cette pétrification ; c’est une preuve de fait qui a toute la force de la conviction. On a comparé certaines cornes d’Ammon avec des coquilles de nautiles, & on a vû que la pierre figurée ressembloit si parfaitement à la coquille, qu’on n’y reconnoissoit aucune autre différence que l’altération que la coquille avoit souffert de la pétrification. Cette comparaison avoit déjà été faite sur deux especes de cornes d’Ammon, relativement à deux especes de coquilles de nautiles, lorsque M. de Jussieu l’aîné, de l’académie royale des sciences, l’a confirmée sur trois autres especes. Mém. de l’académie royale des sciences, année 1722, p. 237.

Non-seulement on reconnoît dans les cornes d’Ammon les coquilles de nautiles pétrifiés ; mais on y distingue la substance de la coquille fossile avec son poli & sa nacre, sans autre altération que celle que doit causer naturellement un long séjour dans la terre. On voit dans ces cornes d’Ammon les cloisons qui séparent les différentes chambres, & les sortes d’articulations qui les réunissent, & qui forment à l’extérieur, par les sinuosités des joints, une espece de feuillage très-régulierement dessiné. Les sels & les bitumes qui se trouvent dans les terres qui environnent ces coquilles, les revêtissent d’une croûte, & les empreignent d’une matiere pyriteuse qui a la couleur & le brillant d’un métal doré ; c’est ce qu’on appelle l’armature : mais ce n’est qu’un faux brillant. L’humidité détruit ces cornes d’Ammon, en les faisant tomber en efflorescence, c’est-à-dire en poussiere ; cependant on les avoit mises autrefois au rang des pierres précieuses. Aujourd’hui nous n’en faisons pas si grand cas, peut-être parce que nous les connoissons mieux, & sans doute parce que nous possedons beaucoup plus de vraies pierres précieuses.

Au lieu de la valeur arbitraire & des vertus imaginaires que l’on avoit attribuées aux cornes d’Ammon, nous y trouvons un sujet digne de la méditation des plus grands philosophes. Comment ces nautiles, qui ne sont qu’aux Indes en nature de coquillages, se trouvent-ils sous nos piés en pétrifications ? M. de Buffon a traité à fond cette matiere dans sa théorie de la terre. Voy. le premier vol. de l’Hist. nat. gén. & part. Il nous suffit d’avoir rapporté dans cet article l’origine de la corne d’Ammon. Nous y ajoûterons seulement les principaux caracteres par lesquels Lister distingue les différens genres de cornes d’Ammon. Les unes sont concaves sur chacune de leurs faces ; les autres n’ont de concavité que sur une face ; d’autres enfin sont convexes sur les deux faces. Parmi les premieres il y en a qui sont striées, & il s’en trouve qui sont lisses. Hist. anim. angl. tres tractatus. Voyez Pierres figurées, Pétrifications. (I)

Corne (pierre de) lapis corneus, Hist. nat. Minéralogie. Les auteurs Allemands qui ont écrit sur la Minéralogie, & les ouvriers des mines, donnent le nom de pierre de corne (hornstein) à plusieurs différentes especes de pierres.

I°. M. Henckel nous apprend qu’on désigne par-là une pierre qui se trouve par couches, & qui est un vrai jaspe : c’est à cette espece de pierre que les Mineurs donnent le nom de hornstein. Suivant ce savant naturaliste, la pierre de corne est parfaitement semblable au caillou & au quartz, avec cette différence que le quartz est communément blanc & plein de petites fentes, au lieu que la pierre de corne est ordinairement colorée en brun, en jaune, en rouge, en gris, en noir, &c. outre cela elle est plus liée, plus homogene, sans crevasses, & plus propre à être polie & travaillée.

