Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Lettre C

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Henri Plon (p. 125-193).
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C

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Caaba. Voy. Kaaba.

Caacrinolaas, nommé aussi Caassimolar et Glassialabolas, grand président aux enfers, il se présente sous la forme d’un chien, et il en a la démarche, avec des ailes de griffon. Il donne la connaissance des arts libéraux, et, par un bizarre contraste, il inspire les homicides. On y dit qu’il prédit bien l’avenir. Ce démon rend l’homme invisible et commande trente-six légions[1]. Le Grand Grimoire le nomme Classyalabolas, et n’en fait qu’une espèce de sergent qui sert quelquefois de monture à Nébiros ou Naberus. Voy. Cerbère.


Caacrinolaas
Caacrinolaas.


Cabadès. Voy. Zoubdadeyer.

Cabale ou Cabbale. Pic de la Mirandole dit que ce mot, dans son origine hébraïque, signifie tradition[2]. L’ancienne cabale des Juifs est, selon quelques-uns, une sorte de maçonnerie mystérieuse ; selon d’autres, ce n’est que l’explication mystique de la Bible, l’art de trouver des sens cachés dans la décomposition des mots[3], et la manière d’opérer des prodiges par la vertu de ces mots prononcés d’une certaine façon. Voyez Thémura et Théomancie. Cette science merveilleuse, si l’on en croit les rabbins, affranchit ceux qui la possèdent des faiblesses de ¡’humanité, leur procure des biens surnaturels, leur communique le don de prophétie, le pouvoir de faire des miracles, et l’art de transmuer les métaux en or, c’est-à-dire la pierre philosophale. Elle leur apprend aussi que le monde sublunaire ne doit durer que sept mille ans, et que tout ce qui est supérieur à la lune en doit durer quarante-neuf mille.

Les Juifs conservent la cabale par tradition orale ; ils croient que Dieu l’a donnée à Moïse, au pied du mont Sinaï ; que le roi Salomon, auteur d’une figure mystérieuse que l’on appelle l’arbre de la cabale des Juifs, y a été très-expert, et qu’il faisait des talismans mieux que personne. Tostat dit même que Moïse ne faisait ses miracles avec sa verge que parce que le grand nom de Dieu y était gravé. Valderame remarque que les apôtres faisaient pareillement des miracles avec le nom de Jésus, et les partisans de ce système citent plusieurs saints dont le nom ressuscita des morts.

La cabale grecque, inventée, dit-on, par Pythagore et par Platon, renouvelée par les Valentiniens, tira sa force des lettres grecques combinées et fit des miracles avec l’alphabet.

La grande cabale, ou la cabale dans le sens moderne proprement dite, est l’art de commercer avec les esprits élémentaires ; elle tire parti pour cela de certains mots mystérieux. Elle explique les choses les plus obscures par les nombres, par le changement de l’ordre des lettres et par des rapports dont les cabalistes se sont formés des règles. Or, voici quels sont, selon les cabalistes, les divers esprits élémentaires :

Les quatre éléments sont habités chacun par des créatures particulières, beaucoup plus parfaites que l’homme, mais soumises comme lui aux lois de la mort. L’air, cet espace immense qui est entre la terre et les deux, a des hôtes plus nobles que les oiseaux et les moucherons. Ces mers si vastes ont d’autres habitants que les dauphins et les baleines. Les profondeurs de la terre ne sont pas destinées aux-taupes seulement et l’élément du feu, plus sublime encore que les trois autres, n’a pas été fait pour demeurer inutile et vide.

Les salamandres habitent donc la région du feu ; les sylphes, le vague de l’air ; les gnomes, l’intérieur de la terre ; et les ondins ou nymphes, le fond des eaux. Ces êtres sont composés des plus pures parties des éléments qu’ils habitent Adam, plus parfait qu’eux tous, était leur roi naturel ; mais, depuis sa faute, étant devenu impur et grossier, il n’eut plus de proportion avec ces substances ; il perdit tout l’empire qu’il avait sur elles.

Que l’on se console pourtant ; on a trouvé dans la nature les moyens de ressaisir ce pouvoir perdu. Pour recouvrer la souveraineté sur les salamandres, et les avoir à ses ordres, on attire le feu du soleil, par des miroirs concaves, dans un globe de verre ; il s’y forme une poudre solaire qui se purifie elle-même des autres éléments, et qui, avalée, est souverainement propre a exhaler le feu qui est en nous, et à nous faire devenir pour ainsi dire de matière ignée. Dès lors, b habitants de la sphère du feu deviennent nos inférieurs, et ont pour nous toute l’affection qu’ils ont pour leurs semblables, tout le respect qu’ils doivent au lieutenant de leur créateur.

De même, pour commander aux sylphes, ans gnomes, aux nymphes, on emplit d’air, de Lèvre ou d’eau, un globe de verre ; on le laisse, bien fermé, exposé au soleil pendant un mois. Chacun de ces éléments, ainsi purifié, est un aimant qui attire les esprits qui lui sont propres.

Si on prend tous les jours, durant quelques mois, de la drogue élémentaire, formée, aimée qu’on vient de le dire, dans le bocal ou globe de verre, on voit bientôt dans les airs la république volante des sylphes, les nymphes venir en foule au rivage, les gnomes, gardiens des trésors et des mines, étaler leurs richesses. On ne risque rien d’entrer en commerce avec eux, on les trouvera honnêtes, savants, bienfaisants et craignant Dieu. Leur âme est mortelle, et ils n’ont pas l’espérance de jouir un jour de l’être suprême, qu’ils connaissent et qu’ils adorent. Ils vivent fort longtemps, et ne meurent qu’après plusieurs siècles. Mais qu’est-ce que le temps auprès de l’éternité ? Ils gémissent donc de leur condition. Pourtant, il n’est pas impossible de trouver du remède à ce mal ; car, de même que l’homme, par l’alliance qu’il a contractée avec Dieu, a été fait participant de la Divinité, les sylphes, les gnomes, les nymphes et les salamandres deviennent participants de l’immortalité, en contractant alliance avec l’homme. (Nous transcrivons toujours les docteurs cabalistes.) Ainsi, l’âme d’une nymphe ou d’une sylphide devient immortelle quand elle est assez heureuse pour se marier à un sage ; un gnome ou un salamandre cesse d’être mortel en son âme du moment qu’il épouse une fille des hommes. On conçoit par là que ces êtres se plaisent avec nous quand nous les appelons. Les cabalistes assurent que les déesses de l’antiquité, et ces nymphes qui prenaient des époux parmi les hommes, et ces démons incubes et succubes des temps barbares, et ces fées qui, dans le moyen âge, se montraient au clair de la lune, ne sont que des sylphes, ou des salamandres, ou des ondins.

Il y a pourtant des gnomes qui aiment mieux mourir que risquer, en devenant immortels, d’être aussi malheureux que les démons. C’est le diable (disent toujours nos auteurs) qui leur inspire ces sentiments ; il ne néglige rien pour empêcher ces pauvres créatures d’immortaliser leur âme par notre alliance.

Les cabalistes sont obligés de renoncer à tout commerce avec l’espèce humaine, s’ils veulent ne pas offenser les sylphes et les nymphes dont ils recherchent l’alliance. Cependant, comme le nombre des sages cabalistes est fort petit, les nymphes et les sylphides se montrent quelquefois moins délicates, et emploient toutes sortes d’artifices pour les retenir. Un jeune seigneur de Bavière était inconsolable de la mort de sa femme. Une sylphide prit la figure de la défunte, et s’alla présenter au jeune homme désolé, disant que Dieu l’avait ressuscitée pour le consoler de son extrême affliction. Ils vécurent ensemble plusieurs années, mais le jeune seigneur n’était pas assez homme de bien pour retenir la sage sylphide ; elle disparut un jour, et ne lui laissa que ses jupes et le repentir de n’avoir pas voulu suivre ses bons conseils.

Plusieurs hérétiques des premiers siècles mêlèrent la cabale juive aux idées du christianisme, et ils admirent entre Dieu et l’homme quatre sortes d’êtres intermédiaires, dont on a fait plus tard les salamandres, les sylphes, les ondins et les gnomes. Les Chaldéens sont sans doute les premiers qui aient rêvé ces êtres ; ils disaient que ces esprits étaient les âmes des morts, qui, pour se montrer aux gens d’ici-bas, allaient prendre un corps solide dans la lune.

La cabale des Orientaux est encore l’art de commercer avec les génies, qu’on évoque par des mots barbares. Au reste, toutes les cabales sont différentes pour les détails ; mais elles se ressemblent beaucoup dans le fond. On conte sur ces matières une multitude d’anecdotes. On dit qu’Homère, Virgile, Orphée furent de savants cabalistes.

Parmi les mots les plus puissants en cabale, le fameux mot Agla est surtout révéré. Pour retrouver les choses perdues, pour apprendre par révélations les nouvelles des pays lointains, pour faire paraître les absents, qu’on se tourne vers l’Orient, et qu’on prononce à haute voix le grand nom Agla. Il opère toutes ces merveilles, même lorsqu’il est invoqué par les ignorants, s’ils sont convenablement disposés. Voy. Agla.

Les rabbins définissent la cabale : « Une science qui élève à la contemplation des choses célestes et au commerce avec les esprits bienheureux ; elle fait connaître les vertus et les attributs de la divinité, les ordres et les fonctions des anges, le nombre des sphères, les propriétés des astres, la proportion des éléments, les vertus des plantes et des pierres, les sympathies, l’instinct des animaux, les pensées les plus secrètes des hommes. »

» Cinquante entrées différentes, d’après les rabbins, conduisent à la connaissance générale des mystères ; c’est ce qui s’appelle les cinquante portes de l’intelligence. Dieu en fit connaître quarante-neuf à Moïse ; celui-ci renferma toute cette doctrine, toute, l’étendue de la science que Dieu lui avait donnée, dans les cinq livres du Pentateuque ; elle y est contenue, ou dans le sens littéral ou dans le sens allégorique, ou dans la valeur et la combinaison arithmétiques des lettres, dans les figures géométriques des caractères, dans les consonances harmoniques des sons. C’est à l’y découvrir que travaillent tous ceux qui se sont occupés de la cabale. On comprend par ce court exposé que, s’il est cinquante portes ouvertes à l’intelligence, le nombre de celles qui sont ouvertes à l’erreur doit être infini.

» Quelques savants même chrétiens se sont occupés de la cabale, et ont voulu lui assigner une place dans les études sérieuses. Le fameux Pic de la Mirandole a composé un livre tout exprès pour en faire sentir l’importance.

» Il y dit sérieusement que celui qui connaît la vertu du nombre 10, et la nature du premier nombre sphérique, qui est 5, aura le secret des cinquante portes d’intelligence, du grand jubilé de cinquante ans des Juifs, de la millième génération de l’Apocalypse et du règne de tous les siècles dont il est parlé dans l’Évangile. Il enseignait en outre que, pour son compte, il y avait trouvé toute la doctrine de Moïse, la religion chrétienne, les mystères de la Trinité et de la Rédemption, les hiérarchies des anges, la chute des démons, les peines de l’enfer, etc. Toutes ces assertions forment les soixante— douze dernières propositions des neuf cents qu’il soutint à Rome, avec l’admiration générale, à l’âge de vingt-quatre ans [4]. »

Le savant juif Cahen, qui était réaliste, ne regardait guère la cabale que comme un enchaînement de superstitions. Voy. Ensoph.

On peut puiser sur les rêveries de la cabale des instructions plus étendues dans les divers ouvrages qui en traitent spécialement, mais qui sont peu recommandables : 1° le Comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences secrètes, par l’abbé de Villars. La meilleure édition est de 1742, in— 12 ; 2° les Génies assistants, suite du Comte de Gabalis, in-12, même année ; 3° le Gnome irréconciliable, suite des Génies assistants ; 4° Nouveaux entretiens sur les sciences secrètes, suite nouvelle du Comte de Gabalis, même année ; 5° Lettres cabalistiques, par le marquis d’Argens, la Haye, 1741, 6 volumes in-12. Cet ouvrage est plein, beaucoup plus que les précédents, de passages condamnés. Voy. Zédéchias.

Cabanda. Hideux démon de l’Inde ; il est gros comme un rocher, n’a ni tête, ni jambes, mais des bras longs d’une lieue et qui ont été raccourcis par Râma.

Cabires, dieux des morts, adorés très-anciennement en Égypte. Bochard pense qu’il faut entendre sous ce nom les trois divinités infernales : Pluton, Proserpine et Mercure.

D’autres ont regardé les cabires comme des magiciens qui se mêlaient d’expier les crimes des hommes, et qui furent honorés après leur mort. On les invoquait dans les périls et dans les infortunes. Il y a de grandes disputes sur leurs noms, qu’on ne déclarait qu’aux seuls initiés [5]. Ce qui est certain, c’est que les cabires sont des démons qui présidaient autrefois à une sorte de sabbat. Ces orgies, qu’on appelait fêtes des Cabires, ne se célébraient que la nuit : l’initié, après des épreuves effrayantes, était ceint d’une ceinture de pourpre, couronné d’une branche d’olivier et placé sur un trône illuminé, pour représenter le maître du sabbat, pendant qu’on exécutait autour de lui des danses hiéroglyphiques plus ou moins infâmes.

Cacodémon, mauvais démon. C’est le nom que les anciens donnaient aux esprits malfaisants. Mais ils appelaient spécialement ainsi un monstre effrayant, un spectre horrible, qui n’était pas assez reconnaissable pour être désigné autrement. Chaque homme avait son bon et son mauvais démon, eudémon et cacodémon. Les astrologues appelaient

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aussi la douzième maison du soleil, qui est la plus mauvaise de toutes, cacodémon, parce que Saturne y répand ses malignes influences, et qu’on n’en peut tirer que des pronostics redoutables.

Cacoux. Voy. Caqueux.

Cactonite, pierre merveilleuse qui, selon quelques-uns, n’est autre chose que la cornaline. On lui attribue de grandes propriétés. Les anciens en faisaient des talismans qui assuraient la victoire.

Cacus, espèce d’ogre de l’antiquité. Il était fils de Vulcain et vomissait du feu par la gueule. Ce monstre, de taille gigantesque, moitié homme et moitié bouc, mangeait les passants dans sa caverne, au pied du mont Aventin, et accrochait leurs têtes à sa porte. Il fut étranglé par Hercule. — Cacus a été peint quelquefois avec une tête de bête sur un corps d’homme.


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Cadavre.

Cadavre. Selon la loi des Juifs, quiconque avait touché un cadavre était souillé ; il devait se purifier avant de se présenter au tabernacle du Seigneur. Quelques censeurs des lois de Moïse ont jugé que cette ordonnance était superstitieuse. Il nous paraît au contraire, dit Bergier, qu’elle était très-sage. C’était une précaution contre la superstition des païens, qui interrogeaient les morts pour apprendre d’eux l’avenir ou les choses cachées : abus sévèrement interdit aux Juifs, mais qui a régné chez la plupart des nations. Voy. Aimant, Cercueil, etc.

Cadière. Voy. Girard.

Cadmée ou Cadmie, qu’on appelle plus généralement calamine, fossile bitumineux quidonne une teinte jaune au cuivre rouge, et que certains chimistes emploient pour faire de l’or.

Cadmus. M. Appert a établi que l’écriture nous vient d’Adam, et que le Cadmus célébré par les Grecs comme l’inventeur de l’écriture n’est autre qu’Adam, Adamus, qui a reçu ce don en même temps que celui de la parole. On a altéré le nom d’Adamus, en mettant une aspiration orientale devant la première lettre [6].

Caducée. C’est avec cette baguette, ornée de deux serpents entrelacés, que Mercure conduisait les âmes aux enfers et qu’il les en tirait au besoin.

Cadulus, pieux soldat dont la légende rapporte qu’il était obsédé par le diable en forme d’ours [7]. Il s’en délivra par la prière.

Cæculus, petit démon né d’une étincelle qui vola de la forge de Vulcain dans le sein de Prenesta. Il fut élevé parmi les bêtes sauvages. On le reconnut à cette particularité, qu’il vivait dans le feu comme dans son élément ; ses yeux, qui étaient fort petits, étaient seulement un peu endommagés par la fumée. Les cabalistes font de lui un salamandre. Caf. Voy. Kaf.

Cagliostro ( Joseph-Balsamo), célèbre aventurier du dix-huitième siècle, connu sous le nom d’Alexandre, comte de Cagliostro, naquit, dit-on, à Païenne en 1743, de parents obscurs. Il montra dans ses premières années un esprit porté à la friponnerie ; tout jeune, il escroqua soixante onces d’or à un orfèvre, en lui promettant de lui livrer un trésor enfoui dans une grotte, sous la garde des esprits infernaux ; il le conduisit dans cette grotte, où le bonhomme fut assommé de coups de bâton. Cagliostro s’enfuit alors et voyagea, avec un alchimiste nommé Althotas, en Grèce, en Egypte, en Arabie, en Perse, à Rhodes, à Malte. Ayant perdu là son compère, il passa en Angleterre et d’Angleterre en France, vivant du produit de ses compositions chimiques. Il donnait dans la pierre philosophale, le magnétisme et diverses jongleries et intrigues ignobles.

Il se rendit à Strasbourg, où il fut reçu, en 1780, avec une sorte de triomphe ; il y guérit certains malades qui l’attendaient, avec une adresse si prompte que l’on a cru qu’ils étaient apostés et leur mal supposé, à moins que le diable ne fût aux ordres de Cagliostro, comme beaucoup l’ont dit, et comme le faisait penser sa physionomie patibulaire.

Les uns ont regardé Cagliostro comme un homme extraordinaire, un inspiré ; d’autres comme un charlatan ; quelques-uns ont vu en lui un membre voyageur de la maçonnerie templière, constamment opulent par les secours nombreux qu’il recevait des diverses loges de l’ordre ; mais le plus grand nombre s’accorde à donner au faste qu’il étalait une source moins honorable encore. Il se vantait de converser avec les anges, et il faisait entendre en rase campagne (par ventriloquie) des voix venant du ciel. Il institua une espèce de cabale égyptienne. De jeunes garçons et de jeunes filles, qu’il appelait ses pupilles ou colombes, se plaçaient dans l’état d’innocence devant une boule de cristal, et là, abrités d’un paravent, ils obtenaient, par l’imposition des mains du grand cophte (c’était lui qui était le grand cophte), la faculté de communiquer avec les esprits. Ils voyaient dans cette boule tout ce qu’ils voulaient voir. — Les travaux de ces pupilles ou colombes ne se bornaient pas à cette cérémonie ; Cagliostro leur enseignait à découvrir les choses occultes, les événements à venir et les matières curieuses. On ajoute qu’il a fait paraître aux grands seigneurs de Paris et de Versailles, dans des glaces, sous des cloches de verre et dans des bocaux, des spectres animés et mouvants, ainsi que des personnes mortes qu’on lui demandait à voir. — Un soir qu’il se trouvait à Versailles avec plusieurs des seigneurs de la cour, ceux-ci témoignèrent l’envie de connaître ce que faisait en ce moment une dame de leur société, qui était restée à Saint-Germain. Aussitôt il forma sur le parquet un carré, passa la main dessus, et l’on vit se tracer la figure de la dame jouant aux tressettes avec trois de ses amies, toutes assises sur un tapis. On envoya au logis de cette dame, qu’on trouva effectivement dans la même attitude, la même occupation, et avec les mêmes personnes.

On rapporte aussi que, dans des soupers qui ont fait grand bruit à Paris, il invoquait les morts illustres, tels que Socrate, Platon, Corneille, d’Alembert, Voltaire, etc. Dans sa lettre au peuple français, datée de Londres, le 20 juin 1786, il prédit que la Bastille serait détruite. Mais depuis longtemps on en avait le projet.

Cagliostro était très-lié avec un joueur de gobelets qui se disait assisté d’un esprit, lequel esprit, à ce que l’on prétend, était l’âme d’un juif cabaliste qui avait tué son père par art magique avant la venue de Notre-Seigneur. Il disait effrontément que les prodiges qu’il opérait étaient l’effet d’une protection spéciale de Dieu sur lui… ; que l’Être suprême, pour l’encourager, avait daigné lui accorder la vision béatifique, etc. ; qu’il venait convertir les incrédules. Il se vantait d’avoir assisté aux noces de Cana… ; il était par conséquent contemporain de Notre-Seigneur.

Il est dit ailleurs que Cagliostro était né avant le déluge [8]. — II fut arrêté à Rome en 1789, et condamné comme pratiquant, à l’ombre de la franc-maçonnerie, de criminels mystères. Il s’étrangla dans sa prison en 1795.

Il a écrit, dit-on, la relation de quelques opérations prétendues magiques, ainsi que d’une transmutation de métaux vils en or, faites à Varsovie en 1780. — On met sur son compte une plate brochure qui apprenait aux vieilles femmes à trouver les numéros de la loterie dans leurs rêves. On vendait tous les ans à Paris un grand nombre d’exemplaires de ce fatras dont voici le titre : Le Vrai Cagliostro, ou le Régulateur des actionnaires de la loterie, augmenté de nouvelles cabales faites par Cagliostro, etc., in-8°, avec le portrait de l’auteur, au bas duquel on a mis ces treize syllabes : Pour savoir ce qu’il est, il faudrait être lui-même.

Cagots, individus des Pyrénées qui y sont des sortes de parias. Les autres habitants les évitent comme gens maudits. Ce sont, dit-on, des restes de la race des Goths, appelés Ca-Goths, en en abréviation de canes Gothi, chiens de Goths.

Caïn. Les musulmans et les rabbins disent qu’Ève, ayant deux fils, Caïn et Abel, et deux filles, Aclima et Lébuda, voulut unir Caïn avec Lébuda, et Aclima avec Abel. Or, Caïn était épris d’Aclima. Adam, pour mettre ses fils d’accord, leur proposa un sacrifice ; et, comme on le sait, l’offrande de Caïn fut rejetée. Il ne voulut pourtant pas céder Aclima ; il résolut, pour l’avoir plus sûrement, de tuer son frère Abel ; mais il ne savait comment s’y prendre. Le diable, qui l’épiait, se chargea de lui donner une leçon. Il prit un oiseau, qu’il posa sur une pierre, et, avec une autre pierre, il lui écrasa la tête. Caïn, bien instruit alors, épia le moment où Abel dormait, et lui laissa tomber une grosse pierre sur le front [9].

Caïnan. On attribue à Caïnan, fils d’Arphaxad, la conservation d’un traité d’Astronomie qu’il trouva gravé sur deux colonnes par les enfants de Seth, ouvrage antédiluvien qu’il transcrivit. On prétend aussi que Caïnan découvrit encore d’autres ouvrages écrits par les géants, lesquels ouvrages ne sont pas venus jusqu’à nous [10].

Caïnites. Il y a eu, dans le deuxième siècle, une secte d’hommes effroyables qui glorifiaient le crime et qu’on a appelés caïnites. Ces misérables avaient une grande vénération pour Caïn, pour les horribles habitants de Sodome, pour Judas et pour d’autres scélérats. Ils avaient un évangile de Judas, et mettaient la perfection à commettre sans honte les actions les plus infâmes.

Caiumarath ou Kaid-Mords. Le premier homme selon les Persans. Voy. Boundschesch.

Cala (Charles), Calabrais qui écrivait au dix-septième siècle. On recherche son Mémoire sur l’apparition des croix prodigieuses [11], imprimé à Naples en 1651.

Calamités. On a souvent attribué aux démons ou à la malice des sorciers les calamités publiques. Pierre Delancre dit que les calamités des bonnes âmes sont les joies et les festoiements des démons pipeurs [12].

Calaya. Le troisième des cinq paradis indiens. Là réside Ixora ou Eswara, toujours à cheval sur un bœuf. Les morts fidèles le servent ; les uns le rafraîchissant avec des éventails, d’autres portant devant lui la chandelle pour l’éclairer la nuit. Il en est qui lui présentent des crachoirs d’argent quand il veut expectorer.

Calcerand-Rochez. Pendant que Hugues de Moncade était vice-roi de Sicile pour le roi Ferdinand d’Aragon, un gentilhomme espagnol, nommé Calcerand-Rochez, eut une vision. Sa maison était située près du port de Païenne. Une nuit qu’il ne dormait pas, il crut entendre des hommes qui cheminaient et faisaient grand bruit dans sa basse-cour ; il se leva, ouvrit la fenêtre, et vit, à la clarté du crépuscule, des soldats et des gens de pied en bon ordre, suivis de piqueurs ; après eux venaient des gens de cheval divisés en escadrons, se dirigeant vers la maison du vice-roi. Le lendemain, Calcerand conta le tout à Moncade, qui n’en tint compte ; cependant, peu après, le roi Ferdinand mourut, et ceux de Palerme se révoltèrent. Cette sédition, dont la vision susdite donnait clair présage, ne fut apaisée que par les soins de Charles d’Autriche (Charles-Quint) [13].

Calchas, devin de l’antiquité, qui augurait des choses sur le vol des oiseaux. Il prédit aux Grecs que le siège de Troie durerait dix ans, et il exigea le sacrifice d’Iphigénie. Apollon lui avait donné la connaissance du passé, du présent et de l’avenir. Il serait curieux de savoir s’il aurait prédit aussi la prise de la Bastille. Sa destinée était de mourir lorsqu’il aurait trouvé un devin plus sorcier que lui. Il mourut en effet de dépit, pour n’avoir pas su deviner les énigmes de Mopsus. Voy. Mopsus.

Calegueiers. Les plus redoutables d’entre les génies chez les Indiens. Ils sont de taille gigantesque, et habitent ordinairement le Patala, qui est l’enfer des Indes.

Calendrier. L’ancien calendrier des païens se rattachait au culte des astres ; et presque toujours il était rédigé par des astrologues.

Ce serait peut-être ici l’occasion de parler du Calendrier des bergers, de l’Almanach du bon laboureur, du Messager boiteux de Bâle en Suisse, et de cent autres recueils où l’on voit exactement marqués les jours où il fait bon rogner ses ongles et prendre médecine ; mais ces détails mèneraient trop loin. Voy. Almanach [14].

Cali, reine des démons et sultane de l’enfer indien. On la représente tout à fait noire, avec

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un collier de crânes d’or. On lui offrait autrefois des victimes humaines.

Calice du Sabbat. On voit dans Pierre Delancre que, lorsque les prêtres sorciers disent la messe au sabbat, ils se servent d’une hostie et d’un calice noirs, et qu’à l’élévation ils disent ces mots : Corbeau noir ! corbeau noir ! invoquant le diable.

Calice du Soupçon. Voy. Infidélité.

Caligula. On prétend qu’il fut empoisonné ou assassiné par sa femme. Suétone dit qu’il apparut plusieurs fois après sa mort, et que sa maison fut infestée de monstres et de spectres, jusqu’à ce qu’on lui eût rendu les honneurs funèbres [15].

Callo. Voy. Spes.

Calmet (Dom Augustin), bénédictin de la congrégation de Saint-Vannes, l’un des savants les plus laborieux et les plus utiles du dernier siècle, mort en 1757, dans son abbaye de Senones. Voltaire même mit ces quatre vers au bas de son portrait:

      Des oracles sacrés que Dieu daigna nous rendre
      Son travail assidu perça l’obscurité ;
      Il fit plus, il les crut avec simplicité,
      Et fut, par ses vertus ; digne de les entendre.

Nous le citons ici pour sa Dissertation sur les apparitions des anges, des démons et des esprits, et sur les revenants et vampires de Hongrie, de Bohême, de Moravie et de Silésie, in-12, Paris, 1746. La meilleure édition est « de 1751 ; Paris, 2 vol. in-12. Ce livre est fait avec bonne foi ; l’auteur est peut-être un peu crédule ; mais il rapporte ce qui est contraire à ses idées avec autant de candeur que ce qui leur est favorable. Voy. Vampires.

Calundronius, pierre magique dont on ne désigne ni la couleur ni la forme, mais qui a la vertu d’éloigner les esprits malins, de résister aux enchantements, de donner à celui qui la porte l’avantage sur ses ennemis, et de chasser l’humeur noire.

Calvin (Jean), l’un des chefs de la réforme prétendue, né à Noyon en 1509. Ce fanatique, qui se vantait, comme les autres protestants, d’apporter aux hommes la liberté d’examen, et qui fit brûler Michel Servet, son ami, parce qu’il différait d’opinion avec lui, n’était pas seulement hérétique ; on l’accuse encore d’avoir été magicien. « Il faisait des prodiges à l’aide du diable, qui quelquefois ne le servait pas bien ; car un jour il voulut donner à croire qu’il ressusciterait un homme qui n’était pas mort ; et, après qu’il eut fait ses conjurations sur le compère, lorsqu’il lui ordonna de se lever, celui-ci n’en fit rien, et on trouva qu’icelui compère était mort tout de bon, pour avoir voulu jouer cette mauvaise comédie [16]. » Quelques-uns ajoutent que Calvin fut étranglé par le diable ; il ne l’aurait pas volé. En son jeune âge, Calvin avait joué la comédie et fait des tours d’escamotage [17].

Cambions, enfants des démons. Delancre et Bodin pensent que les démons incubes peuvent s’unir aux démons succubes, et qu’il naît de leur commerce des enfants hideux qu’on nomme cambions, lesquels sont beaucoup plus pesants que les autres, avalent tout sans être plus gras, et tariraient trois nourrices qu’ils n’en profiteraient pas mieux [18]. Luther, qui était très-superstitieux, dit dans ses Colloques que ces enfants-là ne vivent que sept ans ; il raconte qu’il en vit un qui criait dès qu’on le touchait, et qui ne riait que quand il arrivait dans la maison quelque chose de sinistre.

Maïole rapporte qu’un mendiant galicien excitait la pitié publique avec un cambion ; qu’un jour un cavalier, voyant ce gueux très-embarrassé pour passer un fleuve, prit, par compassion, le petit enfant sur son cheval, mais qu’il était si lourd que le cheval pliait sous le poids. Peu de temps après, le mendiant étant pris, avoua que c’était un petit démon qu’il portait ainsi, et que cet affreux marmot, depuis qu’il le traînait avec lui, avait toujours agi de telle sorte que personne ne lui refusait l’aumône [19].

Caméléon. Démocrite, au rapport de Pline, avait fait un livre spécial sur les superstitions auxquelles le caméléon a donné lieu. Un plaideur était sûr de gagner son procès s’il portait avec lui la langue d’un caméléon arrachée à l’animal pendant qu’il vivait. On faisait tonner et pleuvoir en brûlant la tête et le gosier d’un caméléon sur un feu de bois de chêne, ou bien en rôtissant son foie sur une tuile rouge. Boguet n’a pas manqué de remarquer cette merveille dans le chapitre xxiii de ses Discours des sorciers. L’œil droit d’un caméléon vivant arraché et mis dans du lait de chèvre formait un cataplasme qui faisait tomber les taies des yeux. Sa queue arrêtait le cours des rivières. On se guérissait de toute frayeur en portant sur soi sa mâchoire, etc.

Des curieux assurent encore que cette espèce de lézard ne se nourrit que de vent. Mais il est constant qu’il mange des insectes ; et comment aurait-il un estomac et tous les organes de la digestion, s’il n’avait pas besoin de digérer ? Comment encore, s’il ne mange pas, produit-il des excréments, dont les anciens faisaient un onguent magique pour nuire à leurs ennemis ? La couleur du caméléon paraît varier continuellement, selon la réflexion des rayons du soleil et la position où l’animal se trouve par rapport à ceux qui le regardent : c’est ce qui l’a fait comparer à l’homme de cour. — Delancre dit, d’un autre côté, que le caméléon est l’emblème des sorciers, et qu’on en trouve toujours dans les lieux où s’est tenu le sabbat.

Camephis, le plus ancien des dieux de l’Égypte ; il est triple : aïeul, père et fils.

Camérarius (Joachim), savant allemand du seizième siècle. On recherche son traité De la nature et des affections des démons [20] et son Commentaire sur les divinations [21].

Nous indiquerons aussi de Barthélemi Camerario, Bénéventin, mort en 1564, un livre Sur le feu du purgatoire [22] ; les Centuries de Jean-Rodolphe Camérarius, médecin allemand du dix-septième siècle, Sur les horoscopes et l’astrologie [23], et le fatras du même auteur Sur les secrets merveilleux de la nature [24].

Enfin, Élie Camérarius, autre rêveur de Tubingue, a écrit, en faveur de la magie et des apparitions, des livres que nous ne connaissons pas.

Camisards. Voy. Dauphiné.

Camnuz (l’esprit de). Sigebert raconte dans sa chronique les malices d’un esprit frappeur qui fréquenta assez longtemps Camnuz, près de Bingen, faisant divers bruits insolites et jetant des pierres sans se montrer. Il en arriva à dérober divers objets et à dénoncer comme voleurs ceux à qui il en voulait et chez qui il portait ses larcins. Il mit le feu à des maisons et à des récoltes, et vexa le pays assez longtemps. On l’entendait parler sans le voir. C’était à la fin du seizième siècle. Enfin, l’évêque de Mayence envoya des exorcistes qui le chassèrent.

Campanella (Thomas), homme d’esprit, mais de peu de jugement, né dans un bourg de la Calabre en 1568. Tout jeune il rencontra, dit-on, un rabbin qui l’initia dans les secrets de l’alchimie, et qui lui apprit toutes les sciences en quinze jours, au moyen de l’Art Notoire. Avec ces connaissances, Campanella, entré dans l’ordre des dominicains, se mit à combattre la doctrine d’Aristote, alors en grande faveur. Ceux qu’il attaqua l’accusèrent de magie ; et il fut obligé de s’enfuir de Naples. On s’empara de ses cahiers. L’inquisition, y trouvant des choses répréhensibles, condamna l’auteur à la retraite dans un couvent. Notez que c’était l’inquisition d’État, et que la vraie cause qui lui fit imposer le silence dans une sorte de séquestration fut une juste critique qu’il avait faite, dans son Traité de la monarchie espagnole, des torts graves de cette nation, dominée alors par un immense orgueil. Il sortit de sa retraite par ordre du pape, en 1626, et vint à Paris, où il mourut chez les jacobins de la rue Saint-Honoré, le 21 mai 1639. — On a dit qu’il avait prédit l’époque de sa mort et les gloires du règne de Louis XIV. Nous ne citerons de ses ouvrages que ses quatre livres Du sens des choses et de la magie [25] et ses six livres d’astrologie [26] ; l’auteur, qui faisait cas de cette science, s’efforce d’accorder les idées astrologiques avec la doctrine de saint Thomas.

Campbell (Gilbert). Son histoire. Voy. Esprits frappeurs.

Campetti, hydroscope, qui renouvela, à la fin du dernier siècle, les merveilles de la baguette divinatoire. Il était né dans le Tyrol. Mais il a fait moins de bruit que Jacques Aymar. Au lieu de baguette pour découvrir les sources, les trésors cachés et les traces de vol ou de meurtre, il se servait d’un petit pendule formé d’un morceau de pyrite, ou de quelque autre substance métallique suspendue à un fil qu’il tenait à la main. Ses épreuves n’ont pas eu de suites.

Camuz ( Philippe), romancier espagnol du seizième siècle. On lui attribue la Vie de Robert le Diable [27], qui fait maintenant partie de la Bibliothèque Bleue.

Canate, montagne d’Espagne, fameuse dans les anciennes chroniques ; il y avait au pied une caverne où les mauvais génies faisaient leur résidence, et les chevaliers qui s’en approchaient étaient sûrs d’être enchantés, s’il ne leur arrivait pas pis.

Cancer ou l’Écrevisse, l’un des signes du zodiaque. C’est l’Écrevisse qui piqua Hercule au talon pendant qu’il combattait l’hydre de Lerne. Voy. Horoscopes.

Candelier, démon invoqué dans les litanies du sabbat.

Cang-Hy, dieu des cieux inférieurs, chez les Chinois. Il a pouvoir dévie et de mort. Trois esprits subalternes sont ses ministres:Tankwam, qui préside à l’air, dispense la pluie ; Tsuikvam, qui gouverne la mer et les eaux, envoie les vents et les orages; Teikwam, qui préside à la terre, surveille l’agriculture et se mêle des batailles.

Canicida. Voy. Zerinthe.

Canicule, constellation qui doit son nom à l’étoile Syrius ou le chien, et qui domine dans le temps des grandes chaleurs. Les Romains, persuadés de la malignité de ses influences, lui sacrifiaient tous les ans un chien roux. Une vieille opinion populaire exclut les remèdes pendant cette saison, et remet à la nature la guérison de toutes les maladies. C’est aussi une croyance encore répandue qu’il est dangereux de se baigner pendant la canicule.

Canidia, magicienne dont parle Horace ; elle enchantait et envoûtait avec des figures de cire, et, par ses conjurations magiques, elle forçait la lune à descendre du ciel.

Canigou, montagne de France dans le Roussillon. Elle a aussi sa légende. Gervais de Tilbury nous apprend, dans sa chronique, qu’au sommet presque inaccessible de cette montagne il y a un lac d’eau noire dont on ne connaît pas le fond, que les hôtes de l’enfer ont un palais au fond de ce lac, et que si l’on y jette une pierre, les démons aussitôt font surgir une tempête qui effraye la contrée.

Canterme, nom que donnaient les anciens à certains enchantements et maléfices.

Cantwell (André-Samuel-Michel), mort bibliothécaire des Invalides le 9 juillet 1802. Il est auteur d’un roman intitulé le Château d’Albert ou le Squelette ambulant. 1799, 2 vol. in-18.

Canwyll-Corph, chandelle du mort ou chandelle de la mort. Superstition du pays de Galles, mais bornée, dit-on, au diocèse de Saint-David. Les Gallois racontent que saint David, en mourant, demanda au ciel une faveur spéciale pour ses diocésains, et qu’il obtint qu’aucun d’eux ne mourrait sans avoir reçu d’avance un avis de sa fin prochaine. À cet effet une lumière, qu’on appelle chandelle de la mort, sort de la maison dont un habitant doit mourir, se dirige vers le cimetière et s’évanouit à la place que doit occuper le futur défunt ; mais comme cette merveille a lieu la nuit, il est rare qu’on la voie.

Caous. Les Orientaux donnent ce nom à des génies malfaisants qui habitent les cavernes du Caucase.

Capnomancie, divination par la fumée. Les anciens en faisaient souvent usage : on brûlait de la verveine et d’autres plantes sacrées : on observait la fumée de ce feu, les figures et la direction qu’elle prenait, pour en tirer des présages. On distinguait deux sortes de capnomancie : l’une qui se pratiquait en jetant sur des charbons ardents des grains de jasmin ou de pavot, et en observant la fumée qui en sortait ; l’autre, qui était la plus usitée, se pratiquait par la méthode que nous avons indiquée d’abord. Elle consistait aussi à examiner la fumée des sacrifices. Quand cette fumée était légère et peu épaisse, c’était bon augure. On respirait même cette fumée ; et l’on pensait qu’elle donnait des inspirations.

Cappautas, grosse pierre brute qui, dans les croyances populaires, guérissait de la frénésie ceux qui allaient s’y asseoir ; elle se trouvait à trois stades de Gytheum en Laconie.

Caperon, doyen de Saint-Maixant. Il publia, dans le Mercure de 1726, une lettre sur les fausses apparitions ; Lenglet-Dufresnoy l’a réimprimée dans son recueil. Il montre peu de crédulité et combat les fausses apparitions avec des raisons assez bonnes. Il conte qu’un jour il fut consulté sur une femme qui disait voir chaque jour, à midi, un esprit en figure d’homme, vêtu de gris, avec des boutons jaunes, lequel la maltraitait fort, lui donnant même de grands soufflets ; ce qui paraissait d’autant plus certain qu’une voisine protestait qu’ayant mis sa main contre la joue de cette femme dans le temps qu’elle se disait maltraitée, elle avait senti quelque chose d’invisible qui la repoussait. Ayant reconnu que cette femme était fort sanguine, Capperon conclut qu’il fallait lui faire une saignée, avec la précaution de lui en cacher le motif ; ce qui ayant été exécuté, l’apparition s’évanouit.

Tous les traits qu’il rapporte et tous ses raisonnements prouvent que les vapeurs ou l’imagination troublée sont la cause de beaucoup de visions. Il admet les visions rapportées dans les livres saints ; mais il repousse les autres un peu trop généralement. Il parle encore d’une autre femme à qui un esprit venait tirer toutes les nuits la couverture. Il lui donna de l’eau, en lui disant d’en asperger son lit, et ajoutant que cette eau, particulièrement bénite contre les revenants, la délivrerait de sa vision. Ce n’était que de l’eau ordinaire ; mais l’imagination de la vieille femme se rassura par ce petit stratagème, qu’elle ne soupçonnait pas, et elle : ie vit plus rien. Voyez Hallucinations.

Capricorne. L’un des signes du zodiaque. C’est Pan, qui, à l’assaut des Titans, eut peur et se changea en bouc. Voy. Horoscopes.

