Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Lettre B

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Henri Plon (p. 69-125).
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B

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Baal, grand-duc dont la domination est très-étendue aux enfers. Quelques démonomanes le désignent comme général en chef des armées infernales. Il était alors adoré des Chananéens, des Carthaginois, des Chaldéens, des Babyloniens et des Sidoniens ; il le fut aussi des Israélites lorsqu’ils tombèrent dans l’idolâtrie. On lui offrait des victimes humaines. On voit dans Arnobe que ses adorateurs ne lui donnaient point de sexe déterminé. Souvent, en Asie, il a été pris pour le soleil.

Baalbérith, démon du second ordre, maître ou seigneur de l’alliance. Il est, selon quelques démonomanes, secrétaire général et conservateur des archives de l’enfer. Les Phéniciens, qui l’adoraient, le prenaient à témoin de leurs serments. Beaucoup de ces idoles étaient des démons dont le nom Baal signifiait dieu ou roi. Il y avait Baalgad, qui donnait la fortune ; Baalpharas, qui était malfaisant ; Baalsemen, qu’on disait trônant dans les deux, ce qui n’était pas vrai ; Baalzrépho, qu’on plaçait en sentinelle aux frontières, aussi selon les démonographes.

Baaltein. Le voyageur Pennant dit qu’il reste dans quelques pays du Nord un reste du culte de Baal ou Bel ; il y vil la cérémonie du Baaltein ou Bellane qui se fait le 1er mai. On fait cuire au four, avec certaines cérémonies, un gâteau que l’on distribue par-portions éparses aux oiseaux de proie, afin qu’ils épargnent les troupeaux.

Baalzephon

Baalzephon est le capitaine des gardes ou sentinelles de l’enfer. Les Égyptiens l’adoraient et lui reconnaissaient le pouvoir d’empêcher leurs esclaves de s’enfuir. Néanmoins, disent les rabbins, c’est pendant un sacrifice que Pharaon faisait à cette idole que les Hébreux passèrent la mer Bouge, et on lit dans le Targum que l’ange exterminateur, ayant brisé les statues de tous les autres dieux, ne laissa debout que celle de Baalzephon.

Baaras, plante merveilleuse, que les Arabes appellent herbe d’or, et qui croît sur le mont Liban. Ils disent qu’elle paraît au mois de mai, après la fonte des neiges. La nuit, elle jette de la clarté comme un petit flambeau ; mais elle est invisible le jour ; et même, ajoutent-ils, les feuilles qu’on a enveloppées dans des mouchoirs disparaissent, ce qui leur fait croire qu’elle est ensorcelée, d’autant plus qu’elle transmue les métaux en or, qu’elle rompt les charmes et les sortilèges, etc. — Josèphe, qui admet beaucoup d’autres contes, parle de celle plante dans la guerre des Juifs[1]. « On ne la saurait toucher sans mourir, dit-il, si on n’a dans la main de la racine de la même plante ; mais on a trouvé un moyen de la cueillir sans péril : on creuse la terre tout alentour, on attache à la racine mise à nu un chien qui, voulant suivre celui qui l’a attaché, enlève la plante et meurt aussitôt. Après cela, on peut la manier sans danger. Les démons qui s’y logent, et qui sont les âmes des méchants, tuent ceux qui s’en emparent autrement que par le moyen qu’on vient d’indiquer ; et, ce qui d’un autre côté n’est pas moins merveilleux, ajoute encore Josèphe, c’est qu’on met en fuite les démons des corps des possédés aussitôt qu’on approche d’eux la plante baaras. »

Babailanas. Voy. Catalonos.

Babau, espèce d’ogre ou de fantôme dont les nourrices menacent les petits enfants dans les provinces du midi de la France, comme on les effraye à Paris de Croquemitaine, et en Flandre de Pier-Jan Claes, qui est Polichinelle. Mais Babau ne se contente pas de fouetter, il mange en salade les enfants qui sont méchants.

Babel. La tour de Babel fut élevée cent quinze ans après le déluge universel. On montre les ruines ou les traces de cette tour auprès de Bagdad. — On sait que sa construction amena la confusion des langues. Le poëte juif Emmanuel, à propos de cette confusion, explique dans un de ses sonnets comment le mot sac est resté dans tous les idiomes. « Ceux qui travaillaient à la tour de Babel avaient, dit-il, comme nos manœuvres, chacun un sac pour ses petites provisions. Quand le Seigneur confondit leurs langages, la peur les ayant pris, chacun voulut s’enfuir, et demanda son sac. On ne répétait partout que ce mot, et c’est ce qui l’a fait passer dans toutes les langues qui se formèrent alors. »

Babinet (M.), l’un de nos savants les plus forts et les plus spirituels. Cependant il s’est permis quelques excentricités. Par exemple, dans son admiration devant nos progrès, il annonce qu’un jour l’homme actuel ne sera que le chien de l’homme plus perfectionné qui doit venir. Ne soyons donc pas trop fiers.

Bacchus. Nous ne rapporterons pas ici les fables dont l’ancienne mythologie a orné son histoire. Nous ne faisons mention de Bacchus que parce que les démonographes le regardent comme l’ancien chef du sabbat fondé par Orphée ; ils disent qu’il le présidait sous le nom de Sabasius. « Bacchus, dit Leloyer, n’était qu’un démon épouvantable et nuisant, ayant cornes en tête et javelot en main. C’était le maître guide-danse [2], et dieu des sorciers et des sorcières ; c’est leur chevreau, c’est leur bouc cornu, c’est le prince des bouquins, satyres et silènes. Il apparaît toujours aux sorciers ou sorcières, dans leurs sabbats, les cornes en tête ; et hors des sabbats, bien qu’il montre visage d’homme, les sorcières ont toujours confessé qu’il a le pied difforme, tantôt de corne solide comme ceux du cheval, tantôt fendu comme ceux du bœuf [3]. »

Les sorciers des temps modernes l’appellent plus généralement Léonard, ou Satan, ou le bouc, ou maître Rigoux.

Ce qui sans doute appuie cette opinion que le démon du sabbat est le même que Bacchus, c’est le souvenir des orgies qui avaient lieu aux bacchanales.

Bacis, devin de Béotie. Plusieurs de ceux qui se mêlèrent de prédire les choses futures portèrent ce même nom de Bacis [4]. Leloyer dit que les Athéniens révéraient les vers prophétiques de leurs bacides, « qui étaient trois insignes sorciers très-connus [5] ».

Bacon (Roger) parut dans le treizième siècle. C’était un cordelier anglais. Il passa pour magicien, quoiqu’il ait écrit contre la magie, parce qu’il étudiait la physique et qu’il faisait des* expériences naturelles. Il est vrai pourtant qu’il y a dans ses écrits de singulières choses, et qu’il voulut élever l’astrologie judiciaire à la dignité de la science. On lui attribue l’invention de la poudre. Il paraîtrait même qu’on lui doit aussi les télescopes et les lunettes à longue vue. Il était versé dans les beaux-arts, et surpassait tous ses contemporains par l’étendue de ses connaissances et par la subtilité de son génie. Aussi on publia qu’il devait sa supériorité aux démons, avec qui il commerçait.

Cet homme savant croyait donc à l’astrologie et à la pierre philosophale. Delrio, qui n’en fait pas un magicien, lui reproche seulement des superstitions. Par exemple, François Pic dit avoir lu dans son livre des six sciences qu’un homme pouvait devenir prophète et prédire des choses futures par le moyen d’un miroir, que Bacon nomme almuchefi, composé suivant les règles de perspective ; pourvu qu’il s’en serve, ajoute-t-il, sous une bonne constellation, et après avoir tempéré son corps par l’alchimie.

Cependant Wierus accuse Bacon de magie goétique, et d’autres doctes assurent que l’Antéchrist se servira de ses miroirs magiques pour faire des miracles.

Bacon se fit, dit-on, comme Albert le Grand, un androïde. C’était, assurent les conteurs, une tête de bronze qui parlait distinctement, et même qui prophétisait. On ajoute que, l’ayant consultée pour savoir s’il serait bon d’entourer l’Angleterre d’un gros mur d’airain, elle répondit : Il est temps.

Un savant de nos jours (M. E. J. Delécluze) a publié sur Bacon une remarquable notice, qui le pose justement parmi les intelligences supérieures.

Les curieux recherchent, de Roger Bacon, le petit traité intitulé Speculum alclhimiæ, traduit en français par J. Girard de Tournas, sous le titre de Miroir d’alchimie, in-12 et in-8°, Lyon, 1557 ; Paris, 1612. Le même a traduit l’Admirable puissance de l’art et de la nature, in-8°, Lyon, 1557 ; Paris, 1729. De potestate mirabili artis et naturæ.

On ne confondra pas Roger Bacon avec François Bacon, grand chancelier d’Angleterre, mort en 1626, que Walpole appelle « le prophète (un peu aventureux) des vérités que Newton est venu révéler aux hommes. »

Bacoti, nom commun aux devins et aux sorciers de Tonquin. On interroge surtout le bacoti pour savoir des nouvelles des morts. Il bat le tambour, appelle le mort à grands cris, se tait ensuite pendant que le défunt lui parle à l’oreille sans se laisser voir, et donne ordinairement de bonnes nouvelles, parce qu’on les paye mieux.

Bad, génie des vents et des tempêtes chez les Persans. Il préside au vingt-deuxième jour de la lune.

Baducke, plante dont on prétend que le fruit, pris dans du lait, glace les sens. Les magiciens l’ont quelquefois employé pour nouer l’aiguillette, Il suffît, dit-on, d’en faire boire une infusion à celui qu’on veut lier.

Badumna, fée ou elfe supérieure qui domine dans les forêts : mythologie Scandinave.

Baël, démon cité dans le Grand Grimoire, en tête des puissances infernales. C’est aussi par lui que Wiérus commence l’inventaire de sa fameuse Pseudomonarchia dœmonum. Il appelle Baël le premier roi de l’enfer ; ses États sont dans la partie orientale. Il se montre avec trois

 
Baël
 
têtes, dont l’une a la figure d’un crapaud, l’autre celle d’un homme, la troisième celle d’un chat. Sa voix est rauque ; mais il se bat très-bien. Il rend ceux qui l’invoquent fins et rusés, et leur apprend le moyen d’être invisibles au besoin. Soixante-six légions lui obéissent. — Est-ce le même que Baal ?

Bætiles, pierres que les anciens consultaient comme des oracles et qu’ils croyaient animées. C’étaient quelquefois des espèces de talismans. Saturne, pensant avaler Jupiter, dévora une de ces pierres emmaillottée. Il y en avait de petites, taillées en forme ronde, que l’on portait au cou ; on les trouvait sur des montagnes où elles tombaient avec le tonnerre.

Souvent les baetiles étaient des statues ou mandragores. On en cite de merveilleuses qui rendaient des oracles, et dont la voix sifflait comme celle des jeunes Anglaises. On assure même que quelques baetiles tombèrent directement du ciel ; telle était la pierre noire de Phrygie que Scipion Nasica amena à Rome en grande pompe.

On révérait à Sparte, dans le temple de Minerve Chalcidique, des baetiles de la forme d’un casque, qui, dit-on, s’élevaient sur l’eau au son de la trompette, et plongeaient dès qu’on prononçait le nom des Athéniens. On disait ces pierres trouvées dans l’Eurotas [6].

Bag, idole persane qui a donné son nom à la ville de Bagdad.

Bagoé, devineresse que quelques-uns croient être la sibylle Erythrée. C’est, dit-on, la première femme qui ait rendu des oracles. Elle devinait en Toscane, et jugeait surtout des événements par le tonnerre. Voy. Bigoïs.

Bague. Voy. Anneau.

Baguette divinatoire, rameau fourchu de coudrier, d’aune, de hêtre ou de pommier, à l’aide duquel on découvre les métaux, les sources cachées, les trésors, les malélices et les voleurs.

Il y a longtemps qu’une baguette est réputée nécessaire à certains prodiges. On en donne Une aux fées et aux sorcières puissantes. Médée, Circé, Mercure, Bacchus, Zoroastre, Pythagore, les sorciers de Pharaon, voulant singer la verge de Moïse, avaient une baguette ; Romulus prophétisait avec un bâton augurai. Les Alains et d’autres peuples barbares consultaient leurs dieux en fichant une baguette en terre. Quelques devins de village prétendent encore deviner beaucoup de choses avec la baguette. Mais c’est surtout à la fin du dix-septième siècle qu’elle fit le plus grand bruit : Jacques Aymar la mit en vogue en 1692. Cependant, longtemps auparavant, Delrio [7] avait indiqué, parmi les pratiques superstitieuses, l’usage d’une baguette de coudrier pour découvrir les voleurs ; mais Jacques Aymar opérait des prodiges si variés et qui surprirent tellement, que le père Lebrun [8] et le savant Malebranche [9] les attribuèrent au démon, pendant que d’autres les baptisaient du nom de physique occulte ou d’électricité souterraine.

Ce talent de tourner la baguette divinatoire n’est donné qu’à quelques êtres privilégiés. On peut éprouver si on l’a reçu de la nature ; rien n’est plus facile. Le coudrier est surtout l’arbre le plus propre. Il ne s’agit que d’en couper une branche fourchue, et de tenir dans chaque main les deux bouts supérieurs. En mettant le pied sur l’objet qu’on cherche ou sur les vestiges qui peuvent indiquer cet objet, la baguette tourne d’elle-même dans la main, et c’est un indice infaillible.

Avant Jacques Aymar on n’avait employé la baguette qu’à la recherche des métaux propres à l’alchimie. À l’aide de la sienne, Aymar fit des merveilles de tout genre. Il découvrait les eaux souterraines, les bornes déplacées, les maléfices, les voleurs et les assassins. Le bruit de ses talents s’étant répandu, il fut appelé à Lyon, en 1672, pour dévoiler un mystère qui embarrassait la justice. Le 5 juillet de cette même année, sur les dix heures du soir, un marchand de vin et sa femme avaient été égorgés à Lyon, enterrés dans leur cave, et tout leur argent avait été volé. Cela s’était fait si adroitement qu’on ne soupçonnait pas même les auteurs du crime. Un voisin fit venir Aymar. Le lieutenant criminel et le procureur du roi le conduisirent dans la cave. Il parut très-ému en y entrant ; son pouls s’éleva comme dans une grosse fièvre ; sa baguette, qu’il tenait à la main, tourna rapidement dans les deux endroits où l’on avait trouvé les cadavres du mari et de la femme. Après quoi, guidé par la baguette ou par un sentiment intérieur, il suivit les rues où les assassins avaient passé, entra dans la cour de l’archevêché, sortit de la ville par le pont du Rhône, et prit à main droite le long de ce fleuve. — Il fut éclairci du nombre des assassins en arrivant à la maison d’un jardinier, où il soutint opiniâtrement qu’ils étaient trois, qu’ils avaient entouré une table et vidé une bouteille sur laquelle la baguette tournait. Ces circonstances furent confirmées par l’aveu de deux enfants de neuf à dix ans, qui déclarèrent qu’en effet trois hommes de mauvaise mine étaient entrés à la maison et avaient vidé la bouteille désignée par le paysan. On continua de poursuivre les meurtriers avec plus de confiance. La trace de leurs pas, indiqués sur le sable par la baguette, montra qu’ils s’étaient embarqués. Aymar les suivit par eau, s’arrêtant à tous les endroits où les scélérats avaient pris terre, reconnaissant les lits où ils avaient couché, les tables où ils s’étaient assis, les vases où ils avaient bu.

Après avoir longtemps étonné ses guides, il s’arrêta enfin devant la prison de Beaucaire et assura qu’il y avait là un des criminels. Parmi les prisonniers qu’on amena, un bossu qu’on venait d’enfermer ce jour même pour un larcin commis à la foire fut celui que la baguette désigna. On conduisit ce bossu dans tous les lieux qu’Aymar avait visités : partout il fut reconnu.

En arrivant à Bagnols, il finit par avouer que deux Provençaux l’avaient engagé, comme leur valet, à tremper dans ce crime ; qu’il n’y avait pris aucune part ; que ses deux bourgeois avaient fait le meurtre et le vol, et lui avaient donné six écus et demi.

Ce qui sembla plus étonnant encore, c’est que Jacques Aymar ne pouvait se trouver auprès du bossu sans éprouver de grands maux de cœur, et qu’il ne passait pas sur un lieu où il sentait qu’un meurtre avait été commis sans se sentir l’envie de vomir.

Comme les révélations du bossu confirmaient les découvertes d’Aymar, les uns admiraient son étoile et criaient au prodige, tandis que d’autres publiaient qu’il était sorcier. Cependant on ne put trouver les deux assassins, et le bossu fut rompu vif.

Dès lors plusieurs personnes furent douées du talent de Jacques Aymar, talent ignoré jusqu’à lui. Des femmes mêmes firent tourner la baguette. Elles avaient des convulsions et des maux de cœur en passant sur un endroit où un meurtre avait été commis ; ce mal ne se dissipait qu’avec un verre de vin.

Aymar faisait tant de bruit, qu’on publia bientôt des livres sur sa baguette et ses opérations. M. de Vagny, procureur du roi à Grenoble, fit imprimer une relation intitulée Histoire merveilleuse d’un maçon qui, conduit par la baguette divinatoire, a suivi un meurtrier pendant quarante-cinq heures sur la terre, et plus de trente sur l’eau. Ce paysan devint le sujet de tous les entretiens. Des philosophes ne virent dans les prodiges de la baguette qu’un effet des émanations des corpuscules, d’autres les attribuèrent à Satan. Le père Lebrun fut de ce nombre, et Malebranche adopta son avis.

Le fils du grand Condé, frappé du bruit de tant de merveilles, fit venir Aymar à Paris. On avait volé à mademoiselle de Condé deux petits flambeaux d’argent. Aymar parcourut quelques rues de Paris en faisant tourner la baguette ; il s’arrêta à la boutique d’un orfèvre, qui nia le vol et se trouva très-offensé de l’accusation. Mais le lendemain on remit à l’hôtel le prix des flambeaux ; quelques personnes dirent que le paysan l’avait envoyé pour se donner du crédit.

Dans de nouvelles épreuves, la baguette prit des pierres pour de l’argent, elle indiqua de l’argent où il n’y en avait point. En un mot, elle opéra avec si peu de succès, qu’elle perdit son renom. Dans d’autres expériences, la baguette resta immobile quand il lui fallait tourner. Aymar, un peu confondu, avoua enfin qu’il n’était qu’un charlatan adroit, que la baguette n’avait aucun pouvoir, et qu’il avait cherché à gagner de l’argent par ce petit procédé…

Pendant ses premiers succès, une demoiselle de Grenoble, à qui la réputation d’Aymar avait persuadé qu’elle était douée aussi du don de tourner la baguette, craignant que ce don ne lui vînt de l’esprit malin, alla consulter le père Lebrun, qui lui conseilla de prier Dieu en tenant la baguette. La demoiselle jeûna et prit la baguette en priant. La baguette ne tourna plus : d’où l’on conclut que c’était le démon ou l’imagination troublée qui l’agitait.

On douta un peu de la médiation du diable, dès que le fameux devin fut reconnu pour un imposteur. On lui joua surtout un tour qui décrédita considérablement la baguette. Le procureur du roi au Châtelet de Paris fit conduire Aymar dans une rue où l’on avait assassiné un archer du guet. Les meurtriers étaient arrêtés, on connaissait les rues qu’ils avaient suivies, les lieux où ils s’étaient cachés ; la baguette resta immobile.

 
Baguette divinatoire - 1.png
 

On fit venir Aymar dans la rue de la Harpe, où l’on avait saisi un voleur en flagrant délit ; la perfide baguette trahit encore toutes les espérances.

Néanmoins la baguette divinatoire ne périt point ; ceux qui prétendirent la faire tourner se multiplièrent même, et ce talent vint jusqu’en Belgique. Il y eut à Heigne, près de Gosselies, un jeune garçon qui découvrit les objets cachés ou perdus au moyen de la baguette de coudrier. Cette baguette, disait-il, ne pouvait pas avoir plus de deux ans de pousse. — Un homme, voulant éprouver l’art de l’enfant de Heigne, cacha un écu au bord d’un fossé, le long d’un sentier qu’on ne fréquentait presque pas. Il fit appeler le jeune garçon et lui promit un escalin s’il pouvait retrouver l’argent perdu. Le garçon alla cueillir une branche de coudrier, et tenant dans ses deux mains les deux bouts de cette baguette, qui avait la forme d’un Y, après avoir pris différentes directions, il marcha devant lui et s’engagea dans le petit sentier. La baguette s’agitait plus vivement. Il passa le lieu où l’écu était caché ; la baguette cessa de tourner. L’enfant revint donc sur ses pas ; la baguette sembla reprendre un mouvement très-vif ; elle redoubla vers l’endroit qu’on cherchait. Le devin se baissa, chercha dans l’herbe et trouva le petit écu, à l’admiration de tous les spectateurs.

Sur l’observation que le bourgeois fit, pour essayer la baguette, qu’il avait perdu encore d’autre argent, le jeune garçon la reprit, mais elle ne tourna plus. — On se crut convaincu de la réalité du talent de l’enfant. On lui demanda qui l’avait instruit. « C’est le hasard, dit-il ; ayant un jour perdu mon couteau en gardant les troupeaux de mon père, et sachant tout ce qu’on disait de la baguette de coudrier, j’en fis une qui tourna, qui me fit retrouver ce que je cherchais et ensuite beaucoup d’autres objets perdus. »

C’était très bien. Malheureusement d’autres épreuves, examinées de plus près, ne réussirent pas, et on reconnut que la baguette divinatoire était là aussi une petite supercherie. Mais on y avait cru un siècle et des savants avaient fait imprimer cent volumes pour l’expliquer.

« Faut-il rassembler des arguments pour prouver l’impuissance de la baguette divinatoire ? ajoute M. Saignes [10]. Que l’on dise quel rapport il peut y avoir entre un voleur, une source d’eau, une pièce de métal et un bâton de coudrier. On prétend que la baguette tourne en vertu de l’attraction. Mais par quelle vertu d’attraction les émanations qui s’échappent d’une fontaine, d’une pièce d’argent ou du corps d’un meurtrier tordent-elles une branche de coudrier qu’un homme robuste tient fortement entre ses mains ? D’ailleurs, pourquoi le même homme trouve-t-il des fontaines, des métaux, des assassins et des voleurs quand il est dans son pays, et ne trouve-t-il plus rien quand il est à Paris ? Tout cela n’est que charlatanisme. Et ce qui détruit totalement le merveilleux de la baguette, c’est que tout le monde, avec un peu d’adresse, peut la faire tourner à volonté. Il ne s’agit que de tenir les extrémités de la fourche un peu écartées, de manière à faire ressort. C’est alors la force d’élasticité qui opère le prodige. »

Cependant on croit encore à la baguette divinatoire dans le Dauphiné et dans le Hainaut ; les paysans n’en négligent pas l’usage, et elle a trouvé des défenseurs sérieux. Formey, dans l’Encyclopédie, explique ce phénomène par le magnétisme. Ritter, professeur de Munich, s’autorisait récemment du galvanisme pour soutenir les merveilles de la baguette divinatoire ; mais il n’est pas mort sans abjurer son erreur.

L’abbé de la Garde écrivit au commencement avec beaucoup de foi l’histoire des prodiges de Jacques Aymar ; en 1692 même, Pierre Garnier, docteur médecin de Montpellier, voulut prouver que les opérations de la baguette dépendaient d’une cause naturelle Dans sa Dissertation physique en forme de lettres à M. de Sèvre, seigneur de Fléchères, etc., in-12. Lyon, 1692. ; cette cause naturelle n’était, selon lui, que les corpuscules sortis du corps du meurtrier dans les endroits où il avait fait le meurtre et dans ceux où il avait passé. Les galeux et les pestiférés, ajoute-t-il, ne transpirent pas comme les gens sains, puisqu’ils sont contagieux ; de même les scélérats lâchent des émanations qui se reconnaissent, et si nous ne les sentons pas, c’est qu’il n’est pas donné à tous les chiens d’avoir le nez fin. Ce sont là, dit-il page 23, des axiomes incontestables. « Or, ces corpuscules qui entrent dans le corps de l’homme muni de la baguette l’agitent tellement, que de ses mains la matière subtile passe dans la baguette même, et, n’en pouvant sortir assez promptement, la fait tourner ou la brise : ce qui me paraît la chose du monde la plus facile à croire… »

Le bon père Ménestrier, dans ses Réflexions sur les indications de la baguette, Lyon, 1694, s’étonne du nombre de gens qui devinaient alors par ce moyen à la mode. « A combien d’effets, poursuit-il, s’étend aujourd’hui ce talent ! Il n’a point de limites. On s’en sert pour juger de la bonté des étoffes et de la différence cle leurs prix, pour démêler les innocents des coupables, pour spécifier le crime. Tous les jours cette vertu fait de nouvelles découvertes inconnues jusqu’à présent. »

Il y eut même en 1700, à Toulouse, un brave homme qui devinait avec la baguette ce que faisaient des personnes absentes. Il consultait la baguette sur le passé, le présent et l’avenir ; elle s’abaissait pour répondre oui et s’élevait pour la négative. On pouvait faire sa demande de vive voix ou mentalement. « Ce qui serait bien prodigieux, dit le père Lebrun, si plusieurs réponses (lisez la plupart) ne s’étaient trouvées fausses [11]. »

Un fait qui n’est pas moins admirable, c’est que la baguette ne tourne que sur les objets où l’on a intérieurement l’intention de la faire tourner. Ce serait donc du magnétisme ? Ainsi quand on cherche une source, elle ne tournera pas sur autre chose, quoiqu’on passe sur des trésors enfouis ou sur des traces de meurtre.

Pour découvrir une fontaine, il faut mettre sur la baguette un linge mouillé : si elle tourne alors, c’est une preuve qu’il y a de l’eau à l’endroit qu’elle indique. Pour trouver les métaux souterrains, on enchâsse successivement à la tête de la baguette diverses pièces de métal, et c’est un principe constant que la baguette indique la qualité du métal caché sous terre, en touchant précisément ce même métal.

Nous répétons qu’on ne croit plus à la baguette, et que cependant on s’en sert encore dans quelques provinces. Il fallait autrefois qu’elle fût de coudrier ou de quelque autre bois spécial ; depuis, on a employé toute sorte de bois, et même des côtes de baleine ; on n’a plus même exigé que la baguette fût en fourche.

Voici le secret de la baguette divinatoire et le moyen de la faire tourner, tiré du Grand Grimoire, page 87 [12] :

Dès le moment que le soleil paraît sur l’horizon, vous prenez de la main gauche une baguette vierge de noisetier sauvage, et la coupez de la droite en trois coups, en disant : « Je te ramasse au nom d’Éloïm, Mutrathon, Adonaï et Sémiphoras, afin que tu aies la vertu de la verge de Moïse et de Jacob pour découvrir tout ce que je voudrai savoir. » Et pour la faire tourner, il faut dire, la tenant serrée dans ses mains, par les deux bouts qui font la fourche : « Je te commande, au nom d’Éloïm, Mutrathon, Adonaï et Sémiphoras, de me révéler… » (On indique ce qu’on veut savoir.)

Mais voici encore quelque chose sur cette matière, qui n’est pas épuisée. Nous empruntons ce qui suit au Quarterly Magazine :

« La baguette divinatoire n’est plus employée à la découverte des trésors, mais on dit que, dans les mains de certaines personnes, elle peut indiquer les sources d’eau vive. Il y a cinquante ans environ que lady Newark se trouvait en Provence dans un château dont le propriétaire, ayant besoin d’une source pour l’usage de sa maison, envoya chercher un paysan qui promettait d’en faire jaillir une avec une branche de coudrier ; lady Newark rit beaucoup de l’idée de son hôte et de l’assurance du paysan ; mais, non moins curieuse qu’incrédule, elle voulut du moins assister à l’expérience, ainsi que d’autres voyageurs anglais tout aussi philosophes qu’elle. Le paysan ne se déconcerta pas des sourires moqueurs de ces étrangers ; il se mit en marche suivi de toute la société, puis tout à coup s’arrêtant, il déclara qu’on pouvait creuser la terre. On le fit ; la source promise sortit, et elle coule encore. Cet homme était un vrai paysan, sans éducation : il ne pouvait expliquer qu’elle était la vertu dont il était doué, ni celle du talisman ; mais il assurait modestement n’être pas le seul à qui la nature avait donné le pouvoir de s’en servir. Les Anglais présents essayèrent sans succès. Quand vint le tour de lady Newark, elle fut bien surprise de se trouver tout aussi sorcière que le paysan provençal. À son retour en Angleterre, elle n’osa faire usage de la baguette divinatoire qu’en secret, de peur d’être tournée en ridicule. Mais en 1803, lorsque le docteur Hulton publia les Recherches d’Ozanam, où ce prodige est traité d’absurdité (t. IV, p. 260), lady Newark lui écrivit une lettre signée X. Y. Z., pour lui raconter les faits qui étaient à sa connaissance. Le docteur répondit,

 
Baguette divinatoire - 2.png
 
demandant de nouveaux renseignements à son correspondant anonyme. Lady Newark le satisfit, et alors le docteur désira être mis en rapport direct avec elle. Lady Newark alla le voir à Woolwich, et, sous ses yeux, elle découvrit une source d’eau dans un terrain où il faisait construire sa résidence d’été. C’est ce même terrain que le docteur Hulton a vendu depuis au collège de Woolwich, avec un bénéfice considérable à cause de la source. Le docteur ne put résister à l’évidence lorsqu’il vit, à l’approche de l’eau, la baguette s’animer tout à coup, pour ainsi dire, s’agiter, se ployer, et même se briser dans les doigts de lady Newark.

On cite encore en Angleterre sir Charles H. et miss Fenwik comme étant doués de la même faculté que lady Newark, et à un degré plus élevé encore. Cette faculté inexplicable a une grande analogie avec celle qui distingue les Zahoris espagnols ; mais ceux-ci ne se servent pas de la baguette de coudrier. Voy. Bletton et Paramèle.

Baguette magique. On voit, comme on nous l’a dit, que toutes les fées ou sorcières ont une baguette magique avec laquelle elles opèrent. Boguet rapporte que Françoise Secrélain et Thévenne Paget faisaient mourir les bestiaux en l’es touchant de leur baguette ; et Cardan cite une sorcière de Paris qui tua un enfant en le frappant doucement sur le dos avec sa baguette magique.

C’est aussi avec leur baguette que les sorciers tracent les cercles, font les conjurations et opèrent de toutes les manières. Cette baguette doit être de coudrier, de la pousse de l’année. Il faut la couper le premier mercredi de la lune, entre onze heures et minuit, en prononçant certaines paroles. Le couteau doit être neuf et retiré en haut quand on coupe. On bénit ensuite la baguette, disent les formulaires superstitieux ; on écrit au gros bout le mot Agla †, au milieu On † ; et Tetragammaton † au petit bout, et l’on dit : Conjuro te cito mihi obedire, etc.

Bahaman, génie qui, suivant les Persans, apaise la colère, et, en conséquence, gouverne les bœufs, les moutons et tous les animaux susceptibles d’être apprivoisés.

Bahi (la). C’est le nom que donnent les Bohémiens à l’art de dire la bonne aventure dans la main. Voy. Main.

Bahir, titre du plus ancien livre des rabbins, où, suivant Buxtorf, sont traités les plus profonds mystères de la haute cabale des Juifs.

