La France Juive (édition populaire)/Texte entier

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Victor Palmé (p. -554).



LA FRANCE JUIVE




PARIS. — IMP. V. GOUPY ET JOURDAN, RUE DE RENNES. 71.




Ed. DRUMONT


Drumont - La France Juive édition populaire, Palmé, image titre.jpg


DIXIÈME ÉDITION


PARIS
LIBRAIRIE VICTOR PALMÉ
(société générale de librairie catholique)
76, Rue des Saints-Père, 76
BRUXELLES GENÈVE
Société Belge de Librairie   Henri Trembley, Libraire
8, Rue du Treurenberg, 8 4, Rue Corraterie, 4
1895


PRÉFACE
DE
L’ÉDITION POPULAIRE
_______


Voici la France Juive sous la forme abrégée et populaire qu’ont souhaitée beaucoup de mes lecteurs.

Vous vous rappelez les explosions d’indignation que souleva cette France Juive ? C’était, au dire de quelques-uns, un livre scandaleux, violent, excessif, un livre d’énergumène et de sectaire… Deux ans à peine sont écoulés, et le prétendu pamphlet a des airs de Berquinade…

Il n’est pas une page dans ce livre qui ne semble pâle, à côté de ce qu’ont écrit sur les honteux tripotages de Wilson, les journaux républicains les plus modérés ; il n’est pas une ligne qui ne paraisse inoffensive, à côté des ignominies qui ont défrayé la conversation de Paris pendant des mois entiers.

Je l’avais peinte en rose, cette République franc-maçonnique et juive qu’on m’accusait de calomnier ; et, quand elle apparut tout à coup aux yeux de tous, telle qu’elle était, pourrie jusqu’aux moelles, putréfiée, gangrenée, une insupportable odeur de décomposition mortuaire se répandit sur le pays tout entier.

Qui a fait cela ? Celle qui devait le faire : une entremetteuse, une meretrix, une intrigante du plus bas étage. C’est à de telles mains que revenait la besogne.

Il y a, en effet, des différences dans les balais et des balais pour tous les usages. Les prêtres d’Apollon ne pouvaient balayer le temple de Delphes qu’avec des rameaux de cèdre. Ce sont des balais honorables et sérieux qu’on emploie à chasser la poussière des tapis d’Orient aux riches couleurs, aux délicates arabesques, au tissu moelleux. C’est dans la classe des balais moins nobles, parmi ceux dont on se sert pour nettoyer des objets qui n’ont de l’Orient ni l’éclat ni le parfum, qu’il convenait de chercher le petit balai spécial destiné à nettoyer l’Élysée…

Pour les étables d’un roi comme Augias, il fallut un demi-dieu comme Hercule ; pour les étables de Grévy, la Limouzin suffisait bien.


L’épisode est intéressant. — Sous la Terreur, les vieux chevaliers de Saint-Louis, les mères de famille irréprochables, les jeunes filles au sourire angélique, les vierges saintes, les prêtres en cheveux blancs, montaient impassibles sur la charrette et s’allongeaient sur la planche en disant : « Suis-je bien comme cela. Monsieur le bourreau ? » Le peuple, glacé d’épouvante et saisi aussi d’admiration, regardait et laissait égorger… Soudain, l’on entendit des sanglots, des hurlements, des imprécations… C’était une fille qui protestait, qui se débattait, qui ne voulait pas qu’on la tuât ; et le jour où la Dubarry cria qu’elle ne consentait pas à mourir, ce fut la Terreur qui mourut…

La Limouzin représente quelque chose d’analogue. On avait avili tout ce qui était respectable, chassé Dieu de l’école et la Justice des tribunaux ; on avait jeté hors du prétoire les magistrats honnêtes, pour les remplacer par des piliers d’estaminets et des suppôts de loges maçonniques ; on avait pénétré avec effraction dans des domiciles privés, et fait saisir par des argousins des religieux qui priaient ; on avait mis au pillage les finances de la France, et, pour mieux dégarnir nos frontières, envoyé nos soldats mourir au Tonkin… En dehors de protestations platoniques, qui se perdaient dans le silence de la lâcheté générale, tout semblait réussir à Grévy. Imperturbable dans sa fausse vertu, cet homme de bronze continuait à toucher, comme supplément à ses appointements, 300.000 francs pour des voyages qu’il n’exécutait jamais.

Un matin, les ministres de ce doge austère eurent la funeste idée de s’attaquer à la Limouzin et de s’introduire dans ce domicile qui n’avait rien d’un couvent.

A partir de ce jour on fut en pleine incohérence. On comprit ce qu’était vraiment ce régime où rien ne tenait plus debout ; l’interlopie la plus échevelée sembla entraîner, comme dans une sarabande fantastique, tous les représentants de l’autorité.

Dès le début, le hasard qui dégonfla la Vertu en baudruche de l’Élysée, eut un côté exceptionnellement gai. La Fatalité présida à tout, non point la Fatalité qui dénoue les grands drames de l’Histoire et conduit à leur perte les illustres acteurs de la scène humaine, mais une Fatalité d’opérette.

Aucun mandat d’amener n’avait été lancé contre la Limouzin ; elle était seulement mandée au cabinet d’Atthalin, et il est certain que l’affaire eût été étouffée dès que l’amie de Caffarel eût laissé soupçonner tout ce qu’elle savait. Le malheur voulut pour Grévy que trois reporters, après déjeuner, allassent de concert interwiever la dame au moment où elle partait pour se rendre chez le juge d’instruction ; elle les prit pour des agents chargés de l’arrêter ; ils ne dirent ni oui ni non, s’offrirent à accompagner la Limouzin, lui firent faire une longue promenade en fiacre, et la déposèrent enfin au Palais après qu’elle leur eut tout raconté.

« Un crayon à la main, l’implacable Atthalin » s’impatientait pendant ce temps dans son cabinet de juge d’instruction ; il envoya chez la Limouzin demander pourquoi elle ne venait pas. On lui répondit qu’elle était déjà partie avec des messieurs que l’on croyait dans le quartier appartenir à la Préfecture de Police.

Le Parquet et la Sûreté étaient alors en lutte à propos d’un portefeuille en peau humaine que s’était fait confectionner le chef de la Sûreté avec la dépouille de Pranzini. Quand son messager revint, Atthalin n’eut plus de doutes. « C’est un nouveau tour de la Sûreté ! » murmura-t-il. Il fît venir Goron et lui dit :

— C’est insupportable ! Vous empiétez encore sur mes attributions…

— J’empiète sur vos attributions ?

— Certainement, vous empiétez. Vous avez envoyé des agents arrêter la Limouzin, que j’avais simplement priée de passer à mon cabinet.

— Moi ! j’ai envoyé des agents arrêter la Limouzin ?

— Oui, Monsieur.

A ce moment la Limouzin fait son entrée.

— Je suis un peu en retard, dit-elle ; mais c’est la faute à ces messieurs de la police, qui sont si aimables.

— Là ! cria Atthalin à Goron, que vous disais-je, que vous empiétiez ?…

— Mais, encore une fois, je n’ai pas empiété. Ces messieurs n’appartenaient aucunement à la police…

— Alors, gémit la Limouzin, il va falloir que je recommence ? Que voulez-vous cependant que je vous dise de plus ? j’ai tout dit à ces messieurs…

— Quoi ! vous avez tout dit ?

— J’ai tout dit !

— Vous avez parlé de Wilson ?

— J’ai parlé de Wilson.

Pendant ce temps, le fiacre, plein d’éclats de rire joyeux, roulait vers Paris, emportant les débris de l’honneur du plus habile Tartufe de ce siècle ; les détails incroyables de ces histoires étaient colportés par les mille voix du boulevard, jetés à tous les vents par la presse, et il n’était plus possible d’arrêter le scandale.


Comme les pièces auxquelles le Chapeau de paille d’Italie a servi de modèle et qui sont lancées à fond de train à travers toutes les invraisemblances, l’affaire, avec un tel prologue, devait atteindre les limites extrêmes de la fantaisie.

Il y eut cependant une espèce de halte pour déposer le vieux malpropre ; puis on rentra de plus belle dans l’extravagance, et, quelque bonne opinion que j’aie de l’intelligence de mes lecteurs, je ne crois pas qu’il y en ait un seul qui puisse reconstituer d’une façon lucide l’enchaînement de cette farce sinistre. On vole les lettres, en les refait, on en découvre d’autres, on les perd, on les retrouve, on tente d’assassiner ceux qui les portent, et les députés déclarent que c’est le fonctionnaire chargé de veiller à la sûreté publique qui a payé les assassins ; on ne poursuit pas les députés qui accusent, on ne poursuit pas le fonctionnaire qu’on accuse ; on apprend un beau matin que c’est le juge d’instruction qui est poursuivi, et que c’est Wilson qui se plaint. Wilson n’en est pas moins condamné ; il est vrai qu’il est ensuite acquitté…

Il est impossible d’établir un lien quelconque entre toutes ces cocasseries. Magistrats, généraux, députés, journalistes, décorés, entremetteuses, agents de police, toute cette figuration court devant vous dans l’illogisme d’un songe, avec la célérité troublante de ces nuages multicolores, que pousse dans le ciel, le vent d’une invisible tempête.

Sur ces abracadabrances, ces tournoiements d’êtres en délire et de choses en désordre, ces clameurs outrageantes et railleuses, s’élève, comme une psalmodie funèbre, la voix du juge qui bredouille impassiblement ses attendus… Attendu… Attendu... Attendu que…

C’est le même attendu qui sert pour condamner ou pour absoudre, c’est le même fait visé dans ces attendus qui envoie le baron Coeln ou la Ratazzi en prison, et qui rend Wilson à son hôtel de l’avenue d’Iéna.


Ceux qui voudraient appliquer à ces choses pleines d’insanité et de bizarrerie, les règles de l’ordinaire bon sens, perdraient certainement la tête. Il faut regarder cela, sans essayer de se rendre compte des ficelles ; et le spectacle, hélas ! est terriblement instructif et curieux.

Quel départ, que le départ de ce chef d’État qui s’en va au milieu des gaietés des camelots hurlant : « Tu nous as fichu dans le pétrin ! » au milieu des quolibets de toute une ville chantant :

 
Sous c’nom : Pod’vins et Compagnie,
Mon gendre ouvrit des magasins,
S’associant à des Limousins
Pour exploiter un fonds d’merc’rie.
A sa boutique y s’chargeait d’vendre
Rubans, faveurs… Ah ! quel cam’lot !
Maintenant, son commerce est dans d’leau.
Ah ! quel malheur d’avoir un gendre !

Quel spectacle ! et aussi quelle leçon ! L’homme qui s’effondrait ainsi, était la personnification même de l’avocat qui a perdu la France, le juriste, le légiste, l’être d’apparence, d’hypocrisie, de mensonge, qui résumait en lui plus d’un demi-siècle d’impostures et de décentes vilenies. Pour lui, le Droit n’avait jamais été le protecteur des faibles ; c’était une formule sèche, artificielle et scélérate, dont les habiles savaient jouer et qui justifiait tous les attentats. Cet homme n’avait pas eu dans toute sa vie une heure de bonté véritable, un élan d’indignation pour le Mal, une ombre de respect pour l’âme d’autrui.

Ce prétendu serviteur de la loi avait violé la liberté de milliers de Français par simple décret, ce pseudo-chrétien qui porte le prénom de Judith, avait quitté son siège de président de l’Assemblée pour aller défendre Dreyfus et ses guanos ; cet ancien bâtonnier avait empêché des opprimés d’arriver jusqu’aux tribunaux et de plaider leur cause… Et il triomphait, et il touchait, et il prenait des attitudes de Romain, quand tout à coup la Limouzin se dressa devant le procureur retors et lui dit : « Ton code, vieux finaud, je le connais mieux que toi, et Mme Tricoche roulera M. Cacolet. »


Telle est la page instructive, mais assurément dégoûtante, que la Limouzin a ajoutée à nos glorieuses annales, comme une préface au Centenaire de 89.

Décidément, les grandes Vertus laïques de ce temps n’ont pas de chance. Si Grévy représentait le vir probus calme et serein, la Vertu assise, la Vertu immeuble, Jules Favre représentait plus volontiers la Vertu gesticulante : c’était Thraséas lui-même, flétrissant la corruption des cours et les vices dorés des tyrans. Il eut un jour une dispute avec un voisin, à propos d’un arbre ou d’un lapin, je crois, et il fut démontré que Thraséas ne se contentait pas d’être adultère et concubinaire, mais qu’il était encore faussaire adroit, et falsifiait volontiers les actes de l’état civil.

Tous ces vertueux robins finissent toujours dans des histoires de papiers qui rappellent les agences borgnes : les uns travaillent sur des registres de mairie, d’autres opèrent dans des dossiers.

« Ayez pitié de moi, pauvre pécheur ! » murmure sans cesse le chrétien le plus irréprochable dans sa vie. Les prêtres du droit, comme ils s’appellent dans les discours de rentrée, se chauffent d’un autre bois. « Vous incarnez. Monsieur, se disent-ils entre eux, les plus augustes traditions du barreau, de ce barreau qui est l’honneur dans l’honneur même, la fleur de l’intégrité, si j’ose m’exprimer ainsi. » Et alors ils font des effets avec leurs manches pagodes, ils tirent des intonations étonnantes de toutes sortes d’endroits, de la gorge, de l’épigastre, de l’intestin grêle ; ils préludent, ils modulent, ils canulent…


Qu’est-ce qui va encore lui arriver, à celui-là ? se demande-t-on. Quelles hontes ne trouverait-on pas derrière cette façade solennelle ? Quel jet de boue jaillirait si l’on brisait la couche frêle de cette incorruptibilité d’apparat !

Généralement, il leur arrive, à tous, des aventures extraordinaires d’indécence. Sur l’instant, les affaires Laluyé, les affaires Vergoin, les affaires Wilson, défrisent un peu cette pompe bourgeoise, et font rire de bon cœur les gens à l’âme ingénue, qui ne se glorifient pas quand ils ne pèchent pas, et se repentent quand ils ont péché.

Jules Favre, du moins, eut la satisfaction de faire fusiller, sur les marches du Panthéon, Millière, qui n’avait pris aucune part à la Commune, et qui était coupable seulement d’avoir révélé au monde que la vertu de Thraséas avait des trous. La Limouzin, plus heureuse, a connu les joies du triomphe complet, et c’est sans crainte pour l’avenir qu’elle a vidé son verre au Chat noir, en buvant à la santé d’Atthalin.

C’est égal, elle s’est rudement défendue, la malheureuse ! Songez à ce que c’est que d’avoir affaire, dans de telles conditions, à la magistrature prostituée d’aujourd’hui, de quel poids pèse cette force entre des mains corrompues ; rappelez-vous les injures qu’on adressait à cette femme en perquisitionnant chez elle ; les fausses rétractations d’elle publiées par la véridique Agence Havas ! Regardez aussi ce qu’avait cette créature pour lutter : les meubles à l’Hôtel des ventes, les nippes saisies, plus de domicile, la perspective d’habiter dans un fiacre en quittant l’audience… Elle a tenu bon, elle a déjoué le truc de la lettre refaite et tous les Grévy : président Grévy, général Grévy, maître des requêtes Grévy, ont été brûlés par le venin de la bête aux abois.

Examinez ce qu’avaient les gens de l’Union générale pour résister : l’argent, l’influence sociale, les hautes relations. On leur avait offert une combinaison de quarante journaux, qui auraient ouvert un feu nourri sur les Juifs ; ils pouvaient, à force d’outrages, amener les magistrats qui avaient dirigé cette inique instruction à venir s’expliquer devant un jury. Supposez les Rothschild rayés de la liste des membres du Jockey Club, tous les salons fermés aux Juifs, les Juifs mondains souffletés partout : le krach était évité, la ruine de 40,000 familles françaises était conjurée… Ils n’ont même pas pensé à combattre ; ils ont tendu le cou à l’exécuteur, en disant, comme on disait jadis : « Suis-je bien comme cela, Monsieur le bourreau ? »

Huit jours après, le duc de la Rochefoucauld-Bisaccia traînait sa femme chez les Rothschild, et l’an dernier, en pleine Académie française, Rousse, que l’on croyait intègre, lui aussi, couvrait d’éloges Léon Say, qui s’était servi de son autorité de ministre pour écraser des Français au profit de la finance allemande.

On se remémore, devant ce contraste, entre l’inertie des uns et l’audace des autres, le mot de Guizot : « Ce qui fait la santé de l’Angleterre, c’est que les honnêtes gens y sont aussi hardis que les coquins. »


La bourgeoisie maçonnique avait eu son expression triomphante dans l’avocat-roi de l’Elysée ; et c’est elle qui a roulé avec lui dans la Cloaca maxima. On a vu, comme dans une illumination soudaine, ce que valait ce monde-là : « Que d’eau ! que d’eau ! » s’écriait jadis un guerrier peu habitué aux longs discours. « Que de boue ! que de boue ! » peut-on dire aujourd’hui. De quel côté que le regard se porte, on n’aperçoit que vols, tripotages, concussions…

On noircirait des pages rien qu’avec une énumération, et l’on ne mentionnerait pas la dixième partie de ce qui est.

A Marseille, le maire est obligé de révoquer quatorze employés de la mairie et sept employés de l’octroi qui étaient des repris de justice. A Paris, des officiers de paix sont condamnés comme voleurs. Un commissaire de police est pris en flagrant délit de vol à l’étalage. On retrouve les objets perdus dans la poche du chef de ce bureau qui est poursuivi pour vol. Les magasins de la Ville de Paris sont pillés. Un président du tribunal de Draguignan installe des prostituées dans le palais de justice, et se livre avec ardeur à la majoration des factures. Delgoves, juge de paix républicain dans l’Oise, est condamné aux travaux forcés à perpétuité pour tentative d’assassinat. Un conseiller général de l’Hérault, Allien, est condamné pour fausse monnaie. Le conseiller municipal Lefebvre-Roncier est convaincu d’avoir reçu dix mille francs de pot-de-vin dans l’immense escroquerie organisée par Isaac et Gabriel Lévy sous le nom de Cinquantenaire des chemins de fer. Les amis de Lefebvre-Roncier répondent en produisant un traité qui prouve qu’un autre conseiller municipal, Marsoulan, a commis un délit analogue.

C’est là un choix fait au hasard. Il faudrait ajouter à cette liste très abrégée cinquante affaires qu’on étouffe, des histoires mystérieuses comme l’assassinat de Barrême, le vol de l’Hôtel des postes, le détournement des fonds secrets par l’ami de Mlle Angèle Renard.

La vérité est qu’on vole partout. Vous ne causez pas une minute avec un employé d’administration publique, sans qu’il vous entretienne des actes inouïs qui se passent sous ses yeux[1]. Plus on s’efforce de nettoyer, plus c’est sale, car, ainsi que le dit M. Henry Maret : « C’est le savon lui-même qu’il faudrait nettoyer. »

C’est de l’universel dégoût qu’est sortie la popularité de Boulanger. Quel est-il ? What is he ? On attend un homme. Sera-t-il cet homme ?

« Hélas ! dit Carlyle, nous avons connu des Temps qui appelaient assez fort leur grand homme, mais ne le trouvaient pas quand ils l’appelaient. Il n’était pas là ; la Providence ne l’avait pas envoyé. Le Temps appelant de toutes ses forces devait sombrer dans la confusion et la ruine, parce que le grand homme qu’on appelait ne venait pas. »

Ce qui est certain, c’est que le général Boulanger constitue dès à présent un élément nouveau dans la situation. Clemenceau a dit aux radicaux que le général leur avait volé la popularité qu’ils auraient dû avoir ; les chefs de la droite en pourraient dire autant. Boulanger personnifie la protestation véhémente contre le parlementarisme, protestation que les conservateurs auraient parfaitement personnifiée eux-mêmes s’ils avaient eu plus de tempérament, s’ils s’étaient montrés, s’ils étaient montés au besoin sur une borne pour parler au peuple.

M. Portails a dégagé parfaitement ce point :


Non seulement, a-t-il dit, le suffrage universel se détourne de la politique opportuniste qui a prévalu depuis 1877, mais il abandonne les anciens partis monarchiques.

Avant les élections de 1885, M. Clemenceau, dans un grand discours qu’il prononçait à Bordeaux, disait, en parlant de la majorité parlementaire que M. Jules Ferry avait dirigée pendant deux ans : « Saluez cette majorité, vous ne la reverrez plus. »

On peut dire aujourd’hui aux conservateurs, dont les électeurs viennent de voter pour le général Boulanger dans la Dordogne et dans le Nord : « Messieurs, saluez ces électeurs, vous ne les reverrez plus ! » S’il faut en croire un de nos confrères, c’est d’ailleurs ainsi que s’exprimait hier à Lille un des chefs du parti conservateur.


Évidemment, il ne dépendait pas des 180 députés de la droite de s’emparer immédiatement du pouvoir ; mais ils pouvaient prendre la tête du mouvement, se mettre à la fenêtre, haranguer, entraîner le pays, dresser à chaque coin de la France des hustings pour y proclamer les trahisons, les dilapidations, les hontes du régime actuel...

Chacun des événements auquel nous assistons depuis un an aurait été, pour une minorité hardie, l’occasion de manifestes, courts, éloquents, vibrants, qui eussent réveillé le vieil honneur français. « Voilà ce qu’a fait la République ! voilà ce que sont les bandits qui nous gouvernent ! voilà ce qu’est Ferry, voilà ce qu’est Floquet ! Grévy est descendu de son siège de président de la Chambre pour aller défendre le Dreyfus des guanos ; Floquet est du même acabit : il a été soutenir à Tunis les intérêts de Mustapha dans l’affaire des biens Habbous, il a pesé de toute son influence pour décider le gouvernement français à une transaction ruineuse pour le Trésor. Vos enfants, ô paysans, sont morts d’insolations, de fièvres typhoïdes, de privations en Tunisie, pour enrichir une société de Juifs étrangers. »

Si les honnêtes gens avaient lu tous les quinze jours, sur les murs de chaque village, ces proclamations vengeant la conscience publique, dénonçant les scandales encore ignorés, flétrissant les misérables qui ont ruiné notre pays pour cent ans, ils se seraient dit : « Nos députés s’occupent de la Patrie, aidons-les ! » On aurait organisé des comités, envoyé des adresses à la Chambre pour la sommer de se dissoudre ; et ceux qui auraient contribué à chasser cette Chambre infâme, se seraient trouvés au premier rang, lorsqu’il se serait agi de remplacer tous ces aigrefins, par des hommes qui aient au moins les mains pures des souillures que laisse l’or.

Les députés conservateurs n’ont pas bougé.

Les élections de 1885 avaient été une bataille gagnée par les soldats. Des chefs vaillants n’auraient eu qu’une pensée : marcher en avant, ne pas laisser une minute de repos à l’ennemi, achever la victoire. Étonnés eux-mêmes du succès, les chefs du parti conservateur furent hantés par une seule préoccupation : « Comment pourrions-nous faire pour reperdre tout le terrain conquis ? »

Ils trahirent, comme les politiques de l’Assemblée de Versailles, le pays qui avait eu foi en eux. Le lecteur ne se méprendra pas à mes paroles ; ils trahirent, non pas volontairement, mais d’une façon inconsciente, par la naturelle disposition d’intelligences pusillanimes et timides, par une sorte de fatalité inhérente à la conformation de leur cerveau.

C’est plus fort qu’eux. Il y a une grande porte ; il suffit d’entrer la tête haute… Ceux qui dirigent le parti conservateur farfouillent dans l’ombre, ils s’efforcent de mettre la main sur le bouton d’une porte clandestine, ils demandent s’il n’existe pas quelque couloir tortueux par lequel on se pourrait glisser. La moitié de la France crie aux membres de la droite : « Nous sommes avec vous !… » Ceux-ci, au lieu d’aller de l’avant, attirent dans des coins des êtres déshonorés comme les Ferry, les Rouvier, les Flourens et susurrent à leurs oreilles : « Hein ! voyons, est-ce qu’il n’y aurait pas moyen de s’entendre ensemble ! »

La nation qui répugne à ces trafics, se dit : « Décidément tous les parlementaires, quelle que soit leur nuance, sont immoraux au dernier degré, immoraux comme des Vénérables de Loges maçonniques. On ne tirera jamais rien d’eux. Essayons de Boulanger. »


Dire ceci, ce n’est pas agiter le fouet de Juvénal, « l’homme d’ivoire et d’or, » comme dit Victor Hugo ; ce n’est pas faire de la satire : c’est faire uniquement de la sociologie, peindre des êtres, indiquer un état d’esprit.

De nos 180 députés de la droite, il ne s’est pas détaché un homme qui ait une effigie précise. De tout ce qui a été oratoré depuis l’entrée de ces députés à la Chambre, il n’est pas resté, je ne dis pas un discours, mais un beau mot, un mot touchant, profond, cinglant, célébrant noblement des victimes, imprimant une marque indélébile sur la joue de quelque insulteur de l’Église, enfonçant dans les flancs d’un Floquet, d’un Tirard, d’un Ferry, d’un Lockroy, le trait qui fait crier à la victime : « Je suis touché ! » le trait qui pénètre davantage à mesure que le misérable s’efforce de l’arracher…

Quelques orateurs ne sont pas sans talent ; mais ils se contentent de venir, quand c’est leur tour de jouer, poser un argument à côté de l’argument de leur voisin, comme on pose un domino à la suite du domino de son adversaire : — A vous la pose, Monsieur ! — cinq et blanc.

Ces discours n’ont point de parfum à eux. Vous n’y respirez point l’odeur de la terre fraîchement remuée par la charrue, ni la senteur salubre des bois, ni les fumées de la cuvée bourguignonne, ni le goût de la pomme foulée dans le pressoir normand. Tout cela ressemble à du vin de raisin sec fabriqué par des vignerons qui seraient empaillés… Boulanger est plus vivant, il faut l’avouer. Aussitôt qu’il est quelque part, il s’élève une chanson qui s’en va mettre les rues en gaieté : « Gais et contents, le cœur à l’aise » ; une bonne vapeur de soupe aux choux monte aux narines rien qu’à entendre les Pioupious d’Auvergne.

Chez les autres, rien… « Non, Messieurs, il n’est pas juste de dire, ainsi que l’a prétendu mon honorable collègue… » Va, mon bonhomme ! si les tambours d’Augereau, ceux d’Espinasse ou ceux de Boulanger battaient tout à coup la charge dans les couloirs du Palais-Bourbon, cela ferait rudement plus plaisir à la France que de savoir ce que tu penses de ton honorable collègue, dont tu nous racontais la veille à dîner la dernière escroquerie[2].

Combien grande, au contraire, la puissance d’un mot qui traduit ce que chacun a sur les lèvres ! Les pauvres Français d’aujourd’hui sont semblables à des voyageurs qui cheminent inquiets à travers toutes les embûches et toutes les obscurités, obscuri per umbras. Quelle joie de reconnaître tout à coup, à une parole prononcée tout haut, au hasard, dans les ténèbres de la nuit, qu’il y a quelqu’un à côté d’eux, un frère qui marche sur la même route et qui pense comme eux ! Les gens n’oublient pas cela ; ils sont fidèles à celui qui leur a donné ce réconfort, qui leur a versé ce cordial ; ils disent : « Cet homme est mon ami ; il a formulé ce qui était dans mon cœur ; il a exprimé ma pensée, il l’a proférée, portée au dehors (verbum prolatum). » Ils cherchent à la première éclaircie à voir celui qui a parlé à l’heure la plus sombre :

— Est-ce vous qui… ?

— Oui, c’est moi qui…

— Eh bien ! vous pouvez vous vanter de nous avoir fait rudement plaisir.


Cette satisfaction, il est juste de déclarer que les hommes de la droite nous l’ont bien rarement donnée.

Depuis le mois d’octobre 1885, ils négocient, ou plutôt c’est M. de Mackau, « le gentilhomme intermédiaire », pour employer une expression de Louis Veuillot, qui négocie pour eux. C’est un homme excellent, d’ailleurs, mais qui a la manie de tergiverser et de politiquer toujours.

Dans un village du Forez, que j’habitais, on a ri longtemps des Bezy. Tous les jours de foire, les Bezy se mettaient en route dès le matin avec leur vache ; le père et la mère marchaient en tête, une vieille sœur suivait… A la tombée du jour on les voyait revenir avec la vache : cela dura pendant dix ans, et jamais les Bezy ne manquèrent une foire. Quel vice rédhibitoire avait la vache ? je l’ignore, ce qui est certain, c’est que les Bezy la ramenaient toujours…

C’est un peu comme nos négociateurs. Ils ont beau ouvrir la bouche de l’animal, lever la queue, dire : « C’est frais comme l’œil. » Toute l’habileté du maquignon demeure absolument inutile, et le marché ne peut jamais se conclure.

Remarquez que je ne dis pas que la vache soit mauvaise ; je constate seulement que personne n’en veut. Qu’est-ce que vous pouvez contre cela ? On n’en veut pas…

Au fond, si les hommes de la droite avaient étudié l’histoire, ils se rendraient compte que la situation est exactement la même qu’au moment de Fructidor. Rien n’est curieux, sous ce rapport, comme, la conversation de Treilhard et du général Matthieu Dumas, que nous a transmise M. de Barante dans son Histoire du Directoire.


Le général Matthieu Dumas connaissait Treilhard pour un homme qui poussait la franchise jusqu’à la brutalité.

— Vous avez par votre expérience et vos talents, lui dit-il, une grande influence sur des hommes qui vous sont très inférieurs, et je voudrais savoir ce que vous pensez de mes amis et de moi ; comment vous jugez notre conduite et pourquoi nous ne pouvons nous entendre.

— Vous êtes de très honnêtes gens, fort capables, répondit Treilhard, et je crois que très sincèrement vous voulez maintenir le gouvernement constitutionnel, parce qu’il n’y a aucun moyen, ni pour vous ni pour nous, de lui en substituer un autre ; mais nous, conventionnels, nous ne pouvons vous laisser faire : que vous le vouliez ou non, vous nous menez tout doucement à notre perte certaine. Il n’y a rien de commun entre nous.

— Quelle garantie vous faut-il donc ? répliqua le général Dumas.

— Une seule, ajouta Treilhard, après quoi nous ferons ce que vous voudrez, et vous pourrez détendre tous les ressorts. Donnez-nous cette garantie, et nous vous suivrons aveuglément.

— Et laquelle ?

— Montez à la tribune, et déclarez que, si vous aviez été membres de la Convention, vous auriez, comme nous, voté la mort du roi…[3]


La situation, encore une fois, est la même ou à peu près.

— Montez à la tribune, disent les hommes de la gauche aux hommes de la droite, reniez votre baptême. Dites que vous êtes Juifs de cœur, et que, si vous aviez été à Jérusalem il y a dix-huit cents ans, vous auriez demandé la mort du Christ…

Sans doute on peut reprocher aux députés conservateurs de manquer un peu de résolution et d’énergie ; mais il convient de dire, qu’à part deux ou trois faiseurs d’affaires, qui passent tantôt dans un camp, tantôt dans un autre, au mieux de leurs intérêts, la droite serait unanime à repousser ce marché sacrilège.

Les choses restent donc en l’état. En se ralliant franchement à la République, en renonçant à toute affirmation monarchique, ainsi que le proposait Raoul Duval, la droite aurait-elle pu se faire une place dans le gouvernement ? C’est possible ; mais, en tout cas, il aurait été nécessaire de parler franchement — ce que les hommes de la droite ne savent pas faire. Il n’est pas encore démontré, d’ailleurs, que l’accord eût pu se conclure.

Il ne faut pas oublier, en effet, que les députés de la gauche ne sont pas libres non plus : ils sont les instruments de la Franc-Maçonnerie, ils appartiennent aux Loges, et les Loges appartiennent aux Juifs.

Si la droite avait voulu négocier, elle aurait dû d’abord commencer par combattre, reconnaître au moins la place, se rendre compte de ce fait que la Maçonnerie est tout entière entre les mains des Juifs, puisque le Conseil Suprême, qui dirige tout, doit toujours compter cinq Juifs sur les neuf membres dont il se compose.

Lorsqu’on a l’intention d’assiéger une ville, il faut, autant que possible, savoir où elle est située, et, si l’on désire prendre Sébastopol, ne pas mettre le siège devant le Moulin de la Galette...

Les hommes de la droite ont toujours reculé quand il aurait été nécessaire de se mesurer avec des réalités, d’attaquer des Pouvoirs et des Autorités effectives ; ils s’en sont tenus à d’inutiles verbiages et à des manifestations à côté.


C’est la répétition, d’ailleurs, de ce qui s’est passé à l’Assemblée de Versailles.

Parmi les livres peu connus et peu lus qui donneront aux écrivains de l’Avenir la note juste sur les événements contemporains, figure un petit volume publié en province et qui porte ce titre : Mémoires politiques d’un membre de l’Assemblée constituante de 1871.

Malgré son titre un peu solennel, ce volume n’apprend rien de bien nouveau sur ce qui s’est passé à l’Assemblée. Ce n’est ni un Journal semé de notes d’humanité et d’art, comme le Journal des Goncourt ; ni un Journal vous racontant les souffrances d’une âme d’élite, en mal d’idéal, comme le Journal de Marie Bashkirzeff ; ni même un Journal rassemblant pour l’avenir les petits détails de l’histoire et colligeant pour un Tacite futur les turpitudes de nos gouvernants, comme le Journal de Fidus ; c’est un Journal purement et simplement, quelque chose comme un livre de raison d’autrefois.

C’est à ce titre seulement que ce mince volume, écrit sans nulle préoccupation artistique, est instructif à parcourir.

L’auteur, le baron de Vinols, fervent monarchiste et ferme chrétien, était un bon propriétaire du Puy, respecté de tous ses concitoyens, qui l’avaient envoyé au Conseil général. Il estima, à la fin de la guerre, qu’il serait utile peut-être de demander quelques explications à Gambetta sur la façon dont il s’était permis, lui, simple aventurier, sans mandat de personne, de faire tuer des milliers de Français et de dépenser des centaines de millions. Il communiqua cette pensée aux Auvergnats, qui l’en approuvèrent et l’expédièrent à la Chambre.

Le nouveau député se mit en route, débarqua à Bordeaux, vint à Versailles ; il coucha, en arrivant, sur le plancher, près d’un poêle ; il s’installa à Paris en hôtel meublé, il attrapa un rhume, il eut ses enfants malades, on le nomma d’une commission, il prononça un discours, on le félicita… Puis, un beau jour, l’Assemblée se sépara : n-i-ni, c’est fini. Le temps a passé comme un rêve. Qu’a-t-on fait pendant ces jours, ces mois, ces années ? Rien. On était arrivé pour sauver la France, et on la laissait livrée à l’orgie républicaine.

Et la question que le député de l’Auvergne devait poser à Gambetta ?

La question ? Il n’a jamais pu la poser ; il guettait l’occasion, il était dans la commission d’enquête, il avait la langue levée… Au dernier moment, le président, Saint-Marc Girardin, le prit à part et lui dit ce mot adorable : « Je vous engage à ne pas poser de questions à M. Gambetta ; cela pourrait amener quelque discussion. »

N’est-il pas épique, ce mot d’Orléaniste adressé à un représentant qui avait été choisi, pour sa droiture, uniquement, pour faire une besogne de justicier ?

Un fils d’Italien, qui représentait simplement les 12, 000 électeurs de Belleville qui l’avaient envoyé à la Chambre, a pu exercer pendant des mois une autorité que n’aurait pas eue un roi absolu ; il a pu contracter des emprunts, envoyer à la mort des milliers de malheureux pendant qu’il se chauffait les tibias au feu, nous empêcher de conclure une paix qui nous aurait laissé la Lorraine et nous aurait épargné deux milliards.

Saint-Marc Girardin trouve ces choses parfaitement normales, et il dit au terrien, au provincial qui souhaiterait avoir des explications : « Ne posez pas de questions, cela ne se fait pas. »

J’estime que ce simple épisode éclaire bien l’absence de tout sens moral, l’espèce d’ossification de conscience de tous ces meneurs de l’Assemblée qui nous ont conduits où nous en sommes.

Notez bien — et c’est sur ce point qu’il faut toujours insister — que cet homme qui jugeait bon que Gambetta jouît d’une irresponsabilité complète, ne fût pas même interrogé, aurait été sans pitié pour les humbles de la Commune, pour ceux qui avaient usurpé une petite fonction de rien du tout, ou qui même s’étaient contentés de tondre le pré du budget de la largeur d’une pièce de trente sous. On collait ces pauvres au mur ou on les envoyait crever à la Nouvelle-Calédonie : cela « n’amenait pas de discussion. »

Il faut lire les quelques lignes qui terminent ce récit dans le livre du baron de Vinols.

« Je partis le soir même pour Le Puy. Le lendemain matin, en déjeunant au café de la Perle à Saint-Étienne, je lus dans l’Éclaireur le compte rendu de la séance de la veille, dans laquelle, disait le journal, Gambetta avait dominé de toute sa hauteur la commission du 4 Septembre. Dans un accès de colère, j’appelle le garçon de café et lui demande de quoi écrire, pour apprendre à l’Éclaireur pourquoi la commission était restée muette devant Gambetta. Je m’arrêtai, pensant que j’allais livrer aux indiscrétions de la presse la faiblesse de notre président. »

M. de Vinols ne livra rien aux indiscrétions de la presse ; il laissa sa protestation dans l’encrier, et se contenta de régler sa consommation et de donner un pourboire au garçon qui lui avait apporté le buvard et la plume…


Ils sont tous comme cela. Il y a force braves gens parmi ces représentants dans lesquels, aux heures de crise, la France honnête et laborieuse met sa confiance ; oh les choisit parce que toute la contrée connait leur famille, depuis des siècles, pour être une famille sans tache. Ils partent dans des dispositions admirables, après avoir été prier à leur paroisse comme de bons députés d’autrefois qui, en se rendant aux États de leur province, demandaient à Dieu de bien faire leur devoir. Il leur arrive ce qui arrive aux jeunes gens qui débarquent à Paris avec un petit baluchon. Ces jeunes gens trouvent à la gare des femmes, généralement avancées en âge, qui leur disent d’un air engageant : « Vous ne connaissez pas Paris ; venez avec moi, et je vous montrerai tout… »

Les députés, en franchissant le seuil du Palais-Bourbon, trouvent des hommes qui se sont improvisés chefs et qui disent aux novices : « Vous ne connaissez pas les dédales des Assemblées et les dessous de la vie parlementaire ; venez avec moi, et je vous montrerai tout… »

Les vétérans promènent ainsi leurs recrues pendant quatre ans, ils les entraînent dans des sous-sols où l’on manipule des cuisines effroyables, ils les mêlent à toutes sortes de combinaisons, ils les empêchent de parler et d’agir. Au bout de quatre ans, les électeurs désillusionnés s’écrient : « A quoi bon nous être exposés à toutes les vexations de la part de l’administration, pour envoyer 180 députés conservateurs à la Chambre, puisqu’à eux tous ils n’ont pas eu le courage d’attaquer une seule fois ce Juif qui nous opprime, nous déshonore et nous dépouille ? »


Les conservateurs ont fini par obéir à une espèce de suggestion et par se persuader que les Juifs devaient être tenus hors de tout débat, tandis que les Chrétiens étaient créés et mis au monde pour recevoir des injures et subir des injustices.

Je puis vous citer un exemple de cette singulière disposition d’esprit. J’avais prié un des plus vaillants, un des plus éloquents d’entre nous, d’adresser une question au ministre du Commerce et des Travaux publics, ce Sémite Millaud qui a l’air d’un singe qui a avalé sa noix de coco, pour savoir de quel droit la maison Hachette avait rétabli de son autorité privée la commission de colportage abolie par la Chambre.

« Je ne vous demande pas, avais-je expliqué à mon ami, de prendre parti pour moi ; je vous demande simplement de dire ceci : « Voici des descriptions de mœurs sans nom, des histoires d’inceste, des romans comme Germinal où la Mouquette montre… ce que vous savez, sous les flamboiements du soleil couchant, des études érotiques de tout genre… Ces livres sont mis dans toutes les gares de chemin de fer, à la portée des jeunes filles qui, n’étant pas assez riches pour avoir une gouvernante, sont parfois obligées de voyager seules et achètent au hasard le volume qui s’offre à elles. La France Juive peut être contestable au point de vue de certaines théories, mais elle ne contient rien qui puisse dépraver une âme ou souiller une imagination ; l’auteur se borne à rechercher si les Rothschild ont produit assez de travail depuis cinquante ans pour avoir acquis légitimement trois milliards. Pourquoi, si les Hachette ont le droit de choisir, accueillent-ils le livre qui corrompt et défendent-ils le livre qui discute ? Pourquoi admettent-ils l’ordure et proscrivent-ils l’idée ? S’ils n’ont pas le droit de choisir, pourquoi l’usurpent-ils ? »

Jamais mon ami n’a osé poser cette question. C’est cependant un des meilleurs d’entre nous ; je l’aime toujours profondément, et je prie pour lui comme sans doute il prie pour moi. C’est un vrai Français ; et, quand je reviendrai sur ce point, qui a une grande importance pour la liberté intellectuelle, il trouvera très naturel que je plaisante un peu à ses dépens. Beaucoup de ses collègues ne sont pas comme lui ; les conservateurs se mettent en quatre pour remonter le courant et les envoyer à la Chambre. Une fois assis, ils n’entendent pas sacrifier une seule de leurs commodités mondaines, un coup de chapeau gentiment envoyé, au coin du pont de la Concorde, par un adversaire politique. Prenez-vous la liberté grande de vous gaber un peu sur cette attitude, ces messieurs ont de l’aigreur, ils se posent en méconnus. Parole d’honneur ! c’est à pouffer de rire…

Remarquez que ce qu’on demande à ces gens, qui parlent toujours de la Légion fulminante et des martyrs dans le Cirque, est à la portée des héroïsmes les plus tempérés. Je cherche en vain, pour ma part, les conséquences horrifiques qu’aurait pu avoir une protestation contre l’injustice dont j’étais victime.

Sans doute les députés de la gauche auraient un peu crié, si l’on avait publiquement affirmé qu’il n’est pas permis d’interdire la circulation d’un livre parce qu’il déplaît aux Rothschild : ils vivent du Juif et protègent qui les paye. Sans bottes, pour la plupart, il y a quinze ans, réduits à chercher la pièce de cent sous, à chasser l’indomptable, comme disait Murger, ils sont riches aujourd’hui, grâce aux financiers d’Israël, qui leur ont fait une remise sur toutes leurs opérations ; ils ont acheté un coupé avec Bône-et-Guelma, un hôtel avec les affaires tunisiennes, un château avec les conventions… Ils auraient crié, encore une fois ; mais il n’en aurait été que cela. La tribune ne se serait pas écroulée pour si peu, le plafond lumineux ne serait pas tombé sur l’orateur ; on aurait dit simplement : « Décidément les catholiques ont du bon : quand un des leurs est molesté par les Juifs, ils le défendent. »

Les députés de la droite n’osent pas ; ils subissent plus que d’autres le mal que Rochefort a appelé » la pourriture d’Assemblée ».


Quel joli tableau de comédie, avec changements à vue, on pourrait faire sur la vie parlementaire !

Après les élections :

Les députés vivent entre eux dans l’affectueuse promiscuité des lapins ; ils se passent mutuellement la casse et le séné, ils évitent tout ce qui pourrait indirectement gêner les petits trafics des collègues. Au moment des vacances, ils vont, droite et gauche panachées, visiter les petites Mauresques d’Alger ou applaudir à Tunis une danse du ventre plus audacieuse encore, dit un journal plein d’admiration, que celle des Ouled-Naïl de Biskra. Cette excursion folâtre coûte 1,200,000 francs à la France.

Après la dissolution :

La scène représente un presbytère de campagne. La lutte électorale étant terminée, le digne prêtre a fini par s’arranger à peu près avec ses ouailles ; il est relativement tranquille. Entrée du député de la droite.

Pro aris et focis ! Monsieur le curé. C’est le moment de combattre ou de mourir en défendant des croyances qui nous sont plus chères que la vie. Il faut des hommes qui montent à la tribune pour proclamer que nous sommes résolus à nous faire tuer plutôt que de céder, il faut des hommes qui se dressent devant les nouveaux barbares et leur opposent leurs poitrines. Voulez-vous m*aider à remplir cette mission ?

— Certainement… je… Qu’est-ce qu’ils ont répondu dans la dernière législature, quand ils vous ont entendu parler sur ce ton ?… Cela a dû faire un grand effet.

— La législature n’a duré que trois ans… Je n’ai pas eu le temps de faire ce que j’aurais voulu : je n’ai pris la parole qu’une fois.

— Ah ! qu’est-ce que vous avez dit ?

— C’était au moment où Goblet insultait l’Église. J’ai dit très haut : « Ces paroles sont regrettables » ; mais on n’a pas osé mettre mon interruption à l’Officiel.

— C’est fâcheux.

— Très fâcheux ! Ah ! les bandits ! les misérables ! dire qu’il suffirait d’une poignée d’hommes énergiques pour les mettre à la raison !

— Enfin, qu’est-ce que vous désirez que je fasse ?

— Que vous vous jetiez dans la mêlée avec moi…

Je gage que le prêtre se dévouera encore et fera de son mieux. Prêtres de campagne et journalistes catholiques, nous sommes de bonnes bêtes au fond. Nous nous disons bien : « Ce député manque de poil ; il n’a jamais prononcé un mot à la tribune, ni sur les Francs-Maçons, ni sur les Juifs, ni sur quoi que ce soit qui touche à une réalité quelconque ; mais enfin il finira peut-être par se manifester. »


Il serait à désirer cependant que les hommes modestes qui s’emploient si énergiquement au succès des candidatures conservatrices, interrogent un peu leurs députés, tâchent de voir s’ils comprennent ce qui est en cause, s’ils seront à la hauteur des éventualités qui approchent.

Jamais la France n’a été dans une situation plus critique. La guerre est inévitable dans un délai qui ne saurait être fort long. C’est un enfantillage, je crois, de prétendre qu’elle éclaterait plus vite avec Boulanger qu’avec un autre. Quand les banquiers juifs et Bismarck voudront la guerre, elle aura lieu.

Boulanger est-il le stratège inspiré qui doit nous donner la victoire ? Je l’ignore. Ce qui est évident, c’est qu’un soldat qui compte trente ans de service et qui a déjà reçu six blessures inspirerait toujours un peu plus de confiance aux troupes que ce pauvre cacochyme de Freycinet, qui, d’ailleurs, doit être en train de trahir Floquet au profit de Boulanger, comme il a trahi Gambetta au profit de Ferry et Ferry au profit de Floquet. Ce qui est évident également, c’est que, le régime actuel ayant soigneusement écarté et découragé tous les officiers, fussent-ils d’un exceptionnel mérite, qui étaient trop loyaux pour cacher leurs sentiments chrétiens, les autres généraux ne m’ont pas l’air d’être supérieurs à Boulanger.

Le général Ferron, soutenu chaleureusement il y a quelques mois par la presse conservatrice, était-il l’homme au décisif coup d’œil qu’il nous faudrait ? Il est permis d’en douter. Lorsqu’il était simple capitaine, il ne laissait point deviner en lui les qualités d’intuition qui font les grands commandants d’armée.

Dans le Cours d’art militaire professé en 1864 à l’École d’application et du génie de Metz par le capitaine Ferron, on lit :

« L’armée prussienne, dans laquelle le temps de service est fort court, est une organisation magnifique sur le papier ; c’est un instrument douteux pour la défensive, et qui serait fort imparfait pendant la première période d’une guerre offensive. »

Quand on écrit cela, deux ans avant Sadowa, à deux pas de la frontière allemande, qu’on n’a qu’à traverser pour aller étudier l’organisation militaire des voisins, on est atteint de myopie intellectuelle ; on peut être un officier passable, mais on ne sera jamais le chef qu’il faut pour la guerre moderne : on se rend justice, on sert dans le rang, mais on n’accepte pas un ministère.

Ce qui effraye précisément, à l’approche d’une guerre où l’intelligence jouera le principal rôle, c’est la débilité mentale de tous ceux qui sont appelés à occuper des postes importants.

Quoi ! si la guerre eût éclaté il y a quelques années, c’est le Thibaudin de la Limouzin qui, ministre de la guerre alors, aurait eu les destinées de la France entre ses mains, c’est lui qui aurait dû présider à cette organisation formidable à laquelle le génie d’un Napoléon Ier suffirait à peine !

Notre sous-chef d’État-major, après l’avertissement que nous donnait la Prusse avec le guet-apens Schœneblé, c’était ce pauvre Caffarel, vivant dans toutes les interlopies, jouet de toutes les coureuses d’affaires qui lui promettaient de lui faire escompter des billets, dupé, berné plus encore que coupable ! C’était cette cervelle en désarroi qui devait, elle aussi, combiner, préparer, dans son ensemble et dans ses détails, l’immense mouvement de la concentration ! C’était ce déséquilibré qui devait se mesurer avec ces successeurs et ces élèves de de Moltke qui depuis quinze ans méditent la prochaine campagne !


Encore convient-il de ne pas dire tout ce que l’on sait. Celui qui s’efforce d’avertir son pays des dangers qui le menacent, doit se déguiser en buisson, comme font les soldats dans certaines circonstances pour cacher leurs mouvements à l’ennemi ; s’il parlait franchement, il tomberait sous les coups de la magistrature maçonnique, qui le condamnerait impitoyablement, sans l’autoriser à faire la preuve, même quand la loi le permet.

Non seulement l’écrivain qui voudrait dire toute la vérité serait frappé impitoyablement par les tribunaux, mais il n’exercerait aucune influence sur le public. C’est l’événement inattendu, l’incident qui jaillit d’une polémique, qui seul réveille de temps en temps l’attention… Ce malheureux peuple, déjà envahi par l’algidité de la mort, regarde un instant et se rendort…

Vous auriez arrêté un passant il y a six mois et vous lui auriez dit :

— A qui le service de la Sûreté confie-t-il, à votre avis, les fonctions d’inspecteur principal de la Sûreté dans un poste comme celui d’Avricourt ?

Ce passant vous aurait répondu avec le plus tranquille optimisme :

— Évidemment, on confie ce poste à quelqu’un de particulièrement sûr. Ce sont là des fonctions exceptionnellement délicates. L’homme qui est chargé de cet emploi, est forcément initié à tous les secrets de notre service d’informations, il connaît le nom des Alsaciens-Lorrains qui nous sont fidèles, il peut jouer un rôle considérable dans un incident de frontière.

Or, il se trouve, toujours par hasard, qu’Isaïe Levaillant, qui de son vrai nom s’appelle Weill, ou Isaias Jacob, ou Rech (on n’a jamais bien su au juste) avait pris pour cette fonction un homme du nom de Kuehn (Kohn, Kahn, Cahen), qui était un simple déserteur et qui fut condamné à deux ans de prison le mois dernier ; c’est lui qui a vendu Schœneblé. On n’avait jamais songé, parait-il, à ouvrir une enquête sur ce Kuehn avant de l’employer, à s’informer des garanties qu’il pouvait présenter. Mais en voilà assez sur ce sujet : vous me comprenez...