Capucin. Ce sont les protestants qui ont mis à la mode ce stupide axiome superstitieux que la rencontre d’un capucin était un mauvais

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présage. Un jour que l’abbé de Voisenon était allé à la chasse sur un terrain très-giboyeux, il aperçut un capucin. Dès ce moment il ne tira plus un coup juste, et comme on se moquait de lui : « Vraiment, messieurs, dit-il, vous en parlez fort à votre aise ; vous n’avez pas rencontré un capucin [28]. »

Caqueux ou Cacoux. Les cordiers, nommés caqueux ou cacoux, en Bretagne, sont relégués dans certains cantons du pays comme des espèces de parias ; on les évite ; ils inspirent même de l’horreur, parce qu’ils font des cordes, autrefois instruments de mort et d’esclavage. Ils ne s’alliaient jadis qu’entre eux, et l’entrée des églises leur était interdite. Ce préjugé commence à se dissiper ; cependant ils passent encore pour sorciers. Ils profitent de ce renom ; ils vendent des talismans qui rendent invulnérable, des sachets à l’aide desquels on est invincible à la lutte ; ils prédisent l’avenir ; on croit aussi qu’ils jettent de mauvais vents. On les disait, au quinzième siècle, Juifs d’origine, et séparés par la lèpre du reste des hommes. Le duc de Bretagne, François II, leur avait enjoint de porter une marque de drap rouge sur un endroit apparent de leur robe. On a conté que le vendredi saint tous les caqueux versent du sang par le nombril. Néanmoins on ne fuit plus devant les cordiers ; mais on ne s’allie pas encore aisément avec leurs familles [29]. N’est-ce pas ici la même origine que celle des cagots ? Voy. ce mot.

Carabia ou Decarabia, démon peu connu, quoiqu’il jouisse d’un grand pouvoir au sombre empire. Il est roi d’une partie de l’enfer, et comte d’une autre province considérable. Il se présente, comme Buer, sous la figure d’une étoile à cinq rayons. Il connaît les vertus des plantes et des pierres précieuses ; il domine sur les oiseaux, qu’il rend familiers. Trente légions sont à ses ordres [30].

Caracalla. L’empereur Caracalla venait d’être tué par un soldat. Au moment où l’on n’en savait encore rien à Rome, on vit un démon en forme humaine qui menait un âne, tantôt au Capitole, tantôt au palais de l’empereur, en disant tout haut qu’il cherchait un maître. On lui demanda si ce n’était pas Caracalla qu’il cherchait ? Il répondit que celui-là était mort. Sur quoi il fut pris pour être envoyé à l’empereur, et il dit ces mots : « Je m’en vais donc, puisqu’il le faut, non à l’empereur que vous pensez, mais à un autre ; » et là-dessus on le conduisit de Rome à Capoue, où il disparut sans qu’on ait jamais su ce qu’il devint [31].

Caractères. La plupart des talismans doivent leurs vertus à des caractères mystérieux que les anciens regardaient comme de sûrs préservatifs. Le fameux anneau qui soumit les génies à la volonté de Salomon devait toute sa force à des caractères cabalistiques. Origène condamnait chez quelques-uns des premiers chrétiens l’usage de certaines plaques de cuivre ou d’étain chargées de caractères qu’il appelle des restes de l’idolâtrie l’Enchiridion, attribué stupidement au pape Léon III, le Dragon rouge, les Clavicules de Salomon, indiquent dans tous leurs secrets magiques des caractères incompréhensibles, tracés dans des triangles ou dans des cercles, comme des moyens puissants et certains pour l’évocation des esprits.

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Souvent aussi des sorciers se sont servis de papiers sur lesquels ils avaient écrit avec du sang des caractères indéchiffrables ; et ces pièces ; produites dans les procédures, ont été admises en preuves de maléfices jetés. Nous avons dit quel était le pouvoir des mots agla, abracadabra, etc. Voy. Talismans.

Caradoc (Saint), patron de Donzy en Nivernais, sous le nom de saint Caradeu. Comme d’autres saints, il fut obsédé par le diable ; mais sa vertu était si vive que le diable ne put rien contre lui.

Cardan (Jérôme), médecin astrologue et visionnaire, né à Pavie en 1501, mort à Rome en 1576. Il nous a laissé une histoire de sa vie, où il avoue sans pudeur tout ce qui peut tourner à sa honte. Il se créa beaucoup d’ennemis par ses mœurs ; du reste, ce fut un des hommes habiles de son temps. Il fit faire des pas aux mathématiques, et il paraît qu’il était savant médecin ; mais il avait une imagination presque toujours délirante, et on l’a souvent excusé en disant qu’il était fou. Il rapporte, dans le livre De vita propria, que quand la nature ne lui faisait pas sentir quelque douleur, il s’en procurait lui-même en se mordant les lèvres, ou en se tiraillant les doigts jusqu’à ce qu’il en pleurât, parce que s’il lui arrivait d’être sans douleur, il ressentait des saillies et des impétuosités si violentes qu’elles lui étaient plus insupportables que la douleur même. D’ailleurs, il aimait le mal physique à cause du plaisir qu’il éprouvait ensuite quand ce mal cessait.

Il dit, dans le livre VIII de la Variété des choses, qu’il tombait en extase quand il voulait, et qu’alors son âme voyageait hors de son corps, qui demeurait impassible et comme inanimé. — Il prétendait avoir deux âmes, l’une qui le portait au bien et à la science, l’autre qui l’entraînait au mal et à l’abrutissement. Il assure que, dans sa jeunesse, il voyait clair au milieu des ténèbres ; que l’âge affaiblit en lui cette faculté : que cependant, quoique vieux, il voyait encore en s’éveillant au milieu de la nuit, mais moins parfaitement que dans son âge tendre. Il avait cela de commun, disait-il, avec l’empereur Tibère ; il aurait pu dire aussi avec les hiboux.

Il donnait dans l’alchimie, et on reconnaît dans ses ouvrages qu’il croyait à la cabale et qu’il faisait grand cas des secrets cabalistiques. Il dit quelque part que, dans la nuit du 13 au 14 août 1491, sept démons ou esprits élémentaires de haute stature apparurent à Fazio Cardan, son père (presque aussi fou que lui), ayant l’air de gens de quarante ans, vêtus de soie, avec des capes à la grecque, des chaussures rouges et des pourpoints cramoisis ; qu’ils se dirent hommes aériens, assurant qu’ils naissaient et mouraient ; qu’ils vivaient trois cents ans ; qu’ils approchaient beaucoup plus de la nature divine que les habitants de la terre ; mais qu’il y avait néanmoins entre eux et Dieu une distance infinie. Ces hommes aériens étaient sans doute des sylphes.

Il se vantait, comme Socrate, d’avoir un démon familier, qu’il plaçait entre les substances humaines et la nature divine, et qui se communiquait à lui par les songes. Ce démon était encore un esprit élémentaire ; car, dans le dialogue intitulé Tetim, et dans le traité De libris propriis, il dit que son démon familier tient de la nature de Mercure et de celle de Saturne. On sent bien qu’il s’agit ici des planètes. Il avoue ensuite qu’il doit tous ses talents, sa vaste érudition et ses plus heureuses idées à son démon. Tous ses panégyristes ont fait la part de son démon familier, ce qu’il est bon de remarquer pour l’honneur des esprits. Cardan assurait aussi que son père avait été servi trente ans par un esprit familier.

Comme ses connaissances en astrologie étaient grandes, il prédit à Édouard VI, roi d’Angleterre, plus de cinquante ans de règne, d’après les règles de l’art. Mais par malheur Édouard VI mourut à seize ans. Ces mêmes règles lui avaient fait voir clairement qu’il ne vivrait que quarante-cinq ans. Il régla sa fortune en conséquence, ce qui l’incommoda fort le reste de sa vie. Quand il dut avouer qu’il s’était trompé dans ses calculs, il refit son thème, et trouva qu’au moins il ne passerait pas la soixante-quinzième année. La nature s’obstina encore à démentir l’astrologie. Alors, pour soutenir sa réputation, et ne pas supporter davantage la honte d’un démenti (car il pensait que l’art est infaillible et que lui seul avait pu se tromper), on assure que Cardan se laissa mourir de faim.

« De tous les événements annoncés par les astrologues, je n’en trouve qu’un seul qui soit réellement arrivé tel qu’il avait été prévu, dit un écrivain du dernier siècle [32], c’est la mort de Cardan, qu’il avait lui-même prédite et fixée à un jour marqué. Ce grand jour arriva : Cardan se portait bien ; mais il fallait mourir ou avouer l’insuffisance et la vanité de son art ; il ne balança pas ; et, se sacrifiant à la gloire des astres, il se tua lui-même ; il n’avait pas expliqué s’il périrait par une maladie ou par un suicide. »

Il faut rappeler, parmi les extravagances astrologiques de Cardan, qu’il avait dressé l’horoscope de Notre-Seigneur Jésus-Christ : il le publia en Italie et en France. Il trouvait dans la conjonction de Mars avec la lune au signe de la Balance le genre de mort de l’Homme-Dieu ; et il voyait le mahométisme dans la rencontre de Saturne avec le Sagittaire, à l’époque de la naissance du Sauveur.

En somme, Jérôme Cardan fut un homme superstitieux, qui avait plus d’imagination que de jugement. Ce qui est bizarre, c’est que, croyant à tout, il croyait mal aux seules merveilles vraies, celles que l’Église admet. On le poursuivit à la fois comme magicien et comme impie. Delancre dit qu’il avait été bien instruit en la magie par son père, lequel avait eu trente ans un démon enfermé dans une cassette, et discourait avec ce démon sur toutes ses affaires [33]. On trouve donc des choses bizarres dans presque tous ses ouvrages, qui ont été recueillis en dix volumes in-folio, principalement dans le livre de la Variété des choses, de La Subtilité des démons, etc., et dans son Traité des songes [34]. Voy. Métoposcopie et Onguents.

Carenus (Alexandre), auteur d’un Traité des songes [35] publié à Padoue en 1575.

Carlostad (André Bodenstein de), archidiacre de Wurtemberg, d’abord partisan, ensuite ennemi de Luther, mais toujours dissident comme lui. Le jour où il prononça son dernier prêche, un grand homme noir, à la figure triste et décomposée, monta derrière lui l’escalier de la chaire et lui annonça qu’il irait le voir dans trois

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jours. D’autres disent que l’homme noir se tint ensuite devant lui le regardant d’un œil fixe, à quelques pas de la chaire et parmi les auditeurs. Carlostad se troubla ; il dépêcha son prêche, et, au sortir de la chaire, il demanda si l’on connaissait l’homme noir qui en ce moment sortait du temple. Mais personne que lui ne l’avait vu. — Cependant le même fantôme noir était allé à la maison de Carlostad et avait dit au plus jeune de ses fils : « Souviens-toi d’avertir ton père que je reviendrai dans trois jours, et qu’il se tienne prêt. » Quand l’archidiacre rentra, son fils lui raconta cette autre circonstance. Carlostad épouvanté se mit au lit, et trois jours après, le 25 décembre 1541, qui était la fête de Noël, on le trouva mort, le cou tordu. L’événement eut lieu à Bâle [36].

Carmentes, déesses tutélaires des enfants chez les anciens. Elles ont été remplacées par nos fées ; elles présidaient à la naissance, chantaient l’horoscope du nouveau-né, lui faisaient un don, comme les fées en Bretagne, et recevaient de petits présents de la part des mères. Elles ne se montraient pas ; cependant on leur servait à dîner dans une chambre isolée pendant les couches.

On donnait aussi, chez les Romains, le nom de carmentes ou {charmeuses) aux devineresses célèbres ; et l’une des plus fameuses prophétesses de l’Arcadie s’est nommée Garmentia. On l’a mise dans le ci-devant Olympe.

Carnaval. Voy. Mascarades.

Carniveau, démon invoqué dans les litanies du sabbat.

Carnoet. Voy. Trou du château.

Carnus, devin d’Acarnanie, qui, ayant prédit de grands malheurs sous le règne de Codrus, fut tué à coups de flèches comme magicien. Apollon envoya la peste pour venger sa mort.

Caron. La fable du batelier des enfers vint, dit-on, de Memphis, en Grèce. Fils de l’Erèbe et de la Nuit, il traversait le Cocyte et l’Achéron dans une barque étroite. Vieux et avare, il n’y recevait que les ombres de ceux qui avaient reçu la sépulture et qui lui payaient le passage. Nul mortel pendant sa vie ne pouvait y entrer, à moins qu’un rameau d’or consacré à Proserpine ne lui servît de sauf-conduit ; et le pieux Énée eut besoin que la sibylle lui fît présent de cette passe lorsqu’il voulut pénétrer dans le royaume de Pluton. Longtemps avant le passage de ce prince, le nocher infernal avait été exilé pendant un-an dans un lieu obscur du Tartare, pour avoir reçu dans son bateau Hercule, qui ne s’était pas muni du rameau.

Mahomet, dans le Koran, chap. 28, a confondu Caron avec Coré, que la terre engloutit lorsqu’il outrageait Moïse. L’Arabe Mutardi, dans son ouvrage sur l’Égypte, fait de Caron un oncle du législateur des Hébreux, et comme il soutint toujours son neveu avec zèle, ce dernier lui apprit l’alchimie et le secret du grand œuvre, au moyen duquel il amassa des sommes immenses. Rien ici n’est conforme aux saintes Écritures.

Selon Hérodote, Caron, d’abord simple prêtre de Vulcain, usurpa le souverain pouvoir en Egypte. Devenu roi, il imposa sur les inhumations un gros tribut ; et de l’or qu’il en tira il fit bâtir le célèbre labyrinthe d’Égypte.

Carpentier (Richard), bénédictin anglais du dix-septième siècle. On recherche de lui : 1° la Ruine de l’Antéchrist, in-8°, 1648 ; 2° Preuves que l’astrologie est innocente, utile et précise, in-4°, Londres, 1653. Il a publié une autre singularité intitulée « la Loi parfaite de Dieu, sermon qui n’est pas sermon, qui a été prêché et n’a pas été prêché, 1652 ».

Carpocratiens, hérésiarques du deuxième siècle qui reconnaissaient pour chef Carpocrate, professeur de magie, selon l’expression de saint Irénée. Ils contaient que les anges venaient de Dieu par une suite de générations infinies, que lesdits anges s’étaient avisés un jour de créer le monde et les âmes, lesquelles n’étaient unies à des corps que parce qu’elles avaient oublié Dieu. Carpocrate prétendait que tout ce que nous apprenons n’est que réminiscence. Il regardait les anges comme nous les démons ; il les disait ennemis de l’homme, et croyait leur plaire en se livrant à toutes ses passions et aux plaisirs les plus honteux. Ses disciples cultivaient la magie, faisaient des enchantements et avaient des secrets merveilleux. Ils marquaient leurs sectateurs à l’oreille et commettaient beaucoup d’abominations. Cette secte ne subsista pas longtemps.

Carra (Jean-Louis), aventurier du dernier siècle, qui se fit girondin, et fut guillotiné en 1793. Il a laissé entre autres ouvrages un Examen physique du magnétisme animal, in-8°, 1785.

Carreau, démon invoqué comme prince des puissances dans les litanies du sabbat.

Carrefours, lieux où quatre chemins aboutissent. C’est aux carrefours que les sorciers se réunissent ordinairement pour faire le sabbat. On montre encore, dans plusieurs provinces, quelques-uns de ces carrefours redoutés, au milieu desquels étaient placés des poteaux que les sorciers ou les démons entouraient de lanternes pendant la fête nocturne. On fait remarquer aussi sur le sol un large rond où les démons dansaient ; et l’on prétend que l’herbe ne peut y croître. C’est aussi dans un carrefour que l’on tue la poule noire pour évoquer le diable.

Cartagra, région du purgatoire. Voy. Gamygyn.

Cartes. Voy. Cartomancie. Mais, outre l’art de tirer les cartes, qui est exposé plus bas, on pratique avec ce jeu d’autres divinations. Les journaux de janvier 1862 contenaient à ce sujet une anecdote que nous croyons devoir reproduire :

« Le 6 janvier, jour des Rois, trois jeunes gens, deux frères et un de leurs amis, jouaient, le soir, aux cartes au coin du feu, dans la maison de l’un d’eux, à Pignicourt (Aisne). Après quelques parties, il vint à un des joueurs la bizarre fantaisie d’inlerroger le sort par la voie des cartes, et de jouer à l’écarté et au dernier restant quel serait celui des trois qui mourrait le premier. Le plus jeune s’opposait vivement à ce que l’on tentât ainsi le hasard ; mais, malgré lui, les deux autres s’attablèrent et commencèrent leur jeu de mort. La première partie fut perdue par le plus âgé, qui est mort le 16 février. Le plus jeune, celui qui avait d’abord refusé de jouer, perdit la seconde et mourut dix jours après son frère, c’est-à-dire le 26 février. Le dernier restant à l’écarté, celui qui aurait du, ce semble, survivre, frappé peut-être plus vivement que les autres de la fatale prédiction, est mort le premier de tous, le 26 janvier. Ils étaient âgés de vingt, vingt-huit et trente-trois ans. (Journal de l’Aisne). »

Carticeya, divinité indienne qui commande les armées des génies et des anges ; elle a six faces, une multitude d’yeux et un grand nombre de bras armés de massues, de sabres et de flèches. Elle se prélasse à cheval sur un paon.

Cartomancie, divination par les cartes, plus connue sous le nom d’art de tirer les cartes. On dit que les cartes ont été inventées pour amuser la folie de Charles VI ; mais Alliette, qui écrivit sous le nom d’Etteilla, nous assure que la cartomancie, qui est l’art de tirer les cartes, est bien plus ancienne. Il fait remonter cette divination au jeu des bâtons d’Alpha (nom d’un Grec fameux exilé en Espagne, dit-il). Il ajoute qu’on a depuis perfectionné cette science merveilleuse. On s’est servi de tablettes peintes ; et quand Jacquemin Gringoœur offrit les cartes au roi Charles le Bien-Aimé, il n’avait eu que la peine de transporter sur des cartons ce qui était connu des plus habiles devins sur des planchettes. Il est fâcheux que cette assertion ne soit appuyée d’aucune preuve.

Cependant les cartes à jouer sont plus anciennes que Charles VI. Boissonade a remarqué que le petit Jehan de Saintré ne fut honoré de la faveur de Châties V que parce qu’il ne jouait ni aux

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cartes ni aux dés. Il fallait bien aussi qu’elles fussent connues en Espagne lorsque Alphonse XI les prohiba en 1332, dans les statuts de l’ordre de la Bande. Quoi qu’il en soit, les cartes, d’abord tolérées, furent ensuite condamnées ; et c’est une opinion encore subsistante dans l’esprit de quelques personnes que qui tient les cartes tient le diable. C’est souvent vrai, au figuré. « Ceux qui font des tours de cartes sont sorciers le plus souvent, » dit Boguet. Il cite un comte italien qui vous mettait en main un dix de pique, et vous trouviez que c’était un roi de cœur [37]. Que penserait-il des prestidigitateurs actuels ?

Il n’est pas besoin de dire qu’on a trouvé tout dans les cartes, histoire, sabéisme, sorcellerie. Il y a même eu des doctes qui ont vu toute l’alchimie dans les figures ; et certains cabalistesont prétendu y reconnaître les esprits des quatre éléments. Les carreaux sont les salamandres, les cœurs sont les sylphes, les trèfles les ondins, et les piques les gnomes.

Arrivons à l’art de tirer les cartes. On se sert presque toujours, pour la cartomancie, d’un jeu de piquet de trente-deux cartes, où les ligures n’ont qu’une tête. Les cœurs et les trèfles sont généralement bons et heureux ; les carreaux et les piques, généralement mauvais et malheureux. Les figures en cœur et en carreau annoncent des personnes blondes ou châtain-blond ; les figures en pique ou en trèfle annoncent des personnes brunes ou châtain-brun. Voici ce que signifie chaque carte : Les huit cœurs. — Le roi de cœur est un homme honorable qui cherche à vous faire du bien ; s’il est renversé, il sera arrêté dans ses loyales intentions. La dame de cœur est une femme honnête et généreuse de qui vous pouvez attendre des services ; si elle est renversée, c’est le présage d’un retard dans vos espérances. Le valet de cœur est un brave jeune homme, souvent un militaire, qui doit entrer dans votre famille et cherche à vous être utile ; il en sera empêché s’il est renversé. L’as de cœur annonce une nouvelle agréable ; il représente un festin ou un repas d’amis quand il se trouve entouré de figures. Le dix de cœur est une surprise qui fera grande joie ; le neuf promet une réconciliation, il resserre les liens entre les personnes qu’on veut brouiller. Le huit promet de la satisfaction de la part des enfants. Le sept annonce un bon mariage.

Les huit carreaux. — Le roi de carreau est un homme assez important qui pense à vous nuire, et qui vous nuira s’il est renversé. La dame est une méchante femme qui dit du mal de vous, et qui vous fera du mal si elle est renversée. Le valet de carreau est un militaire ou un messager qui vous apporte des nouvelles désagréables ; et s’il est renversé, des nouvelles fâcheuses. L’as de carreau annonce une lettre ; le dix de carreau, un voyage nécessaire et imprévu ; le neuf, un retard d’argent ; le huit, des démarches qui surprendront de la part d’un jeune homme ; le sept, un gain de loterie ; s’il se trouve avec l’as de carreau, assez bonnes nouvelles.

Les huit piques. — Le roi représente un commissaire, un juge, un homme de robe avec qui on aura des disgrâces ; s’il est renversé, perte d’un procès. La dame est une veuve qui cherche à vous tromper : si elle est renversée, elle vous trompera. Le valet est un jeune homme qui vous causera des désagréments ; s’il est renversé, présage de trahison. L’as, grande tristesse ; le dix, emprisonnement ; le neuf, retard dans les affaires ; le huit, mauvaise nouvelle ; s’il est suivi du sept de carreau, pleurs et discordes. Le sept, querelles et tourments, à moins qu’il ne soit accompagné de cœurs.

Les huit trèfles. — Le roi est un homme juste, qui vous rendra service ; s’il est renversé, ses intentions honnêtes éprouveront du retard. La dame est une femme qui vous aime ; une femme jalouse, si elle est renversée. Le valet promet un mariage, qui ne se fera pas sans embarras préliminaires, s’il est renversé. L’as, gain, profit, argent à recevoir ; le dix, succès ; s’il est suivi du neuf de carreau, retard d’argent ; perte s’il se trouve à côté du neuf de pique. Le neuf, réussite ; le huit, espérances fondées : le sept, faiblesse, et s’il est suivi d’un neuf, héritage.

Quatre rois de suite, honneurs ; trois de suite, succès dans le commerce ; deux rois de suite, bons conseils. Quatre dames de suite, grands caquets ; trois dames de suite, tromperies ; deux dames de suite, amitié. Quatre valets de suite, maladie contagieuse ; trois valets de suite, paresse ; deux valets de suite, dispute. Quatre as de suite, une mort ; trois as de suite, libertinage ; deux as de suite, inimitié. Quatre dix de suite, événements désagréables ; trois dix de suite, changement d’état ; deux dix de suite, perte. Quatre neuf de suite, bonnes actions ; trois neuf de suite, imprudence ; deux neuf de suite, argent. Quatre huit de suite, revers ; trois huit de suite, mariage ; deux huit de suite, désagréments. Quatre sept de suite, intrigues ; trois sept de suite, divertissements ; deux sept de suite, petites nouvelles.

Il y a plusieurs manières de tirer les cartes. La plus sûre méthode est de les tirer par sept, comme il suit : Après avoir mêlé le jeu, on le fait couper de la main fauche par la personne pour qui on opère ; on compte les cartes de sept en sept, mettant de côté la septième de chaque paquet. On répète l’opération jusqu’à ce qu’on ait produit douze cartes. Vous étendez ces douze cartes sur la table les unes à côté des autres, selon l’ordre dans lequel elles sont venues ; ensuite vous cherchez ce qu’elles signifient, d’après la valeur et la position de chaque carte, ainsi qu’on l’a expliqué. Mais avant de tirer les cartes, il ne faut pas oublier de voir si la personne pour laquelle on les tire est sortie du jeu. On prend ordinairement le roi de cœur pour un homme blond marié ; le roi de trèfle pour un homme brun marié ; la dame de cœur pour une dame ou une demoiselle blonde ; la dame de trèfle pour une dame ou une demoiselle brune ; le valet de cœur pour un jeune homme blond ; le valet de trèfle pour un jeune homme brun. — Si la carte qui représente la personne pour qui on opère ne se trouve pas dans les douze cartes que le hasard vient d’amener, on la cherche dans le reste du jeu, et on la place simplement à la fin des douze cartes sorties. Si, au contraire, elle s’y trouve, on fait tirer à la personne pour qui on travaille (ou l’on lire soi-même si c’est pour soi que l’on consulte) une treizième carte à jeu ouvert. On la place pareillement à la fin des douze cartes étalées, parce qu’il est reconnu qu’il faut treize cartes. Alors, on explique sommairement l’ensemble du jeu. Ensuite, en partant de la carte qui représente la personne pour qui on interroge le sort, on compte sept et on s’arrête ; on interprète la valeur intrinsèque et relative de la carte sur laquelle on fait station ; on compte sept de nouveau, et de nouveau on explique, parcourant ainsi tout le jeu à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’on revienne précisément à la carte de laquelle on est parti. On doit déjà avoir vu bien des choses, il reste cependant une opération importante. On relève les treize cartes, on les mêle, on fait à nouveau couper de la main gauche. Après quoi on dispose les cartes à couvert sur dix paquets : 1° pour la personne ; 2° pour la maison ou son intérieur ; 3° pour ce qu’elle attend ; 4° pour ce qu’elle n’attend pas ; 5° pour sa surprise ; 6° pour sa consolation ou sa pensée. — Les six premières cartes ainsi rangées sur la table, il en reste sept dans la main. On fait un second tour, mais on ne met une carte que sur chacun des cinq premiers paquets. Au troisième tour, on pose les deux dernières cartes sur les numéros 1 et 2. On découvre ensuite successivement chaque paquet, et on l’explique en commençant par le premier, qui a trois cartes ainsi que le deuxième, en finissant par le dernier qui n’en a qu’une. — Voilà tout entier l’art de tirer les cartes ; les méthodes varient ainsi que la valeur des cartes, auxquelles on donne dans les livres spéciaux des sens très-divers et très-arbitraires ; mais les résultats ne varient pas.

Nous terminerons en indiquant la manière de faire ce qu’on appelle la réussite. — Prenez également un jeu de piquet de trente-deux cartes. Faites huit paquets à couvert de quatre cartes chacun, et les rangez sur la table ; retournez la première carte de chaque paquet ; prenez les cartes de la même valeur deux par deux, comme deux dix, deux rois, deux as, etc., en retournant toujours à découvert sur chaque paquet la carte qui suit celle que vous enlevez. Pour que la réussite soit assurée, il faut que vous retiriez de la sorte toutes les cartes du jeu, deux par deux, jusqu’aux dernières. — On fait ces réussites pour savoir si un projet ou une affaire aura du succès, ou si une chose dont on doute a eu lieu.

Alliette, sous le nom d’Etteilla, a publié un long traité sur cette matière. Citons encore l’Oracle parfait, ou nouvelle manière de tirer les cartes, au moyen de laquelle chacun peut faire son horoscope. In-12, Paris, 1802. Ce petit livre, de 92 pages, est dédié au beau sexe par Albert d’Alby. L’éditeur est M. de Valembert, qui fait observer que l’Oracle parfait devait paraître en 1788 ; que la censure l’arrêta, et qu’on n’a pu qu’en 1802 en gratifier le public. La méthode de ce livre est embrouillée ; l’auteur veut qu’on emploie vingt cartes disposées en cinq tas, de cette manière : un au milieu, un au-dessus, un au-dessous, et un de chaque côté ; ce qui fait une croix. Les cartes d’en haut signifient ce qui doit arriver bientôt, les cartes de droite ce qui arrivera dans un temps plus éloigné ; les cartes d’en bas sont pour le passé ; les cartes de gauche pour les obstacles ; les cartes du milieu pour le présent. On explique ensuite d’après les principes.

Mais c’en est assez sur la cartomancie. Nous n’avons voulu rien laisser ignorer du fondement de cette science aux dames qui consultent leurs cartes et qui doutent de Dieu. Cependant nous les prierons d’observer que ce grand moyen de lever le rideau qui nous cache l’avenir s’est trouvé quelquefois en défaut. Une des plus fameuses tireuses de cartes fit le jeu pour un jeune homme sans barbe qui s’était déguisé en fille. Elle lui promit un époux riche et bien fait, trois garçons, une fille, des couches laborieuses, mais sans danger. — Une dame qui commençait à hésiter dans sa confiance aux cartes se fit un jour une réussite pour savoir si elle avait déjeuné. Elle était encore à table devant les plats vides ; elle avait l’estomac bien garni ; toutefois les cartes lui apprirent qu’elle était à jeun, car la réussite ne put avoir lieu.

Casaubon (Médéric), fils d’isaac Casaubon, né à Genève en 1599. On a de lui un Traité de l’Enthousiasme, publié en 1655, in-8°. Cet ouvrage est dirigé contre ceux qui attribuent l’enthousiasme à une inspiration du ciel ou à une inspiration du démon. On lui doit de plus un Traité de la crédulité et de l’incrédulité dans les choses spirituelles, in-8°, Londres, 1670. Il y établit la réalité des esprits, des merveilles surnaturelles et des sorciers [38]. Nous citerons aussi sa Véritable et fidèle relation de ce qui s’est passé entre Jean Dée et certains esprits, 1659, in-fol.

Casi. C’est le nom d’une pagode fameuse sur les bords du Gange. Les Indiens recherchent le privilège d’y mourir ; car Eswara ne manque pas de venir souffler dans leur oreille droite au dernier instant pour les purifier : aussi ont-ils grand soin de mourir couchés sur le côté gauche.

Casmann (Othon), savant Allemand du seizième siècle, auteur d’un livre sur les anges intitulé Angélographie [39]. Il a laissé un autre ouvrage, que quelques personnes recherchent, sur les mystères de la nature [40].

Cassandre. Fille de Priam, à qui Apollon accorda le don de prophétie pour la séduire ; mais quand elle eut le don, elle ne voulut pas répondre à la tendresse du dieu, et le dieu discrédita ses pronostics. Aussi, quoique grande magicienne et sorcière, comme dit Delancre [41], elle ne put pas empêcher la ruine de Troie, ni se garantir elle-même des violences d’Ajax.

Cassius de Parme. Antoine venait de perdre la bataille d’Actium ; Cassius de Parme, qui avait suivi son parti, se retira dans Athènes : là, au milieu de la nuit, pendant que son esprit s’abandonnait aux inquiétudes, il vit paraître devant lui un homme noir qui lui parla avec agitation. Cassius lui demanda qui il était. — Je suis ton démon [42] — répondit le fantôme. Ce mauvais démon était la peur. À cette parole, Cassius s’effraya et appela ses esclaves ; mais le démon disparut sans se laisser voir à d’autres yeux. Persuadé qu’il rêvait, Cassius se recoucha et chercha à se rendormir ; aussitôt qu’il fut seul, le démon reparut avec les mêmes circonstances. Le Romain n’eut pas plus de force que d’abord; il se fit apporter des lumières, passa le reste de la nuit au milieu de ses esclaves, et n’osa plus rester seul. Il fut tué peu de jours après par l’ordre du vainqueur d’Actium [43].

Casso ou Alouette. On assure que celui qui portera sur soi les pieds de cet oiseau ne sera jamais persécuté ; au contraire, il aura toujours l’avantage sur ses ennemis. Si on enveloppe l’œil droit de l’alouette dans un morceau de la peau d’un loup, l’homme qui le portera sera doux, agréable et plaisant ; et si on le met dans du vin, on se fera chérir de la personne qui le boira [44].

Cassotide. Fontaine de Delphes, dont la vertu prophétique inspirait des femmes qui y rendaient des oracles.

Castaigne (Gabriel de), aumônier de Louis XIII, cordelier et alchimiste. On lui doit l’Or potable qui guérit de tous maux, in-8°, rare, Paris, 1611 ; le Paradis terrestre, où l’on trouve la guérison de toute maladie, in-8°, Paris, 1615 ; « le Grand Miracle de nature métallique, que en imitant icelle sans sophistiqueries, tous les métaux imparfaits se rendront en or fin, et les maladies incurables se guériront, » in-8°, Paris, 1615.

Castalie. Fontaine d’Antioche, au faubourg de Daphné ; ses eaux étaient prophétiques, et il y avait auprès un oracle célèbre qui prédit l’empire à Adrien. Quand cet oracle fut accompli, Adrien fit boucher la fontaine avec de grosses pierres, de peur qu’un autre n’y allât chercher la même faveur qu’il avait obtenue.

Castalin (Diégo). Discours prodigieux et épouvantable de trois Espagnols et une Espagnole, magiciens et sorciers qui se faisaient porter par les diables de ville en ville, avec leurs déclarations d’avoir fait mourir plusieurs personnes et bétail par leurs sortilèges, et aussi d’avoir fait plusieurs dégâts aux biens de la terre. Ensemble, l’arrêt prononcé contre eux par la cour du parlement de Bordeaux, in-8°, rare. Paris, 1626.

« Trois Espagnols, accompagnés d’une femme espagnole, aussi sorcière et magicienne, se sont promenés par l’Italie, Piémont, Provence, Franche-Comté, Flandre, et ont, par plusieurs fois, traversé la France, et tout aussitôt qu’ils avaient reçu quelque déplaisir de quelques-uns, en quelques villes, ils ne manquaient, par le moyen de leurs pernicieux charmes, de faire sécher les blés et les vignes ; et pour le regard du bétail, il languissait quelques trois semaines, puis demeurait mort, tellement qu’une partie du Piémont a senti ce que c’était que leurs maudites façons de faire.

» Quand ils avaient fait jouer leurs charmes en quelques lieux par leurs arts pernicieux, ils se faisaient porter par les diables dans les nuées, de ville en ville, et quelquefois faisaient cent lieues le jour. Mais comme la justice divine ne veut pas longuement souffrir les malfaiteurs, Dieu permit qu’un curé, nommé messire Benoît la Fave, passant près de Dôle, rencontrât ces Espagnols avec leur servante, lesquels se mirent en compagnie avec lui et lui demandèrent où il allait. Après leur avoir déclaré et conté une partie de son ennui pour la longueur du chemin, un de ces Espagnols, nommé Diégo Castalin, lui dit : — Ne vous déconfortez nullement, il est près de midi ; mais je veux que nous allions aujourd’hui coucher à Bordeaux.

» Le curé ne répliqua rien, croyant qu’il le disait par risée, vu qu’il y avait près de cent lieues. Néanmoins, après s’être assis tous ensemble, ils se mirent à sommeiller. Au réveil du curé, il se trouve aux portes de Bordeaux avec ces Espagnols. Un conseiller de Bordeaux fut averti de cette merveille ; il voulut savoir comment cela s’était passé : il dénonce les trois Espagnols et la femme. On fouille leurs bagages, où se trouvent plusieurs livres, caractères, billets, cires, couteaux, parchemins et autres denrées servant à la magie. Ils sont examinés ; ils confessent le tout, disant, entre autres choses, d’avoir fait, par leurs œuvres, périr les fruits de la terre aux endroits qu’il leur plaisait, d’avoir fait mourir plusieurs personnes et bestiaux, et qu’ils étaient résolus de faire plusieurs maux du côté de Bordeaux. La cour leur fit leur procès extraordinaire, qui fut prononcé le 1 er mars 1610, et condamna Diégo Castalin, Francisco Ferdillo, Vincentio Torrados et Catalina Fiosela à être pris et menés par l’exécuteur de la haute justice en la place du marché aux porcs, et être conduits sur un bûcher, pour là être brûlés tout vifs, et leurs corps être mis en cendres, avec leurs livres, caractères, couteaux, parchemins, billets et autres hoses propres servant à la magie.

» L’Espagnole qui les servait, nommée Catalina Fiosela, confessa une infinité de méchancetés par elle exercées, entre autres que, par ses’sortiléges, elle avait infecté, avec certains poisons, plusieurs fontaines, puits et ruisseaux, et aussi qu’elle avait fait mourir plusieurs bétails, et fait, par ses charmes, tomber pierres et grêles sur les biens et fruits de la terre.

» Voilà qui doit servir d’exemple à plusieurs personnes qui s’étudient à la magie ; d’autres, sitôt qu’ils ont perdu quelque chose, s’en vont au devin et sorcier, et ne considèrent pas qu’allant vers eux, ils vont vers le diable, prince des ténèbres. »

On ne peut voir dans ce récit que l’histoire d’une bande de malfaiteurs.

Castellini (Luc), frère prêcheur du dix-septième siècle. On rencontre des prodiges infernaux dans son Traité des miracles [45].

Castor. C’est une opinion très-ancienne et très-commune que le castor se mutile pour se dérober à la poursuite des chasseurs. On la trouve dans les hiéroglyphes des Égyptiens, dans les fables d’Ésope, dans Pline, dans Aristote, dans Élien ; mais cette opinion n’en est pas moins une erreur aujourd’hui reconnue [46].

Castor et Pollux, fils de Jupiter et de Léda. On en fit des dieux marins ; et, dans l’antiquité, les matelots appelaient feux de Castor et Pollux ce que nos marins appellent feux Saint-Elme. Les histoires grecques et romaines sont remplies d’apparitions de Castor et Pollux. Pendant que Paul-Émile faisait la guerre en Macédoine, Publius Vatinius, revenant à Rome, vit subitement devant lui deux jeunes gens beaux et bien faits, montés sur des chevaux blancs, qui lui annoncèrent que le roi Persée avait été fait prisonnier la veille. Vatinius se hâta de porter au sénat cette nouvelle ; mais les sénateurs, croyant déroger à la majesté de leur caractère en s’arrêtant à des puérilités, firent mettre cet homme en prison. Cependant, après qu’on eut reconnu par les lettres du consul que le roi de Macédoine avait été effectivement pris ce jour-là, on tira Vatinius de sa prison ; on le gratifia de plusieurs arpents de terre, et le sénat reconnut que Castor et Pollux étaient les protecteurs de la république.

Pausanias explique cette apparition : « C’étaient, dit-il, des jeunes gens revêtus du costume des Tyndarides et apostés pour frapper les esprits crédules. »

On sait que Castor et Pollux sont devenus la constellation des Gémeaux.

Castro (Alphonse de), célèbre prédicateur né au Pérou, et l’un des plus savants théologiens du seizième siècle, auteur d’un livre contre les magiciens [47].

Cataboliques. « Ceux qui ont lu les anciens savent que les démons cataboliques sont des démons qui emportent les hommes, les tuent, brisent et fracassent, ayant cette puissance sur eux. De ces démons cataboliques, Fulgence raconte qu’un certain Campester avait écrit un livre particulier, qui nous servirait bien, si nous l’avions, pour apprendre au juste comment ces diables traitaient leurs suppôts, les magiciens et les sorciers [48]. »

Cathaï-Khann, prince de la mer chez les Tartares. Ce démon est un affreux cannibale qui se saisit un jour de son compère Djilbeguenn, dit le trompeur, le fit bouillir et le mangea. Il possède une flèche qui lui revient toujours quand elle a accompli sa mission. Elle a percé un jour une montagne de cuivre et lui est revenue après avoir fait le tour de la terre. Un serpent aux écailles d’or, qui avait sur sa tête une corne d’argent et des yeux d’escarboucle, distants de douze arpents l’un de l’autre, avec une queue sans fin, dévora son enfant. Cataï lui décocha sa flèche au front, qu’elle sépara en deux. Le prince de la mer trouva son enfant dans le ventre du serpent ; l’enfant vivait encore là, en compagnie de quelques héros, vivants encore aussi, avec leurs chevaux. Alors le cheval de Cataï dit à son maître : « Enlève la couverture qui est sous ma selle ; et je donnerai à l’enfant le peu de lait qui me reste du temps où je tetais ma mère ; » et l’enfant vécut ; et plus tard il mangea aussi son père [49]. Ce sont là des traditions tartares.

Catalde, évêque de Tarente au sixième siècle. Mille ans après sa mort, on raconte qu’il se montra une nuit, en vision, à un jeune Tarentin du seizième siècle, et le chargea de creuser en un lieu

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qu’il lui désigna, où il avait caché et enterré un livre écrit de sa main pendant qu’il était au monde, lui disant qu’incontinent qu’il aurait recouvré ce livre, il ne manquât point de le faire tenir à Ferdinand, roi d’Aragon et de Naples, qui régnait alors. Le jeune homme n’ajouta point foi d’abord à cette vision, quoique Catalde lui apparût presque tous les jours pour l’exhorter à faire ce qu’il lui avait ordonné. Enfin, un matin, avant l’aurore, comme il était en prière, il aperçut Catalde vêtu de l’habit épiscopal, lequel lui dit avec une contenance sévère : — Tu n’as pas tenu compte de chercher le livre que je t’avais enseigné et de l’envoyer au roi Ferdinand ; sois assuré, cette fois pour toutes, que si tu n’exécutes ce que je t’ai commandé, il t’en adviendra mal.