Bahman, deuxième Amschaspand.

Baïan. Wiérus et vingt autres démonographes comptent que Baïan ou Bajan, fils de Siméon, roi des Bulgares, était si grand magicien, qu’il se transformait en loup et en léopard pour épouvanter son peuple, qu’il pouvait prendre toute autre figure de bête féroce, et même se rendre invisible ; ce qui n’est pas possible sans l’aide de puissants démons, comme dit Nynauld dans sa Lycanthropie.

Baïer (Jean-Guillaume), professeur de théologie à Altorf, mort en 1729. Il a laissé une thèse intitulée Dissertation sur Behemoth et Léviathan, l’éléphant et la baleine, d’après le livre de Job, chap. xl et xli, avec la réponse de Stieber [13]. Baïer ne voyait que deux animaux monstrueux dans Behemoth et Léviathan.

 
Baïan
Baïan
 

Bâillement. Les femmes espagnoles, lorsqu’elles bâillent, ne manquent pas de se signer quatre fois la bouche avec le pouce, de peur que

 
Bâillement
 
le diable n’y entre. Cette superstition remonte à des temps reculés, et chez beaucoup de peuples on a regardé le bâillement comme une crise périlleuse. Les Indiens font craquer leurs doigts quand quelqu’un baille, pour éloigner les démons.

Bailly (Pierre), médecin, auteur d’un livre publié à Paris en 1634, in-8°, sous le titre de Songes de Phestion, paradoxes physiologiques, suivis d’un dialogue sur l’immortalité de l’âme.

Balaam, sorte de magicien madianite qui florissait vers l’an du monde 2515. Lorsque les Israélites errants dans le désert se disposaient à passer le Jourdain, Balac, roi de Moab, qui les redoutait, chargea Balaam de les maudire. Mais le magicien, ayant consulté le Seigneur, qu’il connaissait, quoiqu’il servît d’autres dieux, et que surtout il redoutait, reçut une défense précise de céder à cette invitation. Cependant, les magnifiques présents du roi l’ayant séduit, il se rendit à son camp. On sait que l’ange du Seigneur arrêta son ânesse, qui lui parla. Balaam, après s’être irrité contre la bête, aperçut l’ange,

 
Balaam
 
se prosterna, promit de faire ce que commanderait le Dieu d’Israël, et parut au camp de Balac très-embarrassé. Lorsqu’il fut devant l’armée des Israélites, en présence de la cour de Balac fort surprise, pendant qu’on s’attendait à entendre des malédictions, il se sentit dominé par un enthousiasme divin, et prononça, malgré lui, une magnifique prophétie sur les destinées glorieuses du peuple de Dieu. Il annonça même le Messie. Balac, furieux, le chassa ; par la suite, les Hébreux, ayant vaincu les Madianiles, firent Balaam prisonnier et le tuèrent.

Baladéva, troisième Rama, ou troisième incarnation de Vichnou.

Balai. Le manche à balai est la monture ordinaire des sorcières lorsqu’elles se rendent au sabbat. Remi conte à ce sujet que la femme d’un cordonnier allemand, ayant, sans le savoir, fourré le bout de son manche à balai dans un pot qui contenait l’onguent des sorcières, se mit machinalement aussitôt à califourchon sur ce manche, et se sentit transportée à Bruck, où se faisait le sabbat. Elle profita de l’occasion, se fit sorcière, et peu après fut arrêtée comme telle.

Il y a sur le balai d’autres croyances. Jamais, dans le district de Lesneven, en Bretagne, on ne balaye une maison la nuit : on prétend que c’est en éloigner le bonheur ; que les âmes s’y promènent, et que les mouvements d’un balai les blessent et les écartent. Ils nomment cet usage proscrit balayement des morts. Ils disent que la veille du jour des Trépassés (2 novembre) il y a plus d’âmes dans chaque maison que de grains de sable dans la mer et sur le rivage.

Balan, roi grand et terrible dans les enfers. Il a quelquefois trois têtes : celle d’un taureau, celle d’un homme, celle d’un bélier. Joignez à cela une queue de serpent et des yeux qui jettent de la flamme. Mais plus ordinairement il se montre à cheval, nu et cornuv, sur un ours, et porte un épervier au poing. Sa voix est rauque et violente. Il répond sur le passé, le présent et l’avenir. — Ce démon, qui était autrefois de l’ordre des dominations, et qui commande aujourd’hui quarante légions infernales, enseigne

 
Balan
 
les ruses, la finesse et le moyen commode de voir sans être vu.

Balance, septième signe du zodiaque. Ceux qui naissent sous cette constellation aiment généralement l’équité. C’est, dit-on, pour être né sous le signe de la balance qu’on donna à Louis ХПІ le surnom de Juste.

Les Persans prétendent qu’il y aura au dernier jour une balance dont les bassins seront plus grands et plus larges que la superficie des cieux, et dans laquelle Dieu pèsera les œuvres des hommes. Un des bassins de cette balance s’appellera le bassin de lumière, l’autre le bassin de ténèbres. Le livre des bonnes œuvres sera jeté dans le bassin de lumière, plus brillant que les étoiles ; et le livre des mauvaises dans le bassin de ténèbres, plus horrible qu’une nuit d’orage. Le fléau fera connaître qui l’emportera, et à quel degré. C’est après cet examen que les corps passeront le pont étendu sur le feu éternel.

Balcoin ou Balcon (Marie), sorcière du pays de Labourd, qui allait au sabbat du temps de Henri VI. On lui fit son procès, où elle fut convaincue d’avoir mangé, dans une assemblée nocturne, l’oreille d’un petit enfant. Elle fut sans doute brûlée.

 
Baleine
 

Balder, dieu Scandinave, fils d’Odin et de Frigga. Locke, son ennemi, le fit tuer par Hoder ; et, tout dieu qu’il était, il descendit aux enfers, où il est resté.

Baleine. Mahomet place dans le ciel la baleine de Jonas. Pline et nos légendaires parlent de baleines longues de neuf cents pieds romains et de taille à avaler une barque.

Bali, prince des démons et l’un des rois de l’enfer, selon les croyances indiennes. Il se battit autrefois avec Vichnou, qui le précipita dans l’abîme, d’où il sort une fois par an pour faire du mal aux hommes ; mais Vichnou y met ordre.

Les Indiens donnent aussi le nom de Bali aux farfadets, à qui ils offrent du riz, que ces lutins ne manquent pas de venir manger la nuit.

Balkis ou Belkis, reine de Saba, qui vint honorer Salomon. On trouve son histoire dans les Légendes de l’Ancien Testament.

Balles. On a cru autrefois que certains guerriers avaient un charme contre les balles, parce qu’on tirait sur eux sans les atteindre. Pour les tuer, on mettait dans les cartouches des pièces d’argent, car rien, dit-on, ne peut ensorceler la monnaie.

Balsamo. Voy. Cagliostro.

Baltazo, l’un des démons de la possession de Laon. Voy. Aubry. On conte qu’un chenapan, se faisant passer pour le démon, alla souper dans la maison de Nicole Aubry, la possédée, sous prétexte de combiner sa délivrance, qu’il n’opéra pas. On remarqua en soupant qu’il buvait très-sec ; ce qui prouve, dit Leloyer, que l’eau est contraire aux démons [14].

Balthazar, dernier roi de Babylone, petit-fils de Nabuchodonosor. Un soir qu’il profanait dans ses orgies les vases sacrés de Jérusalem, il aperçut une main qui traçait sur la muraille, en lettres de feu, ces trois mots : Mane, thecel, phares. Ses devins et ses astrologues ne purent expliquer ces caractères ni en interpréter le sens. Il promit de grandes récompenses à qui lui en donnerait l’interprétation. Ce fut Daniel qui, méprisant ses récompenses, lui apprit que les trois mots signifiaient que ses années étaient comptées, qu’il n’avait plus que quelques moments à vivre, et que son royaume allait être divisé. Tout se vérifia peu d’instants après.

Baltus (Jean-François), savant jésuite, mort en 1743. Réponses à l’Histoire des oracles de Fontenelle, in — 8°, Strasbourg, 1709, où il établit solidement que les oracles des anciens étaient l’ouvrage du démon, et qu’ils furent réduits au silence lors de la mission de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la terre.

Bamétrie, sorcière qui fut accusée en 1566 d’avoir ensorcelé les orphelins d’Amsterdam. Voy. Orphelinats.

Banians, Indiens idolâtres, répandus surtout dans le Mogol. Ils reconnaissent un Dieu créateur ; mais ils adorent le diable, qui est chargé, disent-ils, de gouverner le monde. Ils le représentent sous une horrible figure. Le prêtre de ce culte marque au front d’un signe jaune ceux qui ont adoré le diable, qui dès lors les reconnaît et n’est plus si porté à leur faire du mal [15].

Banshée, fée blanche chez les Irlandais. Elle a une robe blanche et une chevelure d’argent. Attachée à plusieurs familles : les Kearney, les Butter, les Keatin, les Trant, les Rices, elle vient

Banshée, fée blanche


pleurer et battre des mains sous leurs fenêtres lorsqu’un membre de ces familles doit mourir. Voy. Femmes blanches.

Baptême. Dans le nord de l’Angleterre, lorsqu’on présente à la fois plusieurs enfants pour recevoir le baptême anglican, on veille attentivement à ce que les filles ne passent pas avant les garçons. On croit que les garçons baptisés après les filles n’ont point de barbe. — Les sorcières, dans leurs cérémonies abominables, baptisent au sabbat des crapauds et de petits enfants. Les crapauds sont habillés de velours rouge, les petits enfants de velours noir. Pour cette opération infernale, le diable urine dans un trou ; on prend de cette déjection avec un goupillon noir, on en jette sur la tête de l’enfant ou du crapaud, en faisant des signes de croix à rebours avec la main gauche, et disant : In nomine Patrica, Matrica, araguaco Petrica agora, agora Valentia ; ce qui veut dire : « Au nom de Patrique, de Matrique, Pétrique d’Aragon, à cette heure, à cette heure, Valentia. » Cette stupide impiété s’appelle le baptême du diable. Le diable, ou celui qui le représente au sabbat, rebaptise aussi, avec du soufre, du sel et de l’urine, les adultes des deux sexes qui se font recevoir à ses assemblées.

Baptême de la Ligne. Lorsqu’on traverse la Ligne, les matelots font subir aux personnes qui la passent pour la première fois une cérémonie qu’ils appellent le baptême de la Ligne. Ce baptême consiste en une aspersion plus ou moins désagréable, dont on évite souvent les ennuis par une générosité. Les personnages qui font la plaisanterie se travestissent ; le Père la Ligne arrive dans un tonneau, escorté par un diable, un courrier, un perruquier et un meunier. Le passager qui ne veut pas donner pour boire aux matelots est arrosé ou baigné, après avoir été poudré et frisé. On ne sait trop l’origine de cet usage, ni pourquoi le diable y figure.

Baraboulé. Voy. Kacher.

Barat, maladie de langueur, ordinairement le résultat d’un sort jeté, qui conduit infailliblement à la mort, et qui, selon les opinions bretonnes, est guérie par les eaux de la fontaine de Sainte-Candide, près de Scaer, dans le Finistère. Il n’est pas d’enfant qu’on ne trempe dans cette fontaine quelques jours après sa naissance ; on croit qu’il vivra s’il étend les pieds, et qu’il mourra dans peu s’il les retire [16].

Barbas, démon. Voy. Marbas.

Barbatos, grand et puissant démon, comte-duc aux enfers, type de Robin des Bois ; il se montre sous la figure d’un archer ou d’un

Barbatos, démon figuré en chasseur.


chasseur ; on le rencontre dans les forêts. Quatre rois sonnent du cor devant lui. Il apprend à deviner par le chant des oiseaux, le mugissement des taureaux, les aboiements des chiens et les cris des divers animaux. Il connaît les trésors enfouis par les magiciens. Il réconcilie les amis brouillés. Ce démon, qui était autrefois de l’ordre des vertus des cieux ou de celui des dominations, est réduit aujourd’hui à commander trente légions infernales. Il connaît le passé et le futur [17].

Barbe. Les Romains gardaient avec un soin superstitieux leur première barbe. Néron faisait conserver la sienne dans une boîte d’or enrichie de pierreries [18].

Barbe-à-Dieu. Thiers, dans son Traité des superstitions, rapporte la prière dite la Barbe-à-Dieu ; c’est une prière superstitieuse encore populaire, et qui se trouve dans divers recueils. La voici : « Pécheurs et pécheresses, venez à moi parler. Le cœur me dut trembler au ventre, comme fait la feuille au tremble, comme fait la Loisonni quand elle voit qu’il faut venir sur une petite planche, qui n’est plus grosse ni plus membre que trois cheveux de femme grosse ensemble. Ceux qui la Barbe-à-Dieu sauront, par-dessus la planche passeront, et ceux qui ne la sauront, au bout de la planche s’assiseront, crieront, braieront : Mon Dieu ! hélas ! malheureux état ! Est comme petit enfant celui qui la Barbe-à-Dieu n’apprend. »

Barbe bleue. Voy. Retz.

Barbe de Saint-Michel, religieuse de Louviers. Voy. Louviers.

Barbeloth. Des gnostiques, appelés barbeliots ou barboriens, disaient qu’un Éon immortel avait eu commerce avec un esprit vierge appelé Barbeloth, à qui il avait successivement accordé la prescience, l’incorruptibilité et la vie éternelle ; que Barbeloth, un jour, plus gai qu’à l’ordinaire, avait engendré la lumière, qui, perfectionnée par l’onction de l’esprit, s’appela Christ ; que Christ désira l’intelligence et l’obtint ; que l’intelligence, la raison, l’incorruptibilité et Christ s’unirent ; que la raison et l’intelligence engendrèrent Autogène ; qu’Autogène engendra Adamas, l’homme parfait, et sa femme la connaissance parfaite ; qu’Adamas et sa femme engendrèrent le bois ; que le premier ange engendra le Saint-Esprit, sagesse ou Prunic ; que Prunic engendra Protarchonte ou premier prince, qui fut insolent et sot ; que Protarchonte et Arrogance engendrèrent les vices et toutes leurs branches. Les barbeliots débitaient ces merveilles en hébreu, et leurs cérémonies n’étaient pas moins abominables que leur doctrine était extravagante [19].

Barbier. Pline le jeune [20] avait un affranchi, nommé Marc, homme quelque peu lettré, qui couchait dans un même lit avec son jeune frère, Marc, dans le sommeil, crut voir une personne assise au chevet de son lit, qui lui coupait les cheveux du haut de la tête. À son réveil, il se trouva rasé, et ses cheveux jetés au milieu de la chambre. — La même chose arriva, dans le même temps, à un jeune garçon qui dormait avec plusieurs autres dans une pension. Il vit entrer par la fenêtre deux hommes vêtus de blanc, qui lui coupèrent les cheveux comme il dormait. À son réveil, on trouva ses cheveux répandus sur le plancher. « À quoi cela peut-il être attribué, dit D. Calmet [21], si ce n’est à des follets ? » — ou aux compagnons de lit ?

Il y a quelques lutins, du genre de ceux-là, qui ont fait pareillement les fonctions de barbiers. Les contes populaires de l’Allemagne vous apprendront que les revenants peuvent ainsi faire la barbe aux vivants.

Barbieri. Dialogues sur la mort et sur les âmes séparées : Dialoghi délia morte e dell’anime separate, di Barbieri. In-8°. Bologna, 1600.

Barbu. On appelle démon barbu le démon qui enseigne le secret de la pierre philosophale ; on le connaît peu. Son nom semblerait indiquer que c’est le même que Barbatos, qui n’a rien d’un démon philosophe. Ce n’est pas non plus Barbas, qui se mêle de mécanique. On dit que le démon barbu est ainsi appelé à cause de sa barbe remarquable.

Barcabas et Barcoph.Voy. Basilide.

Bareste (Eugène), auteur de la Fin des temps et de quelques prophéties du moins très-spirituelles. Il a été quelques années le rédacteur de l’Almanach prophétique, pittoresque et utile, la plus curieuse de ces légères productions que chaque année ramène.

Barkokebas ou Barchochebas, imposteur ; qui se fit passer pour le Messie juif, sous l’empire d’Adrien. Après avoir été voleur de grand chemin, il changea son nom de Barkoziba, fils du mensonge, en celui de Barkokebas, fils de l’étoile, et prétendit qu’il était l’étoile annoncée par Balaam. Il se mit à faire des prodiges. Saint Jérôme raconte qu’il vomissait du feu par la bouche, au moyen d’un morceau d’étoupes allumées qu’il se mettait dans les dents, ce que font maintenant les charlatans des foires. Les Juifs le reconnurent pour leur Messie. Il se fit couronner roi, rassembla une armée, et soutint contre les Romains une guerre assez longue ; mais enfin, en l’année 136, l’armée juive fut passée au fil de l’épée et Barkokebas tué. Les rabbins assurent que, lorsqu’on voulut enlever son corps pour le porter à l’empereur Adrien, un serpent se présenta autour du cou de Barkokebas, et le fit respecter des porteurs et du prince lui-même [22].

Barnaud (Nicolas), médecin protestant du seizième siècle, qui rechercha la pierre philosophale. Il a publié sur l’alchimie divers petits traités recueillis dans le troisième volume du Théatrum chimicum, compilé par Zetzner. Strasbourg, 1659.

Barrabas. « Quand les sorcières sont entre les mains de la justice, dit Pierre Delancre [23], elles font semblant d’avoir le diable leur maître en horreur, et l’appellent par dédain Barrabas ou Barrabam. »

Barron, un des démons auxquels sacrifiait le maréchal de Retz.Voy. Retz.

Barscher (Anne), femme de Kôge, près de Copenhague, qui subit en 1609 et plus tard un ensorcellement jeté sur elle, sur son mari et ses enfants. Elle a publié en danois le récit curieux de ses souffrances, récit approuvé et attesté par des autorités imposantes. On peut lire cette histoire assez compliquée dans les Energumeni Koagienses, Lipsiœ, 1695.

Barthole, jurisconsulte, mort à Pérouse en 1356. Il commença à mettre de l’ordre dans la jurisprudence ; mais on retrouve les bizarreries de son siècle dans quelques-uns de ses ouvrages. Ainsi, pour faire connaître la marche d’une procédure, il imagina un procès entre la sainte Vierge et le diable, jugé par Notre-Seigneur Jésus-Christ [24]. Les parties plaident en personne. Le diable demande que le genre humain rentre sous son obéissance ; il fait observer qu’il en a été le maître depuis Adam ; il cite les lois qui établissent que celui qui a été dépouillé d’une longue possession a le droit d’y rentrer. La sainte Vierge lui répond qu’il est un possesseur de mauvaise foi, et que les lois qu’il cite ne le concernent pas. On épuise des deux côtés toutes les ressources de la chicane du quatorzième siècle, et le diable est débouté de ses prétentions [25].

Bartholin (Thomas), né à Copenhague en 1619. On recherche de lui le livre De unguento armario. Ce traité de la poudre de sympathie se ressent du temps et de la crédulité de l’auteur ; il contient cependant des choses singulières et qui ne sont pas indignes de quelque attention.

Barton (Elisabeth), religieuse de Kent, qui prévit et révéla, en 1525, les excès où tomberait bientôt le schisme qu’elle voyait naître en Angleterre. Les partisans de Henri VIII s’écrièrent qu’elle était possédée du diable. La protection de Thomas Morus, loin de la sauver, la perdit : en 1533, cette pieuse et sainte fille fut mise à mort avec beaucoup d’autres, sous prétexte de sorcellerie, par les réformés, qui se vantaient d’apporter la lumière et la liberté.

Bas. Qui a chaussé un de ses bas à l’envers recevra dans la journée un conseil, — probablement celui de le retourner.

Bascanie, sorte de fascination employée par les magiciens grecs ; elle troublait tellement les yeux, qu’on voyait tous les objets à rebours : blanches les choses noires, rondes les choses pointues, laides les plus jolies figures, et jolies les plus laides.

Basile. Michel Glycas [26] raconte que l’empereur Basile, ayant perdu son fils bien-aimé, obtint de le revoir peu après sa mort, par le moyen d’un moine magicien ; qu’il le vit en effet et le tint embrassé assez longtemps, jusqu’à ce qu’il disparut d’entre ses bras, a Ce n’était donc qu’un fantôme qui disparut sous la forme de son fils [27]. »

Basile-Valentin, alchimiste, qui est pour les Allemands ce que Nicolas Flamel est pour nous. Sa vie est mêlée de fables qui ont fait croire à quelques-uns qu’il n’a jamais existé. On le fait vivre au douzième, au treizième, au quatorzième et au quinzième siècle ; on ajoute même, sans la moindre preuve, qu’il était bénédictin à Erfurt. C’est lui qui, dans ses expériences chimiques, découvrit l’antimoine, qui dut son nom à cette circonstance, que, des pourceaux s’étant prodigieusement engraissés pour avoir avalé ce résidu de métal, Basile en fit prendre à des religieux qui en moururent.

On raconte que, longtemps après la mort de Basile-Valentin, une des colonnes de la cathédrale d’Erfurt s’ouvrit comme par miracle, et qu’on y trouva ses livres sur l’alchimie. Les ouvrages de Basile, ou du moins ceux qui portent son nom, écrits en haut allemand, ont été traduits en latin, et quelques-uns du latin en français. Les adeptes recherchent de lui l’Azoth[28], les Douze clefs de la philosophie de frère Basile-Valentin, traitant de la vraie médecine métallique [29], à la suite de la traduction de l’Azoth, in-12, 1660 ; in-8°, 1669 ; l’Apocalypse chimique [30] ; la Révélation des mystères des teintures essentielles des sept métaux et de leurs vertus médicinales [31], in-/r\ Paris, 15/|6 ; Du microcosme, du grand mystère du monde et de la médecine de l’homme [32] ; Traité chimico-philosophique des choses naturelles et surnaturelles des minéraux et des métaux[33] ; Haliographie, de la préparation, de l’usage et des vertus de tous les sels minéraux, animaux et végétaux, recueillis par Antoine Salmincius, dans les manuscrits de Basile-Valentin [34], etc. La plupart de ces ouvrages ont fait faire des pas à la chimie utile.

Basilic, petit serpent, long d’un demi-mètre, qui n’a été connu que des anciens. Il avait deux ergots, une tête et une crête de coq, des ailes, une queue de serpent ordinaire, etc. Quelques-uns disent qu’il naît de l’œuf d’un coq couvé par un serpent ou par un crapaud. Boguet, au chapitre xiv de ses Discours des sorciers, le fait produire de l’accouplement du crapaud et du coq, comme le mulet naît d’un âne et d’une jument.

C’est une opinion encore répandue dans les campagnes que les vieux coqs pondent un œuf duquel naît un serpent. Ce petit œuf, imparfait, n’est, comme on sait, que l’effet d’une maladie chez les poules ; et l’absurdité de ce conte bleu n’a plus besoin d’être démontrée.

Illustration du Dictionnaire infernal par Louis Le Breton.

Il est possible que les anciens, dans leurs expériences, aient pris des œufs de serpent pour des œufs de coq. Voy. Coq. — Quoi qu’il en soit, on croit que le basilic tue de ses regards ; et Mathiole demande comment on a su que le basilic tuait par son regard, s’il a tué tous ceux qui l’ont vu. On cite toutefois je ne sais quel historien qui raconte qu’Alexandre le Grand ayant mis le siège devant une ville d’Asie, un basilic se déclara pour les assiégés, se campa dans un trou des remparts, et lui tua jusqu’à deux cents soldats par jour. Une batterie de canons bien servie n’eût pas fait mieux.

« Il est vrai, ajoute M. Salgues [35], que si le basilic peut nous donner la mort, nous pouvons lui rendre la pareille en lui présentant la surface polie d’un miroir : les vapeurs empoisonnées qu’il lance de ses yeux iront frapper la glace, et, par réflexion, lui renverront la mort qu’il voudra donner. C’est Aristote qui nous apprend cette particularité. »

Des savants ont regardé en face le serpent qu’on appelle aujourd’hui basilic, et qui n’a pas les accessoires dont les anciens l’ont embelli ; malgré tous les vieux contes, ils sont sortis bien portants de cette épreuve. Mais, nous le répétons, le reptile auquel les modernes donnent le nom de basilic n’est peut-être pas le basilic des anciens, car il y a des races perdues.

Au moyen âge, on donnait au basilic une couronne native ornée d’une pierre précieuse, et on voyait en lui le roi des serpents.

Basilide, hérétique du deuxième siècle, qui se fit un système en mêlant les principes de Pythagore et de Simon, les dogmes des chrétiens et les croyances des Juifs. Il prétendit que le monde avait été créé par les anges. « Dieu (Abracax), disait-il, produisit l’Intelligence, laquelle produisit le Verbe, qui produisit la Prudence ; la Prudence eut deux filles : la Puissance et la Sagesse, lesquelles produisirent les vertus, les princes de l’air et les anges. Les anges étaient de trois cent soixante-cinq ordres ; ils créèrent trois cent soixante-cinq deux ; les anges du dernier ciel firent le monde sublunaire ; ils s’en partagèrent l’empire. Celui auquel échurent les Juifs, étant puissant, lit pour eux beaucoup de prodiges ; mais, comme il voulait soumettre les autres nations, il y eut des querelles et des guerres, et le mal fit de grands progrès. Dieu, ou l’Être supérieur, touché des misères d’ici-bas, envoya Jésus, son premier Fils, ou la première intelligence créée, pour sauver le monde. Il prit la figure d’un homme, fit les miracles qu’on raconte, et, pendant la passion, il donna son apparence à Simon le Gyrénéen, qui fut crucifié pour lui, pendant que, sous les traits de Simon, il se moquait des Juifs ; après quoi il remonta aux deux sans avoir été précisément connu. »

Basilide, à côté de ce système étrange, enseignait encore la métempsycose, et il donnait aux hommes deux âmes, pour accorder les combats qui s’élèvent sans cesse entre la raison et les passions.


Il était très-habile, ajoute-t-on, dans la cabale des Juifs. C’est lui qui inventa le puissant talisman Abracadabra, dont nous avons parlé, et dont l’usage fut longtemps extrêmement répandu. Il fit un évangile apocryphe et des prophéties qu’il publia sous les noms de Bareabas et de Barcoph. Il plaçait Dieu dans le soleil, et révérait prodigieusement les trois cent soixante-cinq révolutions de cet astre autour de la terre. Voy. Abracax et Achamoth.

Basilius. Il y eut à Rome, du temps de saint Grégoire, un sénateur de bonne et ancienne famille, nommé Basilius, magicien, scélérat et sorcier, lequel, s’étant fait moine pour éviter la peine de mort, fut enfin brûlé avec son compagnon Prétextatus, comme lui sénateur romain et de maison illustre. « Ce qui montre, dit Delancre [36], que la sorcellerie n’est pas une tache de simple femmelette, rustiques et idiots. »

Bassantin (Jacques), astrologue écossais qui, en 1562, prédit à sir Robert Melvil, si l’on en croit les mémoires de Jacques Melvil, son frère, une partie des événements arrivés depuis à Marie Stuart, alors réfugiée en Angleterre. Il ne fallait pour cela que quelque connaissance du temps et des hommes. Les autres prédictions de Bassantin ne se réalisèrent pas. Son grand Traité d’astronomie, ou plutôt d’astrologie, a été publié en français et en latin. On recherche l’édition latine de Genève, 1599, que les éditeurs appellent ingens et doctum volumen. Tous ses ouvrages présentent un mélange d’heureuses observations et d’idées superstitieuses [37].

Bateleurs, faiseurs de tours en plein air, avaleurs de couleuvres, d’étoupes et de baguettes ; ils passaient autrefois pour sorciers, comme les escamoteurs et même les comédiens.

Illustration du Dictionnaire infernal par Louis Le Breton.
Bateleurs.


Bathym. Voy. Marthym.

Bâton du diable. On conserve, dit-on, à Tolentino, dans la marche d’Ancône, un bâton dont on prétend que le diable a fait usage.

Bâton du bon voyageur. « Cueillez, le lendemain de la Toussaint, une forte branche de sureau, que vous aurez soin de ferrer par le bas ; ôtez-en la moelle ; mettez à la place les yeux d’un jeune loup, la langue et le cœur d’un chien, trois lézards verts et trois cœurs d’hirondelles, le tout réduit en poudre par la chaleur du soleil, entre deux papiers saupoudrés de salpêtre ; placez par-dessus, dans le cœur du bâton, sept feuilles de verveine cueillies la veille de la Saint-Jean-Baptiste, avec une pierre de diverses couleurs qui se trouve dans le nid de la huppe ; bouchez ensuite le bout du bâton avec une pomme à votre fantaisie, et soyez assuré que ce bâton vous garantira des brigands, des chiens enragés, des bêtes féroces, des animaux venimeux, des périls, et vous procurera la bienveillance de tous ceux chez qui vous logerez… »

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Le lecteur qui dédaigne de tels secrets ne doit pas oublier qu’ils ont eu grand crédit, et qu’on cherche encore, dans beaucoup de villages, à se procurer le bâton du bon voyageur, avec lequel on marche si vite, qu’on doit se charger les pieds.

Batrachyte, pierre qui, suivant que l’indique son nom grec, se trouve dans le corps de la grenouille, et qui a, disent les bonnes gens, de grandes vertus contre les poisons et contre les maléfices.

Batscum-Bassa ou Batscum-Pacha, démon turc que l’on invoque en Orient pour avoir du beau temps ou de la pluie. On se le rend favorable en lui offrant des tartines de pain grillé, dont il est très-friand.

Baume universel, élixir composé par les alchimistes : c’est, disent-ils, le remède souverain et infaillible de toutes les maladies. Il peut même, au besoin, ressusciter des morts.

Bavent (Madeleine), possédée de Louviers, qui raconta en justice les orgies infâmes du sabbat, auxquelles, comme tant d’autres âmes perdues, elle avait pris part. Voy. Louviers.

Baxter, écrivain anglais qui publia, à la fin du dix-septième siècle, un livre intitulé Certitude du monde des esprits.

Bayard, cheval des quatre fils Aymon. Il avait la taille d’un cheval ordinaire lorsqu’il ne portait qu’un des frères, et s’allongeait lorsqu’il les fallait porter tous quatre. On conte beaucoup de merveilles sur cette monture célèbre, qui se distinguait surtout par une vitesse incroyable, et qui a laissé la trace d’un de ses pieds dans la forêt de Soignes en Brabant. On trouve aussi la marque d’un de ses fers sur un rocher près de Dinant.