A défaut de stratèges extraordinaires, la France avait pour elle une force énorme : elle était riche... elle aurait pu constituer un trésor de guerre plus considérable que celui de Spandau. Elle pouvait dire à la Russie : « Mettez sur pied des centaines de milliers d’hommes, battez le rappel dans toutes les steppes, faites des appels de clairon à toutes les extrémités de votre immense empire ; nous garantissons tous les emprunts. »

Maître du Parlement par la Franc-Maçonnerie, qui est tout entière entre les mains des Juifs allemands, Bismarck a trouvé moyen de nous enlever cette arme. En quelques années, les députés républicains ont augmenté notre dette de six milliards en rente consolidée, plus deux milliards en dette flottante. La France est aujourd’hui aux abois. Sans guerre nous avons plus dépensé que Napoléon Ier pour conquérir l’Europe[4]. L’invasion des républicains nous a coûté plus cher que l’invasion allemande.

A quoi ont servi ces sommes fabuleuses ? A rien. Cet argent est passé, comme on dit aux champs, « en fiente d’oiseau. »

Quel est le Français travailleur et honnête qui puisse se lever et dire : « Ce gigantesque déplacement monétaire m’a été utile, à moi ? » Quel est l’ouvrier, le facteur rural, le petit employé, qui osât m’écrire, en signant de son nom : « On a emprunté des sommes folles, mais du moins on a consacré une partie de cet argent à améliorer mon sort ? »

Ce remuement d'or n’a profité qu’aux Juifs ; et la meilleure preuve c’est que, si le facteur rural et le petit employé se trouvent toujours dans la même situation, si l’ouvrier mourant de faim frappe en vain à la porte d’usines qui se ferment partout, les Juifs que nous avons vus arriver en 1871 et en 1872, traînant la savate et vivant du commerce des lorgnettes, ont aujourd’hui les plus beaux hôtels de Paris et les chasses princières des départements. Prenez dans le Gaulois la liste des invités d’une grande fête mondaine ou des spectateurs d’une représentation extraordinaire quelconque, et demandez aux Hébreux qui figurent là au premier rang ce qu’ils avaient il y a vingt ans ! S’ils n’avaient pas et s’ils ont, il a bien fallu qu’ils prennent quelque part ce qu’ils ont…

Tant que la France a eu de l’argent, la presse républicaine au service de l’Allemagne a prêché l’amour de la paix, l’oubli des injures, le recueillement, comme on disait, dans les gloires fécondes du travail.

Quand il a été bien démontré que nous n’avions plus le sou, la même presse a commencé à surexciter les esprits : « L’Alsace-Lorraine ! Cela ne peut pas se passer comme cela ! Simperlipopette ! Nous n’avons pas peur des Allemands ! »

Les journalistes juifs d’outre-Rhin, qui s’entendent comme larrons en foire avec ceux de France ont donné la réplique : « Pour qui nous prenez-vous ? Tarteiffle ! Croyez-vous que nous ayons peur de vous[5] ? »

Si vous compreniez le Judische, le patois hébreo-germain, vous entendriez ces deux compères qui font semblant de marcher l’un sur l’autre le poing levé, se dire à l’oreille : « Cela ne va pas mal ! Qu’est-ce qu’on fait en Bourse ? »


Le crédit aurait pu nous créer des ressources à l’instant suprême. Les républicains, toujours unis à l’Allemagne, se sont arrangés pour nous enlever cette planche de salut. C’est là qu’il faut chercher l’explication de la catastrophe de l’Union générale, que Bleischrœder vint organiser lui-même à Paris avec Rothschild, grâce à la complicité de Freycinet, de Léon Say et d’Humbert.

Pour comprendre cette opération, il n’est nul besoin d’être un très fin politique ; il suffit de regarder agir Bismarck. Que fait-il au moment où la guerre semble imminente entre l’Allemagne et la Russie ? il ferme le crédit à la Russie, il chasse les valeurs russes du marché de Berlin. Que font nos ministres républicains ? En bons serviteurs de l’Allemagne, ils ruinent les banquiers français, et mettent toutes les finances nationales entre les mains d’un Juif de Francfort.

Que pouvez-vous espérer dans ces conditions ? S’il existait un second réservoir de capitaux, la lutte serait possible pour nous, nous pourrions, à un moment donné, discuter les conditions ; mais les financiers français savent ce qui les attend. Léon Say leur a dit : « Si vous essayez de vous grouper et de résister aux Rothschild, nous lâcherons sur vous un Loëw quelconque, et vous serez traduits en police correctionnelle. »

Les banquiers se sont tenus pour avertis, ils ont cédé la place de Paris aux Juifs allemands.

Ce serait de la pure folie, si ce n’était la plus vulgaire des trahisons.

Si l’on proposait à Bismarck de sacrifier les banquiers allemands à un banquier de Paris ou de Lyon, il serait pris d’un rire inextinguible qui ferait sauter tous les boutons de son uniforme de cuirassier blanc. Les Français ont une telle anémie du cerveau, qu’ils trouvent tout naturel de prendre un Juif de Francfort pour maître de nos finances, pour chef suprême du marché français.

Je ne crois pas, d’ailleurs, que la guerre éclate avant un an. Les Rothschild prétendent que nous sommes encore bons pour un milliard. Ils décideront, à force de pots-de-vin, les républicains à lancer cet emprunt, et quelques députés conservateurs auront la faiblesse de le voter, comme ils ont voté la dernière conversion. Après cet emprunt, notre affaire est réglée : nous aurons la guerre, et nous serons tellement obérés, que nous ne trouverons plus un maravédis pour la faire…

Jamais l’écrasement d’un peuple ne fut préparé avec une plus incomparable habileté, avec une prévoyance plus attentive aux moindres détails. Toutes les sources vives de la vie du pays sont attaquées.

L’agriculture se meurt : on vote à grand’peine un droit de 5 francs sur les céréales, pour permettre à nos malheureux paysans de se tirer d’affaire à la rigueur. L’année, qui s’annonçait d’abord mauvaise, devient favorable ; un peu d’espoir rentre au cœur des travailleurs des campagnes : la Graineterie française, qui, tout entière aux mains des Juifs allemands, a pris ce titre par ironie, agiote sur les blés ; une baisse se déclare, et le maigre bénéfice qu’espéraient les cultivateurs est perdu pour eux.

Ce n’est pas moi qui ai inventé cela par esprit de parti ; ce sont tous les journaux agricoles, fort étrangers aux questions de race et aux doctrines antisémitiques, qui constatent les ravages exercés par la bande juive. C’est le Franc Picard, par exemple, qui dit :


« L’auteur de la France Juive écrit-il encore dans les journaux ? Si oui, comment se fait-il que les gazettes agricoles n’aient pas reçu de M. Drumont un chapitre débordant d’actualité sur l’Agriculture juive ?

« Allons, braves agriculteurs de France ! vous avez votre terre, vous labourez, sarclez, moissonnez et même engrangez ; mais voici que le Juif veut recueillir la véritable récolte, la rente de votre terre, de vos sueurs et de vos laborieuses combinaisons. Cette malheureuse pièce de cent sous sur laquelle vous comptiez pour solder vos impôts, nourrir votre famille, améliorer vos terres, faire honneur enfin à vos affaires ; cette pièce de cent sous de surtaxe qui vous appartenait depuis longtemps à titre de restitution, eh bien ! c’est le Juif qui la happe au passage.

« Ah ! cet oiseau de proie est supérieurement habile et adroit ! Il joue à la Bourse le fruit de vos labeurs, il accapare à terme vos blés disponibles ; il fait la baisse, selon son intérêt, et, comme son intérêt du moment était à la baisse, il vous a précipité les cours du blé de 4 francs le quintal, juste à l’heure ou vous auriez eu besoin de vendre et de payer.

« Cet effondrement des cours est une calamité pour vous ; rien ne le faisait prévoir, rien ne le motivait, sinon les petites affaires, le petit métier de la Juiverie amie et protectrice de M. Ferry, de cette même République que ce Monsieur déclarait être avant tout la République des paysans,

« Vous commencez, n’est-ce pas, à comprendre dans quel sens ?

« Et dire que ce n’est là encore que le commencement, et que les gros financiers qui vous portent tant d’intérêt, se préparent à vous doter d’une jolie petite machine aspirante que l’on appellera le Crédit de l’Agriculture ! » Si l’Angleterre se déclare contre nous[6], si l’escadre allemande et l’escadre italienne bloquent nos ports et interceptent les convois d’Amérique, ou prendrez-vous votre blé, puisque les agriculteurs ruinés quittent les champs pour essayer de gagner leur vie dans les villes, et que, dans certaines régions, la moitié des terres est en friche ?


Il y a deux ans, on m’aurait répondu : « Nous avons notre flotte. » Tout le monde aurait haussé les épaules si je m’étais avisé d’écrire dans la France Juive ce que Raoul Duval expliquait au groupe de camarades qui se réunissaient aux Spartiates : « Notre flotte est au-dessous de celle d’Italie ! »

« Voyons, m’auraient dit les amis plaintifs, ne gâtez pas les excellentes choses que contient votre livre par des exagérations. Comment voulez-vous que nous en soyons là, lorsque la France, en 1882, a payé le plus énorme des budgets connus : trois milliards sept cents millions de francs ; l’Himalaya des budgets, un budget comme aucune nation n’en a jamais payé. »

La séance de la Chambre du 9 février dernier a montré jusqu’à l’évidence la vérité de ce que nous racontait Raoul Duval.

Si nous avions eu la guerre à ce moment, nous étions hors d’état de lutter avec l’Italie dans la Méditerranée : la flotte italienne nous était supérieure. Nous avions en tout quatre cuirassés à opposer aux huit cuirassés italiens. Nos côtes n’étaient pas fortifiées, nos grands arsenaux pouvaient être enlevés d’un coup de main…

— Trois milliards sept cents millions !

— Oui, Monsieur.

— Qu’est-ce qu’ils peuvent faire de tout cet argent-là ?

— Je l’ignore, mais je pense que tout n’est pas perdu. Tous les anciens ministres sont à leur aise…


La passivité avec laquelle la France, qui commence cependant à en avoir assez, a supporté toutes ces dilapidations, toutes ces trahisons, est évidemment chez une nation un signe inquiétant d’imbécillité sénile.

N’est-ce pas une nécessité que de réagir par des vérités brutales contre l’universel, le perpétuel mensonge qui fait le fond de la vie actuelle ?

Mentir pour calomnier le prêtre semble tout naturel à cette presse servile, qui n’a que des adulations pour les Juifs qui possèdent des milliards, et réserve ses injures pour l’humble desservant à 900 francs.

Chose bizarre ! cette calomnie n’indigne que médiocrement l’opinion. Les impies eux-mêmes ont une si haute conception de la grandeur du prêtre français, que la persécution semble le lot de ce sublime sacrifié. Le prêtre lui-même proteste à peine : il accepte ces outrages comme une épreuve qui le sanctifie davantage. Devant les plus monstrueuses machinations de la Franc-Maçonnerie, il se contente de répondre : Beati qui persecutionein patiuntur propter justitiam, quoniam ipsorum est regnum cœlorum.

Il serait temps que les catholiques, que les prêtres eux-mêmes vinssent dire à tous :

« Prenez garde ! ce système de mensonge général organisé dans la presse ne s’adresse pas au prêtre seul ; il s’applique à toutes les manifestations de la vie sociale du pays ; ce ne sont plus les âmes seulement, c’est l’existence même de la France, c’est la vie de vos enfants qu’il menace.

« Ferry a menti comme un drôle au moment de l’article 7, et vous n’en avez éprouvé aucun dommage direct ; vous avez dit : « Que les moines s’arrangent ! » Mais le fourbe a menti ensuite avec la même impudence quand il s’est agi de l’expédition du Tonkin, et les fils forts et vaillants que vous attendiez au village pour vous aider à faire la moisson, sont restés là-bas dans les rizières ensanglantées ; ceux qui sont tombés vivants aux mains de l’ennemi ont subi d’effroyables tortures, ils ont été affreusement mutilés, on leur a coupé les bras et les jambes, et il n’est plus resté d’eux qu’un tronc informe. Quelques-uns sont revenus en morceaux, comme le martyr que nous montre Léon Cladel dans Kin… Kin…, remuant le tronçon de sa langue arrachée pour murmurer : Frrry… Frrry… Trouvez vous que le mensonge soit aussi inoffensif que cela ?… »


Dieu veuille que, sous sa forme nouvelle, mon livre puisse aider à cette œuvre, éclairer quelques-uns de mes concitoyens ! Nous sommes au milieu des pactes et des conjurations : pour ne pas mourir, il nous faut déjouer à la fois les manœuvres de la Franc-Maçonnerie et les calculs de la Kabbale juive. Notre chère France, étrangère à tout sentiment de réalité, ensorcelée par la presse d’Israël, court au bord des précipices avec l’insouciance des somnambules. Peut-être reprendra-t-elle à temps conscience et possession d’elle-même ? peut-être aussi ne se réveillera-t-elle que lorsqu’il sera trop tard, à la clarté aveuglante des éclairs et au bruit tragique de la foudre ?

Ceux qui ont été pour la France juive des lecteurs et des amis de la première heure, peuvent attester que tout ce que j’ai dit dans cet ouvrages est réalisé point pour point. Malgré tout l’or d’Israël, aucun écrivain sérieux ne s’est levé pour réfuter mes affirmations.

Seul, un ancien trésorier payeur général est descendu dans la lice, mais il ne brilla point comme champion. Pour combattre la France juive, il se contenta d’inventer quelques récits, plus ou moins scatologiques sur Mgr Gousset, de vénérable mémoire, et de raconter l’histoire d’une femme de Vannes nommée la Jarnotte, qui, paraît-il, s’oubliait légèrement sur ses andouilles, afin de les rendre plus savoureuses…

Ainsi que l’a dit Albert Rogat dans l’Autorité, « c’est excessivement malpropre ; mais, comme réfutation de la France juive, c’est cruellemment insuffisant. »

Avec leur ordinaire mauvaise foi, les Sémites, du reste, ont constamment transporté le débat en dehors de son véritable terrain. J’avais traité la question économique et sociale, et parlé des effroyables exactions exercées par une race parasite sur le peuple qui lui avait donné l’hospitalité ; j’avais montré par quels moyens odieux et vils, par quels coups de Bourse cyniques, par quel agiotage scandaleux s’étaient constituées ces fortunes mondiales qui suffiraient à faire vivre cent mille familles : les Juifs m’ont répondu en m’accusant d’attaquer leur religion.

M. Lisbonne, président du Conseil général de l’Hérault et député aujourd’hui, ayant entonné cet air dans une lettre rendue publique, je lui ai mis sous le nez les passages de journaux juifs où des officiers français, coupables seulement d’aller à la Messe sont traités de « cléricaux », de « polichinelles de sacristie » et de « pierrots d’église », et je l’ai défié de citer rien de ce genre dans la France juive.

Si M. Zadoc-Khan, le grand rabbin, était frappé par la mort devant les rouleaux de la Thora, en récitant le schema d’Israël, je ne songerais pas à insulter ce cadavre ; et si une pareille idée me pouvait venir, tous mes amis chrétiens seraient d’accord pour me blâmer.

Les Juifs n’ont pas ces scrupules, et la mort à l'autel d’un prêtre de Jésus-Christ, d’un père omnia, comme ils disent, excite chez eux des accès d’irrésistible gaieté.


Dimanche, à Soulaincourt, écrit à la Lanterne[7] son correspondant de la Haute-Marne, au moment où il récitait ses oremus devant l'autel, notre père omnia a été subitement frappé d’une attaque d’apoplexie. Il est tombé comme foudroyé. Et ni les anges du ciel, ni les saints du paradis, ni les petits bondieux de farine qui se trouvaient près de lui, dans la bernacle, ne sont accourus pour le relever.

Les dévotes ont dû le transporter à la sacristie, et de là sur son lit.

Pauvre père omnia ! Priez pour lui, mes frères, car le Ciel l’abandonne !


Per omnia sæcula sæculorum.

— Amen.

Qui n’a été remué par cette parole, qui retentit grave et solennelle dans le sanctuaire, comme si un écho de l’Éternité répondait tout à coup à la prière des mortels éphémères, qui demain auront vécu ?

Cela fait rire les Juifs, paraît-il. Ce qui nous fait rire, nous, c’est de penser qu’on reprendra à ces pillards allemands tout l’argent qu’ils nous ont volé. Chacun rit comme il veut. De quel droit M. Léonce Raynaud et M. Lisbonne veulent-ils m’empêcher de rire ?

Per omnia sæcula sæculorum… La prière des représentants de cette Église qui a les paroles de la Vie éternelle, s’entendra encore longtemps après qu’on aura balayé tous ceux qui, en essayant de frapper les prêtres, ont été les instruments du complot maçonnique contre la France elle-même.

Où sont-ils tous ? où les Gambetta, et les Grévy, et les Paul Bert, et les Cazot ? Tous s’engloutissent dans des aventures ignominieuses ; ils ne sont pas foudroyés comme les Titans, ils glissent sur une pelure d’orange et piquent une tête dans le ruisseau. Une femme exaspérée entre dans la maison de Ville-d’Avray, et voilà Gambetta mort ! Un officier perd la tête à Lang-son, et Ferry est réduit à s’enfuir du Palais-Bourbon sur une échelle ! Cazot, le garde des sceaux, finit plus simplement dans la faillite d’une affaire véreuse. Restait Grévy, la Vertu même… On sait comment ce jurisconsulte descendit majestueusement du pouvoir.

C’est le moment cependant d’ouvrir l’œil. Quand arrivera le jour de rendre des comptes, les Républicains francs-maçons feront comme les malfaiteurs qui, afin de cacher leurs méfaits, mettent le feu à la maison qu’ils viennent de saccager : ils nous lanceront dans une guerre insensée avec d’autres Caffarelet d’autres Thibaudin.


Que nos bons prêtres ne se lassent pas d’expliquer la situation et de faire bien voir au peuple ce qui se passe.

Au quinzième siècle, la France était aussi malade qu’aujourd’hui… La chevalerie dégénérée ne pensait qu’aux fêtes, comme le high life de Paris. Les âmes désespérées étaient en proie à tous les vertiges, et les rondes infernales qu’hommes et femmes, pris de crises nerveuses, formaient spontanément à tous les carrefours, ressemblaient bien à l’espèce de trépidation générale qui entraîne, à l’heure actuelle, notre société délirante.

Les moines sauvèrent notre France. Des cloîtres sortit ce livre inspiré directement de Dieu l’Imitation, si douce, si suave, si calmante, si fortifiante aussi, qui mit un peu d’apaisement dans ce monde en désarroi. Puis les Frères prêcheurs allèrent de ville en ville et de bourgade en bourgade, relevant les esprits, et en même temps donnant des conseils pratiques, s’occupant du ravitaillement des troupes avec plus de soin que nos intendants de la dernière guerre ; ils disaient aux paysans, comme le Frère Richard, le confident de Jeanne d’Arc : « Braves gens, ne vous découragez pas, semez fèves à foison car l’armée va venir délivrer la Patrie, et il faut qu’elle puisse vivre. »

Nos prêtres ont une mission analogue à remplir : faire toucher du doigt à chacun ce qui menace le pays, expliquer que la persécution religieuse n’est que la préface du complot organisé pour la ruine de la France, montrer clairement que notre sort est entre les mains de quelques Juifs allemands, qui ne rêvent que de la gigantesque opération à faire pour la rançon de vingt milliards que la Prusse nous demandera…

Quand, dans un village, un homme intelligent aura compris, il aidera les autres à comprendre, et tous se diront : « L’instant est grave : pardonnons-nous réciproquement nos petits défauts, serrons les rangs, tenons-nous unis entre gens de même religion, entre gens de même race, entre gens dont les grands-pères et les arrière-grands-pères ont vécu et sont morts depuis des siècles sur la terre française… »


3 mai 1888.
E. D.


INTRODUCTION


LA CONQUÊTE JUIVE


Jacobins anciens et nouveaux. — Cazot, Poulet, Bouchet. — Le Juif et la Révolution française. — Les fortunes juives. — Les milliards des Rothschild. — Les razzias d’Erlanger. — Le duc de La Rochefoucauld-Doudeauville. — Misère intellectuelle de la bourgeoisie française. - Défaillances morales. — Triomphe des Juifs. — Agonie de la France.


Taine a écrit la Conquête jacobine. Je veux écrire la Conquête juive.

A l'heure actuelle, le jacobin, tel que nous l’a décrit Taine, est un personnage du passé égaré au milieu de notre époque ; il a cessé d’être dans le mouvement, comme on dit.

Quand il veut se nantir lui-même, le jacobin d’aujourd’hui échoue misérablement. Voyez Cazot, voyez Marius Poulet et Brutus Bouchet : ces purs, hirsutes et mal peignés, n’ont pas eu la légèreté de touche qu’il fallait pour réussir. Figurez-vous un pick-pocket qui ferait des bleus à ceux qu’il fouillerait, marcherait sur la queue des chiens, ou casserait des carreaux au moment d’opérer ; tous les regards se porteraient sur lui et la foule le poursuivrait en criant : « Hou ! hou ! »

La seule ressource du jacobin, en dehors de ce qu’il nous extorque par le budget, est de se mettre en condition chez Israël, d’entrer comme administrateur dans quelque compagnie juive où on lui fera sa part.

Le seul auquel la Révolution ait profité est le Juif. Tout vient du Juif ; tout revient au Juif.

Il y a là une véritable conquête, une mise à la glèbe de toute une nation par une minorité infime mais cohésive, comparable à la mise à la glèbe des Saxons par les soixante mille Normands de Guillaume le Conquérant.

Les procédés sont différents ; le résultat est le même. On retrouve ce qui caractérise la conquête : tout un peuple travaillant pour un autre, qui s’approprie, par un vaste système d’exploitation financière, le bénéfice du travail d’autrui. Les immenses fortunes juives, les châteaux, les hôtels juifs, ne sont le fruit d’aucun labeur effectif, d’aucune production ; ils sont la prélibation d’une race dominante sur une race asservie.

Il est certain, par exemple, que la famille des Rothschild, qui possède ostensiblement trois milliards, rien que pour la branche française, ne les avait pas quand elle est arrivée en France ; elle n’a fait aucune invention, elle n’a découvert aucune mine, elle. n’a défriché aucune terre : elle a donc prélevé ces trois milliards sur les Français, sans leur rien donner en échange.

Cette fortune énorme s’accroît par une progression en quelque sorte fatale. Le Dr Ratzinger l’a dit très justement :

« L’expropriation de la société par le capital mobile, s’effectue avec autant de régularité que si c’était là une loi de la nature. Si on ne fait rien pour l’arrêter, dans l’espace de 50 ans, ou, tout au plus, d’un siècle, toute la société européenne sera livrée, pieds et poings liés, à quelques centaines de banquiers juifs. »

Toutes les fortunes juives se sont constituées de la même façon, par une prélévation sur le travail d’autrui.


Ce qu’un homme comme Erlanger a pu prélever sur l’Épargne, soit directement, soit par les Sociétés financières qu’il a fondées ou dont il a été l’instigateur, est inouï. J’ai eu l’idée de résumer cette vie financière en un tableau d’une rigoureuse exactitude, en réduisant les pertes pour le public aux proportions les plus modestes. Elles dépassent 200 millions.

Certaines de ces affaires, dont les actions valent aujourd’hui zéro, et qui n’ont pu être lancées que par des moyens frauduleux, sont évidemment de pures et simples escroqueries.

Ce détournement énorme de l’argent acquis par les travailleurs ne s’en est pas moins accompli avec une impunité absolue.

Sans doute, il est très explicable que des ministres de la justice, francs-maçons et inféodés aux Juifs, comme les Cazot, les Humbert, les Martin-Feuillée, les Brisson, les Goblet, les Fallières ; des magistrats comme Loew, Dauphin et Bouchez, ne trouvent point ces faits répréhensibles. Mais la magistrature a eu à sa tête, avant eux, des hommes d’une intégrité indiscutable, comme les Tailhand, les Ernoul, les Depeyre ; ils n’ont pas agi davantage que les ministres francs-maçons.

Regardez le duc de La Rochefoucauld-Bisaccia (auiourd’hui duc de La Rochefoucauld-Doudeauville), que je prends ici, sans nulle animosité particulière, comme un personnage représentatif, ainsi que s’expriment les Anglais, comme le représentant de l’aristocratie. Il reçoit parfaitement Erlanger chez lui ; la baronne Erlanger fait partie, à Deauville, de la société selected de la duchesse de Bisaccia.

Ce qui fait l’immoralité des jours actuels, ce n’est pas tant le nombre des coquins qui volent, que le nombre des honnêtes gens qui trouvent tout simple que l’on vole.

S’il en est ainsi, c’est que la plupart des catholiques eux-mêmes sont absolument étrangers à l’économie sociale chrétienne. Ils ne se doutent pas que si l’homme a été condamné par Dieu au travail, le devoir de la société, sa raison d’être, est d’empêcher qu’on ne le dépouille, soit par la violence, soit par la ruse, du fruit de ce travail.

Si l’ancienne société put vivre tranquille et heureuse sans connaître les guerres sociales, les insurrections, les grèves, ce fut parce qu’elle reposait sur ce principe : « Pas de bénéfice sans travail. » Les nobles devaient combattre pour ceux qui travaillaient ; tout membre d’une corporation était tenu de travailler lui-même, et il lui était interdit d’exploiter, grâce à un capital quelconque, d’autres créatures humaines, de percevoir sur le labeur du compagnon et de l’apprenti aucun gain illicite.

Aujourd’hui, grâce au Juif, l’argent, auquel le monde chrétien n’attachait qu’une importance secondaire et n’assignait qu’un rôle subalterne, est devenu tout-puissant. La puissance capitaliste, concentrée dans un petit nombre de mains, gouverne à son gré toute la vie économique des peuples, asservit le travail et se repaît de gains iniques acquis sans labeur.

Ces questions, familières à tous ceux qui pensent en Europe, sont presque inconnues en France. La raison en est simple. Le Juif Lassalle lui-même a constaté combien était mince le fond intellectuel de la bourgeoisie, dont les opinions sont fabriquées par les gazettes. Or, presque tous les journaux et tous les organes de publicité en France, étant entre les mains des Juifs, ou dépendant d’eux indirectement, il n’est pas étonnant que l’on nous cache soigneusement la signification et la portée de l’immense mouvement antisémitique qui s’organise partout.

Tandis que le moindre personnage juif est surfait, tambouriné, célébré sur tous les tons, de vrais grands hommes, des patriotes au cœur ardent, comme Simoniy, Istoczy, Onody, Stœcker, sont absolument ignorés de nous. Il faut avoir approché quelques-unes de ces magnifiques individualités, avoir causé avec un de ces penseurs austères, illuminés par le génie, pour comprendre ce qu’a encore en réserve cette admirable race aryenne, qui a déjà rendu tant de services à l’Humanité.


En tous cas, il m’a paru intéressant et utile de décrire les phases successives de cette Conquête juive ; d’indiquer comment, peu à peu, sous l’action juive, la vieille France s'est dissoute, décomposée ; comment à ce peuple désintéressé, heureux, aimant, s’est substitué un peuple haineux, affamé d’or et bientôt mourant de faim.

Mon livre se rattache à tous les travaux tentés, sous des formes différentes, par les psychologues et les romanciers, par les critiques et les chroniqueurs.

Chacun a le pressentiment d’un immense écroulement et s’efforce de fixer un trait de ce qui a été, se hâte de noter ce qui demain ne sera plus qu’un souvenir.

Ce qu’on ne dit pas, c’est la part qu’a l’envahissement de l’élément juif, dans la douloureuse agonie d’une si généreuse nation ; c’est le rôle qu’a joué, dans la destruction de la France, l’introduction d’un corps étranger dans un organisme resté sain jusque-là. Beaucoup le voient, en causent à table, s’indignent de rencontrer partout des Sémites tenant le haut du pavé ; mais ils aiment la paix, et, pour des causes multiples, évitent de coucher leurs impressions sur le papier.

Il eût été plus sage, peut-être, d’imiter cette prudence ; mais je me souviens que saint Jean range les timides parmi ceux qui peuplent l’abîme infernal, et je ne regrette pas d’avoir publié ce livre.

En réunissant dans cette étude des raisons et des causes, tout l’effort de notre travail et de notre bonne volonté, nous mériterons que ceux qui viendront après nous disent de nous : « Ils n’ont rien pu empêcher, sans doute, mais ils ont bien discerné les sources du mal, et ils les ont signalées avec intelligence et courage : ils n’ont été traîtres ni envers Dieu, ni envers la Patrie ; ils n’ont été ni imbéciles ni lâches. »

8 décembre 1885.


LIVRE PREMIER

________


LE JUIF


Les faits et gestes des Juifs, ainsi que leurs mœurs, sont choses inconnues du monde. On croit les connaître, parce qu’on a vu leur barbe ; mais on n’a vu d’eux que cela, et, comme au moyen âge, ils sont toujours un mystère ambulant.

__________Henri Heine.


CHAPITRE PREMIER


Le Juif. — Le type. — Aryens et Sémites. — L’oppression du Juif. — Le mépris du goy. — Le Juif civilisé et le Juif nature.


I


Il nous faut, au début de cette étude, essayer d’analyser cet être particulier, si vivace, si complètement différent des autres êtres : le Juif.

La tâche, au premier abord, paraît facile. Nul type n’a une physionomie plus énergiquement caractérisée, nul n’a conservé plus fidèlement la netteté de l’effigie première. En réalité, ce qui nous gêne pour le bien comprendre et pour le bien peindre, ce sont nos propres idées, le point de vue où nous nous plaçons et qui est absolument distinct du sien.

« Le Juif est lâche », dit le vulgaire. Dix-huit siècles de persécutions, supportées avec une force d’endurance incroyable, témoignent que, si le Juif n’a pas la combativité, il a cette autre forme de courage qui est la résistance.

Lorsque nous voyons certains hommes, qui sont riches, qui avaient des noms honorés, servir un gouvernement qui outrage toutes leurs croyances, pouvons-nous sérieusement traiter de lâches des gens qui ont tout souffert plutôt que de renoncer à leur foi ?

« Le Juif a le culte de l’argent. » Cette constatation d’un fait évident est encore une phrase déclamatoire dans la bouche de la plupart de ceux qui la prononcent.

Voilà des grands seigneurs, des femmes pieuses, des habituées de Sainte-Clotilde et de Saint-Thomas d’Aquin, qui quittent l’église pour aller faire des salamalecs à un Rothschild, lequel regarde comme le plus vil des imposteurs le Christ qu’ils adorent. Qui les force à aller là ? L’amphitryon qui les attire a-t-il un esprit extraordinaire ? est-il un causeur incomparable ? a-t-il rendu des services à la France ? Nullement. C’est un étranger, un Allemand peu parleur, quinteux, et qui fait souvent payer en grossièretés à ses hôtes de l’aristocratie l’hospitalité qu’il leur donne par vanité.

Tous ces mépriseurs d’argent sont bien contents quand ceux qui l’ont ramassé veulent bien les en faire profiter.

Laissons donc de côté ces lieux communs. Demandons à un examen plus attentif et plus sérieux les traits essentiels qui différencient le Juif des autres hommes, et commençons notre travail par la comparaison ethnographique, physiologique et psychologique du Sémite et de l’Aryen, ces deux personnifications de races distinctes irrémédiablement hostiles l’une à l’autre, dont l’antagonisme a rempli le monde dans le passé, et le troublera encore davantage dans l’avenir.


II


Le nom générique d’Aryens ou Aryas, d’un mot sanscrit qui signifie noble, illustre, généreux, désigne, on le sait, la famille supérieure de la race blanche, la famille indo-européenne, qui eut son berceau sur les vastes plateaux de l’Iran.

La race aryenne rayonna sur le monde par des migrations successives. Les Ario-Pélasges (les Grecs et les Romains) s’arrêtèrent sur les bords de l’Hellespont et de la Méditerranée, tandis que les Celtes, les Ario-Slaves et les Ario-Germains se dirigeaient vers l’Occident, en contournant la mer Caspienne et en franchissant le Danube.

Toutes les nations de l’Europe se rattachent donc par les liens les plus étroits à la race aryenne, d’où sont sorties toutes les grandes civilisations.

Les Sémites, représentés par des familles diverses : la famille araméenne, la famille hébraïque et la famille arabe, semblent être originairement partis des plaines de la Mésopotamie.

Sans doute Tyr, Sidon, Carthage, atteignirent un moment à un haut degré de prospérité commerciale ; l’empire arabe, plus tard, eut une splendeur passagère : mais rien, dans ces établissements éphémères, ne ressemble à ces civilisations fécondes et durables de la Grèce et de Rome, à l’admirable société chrétienne du moyen âge.

La race aryenne ou indo-européenne possède seule la notion de la justice, le sentiment de la liberté, la conception du Beau.

Dès les premiers jours de l’histoire nous voyons l’Aryen en lutte avec le Sémite. Le conflit se perpétua à travers les âges, et presque toujours c’est le Sémite qui a été le provocateur avant d’être le vaincu. Le rêve du Sémite, en effet, sa pensée fixe, a été constamment de réduire l’Aryen en servage, de le mettre à la glèbe.

Aujourd’hui le Sémitisme a remplacé la violence par la ruse. A l’invasion bruyante a succédé l’envahissement silencieux, progressif, lent. Plus de hordes armées annonçant leur arrivée par des cris ; mais des individualités séparées, s’agrégeant peu à peu en petits groupes, se mettant à l'état sporadique, prenant possession sans éclat de toutes les places, de toutes les fonctions d’un pays, depuis les plus basses jusqu’aux plus élevées. Au lieu d’attaquer l’Europe en face, les Sémites l’ont attaquée à revers : ils l’ont tournée. Dans les environs de Wilna, ce Vagina Judœorum, se sont organisés des exodes qui ont occupé l’Allemagne, franchi les Vosges et conquis la France.

Rien de brutal, je le répète ; mais une sorte de prise de possession douce, une manière insinuante de chasser les indigènes de leurs maisons, de leurs emplois, une façon moelleuse de les dépouiller de leurs biens d’abord, puis de leurs traditions, de leurs mœurs, et enfin de leur religion. Ce dernier point, je le crois, sera la pierre d’achoppement.


III


Par leurs qualités, comme par leurs défauts, les deux races sont condamnées à se heurter.

Le Sémite est mercantile, cupide, intrigant, subtil, rusé ; l’Aryen est enthousiaste, héroïque, chevaleresque, désintéressé, franc, confiant jusqu’à la naïveté. Le Sémite est un terrien, ne voyant guère rien au delà de la vie présente ; l’Aryen est un fils du ciel, sans cesse préoccupé d’aspirations supérieures : l’un vit dans la réalité, l’autre dans l’idéal.

Le Sémite est négociant d’instinct ; il a la vocation du trafic, le génie de tout ce qui est échange, de tout ce qui est une occasion de mettre dedans son semblable. L’Aryen est agriculteur, poète, moine, et surtout soldat : la guerre est son véritable élément ; il va joyeusement au-devant du péril, il brave la mort.

Le Sémite n’a aucune faculté créatrice ; au contraire, l’Aryen invente ; pas la moindre invention n’a été faite par un Sémite. Celui-ci par contre exploite, organise, fait produire à l’invention de l’Aryen créateur, des bénéfices qu’il garde naturellement pour lui.

L’Aryen entreprend les voyages d’aventures et découvre l’Amérique ; le Sémite, qui aurait eu une si belle occasion de s’arracher fièrement à l’Europe, à la persécution, et de montrer qu’il était susceptible de faire quelque chose par lui-même, attend qu’on ait tout exploré, tout défriché, pour s’enrichir aux dépens des autres.

En un mot, tout ce qui est une excursion de l’homme dans des régions ignorées, un effort pour agrandir le domaine terrestre, est absolument en dehors du Sémite, et surtout du Sémite juif ; il ne peut vivre que sur le commun, au milieu d’une civilisation qu’il n’a pas faite.

Le malheur du Sémite — retenez bien cette observation fondamentale en mémoire de moi — est qu’il dépasse toujours un point presque imperceptible qu’il ne faut pas franchir avec l’Aryen.

L’Aryen est un géant bon enfant. Il est heureux pourvu qu’on lui conte une de ces légendes dont a besoin son imagination éprise du merveilleux. Il a écouté longtemps la légende de 89, comme il eût écouté le récit d’un cycle chevaleresque. Un peu plus, et les rédacteurs de la République française lui auraient fait croire que les membres du gouvernement de la Défense nationale, montés sur des chevaux fougueux, comme les anciens preux, avaient bravé les plus affreux périls pour gagner la bataille de l’emprunt Morgan. Pendant qu’il est naïvement intéressé par ces prouesses, rien n’est plus facile que de lui enlever sa bourse, et même de lui enlever ses bottes, sous prétexte qu’elles le gêneraient pour marcher dans la voie du progrès.

A l’Aryen, je le répète, on peut tout faire ; seulement il faut éviter de l’agacer. Il se laissera dérober tout ce qu’il possède, et tout à coup entrera en fureur pour une rose qu’on voudra lui arracher. Alors, soudain réveillé, il comprend tout, ressaisit l’épée qui traînait dans un coin, tape comme un sourd, et inflige au Sémite qui l’exploitait, le pillait, le jouait, un de ces châtiments terribles dont l’autre porte la trace pendant trois cents ans.

Le Sémite, du reste, n’est nullement étonné. Il est dans son tempérament d’être oppresseur, et dans ses habitudes d’être châtié. Il trouve presque une certaine satisfaction quand tout est rentré dans l’ordre normal ; il disparaît, s’évanouit dans un brouillard, se terre dans un trou, où il rumine une nouvelle combinaison pour recommencer quelques siècles après.

L’intelligence du Sémite, si perspicace et si déliée, est, au fond, bornée ; il n’a ni la faculté de prévoir, ni celle de voir au delà de son nez recourbé sur la terre, ni le don de comprendre certaines petites nuances délicates comme des fleurs, et qui sont les seules choses en ce monde qui méritent que l’homme expose sa vie sans regret.

Les défauts du Sémite expliquent que l’antagonisme naturel qui existe entre l’Aryen et lui, se perpétue à travers les siècles.

Si vous voulez comprendre l’histoire du Moyen Age, regardez ce qui se passe chez nous.

La France, grâce aux principes de 89 habilement exploités par les Juifs, tombait en dissolution. Les Juifs avaient monopolisé toute la fortune publique, tout envahi, à part l’armée. Les représentants des vieilles familles, gentilshommes ou bourgeois, s’étaient divisés en deux classes : les uns se livraient au plaisir, avaient pour maîtresses des filles juives qui les corrompaient et les ruinaient, pour amis des marchands de chevaux ou des usuriers, juifs également, qui aidaient les filles ; les autres obéissaient à cette attraction de la race aryenne vers le Nirvana indou, le paradis d’Odin ; ils se désintéressaient presque du mouvement contemporain, ils se perdaient dans l’extase, ils n’avaient presque plus pied dans la vie réelle.

Si les Sémites avaient eu quelques années de patience, ils touchaient au but. Un des rares hommes vraiment sages qu’ils comptent parmi eux, un disciple de Philon, un représentant de l’école juive d’Alexandrie, Jules Simon, leur disait bien ce qu’il fallait faire : occuper la terre tout doucement, et laisser les Aryens émigrer au ciel.

Les Juifs n’ont jamais voulu entendre de cette oreille-là. La franc-maçonnerie a donné, les journaux juifs ont monté l’opinion ; on a prodigué l’or, on a payé largement les commissaires de police, qui, jusqu’au dernier moment, refusaient de se rendre coupables d’un crime.

Qu’est-il arrivé ? Ce que nous disions plus haut. L’Aryen, agacé, troublé, blessé dans les sentiments de noblesse et de générosité innés chez lui, a senti le rouge lui monter au visage devant le spectacle de malheureux vieillards traînés hors de leur ? cellules par des argousins. Il lui a fallu un peu de temps pour réfléchir, pour rassembler ses idées, pour se recueillir.

— Enfin au nom de quel principe agit-on ? a-t-il demandé ?

— Au nom du principe de liberté, ont répondu en chœur les journaux des Porgès, des Reinach, des Dreyfus, des Eugène Mayer, des Camille Sée, des Naquet.

— En quoi consiste ce principe ?

— En ceci : un Juif quelconque sort de Hambourg, de Francfort, de Wilna, de n’importe où ; il amasse un certain nombre de millions aux dépens des goym ; il peut promener partout ses équipages ; son domicile est inviolable, à moins d’un mandat d’amener, que naturellement on ne décerne jamais.

— Au contraire, un Français natif, un Français naturel, pour employer le mot de Saint-Simon, se dépouille de tout ce qu’il possède pour le donner aux pauvres ; il marche pieds nus, il habite une chambre étroite et blanchie à la chaux, dont ne voudrait pas le domestique du domestique de Rothschild ; celui-là est hors la loi : on peut le jeter dans la rue comme un chien.

L’Aryen, réveillé de sa somnolence, jugea, non sans raison, que, du moment où l’on comprenait ainsi cette fameuse tolérance dont on parlait tant depuis cent ans, il valait encore mieux donner des coups que d’en recevoir ; il estima qu’il n’était que temps d’arracher le pays à des maîtres aussi peu endurants. « Puisque la robe de bure du moine gêne ta redingote, nous te remettrons la loque jaune, mon vieux Sem. » Telle fut la conclusion de ces méditations.

C’est de cette époque que date en France la première constitution du comité antisémitique, ou, pour être plus précis, antijuif.

Ce qui se passe en France s’est passé en Allemagne. Les Juifs avaient aidé tant qu’ils pouvaient au kulturkampf, poussé de toute leur énergie aux vexations contre les catholiques. Le kulturkampf est fini, et la guerre antisémitique commence à peine.

En lisant cet ouvrage jusqu’au bout, vous verrez d’ailleurs le même fait se reproduire, dans des conditions presque identiques, à toutes les époques et dans tous les pays.


IV


Il semble que le Juif, en revenant toujours aux procédés qui le font toujours chasser, obéisse véritablement à une impulsion irrésistible. L’idée de se conformer aux habitudes, aux traditions, à la religion des autres, n’entre pas dans ces cervelles. C’est vous qui devez vous soumettre au Juif, vous plier à ses coutumes, supprimer tout ce qui le gêne.

De cette société du passé, remarquez-le, ils veulent bien accepter tout ce qui flatte leur vanité ; ils recherchent avec un grotesque empressement les titres militaires de barons et de comtes, qui vont à ces manieurs d’argent comme un chapeau de femme à un singe. Il n’est pas d’abject tripoteur ou de fabricant de chaînes de sûreté, appartenant de près ou de loin à Israël, qui ne soit au moins chevalier de la Légion d’honneur, du Mérite agricole, ou officier d’Académie. Mais là s’arrête la condescendance ; dès qu’un de nos usages les choque, il faut qu’il disparaisse.

Le droit du Juif à opprimer les autres fait partie de sa religion. Contre le chrétien, le gentil, le goy (au singulier goy, au pluriel goym), tous les moyens sont bons.

L’évolution sociale du Sémite elle-même est absolument différente de la nôtre. Le type de la famille aryenne, dans l’état de civilisation, est la gens romaine, qui devint la famille féodale. Pendant de longues générations, la force vitale, le génie s’économisent ; puis l’arbre, dont les racines plongent dans le sol, porte au sommet un homme illustre, qui est comme le résumé des qualités de tous les siens. L’être prédestiné met un siècle parfois à se développer ; mais de l’extraction la plus humble sort une de ces figures complètes, charmantes et vaillantes, héroïques et lettrées, comme notre histoire en compte tant.

Dans la race sémitique, les choses se passent autrement. En dehors des familles sacerdotales, qui constituent une sorte de noblesse, la noblesse n’existe pas ; il n’y a pas de familles illustres. Quelques-unes se transmettent du crédit de père en fils ; dans aucune on ne se lègue de la gloire.

En moins de vingt ans, si les circonstances lui sont favorables, le Juif atteint tout son développement ; il naît au fond d’une judengasse ; il gagne quelques sous dans une première opération ; il se lance à Paris, se fait décorer par l’entremise d’un Dreyfus quelconque, achète un titre de baron, se présente hardiment dans un grand cercle, prend les allures de quelqu’un qui a toujours été riche. Chez lui la transformation est en quelque manière instantanée ; il n’éprouve nul étonnement ; il ignore absolument certaines timidités.

Prenez un Juif de Russie chez lui, sous sa thouloupe crasseuse, avec ses tirebouchons et ses boucles d’oreille, et, après un mois de bains, il s’installera dans une loge à l’Opéra avec l’aplomb d’un Stern ou d’un Gunzbourg.

Par contre, si le Juif arrive tout de suite à l’aplomb, il ne parvient jamais à la distinction. A part certains Juifs portugais, qui, jeunes, ont de beaux yeux, vieux, une certaine majesté orientale, vous ne trouverez jamais chez aucun d’eux ce je ne sais quoi de calme, d’aisé, de courtois, de digne, qui fait qu’un grand seigneur français authentique, un Français de race, eût-il un vêtement râpé, se reconnaît partout.

Le Juif est insolent, jamais fier ; il ne dépasse jamais ce premier degré, auquel d’ailleurs il atteint très facilement. Les Rothschild, malgré leurs milliards, ont l’air de revendeurs d’habits. Leurs femmes, avec tous les diamants de Golconde, ressembleront toujours à des marchandes à la toilette, non point endimanchées, mais ensabbatées.

Il manquera toujours au Juif, vis-à-vis du chrétien, ce qui est l’attrait des rapports sociaux : l’égalité. Le Juif — qu’on tienne bien compte encore de cette observation — ne sera jamais l’égal d’un homme de race chrétienne. Il rampe à vos genoux, ou il vous écrase sous son talon ; il est dessous ou dessus, jamais à côté.

Il faut le tenir à la main soigneusement. Que l’on cause avec un millionnaire ou avec un besoigneux, il faut lui rappeler à chaque instant qui vous êtes et qui il est.

Une autre cause rend le Juif peu propre aux relations où l’on se propose un autre but que l’intérêt : c’est la monotonie du type. Tandis que la race aryenne comporte une variété infinie d’organisations et de tempéraments, le Juif, lui, ressemble toujours à un autre Juif ; il n’a point de facultés, mais une aptitude unique, qui s’applique à tout : la Thebouna, cette subtilité pratique si vantée par les Moschlim, ce don merveilleux et inanalysable qui est le même chez l’homme politique que chez le courtier et qui le sert admirablement dans la vie.

En art, les Juifs n’ont créé aucune figure originale, puissante ou touchante, aucune œuvre maîtresse ; ils n’admettent que ce qui se vend ; ils font le sublime au besoin, le faux sublime bien entendu, mais ils préfèrent le bas, ce qui leur permet à la fois de s’enrichir en flattant les appétits grossiers de la multitude, et de servir leur cause en tournant en risée les enthousiasmes, les souvenirs pieux, les traditions augustes des peuples aux dépens de qui ils vivent.

S’agit-il de déchaîner avec une musique de carrefour la bande hurlante des Olodoches ? Strauss, le chef d’orchestre, lève son archet. Veut-on tourner l’armée en ridicule, au moment où une guerre terrible se prépare ? voilà Ludovic Halévy qui invente le général Boum. Est-il opportun pour nos ennemis que tout ce qu’un peuple respecte : l’héroïsme, l’amour honnête, les chefs-d’œuvre immortels, soient raillés à outrance ? Offenbach, l’agent prussien, est tout prêt. Est-il utile de déshonorer le théâtre de Racine et de Molière, de mettre la guillotine sur les planches, et d’introduire sur la scène, qui fut glorieuse, un personnage qui dise s. n. d. D. ? Le Juif Busnach s’offre à cette tâche.

Pendant que les Juifs allemands viennent commettre ces infamies en France, d’autres Juifs écrivent en Allemagne : « Voilà où en est la France, voilà sa littérature, voilà ce qu’elle produit ! »

Quand les ancêtres de ces hommes ont-ils prié avec les nôtres ? Dans quel coin de village ou de ville sont donc leurs tombeaux de famille ? dans quel vieux registre de paroisse trouvez-vous le nom de ces nouveaux venus, qui, il y a moins d’un siècle, n’avaient pas le droit d’habiter sur cette terre d’où ils veulent nous chasser maintenant ? En quoi se rattachent-ils aux traditions de notre race ?

Ainsi l’on répond aux vrais Allemands, aux compatriotes de Gœthe et de Schiller, en répudiant toutes ces pornographies et toutes ces opérettes. Ils vous disent alors : « Tant pis pour vous ! il ne fallait pas recevoir ces gens-là ; vous deviez bien supposer qu’ils ne venaient chez vous que pour vous déshonorer et vous trahir. »

Notons ce nouveau point encore, que vous ne pourrez pas citer un Juif qui soit un grand écrivain français.

Le Juif attrape admirablement le jargon parisien. Parler français est autre chose. Pour parler une langue, il faut d’abord penser dans cette langue : il y a entre l’expression et la pensée une corrélation étroite. Il faut avoir sucé en naissant le vin de la patrie, être vraiment sorti du sol. Alors seulement, qu’il s’agisse d’attaquer comme Voltaire, Paul-Louis Courier ou Proudhon, de défendre comme Louis Veuillot, votre phrase a un goût de terroir puisé à un fonds commun de sentiments et d’idées.

Cette impuissance à s’assimiler dans sa subsstance même la langue d’un pays s’étend jusqu’à la prononciation. Le Juif, qui parle si facilement tous les idiomes, garde toujours je ne sais quel accent guttural qui le décèle à un observateur attentif.


CHAPITRE DEUXIÈME


La constitution physique. — Le Juif portugais et le Juif allemand. — Solidarité des Juifs. — Le petit Mortara. — La duchesse de Berry et Deutz. — L’espionnage juif. — Un passage de Maxime du Camp. — Les célébrités du vol. — Les associations de voleurs juifs. — Impunité accordée aux Juifs aujourd’hui.


I


Maintenant que nous avons indiqué les traits principaux qui sont communs à peu près à tous les Sémites, examinons de plus près la race et l’espèce.

Les principaux signes auxquels on peut reconnaître le Juif restent donc : ce fameux nez recourbé, les yeux clignotants, les dents serrées, les oreilles saillantes, les ongles carrés au lieu d’être arrondis en amande, le torse trop long, le pied plat, les genoux ronds, la cheville extraordinairement en dehors, la main moelleuse et fondante de l’hypocrite et du traître. Ils ont assez souvent un bras plus court que l’autre[8].

Il est certain que les tribus ont conservé presque intacts les traits qui les distinguaient jadis, et dont plusieurs sont indiqués dans la Bible. Gambetta, avec son nez d’une courbe si prononcée, se rattachait à la tribu d’Éphraïm. Il en est de même de Reinach et de Porgès, ce qui explique leur sympathie mutuelle. Camondo, noir et velu, est de la tribu de Dan. Henry Aron, avec ses yeux striés de filaments rouges, se réclamait de la tribu de Zabulon. La Kaulla, blanche et fine, est de la tribu de Juda. Lockroy, avec sa petite tête chafouine, est d’Asser. Les innombrables Lévy, malgré des différences apparentes, appartiennent à la tribu de ce nom.