Le jouvenceau, intimidé de ces menaces, publia sa vision ; le peuple ému s’assembla pour l’accompagner au lieu marqué. On y arriva ; on creusa la terre ; on trouva un petit coffre de plomb, si bien clos et cimenté que l’air n’y pouvait pénétrer, et au fond du coffret se vit le livre où toutes les misères qui devaient arriver au royaume de Naples, au roi Ferdinand et à ses enfants, étaient décrites en formes de prophétie, lesquelles ont eu lieu ; car Ferdinand fut tué au premier conflit ; son fils Alphonse, à peine maître du trône, fut mis en déroute par ses ennemis, et mourut en exil. Ferdinand, le puîné, périt misérablement à la Heur de son âge, accablé de guerres, et Frédéric, petit-fils du défunt Ferdinand, vit brûler, saccager et ruiner son pays [50].

Catalepsie, semblance d’apoplexie, état d’où résulte, dit M. Lecouturier, « une insensibilité capable de faire supporter sans douleur l’opération chirurgicale la plus cruelle. La catalepsie est causée par l’obstruction des agents, nerveux. Il en naît une singulière combinaison de roideur et de souplesse dans les muscles, qui fait que les cataleptiques, complètement immobiles par eux-mêmes, se laissent aller à tous les mouvements réguliers qu’on leur imprime et restent fixés dans toutes les attitudes normales qu’on leur communique. On peut même leur faire prendre des attitudes pénibles dans lesquelles il serait impossible à l’homme le plus robuste de se maintenir. »

Cette maladie, qui explique quelques phénomènes de la sorcellerie, est provoquée ou spontanée. Voy. Hypnotisme et Sommeil magnétique.

Catalonos ou Babailanas, prêtresses des Indiens des îles Philippines. Elles lisent dans l’avenir et prédisent ce qui doit arriver. Quand elles ont annoncé le bien ou le mal à ceux qui les consultent, elles font le sacrifice d’un cochon, qu’elles tuent d’un coup de lance et qu’elles offrent en dansant aux mauvais génies et aux âmes des ancêtres, lesquelles, dans l’opinion des Indiens, fixent leurs demeures sous de grands arbres.

Catanancée, plante que les femmes de Thessalie employaient dans leurs philtres. On en trouve la description dans Dioscoride.

Cataramonachia, anathème que fulminent les popes grecs. Dans quelques îles de la Morée, on dit que cet anathème donne une fièvre lente dont on meurt en six semaines.

Catelan (Laurent), pharmacien de Montpellier au dix-septième siècle. Il a laissé une Histoire de la nature, chasse, vertus, propriétés et usages de la licorne, Montpellier, in-8°, 1624, et un rare et curieux discours de la plante appelée mandragore, Paris, in-12, 1639.

Cathares, hérétiques abominables qui devaient leur nom à un chat, Catto, dont ils baisaient le derrière dans leurs réunions secrètes, persuadés qu’ils étaient que Satan lui-même recevait ainsi leurs hommages sous cette forme. Ils immolaient des enfants et commettaient d’autres horreurs, qu’on peut lire dans la Mystique de Gorres, chap. ii et iii du livre V.

Catharin (Ambroise), dominicain de Florence, mort à Rome en 1553, auteur d’une réfutation de la doctrine et des prophéties de Savonarole [51], et d’un Traité de la mort et de la résurrection.

Catherine Voy. Revenants.

Catherine (Sainte). Voy. Incombustibles.

Catherine de Médicis, célèbre reine de France, singulièrement maltraitée dans l’histoire, où l’esprit de la réforme n’a pas ménagé les princes catholiques : née à Florence en 1519, morte en 1589. Elle avait foi à l’astrologie judiciaire et, s’il faut en croire les protestants, à la

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magie ; ils l’accusaient même d’avoir porté sur l’estomac une peau de vélin, peut-être d’un enfant égorgé (voyez l’effet de ce peut-être en histoire), laquelle peau, semée de figures, de lettres et de caractères de différentes couleurs, devait la garantir de toute entreprise contre sa personne. Elle fit faire la colonne de l’hôtel de Soissons [52], dans le fut de laquelle il y avait un escalier avis pour monter à la sphère armillaire qui est au haut. Elle allait y consulter les astres avec ses astrologues.

Cette princesse, que l’on a fort noircie, eut beaucoup d’ennemis, surtout les huguenots, qui alors ne reculaient devant aucune calomnie. Ils la représentent comme ayant été très-versée dans l’art d’évoquer les esprits ; ils ajoutent que, sur la peau d’enfant qu’elle portait au cou, étaient représentées plusieurs divinités païennes. Étant tombée gravement malade, elle remit, disent-ils, à M. de Mesmes une boîte hermétiquement fermée, en lui faisant promettre de ne jamais l’ouvrir et de la lui rendre si elle revenait à la vie. Longtemps après, les enfants du dépositaire, ayant ouvert la boîte, dans l’espoir d’y trouver des pierreries ou un trésor, n’y découvrirent qu’une médaille de forme antique, large et ovale, où Catherine de Médicis était représentée à genoux, adorant les Furies et leur présentant une offrande.

Ce conte absurde donne la mesure de vingt autres. Catherine de Médicis survécut à M. de Mesmes, et elle n’aurait pas manqué de retirer la cassette.

Elle avait attaché à sa personne, suivant l’usage du temps, quelques astrologues, parmi lesquels il ne faut pas oublier l’illustre Luc Gauric. Ils lui prédirent que Saint-Germain la verrait mourir. Dès lors elle ne voulut plus demeurer à Saint-Germain en Laye et n’alla plus à l’église de Saint-Germain d’Auxerre. Mais l’évêque de Nazareth, l’ayant assistée à l’heure de sa mort, on regarda la prédiction comme accomplie, attendu que ce prélat s’appelait Nicolas de Saint-Germain.

Catho (Angelo), savant habile dans l’astrologie, qui prédit à Charles le Téméraire sa mort funeste. Le duc de Bourgogne n’en tint compte, et perdit tout, comme on sait. Malheureusement, rien ne prouve que la prédiction ait été faite en temps utile.

Louis XI estimait tant Angelo Catho, à cause de sa science, qu’il lui donna l’archevêché de Vienne, en Dauphiné. C’est peut-être pour cela que les protestants en ont fait un astrologue.

Catiau, sorcier contemporain, condamné par le tribunal de Béthune, le 30 juillet 1850. Voici le résumé des faits à cette date :

« Salvien-Édouard-Joseph Catiau, aujourd’hui âgé de soixante ans, tisserand, demeurant à Loos, près Lens, vivait péniblement de son travail, lorsqu’il eut, il y a cinq ans environ, la pensée de vivre aux dépens de la sottise humaine. Bien des gens de la campagne, beaucoup de nos villes aussi, sont disposés, lorsque plusieurs accidents ou malheurs leur arrivent, à les attribuer à une influence secrète et maligne. On leur a jeté un sort ; c’est ce sort que Catiau va entreprendre de conjurer. Sa clientèle, d’abord restreinte, s’augmente peu à peu. Nous voyons une femme de Douvrin, la dame Cappe, qui perd successivement ses poulets et sa basse-cour ; Catiau lui fait faire une neuvaine ; des Pater, des Ave Maria récités journellement enlèveront le sort.

» Plus tard, Catiau élargit le cercle de ses opérations : ce ne sera plus le sort jeté sur les animaux qu’il conjurera, c’est aux maladies humaines qu’il va s’attaquer. Charles Delhaye, âgé de soixante-huit ans, rentier à Richebourg-l’Avoué, est atteint d’une hernie ; il va voir Catiau chez son gendre. Catiau lui dit qu’il a reçu des missionnaires d’Amiens le pouvoir de guérir les hernies ; pour cela il faut boire de l’eau que Catiau a heureusement chez lui et qui vient d’une fontaine de Rome où Y ange va se baigner une fois par an. Cette consultation merveilleuse coûte 150 fr. au père Delhaye. Il prend encore plusieurs bouteilles d’eau ; toutes lui sont cédées généreusement au prix de 10 fr. chacune.

» Comme on le voit, la matière exploitable était bonne. Catiau ne se fait pas faute d’en user ; il fait croire à Delhaye que ses intelligences avec les puissances surnaturelles lui font entrevoir que la guerre de Crimée reviendra envahir la France ; qu’il faut se hâter de faire des provisions de blé, parce que tout va être pillé, et que ceux qui seront pris au dépourvu mourront de faim. Pour arriver à ce but, il faut que Delhaye retire des mains d’un notaire (car les notaires vont disparaître avec tout le reste, sort fatal !) tout l’argent qu’il lui a donné en dépôt ; avec cet argent, qu’il achète de grandes quantités de blé qu’il mettra dans des sacs tissus par la main de filles vierges, et que Catiau a seul le bonheur de posséder, mais qu’il cédera au prix modeste de 9 fr. la pièce. Delhaye retire en effet un peu d’argent, pas trop, car le paysan commence à se réveiller et à retrouver sa malice ; il achète un peu de blé qu’il met dans des sacs immaculés. Mais le blé ne se conserve pas ; et puis Catiau s’avise de découvrir qu’outre sa hernie, Delhaye est atteint de la pierre. Pour le coup, c’en est trop ; Catiau lui a pris plus de 1, 200 fr., il veut encore le gratifier d’une souffrance qu’il est sûr de ne pas avoir. Il porta sa plainte, et c’est ainsi que les hauts faits du sorcier arrivent à la connaissance du public, et malheureusement pour lui à celle de la justice, qui poursuit ses investigations, découvre une énorme série de faits et condamne le sorcier à cinq ans de prison. »

Catillus. Voy. Gilbert.

Catoblepas, serpent qui donne la mort à ceux qu’il regarde, si on en veut bien croire Pline. Mais la nature lui a fait la tête fort basse, de manière qu’il lui est difficile de fixer quelqu’un. On ajoute que cet animal habite près de la fontaine Nigris, en Éthiopie, que l’on prétend être la source du Nil.

Caton le Censeur. Dans son livre De re rustica, il enseigne, parmi divers remèdes, la manière de remettre les membres démis, et donne même les paroles enchantées dont il faut se servir.

Catoptromancie, divination par le moyen d’un miroir. On trouve encore dans beaucoup de villages des devins qui emploient cette divination, autrefois fort répandue. Quand on a fait une perte, essuyé un vol, ou reçu quelques

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coups clandestins dont on veut connaître l’auteur, on va trouver le sorcier ou devin, qui introduit le consultant dans une chambre à demi éclairée. On n’y peut entrer qu’avec un bandeau sur les yeux. Le devin fait les évocations, et le diable montre dans un miroir le passé, le présent et le futur. Malgré le bandeau, les crédules villageois, dans de telles occasions, ont la tête tellement montée qu’ils ne manquent pas de voir quelque chose.

On se servait autrefois pour cette divination d’un miroir que l’on présentait, non devant, mais derrière la tête d’un enfant à qui l’on avait bandé les yeux…

Pausanias parle d’un autre effet de la catoptromancie. « Il y avait à Patras, dit-il, devant le temple de Cérès, une fontaine séparée du temple par une muraille ; là on consultait un oracle, non pour tous les événements, mais seulement pour les maladies. Le malade descendait dans la fontaine un miroir suspendu à un fil, en sorte qu’il ne touchât la surface de l’eau que par sa base. Après avoir prié la déesse et brûlé des parfums, il se regardait dans ce miroir, et, selon qu’il se trouvait le visage hâve et défiguré ou gras et vermeil, il en concluait très-certainement que la maladie était mortelle ou qu’il en réchapperait. »

Cattani ( François), évêque de Fiésole, mort en 1595, auteur d’un livre sur les superstitions de la magie [53].


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Cattéri, démon du Malabar, qui possède surtout les femmes et les rend folles end="Cattéri" />

Cauchou furieuses. Si elles sont belles et bien faites, il leur donne des difformités.<section emar. On appelle ainsi un embarras dans la poitrine, une oppression et une

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difficulté de respirer qui surviennent pendant le sommeil, causent des rêves fatigants, et ne cessent que quand on se réveille. On ne savait pas trop autrefois, et encore au quinzième siècle, ce que c’était que le cauchemar, qu’on appelait aussi alors chauche-poulet. On en fit un monstre ; c’était un moyen prompt de résoudre la difficulté. Les uns imaginaient dans cet accident une sorcière ou un spectre qui pressait le ventre des gens endormis, leur dérobait la parole et la respiration, et les empêchait de crier et de s’éveiller pour demander du secours ; les autres, un démon qui étouffait les gens. Les médecins n’y voyaient guère plus clair. On ne savait d’autre remède pour se garantir du cauchemar que de suspendre une pierre creuse dans l’écurie de sa maison ; et Delrio, embarrassé, crut décider la question en disant que Cauchemar était un suppôt de Belzébuth ; il l’appelle ailleurs incubas morbus.

Dans les guerres de la république française en Italie, on caserna en une église profanée un de nos régiments. Les paysans avaient averti les soldats que la nuit on se sentait presque suffoqué dans ce lieu-là, et que l’on voyait passer un gros chien sur sa poitrine. Les soldats en riaient ; ils se couchèrent après mille plaisanteries. Minuit arrive, tous se sentent oppressés, ne respirent plus et voient, chacun sur son estomac, un chien noir qui disparut enlin, et leur laissa reprendre leurs sens. Ils rapportèrent le fait à leurs officiers, qui vinrent y coucher eux-mêmes la nuit suivante, et furent tourmentés du même fantôme. — Comment expliquer ce fait ? — « Mangez peu, tenez-vous le

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ventre libre, ne couchez point sur le dos, et votre cauchemar vous quittera sans grimoire, » dit M. Salgues [54]. Il est certain que dans les pays où l’on ne soupe plus, on a moins de cauchemars.

Bodin conte [55] qu’au pays de Valois, en Picardie, il y avait de son temps une sorte de sorciers et de sorcières qu’on appelait cauchemares, qu’on ne pouvait chasser qu’à force de prières.

Cauchon (Pierre), évêque intrus de Beauvais au quinzième siècle, poursuivit Jeanne d’Arc comme sorcière et la fit brûler à Rouen. Il mourut subitement en 1443. Le pape Calixte III excommunia après sa mort ce prélat déshonoré, dont le corps fut déterré et jeté à la voirie. Ce qui est assez curieux, c’est que son nom a été donné depuis à l’animal immonde qu’on n’appelait auparavant que porc ou pourceau.

Causathan, démon ou mauvais génie que Porphyre se vantait d’avoir chassé d’un bain public.

Causimomancie, divination par le feu, employée chez les anciens mages. C’était un heureux présage quand les objets combustibles jetés dans le feu venaient à n’y pas brûler.

Cautzer, fleuve du huitième ciel dans le paradis de Mahomet. Son cours est d’un mois de chemin ; ses rivages d’or ; son lit, odoriférant comme le musc, est semé de rubis et de perles ; son eau douce comme le lait ; son écume brillante comme les étoiles. Qui en boit une fois n’a plus jamais soif.

Cayet (Pierre-Victor-Palma), savant écrivain tourangeau du seizième siècle. Outre la Chronologie novennaire et la Chronologie septennaire, il a laissé l’Histoire prodigieuse et lamentable du docteur Faust, grand magicien, traduite de l’allemand en français. Paris, 1603, in-12 ; et l’Histoire véritable comment l’âme de l’empereur Trajan a été délivrée des tourments de l’enfer par les prières de saint Grégoire le Grand, traduite du latin d’Alphonse Chacon ; in-8°, rare. Paris, 1607.

Cayet rechercha la pierre philosophale, qu’il n’eut pas le talent de trouver ; on débita aussi qu’il était magicien ; mais on peut voir qu’il ne pensait guère à se mêler de magie, dans l’épître dédicatoire qu’il a mise en tête de l’histoire de Faust. Ce sont les huguenots, dont il avait abandonné le parti, qui l’accusèrent d’avoir fait pacte avec le diable, pour qu’il lui apprît les langues. C’était alors une grande injure ; Cayet s’en vengea vivement dans un livre où il défendit contre eux la doctrine du purgatoire [56].

Caym, démon de classe supérieure, grand président aux enfers ; il se montre habituellement sous la figure d’un merle. Lorsqu’il paraît en forme humaine, il répond du milieu d’un brasier ardent ; il porte à la main un sabre effilé. C’est, dit-on, le plus habile sophiste de l’enfer ; et il peut, par l’astuce de ses arguments, désespérer le logicien le plus aguerri. C’est avec lui que Luther eut cette fameuse dispute dont il nous a conservé les circonstances. Caym donne l’intelligence du chant des oiseaux, du

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mugissement des bœufs, de l’aboiement des chiens et du bruit des ondes. Il connaît l’avenir. Quelquefois il s’est montré en homme coiffé d’une aigrette et orné d’une queue de paon. Ce

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démon, qui fut autrefois de l’ordre des anges, commande à présent trente légions aux enfers [57].

Cayol, propriétaire à Marseille, mort au commencement de ce siècle. Un de ses fermiers lui apporta un jour douze cents francs ; il les reçut et promit la quittance pour le lendemain, parce qu’il était alors occupé. Le paysan ne revint qu’au bout de quelques jours. M. Cayol venait subitement de mourir d’apoplexie. Son fils avait pris possession de ses biens ; il refuse de croire au fait que le paysan raconte, et réclame les douze cents francs en justice. Le paysan fut condamné à payer une seconde fois. Mais la nuit qui suivit cette sentence, M. Cayol apparut à son fils bien éveillé, et lui reprocha sa conduite. — « J’ai été payé, ajouta-t-il ; regarde derrière le miroir qui est sur la cheminée de ma chambre, tu y trouveras mon reçu. »

Le jeune homme se lève tremblant, met la main sur la quittance de son père et se hâte de payer les frais qu’il avait faits au pauvre fermier, en reconnaissant ses torts [58]

Cazotte (Jacques), né à Dijon en 1720, guillotiné en 1793, auteur du poëme d’Olivier, où beaucoup d’épisodes roulent sur les merveilles magiques. Le succès qu’obtint cette production singulière le décida à faire paraître le Diable amoureux. Comme il y a dans cet ouvrage des conjurations et autres propos de grimoire, un étranger alla un jour le prier de lui apprendre à conjurer le diable, science que Cazotte ne possédait pas.

Ce qui lui obtient encore place dans ce recueil, c’est sa prophétie rapportée par la Harpe ; où il avait pronostiqué la révolution dans la plupart de ses détails. Mais on n’avait imprimé, dit-on, qu’un fragment de cette pièce. On l’a plus tard découverte plus entière, et quelques-uns disent à présent que cette prophétie a été supposée, ce qui n’est pas prouvé. On a publié en l’an VI, à Paris, une Correspondance mystique de Cazotte, saisie par le tribunal révolutionnaire, et où brille un certain esprit prophétique inexplicable.

Cébus ou Céphus, monstre adoré des Égyptiens. C’était une espèce de satyre ou singe qui avait, selon Pline, les pieds et les mains semblables à ceux de l’homme. Diodore lui donne une tête de lion, le corps d’une panthère et la taille d’une chèvre. On ajoute que Pompée en fit venir un à Rome, et qu’on n’en a jamais vu que cette fois-là.

Cecco d’Ascoli ( François Stabili, dit), professeur d’astrologie, né dans la Marche d’Ancône, au treizième siècle. Il se mêlait aussi de magie et d’hérésie. On dit, ce qui n’est pas certain, qu’il fut brûlé en 1327, avec son livre d’astrologie, qui est, à ce qu’on croit, le commentaire sur la sphère de Sacrobosco [59].

Il disait qu’il se formait dans les cieux des esprits malins qu’on obligeait, par le moyen des constellations, à faire des choses merveilleuses. Il assurait que l’influence des astres était absolue, et reconnaissait le fatalisme. Selon sa doctrine, Notre-Seigneur Jésus-Christ n’avait été pauvre et n’avait souffert une mort ignominieuse que parce qu’il était né sous une constellation qui causait nécessairement cet effet…… ; au contraire, l’Antéchrist sera riche et puissant, parce qu’il naîtra sous une constellation favorable. Cette doctrine stupide fut condamnée en 1327.

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« Une preuve que Cecco était fou, disent Naudé et Delrio, c’est : 1° qu’il interprète le livre de Sacrobosco dans le sens des astrologues, nécromanciens et chiroscopistes ; 2° qu’il cite un grand nombre d’auteurs falsifiés, comme les Ombres des idées de Salomon, le Livre des esprits d’'Hipparchus, les Aspects des étoiles, d’Hippocrate, etc. »

On demandait un jour à Cecco ce que c’était que la lune ; il répondit : « C’est une terre comme la nôtre, ut terra terra est. »

On a beaucoup disputé sur cet astrologue, connu aussi sous le nom de Cecus Ascutan, et plus généralement sous celui de Chicus Eseulanus. Delrio ne voit en lui qu’un homme superstitieux, qui avait la tête mal timbrée. Naudé, ainsi que nous l’avons noté, le regarde comme un fou savant. Quelques auteurs, qui le mettent au nombre des nécromanciens, lui prêtent un esprit familier, nommé Floron, de l’ordre des Chérubins, lequel Floron l’aidait dans ses travaux et lui donnait de bons conseils ; ce qui ne l’empêcha pas de faire des livres ridicules.

Cécile. Vers le milieu du seizième siècle, une femme nommée Cécile se montrait en spectacle à Lisbonne ; elle possédait l’art de si bien varier sa voix qu’elle la faisait partir tantôt de son coude, tantôt de son pied, tantôt de son ventre. Elle liait conversation avec un être invisible qu’elle nommait Pierre-Jean, et qui répondait à toutes ses questions. Cette femme ventriloque fut réputée sorcière et bannie dans file Saint-Thomas [60].

Ceintures magiques. Plusieurs livres de secrets vous apprendront qu’on guérit toutes sortes de maladies intérieures en faisant porter au malade une ceinture de fougère cueillie la veille de la Saint-Jean, à midi, et tressée de manière à former le caractère magique HVTY. Le synode tenu à Bordeaux en 1600 a condamné ce remède, et la raison, d’accord avec l’Église, le condamne tous les jours.

Celse, philosophe éclectique du deuxième siècle, ennemi des chrétiens. En avouant les miracles de Jésus-Christ, il disait qu’ils avaient été opérés par la magie, et que les chrétiens étaient des magiciens. Il a été réfuté par Origène.

Celsius (André), Suédois, mort en 1744, auteur d’une Lettre sur les comètes, publiée à Upsal l’année de sa mort.

Cenchroboles, nation imaginaire dont parle Lucien. Il dit que les Cenchroboles allaient au combat montés sur de grands oiseaux, couverts d’herbes vivaces au lieu de plumes.

Cendres. On soutenait dans le dix-septième siècle, entre autres erreurs, qu’il y avait des semences de reproduction dans les cadavres, dans les cendres des animaux et même des plantes brûlées ; qu’une grenouille, par exemple, en se pourrissant, engendrait des grenouilles, et que les cendres de roses avaient produit d’autres roses. Voy. Palingénésie.

Le Grand Albert dit que les cendres de bois astringent resserrent, et qu’on se relâche avec des cendres de bois contraire. « Et, ajoute-t-il, Dioscoride assure que la lessive de cendres de sarments, bue avec du sel, est un remède souverain contre la suffocation de poitrine. Quant à moi, ajoute-t-il, j’ai guéri plusieurs personnes de la peste en leur faisant boire une quantité d’eau où j’avais fait amortir de la cendre chaude, et leur ordonnant de suer après l’avoir bue [61]. »

Cène. Au sabbat, les meneurs qui veulent singer ou contrefaire tout ce qui est du culte divin font même la cène ou communion, c’est-à-dire qu’ils donnent ce nom à une horrible scélératesse. On lit ceci dans les déclarations de Madeleine Bavent. « J’ai vu faire une fois la cène au sabbat, la nuit du jeudi saint. On apporta un enfant tout rôti, et les assistants en mangèrent. Pendant ce repas horrible, un démon circulait en disant à tous : Aucun de vous ne me trahira. » Et ces horreurs ne sont pas des contes. Voy. Sabbat.

Cénéthus, second roi d’Écosse. Désirant venger la mort de son père, tué par les Pictes, il exhortait les seigneurs du pays à reprendre les armes ; mais, parce qu’ils avaient été malheureux aux précédentes batailles, les seigneurs hésitaient. Cénéthus, sous prétexte de les entretenir des affaires du pays, manda les plus braves chefs à un conseil. Il les fit loger dans son château, où il avait caché dans un lieu secret quelques soldats accoutrés de vêtements horribles faits de grandes peaux de loups marins, qui sont très-fréquents dans le pays, voisin de la mer. Ils avaient à la main gauche des bâtons de ce vieux bois qui luit la nuit, et dans la droite des cornes de bœuf percées par le bout. Ils se tinrent reclus jusqu’à ce que les seigneurs fussent ensevelis dans leur premier sommeil : alors ils commencèrent à se montrer avec leurs bois qui éclairaient, et firent résonner leurs cornes de bœuf, disant qu’ils étaient envoyés pour leur annoncer la guerre contre les Pietés. — Leur victoire, ajoutaient-ils, était écrite dans le ciel. Ces fantômes jouèrent bien leur rôle, et s’évadèrent sans être découverts. Les chefs émus vinrent trouver le roi, auquel ils communiquèrent leur vision ; et ils assaillirent si vivement les Pietés qu’ils ne les défirent pas seulement en bataille, mais qu’ils en exterminèrent la race [62].

Céphalonomancie. Voy. Képhalonomancie.

Ceram, l’une des îles Moluques. On y remarque, sur la côte méridionale, une montagne où résident, dit-on, les mauvais génies. Les navigateurs de l’île d’Amboine, qui sont tous très-superstitieux, ne passent guère en vue de cette montagne sans faire une offrande à ces mauvais génies, qu’ils empêchent ainsi de leur susciter des tempêtes. Le jour, ils déposent des fleurs et une petite pièce de monnaie dans une coque de coco ; la nuit, ils y mettent de l’huile avec de petites mèches allumées, et ils laissent flotter cette coque au gré des vagues.

Cérambe, habitant de la terre, qui se retira sur une montagne au moment du déluge de Deucalion et qui fut changé en cette espèce d’escargot qui a des cornes. Il en est la tige ou la souche, dans l’ancienne mythologie.

Ceraunoscopie. Divination qui se pratiquait, chez les anciens, par l’observation de la foudre et des éclairs, et par l’examen des phénomènes de l’air.

Cerbère. Cerberus ou Naberus est chez nous un démon. Wierus le met au nombre des marquis de l’empire infernal. Il est fort et puissant ; il se montre, quand il n’a pas ses trois têtes de chien, sous la forme d’un corbeau ; sa voix est rauque : néanmoins il donne l’éloquence et l’amabilité ; il enseigne les beaux— arts. Dix-neuf légions lui obéissent.

On voit que ce n’est plus là le Cerbère des anciens, ce redoutable chien, portier incorruptible des enfers, appelé aussi la bête aux cent têtes, centiceps bellua, à cause de la multitude de serpents dont ses trois crinières étaient ornées. Hésiode lui donne cinquante têtes de chien ; mais on s’accorde généralement à ne lui en reconnaître que trois. Ses dents étaient noires et tranchantes, et sa morsure causait une prompte mort. On croit que la fable de Cerbère remonte aux Égyptiens, qui faisaient garder les tombeaux par

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des dogues. Mais c’est principalement ici du démon Cerberus qu’il a fallu nous occuper. En 1586, il fit alliance avec une Picarde nommée Marie Martin. Voy. Martin.

Cercles magiques. On ne peut guère évoquer les démons avec sûreté sans s’être placé dans un cercle qui garantisse de leur atteinte, parce que leur premier mouvement serait d’empoigner, si l’on n’y mettait ordre. Voici ce qu’on lit à ce propos dans le fatras intitulé Grimoire du pape Honorius : « Les cercles se doivent faire avec du charbon, de l’eau bénite aspergée, ou du bois d’une croix bénite… Quand ils seront faits de la sorte, et quelques paroles de l’Évangile écrites autour du cercle, sur le sol, on jettera de l’eau bénite en disant une prière superstitieuse dont nous devons citer quelques mots : « — Alpha, Oméga, Ély, Élohé, Zébahot, Élion, Saday. Voilà le lion qui est vainqueur de la tribu de Juda, racine de David. J’ouvrirai le livre et ses sept signets… » Il est fâcheux que l’auteur de ces belles oraisons ne soit pas connu, on pourrait lui faire des compliments.

On récite cela après quelque formule de conjuration, et les esprits paraissent. Voy. Conjuration. Le Grand Grimoire ajoute qu’en entrant dans le cercle, il faut n’avoir sur soi aucun métal impur, mais seulement de l’or ou de l’argent, pour jeler la pièce à l’esprit. On plie cette pièce dans un papier blanc, sur lequel on n’a rien écrit ; on l’envoie à l’esprit pour l’empêcher de nuire ; et, pendant qu’il se baisse pour la ramasser devant le cercle, on prononce la conjuration qui le soumet. Le Dragon rouge recommande les mêmes précautions.

Il nous reste à parler des cercles que les sorciers font au sabbat pour leurs danses. On en montre encore dans les campagnes ; on les appelle cercles du sabbat ou cercles des fées, parce qu’on croyait que les fées traçaient de ces cercles magiques dans leurs danses au clair de la lune. Ils ont quelquefois douze ou quinze toises de diamètre et contiennent un gazon pelé à la ronde de la largeur d’un pied, avec un gazon vert au milieu. Quelquefois aussi tout le milieu est aride, desséché, et la bordure tapissée d’un gazon vert. Jessorp et Walker, dans les Transactions philosophiques, attribuent ce phénomène au tonnerre : ils en donnent pour raison que c’est le plus souvent après des orages qu’on aperçoit ces cercles. D’autres savants ont prétendu que les cercles magiques étaient l’ouvrage des fourmis, parce qu’on trouve souvent ces insectes qui y travaillent en foule. On regarde encore aujourd’hui, dans les campagnes peu éclairées, les places arides comme le rond du sabbat. Dans la Lorraine, les traces que forment sur le gazon les tourbillons des vents et les sillons de la foudre passent toujours pour les vestiges de la danse des fées, et les paysans ne s’en approchent qu’avec terreur [63].

Cercueil. L’épreuve ou jugement de Dieu par le cercueil a été longtemps en usage. Lorsqu’un assassin, malgré les informations, restait inconnu, on dépouillait entièrement le corps de la victime ; on le mettait dans un cercueil, et tous ceux qui étaient soupçonnés d’avoir eu part au meurtre étaient obligés de le toucher. Si l’on remarquait un mouvement, un changement dans les yeux, dans la bouche ou dans toute autre partie du mort, si la plaie saignait, — celui qui touchait le cadavre dans ce mouvement extraordinaire était regardé et poursuivi comme coupable. Richard Cœur de lion s’était révolté contre Henri il son père, à qui il succéda. On rapporte qu’après la mort de Henri II, Richard s’étant rendu à Fontevrault, où le feu roi avait ordonné sa sépulture, à rapproche du fils rebelle, le corps du malheureux père jeta du sang par la bouche et par le nez, et que ce sang jaillit sur le nouveau souverain. On cite plusieurs exemples semblables, dont la terrible morale n’était pas trop forte dans les temps barbares :

Voici un petit fait qui s’est passé en Écosse : — Un fermier, nommé John Mac Intos, avait eu quelques contestations avec sa sœur Fanny MacAllan. Peu de jours après il mourut subitement. Les magistrats se rendirent chez lui et remarquèrent qu’il avait sur le visage une large blessure, de laquelle aucune goutte de sang ne s’échappait. Les voisins de John accoururent en foule pour déplorer sa perte ; mais, quoique la maison de sa sœur fût proche de la sienne, elle n’y entra pas et parut peu affectée de cet événement. Cela suffit pour exciter parmi les ministres et les baillis le soupçon qu’elle n’y était peutêtre pas étrangère. En conséquence, ils lui ordonnèrent de se rendre près du défunt et de placer la main sur son cadavre. Elle y consentit ; mais avant de le faire, elle s’écria d’une voix solennelle : Je souhaite humblement que le Dieu puissant qui a ordonné au soleil d’éclairer l’univers fasse jaillir de cette plaie un rayon de lumière dont le reflet désignera le coupable. Dès que ces paroles furent achevées, elle s’approcha, posa légèrement un de ses doigts sur la blessure, et le sang coula immédiatement. Les magistrats crurent y voir une révélation du ciel ; et Fanny, condamnée, fut exécutée le jour même.

On voit dans la vie de Charles le Bon, par Gualbert, que les meurtriers en Flandre, au douzième siècle, après avoir tué leur victime, mangeaient et buvaient sur le cadavre, dans la persuasion qu’ils paralysaient par cette cérémonie toute poursuite contre eux à l’occasion du meurtre. Les assassins de Charles le Bon avaient pris cette précaution ; ce qui ne les empêcha pas d’être tous mis au supplice.

Cercopes, démons méchants et impies, dont Hercule réprima les brigandages.

Cerdon, hérétique du deuxième siècle, chef des cerdoniens. Il enseignait que le monde avait été créé par le démon, et admettait deux principes égaux en puissance.

Cérès. « Qu’étaient-ce que les mystères de Cérès à Éleusis, sinon les symboles de la sorcellerie, de la magie et du sabbat ? À ces orgies, on dansait au son du clairon, comme au sabbat des sorcières ; et il s’y passait des choses abominables, qu’il était défendu aux profèsde révéler [64] ; » On voit dans Pausanias que les Arcadiens représentaient Cérès avec un corps de femme et une tête de cheval. On a donné le nom de Cérès à une planète découverte par Piazzi en 1801. Cette planète n’a encore aucune influence sur les horoscopes. Voy. Astrologie.

Cerf. L’opinion qui donne une très-longue vie à certains animaux, et principalement aux cerfs, est fort ancienne. Hésiode dit que la vie de l’homme finit à quatre-vingt-seize ans, que celle de la corneille est neuf fois plus longue, et que la vie du cerf est quatre fois plus longue que celle de la corneille. Suivant ce calcul, la vie du cerf est de trois mille quatre cent cinquante-six ans.

Pline rapporte que, cent ans après la mort d’Alexandre, on prit dans les forêts plusieurs cerfs auxquels ce prince avait attaché lui-même des colliers. On trouva, en 1037, dans la forêt de Senlis, un cerf avec un collier portant ces mots : Cœsar hoc me donavit. « C’est César qui me l’a donné ; » mais quel César ? Ces circonstances ont fortifié toutefois le conte d’Hésiode. Les cerfs ne vivent pourtant que trente-cinq à quarante ans. Ce que l’on a débité de leur longue vie, ajoute Buffon, n’est appuyé sur aucun fondement ; ce n’est qu’un préjugé populaire, dont Aristote luimême a révélé l’absurdité. Le collier du cerf de la forêt de Senlis ne peut présenter une énigme qu’aux personnes qui ignorent que tous les empereurs d’Allemagne ont été désignés par le nom de César.

Une autre tradition touchant le cerf, c’est que la partie destinée à la génération lui tombe chaque année. Après avoir ainsi observé ce qui a lieu par rapport à son bois, on s’est persuadé que la même chose arrivait à la partie en question. L’expérience et la raison détruisent également une opinion si absurde [65].

Cerinthe, hérétique du temps des apôtres. Il disait que Dieu avait créé des génies chargés de gouverner le monde ; qu’un de ces génies avait fait tous les miracles de l’histoire des Juifs ; que les enfants de ces esprits étaient devenus des démons, et que le Fils de Dieu n’était descendu sur la terre que pour ruiner le pouvoir des mauvais anges. Il avait écrit des révélations qu’il prétendait lui avoir été faites par un ange de bien, avec qui il se vantait de converser familièrement. « Mais cet ange, comme dit Leloyer, était un chenapant de démon, et pas autre chose. »

Cerne, mot vieilli. C’était autrefois le nom qu’on donnait au cercle que les magiciens traçaient avec leur baguette pour évoquer les démons.

Céromancie ou Ciromancie. Divination par le moyen de la cire, qu’on faisait fondre et qu’on versait goutte à goutte dans un vase d’eau, pour en tirer, selon les figures que formaient ces gouttes, des présages heureux ou malheureux. Les Turcs cherchaient surtout à découvrir ainsi les crimes et les larcins. Us faisaient fondre un morceau de cire à petit feu, en marmottant quelques paroles ; puis ils étaient cette cire fondue de dessus le brasier, et y trouvaient des figures qui indiquaient le voleur, sa maison et sa retraite. Dans l’Alsace, au seizième siècle, et peutêtre encore aujourd’hui, lorsque quelqu’un est malade et que les bonnes femmes veulent découvrir qui lui a envoyé sa maladie, elles prennent autant de cierges d’un poids égal qu’elles soupçonnent d’êtres ou de personnes ; elles les allument, et celui dont le cierge est le premier consumé passe dans leur esprit pour l’auteur du maléfice [66].

Cerveau. Les quarterons de savants qui ont attaqué le dogme de l’unité de l’espèce humaine ont avancé que le cerveau des nègres était inférieur au cerveau des blancs. Mais le savant Tiedman a parfaitement établi et prouvé qu’il n’existe aucune différence appréciable dans le poids moyen et les dimensions moyennes du cerveau du nègre et de l’Européen. La légère différence qu’on remarque dans sa forme extérieure disparaît dans la structure interne.

Cervelle. On fait merveille avec la cervelle de certaines bêtes. L’auteur des Admirables secrets d’Albert le Grand dit, au liv. III, que la cervelle de lièvre fait sortir les dents aux enfants, lorsqu’on leur en frotte les gencives. Il ajoute que les personnes qui ont peur des revenants se guérissent de leurs terreurs paniques, si elles mangent souvent de la cervelle de lièvre. La cervelle de chat ou de chatte, si on s’en frotte les dehors du gosier, guérit en moins de deux jours les inflammations qui s’y font sentir, mais après une crise de fièvre violente. Les premiers hommes ne mangeaient la cervelle d’aucun animal, par respect pour la tête, qu’ils regardaient comme le siège de la vie et du sentiment.

Cesaire ou Cesarius d’Heisterbach (Pierre), moine de Cîteaux, mort en 12/[0. On lui doit un recueil de miracles où les démons figurent très-souvent [67]. Ce recueil, nous ne saurions trop en dire la raison, a été mis à l’index en Espagne. Il est cité plusieurs fois dans ce dictionnaire.

Cesaire (Saint). Voy. Mirabilis liber.

Césalpin (André), médecin du seizième siècle, né à Arezzo en Toscane, auteur de Recherches sur les Démons, où l’on explique le passage d’Hippocrate, relatif aux causes surnaturelles de certaines maladies [68]. Ce traité, composé à la prière de l’archevêque de Pise, parut au moment où les religieuses d’un couvent de cette ville étaient obsédées du démon. L’archevêque demandait à tous les savants si les contorsions de ces pauvres filles avaient une cause naturelle ou surnaturelle. Césalpin, particulièrement consulté, répondit par lé livre que nous citons. Il commence par exposer une immense multitude de faits attribués aux démons et à la magie. Ensuite il discute ces faits ; il avoue qu’il y a des démons, mais qu’ils ne peuvent guère communiquer matériellement avec l’homme ; il termine en se soumettant à la croyance de l’Église, Il déclare que la possession des religieuses de Pise est surnaturelle; que les secours de la médecine y sont insuffisants, et qu’il est bon de recourir au pouvoir des exorcistes.

César (Caïus Julius). On a raconté de cet homme fameux quelques merveilles surprenantes.

Suétone rapporte que, César étant avec son armée sur les bords du Rubicon que ses soldats hésitaient à traverser, il apparut un inconnu de taille extraordinaire qui s’avança en sifflant vers le général. Les soldats accoururent pour le voir ; aussitôt le fantôme saisit la trompette de l’un d’eux, sonne la charge, passe le fleuve ; et César s’écrie, sans délibérer davantage : — Allons où les présages des dieux et l’injustice de nos ennemis nous appellent. — L’armée le suivit avec ardeur.

Lorsqu’il débarqua en Afrique pour faire la guerre à Juba, il tomba à terre. Les Romains se troublèrent de ce présage ; mais César rassura les esprits en embrassant le sol et en s’écriant, comme si sa chute eût été volontaire : « Afrique, tu es à moi, car je te tiens dans mes bras. »

On a vanté l’étonnante force de ses regards ; on a dit que des côtes des Gaules, il voyait ce qui se passait dans l’île des Bretons. Roger Bacon, qui ne doute pas de ce fait, dit que Jules César n’examinait ainsi tout ce qui se faisait dans les camps et dans les villes d’Angleterre qu’au moyen de grands miroirs destinés à cet usage.

On assure que plusieurs astrologues prédirent à César sa mort funeste ; que sa femme Calpurnie lui conseilla de se défier des ides de mars ; qu’un devin célèbre tâcha également de l’effrayer par de sinistres présages lorsqu’il se rendait au sénat, où il devait être assassiné : toutes choses contées après l’événement.

On ajoute qu’une comète parut à l’instant de sa mort. On dit encore qu’un spectre poursuivit Brutus, son meurtrier, à la bataille de Philippes ; que, dans la même journée, Cassius crut voir au fort de la mêlée César accourir à lui à toute bride, avec un regard foudroyant, et qu’effrayé de cette vision terrible, il se perça de sonépée.

Quoi qu’il en soit, Jules César fut mis au rang des dieux par ordre d’Auguste ? qui prétendit que Vénus avait emporté son âme au ciel. On le représentait dans ses temples avec une étoile sur la tête, à cause de la comète qui parut au moment de sa mort.