Bayemon. Le grimoire attribué stupidement au pape Honorius donne ce nom à un roi de l’occident infernal. On le conjure par cette prière : « Ô roi Bayemon, très-fort, qui règne aux parties occidentales, je t’appelle et invoque au nom de la Divinité : je te commande, en vertu du Très-Haut, de m’envoyer présentement devant ce cercle (on nomme l’esprit dont on veut se servir, Passiel, Rosus, etc.), et les autres esprits

Illustration du Dictionnaire infernal par Louis Le Breton.


qui te sont sujets, pour répondre à tout ce que je leur demanderai. Si tu ne le fais, je te tourmenterai du glaive du feu divin ; j’augmenterai tes peines et te brûlerai. Obéis, roi Bayemon ! [38] »

Bayer.. En 1726, un curé du diocèse de Constance, nommé Bayer, pourvu de la cure de Rutheim, fut inquiété par un spectre ou mauvais génie qui se montrait sous la forme d’un paysan mal vêtu, de mauvaise mine et très-puant. Il vint frapper à sa porte ; étant entré dans son poêle, il lui dit qu’il était envoyé par le prince de Constance, son évêque, pour certaine commission qui se trouva fausse. Il demanda ensuite à manger. On lui servit de la viande, du pain et du vin. Il prit la viande à deux mains et la dévora avec les os, disant : « Voyez comme je mange la chair et les os ; faites-vous de même [39] ? » Puis il prit le vase où était le vin, et l’avala d’un trait ; il en demanda d’autre qu’il but de même. Après cela il se retira sans dire adieu ; et la servante, qui le conduisait a la porte, lui ayant demandé son nom, il répondit : a Je suis né à Rutsingue, et mon nom est Georges Raulin ; » ce qui était faux encore.

Illustration du Dictionnaire infernal par Louis Le Breton.

Il passa le reste du jour à se faire voir dans le village, et revint, le soir à minuit, à la porte du curé, en criant d’une voix terrible : Mynheer Bayer, je vous montrerai qui je suis…

Pendant trois ans, il revint tous les jours vers quatre heures après midi, et toutes les nuits avant le point du jour. Il paraissait encore sous diverses formes, tantôt sous la figure d’un chien barbet, tantôt sous celle d’un lion ou d’un autre animal terrible ; quelquefois sous les traits d’un homme, sous ceux d’une femme ; certains jours il faisait dans la maison un fracas semblable à celui d’un tonnelier qui relie des tonneaux ; d’autrefois on aurait dit qu’il voulait renverser le logis par le grand bruit qu’il y causait. Le curé fit venir comme témoins un grand nombre de personnes. Le spectre répandait partout une odeur insupportable, mais ne s’en allait pas. On eut recours aux exorcismes, qui ne produisirent aucun effet ; on résolut de se munir d’une branche bénite le dimanche des Rameaux, et d’une épée aussi bénite, et de s’en servir contre le spectre. On le fit deux fois, et depuis ce temps il ne revint plus.

Ces choses, rapportées par dom Calmet, peuvent-elles s’expliquer, comme le proposent les esprits forts, par les frayeurs qu’un garnement aura causées au curé, frayeurs qui ont dû lui donner des visions ?…

Bayer (Jean), ministre protestant, né à Augsbourg au seizième siècle. On recherche de lui une thèse sur cette question : « Si l’existence des anges peut se démontrer par les seules lumières naturelles [40] ? »

Bayerin (Anne), servante qui fit pacte avec le diable à Salzbourg ; elle causa de grands dégâts à un forgeron chez qui elle servait, et passa dans une autre maison où elle mit pareillement le désordre. Interrogée sur ses méchancetés ou maléfices, elle avoua, sans en être pressée, qu’elle s’était donnée au démon et qu’elle avait assisté au sabbat ; on ne voit pas qu’elle ait été brûlée.

Bayle (François), professeur de médecine à Toulouse, mort en 1709. Nous ne citerons de ses ouvrages que la Relation de l’état de-quelques personnes prétendues possédées, faite de l’autorité du parlement de Toulouse, in-12 ; Toulouse, 1682. Il veut prouver que les démoniaques, s’ils ne sont pas des charlatans, sont très-souvent des fous ou des malades.

Bazine, célèbre reine des Tongres, qui épousa Childéric et qui fut mère de Glovis. Elle est représentée par les vieux historiens comme une habile magicienne. On sait qu’elle était femme de Bising, roi des Tongres ; que Childéric, chassé de ses États par une révolution et réfugié à la cour de Bising, plut à sa femme ; que lorsqu’il fut rétabli sur le trône, Bazine quitta tout pour venir le trouver. Childéric l’épousa. Le soir de ses noces, quand elle fut seule avec lui, elle le pria de passer la première nuit dans une curieuse observation. Elle l’envoya à la porte de son palais en lui enjoignant de venir lui rapporter ce qu’il y aurait vu. — Childéric, connaissant le pouvoir magique de Bazine, qui était un peu druidesse, s’empressa d’obéir. Il ne fut pas plutôt dehors, qu’il vit d’énormes animaux se promener dans la cour:c’étaient des léopards, des licornes, des lions. Étonné de ce spectacle, il vint en rendre compte à son épouse ; elle lui dit, du ton d’oracle qu’elle avait pris d’abord, de ne point s’effrayer, et de retourner une deuxième et même une troisième fois. Il vit à la deuxième fois des ours et des loups, et à la troisième des chiens et d’autres petits animaux qui s’entre-déchiraient. — « Les prodiges que vous avez vus, lui dit-elle, sont une image de l’avenir ; ils représentent le caractère de toute notre postérité. Les lions et les licornes désignent le fils qui naîtra de nous ; les loups et les ours sont ses enfants, princes vigoureux et avides de proie ; et les chiens, c’est le peuple indocile au joug de ses maîtres, soulevé contre ses rois, livré aux passions des puissants et souvent victime [41]. » — Au reste, on ne pouvait mieux caractériser les rois de cette première race; et si la vision n’est qu’un conte, il est bien imaginé [42].

Beal. Voy. Bérith.

Beauchamp. Voy. Abdeel.

Beauffort (le comte Amédée de) a publié, en 184O, un volume in-8° intitulé Légendes et traditions populaires de la France, recueil piquant où les faits surnaturels ont grande part.

Beausoleil (Jean du Châtelet, baron de), astrologue et alchimiste allemand, qui précéda Jacques Aymar dans la recherche des sources inconnues et des trésors souterrains. Il avait épousé Martine Berthereau, qui avait ou à qui il souffla les mêmes penchants qui le dominaient. Ils furent les premiers qui firent profession de découvrir les sources cachées au moyen de baguettes mystérieuses. Ils cherchaient aussi les mines et annonçaient que, par l’aide d’instruments merveilleux, ils connaissaient tout ce que la terre recèle dans son sein. Ces instruments étaient l’astrolabe minéral, le râteau métallique, la boussole à sept angles (à cause des sept planètes), les verges hydrauliques, etc. Les baguettes, ou verges hydrauliques et métalliques, étaient préparées, disaient-ils, sous l’influence des constellations qui dominaient l’art. On les accusa de magie ; ce qui motiva ce jugement, c’est qu’en visitant les coffres de Martine Berthereau, on y trouva des grimoires et autres objets qui sentaient à plein la sorcellerie. Le baron de Beausoleil, heureux du bruit qu’il faisait en Hongrie, était venu exploiter la France. Le cardinal de Richelieu le fit enfermer à la Bastille (1641) en même temps qu’on détenait sa femme Martine à Vincennes. On ne sait pas autre chose de leurs exploits.

Beauvoys de Chauvincourt, gentilhomme angevin, fit imprimer en 1599 un volume intitulé Discours de la Lycanthropie ou de la transmutation des hommes en loups.

Bebal, prince de l’enfer, assez inconnu. Il est de la suite de Paymon.Voy. ce mot.

Bechard, démon désigné dans les Clavicules de Salomon comme ayant puissance sur les vents et les tempêtes. Il fait grêler, tonner et pleuvoir, au moyen d’un maléfice qu’il compose avec des crapauds fricassés et autres drogues.

Bechet, démon que l’on conjure le vendredi. Voy. Conjurations.

Bédargon, l’un des lieutenants de Samaël, dans la cabale judaïque.

Bède (le vénérable), né au septième siècle, dans le diocèse de Durham, en Angleterre. Il mourut à soixante-trois ans. On dit qu’il prévit l’heure précise de sa mort. Un instant avant d’expirer, il dictait quelques passages qu’il voulait extraire des œuvres de saint Isidore ; le jeune moine qui écrivait le pria de se reposer parce qu’il parlait avec peine : — « Non, répondit Bède, prenez une autre plume, et écrivez le plus vite que vous pourrez. » — Lorsque le jeune eut dit : — C’est fait. — « Vous avez dit la vérité, » répliqua Bède ; et il expira.

Peu de temps après sa mort, on dit qu’il se fit voir à un moine nommé Gamèle, à qui il témoigna le désir d’être enterré à Durham, auprès de saint Cuthbert. On se hâta de le satisfaire, car on avait un grand respect pour sa mémoire.

Béguins. Voy. Digonnet.

Béhémoth, démon lourd et stupide, malgré ses dignités. Sa force est dans ses reins ; ses domaines sont la gourmandise et les plaisirs du

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ventre. Quelques démonomanes disent qu’il est aux enfers sommelier et grand échanson. Bodin croit [43] que Béhémoth n’est autre chose que le Pharaon d’Egypte qui persécuta les Hébreux. Il est parlé de Béhémoth dans Job comme d’une créature monstrueuse. Des commentateurs prétendent que c’est la baleine, et d’autres que c’est l’éléphant ; mais il y eut d’autres monstres dont les races ont disparu. On voit dans le procès d’Urbain Grandier que Béhémoth est bien un démon. Delancre dit qu’on l’a pris pour un animal monstrueux, parce qu’il se donne la forme de toutes les grosses bêtes. Il ajoute que Béhémoth se déguise aussi avec perfection en chien, en éléphant, en renard et en loup.

Si Wierus, notre oracle en ce qui concerne les démons, n’admet pas Béhémoth dans son inventaire de la monarchie infernale, il dit, livre I er, des Prestiges des démons, chapitre xxi, que Béhémoth ou l’éléphant pourrait bien être Satan lui-même, dont on désigne ainsi la vaste puissance.

Enfin, parce qu’on lit, au chapitre xi de Job, que Béhémoth mange du foin comme un bœuf, les rabbins ont fait de lui le bœuf merveilleux réservé pour le festin de leur Messie. Ce bœuf est si énorme, disent-ils, qu’il avale tous les jours le foin de mille montagnes immenses, dont il s’engraisse depuis le commencement du monde. Il ne quitte jamais ses mille montagnes, où l’herbe qu’il a mangée le jour repousse la nuit pour le lendemain. Ils ajoutent que Dieu tua la femelle de ce bœuf au commencement ; car on ne pouvait laisser multiplier une telle race. Les Juifs se promettent bien de la joie au festin où il fera la pièce de résistance. Ils jurent par leur part du bœuf Béhémoth.

Béherit, démon sur lequel on a peu de renseignements, à moins qu’il ne soit le même que Bérith. Voy. ce mot. Il est cité dans la possession de Loudun. Il avait même promis d’enlever la calotte du sieur commissaire, et de la tenir en l’air à la hauteur de deux piques ; ce qui n’eut pas lieu, à sa honte [44].

Remarquons pourtant que, sur cette possession de Loudun, le calviniste qui en fit l’histoire a imaginé beaucoup de quolibets, pour écornifler d’autant l’Église romaine, qu’il voulait, comme tant d’autres, démolir un peu, — mais qu’on ne démolit pas.

Bekker (Balthasar), docteur en théologie réformée, et ministre à Amsterdam, né en 1634. « Ce Balthasar Bekker, grand ennemi de l’enfer éternel et du diable, et encore plus de la précision, dit Voltaire, fit beaucoup de bruit en son temps par son gros livre du Monde enchanté. » Alors la sorcellerie, les possessions, étaient en vogue depuis la réforme, qui livrait de l’espace aux esprits malins ; c’est ce qui le détermina à combattre le diable. « On eut beau lui dire, en prose et en vers, qu’il avait tort de l’attaquer, attendu qu’il lui ressemblait beaucoup, étant d’une laideur horrible:rien ne l’arrêta; il commença par nier absolument le pouvoir de Satan, et s’enhardit jusqu’à soutenir qu’il n’existe pas. « S’il y avait un diable, disait-il, il se vengerait de la guerre que je lui fais. » Le laid bonhomme se croyait important. « Les ministres, ses confrères, prirent le parti de Satan et déposèrent Bekker. »

Il avait déjà fait l’esprit fort dans de précédents ouvrages. Dans l’un de ses catéchismes, le Mets de carême [45], il réduisait les peines de l’enfer au désespoir des damnés, et il en bornait la durée. On l’accusa de socinianisme, et son catéchisme fut condamné par un synode. Il publia, à l’occasion de la comète de 1680, des recherches sur les comètes, imprimées en flamand, in-8°, Leuwarde, 1683. — Il s’efforce de prouver que ces météores ne sont pas des présages de malheurs, et combat les idées superstitieuses que le peuple attache à leur apparition. Cet ouvrage fut reçu sans opposition. Il n’en fut pas de même de son livre De Belooverde wereld (Le monde ensorcelé), imprimé plusieurs fois, et traduit en français sous ce titre : « Le monde enchanté, ou examen des communs sentiments touchant les esprits, leur nature, leur pouvoir, leur administration et leurs opérations, et touchant les effets que les hommes sont capables de produire par leur communication et leur vertu ; divisé en quatre livres ; » 4 forts volumes petit in-12, avec le portrait de l’auteur [46], Amsterdam, 1694.

L’auteur, dans cet ouvrage, qui lui fit perdre sa place de ministre [47], cherche à prouver qu’il n’y a jamais eu ni possédés ni sorciers ; que tout ce qu’on dit des esprits malins n’est que superstition, etc. Un peu plus tard pourtant, dans une défense de ses opinions, il admit l’existence du diable ; mais il ajouta qu’il le croyait enchaîné dans les enfers et hors d’état de nuire.

Il ne fallait pas, pour des calvinistes qui se disent si tolérants et qui le sont si peu, poursuivre si sérieusement un livre que sa prolixité seule devait rendre invisible. « Il y a grande apparence, dit encore Voltaire, qu’on ne le condamna que par le dépit d’avoir perdu son temps à le lire. » Voy. Chassen.

Bel, divinité suprême des Chaldéens. Wiérus dit que c’est un vieux démon dont la voix sonne le creux [48]. Les peuples qui en firent un dieu contaient qu’au commencement le monde n’était qu’un chaos habité par des monstres ; que Bel les tua, arrangea l’univers, se fit couper la tête par un de ses serviteurs, détrempa la terre avec son sang et en forma les animaux et les hommes.

Belaam, démon dont on ne sait rien, sinon qu’en 1632 il entra dans le corps d’une des possédées de Loudun, avec Isaacarum et Béhémoth : on le força de déloger [49].

Belbach ou Belbog, le dieu blanc des vieux Slavons. Voy. Belzébuth.

Belephantes, astrologue chaldéen qui prédit

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à Alexandre, selon Diodore de Sicile, que son entrée à Babylone lui serait funeste : ce qui advint, comme chacun sait.

Belette. Les anciens croyaient que la belette faisait ses petits par la gueule, parce qu’elle les porte souvent entre ses lèvres, comme font les chattes. — Plutarque remarque que les Thébains honoraient la belette, tandis que les autres Grecs regardaient sa rencontre comme un présage funeste.

On prétend que sa cendre, appliquée en cataplasme, guérit les migraines et les cataractes ; et le livre des Admirables secrets d’Albert le Grand assure que si on fait manger à un chien le cœur et la langue d’une belette, il perdra incontinent la voix. Il ajoute imprudemment un secret qu’il dit éprouvé, et qu’il certifie infaillible : c’est qu’un amateur n’a qu’à manger le cœur d’une belette encore palpitant pour prédire les choses à venir [50]

Bélial, démon adoré des Sidoniens. L’enfer n’a pas reçu d’esprit plus dissolu, plus crapuleux, plus épris du vice pour le vice même. Si son âme est hideuse et vile, son extérieur est séduisant. Il a le maintien plein de grâce et de dignité. Il eut un culte à Sodome et dans d’autres villes ; mais jamais on n’osa trop lui ériger des autels. Delancre dit que son nom signifie rebelle ou désobéissant. — Wiérus, dans son inventaire de la monarchie de Satan, lui consacre un grand article. « On croit, dit-il, que Bélial, l’un des rois de l’enfer, a été créé immédiatement après Lucifer, et qu’il entraîna la plupart des anges dans la révolte : aussi il fut renversé du ciel un des premiers. Lorsqu’on l’évoque, on l’oblige par des offrandes à répondre avec sincérité aux questions qu’on lui fait. Mais il conte bien vite des mensonges, si on ne l’adjure pas, au nom de Dieu, de ne dire que la vérité. Il se montre quelquefois sous la figure d’un ange plein de beauté, assis dans un char de feu ; il parle avec aménité ; il procure les dignités et les faveurs, fait vivre les amis en bonne intelligence, donne d’habiles serviteurs. Il commande quatre-vingts légions de de l’ordre des Vertus et de l’ordre des Anges. Il est exact à secourir ceux qui se soumettent à lui ; s’il y manquait, il est facile de le châtier, comme fit Salomon, qui l’enferma dans une bouteille avec toutes ses légions, lesquelles font une armée de cinq cent vingt-deux mille deux cent quatre-vingts démons. Il fallait que la bouteille fût de grande taille.

Mais Salomon était si puissant que, dans une autre occasion, il emprisonna pareillement six mille six cent soixante —six millions de diables qui ne purent lui résister. — Des doctes racontent encore que Salomon mit la bouteille où était Bélial dans un grand puits, qu’il referma d’une pierre, près de Babylone ; que les Babyloniens descendirent dans ce puits, croyant y trouver un trésor ; qu’ils cassèrent la bouteille, que tous les diables s’en échappèrent, et que Bélial, qui avait peur d’être repris, se campa dans une idole qu’il trouva vide, et se mit à rendre des oracles ; ce qui fit que les Babyloniens l’adorèrent.

Bélias, démon invoqué comme prince des Vertus dans les litanies du sabbat.

Beliche. C’est le nom qu’on donne au diable à Madagascar. Dans les sacrifices, on lui jette les premiers morceaux de la victime, avec la persuasion qu’il ne fait point de mal tant qu’il a de quoi mettre sous la dent.

Bélier. Le diable s’est quelquefois transmué en bélier, et des maléficiés ont subi cette métamorphose. C’est même sur une vieille tradition populaire de cette espèce qu’Hamilton a bâti son conte du Bélier.

Il paraît que le bélier a des propriétés magiques ; car, lorsqu’on accusa Léonora Galigaï, femme du maréchal d’Ancre, d’avoir fait des sorcelleries, on prétendit que, pendant qu’elle s’occupait de maléfices, elle ne mangeait que des crêtes de coq et des rognons de bélier.

Pour l’influence du bélier, signe du zodiaque, voyez Astrologie et Horoscopes.

Belin (Albert), bénédictin, né à Besançon en 1610. On recherche parmi ses ouvrages:1° le Traité des talismans, ou Figures astrales, dans lequel il est montré que leurs effets ou vertus admirables sont naturels, ensemble la manière de les faire et de s’en servir avec profit, in-12, Paris, 1671. On a joint à l’édition de 1709 un traité du même auteur, de la Poudre de sympathie justifiée ; 2° les Aventures du philosophe inconnu en la recherche et invention de la pierre philosophale, divisées en quatre livres, au dernier desquels il est parlé si clairement de la manière de la faire que jamais on en a traité avec tant de candeur. In-12 ; Paris, 1664 et 1674.

Belinuncia, herbe consacrée à Belenus, dont les Gaulois employaient le suc pour empoisonner leurs flèches. Ils lui attribuaient la vertu de faire tomber la pluie. Lorsque le pays était affligé d’une sécheresse, on cueillait cette herbe avec de grandes cérémonies. Les femmes des druides choisissaient une jeune vierge ; suivie des autres femmes, elle cherchait l’herbe sacrée ; quand elle l’avait trouvée, elle la déracinait avec le petit doigt de la main droite ; ses compagnes coupaient des branches d’arbre et les portaient à la main en la suivant jusqu’au bord d’une rivière voisine ; là, on plongeait dans l’eau l’herbe précieuse, on y trempait aussi les branches, que l’on secouait sur le visage de la jeune fille. Après cette cérémonie, chacun se retirait en sa maison ; seulement la jeune vierge était obligée de faire à reculons le reste du chemin.

Belkis.Voy. Balkis.

Belladone, plante qui donne des vertiges et peut empoisonner. Les magiciens s’en servaient.

Belloc (Jeanne), sorcière du pays de Labourd, prise à vingt-quatre ans, sous Henri IV. Pierre Delancre, qui l’interrogea, dit qu’elle commença d’aller au sabbat dans l’hiver de 1609 ; qu’elle fut présentée au diable, dont elle baisa le derrière, car il n’y avait que les notables sorcières qui le baisassent au visage. Elle conta que le sabbat est une espèce de bal masqué où les uns se promènent en leur forme naturelle, tandis que d’autres sont transmués en chiens, en chats, en ânes, en pourceaux et autres bêtes ; qu’ils se rapetissent ou se grandissent à leur gré, par des moyens qu’elle ignore…Voy. Sabbat.

Belmonte, conseiller du parlement de Provence, qui eut au pied une petite plaie où la gangrène se mit ; le mal gagna vite, et il en mourut. Comme il avait poursuivi les sorciers prolestants et les perturbateurs réformés, les écrivains calvinistes virent dans sa mort prompte un châtiment et un prodige [51]. C’était au seizième siècle.

Bélomancie. Divination par le moyen des flèches. On prenait plusieurs flèches, sur lesquelles on écrivait des réponses relatives à ce qu’on voulait demander. On en mettait de favorables et de contraires; ensuite on mêlait les flèches, et on les tirait au hasard. Celle que le sort amenait était regardée comme l’organe de la volonté des dieux. — C’était surtout avant les expéditions militaires qu’on faisait usage de la bélomancie. Les Chaldéens avaient grande foi à cette divination.

Les Arabes devinent encore par trois flèches qu’ils enferment dans un sac. Ils écrivent sur l’une:Commandez-moi, Seigneur; sur l’autre : Seigneur, empêchez-moi, et n’écrivent rien sur la troisième. La première flèche qui sort du sac détermine la résolution sur laquelle on délibère. Voy. Flèches.

Belphégor, démon des découvertes et des inventions ingénieuses. Il prend souvent un corps de jeune femme. Il donne des richesses. Les Moabites, qui l’appelaient Baalphégor, l’adoraient sur le mont Phégor. Des rabbins disent qu’on lui rendait hommage sur la chaise percée, et qu’on lui

Belphégor


offrait l’ignoble résidu de la digestion. C’était digne de lui. C’est pour cela que certains doctes ne voient dans Belphégor que le dieu Pet ou Crepilus ; d’autres savants soutiennent que c’est Priape. — Selden, cité par Banier, prétend qu’on lui offrait des victimes humaines, dont ses prêtres mangeaient la chair. Wiérus remarque que c’est un démon qui a toujours la bouche ouverte ; observation qu’il doit sans doute au nom de Phégor, lequel signifie, selon Leloyer, crevasse ou fendasse, parce qu’on l’adorait quelquefois dans des cavernes, et qu’on lui jetait des offrandes par un soupirail.

Beltram, Génois, donc l’âme revint après sa mort et posséda une femme de Ponte-Nuovo ; les parents de cette femme l’avaient volé. Quand on eut restitué, il se retira en fumée.

Bélus, premier roi des Assyriens ; on dit qu’il se fit adorer dans des temples de son vivant. Il était grand astrologue : a J’ai lu dans les registres du ciel tout ce qui doit vous arriver, disait-il à ses enfanis, et je vous dévoilerai les secrets de vos destinées. » Il rendit des oracles après sa mort. Bélus pourrait être le même que Bel.

Belzébuth ou Belzebub ou Beelzebuth, prince des démons, selon les Écritures [52] ; le premier en pouvoir et en crime après Satan, selon Milton ; chef suprême de l’empire infernal, selon la plupart des démonographes. — Son nom signifie seigneur des mouches. Bodin [53] prétend qu’on n’en voyait point dans son temple. C’était la divinité la plus révérée des peuples de Chanaan, qui le représentaient quelquefois sous la figure d’une mouche, le plus souvent avec les attributs de la souveraine puissance. Il rendait des oracles, et le roi Ochozias le consulta sur une maladie qui l’inquiétait ; il en fut sévèrement repris par le prophète Elisée.

Belzebuth

On lui attribuait le pouvoir de délivrer les hommes des mouches qui ruinent les moissons.

Presque tous les démonomanes le regardent comme le souverain du ténébreux empire ; et chacun le dépeint au gré de son imagination. Milton lui donne un aspect imposant, et une haute sagesse respire sur son visage. L’un le fait haut comme une tour ; l’autre d’une taille égale à la nôtre ; quelques-uns se le figurent sous la forme d’un serpent ; il en est qui le voient aussi sous les traits d’une femme.

Le monarque des enfers, dit Palingène, in Zodiaco vitœ, est d’une taille prodigieuse, assis sur un trône immense, ayant le front ceint d’un bandeau de feu, la poitrine gonflée, le visage bouffi, les yeux étincelants, les sourcils élevés et l’air menaçant. Il a les narines extrêmement larges, et deux grandes cornes sur la tête ; il est noir comme un Maure : deux vastes ailes de chauve-souris sont attachées à ses épaules ; il a deux larges pattes de canard, une queue de lion, et de longs poils depuis la tête jusqu’aux pieds.

Les uns disent de plus que Belzébuth est encore Priape ; d’autres, comme Porphyre, le confondent avec Bacchus. On a cru le trouver dans le Belbog ou Belbach (dieu blanc) des Slavons, parce que son image ensanglantée était toujours couverte de mouches, comme celle de Belzébuth chez les Syriens. On dit aussi que c’est le même que Pluton. Il est plus vraisemblable de croire que c’est Baël, que Wiérus fait empereur des enfers ; d’autant mieux que Belzébuth ne figure pas sous son nom dans l’inventaire de la monarchie infernale.

On voit dans les Clavicules de Salomon que Belzébuth apparaît quelquefois sous de monstrueuses formes, comme celle d’un veau énorme ou d’un bouc suivi d’une longue queue ; souvent, néanmoins, il se montre sous la figure d’une mouche d’une extrême grosseur. Il s’est montré à Faust « habillé en bœuf, avec deux oreilles effroyables, des cheveux peints de toutes couleurs et une queue de dragon [54] ». Le maréchal de Retz l’a vu en léopard. Quand il est en colère, ajoute-t-on, il vomit des flammes et hurle comme un loup. Quelquefois enfin Astaroth apparaît à ses côtés, sous les traits d’un âne.

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Une des figures de Belzébulh

Benedict (Jean), médecin allemand du seizième siècle. On lui doit un livre Sur les visions et les révélations naturelles et surnaturelles, qui n’est presque pas connu [55].

Benoît VIII, cent quarante-huitième pape, élu en 1012, mort en 1024. On lit dans Platina, cité par Leloyer et par Wiérus [56], que quelque temps après sa mort Benoît VIII apparut, monté sur un cheval noir, à un saint évêque dans un lieu solitaire et écarté ; que l’évêque lui demanda comment il se faisait qu’étant mort il se montrât ainsi sur un cheval noir. A quoi le pape répondit que pendant sa vie il avait été convoiteux d’amasser des biens ; qu’il était en purgatoire ; mais qu’il n’était pas damné, parce qu’il avait fait des aumônes. Il révéla ensuite le lieu où il avait caché des richesses, et pria le saint évêque de les distribuer aux pauvres. — Après cela, le fantôme (selon le récit) se montra pareillement au Pape son successeur, et le supplia d’envoyer en diligence un courrier à Cluny, et de recommander à saint Odilon de prier Dieu pour le repos de son âme. Saint Oclilon le fit ; et peu de jours après on vit un homme lumineux entrer dans le cloître, avec d’autres personnages habillés de blanc, et se mettre à genoux devant saint Odilon. Un religieux demanda qui était cet homme de si haute apparence qui faisait tant d’honneur à l’abbé. Il lui fut répondu que c’était le pape Benoît VIII qui, par les prières d’Odilon, jouissait de la gloire des bienheureux.

Benoît IX, cent cinquantième pape, élu en 1033, dans un temps de troubles, où les partis se disputaient Rome. Il eut à lutter contre des antipapes qui l’ont fort noirci. On a dit qu’il était magicien, et que, renversé du saint-siége par ses ennemis, il y remonta deux fois par son pouvoir magique. C’est un peu niais. On a dit encore avec autant de bon sens qu’il prédisait les choses futures, et qu’il était habile enchanteur : ce que Naudé a pulvérisé.

L’auteur calviniste des grands et redoutables jugements de Dieu ajoute même qu’il fut étranglé par le diable, et qu’après sa mort son âme fut condamnée à errer dans les forêts, sous la forme d’une bête sauvage, avec un corps d’ours à longs poils, une queue de chat et une tête d’âne. Un ermite qui le rencontra lui demanda pourquoi il avait cette figure. « J’étais un monstre, répondit Benoît, et vous voyez mon âme telle qu’elle a toujours été. » Voilà qui est très-gracieux. Mais Benoît IX, au contraire, mourut dans la retraite, sous le cilice, pieusement et saintement, en 1054. C’est encore là une des victimes de la calomnie historique.

Bensozia. Certains canonistes des douzième et treizième siècles s’élèvent fortement contre les femmes d’alors qui allaient à une espèce de sabbat sur lequel il ne nous est parvenu que très-peu de notions. On disait que des fées ou des démons transformés en femmes s’associaient toutes les dames qui voulaient prendre part à leurs plaisirs ; et que toutes, dames et fées ou démons, montées sur des bêtes ailées, elles allaient de nuit faire des courses et des fêtes dans les airs. Elles avaient pour chef la fée Bensozia, à qui il fallait obéir aveuglément, avec une soumission sans réserve. C’était, dit-on, la Diane des anciens Gaulois ; on l’appelait aussi Nocticula, Hérodias ou la Lune.

On voit dans des manuscrits de l’église de Cousérans que des dames au quatorzième siècle avaient le renom d’aller à cheval aux courses nocturnes de Bensozia. Toutes, comme les sorcières au sabbat, faisaient inscrire leur nom sur un catalogue, et après cela se croyaient fées. On remarquait encore au dernier siècle, à Montmorillon en Poitou, sur le portique d’un ancien temple, une femme enlevée par deux serpents dans les airs. C’était sans doute le modèle de la contenance des sorcières ou fées dans leurs courses de nuit [57].

Benthaméléon. Titus, ayant pris Jérusalem, publia un édit qui défendait aux Juifs d’observer le sabbat et de se circoncire, et qui leur ordonnait de manger toute espèce de viande. Les Juifs, consternés, envoyèrent à Titus le rabbin Siméon, qui passait pour un homme très-habile. Siméon s’étant mis en chemin avec le rabbin Eléazar, ils rencontrèrent un démon nommé, dirent-ils, Benthaméléon, qui demanda à les accompagner, leur avouant quelle était sa nature, mais se disant enclin à rendre service aux Juifs et leur promettant d’entrer dans le corps de la fille de Titus, et d’en sortir aussitôt qu’ils le lui commanderaient, afin qu’ils pussent gagner l’empereur par ce prodige. Les deux rabbins acceptèrent sa proposition avec empressement ; et, Benthaméléon ayant tenu sa parole, ils obtinrent en effet la révocation de l’édit.

Berande, sorcière brûlée à Maubec, près Beaumont de Lomaignie, en 1577. En allant au supplice, elle accusa une demoiselle d’avoir été au sabbat ; la demoiselle le nia. Bérande lui dit :. « Oublies-tu que la dernière fois que nous fîmes la danse, à la croix du pâté, tu portais le pot de poison ?… » Et la demoiselle fut réputée sorcière, parce qu’elle ne sut que répondre [58].