En dehors de ces nuances de tribus, encore mal définies, il faut distinguer dans le Juif deux types absolument distincts : le Juif du Midi et le Juif du Nord, le Juif portugais et le Juif allemand.

Les Juifs du rite portugais, on le sait, prétendent s’être installés en Espagne dès la plus haute antiquité ; ils rejettent avec horreur toute solidarité avec les déicides, ils prétendent même que les Juifs habitant Tolède ont écrit alors à leurs frères de Jérusalem pour les détourner de commettre un si grand crime.

Réchauffé par le soleil de l’Orient, le Juif du Midi est parfois beau physiquement ; il n’est pas rare de trouver en lui le type arabe conservé dans presque toute sa pureté. Quelques-uns font songer, avec leurs yeux de velours doux et caressants, mais toujours un peu faux, leur chevelure d’ébène, à quelque compagnon des rois Maures et même à quelque hidalgo castillan ; il faut, par exemple, qu’ils conservent leurs mains gantées : la race avide et basse apparaît vite dans ces doigts crochus, dans ces doigts toujours agités par la convoitise toujours contractés pour le rapt.

Le Juif allemand n’a rien de ces allures. Les yeux, chassieux, ne regardent point ; le teint est jaunâtre, les cheveux couleur de colle de poisson ; la barbe, presque toujours d’un roussâtre indéfinissable, est parfois noire, mais d’un noir vert, désagréable, et qui a des reflets de redingote déteinte. C’est le type de l’ancien marchand d’hommes, de l’usurier de bas étage, du cabaretier borgne. La Fortune, je l’ai dit, ne les change pas en les touchant de sa baguette. Ceux-là ont été décrits par un coreligionnaire appartenant à une famille bien cotée et presque considérable dans la Juiverie, M. Cerfbeer de Medelsheim.

Le Juif allemand, dit-il, est, au moral, vaniteux, ignorant, cupide, ingrat, bas rampant insolent ; au physique, il est sale, galeux et déguenillé. Les Juives sont impérieuses, crédules, médisantes, acariâtres, et fort sujettes à caution en matière de foi conjugale.

L’auteur porte ensuite contre les rabbins des accusations que nous ne reproduisons pas : car jamais un écrivain chrétien n’attaque un prêtre, à quelque religion qu’il appartienne ; il laisse cela aux écrivains de la presse juive, aux Mayer, aux Dreyfus. Parmi les Juifs allemands, les connaisseurs distinguent encore une variété : le Juif polonais, à gros nez, et cheveux crépus.

A ses entreprises de finance le Juif du Midi mêle un grain de poésie ; il vous prend votre bourse, — c’est la race qui veut cela, — mais à l’aide de conceptions qui ne manquent pas d’une certaine grandeur. Comme Mirés, comme Millaud, comme Péreire, il se frotte volontiers aux lettrés, il a des journaux où l’on écrit quelquefois en français, il recherche l’homme de plume et s’honore de l’avoir à sa table ; à la rigueur, si l’écrivain lui avait fait gagner cent mille francs, il lui mettait cinq cents francs sous sa serviette.

Le Juif du Nord n’a même pas le génie du commerce ; c’est le rogneur de ducats d’autrefois, celui qui, ainsi qu’on le disait à Francfort, faisait subir aux écus l’opération de la circoncision. Son confrère du Midi s’agite, se remue, s’ingénie ; lui ne bouge pas : immobile et stagnant, il attend le moment derrière son guichet ; il déprécie les titres comme il dépréciait les monnaies ; il s’enrichit sans produire jamais. L’un est la puce sautillante et gaie ; l’autre est le poux visqueux et gluant, vivant dans l’inertie aux dépens du corps humain.

Le Sémite religieux, celui qui se souvient encore des jours où il ouvrait sa tente pour prier aux rayons du soleil levant ; le Sémite relativement tolérant aussi, est l’homme du Midi. Ce haineux, le faiseur de caricatures obscènes, celui qui crache sur le crucifix, est l’homme du Nord.

Les Juifs du Midi cependant ont beaucoup plus souffert que les Juifs du Nord, mais ils ont été moins méprisés. Le martyre, comme il arrive, a grandi les descendants des victimes, tandis que l’habitude de vivre dans les humiliations publiques a plongé dans la dégradation les fils des Juifs allemands.

Ne vous y trompez pas cependant : le plus fort, le vrai Juif est le Juif du Nord. Péreire, poète et artiste jusqu’à un certain point, a essayé en vain de lutter contre Rothschild ; il a été obligé de renoncer au combat, d’où il était sorti fort meurtri.

Il semble que, par une logique assez naturelle, le triomphe momentané du Juif doive s’incarner dans le Juif complet, dans le vrai Juif, dans le Juif le plus rampant, le plus longtemps honni, au détriment du Juif déjà décrassé, poli, civilisé, humanisé.

Il ne faudrait pas d’ailleurs attacher plus d’importance qu’il ne convient à ces divisions. Portugais ou Allemands, tous, en dehors de dissentiments passagers, se tiennent étroitement unis contre l’étranger, le chrétien.


II


L’armée juive a donc à sa disposition trois corps d’armée :

Les vrais Juifs, les Juifs notoires, comme les appellent les Archives, qui vénèrent officiellement Abraham et Jacob, et qui se contentent de réclamer la possibilité de faire leur fortune en restant fidèles à leur Dieu ;

Les Juifs déguisés en libres penseurs (type Gambetta, Dreyfus, Raynal), qui mettent leur qualité de Juif dans leur poche, et persécutent les chrétiens au nom des glorieux principes de la tolérance et des droits sacrés de la liberté ;

Les Juifs conservateurs, qui, chrétiens d’apparence, unis aux deux précédents par les liens les plus étroits, livrent à leurs camarades les secrets qui peuvent leur servir.

Dans ces conditions, l’incroyable succès du Juif, quelque invraisemblable qu’il paraisse ; la façon inouïe dont il pullule, peuvent s’expliquer aisément.

La force du Juif, c’est la solidarité. Tous les Juifs sont solidaires les uns des autres, comme le proclame l’Alliance israélite, qui a pris pour emblème deux mains qui se rejoignent et s’entrelacent sous une auréole.

Ce principe est observé d’une extrémité à l’autre de l’univers avec une exactitude véritablement touchante. On devine quel avantage, au point de vue humain, ce principe de solidarité donne au Juif sur le chrétien, qui, admirable de charité, est étranger à tout sentiment de solidarité.

Nul plus que moi, on peut le croire, n’admire cette fleur sublime que le christianisme a fait éclore dans l’âme humaine : cette charité infatigable, inépuisable, ardente, qui donne toujours, qui donne sans cesse, qui donne non point l’argent seulement, mais le cœur lui-même, le temps, l’intelligence. Néanmoins, je voudrais indiquer dans cette œuvre, qui est un travail de rigoureuse analyse, la différence qui existe entre la solidarité du Juif et la charité du chrétien.

Les Chrétiens ouvrent leurs bras tout grands à toutes les infortunes ; ils répondent à tous les appels, mais ils ne se tiennent pas entre eux. Habitués, ce qui est assez naturel, à se considérer comme chez eux dans un pays qui leur appartient, ils n’ont point l’idée de se former en rangs serrés pour résister au Juif.

Le Juif en a donc assez facilement raison en les frappant isolément. Aujourd’hui, c’est un marchand dont un Juif convoite le fonds, et que tout le commerce israélite s’entend à conduire tout doucement à la faillite. Demain, c’est un écrivain qui gêne, et que les Juifs réduisent au désespoir et mènent à l’ivrognerie ou à la folie. Une autre fois, c’est un grand seigneur porteur d’un beau nom et qui aura rudoyé aux courses un baron suspect : on s’arrange pour procurer au malheureux une maîtresse juive ; un courtier affilié à la bande vient lui proposer une affaire avantageuse ; on amorce parfois la victime par un premier gain, et finalement elle se trouve à la fois ruinée et notée d’infamie.

Si le marchand, l’écrivain et le grand seigneur s’étaient entendus, s’ils s’étaient unis, ils auraient échappé, ils se seraient défendus mutuellement ; chacun aurait apporté un appui à l’autre ; mais, je le répète, ils succombent sans se voir, et sans soupçonner même quel a été leur véritable ennemi.

Grâce à cette solidarité, tout ce qui arrive à un Juif, dans le coin le plus reculé du désert, prend les proportions d’un événement.

La criaillerie du Juif rappelle toujours ces tumultes du moyen âge où un infortuné porteur de loque jaune, rossé pour un méfait quelconque, poussait des lamentations affreuses, qui agitaient tout le ghetto.

Par malheur pour les oreilles délicates, il y a constamment dans le monde un Juif qui crie et qui réclame quelque chose. Que réclame-t-il ? Ce qu’on lui a pris, ce qu’on aurait pu lui prendre, et enfin ce qu’il aurait pu gagner.

Qui a oublié Mortara, ce petit Juif à propos duquel toute la presse vendue à Israël accabla d’injures un saint pontife, qui se contenta de dire au gamin avec son sourire angélique : « Cher enfant, tu ne sauras jamais ce que ton âme m’aura coûté ! »

Le père Momolo Mortara était un type ; il exploitait son fils comme Raphaël Félix exploitait Rachel, qu’il s’était réservé le droit, dans son traité avec l’imprésario américain, de montrer morte et revêtue du péplum dans son cercueil.

Dès que le père Mortara avait besoin d’argent, il sentait sa douleur se renouveler et il allait trouver Cavour. Cavour, qui prétendait que l’affaire Mortara l’avait autant aidé à faire l’Italie que Garibaldi, donnait quelques ducats au père éploré ; les journaux libéraux français d’alors, les Débats, l’Opinion nationale, le Siècle, etc., qui applaudissaient à l’unité italienne, comme ils devaient, avec leur clairvoyance et leur patriotisme ordinaires, applaudir à l’unité allemande, entonnaient leur grand air de bravoure contre le fanatisme éternel, le Saint-Office, le despotisme papal ; ils versaient des larmes sur ce père qu’ils appelaient « une victime sacerdotale ».

La mort de Cavour et l’occupation de Rome par les Italiens ruinèrent ce pauvre Mortara, qu’on mit au rancart dès qu’on n’eut plus besoin de lui. Accusé d’assassinat, il passa devant la cour d’assises de Bologne le 28 octobre 1871, et il eut la chance d’être acquitté, grâce à l’appui des Francs-Maçons.


III


La patrie, dans le sens que nous attachons à ce mot, n’a aucun sens pour le Sémite. Le Juif — pour employer une expression énergique de l’Alliance Israélite — est d’un inexorable universalisme.

Je ne vois pas très bien pourquoi l’on reprocherait aux Juifs de penser ainsi. Que veut dire patrie ? Terre des pères. Le sentiment de la patrie se grave dans le cœur à la façon des noms écrits sur un arbre, et que chaque année qui passe creuse et enfonce plus profondément dans l’écorce à mesure que l’arbre vieillit, de façon que l’arbre et le nom ne fassent qu’un. On ne s’improvise pas patriote ; on l’est dans le sang, dans les moelles.

Le Sémite, perpétuellement nomade, peut-il éprouver des impressions aussi durables ?

En outre, le Juif a une patrie à laquelle il ne renonce jamais : c’est Jérusalem, la sainte et mystérieuse cité. En dehors de Jérusalem, tout pays, que ce soit la France, l’Allemagne ou l’Angleterre, est simplement pour le Juif un séjour, un lieu quelconque, une agglomération sociale au milieu de laquelle il peut se trouver bien, dont il peut même lui être profitable de servir momentanément les intérêts, mais dont il ne fait partie qu’à l’état d’associé libre, de membre temporaire.

Ici, nous touchons à un point que nous avons déjà indiqué et sur lequel nous aurons encore à revenir : l’affaissement incontestable de l’intelligence française, le ramollissement partiel qui se traduit à la fois par un sympathisme vague qui consiste à aimer tout le monde, et par une sorte de haine envieuse qui nous pousse à nous détester entre nous. C’est le cas de certains déments qui déshéritent leurs enfants et accablent de bons procédés les étrangers.

Si le cerveau de nos concitoyens fonctionnait de la façon régulière et normale dont fonctionnait le cerveau de leurs pères, ils seraient vite convaincus que le Juif n’a absolument aucun motif d’être patriote.

Réfléchissez une minute, et demandez-vous pourquoi un Raynal, un Bischoffsheim, un Leven, un Cahen, un Mayer, seraient attachés à la France des Croisades, de Bouvines, de Marignan, de Fontenoy, de saint Louis, de Henri IV et de Louis XIV.

Par ses traditions, par ses croyances, par ses souvenirs, cette France est la négation absolue de tout le tempérament juif ; cette France, quand elle n’a pas brûlé le Juif, lui a fermé obstinément ses portes, l’a couvert de mépris, a fait de son nom la plus cruelle des injures.

Je sais bien que, selon eux, une France nouvelle serait née dans les massacres de Septembre ; qu’elle se serait purifiée de ses vieilles gloires avec le sang qui dégouttait des têtes coupées de vieillards et de femmes ; que la Révolution aurait été, selon l’expression du Juif Salvador, « un nouveau Sinaï ».

Ce sont là des mots sonores mais vides de sens. Un pays reste ce qu’il était en naissant, comme un enfant qui grandit garde sa nature première. La France, l’Allemagne, la Russie, ne seront jamais des patries pour les Juifs ; et ceux-ci ont parfaitement raison, à mon avis, de n’être nulle part patriotes et de suivre sous toutes les latitudes une politique distincte, personnelle, la politique juive.

Nos aïeux, qui étaient des gens sensés, savaient parfaitement cela, et ils se défendaient. Faites-en autant, s’il en est encore temps, mais ne vous étonnez pas ; laissez à Victor Hugo, qui a fini par confier ses petits-enfants à la garde d’un Juif, les tirades indignées contre Deutz.

Qu’il est charmant, disons-le entre parenthèse, cet épisode ! comme tous les acteurs sont bien à leur place ! Voilà la descendante des Bourbons, l’Aryenne intrépide, chevaleresque, convaincue que tout le monde est comme elle, respirant de ses fines narines l’odeur de la poudre, prête à s’élancer quand résonne le clairon de la Pénissière.

A qui va-t-elle se confier ? A quelque fils d’artisan du Midi royaliste, d’âme enthousiaste et généreuse ? Non : une tête de linotte conduit cet être sans peur. C’est le Juif huileux, gluant, rampant, lippeux, qui s’empare de cette confiance. Pas un Français de bon sens n’est là pour dire à la mère de son roi : « Y pensez-vous, princesse ? les pères de ce malheureux ont été persécutés, chassés par les rois vos augustes ancêtres : il vous hait, et il a raison. »

L’autre est là également, très nature, très intéressant, très typique. Il promet, sans rire, de rétablir le trône de saint Louis qui a expulsé les siens, l’autel de ce Christ qu’il considère comme le plus méprisable des fourbes. Il se convertit même comme un simple, Bauër. Il vend la princesse, parce que c’est l’intérêt de sa religion, et cherché par surcroît dans l’opération — sans ce trait la race ne serait pas complète — un tout bédit pénéfisse.

La scène que décrit Dumas, dans la lettre suivante, est vraiment dramatique et belle :


Monsieur,

J’ai eu pour camarade de collège, et pour ami intime depuis, Henri Didier, député de l’Ariège sous l’Empire, mort en 1868. Il était le petit-fils de Didier, fusillé à Grenoble sous la Restauration, à la suite d’une conspiration bonapartiste, et fils du Didier qui était secrétaire général au ministère de l’intérieur, quand eut lieu l’arrestation de la duchesse de Berry sur la dénonciation de Deutz. C’est ce Didier-là qui fut chargé de payer au dénonciateur les 500,000 francs qu’il avait demandés.

Mon ami m’a raconté un jour, en me faisant promettre de ne livrer le fait à la publicité qu’après sa mort, que son père, le jour du payement, l’avait fait cacher, lui, enfant âgé de dix ans à cette époque, derrière une tapisserie de son cabinet, et lui avait dit : « Regarde bien ce qui va se passer et ne l’oublie jamais. Il faut que tu saches ce que c’est qu’un lâche et comment on le paye ! » Henri se cacha, Deutz fut introduit.

M. Didier était debout devant son bureau, sur lequel se trouvaient 500,000 francs en deux paquets de 250,000 francs chacun. Au moment où Deutz s’approchait, M. Didier lui fît signe de la main de s’arrêter ; puis, prenant les pincettes, il s’en servit pour tendre les deux paquets l’un après l’autre à Deutz, après quoi il lui indiqua la porte.

Pas un mot ne fut prononcé pendant cette scène, que je vous raconte telle qu’elle m’a été racontée par mon ami, le plus honnête homme de la terre. Voilà, Monsieur, tous les renseignements que je puis vous donner à ce sujet. J’ignore aussi la date de la mort de Deutz.

Veuillez agréer. Monsieur, l’assurance de mes sentiments les plus distingués.

A. Dumas.


Remarquez que le gaillard n’est pas plus Français que Spuller, qui est né de parents badois ; ou que Leven, qui est né à Francfort ; ou que Reinach, qui est de Hambourg, et qu’il n’a aucune espèce de droit pour se mêler de nos affaires.

Ce Deutz est intéressant, en ce sens qu’il est en quelque sorte le précurseur de tous les entremetteurs d’affaires d’outre-Rhin : les Spuller, les Leven, les Blowitz, les Ellisen, les Strauss, les Bauër, les Meyer, les Wolff, qui se sont abattus sur notre malheureux pays à la fin de l’Empire, et qui ont pris une telle place depuis la République.


IV


Il ne faut pas juger les Juifs d’après nos idées. Il est incontestable que tout Juif trahit celui qui l’emploie. « Pourquoi Dieu aurait-il créé le Juif, dit le prince de Bismark, si ce n’était pour servir d’espion ? »

Le Juif Lewis Goldsmith sert d’espion à Talleyrand en Angleterre pendant le premier Empire. Le Juif Michel est guillotiné pour avoir livré à la Russie des documents militaires. Un autre Goldsmith dérobe, il y a trois ans, les plans du grand état-major prussien. On sait le rôle qu’a joué la Païva avant la guerre. Qui ne se rappelle les tentatives faites parla Juive Kaulla pour surprendre nos plans de mobilisation ? qui a oublié Esther Guimont et son fameux salon politique ?

Le Juif Gustave Klootz, dont les parents ou les homonymes avaient, je crois, éprouvé des désagréments judiciaires à Paris vers 1869, trahit le général Hicks, qui est égorgé avec ses troupes par les soldats du mahdi : Klootz reçoit une forte somme d’argent, et il est nommé général.

Kraszewski se confie au Juif Adler, qui le vend à la Prusse ; et le vieux poète polonais est jeté dans une forteresse.

Devant ces faits, qu’il serait facile de multiplier à l’infini, il est visible qu’il s’agit, non d’un cas isolé, qui ne prouve rien contre une collectivité, mais d’une vocation spéciale à une race.

Pour les Juifs, cela constitue-t-il de l’espionnage ou de la trahison ? En aucune façon. Ils ne trahissent pas une patrie qu’ils n’ont pas ; ils font des affaires, de la diplomatie, de la politique : voilà tout.

Les vrais traîtres à leur pays sont les natifs qui laissent des étrangers mettre le nez dans ce qui ne les regarde pas. Les ministres républicains qui, non contents de nommer officier de la Légion d’honneur Oppert de Blowitz, Allemand de naissance et Anglais d’occasion, le prennent pour confident, lui livrent le secret de nos arsenaux, sont dignes de tous les mépris. Mais de quel droit empêcheriez-vous ce Juif oscillant entre deux patries de favoriser de ses renseignements celle des deux qui paye le mieux ?

Le mal que font les Juifs, mal épouvantable, insondable, inconnu, rentre dans la catégorie des crimes commis au nom de la raison d’État. Assassiner, ruiner, dépouiller le chrétien, constitue pour eux un acte agréable à Dieu.

Aujourd’hui que la franc-maçonnerie a pris possession de la préfecture de police, on met tous les crimes commis par les Juifs sur le dos de ceux qui sont signalés comme catholiques. Si vous alliez demander quelques documents sur Israël, le Fr.*. Caubet, qui est à la solde de l’Alliance, aposterait immédiatement des agents juifs qui attesteraient, sous la foi du serment, qu’ils vous ont vu assassiner votre père.

Il est aisé de comprendre que les innombrables Lévy. Salomon, Mayer, qui peuplent la Préfecture, depuis les commissariats jusqu’au dernier emploi d’inspecteur de la sûreté, n’arrêteront un de leurs coreligionnaires qu’à la dernière extrémité[9].

Voici ce qu’écrivait Maxime Du Camp à une époque déjà bien éloignée de nous, moins par les années écoulées que par les changements accomplis, à propos d’une certaine famille Nathan, une tribu de quatorze personnes : père, mère, frères et gendres, dont les condamnations représentaient un total de deux cents ans de prison :

« Les voleurs juifs se mettent rarement en lutte ouverte contre la société, mais ils sont toujours à l’état de lutte sourde et astucieuse.

« Parfois ils se réunissent par bandes et font le vol en grand comme on fait le négoce. Ils ont leurs correspondants, leurs entrepôts, leurs acheteurs. C’est ainsi que procédaient les Nathan, les Klein, les Blum, les Cerf, les Lévy. Tout leur est bon, les plombs détachés des gouttières aussi bien que les mouchoirs enlevés d’une poche. Le chef prend généralement le titre de commissionnaire en marchandises, et fait des expéditions vers l’Amérique du Nord, l’Allemagne et la Russie. Ils sont les premiers receleurs du monde, et dissimulent leur larcin derrière un métier ostensiblement exercé.

« Un vieux Juif nommé Cornu, ancien chauffeur, se promenait un jour de beau temps aux Champs-Élysées. Il est rencontré par deux voleurs, grands admirateurs de ses hauts faits, qui lui disent :

« — Eh bien ! père Cornu, que faites-vous maintenant ?

« — Toujours la grande soulasse, répondit-il avec bonhomie, toujours la grande soulasse.

« La grande soulasse, c’est l’assassinat suivi de vol. »

Tout cela n’a guère qu’un intérêt rétrospectif. Cornu n’aurait plus besoin maintenant de faire la grande soulasse ; il serait, comme ministre, aux Travaux Publics au lieu d’être aux travaux forcés, et puiserait à même dans l’ærarium. Nathan apprendrait à la France comment on joue du monseigneur ; il serait officier de la Légion d’honneur comme Clément, et deviendrait ainsi le collègue de vieux soldats, très peu honorés d’un tel voisinage. Cerf aurait repris son nom allemand ; il aurait une chasse magnifique aux environs de Paris, et, comme quelqu’un que vous connaissez, il recevrait l’élite du Jockey. Venus au monde trente ans auparavant, Hendlé, Cohn, Schnerb, Isaïe Levaillant, auraient été casseurs de porte dans une des bandes hébraïco-germaines dont parle Maxime du Camp ; ils sont préfets aujourd’hui. Vous me direz peut-être que cela ne les change pas beaucoup d’occupation…

Après avoir écrit cela, Maxime Du Camp a eu de la chance d’entrer à l’Académie. Quiconque a attaqué les Juifs, Toussenel, le savant-poète ; Capefigue, l’auteur de cinquante volumes excellents ; Goncourt même, qui commence à peine à sortir de l’ombre, ont été tenus en dehors du succès ; sur un mot d’ordre, la presse juive a fait le silence autour de lui. Dans le cas où la chose est possible, où l’écrivain ennemi n’a pas déjà une notoriété qui le protège, on lui tend simplement un piège dans un quartier où un commissaire juif est de service, et le tour est joué.


V


On ne poursuit plus les Juifs sous le gouvernement actuel que quand il est absolument impossible de faire autrement.

De cette impunité presque complète des Juifs les preuves s’accumulent chaque jour sous nos yeux.

En 1882, une femme, une Smyrniote, est arrêtée dans un grand magasin en flagrant délit de vol. Cette femme se trouve être la belle-sœur d’un acteur d’origine grecque, qui lui-même a épousé une comédienne juive qui fatigue Paris du bruit de ses réclames. Parente de Juive, il suffit : on déclare que la voleuse est atteinte de cleftomanie, peut-être parce qu’elle venait du pays des Klephtes.

Sarah Bernhardt, indignée par un livre de Marie Colombier, envahit avec trois compagnons l’appartement de sa rivale, armée d’une cravache qui était, comme dit Wolff, « le présent d’un illustre guerrier ». Elle brise tout sur son passage. Il y a manifestement violation de domicile. A-t-on poursuivi ?

Pour ne citer que des faits tout récents, n’avons-nous pas vu deux Juifs de Mayence, les frères Bloch, s’établir en 1882, rue d’Aboukir, se faire livrer des marchandises de toute sorte, et s’enfuir en septembre 1883, à la veille d’une échéance de trois cent mille francs ? Au mois d’août 1884, un autre Juif allemand, Mendel, établi rue d’Enghien, disparaît en emportant aux fabricants de la place de Paris pour six cent mille francs de diamants. Essayez donc de faire cela en Allemagne !

Un Juif nommé David, directeur d’une feuille de chantage, le Crédit national, escroque plus de trois millions aux malheureux qui lui ont confié leurs fonds. Douze cents personnes l’accusent d’abus de confiance ; et nos incorruptibles magistrats, qui ont refusé un délai de trois jours pour réunir une assemblée d’actionnaires aux directeurs de l’Union générale, contre lesquels une seule plainte, plainte absolument injustifiable, avait été déposée, laissent tranquillement partir David. Ce n’est que par défaut qu’il est condamné par la onzième chambre correctionnelle à dix ans de prison, à 3,000 francs d’amende et à cinq ans de surveillance ; ce qui, vous pouvez m’en croire, lui est bien égal.

Quand on fit une perquisition chez ce David, on y trouva deux cents lettres de députés. Un magistrat honnête, qui prit sur lui de l’arrêter une première fois au moment où il allait fuir, saisit sur lui quarante mille francs ; dix mille francs, par une bienveillance excessive encore, furent remis à la femme du misérable, qui porte un nom illustre dans l’histoire des arts ; trente mille francs déposés au greffe. Le Domaine refusa de profiter de l’occasion pour rentrer dans les amendes qui lui étaient dues, et, grâce aux démarches d’hommes politiques, David put aller jouir tranquillement à l’étranger du produit de ses vols.

Un autre David, qui avait été un des acolytes de Gambetta, est venu échouer sur les bancs de la police correctionnelle.

M. Paul de Cassagnac, dans un jour de verve, a tracé de ce Jean David, qui est mort depuis et qui était le chef du parti républicain dans le Gers, un portrait digne du fantastique crayon de Callot.


C’est un grand, maigre, efflanqué, à tête de bossu, à figure grimaçante, ressemblant à ces Méphistophélès en bronze vert oxydé qui servent de chandeliers fantastiques.

Au repos, on dirait un pendu séché sur le gibet. Quand il marche, voûté, disloqué, on croit percevoir des bruits étranges, des bruissements parcheminés de la peau que font entendre les vieux manuscrits, et il semble que son tibia fasse castagnette sur son péroné.

On a peur qu’il ne se casse, comme un squelette mal numéroté et mal assemblé par des fils de fer trop lâches. Au moral, c’est le fruit d’un vol électoral.

Il dirigea trois fois l’invalidation de son concurrent, mon excellent ami Peyrusse, et, par un tour de passe-passe qu’il déclara lui-même inexplicable et inexpliqué, il fit changer dans une nuit, étant maire de la ville d’Auch, les feuilles d’émargement, les sacs de bulletins, et se déclara élu, trois jours après le scrutin qui avait proclamé Peyrusse.


Il faut entendre M. Macé vous raconter comment les mandats, que le parquet lui remettait pour les exécuter immédiatement, étaient repris par Caubet. « Cet homme est franc-maçon : vous n’exécuterez pas ce mandat ! »

Comment Caubet refuserait-il quelque chose à la maçonnerie ? quelles poursuites n’arrêterait-il pas pour les frères ? quelles infamies ne glisserait-il pas dans le dossier des adversaires ? Il y a quelques années, assis derrière son pauvre petit comptoir de papeterie de la rue de Seine, il guettait anxieusement le bruit de la sonnette grêle que faisait tinter un F.*. venant acheter le Monde maçonnique ou un numéro de la Revue de philosophie positive. Aujourd’hui, il touche des appointements fabuleux, il est officier de la Légion d’honneur, et, au mépris des règlements, il a, à son service privé, toute une domesticité d’agents, détournés de leurs emplois.

Sous l’Empire, quand une exécution devait avoir lieu, on envoyait un service à Wolff, comme pour une première ; on prévenait sur les boulevards tous les représentants de l’interlopie cosmopolite, tous les cocos et toutes les cocottes. Dans l’appartement du directeur, illuminé a giorno, on buvait et on mangeait dans tous les coins, jusqu’à l’heure où le chef de la sûreté venait dire au condamné : « Allons, ma petite vieille, voilà le moment ! » L’archevêque de Paris n’a jamais protesté contre ces scandales. Monseigneur Darboy s’en est-il souvenu lorsqu’à son tour il a été prisonnier à la Roquette ?

Nous avons vu Grévy gracier, pêle-mêle, entre deux carambolages, les parricides, les empoisonneurs, les assassins de vieilles femmes et d’enfants. Il avait raison. Une société qui supporte les infamies auxquelles nous assistons depuis dix ans, est déchue même du droit de punir.


CHAPITRE TROISIEME


La prostitution juive. - Les hiérodules. — Les Juives. — Le chiffre de la population juive. — Le Juif au point de vue nosologique. — Le Juif et la peste. — L’odeur juive. — La névrose juive. — MMe de Païva. — Le sénateur Naquet. — La dégénérescence de la race. — La tristesse juive. — La question du Messie. — Le Juif moderne d’après Renan. — La campagne antisémitique.


I


Ce sont les Juives qui fournissent le plus fort contingent à la prostitution des grandes capitales. Le fait est indéniable, et les Archives Israélites l’ont reconnu elles-mêmes.

Les courtisanes juives se prostituent pour de l’argent, froidement, sans l’ombre d’ivresse, avec l’intention bien arrêtée de se marier quand elles auront ramassé un pécule ; elles épousent alors un comédien, un négociant, un financier.

La prostituée, d’ailleurs, sert Israël à sa façon : elle accomplit une sorte de mission en ruinant, en poussant au déshonneur les fils de notre aristocratie ; elle est un merveilleux instrument d’information pour la politique juive.

La femme juive de la classe aisée vit à l’orientale, même à Paris, fait la sieste l’après-midi, garde je ne sais quoi de fermé et de somnolent. Elle est étrangère aux passions violentes, qui troublent si souvent le cœur de la chrétienne que la foi ne garde plus ; elle est préservée, justement par cette absence de tout idéal, qui est la caractéristique d’Israël.

Ici encore, il faut louer le respect dont les Juifs entourent une enfant de leur race, quelle que soit la voie qu’elle suive. Est-elle comédienne ? jamais le monde n’a rien contemplé d’aussi beau ; on se pâme, on s’évanouit, on crie d’admiration dès qu’elle paraît. Rentre-t-elle dans la vie normale ? toutes les portes lui sont ouvertes.

Qu’il s’agisse d’une actrice, d’un boursier, d’un écrivain, vous retrouverez toujours cette admirable solidarité qui est la vertu dominante de la race juive, qui explique, qui justifie, qui légitime presque son succès. Qu’une feuille immonde porte une accusation contre un catholique, tous les autres catholiques s’enfuient en faisant des gestes désespérés, en disant : Je ne le connais pas.

Sur le banc d’infamie, au pied de l’échafaud, les Juifs n’abandonnent pas les leurs et ne permettent pas qu’on insulte à ce sujet « la grande famille. » Ils ont pris eux-mêmes le bon parti pour couper court à toute investigation gênante : ils ont fait décider, par le gouvernement qu’ils dirigent, que dans les recensements on ne demanderait plus à personne le culte auquel il appartient.

Nous comprenons l’intérêt des Juifs à rester autant que possible à l’état vague, afin de pouvoir arguer de leur infériorité numérique, lorsque l’on prouve que dans toute insurrection, dans tout journal qui insulte les chrétiens, dans toute mauvaise affaire, il y a un Juif. Il nous sera permis néanmoins de dire qu’ils mentent impudemment dans cette circonstance comme dans beaucoup d’autres.

Les Juifs se chiffrent à Paris, au moins par 120 ou 150,000 individus ; en province, par 400,000 individus au minimum également, qui, reliés entre eux par la maçonnerie, s’installent dans tous les comités, mènent le corps électoral, et créent cette opinion artificielle que l’on prend pour l’opinion véritable[10].

C’est l’éternelle histoire des cinq ou six cents misérables qui ont suffi à imposer à Paris la Commune de 93, la Commune d’Hébert et de Chaumette ; c’est l’histoire des délégués de la société des jacobins, qui venaient, pendant la Terreur, fonder un club dans chaque ville. Ces bandits, que personne ne connaissait dans le pays, guillotinaient tranquillement, pour s’emparer de leurs biens, des vieillards, des jeunes filles, de vieux chevaliers de Saint-Louis, couverts de blessures, des gens que tout le monde aimait et respectait.

Absolument différent du chrétien dans son évolution comme race et comme individu, le Juif est dans des conditions toutes différentes aussi sous le rapport sanitaire.

Il est sujet à toutes les maladies qui indiquent la corruption du sang : les scrofules, le scorbut, la gale, le flux. Presque tous les Juifs polonais ont la plique, et le disent ; beaucoup de Juifs français, élégants et bien vêtus, auxquels nous serrons la main, l’ont également, mais ne le disent pas. Tous se gardent avec soin de recourir à des médecins qui ne soient pas de leur religion, — exemple que les chrétiens devraient bien imiter.

Par un phénomène que l’on a constaté cent fois au moyen âge et qui s’est affirmé de nouveau au moment du choléra, le Juif paraît jouir vis-à-vis des épidémies d’immunités particulières. Il semble qu’il y ait en lui une sorte de peste permanente, qui le garantit de la peste ordinaire ; il est son propre vaccin, et, en quelque manière, un antidote vivant. Le fléau recule quand il le sent !…

Le Juif, en effet, sent mauvais. Chez les plus huppés il y a une odeur, fetor judaïca, un relent, dirait Zola, qui indique la race et qui les aide à se reconnaître entre eux. « Tout Juif pue », a dit Victor Hugo, qui s’est éteint entouré de Juifs.

La névrose, telle est l’implacable maladie des Juifs, Chez ce peuple, longtemps persécuté, vivant toujours au milieu de transes perpétuelles et d’incessants complots, secoué ensuite par la fièvre de la spéculation, n’exerçant guère, en outre, que des professions où l’activité cérébrale est seule en jeu, le système nerveux a fini par s’altérer.

Soit ! que les Juifs malades du cerveau se fassent soigner ! Mais pourquoi troubler sans cesse, par le trouble de leur propre esprit, des peuples qui vivaient tranquilles et heureux, tant que la race d’Israël ne s’est pas mêlée activement à leur existence. Que ce soit Hertzen en Russie, Karl Marx ou Lassalle en Allemagne, on trouve toujours comme en France un Juif prêchant le communisme ou le socialisme, demandant qu’on partage le bien des anciens habitants, pendant que leurs coreligionnaires, arrivés nu-pieds, s’enrichissent et ne se montrent pas disposés à partager quoi que ce soit.

Sarah Bernhardt, avec ses imaginations macabres, son cercueil de satin blanc dans sa chambre à coucher, est évidemment une malade.

Cette névrose, le Juif a fini, chose étrange ! par la communiquer à toute notre génération. La névrose juive aura eu son rôle dans les destinées du monde. Depuis vingt ans que les Juifs tiennent, comme le disait Disraeli, les fils de la diplomatie secrète, et qu’ils ont réduit les ambassadeurs réels à l’état de personnages de parade ; depuis vingt ans qu’ils mènent la politique européenne, cette politique est devenue véritablement déraisonnable et démente. Il n’y a plus de trace dans les conseils de souverains d’une conscience, ni même d’une raison d’État un peu élevée.


II


L’histoire de ces dernières années, c’est le monde conduit par des fous raisonnant, ratiocinant, ayant, comme il arrive à la veille de la crise suprême, une logique apparente qui déconcerte au premier abord.

La névrose, par cela même qu’elle enlève au Juif tout sentiment de pudeur, toute réflexion, toute notion même de l’énormité de ce qu’il ose, met en circulation des types qui ne se rapprochent en rien de ceux qu’on a vus auparavant. Il y a dans cet ordre des improvisations de fortunes inouïes, des destinées extravagantes, des gageures gagnées contre le sens commun, devant lesquelles on reste littéralement confondu. Le Juif va toujours de l’avant, confiant dans le Mazzal.

Qu’est-ce que le Mazzal ? Ce n’est ni le Fatum antique, ni la Providence chrétienne ; c’est le bon sort, la chance, l’étoile : toute vie juive semble un roman réalisé.

Prenez MMe de Païva : elle naît dans une famille de Juifs polonais, les Lachmann[11] ; elle épouse un pauvre petit tailleur de Moscou, et l’abandonne pour venir à pied à Paris chercher aventure. Elle connaît, sur le pavé parisien, toutes les extrémités de la misère, toutes les horreurs de l’amour vénal ; épuisée, elle tombe un jour d’inanition dans les Champs-Élysées, et se jure à elle-même que ce sera là que s’élèvera son hôtel, lorsque le sort, dans lequel elle a foi, l’aura enfin favorisée.

Elle épouse, de la main gauche, un pianiste juif, le célèbre Herz, qui la présente aux Tuileries comme sa femme légitime ; on reconduit ; elle se promet de se venger. Herz, ruiné et chassé par elle, s’enfuit en Amérique ; elle épouse alors, cette fois régulièrement, un Portugais, le marquis de Païva, qui se brûle la cervelle peu après. Maîtresse d’un Prussien, le comte Henkel, elle manie l’or à pleines mains ; elle reçoit des hommes politiques, des diplomates, des écrivains, des artistes d’un certain ordre, dans cette demeure féerique des Champs-Élysées dont les splendeurs n’ont d’égales que celles de la terre seigneuriale de Pontchartrain.

Avec l’intelligence de sa race, que doublent le ressentiment et la haine, elle organise, quelque temps avant la guerre, l’espionnage prussien contre nous : ce que lui rendent facile ses relations avec beaucoup de célébrités politiques, qui venaient raconter là nos affaires en dînant. Elle a préparé la ruine de l’Empire, elle s’élève tandis qu’il s’effondre, La voilà comtesse Henkel de Donnesmarck, achetant les diamants de cette impératrice qui l’a repoussée, faisant reconstruire au fond de la Silésie, par Lefuel, l’architecte des palais impériaux, ce château des Tuileries dont elle a été expulsée.

Rongée par la névrose, elle ne goûte point un moment de repos au milieu de tous ces enchantements ; elle est obsédée par l’idée qu’on veut l’assassiner pour lui voler ses diamants ; elle interdit, sous peine de renvoi immédiat, qu’aucun jardinier se trouve dans son parc lorsqu’elle s’y promène. Cette femme, qui a eu faim et qui a appartenu à tous, est plus despote, plus sévère qu’une archiduchesse ; elle fait régner, dans l’immense personnel de sa domesticité, la discipline la plus rigoureuse ; elle chasse un jour un malheureux maître d’hôtel qui s’est permis de sourire en entendant un mot spirituel à table. Puis elle meurt à 56 ans, dans ses Tuileries de Silésie, d’une congestion au cerveau.

Rassemblez tous ces traits jetés à la hâte, essayez d’établir un peu d’ordre dans les péripéties de cette carrière étrange, et de cet ensemble se dégagera une figure d’une essence toute particulière : une Juive.

Si vous voulez voir un joli spécimen d’homme politique juif, prenez Naquet et étudiez-le. Celui-là est un inquiet : jeune, il donne le procédé du fulmi-coton pour faire sauter les villes ; il publie son livre Religion, Propriété, Famille, dans lequel il réclame la communauté des biens et des femmes[12] ; dans son âge mûr, îl se convertit à l’opportunisme, et se met, sous la conduite d’un Barnum qui dirige les tournées, à aller de ville en ville prêcher le divorce. Aujourd’hui, il est associé avec Philippart pour l’exploitation des alcools chimiquement purs, et, se trouvant suffisamment renté, prébendé et gavé, en politique il se tourne vers le prince Jérôme Napoléon[13].

Même arrivé, le Juif reste toujours, par quelque point, mercantile, faiseur de boniments, truqueur. Naquet ne se contente pas de bouleverser la société : il invente une pommade pour faire briller les cheveux, qu’il a fait dresser sur les têtes.

« J’ai réussi, dit-il, à composer un produit à base de bismuth et d’hyposulfite de soude, qui colore les cheveux et la barbe, sans exposer au moindre danger ceux qui voudraient en faire usage. »

Cette vie baroque en apparence, et qui assurément ne ressemble guère à la vie des hommes publics d’autrefois, a cependant son unité : chimiste, conférencier, député, sénateur, faiseur d’affaires, Naquet n’en reste pas moins le Rempart d’Israël.

Le divorce, le Guittin, est une idée absolument juive. Un seul orateur catholique a osé le déclarer : c’est Mgr Freppel ; dans la séance du 19 juillet 1884, il s’est écrié : « Le mouvement qui va aboutir à la loi du divorce, est, dans le véritable sens des mots, un mouvement sémitique, un mouvement qui a commencé à M. Crémieux, pour finir à M. Naquet. » Il a dit à cette gauche déshonorée : « Allez, si vous le voulez, du côté d’Israël, allez vers les Juifs ! Nous restons, nous, du côté de l’Église et de la France. »

Mgr Freppel ne savait peut-être pas dire aussi complètement la vérité. Pour être sûr d’avoir la loi qui lui convenait, qui s’adaptait à ses institutions, Israël fit préparer le projet par les rabbins.

Ce fut l’ancien rabbin de Bruxelles, Astruc, qui rédigea les dispositions de la loi et les dicta, en quelque sorte, à la Chambre des députés. « La commission du divorce, écrit à ce sujet Naquet à Astruc, a accepté votre amendement. »

Si des hommes honnêtes, éloquents, croyants, comme M. Lucien Brun, M. Buffet ou M. de Ravignan, étaient au courant de ces questions, ou s’ils avaient le courage de les traiter franchement, ils auraient pu placer le débat sur son vrai terrain. Ils n’auraient pas changé le vote évidemment ; mais ils auraient montré l’action de cette race qui, non satisfaite de se faire une place prépondérante dans une société qu’elle n’a pas créée, veut en modifier toutes les coutumes et toutes les lois à son point de vue personnel ; ils auraient prononcé un de ces discours qui font réfléchir les penseurs, qui préparent l’opinion aux mesures que la France sera obligée de prendre sous peine de périr. Au lieu de cela, ils se renferment dans des généralités pieuses, qui n’ont aucune efficacité, parce qu’elles ne s’appliquent à aucune réalité. On comprend le dédain qu’éprouvent pour des contradicteurs aussi nuageux des hommes comme Naquet. C’est encore le Juif Naquet qui fait voter par la Chambre l’abrogation de l’article 1965 du Code civil, sur l’exception de jeu, et fait supprimer dans le Code français la loi sur le taux de l’intérêt. Les usuriers voulaient l’intérêt libre : ils l’ont, grâce à Naquet.


III


Ces existences de modernes qui n’ont rien de commun avec nos existences de jadis, ces destinées bizarres menées bride-abattue, au milieu des outrances et du bruit, avec une sorte d’audace moitié folle et moitié cynique, se terminent presque toujours dans le drame.

Le Juif attire le drame, il le porte avec lui dans les pays qu’il envahit et dans les maisons où il se glisse. Les mariages mixtes, que l’on appelle dans le monde « la culture des ferments », n’ont point donné jusqu’ici de bons résultats.

Par une loi singulière, il est peu de familles qui se soient alliées aux Juifs dans une pensée exclusive et plus ou moins crûment avouée de cupidité, sur lesquelles ne soit tombée une catastrophe. Un La Moskowa se marie à une Heine, et vous n’ignorez pas dans quelles conditions lugubres le malheureux a péri. Un duc de Richelieu épouse également une Heine, et va mourir prématurément en Orient. La fille du duc de Persigny épouse un brasseur juif de Prague, Friedmann, et s’asseoit avec lui sur les bancs de la cour d’assises. Le pétrole entre dans la maison de Polignac, dont un membre s’est uni à une Mirés. Le déshonneur et la ruine pénètrent chez La Panouse avec Mlle Heilbronn. Une Crémieux, parente du président de l’Alliance Israélite, est assassinée après une scène de monstrueuse débauche par deux rôdeurs de barrière. L’avocat Bernays est frappé par les frères Peitzer. Le fils Fould pul)lie sous l’Empire des libelles contre son père, et achève tristement une vie brillamment commencée. Le Juif Merton se tue après avoir gagné des millions.

Le comte Batthyani épouse la fille du Juif Schlossberger : il est tué en duel par Rosemberg, et sa femme se remarie quelques mois après.

Au mois de février 1883, un parent du Naquet qui régénère le cuir chevelu, Daniel Naquet, un des Juifs les plus en vue du Midi, se jette du deuxième étage de la maison qu’il habitait à Carpentras avec son frère, et se brise le crâne. Au moment où il rend le dernier soupir, son frère, Justin Naquet, se pend.

Au mois d’octobre 1885, le banquier hambourgeois Primsel, l’associé du Dreyfus des guanos, se jette dans la Seine du haut du pont du Pecq.

La mort subite est cependant plus fréquente chez les Juifs que le suicide, quoiqu’il augmente dans d’étonnantes proportions, qui attestent le progrès que fait chez eux la névrose.

Quel terrible spectacle que la névrose de ce malheureux Paradol, lui aussi d’origine juive, prôné, surfait par la franc-maçonnerie, et allant se tuer à Washington, terminant tragiquement, à quarante et un ans, une existence brillante, factice, qui, par le côté creux, fait songer à celle de Gambetta, avec moins de vacarme naturellement !

Là encore, la fatalité particulière à la race s’abat impitoyablement sur cette famille, l’anéantit, la déracine en quelque sorte : le fils se tue à vingt ans ; la fille, à laquelle Mme de Rothschild, qui fut fort bien dans cette circonstance, puisqu’il s’agissait d’un des siens, avait offert cent mille francs pour sa dot, ne voulut pas affronter la vie ; elle alla chercher, au couvent des Dames de la Retraite, un refuge contre tant de douleurs.

Nous ne voyons naturellement que les événements qui se passent en haut, ou qui doivent à quelque circonstance un retentissement particulier ; il faudrait, pour être complet, recueillir les innombrables tragédies bourgeoises, les faits qui se produisent dans les sphères plus modestes, où partout le Juif, même quand il ne fait pas le mal volontairement, traîne après lui je ne sais quelle Anankê.

Le Juif, qui, selon le mot de Hegel, « a été précipité hors de la nature », a eu beau, par des prodiges d’astuce et de patience, s’imposer à la vie sociale ; il en est chassé à chaque instant comme par une force invisible.

Le drame, pareil à cette Fatalité antique qui, irrésistible et voilée, s’avance sous les portiques du palais de Mycènes, a forcé déjà la porte de cette orgueilleuse demeure des Rothschild, qui croyaient avoir fait un pacte avec la Fortune. Tout Paris a parlé du suicide du baron James (Jacob) de Rothschild. Quoiqu’ils aient fait payer bien cher cette mort aux chrétiens, les Rothschild n’ignorent pas que le sang d’un suicidé porte malheur à une maison et que la malédiction est sur eux. Ils sentent, au milieu de leurs fêtes, voltiger sur eux comme un grand oiseau noir qui bat des ailes avant de s’abattre sur sa proie.

Le propre du drame qui poursuit le Juif, est d’être toujours mystérieux. On ne sait presque jamais le pourquoi de ces scènes terribles ; tout reste à l’état d’énigme. Un envoyé quelconque de Rothschild vient chez le magistrat chargé de l’instruction, nomme son maître, fait jeter les pièces au feu, tandis que le magistrat, s’il est des nouvelles couches, baise le plancher où l’envoyé d’un si grand monarque a daigné poser ses pas. Je vous défie bien de rien trouver sur le procès de Michel l’assassin, qui fut jugé sous le Directoire, ou de savoir la vérité sur l’affaire Ney, sur l’affaire Wimpfen, etc.

La race, d’ailleurs, quoique organisée dans des conditions spéciales pour la conservation, n’en est pas moins vieille. Examinez le spécimen qui domine à Paris, entremetteurs politiques, boursiers, journalistes : vous les trouverez consumés par l’anémie. Les yeux, qui roulent fiévreux dans des pupilles couleur pain grillé, dénotent les maladies hépatiques : le Juif, en effet, a sur le foie la sécrétion que produit une haine de dix-huit cents ans.

Il y a des faits d’atavisme très curieux, très saisissants ; la race, en s’affinant, retourne au type premier, au pur oriental. Regardez le jeune Isidore Schiller : le père est Allemand, gros, blond, joufflu ; le fils, ramassé sur lui-même, à la tête très petite, ressemble comme deux gouttes d’eau à ces captifs trapus des bas-reliefs de Ninive : c’est un vrai contemporain des Menasché et des Yoyaquim.

La plupart, je le répète, sont anémiques au dernier degré. A Paris, ils vivent dans des appartements hermétiquement clos, où règne toujours une atmosphère surchauffée. Dans les hôtels immenses de Vienne, on les voit rechercher les coins, les cryptes éclairées au gaz même en plein jour. Pressez entre vos doigts ces petits doigts terminés en fuseau : ils dénotent encore certains penchants de la race, mais ils n’ont plus la pince solide et crochue des pères. Pas une goutte de sang ; le teint de cire a pris la couleur de la fine porcelaine de Sèvres imperceptiblement bleue ; ils tremblent sous notre ciel ; ils s’enfuient frileusement vers Nice, tandis que de pauvres diables travaillent à faire leurs journaux.

Le jour où les catholiques, las de défendre cette société devenue exclusivement juive, laisseront les affamés marcher sur les maisons de banque comme on a marché sur les couvents, on écrasera ces mendiants d’hier devenus les tyrans d’aujourd’hui, sans que leur sang fasse une tache plus rouge que la viande kascher qu’ils mangent.

Cet état physique peut expliquer en partie la tristesse qui fait le fond du caractère juif, mais n’en est pas le motif unique. Cette mélancolie tient à des causes qu’il me faut indiquer pour compléter cette étude, quel que soit mon désir de ne pas aborder la question religieuse proprement dite, tant est grand mon respect pour toutes les croyances.