César, charlatan qui vivait à Paris sous Henri IV, et qui était astrologue, nécromancien, chiromancien, physicien, devin, faiseur de tours magiques. Il disait la bonne aventure par l’inspection des lignes de la main. Il guérissait en prononçant des paroles et par des attouchements. Il arrachait les dents sans douleur, vendait assez cher de petits joncs d’or émaillés de noir, comme talismans qui avaient des propriétés merveilleuses contre toutes les maladies. Il escamotait admirablement et faisait voir le diable avec ses cornes. Quant à cette dernière opération, il semble qu’il voulait punir les curieux d’y avoir cru ; car ils en revenaient toujours si bien rossés par les sujets de Belzébuth, que le magicien lui-même était obligé de leur avouer qu’il était fort imprudent de chercher à les connaître. Le bruit courut à Paris, en 1611, que l’enchanteur César et un autre sorcier de ses amis avaient été étranglés parle diable. On publia même, dans un petit imprimé, les détails de cette aventure infernale. Ce qu’il y a de certain, c’est que César cessa tout à coup de se montrer. Il n’était cependant pas mort ; il n’avait même pas quitté Paris. Mais il était devenu invisible, comme quelques autres que l’État se charge de loger [69]. Voy. Ruggiéri.

Césara. Les Irlandais croient remonter à Césara, petite-fille de Noé, disent-ils, qui se réfugia dans leur île, où, par grâce spéciale, elle’fut à l’abri des eaux du déluge.

Césonie, femme de Caligula. Suétone conte que, pour s’assurer le cœur de son auguste époux, elle lui fit boire un philtre qui acheva de lui faire perdre l’esprit. On prétend qu’il y avait dans ce philtre de l’hippomane, qui est un morceau de chair qu’on trouve quelquefois, dit-on, au front du poulain nouveau né. Voy. Hippomane.

Ceurawats, sectaires indiens, qui ont si grande peur de détruire des animaux, qu’ils se couvrent la bouche d’un linge pour ne pas avaler d’insectes. Ils admettent un bon et un mauvais principe, et croient à des transmigrations perpétuelles dans différents corps d’hommes ou de bêtes.

Cévennes. Voy. Dauphiné.

Ceylan. Les habitants croient que cette île fut le lieu qu’Adam et Ève habitèrent, après avoir été chassés du jardin de délices.

Chabbalach. Voy. Malache.

Chacon (Alphonse), en latin Ciaconius, dominicain espagnol du seizième siècle, auteur du traité traduit par Cayet : Comment l’âme de Trajan fut délivrée de l’enfer [70].

Chacran, tonnerre de Wishnou. Les Indiens le représentent sous la figure d’un cercle qui vomit du feu de tous côtés, comme nos soleils d’artifice.

Chahriver, amschaspand qui préside aux richesses métalliques enfouies dans le sein de la terre.

Chaîne du diable. C’est une tradition parmi les vieilles femmes de la Suisse que saint Bernard tient le diable enchaîné dans quelqu’une des montagnes qui environnent l’abbaye de Clairvaux. Sur cette tradition est fondée la coutume des maréchaux du pays de frapper tous les lundis, avant de se mettre en besogne, trois coups de marteau sur l’enclume pour resserrer la chaîne du diable, afin qu’il ne puisse s’échapper.

Chaire salée. On donnait ce nom en Champagne à une monstrueuse effigie de dragon que l’on promenait à Troyes dans les processions des Rogations. C’était un symbole de l’hérésie domptée par saint Loup. Le jansénisme a supprimé de nos fêtes ces accessoires, qui attiraient la foule et qui rappelaient des souvenirs utiles.

Chaires de magie. Il y a eu de ces chaires tenues secrètement à l’université de Salamanque, à Tolède, au pays de Naples et en d’autres lieux, au moyen âge ; et assurément il y en a encore aujourd’hui.

Chais (Pierre), ministre protestant, né à Genève en 1701. Dans son livre intitulé le Sens littéral de l’Ecriture sainte, etc., traduit de l’anglais, de Stackhouse, 3 volumes in-8°, 1738, il a mis une curieuse dissertation, dont il est l’auteur, sur les démoniaques.

Chalcédoine. On conte qu’après que les Perses eurent ruiné Chalcédoine, sur le Bosphore, Constantin le Grand voulut la rebâtir, parce qu’il en aimait le séjour. Mais des aigles vinrent qui, avec leurs serres, enlevèrent les pierres des mains des ouvriers. Ce prodige se répéta tant de fois, qu’il fallut renoncer à reconstruire la ville, si bien que l’empereur alla bâtir Conslantinople…

Chaldéens. On prétend qu’ils trouvèrent l’astrologie ou du moins qu’ils la perfectionnèrent. Ils étaient aussi habiles magiciens.

Cham, troisième fils de Noé, inventeur ou conservateur de la magie noire. II perfectionna les divinations et les sciences superstitieuses. Cecco d’Ascoli dit, dans le chapitre iv de son Commentaire sur la Sphère de Sacrobosco, avoir vu un livre de magie composé par Cham, et contenant les Éléments et la pratique de la nécromancie. Il enseigna cette science redoutable à son fils Misraïm, qui, pour les merveilles qu’il faisait, fut appelé Zoroastre, et composa, sur cet art diabolique, cent mille vers, selon Suidas, et trois cent mille, selon d’autres. — Les monstruosités de Cham lui attirèrent, dit-on, un
châtiment terrible ; il fut emporté par le diable à la vue de ses disciples.

Bérose prétend que Cham est le même que Zoroastre. Annius de Viterbe pense que Cham pourrait bien être le type du Pan des anciens païens [71], Kircher dit que c’est leur Saturne et leur Osiris. D’autres prétendent que c’est Cham ou Chamos qui fut adoré sous le nom de Jupiter-Ammon. On dit encore que Cham a inventé l’alchimie, et qu’il avait laissé une prophétie dont l’hérétique Isidore se servait pour faire des prosélytes. Nous ne la connaissons pas autrement que par un passage de Christophe Sand, qui dit que Cham, dans cette prophétie, annonçait l’immortalité de l’âme [72].

Chamans, prêtres sorciers des Yacouts. Voy. Mang-Taar.

Chambres infestées. Voy. Chat, Deshoulièbes, Despilliers, Athénagore, Ayola, etc.


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Chameau.

Chameau. Les musulmans ont pour cet animal une espèce de vénération ; ils croient que c’est un péché de le trop charger ou de le faire travailler plus qu’un cheval. La raison de ce respect qu’ils ont pour le chameau, c’est qu’il est surtout commun dans les lieux sacrés de l’Arabie, et que c’est lui qui porte le Koran, quand on va en pèlerinage à la Mecque.

Mahomet a mis dans son paradis la chamelle du prophète Saleh [73].

Les conducteurs des chameaux, après les avoir fait boire dans un bassin, prennent l’écume qui découle de leur bouche et s’en frottent dévotement la barbe, en disant : « Ô père pèlerin ! ô père pèlerin ! » Ils croient que cette cérémonie les préserve de méchef dans leur voyage. — Les Turcs croient aussi que la peau du chameau a "des vertus propres aux opérations magiques.

On voit dans les 'Admirables Secrets d’Albert le Grand, livre II, chap. iii, que « si le sang du chameau est mis dans la peau d’un taureau pendant que les étoiles brillent, la fumée qui en sortira fera qu’on croira voir un géant dont la tête semblera toucher le ciel. Hermès assure l’avoir éprouvé lui-même. Si quelqu’un mange de ce sang, il deviendra bientôt fou ; et si l’on allume une lampe qui aura été frottée de ce même sang, on s’imaginera que tous ceux qui seront présents auront des têtes de chameau, pourvu cependant qu’il n’y ait point d’autre lampe qui éclaire la chambre. » Voy. Jean-Baptiste.

Chammadai, le même qu’Asmodée.

Chamos, démon de la flatterie, membre du conseil infernal. Les Ammonites et les Moabites adoraient le soleil, sous le nom de Chamos, Kamosch ou Kemosch ; et Milton l’appelle l’obscène terreur des enfants de Moab. D’autres le confondent avec Jupiter-Ammon. Vossius a cru que c’était le Cornus des Grecs et des Romains, qui était le dieu des jeux, des danses et des bals.

Ceux qui dérivent ce mot de l’hébreu Kamos prétendent qu’il signifie le dieu caché, c’est-à-dire Pluton, dont la demeure est aux enfers.

Chamouillard, noueur d’aiguillette et coquin coupable de plusieurs méfaits, qui fut condamné, par arrêt du parlement de Paris, en 1597, à être pendu et brûlé, pour avoir maléficié une demoiselle de la Barrière. Voy. Ligatures.

Champ du rire. Annibal, lorsqu’il faisait le siège de Rome, se retira, dit-on, de devant cette ville, épouvanté de vaines terreurs et de fantômes qui troublèrent ses esprits. Les Romains, le voyant lever le siège, poussèrent de tels cris de joie et firent de si grands éclats de rire, que le lieu d’où il décampa s’appela le Champ du rire.

Champier (Symphorien), Lyonnais du quinzième siècle, qui a publié en 1503 la Nef des dames vertueuses, en quatre livres mêlés de prose et de vers, dont le troisième contient les prophéties des sibylles. On l’a soupçonné à tort d’être l’auteur du traité des Trois Imposteurs ; mais il a laissé un petit livre intitulé De Triplici disciplina. In-8°, Lyon, 1508. On lui doit aussi des dialogues sur la nécessité de poursuivre les magiciens [74].

Champignon. Les Hollandais appellent le champignon pain du diable (duivels-brood).

Chandelle. Cardan prétend que, pour savoir si un trésor est enfoui dans un souterrain où l’on creuse dans ce but, il faut avoir une grosse chandelle, faite de suif humain, enclavée dans un morceau de coudrier en forme de croissant, de manière à figurer avec les deux branches une fourche à trois rameaux. Si la chandelle, étant allumée dans le lieu souterrain, y fait beaucoup de bruit en pétillant avec éclat, c’est une marque qu’il y a un trésor. Plus on approchera du trésor, plus la chandelle pétillera ; enfin elle s’éteindra quand elle en sera tout à fait voisine.

Ainsi il faut avoir d’autres chandelles dans des lanternes, afin de ne pas demeurer sans lumière. Quand on a des raisons solides pour croire que ce sont les esprits des hommes défunts qui gardent les trésors, il est bon de tenir des cierges bénits au lieu de chandelles communes ; et on les conjure de la part de Dieu de déclarer si l’on peut faire quelque chose pour les mettre en lieu de repos ; il ne faudra jamais manquer d’exécuter ce qu’ils auront demandé [75].

Les chandelles servent à plus d’un usage. On voit dans tous les démonographes que les sorcières, au sabbat, vont baiser le derrière du diable avec une chandelle noire à la main. Boguet dit qu’elles allument ces chandelles à un flambeau qui est sur la tête de, bouc du diable, entre ses deux cornes, et qu’elles s’éteignent et s’évanouissent dès qu’on les lui a offertes [76].

N’oublions pas que trois chandelles ou trois bougies sur une table sont de mauvais augure ; et que quand de petits charbons se détachent de la lumière d’une chandelle, ils annoncent, selon quelques-uns, une visite [77] ; mais, selon le sentiment plus général, une nouvelle, agréable s’ils augmentent la lumière, fâcheuse s’ils l’affaiblissent.

Chandelle de la mort. Voy. Canwyll-corph.

Chant. Le chant des possédés est toujours altéré, de manière que les femmes ont une voix d’homme et les hommes une voix de femme.

Chant du coq. Il dissipe le sabbat.

Chaomancie, art de prédire les choses futures par le moyen des observations qu’on fait sur l’air. Cette divination est employée par quelques alchimistes, qui ne nous en ont pas donné le secret.

Chapeau venteux. Voy. Eric.

Chapelet. On a remarqué pertinemment que tous les chapelets de sorcières avaient une croix cassée ou endommagée : c’était même un indice de sorcellerie qu’une croix de chapelet qui n’était pas entière.

Chapelle du damné. Raymond Diocres, chanoine de Notre-Dame de Paris, mourut en réputation de sainteté vers l’an 1084. Son corps ayant été porté dans le chœur de la cathédrale, il leva la tête hors du cercueil à ces graves paroles de l’office des morts : — Répondez-moi, quelles sont mes iniquités ? Responde mihi quantas habeo iniquitates ? etc., et qu’il dit : Justo judicio Dei accusatus sum. (J’ai été cité devant le juste jugement de Dieu.) Les assistants effrayés suspendirent le service et le remirent au lendemain. En attendant, le corps du chanoine resta déposé dans une chapelle de Notre-Dame, la même qu’on appelle depuis la Chapelle du damné. Le lendemain on recommença l’office ; lorsqu’on fut au même verset, le mort parla de nouveau et dit : — Justo Dei judicio judicatus sum. (J’ai été jugé au juste jugement de Dieu.) On remit encore l’office au jour suivant, et au même verset le mort s’écria : — Justo Dei judicio condemnatus sum. (J’ai été condamné au juste jugement de Dieu.) Là-dessus, dit la chronique, on jeta le corps à la voirie ; et ce miracle effrayant fut cause, selon quelques-uns, de la retraite de saint Bruno, qui s’y trouvait présent.

Quoique cette anecdote soit contestée, elle est consacrée par des monuments. La peinture s’en est emparée, et le Sueur en a tiré parti dans sa belle galerie de Saint-Bruno.

Chapuis (Gabriel), né à Amboise en 1546. Nous citerons de ses ouvrages celui qui porte ce titre : les Mondes célestes, terrestres et infernaux, etc., tiré des Mondes de Doni ; in-8°, Lyon, 1583. C’est un ouvrage satirique.

Char de la mort. Voy. Brouette.

Charadrius, oiseau immonde que nous ne connaissons pas ; les rabbins disent qu’il est merveilleux, et que son regard guérit la jaunisse. Il faut pour cela que le malade et l’oiseau se regardent fixement ; car si l’oiseau détournait la vue, le malade mourrait aussitôt.

Charbon d’impureté, l’un des démons de la possession de Loudun. Voy. Loudun.

Charité. Les offenses à la charité sont quelquefois punies par la justice divine. On lit dans les Acta sanctorum [78] « qu’un Espagnol connu sous le nom de Michel de Fontarabie, ayant craché dans la main d’un pauvre mendiant qui lui demandait l’aumône, fut aussitôt renversé par terre, et, devenu furieux et possédé, se démena en criant que saint Yves et d’autres personnages vêtus de blanc le rouaient de coups. » — On cite beaucoup d’autres hommes durs aux pauvres qui ont été possédés des démons.

Charlatans. On attribuait souvent autrefois aux sorciers ou au diable ce qui n’était que l’ouvrage des charlatans. Si nous pensions comme au seizième siècle, tous nos escamoteurs seraient des sorciers.

Voici ce qu’on lit pourtant dans le Voyage de Schouten aux Indes orientales :

« Il y avait au Bengale un charlatan qui, en faisant plusieurs tours de souplesse, prit une canne longue de vingt pieds, au bout de laquelle était une petite planche large de trois ou quatre pouces-, il mit cette canne à sa ceinture, après quoi une fille de vingt-deux ans lui vint sauter légèrement par derrière sur les épaules, et, grimpant au haut de la canne, s’assit dessus, les jambes croisées et les bras étendus. Après cela, l’homme ayant les deux bras balancés commença à marcher à grands pas, portant toujours cette fille sur le bout de la canne, tendant le ventre pour l’appuyer, et regardant sans cesse en haut pour tenir la machine en équilibre. La fille descendit adroitement, remonta derechef et se pencha le ventre sur le bâton, en frappant des mains et des pieds les uns contre les autres. Le charlatan ayant mis alors le bâton sur sa tête, sans le tenir ni des mains ni des bras, cette même fille et une autre petite Mauresque de quinze ans montèrent dessus l’une après l’autre ; l’homme les porta ainsi autour de la place en courant et se penchant, sans qu’il leur arrivât le moindre mal. Ces deux mêmes filles marchèrent sur la corde la tête en bas, et firent une multitude d’autres tours de force très* merveilleux. Mais quoique plusieurs d’entre nous crussent que tous ces tours de souplesse fussent faits par art diabolique, il me semble qu’ils pouvaient se faire naturellement ; car ces filles, qui étaient très-adroites, subtiles, et dont les membres étaient grandement agiles, faisaient tout cela à force de s’y être accoutumées et exercées. »

Il y a eu des charlatans de toutes les espèces : en 1728, du temps de Law, un certain Villars confia à quelques amis que son oncle, qui avait vécu près de cent ans, et qui n’était mort que par accident, lui avait laissé le secret d’une eau qui pouvait aisément prolonger la vie jusqu’à cent cinquante années, pourvu qu’on fût sobre. Lorsqu’il voyait passer un enterrement, il levait les épaules de pitié, a Si le défunt, disait-il, avait bu de mon eau, il ne serait pas où il est. » Ses amis, auxquels il en donna généreusement, et qui observèrent un peu le régime prescrit, s’en trouvèrent bien et le prônèrent ; alors il vendit la bouteille six francs ; le débit en fut prodigieux. C’était de l’eau de Seine avec un peu de nitre. Ceux qui en prirent et qui s’astreignirent au régime, surtout s’ils étaient nés avec un bon tempérament, recouvrèrent en peu de jours une santé parfaite. Il disait aux autres : — C’est votre faute si vous n’êtes pas entièrement guéris. — On sut enfin que l’eau de Villars n’était que de l’eau de rivière ; on n’en voulut plus et on alla à d’autres charlatans. Mais celuilà avait fait sa fortune. Voy. Ane, Chèvre, Alexandre de Paphlagonie, etc.

Charles-Martel. On attribue à saint Eucher, évêque d’Orléans, une vision dans laquelle, transporté par un ange dans le purgatoire, il vit Charles-Martel qui expiait les pillages qu’il avait soufferts contre les biens de l’Église. À cette vision, on ajoute ce conte que le tombeau de Charles-Martel fut ouvert, et qu’on y trouva un serpent, lequel n’était qu’un démon. Et là-dessus les philosophes, s’en prenant au clergé, l’ont accusé de fraudes. Mais le tombeau de Charles-Martel n’a été ouvert à Saint-Denis que par les profanateurs de 1793 [79].

Charlemagne. On lit dans la légende de Berlhe au grand pied que, Pépin le Bref voulant épouser Berthe, fille du comte de Laon, qu’il ne connaissait pas, ceux qui la lui amenaient lui substituèrent une autre femme qu’il épousa, ils avaient chargé des assassins de tuer la princesse dans la forêt des Ardennes. Ayant ému leur pitié, elle en obtint la vie, à condition de se laisser passer pour morte. Elle se réfugia chez un meunier, où elle vécut plusieurs années.

Un jour Pépin, égaré à la chasse, vint chez ce meunier. Son astrologue lui annonça qu’il se trouvait là une fille destinée à quelque chose de grand. Berthe fut reconnue, rétablie dans ses droits ; elle devint mère de Charlemagne. — La légende ajoute que la première épouse de Pépin avait donné le jour à un fils, lequel, par la suite, élu pape sous le nom de Léon III, couronna Charlemagne empereur d’Occident [80].

Il serait long de rapporter ici tous les prodiges que l’on raconte de Charlemagne. Son règne est

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Charlemagne.


l’époque chérie de nos romans chevaleresques. On voit toujours auprès de lui des enchanteurs, des géants, des fées. On a même dit qu’il ne porta la guerre en Espagne que parce que saint Jacques lui avait apparu pour l’avertir qu’il retirât son corps des mains des Sarrasins. Ses guerres de Saxe ne sont pas moins fécondes en merveilles, et les circonstances de sa vie privée sont rapportées également d’une manière extraordinaire par les chroniqueurs.

On dit qu’en sa vieillesse il devint si éperdûment épris d’une Allemande, qu’il en négligea non seulement les affaires de son royaume, mais même le soin de sa propre personne. Cette femme étant morte, sa passion ne s’éteignit pas ;

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Berthe.


de sorte qu’il continua d’aimer son cadavre, dont il ne voulait pas se séparer. L’archevêque Turpin, ayant appris la durée de cette effroyable passion, alla un jour, pendant l’absence du prince, dans la chambre où était le cadavre, afin de voir s’il n’y trouverait pas quelque sort ou maléfice qui fût la cause de ce dérèglement. Il visita exactement le corps mort, et trouva en effet sous la langue un anneau qu’il emporta. Le même jour Charlemagne, étant rentré dans son palais, fut fort étonné d’y trouver une carcasse si puante ; et, se réveillant comme d’un profond sommeil, il la fit ensevelir promptement. Mais la passion qu’il avait eue pour le cadavre, il l’eut alors pour l’archevêque Turpin, qui portait l’anneau : il le suivait partout et ne pouvait le quitter. Le prélat, effrayé de cette nouvelle folie, et craignant que l’anneau ne tombât en des mains qui en pussent abuser, le jeta dans un lac, afin que personne n’en pût faire usage à l’avenir. Dès lors Charlemagne devint amoureux du lac, ne voulut plus s’en éloigner, y bâtit auprès un palais et un monastère, et y fonda La ville d’Aix-la-Chapelle, où il voulut être enseveli. On sent que tout ce récit n’est qu’un conte, mais il est fort répandu. Charlemagne, dans ses Capitulaires, consigna contre les sorciers des mesures qui méritent d’être mentionnées. Nous citerons spécialement ce passage : « Quant aux conjurateurs, aux augures, aux devins, à ceux qui troublent le temps ou commettent d’autres maléfices, l’archiprêtre du diocèse les fera interroger soigneusement et les amènera à avouer le mal qu’ils auront fait. Alors ils resteront en prison jusqu’à ce que, par l’aide de Dieu, ils se montrent disposés à se convertir. » Voy. OldenBerg, Vétin, etc.

Charles le Chauve, deuxième du nom de Charles parmi les rois des Francs. Il eut une vision qui le transporta au purgatoire et en enfer : il y vit beaucoup de personnages qu’il avait connus, entre autres son père, Louis le Débonnaire. De plusieurs il reçut des conseils et des prédictions ; et il écrivit lui-même la relation de ce voyage, relation qui a quelque peu l’air d’une brochure politique [81].

Charles VI, roi de France. Ce prince, chez qui on avait déjà remarqué une raison affaiblie, allant faire la guerre en Bretagne, fut saisi en chemin d’une frayeur qui acheva de lui déranger entièrement le cerveau. Il y vit sortir d’un buisson, dans la forêt du Mans, un inconnu d’une figure hideuse, vêtu d’une robe blanche, ayant la tête et les pieds nus, qui saisit la bride de son

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cheval, et lui cria d’une voix rauque : — « Roi, ne chevauche pas plus avant ; retourne, tu es trahi ! » Le monarque, hors de lui-même, tira son épée et ôta la vie aux quatre premières personnes qu’il rencontra, en criant : — « En avant sur les traîtres ! »

Son épée s’étant rompue et ses forces épuisées, on le plaça sur un chariot et on le ramena au Mans.

Le fantôme de la forêt est encore aujourd’hui un problème difficile à résoudre. Était-ce un insensé qui se trouvait là par hasard ? était-ce un émissaire du duc de Bretagne contre lequel Charles marchait ? Tous les raisonnements du temps aboutissaient au merveilleux ou au sortilège. Quoi qu’il en soit, le roi devint tout à fait fou. Un médecin de Laon, Guillaume de Harsely, fut appelé au château de Creil, et, après six mois de soins et de ménagements, la santé du roi se trouva rétablie. — Mais en 1393 son état devint désespéré, à la suite d’une autre imprudence. La reine, à l’occasion du mariage d’une de ses femmes, donnait un bal masqué. Le roi y vint déguisé en sauvage, conduisant avec lui de jeunes seigneurs dans le même costume, attachés par une chaîne de fer. Leur vêtement était fait d’une toile enduite de poix-résine, sur laquelle on avait appliqué des étoupes. Le duc d’Orléans, voulant connaître les masques, approcha un flambeau : la flamme se communiqua avec rapidité, quatre des seigneurs furent brûlés ; mais un cri s’étant fait entendre : — « Sauvez le roi, » Charles dut la vie à la présence d’esprit de la duchesse de Berri, qui le couvrit de son manteau et arrêta la flamme.

L’état du roi empira de cette frayeur et s’aggrava de jour en jour ; le duc d’Orléans fut soupçonné cle l’avoir ensorcelé. Jordan de Mejer, De divin., cap. xlii, écrit que ce duc, voulant exterminer la race royale, confia ses armes et son anneau à un apostat, pour les consacrer au diable et les enchanter par des prestiges ; qu’une matrone évoqua le démon dans la tour de Montjoie, près de Ligny ; qu’ensuite le duc se servit des armes ensorcelées pour ôter la raison au roi Charles, son frère, si subtilement qu’on ne s’en aperçut pas d’abord.

Le premier enchantement, selon cette version, se fit près de Beauvais ; il fut si violent que les ongles et les cheveux en tombèrent au roi. Le second, qui eut lieu dans le Maine, fut plus fort encore ; personne ne pouvait assurer si le roi vivait ou non. Aussitôt qu’il revint à lui : — Je vous supplie, dit-il, enlevez-moi cette épée, qui me perce le corps par le pouvoir de mon frère/ d’Orléans. — C’est toujours Mejer qui parle. Le médecin qui avait guéri le roi n’existait plus ; on fit venir du fond de la Guienne un charlatan qui se disait sorcier, et qui s’était vanté de guérir le roi d’une seule parole : il apportait avec lui un 1 grimoire qu’il appelait Simagorad, par le moyen duquel il était maître de la nature. Les courtisans lui demandèrent de qui il tenait ce livre ; il répondit effrontément que « Dieu, pour consoler Adam de la mort d’Abel, le lui avait donné, et que ce livre, par succession, était venu jusqu’à lui ». Il traita le roi pendant six mois et ne fit qu’irriter la maladie. — Dans ses intervalles lucides, le malheureux prince commandait qu’on enlevât tous les instruments dont il pourrait frapper. — J’aime mieux mourir, disait-il, que de faire du mal. — Il se croyait de bonne foi ensorcelé. Deux moines empiriques, à qui on eut l’imprudence de l’abandonner, lui donnèrent des # breuvages désagréables, lui firent des scarifications magiques ; puis ils furent pendus, comme ils s’y étaient obligés en cas que la santé du roi ne fut pas rétablie au bout de six mois de traitement. Au resle, la mode de ce temps-là était d’avoir près de soi des sorciers ou des charlatans, comme depuis les grands eurent des fous, des nains et des guenons [82].

Charles IX, roi de France. Croirait-on qu’un des médecins astrologues de Charles IX lui ayant assuré qu’il vivrait autant de jours qu’il pourrait tourner de fois sur son talon dans l’espace d’une heure, il se livrait tous les matins à cet exercice solennel, et que les principaux officiers de l’État, les généraux, le chancelier, les vieux juges pirouettaient tous sur un seul pied pour imiter le prince et lui faire leur cour [83] !

On assure qu’après le massacre politique de la Saint-Bar thélemi, par suite surtout de l’effroi que lui causaient les conspirateurs, Charles IX vit des corbeaux sanglants, eut des visions effroyables et reçut par divers tourments le présage de sa mort prématurée. On ajoute qu’il mourut au moyen d’images de cire faites à sa ressemblance, et maudites par art magique, que ses ennemis, les magiciens protestants, faisaient fondre tous les jours par les cérémonies de l’envoûtement, et qui éteignaient la vie du roi à mesure qu’elles se consumaient [84]. En ces temps-là, quand quelqu’un mourait de consomption ou de chagrin, on publiait que les sorciers l’avaient envoûté. Les médecins rendaient les sorciers responsables des malades qu’ils ne guérissaient pas ; — à moins qu’il n’y ait, dans ce crédit universel des sorciers, un mystère qui n’est pas encore expliqué.

Charles II, duc de Lorraine. Voy. Sabbat.

Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Il disparut après la bataille de Morat ; et, parmi les chroniqueurs, il en est qui disent qu’il fut emporté par le diable, comme Roderik ; d’autres croient qu’il se réfugia en une solitude et se fit ermite. Cette tradition a fait le sujet du romande M. d’Arlincourt intitulé le Solitaire.

Charles II, roi d’Angleterre. Quoique assez instruit, Charles II était, comme son père, plein de confiance dans l’astrologie judiciaire. Il recherchait aussi la pierre philosophale.

Charme, enchantement, sortilège, certain arrangement de paroles, en vers ou en prose, dont on se sert pour produire des effets merveilleux. Une femme de je ne sais quelle contrée, ayant grand mal aux yeux, s’en alla à une école publique et demanda à un écolier quelques mots magiques qui pussent charmer son mal et le guérir, lui promettant récompense. L’écolier lui donna un billet enveloppé dans un chiffon et lui défendit de l’ouvrir. Elle le porta et guérit. Une des voisines ayant eu la même maladie porta le billet et guérit pareillement. Ce double incident excita leur curiosité ; elles développent le chiffon et lisent : « Que le diable t’écarquille les deux yeux et te les bouche avec de la boue… »

Delrio cite un sorcier qui, en allumant une certaine lampe charmée, excitait toutes les personnes qui étaient dans la chambre, quelque graves et réservées qu’elles fussent, à danser devant lui. « Ces sortes de charmes, dit-il, s’opèrent ordinairement par des paroles qui font agir le diable. » Toute l’antiquité a remarqué que les sorciers charmaient les serpents, qui quelquefois tuent le charmeur. Un sorcier de Salzbourg, devant tout le peuple, fit assembler en une fosse tous les serpents d’une lieue à la ronde, et là les fit tous mourir, hormis le dernier, qui était grand, lequel, sautant furieusement contre le sorcier, le tua. « En quoi il appert que ce n’est pas le mot hipokindo, comme dit Paracelse, ni autres mots semblables, ni certaines paroles du psaume 9e qui font seuls ces prodiges ; car comment les serpents eussent-ils ouï la voix d’un homme d’une lieue à la ronde, si le diable ne s’en fût mêlé [85].

Nicétas indique à ce propos un charme qui s’opère sans le secours des paroles : « On tue un serpent, une vipère et tout animal portant aiguillon, dit-il, en crachant dessus avant déjeuner… » Figuier prétend qu’il a tué diverses fois des serpents de cette manière, « mouillant de sa salive un bâton ou une pierre, et en donnant un coup sur la tête du serpent… »

On cite un grand nombre d’autres charmes dont les effets sont moins vrais qu’étonnants. Dans quelques villages du Finistère, on emploie celui-ci : on place secrètement sur l’autel quatre pièces de six liards, qu’on pulvérise après la messe ; et cette poussière, avalée dans un verre de vin, de cidre ou d’eau-de-vie, rend invulnérable à la course et à la lutte [86]. Ces charmes se font au reste à Finsu du curé ; car l’Église a toujours sévèrement interdit ces superstitions.

Le Grand Grimoire donne un moyen de charmer lés armes à feu et d’en rendre l’effet infaillible ; il faut dire en les chargeant : « Dieu y ait part, et le diable la sortie ; » et, lorsqu’on met en joue, il faut dire en croisant la jambe gauche sur la droite : Non tradas… Mathon. Amen, etc.

La plupart des charmes se font ainsi par des paroles dites ou tracées dans ce sens. Charme vient du mot latin carmen, qui signifie non-seulement des vers et de la poésie, mais une formule de paroles déterminées dont on ne doit point s’écarter. On nommait carmina les lois, les formules des jurisconsultes, les déclarations de guerre, les clauses d’un traité, les évocations des dieux [87]. Tite-Live appelle lex horrendi carminis la loi qui condamnait à mort Horace meurtrier de sa sœur.

Quand les Turcs ont perdu un esclave qui s’est enfui, ils écrivent une conjuration sur un papier qu’ils attachent à la porte de la hutte ou de la cellule de cet esclave, et il est forcé de revenir au plus vile, devant une main invisible qui le poursuit à grands coups de bâton [88].

Pline dit que de son temps, par le moyen de certains charmes, on éteignait les incendies, on arrêtait le sang des plaies, on remettait les membres disloqués, on guérissait la goutte, on empêchait un char de verser, etc. — Tous les anciens croyaient fermement aux charmes, dont la formule consistait ordinairement en certains vers grecs ou latins.

Bodin rapporte, au chap. v du liv. III de la Démonomanie, qu’en Allemagne les sorcières tarissent par charme le lait des vaches, et qu’on s’en venge par un contre-charme qui est tel : — On met bouillir dans un pot du lait de la vache tarie, en récitant certaines paroles (Bodin ne les indique pas) et frappant sur le pot avec un bâton.

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En même temps le diable frappe la sorcière d’autant de coups, jusqu’à ce qu’elle ait ôté le charme.

On dit encore que si, le lendemain du jour où l’on est mis en prison, on avale à jeun une croûte de pain sur laquelle on aura écrit : Senozam, Gozoza, Gober, Dom, et qu’on dorme ensuite sur le côté droit, on sortira avant trois jours.

On arrête les voitures en mettant au milieu du chemin un bâton sur lequel sont écrits ces mots : Jérusalem, omnipolens, etc., convertis-toi, arrête-toi là. Il faut ensuite traverser le chemin par où l’on voit arriver les chevaux.

On donne à un pistolet la portée de cent pas, en enveloppant la balle dans un papier où l’on a inscrit le nom des trois rois. On aura soin, en ajustant, de retirer son haleine, et de dire : « Je te conjure d’aller droit où je veux tirer. »

Un soldat peut se garantir de l’atteinte des armes à feu avec un morceau de peau de loup ou de bouc, sur lequel on écrira, quand le soleil entre dans le signe du bélier : « Arquebuse, pistolet, canon ou autre arme à feu, je te commande que tu ne puisses tirer, de par l’homme, etc. »

On guérit un cheval encloué en mettant trois fois les pouces en croix sur son pied, en prononçant le nom du dernier assassin mis à mort, en récitant trois fois certaines prières [89]

Il y a une infinité d’autres charmes.

On distingue le charme de l’enchantement, en ce que celui-ci se faisait par des chants. Souvent on les a confondus. Voy. Contre-Charmes, Enchantements, Maléfices, Talismans, Paroles, Philactères, Ligatures, Chasse, Philtres, etc.

Chartier (Alain), poëte du commencement du quinzième siècle. On lui attribue un traité sur la Nature du feu de l’enfer, que nous ne sommes pas curieux de connaître.

Chartumins, sorciers cbaldéens, qui étaient en grand crédit du temps du prophète Daniel.

Chasdins, astrologues de la Chaldée. Ils tiraient l’horoscope, expliquaient les songes et les oracles et prédisaient l’avenir par divers moyens.

Chassanion (Jean de), écrivain protestant du seizième siècle. On lui doit le livre « des Grands et redoutables jugements et punitions de Dieu advenus au monde, principalement sur les grands, à cause de leurs méfaits. » In-8°, Morges, 1581. Dans cet ouvrage très-partial, il se fait de grands miracles en faveur des protestants ; ce qui est prodigieux. Chassanion a écrit aussi un volume sur les géants [90].

Chasse. — Secrets merveilleux pour la chasse.

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— Mêlez le suc de jusquiame avec le sang et la peau d’un jeune lièvre ; cette composition attirera tous les lièvres des environs. — Pendez le gui de chêne avec une aile d’hirondelle à un arbre ; tous les oiseaux s’y rassembleront de deux lieues et demie. — On dit aussi qu’un crâne d’homme caché dans un colombier y attire tous les pigeons d’alentour. — Faites tremper une graine, celle que vous voudrez, dans la lie de vin, puis jetez-la aux oiseaux ; ceux qui en tâteront s’enivreront, et se laisseront prendre à la main.

Et le Petit Albert ajoute : « Ayez un hibou que vous attacherez à un arbre : allumez tout près un gros flambeau, faites du bruit avec un tambour ; tous les oiseaux viendront en foule pour faire la guerre au hibou, et on en tuera autant qu’on voudra avec du menu plomb. »

Pour la chasse de Saint-Hubert, Voy. Veneur. Voy. aussi Arthus, M. de la Forêt, Écureuils, etc.

En 1832, on vit à Francfort, aux premiers jours du printemps, un chasseur surnaturel qui est supposé habiter les ruines du vieux château gothique de Rodenstein. Il traversa les airs dans la nuit, avec un grand fracas de meutes, de cors de chasse, de roulements de voitures, ce qui infailliblement annonce la guerre, selon le préjugé du peuple [91].

Chassen (Nicolas), petit sorcier de Franeker, au dix-septième siècle ; il se distingua dès l’âge de seize ans. Ce jeune homme, Hollandais et calviniste, étant à l’école, faisait des grimaces étranges, roulait les yeux et se contournait tout le corps ; il montrait à ses camarades des cerises mûres au milieu de l’hiver ; puis, quand il les leur avait offertes, il les retirait vivement et les mangeait.

Dans le prêche, où les écoliers avaient une place à part, il faisait sortir de l’argent du banc où il était assis. Il assurait qu’il opérait tous ces* tours par le moyen d’un esprit malin qu’il appelait Sérug. — Balthazar Bekker dit dans le Monde enchanté [92] qu’étant à cette école, il vit sur le plancher un cercle fait de craie, dans lequel on avait tracé des signes dont l’un ressemblait à la tête d’un coq ; quelques chiffres étaient au milieu. Il remarqua aussi une ligne courbe comme la poignée d’un moulin à bras ; tout cela était à demi effacé. Les écoliers avaient vu Chassen faire ces caractères magiques. Lorsqu’on lui demanda ce qu’ils signifiaient, il se tut d’abord ; il dit ensuite qu’ils les avait faits pour jouer. On voulut savoir comment il avait des cerises et de l’argent ; il répondit que l’esprit les lui donnait.

— Qui est cet esprit ?

Beelzébuth, répondit-il.

Il ajouta que le diable lui apparaissait sous forme humaine quand il avait envie de lui faire du bien ; d’autres fois sous forme de bouc ou de veau ; qu’il avait toujours un pied contrefait, etc. « Mais, dit Bekker, on finit par reconnaître que tout cela n’était qu’un jeu que Chassen avait essayé pour se rendre considérable parmi les enfants de son âge ; on s’étonne seulement qu’il ait pu le soutenir devant tant de personnes d’esprit pendant plus d’une année. »

Chassi, démon auquel les habitants des îles Mariannes attribuent le pouvoir de tourmenter ceux qui tombent dans ses mains. L’enfer est pour eux la maison de Chassi.

Chastenet (Léonarde), vieille femme de quatre-vingts ans, mendiante en Poitou, vers 1591, et sorcière. Confrontée avec Mathurin Bonnevault, qui soutenait l’avoir vue au sabbat, elle confessa qu’elle y était allée avec son mari ; que le diable, qui s’y montrait en forme de bouc, était une bête fort puante. Elle nia qu’elle eût fait aucun maléfice. Cependant elle fut convaincue, par dix-neuf témoins, d’avoir fait mourir cinq laboureurs et plusieurs bestiaux. Quand elle se vit condamnée, pour ses crimes reconnus, elle confessa qu’elle avait fait pacte avec le diable, lui avait donné de ses cheveux, et promis de faire tout le mal qu’elle pourrait ; elle ajouta que la nuit, dans sa prison, le diable était venu à elle, en forme de chat, « auquel ayant dit qu’elle voudrait être morte, icelui diable lui avait présenté deux morceaux de cire, lui disant qu’elle en mangeât, et qu’elle mourrait ; ce qu’elle n’avait voulu faire. Elle avait ces morceaux de cire ; on les visita, et on ne put juger de quelle matière ils étaient composés. Cette sorcière fut donc condamnée, et ces morceaux de cire brûlés avec elle [93]. »

Chasteté. Les livres de secrets merveilleux, qui ne respectent rien, indiquent des potions qui, selon eux, ont pour effet de révéler la chasteté, mais qui, selon l’expérience, ne révèlent rien du tout.

Chat. Le chat tient sa place dans l’histoire de la superstition. Un soldat romain ayant tué par mégarde un chat en Égypte, toute la ville se souleva ; ce fut en vain que le roi intercéda pour lui, il ne put le sauver de la fureur du peuple. Observons que les rois d’Égypte avaient rassemblé dans Alexandrie une bibliothèque immense, et qu’elle était publique : les Égyptiens cultivaient les sciences, et n’en adoraient pas moins les chats [94].

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Mahomet avait beaucoup d’égards pour son chat. L’animal s’était un jour couché sur la manche pendante de la veste du prophète, et semblait y méditer si profondément, que Mahomet, pressé de se rendre à la prière, et n’osant le tirer de son extase, coupa, dit-on, la manche de sa veste. A son retour, il trouva son chat qui revenait de son assoupissement, et qui, s’apercevant de l’attention de son maître, se leva pour lui faire la révérence et plia le dos en arc. Mahomet comprit ce que cela signifiait ; il assura au chat qui faisait le gros dos une place dans son paradis. Ensuite, passant trois fois la main sur l’animal, il lui imprima, par cet attouchement, la vertu de ne jamais tomber que sur ses pattes. Ce conte n’est pas ridicule chez les Turcs [95]. Voici une anecdote où le chat joue un mauvais rôle ; il est vrai que c’est un chat sauvage. Un aide de camp du maréchal de Luxembourg vint loger dans une auberge dont la réputation n’était pas rassurante. Le diable, disait-on, arrivait toutes les nuits dans une certaine chambre, tordait le cou à ceux qui osaient y coucher et les laissait étranglés dans leur lit. Un grand nombre de voyageurs remplissaient l’auberge quand l’aide de camp y entra ; on lui dit qu’il n’y avait malheureusement de vide que la chambre fréquentée par le diable, où personne ne voulait prendre gîte.