Berbiguier (Alexis-Vincent-Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym), né à Carpentras, est un auteur qui vit peut-être encore et qui a publié en 1821 un ouvrage dont voici le titre : les Farfadets, ou tous tes démons ne sont pas de l’autre monde, 3 vol. in-8°, ornés de huit lithographies et du portrait de l’auteur, entouré d’emblèmes, surmonté de cette devise : Le fléau des farfadets. — L’auteur débute par une dédicace à tous les empereurs, rois, princes souverains des quatre parties du monde. — « Réunissez vos efforts aux miens, leur dit-il, pour détruire l’influence des démons, sorciers et farfadets qui désolent les malheureux habitants de vos États. »

Il ajoute qu’il est tourmenté par le diable depuis vingt-trois ans, et il dit que les farfadets se métamorphosent sous des formes humaines pour vexer les hommes. Dans le chapitre II de son livre, il nomme tous ses ennemis par leurs noms, en soutenant que ce sont des démons déguisés, des agents de Belzébuth ; qu’en les appelant infâmes et coquins, ce n’est pas eux qu’il insulte, mais les démons qui se sont emparés d’eux. « On me fait passer pour fou, s’écrie-t-il ; mais si j’étais fou, mes ennemis ne seraient pas tourmentés comme ils le sont tous les jours par, mes lardoires, mes épingles, mon soufre, mon sel, mon vinaigre et mes cœurs de bœuf. »

Les trois volumes sont en quelque sorte les Mémoires de l’auteur, que le diable ne quitte pas. Il établit le pouvoir des farfadets ; il conte, au chapitre IV, qu’il s’est fait dire la bonne aventure en 1796 par une sorcière d’Avignon, appelée la Mansotte, qui se servait pour cela du jeu de tarots, « Elle y ajouta, dit-il, une cérémonie qui, sans doute, est ce qui m’a mis entre les mains des farfadets. Elles étaient deux disciples femelles de Satan ; elles se procurèrent un tamis propre à passer de la farine, sur lequel on fixa une paire de ciseaux par les pointes. Un papier blanc plié était posé dans le tamis. La Mansotte et moi nous tenions chacun un anneau des ciseaux, de manière que le tamis était, par ce moyen, suspendu en l’air. Aux divers mouvements du tamis, on me faisait des questions qui devaient servir de renseignements à ceux qui voulaient me mettre en leur possession. Les sorcières demandèrent trois pots : dans l’un elles enfermèrent quelques-uns des tarots jetés sur la table, et préférablement les cartes à figures. Je les avais tirées du jeu les yeux bandés. Le second pot fut garni de sel, de poivre et d’huile ; le troisième de laurier. Les trois pots, couverts, furent déposés dans une alcôve, et les sorcières se retirèrent pour attendre l’effet… Je rentrai chez moi à dix heures du soir ; je trouvai mes trois croisées ouvertes, et j’entendis au-dessus de ma tête un bruit extraordinaire. J’allume mon flambeau ; je ne vois rien. Le bruit que j’entendais ressemblait au mugissement des bêtes féroces ; il dura toute la nuit. Je souffris trois jours diverses tortures, pendant lesquelles les deux sorcières préparaient leurs maléfices. Elles ne cessèrent, tant que dura leur manège, de me demander de l’argent. Il fallait aussi que je fusse là pour leur donner du sirop, des rafraîchissements et des comestibles ; car leurs entrailles étaient dévorées par le feu de l’enfer. Elles eurent besoin de rubans de différentes couleurs, qu’elles ne m’ont jamais rendus. Pendant huit jours que dura leur magie, je fus d’une tristesse accablante. Le quatrième jour, elles se métamorphosèrent en chats, venant sous mon lit pour me tourmenter. D’autres fois elles venaient en chiens : j’étais accablé par le miaulement des uns et l’aboiement des autres. Que ces huit jours furent longs ! »

Berbiguier s’adressa à un tireur de cartes, qui se chargea de combattre les deux sorcières ; mais il ne lui amena que de nouveaux tourments.

Dans les chapitres suivants, fauteur se fait dire encore sa bonne aventure et se croit obsédé ; il entend sans cesse à ses oreilles des cris de bêtes affreuses ; il a des peurs et des visions. Il vient à Paris pour un procès, fait connaissance d’une nouvelle magicienne, qui lui tire les cartes. « Je lui demandai, dit-il, si je serais toujours malheureux ; elle me répondit que non ; que, si je voulais, elle me guérirait des maux présents et à venir, et que je pouvais moi-même faire le remède. — Il faut, me dit-elle, acheter une chandelle de suif chez la première marchande dont la boutique aura deux issues, et lâcher, en payant, de vous faire rendre deux deniers. « Elle me recommanda de sortir ensuite parla porte opposée à celle par laquelle je serais entré, et de jeter les deux deniers en l’air ; ce que je fis. Je fus grandement surpris d’entendre le son de deux écus au lieu de celui des deux deniers.

» L’usage qu’elle me dit de faire de la chandelle fut d’allumer d’abord mon feu, de jeter dedans du sel, d’écrire sur un papier le nom de la première personne qui m’a persécuté, de piquer ce papier dans tous les sens, d’en envelopper la chandelle en l’y fixant avec une épingle, et de la laisser brûler entièrement ainsi.

» Aussitôt que j’eus tout exécuté, ayant eu la précaution de m’armer d’un couteau en cas d’attaque, j’entendis un bruit effroyable dans le tuyau de ma cheminée ; je m’imaginai que j’étais au pouvoir du magicien Moreau, que j’avais consulté à Paris. Je passai la nuit à alimenter le feu, en y jetant de grosses poignées de sel et de soufre, pour prolonger le supplice de mes ennemis… »

M. Berbiguier fit neuf jours de suite la même opération, sans se voir débarrassé des farfadets et des magiciens.

Ses trois volumes sont partout de cette force, et nous ne dirons rien de trop en rangeant cet ouvrage parmi les plus extravagantes productions. L’auteur se croyait en correspondance avec des sorciers et des démons. Il rapporte des lettres faites par des plaisants assez malhabiles, et qu’il attribue à Lucifer, à Rolhomago et à d’autres dont elles portent les signatures. En voici une qu’il a transcrite scrupuleusement :

          À M. Berbiguier.

« Abomination de la détestation ! tremblement de terre, déluge, tempête, vent, comète, planète, Océan, flux, reflux, génie, sylphe, faune, satyre, Sylvain, dryade et hamadryade !

» Le mandataire du grand génie du bien et du mal, allié de Belzébuth et de l’enfer, compagnon d’armes d’Astaroth, auteur du péché originel et ministre du Zodiaque, a droit de posséder et de tourmenter, de piquer, de purger, de rôtir, empoisonner, poignarder et liquéfier le très-humble et très-patient vassal Berbiguier, pour avoir maudit la très-honorable et indissoluble société magique : en foi de quoi nous avons fait apposer les armes de la société.

» Fait au soleil, en face de la lune, le grand officier, ministre plénipotentiaire, le 5818e jour et la 105819e heure de nuit, grand-croix et tribun de la société magique. Le présent pouvoir aura son effet sur son ami Coco (c’était l’écureuil de M. Berbiguier).

                     »Thésaurochrysonicochrysidès.
                         »Par Son Excellence, le secrétaire}}
                                  »Pirichichi-Pinchi.

   »30 mars 1848.

»P. S. Dans huit jours tu seras en ma puissance ; malheur à toi, si tu fais paraître ton ouvrage [59] ! »

Bérenger, hérétique du onzième siècle. Guillaume de Malmesbury raconte [60] qu’à l’heure de sa mort Bérenger reçut la visite de son ancien ami Fulbert, lequel recula devant le lit où gisait le malade, disant qu’il n’en pouvait approcher, parce qu’il voyait auprès de lui un horrible et grand démon très-puant. Les uns racontent qu’on chassa ce démon ; d’autres assurent qu’il tordit le cou à l’hérétique mal converti et qu’il remporta.

Bérésith, branche de la cabale. C’est l’étude des vertus occultes que le monde renferme.

Bergers. On est encore persuadé dans beaucoup de villages que les bergers commercent avec le diable, et qu’ils font des maléfices. Il est dangereux, assure-t-on, de passer près d’eux sans les saluer ; ils fourvoient loin de sa route le voyageur qui les offense, fontmaître des orages devant ses pas et des précipices à ses pieds. On conte là-dessus beaucoup d’histoires terribles.

Un voyageur passant à cheval à l’entrée d’une forêt du Mans renversa un vieux berger qui croisait sa route, et ne s’arrêta pas pour relever le bonhomme. Le berger, se tournant vers le voyageur, lui cria qu’il se souviendrait de lui. L’homme à cheval ne fit pas d’abord attention à cette menace ; mais bientôt, réfléchissant que le berger pouvait lui jeter un maléfice, et tout au moins l’égarer, il eut regret de n’avoir pas été plus honnête. — Comme il s’occupait de ces pensées, il entendit marcher derrière lui ; il se retourne et entrevoit un spectre nu, hideux, qui le poursuit c’est sûrement un fantôme envoyé par le berger… Il pique son cheval, qui ne peut plus courir. Pour comble de frayeur, le spectre saute sur la croupe de son cheval, enlace de ses deux longs bras le corps du cavalier, et se met à hurler. Le voyageur fait de vains efforts pour se dégager du monstre, qui continue de crier d’une voix rauque. Le cheval s’effraye, et cherche à jeter à terre sa double charge ; enfin une ruade de l’animal renverse le spectre, sur lequel le cavalier ose à peine jeter les yeux. Il a une barbe sale, le teint pâle, les yeux hagards ; il fait d’effroyables grimaces Le voyageur fuit au plus vite : arrivé au prochain village, il raconte sa mésaventure. On lui apprend que le spectre qui lui a causé tant de frayeur est un fou échappé qu’on cherche depuis quelques heures [61].

Les maléfices de bergers ont eu quelquefois des suites plus fâcheuses, et il a été prouvé, dans le passé, qu’ils composaient des poudres mystérieuses avec lesquelles ils empoisonnaient certains pâturages et donnaient aux troupeaux des vertiges. Un boucher avait acheté des moutons sans donner le 44pourboire44 au berger de la ferme. Celui-ci se vengea ; en passant le pont qui se trouvait sur leur route, les moutons se ruèrent dans l’eau la tête la première.

On conte aussi qu’un certain berger avait fait

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un sort avec la corne des pieds de ses bêtes, comme cela se pratique parmi eux pour conserver les troupeaux en santé. Il portait ce sort dans sa poche : un berger du voisinage parvint à le lui escamoter, et, comme il lui en voulait depuis longtemps, il mit le sort en poudre, et l’enterra dans une fourmilière avec une taupe, une grenouille verte et une queue de morue, en disant : 44Maudition, perdition, destruction !44 et au bout de neuf jours, il déterra son maléfice et le sema dans l’endroit où devait paître le troupeau de son voisin, qui fut détruit.

D’autres bergers, avec trois cailloux pris en différents cimetières et certaines paroles magiques, donnent des dyssenteries, envoient la gale à leurs ennemis, et font mourir autant d’animaux qu’ils souhaitent. C’est du moins l’opinion hasardée des gens du village. Quoique les bergers ne sachent pas lire, on craint si fort leur savoir et leur puissance, dans quelques hameaux, qu’on a soin de recommander aux voyageurs de ne pas les insulter, et de passer auprès d’eux sans leur demander quelle heure il est, quel temps il fera, ou telle autre chose semblable, si l’on ne veut avoir des nuées, être noyé par des orages, courir de grands périls, et se perdre dans les chemins les plus ouverts.

Il est bon de remarquer que, dans tous leurs

 
Bergers, voyageur, orage.
 

maléfices, les bergers emploient des Pater, des Ave, des neuvaines de chapelet. Mais ils ont d’autres oraisons et des prières pour la conservation des troupeaux. Voy. Troupeaux, et pour les bergers, voy. Hocque, etc.

Bergmaenlen, nains de la classe des esprits follets, qui fréquentent les fermiers de l’Oberland, et leur rendent de petits services.

Berith, duc aux enfers, grand et terrible. Il est connu sous trois noms ; quelques-uns le nomment Béal, les Juifs Bérith et les nécromanciens Bolfri. Il se montre sous les traits d’un jeune soldat habillé de rouge des pieds à la tête, monté sur un cheval de même couleur, portant la couronne au front ; il répond sur le passé, le présent et l’avenir. On le maîtrise par la vertu des anneaux magiques ; mais il ne faut pas oublier qu’il est souvent menteur. Il a le talent de changer tous les métaux en or : aussi on le regarde quelquefois comme le démon des alchimistes. Il donne des dignités et rend la voix des chanteurs claire et déliée. Vingt-six légions sont à ses ordres. C’était l’idole des Sichemites, et peut-être est-ce le même que le Béruth de Sanchoniaton, que des doctes croient être Pallas ou Diane.

L’auteur du Solide trésor du Petit Albert conte de Bérith une aventure qui ferait croire que ce démon n’est plus qu’un follet ou lutin, si toutefois c’est le même Bérith.

Illustration du Dictionnaire infernal par Louis Le Breton.

« Je me suis trouvé, dit-il, dans un château où se manifestait un esprit familier qui depuis six ans avait pris soin de gouverner l’horloge et d’étriller les chevaux. Je fus curieux un matin d’examiner ce manège : mon étonnement fut grand de voir courir l’étrille sur la croupe du cheval, sans qu’elle parût conduite par aucune main visible. Le palefrenier me dit que, pour attirer ce farfadet à son service, il avait pris une petite poule noire, qu’il l’avait saignée dans un grand chemin croisé ; que de ce sang il avait écrit sur un morceau de papier : « Bérith fera ma besogne pendant vingt ans, et je le récompenserai ; » qu’ayant ensuite enterré la poule à un pied de profondeur, le même jour le farfadet avait pris soin de l’horloge et des chevaux, et que de temps en temps lui-même faisait des trouvailles qui lui valaient quelque chose… »

L’historien semble croire que ce lutin était une mandragore. Les cabalistes n’y voient autre chose qu’un sylphe.

Berkeley, savant irlandais, — supposé, nous l’espérons, — que M. Michel Masson a représenté comme voulant usurper la puissance divine et faire un géant haut, comme Og, de quinze pieds ; il séquestra pour cela un enfant, et au moyen d’un régime alimentaire habilement combiné, il fit grandir cet enfant, qui, en croissant prodigieusement, devint inerte et stupide. Le savant n’y prenait pas garde ; il voulait un géant, et il caressait l’espoir d’entendre dire un jour : Og, le roi de Bazan, est retrouvé. Le géant de Berkeley a quinze pieds ! Mais ce que Dieu ne veut pas n’a pas lieu. La victime du savant, ayant à peine atteint la moitié de la taille qu’on en attendait, s’éteignit épuisée à quinze ans.

Berna (Benedetto), sorcier qui, au rapport de Bodin et de quelques autres démonographes, avoua à l’âge de quatre-vingts ans qu’il avait eu des liaisons pendant quarante années avec un démon qu’il nommait Hermione ou Hermeline, et qu’il menait partout avec lui sans que personne l’aperçût:il s’entretenait fréquemment, dit-on, avec cet esprit qu’on ne voyait pas; de manière qu’on le prenait pour un fou (et ce n’était pas autre chose). Il confessa aussi avoir humé le sang de divers petits enfants, et fait plusieurs méchancetés exécrables. Pour ces faits atroces il fut brûlé.

Bernache ou Bernacle, voy. Macreuses.

Bernard. Cardan pense que la sorcellerie ne fut souvent qu’une espèce de maladie hypocondriaque, causée par la mauvaise nourriture des pauvres diables que l’on poursuivait comme sorciers. Il raconte que son père sauva un jour un paysan nommé Bernard, que l’on allait condamner à mort pour sorcellerie, en lui changeant sa façon ordinaire de vivre. Il lui donna le matin quatre œufs frais, et autant le soir avec de la viande et du vin ; le bonhomme perdit son humeur noire, n’eut plus de visions et évita le bûcher.

Bernard de Côme, inquisiteur de la foi au quinzième siècle, dit, dans son traité des stryges ou sorciers, que la sorcellerie était de son temps très-répandue. C’était la Vauderie.

Bernard (Samuel). Voy. Poule noire.

Bernard de Thuringe, ermite allemand qui vers le milieu du dixième siècle annonçait la fin du monde. Il appuyait son sentiment sur un passage de l’Apocalypse qui porte qu’après mille ans l’ancien serpent sera délié. Il prétendait que ce serpent était l’Antéchrist ; que par conséquent l’année 960 étant révolue, la venue de l’Anté-christ était prochaine. Il disait aussi que, quand le jour de l’annonciation de la sainte Vierge se rencontrerait avec le vendredi saint, ce serait une preuve certaine de la fin du monde ; cette prédiction a eu vainement des occasions de se vérifier [62].

Bernard le Trévisan, alchimiste du quinzième siècle, que quelques-uns croient avoir été sorcier, né à Padoue en 1406. Il a beaucoup travaillé sur le grand œuvre, et ses ouvrages inintelligibles sont recherchés des alchimistes ; ils roulent tous sur la pierre philosophale [63].

Bernardi (Pierre), d’Aréia, en Toscane, mordait le nez et les oreilles de ceux qui l’approchaient, hurlait sans cesse comme une bête féroce et faisait la terreur de la contrée. On l’exorcisa ; il déclara qu’il était possédé, et qu’on ne le délivrerait qu’en ôtant un maléfice caché sous sa porte. On ne voulut pas le faire, parce qu’on croyait que ces paroles étaient un mensonge du démon. Le savant Raggiolo, qui s’occupait de lui, parvint à contraindre le démon, qui fit en sortant des cris si effroyables que l’église en fut ébranlée. Alors les parents de Bernardi fouillèrent sous le seuil de sa porte ; ils y trouvèrent, dans un linge, un morceau de peau d’âne chargé de caractères mystérieux, avec un os d’enfant et des cheveux de femme.Ils brûlèrent le tout, et la possession ne reparut pas.

Berne (les moines de). Voy. Jetzer.

Bernold. Voy. Berthold.

Berquin (Louis), gentilhomme artésien, conseiller de François I er ; entraîné par de mauvaises mœurs, il se mit à déclamer contre les moines et à donner dans le luthéranisme. Ses livres furent brûlés, et la protection du roi le sauva seule d’une abjuration publique ; mais on le reprit bientôt. Il se mêlait aux orgies des sorciers, plus fréquents que jamais depuis les excès de la réforme ; on le convainquit d’avoir adoré le diable et commis des actes abominables ; on produisit contre lui de si tristes griefs, que le roi n’osa plus le défendre, et il fut brûlé en place de Grève le 17 avril 1529.

Berrid. Voy. Purgatoire.

Berson, docteur en théologie et prédicateur visionnaire de la cour, sous Henri III. Il s’imaginait être Enoch, et il voulait aller porter l’Évangile dans le Levant, avec un prêtre flamand qui ^e vantait d’être Élie. Taillepied dit avoir entendu Berson prêcher cette bizarrerie devant le frère du roi, à Château-Thierry [64].

Berthe. Voy. Robert, roi.

Berthereau (Martine). Voy. Beausoleil.

Berthier (Guillaume-François), célèbre jésuite, mort en 1782. Voltaire a publié la relation de la maladie, de la mort et de l’apparition du jésuite Berthier ; mais ce n’est qu’une assez mauvaise plaisanterie. Le père Berthier vivait encore.

Berthold. Après la mort de Charles le Chauve, un bourgeois de Reims, nommé Berthold ou Bernold, gravement malade, ayant reçu les sacrements, fut quatre jours sans prendre aucune nourriture et se sentit alors si faible, qu’à peine lui trouvait-on un peu de palpitation et de respiration. Vers minuit il appela sa femme et lui dit de faire promptement venir son confesseur. Le prêtre était à peine dans la cour, que Berthold dit:— Mettez ici un siège, car le prêtre vient. — Le confesseur, étant entré, récita quelques prières, auxquelles Berthold répondit ; puis il tomba dans une longue extase, et, quand il en sortit, il raconta un voyage que son âme venait de faire en purgatoire, où il avait vu le roi défunt et d’autres personnages. Après son récit, il se remit à dormir et vécut encore quatorze ans [65].

Berthomé du Lignon, dit Champagnat, sorcier jugé à Montmorillon, en Poitou, dans l’année 1599. Il avoua que son père l’avait mené au sabbat dès sa jeunesse ; qu’il avait promis au diable son âme et son corps ; qu’à la Saint-Jean dernière, il avait vu un grand sabbat où le diable faisait danser les gens en rond ; qu’il se mettait au milieu de la danse en forme de bouc noir, donnant à chacun une chandelle allumée, avec laquelle ils allaient lui baiser le derrière ; que le diable lui octroyait à chaque sabbat quarante sous en monnaie, et des poudres pour faire des maléfices ; que, quand il le voulait, il appelait le diable, qui venait à lui comme un tourbillon ; que la nuit dernière il était venu le visiter en sa prison et lui avait dit qu’il n’avait pas moyen de le tirer d’où il était. Il dit encore que le diable défendait à tous les siens de prier Dieu, d’aller à la messe, de faire leurs Pâques, et que, pour lui, il avait fait mourir plusieurs personnes et plusieurs bêtes au moyen des poudres qu’on lui donnait au sabbat [66].

Berthomée de la Bedouche. Voy. Bonnevault (Mathurin).

Béruth. Voy. Bérith.

Bête-bigourne. Voy. Lycanthropie.

Bêtes. Il y a dans les choses prodigieuses de ce monde beaucoup de bêtes qui figurent avec distinction. Les bêtes ont été longtemps des instruments à présages : les sorciers et les démons ont emprunté leurs formes, et souvent on a brûlé des chats et des chiens dans lesquels on croyait reconnaître un démon caché ou une sorcière.

Dans les campagnes, on effraye encore les enfants avec la menace de la Bête à sept têtes, dont l’imagination varie en tous lieux la laideur. L’opinion de cette bête monstrueuse remonte à la Bête de l’Apocalypse. Selon quelques-uns, les sept têtes sont les sept péchés capitaux. Depuis les troubles des Cévennes, on a aussi effrayé les imaginations par l’image de la Bête du Gévaudan, qui n’est autre chose que la sombre hérésie de cette contrée, laquelle produisait les excès des calvinistes, entés sur les abominations des Albigeois.

Des personnes accoutumées aux visions extraordinaires ont vu quelquefois des spectres de bêtes. On sait la petite anecdote de ce malade à qui son médecin disait : — Amendez-vous, car je viens de voir le diable à votre porte. — Sous quelle forme ? demanda le moribond. — Sous celle d’un âne. — Bon, répliqua le malade, vous avez eu peur de votre ombre.

Des doctes croient encore que les animaux, à qui ils n’accordent point d’âme, peuvent revenir, et on cite des spectres de ce genre.

Meyer, professeur à l’université de Halle, dans son Essai sur les apparitions, § 17, dit que les revenants et les spectres ne sont peut-être que les âmes des bêtes, qui, ne pouvant aller ni dans le ciel ni dans les enfers, restent ici errantes et diversement conformées. Pour que cette opinion eût quelque fondement, il faudrait croire, avec les péripatéticiens, que les bêtes ont une âme quelconque ; ce qui n’est pas facile.

Les pythagoriciens sont allés plus loin ; ils ont cru que par la métempsycose les âmes passaient successivement du corps d’un homme dans celui d’un animal.

Le père Bougeant, de la compagnie de Jésus, dans un petit ouvrage plein d’esprit, l’Amusement philosophique sur le langage des bêtes, adopta par plaisanterie un système assez singulier. Il trouve aux bêtes trop d’esprit et de sentiment pour n’avoir pas un âme ; mais il prétend qu’elles sont animées par les démons les moins coupables, qui font pénitence sous cette enveloppe, en attendant le jugement dernier, époque où ils seront renvoyés en une contrée de l’enfer. Ce système est soutenu de la manière la plus ingénieuse : ce n’était qu’un amusement ; on le prit trop au sérieux. L’auteur fut gravement réfuté, et obligé de désavouer publiquement des opinions qu’il n’avait mises au jour que comme un délassement.

Cependant le père Gaston de Pardies, de la même société de Jésus, avait écrit quelque temps auparavant que les bêtes ont une certaine âme [67], et on ne l’avait pas repris. Mais on pensa qu’auprès de quelques esprits l’ingénieux amusement du père Bougeant pouvait faire naître de fausses idées.

Betterave, plante potagère. Le Register de Newark, à l’occasion de la mort d’un jeune homme noyé dans les puits argileux d’Olivier-street, raconte un fait qui s’est passé il y a quelques années au même endroit.

« Un manœuvre allemand travaillait dans un jardin situé près d’un de ces puits. Tout à coup il aperçut une feuille blanche croissant sur une plante de betterave. Les Allemands regardent cette rencontre comme un signe de malheur, et le superstitieux ouvrier en eut l’esprit extrêmement frappé. En rentrant à la maison, il fit part à sa femme du nouveau présage et des sinistres pressentiments qui s’y rattachaient dans son esprit. Celle-ci entraîna aussitôt son mari dans le petit enclos qui entourait leur demeure et lui montra une seconde feuille blanche de betterave qu’elle avait également trouvée dans la matinée. Les deux époux, de plus en plus convaincus qu’un affreux malheur allait fondre sur eux, rentrèrent tout tristes dans leur maison, et dînèrent silencieusement, livrés aux plus sombres pensées.

» Après le repas, l’ouvrier retourna à son travail. Au commencement de la soirée, quelques personnes passant parla remarquèrent des vêtements au bord de l’eau. N’apercevant pas de baigneur, ils supposèrent qu’un malheur était arrivé.

L’eau fut draguée, et l’on retira le corps du malheureux Allemand. On suppose qu’en se baignant il sera tombé dans quelque trou profond, et que, ne sachant pas nager, il y aura trouvé la mort.

» Mais voici le fait le plus curieux de cette singulière histoire. Le malheureux noyé avait une sœur à Brooklyn. Dans l’après-midi de la fatale journée, elle fut frappée tout à coup d’une espèce de sommeil somnambulique ; elle vit son frère lutter contre l’eau qui allait l’engloutir ; elle l’entendit appeler au secours. Quand elle se réveilla, elle avait la figure brûlante et portait les signes de la plus grande terreur. Elle raconta son rêve à son mari ; elle lui dit qu’elle était décidée à aller à Newark s’informer de son frère.

» Son mari tâcha de retenir sa femme, dont l’état d’excitation lui inspirait des inquiétudes. Il lui représenta la folie de prêter ainsi foi à un songe et de s’alarmer sans sujet. Mais rien n’y fit. La sœur partit pour Newark, et elle arriva précisément au moment où le cadavre du pauvre noyé était transporté dans sa demeure. Ses pressentiments, ne l’avaient point trompée ! »

Beurre. On croit dans plusieurs villages empêcher le beurre de se faire en récitant à rebours le psaume Nolite fieri [68]. Bodin ajoute que, par un effet d’antipathie naturelle, on obtient le même résultat en mettant un peu de sucre dans la crème ; et il conte qu’étant à Chelles, en Valois, il vit une chambrière qui voulait faire fouetter un petit laquais, parce qu’il l’avait tellement maléficiée en récitant à rebours le psaume cité, que depuis le matin elle ne pouvait faire son beurre. Le laquais récita alors naturellement le psaume, et le beurre se fit [69].

Dans le Finistère, dit-on, l’on ensorcelle encore le beurre. On croit aussi dans ce pays que si l’on offre du beurre à saint Hervé, les bestiaux qui ont fourni la crème n’ont rien à craindre des loups, parce que ce saint, étant aveugle, se faisait guider par un loup [70].

Beurre des sorcières. Le diable donnait aux sorcières de Suède, entre autres animaux destinés à les servir, des chats qu’elles appelaient emporteurs, parce qu’elles les envoyaient voler dans le voisinage. Ces emporteurs, qui étaient très-gourmands, profitaient de l’occasion pour se régaler aussi, et quelquefois ils s’emplissaient si fort le ventre, qu’ils étaient obligés en chemin de rendre gorge. Leur vomissement se trouve habituellement dans les jardins potagers. « Il a une couleur aurore, et s’appelle le beurre des sorcières [71]. »

Beverland (Adrien), avocat hollandais de Middelbourg, auteur des Recherches philosophiques sur le péché originel [72] pleines de grossièretés infâmes. Les protestants mêmes, ses coreligionnaires, s’en indignèrent et mirent cet homme en prison à Leyde ; il s’en échappa et mourut fou à Londres en 1712. Sa folie était de se croire constamment poursuivi par deux cents hommes qui avaient juré sa mort [73].

Beyrevra, démon indien, chef des âmes qui errent dans l’espace changées en démons aériens.

Illustration du Dictionnaire infernal par Louis Le Breton.


On dit qu’il a de grands ongles très-crochus. Brahma ayant un jour insulté un dieu supérieur, Beyrevra, chargé de le punir, lui coupa une tête avec son ongle. Brahma, humilié, demanda pardon, et le dieu Eswara lui promit pour le consoler qu’il ne serait pas moins respecté avec les quatre têtes qui lui restaient qu’il ne l’était auparavant avec cinq têtes.

Bézuel. Voy. Desfontaines.

Bhargheist ou Bhar-geist, spectre errant connu des Teutons. Les Anglais le voient encore quelquefois dans le Yorkshire.

Bibésia. C’était dans la mythologie païenne, que Boileau admirait si niaisement, la déesse protectrice des buveurs et des ivrognes.

Bible du diable. C’est sans doute le grimoire ou quelque autre fatras de ce genre. Mais Delancre dit que le diable fait croire aux sorciers qu’il a sa Bible, ses cahiers sacrés, sa théologie et ses professeurs ; et un grand magicien avoua, étant sur la sellette au parlement de Paris, qu’il y avait à Tolède soixante-treize maîtres en la faculté de magie, lesquels prenaient pour texte la Bible du diable [74].

Bibliomancie, divination ou sorte d’épreuve employée autrefois pour reconnaître les sorciers. Elle consistait à mettre dans un des côtés d’une balance la personne soupçonnée de magie, et dans l’autre la Bible ; si la personne pesait moins, elle était innocente ; si elle pesait plus, elle était jugée coupable : ce qui ne manquait guère d’arriver, car bien peu d’in-folio pèsent un sorcier.

On consultait encore la destinée ou le sort en ouvrant la Bible avec une épingle d’or, et en tirant présage du premier mot qui se présentait.

Bietka. Il y avait en 1597 à Wilna, en Pologne, une fille nommée Bietka, qui était recherchée par un jeune homme appelé Zacharie. Les parents de Zacharie ne consentant point à son mariage, il tomba dans la mélancolie et s’étrangla. Peu de temps après sa mort il apparut à Bietka, lui dit qu’il venait s’unir à elle et tenir sa promesse de mariage. Elle se laissa persuader ; le mort l’épousa donc, mais sans témoins. Cette singularité ne demeura pas longtemps secrète, on sut bientôt le mariage de Bietka avec un esprit, on accourut de toutes parts pour voir la mariée ; et son aventure lui rapporta beaucoup d’argent, car le revenant se montrait et rendait des oracles ; mais il ne donnait ses réponses que du consentement de sa femme, qu’il fallait gagner. Il faisait aussi beaucoup de tours ; il connaissait tout le présent, et prédisait un peu l’avenir.