IV


Pour réussir dans leur attaque contre la civilisation chrétienne, les Juifs en France ont dû ruser, mentir, prendre des déguisements de libres penseurs. S’ils avaient dit franchement : « Nous voulons détruire cette France d’autrefois, qui a été si glorieuse et si belle, pour la remplacer par la domination d’une poignée d’Hébreux de tous les pays », nos pères, qui étaient moins ramollis que nous, ne se seraient pas laissés faire. Ils sont restés longtemps à l’état vague, agissant avec la franc-maçonnerie, s’abritant derrière des phrases sonores : émancipation, affranchissement, lutte contre les superstitions et les préjugés d’un autre âge.

Ils ont d’abord célébré leur culte chez eux ; puis, peu à peu, en gardant les instincts de leur race, ils ont perdu ce qu’il y a de bon dans toute religion, ils ont été envahis par cette sorte de marasme affreux qui prend l’homme qui ne croit plus à rien.

Sans doute, les Juifs sont plus fidèles qu’on ne le croit à leurs pratiques religieuses. Tel écrivain qui, dans une feuille républicaine, vient d’écrire un violent article pour arracher aux déshérités cette foi qui console de tout, qui vient de railler grossièrement nos sacrements, notre carême, nos enfants conduits à leur première communion, court à la synagogue pour y remplir ses devoirs.

Si les Juifs de Roumanie entretiennent à grands frais, à Sada-Gora, la famille d’Isrolzka, la famille sacrée d’où doit naître le Messie ; si les Juifs de Pologne laissent leur fenêtre ouverte quand il tonne pour qu’il puisse entrer, les Juifs civilisés ne croient plus à la venue du Rédempteur ; ils n’admettent plus que ce qu’ils nomment le Messie mystique, ou plutôt le Messie, le futur roi du monde, c’est-à-dire, Israël.

Michel Weil, grand rabbin, dit expressément que les prophéties n’ont jamais fait mention ni d’un descendant de David, ni d’un roi Messie, ni même d’un Messie personnel. Le véritable Rédempteur, selon lui, serait, « non plus une personnalité, mais Israël transformé en phare des nations, élevé aux nobles fonctions de précepteur de l’humanité, qu’il instruira par ses livres comme par son histoire, par la constance dans ses épreuves non moins que par la fidélité à la doctrine. »

Je ne relèverai pas une fois de plus ce qu’a d’impudemment orgueilleux la prétention de cette bande de manieurs d’écus d’être le phare de nations qui ont eu Charlemagne, saint Louis, Charles-Quint, Michel-Ange, les plus grands saints, les plus puissants penseurs, les plus hauts génies, les sociétés les plus admirablement organisées. Il y a évidemment là une véritable démence collective. Ces succès, en tout cas, n’ont pas procuré à Israël le bonheur de l’âme.

A mesure que leur rêve s’accomplissait, la portion d’idéal — très relatif — de spiritualisme religieux qui était en eux diminuait, leur petit lambeau d’infini décroissait.

Leur romanesque espérance de posséder la terre, de jouir seuls de ce que d’innombrables générations de chrétiens avaient fondé, créé, produit, s’était réalisée contre toute vraisemblance. Avec des prospectus aussi fantastiques que ceux du Honduras, des Galions de Vigo, ou des Lotos ottomans, ils avaient tiré de la poche des pauvres des bas de laine, des paillasses, l’épargne touchante, l’épargne sainte que la vieille femme enveloppait dans un papier de soie et montrait avec un sourire fier au mari qui craignait de ne plus pouvoir travailler. Sur ces dépouilles conquises par le fourbe sur le naïf, ils avaient acheté des châteaux historiques, des demeures illustres, où les grands hommes d’autrefois, à l’heure de la retraite, s’étaient reposés après avoir servi leur pays. Les membres dégénérés de l’aristocratie s’étaient abaissés à venir admirer ces tortils de barons et ces écussons de contrebande dessinés sur le sable des écuries de Ferrières ou de Beauregard. Ils n’avaient eu qu’un signe à faire aux meneurs de la démocratie franc-maçonnique pour être nommés ministres ou députés, comme Millaud, Raynal et Bischoffsheim.

Malgré tout, un sentiment de déception leur vint : « Ce n’est donc que cela ? » semblaient-ils dire.

La vision de cette mort qui vient à grands pas et après laquelle il n’y a rien, de ce cercueil qu’on monte un jour dans ce magnifique appartement dont les glaces resteront voilées pendant sept jours, de ce cadavre qu’on emporte à moitié pourri, met une ombre sur tous ces fronts.

Il faut ajouter que les Juifs, toujours au courant de ce qui se passe, non seulement dans le monde des faits, mais dans le monde des idées, sont très vivement préoccupés du mouvement antisémitique qui se dessine dans toute l’Europe. On ne saurait croire la fureur dans laquelle les a plongés la création à Paris d’un petit journal très vaillant, très moderne, très au fait des tripotages financiers, l’Anti-Sémitique, qui reparaissait toujours quand on le croyait disparu.

Bref, les Juifs ont le sentiment confus de ce qui les attend. De 1870 à 1880, ils ont traversé une période d’orgueil délirant. « Quel bonheur d’être nés à une pareille époque ! s’écriait le Juif Wolf, dans la National-Zeitung, alors que, sur les bords de la Sprée, les Lasker, les Bleichrœder, les Plansemann, dépouillaient de leurs milliards les Prussiens grisés par les lauriers ! »

— « Quel bonheur ! » leur répondaient de France la bande de cosmopolites, en voyant que les places, l’argent, les hôtels, les attelages princiers, les chasses, les loges à l’Opéra, tout était à eux, et que le bon peuple se contentait d’un discours bien senti sur les nouvelles couches.

Aujourd’hui, ils ont un peu baissé le ton : ils sentent que quelque chose se concerte entre les chrétiens de tous les pays, qui pourrait être plus fort que l’Alliance israélite universelle.

Dans son essence même, le Juif est triste. Enrichi, il devient insolent en restant lugubre ; il a l’arrogance morose, tristis arrogantia, du Pallas de Tacite.

L’hypocondrie, qui n’est qu’une des formes de la névrose, est le seul cadeau qu’ils aient fait à cette France jadis si rieuse, si folâtre, si épanouie dans sa robuste et saine gaieté.

C’est une erreur de croire que le Juif s’amuse avec les siens, une erreur même de croire qu’il les aime. Les chrétiens ne se soutiennent jamais ; mais ils s’aiment entre eux, ils ont plaisir à se voir. Les Juifs, au contraire, se soutiennent jusqu’à la mort, mais ils ne peuvent pas se sentir ; ils se font horreur à eux-mêmes, et, dès qu’ils ne sont plus en affaires, ils se fuient comme des damnés.

Souvent il y a un fin sourire sur ces visages, à la pensée de quelque bon tour joué au chrétien. A ces accès de joie mauvaise succède parfois une expression de naïveté. Ce représentant de la civilisation en ce qu’elle comporte de plus aigu, de plus raffiné, de plus morbide, a l’astuce du sauvage ; il en a aussi la vanité naïve.

A l’enterrement de Louis Blanc, je regardais dans la rue de Rivoli se ranger les députations, et j’examinais avec un plaisir indicible la façon dont tous ces individus, à la barbe jaunâtre et sale, se carraient sous le grand cordon bleu du franc-maçon. Il y avait, dans ces gens à mine basse, une satisfaction puérile d’être là, en face des Tuileries, respectés par les gardiens de la paix, ayant une importance, un rôle dans une cérémonie quasi officielle, portant un costume qui les distinguait des autres. Le Juif est plus souvent ainsi qu’on ne le croit. Quand il vous raconte qu’il a reçu une distinction quelconque, une médaille de chocolat dans une exposition, il vous fixe bien pour voir si vous ne vous moquez pas de lui ; ce qui est sa crainte perpétuelle : alors sa face pâle et exsangue s’éclaire d’un rayon de bonheur pareil à celui qui illumine souvent les enfants.


V


Le seul sentiment qui survive dans ces corrompus et ces blasés, c’est la haine contre l’Église, contre les prêtres, contre les religieux surtout.

Reconnaissons-le, comme cette haine est naturelle ! Cet homme né intelligent, riche, portant souvent un nom qui sonne autrement que celui de tous ces nobles de Gerolstein et qui quitte tout pour se faire semblable aux plus pauvres, — cela ne nie-t-il pas, ne supprime-t-il pas tout ce qui enorgueillit le Juif : l’argent ? ce vœu de pauvreté du moine ne semble-t-il pas une permanente raillerie du vœu de richesse du Juif ?

Cette femme qui a préféré une robe de bure, dont ne voudraient pas des servantes, à la soie et à la dentelle, n’est-elle point, malgré la douceur de son angélique physionomie, comme une vivante et perpétuelle offense à ce Juif incapable d’acheter avec tout son or ce que possède cette indigente : la Foi, l’Espérance et la Charité.

Le fait seul que ces vertus sublimes, ces désintéressements de tout ce qui est matériel, ces abnégations superbes, puissent exister, se dresse comme une épine dans le lit du grossier sybarite juif, qui, maître de tout, sent qu’il ne peut rien sur ces âmes.

Sur cet état d’esprit du Juif, Renan est précieux à consulter. Son portrait du Juif moderne dans l’Ecclésiaste est un morceau délicieux. On voit à l’œuvre le peintre qui a de mystérieuses complaisances pour Judas : il est préoccupé de mettre toujours une touche caressante à côté d’une vérité un peu rude ; il efface le trait qui blesserait, pour ajouter l’épithète qui lui plaira. Il admire ce parasite « si vite exempt du préjugé dynastique, qui sait jouir d’un monde qu’il n’a pas fait, cueillir les fruits d’un champ qu’il n’a pas labouré, supplanter le badaud qui le persécute, se rendre nécessaire au sot qui le dédaigne. »


C’est pour lui, vous le croiriez, que Clovis et ses Francs ont frappé de si lourds coups d’épée, que la race des Capets a déroulé sa politique de mille ans, que Philippe-Auguste a vaincu à Bouvines et Condé à Rocroi. Très opposé aux abus, et pourtant aussi peu démocrate que possible ; avec le pouvoir à la fois souple et fier ; aristocrate par sa peau fine, sa susceptibilité nerveuse et son attitude d’homme qui a su écarter de lui le travail fatigant, bourgeois par son peu d’estime pour la bravoure guerrière et par un sentiment d’abaissement séculaire dont sa distinction ne le sauve pas, lui qui a bouleversé le monde par sa foi au royaume de Dieu, ne croit plus qu’à la richesse. C’est que la richesse est en effet sa vraie récompense. Il sait travailler, il sait jouir. Nulle folle chevalerie ne lui fera échanger sa demeure luxueuse contre la gloire périlleusement acquise ; nul ascétisme stoïque rie lui fera quitter la proie pour l’ombre. L’enjeu de la vie est, selon lui, tout entier ici-bas. Il est arrivé à la parfaite sagesse : jouir en paix, au milieu des œuvres d’un art délicat et des images du plaisir qu’on a épuisé, des fruits de son travail.

Surprenante confirmation de la philosophie de la vanité ! Allez donc troubler le monde, faire mourir Dieu en croix, endurer tous les supplices, incendier trois ou quatre fois votre patrie, insulter tous les tyrans, renverser toutes les idoles, pour finir d’une maladie de la moelle épinière, au fond d’un hôtel bien capitonné du quartier des Champs-Élysées, en regrettant que la vie soit si courte et le plaisir si fugitif ! Vanité des vanités !


Non, dilettante, ce n’est pas pour qu’un Juif meure de la moelle épinière dans un hôtel du quartier des Champs-Élysées que Clovis a combattu à Tolbiac et Philippe-Auguste à Bouvines. Si nos pères se sont dévoués, s’ils sont tombés sur les champs de bataille, c’est pour qu’il y ait une France, comme il y a une Angleterre et une Allemagne ; pour que nos enfants prient comme ont prié leurs pères, aient une foi qui les soutienne dans la vie.

Il a plu aux Sémites, ces perpétuels agités, de détruire les bases de l’ancienne société : l’argent qu’ils ont dérobé, servira à en fonder une nouvelle. Ils ont créé une question sociale : on la résoudra sur leur dos. On distribuera tous ces biens mal acquis à tous ceux qui prendront part à la grande lutte qui se prépare, comme on a jadis distribué des terres et des fiefs aux plus courageux.

En Allemagne, en Russie, en Autriche-Hongrie, en Roumanie, en France même, où le mouvement est encore latent, grands seigneurs, bourgeois, ouvriers intelligents, tout ce qui est d’origine chrétienne, en un mot, — sans observer souvent les pratiques religieuses, — est d’accord sur ce point. L’Alliance anti-israélite universelle est constituée, et l’Alliance israélite universelle ne prévaudra point contre elle.

Les comités pourront en certains pays montrer plus ou moins d’activité, la propagande pourra être plus ou moins longue ; le siècle ne finira pas sans que l'histoire voie se renouveler ce fait, qui s’est renouvelé constamment : le Juif profitant des divisions qu’il crée pour se rendre maître par la ruse de tout un pays, voulant modifier violemment les idées, les mœurs, les croyances traditionnelles de ce pays, et amenant, à force de taquineries et d’insolences, les gens qui se haïssaient la veille à se réconcilier pour lui tomber dessus avec un entrain prodigieux.

Quant à moi, je ne suis que le modeste énonciateut des événements curieux qui approchent. Insulté, diffamé, méconnu, peut-être mourrais-je, quoique je ne le croie pas, avant d’avoir assisté aux choses que j’annonce comme certaines. Qu’importe ? j’aurai rempli mon devoir et accompli mon œuvre. Chaque fait maintenant confirmera la justesse de mes prévisions. « Dans toutes les affaires, dit Bossuet, il y a ce qui les prépare, ce qui détermine à les entreprendre, et ce qui les fait réussir. La vraie science de l’histoire est de remarquer dans chaque temps les dispositions secrètes qui ont préparé les grands changements, et les conjonctures importantes qui les ont fait arriver. »


LIVRE DEUXIÈME

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LE JUIF DANS L’HISTOIRE DE FRANCE


Les événements sont beaucoup moins variés que ne le supposent ceux qui ne connaissent pas ceux qui tiennent les fils.

_______________Disraëli.


CHAPITRE PREMIER


DES PREMIERS TEMPS A L’EXPULSION DE 1394


Arrivée des Juifs dans les Gaules. — Les Juifs au moyen âge. — Les Juifs chassés d’Espagne.— Les Juiveries du Midi. — Les albigeois. — Les mesures de salut social. — Le Juif d’après Michelet. — La guerre sociale au quatorzième siècle. — Le mouvement sémitique — L’expulsion définitive de 1394. — La grandeur de la France.


I


Les Juifs étaient venus dans les Gaules à la suite des Romains. Dans les Gaules, ils retrouvèrent le mépris dont on les accablait à Rome.

Tandis que le christianisme, séparé complètement de toute alliance avec le judaïsme considéré comme l’expression d’une race distincte, faisait partout de rapides progrès et ralliait à lui toutes les âmes et toutes les intelligences, les Juifs voyaient des peuples absolument étrangers aux préjugés romains redoubler spontanément de sévérité envers eux.

Toujours réprimés dans leurs usures, ils reviennent toujours à la charge ; et, dans le commencement de la période carlovingienne, nous les trouvons plus puissants que jamais. Alors, comme aujourd’hui, ils ne se contentent pas d’obtenir le libre exercice de leur culte ; ils veulent que les autres se gênent pour qu’ils ne soient pas gênés eux-mêmes : ils font décréter que les marchés ne se tiendront pas le samedi ; ils réclament l’exemption des droits qui pèsent sur les autres commerçants. Alors, comme aujourd’hui, ils se faufilent dans le gouvernement. Sédécias a toute la confiance de Charles le Chauve, qu’il empoisonne.

Attirés perpétuellement vers l’Orient par l’attraction de la race, les Juifs sont sans cesse en négociations avec les Sarrasins, auxquels ils livrent Béziers, Narbonne et Toulouse. C’est à partir de ce dernier méfait que chaque année, le jour de Pâques, un Juif recevait trois soufflets à la porte de la cathédrale et payait treize livres de cire.

Tant qu’ils ne mirent pas le pays hors de lui par leurs tripotages financiers, leurs trahisons et leurs, assassinats d’enfants chrétiens, ils restèrent relativement plus tranquilles que les chrétiens de la même époque.

Cette époque fut incontestablement pour Israël la plus brillante qu’il eût connue depuis la destruction du temple. Les Juifs de France atteignaient alors le chiffre de 800.000, qu’ils n’atteignent pas encore aujourd’hui chez nous[14]. Ils étaient aussi riches qu’à l’heure actuelle, et, dans le Midi particulièrement, les Juifs étaient presque maîtres.

Dans le Languedoc, « cette Judée de la France », pour employer l’expression de Michelet, les Juifs portaient des noms vulgaires : Astruc, Bougodas, Crescas, Dileral, Estori ; mais, en se mêlant à la population le plus qu’ils pouvaient, ils restaient fidèles au souvenir de la patrie, ils donnaient des noms de villes bibliques à celles du pays : Lunel devenait Jéricho ; Montpellier, Haï ; Carcassonne, Kirrath-Jearin. Ils se francisaient pour conquérir, ils judaïsaient ce qu’ils croyaient avoir conquis.


II


C’est par le Midi, où ils paraissaient le plus solidement installés, que commença le malheur des Juifs.

L’exemple d’une partie de leurs coreligionnaires, chassés d’Espagne et obligés de chercher un asile dans les florissantes juiveries de Toulouse et de Narbonne, aurait dû les rendre plus prudents.

Au onzième siècle, les Juifs étaient tout-puissants €n Espagne. Un des leurs, rabbi Samuel-Ha-Lévi, marchand épicier, se mêla aux guerres civiles, qui, par une coïncidence singulière, ont une intensité particulière partout où il y a des Juifs, et devint favori du roi Habous.

Son fils, rabbi Joseph-Ha-Lévi, nazi ou naghid, c’est-à-dire, roi des Juifs, parvint à être vizir du roi Badis.

Ce fils d’épicier tint la conduite que devait tenir plus tard Gambetta, Juif comme lui et fils d’épicier comme lui. Il révolta tout le monde par son insolence (insolentia Judæorum), il insulta grossièrement la religion du pays, et chacun bientôt n’eut plus qu’un désir, celui d’être débarrassé de lui et de la clique qu’il traînait sur ses pas. « Le royaume alors, dit un historien arabe, valait moins que la lampe de nuit quand le jour est arrivé. »

Un poète religieux, le glorieux Abou-Iskak-al-Elbiri, alla de ville en ville, flétrissant les défaillances, prêchant le dévouement, réconciliant entre eux les Cindhadjites et les Berbères longtemps ennemis, récitant partout sa célèbre Kacida rimée en noun, pour exciter les courages. Partout on répétait avec lui le refrain de sa chanson : « Les Juifs sont devenus grands seigneurs… ils régnent partout, dans la capitale et dans les provinces ; ils ont des palais incrustés de marbre, ornés de fontaines ; ils sont magnifiquement vêtus et dînent somptueusement, tandis que vous êtes pauvrement vêtus et mal nourris. »

Figurez-vous un Déroulède vraiment patriote, au lieu de s’être enrégimenté dans le parti de Gambetta par amour de la réclame banale, un général n’ayant pas peur de la mort, quelques hommes du peuple courageux, tout cela se ruant un matin sur les hôtels des tripoteurs et des financiers juifs, et vous aurez une idée de la scène qui se passa à Grenade le 30 décembre 1066.

Le Gambetta du onzième siècle, qui n’avait pas eu l’idée de mourir à temps, fut massacré avec quatre mille des siens.

La légende a conservé la mémoire du désintéressement superbe que montra Abou-Iskak. Quand, dans les jardins du persécuteur, la foule vint apporter au poète, devant lequel les chefs militaires avaient respectueusement abaissé leurs cimeterres sanglants, les monceaux d’or, les pierreries étincelantes, les colliers précieux, les étoffes chatoyantes, les objets d’art qui par milliers jonchaient le sol, Abou prit une grenade qui pendait à un arbre, l’ouvrit, en humecta ses lèvres, et dit : « La chaleur est lourde aujourd’hui ; j’avais soif : partagez-vous ces trésors, mes enfants ; mais n’oubliez pas de faire votre prière ce soir, car Dieu seul est grand ! »

C’était des débris échappés à cette exécution que s’était grossie la colonie juive du Languedoc. Sans être instruits par l’expérience de ce qui venait d’arriver (quelle expérience instruira jamais les Juifs ?), ils recommencèrent leurs intrigues ; ils s’efforcèrent de corrompre le pays où ils étaient si bien accueillis, de lui arracher ses croyances ; ils rendirent nécessaire la terrible croisade contre les albigeois.

Contre le Sémitisme, que toute la chrétienté sentait menaçant, Montfort, l’homme du Nord, l’Aryen au cœur intrépide et droit, marcha, combattit, fut vainqueur. Les hommes d’autrefois n’étaient pas comme les Français dégénérés d’aujourd’hui, des êtres veules et sans ressort, subissant patiemment toutes les infamies.

La faculté spéciale aux Juifs de pomper toute la richesse d’un pays dès qu’on les laisse à peu près tranquilles, s’était développée en outre dans des proportions excessives. De toutes parts des plaintes montaient vers le trône.

Appuyés par le peuple et l’Église, résumant, du consentement général, toute l’autorité en eux, les Capétiens, ne l’oublions pas, étaient des pères de famille autant que des rois.

Philippe-Auguste, à son avènement au trône, dut s’occuper de cette question ; il la résolut dans le sens de la pitié pour tous ces malheureux dépouillés qui étaient son peuple. Il confisqua une partie des biens des Juifs, et fît remise aux débiteurs de leurs dettes.

Napoléon fut obligé d’agir à peu près de même. Tout souverain ayant la notion de son droit total et ne se contentant pas de détenir une sorte de gérance dérisoire, devrait, qu’il fût empereur ou roi, se comporter de la même façon aujourd’hui. Il dirait évidemment à tous ces organisateurs de sociétés financières qui ont ruiné les actionnaires en enrichissant les fondateurs : « Vous n’avez pas acquis les milliards que vous possédez par le travail, mais par la ruse ; vous n’avez créé aucun capital, vous avez pris celui qui avait été économisé par les autres : restituez quelques milliards sur les trente ou quarante que vous avez indûment acquis. »

Nul ne trouverait mauvais que MM. de Rothschild, par exemple, se contentassent de cinq ou six cent mille livres de rente. On vit avec cela, même à plusieurs.


III


Saint Louis, ce chevalier sans peur, qui réunit en lui ces deux formes de l’idéal, le saint et le paladin, semble ne s’être décidé à des rigueurs contre les Juifs que lorsque la nécessité de garantir ses sujets contre eux le commanda absolument.

L’ordonnance de 1254 défend seulement aux Juifs de se livrer à l’usure, d’attaquer et de blasphémer les croyances des Français au milieu desquels ils vivent ; elle leur enjoint de se livrer à un travail honnête.

C’est dans ce sens encore que Napoléon essayera de résoudre la question ; et quand ils auront à leurs trousses toute l’Europe exaspérée, révolutionnée, ruinée par eux, les Juifs modernes, si fiers aujourd’hui, seront bien contents de ne pas trouver en France un souverain plus sévère que saint Louis.

Les Juifs, en effet, depuis Philippe-Auguste, avaient dû prendre des précautions nouvelles : les temps allaient devenir de plus en plus mauvais pour eux.

Prenez donc, au moment des expulsions, la collection de la République française, du Juif Gambetta ; du Rappel, du Juif Paul Meurice ; de la Lanterne, du Juif Eugène Mayer ; du Paris, du Juif Veil-Picard ; des Débats, où le Juif Raffalovitch partage l’influence avec Léon Say, l’homme des Rothschild : ils poussent des cris de joie sauvage au spectacle de ces pauvres religieux obligés d’abandonner leur œuvre commencée, de dire adieu à ces élèves qui sont leur unique famille dans le monde.

Il faut rendre cette justice aux Juifs, si insolents et si méprisables dans la prospérité, qu’ils supportent admirablement l’adversité. Dans les persécutions ils furent superbes ; les mères souvent jetèrent elles-mêmes leurs enfants dans les flammes, de peur qu’on ne les baptisât.

Les Juifs furent plus durement traités par Philippe le Bel que par aucun de ses prédécesseurs : l’édit de 1306 les expulsa, et en même temps ordonna la confiscation de tout ce qu’on put saisir de leurs biens.

Tour à tour chassés et rappelés, ils apparurent encore quelque temps_ parmi nous. Jean le Bon, en arrivant au trône, paraît avoir voulu tenter une décisive épreuve, et il la tenta dans des conditions de loyauté très frappantes : on assura aux Juifs un séjour de vingt ans. Charles V et Charles VI confirmèrent ces dispositions.

Avec leur incroyable obstination dans le mal, les Juifs continuèrent à poursuivre leurs intrigues multiples ; ils recommencèrent à ruiner le pays par l’usure, ils se procurèrent des hosties pour les profaner, ils égorgèrent des enfants le Vendredi saint. Naturellement, le peuple, moins patient qu’à présent, hurla ; les prédicateurs tonnèrent, et les rois durent adopter de nouveau des mesures préservatrices.

Charles VI prit enfin, le 17 septembre 1394, un arrêt d’expulsion définitif ; il bannit les Juifs de ses États à perpétuité, et leur défendit d’y demeurer sous peine de la vie.

Pour leur permettre de liquider leurs affaires, on prolongea même leur séjour de deux années, après lesquelles ils durent décidément quitter la France pour toujours.

Cette date de 1394 est une des dates les plus importantes de notre histoire. Les rois ont tour à tour essayé de la sévérité et de la douceur : il est désormais prouvé que le Juif ne peut s’acclimater en France. Les races les plus diverses : Celtes, Gaulois, Gallo-Romains, Germains, Francs, Normands, se sont fondues dans cet ensemble harmonieux qui est la nation française ; ils ont assoupli leurs angles, ils ont apporté leurs qualités, ils ont toléré mutuellement leurs défauts. Seul, le Juif n’a pu entrer dans cet amalgame. La France lui dit : « Mon ami, nous ne pouvons nous entendre : séparons-nous, et bonne chance ! »

Il y a là intolérance sans doute, mais non pas intolérance dans le sens religieux du mot, puisque les plus redoutables adversaires du Juif ont été des princes comme Philippe le Bel, plus politique assurément que mystique ; il y a intolérance dans le sens que la science prête à ce terme lorsqu’elle dit : « Le sujet ne peut tolérer telle substance. » La France ne peut tolérer le Juif, elle le rend ; elle ne le recevra que bien longtemps après, enveloppé dans toute une littérature philosophico-humanitaire, et en sera très malade, si elle n’en meurt pas.

Grâce à l’élimination de ce venin, la France, encore plongée dans les horreurs de la guerre de Cent ans, va atteindre avec rapidité un degré de prospérité incroyable ; elle va devenir la grande nation européenne, régner par les armes, par les lettres, par les arts, par la courtoisie exquise, par le goût, par le charme de sa nature bienveillante et sociable, par son originalité de bonne compagnie, si accommodante pour les idées des autres. Elle sera l’arbitre, le modèle, l’envie du monde entier ; elle comptera parmi ses fils des généraux glorieux, des ministres illustres, des écrivains incomparables ; elle aura des triomphes et des revers, mais l’honneur sera toujours sauf ; elle ne sera pas exempte de vices, mais de ces vices qui n’abaissent point ; et quand elle courra à la bataille, ce ne sera ni pour les Bons mexicains, ni pour les Bons tunisiens. Chez elle, tout le monde sera sinon riche, du moins heureux, car le Juif ne sera pas là pour exercer sur le travail d’autrui son parasitisme usuraire.

En un mot, à partir de 1394, époque à laquelle elle chasse les Juifs, la France montera toujours ; à partir de 1789. époque à laquelle elle les reprend, elle descendra sans cesse…


CHAPITRE DEUXIÈME


De 1394 à 1789


Le recueillement du Juif après l’expulsion de 1394. — Le grand silence. - La Kabbale. — Luther et les Juifs. — Concini. — Les Juifs en Hollande. — Le monde de Rembrandt. — Cromwell. — Les quatre familles juives du Paris de Louis XIV. — Les Juifs du Comtat. — L’Avignon papale et Mistral. — Les Juifs de Bordeaux. — Montaigne et Alexandre Dumas. — Efforts des Juifs pour s’introduire à Paris. — La requête des marchands et négociants de Paris. — L’araignée d’or juive. — Voltaire et les Juifs. — Voltaire financier. — La colonie juive de Paris. — Le premier cimetière juif. — Louis XVI et les Juifs. — Le mouvement juif latent. — La franc-maçonnerie. — L’expulsion des jésuites. — Les Juifs déguisés : le comte de Saint-Germain, Cagliostro. — La haine des Juifs contre Marie-Antoinette. — Marie-Thérèse et les Juifs. — L’affaire du Collier. — L’illuminisme. — La loge Saint-Jean de la Candeur. — Le duc d’Orléans, grand maître de la franc-maçonnerie, allié des Juifs. — L’abbé Grégoire. — Les Juifs et la Constituante. — L’émancipation. — L’ancien régime et le régime actuel, — Le nouveau Sinaï.


I


Que devient le Juif de 1394 à 1789 ? On ne sait trop. Il s’est évanoui ; il s’est rasé, comme le lièvre poursuivi ; il a changé son plan d’action, modifié ses ruses, éteint beaucoup son ardeur. Il semble alors tout plongé dans la Kabbale[15]. Il est alchimiste, il tire des horoscopes, il interroge les astres, et il peut, en parlant du Grand Œuvre, avoir accès partout. Sur ce sujet, il est inépuisable : il sait en effet, et les frères errants avec lesquels il s’abouche dans chaque ville savent aussi, ce que ce mot de Grand Œuvre cache sous son mystérieux symbolisme. Faire de l’or, régner par le banquier sur ce monde qui ne croit qu’au prêtre et au soldat, à la pauvreté et à l’héroïsme, la politique juive est toujours là. Mais ce qu’il faut renverser avant de rien entreprendre, c’est la vieille hiérarchie, l’Église, le Moine, le Pape.

Sur quel point agir ? A la France il ne faut pas penser. L’Espagne, que les Juifs ont livrée aux Maures, conquiert pied à pied le sol de la patrie, et c’est par l’expulsion définitive des Juifs qu’elle se préparera aux grandes destinées qui l’attendent sous Charles-Quint et Philippe II. L’Allemagne est plus propice à un mouvement : elle est divisée, et l’on n’y rencontrera pas cette autorité royale déjà si puissante qui, de l’autre côté du Rhin, centralise la force et défend les croyances de tous. Autant que la France cependant, l’Allemagne répugne aux Juifs et en brûle quelques-uns de temps en temps.

Le Juif, rendu plus prudent par ses mésaventures, ne s’attaque plus en face au catholicisme ; il souffle Luther, il l’inspire, il lui suggère ses meilleurs arguments.

Luther cependant fut dur pour les Juifs, plus dur que ne l’avait été aucun prêtre.


En cendres, s’écriait-il, en cendres les synagogues et les maisons des Juifs ! et ceux-ci, qu’on les parque dans les écuries ; que de leurs biens on forme un trésor pour l’entretien des convertis ; que les Juifs et les Juives robustes, on les astreigne aux plus durs labeurs ; qu’on leur prenne leurs livres de prières, le Talmud, la Bible, et qu’il leur soit défendu, sous peine de mort, même de prononcer le nom de Dieu.

Pas de faiblesse, pas de pitié pour les Juifs ! Que les princes, sans forme de procès, les chassent ; que les pasteurs inculquent à leurs ouailles la haine du Juif.


Quelques Juifs chassés d’Espagne arrivèrent alors prendre pied à Bordeaux ; mais avec quelles précautions ils durent agir ! quels déguisements ils furent obligés de revêtir ! Les nouveaux venus ne se présentèrent aucunement comme Juifs ; ils ne firent, pendant cent cinquante ans au moins, aucun exercice de leur religion. Les lettres patentes de Henri II autorisant le séjour furent délivrés, non à des Juifs, mais à de nouveaux chrétiens.

Sous la minorité de Louis XIII, ils n’en revinrent pas moins en France en assez grand nombre. Ils avaient à la Cour un puissant protecteur : Concini était environné de Juifs. La Galigaï passait pour être Juive d’origine. « Elle vivait constamment, dit Michelet, entourée de médecins juifs, de magiciens, et comme agitée de furies. » Quand elle souffrait de la terrible névrose particulière à la race, Élie Montalte, un Juif encore, tuait un coq et le lui appliquait sur la tête.

Concini pillait tout, trafiquait, tripotait. La France était en pleines mains juives.

Ce tableau ne semble-t-il pas contemporain ? Que fut Gambetta, en effet, si ce n’est, en bien des points du moins, une seconde incarnation de Concini ?

Notre Concini, à nous, a pu malheureusement faire tout le mal qu’il a voulu, sans avoir trouvé de Vitry. La France n’enfante plus d’hommes comme ce vaillant, qui, tranquillement, son épée sous le bras, avec trois soldats aux gardes pour toute compagnie, s’en vint barrer le passage, sur le pont du Louvre, à l’aventurier orgueilleux qui s’avançait suivi d’une escorte nombreuse comme un régiment. — Halte-là ! — Qui donc ose me parler ainsi, à moi ? Et comme le drôle étranger ajoutait un geste à ces paroles, Vitry, l’ayant bien ajusté, lui cassa la tête d’un coup de pistolet.

Puis il entra chez le roi et dit : C’est fait. — Grand merci, mon cousin ! répondit Louis XIII à l’humble capitaine, que son courage, ainsi qu’on le voit encore en Espagne, venait de faire le parent du roi. Vous êtes maréchal et duc, et je suis heureux de vous saluer le premier de votre nouveau titre.

Par la fenêtre, une grande rumeur arrivait en même temps : c’était Paris qui, enfin vengé de tant de hontes subies, battait frénétiquement des mains.

Aujourd’hui, l’industrie a encore des chevaliers, et la Bourse, des barons ; mais l’héroïsme ne fait plus de maréchaux ni de ducs. Les Juifs étrangers peuvent tout se permettre chez nous : nul Vitry ne tirera l’épée pour arrêter les oppresseurs de sa patrie.

Je connais cependant à Paris un pont, au bout d’une place célèbre, où un colonel qui aurait du poil au menton, pourrait gagner un titre plus beau que celui que le hardi capitaine des gardes gagna le 24 avril 1617, sur le pont du Louvre.

Concini à peine tué, on intima l’ordre aux Juifs, qui, avec leur activité ordinaire, avaient déjà constitué comme une petite synagogue chez un membre du parlement, de disparaître immédiatement.


II


Si le Juif ne pouvait se faire accepter en France qu’en reniant énergiquement son origine, il avait cessé ailleurs d’être le paria des anciens jours : il avait trouvé en Hollande plus qu’un asile, un terrain favorable où tous ses défauts fussent impuissants à se développer, où ses qualités pussent se donner carrière.

La destinée de cette race, en effet, est singulière : seule de toutes les races humaines, elle a le privilège de vivre sous tous les climats, et en même temps elle ne peut se maintenir, sans nuire aux autres et sans se nuire à elle-même, que dans une atmosphère morale et intellectuelle spéciale.

Avec son esprit d’intrigue, sa manie d’attaquer sans cesse la religion du Christ, sa fureur de détruire la foi des autres, qui contraste si étrangement avec son absence de tout désir de convertir les étrangers à la sienne, le Juif est exposé dans certains pays à des tentations auxquelles il succombe toujours : c’est ce qui explique la perpétuelle persécution dont il est l’objet.

Dès qu’il a affaire à ces grandes cervelles d’Allemands avides de systèmes et d’idées, à ces esprits français épris de nouveautés et de mots, à ces imaginations de Slaves toujours en quête de rêves, il ne peut se contenir : il invente le socialisme, l’internationalisme, le nihilisme ; il lance sur la société qui l’a accueilli des révolutionnaires et des sophistes, des Hertzen, des Goldeberg, des Karl Marx, des Lassalle, des Crémieux, des Gambetta ; il met le feu au pays pour y faire cuire l’œuf de quelques banquiers, et tout le monde se réunit à la fin pour le pousser vers la porte.

Sur les têtes solides d’Anglais ou de Hollandais, au contraire, le Juif ne peut rien. Il sent d’instinct, avec son nez qui est long, qu’il n’y a rien à tenter sur ces gens attachés à leurs vieilles coutumes, fermes dans les traditions qu’ils ont reçues de leurs aïeux, attentifs à leurs intérêts. Il se contente de proposer des affaires que les indigènes discutent minutieusement et qu’ils font quand elles sont bonnes ; mais il ne raconte pas d’histoires, il ne dit pas aux fils que leurs pères étaient d’affreuses canailles ou des serfs abjects, il ne les invite pas à brûler leurs monuments, il ne fait là ni emprunt frauduleux ni Commune. Il est heureux, et les autres aussi.

Cette petite Hollande, industrieuse et commerçante, étrangère elle-même à cet idéal chevaleresque si antipathique aux fils de Jacob, fut vraiment le berceau du Juif moderne. Pour la première fois Israël connut là, non point le succès éclatant qui grise le Juif et qui le perd, mais le calme de longue durée, la vie régulière et normale.

C’est Rembrandt qu’il faut, je ne dis pas regarder, mais contempler, étudier, scruter, fouiller, analyser, si l’on veut bien voir le Juif.

Qu’ils sont parlants, ces Juifs de Rembrandt causant d’affaires au sortir de la synagogue, s’entretenant du cours du florin ou du dernier envoi de Batavia ! ces voyageurs qui cheminent leur bâton à la main avec des airs de Juifs errants, qui sentent qu’ils vont arriver et s’asseoir quelque part !

Tout allait mieux en effet pour les Juifs. En Angleterre, ils avaient trouvé l’homme qu’ils aiment, le Schilo, le faux Messie, le chef exclusivement terrestre, qui, ne s’appuyant sur aucun droit traditionnel, est bien forcé d’avoir recours à la force secrète que détiennent les Juifs. Cromwell, soutenu par la franc-maçonnerie, puissante déjà, mais très occulte et très discrète encore, avait été le protecteur zélé des Juifs, et s’était efforcé de faire lever l’arrêt de proscription qui pesait sur eux.

Sous Louis XIV, au moment où la France est à l’apogée de sa puissance et règne véritablement sur le monde, non seulement par les armes, mais par l’ascendant de sa civilisation, savez-vous combien Paris comptait de Juifs ? On ne comptait pas plus de quatre familles de cette religion habitant la capitale, et cent cinquante allant et venant.

Il n’y a pas de médaille sans revers et de victoire sans inconvénients. La conquête de l’Alsace avait, elle aussi, apporté à la France une quantité considérable de Juifs, dont elle se serait bien passée. Très nombreux en Alsace, les Juifs y étaient fort durement traités. La réunion de cette province à la France améliora un peu leur situation.

Dans le Comtat-Venaissin seulement, qui était alors terre papale, les Juifs de France avaient trouvé une liberté à peu près complète et une sécurité relative. En plein moyen âge, Avignon put être appelé « le Paradis des Juifs. »

Sans doute, de temps en temps, des mouvements populaires éclataient contre eux à la suite d’usures trop criantes ; mais le Pape ou le légat intervenait toujours pour calmer les esprits.

Là, comme ailleurs, cependant, les Juifs ne se gênaient guère pour faire des malhonnêtetés aux chrétiens qui consentaient à les accueillir, et pour insulter à leurs croyances. Longtemps on aperçut, à l’entrée de l’église Saint-Pierre d’Avignon, un bénitier qui rappelait un de leurs tours : le bénitier de la Belle Juive.

Une Juive, d’une rare beauté, avait trouvé plaisant de pénétrer dans l’église le jour de Pâques et de cracher dans l’eau bénite. Aujourd’hui, la Belle Juive, à la suite de cet exploit, serait nommée inspectrice générale des écoles de filles ; alors, elle reçut le fouet en place publique, et une inscription commémorative rappela le sacrilège commis et la punition subie.

La colonie juive de Bordeaux avait seule prospéré. Quand l’Espagne, après la défaite définitive des Maures de Grenade, se vit appelée à jouer un rôle en Europe, elle fit ce qu’avait fait la France dès que la monarchie s’était constituée : elle élimina de son sein les éléments qui étaient une cause perpétuelle de trouble. Le 30 mars 1492, le roi Ferdinand d’Aragon et la reine Isabelle de Castille, sur l’avis de l’illustre Ximénès, rendirent un arrêt qui ordonnait à tous les Israélites de sortir du pays.

Quelques-uns de ces proscrits vinrent chercher un asile à Bordeaux. Parmi eux se trouvaient Ramon de Granolhas, Dominique Ram, Gabriel de Tarragera, Bertrand Lopez ou de Louppes, les Goveas, qui se firent assez rapidement comme jurisconsultes, médecins, négociants, une place dans la société de Bordeaux[16].

Montaigne et Dumas fils, tous deux d’origine juive par leur mère, sont les deux seuls écrivains français vraiment dignes de ce nom qu’ait produits la race d’Israël fécondée par le mélange de sang chrétien. Sans établir un rapprochement qui serait forcé entre la moquerie souriante et légère du premier et la raillerie âpre du second, il est permis de constater que tous deux ont été des destructeurs ; tous deux, sous des formes diverses, ont mis en relief les vices et les ridicules de l’humanité, sans lui proposer aucun idéal supérieur à atteindre ; tous deux ont été des rieurs et des tristes, des désillusionnés et des désillusionneurs.

Pour Dumas, particulièrement, l’influence exercée par la race constitue comme une diminution du patrimoine intellectuel de notre pays. Nul contemporain n’a été plus préoccupé des questions religieuses ; nul n’a pénétré plus avant dans certaines profondeurs de l’être humain. Éclairée par la Vérité, cette intelligence si ferme, si virile, aurait pu rendre d’immenses services. Lui-même semble avoir eu comme l’intuition de ce qu’il perdait et de ce qu’il faisait perdre aux autres en ne croyant pas ; il n’a obéi à aucune ambition basse, à aucune tentation vile, à aucun désir de se mettre bien avec les prétendus libres penseurs aujourd’hui au pouvoir, et dont il a souvent parlé avec un mépris hautain ; mais il n’a pu faire le pas décisif : il était aveugle-né, et il est resté aveugle.

Qu’elle sera curieuse à étudier plus tard dans le grand écrivain, cette sorte de fatalité de race à laquelle il n’a jamais pu se soustraire !


III


Les Juifs portugais n’avaient jamais été admis en France comme Juifs, mais comme nouveaux chrétiens.

Ils protestaient avec énergie toutes les fois qu’on les traitait de Juifs.

Ils se conformaient scrupuleusement à toutes les pratiques extérieures de la religion catholique : leurs naissances, leurs mariages, leurs décès, étaient inscrits sur les registres de l’Église ; leurs contrats étaient précédés des mots : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »

Après avoir vécu près de cent cinquante ans ainsi, les Juifs étaient restés aussi fidèles à leurs croyances que le jour de leur arrivée. Dès que l’occasion fut favorable, en 1686, suivant Benjamin Francia, ils retournèrent ouvertement au judaïsme, ils cessèrent de faire présenter leurs enfants au baptême et de faire bénir leur mariage par des prêtres catholiques.

Des Juifs même dont les familles, depuis deux cents ans, pratiquaient officiellement le catholicisme en Espagne, passèrent la frontière, et vinrent se faire circoncire et remarier selon le rite israélite, à Bordeaux, dès que des rabbins y furent installés.

La persistance, la vitalité opiniâtre de ce judaïsme que rien n’entame, sur lequel le temps glisse, et qui se maintient de père en fils dans l’intimité de la maison, est à coup sûr un des phénomènes les plus curieux pour l’observateur.

Parmi les innombrables Juifs étrangers qui se sont faufilés en France à la suite de la grande poussée de 1789, beaucoup se sont installés sans tambour ni trompette, et ont vécu de la vie de tout le monde. Soudain l’occasion s’est présentée : la vieille haine contre le christianisme, assoupie chez les pères, s’est réveillée chez les enfants, qui, travestis en libres penseurs, se sont mis à insulter les prêtres, à briser les portes des sanctuaires, à jeter bas les croix.

A Bordeaux, comme ailleurs, le développement du mal judaïque suivit son cours psychologique, l’évolution qu’il a partout, sous tous les climats, à toutes les époques, sans aucune exception.

Avec leur aplomb ordinaire, ils allaient toujours de l’avant. Pour rehausser l’éclat de leurs enterrements, ils se faisaient escorter par les chevaliers du Guet et les sergents.

Nous avons vu les mêmes faits se reproduire dans un ordre identique. Sous prétexte qu’un officier de service s’était conformé au texte strict du règlement et avait refusé de suivre l’enterrement civil de Félicien David, la franc-maçonnerie juive poussa des hauts cris et s’écria : « La libre pensée, cette chose sublime, qu’en faites-vous ? » C’est la première étape. Lorsqu’il s’agit de conduire Gambetta au Père-Lachaise, la franc-maçonnerie oblige des magistrats, des officiers à suivre un enterrement qui soulève l’indignation de tous les honnêtes gens. C’est la seconde étape. Dans quelque temps on empêchera les magistrats, les officiers, les citoyens, d’assister à des obsèques religieuses, en prétendant qu’il s’agit d’une manifestation cléricale. Ce sera la troisième étape.

Après cette étape, il surgit généralement, dans les pays qui ne sont pas tombés complètement en pourriture, un homme énergique qui, armé d’un vigoureux balai, met tous ces gens-là dehors.

A vrai dire, les Portugais étaient un peu victimes de leurs coreligionnaires. Les Gradis, les Fernandez, les Silva, les Laneyra, les Ferreyra, les Pereire et Cie, dont le chef Joseph Nunz Pereire se qualifiait de vicomte de la Menaude et de baron d’Ambès dès 1720, étaient à la tête de maisons de banque ou de commerce qui rendaient certains services. Malheureusement, voyant la ville ouverte, une nuée de Juifs avignonais et allemands s’était ruée sur Bordeaux. La tribu de Juda, à laquelle appartenaient les Portugais, était compromise par la tribu de Benjamin, qui s’était vouée avec ardeur à la négociation des vieux habits et des vieux galons, et qui n’apportait pas toujours dans ce trafic toute l’honnêteté désirable.

Malgré la résistance opposée par les Dalpuget, les Astruc, les Vidal, les Lange, lea Petit, Juifs avignonais qui prétendaient exercer un commerce sérieux, un arrêt du conseil, du 21 janvier 1734, signé Chauvelin, ordonna l’expulsion définitive sans aucun délai de « tous les Juifs avignonais, tudesques ou allemands qui sont établis à Bordeaux ou dans d’autes lieux de la province de Guyenne ».

Grâce à cette mesure, les Juifs portugais purent rester à peu près tranquilles à Bordeaux jusqu’à la Révolution.


IV


Bordeaux était cependant un bien étroit terrain pour les Juifs. C’était Paris surtout qu’ils ambitionnaient ; en 1767, ils crurent avoir trouvé un moyen d’y pénétrer. Un arrêt du conseil avait statué qu’à l’aide de brevets accordés par le roi, les étrangers pouvaient entrer dans les corps de métiers. Les Juifs, toujours à l’affût, s’imaginèrent qu’il serait facile de se glisser par cette porte.

Les six corps de marchands protestèrent énergiquement. La requête des marchands et négociants de Paris contre l’admission des Juifs est, à coup sûr, un des documents les plus intéressants qui existent sur la question sémitique.

On ne peut plus, en effet, nous raconter les vieilles histoires de peuples fanatiques excités par les moines, de préjugés religieux. Ces bourgeois sont des Parisiens du dix-huitième siècle, des contemporains de Voltaire, assez tièdes probablement.

Ce qu’ils discutent, n’est pas le point de vue religieux ; c’est le point de vue social. Leurs arguments, inspirés par le bon sens, le patriotisme, le sentiment de la conservation, sont les mêmes que ceux des comités de Berlin, d’Autriche, de Russie, de Roumanie, et l’on peut dire que leur éloquente requête est la première pièce du dossier antisémitique moderne, sur lequel le vingtième siècle statuera définitivement, si le procès dure jusque-là.

Les marchands parisiens protestent avec énergie contre l’assimilation qu’on veut établir entre le Juif et l’étranger : l’étranger s’inspire à un fonds d’idées commun à tous les civilisés ; le Juif est en dehors de tous les peuples : c’est un forain, quelque chose comme le circulator antique.


L’admission de cette espèce d’hommes dans une société politique ne peut être que très dangereuse. On peut les comparer à des guêpes[17], qui ne s’introduisent dans les ruches que pour tuer les abeilles, leur ouvrir le ventre et en tirer le miel qui est dans leurs entrailles. Tels sont les Juifs, auxquels il est impossible de supposer les qualités de citoyens que l’on doit certainement trouver dans tous les sujets des sociétés politiques.

De l’espèce d’hommes dont il s’agit aujourd’hui, aucun n’a été élevé dans les principes d’une autorité légitime. Ils croient même que toute autorité est une usurpation sur eux, ils ne font de vœux que pour parvenir à un empire universel ; ils regardent tous les biens comme leur appartenant, et les sujets de tous les États comme leur ayant enlevé leurs possessions.


Ces marchands du dix-huitième siècle, moins sots que nos boutiquiers d’aujourd’hui, qui consentent à se laisser chasser de chez eux pour faire place à des envahisseurs, indiquent en des termes dignes de Toussenel ce don d’agrégation qu’ont les Juifs, qui s’attirent entre eux et se coalisent contre ceux qui leur ont donné l’hospitalité. Ce qu’ils écrivent à propos des fortunes faites honnêtement par le travail, est en quelque sorte comme le testament des vieux commerçants parisiens, si probes, si consciencieux, si éloignés de tous les procédés de réclame éhontée qu’on emploie maintenant pour vendre de la camelote, et qui font regarder Paris par les touristes comme un vrai repaire de brigands.

Tous les étrangers sont pressurés de la part des Juifs. Ce sont des particules de vif-argent qui courent, qui s’égarent, et qui à la moindre pente se réunissent en un bloc principal.

Les fortunes dans le commerce sont rarement rapides, quand il est exercé avec la bonne foi qu’il exige : aussi, pourrait-on en général garantir la légitimité de celle des Français, et particulièrement des marchands de Paris. Les Juifs, au contraire, ont de tout temps accumulé en peu d’années des richesses immenses, et c’est encore ce qui se passe sous nos yeux.

Serait-ce par une capacité surnaturelle qu’ils parviennent si rapidement à un si haut degré de fortune ?

Les Juifs ne peuvent se vanter d’avoir procuré au monde aucun avantage dans les différents pays où ils ont été tolérés. Les inventions nouvelles, les découvertes utiles, un travail pénible et assidu, les manufactures, les armements, l’agriculture, rien de tout cela n’entre dans leur système.

Mais profiter des découvertes pour en altérer les productions, altérer les métaux, pratiquer toute sorte d’usures, receler les effets volés, acheter de toutes mains, même d’un assassin ou d’un domestique, introduire les marchandises prohibées ou défectueuses, offrir aux dissipateurs ou à d’infortunes débiteurs des ressources qui hâtent leur ruine, les escomptes, les petits changes, les agiotages, les prêts sur gages, les trocs, les brocantages ; voilà à peu près toute leur industrie.