— Oh bien, moi, répondit-il, je ne serai pas fâché de lier connaissance avec lui ; qu’on fasse mon lit dans la chambre en question, je e charge du reste.

Vers minuit, l’officier vit descendre le diable par la cheminée, sous la figure d’une bête furieuse, contre laquelle il fallut se défendre. Il y eut un combat acharné, à coups de sabre de la part du militaire, à coups de griffes et de dents de la part de la bête ; cette lutte dura une heure. Mais le diable finit par rester sur la place ; l’aide de camp appela du monde : on reconnut un énorme chat sauvage, qui, selon le rapport de l’hôte, avait déjà étranglé quinze personnes [96].

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On lit dans la Démonomanie de Bodin [97] que des sorciers de Vernon, auxquels on fit le procès en 1566, s’assemblaient ordinairement en grand nombre dans un vieux château sous la forme de chats. Quatre hommes qui avaient résolu d’y coucher se trouvèrent assaillis par cette multitude de chats ; l’un de ces hommes y fut tué, les autres blessés ; néanmoins ils blessèrent aussi plusieurs chattes, qui se trouvèrent après en forme de femmes, mais bien réellement mutilées…

On sait que les chats assistent au sabbat, qu’ils accompagnent les sorcières, et que lesdites sorcières, aussi bien que le diable leur maître, prennent volontiers la figure de cet animal. On lit dans Boguet qu’un laboureur près de Strasbourg fut assailli par trois gros chats, et qu’en se défendant il les blessa sérieusement. Une heure après, le juge fit mander le laboureur et le mit en prison pour avoir maltraité trois dames de la ville. Le laboureur étonné assura qu’il n’avait maltraité que des chats et en donna les preuves les plus évidentes : il en avait gardé de la peau. On le relâcha, parce qu’on vit que le diable était coupable en cette affaire.

On ne finirait pas si on rappelait tout ce que les démonomanes ont rêvé sur les chats. Boguet dit encore que la chatte étant frottée d’une herbe appelée népeta conçoit sur-le-champ, cette herbe suppléant au défaut du mâle [98]. Les sorciers se servent aussi de la cervelle des chats pour donner la mort ; car c’est un poison, selon Bodin et quelques autres [99].

Les matelots américains croient que si d’un navire on jette un chat vivant dans la mer, on ne manque jamais d’exciter une furieuse tempête. Voy. Blokula, Beurre des sorcières, Métamorphoses, Voltigeur hollandais, etc.

Château du diable. Plusieurs vieux manoirs portent ce nom dans des traditions et des contes populaires.

Chat-Huant. Voy. Chevesche, Chouette, Hibou.

Chatrab. C’est le nom que donnent les Arabes à l’être mystérieux que nous appelons loup-garou.

Chauche-Poulet. Voy. Cauchemar.

Chaudière. C’est ordinairement dans une chaudière de fer que, de temps immémorial, les sorcières composent leurs maléfices, qu’elles font bouillir sur un feu de verveine et d’autres plantes magiques.

Chaudron (Madeleine-Michelle), Genevoise, accusée d’être sorcière en 1652. On dit qu’ayant rencontré le diable en sortant de la ville réformée, elle lui rendit hommage, et que le diable lui imprima sur la lèvre supérieure son seing ou marque. Ce petit seing rend la peau insensible, comme l’affirment les démonographes. — Ledit diable ordonna à Michel le Chaudron d’ensorceler deux filles : elle obéit ; les parents l’accusèrent de magie ; les filles interrogées attestèrent qu’elles étaient possédées. On appela ceux qui passaient pour médecins ; ils cherchèrent sur Michelle Chaudron le sceau du diable, que le procès-verbal appelle les marques sataniques ; ils y enfoncèrent une aiguille. Michelle fit connaître par ses cris que les marques sataniques ne rendent point insensible. — Les juges protestants, ne voyant pas de preuve complète, lui firent donner la question. Cette malheureuse, cédant à la violence des tourments, confessa tout ce qu’on voulut. Elle fut brûlée, après avoir été pendue et étranglée ; chez les catholiques, on l’eût admise à pénitence’.

Chaudron du diable, gouffre qui se trouve au sommet du pic de Ténériffe. Les Espagnols ont donné le nom de Chaudron du diable à ce gouffre, à cause du bruit que l’on entend lorsqu’on y jette une pierre ; elle y retentit comme fait un vaisseau creux de cuivre contre lequel on frapperait avec un marteau d’une prodigieuse grosseur. Les naturels de l’île sont persuadés que c’est l’enfer, et que les âmes des méchants y font leur séjour [100].

Chauve-Souris. Les Caraïbes regardent les chauves-souris comme de bons anges qui veillent

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à la sûreté des maisons durant la nuit ; les tuer, chez eux, est un sacrilège : chez nous, c’est un des animaux qui figurent au sabbat.

Chavigny (Jean-Aimé de), astrologue, disciple de Nostradamus., mourut en 1604. Il a composé : la Première face du Janus français, contenant les troubles de France depuis 1534 jusqu’en 1589 ; Fin de la maison valésienne, extraite et colligée des Centuries et commentaires de Michel Nostradamus (en latin et en français), Lyon, 1594, in-8° ; et nouvelle édition, augmentée, sous le titre de Commentaires sur les Centuries et pronostications de Nostradamus, Paris, in—8°, rare ; les Pléiades, divisées en sept livres, prises des anciennes prophéties, et conférées avec les oracles de Nostradamus, Lyon, 1603 ; la plus ample édition est de 1606. C’est un recueil de prédictions dans lesquelles l’auteur promet à Henri VI l’empire de l’univers. Voy. Nostradamus.

Chax ou Scox, démon. Voy. Scox.

Cheke, professeur de grec à Cambridge, mort en 1557. Il a écrit un livre [101] qu’il adressa au roi Henri VIII, et qu’il plaça à la tête de sa traduction latine du traité de Plutarque De la superstition. Il avait des connaissances en astrologie et croyait fermement à l’influence des astres, quoiqu’ils lui promissent du bonheur, tout juste à des époques où il devenait le plus malheureux.

Chemens, génies ou esprits que les Caraïbes supposent chargés de veiller sur les hommes. Ils leur offrent les premiers fruits et placent ces offrandes dans un coin de leur hutte, sur une table faite de nattes, où ils prétendent que les génies se rassemblent pour boire et manger ; ils en donnent pour preuve le mouvement des vases et le bruit qu’ils se persuadent que font ces divinités en soupant.

Chemim est chez les Caraïbes le grand esprit ou l’être suprême, comme on disait en 1793.

Chemise de nécessité. Les sorcières allemandes portaient autrefois une chemise faite d’une façon détestable, et chargée de croix mêlées à des caractères diaboliques, par la vertu de laquelle elles se croyaient garanties de tous maux [102]. On l’appelait la chemise de nécessité. — Les habitants du Finistère conservent encore quelques idées superstitieuses sur les chemises des jeunes enfants. Ils croient que si elles enfoncent dans l’eau de certaines fontaines, l’enfant meurt dans l’année ; il vit longtemps, au contraire, si ce vêtement surnage.

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Cheriour, ange terrible, chargé de punir le crime et de poursuivre les criminels, selon la doctrine des guèbres.

Chesnaye des Bois (François-Alexandre-Aubert de la), capucin, mort en 1784. On a de lui : l’Astrologue dans le puits, 1740, in-12 ; et Lettres critiques, avec des songes moraux, sur les songes philosophiques de l’auteur des Lettres juives (le marquis d’Argens), in-12, 1745.

Cheteb ou Chereb. Voy. Deber.


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Cheval. Mahomet, voulant ennoblir ce bel animal, raconte que, quand Dieu se décida à créer le cheval, il appela le vent du midi et lui dit : « Je veux tirer de ton sein un nouvel être ; condense-toi en te dépouillant de ta fluidité. » Et il fut obéi. Alors il prit une poignée de cet élément, souffla dessus, et le cheval parut.

Le cheval était chez les anciens un instrument à présages pour la guerre. Les Suèves, qui habitaient la Germanie, nourrissaient à frais communs, dans des bois sacrés, des chevaux dont ils tiraient des augures. Le grand prêtre et le chef de la nation étaient les seuls qui pouvaient les toucher : ils les attachaient aux chariots sacrés et observaient avec attention leurs hennissements et leurs frémissements. Il n’y avait pas de présages auxquels les prêtres et les principaux de la nation ajoutassent plus de foi. On voit encore que chez certains peuples on se rendait les divinités favorables en précipitant des chevaux dans les fleuves. Quelquefois on se contentait de les laisser vivre en liberté dans les prairies voisines, après les avoir dévoués. Jules César, avant de passer le Rubicon, voua à ce fleuve un grand nombre de chevaux qu’il abandonna dans les pâturages des environs.

Une tradition superstitieuse portait qu’une espèce de chevaux, qu’on nommait arzels, et qui ont une marque blanche au pied de derrière du côté droit, était malheureuse et funeste dans les combats. — Anciennement on croyait aussi que les chevaux n’avaient pas de fiel ; mais c’est une erreur aujourd’hui presque généralement reconnue. Voy. Drapé, Bayard, Troupeaux, etc.

Chevalier (Guillaume), gentilhomme béarnais, auteur d’un recueil de quatrains moraux, intitulé le Décès ou Fin du monde, divisée en trois visions, in-8°, 1584.

Chevalier impérial. Voy. Espagnet, à la note.

Chevaliers de l’enfer. Ce sont des démons plus puissants que ceux qui n’ont aucun titre, mais moins puissants que les comtes, les marquis et les ducs. On peut les évoquer depuis le lever de l’aurore jusqu’au lever du soleil, et depuis le coucher du soleil jusqu’à la nuit [103].

Chevanes (Jacques), capucin, plus connu sous le nom de Jacques d’Autun, du lieu de sa naissance, mort à Dijon en 1678. On a de lui l’Incrédulité savante et la crédulité ignorante, au sujet des magiciens et des sorciers. Lyon, 1671, in-4°. Ce recueil, plein d’excentricités curieuses, dont nous rapportons en leur lieu les passages remarquables, est une réponse à l’apologie de Naudé pour tous les grands personnages soupçonnés de magie. Heureusement pour l’auteur, dit l’abbé Papillon, l’irascible Naudé était mort depuis longtemps quand ce livre parut.

Chevesche, espèce de chouette, que Torquemada définit un oiseau nocturne fort bruyant, lequel tâche d’entrer où sont les enfants ; et, quand il y est, il leur suce le sang du corps et le boit. Les démonographes ont donné le nom de chevesche aux sorcières, parce que, semblables à cet oiseau, elles sucent le sang de ceux qu’elles peuvent saisir, et principalement des petits enfants [104]. C’est sans doute là l’idée mère des vampires. Les sorcières qui sucent le sang ont aussi quelque analogie avec les gholes des Arabes. Voy. Lamies et Gholes.

Cheveux. « Prenez des cheveux d’une femme dans ses jours de maladie ; mettez-les sous une terre engraissée de fumier, au commencement du printemps, et, lorsqu’ils seront échauffés par la chaleur du soleil, il s’en formera des serpents [105]… »

Quelques conteurs assurent que les mauvais anges étaient amoureux des cheveux des femmes, et que les démons incubes s’attachent de préférence aux femmes qui ont de beaux cheveux. — Les sorcières donnent de leurs cheveux au diable, comme arrhes du contrat qu’elles font avec lui ; le démon les coupe très-menus, puis les mêle avec certaines poudres : il les remet aux sorciers, qui s’en servent pour faire tomber la grêle ; d’où vient qu’on trouve ordinairement dans la grêle de petits poils, qui n’ont pas une autre origine… On fait encore avec ces mêmes cheveux, divers maléfices [106].

On croit en Bretagne qu’en soufflant des cheveux en l’air on les métamorphose en animaux ; les petits garçons de Plougasnou qui font des échanges entre eux confirment la cession en soufflant au vent un cheveu, parce que ce cheveu était autrefois l’emblème de la propriété. Des cheveux dans les temps modernes ont même été trouvés sous des sceaux : ils tenaient lieu de signatures [107].

Enfin il y a des personnes qui croient qu’il faut observer les temps pour se couper les cheveux et se rogner les ongles. — Autrefois on vénérait le toupet, par lequel les Romains juraient, et qu’on offrait aux dieux. Il paraît qu’ils étaient sensibles à ces présents, puisque, quand Bérénice eut offert sa chevelure, ils en firent une constellation. — Chez les Francs, c’était une politesse de donner un de ses cheveux, et les familles royales avaient seules le privilège de les laisser pousser dans tout leur développement.

En Hollande, beaucoup de gens croient qu’en vendant leurs cheveux à un perruquier, ils auront par sympathie les maux de tête de ceux qui les porteront. Une dame âgée, il y a peu de temps, se faisait couper à la Haye de beaux cheveux blancs d’argent, très-abondants et très-longs. Le tondeur lui en offrit 20 florins (42 francs). Elle aima mieux les brûler. — J’aurais, dit-elle, toutes les douleurs que mes cheveux couvriraient.

Chevillement, sorte de maléfice employé par les sorciers et surtout par les bergers. Il empêche d’uriner. Le nom de ce maléfice lui vient de ce que pour le faire on se sert d’une cheville de bois ou de fer qu’on plante dans la muraille, en faisant des conjurations, « J’ai connu une personne, dit Wecker, qui mourut du chevillement : il est vrai qu’elle avait la pierre. » Et le diable, qui parfois aime à se divertir, chevilla un jour la seringue d’un apothicaire en fourrant sa queue dans le piston. Voy. Noals. — Pour empêcher l’effet de ce charme, il faut cracher sur son soulier du pied droit avant de s’en chausser. Ce qui approche de ce qu’on lit dans Tibulle, que les anciens crachaient dans leur sein par trois fois pour se désensorceler ou empêcher le sortilège. On voit dans un livre intitulé l’Urotopégnie ou chevillement, que les tonneaux, les fers, les fours, les lessives, les moulins à vent et ceux qui sont sur les ruisseaux et rivières, peuvent être pareillement liés et maléficiés. Voy. Ligatures.

Chèvres. Ces animaux étaient fort révérés à Mendès en Égypte. Il était défendu d’en tuer, parce qu’on croyait que Pan, la grande divinité de cette ville, s’était caché sous la figure d’une chèvre ou plutôt d’un bouc ; aussi le représentait-on avec une face de bouc, et on lui immolait des brebis. Voy. Capricorne. Souvent des démons et des sorciers ont pris la forme de chèvre. Claude Chappuis de Saint-Amour, qui suivit l’ambassadeur de Henri III près la sublime Porte, conte qu’il vit sur une place publique de Constantinople des bateleurs qui faisaient faire à des chèvres plusieurs tours d’agilité et de passe-passe tout à fait admirables ; après quoi, leur mettant une écuelle à la bouche, ils leur commandaient d’aller demander la pièce, pour leur entretien, tantôt au plus beau ou au plus laid, tantôt au plus riche ou au plus vieux de la compagnie : ce qu’elles faisaient dextrement, entre quatre à cinq mille personnes, et avec une façon telle, qu’il semblait qu’elles voulussent parler. Or, qui ne voit clairement que ces chèvres étaient hommes ou femmes ainsi transmués, ou démons déguisés [108] ?… Voy. Bouc.

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Chibados, secte de sorciers qui font merveille au royaume d’Angola.

Chicota, oiseau des îles Tonga, qui a l’habitude de descendre du haut des airs en poussant de grands cris. Les naturels sont persuadés qu’il a le don de prédire l’avenir. Quand il s’abaisse près d’un passant, on croit que c’est pour lui annoncer quelque malheur.

Chicus Æsculanus. Voy. Cecco d’Ascoli.

Chien. Les chiens étaient quelquefois les compagnons des magiciens. C’était le diable qui les suivait sous cette forme, pour donner moins à

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soupçonner. Mais on le reconnaissait malgré ses déguisements. Léon de Chypre écrit que le diable sortit un jour d’un possédé sous la figure d’un chien noir. — C’est surtout la couleur noire que le diable prend sous une peau de chien. De bonnes gens se noient assez fréquemment à Quimper. Les vieilles et les enfants assurent que c’est le diable, en forme de gros chien noir qui précipite les passants dans la rivière [109]. Il y a beaucoup de superstitions qui tiennent au chien dans le Finistère, où les idées druidiques ne sont pas toutes éteintes. On croit encore dans le canton sauvage de Saint-Ronal que l’âme des scélérats passe dans le corps d’un chien noir. Les anciens mages croyaient aussi que les démons se montraient en forme de chiens ; et Plutarque, dans la vie de Cimon, raconte qu’un mauvais génie travesti en chien noir vint annoncer à Cimon qu’il mourrait bientôt.

Un charlatan, du vivant de Justinien, avait un chien si habile que, quand toutes les personnes d’une assemblée avaient mis à terre leurs anneaux, il les rendait sans se tromper, l’un après l’autre, à qui ils appartenaient. Ce chien distinguait aussi dans la foule, lorsque son maître le lui ordonnait, les riches et les pauvres, les gens honnêtes et les fripons : « Ce qui fait voir, dit Leloyer, qu’il y avait là de la magie, et que ce chien était un démon [110]. »

Delancre conte qu’en 1530 le démon, par le moyen d’un miroir, découvrit, à un pasteur de Nuremberg, des trésors cachés dans une caverne près de la ville et enfermés dans des vases de cristal. Le pasteur prit avec lui un de ses amis pour lui servir de compagnon ; ils se mirent à fouiller et découvrirent une espèce de coffre, auprès duquel était couché un énorme chien noir. Le pasteur s’avança avec empressement pour se saisir du trésor ; mais à peine fut-il entré dans la caverne qu’elle s’enfonça sous ses pieds et l’engloutit [111]. Notez que c’est un conte et que personne n’a vu le grand chien. Mais on peut juger par ces traits quelle idée avaient des chiens les peuples mal civilisés. Chez les anciens, on appelait les furies les chiennes de l’enfer ; on sacrifiait des chiens noirs aux divinités infernales. Chez nos pères on pendait entre deux chiens les plus grands criminels.

Quelques peuples pensaient pourtant autrement ; on a même honoré le chien d’une manière distinguée. Élien parle d’un pays d’Éthiopie dont les habitants avaient pour roi un chien ; ils prenaient ses caresses et ses aboiements pour des marques de sa bienveillance ou de sa colère. Les guèbres ont une grande vénération pourles chiens. On lit dans Tavernier que, lorsqu’un guèbre est à l’agonie, les parents prennent un chien dont ils appliquent la gueule sur la bouche du mourant, afin qu’il reçoive son âme avec son dernier soupir. Le chien leur sert encore à faire connaître si le défunt est parmi les élus. Avant d’ensevelir le corps, on le pose à terre : on amène un chien qui n’ait pas connu le mort, et, au moyen d’un morceau de pain, on l’attire le plus près du corps qu’il est possible. Plus le chien en approche, plus le défunt est heureux. S’il vient jusqu’à monter sur lui et à lui arracher de la bouche un morceau de pain qu’on y a mis, c’est une marque assurée que le défunt est dans le paradis des guèbres. Mais l’éloignement du chien est un préjugé qui fait désespérer du bonheur du mort.

Il y a aussi des gens qui tiennent à honneur de descendre d’un chien. Les royaumes de Pégu et de Siam reconnaissent un chien pour chef de leur race. A Pégu et à Siam on a donc grand respect pour les chiens, si maltraités ailleurs [112]. La population du Liban, qui s’élève à quatre cent mille âmes, est composée de trois races, les Ansariés, les Druses et les Maronites. Les Ansariés sont idolâtres. Les uns parmi eux professent le culte du soleil ; les autres celui du chien [113]. On a toutefois honoré quelques individus de cette race : tel est le dogue espagnol Bérecillo, qui dévorait les Indiens à Saint-Domingue, et qui avait par jour la paye de trois soldats…

Il y aurait encore bien des choses à dire sur les chiens. En Bretagne surtout, les hurlements d’un chien égaré annoncent la mort. Il faut que le chien de la mort soit noir ; et s’il aboie tristement à minuit, c’est une mort inévitable qu’il annonce à quelqu’un de la famille pour la personne qui l’entend. Wierus dit qu’on chasse à jamais les démons en frottant les murs de la chambre qu’ils infestent avec le fiel ou le sang d’un chien noir [114]. Voy. Adranos, Agrippa, Bragadini, Dormants, etc.

M. Ménechet, dans sa spirituelle description des superstitions du pays de Galles, parle d’une espèce de chiens assez merveilleux pour mériter ici une mention : « Les cwes anmon (chiens d’enfer), que l’on appelle aussi quelquefois cwes wyloir (chiens du ciel), forment, dit-il, une meute fort extraordinaire. Les personnes qui ont l’ouïe assez fine pour cela les entendent souvent courir la chasse dans les airs, quoique l’on ne dise pas quel est le gibier qu’ils poursuivent. On assure qu’ils sont surtout bruyants peu de temps avant la mort des personnes très-perverses. Les uns disent que ces animaux sont blancs et ont les oreilles rouges ; d’autres prétendent, au contraire, qu’ils sont tout noirs. Ils sont peut-être de la nature du caméléon, qui se nourrit d’air comme eux. »

Chifflet (Jean), chanoine de Tournay, né à Besançon vers 1611. Il a publié : Joannis Macarii Abraxas, seu Apistopistus, quœ est antiquaria de gemmis basilidianis disquisitio, commenlariis illust., Anvers, 1657, in-4°. Cette dissertation traite des pierres gravées portant le nom cabalistique Abraxas, par lequel Basilide, hérétique du deuxième siècle, désignait le Dieu créateur et conservateur. Elle est curieuse, et les commentaires que Chifïlet y a joints sont estimés.

Chija ou Chaja (Abraham Ben), rabbin espagnol du onzième siècle. Il a écrit en hébreu le Volume du Révélateur ; il y traite de l’époque où viendra le Messie et de celle où se fera la résurrection générale. Pic de la Mirandole cite cet ouvrage dans son traité contre les astrologues.

Childéric Ier. Voy. Bazine et Cristallomancie.

Childéric III, fils de Chilpéric II, et dernier des rois de la première race. Il publia, en 742, un édit contre les sorciers, où il ordonne que chaque évêque, aidé du magistrat défenseur des églises, mette tous ses soins à empêcher le peuple de son diocèse de tomber dans les superstitions païennes. Il défend les sacrifices aux mânes, les sortilèges, les philtres, les augures, les enchantements, les divinations, etc.

Chilpéric Ier, roi de France, fils de Clotaire Ier. Saint Grégoire de Tours rapporte, sur le témoignage de Gontrand, frère de Chilpéric, cette vision merveilleuse. Gontrand vit l’âme de son frère Chilpéric liée et chargée de chaînes, qui lui fut présentée par trois évêques. L’un était Tétricus, l’autre Agricola, le troisième Nicétius de Lyon. Agricola et Nicétius, plus humains que l’autre, disaient : — Nous vous prions de le détacher, et, après l’avoir puni, de permettre qu’il s’en aille. L’évêque Tétricus répondit avec amertume de cœur : — Il n’en sera pas ainsi ; mais il sera châtié à cause de ses crimes. — Enfin, dit Gontrand, le résultat fut de précipiter cette pauvre âme dans une chaudière bouillante que j’aperçus de loin. Je ne pus retenir mes larmes lorsque je vis le misérable état de Chilpéric, jeté dans la chaudière, où tout à coup il parut fondu et dissous [115].

Chimère, monstre imaginaire, né en Lycie, que les poètes disent avoir été vaincu par Bellérophon ; il avait la tête et l’estomac d’un lion, le ventre d’une chèvre et la queue d’un dragon. Sa gueule béante vomissait des flammes. Les démonographes disent que c’était un démon.

Chimie. On la confondait autrefois avec l’alchimie. La chimie, selon les Persans, est une science superstitieuse qui tire ce qu’il y a de plus subtil dans les corps terrestres pour s’en servir aux usages magiques. Ils font Caron (le Coré du Pentateuque) inventeur de cette noire science qu’il apprit, disent-ils, de Moïse. Louis de Fontenettes, dans l’épître dédicatoire de son Hippocrate dépaysé, dit que « d’aucuns prétendent que » la chimie, qui est un art diabolique, a été inventée par Cham. »

China, idole de la Sénégambie. Elle a une tête de veau ; on lui offre en sacrifice du miel qu’on fait brûler, pour obtenir de bonnes récoltes.

Chion, philosophe d’Héraclée, disciple de Platon. Il fut averti en songe de tuer Cléarque, tyran d’Héraclée, qui était son ami. Il lui sembla voir une femme qui lui mit devant les yeux la bonne renommée qu’il acquerrait par le meurtre du tyran ; et, poussé par cette vision, il le tua. Mais ce qui prouve que c’était une vision diabolique, c’est que Cléarque, tyran tolérable, ayant été tué, fut remplacé par Satyre, son frère, bien plus cruel que lui, et que rien ne pouvait adoucir.

Chiorgaur. Voy. Gaurie.

Chiridirellès, démon qui secourt les voyageurs dans leurs besoins, et qui leur enseigne leur chemin lorsqu’ils sont égarés. On dit qu’il se montre à ceux qui l’invoquent sous la forme d’un passant à cheval.

Chiromancie ou Chiroscopie, art de dire la bonne aventure par l’inspection des lignes de la main. Cette science, que les bohémiens ont rendue célèbre, est, dit-on, très-ancienne. Nous en exposons les principes à l’article Main.

Chiron, non pas centaure, mais Hippocentaure, car, fils de Saturne, il était moitié Dieu et moitié cheval.

Chodar, démon que les nécromanciens nomment aussi Bélial ; il a l’orient pour district, et commande aux démons des prestiges.

Choquet (Louis), auteur d’un mystère très-rare intitulé l’Apocalypse de saint Jean Zèbédée, où sont comprises les visions et révélations qu’icelui saint Jean eut en l’île de Patmos ; In-fol, Paris, 1541.

Chorropique (Marie), sorcière bordelaise du temps de Henri IV, qui confessa s’être donnée au diable par le moyen d’un nommé Augerot d’Armore, lequel la mena dans une lande où elle trouva un grand seigneur vêtu de noir, avec la figure voilée. Il était entouré d’une infinité de gens richement habillés. Marie Chorropique ayant prononcé le nom de Jésus, tout disparut incon— tinent. Son guide ne vint la reprendre que trois heures après, la tança d’avoir prononcé le nom de Notre-Seigneur, et la conduisit au sabbat près d’un moulin, où elle retrouva le même seigneur noir, avec un nommé Menjoin, qui portait un pot de terre plein de grosses araignées enflées d’une drogue blanche, et deux crapauds qu’on tua à coups de gaule, et qu’on chargea Marie d’écorcher.

Ensuite, Augerot pila ces araignées dans un mortier avec les crapauds. On jeta cette composition sur des pâturages pour faire mourir les bestiaux. Après quoi, ces gens s’en allèrent au bourg d’Irauris, où ils prirent sans bruit un enfant au berceau. Augerot et Menjoin l’étranglèrent et le mirent entre son père et sa mère qui dormaient, afin que le père crût que sa femme l’avait étouffé, et que la mère à son tour accusât son mari. Ils en empoisonnèrent d’autres. Dans toutes ces exécutions, Marie Chorropique attendait les deux bandits à la porte. Que penser de ces récits ?

Elle dit encore que, dans un sabbat, elle vit deux sorcières qui apportèrent le cœur d’un enfant dont la mère s’était fait avorter, et qu’elles le gardèrent pour en faire un sacrifice au diable. Cette horrible sorcière fut brûlée le 2 octobre 1576 [116].

Chouette, espèce de hibou de la grosseur d’un pigeon. La chouette ne paraît qu’au point du jour ou à l’approche de la nuit. Chez les Athéniens et les Siciliens, cet oiseau était d’un bon augure ; partout ailleurs, la rencontre d’une chouette est d’un mauvais présage. Cette superstition vit encore dans plusieurs contrées. Voy. Chevesche.

Choun, divinité adorée chez les Péruviens, qui racontaient ainsi son histoire : — Il vint des parties septentrionales un homme qui avait un corps sans os et sans muscles, et qui s’appelait Choun ; il abaissait les montagnes, comblait les vallées et se frayait un chemin dans les lieux inaccessibles. Ce Choun créa les premiers habitants du Pérou ; il leur apprit à se nourrir des herbes et des fruits sauvages. Mais un jour, offensé par quelques Péruviens, il convertit en sables arides une partie de la terre, auparavant très-fertile partout ; il arrêta la pluie, dessécha les plantes ; et ensuite, ému de compassion, il ouvrit les fontaines et fit couler les rivières, pour réparer le mal qu’il avait causé… C’est un système qui n’est pas plus bête que celui des philosophes modernes.

Choux. Une croyance qui n’est pas extrêmement rare, c’est qu’on ne doit pas manger de choux le jour de saint Étienne, parce qu’il s’était caché dans un carré de choux pour éviter le martyre [117]… Conte très-stupide et superstition très-absurde.

Chrétiens. Dans les persécutions, on les accusait de magie.

Christolytes, hérétiques du sixième siècle, qui disaient que Notre-Seigneur avait laissé son corps et son âme aux enfers, et qu’il n’était remonté aux cieux qu’avec sa divinité.

Christophe. Autrefois, d’après une opinion exprimée par ce vers :

Christophorum videas postea tutus eas,

on croyait que celui qui avait vu quelque image de saint Christophe le matin était en sûreté toute la journée.

Christoval de la Garrade. Voy. Mamssane.

Chrysolithe, pierre précieuse qu’Albert le Grand regarde comme un préservatif contre la folie. Elle a encore, dit-il, la vertu de mettre le repentir dans le cœur de l’homme qui a fait des fautes…

Chrysomallon, nom du fameux bélier qui portait la toison d’or. On dit qu’il volait dans les airs, qu’il nageait en perfection, qu’il courait avec la légèreté d’un cerf, et que Neptune, dont il était le fils, l’avait couvert de soie d’or au lieu de laine. Il avait aussi l’usage de la parole, et donnait de bons avis. Il est le premier signe du zodiaque.

Chrysopée, œuvre d’or. C’est le nom grec que les alchimistes donnent à la pierre philosophai, ou à l’art de transmuer tous les métaux en or pur.

Chrysopole, démon. Voy. Olive.

Chrysoprase, pierre précieuse à laquelle la superstition attachait la propriété de fortifier la vue, de réjouir l’esprit et de rendre l’homme libéral et joyeux.

Ciaconius. Voy. Chacon.

Cicéron (Marcus Tullius). Leloyer dit qu’un spectre apparut à la nourrice de Cicéron : c’était, un démon de ceux qu’on appelle génies familiers. Il lui prédit qu’elle allaitait un enfant qui, un jour, ferait grand bien à l’État. « Mais d’où tenait-il tout cela ? me dira-t-on. Je répondrai : C’est la coutume du diable de bégayer dans les choses futures [118]. » Cicéron devint en effet ce qu’on sait. C’est lui qui disait qu’il ne concevait pas que deux augures pussent se regarder sans rire. Il a combattu quelques idées superstitieuses dans plusieurs de ses ouvrages, surtout dans les trois livres de la Nature des dieux, et dans les Tusculanes. Dans ses deux livres de la Divination, il reconnaît aux hommes le don de lire dans l’avenir.

Valère-Maxime conte que Cicéron, ayant été proscrit par les triumvirs, se retira dans sa maison de Formies, où les satellites des tyrans ne tardèrent pas à le poursuivre. Dans ces moments de trouble, il vit un corbeau arracher l’aiguille d’un cadran : c’était lui annoncer que sa carrière était finie. Le corbeau s’approcha ensuite de lui, comme pour lui faire sentir qu’il allait bientôt être sa proie, et le prit par le bas de sa robe, qu’il ne cessa de tirer que quand un esclave vint dire à l’orateur romain que des soldats arrivaient pour lui donner la mort. Les corbeaux d’aujourd’hui sont plus sauvages.

Ciel. Un tel article ne peut entrer dans ce dictionnaire qu’à propos de quelques folles croyances. Les musulmans admettent neuf cieux. Il y eut parmi les chrétiens des hérétiques qui en annonçaient trois cent soixante-cinq, avec des anges spécialement maîtres de chaque ciel. Voy. Basilide.

Bodin assure qu’il y a dix cieux, qui sont marqués par les dix courtines du tabernacle et par ces mots : « Les cieux sont les œuvres de tes doigts, » qui sont au nombre de dix [119]… Les rabbins prétendent que le ciel tourne sans cesse, et qu’il y a au bout du monde un lieu où le ciel touche la terre. On lit dans le Talmud que le rabbin Bar-Chana, s’étant arrêté en cet endroit pour se reposer, mit son chapeau sur une des fenêtres du ciel, et que, l’ayant voulu reprendre un moment après, il ne le retrouva plus, les cieux l’ayant emporté dans leur course : de sorte qu’il fallut qu’il attendît la révolution des mondes pour le rattraper.

Cienga. C’est chez quelques peuples de l’Océanie le mauvais esprit, le démon.

Cierges. On allume deux cierges à Scaer, en Bretagne, au moment du mariage ; on en place un devant le mari, l’autre devant la femme : la lumière la moins brillante indique celui des deux qui doit mourir le premier. L’eau et le feu, comme « chez les anciens, jouent un grand rôle chez les Bretons. Du côté de Guingamp, et ailleurs, quand on ne peut découvrir le corps d’un noyé, on met un cierge allumé sur un pain qu’on abandonne au cours de l’eau : on trouve, dit-on, le cadavre dans l’endroit où le pain s’arrête [120].

Cigogne. On croit que les cigognes préservent des incendies les maisons où elles se retirent. Cette erreur n’est plus très-répandue. On a dit aussi que les cigognes ne s’établissaient que dans les États libres ; mais les Égyptiens, qui eurent toujours des rois, leur rendaient un culte ; et c’était un crime capital en Thessalie, qui était monarchique, de tuer une cigogne, parce que le pays est plein de serpents, et que les cigognes les détruisent. Elles sont enfin très-communes et très-protégées en Turquie, en Égypte et en Perse, où l’on ne songe guère aux idées républicaines.

Cilano (George-Chrétien-Maternus de), Hongrois du dix-huitième siècle, qui a écrit un livre de l’Origine et de la Célébration des Saturnales chez les Romains [121], et (sous le nom d’Antoine Signatelli) des Recherches sur les géants [122].

Cimeriès, grand et puissant démon, marquis de l’empire infernal. Il commande aux parties africaines. Il enseigne la grammaire, la logique et la rhétorique ; il découvre les trésors et révèle les choses cachées ; il rend l’homme léger à la course, et donne aux bourgeois la tournure fringante des militaires. Le marquis Cimeriès, capitaine de vingt légions, est toujours à cheval sur un grand palefroi noir [123].

Cimetière. Il n’était pas permis en Espagne, au quatrième siècle, d’allumer des cierges en plein jour dans les cimetières, de peur d’inquiéter les esprits. On croyait que les âmes des trépassés fréquentaient les cimetières où leurs corps étaient

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enterrés [124] ; et le clergé eut 1 quelque peine à détruire cette opinion. On croit encore aujourd’hui dans les campagnes que les âmes du purgatoire reviennent dans les cimetières ; on dit même que les démons aiment à s’y montrer, et que c’est pour les écarter qu’on y plante des croix. On conte des anecdotes effrayantes. Peu de villageois traverseraient le cimetière à minuit : ils ont toujours l’histoire de l’un d’entre eux rossé par une âme (ou plutôt par un mauvais plaisant) qui lui a reproché de troubler sa pénitence. Henri Estienne et les ennemis du catholicisme ont forgé des aventures facétieuses, où ils attribuent de petites fraudes aux gens d’église pour maintenir cette croyance ; mais ces historiettes sont des inventions calomnieuses. On a vu quelquefois, dans les grandes chaleurs, des exhalaisons enflammées sortir des cimetières ; on sait aujourd’hui qu’elles ont une cause naturelle.

Cimmériens, peuples qui habitaient autour des Palus-Méotides, et dont les Cimbres sont les descendants. Beaucoup de savants ont placé dans ce pays l’antre par lequel on allait aux enfers. Leloyer dit que les Cimmériens étaient de grands sorciers, et qu’Ulysse ne les alla trouver que pour interroger par leur moyen les esprits de l’enfer.

Cimon, général athénien, fils de Miltiade. Ayant vu en songe une chienne irritée qui aboyait contre lui et qui lui disait d’une voix humaine : — « Viens, tu me feras plaisir à moi et à mes petits, » il alla consulter un devin nommé Astyphile, qui interpréta sa vision de cette manière : — « Le chien est ennemi de celui contre lequel il aboie ; or, on ne pourrait faire à son ennemi un plus grand plaisir que de mourir ; et ce mélange de la voix humaine avec l’aboi dénote un Mède qui vous tuera. » Les Grecs étaient en guerre avec les Perses et les Mèdes : il y avait donc chance. Malheureusement pour le devin, le songe ne s’accomplit pas, et Cimon ne mourut que de maladie.

Cincinnatulus ou Cincinnatus ( le petit frisé ), esprit qui, au rapport de Rhodiginus, parlait par la bouche d’une femme nommée Jocaba, laquelle était ventriloque.

Cinq. Les Grecs modernes se demandent excuse en prononçant le nombre cinq, qui est du plus mauvais augure, parce qu’il exprime un nombre indéfini, réprouvé par les cabalistes.

Ciones. Voy. Kiones.

Cippus Venelius, chef d’une partie de l’Italie, qui, pour avoir assisté à un combat de taureaux et avoir eu toute la nuit l’imagination occupée de cornes, se trouva un front cornu le lendemain. D’autres disent que ce prince, entrant victorieux à Rome, s’aperçut, en se penchant au-dessus des eaux du Tibre, car il n’avait pas de miroir, qu’il lui était poussé des cornes. Il consulta les devins pour savoir ce que lui présageait une circonstance si extraordinaire. On pouvait expliquer ce prodige de plusieurs façons ; on lui dit seulement que c’était une marque qu’il régnerait dans Rome ; mais il n’y voulut plus entrer. Cette modération est plus merveilleuse que les cornes.

Circé, fameuse magicienne qui changea les compagnons d’Ulysse en pourceaux. Elle savait composer des potions magiques et des enchantements par lesquels elle troublait l’air, excitait les grêles et les tempêtes, et donnait aux hommes des maladies de corps et d’esprit. Saint Jean Chrysostome regarde la métamorphose des compagnons d’Ulysse comme une vive allégorie.

Circoncellions, fanatiques du quatrième siècle, de la secte des donatistes. Ils parurent en Afrique. Armés d’abord de bâtons qu’ils appelaient bâtons d’Israël, ils commettaient tous les brigandages, sous prétexte de rétablir l’égalité. Ils prirent bientôt des armes plus offensives pour tuer les catholiques. On les appelait aussi scotopètes. Ils faisaient grand cas du diable et l’honoraient en se coupant la gorge, en se noyant, en se jetant, eux et leurs femmes, dans les précipices. A la suite de Frédéric Barberousse, au. treizième siècle, on vit reparaître des circonceliions qui damnaient les catholiques. Ces violents sectaires, qui pratiquaient le meurtre contre eux-mêmes et contre les autres, à l’une et l’autre époque, ne durèrent pas longtemps.

Cire. C’est avec de la cire que les sorcières composaient les petites figures magiques qu’elles faisaient fondre lorsqu’elles voulaient envoûter et faire périr ceux qu’elles avaient pour ennemis. On décapita à Paris, en 157/t, un gentilhomme chez qui l’on trouva une petite image de cire ayant la place du cœur percée d’un poignard. Voy. Envoûtement et Céromancie.

Ciruelo (Pierre), savant aragonais du quinzième siècle, à qui l’on doit un livre d’astrologie [125], où il défend les astrologues et leur science contre les raisonnements de Pic de la Mirandole.

Citation, formule employée pour appeler les esprits et les forcer à paraître. Voy. Évocation.

Cités. Saint Augustin a parfaitement décrit ce bas monde, en le divisant en deux cités : la cité de Dieu, peuplée des hommes attachés à l’Église, et la cité du diable, composée de tous les autres.

Citu, fête au Pérou, dans laquelle tous les habitants se frottaient d’une pâte où ils avaient mêlé un peu de sang tiré de l’entre-deux des sourcils de leurs enfants. Ils pensaient par là se préserver pour tout le mois de tout malaise. Les prêtres idolâtres faisaient ensuite des conjurations afin d’éloigner les maladies, et les Péruviens croyaient que toutes les fièvres étaient chassées dès lors à cinq ou six lieues de leurs habitations.

Civile (François de), gentilhomme normand, né en 1536, dont la vie fut remplie de catastrophespour la plupart imaginées par les écrivains protestants, qui ont si souvent fabriqué des romans et des historiettes, dans le but de faire lire leurs écrits. On classe cette vie prodigieuse dans les impostures historiques.