Au bout de trois ans, un magicien italien, ayant laissé échapper depuis cette époque un esprit qu’il avait longtemps maîtrisé, vint en Pologne, sur le bruit des merveilles de l’époux de Bietka ; il reconnut que le prétendu revenant était le démon qui lui appartenait ; il le renferma de nouveau dans une bague, et le remporta en Italie, en assurant qu’il eût causé de très-grands maux en Pologne s’il l’y eût laissé [75]. De sorte que la pauvre Bietka en fut pour trois années de mariage avec un démon.

Le fait est raconté par un écrivain qui croit fermement à ce prodige, et qui s’étonne seulement de ce que ce démon était assez matériel pour faire tous les jours ses trois repas. Des critiques n’ont vu là qu’une suite de supercheries, à partir de la prétendue strangulation de l’homme qui fit ensuite le revenant.

Bifrons, démon qui paraît avec la figure d’un monstre. Lorsqu’il prend forme humaine, il rend l’homme savant en astrologie, et lui enseigne à connaître les influences des planètes ; il excelle

Illustration du Dictionnaire infernal par Louis Le Breton.


dans la géométrie ; il connaît les vertus des herbes, des pierres précieuses et des plantes ; il transporte les cadavres d’un lieu à un autre. On l’a vu aussi allumer des flambeaux sur les tombeaux des morts. Il a vingt-six légions à ses ordres.

Bifrost. L’Edda donne ce nom à un pont tricolore qui va de la terre aux deux, et qui n’est que l’arc-en-ciel, auquel les Scandinaves attribuaient la solidité. Ils disaient qu’il est ardent comme un brasier, sans quoi les démons l’escaladeraient tous les jours. Ce pont sera mis en pièces à la fin du monde, après que les mauvais génies sortis de l’enfer l’auront traversé à cheval. Voy. Surtur.

Bigoïs ou Bigotis, sorcière toscane qui, dit-on, avait rédigé un savant livre sur la connaissance des pronostics donnés par les éclairs et le tonnerre. Ce savant livre est perdu, et sans doute Bigoïs est la même que Bagoé.

Bigourne. Voy. Lycanthropie.

Bilis. Les Madécasses désignent sous ce nom certains démons qu’ils appellent aussi anges du septième ordre.

Billard (Pierre), né dans le Maine en 1653, mort en 1726, auteur plat d’un volume in-12 intitulé la Bête à sept têtes, qui a paru en 1693. Cet ouvrage lourd, dirigé contre les jésuites, est très-niais. Selon Pierre Billard, la bête à sept têtes prédite par l’Apocalypse était la société de Jésus. L’auteur mourut à Charenton.

Billis, sorciers redoutés en Afrique, où ils empêchent le riz de croître et de mûrir. Les nègres mélancoliques deviennent quelquefois sorciers ou billis ; le diable s’empare d’eux dans leurs accès de tristesse, et leur apprend alors, disent-ils, à faire des maléfices et à connaître les vertus des plantes magiques.

Binet (Benjamin), auteur du petit volume intitulé Traité des dieux et des démons du paganisme, avec des remarques critiques sur le système de Bekker. Delft, 1696, in-12.

Binet (Claude). On recherche de Claude Binet, avocat du seizième siècle, les Oracles des douze sibylles, extraits d’un livre antique, avec les figures des sibylles portraites au vif, par Jean Rabel, traduit du latin de Jean Dorât en vers français. Paris, 1586, in-folio.

Biragues (Flaminio de), auteur d’une facétie intitulée l’Enfer de la mère Cardine, traitant de l’horrible bataille qui fut aux enfers aux noces du portier Cerberus et de Cardine. In-8°, Paris, 1585 et 1597. C’est une satire qui ne tient que si on le veut bien à la démonographie. P. Didot l’a réimprimée à cent exemplaires en 1793. L’auteur était neveu du chancelier de France René de Biragues.

Birck (Humbert), bourgeois d’Oppenheim dontl’àme revint après sa mort, en 1620, et se manifesta, comme les esprits frappeurs, pour obtenir des messes, ce qu’on lui accorda ; après quoi il ne revint plus [76].

Biron. Le maréchal de Biron, que Henri IV fit décapiter pour trahison en 1602, croyait aux prédictions. Pendant le cours de son procès, il

Illustration du Dictionnaire infernal par Louis Le Breton.


demanda de quel pays était le bourreau. On lui répondit qu’il était Parisien. — Bon, dit-il. — Et il s’appelle Bourguignon. — Ah ! je suis perdu ! s’écria le maréchal ; on m’a prédit que si je pouvais éviter par derrière le coup d’un Bourguignon, je serais roi.

M. Chabot de Bouin a écrit très-agréablement cette légende, développée dans l’Almanach prophétique de 1846.

Biscar (Jeannette), sorcière boiteuse du Labourd, que le diable, en forme de bouc, transportait au sabbat, où, pour le remercier, elle faisait, au dire de Delancre, des culbutes et des cabrioles.

Biscayens, vagabonds de l’espèce des bohémiens. Ils disaient la bonne aventure dans les villages.

Bisclavaret. C’est le nom que donnent les Bretons au loup-garou. C’est souvent un renard

Illustration du Dictionnaire infernal par Louis Le Breton.


et quelquefois un loup, qui se jette devant les chevaux des chasseurs et les effraye. On croit que cet animal est un sorcier qui en a pris la forme ; et dans les temps passés, si une châtelaine inconnue venait offrir des rafraîchissements

Illustration du Dictionnaire infernal par Louis Le Breton.


aux chasseurs à l’instant où le Bisclavaret s’était montré, on la prenait pour une fée et on se défiait d’elle. M. Edouard d’Anglemont a consacré une de ses légendes poétiques au Bisclavaret.

Bithies, sorcières fameuses chez les Scythes. Pline dit qu’elles avaient le regard si dangereux, qu’elles pouvaient tuer ou ensorceler ceux qu’elles fixaient. Elles avaient à l’un des yeux la prunelle double, l’autre prunelle était marquée de la figure d’un cheval [77].

Bitru, démon. Voy. Sytry.

Blaise de Vilfracuria, femme qui magnétisait en Lorraine, avant que l’on connût le nom du magnétisme. Remi conte dans sa Démonatrie qu’en 1689 un homme qui venait lui faire des réclamations fut invité par elle à manger des pommes qu’elle faisait cuire. La première pomme qu’il prit, toute brûlante, s’atlacha à sa main ; il voulut l’arracher de l’autre main, qui se trouva prise aussi. Il sortit en poussant des cris de douleur. Les voisins lui dirent qu’il devait retourner à la femme qui lui avait donné sa pomme. Biaise se moqua de lui, et lui fit sur les bras des passes qui ôtèrent la douleur en faisant tomber la pomme. Elle appelait sa malice une farce.

Blanc (M. Hippolyte), auteur d’un livre intitulé De l’inspiration des Camisards, recherches nouvelles sur les phénomènes extraordinaires observés parmi les protestants des Cévennes à la fin du dix-septième et au commencement du dix-huitième siècle, pour servir à l’intelligence de certaines manifestations modernes. In—12, 1859. Henri Pion, éditeur. Ce savant travail établit par d’incontestables faits la part démoniaque de ces inspirations.

Blanc d’œuf (Divination par le). Voyez Oomancie.

Blanchard (Élisabeth), une des démoniaques de Loudun. Elle se disait possédée de plusieurs démons : Astaroth, Belzébuth, Pérou et Marou, etc. Voy. Loudun.

Blasphème. Souvent il est arrivé malheur aux gens grossiers qui blasphémaient. On en a vu, dans des accès de colère, mourir subitement. Étaient-ils étouffés par la colère ? ou frappés d’un coup d’apoplexie ? ou châtiés par une puissance suprême ? ou, comme on l’a dit quelquefois, étranglés par le diable ? Torquemada parle, dans la troisième journée de son Hexaméron, d’un blasphémateur qui fut tué un jour par le tonnerre, et l’on reconnut avec stupeur que la foudre lui avait arraché la langue. Si c’est un hasard, il est bien singulier.

Blendic. On exorcisa à Soissons, en 1582, cinq énergumènes. La relation de leurs réponses et de leurs convulsions a été écrite par Charles Blendic, Artésien.

Bletton (Barthélémy), hydroscope qui, vers la fin du siècle dernier, renouvela à Paris les prodiges de la baguette divinatoire appliquée à la recherche des sources et des métaux. Sa gloire s’est promptement évanouie. Voy. Baguette divinatoire et Beausoleil.

Bloemardine, femme de Bruxelles qui, au commencement du quatorzième siècle, troubla le Brabant, où elle établit une sorte de saint-simonisme, abolissant le mariage et les mœurs v et donnant à ses disciples dissolus le nom de frères et de sœurs du libre esprit. Elle avait un fauteuil d’argent que ses adeptes regardaient comme un talisman puissant en prodiges [78].

Blokula. Vers l’année 1670, il y eut en Suède, au village de Mohra, dans la province d’Elfdalen, une affaire de sorcellerie qui fit grand bruit. On y envoya des’juges. Soixante-dix sorcières furent condamnées à mort ; une foule d’autres furent arrêtées, et quinze enfants se trouvèrent mêlés dans ces débats.

On disait que les sorcières se rendaient de nuit dans un carrefour, qu’elles y évoquaient le diable à l’entrée d’une caverne en disant trois fois : « Antesser ! viens, et nous porte à Blokula ! »

Blokula

C’était le lieu enchanté et inconnu du vulgaire où se faisait le sabbat. Le démon Antesser leur apparaissait sous diverses formes, mais le plus souvent en justaucorps gris, avec des chausses rouges ornées de rubans, des bas bleus, une barbe rousse, un chapeau pointu. Il les emportait à travers les airs à Blokula, aidé d’un nombre suffisant de démons, pour la plupart travestis en chèvres ; quelques sorcières plus hardies accompagnaient le cortège à cheval sur des manches à balai. Celles qui menaient des enfants plantaient une pique dans le derrière de leur chèvre ; tous les enfants s’y perchaient à califourchon à la suite de la sorcière, et faisaient le voyage sans encombre.

Quand ils sont arrivés à Blokula, ajoute la relation, on leur prépare une fête ; ils se donnent au diable, qu’ils jurent de servir ; ils se font une piqûre au doigt et signent de leur sang un engagement ou pacte ; on les baptise ensuite au nom du diable, qui leur donne des raclures de cloches. Ils les jettent dans l’eau en disant ces paroles abominables : « De même que cette raclure ne retournera jamais aux cloches dont elle est venue, que mon âme ainsi ne puisse jamais entrer dans le ciel !… »

La plus grande séduction que le diable emploie est la bonne chère, et il donne à ces gens un superbe festin, qui se compose d’un potage aux choux et au lard, de bouillie d’avoine, de beurre, de lait et de fromage. Après le repas, ils jouent et se battent ; et si le diable est de bonne humeur, il les rosse tous avec une perche, « ensuite de quoi il se met à rire à plein ventre ». D’autres fois il leur joue de la harpe.

Les aveux que le tribunal obtint apprirent que les fruits qui naissaient du commerce des sorcières avec les démons étaient des crapauds ou des serpents. Des sorcières révélèrent encore cette particularité, qu’elles avaient vu quelquefois le diable malade, et qu’alors il se faisait appliquer des ventouses par les sorciers de la compagnie.

Le diable enfin leur donnait des animaux qui les servaient et faisaient leurs commissions : à l’un un corbeau, à l’autre un chat, qu’ils appelaient emporteur, parce qu’on l’envoyait voler ce qu’on désirait et qu’il s’en acquittait habilement. Il leur enseignait à traire le lait par charme, de cette manière : le sorcier plante un couteau dans une muraille, attache à ce couteau un cordon qu’il tire comme le pis d’une vache, et les bestiaux qu’il désigne dans sa pensée sont traits aussitôt jusqu’à épuisement. Ils employaient le même moyen pour nuire à leurs ennemis, qui souffraient des douleurs incroyables pendant tout le temps qu’on tirait le cordon. Ils tuaient même ceux qui leur déplaisaient en frappant l’air avec un couteau de bois.

Sur ces aveux on brûla quelques centaines de sorciers, sans que pour cela il y en eût moins en Suède [79] ; mais ce qui est surprenant, c’est que les mêmes scènes de magie se reproduisent en Suède de nos jours. Voy. Magie.

Bobin (Nicolas), sorcier jugé à Montmorillon, en Poitou, dans l’année 1599. Il fit à peu près la même confession que Berthomé du Lignon. Il était allé comme lui au sabbat, et s’était donné au diable, qui lui avait fait renier Dieu, le baptême et ses parents. Il conte qu’après l’offrande le diable se montrait quelquefois en forme d’homme noir ayant la voix cassée d’un vieillard ; que, quand il appelait le diable, il venait à lui en homme ou en bouc ; que, lorsqu’il allait au sabbat, il y était porté par un vent ; qu’il y rendait compte de l’usage de ses poudres, qu’il avait toujours fidèlement employées à mal faire ; qu’il portait la marque du diable sur l’épaule ; que, quand il donnait des maladies, il les donnait au nom du diable et les guérissait au même nom ; qu’il en avait fait mourir ainsi, et guéri plusieurs [80]

Bobou, l’un des grands elfs. Il préside aux vents tempétueux de l’automne, s’assied la nuit sur les tilleuls et en casse les branches. Lorsqu’on voit, en Écosse, une de ces branches cassée, tordue, ou éclatée d’une certaine manière, on dit : « C’est la branche à Bobou, » et on n’ose pas la toucher.

Bocal, sorcier qui fut arrêté à vingt-sept ans dans le pays de Labourd, sous Henri IV, comme convaincu d’avoir été vu au sabbat, vêtu en prêtre et servant de diacre ou de sous-diacre, les nuits des trois jours qui précédèrent sa première messe dans l’église de Sibour ou Siboro (car ce malheureux était prêtre) ; et, comme on lui demandait pourquoi il disait plutôt la messe au sabbat qu’à l’église, il répondit que c’était pour s’essayer et voir s’il ferait bien les cérémonies. Sur la déposition de soixante-dix témoins, qui déclaraient l’avoir vu au sabbat chantant la messe du diable, il fut condamné à mort après avoir été dégradé. Lorsqu’il allait être exécuté (il n’avait que vingt-sept ans), il était tellement tendu à rendre son âme au diable auquel il l’avait promise, que jamais il ne sut dire ses prières au confesseur qui l’en pressait. Les témoins ont déclaré que la mère, les sœurs et tous les membres de la famille Bocal étaient sorciers, et que quand il tenait le bassin des offrandes, au sabbat, il avait donné l’argent desdites offrandes à sa mère, en récompense, sans doute, de ce qu’elle l’avait dès sa naissance voué au diable, comme font la plupart des autres mères sorcières [81]. Migaléna, mère de ce malheureux, âgée de soixante et un ans, fut exécutée avec lui.

Bodeau (Jeanne), sorcière du même pays de Labourd. Au rapport de Pierre Delancre, elle raconta qu’à l’abominable cérémonie appelée la messe du sabbat, on faisait l’élévation avec une hostie noire de forme triangulaire [82], et le salut de cette élévation était : Corbeau noir ! corbeau noir ! crié trois fois.

Bodilis. Cambry, dans son Voyage au Finistère, parle de la merveilleuse fontaine de Bodilis, à trois quarts de lieue de Landivisiau. Les habitants croient qu’elle a la propriété d’indiquer si une jeune fille n’a pas fait de faute. Il faut dérober à celle dont on veut apprécier ainsi la sagesse l’épine qui attache sa collerette en guise d’épingle, et la poser sur la surface de l’eau : tout va bien si elle surnage ; mais si elle s’enfonce, c’est qu’il y a blâme.

Bodin (Jean), savant jurisconsulte et démonographe angevin, mort de la peste en 1596. L’ouvrage qui fit sa réputation fut sa République, que la Harpe appelle le germe de l’Esprit des lois. Sa Démonomanie lui donne ici une place. Mais il est difficile de juger Bodin. On lui attribue un livre intitulé Colloquium heptaplomeron de abditis rerum sublimium arcanis, dialogues en six livres, où sept interlocuteurs de diverses religions disputent sur leurs croyances, de manière que les chrétiens cèdent souvent l’avantage aux musulmans, aux juifs, aux déistes. Aussi l’on a dit que Bodin était à la fois protestant, déiste, sorcier, juif et athée. Pourtant, ces dialogues sont-ils vraiment de lui ? On ne les connaît que par des copies manuscrites, car ils n’ont jamais été imprimés. — Sa Démonomanie des sorciers parut in-4°, à Paris, en 1501 ; on en a fait des éditions sous le titre de Fléau des démons et des sorciers (Niort, 1616). Cet ouvrage est divisé en quatre livres ; tout ce qu’ils contiennent de curieux est cité dans ce dictionnaire.

L’auteur définit le sorcier celui qui se pousse à quelque chose par des moyens diaboliques. Il démontre que les esprits peuvent s’associer et commercer avec les hommes. Il trace la différence d’humeur et de formes qui distingue les bons esprits des mauvais. Il parle des divinations que les démons opèrent, des prédictions licites ou illicites.

Dans le livre II, il recherche ce que c’est que la magie ; il fait voir qu’on peut évoquer les malins esprits, faire pacte avec le diable, être porté en corps au sabbat, avoir, au moyen des démons, des révélations par extase, se changer en loup-garou ; il termine par de longs récits qui prouvent que les sorciers ont pouvoir d’envoyer les maladies, stérilités, grêles et tempêtes, et de tuer les bêtes et les hommes.

Si le livre II traite des maux que peuvent faire les sorciers, on voit dans le livre III qu’il y a manière de les prévenir : qu’on peut obvier aux charmes et aux sorcelleries ; que les magiciens guérissent les malades frappés par d’autres magiciens. Il indique les moyens illicites d’empêcher les maléfices. Bien ne lui est étranger. Il assure que, par des tours de leur métier, les magiciens peuvent obtenir les faveurs des grands et de la fortune, les dignités, la beauté et les honneurs.

Dans le livre IV, il s’occupe de la manière de poursuivre les sorciers, de ce qui les fait reconnaître, des preuves qui établissent le crime de sorcellerie, des tortures, comme excellent moyen de faire avouer. Un long chapitre achève l’œuvre, sur les peines que méritent les sorciers. Il conclut à la mort cruelle ; et il dit qu’il y en a tant, que les juges ne suffiraient pas à les juger ni les bourreaux à les exécuter. « Aussi, ajoute-t-il, n’advient-il pas que de dix crimes il y en ait un puni par les juges, et ordinairement on ne voit que des bélîtres condamnés. Ceux qui ont des amis ou de l’argent échappent. »

L’auteur consacre ensuite une dissertation à réfuter Jean Wierus, sur ce qu’il avait dit que les sorciers sont le plus souvent des malades ou des fous, et qu’il ne fallait pas les brûler. — « Je lui répondrai, dit Bodin, pour la défense des juges, qu’il appelle bourreaux. »

L’auteur de la Démonomanie avoue que ces horreurs lui font dresser le poil en la tête, et il déclare qu’il faut exterminer les sorciers et ceux qui en ont pitié, et brûler les livres de Wierus [83].

Bodry. Voy. Revenants.

Boëce, l’un des plus illustres Bomains du sixième siècle, auteur des Consolations de la philosophie. Il s’amusait, dans ses moments de loisir, à faire des instruments de mathématiques, dont il envoya plusieurs pièces au roi Clotaire. Il avait construit des cadrans pour tous les aspects du soleil, et des clepsydres qui, quoique sans roues, sans poids et sans ressorts, marquaient aussi le cours du soleil, de la lune et des astres, au moyen d’une certaine quantité d’eau renfermée dans une boule d’étain qui tournait sans cesse, entraînée, dit-on, par sa propre pesanteur. C’était donc le mouvement perpétuel. Théodoric avait fait présent d’une de ces clepsydres à Gondebaud, roi des Bourguignons. Ces peuples s’imaginèrent que quelque divinité, renfermée dans cette machine, lui imprimait le mouvement:c’est là sans doute l’origine de l’erreur où sont tombés ceux qui l’ont accusé de magie. Ils en donnent pour preuves ses automates ; car on assure qu’il avait fait des taureaux qui mugissaient, des oiseaux qui criaient et des serpents qui sifflaient. Mais Delrio dit [84] que ce n’est là que de la magie naturelle, c’est-à-dire de la mécanique.

Boehm (Jacob), né en 1575, dans la haute Lusace. De cordonnier qu’il était il se fit alchimiste, homme à extases et chef d’une secte qui eut le nom de boehmistes. Il publia, en 1612, un livre de visions et de rêveries, intitulé l’Aurore naissante, que l’on poursuivit. Il expliquait le système du monde par la philosophie hermétique, et présentait Dieu comme un alchimiste occupé à tout produire par distillation. Les écrits de cet illuminé, qui forment plus de cinquante volumes inintelligibles, ne sont pas connus en France, excepté ce que Saint-Martin en a traduit:l’Aurore naissante, les Trois principes et la Triple vie. Ce songe-creux était anthropomorphite [85] et manichéen ; il admettait pour deuxième principe du monde la colère divine ou le mal, qu’il faisait émaner du nez de Dieu. On recherche, parmi ses livres d’alchimie, son Miroir temporel de l’éternité, ou de la Signature des choses, traduit en français, in—8°, Francfort, 1669 [86]. Ses doctrines philosophiques ont conservée des partisans en Allemagne.

Bœuf. Le bœuf de Moïse est un des dix animaux que Mahomet place dans son paradis.

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On attache à Marseille quelques idées superstitieuses au bœuf gras qu’on promène , dans cette ville, au son des flûtes et des timbales, non pas, comme partout, le jour du carnaval, mais la veille

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et le jour de la Fête-Dieu. Des savants ont cru voir là une trace du paganisme ; d’autres ont prétendu que c’était un usage qui remontait au bouc émissaire des Juifs. Mais Rulfi, dans son Histoire de Marseille, rapporte un acte du quatorzième siècle qui découvre l’origine réelle de cette coutume. Les confrères du Saint-Sacrement, voulant régaler les pauvres, achetèrent un bœuf et en avertirent le peuple en le promenant par la ville. Ce festin fit tant de plaisir qu’il se renouvela tous les ans ; depuis il s’y joignit de petites croyances. Les vieilles femmes crurent préserver les enfants de maladie en leur faisant baiser ce bœuf ; tout le monde s’empressa d’avoir de sa chair, et on regarde encore aujourd’hui comme très-heureuses les maisons à la porte desquelles il veut bien, dans sa marche, déposer ses déjections.

Parmi les bêtes qui ont parlé, on peut compter les bœufs. Fulgose rapporte qu’un peu avant la mort de César un bœuf dit à son maître qui le pressait de labourer : — « Les hommes manqueront aux moissons, avant que la moisson manque aux hommes. »

On voit dans Tite-Live et dans Valère-Maxime que pendant la deuxième guerre punique un bœuf cria en place publique : — « Rome, prends garde à toi !)) — François de Torre-Blanca pense que ces deux bœufs étaient possédés de quelque démon [87]. Le père Engelgrave (Lux evangelica, page 286 des Dominicales) cite un autre bœuf qui a parlé. Voy. Béhémoth.

Bogaha, arbre-dieu de l’île de Ceylan. On conte que cet arbre traversa les airs afin de se rendre d’un pays très-éloigné dans cette île sainte ; qu’il enfonça ses racines dans le sol pour servir d’abri au dieu Bouddha, et qu’il le couvrit de son ombrage tout le temps que ce dieu demeura sur la terre. Quatre-vingt-dix-neuf rois ont eu l’honneur d’être ensevelis aux pieds du grand arbre-dieu. Ses feuilles sont un excellent préservatif contre tout maléfice et sortilège. Un nombre considérable de huttes l’environnent pour recevoir les pèlerins ; et les habitants plantent partout de petits bogahas, sous lesquels ils placent des images et allument des lampes. Cet arbre, au reste, ne porte aucun fruit et n’a de recommandable que le culte qu’on lui rend.

Bogarmiles, Bogomiles et Bongomiles. Sorte de manichéens qui parurent à Constantinople au douzième siècle. Ils disaient que ce n’est pas Dieu, mais un mauvais démon qui a créé le monde. Ils étaient iconoclastes.

Boggart, lutin pygmée de l’espèce des Cluricaunes, souvent méchant. Il est connu en Irlande. Voyez la légende d’un de ces esprits dans les Légendes des esprits et des démons.

Bogies, lutins écossais, de l’espèce des Kobolds et des Gobelins.

Boglia. Les indigènes de l’Australie donnent le nom de Boglia à l’homme endiablé que nous appelons un sorcier.

Boguet (Henri), grand juge de la terre de Saint-Claude au comté de Bourgogne, mort en 1619, auteur d’un livre plein d’une crédulité souvent puérile et d’un zèle outré contre la sorcellerie. Ce livre, publié au commencement du

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dix-septième siècle, est intitule Discours des sorciers, avec six avis en fait de sorcellerie et une instruction pour un juge en semblable matière [88]. C’est une compilation des procédures auxquelles, comme juge, l’auteur a généralement présidé. On y trouve l’histoire de Louise Maillât, possédée de cinq démons à l’âge de huit ans ; de Françoise Secrétain, sorcière, qui avait envoyé lesdits démons ; des sorciers Gros-Jacques et Willermoz, dit le Bailla ; de Claude Gaillard, de Rolande Duvernois et de quelques autres. L’auteur détaille les abominations qui se font au sabbat ; il dit que les sorciers peuvent faire tomber la grêle, ce qui n’est pas ; qu’ils ont une poudre avec laquelle ils empoisonnent, ce qui est vrai : qu’ils se graissent les jarrets avec un onguent pour s’envoler au sabbat ; qu’une sorcière tue qui elle veut par son souffle seulement ; qu’elles ont mille indices qui les feront reconnaître : par exemple, que la croix de leur chapelet est cassée, qu’elles ne pleurent pas en présence du juge, qu’elles crachent à terre quand on les force à renoncer au diable, qu’elles ont des marques sous leur chevelure, lesquelles se découvrent si on les rase ; que les sorciers et les magiciens ont le talent de se changer en loups ; que sur le simple soupçon mal lavé d’avoir été au sabbat, même sans autre maléfice, on doit les condamner ; que tous méritent d’être brûlés, et que ceux qui ne croient pas à la sorcellerie sont criminels. C’est un peu trop violent, mais il faut remarquer qu’en ces choses ce n’était pas le clergé qui était sévère ; c’étaient ces juges laïques qui se montraient violents et féroces.

À la suite de ces discours viennent les Six avis, dont voici le sommaire :

1° Les devins doivent être condamnés au feu, comme les sorciers et les hérétiques, et celui qui a été au sabbat est digne de mort. Il faut donc arrêter, sur la plus légère accusation, la personne soupçonnée de sorcellerie, quand même l’accusateur se rétracterait ; et l’on peut admettre en témoignage contre les sorciers toutes sortes de personnes. On brûlera vifs, ajoute-t-il, les sorciers opiniâtres, et, par grâce, on se contentera d’étrangler celui qui confesse.

2° Dans le crime de sorcellerie, on peut condamner sur de simples indices, conjectures et présomptions ; on n’a pas besoin pour de tels crimes de preuves très-exactes.

3° Le crime de sorcellerie est directement contre Dieu (ce qui est vrai dans ce crime, quand il existe réellement, puisque c’est une négation de Dieu et un reniement) : aussi il faut punir sans ménagement ni considération quelconque…

4° Les biens d’un sorcier condamné doivent être confisqués comme ceux des hérétiques ; car sorcellerie est pire encore qu’hérésie, en ce que les sorciers renient Dieu. Aussi on remet quelquefois la peine à l’hérétique repenti ; on ne doit jamais pardonner au sorcier…

5° On juge qu’il y a sorcellerie quand la personne accusée fait métier de deviner, ce qui est l’œuvre du démon ; les blasphèmes et imprécations sont encore des indices. On peut poursuivre enfin sur la clameur publique.

6° Les fascinations, au moyen desquelles les sorciers éblouissent les yeux, faisant paraître les choses ce qu’elles ne sont pas, donnant des monnaies de corne ou de carton pour argent de bon aloi, sont ouvrages du diable ; et les fascinateurs, escamoteurs et autres magiciens doivent être punis de mort.

Le volume de Boguet est terminé par le code des sorciers. Voy. Code.

Bogounskis, mauvais esprits russes, qui dansent la nuit sur le lac de Goplo et quelquefois sur la Vistule.

Bohémiens. Il n’y a personne qui n’ait entendu parler des Bohémiennes et de ces bandes vagabondes qui, sous les noms de Bohémiens, de Biscaïens et d’Égyptiens ou Gitanos, se répandirent au quatorzième siècle sur l’Europe, dans l’Allemagne surtout, la Hollande, la Belgique, la France et l’Espagne, avec la prétention de posséder l’art de dire la bonne aventure et d’autres secrets merveilleux. Les Flamands les nommaient heyden, c’est-à-dire païens, parce qu’ils les regardaient comme des gens sans religion. On leur donna divers autres sobriquets.

Les historiens les ont fait venir, sur de simples conjectures, de l’Assyrie, de la Cilicie, du Caucase, de la Nubie, de l’Abyssinie, de la Chaldée. Bellon, incertain de leur origine, soutient qu’au moins ils n’étaient pas Égyptiens ; car il en rencontra au Caire, où ils étaient regardés comme étrangers aussi bien qu’en Europe. Il eût donc été plus naturel de croire les Bohémiens eux-mêmes sur leur parole, et de dire avec eux que c’était une race de Juifs, mêlés ensuite de chrétiens vagabonds. Voici ce que nous pensons être la vérité sur ces mystérieux nomades.

Vers le milieu du quatorzième siècle, l’Europe, et principalement les Pays-Bas, l’Allemagne et la France, étant ravagée par la peste, on accusa les Juifs, on ne sait pourquoi, d’avoir empoisonné les puits et les fontaines. Cette accusation souleva la fureur publique contre eux. Beaucoup de Juifs s’enfuirent et se jetèrent dans les forêts. Ils se réunirent pour être plus en sûreté et se ménagèrent des souterrains d’une grande étendue. On croit que ce sont eux qui ont creusé ces vastes cavernes qui se trouvent encore en Allemagne et que les indigènes n’ont jamais eu intérêt à fouiller.

Cinquante ans après, ces proscrits ou leurs descendants ayant lieu de croire que ceux qui les avaient tant haïs étaient morts, quelques-uns se hasardèrent à sortir de leurs tanières. Les chrétiens étaient alors occupés des guerres religieuses suscitées par l’hérésie de Jean Huss. C’était une diversion favorable. Sur le rapport de leurs espions, ces Juifs cachés quittèrent leurs cavernes, sans aucune ressource, il est vrai, pour se garantir de la misère ; mais pendant leur demi-siècle de solitude, ils avaient étudié les divinations et particulièrement l’art de dire la bonne aventure par l’inspection de la main ; ce qui ne demande ni instrument, ni appareil, ni dépense aucune ; et ils comptèrent bien que la chiromancie leur procurerait quelque argent.