Le même auteur donne dans sa pyritologie l’exemple d’une pierre de corne qui se trouve en Saxe, dans le voisinage de Freyberg. Voici la description qu’il en fait. On a crû devoir la rapporter ici, afin de donner au lecteur une idée de cette pierre, dont il est souvent parlé dans les minéralogistes Allemands. Cette pierre de corne est composée d’un assemblage de petites couches dont voici la suite. La premiere est du spath blanc fort pesant, la seconde est une crystallisation ; ces deux couches ensemble peuvent avoir deux doigts d’épaisseur. La troisieme couche est de l’améthyste, la quatrieme du quartz ou crystal, la cinquieme du jaspe, la sixieme du crystal, la septieme du jaspe, la huitieme du crystal, la neuvieme du jaspe, la dixieme du crystal. Chacune de ces huit dernieres couches n’a souvent que l’épaisseur d’un fil, & toutes ensemble ont à peine trois lignes d’épaisseur ; elles sont cependant très-distinctes. La onzieme couche est du jaspe d’un rouge-clair, la douzieme est du jaspe d’un rouge-foncé, la treizieme est de calcedoine, la quatorzieme du jaspe, la quinzieme de calcedoine ; enfin la seizieme est d’un quartz compacte & solide.

II°. Quelques auteurs par pierre de corne entendent le silex ou la pierre à fusil ordinaire, qui se trouve souvent dans la craie, ou par morceaux répandus dans la campagne. Il paroît qu’ils donnent ce nom à cette pierre, à cause que sa couleur ressemble à celle de la corne des animaux.

III°. On désigne encore par pierre de corne, ou ou plûtôt roche de corne, une pierre refractaire, c’est-à-dire qui n’est ni calcaire, ni gypseuse, ni vitrifiable, mais qui résiste à l’action du feu qui ne fait que la rendre quelquefois un peu plus friable. M. Wallerius en distingue quatre especes ; la premiere que les Allemands nomment salband, en latin corneus mollior superficialis contortus, ou bien lapis tunicatus, pierre à écorce ; elle est peu compacte, & est recouverte d’une enveloppe ou écorce qui ressemble à du cuir brun un peu courbé. La seconde espece est la roche de corne dure & solide, corneus solidus. Cette pierre est noire, & difficile à distinguer du marbre noir dans l’endroit de la fracture. Il y en a de luisante, & d’autre qui ne l’est point, d’autre enfin paroît grainue. La troisieme espece est la roche de corne feuilletée ; elle est ou noirâtre ou d’un brun-foncé, & ressemble assez à de l’ardoise par sa couleur & son tissu ; mais elle en differe en ce que la pierre de corne feuilletée résiste fortement au feu, & se trouve toujours dans la terre perpendiculaire à l’horison ; au lieu que les ardoises se vitrifient facilement, & sont toûjours placées horisontalement dans le sein de la terre. La quatrieme espece de roche de corne est celle qui est crystallisée, corneus crystallisatus : les Allemands la nomment schorl. Elle affecte toûjours la figure d’un prisme, dont les côtés sont inégaux ; elle est ou grise, ou brune, ou noire. Cette derniere est le balsates, ou le lapis Lydius des anciens : c’est la vraie pierre de touche. M. Pott soupçonne que la terre qui lui sert de base, est une argile semblable à celle qui forme l’ardoise entremêlée d’une terre ferrugineuse. Voyez la continuation de la Lithogéognosie, page 219 & suiv. Peut-être entre-t-il aussi du mica ou du talc dans sa composition. Voyez Stolpe (pierre de).

Au reste il paroît que les ouvriers des mines donnent indifféremment le nom de roche de corne au roc vif & dur qui enveloppe souvent les filons des mines. Voyez la Minéralogie de Wallerius, tome I. page 256 & suiv. (—)

Cornes, en Anatomie, nom de différentes parties : il y a les grandes & les petites cornes du cartilage thyroïde, voyez Thyroïde les grandes & les petites cornes de l’os hyoïde, voyez Hyoïde.

Les cornes d’Ammon ou les cornes de bélier, sont des éminences médullaires, placées dans les enfoncemens des ventricules tracés dans les hémispheres du cerveau ; mais comme quelques anatomistes donnent aussi le nom de cornes à ces ventricules, M. Morand préfere avec raison le nom d’hippocampus, que Arantius leur a donné. Voyez Mém. de l’acad. roy. des Sciences, an. 1744. Voyez aussi Cerveau.

Cornes de la Matrice, voyez Matrice.