Clairon ( Claire-Josèphe-Leyris de Latude, connue sous le nom d’Hippolyte), tragédienne française, morte en 1803. Dans ses Mémoires, publiés en 1799, elle raconte l’histoire d’un revenant qu’elle croit être l’âme de M. de S…, fils d’un négociant de Bretagne, dont elle avait rejeté les vœux ; il en mourut de chagrin ; et dès lors mademoiselle Clairon entendit toutes les nuits, vers les onze heures du soir, pendant plusieurs mois, un cri aigu. Ses gens, ses amis, ses voisins, la police même, entendirent ce bruit, toujours à la même heure, toujours partant sous ses fenêtres, et ne paraissant sortir que du vague de l’air.

Ces cris cessèrent quelque temps, puis ils furent remplacés, à la même heure, par un coup de fusil tiré dans ses fenêtres, sans qu’il en résultât aucun dommage.

La rue fut remplie d’espions, et ce bruit fut entendu, sans que jamais personne pût voir de quel endroit il partait. A ces explosions succéda un claquement de mains, puis des sons mélodieux. Enfin, tout cessa après un peu plus de deux ans et demi [126]. Voilà ce que disent des mémoires publiés par mademoiselle Raucourt. C’était sans doute une mystification, qui eût fait un peu plus de bruit à Paris si c’eût été autre chose.

Clairvoyance. On exprime parce mot le don que possèdent quelques personnes de deviner des choses obscures ; à peu près comme ceux qui découvrent des sources où le commun des hommes n’en soupçonne pas.

Clarus. Saint Augustin rapporte qu’un jeune homme de condition nommé Clarus, s’étant donné à Dieu dans un monastère d’Hippone, se persuada qu’il avait commerce avec les anges. Il en parla dans le couvent. Comme les frères refusaient de le croire, il prédit que la nuit suivante Dieu lui enverrait une robe blanche avec laquelle il paraîtrait au milieu d’eux. En effet, vers minuit, le monastère fut ébranlé, la cellule du jeune homme parut brillante de lumière ; on entendit le bruit de plusieurs personnes qui allaient, venaient et parlaient entre elles, sans qu’on pût les voir. Clarus sortit de sa cellule et montra aux frères la tunique dont il était vêtu : c’était une étoffe d’une blancheur admirable et d’une finesse si extraordinaire, qu’on n’avait jamais rien vu de semblable. On passa le reste de la nuit à chanter des psaumes en actions de grâces ; ensuite on voulut conduire le jeune homme à saint Augustin; mais il s’y opposa, disant que les anges le lui avaient défendu. Cependant on ne l’écouta point ; et, comme on l’y conduisait malgré sa résistance, la tunique disparut aux yeux des assistants ; ce qui fit juger que le tout n’était qu’une illusion de l’esprit de ténèbres.

Classyalabolas. Voy. Caacrinolaas.

Claude, prieur de Laval, fit imprimer à la fin du seizième siècle un livre intitulé Dialogues de la Lycanthropie.

Clauder (Gabriel), savant saxon, mort en 1691, membre de l’Académie des Curieux de la nature. Il a laissé dans les Mémoires de cette société divers opuscules singuliers. Tels sont : « le Remède diabolique du délire » et « les Vingt-cinq ans de séjour d’un démon sur la terre [127]. »

Son neveu, Frédéric-Guillaume Clauder, a donné dans les Éphémérides de la même académie un traité sur les nains [128].

Clauneck, démon turc qui a puissance sur les biens, sur les richesses ; il fait trouver des trésors à celui qu’il sert en vertu d’un pacte. Il est

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aimé de Lucifer, qui le laisse maître de prodiguer l’argent. Il rend complaisance pour complaisance à qui l’appelle [129].

Clauzette. Sur la fin de 1681, une fille insensée, Marie Clauzette, se mit à courir les champs aux environs de Toulouse, en se réclamant du nom de Robert, qu’elle disait être le maître de tous les diables. On la crut possédée, et tout le monde voulut la voir. Quatre jeunes filles, qui assistèrent aux premiers exorcismes, se crurent possédées pareillement. Le vicaire général de Toulouse, voulant éprouver si la possession était vraie, fit employer d’abord des exorcismes feints ; et l’eau commune, la lecture d’un livre profane, le ministère d’un laïque habillé en prêtre agitèrent aussi violemment les prétendues possédées, qui n’étaient pas prévenues, que si un prêtre eût lu le Rituel avec des aspersions d’eau bénite. Les médecins déclarèrent que le diable n’était pour rien dans cette affaire. Les possédées vomissaient des épingles crochues ; mais on remarqua qu’elles les cachaient dans leur bouche pour les rejeter devant les spectateurs. Le parlement de Toulouse proclama la fraude et dissipa cette ridicule affaire.

Clavicules de Salomon. Voy. Salomon.

Clay (Jean), littérateur allemand, mort en 1592. On recherche son Alkumistica, petit poëme en vers allemands contre la folie des alchimistes et faiseurs d’or.

Clédonismancie, divination tirée de certaines paroles qui, entendues ou prononcées en diverses rencontres, étaient regardées comme bons ou mauvais présages. Cette divination était surtout en usage à Smyrne ; il y avait là jadis un temple où c’était ainsi qu’on rendait les oracles. Un nom seul offrait quelquefois l’augure d’un bon succès. Léotychide, pressé par un Samien d’entreprendre la guerre contre les Perses, demanda à ce Samien son nom ; et, en apprenant qu’il s’appelait Hégésistrate, mot qui signifie conducteur d’armée, il répondit : « J’accepte l’augure d’Hégésistrate. » Ce qu’il y avait de commode en tout ceci, c’est qu’on était libre d’accepter ou de refuser le mot à présage. S’il était saisi par celui qui l’entendait et qu’il frappât son imagination, il avait toute son influence ; mais si l’auditeur le laissait tomber, ou n’y faisait pas une prompte attention, l’augure était sans force.

Clef d’or. On a publié, sous le titre de la Clef d’or, plusieurs petits volumes stupides qui enseignent les moyens infaillibles de faire fortune avec la loterie, et qui, quand la loterie existait, ne faisaient que des dupes. La Clef d’or ou le Véritable trésor de la fortune, qui se réimprimait de temps en temps à Lille, chez Castiaux, n’est pas autre chose que la découverte des nombres sympathiques, que l’auteur se vante d’avoir trouvés ; « ce qui lui a valu trois cent » mille francs en deux ans et demi ». Il est affreux de mentir aussi impunément pour engager les pauvres gens à se ruiner dans les loteries. Or, les cinq nombres sympathiques ne manquent pas de sortir, dit-il effrontément, dans les cinq tirages qui suivent la sortie du numéro indicateur. Il faut donc les suivre pendant cinq tirages seulement pour faire fortune. Par exemple, les nombres sympathiques de h sont 30, k0, 50, 70, 76. Ces cinq numéros sortiront dans les cinq tirages qui suivront la sortie de 4, non pas tous à la fois peut-être, mais au moins deux ou trois ensemble. Du reste, les nombres sympathiques sont imaginaires, et chacun les dispose à son gré.

Cleidomancie ou Cleidonomancie, divination par le moyen d’une clef. On voit dans Delrio et Delancre qu’on employait cette divination pour découvrir l’auteur d’un vol ou d’un meurtre. On tortillait autour d’une clef un billet contenant le nom de celui qu’on soupçonnait ; puis on attachait cette clef à une Bible, qu’une fille vierge soutenait de ses mains. Le devin marmottait ensuite tout bas le nom des personnes soupçonnées ; et on voyait le papier tourner et se mouvoir sensiblement. On devine encore d’une autre manière par la cleidomancie. On attache étroitement une clef sur la première page d’un livre ; on ferme le livre avec une corde, de façon que l’anneau de la clef soit dehors ; la personne qui a quelque secret à découvrir par ce moyen pose le doigt dans l’anneau de la clef, en prononçant tout bas le nom qu’elle soupçonne. S’il est innocent, la clef reste immobile ; s’il est coupable, elle tourne avec une telle violence qu’elle rompt la corde qui attache le livre [130].

Les Cosaques et les Russes emploient souvent cette divination ; mais ils mettent la clef en travers et non à plat, de manière que la compression lui fait faire le quart de tour. Ils croient savoir par là si la maison où ils sont est riche, si leur famille se porte bien en leur absence, si leur père vit encore, etc. Ils font usage surtout de cette divination pour découvrir les trésors. On les a vus plusieurs fois en France recourir à cet oracle de la clef sur l’Évangile de saint Jean, durant l’invasion de 1814.

Clément, prêtre écossais, contemporain de Charlemagne. Il soutenait qu’en descendant aux enfers Jésus-Christ en avait délivré tous les damnés, sans exception. Cette doctrine a été condamnée.

Cléonice. Pausanias, général lacédémonien, ayant tué à Vicence une vertueuse jeune fille, nommée Cléonice, qui lui avait résisté, vécut dans un effroi continuel et ne cessa de voir, jusqu’à sa mort, le spectre de cette jeune fille à ses côtés. — Si l’on connaissait ce qui a précédé les visions, on en trouverait souvent la source dans les remords.

Cléopâtre. C’est, dit-on, une erreur que l’opinion où nous sommes que Cléopâtre se fit mourir avec deux aspics. Plutarque dit, dans la vie de Marc-Antoine, que personne n’a jamais su comment elle était morte. Quelques-uns assurent qu’elle prit un poison qu’elle avait coutume de porter da’ns ses cheveux. On ne trouva point d’aspic dans le lieu où elle était morte ; on dit seulement qu’on lui remarqua au bras droit deux piqûres imperceptibles ; c’est là —dessus qu’Auguste hasarda l’idée qui est devenue populaire sur le genre de sa mort. Il est probable qu’elle se piqua avec une aiguille empoisonnée [131].

Cléromancie, art de dire la bonne aventure par le sort jeté, c’est-à-dire avec des dés, des osselets, des fèves noires ou blanches. On les agitait dans un vase, et, après avoir prié les dieux, on les renversait sur une table et l’on prédisait l’avenir d’après la disposition des objets. Il y avait à Bura, en Achaïe, un oracle d’Hercule qui se rendait sur un tablier avec des dés. Le pèlerin, après avoir prié, jetait quatre dés, dont le prêtre d’Hercule considérait les points, et il en tirait la conjecture de ce qui devait arriver. Il fallait que ces dés fussent faits d’os de bêtes sacrifiées [132]. Le plus souvent on écrivait sur des osselets ou sur de petites tablettes qu’on mêlait dans une urne ; ensuite on faisait tirer un lot par le premier jeune garçon qui se rencontrait ; et si l’inscription qui sortait avait du rapport avec ce qu’on voulait savoir, c était une prophétie certaine. Cette divination était commune en Égypte et chez les Romains ; et l’on trouvait fréquemment des cléromanciens dans les rues et sur les places publiques, comme on trouve dans nos fêtes des cartomanciens. Voy. Astragalomancie.

Clèves. On dit que le diable est chef de cette noble maison et père des comtes de Clèves. Les cabalistes prétendent que ce fut un sylphe qui vint à Clèves par les airs, sur un navire merveilleux traîné par des cygnes, et qui repartit un jour, en plein midi, à la vue de tout le monde, sur son navire aérien. « Qu’a-t-il fait aux docteurs qui les oblige à l’ériger en démon ? » dit l’abbé de Villars [133]. C’est en mémoire de cette origine merveilleuse, diversement expliquée, qu’on avait fondé au pays de Clèves l’ordre des chevaliers du Cygne.

Climatérique. Voy. Année.

Clistheret, démon qui fait paraître la nuit au milieu du jour, et le jour au milieu de la nuit, quand c’est son caprice, si vous en croyez les Clavicules de Salomon.

Cloches. Les anciens connaissaient les cloches, dont on attribue l’invention aux Égyptiens. Elles étaient en usage à Athènes et chez les Romains. Les musulmans n’ont point de cloches dans leurs minarets ; ils croient que le son des cloches effrayerait les âmes des bienheureux dans le paradis. Les cloches ne furent généralement employées dans les églises chrétiennes que vers le septième siècle. On voit dans Alcuin que la cérémonie du baptême qui les consacre avait lieu déjà du temps de Charlemagne.

C’est, dit-on, parce qu’elles sont baptisées que les cloches sont odieuses à Satan. On assure que quand le diable porte ses suppôts au sabbat, il est forcé de les laisser tomber s’il entend le son des cloches. Torquemada raconte, dans son Hexamcron, qu’une femme revenant du sabbat, portée dans les airs par l’esprit malin, entendit la cloche qui sonnait Y Angélus. Aussitôt le diable l’ayant lâchée, elle tomba dans une haie d’épines, au bord d’une rivière. Elle aperçut un jeune homme à qui elle demanda secours, et qui, à force de prières, se décida à la reconduire en sa maison. Il la pressa tellement de lui avouer les circonstances de son aventure, qu’elle la lui apprit ; elle lui fit ensuite de petits présents, pour l’engager à ne rien dire ; mais la chose ne manqua pourtant pas de se répandre.

On croit dans quelques contrées que c’est le diable qui excite les tempêtes, et que, par conséquent, les cloches conjurent les orages. Les paysans sonnent donc les cloches dès qu’ils entendent le tonnerre, ce qui maintenant est reconnu pour une imprudence. Citons à ce sujet un fait consigné dans les Mémoires de l’Académie des sciences : « En 1718, le 15 août, un vaste orage s’étendit sur la basse Bretagne, le tonnerre tomba sur vingt-quatre églises situées entre Landernau et Saint-Pol de Léon ; c’était précisément celles où l’on sonnait pour écarter la foudre ; celles où l’on ne sonna pas furent épargnées. » M. Saignes pense cependant que le son des cloches n’attire pas le tonnerre, parce que leur mouvement a peu d’intensité ; mais le bruit seul agite l’air avec violence, et le son du tambour sur un lieu élevé ferait peut-être le même effet d’attirer la foudre.

On a cru encore, dans certains pays, qu’on se mettait à l’abri de toute atteinte des orages en portant sur soi un morceau de la corde attachée à la cloche au moment de son baptême.

Cloche du diable. Il nous reste à dire un mot de cette cloche. Dusaulx visitant les Pyrénées à pied, son guide, qui était un franc montagnard, le conduisit dans un marécage comme pour lui montrer quelque chose de curieux. Il prétendit qu’une cloche avait jadis été enfoncée dans cet endroit ; que cent ans après le diable, à qui appartenaient alors tous les métaux souterrains, s’était emparé de cette cloche, et qu’un pâtre depuis peu de temps l’avait entendu sonner pendant la nuit de Noël dans l’intérieur de la montagne. — Fort bien, dit Dusaulx ; ce qu’on a pris pour le son d’une cloche ne viendrait-il pas plutôt des eaux souterraines qui s’engouffrent dans quelque cavité ? — Oh ! que non, répliqua le guide.

Cloche du jugement dernier. Il y a des cloches célèbres. On respecte beaucoup dans les Pyrénées la cloche de la vallée ; on lui donne toutes sortes d’origines merveilleuses : la plus commune, c’est qu’elle a été fondue par les anges. On l’entend, ou peut-être on croit l’entendre quelquefois : mais on ne sait pas où elle est suspendue. C’est cette cloche qui doit, à ce que disent les montagnards, réveiller leurs patriarches endormis dans les creux des rochers, et appeler les hommes au dernier jugement.

Lorsque Ferdinand le Catholique fut attaqué de la maladie dont il mourut, la fameuse cloche de la Villela (qui a dix brasses de tour) sonna, dit-on, d’elle-même ; ce qui arrive quand l’Espagne est menacée de quelque malheur. On publia aussitôt qu’elle annonçait la mort du roi, qui mourut effectivement peu après [134].

Clofye, oiseau d’Afrique, noir et gros comme un étourneau. C’est pour les nègres un oiseau de présage. Il prédit les bons événements, lorsque en chantant il s’élève dans les airs ; il en pronostique de mauvais s’il s’abaisse. Pour annoncer à quelqu’un une mort funeste, on lui dit que le Clofye a chanté sur lui.

Clotho. L’une des trois Parques et la plus jeune. C’est elle qui file les destinées ; on lui donne une quenouille d’une hauteur prodigieuse. La plupart des mythologues la placent avec ses sœurs à la porte du repaire de Pluton. Lucien la met dans la barque à Caron ; mais Plutarque dit qu’elle est dans la lune, dont elle dirige les mouvements.

Clou. Il y a sur les clous quelques petites superstitions dont on fera son profit. Les Grecs modernes sont persuadés qu’en fichant le clou d’un cercueil à la porte d’une maison infestée, on en écarte à jamais les revenants et les fantômes. Boguet parle d’une sorcière qui, pour un cheval blessé, disait certains mots en forme d’oraison et plantait en terre un clou qu’elle ne retirait jamais. Les Romains, pour chasser la peste, fichaient un clou dans une pierre qui était au côté droit du temple de Jupiter ; ils en faisaient autant contre les charmes et sortilèges, et pour apaiser les discordes qui survenaient entre les citoyens. « Il y en a pareillement qui, se voulant prévaloir contre leurs ennemis, plantent un clou dans’un arbre. Or, quelle force peut avoir ce clou ainsi planté [135] ? »

Clovis, fils de Chilpéric Ier. Il ne restait à Chilpéric que ce fils de sa première femme. Le jeune homme fut assez indiscret pour s’expliquer sans ménagement sur Frédégonde, qu’il regardait comme son ennemie. Elle résolut de se débarrasser de lui. Clovis aimait une jeune fille de basse extraction ; un émissaire de Frédégonde vint dire au roi que c’était la fille d’une magicienne ; que Clovis avait employé les artifices de cette femme pour se défaire de ses deux frères (empoisonnés, à ce qu’on croit), et qu’il tramait la mort de la reine. La vieille femme, mise à la question, fut forcée d’avouer qu’elle était sorcière. Clovis, convaincu, se vit dépouillé de ses riches vêtements et conduit dans une prison, où des assassins le poignardèrent, si les historiens disent vrai ; et on fit accroire au monarque qu’il s’était tué lui-même. La magicienne, dont la fille venait aussi d’être mise à mort, fut épouvantée de ses aveux, qu’elle rétracta ; mais on se hâta de lui imposer silence en la conduisant au bûcher. C’est du moins ainsi que racontent les choses des chroniqueurs peu favorables, il est vrai, à Frédégonde [136].

Cluricaunes, esprits familiers un peu lutins en Irlande. On en compte beaucoup d’histoires [137].

Cobales, génies malins et trompeurs de la suite de Bacchus, dont ils étaient à la fois les gardes et les bouffons. Selon Leloyer, les cobales, connus des Grecs, étaient des démons doux et paisibles, nommés par quelques-uns bonhomets ou petits bonshommes des montagnes, parce qu’ils se montrent en vieux nains de basse stature ; ils sont vêtus court, demi-nus, la manche retroussée sur l’épaule, et portent un tablier de cuir sur les reins.

« Cette sorte de démons est présentement assez plaisante, car tantôt vous les verrez rire, tantôt se gaudir, tantôt sauter de joie, et faire mille tours de singe ; ils contreferont et imiteront les singes, et feront tant et plus les embesognés, combien qu’ils ne fassent rien du tout. À cette heure, vous les verrez bêcher dans les veines d’or ou d’argent, amasser ce qu’ils auront bêché, et le mettre en des corbeilles et autres vaisseaux pour cet effet préparés, tourner la corde et la poulie afin d’avertir ceux d’en haut de tirer le métal, et fort rarement voit-on qu’ils offensent les ouvriers, s’ils ne sont grandement provoqués de brocards, injures et risées dont ils sont impatients. Alors ils jetteront premièrement de la terre et de petits cailloux aux yeux des pionniers, et quelquefois les blesseront [138]. »

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Les Allemands appellent ces mêmes démons familiers Kobold. Voy. ce mot.

Coboli, génies ou démons révérés par les anciens Sarmates. Ils croyaient que ces esprits habitaient les parties les plus secrètes des maisons, et même les fentes du bois. On leur offrait les mets les plus délicats. Lorsqu’ils avaient l’intention de se fixer dans une habitation, ils en prévenaient ainsi le père de famille : la nuit ils assemblaient des tas de copeaux et répandaient de la fiente de divers animaux dans les vases de lait : gracieuses manières de s’annoncer. Si le lendemain le maître de la maison laissait ces copeaux en un tas, et faisait boire à sa famille le lait ainsi souillé, alors les cobolis se rendaient visibles et habitaient désormais avec lui ; mais s’il dispersait les copeaux et jetait le lait, ils allaient chercher un autre gîte.

Les cobolis sont de l’essence des gobelins, des cobales, du kobold des Allemands, des boggards et des cluricaunes.

Cocconas. Voy. Alexandre de Paphlagonie.

Cochon. Est-il vrai, comme le croit le peuple,

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que de tous les animaux le cochon soit celui dont l’organisation ait le plus de ressemblance avec celle de l’homme ? Sur ce point, dit M. Saignes, on ne saurait mieux faire que de s’en rapporter à Cuvier. Or, voici ce que lui ont révélé ses recherches. L’estomac de l’homme et celui du cochon n’ont aucune ressemblance : dans l’homme, ce viscère a la forme d’une cornemuse ; dans le cochon, il est globuleux ; dans l’homme, le foie est divisé en trois lobes ; dans le cochon, il est divisé en quatre : dans l’homme, la rate est courte et ramassée ; dans le cochon, elle est longue et plate, dans l’homme, le canal intestinal égale sept à huit fois la longueur du corps ; dans le cochon, il égale quinze à dix-huit fois la même longueur. Son cœur présente des différences notables avec celui de l’homme ; et j’ajouterai, pour la satisfaction des savants et des beaux esprits, que le volume de son cerveau est aussi beaucoup moins considérable, ce qui prouve que ses facultés intellectuelles sont inférieures à celles de nos académiciens.

Il y aurait bien des choses à dire sur le cochon. Le diable s’est souvent montré sous sa figure : et elle est digne de lui. On conte à Naples qu’autrefois il apparaissait souvent avec cette forme dans le lieu même où l’église de Sainte-Marie-Majeure a depuis été bâtie, ce qui réjouissait peu les Napolitains. Dès que l’église fut commencée, la singulière apparition ne se montra plus. C’est en mémoire de cet événement que l’évêque Pomponius fit faire le pourceau de bronze qui est encore sur le portail de cette église. Camérarius raconte que, dans une ville d’Allemagne, un juif malade étant venu chez une vieille, et lui ayant demandé du lait de femme, qu’il croyait propre à le guérir, la sorcière s’avisa de traire une truie et en porta le lait au juif, qui le but. Ce lait commençant à opérer, le juif s’aperçut qu’il grognait et devina la ruse de la sorcière, qui voulait sans doute lui faire subir la métamorphose des compagnons d’Ulysse. Il jeta le reste du lait sans le boire, et incontinent tous les cochons du voisinage moururent [139].

Coclès (Barthélémy), chiromancien du seizième siècle. Il avait aussi des connaissances en astrologie et en physiognomonie. Il prédit à Luc Gauric, célèbre astrologue du même temps, qu’il subirait injustement une peine douloureuse et infamante ; et Luc Gauric fut en effet condamné au supplice de l’estrapade par Jean Bentivoglio, tyran de Bologne, dont il avait pronostiqué l’expulsion prochaine.

Coclès prophétisa qu’il serait lui-même assassiné, et qu’il périrait d’un coup sur la tête. Son horoscope s’accomplit ponctuellement, car Hermès de Bentivoglio, fils du tyran, ayant appris qu’il se mêlait aussi de prédire sa chute, le fit assassiner par un brigand nommé Caponi, le 2k septembre 1504 [140]. On assure même que, connaissant le sort qui le menaçait, il portait depuis quelque temps une calotte de fer, et qu’il ne sortait qu’armé d’une épée à deux mains. On dit encore que celui qui devait l’assassiner étant venu le consulter peu auparavant, il lui prédit qu’avant vingt-quatre heures il se rendrait coupable d’un meurtre. Il est plus que probable que ces prophéties n’ont été faites qu’après coup.

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Coclès a écrit sur la physiognomonie et la chiromancie, mais son livre a subi des modifications. L’édition originale est : Physiognomoniœ ac chiromanciœ anastasis, sive compenchum ex pluribus et pene infini tis aucto : ibus, cum approbatione Alexandri Achillini. Bologne, 1504, in-fol. La préface est d’Achillini.

Cocoto, démon succube, adoré aux Indes occidentales, et mentionné par Bodin [141].

Cocyte, l’un des fleuves de l’enfer des anciens. Il entourait le Tartare, et n’était formé que des larmes des méchants.

Code des sorciers. Boguet, qui avait tant de zèle pour l’extinction de la sorcellerie, amis à la fin de son Discours des sorciers une instruction pour un juge en fait de sorcellerie. Cette pièce curieuse, publiée en 1601, est divisée en quatre-vingt-onze articles. On la connaît plus généralement sous le titre de Code des sorciers. En voici le précis :

Le juge du ressort instruit l’affaire et la juge, sans suivre en cas pareil les formes ordinaires. La présomption de sorcellerie suffit pour faire arrêter le suspect ; l’interrogatoire doit suivre l’arrestation, parce que le diable assiste les sorciers en prison. Le juge doit faire attention à la contenance de l’accusé, voir s’il ne jette point de larmes, s’il regarde à terre, s’il barbote à part, s’il blasphème ; tout cela est indice.

Souvent la honte empêche le sorcier d’avouer ; c’est pourquoi il est bon que le juge soit seul, et que le greffier soit caché pour écrire les réponses. Si le sorcier a devant lui un compagnon du sabbat, il se trouble. On doil le raser, afin de mettre à découvert le sort de taciturnité. Il faut le visiter avec un chirurgien pour chercher les marques. Si l’accusé n’avoue pas, il faut le mettre dans une dure prison et avoir gens affidés qui tirent de lui la vérité. Il y a des juges qui veulent qu’on promette le pardon, et qui ne laissent pas de passer à l’exécution ; mais cette coutume me paraît barbare.

Le juge doit éviter la torture, elle ne fait rien sur le sorcier ; néanmoins il est permis d’en user.

Si le prévenu se trouve saisi de graisses, si le bruit public l’accuse de sorcellerie, ce sont de grandes présomptions qu’il est sorcier. Les indices légers sont les variations dans les réponses, les yeux fixés en terre, le regard effaré. Les indices graves sont la naissance, comme si, par exemple, le prévenu est enfant de sorcier, s’il est marqué, s’il blasphème. Le fils en tel cas est admis à déposer contre son père. Les témoins reprochables doivent être entendus comme les autres ; on doit aussi entendre les enfants. Les variations dans les réponses du témoin ne peuvent faire présumer en faveur de l’innocence du prévenu, si tout l’accuse d’être sorcier..

La peine est le supplice du feu : on doit étrangler les sorciers et les brûler après ; les loups-garous doivent être brûlés vifs. On condamne justement sur des conjectures et présomptions ; mais alors on ne brûle pas, on pend. Le juge doit assister aux exécutions, suivi de son greffier, pour recueillir les dépositions…

Ce chef-d’œuvre de jurisprudence et d’humanité, ouvrage d’un avocat, reçut dans le temps les suffrages des barreaux français. Boguet le dédia à Daniel Romanez, avocat à Salins [142].

Codronchi (Baptiste), médecin d’Imola, au seizième siècle. Il a laissé un traité des années climatériques, de la manière d’en éviter le danger, et des moyens d’allonger sa vie [143].

Cœlicoles, secte juive qui adorait les astres et les anges gardiens des astres.

Cœur. Des raisonneurs modernes ont critiqué ce qui est dit dans l’Ecclésiaste, que le cœur du sage est au côté droit, et celui de l’insensé au côté gauche. Mais il faut entendre cette maxime comme le mot de Jonas à propos de ceux des Ninivites qui ne savaient pas faire la différence entre leur main droite et leur gauche, c’est-à-dire entre le bien et le mal. Que le cœur de l’homme soit situé au côté gauche de la poitrine, c’est un sentiment qui, à la rigueur, peut être réfuté par l’inspection seule, dit le docteur Brown ; car il est évident que la base et le centre du cœur sont exactement placés au milieu. La pointe, à la vérité, incline du côté gauche ; mais on dit de l’aiguille d’un cadran qu’elle est située au centre, quoique la pointe s’étende vers la circonférence du cadran.

Nous rappellerons que quelques hommes ont eu le cœur velu. Voy. Aristomèxe.

Cohoba, herbe dont les vapeurs enivraient les Indiens d’Hispaniola jusqu’à les plonger dans l’extase.

Coiffe. On s’est formé différentes idées sur la membrane appelée coiffe, qui couvre quelquefois la tête des enfants lorsqu’ils sortent du sein de leur mère. Les personnes superstitieuses la conservent avec soin, comme un moyen de bonheur, et on dit d’un homme heureux qu’il est né coiffé. On a même avancé que cette coiffe étend ses effets favorables jusque sur ceux qui la portent avec eux. Spartien parle de cette superstition dans la vie d’Antonin. Il dit que les sages-femmes vendaient ordinairement ces coiffes naturelles à des jurisconsultes crédules, qui en attendaient d’heureux résultats pour leurs affaires. Ils étaient persuadés que ce talisman leur ferait gagner toutes les causes [144]. On se le disputait chez nous au seizième siècle. Dans quelques provinces, on croyait que la coiffe révélait une vocation à la vie monastique [145]. Les sages-femmes prédisaient aussi chez nos pères le sort de l’enfant qui apportait la coiffe sur la tête. Voy. Amniomancie. Avant que l’empereur Macrin montât sur le trône, sa femme lui donna un fils qui naquit coiffé. On prédit qu’il s’élèverait au rang suprême, et on le surnomma Diadematus. Mais quand Macrin fut tué, il arriva de Diadematus qu’il fut proscrit et tué comme son père.

Coirières (Claude), sorcière du seizième siècle. Pendant qu’elle était détenue en prison, elle donna une certaine graisse à un nommé François Gaillard, pareillement prisonnier, lequel, s’en étant frotté les mains, fut enlevé de sa prison par l’assistance du diable, qui toutefois le laissa reprendre [146].

Colarbase, hérétique valentinien, qui prêchait la cabale et l’astrologie comme sciences religieuses. Il était disciple de Valentin. Il disait que la génération et la vie des hommes dépendaient des sept planètes, et que toute la perfection et la plénitude de la vérité était dans l’alphabet grec, puisque Jésus-Christ était nommé Alpha et Oméga [147].

Colas (Antide), sorcière du seizième siècle, qui, faisant commerce avec le diable, qu’elle nommait Lizabet, fut appréhendée et mise en prison sur l’avis de Nicolas Millière, chirurgien. Elle confessa qu’étant détenue à Betoncourt, le diable s’était apparu à elle en forme d’homme noir et l’avait sollicitée à se jeter par une fenêtre ou bien à se pendre ; une autre voix l’en avait dissuadée. Convaincue d’être sorcière, mais aussi d’avoir commis beaucoup de turpitudes, cette femme fut brûlée à Dôle en 1599 [148] ; et c’est ainsi que se terminent ordinairement les histoires racontées par Boguet.

Colère, bien des gens ont été possédés plus ou moins grièvement dans un accès de colère.

Coleti (Étienne), auteur d’un livre intitulé Manière de reconnaître et de délivrer les énergumènes [149].

Coley (Henry), astrologue anglais, mort en 1690. On a de lui la Clef des éléments de l’astrologie. Londres, 1675, in-8°. C’est un traité complet de cette science fantastique. On y trouve l’art de dresser toutes sortes de thèmes d’horoscopes, avec des exemples de nativités calculées.

Collanges (Gabriel de), mathématicien, né en Auvergne en 1524. Il n’employa ses connaissances qu’à la recherche des secrets de la cabale et des nombres. Il est traducteur de la Polygraphie et universelle écriture cabalistique de Trithème, Paris, 1561, in-4°. On cite plusieurs ouvrages de lui, dont aucun n’a été imprimé, non plus que sa version de la Philosophie occulte d’Agrippa. Il a laissé en manuscrit un Traité de l’heur et malheur du mariage.

Collehites, pierre que l’on assure être propre à chasser les démons et à prévenir les charmes [150] ; mais on aurait dû la désigner.

Colleman (Jean), astrologue, né à Orléans ; le roi Charles VII en faisait grand cas. Louis XI, dit-on, lui donna des pensions, parce qu’il lui apprit à supputer des almanachs. On dit que Colleman étudiait si assidûment le cours de la lune, qu’à force d’application il en devint lépreux [151]

Collyre. On voit dans la Lycanthropie de Nynauld qu’un sorcier composait un certain collyre avec le fiel d’un homme, les yeux d’un chat noir et quelques autres choses que l’écrivain ne nomme pas ; a lequel collyre appliqué aux yeux faisait voir et apparaître en l’air ou ailleurs les ombres des démons. »

Colokyntho-Pirates, pirates nains fabuleux, qui, dans l’histoire véritable de Lucien, naviguaient sur de grandes citrouilles ou coloquintes, longues de six coudées (trois mètres). Lorsqu’elles étaient sèches, ils les creusaient ; les grains leur servaient de pierres dans les combats, et les feuilles de voiles, qu’ils attachaient à un mât de roseau.

Colombes. Il y avait dans le temple de Jupiter, à Dodone, des colombes que l’on gardait soigneusement ; elles répondaient d’une voix humaine lorsqu’elles étaient consultées. Mais on lit dans Pausanias que c’étaient des femmes prêtresses qu’on appelait colombes dodoniennes. Les


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Perses, persuadés que le soleil avait en horreur les colombes blanches, les regardaient comme des oiseaux de mauvais augure, et n’en souffraient point dans leur pays.

Colma, château fort sur le Danube, qui, selon la tradition, est sorti de terre tout construit, par une puissance magique, comme autrefois dans la mythologie grecque Pégase sous le pied de Minerve. Des savants disent qu’en réalité il a été bâti en une nuit par la puissante armée sarmate du roi Deucaos.


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Ruines de Colma.


Colonne du diable. On conserve à Prague trois pierres d’une colonne que le diable apporta de Borne pour écraser un prêtre avec lequel il avait fait pacte, et le tuer pendant qu’il disait la messe. Mais saint Pierre, s’il faut en croire la légende populaire, étant survenu, jeta trois fois de suite le diable et sa colonne dans la mer, et cette diversion donna au prêtre le temps de se repentir. Le diable en fut si désolé qu’il rompit la colonne et se sauva [152].

Coltreni, lutins italiens, de l’espèce de nos Gobelins.

Combadaxus, divinité dormante des Japonais. C’était un bonze dont ils racontent l’anecdote suivante. « À huit ans il fit construire un temple magnifique, et, prétendant être las de la vie, il annonça qu’il voulait se retirer dans une caverne et y dormir dix mille ans : en conséquence il y entra ; l’issue fut scellée sur-le-champ. Les Japonais le croient encore vivant. »

Combourg. « Les gens étaient persuadés (au sombre château de Combourg, en Bretagne) qu’un certain comte de Combourg, à jambe de bois, mort depuis trois siècles, apparaissait à certaines époques, et qu’on l’avait rencontré dans l’escalier de la tourelle. Sa jambe de bois se promenait aussi quelquefois, seule, avec un chat noir [153]. »

Comédiens. « Il serait bon, comme dit Boguet, de chasser nos comédiens et nos jongleurs, attendu qu’ils sont pour la plupart sorciers et magiciens, n’ayant d’autre but que de vider nos bourses et de nous débaucher. » Boguet n’est pas tout à fait dans son tort.

Comenius (Jean-Amos), philologue du dix-septième siècle. Il a laissé la Lumière dans les ténèbres, Hollande, 1657, in-4° ; idem, augmentée de nouveaux rayons, 1665, 2 vol. in-4°, fig. C’est une traduction latine des prétendues prophéties et visions de Kotter, de Dabricius et de Christine Poniatowska, habiles gens que nous ne connaissons point.

Comètes. On a toujours vu dans les comètes les signes avant-coureurs des plus tristes calamités. Une comète parut quand Xerxès vint en

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Europe avec dix-huit cent mille hommes (nous ne les avons pas comptés) ; elle prédisait la défaite de Salamine. Il en parut une avant la guerre du Péloponnèse ; une avant la défaite des Athéniens en Sicile ; une avant la victoire que les Thébains remportèrent sur les Lacédémoniens ; une quand Philippe vainquit les Athéniens ; une avant la prise de Carthage par Scipion ; une avant la guerre civile de César et de Pompée ; une à la mort de César ; une à la prise de Jérusalem par Titus ; une avant la dispersion de l’empire romain par les Goths ; une avant l’invasion de Mahomet, etc. ; une enfin avant la chute du premier Empire.

Tous les peuples regardent également les comètes comme un mauvais présage ; cependant, si le présage est funeste pour les uns, il est heureux pour les autres, puisque en accablant ceux-ci d’une grande défaite, il donne à ceux-là une grande victoire.

Cardan explique ainsi les causes de l’influence des comètes sur l’économie du globe. « Elles rendent l’air plus subtil et moins dense, dit-il, en l’échauffant plus qu’à l’ordinaire : les personnes qui vivent au sein de la mollesse, qui ne donnent aucun exercice à leur corps, qui se nourrissent trop délicatement, qui sont d’une santé faible, d’un âge avancé et d’un sommeil peu tranquille, souffrent dans un air moins animé et meurent souvent par excès de faiblesse. Cela arrive plutôt aux princes qu’à d’autres, à cause du genre de vie qu’ils mènent ; et il suffit que la superstition ou l’ignorance aient attaché aux comètes un pouvoir funeste pour qu’on remarque, quand elles paraissent, des accidents qui eussent été fort naturels en tout autre temps. — On ne devrait pas non plus s’étonner de voir à leur suite la sécheresse et la peste, puisqu’elles dessèchent l’air et ne lui laissent pas la force d’empêcher les exhalaisons pestiférées. Enfin les comètes produisent les séditions et les guerres en échauffant le cœur de l’homme et en changeant les humeurs en bile noire. » On a dit de Cardan qu’il avait deux âmes, l’une qui disait des choses raisonnables, l’autre qui ne savait que déraisonner. ^Après avoir parlé comme on vient de voir, l’astrologue retombe dans ses visions. Quand une comète paraît auprès de Saturne, dit-il, elle présage la peste, la mort des souverains pontifes et les révolutions dans les gouvernements ; auprès de Mars, les guerres ; auprès du soleil, de grandes calamités sur tout le globe ; auprès de la lune, des inondations et quelquefois des sécheresses ; auprès de Vénus, la mort des princes et des nobles ; auprès de Mercure, divers malheurs en fort grand nombre.

Wiston a fait de grands calculs algébriques pour démontrer que les eaux extraordinaires du déluge furent amenées par une comète, et que quand Dieu décidera la fin du monde, ce sera une comète qui le brûlera…

Comiers (Claude), docteur en théologie, mort en 1693. Il est auteur d’un Traité de prophéties, vaticinations, prédictions et prognostications. Il a écrit aussi sur la baguette divinatoire et sur les sibylles.

Communisme, doctrine qui nie le péché originel, et par conséquent les démons ; qui déclare, d’après Jean-Jacques Rousseau, l’homme né parfait ; qui met tout en commun, qui donne à l’homme et à la femme tous les droits. C’est le résumé d’une foule d’hérésies et le procédé le plus sûr pour ramener l’homme à l’état sauvage. Les apotactiles, les bézards, les vaudois, les hussites et une foule d’autres sectes ont prêché cette doctrine sans pouvoir l’établir.

Compitales, fêtes des dieux lares ou lutins du foyer, chez les anciens Romains. On leur sacrifiait, dans l’origine, des enfants, auxquels Brutus substitua des têtes de pavots.

Comtes de l’enfer, démons d’un ordre supérieur dans la hiérarchie infernale, et qui commandent de nombreuses légions. On les évoque à toute heure du jour, pourvu que ce soit dans un lieu sauvage que les hommes n’aient pas coutume de fréquenter [154].

Conclamation, cérémonie romaine du temps du paganisme. Elle consistait à appeler à grands cris l’individu qui venait de mourir, afin d’arrêter l’àme fugitive et de lui indiquer son chemin ou de la réveiller si elle était encore trop attachée au corps.

Condé. On lit dans une lettre de madame de Sévigné au président du Monceau que, trois semaines avant la mort du grand Condé, pendant qu’on l’attendait à Fontainebleau, M. de Vernillon, l’un de ses gentilshommes, revenant de la chasse sur les trois heures, et approchant du château de Chantilly (séjour ordinaire du prince), vit, à une fenêtre de son cabinet, un fantôme revêtu d’une armure qui semblait garder un homme enseveli ; il descendit de cheval et s’approcha, le voyant toujours ; son valet vit la même chose et l’en avertit. Ils demandèrent la clef du cabinet au concierge ; mais ils en trouvèrent les fenêtres fermées et un silence qui n’avait pas été troublé depuis six mois. On conta cela au prince, qui en fut un peu frappé, qui s’en moqua cependant ou parut s’en moquer ; mais tout le monde sut cette histoire et tremnla pour ce prince, quimourut trois semaines après…

Condormants, sectaires qui parurent en Allemagne au treizième et au seizième siècle, et qui durent leur nom à l’usage qu’ils avaient de coucher tous ensemble, sous prétexte de charité. Ils adoraient une image de Lucifer et ils en tiraient des oracles, dans un bois voisin de Cologne. Les récits contemporains nous apprennent qu’un prêtre ayant apporté dans cette assemblée la sainte Eucharistie, l’idole se brisa en mille pièces.