Ils se choisirent d’abord un capitaine, nommé Zundel. Puis, comme il fallait déclarer ce qui les amenait en Allemagne, qui ils étaient, d’où ils venaient, et qu’on pouvait les questionner aussi sur leur religion ; pour ne pas se découvrir trop clairement, ni pourtant se renier, ils convinrent de dire que leurs pères habitaient autrefois l’Égypte, ce qui est vrai des Juifs ; et que leurs

Illustration du Dictionnaire infernal par Louis Le Breton.
Bohémiens


ancêtres avaient été chassés de Leur pays pour n’avoir pas voulu recevoir la Vierge Marie et son fils Jésus. — Le peuple comprit ce refus, du temps où Joseph emmena le divin Enfant en Égypte pour le soustraire aux recherches d’Hérode ; au lieu que les vagabonds juifs l’entendaient de la persécution qu’ils avaient soufferte cinquante ans auparavant. De là vient le nom d’Égyptiens qu’on leur donna et sous lequel l’empereur Sigismond leur accorda un passe-port.

Ils s’étaient formé un argot ou un jargon déguisé, mêlé d’hébreu et de mauvais allemand, qu’ils prononçaient avec un accent étranger. Des savants, qui ne voyaient pas plus loin, furent flattés de reconnaître certains termes de la langue allemande dans un patois qu’ils prenaient pour de l’égyptien. Ils dénaturaient aussi plusieurs appellations ; ils appelaient un enfant un criard, un manteau un preneur de vent, un soulier un marcheur, un oiseau un volant. Toutefois, la multitude de mots hébreux qui est restée dans le langage des Bohémiens suffirait seule pour trahir leur origine juive.

Ils avaient des mœurs particulières et s'étaient fait des lois qu'ils respectaient. Chaque bande se choisissait un chef, à qui tout le monde était tenu d'obéir. Quand parmi eux une femme se mariait, elle se bornait, pour toute cérémonie, à briser un pot de terre devant l'homme dont elle voulait devenir la compagne ; et elle le respectait comme son mari autant d'années que le vase avait produit de morceaux. Au bout de ce temps, les époux étaient libres de se quitter ou de rompre ensemble un nouveau pot de terre. On citerait beaucoup de bizarreries de ce genre.

Dès que les nouveaux Égyptiens virent qu'ils n'étaient pas repoussés, ils implorèrent la pitié des Allemands. Pour ne pas paraître à charge , ils assuraient que, par une grâce particulière du ciel, qui les protégeait encore en les punissant,

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les maisons où ils étaient une fois reçus n'étaient plus sujettes a l'incendie. Ils se mirent aussi à dire

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la bonne aventure, sur l'inspection du visage, des signes du corps, et principalement sur l'examen des lignes de la main et des doigts. Ils guérissaient les malades désespérés, par des remèdes que les Anglais ont conservés et qu'ils appellent héroïques, parce qu'ils tuent net les apoplectiques, s'ils ne les relèvent pas.

Cependant la fureur contre les Juifs s'était apaisée ; ils furent admis de nouveau dans les villages, puis dans les villes. Mais il resta toujours de ces bandes vagabondes qui continuèrent la vie nomade, découvrant partout l'avenir, et joignant à cette profession de nombreuses friponneries plus matérielles. Bientôt, quoique la nation juive fût le noyau de ces bandes, il s'y fit un tel mélange de divers peuples, qu'il n'y eut pas plus entre eux de religion dominante qu'il n'y avait de patrie. Ils parcoururent les Pays-Bas et passèrent en France, où on les appela les Bohémiens, parce qu’ils venaient de la Bohême.

Pasquier, dans ses Recherches, raconte à peu près ainsi leur apparition mystérieuse sur le sol français et leur arrivée aux portes de Paris en 1427 : — ils étaient au nombre de cent vingt ; l’un de leurs chefs portait le titre de duc, un autre celui de comte ; ils avaient dix cavaliers pour escorte. Ils disaient qu’ils venaient de la basse Egypte, chassés de leur pays par les Sarasins, qu’ils étaient allés à Rome confesser leurs péchés au Pape, qui leur avait enjoint pour pénitence d’errer sept ans par le monde, sans coucher sur aucun lit. (Les gens éclairés n’ajoutèrent sans doute pas foi à ce conte.) — On les logea au village de la Chapelle, près Paris ; et une grande foule alla les voir. — Ils avaient les cheveux crépus, le teint basané, et portaient aux oreilles des anneaux d’argent. Comme leurs femmes disaient la bonne aventure et se livraient à des pratiques superstitieuses et mauvaises, l’évêque de Paris les excommunia, défendit qu’on les allât consulter et obtint leur éloignement.

Le seizième siècle fut infesté de Bohémiens. Les états d’Orléans, en 1560, les condamnèrent au bannissement, sous peine des galères, s’ils osaient reparaître. Soufferts dans quelques contrées que divisait l’hérésie, chassés en d’autres lieux comme descendants de Cham, inventeur de la magie, ils ne paraissaient nulle part que comme une plaie. On disait en Flandre qu’ils étaient si experts en sorcellerie, que dès qu’on leur avait donné une pièce de monnaie, toutes celles qu’on avait en poche s’envolaient aussitôt et allaient rejoindre la première, opinion populaire qui peut se traduire en d’autres termes et qui veut dire que les Bohémiens étaient des escrocs. — Leurs bandes diminuèrent au dix-septième siècle. Pourtant on en voit encore quelques rares détachements. Sous les nouvelles lois de police des États européens, les sociétés bohémiennes sont dissoutes. Mais il y a toujours çà et là des individus qui disent la bonne aventure, et des imbéciles qui vont les consulter. Voy. Chiromancie [89].

Bohinum, idole des Arméniens, qui était faite d’un métal noir, symbole de la nuit. Son nom vient du mot hébreu bohu, désolation, à ce que dit Leloyer. C’est le démon du mal.

Bohmius (Jean). Quelques-uns recherchent sa Psychologie, ou Traité des esprits, publiée en 1632, à Amsterdam [90] livre qui ne manque pas d’hérésies.

Bohon-Hupas, arbre-poison qui croît dans l’île de Java, à trente lieues de Batavia. Les criminels condamnés allaient autrefois recueillir une gomme qui en découle, et qui est un poison si prompt et si violent, que les oiseaux qui traversent l’air au-dessus de cet arbre tombent morts ; du moins ces choses ont été contées. Après que leur sentence était prononcée, lesdits criminels pouvaient choisir de périr de la main du bourreau, ou de tenter de rapporter une boîte de gomme de l’hupas.* Foerssech rapporte qu’ayant interrogé un prêtre malais qui habitait ce lieu sauvage, cet homme lui dit qu’il avait vu passer environ sept cents criminels, sur lesquels il n’en était revenu que vingt-deux ; qu’il n’y avait pas plus de cent ans que ce pays était habité par un peuple qui se livrait aux iniquités de Sodome et de Gomorrhe ; que Mahomet ne voulut pas souffrir plus longtemps leurs mœurs abominables ; qu’il engagea Dieu à les punir ; et que Dieu fit sortir de la terre le bohon-hupas, qui détruisit les coupables, et rendit à jamais le pays inhabitable. Les Malais regardent cet arbre comme l’instrument de la colère du Prophète ; et, toutefois, la mort qu’il procure passe chez eux pour honorable ; voilà pourquoi les criminels qui vont chercher le poison se revêtent en général de leurs plus beaux habits [91].

Bois. Les anciens avaient une divination qui se pratiquait par le moyen de quelques morceaux de bois. Voy. Xylomancie.

Ils croyaient les forêts habitées par des divinités bizarres ; et dans les pays superstitieux, on y redoute encore les lutins. Les Kamstchadales disent que les bois sont pleins d’esprits malicieux. Ces esprits ont des enfants qui pleurent sans cessé pour attirer les voyageurs ; ils les égarent ensuite, et ils leur ôtent quelquefois la raison. — Enfin, c’est généralement dans les bois que les sorciers font le sabbat. C’était autrefois dans des bois dits sacrés qu’on honorait les faux dieux.

Bois de vie. C’est le nom que les alchimistes donnent à la pierre parfaite du grand œuvre, plus clairement appelée baume universel ou panacée, qui guérit tous les maux, et assure à ceux qui la possèdent une jeunesse inaltérable.

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Démon des bois.

Les Juifs nomment bois de vie les deux bâtons qui tiennent la bande roulée sur laquelle est écrit le livre de leur loi. Ils sont persuadés que l’attouchement de ces bâtons affermit la vue et rend la santé. Ils croient aussi qu’il n’y a pas de meilleur moyen de faciliter l’accouchement des femmes que de leur faire voir ces bois, qu’il ne leur est pas permis de toucher.

Boistuau ou Boaistuau (Pierre), dit Launay, Nantais, mort à Paris en 1566. On recherche de lui deux ouvrages rares et curieux : 1° Histoires prodigieuses, extraites de divers auteurs, in-8°, 1561. Aux quarante histoires de Boistuau, Tesserant en ajouta quinze. Belleforêt, Hoyer et Marionville les firent réimprimer avec une nouvelle continuation, en 1575, six vol. in-16. — 2° Histoires tragiques, extraites des œuvres italiennes de Bandel, et mises en langue française, 1568 et années suivantes, 7 vol. In-16. Il n’y a que les six premières histoires du premier volume qui aient été traduites par Boistuau; les autres sont de la traduction de Belleforêt, qui lui était bien inférieur.

Bojani (Michel). On peut lire de lui une Histoire des songes [92], publiée en 1587. Nous ne la connaissons que par le titre.

Bolacré (Gilles), bonhomme qui habitait une maison d’un faubourg de Tours, où il prétendit qu’il revenait des esprits qui l’empêchaient de dormir. C’était au seizième siècle. Il avait loué cette maison ; et comme il s’y faisait un bruit et un tintamarre d’esprits invisibles, sabbats et lutins, qui ne lui laissaient aucun repos, il voulut à toute force faire résilier son bail. La cause fut portée devant le siège présidial à Tours, qui cassa le bail. Le propriétaire en appela au parlement de Paris ; son avocat, maître René Chopin, soutint que les visions d’esprits n’étaient autre chose que des contes de vieilles, épouvantails de petits enfants. Le parlement ne décida rien et renvoya la cause au tribunal de la Tournelle, qui par son arrêt maintint la résiliation du bail [93].

Boléguéans, ou poulpiquets. Ce sont en Bretagne des lutins du genre des Coboldes. Voyez quelques détails sur un de ces bons petits lutins dans les Légendes des esprits et des démons.

Bolfri. Voy. Bérith.

Bolingbroke. Voy. Glocester.

Bolomancie. C’est la Bélomancie. Voy. ce mot.

Bolotoo, île imaginaire où les naturels des îles de Tonga placent leur paradis. Ils croient que les âmes de leurs chefs y deviennent des divinités du second ordre. Les arbres de Bolotoo sont chargés, disent-ils, des meilleurs fruits et toujours couverts des plus belles Heurs, qui renaissent toutes les fois qu’on les cueille. Ce séjour divin est rempli d’animaux immortels, que l’on ne tue que pour la nourriture des dieux et des élus ; mais aussitôt qu’on en tue un, un autre le remplace.

Bombast (Philippe). Voy. Paracelse.

Bona (Jean), savant et pieux cardinal, mort en 1674. On recherche de lui un Traité du discernement des esprits, in-12, publié en 1673 et traduit par l’abbé Leroy de Hautefontaine, 1676. Le chapitre xx de cet ouvrage traite avec beaucoup de lumières de ce qu’il y a de plus difficile dans la matière des visions et des révélations particulières [94].

Bonasses. Voy. Gullets.

Bonati (Gui), astrologue florentin du treizième siècle. Il vivait, dit-on, d’une manière originale, et possédait l’art de prédire l’avenir. Les troupes de Rome, sous le pontificat de Martin IV, assiégeaient Forli, ville de laRomagne, défendue par le comte de Montferrat. Bonati, qui s’y était retiré, voyant la ville prête à faire une sortie, annonça au comte qu’il serait blessé dans la mêlée. L’événement justifia la prédiction ; et le comte de Montferrat, qui avait porté avec lui ce qu’il fallait pour panser sa blessure, fit depuis le plus grand cas de l’astrologie. Bonati, sur la fin de sa vie, reconnut pourtant la vanité de sa science, se fit franciscain, et mourut pénitent en 1300. Ses ouvrages ont été recueillis par Jacques Cauterus, sous le titre de Liber astronomicus, in-4°, rare. Augsbourg, 1491.

Bongomiles. Voy. Bogarmiles.

Bonica, île imaginaire de l’Amérique, où Déotatus, médecin spagirique, place une fontaine dont les eaux, plus délicieuses que le meilleur vin, ont la vertu de rajeunir.

Boniface VIII, pape, élu le 24 décembre 1294. On a conté que, n’étant encore que cardinal, il fit percer une muraille qui avoisinait le lit du pape Célestin, et lui cria au moyen d’une sarbacane, qu’il eût à déposer la tiare s’il voulait être sauvé ; que le bon pape Célestin obéit à cette voix qu’il croyait venir du ciel, et céda la place à Boniface. — Mais ce récit n’est qu’une imposture entièrement supposée par les protestants, qui ont imaginé cette calomnie comme tant d’autres. La vérité est que le pape Célestin déposa la tiare pour s’occuper uniquement de son âme. Le cardinal Cajetan (depuis Boniface VIII) n’y fut pour rien [95].

Bonne aventure. Les diseurs de bonne aventure et les magiciens étaient devenus si nombreux à Rome du temps des premiers empereurs, qu’ils y avaient une confrérie. Pour l’art de dire

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la bonne aventure, voy. Chiromancie, Cartomancie, Astrologie, Métoposcopie, Horoscopes, Cranologie, et les cent autres manières.

Bonnes. On appelle bonnes, dans certaines provinces, des fées bienveillantes, des espèces de farfadets femelles sans malice, qui aiment les enfants et qui se plaisent à les bercer. On a sur elles peu de détails ; mais c’est d’elles, dit-on, que vient aux berceuses le nom de bonnes d’enfants. Habondia est leur reine.

Bonnet (Jeanne), sorcière deBoissy en Forez, brûlée le 15 janvier 1583 pour s’être vantée d’avoir eu des liaisons abominables avec le diable.

Bonnet pointu, ou esprit au bonnet. Voy. Hekdeckin.

Bonnevault (Pierre). Un sorcier poitevin du seizième siècle, nommé Pierre Bonnevault, fut arrêté parce qu’il allait au sabbat. Il confessa que la première fois qu’il y avait été mené par ses parents il s’était donné au diable, à qui il avait permis de prendre ses os après sa mort ; mais qu’il n’avait pas voulu donner son âme. Un jour, venant de Montmorillon, où il avait acheté deux charges d’avoine qu’il emportait sur deux juments, il entendit des gens d’armes sur le chemin ; craignant qu’ils ne lui prissent son avoine, il invoqua le diable, qui vint à lui comme un tourbillon de vent, et le transporta avec ses deux juments à son logis. Il avoua aussi qu’il avait fait mourir diverses personnes avec ses poudres ; enfin il fut condamné à mort. Voy. Tailletroux. C’était sa femme.

Bonnevault (Jean), frère de Pierre, fut aussi, accusé de sorcellerie ; et le jour du procès, devant l’assemblée, il invoqua le diable, qui l’enleva de terre à une hauteur d’environ quatre ou cinq pieds, et le laissa retomber sur le carreau, comme un sac de laine, sans aucun bruit, quoiqu’il eût aux pieds des entraves. Etant relevé par deux archers, on lui trouva la peau de couleur bleue tirant sur le noir ; il écumait et souffrait beaucoup. Interrogé là-dessus, il répondit qu’ayant prié le diable de le tirer de peine, il n’avait pu l’enlever, attendu que, comme il avait prêté serment à la justice, le diable n’avait plus pouvoir sur lui.

Bonnevault (Mathurin), parent des deux précédents, accusé comme eux de sorcellerie, fut visité par experts. On lui trouva sur l’épaule droite une marque de la figure d’une petite rose, dans laquelle on planta une longue épingle sans qu’il en ressentît aucune douleur, d’où on le jugea bien sorcier. Il confessa qu’ayant épousé en premières noces Berthomée de la Bédouche, qui était sorcière comme ses père et mère, il l’avait vue faire sécher au four des serpents et des crapauds pour des maléfices ; qu’elle le mena alors au sabbat, et qu’il y vit le diable, ayant des yeux noirs, ardents comme une chandelle. Il dit que le sabbat se tenait quatre fois l’an:la veille de la Saint-Jean-Baptiste, la veille de Noël, le mardi-gras et la veille de Pâques. On le convainquit d’avoir fait mourir sept personnes par maléfices; se voyant condamné, il avoua qu’il était sorcier depuis l’âge de seize ans. — Il y aurait de curieuses études à faire sur tous ces procès, si nombreux pendant les troubles sanglants de la réforme.

Bonsovanis (Barthélemi de), brave homme du diocèse de Trévise, dont un démon appelé Belzéout, quoique de rang inférieur dans son infernale hiérarchie, parvint à s’emparer en le rendant, jaloux de sa femme, qui était pieuse et chaste. Il devint si furieux qu’il fallut le lier, et ne pouvant plus tuer les autres, il se fût lue lui-même, si on ne l’eût délivré de son démon et de sa jalousie par l’exorcisme.

Bonzes. Les bonzes chinois font généralement profession de prédire l’avenir et d’exorciser les démons ; ils cherchent aussi la pierre philosophale. Lorsqu’un bonze promet de faire pleuvoir, si dans l’espace de six jours il n’a pas tenu sa promesse, on lui donne la bastonnade.

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Il existe des bonzes au Congo. On croit que leurs âmes sont errantes autour des lieux qu’ils ont habités. Quand on voit un tourbillon balayer la plaine et faire lever la poussière et le sable, les naturels s’écrient que c’est l’esprit des bonzes.

Bophomet.Voy. Tête de Bophomet.

Borak, jument ou mule de Mahomet, qu’il a mise dans son paradis. Elle avait une belle tête de femme, et s’allongeait à chaque pas aussi loin que la meilleure vue peut s’étendre.

Borax, sorte de pierre qui se trouve, disent les doctes, dans la tête des crapauds ; on lui attribue divers effets merveilleux, comme celui d’endormir. Il est rare, qu’on la puisse recueillir, et il n’est pas sûr qu’elle soit autre chose qu’un os durci.

Borborites. Voy. Génies.

Bordelon (Laurent), né à Bourges en 1653, mort en 1730 ; écrivain médiocre, qui toutefois savait beaucoup de choses, et s’était occupé de recherches sur les superstitions, les sciences occultes et les erreurs populaires. Il est fâcheux qu’il ait écrit si pesamment. On achète encore ses entretiens sur l’Astrologie judiciaire, qui sont curieux. Le plus connu de ses ouvrages (et il a été réimprimé plusieurs fois) est intitulé « Histoire des imaginations extravagantes de monsieur Oufle, causées par la lecture des livres qui traitent de la magie, du grimoire, des démoniaques, sorciers, loups-garoux, incubes, succubes, et du sabbat ; des fées, ogres, esprits, follets, génies, fantômes et autres revenants ; des songes, de la pierre philosophale, de l’astrologie judiciaire, des horoscopes, talismans, jours heureux et malheureux, éclipses, comètes et almanachs ; enfin de toutes les sortes d’apparitions, de divinations, de sortilèges, d’enchantements et d’autres superstitieuses pratiques. »

On voit par ce titre, que nous avons copié tout entier, que l’auteur avait pris un cadre assez vaste. Dans ses deux volumes in-12, ornés de figures, il s’est trouvé à l’étroit, et son travail, qui se modèle un peu sur le Don Quichotte, n’est recherché que pour les notes, très-nombreuses, lesquelles valent mieux que le texte.

Bordi ou Al-Bordi, montagne qui, selon les Persans, est l’œuf de la terre ; ils disent qu’elle était d’abord très-petite, qu’elle grossit au commencement, produisit le monde, et s’accrut tellement, qu’elle supporte aujourd’hui le soleil sur sa cime. Ils la placent au milieu de notre globe. Ils disent encore qu’au bas de cette montagne fourmillent quantité de dives ou mauvais génies, et qu’au-dessous est un pont où les âmes passent pour aller dans l’autre monde, après qu’elles ont rendu compte de ce qu’elles ont fait dans celui-ci.

Borgia (César). On lui attribue l’honneur d’avoir eu un démon familier.

Borri (Joseph-François), imposteur et alchimiste du dix-septième siècle, né à Milan en 1627. Il débuta par des actions qui l’obligèrent à chercher un refuge dans une église jouissant du droit d’asile. Il parut depuis changer de conduite ; puis il se dit inspiré du ciel, et prétendit que Dieu l’avait choisi pour réformer les hommes et pour rétablir son règne ici-bas. Il ne devait y avoir, disait-il, qu’une seule religion soumise au pape, à qui il fallait des armées, dont lui, Borri, serait le chef, pour exterminer tous les non catholiques. Il montrait une épée miraculeuse que saint Michel lui avait donnée ; il disait avoir vu dans le ciel une palme lumineuse qu’on lui réservait. Il soutenait que la sainte Vierge était de nature divine, conçue par inspiration, égale à son fils et présente comme lui dans l’Eucharistie, que le Saint-Esprit s’était incarné dans elle, que la seconde et la troisième personne de la Trinité sont inférieures au Père ; que la chute de Lucifer entraîna celle d’un grand nombre d’anges qui habitaient les régions de l’air. Il disait que c’est par le ministère de ces anges rebelles que Dieu a créé le monde et animé les brutes, mais que les hommes ont une âme divine ; que Dieu nous a faits malgré lui, etc. Il finit par se dire lui-même le Saint-Esprit incarné.

Il fut arrêté après la mort d’Innocent X, et le 3 janvier 1661, condamné comme hérétique et comme coupable de plusieurs méfaits. Mais il parvint à fuir dans le Nord, et il fit dépenser beaucoup d’argent à la reine Christine, en lui promettant la pierre philosophale. Il ne lui découvrit cependant pas ses secrets. Il voulait passer en Turquie, lorsqu’il fut arrêté de nouveau dans un petit village comme conspirateur. Le nonce du pape le réclama, et il fut conduit à Rome, où il vécut en prison jusqu’au 10 août 1695, jour de sa mort.

Il est l’auteur d’un livre intitulé la Clef du cabinet du chevalier Borri, où Von trouve diverses lettres scientifiques, chimiques et très-curieuses, ainsi que des instructions politiques, autres choses dignes de curiosité, et beaucoup de beaux secrets. Genève, 1681, petit in-12 [96]. Ce livre est un recueil de dix lettres, dont les deux premières roulent sur les esprits élémentaires. L’abbé de Villars en a donné un abrégé dans l’ouvrage intitulé le Comte de Gabalis.

Bortisme. Parmi les nouvelles religions qui s’établissent à Genève, la plus curieuse est celle de M. Bort, ministre du saint Évangile, qui s’est ouvert un temple et n’a pas d’autre autel qu’une table tournante. Les détails que nous allons donner sont empruntés aux Annales catholiques de Genève.

La réunion des fidèles qui ont admis ce culte est composée d’hommes, de femmes, et même de toutes jeunes personnes, rangés autour d’un guéridon. La table est tenue par trois influents, dont M. Bort est le principal acteur. Autrefois, la table répondait en frappant à mesure qu’on lui nommait une lettre de l’alphabet ;

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aujourd’hui, il y a, au milieu de la table, un pivot surmonté d’une tige et d’un plus petit guéridon, sur lequel se trouvent, à la circonférence, les lettres de l’alphabet, puis du pied part une autre tige fixe, qui se replie de manière à présenter sa pointe sur les lettres du petit guéridon, et quand la table veut répondre, ce petit guéridon tourne de manière que les lettres s’arrêtent sous la tige. Avec les lettres on fait des mots, avec les mots des phrases, et avec des phrases les révélations divines et mystérieuses. Quand il s’agit d’un oui ou d’un non, la table se penche ou frappe.

Il y a plusieurs secrétaires sténographes ; il y a le secrétaire qui rédige le procès-verbal et un lecteur. Pour gagner du temps, lorsque la table commence un mot, une ou deux lettres suffisent à M. Bort pour le compléter, sans attendre les interminables tours du guéridon supérieur. Lorsque c’est l’ange Gabriel qui parle par la table, les auditeurs sont assis ; mais lorsque c’est Jésus-Christ, tout le monde se lève dans l’attitude et le sentiment du respect. Quand c’est l’ange Gabriel qui répond, il commence ordinairement par ces mots : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen. » Jésus-Christ s’écrie : « Pais mes agneaux ! Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen. » Dans le livre des Révélations divines et mystérieuses, arrangé par M. Bort, il n’y aurait absolument rien de lui. « La préface elle-même aurait été dictée par le Sauveur. » Puis « la préface de l’ange Gabriel, » puis « la déclaration de l’ange Gabriel, à l’occasion de quelques propos tenus » par quelques personnes qui attribuaient à Satan, déguisé en ange de lumière, ces dictées qui étaient pour les auditeurs un sujet d’allégresse et d’actions de grâces… » Puis une oraison dominicale dictée par le Sauveur, différente de celle des Évangiles ; puis les paroles de l’ange et du Sauveur, jour par jour ; puis une préface, toujours « dictée par le Sauveur, pour l’ouvrage intitulé Du repentir envers Dieu, traduit de l’anglais par Gustave Petit-Pierre, et lu à la table du Sauveur » ; puis les paroles du Sauveur à une maîtresse de pension ; puis les histoires du Millenium, ou de la vallée sauvage ; de Mon règne s’avance, ou la cabane du pauvre nègre ; de la sanctification du chrétien par l’épreuve, ou de deux petits agneaux ; de l’heureuse famille, ou de la main paternelle de Jéhovah. Puis les prières, les actions de grâces, les invocations, les supplications, réceptions, odes, entretiens, psaumes, hymnes, magnificat, etc. Et tout cela absolument de Jésus-Christ, de l’ange Gabriel, de l’ange Luther, de l’ange Uriel, de l’archange Michel, de l’ange L…, de l’ange M…, de l’ange David, etc.

Le tout imprimé à Lausanne, chez Pache, cité Drapière, n° 3.

La préface dictée par le Sauveur fait Notre-Seigneur Jésus-Christ Genevois et calviniste renforcé. Remarquez bien que c’est le Sauveur lui-même qui a parlé de Genève comme suit :

« Cette table n’est point à Bethléem. Tu ne la trouveras ni sur le Golgotha ni sur le Calvaire ; non. Cette table n’est point non plus à Jérusalem ; mais elle est à Genève, dans la petite ville que me prépara mon serviteur Calvin ; oui, c’est la fille de ce digne missionnaire qui reçoit aujourd’hui les honneurs des cieux.

» Bethléem fut bénie ; mais Dieu regarde Genève. Le Sinaï trembla sous le pied de Jéhovah ; mais Genève chante sous son regard d’amour. Le Calvaire se fendit à l’ouïe de la voix de Dieu ; mais Genève s’épanouit comme une fleur à l’appel de sa douce voix. La colère de Jéhovah couvrit Jérusalem comme un déluge ; mais Genève va se couvrir de la rosée de son souffle paternel. La foudre de Jéhovah frappera la ville rebelle et maudite ; mais un bon père sourit à Genève.

» Oui, Genève ! ville bénie qui fus dès ton enfance couchée sur les bras de ton Dieu, appelle tes eaux el tes riantes campagnes pour bénir le jour de l’Éternel !

» Un Dieu, jadis, fit la garde sur tes remparts, et tes enfants écrivirent de leur sang sur tes murs : « La liberté et l’amour d’un Dieu et de leur patrie ! » Genève ! relève-toi !… debout !… monte sur les cadavres de tes ennemis… et proclame encore la liberté de ton Dieu ! Genève, tu as encore des remparts… ne crains point ! car ces remparts sont l’Éternel ton Dieu, l’Éternel des armées, le Dieu des combats, le maître des batailles…

» Genève, petite ville d’entre les villes, tu es grande devant le Seigneur, parce que tu as gardé la foi pour servir de flambeau aux nations de la terre !

» Genève, Genève, ô Genève ! Rome s’avance tenant à la main un joug de fer. Genève, tu es libre, prends garde ! tu porteras la couronne de victoire, mais tes pieds ne seront jamais souillés par les fers ennemis. Ton épée se rougira, mais ton front restera pur comme le lis sous la rosée.

» Enfants de Genève, restez dans vos murs pour défendre la mère qui vous cacha au jour du danger. Tes portes, Genève, c’est le bras de l’Éternel, et "sa voix est ton canon d’alarme.

» Ami lecteur, si tu as un cœur patriotique, tu me pardonneras ma petite digression ; mais je n’ai pu retenir le torrent qui bouillonnait dans mon âme. Aimes-tu ta patrie ? Oh ! si tu l’aimes, cours aux armes, car sa voix t’appelle, et tu pourrais un jour pleurer le sang qu’elle versa sous le feu ennemi. Oui, enfants libres d’un même Dieu, prenez vos armes et courez à la frontière ! Mais vos armes, ô enfants de Genève ! c’est la Bible de votre Roi. »

Bos (Françoise). Le 30 janvier 1606, le juge de Gueille procéda contre une femme de mauvaise vie que la clameur publique accusait d’avoir un commerce abominable avec un démon incube. Elle était mariée et se nommait Françoise Bos. De plus elle avait séduit plusieurs de ses voisines et les avait engagées à se souiller avec ce prétendu démon, qui avait l’audace de se dire capitaine du Saint-Esprit, mais qui, au témoignage desdites voisines, était fort puant. Cette dégoûtante affaire se termina par la condamnation de Françoise Bos, qui fut brûlée le 14 juillet 1606. — On présume, par l’examen des pièces, que le séducteur était un misérable vagabond [97].

Bosc (Jean du), président de la cour des aides de Rouen, décapité comme rebelle en 1562. On a de lui un livre intitulé Traité de la vertu et des propriétés du nombre septénaire.

Botanomancie, divination par le moyen des feuilles ou rameaux de verveine et de bruyère, sur lesquelles les anciens gravaient les noms et les demandes du consultant.

On devinait encore de cette manière : lorsqu’il y avait eu un grand vent pendant la nuit, on allait voir de bon matin la disposition des feuilles tombées, et des charlatans prédisaient ou déclaraient là-dessus ce que le peuple voulait savoir.

Botis. Voy. Otis.

Botris ou Botride, plante dont les feuilles sont velues et découpées, et les fleurs en petites grappes. Les gens à secrets lui attribuent des vertus surprenantes, et particulièrement celle de faire sortir avec facilité les enfants morts du sein de leur mère.

Boubenhore (Michel-Louis de), jeune Allemand de bonne famille qui, entraîné par la passion du jeu, se donna au démon dans un moment où il avait tout perdu, fut possédé aussitôt et poussé au crime. Les exorcismes le délivrèrent devant une foule immense de personnages considérables, et son histoire ne peut être contestée : on peut la lire dans les Légendes infernales.

Bouc. C’est sous la forme d’un grand bouc noir aux yeux étincelants que le diable se fait adorer au sabbat ; il prend fréquemment cette figure dans ses entrevues avec les sorcières, et le maître des sabbats n’est pas autrement désigné dans beaucoup de procédures que sous le nom de bouc noir ou grand bouc. Le bouc et le manche à balai sont aussi la monture ordinaire des sorcières, qui partent par la cheminée pour leurs assemblées nocturnes.

Le bouc, chez les Égyptiens, représentait le dieu Pan, et plusieurs démonographes disent que Pan est le démon du sabbat. Chez les Grecs, on immolait le bouc à Bacchus ; d’autres démonomanes pensent que le démon du sabbat est Bacchus. Enfin le bouc émissaire des Juifs (Azazel) hantait les forêts et les lieux déserts consacrés au démon : voilà encore, dans certaines opinions, les motifs qui ont placé le bouc au sabbat. Voy. Sabbat.