Permettre à un seul Juif une seule maison de commerce dans une ville, ce serait y permettre le commerce à toute la nation ; ce serait opposer à chaque négociant les forces d’une nation entière, qui ne manquerait pas de s’en servir pour opprimer le commerce de chaque maison l’une après l’autre, et par conséquent celui de toute la ville[18].

Si la pratique était dangereuse partout, elle serait encore plus funeste dans cette ville de Paris. Quel théâtre pour la cupidité ! quelle facilité pour les opérations de leur goût ! Les lois les plus vigoureuses qu’on pourrait opposer à leur admission, toute la vigilance des magistrats de police, les soins particuliers que le corps de ville prendrait pour seconder les vues de l’administration, rien ne serait capable de prévenir les actes fréquents et momentanés de leur cupidité. Il serait impossible de les suivre dans leur route oblique et ténébreuse.


Citons encore la conclusion prophétique de ce mémoire, vrai chef-d’œuvre de raison, où l’on sent bien l’âme loyale et patriotique de nos ancêtres :


Que les défenseurs des Juifs ne s’y méprennent pas ! Les Juifs ne sont pas cosmopolites ; ils ne sont citoyens dans aucun endroit de l’univers ; ils se préfèrent à tout le genre humain ; ils en sont les ennemis secrets, puisqu’ils se proposent de l’asservir un jour.


Cas protestations indignées eurent gain de cause : un arrêt du 7 février 1777 débouta définitivement les Juifs.

Les Juifs avaient été défendus par Lacretelle ; mais il faut avouer qu’ils avaient choisi là un singulier défenseur.


Ce peuple, écrivait-il dans son plaidoyer, familier avec le mépris, fait de la bassesse la voie de sa fortune ; incapable de tout ce qui demande de l’énergie, on le trouve rarement dans le crime, on le surprend sans cesse dans la friponnerie. Barbare par défiance, il sacrifierait une réputation, une fortune entière, pour s’assurer la plus chétive somme.

Sans autre ressource que la ruse, il se fait une ressource de l’art de tromper. L’usure, ce monstre qui ouvre les mains de l’avarice même pour s’assouvir davantage ; qui, dans le silence, dans l’ombre, se déguise sous mille formes, calculant sans cesse les heures, les minutes d’un gain] affreux, va partout, épiant les malheureux pour leur porter de perfides secours ; ce monstre paraît avoir choisi le Juif pour agent. Voilà ce que l’inquisition la plus rigoureuse pouvait recueillir sur le peuple juif ; et l’on avoue qu’il y a de quoi être effrayé du portrait, s’il est fidèle. Il ne l’est que trop ; c’est une vérité dont il faut gémir.


Ce sentiment de répulsion si énergiquement formulé est d’autant plus intéressant, que personne, en France surtout, ne paraît se douter de la force réelle du Juif.

Voltaire a accablé les Juifs de ses railleries polissonnes ; mais il a parlé d’eux comme il parlait de tout, sans savoir ce qu’il disait. La haine de l’auteur de la Pucelle contre Israël était, il faut le reconnaître, inspirée par les mobiles les plus vils et les plus bas.

Voltaire fut, au dix-huitième siècle, avec le talent, le style et l’esprit en plus, le type parfait de l’opportuniste d’aujourd’hui. Affamé d’argent, il était sans cesse mêlé à toutes les négociations véreuses de son temps. Associé aux fournisseurs qui faisaient crever de faim nos soldats et qui les laissaient tout nus, affilié à tous les maltôtiers de son temps, Voltaire, de nos jours, aurait eu Ferrand pour commanditaire ; il aurait réalisé un joli bénéfice dans l’emprunt Morgan ; dans les émissions, Léon Say lui aurait assuré des souscriptions irréductibles ; il eût damé le pion à Challemel-Lacour, à Léon Renault, à Christophle et à Dauphin, dans les négociations financières.

Rien d’étonnant, dans ces conditions, que Voltaire ait été mêlé de bonne heure aux affaires des Juifs. Ce Français au cœur prussien résolut d’ailleurs le difficile problème d’être plus âpre au gain que les fils d’Israël, plus fourbe que ceux qu’il insultait.

Mêlé aux affaires du Juif Médina, Voltaire perdit dans la banqueroute du fils de Jacob vingt mille livres, qu’il regretta toute sa vie, car il n’avait pas la philosophie des bons souscripteurs des mines de Bingham.

Près d’un demi-siècle s’écoula sans amortir ce cuisant souvenir.

Ces désagréments financiers expliquent l’hostilité que Voltaire témoigna toute sa vie aux Juifs ; ses railleries sur leurs règles d’hygiène ; ses appellations de circoncis, de déprépucés, qui reviennent à chaque instant sous sa plume.


V


L’espèce de recueillement dans lequel le Juif était entré, avait permis à l’Europe, pendant tout le dix-huitième siècle, de vivre relativement tranquille et de cultiver en paix les muses. A la fin du dix-huitième siècle ; cependant, quelques Juifs paraissent avoir réussi à s’établir à Paris, dans des conditions bien précaires.

En dehors des nomades, plus ou moins receleurs, qui se glissaient entre les mailles de la loi, on tolérait dans la capitale quelques familles juives du rite allemand, venues de la Lorraine et de l’Alsace ; elles avaient ! pour syndic, chargé de les représenter, un nommé Goldschmidt, dont les descendants, je crois, ont un hôtel somptueux rue de Monceau, et portent même un titre nobiliaire, qu’ils n’ont certes pas gagné aux croisades. Elles étaient soumises à un exempt de police nommé Brugère, et devaient se présenter chez lui tous les mois, pour faire renouveler leur permis de séjour ; il restait le maître de refuser le visa et d’exiger le départ immédiat de Paris. C’était absolument, on le voit, la mise en carte que l'on applique à certaines catégories de femmes.

Ils ne savaient même pas où se faire enterrer. Ils ensevelissaient leurs morts à la Villette, dans le jardin d’une auberge de rouliers, à renseigne du Soleil d’or. Ils payaient au propriétaire cinquante francs pour le corps d’une grande personne.

N’est-ce point saisissant, ce contraste d’hier et d’aujourd’hui ? Regardez ces malheureux qui s’en vont furtivement dans un faubourg perdu de Paris, n’ayant pas même un lieu pour pleurer, pour dire en paix le Kaddisch des veuves et des orphelins, pour réciter la prière : « O Éternel, rocher des mondes ! »

Avant qu’un siècle soit écoulé, ils seront les maîtres de ce brillant Paris à travers lequel ils se glissent comme des ombres ; ils auront les palais, les chevaux fringants, les loges à l’Opéra, l’autorité : ils auront tout. En ce coin même de la Villette s’élèveront les usines d’Halphen, où trois mille ouvriers chrétiens, pliant sous le labeur sans trêve, étouffant dans une atmosphère de cinquante degrés, crachent le sang dès quarante ans pour que cet homme ait un peu plus d’or.

A cette époque. Je Juif, qu’on n’admettait nulle part, était en réalité partout, et cela depuis la Régence.

Ce qu’il n’avait pu faire au moyen âge avec les templiers, le Juif le faisait avec la franc— maçonnerie, dans laquelle il avait fondu toutes les sociétés secrètes particulières qui avaient si longtemps cheminé dans l’ombre.

Les moyens employés pour détruire l’ancienne France furent en réalité assez simples.

Les francs-maçons s’étaient débarrassés du seul ennemi qu’ils eussent sérieusement à craindre dans cette société inattentive et frivole : le jésuite. Très délié, très perspicace, le jésuite personnifiait l’esprit français en ce qu’il a de meilleur, le bon sens, l’amour des lettres, l’équilibre de l’intelligence, qui firent notre dix-septième siècle si grand dans l’histoire. Très informé, sans l’être aussi bien que le Juif, il avait et il a encore pour lui un certain don de flairer l’aventurier cosmopolite, il le devine d’instinct ; il aperçoit le point noir chez les êtres de cette nature, non point à un défaut dans les manières, qui quelquefois sont correctes, mais à un certain manque de culture intellectuelle. Le système d’éducation des jésuites, en outre, leurs exercices de logique forment des hommes capables de réfléchir, de ne pas se laisser prendre aux mots.

A tous ces points de vue, cet adversaire, très mêlé aux affaires du monde sans ressentir aucune des passions de la terre, était gênant : l’habileté suprême des francs-maçons fut de l’éloigner du théâtre sur lequel ils allaient agir.

Le succès obtenu par des hommes comme le comte de Saint-Germain et Cagliostro n’a rien qui étonne, lorsque, sans subir l’impression de ce qui est lointain, on juge ces faits par ce qui se passe sous nos yeux. Il n’est point nécessaire, pour comprendre, de se livrer à de grandes considérations historiques ; il suffit de rapprocher le présent du passé.

L’espèce de fascination exercée par l’étranger a toujours été la même. Il y a des milliers de Français natifs, très considérés et très honnêtes, qui n’entreront jamais dans les grands cercles, lesquels s’ouvriront à deux battants devant les spéculateurs juifs, des négriers, des aventuriers, des rastaquouères de tous les pays.

Ce qui est certain, c’est que la société française accueillait à bras ouverts le fils d’un Juif alsacien nommé Wolf, qui se faisait appeler le comte de Saint-Germain. Il eut un rôle dans toutes les intrigues diplomatiques de son temps, il fut initié à tous les secrets d’État ; et dans ces salons sceptiques il ne trouva pas un contradicteur, lorsque ce Juif errant de cour affirmait que, doué d’une éternelle jeunesse, il avait été contemporain de Jésus-Christ, et qu’il lui avait rendu de bons offices auprès de Ponce-Pilate ! Personne ne mettait en doute qu’il ne sût fabriquer des diamants à volonté.

A ceci quoi d’étonnant ? N’avons-nous pas vu Jules Ferry, ce noble esprit émancipé de tous les préjuges vulgaires, convaincu que la dame Cailhava, armée de sa baguette magique, allait lui découvrir assez de trésors à Saint-Denis pour combler le déficit que les dilapidations et les vols de la République ont creusé dans le budget de la France ?

L’influence de Cagliostro fut plus considérable encore.

Bien avant l’arrivée de cet aventurier, au moment même où Louis XVI montait sur le trône, la reine Marie-Antoinette, qu’Israël poursuivait d’une haine spéciale, nous dirons tout à l’heure pourquoi, avait été déjà attaquée comme reine et comme femme.

En déshonorant Marie-Antoinette, Israël, qui a la rancune tenace et poursuit ceux qui l’ont offensé jusque dans leur cinquième génération, se vengeait d’une souveraine qui l’avait persécuté avec rigueur. Marie-Thérèse avait été l’implacable ennemie des Juifs ; elle avait renouvelé contre eux toutes les prescriptions humiliantes d’autrefois : elle les avait forcés à porter une longue barbe, à coudre sur le bras droit de leur vêtement une petite pièce de drap jaune. Enfin, par un édit de 1745, elle les avait expulsés de la Bohême : 28,000 Juifs durent quitter Prague.


VI


Les Juifs, agissant par la franc-maçonnerie, se vengèrent sur Marie-Antoinette de ce que Marie-Thérèse leur avait fait endurer.

Jamais, depuis le Christ, passion ne fut plus douloureuse que celle de la souveraine que le peuple, qui ne comprend rien aux horreurs qu’on l’excite à commettre, avait appris à haïr sous le nom de l'Autrichienne, vulgarisé par des pamphlets sans nombre. Quand on relit les détails de cette lente agonie, on se demande comment un être humain peut autant souffrir sans mourir. Il y a là un raffinement dans l’ignoble, une ingéniosité dans la torture morale, une habileté dans l’art de déshonorer, de remuer le fer dans la plaie, de faire désespérer presque de Dieu, qui porte bien la marque juive.

C’est au Crucifié du Golgotha, je le répète, et je ne pense pas qu’on voie un sacrilège dans ma comparaison, c’est à la Victime sainte abreuvée de fiel, déchirée par les épines, accablée d’ignominies, que l’on songe quand, sans oser plonger jusqu’au fond, on se penche sur les indicibles souffrances de cette malheureuse femme ; souffrances particulières et spéciales, que ni Louis XVI ni Madame Élisabeth n’ont subies au même degré.

L'affaire du Collier est une des plus belles affaires que la franc-maçonnerie juive ait jamais montées ; c’est un chef-d’œuvre du genre ; il y a de tout là-dedans : la satisfaction d’une vengeance, le déshonneur de l’Église par le rôle qu’y joue le cardinal de Rohan, enfin le tripotage d’argent.

Quelle unanimité aussi dans toute l’Europe pour faire du vacarme autour de cette escroquerie d’un caractère si banal en réalité ! Comme on voit que les Juifs conduisent l’intrigue, à l’importance que prend tout à coup la chose ! Tout se met en mouvement à un signal, et les plus passionnés sont naturellement ceux qui ne sont pas dans le secret.

Cagliostro ne fut pas dans ces épisodes scandaleux un simple escroc, ni même un thaumaturge vulgaire ; il fut une manière de prophète. Le Juif, en effet, et c’est un fait que j’ai remarqué maintes fois, aime à annoncer par des paraboles et des figures le mal qu’il prépare. Dans le plus secret des agents il y a toujours le nabi.

Joseph Balsamo remplit ce rôle d’avertisseur, et, afin qu’elle n’en ignorât, vint déclarer à la reine qu’elle appartenait à la Fatalité et que rien ne pouvait la sauver.

Au moment où, par le phénomène de la suggestion, Cagliostro faisait apercevoir à la reine une tête coupée dans une carafe, la chute des Capétiens était décidée en effet. En 1781, l’illuminisme allemand et l’illuminisme français avaient opéré leur fusion au couvent de Willemsbad ; à l’assemblée des franc-maçons de Francfort, en 1785, la mort du roi du Suède et celle de la reine de France avaient été décrétées[19].

Les plus grands seigneurs de France, le duc de la Rochefoucauld, le duc de Biron, Lafayette, les Choiseul, les Noailles, poussaient de toutes leurs forces à la Révolution.

L’ouvrage du P. Deschamps, les Sociétés secrètes et la société, contient la curieuse énumération des membres de la loge de la Propagande, presque exclusivement recrutée dans l’aristocratie. La composition de la loge de Versailles est peut-être plus intéressante encore. Les inspirateurs occultes de la maçonnerie, par une ironie assez spirituelle, avaient baptisé cette loge Saint-Jean de la Candeur : il fallait effectivement une forte dose de candeur à des grands seigneurs, pour conspirer contre eux-mêmes, en s’affiliantà une société qui allait les dépouiller et les mettre nus comme de petits saint Jean.

M. l'abbé Davin a découvert, au château de Blémont, les procès-verbaux de cette loge. C’est un d’Hozier que ce registre : les plus beaux noms y sont représentés. Les femmes y coudoient les hommes : on y trouve la sœur marquise de Choiseul-Gouffier, la sœur marquise de Courtebonne, la sœur marquise de Montmaur, la sœur comtesse de Blaclie, la sœur vicomtesse de Faudoas. On y rencontre, dans l’ordre des inscriptions, le marquis d’Arcinbal, le marquis de Lusignan, le marquis de Hautoy, le marquis de Gramont-Caderousse, le vicomte de la Roche-Aymon, le marquis d’Havrincourt, le comte de Launay, le vicomte d’Espinchel, le marquis de Saint-Simon, le comte de Busançois, le comte de Gouy-d’Arcy, le comte de Damas, le vicomte de Grammont, le comte d’Imécourt, le chevalier d’Escars, le vicomte de Béthune, le chevalier de la Châtre, le marquis de Jumilhac, le comte de Clermont-Tonnerre, le marquis de Clermont-Gallerande, le marquis de la Ferronnays, le baron de Montesquieu, etc. Le sérénissime grand-maître était le duc d’Orléans.

Ces niais de tant d’esprit, ces ambitieux et ces imprévoyants, dupes de gens plus forts qui les menaient, ne se doutaient guère qu’en les conviant à rebâtir le temple de Salomon, qui ne les intéressait aucunement, on les invitait à servir d’instruments à la démolition de ce noble édifice de la vieille France, qui pendant tant de siècles les avait abrités tous : noblesse, tiers état et peuple. On les eût fort étonnés si on leur avait annoncé qu’avant moins de cent ans révolus les plus beaux châteaux appartiendraient à des Juifs.

Quand se seront produites les catastrophes qui nous menacent, il sera très instructif de rapprocher de cette liste de grands seigneurs qui ont fait la Révolution la liste des membres du centre droit et du centre gauche qui ont fait la République juive. Les personnalités sont moins brillantes, sans doute ; mais il y a là force gens honnêtes dans le sens mondain du mot, des propriétaires, des manufacturiers, des Casimir Périer quelconques, beaucoup plus coupables certainement que le Juif qui crache sur le Christ et le chasse de l’école par haine de race.

Quelles réflexions se feront ces hommes, lorsqu’ils seront non seulement condamnés eux-mêmes, mais qu’ils verront, comme les victimes de la Terreur, leurs femmes, leurs filles, vouées à une mort affreuse, et qu’ils se diront : « C’est notre œuvre ! »


VII


Quand la Constituante se réunit, quelques Israélites de Paris, Mardochée, Polack, Jacob Trenel, Goldschmidt, rentiers, et J. Lazare, joaillier, se groupèrent pour solliciter de l’Assemblée l’émancipation des Israélites de France.

Par un hasard singulier, la Constituante eut à s’occuper le même jour des deux êtres si méprisés jadis, et qui tiennent maintenant le haut du pavé dans notre société de cabotins et de tripoteurs. Il s’agissait de savoir si les membres de ces deux corporations intéressantes seraient admis aux fonctions publiques. Pour les comédiens, la chose souffrit peu de difficultés ; mais la discussion fut vive quand on aborda la question des Juifs.

L’abbé Maury fit entendre quelques paroles de raison, et montra par l’exemple de la Pologne ce qu’allait devenir la France mise à la glèbe par le Juif.


Les Juifs, dit-il, ont traverse dix-sept siècles sans se mêler aux autres nations ; ils n’ont jamais fait que le commerce de l’argent, ils ont été les fléaux des provinces agricoles. Aucun d’eux n’a ennobli encore ses mains en dirigeant le soc et la charrue. En Pologne, ils possèdent une grande province : eh bien ! les sueurs des esclaves chrétiens arrosent les sillons où germe l’opulence des Juifs, qui pendant que leurs champs sont ainsi cultivés, pèsent des ducats et calculent ce qu’ils peuvent ôter des monnaie sans s’exposer aux peines portées par la loi.

Ils possèdent en Alsace douze millions d’hypothèques sur les terres : dans un mois ils seront propriétaires de la moitié de cette province ; dans dix ans ils l’auront entièrement conquise, et elle ne sera plus qu’une colonie juive.


Un représentant de l’Alsace, Rewbell, confirma l'exactitude de ces faits.

Néanmoins, l’Assemblée finit par décréter que les Juifs prêteraient le serment et jouiraient des droits de citoyens français.

Le Juif était en France !

La nouvelle circulait de ville en ville, réveillant l’espérance dans les plus lointains ghettos, faisant éclater les actions de grâces au Saint Béni dans tous les temples, dans toutes les synagogues, dans toutes les schoules. Le 21 octobre 1793, un cantique hébreu, de Moïse Enshiam, chanté dans la synagogue de Metz, sur l’air de la Marseillaise, proclama le triomphe d’Israël.

Le mot mystérieux, l’incantation décisive de l’Hermès Trismégiste, qu’avaient si lontemps cherché au fond de leurs laboratoires les vieux alchimistes du moyen âge penchés sur leurs hiéroglyphes, était enfin trouvé ! Pour décomposer, pour dissoudre cette France dont toutes les parcelles se tenaient si bien, quelques appels à la fraternité, à l’amour des hommes, à l’idéal, avaient été plus puissants que toutes les formules de grimoire.

L’ancienne Kabbale était finie, la nouvelle commençait. Le Juif n’allait plus être le sorcier maudit que Michelet nous montre accomplissant ses maléfices dans les ténèbres de la nuit ; il se transforme, il opère en plein jour ; la plume du journaliste remplace l’antique baguette. On peut briser le miroir magique ; aux apparitions fantastiques de jadis succéderont des prestiges d’un ordre tout intellectuel, qui sans cesse montreront aux pauvres dupes la décevante image d’un bonheur qui fuit toujours.

Que nous parlait-on de ce naïf Shylock réclamant une livre de chair avec une àpreté de mauvais goût ? Ce n’est pas un lambeau du corps du chrétien que demande le Juif ; c’est le corps tout entier, c’est le corps de centaines de milliers de chrétiens, qui vont pourrir sur les champs de bataille du monde en toutes les guerres qu’il conviendra aux intérêts d’Israël d’entreprendre[20].

Qu’est-il question de quelques ducats à rogner ? Ce sont des milliards que va suer désormais le goy. On va remuer l’or à la pelle dans les banques, les institutions de crédit, les emprunts de toute sorte : emprunts nationaux, emprunts étrangers ; emprunts de guerre, emprunts de paix ; emprunts d’Europe, d’Asie, d’Amérique ; emprunts de Turquie, emprunts du Mexique, emprunts du Honduras, emprunts de la Colombie.

L’ensorcellement, d’ailleurs, est complet ; le charme a pleinement réussi cette fois. Par une hallucination singulière, ce serf du Juif, plus esclave que ne le fut jamais la bête de somme des Pharaons, se croit le plus libre, le plus fier, le plus malin des hommes. Regardez-le cependant, vous qui avez conservé votre raison, tel que cet abominable ancien régime l’avait laissé.

Ouvriers des champs ou des villes, il est tranquille sur une terre où il n’y a que des Français comme lui. Paysan, il danse le soir aux musettes, il chante ces belles rondes des aïeux dont un lointain écho parfois nous ravit dans une province reculée. Artisan, il a ses corportions fraternelles, ses confréries, où l’on se réunit afin de prier pour les compagnons morts ou pour entendre la messe avant d’aller souper ensemble le jour où l’on reçoit un maître. On aime ce travail qu’on a le loisir de bien faire, et qu’on relève par cette jolie préoccupation d’art qui nous enchante dans les moindres débris du passé. La milice, qui prend dix mille hommes par an et ceux uniquement qui ont le goût du régiment, ne pèse pas bien lourdement sur le pays ; et c’est gaiement que le village conduit jusqu’à la ville prochaine le soldat des armées du roi.

Regardez maintenant ce paria de nos grandes cités industrielles, courbé sous un labeur dévorant, usé avant l’âge pour enrichir ses maîtres, abruti par l’ivresse malsaine : il est redevenu ce qu’était l’esclave antique, selon Aristote, un instrument vivant, emphukon organon.

Il faut chauffer cette machine humaine ; il faut que ce damné de la vie, auquel les journaux juifs ont enseigné qu’il n’y a plus de ciel, s’arrache un instant à l’affreuse réalité qui lui pèse. On a inventé l’alcool. Plus de ces bons vins frais qui quelquefois montaient à la tête, mais dont la légère ivresse s’envolait dans une chanson ; à leur place, d’horribles mélanges de vitriol et d’acide acétique, qui donnent le delirium tremens au bout de quelques années, mais qui sur le moment galvanisent un peu l’organisme endormi.

N’importe ! l’envoûtement tient toujours. Écoutez ce malheureux, couché ivre dans la rue, qui se relève péniblement pour ne point être écrasé par la voiture d’un Rothschild, d’un Ephrussi, d’un Camondo ; il se souvient, dans son délire, du jargon biblique que ces exploiteurs lui ont appris à parler, et il murmure : « C’est vrai, tout de même, que la Révolution française a été un nouveau Sinaï. »


CHAPITRE TROISIÈME


LA RÉVOLUTION ET LE PREMIER EMPIRE


Le Juif pendant la Révolution. — Marat. — Le vol du garde-meuble. — Les tripotages juifs et le Directoire. — L’Empire et la franc-maçonnerie. — L’opinion de Portalis sur les Juifs. — L’invasion juive. — Le décret de 1808. — Obligation imposée aux Juifs de prendre un nom. — Les noms juifs. — Rupture des Juifs avec Napoléon. — Rothschild après Waterloo.


I


Où est le Juif pendant la Révolution ? — Sur les routes. Il cherche un coin qui lui convienne, il pénètre par la brèche ouverte, il prend racine dans cette société dont on vient de briser les cadres.

L’occasion est bonne, en effet. Dans les villes à peu près désertes où l’échafaud a fait tomber la tête des plus honnêtes et des plus intelligents, il n’a plus à craindre cette attention vigilante dont il aurait été l’objet dans ce vieux monde où, anciens et jeunes, chacun se connaissait pour avoir prié ensemble à l’église, se tenait par mille liens traditionnels, se soutenait, s’aimait.

Dès le début, la Révolution eut, comme la République juive d’aujourd’hui, le caractère d’une invasion. L’élément français disparut, comme de nos jours, devant un ramassis d’étrangers qui s’emparèrent de toutes les situations importantes et terrorisèrent le pays. « Toutes les écumes bouillonnèrent, dit M. Forneron. La Suisse nous a donné Marat, Hulin, Clavière, Pache, Saladin ; les pays wallons ont envoyé Théroigne, Prolys, Cloots, Pereyra, Fleuriot, tous meneurs de meurtriers ; les déclassés de tous langages ont été accueillis comme des frères par ceux de Paris, qui prétendaient fixer les destinées de la France et peut-être celles du genre humain. »

A cette liste, il faut ajouter des Polonais, comme Lazowski ; des Allemands, comme Freys, Trenck et Charles de Hesse ; des Italiens, comme Gorani, Dufourni, Manini, Pio et Rotondo ; des Espagnols, comme Guzman, Miranda, Maichena. Dans ce flot envahissant, le Juif passe inaperçu.

Pereyra, l’inséparable de Marat, est Juif ; Simon, le bourreau de Louis XVII, était Juif.

Que dites-vous de Marat ? Marat est le vrai nom. La famille a été chassée d’Espagne, elle s’est réfugiée en Sardaigne, puis en Suisse, et, ne pouvant s’avouer ouvertement juive, elle s’est faite protestante. Avec la lèpre qui le ronge, la saleté au milieu de laquelle il vit, la haine qu’il témoigne pour la société chrétienne, c’est bien là en effet un fils de judaïsants, un Marane répondant aux bûchers d’Espagne par la guillotine de France.

La folie de Marat est cependant spéciale : c’est la névrose juive. Parmi les plus hardis dans leurs doctrines, nul étranger chrétien ne s’aviserait d’aller à Londres, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, dire tranquillement : « Il faut faire tomber 270,000 têtes dans ce pays. » On n’oserait pas ; le Juif ose.

Cette audace intellectuelle, cette impudence énorme dont nous avons parlé souvent, car nous la rencontrons à chaque pas, dans les entreprises financières comme dans les entreprises politiques, ont pour base une idée imprimée dans le cerveau depuis des siècles. La religion, qui enseigne au Juif qu’il est supérieur aux autres hommes, qu’il doit anéantir tout ce qui n’est pas lui, que tout ce qui est sur la terre lui appartient, est le puissant véhicule de ces conceptions délirantes d’une forme particulière ; elle est le principe premier de ces théories, elle constitue la logique secrète et invisible de ces aberrations incompréhensibles pour les superficiels.

Sans doute il y avait plus d’un Juif parmi ces organisateurs de sociétés de jacobins qui tombaient on ne sait d’où pour dénoncer, proscrire, envoyer de braves gens à la guillotine. Je ne pense pas qu’alors on ait beaucoup songé à leur demander leurs papiers.

Quand le goût de ces études sur le mouvement juif en France, dont nous ne faisons guère dans cet ouvrage que tracer le plan général, se sera répandu, de patients chercheurs auront l’idée de fouiller les archives départementales à ce point de vue, de s’enquérir de l’époque à laquelle certains habitants sont arrivés dans le pays, et, dans la plupart des cas, j’en suis convaincu, ils trouveront une origine sémitique aux familles chez lesquelles la haine du prêtre est héréditaire.


II


A Paris, le premier soin des Juifs, pour se montrer dignes de leur émancipation, fut de se précipiter sur les diamants de la Couronne ; ils jouèrent le principal rôle dans le vol du garde-meuble.

Tous les Juifs de Paris étaient dans l’affaire. Nous retrouvons dans les débats les Dacosta, toujours disposés à bien faire ; Lyon Rouef, marchand forain et aubergiste, rue Beaubourg, ainsi que sa femme Leyde ; Israël, Aaron Hombergue, Angles père et fils, qui vendent au Juif Bénédict Salmon une grande quantité de diamants. Ce Salmon avait déjà profité de l’occasion pour acheter 150,000 fr. de perles fines.

Les diamants de la Couronne n’ont pas de chance avec les républicains et avec les Juifs. La première République les laisse ou les fait voler ; l’Empire et la Monarchie reconstituent ce merveilleux trésor ; sous la République actuelle, le Juif Lockroy s’abouche avec les marchands au nez crochu qui se réunissent dans le sous-sol du café de Suède, et, pour faciliter à Israël une opération lucrative, propose et fait accepter une loi autorisant la vente de tous ces souvenirs du passé.

Ce furent les Juifs qui organisèrent le pillage des églises, la destruction des chefs-d’œuvre inspirés par la foi au génie de nos imagiers du moyen âge. Quelle plus magnifique occasion de satisfaire en même temps ses haines et ses cupidités, d’outrager le Christ et de s’enrichir ! Toute l’argenterie des églises, acquise à vil prix, passa entre ces mains rapaces. Le Trésor public, Cambon le constate lui-même, n’eut presque aucune part dans ces spoliations.

Souvent les Juifs achetèrent des églises entières avec une poignée d’assignats, et, quand le calme fut rétabli, les louèrent très cher aux fidèles.

Les mobiliers d’émigrés étaient une autre occasion d’opérations fructueuses. Les membres de la Convention eux-mêmes se concertaient avec des Juifs pour s’approprier les dépouilles des proscrits.


Les Juifs, écrit Capefigue dans son Histoire des grandes opérations financières, une fois Paris ouvert à leurs spéculations, y vinrent de toutes parts et y prirent de toutes mains ; ils débutèrent, d’abord timides, par le petit commerce, la fourniture des chevaux et la petite usure, l’agiotage limité sur les assignats ; ils n’avaient pas encore le pied assez ferme sur le sol pour oser la banque, qu’ils laissaient aux Genevois ; ils se contentèrent d’acheter les vieux meubles des châteaux, les reliques des églises, les bijoux confisqués, de prêter quelques louis aux émigrés en échange de bonnes valeurs. Dans quelques départements, ils s’étaient établis sur le sol des cultivateurs, comme des corbeaux sur leur proie ; dans la haute et la basse Alsace et dans la Lorraine, ils devenaient maîtres de la propriété foncière par des prêts sur hypothèque et des actes à réméré. A Paris, ils inondèrent les quartiers autour du Temple, devenu, en quelque sorte, leur ghetto. Qu’on les laissât marcher en liberté, et, dans une période de temps, ils seraient les maîtres du marché industriel et de l’argent.


La France corrompue et tripoteuse du Directoire offrait aux Juifs une proie presque aussi belle que la France de la troisième République.

Le Juif, alors moins dégrossi qu’aujourd’hui, est moitié brigand, moitié banquier, ou plutôt commence par être brigand avant de s’établir banquier.

C’est le temps du fameux Michel, Michel l’Assassin, dont les petites filles ont fini par épouser des ducs et des princes, sans qu’ait disparu encore la sinistre légende qui s’attache à ce nom. Michel avait attiré dans un château des environs de Paris une famille d’émigrés, qu’il avait égorgée pour s’emparer de l’argent et des bijoux qu’elle rapportait avec elle. Acquitté par un jury gagné, en dépit de preuves accablantes qui ont disparu avec le dossier complet de cette affaire, il n’en fut pas moins condamné par l’opinion publique.

Les Juifs cependant inauguraient cette politique qui va désormais être la leur : faire succéder à une révolution où l’on pêche en eau trouble le règne momentané d’un sauveur quelconque, qui ratifie par la possession, sous un gouvernement régulier, la propriété de ce qu’on a dérobé. Le roi légitime les eût gênés alors : ils empêchèrent par tous les moyens son retour. Il leur fallait un Schilo, comme l’avait été Cromwell, un Messie temporel : l’homme était tout prêt.

Franc-maçon et très avant dans les secrets de la maçonnerie, jacobin farouche, ami de Robespierre jeune, Napoléon Bonaparte avait tout ce qu’il fallait pour jouer le rôle qu’on attendait de lui. La finance l’adopta ; les Michel, les Cerfbeer, les Bédarrides, le commanditèrent lors de sa première expédition en Italie, au moment où les caisses de l’État étaient vides. Il n’avait qu’à paraître pour que tout lui réussît : il prenait en un jour Malte l’imprenable ; pour revenir en France faire le 18 Brumaire, il traversait tranquillement la Méditerranée, sillonnée par les croisières anglaises.

La franc-maçonnerie avait organisé autour de lui cette espèce de conspiration d’enthousiasme qui flotte dans l’air, se communique de proche en proche et finit par gagner tout un pays.

Napoléon s’acquitta des obligations qu’il avait envers les Juifs, et s’occupa de faire entrer définitivement dans les lois l’égalité si inconsidérément accordée aux Israélites par la Constituante.

Par un phénomène qui fera le perpétuel étonnement de l’histoire, le petit sous-lieutenant d’artillerie avait fait place soudain à un chef d’empire, ayant non pas seulement le sens de l’autorité totale, absolue, mais les traditions même des monarques d’antique dynastie. Ce parvenu, on est forcé de l’avouer, est le dernier souverain qui ait gouverné la France.

Celui-là, certes, pas plus que Bismark, ne ressemble à ces rois mystiques que les fantaisistes historiens de l’école juive nous montrent poussés à la persécution par le zèle des moines. Il était exclusivement frappé du péril que faisait courir au pays cette infiltration incessante dans l’organisme social d’un élément de décomposition et de trouble.

Tous les hommes éminents de l’époque reconnaissaient, d’ailleurs, que la Constituante avait agi, dans cette question comme dans beaucoup d’autres, avec la précipitation et la légèreté qu’elle apporta à tout.

On eût pu faire sans doute quelque chose pour le Juif, s’inspirer, par exemple, de cette sagesse romaine qui distinguait entre le Citoyen romain, les Latini Juniani et les servi publici populi romani, auxquels on permettait la disposition de leurs biens, auxquels on permettait même d’étaler un luxe insolent, mais dont les richesses, après la mort, revenaient à l’État par moitié.

Appliqué à des familles comme les Rothschild, ce système aurait donné d’excellents résultats, et aurait fait rentrer dans le domaine public les excédents de bénéfices perçus, sans empêcher ces races mercantiles par excellence d’obéir à leur vocation pour les trafics d’argent.

Rome avait encore le Peregrinus, auquel il était défendu d’approcher de Rome ; mais, aux plus mauvais jours de son histoire, l’affranchi n’était pas admis à entrer dans la curie d’une cité provinciale. Jamais le Peuple-Roi n’aurait compris qu’un étranger, même naturalisé, comme Spuller ou Gambetta, fût l’égal du fils des vieux citoyens qui avaient fondé la grandeur romaine.

Au moment de la réunion des députés juifs en 1806, un jurisconsulte illustre, dont la haute et sereine intelligence était étrangère à toute influence fanatique, Portails, se prononçait très clairement sur ce point, dans un mémoire qui est un chef-d’œuvre d’impartialité et de bon sens.


L’Assemblée constituante avait cru que, pour rendre les Juifs bons citoyens, il suffisait de les faire participer indistinctement et sans conditions à tous les droits dont jouissent les citoyens français ; mais l’expérience a malheureusement prouvé que, si on n’avait pas manqué de philosophie, on avait manqué de prévoyance.

L’erreur vient de qu’on n’a voulu voir qu’une question de tolérance religieuse dans le problème à résoudre sur l’état civil des Juifs en France[21].

Les Juifs ne sont pas simplement une secte, mais un peuple. Ce peuple avait autrefois son territoire et son gouvernement ; il a été dispersé sans être dissous ; il erra sur tout le globe pour y chercher une retraite, et non une patrie ; il existe chez toutes les nations sans se confondre avec elles ; il ne croit vivre que sur une terre étrangère. Cet ordre de choses tient à la nature et à la force des institutions judaïques.

Quoique tous les États aient en général un même objet, celui de se conserver et de se maintenir, chaque État en a pourtant un qui lui est particulier : l’agrandissement était l’objet de Rome ; la guerre, celui de Lacédémone ; la culture des lettres, celui d’Athènes ; le commerce, celui de Carthage, et la religion, celui des Hébreux.

La religion n’est ordinairement relative qu’aux choses qui intéressent la conscience ; chez les Juifs, la religion embrasse tout ce qui fonde et régit la société. De là, les Juifs forment partout une nation dans la nation ; ils ne sont ni Français, ni Allemands, ni Anglais, ni Prussiens : ils sont Juifs.


De ce que les Juifs sont moins une secte qu’un peuple, il suit qu’il n’était pas prudent de les déclarer citoyens sans examiner s’ils pouvaient et s’ils voulaient même franchement le devenir ; il suit encore qu’il ne saurait être déraisonnable ou injuste de soumettre à des lois exceptionnelles une sorte de corporation qui, par ses institutions, ses principes et ses coutumes, demeure constamment séparée de la société générale.

En assimilant sans précaution les Juifs à tous les autres Français, on a appelé une foule de Juifs étrangers, qui ont infesté nos départements frontières, et on n’a point opéré sur la masse des Juifs plus anciennement établis en France les heureux changements que l’on se promettait du système de naturalisation qui avait été adopté. A cet égard, les circonstances présentes parlent suffisamment d’elles-mêmes.


Les Juifs, à ce moment, n’avaient pas encore inauguré leur nouvelle manière : le grand mouvement financier qui sera, comme on dit, « la gloire du dix-neuvième siècle », et qui consiste à faire aller, venir, revenir l’argent, danser et miroiter l’or ; à chiffonner et à froufrouter les billets bleus, de façon à ce que le regard, papillotant et troublé par ces tours de passe-passe, n’aperçoive pas que ce mouvement est très simple, et qu’il consiste à introduire dans les poches de l’Israélite ce qui est dans les poches du Chrétien ; ils n’opéraient pas encore sans douleur ; ils s’en tenaient au vieux jeu, à la classique usure, et, délivrés de toutes les entraves monarchiques, armés de leurs droits de citoyens, ils s’en donnaient à cœur joie.

La malheureuse Alsace râlait sous le Vampire, priait, suppliait, criait, s’agitait, menaçait. Le brave Kellermann, qui avait conduit tant de charges héroïques, sentait son courage l’abandonner devant ce flot de Juifs allemands qui s’abattaient sur l’infortunée province qu’il gouvernait.

L’empereur, avec cette attention qu’apportait aux moindres choses ce puissant cerveau qui embrassait le gouvernement du monde, non point dans son ensemble seulement, mais dans les plus minutieux détails, se faisait adresser des rapports constants sur cette question.


III


Napoléon semble avoir été guidé par une pensée unique, le désir de voir ses Juifs. En ceci, le sûr instinct de son merveilleux génie ne le trompait pas : tout Juif qu’on voit, tout Juif avéré est relativement peu dangereux, il est parfois même estimable. Il adore le Dieu d’Abraham : c’est un droit que nul ne songe à lui contester ; et, comme on sait à quoi s’en tenir sur son compte, il est possible de le surveiller.

Le Juif dangereux, c’est le Juif vague. Socialiste en paroles, agent provocateur, espion de l’étranger, il trompe à la fois les ouvriers qui se fient à lui, la police qui le paye et le gouvernement qui l’emploie ; il pousse les naïfs dans la Commune, les dénonce ensuite aux Versaillais, s’éclipse quand on veut tirer l’affaire au clair, et reparaît quand le calme s’est fait, pour déclarer qu’il a souffert pour la bonne cause.

C’est l’animal nuisible par excellence et en même temps l’animal insaisissable : il est fourré, en effet, dans tant de choses, qu’on ne sait par quel bout le prendre. Si vous l’arrêtez dans une émeute, il se réclame de sa patrie, la victorieuse Allemagne, qui sait faire respecter ses enfants ; si vous essayez de l’expulser, il vous prouve qu’il a été naturalisé à un moment donné. Soldat de l’émancipation des peuples quand la démocratie est en haut, défenseur de l’ordre quand la réaction triomphe, il est le plus puissant agent de trouble que jamais la terre ait produit ; et il traverse ainsi la vie, avec la joie que donne aux Juifs la conscience d’avoir, sous des formes diverses, toujours fait du mal à des chrétiens.

Pour voir ses Juifs, Napoléon exigea d’abord qu’ils prissent des noms. La plupart adoptèrent des noms de lieux : Lisbonne, Paris, Lyon, Marseille ; d’autres prirent des noms ordinaires : Picard, Flamand, Bourgeois, Léon, Clément, Benoît ; beaucoup puisèrent dans le calendrier révolutionnaire, et s’appelèrent Avoine, Seigle, Froment, Laurier.

Napoléon personnifiait, même en matière financière, le contraire de l’esprit juif. Par un contraste comme on en rencontre tant dans cet étonnant génie, cet homme si chimérique en certaines questions, ce poète en action, à la façon d’un Alexandre ou d’un Antar, était, dès qu’il s’agissait des finances publiques, l’économe le plus rigide, le plus méticuleux, le plus probe qu’on eût vu depuis Colbert. Pour des œuvres qui honoraient le nom français, pour des constructions, pour des encouragements aux artistes, pour des fêtes plus éclatantes que toutes celles qu’avait contemplées le monde jusqu’à lui, il jetait l’or sans compter ; puis le lendemain il défendait l’argent de son peuple, l’argent des contribuables après tout, avec l’âpreté bourgeoise d’un Louis XII.

A partir de 1810, le Juif, qui avait soutenu jusqu’alors Napoléon et qui n’avait plus rien à en attendre de bon, se mit du côté de l’Europe. Le tout-puissant empereur eut contre lui désormais cette force mystérieuse de la finance à laquelle on ne résiste pas, même quand on est Napoléon Ier, ainsi que Léon Say, l’homme de Rothschild, le déclara un jour insolemment à la Chambre.

Admirable pour pousser, prôner, lancer, la Juiverie l’est également pour détruire, ou plutôt pour miner, saper, ruiner en dessous. Quand le Juif est contre eux, chef d’empire ou simple individu, journaliste ou chanteuse d’opérette se sentent pris soudain par mille fils lilliputiens qui les empêchent d’avancer ; « ils sont contrecarrés en tout », comme l’explique si bien Disraeli ; diffamés, déshonorés, démoralisés, ils ne savent à qui s’en prendre ; rien ne leur réussit, sans qu’ils comprennent pourquoi.

Sans doute, en entreprenant la campagne de Russie, Napoléon contribua à gâter ses affaires ; mais un peu plus tôt, un peu plus tard, la coalition financière aurait eu raison de lui.

Le futur banquier de la Sainte-Alliance, Rothschild, montra, lorsque l’heure du dénouement approcha, une activité sans égale.

Quand le soir tomba sur Waterloo, quand l’empereur eut essayé en vain d’entrer dans le dernier carré, Rothschild, qui guettait à Bruxelles, fut informé immédiatement de la défaite par les Juifs qui suivaient l’armée pour achever les blessés et dépouiller les cadavres. S’il arrivait le premier en Angleterre avec la nouvelle, il gagnait vingt millions. Il courut à Ostende, mais une tempête effroyable semblait rendre la traversée impossible. Perplexe un moment devant ces vagues qui déferlaient avec fureur, le banquier donna quand même l’ordre du départ, « N’aie pas peur, aurait-il pu dire au capitaine : tu portes plus que la barque antique, tu portes l’infortune de César et la fortune de Rothschild. »


Bonaparte était mort, écrit Michelet ; du siècle de fer était né le siècle d’argent, par les emprunts qu’on fit pour la guerre même en pleine paix et pour toute chose.

Les Juifs, qui jusque-là étaient en république, se constituèrent en double royauté. Les Juifs allemands, plus tard ceux du Midi, créèrent deux réservoirs où se versèrent les capitaux.

Tandis que les premiers faisaient les fonds pour les armées de la Sainte-Alliance, les seconds se donnèrent au second Bonaparte.


Michelet semble indiquer un antagonisme, ou du moins une rivalité. En réalité, la paix avait été signée sur les ruines de la France entre les Juifs des deux rites ; toujours d’accord malgré les oscillations apparentes de la Bourse, ils allaient monopoliser l’argent de l’univers. Peuples et rois n’étaient plus que des marionnettes dont les Juifs tenaient les fils. Les nations s’étaient battues jusque-là pour la Patrie, la Gloire, le Drapeau ; elles ne se battront plus désormais que pour enrichir Israël, avec la permission d’Israël, et pour la seule satisfaction d’Israël.


CHAPITRE QUATRIÈME


LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET


Le compte de liquidation. — L’avènement des Rothschild. — La Restauration reste étrangère à tout sentiment de justice et de prévoyance. — Les banquiers français conspirent contre eux-mêmes. — Le chef-d’œuvre de Toussenel : les Juifs rois de l'époque. — Le saint-simonisme. — Les frères Pereire. — Le Prince Impérial et les Juifs. — Mépris du duc d’Orléans pour les Juifs.


I


En 1790, le Juif arrive ; sous la première République et sous le premier Empire, il entre, il rôde, il cherche sa place ; sous la Restauration et la monarchie de Juillet, il s’assied dans le salon ; sous le second Empire, il se couche dans le lit des autres ; sous la troisième République, il commence à chasser les Français de chez eux ou les force à travailler pour lui. En 1890, si, comme je veux l’espérer quand même, il y a encore chez nous assez de force cachée pour nous arracher à la mort, il sera revenu à son point de départ, et aura restitué en bloc tout ce qu’il avait pris en détail à des gens trop hospitaliers et trop confiants.

En 1815, tous les discours superbes prononcés depuis 89 ; tout le sang versé sur les échafauds et sur les champs de bataille ; les belles morts des hommes politiques, des héros, des héroïnes, des Girondins, des Montagnards, des Vendéens ; le courage des soldats de Sambre-et-Meuse, des chouans, des grognards, des hussards de Lutzoff, des milices écossaises, des Vergniaud, des Saint-Just, des Charette, des Cathelineau, des Stofflet, des Lannes, des Davout, des Bessières, des Charlotte Corday, des Mme Roland ; les capitales de l’Europe prises tour à tour ; les charges irrésistibles de cavalerie que menaient, l’éclair aux yeux, les Murat, les Lassalle, les Montbrun, les Nansouty, les Blücher, les Ziëthen, les Platow ; Valmy, les Pyramides, Marengo, Austerlitz, Waterloo ; le génie de Napoléon, la rouerie de Talleyrand, la ténacité de Wellington : — tout cela aboutissait à un compte de liquidation.

Ce formidable mouvement humain venait finir dans la Judengasse de Francfort. L’homme du moment était un Juif servile et rampant encore, qui disait : Y affre moyen, ou y affre bas moyen.

Les Aryens s’étaient entre-tués pendant vingt-cinq ans pour mettre au pinacle un Sémite à mine abjecte, qui, pendant qu’on se battait, rognait paisiblement des ducats.

Le compte de liquidation est le triomphe du Juif. En faire ouvrir un est le rêve qu’il caresse sans cesse. Tant qu’un compte comme celui-là dure, on peut être relativement tranquille ; dès qu’il est clos, il faut s’attendre à voir recommencer une nouvelle période de guerre, qui en ouvrira un autre.

Centralisant entre ses mains toutes les créances particulières d’Allemagne et d’Angleterre, Rothschild mettait en même temps ses fonds à la disposition du gouvernement français ; il fournissait l’argent qu’il réclamait, et réclamait l’argent qu’il fournissait. Comme le maître Jacques de Molière, il changeait de rôle selon les circonstances : il était tour à tour le plus implacable des créanciers et le plus complaisant des préteurs. Comment discuter la validité d’une créance avec quelqu’un qui vous oblige ?

Sous la pression de ce Shylock serviable, la France dut payer jusqu’au dernier sou les réclamations les plus improbables, les réparations les plus fantastiques, les dettes les plus chimériques. Tout ce que des armées de 1,500,000 hommes avaient pu causer de dommages réels ou imaginaires, dans leur promenade à travers l’Europe, revenait à la Restauration, mais grossi par la crasse des mains de Juifs subalternes, par lesquelles ces créances avaient passé avant d’arriver aux mains déjà plus propres, mais toujours aussi avides, de Rothschild. A l’appel d’Israël, le Passé même sortait du tombeau, et la France dut acquitter la solde d’un régiment de reîtres allemands qu’un principicule quelconque avait fourni à Henri IV.

Ces trafics, en apparence exclusivement financiers, avaient l’avantage en outre de servir puissamment l’idée juive. Les Juifs disséminés dans toute l’Europe, et auxquels on reprenait avec un bénéfice les créances qu’ils avaient achetées pour un morceau de pain, savaient qu’il y avait en France un des leurs qui traitait d’affaires d’État directement avec les ministres.

James de Rothschild, qui s’était installé rue de Provence, n’était déjà plus le petit compagnon d’autrefois ; il était baron autrichien, s’il vous plaît, grâce à M. de Metternich. Si la duchesse d’Angoulême, saisie de surprise à la proposition, s’écriait : Fi donc ! lorsqu’on lui parlait d’admettre Mme de Rothschild en sa présence, le Nucingen qui traversé l’œuvre de Balzac avec son baragouin tudesque, était devenu une manière de personnage.

Les Juifs d’outre-Rhin, qui s’essayaient, timidement encore, il est vrai, à prendre pied à Paris, s’habituaient à regarder la maison de Rothschild comme la maison mère du judaïsme français. Avec l’esprit de solidarité qui anime la race, les Rothschild aidaient les nouveaux arrivants, leur fournissaient des fonds pour faire la petite usure ; en même temps ils recevaient d’eux de précieux renseignements, et organisaient cette police qui est sans égale dans le monde entier[22].

La Restauration ne vit pas le danger de cette invasion juive, que Napoléon avait si bien discerné. La royauté n’avait plus, depuis plus d’un siècle, le sens de la France : elle ne comprit rien à la Révolution, ni avant ni après ; il lui manqua précisément ce qui, à l’origine, avait fait la grandeur et la puissance de cette monarchie, confinée au début dans l’Ile-de-France.

La force des premiers Capétiens avait été de s’identifier avec le génie français, de protéger les intérêts économiques du pays, en même temps que d’agrandir son territoire et d’augmenter son prestige par les armes. Les derniers Bourbons n’avaient pas le goût belliqueux.

Ce qui manquait chez eux plus que tout le reste, ce qui manqua d’une façon si funeste pour nous aux monarchistes de l’Assemblée de 1871, ce fut le principe sans lequel toute monarchie chrétienne est un nonsens : l’esprit de justice. Discite justitiam moniti, dit le doux Virgile, dans lequel on semble parfois entrevoir comme un reflet de la sagesse des Écritures… Les Bourbons avaient été avertis, mais ils n’en aimaient pas davantage la justice. S’ils avaient été justes, ils auraient fait fusiller, pour venger la conscience humaine, une douzaine de conventionnels, parmi ceux qui avaient montré le plus d’acharnement contre le malheureux Louis XVI, et ils n’auraient jamais touché à un soldat de la Grande Armée.