Conférentes, dieux des anciens dont parle Arnobe, et qui étaient, dit Leloyer, des démons incubes.

Confucius. On sait que ce philosophe est révéré comme un dieu à la Chine. On lui offre surtout en sacrifice de la soie dont les restes sont distribués aux jeunes filles, dans la persuasion où l’on est que, tant qu’elles conservent ces précieuses amulettes, elles sont à l’abri de tous dangers.

Conjurateurs, magiciens qui s’attribuent le pouvoir de conjurer les démons et les tempêtes.

Conjuration, exorcismes, paroles et cérémonies par lesquelles on chasse les démons. Dans l’Eglise romaine, pour faire sortir le démon du corps des possédés, on emploie certaines formules ou exorcismes, des aspersions d’eau bénite, des prières et des cérémonies inslituées à ce dessein [155]. — Les personnes superstitieuses et criminelles qui s’occupent de magie abusent du mot et nomment conjuration leurs sortilèges impies. Dans ce sens la conjuration est un composé de paroles souvent sacrilèges et de cérémonies détestables ou absurdes, adoptées par les sorciers pour évoquer les démons.

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Conjuration des sorcières.

On commence par se placer dans le cercle magique Voy. Cercle ; puis on récite les formules. Voici quelque idée de ces procédés. Nous les empruntons aux Grimoires.

Conjuration universelle pour les esprits. — « Moi (on se nomme), je te conjure, esprit (on nomme l’esprit qu’on veut évoquer), au nom du grand Dieu vivant, de m’apparaître en telle forme (on l’indique) ; sinon saint Michel archange, invisible, te foudroiera dans le plus profond des enfers ; viens donc (on nomme l’esprit), viens, viens, viens pour faire ma volonté. »

Conjuration d’un livre magique. — « Je vous conjure et ordonne, esprits, tous et autant que vous êtes, de recevoir ce livre en bonne part, afin que toutes les fois que nous lirons ledit livre, ou qu’on le lira étant approuvé et reconnu être en forme et en valeur, vous ayez à paraître en belle forme humaine lorsqu’on vous appellera, selon que le lecteur le jugera, dans toutes circonstances. Je vous conjure de venir aussitôt la conjuration faite, afin d’exécuter sans retardement tout ce qui est écrit et mentionné en son lieu dans cedit livre : vous obéirez, vous servirez, enseignerez, donnerez, ferez tout ce qui est en votre puissance, en utilité de ceux qui vous ordonneront, le tout sans illusion. — Et si par hasard quelqu’un des esprits appelés parmi vous ne pouvait venir ou paraître lorsqu’il serait requis, il sera tenu d’en envoyer d’autres revêtus de son pouvoir, qui jureront solennellement d’exécuter tout ce que le lecteur pourra demander, en vous conjurant tous par les très-saints noms du tout-puissant Dieu vivant, etc »

Conjuration des démons. — « Alerte, venez tous, esprits. Par la vertu et le pouvoir de votre roi, et par les sept couronnes et chaînes de vos rois, tous esprits des enfers sont obligés d’apparaître à moi devant ce cercle, quand je les appellerai. Venez tous à mes ordres pour faire tout ce qui est en votre pouvoir, étant recommandés ; venez donc de l’orient, midi, occident et septentrion ; je vous conjure et ordonne, par la vertu et puissance de celui qui est Dieu, etc. »

Conjuration pour chaque jour de la semaine. — Pour le lundi, à Lucifer. Cette expérience se fait souvent depuis onze heures jusqu’à douze, et depuis trois heures jusqu’à quatre. Il faudra du charbon, de la craie bénite pour faire le cercle, autour duquel on écrira : « Je te défends, Lucifer, par le nom que tu crains, d’entrer dans ce cercle. » Ensuite on récite la formule suivante : « Je te conjure, Lucifer, par les noms ineffables On, Alpha, Ya, Rey, Sol, Messias, Ingodum, etc., que tu aies à faire, sans me nuire (on désigne sa demande). »

Pour le mardi, à Nambroth. Cette expérience se fait la nuit, depuis neuf heures jusqu’à dix ; on doit donner à Nambroth la première pierre que l’on trouve, pour être reçu de lui en dignité et honneur. On procédera de la façon du lundi ; on fera un cercle autour duquel on écrira : « Obéis-moi, Nambroth, obéis-moi, par le nom que tu crains. » On récite à la suite cette formule : « Je te conjure, Nambroth, et te commande par tous les noms par lesquels tu peux être contraint et lié de faire telle chose. »

Pour le mercredi, à Astaroth. Cette expérience se fait la nuit, depuis dix heures jusqu’à onze ; on le conjure pour avoir les bonnes grâces du prince et des autres. On écrira dans le cercle : « Viens, Astaroth ; viens, Astaroth ; viens, Astaroth ; » ensuite on récitera cette formule : « Je te conjure, Astaroth, méchant esprit, par les paroles et les vertus de Dieu, etc. »

Pour le jeudi, à Acham. Cette expérience se fait la nuit, de trois heures à quatre ; il paraît en forme de roi. Il faut lui donner un morceau de pain lorsqu’on veut qu’il parte. On écrira autour du cercle : « Par le Dieu saint —, Nasim, 7, 7, H. M. A. ; » ensuite on récitera la formule qui suit : « Je te conjure, Acham ; je te commande par tous les royaumes de Dieu, agis, je t’adjure, etc. »

Pour le vendredi, à Béchet. Cette expérience se fait la nuit, de onze heures à douze ; il lui faut donner une noix. On écrira dans le cercle : « Viens, Béchet ; viens, Béchet ; viens, Béchet ; » et ensuite on dira cette conjuration : « Je te conjure, Béchet, et te contrains de venir à moi ; je te conjure derechef de faire au plus tôt ce que je veux, qui est, etc. »

Pour le samedi, à Nabam. Cette expérience sefait de nuit, de onze heures à douze, et sitôt qu’il paraît il faut lui donner du pain brûlé et lui demander ce qui lui fait plaisir. On écrira dans son cercle : « N’entre pas, Nabam ; n’entre pas, Nabam ; n’entre pas Nabam ; » et puis on récitera la conjuration suivante : « Je te conjure, Nabam, au nom de Satan, au nom de Belzébuth, au nom d’Astaroth et au nom de tous les esprits, etc. »

Pour le dimanche, à Aquiel. Cette expérience se fait la nuit, de minuit à une heure ; il demandera un poil de votre tête ; il lui faut donner un poil de renard ; il le prendra. On écrira dans le cercle : « Viens, Aquiel ; viens, Aquiel ; viens, Aquiel. » Ensuite on récitera la conjuration suivante : « Je te conjure, Aquiel, par tous les noms écrits dans ce livre, que sans délai tu sois ici tout prêt à m’obéir, etc. »

Conjuration très-forte, pour tous les jours et à toute heure du jour et de la nuit, pour les trésors cachés tant par les hommes que par les esprits. — « Je vous commande, démons qui résidez en ces lieux, ou en quelque partie du monde que vous soyez, et quelque puissance qui vous ait été donnée de Dieu et des saints anges sur ce lieu même, je vous envoie au plus profond des abîmes infernaux. Ainsi, allez tous } maudits esprits et damnés, au feu éternel qui vous est préparé et à tous vos compagnons. Si vous m’êtes rebelles et désobéissants, je vous contrains et commande par toutes les puissances de vos supérieurs démons de venir, obéir et répondre positivement à ce que je vous ordonnerai au nom de J.-C, etc. » Voy. Pierre d’Apone, etc.

Nous n’avons fait qu’indiquer ces stupidités inconcevables. Les commentaires sont inutiles. Voy. Évocations.

Conjureurs de tempêtes. Les marins superstitieux donnent ce nom à certains êtres, marins comme eux, mais en commerce avec le diable, de qui ils obtiennent le pouvoir de commander aux vents. Ce pouvoir réside dans un anneau de fer qu’ils portent au petit doigt de la main droite, et il les soumet à certaines conditions, comme de faire des voyages qui ne dépassent pasim mois lunaire, de n’être jamais à terre plus de trois jours. Si ces conditions n’ont pas été observées, on n’apaise l’esprit maître de l’anneau qu’en IuLtant avec lui, ce qui est périlleux, ou en jetant un homme à la mer.

Constantin. Tout le monde sait que, frappé de l’apparition d’une croix miraculeuse et de l’avis qui lui était donné qu’il vaincrait par ce signe, Constantin le Grand se convertit et mit la croix sur ses étendards.

Jusqu’au seizième siècle, aucun écrivain n’avait attaqué la vision de Constantin ; tous les monuments contemporains attestent ce miracle. Mais les protestants, voyant qu’il pouvait servir à autoriser le culte de la croix, ont entrepris d’en faire une ruse militaire… Les philosophes du dernier siècle n’ont pas manqué de copier leurs déraisonnements.

J.-B. Duvoisin, évêque de Nantes, et l’abbé de l’Estocq, docteurs en Sorbonne, ont publié des dissertations sur la vision de Constantin, qui a au moins cela pour elle qu’elle n’a été contestée qu’après plus de douze siècles par des gens intéressés à tout nier.

« Combien de remarques ne pourrait-on pas ajouter, dit Lenglet-Dufresnoy dans son Traité des visions. On peut voir ce qu’ont dit de celle-ci le savant père Pagi sur Baronius, et Tillemont dans son histoire. Ces témoignages rendus à la vérité par de tels écrivains doivent l’emporter sur les doutes des critiques à qui rien ne plaît que ce qui part de leur incrédule imagination. Volontiers pour se distinguer du commun, ils adoptent des fables qui peuvent préjudicier à quelque doctrine généralement avouée ; mais ils se gardent bien de croire des points d’histoire, appuyés sur les preuves communément reçues dans la discussion des faits historiques. »

Constantin Copronyme, empereur iconoclaste de Constantinople. Il était, dit-on, magicien ; il conjurait habilement les démons, dit Leloyer ; il évoquait les morts et faisait des sacrifices détestables et invocations du diable. Il mourut d’un feu qui le saisit par tout le corps, et dont la violence était telle qu’il ne faisait que crier [156].

Constellations. Il y en a douze, qui sont les douze signes du zodiaque, et que les astrologues appellent les douze maisons du soleil, savoir : le bélier, le taureau, les gémeaux, l’écrevisse, le lion, la vierge, la balance, le scorpion, le sagittaire, le capricorne, le verseau et les poissons. On les désigne très-bien dans ces deux vers techniques, que tout le monde connaît :

Sunt aries, taurus, gemini, cancer, leo, virgo,.
Libraque, scorpius, arcitenens, caper, amphora, pisces.

On dit la bonne aventure par le moyen de ces constellations. Voy. Horoscopes et Astrologie.

Contre-Charmes, charmes qu’on emploie pour détruire l’effet d’autres charmes. Quand les charmeurs opèrent sur des animaux ensorcelés, ils font des jets de sel préparés dans une écuelle avec du sang tiré d’un des animaux maléficiés. Ensuite ils récitent pendant neuf jours certaines formules. Voy. Gratianne, Amulettes, Sort, Maléfices, Ligatures, etc.

Contre-Sorciers, nom que prennent des charlatans d’un genre spécial, qui se donnent pour maîtres en fait de sorcellerie et se présentent comme ayant le pouvoir d’anéantir les maléfices. Deux hommes de ce genre ont exploité tout récemment une commune de l’Aube où ils prétendaient que l’épizootie qui y régnait n’était qu’un ensorcellement. Ils ne guérirent aucune bête et tirèrent des bonnes gens beaucoup d’écus. Le tribunal d’Arcis-sur-Aube les a condamnés à dix-huit mois de prison, le 3 juillet 1857. — Et l’on dit que nos campagnes sont en progrès, depuis qu’on y lit des journaux démolisseurs.

Convulsions. Au neuvième siècle, des personnes suspectes déposèrent dans une église de Dijon des reliques qu’elles avaient, disaient-elles, apportées de Rome, et qui étaient d’un saint dont elles avaient oublié le nom. L’évêque Théobald refusa de recevoir ces reliques sur une allégation aussi vague. Néanmoins, elles faisaient des prodiges. Ces prodiges étaient des convulsions dans ceux qui venaient les révérer. L’opposition de l’évêque fit bientôt de ces convulsions une épidémie ; les femmes surtout s’empressaient de leur donner de la vogue. Théobald consulta Amolon, archevêque de Lyon, dont il était suffragant. « Proscrivez, lui répondit l’évêque, ces fictions infernales, ces hideuses merveilles, qui ne peuvent être que des prédiges et des impostures. Vit-on jamais, aux tombeaux des martyrs, ces funestes prodiges qui, loin de.guérir les malades, font souffrir les corps et troublent les esprits ?… » Cette espèce de manie fanatique se renouvela quelquefois ; elle fit grand bruit au commencement du dix-huitième siècle ; et on prit encore pour des miracles les convulsions, les contorsions et les grimaces d’une foule d’insensés. Les gens mélancoliques et atrabilaires ont beaucoup

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Convulsionnaires du cimelière Saint-Médard.


de dispositions à ces jongleries. Si, dans le temps surtout où leur esprit est dérangé, ils s’appliquent à rêver fortement, ils finissent toujours par tomber en extase, et se persuadent qu’ils peuvent ainsi prophétiser. Cette maladie se communique aux esprits faibles, et le corps s’en ressent. De là vient, ajoute Brueys [157] , que, dans le fort de leurs accès, les convulsionnaires se jettent par terre, où ils demeurent quelquefois assoupis. D’autres fois, ils s’agitent extraordinairement ; et c’est en ces différents états qu’on les entend parler d’une voix étouffée et débiter toutes les extravagances dont leur folle imagination est remplie. Tout le monde a entendu parler des convulsions et des merveilles absurdes qui eurent lieu, dans la capitale de la France, sur le tombeau du diacre Paris, homme inconnu pendant sa vie, et trop célèbre après sa mort [158]. La frénésie fanatique alla si loin, que le gouvernement fut obligé, en 1732, de fermer le cimetière Saint-Médard, où Paris était enterré. Sur quoi un plaisant fit ces deux vers :

         De par le roi, défense à Dieu,
         D’opérer miracle en ce lieu.

Dès lors les convulsionnaires tinrent leurs séances dans des lieux particuliers et se donnèrent en spectacle certains jours du mois. On accourait pour les voir, et leur réputation surpassa bientôt celle des bohémiens ; puis elle tomba, tuée par l’excès et le ridicule.

Copernic, astronome célèbre, mort en 1543. On dit communément que son système fut condamné par la cour de Rome : ce qui est faux et controuvé. Il vivait à Rome d’un bon canonicat et y professait librement l’astronomie. Mais voyez à ce sujet l’article Galilée.

Coq. Le coq a, dit-on, le pouvoir de mettre en fuite les puissances infernales ; et comme on a remarqué que le démon, qu’on appelle le lion d’enfer, disparaît dès qu’il voit ou entend le coq, on a répandu aussi cette opinion que le chant ou la vue du coq épouvante et fait fuir le lion. C’est du moins le sentiment de Pierre Delancre. « Mais il faut répondre à ces savants, dit M. Salgues [159], que nous avons des lions dans nos ménageries ; qu’on leur a présenté des coqs ; que ces coqs ont chanté, et qu’au lieu d’en avoir peur, les lions n’ont témoigné que le désir de croquer l’oiseau chanteur ; que toutes les fois qu’on a mis un coq dans la cage d’un lion, loin que le coq ait tué le lion, c’est au contraire le lion qui a mangé le coq. » On sait que tout disparaît au sabbat aussitôt que le coq chante. On cite plusieurs exemples d’assemblées de démons et de sorcières que le premier chant du coq a mises en déroute ; on dit même que ce son, qui est pour nous, par une sorte de miracle perpétuel, une horloge vivante, force les démons, dans les airs, à laisser tomber ce qu’ils portent : c’est à peu près la vertu qu’on attribue au son des cloches. Pour empêcher le coq de chanter pendant leurs assemblées nocturnes, les sorciers, instruits par le diable, ont soin de lui frotter la tête et le front d’huile d’olive, ou de lui mettre au cou un collier de sarment.

Beaucoup d’idées superstitieuses se rattachent à cet oiseau, symbole du courage et de la vigilance, vieil emblème des Gaulois. On dit qu’un jour Vitellius rendant la justice à Vienne en Dauphiné, un coq vint se percher sur son épaule ; ses devins décidèrent aussitôt que l’empereur tomberait sûrement sous un Gaulois ; et, en effet, il fut vaincu par un Gaulois de Toulouse.

On devinait les choses futures par le moyen du coq. Voy. Alectryomancie. On dit aussi qu’il se forme dans l’estomac des coqs une pierre qu’on nomme pierre alectorienne, du nom grec de l’animal. Les anciens accordaient à cette pierre la propriété de donner le courage et la force : c’est à sa vertu qu’ils attribuaient la force prodigieuse de Milon de Crotone. On lui supposait encore le don d’enrichir, et quelques-uns la regardaient comme un philtre qui modérait la soif. On pensait autrefois qu’il y avait dans le coq des vertus propres à la sorcellerie. On disait qu’avant d’exécuter ses maléfices, Léonora Galigaï ne mangeait que des crêtes de coq et des rognons de bélier qu’elle avait fait charmer. On voit dans les accusations portées contre elle qu’elle sacrifiait des coqs aux démons [160].

Certains juifs, la veille du chipur ou jour du pardon, chargent de leurs péchés un coq blanc qu’ils étranglent ensuite, qu’ils font rôtir, que personne ne veut manger, et dont ils exposent les entrailles sur le toit de leur maison. On sacrifiait, dans certaines localités superstitieuses, un coq à saint Christophe, pour en obtenir des guérisons. On croyait enfin que les coqs pondaient des œufs, et que, ces œufs étant maudits, il en sortait un serpent ou un basilic. « Cette superstition fut très-répandue en Suisse ; et dans une petite chronique de Bâle, Gross raconte sérieusement qu’au mois d’août 1474 un coq de cette ville, ayant été accusé et convaincu de ce crime, fut condamné à mort. Le bourgeois le brûla publiquement avec son œuf, dans un endroit nommé Kablenberg, à la vue d’une grande multitude de personnes [161]. » Voy. Basilic, Mariage, etc.

Corail. Quelques auteurs ont écrit que le corail a la vertu d’arrêter le sang et d’écarter les mauvais génies. Marsile Ficin prétend que le corail éloigne les terreurs paniques et préserve de la foudre et de la grêle. Lucéti en donne cette raison, que le corail exhale une vapeur chaude qui, s’élevant en l’air, dissipe tout ce qui peut causer la grêle ou le tonnerre. Brown, dans ses Essais sur les erreurs populaires, dit qu’il est tenté de croire que l’usage de mettre des colliers de corail au cou des enfants, dans l’espérance de leur faire sortir les dents, a une origine , et que l’on se servait autrefois du corail comme d’une amulette ou préservatif contre les sortilèges.

Corbeau, oiseau de mauvais augure, qui,

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dans les idées superstitieuses, annonce des malheurs et quelquefois la mort. Il a pourtant des qualités merveilleuses. Le livre des Admirables secrets d’Albert le Grand dit que, si l’on fait cuire ses œufs, et qu’ensuite on les remette dans le nid où on les aura pris, aussitôt le corbeau s’en ira dans une île où Alogricus, autrement appelé Alruy, a été enseveli, et il en apportera une pierre avec laquelle, touchant ses œufs, il les fera revenir dans leur premier état ; « ce qui est tout à fait surprenant ». Cette pierre se nomme pierre indienne, parce qu’elle se trouve ordinairement aux Indes. On a deviné, par le chant du corbeau, si son croassement peut s’appeler chant. M. Bory de Saint-Vincent trouve que c’est un langage. On l’interprétait en Islande pour la connaissance des affaires d’État. Les Islandais croient le corbeau instruit de tout ce qui se passe au loin ; il annonce l’avenir, disent-ils ; il prévoit surtout les morts qui doivent frapper une famille : alors il vient se percher sur le toit de la maison, d’où il part pour faire le tour du cimetière, avec un cri continu et des inflexions de voix. Les Islandais disent encore qu’un de leurs savants, qui avait le don d’entendre l’idiome du corbeau, était par ce moyen instruit des choses les plus cachées.

Hésiode avance que la corneille vit huit cent soixante-quatre ans, tandis que l’homme ne doit vivre que quatre-vingt-seize ans, et il assure que le corbeau vit trois fois plus que la corneille, ce qui fait deux mille cinq cent quatre-vingt-douze ans. On croit dans la Bretagne que deux corbeaux président à chaque maison, et qu’ils annoncent la vie et la mort. Les habitants du Finistère assurent encore que l’on voit sur un rocher éloigné du rivage les âmes de leur roi Gralon et de sa fille Dahut qui leur apparaissent sous la forme de deux corbeaux ; elles disparaissent à l’œil de ceux qui s’en approchent [162]. Voy. Odin, Cicéron, Augures, Arthus, etc.

Corbeau noir. Voy. Calice du sabbat.

Corde de pendu. Les gens crédules prétendaient autrefois qu’avec de la corde de pendu on échappait à tous les dangers et qu’on était heureux au jeu. On n’avait qu’à se serrer les tempes avec une corde de pendu pour se guérir de la migraine. On portait un morceau de cette corde dans sa poche pour se garantir du mal de dents. Enfin, on se sert de cette expression proverbiale, avoir de la corde de pendu, pour indiquer un bonheur constant, et les Anglais du menu peuple courent encore après la corde de pendu [163].

Cordeliers d’Orléans. On a fait grand bruit de l’affaire des cordeliers d’Orléans, qui eut lieu sous François Ier. Les protestants s’en emparèrent ; et d’un tort qui est assez mal établi, on fit un crime aux moines. C’était peut-être faire leur éloge que de s’étonner qu’ils ne fussent pas tous des anges. Voici l’histoire. Le seigneur de Saint — Mesmin, prévôt d’Orléans, qui donnait dans les erreurs de Luther, devint veuf. Sa femme était comme lui luthérienne en secret. Il la fit enterrer sans flambeaux et sans cérémonies. Elle n’avait pas reçu les derniers sacrements. Le gardien et le custode des cordeliers d’Orléans, indignés de ce scandale, firent cacher, dit-on, un de leurs novices dans les voûtes de l’église, avec des instructions. Aux matines, ce novice lit du bruit sous les voûtes. L’exorciste, qui pouvait bien n’être pas dans le secret, prit le rituel, et croyant que c’était un esprit, lui demanda qui il était ? Point de réponse. — S’il était muet ? — Il frappa trois coups.

On n’alla pas plus loin ce jour-là. Le lendemain et le surlendemain ; le même incident se répéta. — Fantôme ou esprit, dit alors l’exorciste, es-tu l’âme d’un tel ? — Point de réponse. — D’un tel. — Point de réponse. — On nomma successivement plusieurs personnes enterrées dans l’église. Au nom de Louise de Mareau, femme de François de Saint — Mesmin, prévôt d’Orléans, l’esprit frappa trois coups. — Es-tu dans les flammes. — Trois coups. — Es-tu damnée pour avoir partagé les erreurs de Luther ? — Trois grands coups…

Les assistants étaient dans l’effroi. On se disposait à signifier au seigneur de Saint-Mesmin l’ordre d’enlever de l’église sa luthérienne ; mais il ne se déconcerta pas. Il courut à Paris et obtint des commissaires du conseil d’État un arrêt qui condamnait huit cordeliers d’Orléans à faire amende honorable pour avoir supposé de fausses apparitions (1534).

Cette faute (s’il y a eu faute) était individuelle, et les huit condamnés, dont deux seulement étaient coupables, le gardien et le custode, furent bannis sans que personne appelât ni réclamât.

Coré, compagnon de Dathan et d’Abiron. Les mahométans, qui le confondent avec le batelier Charon, le font cousin germain de Moïse, qui, le voyant pauvre, lui enseigna l’alchimie, par le moyen de laquelle il acquit de si grandes richesses qu’il lui fallait quarante chameaux pour porter son or et son argent. Il y en a qui prétendent même que plusieurs chameaux étaient chargés seulement des clefs de ses coffres-forts.

Moïse ayant ordonné aux Israélites de payer la dîme de tous leurs biens (nous suivons toujours les auteurs musulmans), Coré refusa d’obéir, se souleva même contre son bienfaiteur jusqu’à répandre sur lui des calomnies qui compromettaient son autorité parmi le peuple, si Moïse ne s’en fût plaint à Dieu, qui punit l’ingrat ; la terre l’engloutit, comme on sait, avec ses adhérents.

Corneille. Le chant de la corneille était regardé par les anciens comme un très-mauvais présage pour celui qui commençait une entreprise. Ils l’invoquaient cependant avant le mariage, parce qu’ils croyaient que les corneilles, après la mort de l’un ou de l’autre dans chaque couple, observaient une sorte de veuvage. Voy. Corbeau, Augures, etc. Les sorcières ont eu quelquefois des corneilles à leur service, comme on le voit dans plusieurs légendes [164].

Cornélius, prêtre païen de Padoue, dont parle Aulu-Gelle. Il avait des extases et son âme voyageait hors de son corps ; le jour de la bataille de Pharsale, il dit en présence de plusieurs assistants qu’il voyait une forte mêlée, désignant les vainqueurs et les fuyards ; et à la fin il s’écria tout à coup que César avait vaincu [165].

Cornes. Tous les habitants du ténébreux empire portent des cornes ; c’est une partie essentielle de l’uniforme infernal.

On a vu des enfants avec des cornes, et Bartholin cite un religieux du monastère de Saint-Justin qui en avait deux à la tête. Le maréchal de Lavardin amena au roi un homme sauvage qui portait des cornes. On montrait à Paris, en 1699, un Français, nommé Trouillon, dont le front était armé d’une corne de bélier [166]. Voyez Cippus.

Dans le royaume de Naples et dans d’autres contrées, les cornes passent pour un préservatif contre les sortilèges. On a dans les maisons des cornes ornées ; et dans la rue ou dans les conversations, lorsqu’on soupçonne un sorcier, on lui fait discrètement des cornes avec les doigts pour paralyser ses intentions magiques. On pend au cou des enfants, comme ornement, une paire de petites cornes.

Cornet d’Oldenbourg. Voy. Oldenbourg.

Cornouailles. Les habitants de ce comté’disent qu’il doit son nom au petit chevalier Corinéus, qui a tué Gog et Magog, auprès de Plymouth.

Corsned, sorte d’épreuve chez les AngloSaxons, qui consistait à faire manger par l’accusé à jeun une once de pain ou de fromage consacré, avec beaucoup de cérémonies. Si l’accusé était coupable, cette nourriture devait l’étouffer en s’arrêtant dans le gosier ; mais si elle passait aisément, l’accusé était déclaré innocent.

Corybantiasme, espèce de frénésie. Ceux qui en étaient attaqués s’imaginaient voir des fantômes et entendre continuellement des sifflements. Ils ouvraient les yeux lorsqu’ils dormaient, Ce délire sanguin a été souvent jugé possession du diable par les démonomanes.

Cosingas, prince des Cerrhéniens, peuples de Thrace, et prêtre de Junon. Il s’avisa d’un singulier expédient pour réduire ses sujets rebelles. Il ordonna d’attacher plusieurs longues échelles les unes aux autres, et fit courir le bruit qu’il allait monter au ciel, vers Junon, pour lui demander raison de la désobéissance de son peuple. Alors les Thraces, superstitieux et grossiers, se soumirent à Cosingas et s’engagèrent par serment à lui rester fidèles.

Cosmas, voyageur du sixième siècle, surnommé Indicopleustès, parce qu’il avait beaucoup navigué dans l’Inde, a laissé une bizarre topographie où il établit que la terre est un carré long, le firmament un cintre supporté par des voûtes immenses. Il pose la terre sur une montagne renversée qui n’est visitée que par les astres, dans leur tour journalier. Manillon a publié ce livre curieux en 1707.

Dans ce livre, où le monde est comparé à un grand coffre, Cosmas dit, entre autres faits singuliers, que le soleil, la lune et les autres astres sont conduits chacun par un ange, et que ce sont d’autres anges qui préparent la pluie et les orages, qui distribuent le chaud, le froid, la neige, la rosée, les brouillards, etc. — Ne nous étonnons pas de ces opinions. Sous Philippe Auguste le vulgaire croyait encore que la terre était carrée.

Cosquinomancie ou Coscinomancie, sorte de divination qui se pratique au moyen d’un crible, d’un sas, ou d’un tamis. On met un crible sur des tenailles, qu’on prend avec deux doigts ; ensuite on nomme les personnes soupçonnées de larcin ou de quelque crime secret, et on juge coupable celle au nom de qui le crible tourne ou tremble, comme si celui qui tient les tenailles ne pouvait pas remuer le crible à sa volonté !

Au lieu du crible, on met aussi (car ces divinations se pratiquent encore) un tamis sur un pivot, pour connaître l’auteur d’un vol ; on nomme de même les personnes soupçonnées, et le tamis tourne au nom du voleur. C’est ce qu’on appelle dans les campagnes tourner le sas. Cette superstition est surtout très-répandue dans la Bretagne [167]. Voy. Crible.

Cossen, rocher du Fichtelberg, que les Allemands disent être le sommet du haut duquel le diable montra à Notre-Seigneur tous les royaumes de la terre.

Côte. Dieu prit une côte d’Adam pour en faire notre mère Ève. Mais il ne faut pas croire pour cela, comme fait le vulgaire, que dans les descendants d’Adam les hommes ont une côte de moins que les femmes.

Cou. On regardait chez les anciens comme un augure favorable une palpitation dans la partie gauche du cou, et comme funeste celle qui avait lieu dans la partie droite.

Couberen, idole de l’Inde, qui donne les richesses.

Couches. On prétendait en certains pays faire accoucher aisément les femmes en liant leur ceinture à la cloche de l’église, et en sonnant trois coups. Ailleurs, la femme en couches mettait la culotte de son mari. Voy. Aétite.

Coucou. On croit en Bretagne qu’en comptant le chant du coucou, on y trouve l’annonce de l’année précise où l’on doit se marier [168]. S’il chante trois fois, on se mariera dans trois ans, etc.

On croit aussi, dans la plupart des provinces, que si on a de l’argent avec soi la première fois qu’on entend le chant du coucou, on en aura toute l’année. — Le coucou de Balkis, probablement la reine de Saba, est un des dix animaux que Mahomet place dans son paradis.

Coucoulampons, anges du deuxième ordre, qui, quoique matériels, selon les habitants de Madagascar, sont invisibles et ne se découvrent qu’à ceux qu’ils honorent d’une protection spéciale. Il y en a des deux sexes ; ils contractent mariage entre eux et sont sujets à la mort ; mais leur vie est bien plus longue que celle des hommes, et leur santé n’est jamais troublée par les maladies. Leur corps est à l’épreuve du poison et de tous les accidents.

Coudaïs, dieux des Tartares de l’Altaï en Sibérie. Ils sont au nombre de sept, tous géants de forme humaine, assez peu puissants et assez peu honorés.

Coudrier. Les branches de cet arbre ont servi à quelques divinations. Voy. Baguette divinatoire.

Couleurs. Pline le naturaliste nous apprend que les anciens tiraient des augures et des présages de la couleur des rayons du soleil, de la lune, des planètes, de l’air, etc. Le noir est le signe du deuil, dit Babelais, parce que c’est la couleur des ténèbres, qui sont tristes, et l’opposé du blanc, qui est la couleur de la lumière et de la joie.

Coumbhacarna, géant de la mythologie indienne, qui était si vorace qu’on craignait qu’il ne dévorât la terre. Il fut tué par Bama.

Coupe (divination par la), très-usitée en Égypte dès le temps de Joseph, employée encore aujourd’hui. Voy. Hydromancie.

Coups. En 1582, dit Pierre Delancre [169], il arriva qu’à Constantinople, à Rome et à Paris, certains démons et mauvais esprits frappaient des coups aux portes des maisons ; c’était un indice de la mort d’autant de personnes qu’il y avait de coups.

Cour infernale. Wierus et d’autres démonomanes, versés dans l’intime connaissance des enfers, ont découvert qu’il y avait là des princes, des nobles, des officiers, etc. Ils ont même compté le nombre des démons, et distingué leurs emplois, leurs dignités et leur puissance. Suivant ce qu’ils ont écrit, Satan n’est plus trop le souverain de l’enfer ; Belzébuth règne à sa place. Voici l’état actuel du gouvernement infernal :

Princes et grands dignitaires. Belzébuth, chef suprême de l’empire infernal, fondateur de l’ordre de la Mouche ; Satan, chef du parti de l’opposition. Eurynome, prince de la mort, commandeur de l’ordre de la Mouche ; Moloch, prince du pays des larmes, commandeur de l’ordre ; Pluton, prince du feu ; Léonard, grand maître des sabbats, chevalier de la Mouche ; Baalberith, maître des alliances ; Proserpine, archidiablesse, souveraine princesse des esprits malins.

Ministères. Adrameleck, grand chancelier, commandeur de l’ordre de la Mouche ; Astaroth, grand trésorier ; Nergal, chef de la police secrète ; Baal, général en chef des armées infernales, commandeur de l’ordre de la Mouche ; Léviathan, grand amiral, chevalier de la Mouche.

Ambassadeurs. Belphégor, ambassadeur en France ; Mammon, ambassadeur en Angleterre ; Bélial, ambassadeur en Turquie ; Bimmon, ambassadeur en Bussie ; Thamuz, ambassadeur en Espagne ; Hutgin, ambassadeur en Italie ; Martinet, ambassadeur en Suisse, etc.

Justice. Lucifer, grand justicier ; Alaslor, exécuteur des hautes œuvres.

Maison des princes. Verdelet, maître des cérémonies ; Succor-Benoth, chef des eunuques ; Chamos, grand chambellan, chevalier de la Mouche ; Melchom, trésorier payeur ; Nisroch, chef de la cuisine ; Béhemoth, grand échanson ; Dagon, grand panetier ; Mullin, premier valet de chambre.

Menus plaisirs. Kobal, directeur des spectacles ; Asmodée, surintendant des maisons de jeu ; Nybbas, grand paradiste. Antéchrist, escamoteur et nécromancien. Boguet l’appelle le singe de Dieu.

On voit que les démonomanes se montrent assez gracieux envers les habitants du noir séjour. Dieu veuille qu’après tant de rêveries ils n’aient pas mérité d’aller en leur société !

M. Berbiguier a écrit en 1821, après avoir transcrit cette liste des princes de la cour infernale ; « Cette cour a aussi ses représentants sur la terre : Moreau, magicien et sorcier à Paris, représentant de Belzébuth ; Pinel père, médecin à la Salpêtrière, représentant de Satan ; Bonnet, employé à Versailles, représentant d’Eurynome ; Bouge, associé de Nicolas, représentant de Pluton ; Nicolas, médecin à Avignon, représentant de Moloch ; Baptiste Prieur, de Moulins, représentant de Pan ; Prieur aîné, son frère, marchand droguiste, représentant de Lilith ; Étienne Prieur, de Moulins, représentant de Léonard ; PaponLominy, cousin des Prieur, représentant de Baalberith ; Jeanneton Lavalette, la Mansotte et la Vandeval, représentant l’archidiablesse Proserpine, qui a voulu mettre trois diablesses à mes trousses [170]. » Voy. Berbiguier

Courils, petits démons malins, corrompus et danseurs, dont M. Gambry a trouvé la croyance établie sur les côtes du Finistère. On les rencontre au clair de la lune, sautant autour des pierres consacrées ou des monuments druidiques. S’ils vous saisissent par la main, il faut suivre leurs mouvements ; ils vous laissent exténués sur la place quand ils la quittent. Aussi, les Bretons, dans la nuit, évitent-ils avec soin les lieux habités par cette espèce de démons, genre des cobales.

On ajoute que les courils perdirent une grande partie de leur puissance à l’arrivée des apôtres du Catholicisme dans le pays. Voy. Willis.

Courma-Vataram. Les Indiens adorent sous ce nom leur dieu Vichnou, dans sa seconde incarnation, qui est celle d’une tortue.

Couronne nuptiale. Chez les habitants de l’Entlebuch, en Suisse, le jour des noces, après le festin et les danses, une femme vêtue de jaune demande à la jeune épousée sa couronne virginale, qu’elle brûle en cérémonie. Le pétillement du feu est, dit-on, de mauvais augure pour les nouveaux mariés.

Courroie de soulier. C’était un mauvais présage chez les Romains de rompre la courroie de son soulier en sortant de chez soi. Celui qui avait ce malheur croyait ne pouvoir terminer une affaire commencée et ajournait celles qu’il s’était proposé d’entreprendre.

Court de Gébelin, écrivain extravagant, venu de Lausanne à Paris au dernier siècle ; il fit, sous le titre de Monde primitif, un roman philosophique en neuf volumes in-/i°, que la livrée de Voltaire prôna parce qu’il attaquait la vérité religieuse, et qui est descendu chez les épiciers. Il se passionna pour le magnétisme, et le 13 mai 1784 il se magnétisa si bien lui-même qu’il en tomba roide mort. On lui fit cette épigraphe :

Ci-gît ce pauvre Gébelin,
Qui parlait grec, hébreu, latin.
Admirez tous son héroïsme :
Il fut martyr du magnétisme.

Courtinière. Un gentilhomme breton, nommé M. de la Courtinière, ayant reçu un jour dans son château plusieurs seigneurs ses voisins, les traita bien pendant quelques jours. Après leur départ, il se plaignit à sa femme de ce qu’elle ne leur avait pas fait assez bon visage ; il fit sans doute ces remontrances avec des paroles peu honnêtes : la femme, d’une humeur hautaine, ne répondit rien, mais elle résolut intérieurement de se venger. M. de la Courtinière s’étant couché et dormant profondément, la dame, après avoir corrompu deux de ses domestiques, leur fit égorger son mari, dont ils portèrent le corps dans un cellier. Ils y firent une fosse, l’enterrèrent, et ils placèrent sur la fosse un tonneau plein de porc salé. La dame, le lendemain, annonça que son mari était allé faire un voyage. Peu après, elle dit qu’il avait été tué dans un bois, en porta le deuil, montra du chagrin et fit faire des services dans les paroisses voisines.

Mais ce crime ne resta pourtant pas impuni : le frère du défunt, qui venait consoler sa belle-sœur et veiller à ses affaires, se promenant un jour dans le jardin du château, et contemplant un parterre de fleurs en songeant à son frère, fut pris d’un saignement de nez qui l’étonna, n’ayant jamais éprouvé cet accident. Au même instant il lui sembla voir l’ombre de M. de la Courtinière qui lui faisait signe de le suivre. Il suivit le spectre jusqu’au cellier, où il le vit disparaître. Ce prodige lui ayant donné des soupçons, il en parla à la veuve, qui se montra épouvantée. Les soupçons du frère se fortifiant de ce trouble, il fit creuser dans le lieu où il avait vu disparaître le fantôme. On découvrit le cadavre, qui fut levé et reconnu par le juge de Quimper Corentin. Les coupables, arrêtés, furent condamnés, la veuve (Marie de Sornin), à avoir la tête tranchée et tous les membres de son corps dispersés, pour être ensuite brûlés et les cendres jetées au vent ; les deux domestiques, à avoir là* main droite coupée, et après être pendus et étranglés, leurs corps aussi brûlés [171]. — Cet événement eut lieu vers la fin du seizième siècle.

Courtisanes. Les chrétiens sont bien étonnés de voir des courtisanes servir de prêtresses dans les Indes. Ces filles, justement déshonorées chez nous, sont privilégiées là depuis l’aventure de l’une d’elles. Dévendiren, dieu du pays, alla trouver un jour cette courtisane sous la figure d’un homme, et lui promit une haute récompense si elle était fidèle ; pour l’éprouver le dieu fit le mort. La courtisane, le croyant véritablement mort, se résolut à mourir aussi dans les flammes qui allaient consumer le cadavre, malgré les représentations qu’on Lui faisait de ce qu’elle n’était pas mariée. Elle allait se mettre sur le bûcher déjà enflammé, lorsque Dévendiren se réveilla, avoua sa supercherie, prit la courtisane pour sa femme et l’emmena dans son paradis…

Coutellier, démon invoqué dans les litanies du sabbat.

Couvéra, dieu des richesses dans l’Inde, arrière-petit-fils de Brahma. C’est un lépreux difforme ; il a trois jambes. Sa bouche ne possède que huit dents, et une pièce d’or couvre un de ses yeux.

Crabançon (Jacques de). Voy. Images.

Crabes. Ces hideux petits habitants de la mer sont attachés par quelque lien aux démons des eaux, et, suivant le dire des Écossais riverains,

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ils dansent au sabbat des sorcières, lorsqu’il se rassemble sur la plage.

Craca, magicienne qui, au rapport de Saxon le Grammairien, changeait les viandes en pierres ou autres objets, aussitôt qu’elle les voyait posées sur une table.

Crachat. Lorsque les sorciers renoncent au diable, ils crachent trois fois à terre. Ils assurent que le diable n’a plus alors aucun pouvoir sur eux. Ils crachent encore lorsqu’ils guérissent des écrouelles et font de leur salive un remède.

Les anciens avaient l’habitude de cracher trois fois dans leur sein pour se préserver de tous charmes et fascinations. Cracher sur soi : mauvais présage. Voy. Chevillement.