L’auteur des Admirables secrets d’Albert le Grand dit, au chapitre m du livre II, que si on se frotte le visage de sang de bouc qui aura bouilli avec du verre et du vinaigre, on aura incontinent des visions horribles et épouvantables. On peut procurer la même surprise à des étrangers qu’on voudra troubler. Les villageois disent que le diable se montre fréquemment en forme de bouc à ceux qui le font venir avec le Grimoire. Ce fut sous la figure d’un grand bouc qu’il emporta Guillaume le Roux, roi d’Angleterre.

Voici une aventure de bouc qui peut tenir ici sa place. Un voyageur couché dans une chambre d’auberge avait pour voisinage, sans le savoir, une compagnie de chèvres et de boucs, dont il n’était séparé que par une cloison de bois

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fort mince, ouverte en plusieurs endroits. Il s’était couché sans examiner son gîte et dormait paisiblement lorsqu’il reçut la visite d’un bouc son voisin : l’animal avait profité d’une ouverture pour venir le voir. Le bruit de ses sabots éveilla l’étranger, qui le prit d’abord pour un voleur. Le bouc s’approcha du lit et mit ses deux pieds dessus. Le voyageur, balançant entre le choix d’une prompte retraite ou d’une attaque vigoureuse, prit le parti de se saisir du voleur prétendu. Ses pieds, qui d’abord se présentent au bord du lit, commencent à l’intriguer ; son effroi augmente, lorsqu’il touche une face pointue, une longue barbe, des cornes…… Persuadé que ce ne peut être que le diable, il saute de son lit tout troublé. Le jour vint seul le rassurer en lui faisant connaître son prétendu démon. Voy. Grimoire.

Boucher. Ambroise Paré raconte, dans son livre des Monstres, chapitre 28, qu’un valet nommé Boucher étant plongé dans des pensées impures, un démon ou spectre lui apparut sous la figure d’une femme. Il suivit le tentateur ; mais incontinent son ventre et ses cuisses s’enflammèrent, tout son corps s’embrasa, et il en mourut misérablement.

Bouchey (Marguerite Ragum), femme d’un maçon de la Sologne, vers la fin du seizième siècle ; elle montrait une sorte de marionnette animée, que les gens experts découvrirent être un lutin. En juin 1603, le juge ordinaire de Romorantin, homme avisé, se mit en devoir de procéder contre cette femme. Elle confessa que maître Jehan, cabaretier de Blois, à l’enseigne du Cygne, chez qui elle était servante, lui avait fait gouverner trois mois cette marionnette ou mandragore, qu’elle lui donnait à manger avec frayeur d’abord, car elle était fort méchante, que quand son maître allait aux champs, il lui disait : — Je vous recommande ma bête, et que personne ne s’en approche que vous.

Elle conta qu’une certaine fois Jehan étant allé en voyage, elle demeura trois jours sans donner à manger à la bête, si bien qu’à son retour elle le frappa vivement au visage… Elle avait la forme d’une guenon; et on la cachait bien, car elle était si hideuse, que personne ne l’osait regarder. Sur ces dépositions, le juge fit mettre la femme Bouchey à la question, et plus tard le parlement de Paris la condamna comme sorcière. Il est assez probable que la marionnette était simplement une vraie guenon.

Bouddha, dieu des Hindous. Mais ce dieu n’était d’abord qu’un homme, et c’est un parvenu.

Bouillon du sabbat. Pierre Delancre assure, dans l’Incrédulité et mêcréance du sortilège pleinement convaincue, traité dixième, que les sorcières, au sabbat, font bouillir des enfants morts et de la chair de pendu, qu’elles y joignent des poudres ensorcelées, du millet noir, des grenouilles, qu’elles tirent de tout cela un bouillon qu’elles boivent en disant ; « J’ai bu du tympanon [98]., et me voilà professe en sorcellerie. » On ajoute qu’après qu’elles ont bu ce bouillon, les sorcières prédisent l’avenir, volent dans les airs, et possèdent le pouvoir de faire des sortilèges.


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Boule de cristal. Plusieurs devins se sont servis d’une boule de cristal devant laquelle ils plaçaient un enfant qui voyait dans cette boule ce que l’on désirait apprendre. Voy. Encre.

Boules de Maroc. Il existe à Maroc une tour surmontée de trois boules d’or, si artistement fixées au monument, que l’on a vainement tenté de les en détacher. Le peuple croit qu’un esprit garde ces boules et frappe de mort ceux qui essayent de les enlever [99].

Boullé (Thomas), vicaire de Picard, sorcier comme lui, et impliqué dans l’affaire de Madeleine Bavent et de la possession de Louviers. On le convainquit d’avoir noué et dénoué l’aiguillette, de s’être mis sur des charbons ardents sans avait commis des actes infâmes en grand nombre, il fut, après amende honorable, brûlé vif, à Rouen, sur le Vieux-Marché, le 22 août 1647 [100]. Voy. Louviers.

Boullenc (Jacques), astrologue à Bologne, natif du diocèse de Dol en Bretagne. Il lit plusieurs traités d’astrologie que nous ne connaissons pas ; il prédit les troubles de Paris sous Charles VI, ainsi que la prise de Tours par le Dauphin. Il dressa aussi, dit-on, l’horoscope de Pothon de Saintrailles, en quoi on assure qu’il rencontra juste [101].

Boulvèse, professeur d’hébreu au collège de Montaigu. Il a écrit l’histoire de la possession de Laon en 1556 ; c’est l’aventure de Nicole Aubry.


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Boundschesch.

Boundschesch, ou Livre de l’éternité, très-révéré des anciens Persans. C’est là qu’on voit qu’Ormusd est l’auteur du bien et du monde pur, Arimane l’auteur du mal et du monde impur. Un jour qu’Ormusd l’avait vaincu, Arimane, pour se venger, tua un bœuf qu’Ormusd avait créé : du sang de ce bœuf naquit le premier homme, sur lequel Ormusd répandit la force et la fraîcheur d’un adolescent de quinze ans, en jetant sur lui une goutte d’eau de santé et une goutte d’eau de vie. Ce premier homme s’appela Kaid-Mords ; il vécut mille ans et en régna cinq cent soixante. Il produisit un arbre, des fruits duquel naquit le genre humain. Arimane, ou le diable, sous la figure d’un serpent, séduisit le premier couple et le corrompit ; les premiers hommes déchus se couvrirent alors de vêtements noirs et attendirent tristement la résurrection ; car ils avaient introduit le péché dans le monde. On voit là une tradition altérée de la Genèse.


Bounsio, Japonaise que favorisaient les Kamis, esprits familiers du Japon. Elle désirait avoir des enfants. Par l’aide de ces esprits, elle pondit cinq cents œufs, d’où sortirent cinq cents enfants éclos au four.

Bourget ou Burgot, sorcier compromis avec Michel Verdung. Voy. Verdung.

Bourignon (Antoinette), visionnaire, née à Lille en 1616, morte en 1680 dans la Frise. Elle

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était si laide, qu’à sa naissance on hésita si on ne l’étoufferait pas comme un monstre. Elle se consola de l’aversion qu’elle inspirait par la lecture mal digérée de livres qui enflammèrent son imagination vive et ardente. Elle eut des visions et des extases. Elle se mit à prêcher, se fit chasser de Lille, et se retira en Hollande. Elle voyait partout des démons et des magiciens ; et ses nombreux ouvrages, qui furent tous imprimés sous ses yeux, en français, en flamand et en allemand, combattent tout culte extérieur et toute liturgie, en faveur d’une perfection mystique qui ne vient pas de Dieu. Les plus célèbres de ces écrits sont le traité du Nouveau ciel et du règne de l’Antéchrist, et son livre De l’aveuglement des hommes et de la lumière née en ténèbres.

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Bourignon. — Elle se mit à précher.


Bourreau. Le maître des hautes œuvres avait jadis diverses prérogatives. On lui attribuait même, dans plusieurs provinces, le privilège de guérir certaines maladies, en les touchant de la main lorsqu’il revenait d’une exécution de mort [102]. On disait autrefois à Paris qu’il était dangereux de se jouer avec le bourreau, peut-être à cause de ce fait : Un soir du dernier siècle, le marquis de Lally, revenant d’un petit souper, s’avisa de vouloir s’introduire, avec deux de ses amis, dans une maison où l’on dansait. C’était la maison du bourreau ; et le bourreau, lui-même, leur ouvrit la porte en se faisant connaître. Vingt ans après, le marquis de Lally mourait de la main de ce bourreau.

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Bourreau.

Bourru. Les Parisiens faisaient autrefois beaucoup de contes sur un fantôme imaginaire qu’ils appelaient le moine bourru. Ils en effrayaient les enfants. Croque-mitaine lui a succédé.

Boury, agent de sorcellerie. Voy. Flaque.

Bousanthropie, maladie d’esprit qui frappait certains visionnaires, et leur persuadait qu’ils étaient changés en bœufs. Mais les bousanthropes sont bien moins communs que les loups-garous ou lycanthropes dans les annales des égarements de l’esprit humain.

Bouton de bachelier. Les jeunes paysans anglais prétendaient autrefois savoir d’avance quels seraient leurs succès auprès des jeunes filles qu’ils voulaient rechercher en mariage, en portant dans leur poche une plante nommée bouton de bachelier, de l’espèce des lychnis, et dont la fleur ressemble à un bouton d’habit. Ils jugeaient s’il fallait espérer ou désespérer, selon que ces boutons s’épanouissaient ou non [103].

Boville ou Bovelles, Bovillus (Charles de), Picard, mort vers 1553. Il veut établir, dans son livre De sensu, cette opinion que le monde est un animal, opinion d’ailleurs ancienne, renouvelée plusieurs fois depuis et assez récemment par Félix Nogaret [104] . On cite encore de Bovillus ses Lettres [105], sa Vie de Raymond Lulle, son Traité des douze nombres et ses Trois dialogues sur l’immortalité de l’âme, la résurrection et la fin du monde [106].

Boxhorn (Marc Zuerius), critique hollandais, né à Berg-op-Zoom en 1612. On recherche de lui un Traité des songes, qui passe pour un ouvrage rare et curieux [107].

Braccesco (Jean), alchimiste de Brescia, qui florissait au seizième siècle. Il commenta l’ouvrage arabe de Geber, dans un fatras aussi obscur que le livre commenté. Le plus curieux de ses traités est Le bois de vie, où l’on apprend la médecine au moyen de laquelle nos premiers pères ont vécu neuf cents ans [108].

Brag, lutin nocturne qui s’annonce chez les Anglais par un bruit de grelots si fort qu’on peut le prendre pour un cheval de poste. On ne le voit pas d’abord, mais son plaisir est de poser ses deux pattes de devant sur les épaules du passager qu’il veut intriguer. Après s’être fait traîner ainsi quelques pas, il s’enfuit en poussant un joyeux hennissement. Il a eu l’audace de se montrer en 1809 dans la ville d’York.

Bragadini (Marc-Antoine), alchimiste, originaire de Venise, décapité dans la Bavière, en 1595, parce qu’il se vantait de faire de l’or, qu’il ne tenait que des libéralités d’un démon, comme disent les récits du temps. Son supplice eut lieu à Munich, par l’ordre du duc Guillaume II. On arrêta aussi deux chiens noirs qui accompagnaient partout Bragadini, et que l’on reconnut être ses démons familiers. On leur fit leur procès ; ils furent tués en place publique à coups d’arquebuse.

Brahma, dieu créateur des Indiens. Ils lui reconnaissent neuf fils, qui sont autant de petits Brahmas : Takin, né de l’orteil du dieu ; Poulaguin, de son nombril ; Poulalien, de son oreille ; Pirrougou, de son épaule ; Méraclou, de ses mains ; Chanabadi, de son visage ; Anguira, de son nez ; Narissen, de son esprit, et Atri, de ses yeux.

Brahmanes, Brahmes et Brahmines, sectateurs de Brahma dans l’Inde. Ils croient que l’âme de Brahma passa successivement dans quatre-vingt mille corps différents, et s’arrêta un peu dans celui d’un éléphant blanc avec plus de complaisance ; aussi révèrent-ils l’éléphant blanc.

Ils sont la première des quatre castes du peuple qui adore Brahma. Ces philosophes, dont on a conté tant de choses, vivaient autrefois en partie dans les bois, où ils consultaient les astres et faisaient de la divination, et en partie dans les villes pour enseigner la morale aux princes indiens. Quand on allait les écouter, dit Strabon, on devait le faire dans le plus grand silence. Celui qui toussait ou crachait était exclu.

Les Brahmanes croient à la métempsycose, ne mangent que des fruits ou du lait, et ne peuvent toucher un animal sans se rendre immondes. Ils disent que les bêtes sont animées par les âmes des anges déchus, système dont le père Bougeant a tiré un parti ingénieux.

Il y avait dans les environs de Goa une secte de brahmanes qui croyaient qu’il ne fallait pas attendre la mort pour aller dans le ciel. Lorsqu’ils se sentaient bien vieux, ils ordonnaient à leurs disciples de les enfermer dans un coffre et d’exposer le coffre sur un fleuve voisin qui devait les conduire en paradis. Mais le diable était là qui les guettait ; aussitôt qu’il les voyait embarqués, il rompait le coffre, empoignait son homme ; et les habitants du pays, retrouvant la boîte vide, s’écriaient que le vieux brahmane était allé auprès de Brahma.

Ce Brahma, chef des brahmanes ou brahmes, ou brahmines, est, comme on sait, l’une des trois personnes de la trinité indienne. Il resta plusieurs siècles, avant de naître, à réfléchir dans un œuf d’or, de la coquille duquel il fit le ciel et la terre. Il avait cinq têtes ; il en perdit une dans une bataille, et se mit ensuite à produire quatorze mondes, l’un de son cerveau, l’autre de ses yeux, le troisième de sa bouche, le quatrième de son oreille gauche, le cinquième de son palais, le sixième de son cœur, le septième de son estomac, le huitième de son ventre, le neuvième de sa cuisse gauche, le dixième de ses genoux, le onzième de son talon, le douzième de l’orteil de son pied droit, le treizième de la plante de son pied gauche et le dernier de l’air qui l’environnait. Les habitants de chacun de ces mondes ont des qualités qui les distinguent, analogues à leur origine ; ceux du monde sorti du cerveau de Brahma sont sages et savants.

Les brahmines sont fatalistes ; ils disent qu’à la naissance de chaque être mortel, Brahma écrit tout son horoscope qu’aucun pouvoir n’a plus le moyen de changer.

Les brahmines, toujours astrologues et magiciens, jouissent encore à présent du privilège de ne pouvoir être mis à mort pour quelque crime que ce soit. Un Indien qui aurait le malheur de tuer un brahmine ne peut expier ce crime que par douze années de pèlerinage, en demandant l’aumône et faisant ses repas dans le crâne de sa victime.

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Brahmane.

Les brahmanes de Siam croient que la terre périra par le feu, et que de sa cendre il en renaîtra une autre qui jouira d’un printemps perpétuel.

Le juge Boguet, qui fut dans son temps le fléau des sorciers, regarde les brahmanes comme d’insignes magiciens, qui faisaient le beau temps et la pluie en ouvrant ou fermant deux tonneaux qu’ils avaient en leur puissance. Leloyer assure, page 337, que les brahmanes, ou brahmines, vendent toujours les vents par le moyen du diable ; et il cite un pilote vénitien qui leur en acheta au seizième siècle.

Brandebourg. On assure encore, dans les villages de la Poméranie et de la Marche électorale, que toutes les fois qu’il doit mourir quelqu’un de la maison de Brandebourg, un esprit apparaît dans les airs, sous l’apparence d’une grande statue de marbre blanc. Mais c’est une femme animée. Elle parcourt les appartements du château habité par la personne qui doit mourir, sans qu’on ose arrêter sa marche. Il y a longtemps que cette apparition n’a lieu ; et l’on conte qu’un page ayant eu l’audace un jour de se placer devant la grande femme blanche, elle le jeta à terre avec tant de violence qu’il resta mort sur la place.

Bras de fer, berger sorcier. Voy. Hocque.

Brebis. Voy. Troupeaux.

Brennus, général gaulois. Après qu’il se fut emparé de Delphes, et qu’il eut profané le temple d’Apollon, il survint un tremblement de terre, accompagné de foudres et d’éclairs et d’une pluie de pierres qui tombait du mont Parnasse ; ce qui mit ses gens en tel désarroi qu’ils se laissèrent vaincre ; Brennus, déjà blessé, se donna la mort.

Briffaut, démon peu connu, quoique chef de légion. Il s’était logé dans le corps d’une possédée de Beauvais, au commencement du dix-septième siècle.

Brigitte (sainte). Il y a dans les Révélations de sainte Brigitte de terribles peintures de l’enfer. Les ennemis de la religion ont trouvé dans ces écrits un thème à leurs déclamations. Mais ce ne sont pas là des livres canoniques ; l’Église n’ordonne pas de les croire, et ils ne s’adressent pas à toute sorte de lecteurs.

Brinvilliers (Marie-Marguerite, marquise de),

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femme qui, de 1666 à 1672, empoisonna, ou du moins fut accusée d’avoir empoisonné, sans motifs de haine, quelquefois même sans intérêt, parents, amis, domestiques ; elle allait jusque dans les hôpitaux donner du poison aux malades. Il faut attribuer tous ces crimes à une horrible démence ou à cette dépravation atroce dont on ne voyait autrefois d’autre explication que la possession du diable. Aussi a-t-on dit qu’elle s’était vendue à Satan.

Dès l’âge de sept ans, la Brinvilliers commença, dit-on, sa carrière criminelle, et il a été permis à des esprits sérieux de redouter en elle un affreux démon possesseur. Elle fut brûlée en 1676. Les empoisonnements continuèrent après sa mort. Voy. Voisin.

Dans l’Almanach prophétique de 1842, M. Eugène Bareste a tenté de justifier la marquise de Brinvilliers. Mais il n’est pas possible qu’on l’ait noircie. — Gôrres, dans sa Mystique, reconnaît dans les crimes de cette femme l’influence satanique, comme on a pu la voir de nos jours dans un monstre appelé Dumollard.

Brioché (Jean), arracheur de dents qui, vers l’an 1650, se rendit fameux par son talent dans l’art de faire jouer les marionnettes. Après avoir amusé Paris et les provinces, il passa en Suisse et s’arrêta à Soleure, où il donna une représentation en présence d’une assemblée nombreuse, qui ne se doutait pas de ce qu’elle allait voir, car les Suisses ne connaissaient pas les marionnettes. À peine eurent-ils aperçu Pantalon, le diable, le médecin, Polichinelle et leurs bizarres compagnons, qu’ils ouvrirent des yeux effrayés. De mémoire d’homme, on n’avait entendu parler dans le pays d’êtres aussi petits, aussi agiles et aussi babillards que ceux-là. Ils s’imaginèrent que ces petits hommes qui parlaient, dansaient, se battaient et se disputaient si bien ne pouvaient être qu’une troupe de lutins aux ordres de Brioché.

Cette idée se confirmant par les confidences que les spectateurs se faisaient entre eux, quelques-uns coururent chez le juge, et lui dénoncèrent le magicien.

Le juge, épouvanté, ordonna à ses archers d’arrêter le sorcier, et l’obligea à comparaître devant lui. On garrotta Brioché, on l’amena devant le magistrat, qui voulut voir les pièces du procès ; on apporta le théâtre et les démons de Dois, auxquels on ne touchait qu’en frémissant ; et Brioché fut condamné à être brûlé avec son attirail. Cette sentence allait être exécutée, lorsque survint un nommé Dumont, capitaine des gardes suisses au service du roi de France : curieux de voir le magicien français, il reconnut le malheureux Brioché qui l’avait tant fait rire à Paris. Il se rendit en toute hâte chez le juge : après avoir fait suspendre d’un jour l’arrêt, il lui expliqua l’affaire, lui fit comprendre le mécanisme des marionnettes, et obtint l’ordre de mettre Brioché en liberté. Ce dernier revint à Paris, se promettant bien de ne plus songer à faire rire les Suisses dans leur pays [109] .

Brizomantie, divination par l’inspiration de Brizo, déesse du sommeil ; c’était l’art de deviner les choses futures ou cachées par les songes naturels.

Brocéliande, forêt enchantée des romans de chevalerie.

Brognoli, savant religieux italien de l’ordre des frères mineurs, a exorcisé et délivré plusieurs énergumènes et laissé un livre curieux, intitulé Alexicacon, hoc est de maleficiis ac moribus maleficis cognoscendis. Venise, 1714>

Brohon (Jean), médecin de Coutances, au seizième siècle. Des amateurs recherchent de lui : 1° Description d’une prodigieuse et merveilleuse comète, avec un traité présagique des comètes ; in-8°, Paris, 1568. — 2° Almanach, ou Journal astrologique, avec les jugements pronostiques pour l’an 1572; Rouen, 1571, in—12.

Brolic (Corneille), jeune garçon du pays de Labourd, que Pierre Delancre interrogea comme sorcier au commencement du dix-septième siècle. Il avoua qu’il fut violenté pour baiser le derrière du diable, a Je ne sais s’il dit cela par modestie, ajoute Delancre ; car c’est un fort civil enfant. Mais il ajouta qu’il soutint au diable qu’il aimerait mieux mourir que lui baiser le derrière, si bien qu’il ne le baisa qu’au visage ; et il eut beau coup de peine à se tirer du sabbat, dont il n’approuvait pas les abominations [110]. »

Bronzet, lutin qui fréquentait l’abbaye de Montmajor, près d’Arles. Voy. Puck.

Brossier (Marthe), fille d’un tisserand de Romorantin, qui se dit possédée et convulsionnaire en 1569, à l’âge de vingt-deux ans. Elle se fit exorciser ; les effets de la possession devinrent de plus en plus merveilleux. Elle parcourait les villes, et le diable, par sa bouche, parlait hébreu, grec, latin, anglais, etc. On disait aussi qu’elle découvrait les secrets ; on assure que dans ses cabrioles elle s’élevait quelquefois à quatre pieds de terre.

L’official d’Orléans, qui se défiait d’elle, lui dit qu’il allait l’exorciser, et conjugua, dans Despautère, les verbes nexo et texo. Le démon aussitôt la renversa à terre, où elle fit ses contorsions. Charles Miron, évêque d’Angers, devant qui elle fut conduite, la fit garder dans une maison de confiance. On mit à son insu de l’eau bénite dans sa boisson, qui n’opéra pas plus d’effet que l’eau ordinaire ; on lui en présenta dans un bénitier, qu’elle crut bénite, et aussitôt elle tomba par terre, se débattit et fit les grimaces accoutumées. L’évêque, un Virgile à la main, feignit de vouloir l’exorciser, et prononça d’un ton grave : Arma virumque cano. Les convulsions de Marthe ne manquèrent pas de redoubler. Certain alors de l’imposture, Charles Miron chassa la prétendue possédée de son diocèse, comme on l’avait chassée d’Orléans.

À Paris, les médecins furent d’abord partagés sur son état ; mais bientôt ils prononcèrent qu’il y avait beaucoup de fraude, peu de maladie, et que le diable n’y était pour rien : Nihil a dœmone, multa ficta, a morbo pauca. Le parlement prit connaissance de l’affaire, et condamna Marthe à s’en retourner à Romorantin, chez ses parents, avec défense d’en sortir, sous peine de punition corporelle.

Cependant elle se fit conduire quelque temps après devant l’évêque de Clermont qu’elle espérait tromper ; mais un arrêt du parlement la mit en fuite. Elle se réfugia à Rome, où elle fut enfermée dans une communauté; là finit sa possession. On peut voir sur cette affaire les lettres du cardinal d’Ossat et une brochure intitulée Discours véritable sur le fait de Marthe Brossier, par le médecin Marescot, qui assista aux exorcismes (in-8°, Paris, 1599).

Brothers (Richard), enthousiaste anglais qui, au dix-septième siècle, se disait prophète et neveu de Dieu, à peu près comme David-Georges. Il enseignait que toutes les âmes avaient été créées en même temps que celle d’Adam, et avaient péché avec lui dans le paradis terrestre. Il croyait à la métempsycose, et disait que son âme était celle de saint Jacques le Mineur. Il se proposait d’aller rétablir le royaume d’Israël, et il s’adressa dans ce but au roi et au parlement. Il avait beaucoup de disciples, à qui il promettait un miracle éclatant. Il devait changer son bâton en serpent, au milieu du Strand, à l’heure de midi ; ce qui échoua. Il annonçait aussi un tremblement de terre ; à propos de cette prophétie, beaucoup de personnes désertèrent Londres. Mais le tremblement de terre n’eut pas lieu, et le prophète fut mis en prison. Nous n’en savons pas plus sur le compte de cet homme.

Broucolaques. Voy. Vampires.

Brouette de la Mort. C’est une opinion généralement reçue parmi les paysans de la basse Bretagne que, quand quelqu’un est destiné à rendre bientôt le dernier soupir, la brouette de la Mort passe dans le voisinage. Elle est couverte d’un drap blanc, et des spectres la conduisent ; le moribond entend même le bruit de sa roue [111]. Dans certains cantons, cette brouette est le char de la Mort, carrick an Nankou, et le cri de la fresaie annonce son passage [112] .

Brown (Thomas), médecin anglais, mort en 1682. Il combattit les erreurs dans un savant ouvrage [113] que l’abbé Souchay a traduit en français sous le titre d'Essai sur les erreurs populaires, ou examen de plusieurs opinions reçues comme vraies et qui sont fausses ou douteuses. vol. in-12. Paris, 1733 et 1742. Ce livre, utile quand il parut, l’est encore aujourd’hui, quoique beaucoup de ses erreurs soient dissipées. Les connaissances du docteur Brown sont vastes, ses jugements souvent justes ; quelquefois cependant il remplace une erreur par une autre.

L’Essai sur les erreurs populaires est divisé en sept livres. On recherche dans le premier la source des erreurs accréditées ; elles doivent naissance à la faiblesse de l’esprit humain, à la curiosité, à l’amour de l’homme pour le merveilleux, aux fausses idées, aux jugements précipités.

Dans le second livre on examine les erreurs qui attribuent certaines vertus merveilleuses aux minéraux et aux plantes : telles sont les qualités surnaturelles qu’on donne à l’aimant et le privilège de la rose de Jéricho qui, dans l’opinion des bonnes gens, fleurit tous les ans la veille de Noël.

Le troisième livre est consacré aux animaux, et combat les merveilles qu’on débite sur leur compte et les propriétés que des charlatans donnent à quelques-unes de leurs parties ou de leurs sécrétions.

Le quatrième livre traite des erreurs relatives à l’homme. L’auteur détruit la vertu cordiale accordée au doigt annulaire, le conte populaire qui fait remonter l’origine des éternuments à une épidémie dans laquelle on mourait en éternuant, la puanteur spéciale des Juifs, les pygmées, les années climatériques.

Le cinquième livre est consacré aux erreurs qui nous sont venues par la faute des peintres ; comme le nombril de nos premiers parents, le sacrifice d’Abraham, où son fils Isaac est représenté enfant, tandis qu’il avait quarante ans.

L’auteur discute dans le livre sixième les opinions erronées ou hasardées qui ont rapport à la cosmographie et à l’histoire. Il combat les jours heureux ou malheureux, les idées vulgaires sur la couleur des nègres.

Le septième livre enfin est consacré à l’examen de certaines traditions reçues, sur la mer Morte, la tour de Babel, les rois de l’Épiphanie, etc.

Le savant ne se montre pas crédule ; cependant il croyait, comme tout chrétien, aux sorciers et aux démons. Le docteur Hutchinson cite de lui un fait à ce sujet dans son Essai sur la sorcellerie. En 1664, deux personnes accusées de sorcellerie allaient être jugées à Norwich ; le grand jury consulta Brown, dont on révérait l’opinion et le savoir. Brown signa une attestation dont on a conservé l’original, dans laquelle il reconnaît l’existence de sorciers et l’influence du diable ; il y cite même des faits analogues à ceux qui faisaient poursuivre les deux accusés, et qu’il présente comme incontestables. Ce fut cette opinion qui détermina la condamnation des prévenus.

Brownie, lutin écossais. Le roi Jacques regardait Brownie comme un agent de Satan ; Kirck en fait un bon génie. Aux îles d’Arkney, on répand encore des libations de lait dans la cavité d’une pierre appelée la pierre de Brownie, pour s’assurer sa protection. Le peuple de ces îles croit Brownie doux et pacifique ; mais si on l’offense^il ne reparaît plus. Dans quelques châteaux de l’Écosse, on croit avoir un Brownie, qui est un démon familier.

Brudemort, démon noir qui est dans la Normandie l’épouvante des campagnes. Il est servi par ses dix mille huarts, qui sont des lutins ténébreux, hurlant la nuit et mettant leur joie à faire peur aux bonnes gens.

Bruhesen (Pierre Van), docteur et astrologue de la Campine, mort à Bruges en 1571. Il publia dans cette ville, en 1550, son Grand et perpétuel almanach, où il indique scrupuleusement, d’après les principes de l’astrologie judiciaire, les jours propres à purger, baigner, raser, saigner, couper les cheveux et appliquer les ventouses. Ce modèle de l’almanach de Liège fit d’autant plus de rumeur à Bruges, que le magistrat, qui donnait dans l’astrologie, fit très-expresses défenses à quiconque exerçait dans sa ville le métier de barberie de rien entreprendre sur le menton de ses concitoyens pendant les jours néfastes.

François Rapaërt, médecin de Bruges, publia contre Bruhesen le Grand et perpétuel almanach, ou fléau des empiriques et des charlatans’[114]. Mais Pierre Haschaert, chirurgien partisan de l’astrologie, défendit Bruhesen dans son Bouclier astrologique contre le fléau des astrologues de François Rapaërt [115], et depuis on a fait des almanachs sur le modèle de Bruhesen, et ils n’ont pas cessé d’avoir un débit immense.

Brulefer. C’est le nom que donnent les Véritables clavicules de Salomon à un démon ou esprit qu’on invoque quand on veut se faire aimer.


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Brunehaut.


Brunehaut, reine d’Austrasie. Elle contracta avec Satan un marché en teneur duquel il devait lui faire en une nuit une route sur Tournay. Elle devait être finie avant le chant du coq. Mais Brunehaut fit chanter son coq au moment où le diable apportait la dernière pierre ; ce qui rompait le marché. Cette pierre énorme est encore visitée et s’appelle la pierre de Brunehaut [116].

Bruno (Giordano), né à Nole dans le royaume de Naples, au milieu du seizième siècle. Il quitta l’habit monastique pour se jeter dans la philosophie hostile, et publia à Londres, en 1584, son livre de l’Expulsion de la bête triomphante [117]. Ce livre fut supprimé. C’était une critique, stupide dans le fond, maligne dans les détails, de toutes les religions, et spécialement de la religion chrétienne.

Ayant voulu revoir sa patrie, il fut arrêté à Venise en 1598, transféré à Rome, condamné et brûlé le 17 février de l’an 1600, moins pour ses impiétés flagrantes que pour ses doctrines effroyables et ses mauvaises mœurs. Il avait consumé beaucoup de temps à l’étude des rêveries hermétiques ; il a même laissé des écrits sur l’alchimie [118], et d’autres ouvrages dont quelques-uns ont partagé son bûcher [119]. Si on s’étonne de cette rigueur, il faut songer que les crimes qu’on poursuivait ainsi et qui troublaient la société, la corrompaient et hâtaient sa dissolution, inspiraient plus d’horreur alors que n’en inspire aujourd’hui chez nous l’assassinat.