Le Juif encombrant et bruyant d’aujourd’hui n’existait pas encore. Il n’était question alors ni d’insulter les Chrétiens ni de frayer avec les ducs. Autant, depuis 1870 surtout, affolés par le triomphe et s’imaginant déjà être complètement nos maîtres, ils ont été cyniques, grossièrement blasphémateurs, impitoyables persécuteurs ; autant, sous la Restauration, ils prouvèrent qu’ils étaient capables de savoir attendre.

Le nombre des banquiers d’origine française était, à cette époque, assez restreint à Paris. En face des Rothschild, des Hope, des Baring, les Casimir Périer, les Laffitte, les Ternaux, les Delessert, occupaient cependant dans le monde financier une situation considérable ; réunis, ils auraient pu empêcher à jamais la banque juive, la banque allemande, de s’emparer des finances, d’introduire le vol sur le marché et de ruiner notre pays. Ils avaient été traités avec considération, comme ils le méritaient pour leur probité, par cette royauté imprévoyante sans doute, aimant trop les Français pour soupçonner les haines que la Franc-Maçonnerie attisait autour d’elle, mais si droite, si pure, si irréprochable au point de vue de l’honnêteté ! Ils étaient en relation avec des ministres qui n’étaient point encore, comme ceux d’aujourd’hui, des faiseurs de coups de Bourse et des lanceurs de mines sans minerai, mais des hommes irréprochables, qui sortaient pauvres des affaires, en gardant souvent pour tout patrimoine un nom autour duquel ne s’élevait aucun soupçon.

Quelques mesquines rancunes, le désir ardent de jouer un rôle étouffèrent chez ces banquiers tout patriotisme : ils commanditèrent l’opposition ; ils renversèrent une royauté dont l’histoire peut sans doute juger sévèrement les faiblesses, mais qui était l’honneur même, si on la compare aux gouvernements qui suivirent ; qui assurait à notre nation le premier rang en Europe ; qui personnifiait par tant de beaux côtés la grande et noble France des ancêtres, cette France dont le vieux roi avait mis les couleurs sur Alger conquise, avant de partir pour l’exil.


II


Avec le gouvernement de Louis-Philippe, le règne du Juif commence.

De ce règne des Juifs pendant dix-huit ans, un chef-d’œuvre impérissable est sorti : les Juifs rois de l'époque. Pamphlet, étude philosophique et sociale, œuvre de poète, de penseur, de prophète, l’admirable livre de Toussenel est tout cela à la fois ; et ma seule ambition, je l’avoue, après de longues années de labeur littéraire, serait que mon livre pût prendre place près du sien, dans la bibliothèque de ceux qui voudront se rendre compte des causes qui ont précipité dans la ruine et dans la honte notre glorieux et cher pays.

En ce livre éloquent repasse tout le régime philippiste, plus décent d’apparence que notre République, au fond presque aussi pourri qu’elle. Tous les sales marchandages sont là ; le journal des Rothschild y est raconté dans ses cuisines malpropres, et l’on y rencontre les Léon Say, les John Lemoinne, les Aron, les Charmes, les Berger, les Raffalowich, les Jacquot du temps, se faisant donner des candidatures officielles, des directions, des consulats, des concessions, en menaçant toujours de refuser leur précaire appui, en se fâchant quand on propose de les payer non pas ce qu’ils s’estiment, mais ce qu’ils valent.

Nul mieux que Toussenel n’a signalé la conquête de tous les États chrétiens par le Juif.


Le Juif, écrit-il, a frappé tous les États d’une nouvelle hypothèque, et d’une hypothèque que ces États ne rembourseront jamais avec leurs revenus. L’Europe est inféodée à la domination d’Israël ; cette domination universelle que tant de conquérants ont rêvée, les Juifs l’ont entre leurs mains. Jérusalem a imposé le tribut à tous les États ; le produit le plus clair du travail de tous les travailleurs passe dans la bourse des Juifs, sous le nom d’intérêts de la dette nationale.


Si les Juifs allemands, représentés par Rothschild, avaient si vite réussi à accaparer la majeure partie de la fortune publique, il convient de reconnaître qu’ils avaient été puissamment aidés par les Juifs portugais.

Les Rothschild, spéculateurs peu spéculatifs de leur nature, s’étaient gardé, on le comprend, de suivre les Juifs de l’école saint-simonienne dans leurs tentatives pour régénérer le monde. Dans l’immense Paris des idées et des utopies, ils ont toujours été les mêmes que dans leur maison de bois à grillage épais de la Judengasse de Francfort : ils attendent qu’on frappe à la porte, pour entr’ouvrir le judas et demander quel gage on apporte.

A la vieille usure, les Rothschild avaient substitué les emprunts d’État. Les Pereire créèrent tout un système financier nouveau : bienfait du crédit, roulement incessant de l’argent, circulation des capitaux, ils enveloppèrent le tout d’un simulacre de philosophie et d’un soupçon de littérature ; rapprochement des peuples, amélioration, suppression du paupérisme…

Cette mise en scène n’était pas inutile.

L’envahissement du Juif, en effet, subi docilement aujourd’hui, soulevait alors de violentes protestations.

L’école romantique, qui avait ressuscité littérairement l’ancienne France, redressé beaucoup d’idées fausses, reconstitué avec leur couleur et leur relief les mœurs d’autrefois et l’existence des générations disparues, avait pu se rendre compte, dans son étude du passé, des raisons qui justifiaient la répulsion de nos aïeux pour le Juif.

Dans Victor Hugo, l’épithète d’immonde est presque toujours accolée au nom de Juif.

La société française protestait énergiquement contre l’ennemi qui allait la détruire par la ruse. Tout Paris, révolté par le luxe de mauvais goût que commençait à afficher Nucingen, battait frénétiquement des mains à la scène de Marie Tudor où Fabiani-Delafosse disait à Gilbert-Lockroy : « Ils sont tous ainsi, ces Juifs. Le mensonge et le vol, c’est tout le Juif. »

A Versailles, la foule s’amassait, en éclatant de rire, devant la Smalah d'Abd-el-Kader, où Vernet avait représenté Fould sous les traits d’un Juif s’enfuyant avec la cassette.

En ce temps-là, on osait ce que personne n’oserait maintenant : on attaquait ouvertement Rothschild, on publiait et on vendait à 75,000 exemplaires des brochures amusantes et spirituelles, qui contiennent d’étonnants détails sur les tripotages de la Juiverie.

Il y eut là un mouvement très curieux de défense contre le Sémitisme.

Quand on étudiera ce point, la plupart des journalistes du règne de Louis-Philippe, à quelque opinion qu’ils appartiennent, apparaîtront dans un beau rôle, très prévoyants, très perspicaces, très politiques, absolument dédaigneux de l’argent que les députés et les hommes d’État acceptaient sans honte des Rothschild et des Fould.

Le duc d’Orléans était très frappé aussi de cette invasion d’un nouveau genre, et se proposait d’y mettre ordre. Ce prince, d’un abord si facile, si affable pour tous, et qui traitait les artistes en camarades, ne voulut jamais recevoir Rothschild à sa table. En 1842, quand le baron manifesta le désir d’assister aux courses de Chantilly, le duc d’Orléans refusa de l’admettre dans sa tribune.

Un passage très significatif de l’éloquent auteur des Juifs rois de l'époque nous montre quels étaient les sentiments du Prince Royal sur ce point[23].


Sire, le Prince Royal, votre fils bien-aimé, gémissait amèrement des empiétements de cette puissance insatiable des Juifs ; de ces Juifs, disait-il, qui violentent le pouvoir, écrasent le pays, et font remonter vers le trône innocent les malédictions du travailleur obéré.

Il songeait, dans ses rêves de royauté future, à s’affranchir d’un honteux vasselage, à briser cette nouvelle féodalité, si pesante pour les rois et pour les peuples ; mais il ne se dissimulait pas les périls de la lutte. « Peut-être la royauté succombera-t-elle en cette lutte, disait-il un jour à l’un de nous : car ces banquiers se feront longtemps encore, contre le Roi, une arme de l’ignorance de ce même peuple que le Roi aura voulu servir. Ils irriteront ses souffrances par leur presse menteuse, ils videront de nouveau leurs ateliers sur la place publique, ils lanceront contre le palais leurs serfs inoccupés ; et, pour endormir la fureur de ce peuple, après qu’ils l’auront déchaîné, ils lui jetteront à dévorer une royauté de plus. Je sais que de rudes éventualités nous attendent ; mais il n’y a déjà plus à reculer devant les dangers de la guerre... Il faut que, sans plus tarder, la royauté d’aujourd’hui reprenne le peuple aux Juifs, sinon ce gouvernement périra par ses Juifs. »


Le comte de Paris connaissait-il ces nobles paroles, lorsqu’il s’asseyait avec sa famille à la table de Rothschild, lorsque sa fille faisait ses premiers pas dans le monde à Ferrières ?

Quel début pour une fille de France !


CHAPITRE CINQUIÈME


LA DEUXIÈME RÉPUBLIQUE ET LE SECOND EMPIRE


Crémieux et Goudchaux au pouvoir. — Rothschild sauvé de la banqueroute. — Le règne des Juifs du Midi. — Pereire, Mirés et Solar. — Retour offensif des Juifs allemands. — L’organisation de la guerre. — L’impératrice Eugénie. — Mgr Bauer, — Le Juif allemand est partout à la fin de l’Empire. — Le colonel Stoffel et Bleichrœder. — La dépêche de l’agence Wolff et la déclaration de guerre.


I


La Révolution de 1848 est la seule en France qui n’ait point été agréable aux Juifs, en attendant celle qui leur sera infiniment moins agréable encore, la bonne, celle qui sera faite contre eux.

Crémieux a joué un rôle assez important dans la Juiverie, un rôle assez néfaste dans notre histoire, pour que nous lui consacrions un chapitre spécial.

Goudchaux, son compère, tripotait dans la petite banque : il exploitait les commerçants parisiens gênés, avec l’aide secrète de Rothschild ; il escomptait ce qu’on nomme, je crois, des broches. C’était une manière de Tirard. Du fabricant de bijoux faux, ministre des finances de la troisième République, qui égare si facilement cent millions, au prêteur sur gages de la deuxième, la différence est peu sensible.

Lamartine, devant les périls de la patrie, s’écria : « Sauvons la France ! » Goudchaux s’écria : « Sauvons Rothschild ! »

La situation de Rothschild était critique : il emplissait les antichambres de lamentations, non sur ce qu’il perdait, mais sur ce qu’il manquait de gagner. Il avait soumissionné, en 1847, un emprunt de 250 millions ; de novembre 1847 à février 1848, il avait pu placer cet emprunt, en réalisant même — les cours en font foi — un bénéfice modeste de 18 millions.

Avec l’avidité qui le distinguait. Rothschild n’avait pas trouvé ces 18 millions dignes de lui : il avait gardé les titres en portefeuille. Quand la révolution éclata, il refusa cyniquement de verser les 170 millions qu’il devait encore ; il fit purement et simplement banqueroute. Il n’est point nécessaire, en effet, d’être très versé dans les questions financières, pour comprendre que la chance de gagner implique qu’on accepte le risque de perdre.

La conduite du gouvernement était toute tracée : il n’avait qu’à empoigner ce banqueroutier et qu’à le déposer à Mazas, qui justement venait d’être construit.

Le bon Goudchaux, vous le devinez, se garda bien d’agir ainsi : il considérait comme valable la théorie de Rothschild, que la parole donnée au goy n’engage pas le Juif. Non seulement il admit en secret cet homme, qui venait de manquer à ses engagements envers l’État, à une nouvelle émission de 13 millions de rente 5 pour cent à d’excellentes conditions, mais encore il poussa l’amabilité jusqu’à lui fournir les fonds nécessaires au service de l’emprunt grec.

Dans l’histoire, je connais peu d’épisodes plus amusants. Le peuple est tout noir de poudre, il meurt de faim sur les pavés qu’il a remués ; tous les ateliers sont fermés ; enfin il est vainqueur, il est émancipé, il a assuré la liberté du monde, il a réussi… à quoi ? A mettre au ministère des Finances un obscur escompteur juif, Goudchaux. Au milieu de tant de misères suppliantes, une misère seule frappe l’âme sensible de l’enfant d’Israël : dans le Trésor à sec, il trouve moyen de ramasser quelques fonds, et il les porte lui-même… à Monsieur de Rothschild !

Voilà, Lockroy, la comédie que tu aurais dû faire : tu nous aurais divertis davantage qu’avec le Zouave est en bas

Au début de l’Empire, la Juiverie allemande, représentée par Rothschild, s’effaça un peu pour laisser le champ libre à la Juiverie bordelaise, représentée par les Pereire, les Millaud, les Solar. Le Juif Mirés entre en scène.

Les Juifs du Midi déployèrent les qualités particulières à leur race : le brio, le bagout, le mouvement. Avec eux, l’or, qui s’entasse lugubrement dans les caves de Rothschild comme ramené par le râteau silencieux d’un croupier invisible, sonna, tinta, brilla avec des splendeurs de féerie et des bruits de chansons ; il accompagna la période joyeuse de ce règne qui devait finir dans d’épouvantables catastrophes.

Au roulement des écus s’unissaient les ronflantes déclamations sur le règne de la civilisation, l’ère des progrès, l’amélioration des cités et la moralisation des individus par le gaz.

Contents de vivre, ils faisaient construire des palais et restauraient de vieux châteaux, lorsque les Juifs allemands frappèrent à la porte de la salle du banquet et leur dirent : « Frères, il y a dix ans que vous êtes à table : vous devez être rassasiés ; si vous nous laissiez entrer à notre tour ? »

Pour les inviter au départ, on pressa légèrement sur la place à l’aide des capitaux allemands. Pereire, qui avait écrasé Mirés, fut à moitié écrasé par Rothschild, et l’on vit intervenir sur le marché les banquiers d’outre-Rhin.

Pour remuer les grosses affaires il faut un levier, un thème. Les Rothschild, à leur première manière, avaient joué des emprunts d’État ; les Pereire et les Mirès, en faisant appel aux souscriptions publiques, avaient vidé les petites bourses.

Les Juifs allemands, comme base d’opérations, prirent la guerre ; ils organisèrent, sous des apparences militaires, la plus vaste et la plus admirable spéculation financière qui ait jamais été essayée et réussie.


II


A partir de 1865, tout est envahi par le Juif allemand ; le Juif allemand est le maître en tous les endroits où la vie sociale se manifeste. Le Juif Offenbach, uni au Juif Halévy, raille dans le général Boum les chefs de l’armée française. L’excellent père Kugelmann tient cette imprimerie incessamment traversée par les allants et venants, qui causent tout haut et qui livrent toujours, à des oreilles toujours tendues, une nouvelle intéressante, un renseignement utile. Son voisin, Schiller, a à lui des organes plus sérieux, comme le Temps ; Wittersheim a l’Officiel ; Dollingen et Cerf, deux Juifs, tiennent les journaux par les annonces. Les correspondants juifs, les Lewita, les Levysohn, les Deutsch, arrivent à l’heure de la mise en pages dans les cabinets de rédaction, s’installent dans un bon fauteuil, lisent les épreuves avant les écrivains, et recueillent tranquillement sur leurs carnets tout ce qu’on dit de vive voix et ce qu’on n’écrit pas.

Regardez vers le quartier où l’on travaille : le Juif Germain Sée démoralise la génération qui grandit, en enseignant le matérialisme à la jeunesse. Tournez-vous vers les endroits où l’on s’amuse, et, sous les palmiers en zinc de Mabille, vous apercevrez le Juif Albert Wolff, causant familièrement avec le colonel Dupin et se faisant expliquer, par l’ancien chef des guerrilleros au Mexique, les côtés faibles de l’armée française.

Entrez aux Tuileries : c’est Adrien Marx qui occupe l’emploi de Racine et qui est historiographe de France ; c’est Jules Cohen qui dirige la musique de la chapelle ; c’est Waldteufel qui conduit l’orchestre des bals de la Cour.

Pénétrez dans la retraite sacrée dont nul, pas même l’empereur, ne franchit le seuil : vous y verrez une femme agenouillée devant un prêtre, et lui confiant ses anxiétés de souveraine et de mère à propos de la guerre qui se prépare. Ce prêtre est le Juif allemand Jean-Marie Bauer. Jamais, depuis Cagliostro, l’interlopisme juif, qui produit cependant de si curieuses figures, n’a produit un type aussi complet, aussi digne d’intéresser l’écrivain qui, plus tard, s’efforcera de peindre notre siècle étrange.

Un beau matin, ce converti suspect arrive dans cette France dont le clergé, par la hauteur de son esprit, la profondeur de sa science, la dignité de sa vie, est l’admiration du monde entier. Il se met en tête de supplanter le vénérable abbé Deguerry, aumônier de l’impératrice depuis de longues années, d’occuper ce poste de confiance de préférence à tous les prêtres du pays, et il réussit…

Parvient-il à son but à force d’hypocrisie, en affichant d’apparentes vertus ? Nullement : sa devise à lui, comme à tous les Juifs, est qu’on peut tout se permettre avec les Français ; il organise ces fameux lunchs ecclésiastiques où assistent les futurs conseillers de Paul Bert.

Habillé par Worth, il porte un costume de charlatan, il étale un luxe de dentelles qui fait rêver les femmes.

Le siège commence : cet acrobate à bas violets chausse les bottes à l’écuyère, il est aumônier général des ambulances, il galope aux avant-postes, et ses cavalcades l’entraînent toujours si près de l’ennemi, qu’il aurait le temps de lui jeter quelques renseignements utiles sur la ville assiégée.

Quand tout est fini, il éclate de rire au nez de ceux qu’il a dupés ; il jette sa robe de monsignor dans les coulisses d’un petit théâtre ; il inspire des publications pornographiques sur les cocodettes du second Empire ; il parade à l’Opéra, où les plus grands seigneurs admettent ce prêtre indigne dans leur loge ; l’après-midi, vous le rencontrez à cheval au bois de Boulogne, où il fait le salut militaire au général de Galliffet, qui, d’un geste de la main, lui renvoie une bénédiction épiscopale. Enfin, légèrement démonétisé, il finit par aller se marier, de la main gauche, à Bruxelles[24].

En choisissant un pareil intrigant pour confesseur, la pauvre femme, qui a payé si cruellement tant d’imprévoyance, obéit au sentiment général qui éloigne de plus en plus ceux qui ont une action sur les affaires du pays de tout ce qui est Français, de tout ce qui sort du sol.

La confiance de tout ce monde vis-à-vis du Juif était inimaginable. Savez-vous à qui le colonel Stoffel, qui cependant connaît les Juifs, s’adressait pour faire parvenir aux Tuileries les dépêches secrètes, ses rapports militaires ? Au Juif prussien Bleichrœder.


Il faut absolument, écrit-il à Pietri à la date du 20 novembre 1868, que vous me fassiez savoir, par deux mots jetés à la poste, si vous avez reçu un envoi jeudi dernier 19, dans la soirée. C’était un travail pour l’empereur et un autre pour le ministre, tous deux contenus sous un même pli a cinq cachets, que j’avais confié à M. Bleichrœder, banquier de Berlin, se rendant à Paris.


Dans de telles conditions, l’écroulement n’a rien qui puisse surprendre : il fut un coup de Bourse, comme la catastrophe de l’Union générale. Tous les appuis étaient sciés d’avance, et, la Juiverie européenne étant d’un côté et la France de l’autre, il était facile de prévoir qui succomberait.

Tout faillit cependant manquer au dernier moment. Souverain humanitaire, homme au cœur profondément bon, être doué d’une faculté de voyant que neutralisait l’absence de volonté, aggravée cette fois par une maladie terrible, Napoléon III résistait tant qu’il pouvait à la pression de l’impératrice, qui, aiguillonnée par le Juif Bauer, s’écriait : « C’est ma guerre ! »

Monarque chrétien, Guillaume sentait sa conscience troublée en pensant aux cent mille hommes qui, aujourd’hui, cultivaient la terre tranquillement, et qui, dans un mois, quand une parole aurait été prononcée, seraient couchés morts sur les champs de bataille.

Guillaume fit ce que certes l’empereur n’aurait pas fait ou plutôt n’aurait pu faire à sa place : la candidature du prince Hohenzollern au trône d’Espagne fut retirée.

Les Juifs allemands, désespérés, tentèrent le coup de la fausse nouvelle, qui leur a presque toujours réussi, le coup du Tartare, comme on dit chez Rothschild. Une agence juive, l’agence Wolff, annonça que notre ambassadeur avait été grossièrement insulté par le roi de Prusse, et vous voyez d’ici l’entrain avec lequel la presse juive française renvoya le volant.

« On a manqué de respect à notre ambassadeur, on a souffleté la France, mon sang bout dans mes veines ! » ainsi s’écriaient ces républicains qui, aujourd’hui, reçoivent tous les coups de pied diplomatiques en disant : Grand merci !

Quoiqu’il ne soit que le prélude des choses étonnantes que nous allons désormais recueillir à chaque instant dans cette histoire de France, qui n’est plus que l’Histoire juive en France, le fait de cette guerre, déclarée sur une dépêche de Bourse, mérite d’attirer l’attention.

Il dit bien l’état psychologique de ce pays, qui n’a plus pour base des institutions traditionnelles ; qui est en l’air, soumis à toutes les influences atmosphériques, tantôt montant en haut comme un ballon que le vent soulève, tantôt tombant à plat comme une baudruche dégonflée…


CHAPITRE SIXIÈME


LE GOUVERNEMENT DU 4 SEPTEMBRE. — LA COMMUNE.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE.


Les Juifs du gouvernement de la Défense nationale. — Gambetta et Crémieux. — Les espions juifs pendant la guerre. — L’entrée des Prussiens à Paris. — L’ouvrier parisien. — La Commune. — Simon Mayer et la colonne de la Grande Armée. — Comme les hommes de la Restauration, les conservateurs de l’Assemblée de Versailles sont étrangers à tout sentiment de justice. — La répression est à la fois implacable et injuste. — Le talisman des petits papiers. — Les mœurs de la haute démocratie. — Les catholiques se font niaisement l’instrument des haines des hommes du 4 Septembre. — Le duc de Broglie et son ignorance de la réalité. — La curée juive en Allemagne et en France — Paris, dépeuplé par la Commune, est repeuplé par les Juifs. — Les faux Alsaciens. — Les Juifs prennent la direction du mouvement républicain. — Le manifeste du commerce parisien. — Les Castries et les Sina. — Les idées du comte d’Arnim. — Le rétablissement de la Monarchie. — Le comte de Chambord n’a pas voulu régner. — Le 16 Mai. — Le manque d’énergie du gouvernement. — Le testament politique de Fourtou. — Waddington ambassadeur des Juifs. — Le congrès de Berlin. — Les Juifs en Roumanie. — Le règne de Gambetta. — Les Juifs préparent une nouvelle guerre contre l’Allemagne. — La grande affaire. — L’expédition de Tunisie. — On cherche de nouveau querelle à l’Allemagne. — L’affaire de la rue Saint-Marc. — Dangereuse folie de Déroulède. — La fête de Sedan. — Gambetta disparaît. — L’archimime Ferry — Le Tonkin. — La recherche de l’or. — Toujours les sociétés financières. — Lang-Son. — Les conventions avec les chemins de fer. — Impuissance de la politique juive. — Le Tohou-va-bohou talmudique. — La solution de la question sociale.


I


Le 4 Septembre, comme on devait s’y attendre, mit au pouvoir les Juifs français.

Il y eut en réalité, pendant cette période, deux souverains juifs : le Taïkoun et le Mikado. L’un, Gambetta, s’occupa des intérêts financiers d’Israël, fit les emprunts et les marchés, logea les Juifs dans des places où, comme Esquiros à Marseille, ils pussent s’enrichir rapidement ; l’autre, Crémieux, s’occupa des intérêts généraux de la race et des Hébreux du dehors.

L’émancipation des Juifs d’Algérie, en pleine invasion, mit dans tout son relief le caractère juif, implacablement indifférent à tout ce qui n’est pas de la famille.

Phénomène plus surprenant encore, et qui marque bien l’affaissement du tempérament français ! Pas un de ces officiers qui allaient se faire tuer pour le bon plaisir des Juifs, n’eut l’idée de monter chez ce vieux youtre, de le secouer dans la légendaire robe de chambre à ramages jaunes qu’il mettait pour haranguer les troupes du haut de son balcon, et de lui dire :

« Misérable vieillard, nous avons abandonné le Père commun des fidèles pour venir faire notre devoir en France ; nous avons sacrifié toutes nos préférences, toutes nos sympathies, tous nos souvenirs ; nous obéissons à des drôles échappés de tous les cafés, vomis par tous les bouges, sortis de tous les cloaques, à des Spuller, à des Pipe-en-Bois, à des repris de justice comme Bordone, à des Polonais équivoques comme de Serres ; et tu ne penses qu’à diminuer encore le peu de forces qui nous restent, pour affranchir quelques abjects marchands de dattes et de pastilles du sérail ! »

Sous toutes les formes, le Juif ainsi servit Bismark. L’espion de la Prusse, à Metz, était un commerçant du nom de Mayer, — encore un ! — Découvert par les soldats français, qui brisèrent tout dans sa boutique, il se pendit. L’Allemagne ne fut guère embarrassée pour le remplacer. « On nous fait remarquer, disait le journal le Nord à la date du 19 août 1870, que la plupart des espions prussiens pris en Alsace sont Juifs. Cet ignoble métier ne saurait être mieux exercé que par les enfants de cette race dégradée qui a eu cette agréable fortune de produire en Judas le type le plus achevé de la perfidie et de la trahison. » Régnier « n’était qu’un Juif prussien, paré pour la circonstance d’un nom français. »

L’Illustration[25] nous peint sous de saisissantes couleurs le Juif allemand dans son rôle d’espion pendant la guerre :


Le Juif a été le fléau de l’invasion.

Tant que dure la bataille, le Juif reste en arrière. Il craint les coups. Mais l’ennemi a-t-il fui, le champ de bataille est-il libre, alors le Juif allemand accourt.

Là il est maître et roi. C’est à lui qu’appartiennent tous ces cadavres. Ce n’est pas impunément que le soldat le désigne sous le nom caractéristique de corbeau. En toute tranquillité, il dépouille les morts, il va de groupe en groupe. A le voir ainsi penché, courant, éperdu, avide, on dirait un parent qui cherche un frère, un ami. Il ne cherche que de l’or. Parfois on entend un gémissement : c’est un blessé qui supplie ; mais le corbeau a bien le temps vraiment de s’occuper de semblables vétilles ! N’a-t-il-pas une mission à remplir ?

Car — il ne faut pas oublier ce côté — le digne personnage est fonctionnaire de l’État, il fait partie de l’organisation allemande ; il ne se contente pas de voler, c’est là le côté personnel ; il est espion. C’est le corbeau qui, après la bataille perdue, portera au quartier général tous les papiers trouvés sur les officiers supérieurs.

Nous avons, dans l’ouest de la France, aux environs du Mans, pu constater par nous-mêmes que les Juifs que l’armée allemande traînait à sa suite, louaient à la journée des soldats prussiens et se faisaient accompagner par eux dans les villages. Frappant à une maison, les Juifs exhibaient un parchemin crasseux, revêtu de timbres plus ou moins authentiques. La traduction de ce papier, on la devine, un mot suffit à la rendre : Réquisition. Comment le paysan aurait-il pu résister ? les soldats étaient là, comme une preuve menaçante. Ils livraient leurs bestiaux, que l’on allait vendre…


Bismark, en voyant arriver Jules Favre à Versailles, avait sifflé l’hallali.

La Juiverie cosmopolite, qui avait inspiré, commandité, mené, prolongé la guerre, devait figurer dans le triomphe : elle entra à Paris derrière les cuirassiers blancs.

Un écrivain qui sait peindre, M, René de Lagrange, a fixé cette scène avec un accent de vérité incroyable, dans une étude qui est une des rares pages exactes qu’on ait écrites sur les événements de 1870-1871.


Ce ne fut pas l’armée, écrit M. René de Lagrange, que nous aperçûmes en premier lieu ; ce fut l’état-major. qui, évidemment, faisait l’office d’éclaireurs. Cette avant-garde arrivait au trot, jetant un œil inquiet, à droite et à gauche, sur la haie des deux côtés. Les cavaliers qui composaient cette escorte, — je les vois encore, — étaient presque tous des hommes de haute taille et de puissante stature, se tenant à cheval comme des écuyers de race. Ils portaient pour la plupart l’uniforme brillant des cuirassiers. Coiffés de casques dont le cimier portait des animaux chimériques, revêtus de cuirasses ornées d’armoiries en relief ou d’écussons en métal, ces cavaliers étincelaient sous les premiers rayons d’un soleil de mars.

Cette petite escorte, au milieu de laquelle on distinguait le roi de Prusse et M. de Bismark, tout armée qu’elle fût, n’avançait qu’avec précaution. Avant de risquer l’armée, l'état-major tâtait le terrain, de peur, sans doute, que, malgré toutes les précautions prises, quelque mine chargée de dynamite ne vînt à éclater sous les pas de l’armée d’envahissement. C’était un roi, des princes, des généraux, faisant ce jour-là fonctions de uhlans.

Ce groupe militaire était immédiatement suivi d’un autre groupe, mais civil, celui-là. Le second groupe était assurément plus curieux encore que le premier. Derrière ces centaures tout bardés de fer et étincelant d’acier, s’avançaient, enfourchés sur leurs chevaux comme des pincettes, des personnages bizarres, vêtus de longues houppelandes brunes et ouatées. Mines allongées, lunettes d’or, cheveux longs, barbes rousses et sales vermiculées en tire-bouchons, chapeaux à larges bords, c’étaient autant de banquiers Israélites, autant d’Isaac Laquedem, suivant l’armée allemande comme les vautours, A cet accoutrement, il n’était pas difficile de reconnaître leur profession.

C’étaient, évidemment, les comptables ou financiers juifs chargés de l'encaissement de nos milliards.

Après l'état-major militaire, c’était l’état- major du Ghetto.

Nous n’avons pas besoin de dire qu’une frayeur plus accentuée encore se laissait voir sur tous ces visages effarés et sordides.


Aux Juifs allemands s’étaient mêlés pas mal de Juifs français, qui déjà s’occupaient du fameux emprunt. Cette Bourse au milieu d’un camp avait le plus étrange aspect : elle était comme l’épilogue lamentable et comique, comme le commentaire sinistre et grotesque de cette guerre juive.


II


L’ouvrier parisien, tel qu’il était encore, gênait la Franc-Maçonnerie juive. C’était un type bien singulier que celui-là. Tout se mêlait dans sa cervelle confuse : il aimait la France et la Pologne, parce qu’elle avait été persécutée ; il détestait ce qu’il appelait, on n’a jamais su pourquoi, le parti prêtre, mais il n’admettait pas, comme Paul Bert, que l’homme fût tout à fait semblable à un chien ; il regardait sans horreur le crucifix qui ornait son humble demeure ; il se souvenait de l’avoir placé jadis sur le lit où quelque être cher venait d’expirer ; il y suspendait, aux Rameaux, la branche de buis bénit que l’enfant rapportait ; près du crucifix, parfois, était attachée la croix d’honneur de quelque compagnon de Napoléon Ier.

L’ouvrier parisien était, en effet, révolutionnaire et chauvin ; il tirait sur la troupe aux jours d’émeute, et sentait son cœur battre lorsque quelque régiment défilait dans les faubourgs. Convaincu, par la lecture d’Eugène Sue, que les Jésuites passent leur vie à accaparer les héritages, il n’en disait pas moins un amical bonjour au Frère qui l’avait instruit. Il s’élevait avec force contre la superstition, et aurait été désolé que son fils et sa fille ne fissent pas leur première communion. Le grand jour arrivé, il laissait la mère et l’enfant partir seuls pour l’église ; puis, brusquement, jetait l’outil, passait la redingote des dimanches, et, caché derrière un pilier, il cherchait le garçon ou la fillette parmi la foule blanche qui ondulait dans la nef au bruit des cantiques, aux clartés des cierges ; quand il avait reconnu un visage aimé, il se détournait pour essuyer une larme, se trouvait face à face avec un camarade qui pleurait comme lui et disait : « Toi aussi, mon vieux ? qu’est-ce que tu veux ? cela vous remue[26]. »

Habile de ses mains, maître indiscuté dans ces travaux moitié artistiques et moitié industriels où Paris, supplanté maintenant là comme partout par l’étranger, triompha si longtemps sans conteste, l’ouvrier parisien, servi par un goût inné, qui lui tenait lieu de savoir, chômait rarement et vivait relativement heureux.

Par ses qualités, son entrain, sa gaieté, ce type était tout particulièrement un objet de haine pour le Juif allemand. Par son patriotisme, qui venait de s’affirmer pendant le siège, il était un obstacle à l’envahissement des étrangers parmi nous ; par sa loyauté, son désintéressement, son amour de tout ce qui est droit et honnête, il était un danger pour la future dictature politico-financière du Juif Gambetta.

La Commune fut une excellente occasion d’en tuer tant qu’on put ! Dénoncés par les meneurs qui les avaient entraînés, par les Barrère qui depuis sont devenus ministres plénipotentiaires, ces malheureux, victimes de leur courage, jonchèrent de leurs cadavres les rues, les avenues, les squares, les jardins, les parcs.

La Commune eut donc ainsi deux faces :

L’une, déraisonnable, irréfléchie, mais courageuse : la face française.

L’autre, mercantile, cupide, pillarde, bassement spéculatrice : la face juive.

Les fédérés français se battirent bien et se firent tuer.

Les communards juifs volèrent, assassinèrent et pétrolèrent pour cacher leurs vols. Certains négociants établis rue de Turbigo organisèrent la dévastation comme une opération commerciale, et se retirèrent à New-York deux ou trois fois millionnaires.

La Commune eut également deux résultats.

D’abord elle enrichit, dans de modestes proportions, il est vrai, la bohème juive, qui, après le passage du gouvernement de la Défense nationale, ne put guère que secouer les tiroirs, mettre la main sur de petites caisses oubliées, dépouiller surtout les palais, les ministères et les hôtels particuliers des Chrétiens de leurs objets d’art. (La Commune n’a pas touché une seule fois à une propriété juive ; pas une seule des 150 maisons des Rothschild n’a été incendiée.)

Ensuite, — résultat autrement important, — elle fit égorger trente mille Français par des Français.

Les Allemands, en échange de leur haute et dédaigneuse protection, ne demandèrent qu’une chose à la Commune.

Après avoir détruit le prestige de nos armées, ils étaient offusqués encore de la glorieuse légende de nos ancêtres. Cette colonne, faite de canons pris à des Allemands, qui se dressait dans Paris, les gênait : malgré leur facile triomphe sur le neveu, ils en voulaient entière à l’Imperator invincible que l’on apercevait drapé dans le manteau des Augustes,

Le matin dans l’azur, le soir dans les étoiles.

Maîtres de Paris, ils n’eussent pas touché à cette colonne ; ils ont respecté partout les monuments de nos victoires et les images de nos héros : le tombeau de Marceau, les statues de Fabert, de Kléber, de Rapp. Il y a des choses que les Aryens ne font pas eux-mêmes ; mais ces choses-là, parfois ils les font faire par des Sémites, comme pour prouver que ceux-ci peuvent être utiles à l’occasion[27].

Qu’elle est émouvante, cette scène du 16 mai sur la place Vendôme I Cette émotion vague qui agite une foule assemblée, fait attendre des événements imprévus. On dit dans les groupes que les invalides vont venir se ranger au pied de la Colonne pour la défendre. Mais rien ne se montre. L’heure a sonné. On attend le signal. Qui le donnera ? Grâce à Dieu, ce n’est pas un Français : c’est un Juif : c’est Simon Mayer.

Écoutez Maxime Du Camp[28] :


Tout à coup un homme parut sur le couronnement, agita un drapeau tricolore et le lança dans l’espace, afin de bien indiquer que tout ce qui avait été la Révolution française, le premier Empire, la royauté de Louis-Philippe, la seconde République, le second Empire, disparaissait de l’histoire et allait faire place à l'ère nouvelle symbolisée par la loque couleur de sang que l’on appelle le drapeau rouge.

L’homme qui eut l’honneur de jeter au vent les couleurs de la France, était digne de cette mission : il s’appelait Simon Mayer. Le 18 mars, il s’était noblement conduit à Montmartre. Capitaine au 169e bataillon, que commandait Garcin, en remplacement du chef élu, qui était Blanqui, alors incarcéré ou en fuite, ce Simon Mayer avait héroïquement aidé à l’assassinat du général Lecomte et de Clément Thomas. Cette belle action trouvait sa plus douce récompense à cette heure, sous le soleil, en présence des membres de la Commune attentifs et charmés.

On entendit un son de clairon. Un silence énorme, comme dirait Gustave Flaubert, emplissait les rues. Chacun se taisait et tenait invinciblement les yeux attachés sur la Colonne, en avant de laquelle les câbles se raidissaient. Il était un peu plus de cinq heures du soir ; de temps en temps, quelques coups de canon lointains semblaient une salve funèbre tirée du fond des horizons invisibles.


Un homme a vendu un Dieu qui venait porter au monde des paroles de miséricorde et d’amour : il s’appelait Judas, et il était Juif.

Un homme a vendu une femme qui s’était confiée à lui : il s’appelait Simon Deutz, et il était Juif.

Un homme, devant les Prussiens, a donné le signal pour renverser sur un lit de fumier le monument de nos vieilles gloires : il s’appelait Simon Mayer, et il était Juif[29].

Cette trinité sublime : Dieu, la Femme, le Génie ; cette triple forme de l’idéal : la Divinité, la Beauté, la Gloire, de tout cela le Juif a fait de l’argent.

Livrée à la Prusse par les Juifs allemands qu’elle avait accueillis, saignée à blanc par Gambetta, déshonorée dans ses glorieux souvenirs militaires par Simon Mayer et les démolisseurs de la colonne Vendôme, la France allait se jeter dans les bras d’autres Mayer et d’autres Simon : elle envoyait Bamberger à la Chambre, elle décorait le Juif Stern, elle se pâmait d’admiration devant les Rothschild, qui allaient l’exploiter à fond.


III


Pas un homme de la majorité n’entrevit cette situation.

Ce qui manqua à ces hommes, qu’on appelait des cléricaux, ce fut simplement d’être des chrétiens. Pas plus que les politiques de la Restauration, ils ne comprenaient la parole qu’il faut toujours répéter, car elle est l’alpha et l’oméga de l’homme d’État : Discite justitiam moniti ; « avertis par les événements, apprenez la justice. » — « Quand je nomme la justice, dit encore Bossuet, je nomme en même temps le lien sacré de la société humaine, le frein nécessaire de la licence, l’unique fondement du repos, l’équitable tempérament de l’autorité et le soutien favorable de la sujétion. Quand la justice règne, la foi se trouve dans les traités, la sûreté dans les commerces, la netteté dans les affaires. »

La justice est le premier besoin des peuples ; en même temps que la garantie des intérêts, c’est la satisfaction : d’une aspiration innée dans toutes les âmes humaines.

La France apporte à cet amour la passion qui lui est propre. Que demande cette nation éprise d’idéal ? La justice. Que cherche-t-elle, même dans ses révolutions ? La chimère, l’ombre, la parodie de cette justice qui lui est nécessaire comme l’air pour respirer.

Pourquoi la Royauté française, si chétive dans cette Ile-de-France qui fut son berceau, a-t-elle si vite et si prodigieusement grandi ? C’est que les premiers Capétiens furent, avant tout, des hommes de droiture et de justice. Quelle est l’image de roi restée la plus vivace et la plus populaire ? est-ce celle de tant de monarques menant de hardies chevauchées et s’élançant au plus épais des rangs ennemis ? Non, c’est l’image d’un justicier assis sous un chêne. Plus que le souvenir du pont de Taillebourg défendu par un homme seul contre toute une armée, le souvenir de ces assises rustiques, où chacun, sans intermédiaire, pouvait faire reconnaître directement son droit par celui qui avait la force, est demeuré gravé dans les âmes.

Pourquoi, après une si longue éclipse de la Royauté, alors que depuis de longues années le parti légitimiste n’était plus qu’un brillant état-major sans soldats, le pays appelait-il librement, spontanément, des représentants du principe monarchique ? C’est parce que la Monarchie, toujours tendre aux petits, avait su, à l’occasion, être sévère aux forts.

C’était pour faire justice que le pays, dans son intérêt, avait eu recours aux hommes de la tradition, aux députés du sol, à des hommes dont les familles, la vie ordinaire, le caractère, étaient connus de tous et inspiraient confiance, en des temps troublés, à ceux-là même qui, dans les temps ordinaires, leur eussent préféré des bateleurs et des charlatans.

Il manqua à cette époque un homme animé de ce noble amour de la justice, un homme au cœur élevé, à l’âme grande, doux aux égarés, terrible aux pervers qui avaient vendu de sang-froid leur pays, un homme qui prît la direction du parti monarchique et demandât avant tout le châtiment d’un aventurier comme Gambetta, qui s’était permis de conclure des emprunts sans l’autorisation du pays ; le châtiment d’un Ferry, d’un Jules Favre.

Non seulement les catholiques trahirent le mandat de justice qui leur avait été confié contre les hommes du 4 Septembre, mais ils laissèrent la répression de la Commune s’accomplir dans des conditions de sauvage iniquité.

La Monarchie française exerçait virilement et chrétiennement sa fonction de justice : elle avait des gibets pour les financiers concussionnaires, les Enguerrand de Marigny et les Semblançay ; de beaux échafauds de velours noir pour les Nemours, les Saint-Pol, les Biron, les Montmorency, les Marillac.

La Restauration, même dans ses défaillances et sa mollesse, n’eut pas la répression vile : elle ne prit pas le petit soldat ; elle prit le maréchal prince de la Moskowa, le général Mouton, La Bédoyère, allié aux plus nobles familles de France.

La République fut impitoyable aux humbles et trembla devant ceux qui avaient une apparence de situation, devant ceux qui avaient la noblesse bourgeoise, qui possédaient le bouton de jade du mandarin, qui étaient inscrits sur un tableau quelconque.

Tous ceux qui furent passés par les armes à Satory — à part Rossel — furent de pauvres diables, des minus habentes, des gens sans relations. Thiers avait accordé la grâce de Gaston Crémieux ; ce fut le général Espivent de la Villeboisnet qui le fit exécuter, pour ainsi dire, de son initiative personnelle. Crémieux devait être fusillé en même temps qu’un chasseur à pied. Les membres de la gauche, naturellement, ne s’occupèrent en aucune façon du pauvre pioupiou : chair à canon, bon à tuer ; ils intercédèrent pour l’homme intelligent, responsable, pour l’avocat ! Le général Espivent, qui était de vieille race française, ne comprenait pas la démocratie de cette façon : il déclara nettement qu’il entendait que l’avocat eût le sort du soldat.

Cette histoire de la Commune, encore si peu connue et dont la face changera complètement dès qu’on publiera les documents incroyables qui sont en quelques mains[30], fut le triomphe des petits papiers.

Tous les hommes du 4 Septembre : les Jules Simon, les Jules Favre, les Picard, Thiers lui-même, avaient été en relation avec la plupart des chefs de la Commune, et ne s’occupaient qu’à éviter les révélations compromettantes. Des instructions faites une première fois furent refaites à nouveau, avec injonction de supprimer certaines accusations. On faisait évader ceux qu’on ne pouvait justifier[31], et il n’était point de jour où l’on ne saisît quelques lettres adressées clandestinement aux prisonniers, comme celles que Jules Favre écrivait à Rochefort.

Les captifs se servaient des gages qu’ils pouvaient avoir. Quelques pages noircies d’encre étaient alors le meilleur talisman contre la mort violente. Ranc, né malin, se saisit de la cassette de Thiers, et Pallain entra dans la vie politique en allant négocier pour la reprendre. La légende rapporte que la cassette fut rendue, mais absolument vide. L’étonnante fortune de ce Pallain, qui, malgré son absolue nullité, trouva moyen d’être directeur dans trois ministères à la fois, semblerait indiquer cependant qu’un ou deux papiers étaient restés dans la cassette. Le reste, toujours d’après la légende, aurait sauvé Ranc de toute poursuite après la chute de la Commune.

Sous le rapport moral, c’est la lapinière qui paraît être le modèle de la haute démocratie française, dont des circonstances exceptionnelles mettent en pleine lumière la vie privée.

Cette lapinière a cependant un caractère particulier : c’est une lapinière dans une étude de procureur, dans un cabinet d’homme de loi ; le clapier témoin de ces amours, semble être un carton vert.

Jules Favre ne se contente pas d’avoir des enfants naturels ; il s’ingénie à les faire entrer de force dans le cadre normal, il torture le Code à propos d’eux, il commet des faux, il fait fusiller Millière qui a dénoncé ces infamies, il séquestre pendant trois mois, dans la maison de détention de Versailles, l’infortuné Laluyé qui connaît trop de secrets intimes pour qu’on le laisse vivre, et qui, en effet, finit par succomber aux mauvais traitements dans une autre prison.

Tout ce monde, amis ou ennemis, se tient ainsi par des histoires de doubles ménages, d’adultères entrecroisés, de fils supposés, de précautions légales prises pour transmettre une fortune, un nom, un titre parfois.

A tous ces trafics honteux, à ces marchandages, à ces impunités accordées aux gens dont on a peur, aux gens qui de près ou de loin touchent encore à la bourgeoisie, il faut opposer, pour achever la peinture de l’état d’âme des républicains de 1871, le plus effroyable mépris de la vie humaine qu’on ait jamais vu à aucune époque.

Dans l’histoire, je cherche avant tout, non le détail à scandale, mais le détail à symptôme ; non le renseignement à sensation, mais le renseignement à réflexion. J’estime que des faits minuscules sont aussi intéressants pour l’étude d’une époque que des faits importants. Dans les grands faits effectivement, les batailles, les événements extraordinaires, c’est Dieu qui se révèle ; dans les petits faits, c’est l’homme qui se trahit.

Ce qu’il tomba d’êtres humains dans ces jours terribles, la moisson sanglante que fit la Mort, nul ne le saura problablement jamais.

Les députés conservateurs laissèrent tout faire ; ils ne comprirent pas la parole de l’Écriture : Justitiæ Domini rectæ ; ils n’eurent ni les belles miséricordes ni les sévérités nécessaires. Ils causaient familièrement avec des hommes qui avaient usurpé le pouvoir et pénétré violemment dans l’ærarium, et ils étaient impitoyables pour les malheureux qui, pressés par la misère, avaient accepté une petite place sous la Commune et barboté quelques sous dans une caisse où les gens du 4 Septembre, tous pauvres avant, tous riches après, n’avaient pas laissé grand’chose.

Est-ce donc que le cœur des hommes de la droite fût cruel ou leur intelligence médiocre ? Non ; seulement ils avaient le cerveau conformé d’une certaine façon, ils voyaient comme cela, ils étaient imbus des préjugés les plus bourgeois. Un homme qui occupait une situation dans le monde, comme Jules Favre, pouvait tout se permettre, faire tuer des milliers de créatures humaines, sans être jamais inquiété ; l’idée de fusiller un bâtonnier de l'ordre des avocats, un académicien, eût semblé sacrilège à ces gens polis, comme l’idée de livrer au bourreau un cardinal, un porporato, l’eût paru aux souverains d’autrefois.

Les meneurs de l’Assemblée, d’ailleurs, avaient eu la soif du pouvoir, et au contraire, n’avaient jamais eu faim : l’ambition leur semblait donc excusable dans ses plus abominables malfaisances ; tandis que le malheureux qui avait pris un emploi pour manger, leur paraissait digne de tous les châtiments, puisqu’ils ne le comprenaient pas.

La notion de la réalité fut ce qui manqua surtout à ces hommes d’une honnêteté indiscutable, mais d’une expérience pratique nulle, qui, n'étant ni illuminés par en haut ni renseignés par en bas, devaient fatalement être vaincus par des hommes qui sortaient tout meurtris, tout vibrants, tout fumants, tout souillés parfois, de la vie la plus réelle et la plus difficile.

Prenez le plus illustre de ces vaincus, le duc de Broglie. Que pouvait-il savoir du Paris moderne ? Il n’avait probablement jamais mis les pieds ni dans un atelier, ni dans un café, ni dans un lupanar ; il n’avait causé, les yeux dans les yeux, ni avec des ouvriers déraisonnant après leur journée faite, ni avec des agitateurs de carrefour qui remuent la société en bouleversant des dominos, ni avec des filles qui vivent et meurent de la corruption des villes. Il quittait sa maison pleine d’exemples dignes d’être imités, de glorieuses traditions, de sentiments élevés, pour aller en voiture vers un autre salon, où il retrouvait la même atmosphère ; il n’était jamais sorti d’un monde où l’on parle et où l’on pense noblement, où les faiblesses mêmes se voilent d’apparences idéalistes, où les passions sont rarement basses. En regardant en lui-même, il n’apercevait rien qui fût une dégradation de l’homme ; il se voyait jeune, travaillant comme s’il avait sa carrière à faire ; obstinément fidèle, dans son optimisme généreux, à certaines idées libérales ; ayant de l’orgueil, sans doute, mais le bel orgueil des lettres, la louable ambition de rendre des services à son pays.

Évidemment, cet ancien Président du Conseil aura été mêlé activement au mouvement d’un siècle où le Juif a tout conduit et conduit tout, sans avoir vu le Juif, sans deviner son rôle une minute, sans soupçonner ce que peut contenir de haine contre la vieille société française, contre l’aristocratie, contre le Christ, le cœur d’un Juif allemand, dont les pères ont été pendus entre deux chiens.

Si le Juif lui est apparu, ce n’est guère que sous la forme d’un baron déjà débarbouillé, fort honoré d’être en pareille compagnie et s’y tenant à peu près convenablement ; il ne s’est pas douté que celui qui venait de l’appeler obséquieusement « mon cher duc », soudoyait les insulteurs qui allaient criant par les rues : « Demandez la banqueroute de l’Union générale, le suicide de M. Bontoux, l’arrestation du prince Victor de Broglie ! »

Avec moins d’éloquence et de mérite, la plupart des membres de la droite vivaient comme le duc de Broglie, dans la sphère irréelle. Je gage que le comte Othenin d’Haussonville, par exemple, ne savait pas, quand il était député, le quart de ce qu’il a appris en allant parcourir les garnis, les bouges et les bals publics, pour son beau livre de l' Enfance à Paris.

Le premier qui s’occupa sérieusement des questions ouvrières, au point de vue conservateur et chrétien, fut un soldat. Pourquoi ? Parce que ce soldat avait vu la Commune de près ; parce que le métier militaire, qui fait vivre au milieu de toutes les classes de la société rassemblées, met tout de suite un homme de la valeur du comte de Mun en face de la réalité, écarte les préjugés de l’éducation et les conventions de cénacle, constitue comme une admirable école d’observation pour des hommes qui sont organisés pour comprendre et pour penser.