Crachat de la lune. Les alchimistes appellent ainsi la matière de la pierre philosophale avant sa préparation. C’est une espèce d’eau congelée, sans odeur et sans saveur, de couleur verte, qui sort de terre pendant la nuit ou après un orage. Sa substance aqueuse est très-volatile et s’évapore à la moindre chaleur, à travers une peau extrêmement mince qui la contient. Elle ne se dissout ni dans le vinaigre, ni dans l’eau, ni dans l’esprit-de-vin ; mais si on la renferme dans un vase bien scellé, elle s’y dissout d’elle-même en une eau puante. Les philosophes hermétiques la recueillent avant le lever du soleil dans du verre ou du bois et en tirent une espèce de poudre blanche semblable à l’amidon, qui produit ensuite ou ne produit pas la pierre philosophale.

Crampe. Les morses ont sur « les babines, comme au-dessous, plusieurs soies creuses. Il n’y a point de matelot qui ne se fasse une bague de ces soies, dans l’opinion qu’elles garantissent de la crampe [172].

Crâne d’enfant. La cour d’assises de la Haute-Marne a jugé, en février 1857, une affaire qui puise sa cause première dans une horrible superstition. « Des cultivateurs de la commune d’Heuillez-le-Grand, dit l’acte d’accusation, vivaient dans une ferme isolée, et devaient à cet isolement même une tranquillité que rien ne semblait vouloir troubler, lorsque le 21 janvier dernier un crime horrible, unique peut-être dans les annales judiciaires, vint les jeter dans le deuil et la désolation. Le mari, Jean-Baptiste Pinot, était parti dès le matin pour le travail, et sa femme l’avait bientôt rejoint après s’être assurée toutefois que son enfant, âgé de onze mois, qui était couché dans son berceau, dormait profondément. Comme la grange où elle allait travailler n’était qu’à quelques pas de la maison d’habitation, elle n’avait pas pensé en sortant à fermer les portes à la clef.

» Le travail dura quelque temps ; la femme Pinot rentra la première pour s’assurer si l’enfant dormait encore. Quel ne fut pas son effroi lorsqu’elle s’aperçut que le berceau était vide. On fit immédiatement de vaines recherches. Ce ne fut que le lendemain, dans l’après-midi, que l’on découvrit, caché sous des gerbes de paille, dans une écurie de la ferme, le corps de l’enfant entièrement nu, affreusement mutilé. La tête en avait été détachée au moyen d’un instrument tranchant, et ne put être retrouvée. De profondes entailles, faites sur l’une des épaules, indiquaient qu’on avait eu la pensée de couper le corps en morceaux pour le faire disparaître. Le crime était constant, mais quel était l’assassin, et quel intérêt avait pu armer son bras ? La pauvre victime était âgée de onze mois à peine ; les soupçons ne tardèrent pas à se porter sur un homme qui était au service de la ferme. Ses antécédents étaient faits pour les éveiller. Voleur d’habitude depuis son enfance, il avait été condamné pour vol à deux ans de prison, et pour se soustraire aux recherches de la justice, il avait changé de nom ; il avait substitué à son nom de Vautrin celui de Morisot. Cet homme est âgé de vingt-quatre ans. Il était taciturne, recherchait l’isolement, et avait plusieurs fois donné des preuves d’une froide cruauté. A la nouvelle de la disparition de l’enfant, Vautrin avait pâli ; et au lieu de se livrer comme tous à des recherches actives, on l’avait vu morne et préoccupé, cherchant à diriger les soupçons sur un ancien domestique de son maître, qui aurait pris l’enfant pour lui couper la tête et aller avec cette tête dans les châteaux.

» Mais cet étrange propos, émis avant que personne sût si la tête de l’enfant avait été mutilée, était une révélation. Il indiquait le mobile et l’intérêt du crime. Vautrin avouait en effet le lendemain qu’il avait entendu dire que le crâne d’un enfant assassiné avait la propriété de rendre invisible celui qui le portait, et de permettre à un voleur qui s’en ferait une lanterne, de pénétrer impunément dans les habitations. Vautrin croyait à cette odieuse superstition ; ainsi s’expliquaient l’intérêt du crime et la mutilation. Vautrin fut arrêté, et l’interrogatoire qui suivit ne vint que trop confirmer les soupçons qu’on avait eus sur lui. Les investigations ont d’ailleurs fait découvrir derrière des buissons des débris. de chemise et un pantalon souillés de sang et de boue appartenant à Vautrin et reconnus par lui ; la tête de la victime a été également retrouvée dans un bois voisin, et à quelques mètres un vieux bonnet rayé ayant appartenu à l’inculpé. A l’audience, comme dans l’instruction, Vautrin se renferma dans un système complet de dénégations. Mais les dépositions des témoins étaient si accablantes, que le verdict du jury fut affirmatif sans circonstances atténuantes., En conséquence, Vautrin fut condamné à la peine de mort. »

Crânologie. Voy. Gall.

Crapaud. Les crapauds tiennent une grande place dans la sorcellerie. Les sorcières les aiment et les choient. Elles ont toujours soin d’en avoir

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Crapaud se rendant au sabbat.


quelques-uns, qu’elles soignent, qu’elles nourrissent et qu’elles accoutrent de livrées de velours vert, rouge ou noir. Pierre Delancre dit que les grandes sorcières sont ordinairement assistées de quelque démon, qui est toujours sur leur épaule gauche en forme de crapaud, ayant deux petites cornes en tête ; il ne peut être vu que de ceux qui sont ou qui ont été sorciers. Le diable baptise ces crapauds au sabbat. Jeannette Abadie et d’autres femmes ont révélé qu’elles avaient vu de ces crapauds habillés de velours rouge, et quelques-uns de velours noir ; ils portaient une sonnette au cou et une autre aux pattes de derrière.

Au mois de septembre 1610, un homme se promenant dans la campagne, près de Bazas, vit un chien qui se tourmentait devant un trou ; ayant fait creuser, il y trouva deux grands pots renversés l’un sur l’autre, liés ensemble à leur ouverture et enveloppés de toile ; le chien ne se calmant pas, on ouvrit les pots, qui se trouvèrent pleins de son, au dedans duquel reposait un gros crapaud vêtu de taffetas vert [173]. C’était à coup sûr une sorcière qui l’avait mis là pour quelque maléfice.

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Crapauds dansant au sabbat.

Nous rions de ces choses à présent, mais c’étaient choses sérieuses au seizième siècle, et choses dont l’esprit ne nous est pas expliqué.

Le peuple est persuadé, dit M. Salgues [174], que le crapaud a la faculté de faire évanouir ceux qu’il regarde fixement, et cette assertion est accréditée par un certain abbé Rousseau, qui a publié, dans le cours du dernier siècle, quelques observations d’histoire naturelle : il prétend que la vue seule du crapaud provoque des spasmes, des convulsions, la mort même. Il rapporte qu’un gros crapaud, qu’il tenait renfermé sous un bocal, l’ayant regardé fixement, il se sentit aussitôt saisi de palpitations, d’angoisses, de mouvements convulsifs, et qu’il serait mort infailliblement si l’on n’était venu à son secours… Élien, Dioscoride, Nicandre, Etius, Gesner, ont encore écrit que l’haleine du crapaud était mortelle, et qu’elle infectait les lieux où il respire. On a cité l’exemple de deux amants qui, ayant pris de la sauge sur laquelle un crapaud s’était promené, moururent aussitôt [175]. Mais ce sont là souvent des contes. Cependant le crapaud est en horreur chez tous les peuples, excepté sur les bords de l’Orénoque, où, pour le consoler de nos mépris, des Indiens lui rendaient les honneurs d’un culte ; ils gardaient soigneusement les crapauds sous des vases, pour en obtenir de la pluie ou du beau temps, selon leurs besoins, et ils étaient tellement persuadés qu’il dépendait de ces animaux de l’accorder, qu’on les fouettait chaque fois que la prière n’était pas exaucée [176].

Crapaudine, pierre qui se trouve dans la tête des crapauds ; les sorcières la recherchent pour leurs maléfices. Plusieurs écrivains assurent que c’est un objet très-rare, et si rare, que quelquesuns nient l’existence de cette pierre. Cependant Thomas Brown ne croit pas le fait impossible, puisque, dit-il, tous les jours on trouve des substances pierreuses dans la tête des morues, des carpes, des gros limaçons sans coquilles. Il en est qui pensent que ces crapaudines sont des concrétions minérales que les crapauds rejettent après les avoir avalées, pour nuire à l’homme [177]. Mais ce ne sont là encore que des contes.

Crapoulet. Voy. Zozo.

Cratéis, déesse des sorciers et des enchanteurs, mère de la fameuse Scylla.

Crédulité. Elle a ses excès, qui pourtant sont moins funestes que ceux de l’incrédulité.

Crescence, cardinal, légat du saint-siége au concile de Trente, qui mourut paisiblement en 1552. Jean de Chassanion, huguenot, n’aimant pas ce prince de l’Église, parce qu’il s’était élevé contre les protestants, a écrit que le diable, en forme de chien noir, était venu le voir à son dernier moment et l’avait étranglé [178], ce qui est un mensonge niais. Voy. Carlostad et Luther.

Crespet (Pierre), religieux célestin, mort en 1594, auteur d’un traité contre la magie intitulé Deux livres de la haine de Satan et des malins esprits contre l’homme, etc. Paris, 1590, in-8°. Cet ouvrage est rare et curieux.

Crétinisme, infirmité qui dispose quelquefois, dit-on, au vampirisme.

Crible. Parler au crible est un ancien proverbe qui signifiait faire danser un tamis par le moyen de paroles mystérieuses. Théocrite nommait les gens qui avaient ce pouvoir crible-sorciers ou sorciers du crible. « Je me suis trouvé, dit Bodin [179], il y a vingt ans, dans une maison à Paris où un jeune homme fit mouvoir un tamis sans y toucher, par la vertu de certaines paroles françaises, et cela devant une société, et la preuve, dit-il, que c’était par le pouvoir de l’esprit malin, c’est qu’en l’absence de ce jeune homme on essaya vainement, d’opérer en prononçant les mêmes paroles. » Voy. Cosquinomancie.

Criériens, fantômes des naufragés, que les habitants de l’île de Sein, en Bretagne, croient entendre demander la sépulture, à travers ce bruit sourd qui précède les orages. Les anciens Bretons disaient:« Fermons les portes, on entend les criériens; le tourbillon les suit. »

Crimes. Voy. Possessions.

Cristalomancie, divination par le moyen du cristal. On tirait des présages des miroirs et des vases de cristal, dans lesquels le démon faisait, dit-on, sa demeure. Le roi Childéric cherchait l’avenir dans les prismes d’un petit globe de cristal.

Les devins actuels prédisent encore par le miroir. L’anecdote suivante fera connaître leur méthode. — Un pauvre laboureur des environs de Sézanne, à qui on avait volé six cents francs, alla consulter le devin ; c’était en 1807. Le devin lui fit donner douze francs, lui mit —trois mouchoirs sur les yeux, un blanc, un noir et un bleu, lui diC de regarder dans un miroir où il faisait venir le diable et tous ceux qu’il voulait évoquer. — Que voyez-vous ? lui demanda-t-il. — Rien, répondit le paysan. Là-dessus le sorcier parla fort et longtemps ; il recommanda au bonhomme de songer à celui qu’il croyait capable de l’avoir volé, de se représenter les choses et les personnes. Le paysan se monta la tête, et, à travers les trois mouchoirs qui lui serraient les yeux, il crut voir passer dans le miroir un homme qui avait un sarrau bleu, un chapeau à grands bords et des sabots. Un moment après il crut le reconnaître, et il s’écria qu’il voyait son voleur. — Eh bien, dit le devin, vous prendrez un cœur de bœuf, et soixante-trois clous à lattes que vous planterez en croix dans ledit cœur ; vous le ferez bouillir dans un pot neuf avec un crapaud et une feuille d’oseille ; trois jours après, le voleur, s’il n’est pas mort, viendra vous rapporter votre argent, ou bien il sera ensorcelé.

Le paysan fit tout ce qui lui était recommandé. Mais son argent ne revint pas ; d’où il conclut que son voleur était ensorcelé, et il s’en frotta les mains.

Cristoval de Garalde. Voy. Marissane.

Critomancie, divination qui se pratiquait par le moyen des viandes et des gâteaux. On considérait la pâte des gâteaux qu’on offrait en sacrifice, et la farine d’orge qu’on répandait sur les victimes, pour en tirer des présages.

Crocodiles. Les Égyptiens modernes assurent que jadis les crocodiles étaient des animaux doux, et ils racontent de la manière suivante l’origine de leur férocité. Humeth, gouverneur d’Égypte sous Gisar Al-Mutacil, calife de Bagdad, ayant fait mettre en pièces l’image de plomb d’un grand crocodile (figure talismanique) que l’on avait trouvée en creusant les fondements d’un ancien temple de païens, à l’heure même de cette exécution les crocodiles sortirent du Nil, et ne cessèrent, depuis ce temps, de nuire par leur voracité [180]. Voy. Étoiles. Pline et Plutarque témoignent que les Égyptiens connaissent, par l’endroit où les crocodiles pondent

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leurs œufs, jusqu’où ira le débordement du Nil. Mais il serait difficile, dit Thomas Brown, de comprendre comment ces animaux ont pu deviner un effet qui, dans ces circonstances, dépend de causes extrêmement éloignées, c’est-à-dire de la mesure des rivages dans l’Éthiopie. Les habitants de Thèbes et du lac Mœris rendaient un culte particulier aux crocodiles. Ils leur mettaient aux oreilles des pierres précieuses et des ornements d’or, et les nourrissaient de viandes consacrées. Après leur mort, ils les embaumaient et les déposaient en des urnes que l’on portait dans le labyrinthe qui servait de sépulture aux rois. Les Ombites poussaient même la superstition jusqu’à se réjouir de voir leurs enfants enlevés par les crocodiles. Mais ces animaux étaient en horreur dans le reste de l’Egypte, excepté à Tentiris ou Denderah, dont les habitants ne les redoutaient pas. Ceux qui les adoraient disaient que, pendant les sept jours consacrés aux fêtes de la naissance d’Apis, ils oubliaient leur férocité naturelle et ne faisaient aucun mal ; mais que le huitième jour, après midi, ils redevenaient furieux.

Croft (Elisabeth). Quand les Anglais apprirent que leur reine Marie Tudor, que l’on a si lâchement calomniée, allait épouser le roi d’Espagne Philippe II, ce fut parmi les réformés un grand effroi, et plusieurs intrigues surgirent pour empêcher cette union. Un certain Drack obtint d’une jeune fille nommée Elisabeth Croft, moyennant une somme d’argent, qu’elle se laisserait enfermer entre deux murs, et qu’au moyen de tuyaux dissimulés elle pourrait dire les paroles qu’on lui mettrait à l’oreille, ce qui se fit. Bientôt donc on apprit dans Londres qu’on entendait des voix qui venaient certainement du ciel, puisqu’on ne voyait absolument personne. La multitude accourut. La voix menaçait l’Angleterre des plus affreux désastres si la reine se mariait avec l’Espagnol ; elle s’élevait avec fureur contre le Pape et contre l’Église romaine, et les réformés se pâmaient d’aise. Cette imposture dura plusieurs jours sans qu’on en soupçonnât le procédé, et il n’était bruit dans Londres que de l’ange qui parlait. Mais parmi les magistrats, quelques-uns étaient encore catholiques ; ils soupçonnèrent un stratagème ; on démolit le mur d’où sortait la voix, et on découvrit Élisabeth Croft. Il ne paraît pas qu’on l’ait punie, non plus que son suborneur, parce qu’ils avaient dans la foule de nombreux partisans.

Croix. Ce saint nom, qui est la terreur de l’enfer, ne devrait pas non plus figurer ici. Mais la superstition, qui abuse de tout, ne l’a pas respecté. Il y a des croix dans toutes les formules des grimoires, et aucun sorcier ne s’est jamais vanté de commander au moindre démon sans ce signe.

Les croix que les sorcières portent au cou et à leurs chapelets, et celles qui se trouvent aux lieux où se fait le sabbat, ne sont jamais entières, comme on le voit par celles que l’on découvre dans les cimetières infestés de sorciers et dans les lieux où les sabbats se tiennent. La raison en est, disent les démonomanes, que le diable ne peut approcher d’une croix intacte.

Croix (Épreuve de la). Voy. Épreuves.

Croix (Magdeleine de la). Voy. Magdeleine.

Cromeruach, idole principale des Irlandais, avant l’arrivée de saint Patrice en leur pays. L’approche du saint la fit tomber, disent les légendes, tandis que les divinités inférieures s’enfoncèrent dans la terre jusqu’au menton. Suivant certains récits, en mémoire de ce prodige, on voit encore leurs têtes à fleur de terre dans une plaine qui ne se trouve plus.

Cromniomancie, divination par les oignons. Ceux qui la pratiquaient mettaient, la veille de Noël, des oignons sur un autel. Ils écrivaient sur les oignons le nom des personnes dont on voulait avoir nouvelle. L’oignon qui germait le plus vite annonçait que la personne dont il portait le nom jouissait d’une bonne santé.

Cette divination est encore en usage dans plusieurs cantons de l’Allemagne, parmi les jeunes filles, qui cherchent à savoir ainsi qui elles auront pour époux [181].

Croque-Mitaine, espèce d’ogre dont on épouvante à Paris les petits enfants indociles. Aujourd’hui que ses dents sont tombées, il se contente de les mettre au cachot et de leur donner le fouet, malgré les lumières du siècle. Voy. Babau.

Crucifixion au sabbat. On lit dans les déclarations de Madeleine Bavent, de la possession de Louviers, qu’au sabbat, où elle a assisté longtemps, elle a vu crucifier plusieurs fois des hosties consacrées, attachées à une croix et dont quelques-unes ont saigné. Une certaine nuit, celle du vendredi saint au samedi saint, elle vit une sorcière apporter un enfant nouveau-né, que l’on crucifia en lui clouant à une croix noire les pieds et les mains. On lui enfonça ensuite des clous autour de la tête en forme de couronne, et on lui perça le côté. Elle ajoutait que deux hommes qui étaient venus au sabbat en novices, ayant à ce sujet témoigné quelque sentiment d’horreur, furent crucifiés eux-mêmes et mis à mort. Voy. Louviers.

Crusembourg (Guy de), alchimiste. Voy. Pierre philosophale.

Cubomancie, divination par le moyen des dés. Auguste et Tibère avaient grande confiance en cette manière de consulter le sort. Les Grecs s’en servaient aussi. C’est à peu près la même chose que l’astragalomancie. Voy. ce mot.

Cuivre. Théocrite assure que le cuivre pur a naturellement la vertu de chasser les spectres et les fantômes ; c’est pourquoi les Lacédémoniens frappaient sur un chaudron toutes les fois qu’un de leurs rois venait à mourir.

Culte. Les démons recevaient un culte par tout l’univers avant le christianisme. Jupiter et les autres dieux n’étaient véritablement que des démons ; mais le diable a reçu un culte plus spécial de gens qui savaient bien qu’ils s’adressaient à lui et non à un dieu. Ainsi les sorciers au sabbat adorent le diable par son nom. Le culte qu’ils lui rendent consiste principalement à Lui baiser le derrière, à genoux, avec une chandelle noire à la main, et à commettre ensuite tout le contraire de ce que prescrit l’Église.

Certains peuples de l’Afrique ne rendent aucun culte à Dieu, qu’ils croient bon, et font des sacrifices au diable pour la raison contraire. Voy. Kurdes.

Cunégonde, femme de Henri II, empereur d’Allemagne. Elle fut accusée d’adultère par des calomniateurs, et se purgea de l’accusation en marchant pieds nus, sans accident, sur des socs de charrue rougis au feu. Voy. Épreuves.

Cupai. Voy. Kupay.

Curdes. Voy. Kurdes.

Cureau de la Chambre, habile médecin, mort en 1669. On a de lui un Discours sur les principes de la chiromancie et de la métoposcopie. Paris, 1653, in-8°. On l’a aussi imprimé sous le titre de l’Art de connaître les hommes.

Curko, divinité des Prussiens avant leur conversion au christianisme. Elle était leur pourvoyeuse, et ils rendaient quelques honneurs à son image. Or cette image était une peau de chèvre élevée sur une perche de trois mètres et couronnée d’épis.

Curma. Du temps de saint Augustin, un paysan des environs d’Hippone, nommé Curma, mourut un matin et demeura deux ou trois jours sans sentiment. Comme on allait l’enterrer, il rouvrit les yeux et demanda ce qui se passait chez un autre paysan du voisinage qui, comme lui, se nommait Curma. On lui répondit que ce dernier venait de mourir à l’instant où lui-même était ressuscité. — Cela ne me surprend pas, dit-il ; on s’était trompé sur les noms : on vient de me dire que ce n’était pas Curma le jardinier, mais Curma le maréchal qui devait mourir. — Il raconta en même temps qu’il avait entrevu les enfers, et il mena depuis meilleure vie.

Curson. Voy. Pursan.

Curtius, fils d’un gladiateur romain. On dit qu’un spectre lui annonça ainsi sa mort : il avait accompagné en Afrique un lieutenant du gouverneur de ce pays conquis. Il vit un jour dans une galerie le spectre d’une femme de haute stature, qui lui dit qu’elle était l’Afrique, et qu’elle venait lui annoncer le bonheur. Elle l’assura qu’il aurait de grands honneurs à Rome ; qu’il reviendrait encore sur le sol africain, non plus comme valet, mais avec la qualité de commandant en chef, et qu’il y mourrait. Cette prédiction s’accomplit entièrement ; Curtius fut questeur, puis préteur ; il eut les privilèges du consulat, et fut envoyé comme gouverneur en Afrique ; mais en débarquant il se sentit frappé d’une maladie dont il mourut [182]. Il est très-probable que ce conte a été fait après coup. Pour un autre Curtius, voy. Dévouement.

Cwes. Voy. Chien.

Cyclopes, personnages fabuleux qui habitaient la Sicile dans la partie qui entoure l’Etna. Ils étaient forgerons ; géants rudes et grossiers, anthropophages, ils n’avaient qu’un œil au milieu du front. Voy. l’Odyssée.

Cylindres, sortes d’amulettes circulaires que les Perses et les Égyptiens portaient au cou, et qui étaient ornées de figures et d’hiéroglyphes.

Cymbale, c’est le nom que les sorciers donnent au chaudron dans lequel ils mangent leur soupe au lard parmi les fêtes du sabbat.

Cynanthropie. Ceux qui sont attaqués de cette espèce de frénésie se persuadent qu’ils sont changés en chiens. C’est, comme la bousanthropie, une nuance de l’état de loup-garou. Voy. Loups-garous.

Cynobalanes, nation imaginaire que Lucien représente avec des museaux de chien et montés sur des glands ailés.

Cynocéphale, singe que les Égyptiens nourrissaient dans leurs temples pour connaître le temps de la conjonction du soleil et de la lune. On était persuadé que, dans cette circonstance, l’animal devenu aveugle refusait toute nourriture. Son image, placée sur les clepsydres, était purement hiéroglyphique. On prétendait qu’à chaque heure du jour le cynocéphale criait très exactement. Voy. Loups-garous.

Cyprien (saint). Avant de se convertir au christianisme, saint Cyprien s’occupait de magie. On voit dans ses Actes, écrits par Siméon Métaphraste, qu’il évoquait les démons, et que ce furent les épreuves qu’il fit de leur impuissance contre le simple signe de la croix qui l’amenèrent à la foi chrétienne.

Cyrano de Bergerac, écrivain remarquable du dix-septième siècle. On trouve dans ses œuvres deux lettres très-originales sur les sorciers. Nous n’avons pas besoin d’indiquer ses histoires des empires du soleil et de la lune. Il a fait aussi un voyage aux enfers ; c’est une pure plaisanterie [183].



  1. Wierus, in Pseudomonarchia dæmon.
  2. « Un critique ignorant voulait faire des affaires à Rome, au prince Pic de la Mirandole, particulièrement pour le nom de cabale qu’il trouvait dans les ouvrages de ce prince. On demanda à ce critique ce qui l’indignait si fort dans ce mot de cabale. — Ne savez-vous pas, répondit le stupide, que ce Cabale était un scélérat tout à fait diabolique, qui eut l’impiété d’écrire beaucoup de choses contre Jésus-Christ même, qui forma une hérésie détestable et dont les sectateurs s’appellent encore cabalistes ? » (Gabriel Naudé, Apologie pour les grands personnages accusés de magie. Adrien Baillet, Jugements des savants. Chap. xiii, § 2 des Jugements sur les livres en général.)
  3. Voyez Abdeel.
  4. M. Bonetty (qui cite Reuchlin, De arte cabalistica), Annales de philosophie chrétienne, livraison du 30 novembre 1838.
  5. Delandine, l’Enfer des peuples anciens, ch. xix.
  6. Voyez les Légendes de l’Ancien Testament (le livre d’Enoch).
  7. Bollandi Acta sanctorum, 24 aprilis.
  8. Charlatans célèbres, t. Ier, p. 245. Voyez la légende de Cagliostro dans les Légendes des sociétés secrètes.
  9. Voyez la légende de Caïn et d’Àbel dans les Légendes de l’Ancien Testament.
  10. Syncelli chronographiœ, p. 80.
  11. Memorie historiche de l’apparizione délie croci prodigiose da Carlo Cala. In-4°. In Napoli, 1661.
  12. Tabl. de l’inconstance des mauvais anges, etc., lîv. I, p. 25.
  13. Leloyer, Discours et histoire des spectres, p. 272.
  14. Voyez aussi les Légendes du calendrier.
  15. Delandine, Enfer des peuples anciens, ch. ii, p. 316. Delancre, l¹Inconstance des démons, etc., liv. VI, p. 461.
  16. Boguet, Discours des sorciers, ch. xviii
  17. 2 Voyez la légende de Calvin dans les Légendes infernales.
  18. 3 Delancre, Tableau de l’inconstance des démons, liv. III, à la fin. Bodin, Démonomanie, liv. II, ch. vii.
  19. Boguet, Discours des sorciers, ch. xiv.
  20. De natura et affectionibus dœmonum libri duo. Lipsias, 1576. In-8°.
  21. Commentarius de generibus divinationum, ac grœcis latinisque earumvocabulis. Lipsiee, 1576.In-8°.
  22. De purgatorio igne. Romse, 1557.
  23. Horarum nalalium centuriœ II pro certitudine astroloyiœ. In-4°. Francfort, 1607 et 1610.
  24. Sylloge memorabilium medicinœ et mirabilium naturœ arcanorum centuriœ XII. In-12. Strasbourg, 1624. L’édition in-8° de Tubingue, 1683, est augmentée et contient vingt centuries.
  25. De sensu rerum et magia, libri IV, etc. In-4°. Francfort, 1620.
  26. 2 Astrologicorum libri VI. In-4°. Lyon, 1629. L’édition de Francfort, 4 630, est plus recherchée, parce qu’elle contient un septième livre intitulé De falo siderali vitando.
  27. La vida de Roberto el Diablo, In-fol. Séville, 1629.
  28. M. Salgues, Des erreurs et des préjugés, etc., t. I, p. 509.
  29. 2 Cambry, Voyage dans le Finistère, t. III, p. 146 ; t. I, etc.
  30. Wierus, in Pseudomonarchia dœmon.
  31. Leloyer, Histoire et discours des spectres, liv. III, ch. xvi.
  32. Essai sur les superstitions, par M. L. C. ln-12.
  33. L’incrédulité et mécréante, etc., traité I, p. 43, etc.
  34. Hieronymus Cardanus, De somniis. Bâle, 1585, in-4°.
  35. Alex. Carenus, De somniis, in-4°. Patavii, 1575.
  36. Cette anecdote se trouve encore dans les écrits de Luther, et dans un livre du dernier siècle, intitulé : La Babylone démasquée, ou Entretiens de deux dames hollandaises sur la religion catholique romaine, etc. p. 226,’édition de Pépie, rue Saint-Jacques, à Paris, 1727. — Voyez la légende de Carlostad dans les Légendes infernales.
  37. Discours des sorciers, ch. liii.
  38. Cet ouvrage est connu aussi sous le titre de Traité des esprits, des sorciers et des opérations surnaturelles, en anglais, Londres, 4672, in-8°.
  39. Angelographia, 2 vol. in-8°. Francfort, 1597 et 1605.
  40. Nucleus mysteriorum nalurœ enucleatus, 1605, in-8°.
  41. Tableau de l’inconstance des mauvais anges, etc., liv. I, dise. iii.
  42. L’original porte cacodaimon, mauvais démon. Chez les Grecs daimon, simplement, signifiait un génie, une bonne intelligence, comme le démon de Socrate et quelques autres.
  43. Valère-Maxime, et d’autres anciens.
  44. Admirables secrets d’Albert le Grand.
  45. Tractalus de miraculis. Rome, 1629.
  46. Brown, Des erreurs populaires, liv. III, ch. iv.
  47. De sortilegis ac maleficis, eorumque punitione, Lyon, 1568.
  48. Leloyer, Hist. et discours des spectres, liv. VII, ch. iv.
  49. M. Elie Reclus, Légendes tartares, extraites d’A. Scheifner. (Revue germanique, livraison d’août 1860, p. 421 et 427.)
  50. Histoires prodigieuses de Boistuaux, t. I.
  51. Discorso contra la dottrina e le profetie di Girolamo Savonarola, da Ambrosio Catarino polito. In-8°, Venise, 1548. Thomas Neri combattit cet ouvrage dans en livre intitulé Apologia di Tomaso Neri, in difesa della dottrina di Girolamo Savonarola. In-8°. Florence, 1564.
  52. Cette colonne existe encore à Paris, elle est adossée à la halle au blé.
  53. Sopra la superstitione dell’arte magica. Florence, 1562.
  54. M. Salgues, Des erreurs et des préjugés, t. I, p, 332.
  55. Dèmonomanie des sorciers, liv. II, ch. vii.
  56. La fournaise ardente et le four du réverbère pour évaporer les prétendues eaux de Siloé, et pour corroborer le purgatoire contre les hérésies, calomnies, faussetés et cavillations ineptes du prétendu ministre Dumoulin. Paris, 1603, in-8°. Dumoulin venait de publier les Eaux de Siloé, pour éteindre le feu du purgatoire, contre les raisons d’un cordelier portugais. In-8°, 1603.
  57. Wierus, in Pseudomonarchia dœmon.
  58. Infernaliana, p. 226.
  59. Commentarii in sphœram Joannis de Sacrobosco. In-fol. Bàle, 1485.
  60. M. Salgues, Des erreurs, etc. t. II, p. $ 27.
  61. Les admirables secrets d’Albert le Grand, liv. III, ch. i.
  62. Boistuaux, Histoires prodigieuses, t. I.
  63. Madame Elise Voïart, notes au livre Ier de la Vierge d’Arduène.
  64. Leloyer, Disc. et hist. des spectres, p. 689, 768.
  65. Brown, Essais sur les erreurs, etc., 1. 1, liv. III, ch. x. M. Saignes, Des erreurs et des préjugés, t. II, p. 245. Buffon, Histoire naturelle’, etc.
  66. Delancre, Incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincue, traité V. Delrio, liv. IV.
  67. Illustrium miraculorum et historiarum memorabilium libri XII, a Cœsario Heisterbachensi, ordinis cisterciensis, etc. In-8°. Antverpiae, 1605. Nuremberg, 1484. In-fol. Cologne, 1599. In-8°. Douai, 1604.
  68. Dœmonum investigatio peripatetica, in qua explicatur locus Hippocratis : si quid divinum in morbis habeatur. In-4°. Florence, 1580.
  69. Charlatans célèbres, t. I, p. 202.
  70. Tractatus de liberatione animœ Trajani imperatoris a pœnis inferni, etc. Rome, 1576. Reggio, 1585.
  71. Comment, ad Berosi lib. III. Wierus, De prœstigiis, dit que Pan est le prince des démons incubes.
  72. Christop. Sandii lib. de origine animas, p. 99.
  73. Voyez l’histoire de cette chamelle dans les Légendes de l’Ancien Testament.
  74. Dialogus in magicarum artium destructionem. In-4°. Lyon, Balsarin, sans date (vers 1507).
  75. Le solide trésor du Petit Albert.
  76. Discours des sorciers, ch. xxii.
  77. Brown, liv. V, ch. xxiii.
  78. 19 mai, Vie de saint Yves de Kermartin.
  79. Voyez Charles-Martel dans les Légendes de l’histoire de France.
  80. Voyez dans les légendes de l’histoire de France la légende de la reine Berthe au grand pied.
  81. Visio Caroli Calvi de locis pœnarum et felicitate juslorum. Manuscripta bibl. imper., n° 2247, p. 188.

    Voyez ce voyage de Charles le Chauve dans les Légendes de l’autre monde

  82. M. Garinet, Histoire de la magie en France, p. 87.
  83. Curiosités de la littérature, traduit de l’anglais par Berlin, t. I, p. 249.
  84. Delrio, Disquisit. mag., lib. III, quæst. iii.
  85. Bodin, Démonomanie, etc. liv. II, ch. ii.
  86. Cambry, Voyage dans le Finistère, t. III, p. 195.
  87. Bergier, Dictionnaire théologique, au mot Charme.
  88. Leloyer, Histoire et discours des spectres, liv. IV, ch. xxi.
  89. Thiers, Traité des superstitions.
  90. De giganiibus eorumque reliquiis aique iis quœ ante annos aliquot nostra œtale in Gallia reperta sunt. In-8°. Bâle, 1580.
  91. Voyez, dans les Légendes de l’autre monde, le chevalier Hakelberg. seigneur de Rodenstein.
  92. Tome IV, p. 154.
  93. Discours sommaire des sortilèges et vénéfices, tirés des procès criminels jugés au siège royal de Montmorillon, en Poitou, en l’année 1599, p. 19.
  94. Saint-Foix, Essai sur Paris, t. II, p. 300.
  95. Quelquefois ils laissent à leur chat par testament une rente viagère. Il existe au Caire, près de Bab-el-Naza (porte de la Victoire), un hôpital de ces animaux ; on y recueille les chats malades et sans asile ; les fenêtres sont souvent encombrées d’hommes et de femmes qui leur donnent à manger à travers les barreaux.
  96. Chap. iv, liv. II, p. 257.
  97. Gabrielle de P***, Histoire des fantômes et des démons, etc., p. 203.
  98. Discours des sorciers, ch. xiv, p. 81.
  99. Bodin, Démonomanîe des sorciers, liv. III, ch. ii, p. 326.
  100. La Harpe. Abrégé de l’histoire générale des voyages, t. I.
  101. De super stitione, ad regem Henricum.
  102. Bodin, Démonomanie, liv. I, ch. ni.
  103. Wierus, in Pseudomonarchia dœmon., ad finem.
  104. Torquemada, Hexameron, troisième journée.
  105. Secrets d’Albert le Grand, p. 27.
  106. Boguet, Discours des sorciers, ch. xv, p, 456.
  107. M. Cambry, Voyage dans le Finistère, t. I, p. 174 et 195.
  108. Delancre, Incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincues, traité VI, p. 348.
  109. Cambry, Voyage dans le Finistère, t. III, p. 22.
  110. Leloyer, Histoire et discours des spectres, liv. I, ch. viii.
  111. Madame Gabrielle de P***, Histoire des fantômes, p. 27.
  112. Hexaméron de Torquemada, traduit par G. Chappuis, première journée.
  113. Voyages du duc de Raguse.
  114. De prœst. dœm., lib. V, cap. xxi.
  115. Greg. Turon., Hist. franc, lib. VIII, cap. v. — Lenglet-Dufresnoy, Recueil de dissertations sur les apparitions, p. 72 de la préface.
  116. Delancre, Tab. de l’inconstance des démons, etc., p. 107.
  117. Thiers, Traité des superstitions, t. I.
  118. Leloyer, Histoire et discours des spectres, liv. II, ch. v ; liv. III, ch. xvii.
  119. Préface de la Démonomanie des sorciers.
  120. Voyage de Cambry dans le Finistère, t. III, p. 159.
  121. De Saturnalium origine et celebrandi ritu apud Romanos, 1759.
  122. De gigantibus nova disquisitio historica et critica, 1756.
  123. Wierus, in Pseudomonarchia dœmon.
  124. Dom Calmet, Traité sur les apparitions, etc., ch. xi.
  125. Apotolesmata astrologiœ humanœ, hoc est de mutationibus temporum. Alcala, 1521.
  126. Mémoires d’Hippolyte Clairon, édit. de Buisson, p. 467.
  127. De diabolico delirii remedio. — De diabolo per viginti quinque annos fréquentante cum muliere, nulla veneficii opéra.
  128. De nanorum generalione.
  129. Obedias illi, et obediet. Clavicules de Salomon, p. 14.
  130. Delancre, Incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincues, traité V.
  131. Voyez Brown, Des erreurs populaires, liv. V, ch. xii.
  132. Delancre, Incrédulité et mécréance, etc., traité V.
  133. L’abbé de Villars, dans le Comte de Gabalis.
  134. Voyez, dans les Légendes d’Allemagne, de Raoul de Navery, La cloche du prieur.
  135. Boguet, Discours des sorciers, ch. lx.
  136. Sur le roi Clovis Ier, voyez ses légendes, dans les Légendes de l’histoire de France.
  137. Voyez les Légendes des esprits et démons.
  138. Leloyer, Histoire et discours des spectres, etc., p. 345, post Wierum, De prœst., lib. I, cap. xxii.
  139. Camérarius. De nat. et affect. dœmon., in proœmio.
  140. M. Salgues, Des erreurs et des préjugés.
  141. Démonomanie, liv. II. ch. vii.
  142. M. Jules Garinet, Histoire de la magie en France, p. 320.
  143. De annis climatericis, nec non de ratione vitandi eorum pericula, itemque de modis vitam producendi commentarius, In-8°. Bologne, 1620.
  144. Brown, Des erreurs populaires, t. II, p. 88.
  145. Salgues, Des erreurs et des préjugés.
  146. Boguet, Discours des sorciers, ch. lii, p. 327.
  147. Bergier, Dictionnaire théologique.
  148. Boguet, Discours des sorciers, ch. xiii, p. 325.
  149. Energumenos dignoscendi et liberandi ratio. Vérone, 1746.
  150. Delancre, Tabl. de l’inconst. des démons, etc., liv. IV, p. 297.
  151. Ancien manuscrit de la bibliothèque royale. Voyez Joly, Remarques sur Bayle, à la fin.
  152. Voyages du docteur Patin.
  153. Chateaubriand, Mémoires, tome Ier.
  154. Wierus, in Pseudomonarckia dœmon.
  155. Bergier, Dictionnaire théologique.
  156. Leloyer, Histoire des spectres et des apparitions des esprits, liv. IV, ch. vi, p. 302.
  157. Préface de l’Histoire du fanatisme.
  158. Carré de Mongeron a recueilli ces merveilles en trois gros volumes in-4°, avec figures. Voici un de ces miracles rapporté dans une chanson de madame la duchesse du Maine :

                Un décroteur à la royale,
                Du talon gauche estropié,
                Obtint, par grâce spéciale,
                D’être boiteux de l’autre pié.

    Voyez le cimetière de Saint-Médard, dans les Légendes infernales.

  159. Des erreurs et des préjugés, etc., préface.
  160. M. Garinet, Hist, de la magie en France, p. 400.
  161. Dictionnaire d’anecdotes suisses, p. 414.
  162. Cambry, Voyage dans le Finistère, t. Il, p. 261.
  163. Salgues, Des erreurs et des préjugés, t. I, p. 433.
  164. Voyez, dans les Légendes infernales, la Corneille de Barklay.
  165. Leloyer, Histoire des spectres, ou Apparitions des esprits, liv. IV, ch. xxv, p. 456.
  166. M. Salgues, Des erreurs et des préjugés, t. III, p. 128.
  167. M. Cambry, Voyage dans le Finistère, t. III, p. 48.
  168. M. Cambry, Voyage dans le Finistère, 1. 1, p. 175.
  169. Incrédulité et mécréance du sortilège, etc., traité VII, p. 37.
  170. Les farfadets, etc., t. I, p. 4 et 5.
  171. Arrêt du parlement de Bretagne, t. II des Dissertations de Lenglet-Dufresnoy et Leloyer, liv. III, ch. iv.
  172. H. Lebrun, Abrégé des voyages au pôle nord, ch. i.
  173. Delancre, Tableau de l’inconst. des démons, etc., liv. II, discours iv, p. 133.
  174. Des erreurs et des préjugés, etc., t. I, p. 423.
  175. C’est un conte du Décameron.
  176. Pons, Voyage à la partie orientale de la terre ferme de l’Amérique méridionale, t. I.
  177. Thomas Brown, Essai sur les erreurs populaires, t. I, liv. III, ch. xiii, p. 312.
  178. Des grands et redoutables jugements de Dieu, p. 66.
  179. Démonomanie des sorciers, liv. II, p. 155.
  180. Leloyer, Histoire et discours des spectres, etc., liv. IV, ch. xxi, p. 417.
  181. Delancre, Incrédulité et mécréance, etc., traité V.
  182. Leloyer, Histoire des spectres ou apparitions des esprits, liv. III, ch. xvi, p. 268.
  183. Voyez les Légendes de l’autre monde.