Cornes de la valvule d’Eustachi, du trou oval, voyez Cœur. (L)

* Corne, (Hist. anc.) instrument militaire ; il étoit assez semblable à la corne du bœuf ; sa courbure étoit seulement un peu plus considérable. Celui qui joüoit de cet instrument s’appelloit le cornicen.

* Cornes de Bacchus, (Myth.) Il y a des statues de Bacchus, avec des cornes. Il n’est mention que de ses cornes dans les poëtes : ce qui n’est pas fort obscur, quand on sait que les cornes sont les signes de la puissance & de la force, & qu’on compare ce symbole avec les effets du vin.

Corne d’abondance, (Myth.) c’est parmi les anciens poëtes, une corne d’où sortoient toutes choses en abondance, par un privilége que Jupiter donna à sa nourrice, qu’on a feint avoir été la chevre Amalthée.

Le vrai sens de cette sable est qu’il y a un terroir en Lybie fait en forme de corne de bœuf, fort fertile en vins & fruits exquis, qui fut donné par le roi Ammon à sa fille Amalthée, que les poëtes ont feint avoir été nourrice de Jupiter. Dict. de Trév.

Dans l’Architecture & la Sculpture, corne d’abondance est la figure d’une grande corne, d’où sortent des fleurs, des fruits, des richesses. Le P. Jobert observe que l’on donne sur les médailles le symbole des cornes d’abondance à toutes les divinités, aux génies, & aux héros, pour marquer les richesses, la félicité, & l’abondance de tous les biens, procurée par la bonté des uns, ou par les soins & la valeur des autres. On en met quelquefois deux pour marquer une abondance extraordinaire. Chambers. (G)

Cornes d’abaque, en Architecture, ce sont les encognures à pans coupés du tailloir d’un chapiteau de sculpture, qui se trouvent pointues au corinthien du temple de Vesta à Rome.

Corne de bélier, ornement qui sert de volute dans un chapiteau ionique composé ; comme on en voit au portail de l’église des Invalides, du côté de la cour.

Corne d’abondance, ornement de sculpture qui représente la corne de la chevre Amalthée, d’où sortent des fruits, des fleurs, & des richesses, comme on en voit à quelques frontons de la grande galerie du Louvre. Latin, cornu copia.

Corne de bœuf ou de vache, trait de maçonnerie qui est un demi-biais passé. (P)

Corne, (ouvrage à) dans la Fortification. Voyez Ouvrage à corne.

Cornes de la Lune, voyez Croissant.

Corne de vache, (Coupe des pierres.) espece de voûte en cone tronqué, dont la direction des lites ne passe pas au sommet du cone. (D)

Corne de vergue, (Marine.) c’est une concavité en forme de croissant, qui est au bout de la vergue d’une chaloupe, & qui embrasse le mât lorsqu’on hisse la voile. Il y a plusieurs sortes de bâtimens qui ont des vergues à cornes. (Z)

Corne à lisser, (Bourrelier.) instrument dont les Bourreliers se servent pour polir & lisser les différens ouvrages de leur métier. Cet instrument n’est autre chose qu’un morceau de corne de cerf fort uni, qu’ils passent sur l’ouvrage en l’appuyant, pour en applanir les inégalités, & leur donner un œil plus luisant.

Corne de ranche, terme de Charron, ce sont quatre morceaux de bois de la hauteur de quatre piés ou environ, qui s’enchâssent dans les mortaises des ranchers en-dehors, & qui servent à appuyer les ridelles de la charrette. Voyez les Planches du Charron, qui représentent une charrette.

Corne, en terme de Potier, ce sont des éminences qui surpassent les bords d’un réchaud, sur lesquelles on appuie le plat ou autre chose semblable, afin de donner de l’air au feu.

Corne ou crudité des Cuirs, terme de Tanneurs & autres ouvriers qui travaillent & employent le cuir ; c’est une certaine raie blanche qui paroît à la tranche du cuir tanné lorsqu’on le fend par le milieu, & qui fait connoître que les cuirs n’ont pas pris assez de nourriture dans le tan. C’est un grand défaut dans les cuirs que d’y voir de la corne ou crudité. Voyez Tanner.