Quoi qu’il en soit, les monarchistes de l’Assemblée de Versailles ne profitèrent de leur situation que pour assumer l’odieux d’une répression impitoyable, que désiraient vivement dans leur cœur les futurs séides de Gambetta.

Ils frappèrent à bras raccourcis sur les petits et sur les humbles. L’usurpation des fonctions surtout, je l’ai dit, trouvait implacables des naïfs qui n’avaient pas eu le courage de faire passer en jugement les hommes du 4 Septembre.

Les années 1872 et 1873 virent donc le triomphe complet d’Israël. Il y eut, d’un bout à l’autre de l’Europe, un hosannah juif qu’accompagnait le bruit des millions. Les Juifs refirent, mais en des proportions prodigieuses, ce que Rothschild avait fait en petit au moment de la liquidation de 1815 : ils s’enrichirent en prêtant aux Français, ils reprirent aux Prussiens ce que les Français leur avaient payé. Des cinq milliards, quatre au moins restèrent dans leurs mains.


IV


Bismark n’avait rien à refuser à ceux qui l’avaient commandité pour la guerre ; Thiers était à genoux devant ceux qui donnaient comme une apparence de gloire financière à un pays écrasé sous toutes les hontes de la défaite.

Le roi du moment, ce fut le Bleichrœder.

Une étude fort remarquable, publiée dans la Revue du monde catholique et signée Hermann Kuntz, suffit à nous donner présentement l’essentiel pour le portrait et le rôle du personnage.


M. Bleichrœder, dit M. Kuntz, a eu la plus grande part dans toutes les affaires financières et d’agiotage de la France nouvelle, de 1866 à 1870. Lorsque Paris dut payer sa rançon, Bismark en appela aux lumières de M. Bleichrœder. Il le fit venir à Versailles pour vérifier les fonds avancés par son associé et ami intime, M. de Rothschild, dont la femme jouait l’irascible patriote au point que le pauvre ambassadeur d’Allemagne, comte Harry d’Arnim, crut nécessaire de s’en plaindre peu diplomatiquement. M. Bleichrœder reçut la croix de fer et fut gratifié de la particule, en récompense de cet éminent service. Sa fortune est devenue immense, et ne le cède en rien à celle d’un Rothschild[32].

L’Allemagne, dupe d’une véritable fantasmagorie, croyait, avec le papier-monnaie créé par le Juif, posséder de l’or réel ; elle s’aperçut bientôt que cet or lui avait glissé entre les mains. Au bout de trois ans, elle n’avait plus entre les doigts que des chiffons de papier qui valaient moins que des feuilles mortes, et tout l’or remué était allé s’enfouir dans les poches juives.

En échange des milliards qu’ils volaient, les Israélites d’Allemagne organisèrent, en effet, le Culturkampf, qui leur a donné l’agitation antisémitique, comme la part qu’ils ont prise chez nous à l’expulsion de pauvres religieux de leurs cellules leur vaudra d’être expulsés de leurs palais.

Agiotage et persécution allaient, d’ailleurs, chez nous aussi, marcher de compagnie. Au préalable, les Juifs préparèrent cet envahissement qui est le complément obligé et en réalité le seul résultat appréciable de toutes les révolutions en France : ils attirèrent vers Paris tous les errants, tous les aventuriers, tous les négociants en mauvaises affaires du monde Israélite ; ils les casèrent dans les vides qu’avait faits la Commune dans les quartiers populeux.

Grâce à la facilité de la naturalisation, à l’incendie prémédité des actes de l’état civil, à la complaisance d’employés qu’on avait mis dans tous les endroits nécessaires, ces intrus se firent rapidement une sorte d’identité. Une difficulté les gênait : c’était le diable d’accent allemand ; ils jouèrent alors de la corde alsacienne, et le bon M. d’Haussonville, avec la candeur qui caractérise notre aristocratie, les aida merveilleusement par cette Société des Alsaciens-Lorrains qui, malgré ses louables intentions, nous a causé un mal incalculable.

Qu’elle est touchante et qu’elle est grande, cette généreuse et chère Alsace, qui a payé pour la France tout entière ! Quel cœur ne se sentirait remué en pensant à cette noble province que la guerre a séparée de nous ! Gloire à celle-là qui, silencieuse et digne, se penche sur ses houblonnières pour cacher ses larmes, et, quand elle relève la tête, interroge tristement l’horizon pour y chercher ce qui fut la Patrie !

Gloire à celle-là ! mais honte à l’Alsace théâtrale qui s’est mise aux gages des saltimbanques, intrigante et quémandeuse qui déshonore la plus auguste infortune que jamais la terre ait contemplée !

L’une se recueille et prie ; l’autre bat la caisse avec son deuil, vit de l’annexion comme le Savoyard vivait de sa marmotte, organise des représentations et des tombolas bruyantes.

L’une a donné Kléber, Kellermann, Rapp à la France ; l’autre se personnifie dans le type grotesque qu’on appelle là-bas le Schmuler : elle a donné des Kœchlin-Schwartz, des Scheurer-Kestner, des Risler.

L’une doit être respectée et baisée au front comme une mère persécutée ; l’autre, avec son éternel nœud dans les cheveux, doit être traitée comme une fille de brasserie éhontée qui salit dans la débauche un costume qui devrait être sacré désormais.

Les envahisseurs ne se contentèrent pas seulement d’être Alsaciens ; ils furent Alsaciens-Lorrains : ils eurent deux noms, comme on a deux mains, pour prendre davantage.

L’admirable solidarité des Juifs entre eux, leur esprit d’intrigue, permirent aux nouveaux venus de se débarrasser rapidement de tout ce qui, dans le petit commerce ou là moyenne industrie, était encore de tempérament français, avait gardé le bon sens et le jugement fin de leurs ancêtres. Ils s’insinuèrent dans tous les comités, et bientôt en eurent éloigné tout ce qui les gênait ; ils embrigadèrent leurs ouvriers et les accoutumèrent à recevoir servilement un mot d’ordre. Ils parvinrent ainsi à faire élire des Badois comme Spuller et des Francfortois comme Leven.

Dès 1873, les Juifs avaient pris ouvertement la direction du mouvement républicain à Paris, et forcé à les suivre la plupart des négociants qui voyaient clairement qu’on allait à la ruine, mais qui n’osaient résister, dans la crainte que le crédit ne leur fût coupé par des banques israélites. Dans la pétition adressée à M. Feray d’Essonne, par les représentants du commerce parisien, pour le féliciter d’avoir fait acte d’adhésion à la République, figurent 45 Juifs parmi 160 signataires.

Nous trouvons là tous ceux qui, au début, ont contribué à donner à la République une apparence rassurante, au point de vue des intérêts : les Beaucaire, les Brunschwig, les Cahen (Francfort et Élie), Godchaux, Hirsch, Heymann, Lantz, Lazard, Lyon, Oppenheimer, Rheims, Simon frères et Guesdon, Schwaab, Schwob, Trêves, Wimpfen. On remarquera combien de noms, parmi ceux-là, trahissent une origine allemande. Rien que ceci aurait dû donner l’éveil à la population parisienne, et lui montrer où étaient ses véritables intérêts.

Selon leur habitude, les Juifs cherchèrent un faux Messie, et l’eurent vite trouvé dans Gambetta. Nous peindrons, au chapitre consacré au personnage, le groupe d’affranchis qui se forma autour de lui, et le monde spécial dont il fut le porte-parole ou plutôt le docile instrument.

Mac-Mahon ne les gêna pas beaucoup. Fidèles à leur inexplicable engouement pour les demi-étrangers, les conservateurs, au lieu de s’adresser à un brave général, de souche bien française, à Canrobert ou à Ducrot, qui aurait risqué sa vie et aurait gagné la bataille, mirent leur confiance dans ce soldat fourbe qui, lui aussi, « ne parlait jamais et mentait toujours ».

Quoique le type fût affreusement mâtiné chez lui, Mac-Mahon, petit-fils d’Irlandais, peut être considéré comme un représentant de la race celtique au pouvoir. Mac-Mahon avait eu toutes les qualités de sa race sur le champ de bataille ; il en eut tous les défauts au pouvoir. Il fut invraisemblablement grotesque comme Président, se laissa chasser d’une situation inexpugnable, ne parvint jamais à rien comprendre, et finit par capituler honteusement devant quelques avocats qui tremblaient dans leur peau toutes les fois qu’il cherchait son mouchoir, en croyant qu’il allait saisir son épée. Il n’eut ni la souplesse ni l’habileté politique d’un Grec comme Thiers, ni le sentiment du pouvoir, ni le respect de la parole, la ténacité à soutenir son droit qu’aurait eus un Germain. Thiers l’appelait « le soldat déloyal » ; et il justifia ce jugement en abandonnant tous ceux qui avaient cru à sa promesse formelle, à sa parole « d’honnête homme et de soldat, d’aller jusqu’au bout ».

Les Juifs, près du Maréchal, agirent par le baron Sina et les Castries. Le baron Sina, richissime Juif de Vienne, qui avait embrassé la religion grecque, avait donné une de ses filles à un Castries, l’autre au prince Ypsilanti, qui avait des droits assez sérieux à la couronne de Grèce. Le beau-père, quand il avait accepté ce gendre absolument ruiné d’ailleurs, se voyait déjà assis sur les marches du trône hellénique et faisant pour le pays un emprunt dont il réglerait lui-même le courtage.

Soit que la perspective d’être gouverné indirectement par un Juif, fùt-il baptisé, ne leur dît rien, soit qu’ils fussent contents du roi Georges, les Grecs ne montrèrent aucun enthousiasme pour les droits du prince Ypsilanti, et le baron mourut sans avoir réalisé son rêve. Mais la famille hérita de l’idée. Gambetta eut l’adresse de persuader aux Sina qu’il ne demandait pas mieux que d’appuyer la candidature du prince Ypsilanti au trône de Grèce ; et ceux-ci, de leur côté, firent tout ce qu’ils purent pour empêcher Mac-Mahon, qui chaque année allait chasser chez eux, de s’opposer sérieusement à l’établissement d’une République juive en France.

Les innombrables négociations à propos de Dulcigno, les commerces bizarres avec les Kohkinos et les Tricoupis, n’ont pas eu d’autres raisons d’être.


V


Le grand malheur de la France, alors, fut de ne pas trouver, pour se mettre à la tête de la politique, de vrais représentants du sol, de tomber dans les mains de cette noblesse particulière très modernisée, très avide d’argent, très mêlée aux spéculations de Bourse, et par conséquent très enjuivée.

Le seul qui fût au-dessus de ces préoccupations et qui eût une valeur morale incontestable, le duc de Broglie, fut constamment trompé par Léon Say.

La France put cependant avoir un moment l’ombre d’une espérance : elle avait trouvé un auxiliaire inattendu dans un Prussien aussi admirablement organisé, peut-être, pour la politique que le prince de Bismark, mais moins viril que lui, affaibli et usé jusque dans les moelles par la passion qu’il eut toujours pour l’essence féminine, le Weibliches wesen dont parle Gœthe.

L’histoire, plus tard, dramatisera ce court combat entre le Chancelier de fer et le diplomate, comme elle a dramatisé la lutte de Cinq-Mars et de Richelieu ; elle rendra ses véritables proportions à cet épisode, qui aurait pu avoir des conséquences considérables sur les destinées du monde, et qui passa presque inaperçu, grâce à cette presse juive, tout entière cette fois encore du côté du prince de Bismark, et qui ne laisse apparaître des événements contemporains que ce qu’il en faut pour tromper l’opinion.

Le comte Harry d’Arnim n’était pas un simple favori comme Cinq-Mars, essayant de renverser, pour plaire à une coterie, un ministre supérieur à lui ; il était considéré par le prince de Bismark lui-même comme le seul homme qui pût le remplacer.

Le comte d’Arnim voulait davantage. Secondé par la majeure partie de l’aristocratie allemande, appuyé par l’impératrice Augusta, il rêvait de se substituer à Bismark et de continuer son œuvre, mais en changeant complètement le plan d’opérations.

Le prince de Bismark, comme il l’a déclaré avec la brutale franchise qui lui est habituelle, encourageait la République juive en France, pour que la France fût impuissante, méprisée, déshonorée en Europe, sans l’occuper des dangers que présentait pour le monde le foyer d’infection qu’il laissait grandir.

Le comte d’Arnim, au contraire, voulait guérir la France, pour que l’Europe ne tombât pas malade grâce ce voisinage. Il s’inspirait de la maxime de Philippe II : « Mieux vaut éteindre l’incendie dans la maison de son voisin que de l’attendre dans la sienne. »

Le prince de Bismark, qui agissait alors de concert avec les Juifs, brisa comme verre le malheureux d’Arnim, qui, privé de ses emplois, dépouillé de tous ses titres, alla mourir en Suisse du chagrin d’avoir perdu une si belle partie.

Malgré tout, la France, la vraie France honnête, patriote, travailleuse, désirait tant la Monarchie, elle en avait tant besoin, que la restauration de la Royauté fut bien près de se faire.

En réalité, le seul obstacle, ce fut le comte de Chambord.

Dieu me garde de manquer de respect à cette noble et pure mémoire ! J’ai pleuré à la mort du pauvre petit Prince Impérial plus que la plupart de ceux que l’Empire avait comblés de bienfaits. Je me rappelle encore les heures de tristesse que j’ai passées dans mon jardinet au moment de la maladie du comte de Chambord, devant mes lis, qui, s’affaissant sur leurs tiges à mesure que les jours s’écoulaient, semblaient comme l’image de cette existence, comme le symbole de cette Monarchie de dix siècles, dans laquelle la France s’était si complètement incarnée.

L’histoire a cependant des droits ; elle dira ce que nous disons : « Le comte de Chambord n’a pas voulu régner. »

Aux âges passés, le matin du Sacre, l’archevêque de Reims allait frapper à la porte de la chambre occupée par le roi dans les appartements du Chapitre. — « Le roi dort », répondait le grand maître des cérémonies. — « Éveillez-le », disait l’archevêque.

En 1873, la France a frappé à la porte de la chambre du roi, mais le roi ne s’est pas réveillé !…

Un mot suffit à peindre le comte de Chambord, le mot de Gœthe sur Hamlet : « C’est une âme chargée d’un grand dessein et incapable de l’accomplir. »

Nulle âme de roi ne fut plus haute, plus généreuse, plus droite ; mais le tempérament n’y était pas.

A ce manque de déterminisme, il faut, pour demeurer dans l’analyse vivante, joindre l’intervention toute naturelle de la comtesse de Chambord. Laissez de côté toutes les phrases ; restez dans la simple humanité, et fîgurez-vous ce que devait éprouver cette femme dévouée, lorsqu’elle voyait son mari, heureux près d’elle, faisant la charité, chassant, mangeant bien, et qu’elle se disait : « Demain, tout ce bonheur sera remplacé par des machines infernales, des coups de pistolet, des émeutes. »

— Je suis revenue une fois, disait souvent la duchesse d’Angoulême, mais je ne consentirai pas à revenir une seconde fois.

La comtesse de Chambord avait été élevée avec la duchesse d’Angoulême, qui lui racontait sans cesse les scènes du Temple, les infamies républicaines presque inconnues, car c’est à peine si l’histoire a osé les relever ; le long martyre du petit Dauphin, que la pauvre princesse, blottie derrière la porte, entendait chaque matin hurler de douleur sous les coups de Simon. Le peuple de Paris lui inspirait une véritable terreur.

Les défauts du comte de Chambord s’aggravèrent encore, grâce aux habitudes contemporaines.

Autrefois un prétendant dans cette situation eût trouvé quelque compagnon comme en avait eu Henri IV, n’ayant pas sa langue dans sa poche et parlant à son roi en camarade. Notre époque, de laquelle tout héroïsme a disparu, vit, au contraire, dans un perpétuel lyrisme écrit, dans une sorte de lyrisme journalistique ; on a la gloire, sans être obligé de se donner la peine de l’acquérir.

Le mensonge de l’adulation vaine a suivi le comte de Chambord jusque dans la mort, et beaucoup de gens sont convaincus que ce sont les intrigues des d’Orléans qui ont empêché la restauration de la Monarchie.

Les faits contredisent absolument cette affirmation, que suffirait d’ailleurs à démentir le caractère du comte de Paris.

Père de famille irréprochable, bon chrétien, travailleur infatigable, le comte de Paris ne répond pas complètement à l’idéal qu’un pays romanesque comme le nôtre se fait d’un souverain ; il n’a rien qui monte l’imagination. On regrette qu’un peu de flamme et d’enthousiasme ne s’ajoutent pas à tant de sérieuses qualités.

Le rêve de celui auquel la naissance a imposé de si grands devoirs eût été de vivre de la vie d’un planteur dans la libre Amérique. On s’attache aux pays pour lesquels on a combattu : le comte de Paris, dont le calme courage avait excité l’admiration de l’armée dans la guerre de sécession, a gardé, de son séjour là-bas, un goût regrettable pour des institutions qui ne conviennent pas à la France. « C’est un prince qui n’a pas assez de préjugés », a-t-on dit de lui ; il serait plus juste de dire que c’est un prince qui a, ou qui du moins a eu longtemps tous les préjugés du modernisme.

Tel est, je crois, l’impartial portrait d’un prince foncièrement honnête homme, que la France, revenue de bien des chimères, sera peut-être bien contente de trouver pour mettre un peu d’ordre dans ce pays ravagé par une horde de bandits.

Étant donné un tel homme, sa conduite vis-à-vis du comte de Chambord n’a pu être que très correcte. Il a été fort heureux, tous ceux qui l’ont approché de près en témoignent, d’être débarrassé de l’héritage de 1830 et de rentrer, non seulement dans la tradition monarchique, mais encore dans la bonne tenue, dans la décence qui conviennent à une famille rangée ; à partir de la visite, du 5 août 1873, il ne s’est considéré que comme Dauphin.

Le 30 octobre 1873, après la publication de la fameuse lettre qui renversait tous les plans de restauration, le comte de Chambord arrive à Versailles.

Qu’elle est émouvante, cette journée du 19 novembre 1873, qui décida peut-être du sort de notre pays ! Les députés monarchistes qui se tenaient dans la maison voisine de celle du comte de Vanssay où était descendu le Roi, savaient que le comte de Chambord était à Versailles, sans se douter qu’il était à deux pas d’eux… Ils suppliaient M. de Monti, M. de Blacas, M. de la Bouillerie, de leur faire connaître l’endroit où se trouvait l’auguste voyageur ; ils s’accrochaient à eux pour les décider à parler.

Quelle était la situation ? Cent députés étaient prêts à se grouper sur la place d’Armes pour faire cortège au Roi ; dès qu’on les aurait vus entrer à l’Assemblée en criant : Vive le Roi ! cent cinquante autres se seraient joints aux premiers et auraient poussé le même cri. La Royauté reprenait tranquillement possession du palais de Louis XIV ; elle était restaurée par acclamation par les représentants du pays.

Le Roi n’eût rencontré aucune difficulté. Sur un seul mot de lui, Mac-Mahon serait venu lui présenter ses hommages et prendre ses ordres. Ducrot était tout à lui ; Charette aurait marché à ses côtés. Si le duc de Broglie, subissant, comme nous l’avons dit, l’influence de Léon Say, qui déjà flattait Gambetta, l’homme des Juifs, n’avait pas aidé à la restauration autant qu’il l’eût dû, il n’avait guère gêné les royalistes dans leurs préparatifs ; il n’aurait eu certes ni la volonté ni le pouvoir de faire reconduire le roi légitime à la frontière.

Ajoutons que trois mille zouaves pontificaux, parfaitement organisés et qui pouvaient se rendre à Versailles sans éveiller l’attention, étaient disposés à venir faire au Roi une escorte d’honneur. Un arsenal contenait à Rennes les armes de ces régiments.

Mais cela même eût été inutile. Tout aurait été emporté dans un élan d’enthousiasme, dans un large et irrésistible courant. L’âme française, ne l'oublions pas, ne ressemblait pas alors à ce qu’elle est aujourd’hui. Il y a un monde entre la France d’alors et la France actuelle ; avilie par l’opportunisme, morte à toute pensée grande, pourrie dans les moelles, préoccupée de sales trafics, de pornographie et de scandales. Les formidables événements de la guerre et de la Commune avaient réveillé le patriotisme dans tous les cœurs, purifié les sentiments : on croyait encore au relèvement de la patrie.

Le peuple de Paris, dégoûté des républicains qui avaient égorgé leurs anciens amis, acceptait très bien la restauration. J’ai entendu vingt fois des ouvriers, qui allaient à leur travail ou qui en revenaient, dire philosophiquement : « Qu’ils ramènent leur Chambord et qu’on nous flanque la paix ! »

Le cœur défaillit au comte de Chambord à cette heure suprême : au lieu d’agir en roi et de mander le maréchal de Mac-Mahon, il lui demanda une entrevue.

De ce côté pouvait encore venir l’acte décisif qui eût tout sauvé. Si le Maréchal avait été de la race de ces militaires francs, joviaux et ronds d’autrefois, il aurait parfaitement compris que le comte de Chambord était de ces hommes qu’il faut jeter à l’eau pour les décider à nager : il lui aurait donné rendez-vous ; il l’aurait invité à déjeuner ; il lui aurait fait boire un verre de Champagne à la santé de la France ; il aurait prévenu deux ou trois régiments de cavalerie dont tous les officiers étaient ardemment légitimistes ; puis, brusquement, il aurait montré le souverain aux troupes. Cette fois encore on aurait crié à tue-tête : Vive le Roi !

Le centre droit et le centre gauche auraient eu beau se réunir pour paperasser pendant des heures entières dans des commissions, ils n’auraient rien pu contre le fait accompli. Nous aurions quelques milliards de dettes de moins aujourd’hui, et la France, au lieu d’être un objet de pitié pour les nations, serait redevenue l’arbitre de l’Europe.

Le maréchal de Mac-Mahon n’était ni gai ni franc ; il couvait déjà solitairement je ne sais quel songe de présidence à vie : il refusa de recevoir le Roi.

Dans ce pays, qui était jadis le pays des initiatives hardies, des coups de tête, des bravoures endiablées, nul ne bougea.

Le seul qui eût vraiment le sentiment de sa mission, le héros que la France attendait, le Prince Impérial était trop jeune, et sans doute il se disait en Angleterre : « Si j’étais le comte de Chambord ! »

A partir de cette date on ne trouve plus dans le parti monarchique, pour employer une expression de Saint-Simon, que « cacades, paroles de neige et pistolets de paille ». On retombe dans cette perpétuelle convention qui perd et émascule une époque qui ne demande qu’à être trompée.

On parle de soulèvements, de combats, de Vendée, sur le papier ; on laisse supposer vaguement que l’on conspire, pour flatter l’abonné au moment des renouvellements. Bref, on voit cette chose tout à fait falote, Arthur Meyer s’écriant de temps en temps : « Le Roi vient ! Montjoie-Saint-Denis ! En avant les fils des preux ! »

Le pauvre Roi ne songeait pas à venir ; il s’en allait, au contraire. L’effet que produisit sa mort, attesta une fois de plus la place que tenait dans le monde l’idée qu’il représentait. La postérité, sans accepter les hyperboles des journaux boulevardiers. sera respectueuse pour cette figure ; elle s’expliquera qu’un tel homme n’ait pas eu le courage de régner sur un peuple qui tue les princes qui ne lui ont fait que du bien, et qui adule les tribuns qui l’ont leurré et ruiné.

A des nations chrétiennes, il faut de bons pasteurs de peuples, comme furent si longtemps les Bourbons ; à des pays affolés et exaspérés par les idées révolutionnaires, il faut des belluaires.

Le comte de Chambord n’était pas de cette race, et, tout en encourageant ses partisans dans leurs espérances les plus aventureuses, tout en continuant sans doute de prier pour la France, il s’est peu à peu détaché d’elle. Je dirai presque qu’il s’en est détaché trop : car on eût aimé trouver dans son testament un mot pour tant d’hommes qui avaient défendu sa cause, un remerciement à des écrivains comme ceux de l’Union, un legs, sur 17 millions, pour ces Cercles ouvriers qui sont un si noble essai de socialisme chrétien.


VI


Après avoir laissé passer l’occasion et n’avoir travaillé que très mollement à amener la seule solution possible, les hommes d’État qui dirigeaient si malheureusement le parti conservateur, eurent quelques velléités de réagir au Seize-Mai ; ils auraient réussi, s’ils avaient eu la moindre énergie. Qui ne connaît, hélas ! les conditions ridicules dans lesquelles le combat fut engagé par des êtres pusillanimes qui, après avoir mis leur épingle au jeu sans trop savoir pourquoi, n’étaient préoccupés que de la retirer ?

Des deux chefs du Seize-Mai, le plus disposé à sacrifier sa vie eût été certainement le duc de Broglie ; mais il était gêné par les habitudes d’un tempérament tout littéraire, par cette perpétuelle hésitation d’esprit qui rend les hommes d’une certaine école politique impropres à toute détermination virile.

Fourtou, pur Gascon, vrai capitan de comédie, était, avec plus de rouerie, le modèle du Sulpice Vaudrey de Monsieur le Ministre de Jules Claretie, le provincial corrompu parla vie de Paris : il ne profita de son passage au ministère que pour « s’en fourrer jusque-là ».

Le duc de Broglie était timoré comme un parlementaire, l’autre, poltron comme la lune ; le premier avait peur d’endommager sa doctrine, le second tremblait de compromettre sa peau[33].

Toutes les fois qu’il fallut agir ou qu’on leur proposa d’agir pour eux, les hommes du Seize-Mai reculèrent, comme avaient reculé ceux du Vingt-Quatre-Mai.

Raoul Duval, dont on connaissait l’énergie, aurait consenti, au 24 mai, à se charger du portefeuille de l’Intérieur. Il ne demandait qu’à être autorisé à arrêter six cents individus qui, depuis 1870, avaient commis des délits de droit commun, et qui se promenaient tranquillement, comme Challemel-Lacour, qui n’a jamais payé les cent mille francs auxquels il avait été condamné pour la part prise par lui dans le pillage de l’établissement de Caluire. Les conservateurs, comme toujours, firent passer leur amitié de salons et d’Académie avant l’intérêt public : au lieu de prendre un homme d’action comme Raoul Duval, ils prirent le malheureux Beulé, qui se couvrit d’un tel ridicule qu’il se tua de désespoir.

Le vrai coupable cependant, ce fut le maréchal de Mac-Mahon. Il avait lui-même pris l’initiative du Seize-Mai, que rien ne rendait indispensable à ce moment ; il avait répété sur tous les tons qu’il ne reculerait pas : il refusa d’appeler au ministère de la Guerre le général Ducrot, qui se déclarait prêt à prendre les mesures que nécessiteraient les circonstances.

Le général Ducrot, dans cette triste période de notre histoire, fut le seul en effet qui ait été constamment résolu à se sacrifier, au besoin, pour le salut du pays. Il avait donné, avant 1870, avec autant d’indépendance que de fermeté, des avertissements qui auraient pu conjurer les périls de la guerre. La paix signée, il fit les plus persévérants efforts pour décider les Princes d’Orléans à prêter au Chef de leur Maison un concours loyal et dévoué. La restauration de la Monarchie par l’union des Princes et de leurs partisans était à ses yeux la solution vraiment nationale, garantissant la France contre tous les périls de l’avenir.

Il cherchait à amener à ses idées ses principaux compagnons d’armes. A l’un des plus considérables d’entre eux, très attaché à Napoléon III, il disait souvent :

— Tu ne m’abandonneras pas, si je marche le premier ; je ne t’abandonnerai pas non plus, si les événements te font prendre avant moi l’initiative.

Le comte de Chambord avait placé en lui la plus entière confiance. Le Maréchal le savait. Il se refusa obstinément en 1877 à l’appeler au ministère de la Guerre. « Ducrot ministre de la Guerre, disait-il, c’est le Roi à Paris dans quinze jours. » Tous ces faits sont de notoriété publique.

Au mois de décembre 1877, il ne demandait qu’à agir, en déclarant seulement qu’une fois l’ordre rétabli, il se prononcerait « pour le premier qui serait là ». C’étaient ses propres paroles.

Le Prince Impérial, qui attendait impatiemment de l’autre côté du détroit, serait-il arrivé avant le comte de Chambord ? Je le crois. En tout cas, la France eût été sauvée. Le Maréchal ne voulut pas qu’elle le fût : il obéit à un sentiment de mesquine jalousie envers un compagnon d’armes, en se refusant, soit à appeler le général Ducrot au ministère de la Guerre, soit à résigner ses pouvoirs entre ses mains, puisqu’il ne savait pas agir.

Pour apprécier le rôle véritablement honteux du maréchal de Mac-Mahon, sur lequel pèsera une si lourde responsabilité, si la France succombe sous le gouvernement qu’il a laissé s’établir, il faut lire le Journal de dix ans, de M. Eugène Loudun. Il n’est pas de démarche qu’on n’ait tentée, pas d’offre qu’on n’ait faite, pas d’argument qu’on n’ait employé, pour exciter le Maréchal à agir. Tout fut inutile.

M. Rouher disait à ce sujet à M. Eugène Loudun : « Le Maréchal est une nullité. Vous avez dit qu’il était déconsidéré, méprisé ; je le lui ai dit moi-même il y a quatre ans : « Vous pouvez être Cromwell ou « Monk ; si vous êtes Cromwell, montrez-le, nous verrons si nous devons vous suivre. Il est plus facile et plus digne de vous d’être Monk ; mais si vous n’êtes ni l’un ni l’autre, vous serez méprisé par l’histoire. » Aujourd’hui, il n’a été ni l’un ni l’autre, et il continue à se traîner sans autre idée que de rester où il est. Parfois il est fort ennuyé et même effrayé, et il pleure ; il a pleuré encore en novembre, mais cela ne mène à rien. »

Il me semble nécessaire que, si la France périt, on connaisse le nom de celui qui l’a perdue ; nécessaire aussi qu’on rende hommage à ce pauvre général Ducrot, qui dort là-bas dans un coin de la Nièvre. Deux fois vaincu, le grand patriote n’a pas voulu que tout ce bruit militaire, sonneries de clairons, roulements de tambours, qui avait bercé sa vie héroïque, retentît autour de son cercueil : c’est simplement qu’il s’en est allé attendre, dans un cimetière de village, la justice tardive de l’histoire.

Fourtou, lui, voulut couronner par un acte mémorable cette belle résistance du parti conservateur ; avant de quitter le ministère, il nomma chevalier de la Légion d’honneur le Juif Albert Millaud, auteur d( Madame l'Archiduc et autres opérettes grivoises. Ce fut son testament de Brutus et l’adieu aux affaires du représentant de l’Ordre et de la Religion.


VII


Les Juifs étaient les vrais vainqueurs du Seize-Mai : l’occasion se présenta bientôt pour eux de montrer qu’ils étaient les maîtres chez nous.

Pour la première fois, au congrès de Berlin, la France allait se retrouver en face de l’Europe, qui l’avait si tranquillement laissé mutiler en 1871.

Qui fut chargé de représenter cette revenante ? Un Anglais… Waddington, ce cosmopolite qui rentre dans la catégorie de tous les naturalisés, de tous les Peregrini, de tous les Circulatores que nous rencontrerons dans le cours de ce travail.

Nul dans le pays ne s’étonna du choix de cet Anglais, pas plus qu’on ne s’était étonné du choix de Spuller comme secrétaire général du gouvernement de la Défense nationale. L’abaissement des intelligences était déjà tel à ce moment, qu’on ne prêtait même pas attention à ces énormités.

L’attitude prise par Waddington au congrès ne souleva même que de timides protestations.

La conduite à suivre était toute indiquée : le premier Français venu, intelligent et patriote, l’aurait suivie l'instinct.

La Russie, par l’antagonisme latent qui existe entre elle et l’Allemagne, est sinon notre alliée naturelle, du moins la seule nation sur laquelle nous puissions compter. Le czar Alexandre nous avait rendu un signalé service en 1875, en s’opposant à un retour offensif de l’Allemagne sur nous. Que pouvaient nous faire les conditions du traité de San-Stefano favorables à la Russie ?

On vit cependant cet étrange spectacle d’un ministre des Affaires étrangères, nominalement français, épousant avec un zèle éperdu les intérêts de l’Angleterre, la poussant à prendre Chypre, souriant quand elle annonçait d’avance l'intention de nous chasser de l’Égypte et de s’en emparer.

Pour la France, Waddington ne réclamait qu’une chose… l’émancipation des Juifs de Roumanie.

Braves, artistes, hospitaliers, les Roumains seraient parfaitement heureux, comme les Français, du reste, si les Juifs n’existaient pas.

Le Juif, là, ne constitue pas une maladie fixe, un marais plus ou moins étendu et plus ou moins fétide ; c’est une sorte d’écoulement perpétuel qu’il est impossible d’arrêter. Le grand réservoir du Sémitisme, la Galicie et les provinces Russes limitrophes déversent incessamment là leurs hordes puantes.

Cent fois on a décrit ces Juifs à tire-bouchons, à houppelande crasseuse ornée d’énormes brandebourgs, laissant tomber la vermine partout où ils passent, offrant un danger constant pour la salubrité publique.

Acharnés sur ce malheureux pays, où leur Messie, disent-ils, doit naître de la famille d’Isrolska, les Juifs ont fait de lui ce qu’ils voudraient faire de la France : ils le dévorent, ils le rongent, ils le sucent, ils l’épuisent. Monopolisant la vente des liqueurs fortes, ils attirent à eux, petit à petit, tout l’argent, tous les produits, toutes les propriétés de la contrée.

Dès qu’un fermier a mis le pied dans un cabaret, il est perdu ; tout passe dans l’engrenage : la ferme, le champ, le bétail, les vêtements, l’anneau de mariage, tout ! Abruti par le poison qu’on lui verse, l’infortuné signe un engagement qu’on surcharge et qu’on ne lui représente plus que bien longtemps après, lorsqu’il est hors d’état de payer. Alors le Juif fait saisir, et un compère achète à vil prix le petit domaine du pauvre diable.

Voilà les clients que Waddington donna à la France, la protectrice séculaire des opprimés ; voilà ceux dont il prit la cause en main, à la stupéfaction de M. de Bismark et des autres plénipotentiaires, qui souriaient d’une pitié méprisante à chaque séance où notre ministre remettait la question sur le tapis[34].

Pendant ce temps, la Juiverie exultait, et Crémieux, dans une séance de l’Alliance Israélite, s’écriait sur un ton dithyrambique :


Ma foi est grande devant notre situation aujourd’hui si belle ! Ah ! laissez-moi reporter tout cela à la conduite si noble, si loyale et si pure qu’a tenue à Berlin notre ministre des Affaires étrangères, notre Waddington. (Plusieurs salves d’applaudissements accueillent cette parole de l’orateur.)


Ce mot notre semble indiquer que Waddington est d’origine juive ; à moins que Crémieux n’ait voulu dire par là que le ministre des Affaires étrangères était à eux parce qu’ils l’avaient payé.

Dans un journal anglais, le Statist, un diplomate a tracé au mois d’août 1884 un tableau burlesque et narrant pour nous autres qui avons conservé un cœur français, de ce que fut notre politique extérieure livrée â tous les aventuriers de l’Europe. On se débarrassa peu à peu de tous les hommes de la carrière, pour confier nos intérêts à des Juifs de tous les pays ; quand un diplomate avait par hasard conclu un traité avantageux, on le désavouait, parce qu’il n’avait pas réservé de bénéfices spéciaux à la Juiverie.


En 1880, dit le journal anglais, la France prend en Afrique une attitude militante. Gambetta, préoccupé de ménager l’opinion publique en Italie, expédie à Rome et à Tunis un diplomate de race, rompu aux affaires depuis vingt-cinq ans. Le baron de Billing apaise le ressentiment des Italiens et rapporte un traité excellent. Il est désavoué, parce que les aigrefins de l’opportunisme y trouvaient peu de pépites à ramasser. L’invasion de la Tunisie a lieu, le traité du Bardo est imposé au Bey. A qui confie-t-on le soin de le libeller ? A M. Breard, général de brigade, absolument inconnu, et à M. Roustan, petit agent d’ordre purement commercial.

En Chine, un diplomate fin et habile, M. Bourée, fait un traité aussi avantageux que la convention de Kassar-Saïd rapportée de Tunisie par M. de Billing. Vite la faction opportuniste s’empresse aussi de le désavouer ; et la France se lance dans des négociations absolument bouffonnes, conduites par des médecins de la marine, des commandants d’aviso, des douaniers prussiens. C’est un comble. Ne désespérons pas de voir prochainement Courcel ou Saint-Vallier commander des cuirassés.

Deux ans avant de mourir, Gambetta, éprouvant le besoin de remplir les poches des Israélites plus ou moins allemands ou cosmopolites de son entourage, voulait opérer la conversion de la Dette italienne. Au lieu d’envoyer en mission à Rome un inspecteur général des finances, il invente d’y expédier un pique-assiette de Mme Arnaud (de l’Ariège) un Juif espagnol du nom de Ruiz. On sait l’accueil qui fut fait à ce triste personnage par la Consulta, le marquis Maffei en tête.

A l’apogée de sa carrière, Gambetta désire obtenir une audience de Bismark. Il lance en éclaireur un député algérien, ancien commissionnaire en douane à Marseille, bientôt suivi par un autre député, rapin à ses heures, émetteur de loteries, et marchand d’angéliques de Niort. Le banquier juif Bleichrœder, malgré toute sa bonne volonté. participe à ces ridicules pourparlers, qui échouent misérablement.


Les Juifs avaient Waddington à l’Extérieur ; à l’Intérieur ils eurent Léon Say. Léon Say, qui passe, à tort ou à raison, pour le frère d’Alphonse de Rothschild, est l’homme du roi des Juifs ; il s’honore de porter sa livrée ; il vient chaque matin, comme un commis fidèle, prendre le mot d’ordre chez lui ; il ne fait rien que pour lui, par lui, avec lui. En l’imposant à la République, les Rothschild n’avaient pas seulement la satisfaction d’être absolument les maîtres du marché financier, ils goûtaient la joie orgueilleuse de voir un de leurs employés gouverner en sous-ordre cette France qu’ils ne daignaient pas gouverner eux-mêmes.


VIII


Le vrai maître de la Juiverie en France, en effet, celui dans lequel Israël et la Franc-Maçonnerie mettaient leur plus cher espoir, c’était Gambetta.

En échange du pouvoir, les Juifs demandaient à Gambetta quatre choses :

1° Des affaires à brasser ;

2° La persécution religieuse, l'enlèvement des classes de ce Christ qui les offusquait, la fermeture de ces écoles d’où tant d’hommes illustres étaient sortis et où l’on apprenait aux enfants à devenir de bons Chrétiens et de bons Français ;

3° Une loi de sûreté générale qui permît, au moment opportun, de compléter l’œuvre de la Commune, et, sous prétexte de récidivistes, de vagabonds, de souteneurs, de chasser beaucoup de Français de la terre natale, afin d’installer à leur place tous les Juifs de Russie, d’Allemagne, de Roumanie, qui éprouveraient le besoin de changer de pays ;

4° Enfin, ils demandaient la guerre.

Les affaires, Gambetta en organisa tant qu’on en voulut : il fit le coup de Bône à Guelma, le coup de la fausse conversion avec l’aide de Léon Say ; il décida le rachat des chemins de fer d’intérêt local par l’État, qui fut si fructueux.

C’était la répétition purement et simplement de ce qui s’était fait en Allemagne. Le centre avait réussi, il est vrai, à empêcher le rachat de toutes les lignes au compte de l’Empire ; mais le prince de Bismark avait fait racheter, pour le compte de la Prusse, un certain nombre de lignes, et les Juifs, sur une opération de douze cents millions, avaient réalisé au moins cinq cents millions de bénéfice. Ils avaient agi comme on devait plus tard agir en France : prévenus d’avance, ils avaient fait tomber les actions, les avaient accaparées, et s’étaient fait rembourser au taux de l’émission.

Tout cela, pour les Juifs, était broutille.

Ils aiment, on le sait, parler par paraboles, par figures que les initiés comprennent à demi-mot. Quelques mois avant la guerre de 1870, vous ne causiez pas avec deux personnes un peu mêlées au mouvement qui se préparait, sans qu’on parlât de détourner le cours du Nil. Détourner le cours du Nil, c’était faire passer l’influence de la France à l’Allemagne. A partir de 1872, il était question de la grande affaire. Les riches en devisaient à l’Opéra ou au cercle. Les plus besoigneux d’Israël, en prenant une demi-tasse, laissaient entendre que les temps étaient proches, et qu’eux aussi allaient avoir des châteaux, des hôtels et des chasses.

Grande affaire, en effet, et si grande, qu’aucun événement de l’histoire n’aurait eu un pareil retentissement.

Les milliards que les malheureux Français avaient versés sans compter pour le budget de la guerre, avaient été gaspillés ; on avait tout fait pour semer la division et la haine dans les cœurs ; l’armée avait été savamment désorganisée, rien n’était prêt, on le vit bien quand Farre, pour envoyer un régiment en Tunisie, dut prendre des hommes à Brives, des chevaux à Perpignan, des selles à Versailles[35].

Mettez cette désorganisation en face de la redoutable organisation de l’Allemagne, et vous devinez le résultat. On aurait eu à peine le temps de faire le petit emprunt, et l’ennemi était sur nous, nous serrant à la gorge, tandis qu’un duc de Frigolet ou un Thibaudin quelconque aurait essayé de mettre en branle cette formidable machine de la mobilisation qu’il faudrait un Napoléon pour manier.

C’était l’écrasement, c’est-à-dire, dix milliards de rançon.

Comment les payer ? Le Juif était là. Il se chargeait, pour le compte de l’Allemagne, d’avancer une partie de la somme ; seulement, la rentrée, on le comprend, ne pouvant se faire en un jour ; il aurait pris en quelque sorte le pays en régie pour le compte du vainqueur ; il aurait réalisé son rêve d’être le maître, au moins momentané, de cette Terre promise qui l’avait si longtemps rejeté hors de ses frontières, de tenir la France à la glèbe. Percepteur nécessaire à l’Allemagne, il aurait exercé une sorte de royauté, peut-être obtenu pour Rothschild le titre de Vice-Roi. Alors tous les Juifs, petits et grands, seraient venus s’asseoir au foyer, non plus par milliers, mais par centaines de milliers.

Les Français vraiment dignes de ce nom se seraient dispersés à travers le monde, comme les Israélites après la destruction du Temple, ou les Polonais après la défaite de Kosciusko.

La masse serait restée, travaillant sous le bâton, pendant que le Juif aurait chassé, écouté les opéras de Meyerbeer ou les opérettes jouées par Judic.

Cette opération prodigieuse, Gambetta ne put la réussir.

Qui sauva la France, menée par une bande d’intrigants et d’exploiteurs, trompée, bernée, mystifiée de toutes les façons ?

Ce fut simplement cet instinct vital auquel la France avait déjà dû son salut tant de fois.

Elle laissa tout dire, tout oser ; elle cria aux gens qui la gouvernaient : « Pillez, volez, trafiquez de tout ; » mais à toute velléité de guerre elle opposa une force d’inertie, sourde, obstinée, inébranlable, sur laquelle rien ne put mordre.

En vain Gambetta poussa à la ridicule manifestation de Dulcigno, comme si la France, à laquelle on avait arraché Strasbourg, avait un intérêt, un motif quelconque d’enlever une ville à ces braves Monténégrins pour la donner aux Grecs ; en vain il excita la Grèce à la guerre, et lui donna un gage de notre intention de la soutenir en organisant la ridicule mission Thomassin ; en vain il alla tenir des discours belliqueux à Cherbourg : personne ne bougea.

Ni la France par des fanfaronnades ridicules, ni l’Allemagne par des insolences ne firent le jeu de l’homme des Juifs.


IX


Il convient de s’arrêter ici sur l'attitude prise par le prince de Bismark vis-à-vis de la France. Nous pouvons dès à présent la juger telle que la jugera l’avenir, dont le Chancelier paraît s’être surtout préoccupé.

Le Chancelier de fer eut, en 1875, la pensée de se ruer sur nous. A son point de vue, avait-il tort ? Il se produisait alors, nous l’avons dit, une véritable tentative de relèvement. La terrible leçon semblait avoir porté ses fruits. On apercevait chez les nouvelles générations, qu’elles fussent bonapartistes ou royalistes, de l’ardeur, de l’élan, du dévouement. Ces jeunes officiers qui avaient appris le chemin des sanctuaires, ces vieux aumôniers qui réunissaient autour d'eux des soldats qui leur parlaient à la fois de leurs devoirs envers Dieu et envers la Patrie, ce retour vers les immortels souvenirs de la France chrétienne, tout cela inquiétait à bon droit l’étranger, et semblait annoncer que la grande nation allait redevenir elle-même.

Dès que rien ne fut plus à craindre et que le triomphe de Gambetta et des Juifs eut jeté la France en pleine décomposition sociale et militaire, le prince de Bismark cessa de nous menacer, et ne paraît pas même avoir voulu profiter de trop faciles avantages.

Ce qui est certain, c’est que sa conduite fut très nette. Nul ne pourra prétendre que l’homme d’État allemand ait trompé la France ; il lui a dit constamment la vérité. Lors du procès d’Arnim, il rendait publiques des lettres dans lesquelles il déclarait que la République était le gouvernement qui faisait le mieux les affaires de l'Allemagne. Une autre fois, il reconnaissait que la seule force qui existait encore en France était dans les croyances religieuses. En 1883, au moment de la divulgation de la triple alliance entre l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie, les journaux officieux allemands proclamaient nettement que « la République, en rendant la France incapable de se réorganiser, était la meilleure garantie de la paix européenne ».

Dans les plus petits détails, l’Allemagne apporte cette franchise brutale, grossière, mais réelle.

En constatant sur un ton méprisant le dégoût que les officiers allemands éprouvent à se trouver en rapport avec Thibaudin, l’homme qui a manqué à sa parole, les Grenzboten, la Revue officielle du Chancelier, disaient crûment :


L’Allemagne ne peut que souhaiter de voir le général Thibaudin conserver le plus lontemps possible le portefeuille de la guerre.

De même, en effet, que le maintien de la République en France est la meilleure garantie de la paix européenne, de même un homme d’un passé tel que celui du général Thibaudin doit exercer sur l’armée française, — où, en raison des dissentiments politiques entre les officiers, la cohésion n’est sauvegardée que par les idées de devoir et d’honneur, — une action complètement dissolvante.


La France, encore une fois, n’a pas été trompée, elle a été libre de se sauver elle-même[36]. Elle a pu avoir à sa tête, au lieu de tous les ignobles drôles qui la déshonorent et la pillent, le plus honnête des hommes et le plus noble des rois, elle n’a pas voulu ; elle aussi a réclamé Barabbas.

Devant les provocations incessantes de Gambetta, qu’il était facile d’accepter de façon à rendre une guerre inévitable, l’hôte de Varzin, sous les hêtres centenaires à l’abri desquels il va si souvent demander le calme des méditations, dut certainement considérer longtemps les cinq ou six hypothèses probables.

La France pouvait avoir un réveil comme elle en eut un avec Jeanne d’Arc, se relever brusquement au moment d’expirer, rejeter violemment les traîtres qui l’avaient fait rouler si bas, appeler le Roi à son secours et gagner une suprême bataille.

L’Europe pouvait s’opposer à une destruction totale et exiger qu’il y eût une France. Quelque réduite qu’elle eût été, cette nation éclairée enfin, reconnaissant les auteurs de ses maux, ayant une même foi et une même pensée, était plus dangereuse que cette masse énorme, accessible à tout venant, flottant à tout vent, dirigée par quelques vulgaires tripoteurs, où nul lien n’est plus là pour réunir les citoyens en un faisceau serré, où les secrets d’État sont les secrets de tous les Polichinelles de la Chambre, de la Bourse ou de la rue.

Une France mise à la chaîne des Juifs pour payer la rançon offrait un autre danger ; et Bismarck, qui, après le Culturkampf, avait trouvé après tout qu’il était moins humiliant d’aller à Canossa qu’à Jérusalem, ne se souciait pas de donner à cette race envahissante et malfaisante une si formidable puissance.

Si les Polonais errants avaient troublé l’Europe, qui avait si bassement laissé égorger la nation qui l’avait sauvée tant de fois, quels germes d’agitation ne porteraient pas partout les Français désormais sans patrie ?


X


Tous ces motifs, sans doute, décidèrent Bismark. La grande affaire ne passa pas du domaine du rêve dans celui de la réalité.

Avec la Ligue des Patriotes, Gambetta tenta un suprême effort pour procurer à son pays d’adoption cette guerre, qui aurait eu probablement pour résultat de le faire disparaître de la carte de l’Europe.

Par qui ? pour qui ? Telle est l’interrogation qu’on doit se poser devant tout fait important.

Décomposons donc l’incident de la rue Saint-Marc, et voyons bien ce qui est en cause. Une fête d’adieu est organisée par la Société de gymnastique allemande. En l’honneur de qui ? Une circulaire signée Eugène Wolff nous apprend que c’est en l’honneur des sieurs Jul. Gras et A. Cohen. Le président de cette Société est le Dr Mayer. Par un étonnant hasard, un exemplaire de cette circulaire s’égare. Il est porté à un membre de la Ligue des Patriotes qui s’appelle comment ? Mayer, — absolument comme le président de la Société allemande.

Là-dessus, qui prend feu ? C’est le journal du Juif Veil Picard, confident du Juif Gambetta.

Tout se passe donc absolument entre Juifs, et la vie de milliers de Berrichons, de Bretons, de Poitevins, de Bourguignons, se joue sur une carte, dans une arriére-boutique voisine de la Bourse, entre quelques Israélites. Il est convenu que le premier Mayer fera l’insulteur, et que le second Mayer fera l’insulté, qui bondit au nom de sa mère la France.

Pour faire réussir le coup, il faut trouver un imbécile de bonne foi : Déroulède est là. Il est absolument incapable, j’en suis convaincu, d’avoir reçu quoi que ce soit pour jouer le rôle de l’agent provocateur. C’est simplement un type bien actuel, l’homme affolé de réclames, ayant le besoin d’être toujours en scène. Il s’est fait une sorte de profession de son bruyant patriotisme ; c’est dans ce rôle que le Paris des premières est habitué à le voir, et il ne peut plus dépouiller ce personnage. Il est patriote à la ville, à la campagne, le matin, le soir, aux Variétés et aux Bouffes. Au Salon, à côté de vieux soldats qui ont vingt campagnes, dix blessures, il se fait peindre par Neuville, la capote enroulée autour du corps, portant dans des étuis de cuir toutes sortes d’instruments, des cartouches, des lorgnettes, un revolver.