Brunon. « L’empereur Henri III allait en bateau sur le Danube, en son duché cle Bavière, accompagné de Brunon, évêque de Wurtzbonrg, et de quelques autres seigneurs. Comme il passait près du château de Grein, il se trouva en péril imminent de se noyer, lui et les siens, dans un lieu dangereux ; cependant il se tira heureusement de ce péril. Mais incontinent on aperçut au haut d’un rocher un homme noir qui appela Brunon, lui disant : — Évêque, sache que je suis un diable, et qu’en quelque lieu que tu sois, tu es à moi. Je ne puis aujourd’hui te mal faire ; mais tu verras avant peu. » Brunon, qui était homme de bien, fit le signe de la croix, et après qu’il eut conjuré le diable, on ne sut ce qu’il devint. Mais bientôt, comme l’empereur dînait à Ebersberg avec sa compagnie, les poutres et le plafond d’une chambre basse où ils étaient s’écroulèrent ; l’empereur tomba dans une cuve où il ne se fit point de mal, et Brunon eut en sa chute tout le corps tellement brisé qu’il en mourut. — De ce Brunon ou Bruno nous avons quelques commentaires sur les Psaumes [120]. » — Il n’y a qu’un petit malheur dans ce conte rapporté par le Leloyer, c’est que tout en est faux.


Brur, nom donné dans le Dauphiné à certaines femmes qui sont, en quelque sorte, possédées. Voy. Kurgon.

Brutus. Plutarque rapporte que, peu de temps avant la bataille de Philippes, Brutus, étant seul et rêveur dans sa tente, aperçut un fantôme d’une taille démesurée, qui se présenta devant lui en silence, mais avec un regard menaçant. Brutus lui demanda s’il était dieu ou homme, et ce qu’il voulait. Le spectre lui répondit:— Je suis ton mauvais génie, et je t’attends aux champs de Philippes. « Eh bien ! nous nous y verrons ! » répliqua Brutus. Le fantôme disparut ; mais on dit qu’il se montra derechef au meurtrier de César, la nuit qui précéda la bataille de Philippes, où Brutus se tua de sa main.

Bucaille (Marie), jeune Normande de Valognes, qui, au dernier siècle, voulut se faire passer pour béate. Mais bientôt ses visions et ses extases devinrent suspectes ; elle s’était dite quelquefois assiégée par les démons ; elle se faisait accompagner d’un prétendu moine, qui disparut dès qu’on voulut examiner les faits; elle se proclama possédée. Pour s’assurer de la vérité des prodiges qu’elle opérait, on la fit enfermer au secret. On reconnut que les visions de Marie Bucaille n’étaient que fourberies ; qu’elle n’était certainement pas en commerce avec les anges. Elle fut fouettée et marquée, et tout fut fini [121].

Bucer (Martin), grand partisan de Luther, mort à Cambridge en 1551. On l’a peint suivi d’un démon qui le soufflait. « Comme il était

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aux abois de la mort, assisté de ses amis, le diable s’y trouva aussi, l’accueillant avec une figure si hideuse, qu’il n’y eut personne qui, de frayeur, n’y perdît presque la vie. Icelui diable l’empoigna rudement, lui creva le ventre, le tua en lui tordant le cou, et emporta son âme, qu’il poussa rudement devant lui aux enfers [122]. »

Buckingham (George Villiers, duc de), favori de Jacques I er, mort à Portsmouth en 1628, illustre surtout par sa fin tragique. — On sait qu’il fut assassiné par Felton, officier à qui il avait fait des injustices. Quelque temps avant sa mort, Guillaume Parker, ancien ami de sa famille, aperçut à ses côtés en plein midi le fantôme du vieux sir George Villiers, père du duc, qui depuis longtemps ne vivait plus. Parker prit d’abord cette apparition pour une illusion de ses sens ; mais bientôt il reconnut la voix de son vieil ami, qui le pria d’avertir le duc de Buckingham d’être sur ses gardes, et disparut. Parker, demeuré seul, réfléchit à cette commission, et, la trouvant difficile, il négligea de s’en acquitter. Le fantôme revint une seconde fois et joignit les menaces aux prières, de sorte que Parker se décida à lui obéir ; mais il fut traité de fou, et Buckingham dédaigna son avis.

Le spectre reparut une troisième fois, se plaignit de l’endurcissement de son fils, et tirant un poignard de dessous sa robe : « Allez encore, dit-il à Parker, annoncer à l’ingrat que vous avez vu l’instrument qui doit lui donner la mort. »

Et de peur qu’il ne rejetât ce nouvel avertissement, le fantôme révéla à son ami un des plus intimes secrets du duc. — Parker retourna à la cour. Buckingham, d’abord frappé de le voir instruit de son secret, reprit bientôt le ton de la raillerie, et conseilla au prophète d’aller se guérir de sa démence. Néanmoins, quelques semaines après, le duc de Buckingham fut assassiné. On ne dit pas si le couteau de Felton était ce même poignard que Parker avait vu dans la main du fantôme.

Bucon, mauvais démon, cité dans les Clavicules de Salomon. Il sème la jalousie et la haine.

Budas, hérétique qui fut maître de Manès, et auteur de l’hérésie manichéenne. C’était, dit Pierre Delancre [123], un magicien élève des Brahmanes, et en plein commerce avec les démons. Un jour qu’il voulait faire je ne sais quel sacrifice magique, le diable l’enleva de terre et lui tordit le cou [124] : digne récompense de la peine qu’il avait prise de rétablir par le manichéisme la puissance de Satan !

Buer, démon de seconde classe, président aux enfers ; il a la forme d’une étoile ou d’une roue à cinq branches, et s’avance en roulant sur

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lui-même. Il enseigne la philosophie, la logique et les vertus des herbes médicinales. Il se vante de donner de bons domestiques et de rendre la santé, aux malades. Il commande cinquante légions.

Bugnot (Étienne), gentilhomme de la chambre de Louis XIV, auteur d’un livre rare intitulé Histoire récente pour servir de preuve à la vérité du purgatoire, vérifiée par procès-verbaux dressés en 1663 et 1664, avec un Abrégé de la vie d’André Bugnot, colonel d’infanterie, et le récit de son apparition après sa mort. In-12, Orléans, 1665. Cet André Bugnot était le frère d’Étienne. Son apparition et ses révélations n’ont rien d’original.

Buisson d’épines. Selon une coutume assez singulière, quand il y avait un malade dans une maison, chez les anciens Grecs, on attachait à la porte un buisson d’épines, pour éloigner les esprits malfaisants.

Bullet ( Jean-Bapliste), académicien de Besançon, mort en 1775. On recherche ses Dissertations sur la mythologie française et sur plusieurs points curieux de l’histoire de France. In-12, Paris, 1771.

Bune, démon puissant, grand-duc aux enfers. Il a la forme d’un dragon avec trois têtes, dont la troisième seulement est celle d’un homme. Il ne parle que par signes ; il déplace les cadavres, hante les cimetières et rassemble les démons sur les sépulcres. Il se vante d’enrichir et de rendre éloquents ceux qui le servent. Trente légions lui obéissent [125].

Les démons soumis à Bune, et appelés Bunis, sont redoutés des Tartares, qui les disent très-malfaisants. Il faut avoir la conscience nette pour être à l’abri de leur malice ; car leur puissance est grande et leur nombre est immense. Cependant les sorciers du pays les apprivoisent, et c’est par le moyen des Bunis qu’ils se vantent de découvrir l’avenir.

Bungey (Thomas), moine anglais, élève, ami et serviteur de Roger Bacon, avec qui les démonographes l’accusent d’avoir travaillé sept ans à la merveilleuse tête d’airain qui parla, comme on sait [126]. On ajoute qu’il était magicien, et on en donne pour preuve qu’il publia un livre de la magie naturelle, De magia naturali, aujourd’hui peu connu.

Les bonnes gens racontent que l’illustre religieux, ayant formé le projet d’entourer l’Angleterre d’un mur d’airain, avait fabriqué une tête de bronze, prodigieux androïde qui devait avertir son serviteur, le frère Bungey, du moment favorable à l’érection de la muraille. Un jour la tête dit : Il est temps. Bungey dormait. Un autre jour elle répéta : Il est temps. Bunger dormait encore. Une troisième fois elle ouvrit la bouche et s’écria : Il n’est plus temps. Aussitôt la maison, ébranlée dans ses fondements, ensevelit Bungey sous ses ruines.

Delrio l’absout de l’accusation de magie [127], et il avoue que son livre ne contient qu’une certaine dose d’idées superstitieuses. Une autre preuve qu’il n’était pas magicien, mais seule— ment un peu mathématicien, c’est qu’on l’élut provincial des franciscains en Angleterre [128].

Bunis, démons tartares. Voy. Bune.

Buplage ou Buptage. « Après la bataille donnée entre le roi Antiochus et les Romains, un officier nommé Buplage, tué dans le combat, où il avait reçu douze blessures mortelles, se leva tout d’un coup au milieu de l’armée romaine victorieuse, et cria d’une voix grêle à l’homme qui le pillait :

   Cesse, soldat romain, de dépouiller ainsi
   Ceux qui sont descendus dans l’enfer obscurci…

» Il ajouta en vers que la cruauté des Romains serait bientôt punie, et qu’un peuple sorti de l’Asie viendrait désoler l’Europe ; ce qui peut marquer l’irruption des Francs sur les terres de l’empire. Après cela, bien que mort, il monta sur un chêne, et prédit qu’il allait être dévoré par un loup ; ce qui eut lieu, quoiqu’il fût sur un chêne. Quand le loup eut avalé le corps, la tête parla encore aux Romains et leur défendit de lui donner la sépulture. Tout cela paraît très-incroyable [129]. Ce ne furent pas les peuples d’Asie, mais ceux du Nord qui renversèrent l’empire romain ; mais on a cru longtemps que les Francs venaient de la Troade. »

Burgifer, démon ennemi de Brudemort.

Burgot (Pierre), loup-garou brûlé à Besançon en 1521 avec Michel Verdung.

Burrough ( George), ministre de la religion anglicane à Salem, dans la Nouvelle-Angleterre, pendu comme sorcier en 1692. On l’accusait d’avoir maléficié deux femmes qui venaient de mourir. La mauvaise habitude qu’il avait de se vanter sottement qu’il savait tout ce qu’on disait de lui en son absence fut admise comme preuve qu’il communiquait avec le diable [130].

Burton (Robert), auteur d’un ouvrage intitulé Anatomie de la mélancolie, par Démocrite le jeune, in-4°, 1624 ; mort en 1639. L’astrologie était de son temps très-respectée en Angleterre, sa patrie. Il y croyait et voulait qu’on ne doutât pas de ses horoscopes. Ayant prédit publiquement le jour de sa mort, quand l’heure fut venue il se tua pour la gloire de l’astrologie et pour ne pas avoir un démenti dans ses pronostics. Cardan et quelques autres personnages habiles dans la science des astres ont fait la même chose [131].

Busas, prince infernal. Voy. Pruflas.

Butadieu, démon rousseau, cité dans des procédures du dix-septième siècle.

Buxtorf (Jean), Westphalien, savant dans la littérature hébraïque, mort en 1629. Les curieux lisent son Abrégé du Talmud, sa Bibliothèque rabbinique et sa Synagogue judaïque[132]. Cet ouvrage, qui traite des dogmes et des cérémonies des Juifs, est plein des rêveries des rabbins, à côté desquelles on trouve des recherches curieuses.

Byleth, démon fort et terrible, l’un des rois de l’enfer, selon la Pseudomonarchie de Wierus. Il se montre assis sur un cheval blanc, précédé de chats qui sonnent du cor et de la trompe.

 
Byleth
 
L’adjurateur qui révoque a besoin de beaucoup de prudence, car il n’obéit qu’avec fureur. Il faut pour le soumettre avoir à la main un bâton de coudrier ; et, se tournant vers le point qui sépare l’orient du midi, tracer hors du cercle où l’on s’est placé un triangle ; on lit ensuite la formule qui enchaîne les esprits, et Byleth arrive dans le triangle avec soumission. S’il ne paraît pas, c’est que l’exorciste est sans pouvoir, et que l’enfer méprise sa puissance. On dit aussi que quand on donne à Byleth un verre de vin, il faut le poser dans le triangle ; il obéit plus volontiers et sert bien celui qui le régale. On doit avoir soin, lorsqu’il paraît, de lui faire un accueil gracieux, de lé complimenter sur sa bonne mine, de montrer qu’on fait cas de lui et des autres rois ses frères : il est sensible à tout cela. On ne négligera pas non plus, tout le temps qu’on passera avec lui, d’avoir au doigt du milieu de la main gauche un anneau d’argent qu’on lui présentera devant la face. Si ces conditions sont difficiles, en récompense celui qui soumet Bylet devient le plus puissant des hommes. — Il était autrefois de l’ordre des puissances ; il espère un jour remonter dans, le ciel sur le septième trône, ce qui n’est guère croyable. Il commande quatre-vingts légions.

Byron. Le Vampire, nouvelle traduite de l’anglais de lord Byron, par H. Faber ; in-8°, Paris, 1819. Cette nouvelle, publiée sous le nom de lord Byron, n’est pas l’ouvrage de ce poëte, qui l’a désavouée. L’auteur n’a pas suivi les idées populaires sur les vampires ; il a beaucoup trop relevé le sien. C’est un, spectre qui voyage dans la Grèce, qui fréquente les sociétés d’Athènes, qui parcourt le monde, qui se marie pour sucer sa femme. Les vampires de Moravie étaient extrêmement redoutés ; mais ils avaient moins de puissance. Celui-ci, quoiqu’il ait l’œil gris-mort, fait des conquêtes. C’est, dit-on, une historiette populaire de la Grèce moderne que lord Byron raconta dans un cercle et qu’un jeune médecin écrivit à tort ; car il remit à la mode, un instant, des horreurs qu’il fallait laisser dans l’oubli.

Bythies. Voy. Bithies.



  1. Liv. VII, ch. xxv, Elien, de Animal., liv. XIV, ch. xxvii, accorde les mêmes vertus à la plante aglaophotis. Voyez ce mot.
  2. Discours des spectres, liv. VII, ch. iii.
  3. Discours des spectres, liv. VIII, ch. v.
  4. Cicero, De divin., lib. I, cap. xxxiv.
  5. Discours des spectres, liv. VII, ch. iii.
  6. Tome III des Mémoires de l’Académie des inscriptions.
  7. Disquisit. magic, lib. III, sect. ult.
  8. Dans ses Lettres, qui découvrent l’illusion des philosophes sur la baguette et qui détruisent leurs systèmes (in-12, Paris, 1693), et dans son Histoire des pratiques superstitieuses.
  9. Dans ses réponses au père Lebrun. On écrivit une multitude de brochures sur cette matière.
  10. Des erreurs et des préjugés, etc., t. I, p. 165.
  11. Histoire des pratiques superstitieuses, t. II, p. 357.
  12. Ce secret est aussi dans le Dragon rouge, p. 83.
  13. Dissertatio de Behemoth et de Leviathan, elephas et balæna, e Job xl, xli. Respond. G. Steph. Stieber. In-4°, Altorf, 1708.
  14. Disc. et hist. des spectres, liv. III, ch. X.
  15. Histoire de la religion des Banians, tirée de leur livre Shaster, etc., traduit de l’anglais. Paris, 1667, in-42.
  16. Cambry, Voyage dans le Finistère, t. III, p. 457.
  17. Wierus, in Pseudomonarchia dæmon.
  18. M. Nisard, Stace.
  19. Bergier, Dictionnaire théolog., au mot Barbeliots.
  20. Lib. XVI., epist. xxvii.
  21. Dissertation sur les apparitions.
  22. Voyez son histoire plus étendue dans les Légendes de l’Ancien Testament.
  23. Tableau de l’inconstance des mauvais anges, etc., liv. VI, dise. m. Paris, 1612.
  24. Ce singulier ouvrage, intitulé Processus Satanœ contra Virginem coram judice Jesu, est imprimé dans le Processus juris jocoserius. In-8°. Hanau, 1641.
  25. Voyez ce procès résumé dans les Légendes du Nouveau Testament.
  26. Annal., part. IV.
  27. D. Calmet, Dissertation des revenants en corps, I ch. xvi.
  28. Azoth, sive Aureliœ philosophorum. Francfort, 1613. In-4°, traduit en français en 1660.
  29. Practica, una cum duodecim clavibus et appendice. Francfort, 1618. In-4°.
  30. Apocalypsis chimica. Erfurt, 1624. In-8°.
  31. Manifestatio artificiorum, etc. Erfurt, 1624. In-4°. La traduction dont on indique le titre est de J. Israël.
  32. De microcosmo, deque magno mundi mysterio et medicina hominis. Marpurg, 1609. In-8°.
  33. Tractatus chimico-philosophicus de rébus naturalibus et prœternaturalibus metallorum et mineralium. Francfort, 1676. In-8°.
  34. Haliographia, de prœparatione, usu ac virtutibus omnium salium miner alium, animalium ac vegetabilium, ex manuscriptis Basilii Valentini collecta ab Antonio Salmincio. Bologne, 1644. In-8°.
  35. Des erreurs et des préjugés, etc., t. I, p. 413.
  36. Delancre, De l’inconstance des démons, etc., liv. IV, p. 416.
  37. Astronomia Jacobi Bassantini Scoti, etc. In-fol. Genève, 1669. Paraphrase de l’astrolabe, avec une explication de cet instrument. In-8°. Paris, 1617. Super mathematica genethliaca ; arithmetica ; musica secundum Platonem ; de mathesi in génère, etc.
  38. Grimoire dit du pape Honorius.
  39. Dom Calmet, Traité sur les apparitions, etc., t. II, Ch. XLYIII.
  40. An Angelorum existenlia a solo lumine naturali possit demonstrari ?’In-4°. Wittemberg. 1658.
  41. Selon d’autres chroniques, elle dit que les lions et les licornes représentaient Clovis, les loups et les ours ses enfants ; et les chiens les derniers rois de la race, qui seraient un jour renversés du trône par les grands et le peuple, dont les petits animaux étaient la figure.
  42. Dreux du Radier, Tablettes des reines de France.
  43. Démonomanie des sorciers, liv. I, ch. i.
  44. Histoire des diabtes de Loudun.
  45. II publia deux espèces de catéchismes en langue hollandaise : Vaste spize (le mets de carême), et Geschneden brood (le pain coupé).
  46. Bekker était si laid que la Monnoye fit sur lui cette épigramme :

    Oui, par toi, de Satan la puissance est bridée ;
    Mais tu n’as cependant pas encore assez fait :
    Pour nous ôter du diable entièrement l’idée,
    Bekker, supprime ton portrait.

  47. Pendant que les ministres d’Amsterdam prenaient le parti du diable, un ami de l’auteur le défendit dans un ouvrage intitulé Le diable triomphant, parlant sur le mont Parnasse ; mais le synode qui avait déposé Bekker ne révoqua pas sa sentence. On écrivit contre lui une multitude de libelles. Benjamin Binet l’a réfuté dans un volume intitulé Traité historique des dieux du paganisme, avec des remarques critiques sur le système de Balthasar Bekker, Delft, 1696, in-12. Ce volume se joint ordinairement aux quatre de Bekker ; il a aussi été imprimé sous le titre d’Idée générale de la théologie païenne, servant de réfutation au système de Balthasar Bekker, etc. Amsterdam et Trévoux, 1699. Les autres réfutations du Monde enchanté sont : Melchioris Leydekkeri dissertalio de vulgato nuper Bekkeri volumine, etc. In— 8°. Ultrajecti, 1693. Brevis meditalio academica de spirituum actionibus in homines spiritualibus, cujus doctrinœ usus contra Bekkerum et alios fanaticos exhibetur aJ. Zipellio, In-8°. Francofurti, 1701, etc.
  48. De prœstigiis dœmon., lib. I, cap. v.
  49. Histoire des diables de Loudun.
  50. Les admirables secrets d’Albert le Grand, liv. II.
  51. Chassanion, Des grands et redoutables jugements de Dieu. Morges, 1581, p. 61.
  52. Notre-Seigneur Jésus-Christ même lui donne ce nom (saint Matthieu, ch. xn, v. 24 ; saint Luc, ch. xi, v. 15). Les scribes reprochaient au Seigneur qu’il chassait les diables au nom de Belzébuth, prince des démons.
  53. Démonomanie des sorciers, liv. IV, ch. m.
  54. M. François Hugo, le Faust anglais.
  55. Joannis Benedict i libellas de visionibus et revelationibus naturalibus et divinis. In-8°, Moguntiaæ, 1550.
  56. Leloyer, Discours des spectres, liv. VI, ch. xm. Wiérus, Deprœst., lib. I, cap. xvi.
  57. Dom Martin, Religion des Gaulois, t. II, p. 59 et 65.
  58. M. Jules Garinet, Histoire de la magie en France, p. 432.
  59. M. Champfleury, dans sa curieuse galerie des excentriques, publiée en 1856, a écrit un remarquable portrait de M. Berbiguier, qu’il a vu dans sa vieillesse toujours frappé des idées de ses farfadets.
  60. In Historia Anglor. sub GuUielmo I.
  61. Madame Gabrielle de P***, Histoire des fantômes, etc., p. 205.
  62. Voyez, dans les Légendes des saintes images, l’Enfant de chœur de Notre-Dame du Puy.
  63. De philosophia hermetica, lib. IV. Strasbourg, 1567, 1682 ; Nuremberg, 1643. — Opus hisloricodogmatkum péri chymeias, cum J.-F. Pici libris tribus de auro. Urseltis, 1598. In-8°. — Tractatus de secrelissimo philosophorum opère chimico, et responsio adThomam de Bononia. Bâle, 1 600. — Opuscula chimica de lapide philosophorum, en français. Anvers, 1567. — Bernardus redivivus, vel opus de chimia, historico-dogmaticum, e gallico in latinum versum. Francfort, 1625.
  64. Psychologie ou Traité de l’apparition des esprits, ch. m.
  65. Voyez ce récit dans les Légendes de l’autre monde ; il a été conservé par Hincmar, archevêque de Reims, et reproduit par Leloyer, Disc, et hist. des spectres, liv. VI, ch. xm ; par dom Calmet, Traité sur les apparitions, ch. lxvi; enfin par M. Garinet, Histoire de la magie en France, p. 56.
  66. Discours sommaire des sortilèges et vénéfices, tiré des procès criminels jugés au siège royal de Mont-morillon, en Poitou, en l’année 1599, p. 29.
  67. Dans son Discours de la connaissance des bêtes. Paris, 4 e édition, 1696.
  68. Thiers, Traité des superstitions, t. Ier. Il n’y a pas de psaume Nolite fieri. Ce n’est qu’une division du psaume 34.
  69. Démonomanie des sorciers, liv. II, ch. i.
  70. Cambry, Voyage dans le Finistère, t. I, p. 14 et 15.
  71. Bekker, Le monde enchanté, liv. IV, ch. 29.
  72. Hadriani Beverlandi peccatum originale philologice elucubratum, a Themidis alumno, Eleutheropoli in horto Hesperidum, typis Adamî et Evœ, terrœ fil. In-8°, 1678. La Justa detestatio libellî sceleratissimi Hadriani Beverlandi de peccalo originali, in-8°, Gorinchemii, 1 680, est une réfutation de cet écrit détestable, dont on a publié en 1734, in-12, une imitation mêlée de contes aussi méprisés.
  73. Gabriel Peignot, Dictionnaire des livres condamnés au feu.
  74. Delancre, Incrédulité et mécréance du sortilège, etc., traité VII. Voyez Universités occultes.
  75. Adrien Regenvolsius. Systema historico-chronologicum ecclesiarum sclavonicarnm. Utrecht, 4652, p. 95.
  76. Voyez son histoire dans les Légendes des esprits et démons.
  77. Pline, liv. VII, ch. ii.
  78. Voyez son histoire aux Légendes des femmes dans la vie réelle.
  79. Bekker, le Monde enchanté.
  80. Discours sommaire des sortilèges et vénéfices, tirés des procès criminels jugés au siège royal de Montmorillon, en Poitou, en l’année 1599, p. 30.
  81. Delancre, Tableau de Vinconst. des démons, etc., liv. VI, p. 420.
  82. Ibid., liv. VI, dise. m.
  83. Joannis Bodini universœ naturœ theatrum, in quo rerum omnium effectrices causœ et fines contemplantur. In-8°. Lugduni, Roussin, 1596.
  84. Disquisition. magie, p. 40.
  85. Les anthropomorphites étaient des hérétiques qui donnaient à Dieu la forme humaine.
  86. On peut voir encore Jacobi Bœhmi, alias dicti teutonici philosophi, dams prœcipuarum rerum quœ in reliquis suis scriptis occurruntpro incipientibus ad ulleriorem considerationem revelationis divinœ conscripta, 1624, un vol. in-4°.
  87. Epit. deliclor. sive de magia, lib. II, cap. xv.
  88. Un vol. in-8°. Paris, 1603 ; Lyon, 1602, 4 607, 1608, 1610 ; Rouen, 1606. Toutes ces éditions sont très-rares, parce que la famille de Boguet s’efforça d’en supprimer les exemplaires.
  89. Le fait suivant est caractéristique des mœurs des Bohémiens, dont il existe encore plusieurs communautés dans la Lithuanie :

    Un Bohémien demeurant à Mehlanken, près de Tilsitt, avait été incarcéré pour vol d’un cheval ; il mourut avant que l’instruction fût terminée. La communauté à laquelle il appartenait, informée de son décès, arriva dans la ville au moment où l’on allait procéder à l’inhumation. Aussitôt les Bohémiennes supplièrent ceux qui portaient le corps d’ouvrir le cercueil et de leur permettre de faire venir un barbier pour raser le défunt ; mais comme il y eut impossibilité de trouver immédiatement un barbier, il fallut se rendre directement au cimetière.

    Pendant ce temps, les femmes bohémiennes avaient parcouru la ville pour chercher un barbier, et elles avaient fini par en trouver un. Elles arrivèrent au cimetière en même temps que le cercueil et obtinrent l’autorisation de faire procéder à l’ouverture et de raser le défunt.

    Quand cette opération fut terminée, elles en témoignèrent la plus grande joie.

  90. Joannis Bohmii psychologia, cura vera applicatione Joannis Angeli. In-24. Amstel., 1632.
  91. Extrait des Voyages de M. Foerssech, Hollandais, Mélanges de littérature étrangère, t. I, p. 64.
  92. Michaelis Bojani Historia de somniis. In —8°, Wittemberg, 1587.
  93. Leloyer, Discours des spectres, liv. VI, ch. xv.
  94. Joannis cardinalis Bona De discretione spirituum. In-12, Paris, 1673.
  95. Voyez l'Histoire du pape Boniface VIII, par M. l’abbé Jorry.
  96. La Chiavedel gabinetto del cavagliere G. F. Borri, col favor délia quale si vedono varie lettere scientijice, chimice, e curiosissime, con varie instruzioni politiche, ed altre cose degne di curiosita e molti segreti bellissimi. Cologne (Genève), 1681.
  97. M. Garinet, Histoire de la magie en France.
  98. Le tympanon était le chaudron
  99. H. Paillet, Histoire de l’empire de Maroc, p. 69.
  100. M. Jules Garinet, Hist. de la magie en France, p. 246.
  101. Extrait d’un manuscrit de la bibliothèque du roi, rapporté à la fin des Remarques de Joly sur Bayle.
  102. Thiers, Traité des superstitions, t. 1, p. 443.
  103. Smith, Notes aux joyeuses commères de Shakspeare, acte III.
  104. Dans un petit volume intitulé La terre est un animal.
  105. Epistolœ complures super mafhematicum opus quadripartitum, recueillies avec les traités De duodecim numeris, De numeris perfectis, etc., à la suite du Liber de intellectu, de sensu, etc. In-fol., rare. Paris, H. Estienne, 4 510.
  106. Vita Raymundi eremitœ, à la suite du Commentarius in primordiale Evangelium Joannis. In—4°. Paris, 4 514. — Dialogi très deanimœ immortalitule, de resurrectione, de mundi excidio et illius instauratione, In-8°. Lyon, Gryphius, 1552.
  107. Marci Zuerii Boxhornii Oratio de somniis. Lugduni Batav., 4 639, vol. in-4°.
  108. Legno della vita, nel quale si dichiara la medicina per la quale nostri primi padri vivevano nove cento anni. Rome, 1542, in-8°. — La esposizione di Geber filosofo, nella quale si dichiarano molli nobilissimi secreti délia natura. In-8°. Venise, 1544. — Ces deux ouvrages, traduits en latin, se trouvent dans le recueil de Gratarole, Vera alchemiœ doctrina, et dans le tome Ier er de la bibliothèque chimique de Manget ; ils sont aussi publiés séparément sous le titre : De alchemia dialogiquo. In-4°. Lugd., 1548.
  109. Lettres de Saint-André sur la magie, Dèmoniana, Dictionnaire d’anecdotes suisses.
  110. Tableau de l’inconstance des mauvais anges, etc., p. 75.
  111. Voyage de M. Cambry dans le Finistère, t. I.
  112. M. Kératry, Le dernier des Beaumanoir, ch. xxvi.
  113. Pseudodoxia epidemica or enquiries the vulgar errors, etc. In-fol. Londres, 1646.
  114. Magnum et perpeluum almanach, seu empiricomm et medicastrorum flagellum. In-12, 1551.
  115. Clypeus astrologicus contra flagellum astrologorum Francisci Rapardi. In-12, 1551.
  116. Voyez cette tradition dans les Légendes infernales.
  117. Spaccio de la beslia triomphante, proposto da Giove, effetuato dal conseglo, revelato da Mercurio, recitato da Sofia, udito da Saulino, registrato dal Nolano, diviso in tre dialogi, subdivisi in tre parti. In Parigi. Londres, 1584, in-8°.
  118. De compendiosa archilectura et complemento artis Lullii, etc. In-16. Paris, 1582, etc.
  119. Particulièrement La cena de le ceneri, descrita in cinque dialogi, etc. In-8°. Londres, 1581.
  120. Leloyer, Discours et histoire des spectres, liv. III, ch. xvi.
  121. Lettres du médecin Saint-André sur la magie et sur les maléfices, p. 488 et 431.
  122. Delancre, Tabl. de l’inconstance des démons, etc., liv. I, disc. i.
  123. Discours des spectres, liv. VIII, ch, v.
  124. Socrate, Histor. eccles., lib. I, cap. xxi.
  125. Wierus, in Pseudomonarchia dœmon.
  126. Voyez Bacon.
  127. Disquisit. magie, lib. I, cap. m, q. i.
  128. Naudé, Apol. pour les grands personnages, etc., p. 495.
  129. Traité dogmatique des apparitions, t. II, p. 483. Leloyer, p. 253.
  130. Godwin, Vie des nécromanciens.
  131. Curiosités de la littérature, traduit de l’anglais par Bertin, t. I, p. 51.
  132. Operis talmudici brevis recensio et bibliotheca rabbinica. In-8°. Baie, 1613. Synagoga judaica. In-8°. Bâle, 1603, en allemand et en latin. Hanau, 1604 ; Bâle, 1641.