Sans doute, si l’on pouvait enfermer deux ou trois heures ce vaniteux dangereux, s’il pouvait se recueillir dans cet isolement qui pèse à ces natures comme le silence du tombeau, il serait effrayé lui-même du danger qu’il a fait courir à son pays ; il écouterait celui qui lui dirait : « Voyons, vous êtes un Français, un Chrétien ; et, pour procurer une affaire aux Juifs, vous allez faire tuer des milliers d’êtres qui ont des mères, des femmes, des enfants. Vous savez que rien n’est prêt, que les concussionnaires et les malversateurs de la Chambre ont gaspillé les milliards que nous avions fournis pour la réorganisation de l’armée. Laisant, un homme de votre parti, vous a prouvé que l’effectif de nos régiments était ridicule ; vous avez vu Farre à l’œuvre, même dans une affaire où toute la Juiverie était intéressée : restez tranquille ; n’associez pas votre nom à la ruine de votre pays. »

Malheureusement, Déroulède n’avait probablement jamais trouvé personne pour lui parler ainsi, lorsqu’il entreprit sa campagne de la rue Saint-Marc.

Cette équipée, qui ne fut que ridicule, aurait pu être dangereuse, si l’Allemagne, pour des raisons que nous avons déduites, n’avait pas été résolue à la paix ; si Paris, devinant d’instinct, sans savoir au juste la vérité, les spéculations cachées là-dessous, ne fût resté profondément indifférent.

L’Allemagne n’eut point seulement du bon sens, elle eut de l’esprit, ce qui est assez rare chez elle. Maîtresse des municipalités pleines de Juifs d’outre-Rhin, qui, ainsi que nous l’avons dit, se donnent pour Alsaciens, elle fit organiser, quelques jours après la démonstration Déroulède, un grand banquet pour célébrer l’anniversaire de Sedan.

Supposez que Déroulède, au lieu d’être un poseur et un fanfaron de patriotisme, eût eu vraiment au cœur les sentiments d’un patriote, l’amour profond et sincère de son pays, quelle belle occasion s’offrait à lui d’intervenir, de rappeler à la pudeur ces banqueteurs éhontés ! Imaginez un orateur à la parole ardente et chaude, allant trouver des ouvriers, des bourgeois, d’anciens soldats, et leur disant : « Souffrirez-vous que. l’on commémore par des ripailles un semblable anniversaire ? que l’on choisisse, pour s’enivrer, le jour où la France a été si douloureusement frappée ? »

Ces hommes auraient compris. On se serait rué sur les noceurs, on aurait renversé les nappes, Floquet aurait achevé sa digestion dans l’égout, et, secoué par la tourmente, l’adjoint Winckam, l’expulseur des Sœurs de Charité, un nom bien français encore celui-là, par parenthèse, aurait cassé tous ses bandages.

Tandis que le Mayer de la Société de gymnastique allemande insultait ou n’insultait pas, on n’a jamais su au juste la vérité ; que le Mayer de la Ligue des Patriotes s’indignait ; qu’un troisième Meyer, le Meyer du Gaulois, parlait vaguement de l’honneur du drapeau français et déclarait qu’il n’y laisserait pas toucher, un quatrième Mayer, celui de la Lanterne, entrait en scène. Il fit ressortir l’étonnant ridicule dont s’était couvert Déroulède.

Ce dernier Mayer, précisément, n’eut pas de chance, pour une fois qu’il avait été honnête. Le poète l’alla souffleter ; et, comme de tous les abbés du monde, l’abbé que les Juifs aiment le moins est encore l’abbé de l’Épée, on dut porter le soufflet devant les tribunaux, qui condamnèrent Déroulède à vingt-cinq francs d’amende ; — ce qui parut bien léger à ceux qui avaient entendu le soufflet, et parut au contraire exorbitant à ceux qui connaissaient le personnage qui l’avait reçu.

Un bonheur ne vient jamais seul. La France, qui venait d’échapper à une guerre qui aurait été sa ruine, fut mise définitivement, quelque temps après, à l’abri d’une nouvelle tentative de ce genre. Le jour même où l’année 1882 finissait, il s’éleva, du côté de Ville d’Avray, un peu de cette poussière que l’Apostat avait lancée vers le ciel dans les plaines de la Perse, en s’écriant : « Tu as vaincu, Galiléen ! » Dieu avait touché Gambetta du doigt, et ce puissant s’était écroulé, comme ses pareils, dans un drame resté mystérieux. Quomodo cecidit potens ?


XI


Derrière le convoi des Romains illustres, marchait un esclave vêtu comme le défunt, chargé de parodier ses gestes, ses attitudes, son port de tête. C’était l’Archimime, acteur funèbre et comique à la fois. comme une figure de Danse macabre se promenant dans un Carnaval, comme un masque de Mardi gras qui gambaderait dans un cimetière.

Ferry fut l’Archimime de Gambetta : il fut un second lui-même, mais avec cette différence qui sépare le valet du maître ; il plut ainsi à l’Union républicaine, et tranquillisa presque le pays.

Plus Franc-Maçon encore que Juif, au contraire de Gambetta, qui était plus Juif que Franc-Maçon, il était l’exécuteur prédestiné des œuvres infâmes de l’intérieur ; mais sa bassesse ne se hausse point à des coups comme l’organisation d’une guerre européenne : il n’a point les reins pour pousser cela, et ses côtés de pleutre rassuraient ceux qu’effrayait son sans-gène de drôle.

Sans doute, il est féroce contre tout ce qui est faible, et volontiers implacable contre tout ce qui est noble et généreux ; mais, au demeurant, c’est plutôt l’homme de la boue que l’homme du sang, et la France en était à regarder cela comme un bien.

A partir de ce moment, semblable au Rhin, qui n’est plus qu’un ruisseau quand il arrive à la mer, l’histoire de France n’est plus guère que l’histoire des Ferry, et l’histoire des Ferry elle-même n’est guère que l’histoire de la Banque Franco-Égyptienne.

C’est Charles Ferry qui se charge de centraliser tout et de servir de raison sociale. Ancien courtier en fleurs et plumes avant d’être employé chez Watel, il avait eu tout jeune la vocation du commerce. Jadis il était chargé de négocier sur les quais les livres qu’on envoyait à son frère ; ce qui n’est pas un crime, mais n’indique pas une situation de fortune bien florissante.

Aujourd’hui, M. Charles Ferry est vingt fois millionnaire.

Avec Marc Lévy-Crémieu, Charles Ferry organise toutes les opérations de la Banque Franco-Égyptienne.

Ce Lévy-Crémieu, fort estimé en Israël, car il était tout chargé des dépouilles des goym, fut le véritable ministre des finances de l’opportunisme. Maître des secrets de l’État, connaissant tous les événements à l’avance, il réalisa en quelques années d’énormes bénéfices. D’accord avec Challemel-Lacour, il avait entrepris, dans la République française, la campagne à la baisse contre les obligations tunisiennes. Il fut avec Lebaudy. derrière lequel étaient les Rothschild, l’organisateur du Krach de 1882, que le gouvernement facilita de tout son pouvoir. Enfin, c’est lui qui négocia, avec Tirard et Dugué de la Fauconnerie, l’opération de la conversion du 5 0/0 en 4 1/2.

Il avait débuté à Marseille dans le commerce des toiles ; puis il s’était établi coulissier à Paris, et avait fait faillite. Au moment de sa mort, à la fin de janvier 1886, il laissa quinze millions et des propriétés partout : dans la Nièvre, en Seine-et Marne, en Seine-et-Oise.

Le Gaulois consacra à cet homme de bien un article où débordait l’admiration pour cet écumeur de Bourse qui avait passé sa vie à accumuler les deuils et les ruines autour de lui[37].

Quant à la Banque Franco-Égyptienne, c’est une de ces immenses machines juives qu’il faudrait démonter et analyser pièce à pièce, pour se rendre compte de la situation économique, non-seulement de la France, mais du monde entier.

La grande affaire de la Banque Franco-Égyptienne, ce sont les Syndicats, les agiotages, les coups de Bourse entrepris d’accord et en participation avec les hommes du gouvernement.

L’expédition du Tonkin fut une opération de ce genre.

Nous sommes allés au Tonkin pour faire une affaire. Toute la famille Ferry prend part à la curée. C’est Bavier-Chauffour, cousin de Jules Ferry et qui a épousé une nièce de Floquet, qui est chargé d’aller représenter dans l'Extrême-Orient les intérêts de toute la tribu[38]

L’exemple des hommes du gouvernement excite chacun. A la première nouvelle qu’un traité a été conclu, nous apprenons qu’un groupe de négociants et de financiers, en tête duquel figurent naturellement des Juifs, les Gunzburg, les Ulmann, les Ernest Lévy, s’est réuni au local des Chambres syndicales, rue de Lancry, pour y jeter, comme dit le Gaulois, « les premiers jalons d’une organisation au Tonkin ».


XII


Nous n’avons pas à revenir sur les invraisemblables détails de cette guerre du Tonkin, commencée sans qu’on ait jamais dit pourquoi et poursuivie pendant si longtemps sans avoir été déclarée. On ne comprend rien à la façon dont les choses ont été menées ; il semble que cette politique incohérente doive cacher toutes sortes d’infamies secrètes et que l’avenir seul mettra en lumière.

Tout le monde se mêle des négociations, excepté ceux que cela regarde. On désavoue et l’on disgracie M. Bourée, qui avait obtenu, avant le commencement de toute hostilité, plus que le traité de Tien-Tsin ne nous donnait après tant d’hommes sacrifiés, et l’on charge un officier de marine de négocier sur les bases qu’on a refusé d’accepter. Le Times publie ce traité singulier, et l’on s’aperçoit qu’il contient précisément tout le contraire de ce que M. Jules Ferry prétendait y trouver.

L’inepte Millot fait égorger nos soldats à Bac-Lé, faute d’avoir pris les plus élémentaires précautions. Jules Ferry s’écrie solennellement : « Ces choses-là se payent ! » et, après avoir réclamé deux cents millions, il fait conclure par un Anglais un traité où il n’est pas question de la moindre indemnité et par lequel nous abandonnons les îles Pescadores, le seul point qui nous fût utile dans ces parages, le seul où nous gênions les Anglais.

Pendant ce temps les Français meurent par milliers sous les balles, du typhus, du choléra, du climat ; les hôpitaux sont pleins de malades et vides de médicaments.

L’esprit reste confondu quand on songe que toutes ces extravagances sont de l’histoire, que des hommes sont réellement morts par la volonté de pareils fantoches, qu’une Assemblée a approuvé tout cela. Rien peut-être ne donne mieux l’idée de l’endurance de la pauvre humanité, la façon dont elle subit tout.

Sous l’émotion causée par la nouvelle du désastre de Lang-Son, cette société, brusquement réveillée, se montra telle qu’elle est, comme une de ces vieilles qu’on a rencontrées une heure avant, élégantes encore sous le fard, et qui, aux cris : « Au feu ! » se précipitent dans un escalier et se révèlent ce qu’elles sont réellement, horribles à voir, ridées partout comme de vieilles pommes, cadavéreuses.

Le Paris qu’on aperçut à ce moment, nous offre l’image navrante de ce que serait la capitale après une première défaite, même insignifiante, dans une guerre avec l’Allemagne. Il n’y a plus d’autorité, plus de gouvernement ; il n’y a plus rien : tout est par terre.

Un seul mot de vérité suffit à frapper à mort cet opportunisme qui avait constamment vécu par le mensonge, qui avait érigé l’imposture en système.

Cette vérité, comment Ferry l’a-t-il dite ? Pourquoi ne cacha-t-il pas cette dépêche comme il avait caché les précédentes ? Il eut peur. Cet avocat sinistre est obsédé, comme par un fantôme, de l’idée fixe qu’il tombera un jour vivant entre les mains du peuple et qu’il payera tout le mal qu’il a fait. Au reçu de la dépêche il se crut perdu, et il lâcha tout.

Les masses semblent, ce jour-là, avoir été désarmées par le dégoût. C’est dans ces heures nerveuses, où tout le mouvement de la cité est sur le Forum ; où journalistes, compositeurs, mécaniciens, brocheuses, marchandes de journaux, causent pêle-mêle au milieu des imprimeries, que l’on voit combien le peuple a conserve de beaux côtés. Il a l’intuition soudaine des vraies responsabilités. Les ouvriers n’avaient pas lu le Times, qui constatait que c’étaient les Rothschild qui s’étaient chargés de l’emprunt chinois et avaient fourni ainsi des armes contre nous. Spontanément cependant, des groupes se forment, des onze heures du matin, à l’angle de la rue Laffitte et de la rue Lafayette. On s’indigne, on discute bruyamment, on crie : « Chez Rothschild ! chez Rothschild ! »

« Heureusement, dit le Gaulois, d’autres personnes interviennent et dissuadent la foule de mettre ce projet à exécution. »

Sans partager l’opinion du journal juif, il faut noter cette manifestation presque instinctive qui est comme le cri de la conscience publique, un moment lucide, et que les journaux endorment bien vite.

Quel foyer de patriotisme existe encore chez ce peuple, qui ne lit que des journaux où l’on déclare que la Patrie n’est qu’un vain mot ! Comme ces prolétaires communient vraiment par la pensée avec nos infortunés soldats perdus à des milliers de lieues de la France, entourés de hordes innombrables, noyés dans des flots de Barbares ! De quelle voix poignante on interroge les journalistes qu’on s’imagine savoir quelque chose !

Je vois encore, avec ses taches de rousseur et ses yeux gris, bons et tristes, une humble ouvrière, un de ces êtres souffreteux, mal vêtus, battus par le mari, mangeant à peine pour donner leur part aux enfants. De quel accent plein d’angoisse elle disait : « On a abandonné le trésor de l’armée : quel malheur ! Savez-vous au moins si l’on a sauvé les drapeaux ? »

Le trésor de l’armée ? Qu’est-ce que cela pouvait lui faire à cette pauvre femme, qui avait peut-être quarante sous dans son porte-monnaie crasseux pour passer la semaine ? et notre cœur se serrait, malgré tout, lorsqu’elle nous répétait : « Savez-vous si l’on a sauvé les drapeaux ? »

Les drapeaux ! Ce qu’on appelle la haute société s’en moquait pas mal. Une véritable fièvre de fête et de bals coïncida avec la nouvelle des malheurs qui frappaient la Patrie.

Tous les financiers accourent chez Gaillard, qui trouvait l’instant opportun pour donner un bal masqué dans un hôtel qu’il avait eu la pensée bizarre de faire construire sur le plan même du château de Blois.

Les Juifs ouvrent leurs salons à deux battants. Grand bal chez la baronne de Hirsch, qui, pour célébrer sans doute la victoire des Célestes, a placé une guirlande de laurier dans ses cheveux.

« La duchesse de Bisaccia est en toilette de brocart ramage d’or et d’argent. Duchesse de Maillé en lampas Renaissance.

« Mme Henry Schneider : ravissante toilette Empire en crêpe blanc à longue ceinture de rubans coquelicot.

« Mme Salomon Goldscmidt : robe de lampas lilas, le devant tout brodé de perles fines, avec de grands revers et corsage de velours violine. »

Tous les Rothschild sont sur le pont. Le bal de la baronne Adolphe est plus sélect, mais celui de la baronne Salomon est plus brillant. Toute l’aristocratie défile dans l’hôtel de la rue Berryer. L’énumération des grands seigneurs et des grandes dames qui s’amusent pendant qu’on meurt là-bas, tient deux colonnes dans les journaux bien informés.

Lang-Son, en effet, avait été une aubaine inattendue pour les Juifs, et la Bourse avait retrouvé l’animation des grands jours de panique.

Au milieu de toutes ces hontes se détache seule la glorieuse et pure figure de l’amiral Courbet. Ce stoïque qui, esclave du devoir, sacrifie sa vie pour obéir aux ordres d’hommes qu’il méprise profondément, semble comme l’incarnation de la France militaire ; ce grand Chrétien qui porte au cou, comme le dernier de ses matelots, la médaille bénite de la Sainte Vierge, apparaît comme la vivante antithèse du Franc-Maçon persécuteur et tripoteur personnifié dans Ferry.

La Juiverie ne regretta que médiocrement l’opportunisme : elle en avait tiré tout ce qu’elle en pouvait tirer. Les conventions avec les Compagnies de chemins de fer, que le Juif Raynal avait fait voter, avaient mis la France en gage chez les Juifs. La loi nouvelle substitua les Juifs à l’État, leur tailla un immense fief économique en pleine terre française, en fit nos maîtres, non plus de fait, mais grâce à un titre authentique,


XIII


Le Juif nous coûte cher ! c’est la pensée qui, je crois, viendra à chacun après m’avoir lu.

Nous voici arrivés, en effet, à la fin de ce tableau, incomplet forcément mais exact, pensons-nous, dans ses lignes essentielles, qui montre le rôle du Juif en France.

Ceux qui nous ont suivi à travers tant d’années et tant d’événements, ont déjà, sans nul doute, formulé la conclusion qui convient et qui se résume dans cet axiome : « Quand le Juif monte, la France baisse ; quand le Juif baisse, la France monte. »

Jusqu’au quatorzième siècle, comme le reconnaît M. Albert Kohn, les Juifs sont 800,000 en France ; ils ne rendent aucun service, et, à force d’intrigues et d’usures, obligent les propriétaires du sol à les chasser : à partir de cette époque, la prospérité de la France prend un développement magnifique. Ils rentrent derrière la Franc-Maçonnerie, en 1790, et parviennent à être les maîtres absolus d’un pays qu’ils ont détaché peu à peu, avec une astuce prodigieuse, de toutes les traditions qui faisaient sa grandeur et sa force.

Qu’en résulte-t-il ?

Le côté frappant de cette situation, c’est l’impuissance absolue du Juif à faire quoi que ce soit d’un pouvoir qu’il a conquis avec une incontestable habileté, sur des êtres faciles à tromper par des mots. Avec le Sémite, tout part de la Bourse, tout revient à la Bourse, toute action se résume en une spéculation.

« Fondez des sociétés financières ! » Telle est la première maxime politique du Juif. « Crucifiez de nouveau le Christ ! persécutez ceux qui l’adorent ! » Telle est la seconde maxime.

Il est clair qu’une telle conception, appliquée à un grand État chrétien, ne peut aboutir qu’à la situation où nous sommes, à ce chaos que le Talmud (traité Hagguiyah) appelle le Tohou-va-bohou

Notre malheureux pays aurait-il une chance d’échapper à cet effondrement ?

Oui, sans doute, si les opprimés s’entendaient pour réagir contre le Juif, qui est l’ennemi commun[39].

Sur qui pèse le plus durement le régime actuel ? Sur l’ouvrier révolutionnaire et sur le conservateur chrétien : l’un est atteint dans ses intérêts vitaux ; l’autre est blessé dans ses croyance les plus chères.

Pour l’ouvrier, la Révolution sociale est une nécessité absolue. Convaincu désormais qu’il n’y a rien au delà de la terre, pliant sous le poids d’une exploitation que les exigences du capital rendent de plus en plus rude, il se regarde comme un déshérité de la vie ; il veut posséder l’outillage industriel, comme le paysan, avant 89, voulait posséder la terre : il réclame la socialisation, l’expropriation à son profit des instruments de travail.

Tous les raisonnements que l’on tente d’opposer à ces revendications, peuvent être excellents, mais n’offrent, hélas ! qu’une valeur toute philosophique et littéraire. Au fond, dans ces questions, le Bien, le Mal n’ont qu’une signification de convention. En 1792, beaucoup de braves gens possédaient des champs, des bois, des maisons, qui n’avaient rien de féodal, qui leur venaient le plus légitimement du monde par héritage, qui étaient le fruit de l’épargne de cinq ou six générations, qui leur appartenaient au même titre que ma montre m’appartient. On a guillotiné les propriétaires et on a pris les biens.

Dès 1817 ou 1818, quand la Restauration eut passé là-dessus, la spoliation fut un fait acquis ; les anciens possesseurs saluaient parfois au passage ceux qui les avaient dépouillés.

Aujourd’hui, des conservateurs, des Chrétiens, jouissent, sans aucun remords, du résultat du vol de leurs grands-pères, et en font parfois un très louable usage. Un monsieur qui posséderait cinq cent mille livres de rente en terres provenant de l’achat de Biens nationaux, serait infiniment mieux reçu dans le faubourg Saint-Germain qu’un monsieur dont l’aîeul aurait refusé d’acheter de ces biens, et qui, tout en appartenant à une famille sans tache, n’aurait que vingt-cinq centimes dans sa poche.

Il s’agit donc de savoir, non pas tant si les ouvriers ont raison de se proposer ce but, que de voir s’ils ont chance de l’atteindre dans les conditions actuelles. Je suis convaincu, pour ma part, qu’ils ne réussiront pas ; ils mettront très facilement la main sur Paris, mais ils ne pourront se saisir de la France.

Les difficultés qui arrêteront les ouvriers, ne sont pas par elles-mêmes très considérables, mais elles suffiront à faire échouer leur entreprise.

En 1792, les paysans étaient sur le sol ; ils n’ont fait qu’en prendre possession d’une manière définitive, et comme le blé, le vin, les fourrages, sont des productions de première nécessité, ils n’ont eu qu’à continuer ce qu’ils faisaient auparavant, en devenant simplement de fermiers propriétaires.

Les ouvriers sont également dans l’usine. Ils comptent, dès à présent, parmi eux, des hommes assez intelligents, des contre-maîtres assez habiles pour faire tout fonctionner, de façon à ce que la disparition du patron ne s’aperçoive même pas.

Malheureusement pour eux, une révolution comme celle-là arrêtera net toutes les fabriques ; et, dans cet intervalle, la bourgeoisie se ralliera, trouvera un général qui noiera dans le sang la révolution prolétarienne.

Si la bourgeoisie française ne fait pas cela, l'Allemagne le fera pour elle, saisira cette occasion d’intervenir, et sera soutenue par la bourgeoisie épouvantée.


XIV


Ce but, que poursuivent les ouvriers, et qu’ils n'ont pas tort de poursuivre à leur point de vue, ne pourrait-il pas être atteint pacifiquement ?

Pourquoi un prince chrétien, un chef aux conceptions fermes et larges, qui, au lieu de voir les questions à travers des lieux communs, les regarderait en face, ne confisquerait-il pas les biens juifs ? pourquoi, avec les ressources ainsi créées, ne permettrait-il pas aux ouvriers d’expérimenter leurs théories sur l’exploitation collective et directe des usines et des établissements industriels ? La plupart des propriétaires se prêteraient très volontiers à cette expropriation à l’amiable, dès qu’ils seraient convenablement indemnisés. On pourrait juger, par les résultats, des avantages et des inconvénients que présentent, avec leur constitution différente, les syndicats ouvriers purement laïques, et les syndicats formés sur le modèle des Cercles catholiques ouvriers.

Il importe, dans de tels sujets, de ne pas se faire d’illusion, et de prévoir sur quoi l’on peut compter.

Les Juifs possèdent la moitié du capital circulant sur la terre ; or la fortune de la France, qui paye un budget de près de quatre milliards[40], peut être évaluée à cent cinquante milliards, sur lesquels les Juifs possèdent bien quatre-vingts milliards. J’estime cependant qu’avec les ménagements obligés, avec la facilité de dénaturer les valeurs[41], une opération comme celle-là ne produirait pas immédiatement plus de dix à quinze milliards, et j’accepte le chiffre de dix comme minimum.

Avec cinq ou six milliards comptant, on exproprierait certainement assez d’usines, sans léser personne, encore une fois, pour permettre aux ouvriers d’expérimenter leurs doctrines sociales dans des conditions d’autant meilleures, qu’aucune révolution violente n’ayant eu lieu, aucun chômage ne se produirait.

Tout ceci — je ne crains pas d’insister sur ce point — s’accomplirait sans secousses, sans effusion de sang, par simples décrets en quelque sorte, sans plonger le pays dans une de ces crises dont profite l’étranger. L’administration des Biens juifs confisqués fonctionnerait comme a fonctionné l’administration des Biens nationaux ; et je ne vois pas trop comment on attaquerait la légitimité de cet acte, puisque aucun des Manuels qu’on met entre les mains de la jeunesse ne hasarde un blâme contre les confiscations révolutionnaires.

L’avantage même, si l’on comparait, serait pour la transmission de propriété que nous proposons. Nul ne contestera sérieusement, en effet, que la richesse juive n’ait, comme nous l’avons dit, un caractère spécial : elle est essentiellement parasitaire et usuraire ; elle n’est point le fruit du travail économisé d’innombrables générations, mais le résultat de l’agiotage et du vol ; elle n’est point créée par le travail, mais soutirée, avec une adresse merveilleuse, de la poche des travailleurs réels, par des sociétés financières qui ont enrichi leurs fondateurs en ruinant leurs actionnaires.

Ne voyons-nous pas d’ailleurs tous les jours les journaux juifs et en même temps des gens qu’on proclame volontiers purs de tout trafic pécuniaire, comme M. Brisson, se déclarer partisans de la confiscation des biens de ces congrégations dont chaque membre a bien l’un dans l’autre pour sa part cinq cents francs par an ? En quoi l’abbaye des Vaux de Cernay, qui est la propriété de Mme de Rothschild, serait-elle plus respectable qu’une abbaye où des religieux élèvent de pauvres orphelins[42] ?

Les causes qui empêcheront peut-être cette opération de salut public, qui replacerait la France, pour deux ou trois cents ans, dans des conditions d’existence normale, sont de plus d’un genre.

Il faut constater, tout d’abord, qu’en même temps qu’une diminution de force physique, il y a en France une diminution de force intellectuelle, un affaiblissement évident des facultés, comme un commencement de ramollissement du cerveau, commun aux classes ouvrières comme aux classes élevées.

Les ouvriers habitués à l’atmosphère factice des romans qu’on leur raconte, victimes des mots, accoutumés à ne penser que par leurs journaux, sont de plus en plus incapables de voir la réalité, de saisir les rapports des idées entre elles, d’avoir une vue d’ensemble.

Le Juif, en outre, est fort habile : pour détruire l’ancienne société qui le repoussait, il s’est placé lui-même à la tête de l’action démocratique. Les Karl Marx, les Lassalle, les principaux Nihilistes, tous les chefs de la Révolution cosmopolite sont Juifs. De cette façon, le Juif imprime au mouvement la direction qu’il veut. (On le vit bien sous la Commune, où l’on n’a pas touché à une seule propriété juive).

Si un orateur, dans une réunion publique, indiquait la solution que je viens d’exposer, et qui est excellente, un Juif détournerait de suite l’attention, qui se porterait intempestivement sur M. de Rothschild, en racontant qu’il a rencontré un capucin qui marchait pieds nus et qui avait l’air défait de quelqu’un qui jeûne. « Marcher pieds nus ! jeûner ! quel crime ! » s’écrierait ce pauvre peuple, sans réfléchir que cela ne le gêne en rien et qu’il ne sera pas plus riche quand il aura empêché ce capucin de marcher pieds nus et de jeûner.

Quelque chagrin que l’on puisse avoir de la décadence mentale de ce peuple, qui se laisse ainsi berner par ceux qui s’enrichissent à ses dépens, il faut tenir compte de ce fait, que l’union, qui a toujours été la force de la Juiverie, le sert merveilleusement dans cette circonstance. Les Juifs d’en bas sont appuyés par ceux d’en haut, et les Juifs d’en haut sont garantis contre la Révolution, puisque ce sont les leurs qui conduisent les insurrections.

Il faut ajouter que les membres des classes élevées n’ont guère une vision plus nette de la situation que les prolétaires. Chez eux, le Chrétien résigné à la persécution, dans laquelle il trouve une occasion de mériter auprès de Dieu, prime trop le citoyen, qui, né dans un pays que ses pères ont défriché, agrandi, civilisé, entend bien défendre ses droits et ne permet à personne de le traiter en Paria ; ils ne se rendent pas compte de ceci, que celui qui va chercher la persécution en Chine ou au Japon est un héros, tandis que celui qui la subit patiemment chez lui est un lâche.

Personne ne protesta quand le Juif Stern dit, au Cercle de la rue Royale, ce mot que les journaux citent complaisamment au moins une fois tous les mois : Dans dix ans, je ne sais pas comment un Chrétien fera pour vivre. Parmi les représentants de la noblesse qui composaient ce cercle avant ses malheurs, il ne se trouva pas un homme assez courageux pour relever cette insolence, pour dire : « Mais enfin, Juif, pourquoi donc les Chrétiens ne mangeraient-ils pas dans leur pays ? »

Ces obstacles sont considérables ; ils ne sont pas cependant insurmontables. Il peut surgir des rangs du peuple un homme d’origine française, qui ait la magnifique ambition d’attacher son nom à la solution pacifique de ce problème du prolétariat, qui a déjà coûté inutilement tant de sang aux plébéiens et qui leur en coûtera encore davantage, s’ils suivent une autre voie.

Il peut se trouver également un officier qui soit brave, vivement frappé de l’avilissement dans lequel est tombé son pays, et qui risque sa vie pour le relever.

Dans la situation actuelle, en présence d’un gouvernement méprisé de tous et qui craque de toutes parts, cinq cents hommes résolus dans les faubourgs et un régiment cernant les banques juives suffiraient pour réaliser la plus féconde révolution des temps modernes.

Tout serait fini avant la fin de la journée ; et quand on verrait les affiches annonçant que les opérations de la Caisse des biens juifs vont commencer dans quelques jours, tout le monde s’embrasserait dans les rues.


LIVRE TROISIÈME

________


GAMBETTA ET SA COUR


Le cléricalisme, voilà l’ennemi !


CHAPITRE PREMIER


Un Empereur juif. — Les origines. — Les Gamberlé. — La jeunesse. — Barbey d’Aurevilly et Voiture. — Le Quatre-Septembre et la Commune. — Les comptes de la Défense nationale. — Les nouvelles couches. — La réclame juive. — Nos illusions.


I


Parmi tant de portraits, en existe-t-il un seul qui donne une idée complète de l’homme dont l'incompréhensible et extraordinaire fortune sera un perpétuel sujet d’étonnement pour l’histoire ? Je ne le crois pas. Est-ce donc que cette figure demande l’analyse pénétrante et subtile d’un Carlyle ou d’un Taine ? Assurément non. Malgré ses roueries et ses finesses, cet être est trop grossier pour ne pas être relativement aisé à saisir. Il faut seulement bien voir les deux éléments dont il se compose : c’est un Juif et c’est un Empereur ; un Juif modernisé, croisé et métissé tant que vous voudrez ; un tempérament d’Empereur de l’ordre le plus vil et le plus bas, je vous l’accorde, mais enfin c’est l’un et l’autre.

Quand Rome eut conquis le monde, le monde conquit Rome. Rome eut successivement des Empereurs espagnols et des Empereurs africains ; elle eut des Empereurs gaulois qui mangeaient un bœuf à leur souper, et des Empereurs thraces qui abattaient d’un coup de poing les chefs de cohortes qui déplaisaient ; elle eut un Empereur syrien, l’Héliogabale de seize ans, qui, constamment vêtu en femme, les bras chargés de bracelets, présidait, dans sa longue robe traînante à la phénicienne, au mariage de la Pierre Noire avec la Lune. Quoique le fils de Sœmias fût circoncis, Rome n’eut point d’Empereur juif. Gambetta fut un instant cet Empereur. Ce n’est point un César déclassé précisément, c’est un César oublié qui avait manqué son entrée et qui a repris son tour dans le hasard d’un interrègne.

Pour le bien comprendre, il faut se figurer une manière de Barabbas ; Barabbas gracié, devenu préfet du Prétoire un beau matin, au milieu d’une bagarre, et se faisant adjuger la pourpre à force de bagout.

Cette sorte de réapparition tardive d’un type lointain est curieuse, et vaut la peine qu’on examine bien l’évolution du personnage.

La foudre ne gronde pas autour de ce berceau le jour de la naissance, mais l’origine est intéressante. Gambetta ne naît pas de parents étrangers, car, somme toute, être étranger dans un pays, c’est avoir une Patrie quelque part ; il a pour générateurs des forains. A la suite du remuement des peuples par la Révolution française, certains Juifs, ainsi que nous l’avons expliqué, se mirent à parcourir l’Europe, cherchant çà et là où s’établir. Un Juif wurtembergeois, A. Gamberlé, se fixa à Gênes au temps du blocus continental, fit le commerce des cafés et la contrebande, épousa une Juive du pays, dont un des parents avait été pendu, et italianisa alors son nom, en s’appelant Gambetta.

Le fils ou le petit-fils vint en France, s’établit à Cahors, et nous donna le grand homme qui n’eut jamais absolument rien de français , pas même le style.

Chez Gambetta, avocat, on n’aperçoit nul goût pour sa profession, nul amour de la bonne renommée qu’on acquiert par le mérite et le travail.

Barbey d’Aurevilly charge l’avocat stagiaire d’un procès de presse, La cause était piquante, l’affaire bonne pour un débutant. Gambetta remercie, puis disparaît, ne prépare rien, vient trouver Barbey le matin de l’audience pour lui demander ce qu’il faut dire, et finalement, à la stupéfaction profonde du tribunal, il compare l'auteur du Prêtre marié... à Voiture.

— Vous avez plaidé comme un fiacre, Monsieur, lui dit d’Aurevilly avec cet accent qu’on lui connaît.

Comparer Barbey d’Aurevilly à Voiture ! Cette pensée ne pouvait venir qu’à l’inventeur des coursiers fougueux qui s’élancent dans la mer. Ce n’est rien, sans doute ; mais ne découvrez-vous pas là comme une manifestation de plus de cette nature si antiartistique et antifrançaise, si déliée et si fine pour tout ce qui touche aux questions d’intérêt, si obtuse et si réfractaire à toutes les nuances intellectuelles ? Cette comparaison saugrenue a dû venir tout naturellement à l’esprit de ce mal appris, comme lui venaient l’épithète qui ne convient pas, la métaphore qui prête à rire et la phrase prudhommesque où tous les mots hurlent de se trouver ensemble.

Le moyen d’existence du futur dictateur était, en ce temps-là, de servir d’homme de compagnie — de mauvaise compagnie, bien entendu — à une sorte de mercanti fort activement mêlé, comme secrétaire de Crémieux, à toutes les affaires de la Juiverie.

C’était un type encore que ce Laurier, et Jules Vallès a eu, jusqu’à un certain point, raison d’écrire : « Ce petit homme sans menton, sans lèvres, à la tête de belette et aussi de linotte, est une des caboches les plus fortes de son temps, le Machiavel de son époque ; — un Machiavel chafouin, blagueur, fouilleur, viveur, puisqu’il vient après Tortillard, Jean Hiroux, Calchas et Giboyer. »

Laurier plaça son disciple chez Crémieux.

Près du vieux, Gambetta se trouva en pleine cuisine du Temple de Salomon, en plein Grand Orient, en pleine Alliance israélite. De ce jour-là il fut fameux. La presse juive grossit démesurément le mérite du discours du procès Baudin, fit sa chose du succès de l’orateur.


II


Bien prévenu, resté dans une demi-réserve. Gambetta était l’homme de la situation quand éclata la guerre de 1870, la guerre juive.

On a raconté à maintes reprises cette débauche de cinq mois, cette orgie éhontée, cette mise en coupe réglée de la France par tous les cosmopolites, depuis Spuller jusqu’à Garibaldi, depuis Bordone jusqu’à Steenackers.

L’avenir seul pourra connaître le rôle plus ou moins considérable joué dans la Commune par Gambetta, représenté par Ranc, l’oblique Jacobin qui s’esquiva dès que l’affaire fut engagée.

Tranquille à Saint-Sébastien, et sentant bien ce qui était en cause, Gambetta s’abstint de dire une parole dans un sens ou dans un autre.


Peu brave de sa nature, il eut, dit-on, une crise en quittant le sol espagnol. Son sort, en effet, était aux mains de la majorité ; il semblait véritablement insensé d’espérer que cette majorité ne demandât pas de comptes à un homme qui, sans mandat aucun, s’était constitué le maître de la France.

Cette espérance insensée se réalisa cependant. Jamais les actes du gouvernement de la Défense nationale ne furent discutés. On accepta les histoires les plus invraisemblables qu’il plut à Gambetta de raconter : la légende notamment des pièces de comptabilité qu’on aurait justement choisi l’époque du 18 Mars pour envoyer à Paris, et qui auraient été détruites dans l’incendie du ministère des Finances ; le récit du second incendie, en chemin de fer, celui-là, d’autres pièces (qu’on se hâtait également d’envoyer à Paris. On ratifia le payement de 75,138,978 francs pour lesquels on n’apportait aucune justification, absolument aucune.

Cet abandon, par la majorité, des intérêts de la France et des droits de la justice, semblerait invraisemblable, si le rapport de la Cour des comptes du 31 août 1876 n’était pas là pour démontrer que ceci est de l’histoire.


L’incendie du ministère des Finances, dit ce rapport, a détruit les pièces afférentes aux payements faits à Tours.

Celles relatives aux payements réalisés à Bordeaux ont dû, en exécution de l’arrêté du gouvernement du 25 avril 1871, être communiquées à la Commission des marchés. Elles n’ont pu être retrouvées.

Les deux payements compris, l'un au compte du trésorier-payeur général du Rhône, l’autre au compte du trésorier-payeur général de la Seine-Inférieure, et tous deux relatifs à des avances pour le service de la Commission d’armement, sont restés dénués de justification.

Quant au payement de deux millions imputé sur le chapitre xvi du budget extraordinaire du ministère de l’Intérieur (exécution des batteries d’artillerie dans les départements), et résultant d’une ordonnance délivrée au nom du président de la Commission d’armement, sur la caisse du payeur central, pour prix de trente batteries d’artillerie achetées en Amérique pour le compte des départements, ce payement n’a pas été justifié.


Les marchés Ferrand étaient plus scandaleux, si c’est possible. Ici encore il faut citer le rapport de la Cour des comptes :


Il a été payé à Ferrand, au titre de l’exercice de 1870, en divers mandats, 1,005,059 fr. 50 par le trésorier-payeur d’Ille-et-Vilaine ; sur procuration, 96,897 francs, et parle trésorier-payeur de Maine-et-Loire, 400,008 francs.

Aucune justification d’emploi n’a été produite dans les comptes pour ces différentes sommes.

Il en est de même pour diverses avances montant à 1,943,400 francs, délivrées par trois trésoriers-payeurs généraux à des agents de la maison Ferrand.


La complicité de Gambetta avec Ferrand était flagrante. Protecteur de Ferrand, qui avait déjà fait faillite, commandité par Ferrand pour la République française, hôte de Ferrand à Lesnevar, prévenant même de sa prochaine arrestation ce misérable qui avait volé la France agonisante, Gambetta ne fut pas même inquiété.

A partir de cette époque, Gambetta fut relativement tranquille. Sans doute, il eut encore ce qu’on pourrait appeler des venettes, mais cela venait de son caractère essentiellement poltron. Au 24 Mai, Léon Renault, tripoteur d’affaires comme lui, digne d’être Juif, s’il ne l’est pas, trahit le gouvernement qu’il servait sans y croire, au profit du gouvernement qu’il combattait avec la certitude qu’il triompherait, et tint Gambetta au courant de tout. Au 16 Mai, il hésita une minute et fut vite rassuré dès qu’il vit que toute l’énergie des sauveurs de la société consistait à gêner la vente du Petit Journal dans les départements. On donnait des coups de canif au lieu de donner des coups de sabre, selon l’expression de l’amiral de Gueydon. On allait voir de quelle audace est capable le Juif dès qu’il a cessé de trembler.


III


Nous avons déjà montré comment, à la suite des événements de 1870, tout un flot d’aventuriers s’était rué sur la France. Un monde nouveau était né ou plutôt avait poussé comme un champignon malfaisant sur le sol profondément remué. Gambetta aperçut bien ce fumier en ébullition et les couches successives qui s’élevaient dessus ; il comprit qu’on pourrait faire quelque chose avec cela, et prononça à Grenoble, en 1882, cette fameuse harangue sur les nouvelles couches, qui est le seul discours de lui où il y ait une idée, le seul qui corresponde à une situation vraie.

La nouvelle couche existait réellement ; elle formait comme un personnel tout prêt pour qui saurait s’en servir. La nouvelle couche se composait de beaucoup de Juifs, avec un appoint de Francs-Maçons, pour lesquels le mot de conscience n’avait pas de signification ; de boutiquiers peu scrupuleux, comme Tirard ; de faiseurs de dupes qui avaient frisé le bagne, comme Constans ; de bohèmes et de piliers d’estaminet, comme Lepère et Cazot ; de généraux déshonorés, comme Thibaudin ; de débris de 48, de médecins sans clientèle, d’officiers de santé, de vétérinaires, d’étudiants culotteurs de pipes, retirés en province, et qui, sous un gouvernement régulier, auraient achevé tranquillement de tomber en enfance en caressant la fille et la fiole.

C’était, avec l’élément sémitique en plus, l’éternelle tourbe avide et sans pudeur dont parle le poète grec, « le menu fretin d’étrangers qui n’auraient eu qu’à invoquer Jupiter fouetté, d’esclaves, de gens mal nés et ne valant guère mieux, arrivés d’hier, et dont Athènes n’aurait pas même voulu jadis pour victimes expiatoires ».

A tous ces citoyens équivoques, un vrai Français eût pu adresser l’apostrophe que Scipion Émilien lança du haut des Rostres, un jour qu’une cohue d’esclaves et d’affranchis interrompait le second Africain : « Silence, faux fils de l’Italie ! vous aurez beau faire, ceux que j’ai amenés garrottés à Rome ne m’effrayeront pas, tout déliés qu’ils sont maintenant ! »

Le pacte fut signé définitivement avec les Juifs quand Gambetta eut formellement promis la persécution dans ce mot qui fit de lui presqu’un roi : Le cléricalisme, c’est l’ennemi.

Les Juifs sont les plus prodigieux réclamiers qui existent. Ils vous trompettent un nom d’écrivain, de cantatrice, de cabotin ou de cabotine, jusqu’à ce que vous en ayez plein les oreilles ; ils se surpassèrent pour Gambetta. Jamais mise en scène ne fut mieux organisée, et l’on ne peut se défendre d’admiration devant l’incomparable façon dont cette personnalité fut nettoyée d’abord, puis posée, prônée, glorifiée, idéalisée, apothéosée.

Les Juifs, grâce à leurs journaux, nous firent sentir de même les lauriers de Gambetta. Ils prirent cet homme, qui n’avait commis que des sottises et des actes malhonnêtes pendant la guerre, qui avait fumé des cigares exquis tandis que les autres se battaient, qui s’était enfui lâchement au moment de rendre ses comptes, et nous le présentèrent, nous l’imposèrent comme l’archétype du patriote, le héros de la Défense, l’espoir de la Revanche.

Cela se produisit en plein jour, en plein soleil, en pleine liberté de la presse, sans aucune de ces circonstances de mystère et de lointain qui aident à grandir une personnalité qu’on ne voit pas.

Qui a été dupe de ces manœuvres ? me direz-vous. Tout le monde et vous-même. La France, crédule, amoureuse de fictions, se laissa aller à en faire comme le héros de son roman. Qui sait si cet homme ne gardait pas au plus profond de son cœur l’amertume secrète de la défaite ?

Nous avons tous été, dans une certaine mesure, les complices involontaires de ce comédien. Chacun s’imaginait être dans le secret de Brutus, qui contrefaisait l’énergumène pour mieux tromper les regards jaloux ; de cet obstiné couveur de revanche, qui, bien avant dans la nuit, disait-on, s’entretenait tour à tour avec de vieux généraux et de jeunes colonels. Chacun attendait le moment où, réunissant toute la France dans un élan irrésistible, poussant Charette dans les bras des communards, jetant les prêtres dans les bras des libres penseurs, mêlant les soldats de Bazaine aux compagnons de Faidherbe, il s’écrierait : « Le moment est venu ! nos coffres sont pleins d’argent, nos arsenaux regorgent d’armes, la France s’est silencieusement refaite, l’Europe nous est favorable : en avant ![43] »

Le voile commença à se déchirer lorsque des généraux comme Ducrot et comme Bourbaki furent chassés de l’armée, dont l’incapable Farre devenait le chef. Le charme cependant ne fut tout à fait brisé qu’au moment de la campagne des décrets, alors qu’on vit nos soldats mettre sac au dos et baïonnette au fusil pour arracher de leur domicile des vieillards et des religieux inoffensifs, des citoyens français repoussés du prétoire, et l’infâme Cazot déclarer en ricanant qu’il n’y avait plus de tribunaux, et que son caprice était la seule loi.


CHAPITRE DEUXIÈME


Les Augustiani.— Henri Rochefort — La campagne antigambettiste. — La réunion de la rue Saint-Biaise. — La situation critique de Gambetta.


I


Derrière le faux Gambetta, auquel on pardonnait tant de choses, on aperçut le Juif, qui, pour satisfaire des haines de ghettos, déchaînait sur le pays qui l’avait si bien accueilli le fléau des guerres religieuses. La France, désensorcelée, réveillée de son rêve, guérie de son roman, n’eut qu’un cri : « Oh ! le misérable ! »

Ce fut alors qu’on songea à regarder l’entourage. C’était bien le plus hétéroclite assemblage qu’on pût imaginer, un bouquet de Juifs, un véritable sélam de youtres de tous les pays et de toutes les couleurs.

Tous les Juifs du monde, en âge de se transporter, étaient là ; ils s’étaient agglomérés au Palais-Bourbon comme les molécules au centre d’une tasse de café. Quelques-uns venaient d’Espagne et étaient nés à Hambourg, d’autres venaient d’Autriche et étaient nés en France. Il y avait Porgès, Reinach, Arène, Lévy-Crémieux, Jean David, Raynal, Strauss ; il y avait Dreyfus, qui avait vu le jour en Allemagne ; Étienne, parent des Étienne d’Autriche ; Thomson, dont la famille était anglaise ; Veil-Picard, qui arrivait seulement de Besançon. Tout cela tripotait, spéculait, agiotait, dénonçait, adulait ; tout cela avait pour commune devise le mot des Narcisse et des Pallas : Hoc agamus ne quis quidquam haheat !

Néron avait ses Augustiani, qui, moyennant un traitement de vingt-cinq mille sesterces, accompagnaient partout le divin Empereur pour battre frénétiquement des mains dans tous les théâtres où il faisait entendre sa voix sans égale, et pour dénoncer les méchants, coupables d’avoir baillé au spectacle ou de ne pas avoir assisté à un sacrifice offert pour le chanteur enrhumé. Gambetta avait ses jeunes Juifs qui frissonnaient d’admiration à chaque parole du maître ; ils entonnaient ses louanges en chœur dans un baragouin confus, où le tudesque se mêlait au castillan, où le patois levantin fraternisait avec l’argot de la petite Bourse du boulevard.

Ce coin d’empire juif, apparaissant tout à coup en pleine France, sera l'émerveillement de l’avenir, qui ne reverra rien d’aussi extraordinaire d’ici à bien longtemps. Sans doute, tous ces cortigiani procédaient de certains personnages de Balzac : ils se rattachaient aux Andoche Finot, aux Werbrust, aux du Tillet, ces cormorans que l’auteur de la Comédie humaine nous montre « éclos dans l’écume de l’océan parisien. »

Tout ce petit groupe haineux et avide crut vraiment, à un moment donné, que la France était conquise.

Les excursions dans les départements rappelèrent le célèbre voyage en Achaïe que Néron entreprit, lorsqu’il jugea Rome indigne de l’applaudir.

Après Cahors, ce fut Lisieux. Partout des scènes d’une indescriptible gaieté signalent ces pérégrinations : les estrades s’écroulent, les orateurs roulent les uns sur les autres ; la clique claque, on claque la clique. Arnaud (de l’Ariège), qui veut faire oublier, par l’exagération de son zèle, qu’il n’est pas d’origine juive, menace de la main un reporter qui, coram populo, corrige immédiatement le cubicularius. La musique, électrisée, qui croit que c’est dans le programme, attaque énergiquement la Marseillaise, pendant que Spuller, tout meurtri de sa chute de l’estrade, se met tout à coup à commencer un discours en allemand…

Le désordre est tel en France, l’entraînement vers la servitude si irrésistible, l’amour d’une autorité quelle qu’elle soit si profondément invétéré, que l’on rend spontanément des honneurs souverains à un homme qui n’y a pas plus droit que le premier député venu.

Gambetta exerçait véritablement l’imperium. Il régnait derrière le président Judith, qu’on n’avait choisi qu’à cause de son nom, et qui, après avoir brisé les crucifix dans sa jeunesse, regardait en souriant, dans sa vieillesse, d’autres les briser à sa place. Les invitations aux légendaires déjeuners de Trompette étaient aussi recherchées que l’eussent été des invitations au Palatin : la terre, à dix-huit cents ans de distance, revoyait cette chose étrange, avilissante, et très folle aussi, qui avait été le Bas-Empire. Il y eut, en effet, dans tout ce que faisait Gambetta, un côté fantaisiste, imprévu, extravagant, histrionnesque, méprisant pour l’humanité, qui est particulier à l’impérialat. et que les royautés, même les moins raisonnables, ne connaissent point.


II


Ce fut la plume d’un journaliste qui tua cet Empire naissant à peine.

C’est une singulière figure encore que celle de M. Henri Rochefort ; et il faut, pour bien dégager ce type, tenir compte des innombrables variétés d’êtres et d’idées qu’ont semées dans ce pays tant de régimes, d’invasions, de passages de nations, d’incarnations humaines différentes, laissant de leur graine. Semblables à ces arbres qui revivent après des années écoulées, dans un coin de la forêt, parce qu’un germe d’eux-mêmes, déposé sur le sol, s’est conservé et développé, certaines formes d’êtres lointaines reviennent parfois tout à coup dans toute l’originalité première.

Rochefort, c’est le féodal.

Ce n’est pas le grand seigneur, le marquis, le gentilhomme déchu ; c’est le féodal, non point croyant, dévoué, à l’âme enfantine et pure, mais le féodal possédé du diable, le féodal blasphémant comme on en vit en plein siècles de foi, disant, comme Raoul de Cambrai : « Vous planterez ma tente au milieu de l’église, vous ferez mon lit devant l’autel, vous mettrez mes faucons sur le Crucifix d’or. »

Comme les féodaux d’autrefois, il s’élance chaque matin de son journal ainsi que d’un burg, frappe au hasard et revient.

C’est un inconscient, c’est un sauvage, c’est tout ce qu’on voudra de mauvais, de funeste, d’irritant, mais ce n’est pas un Juif. Pour le Juif, Rochefort n’éprouve guère que le sentiment de répulsion presque physique du Moyen Age.

Figurez-vous un Béni-Israël quelconque, happé sur une route et emmené dans quelque château fort pour y distraire d’abord le maître, puis les varlets et les enfants des varlets : cela vous donnera un aperçu de ce que devint le Juif Gambetta entre les mains de Rochefort. Chaque matin il servait à un divertissement nouveau : tantôt on lui tirait les cheveux, tantôt on lui arrachait la barbe ; un jour sa tête était transformée en tête de Turc, et le lendemain le rédacteur en chef de l’Intransigeant essayait autre part la force de son pied.

Un autre que Gambetta aurait préféré un duel à mort à tous ces outrages ; lui, endura tout, mais sans en être plus content. De ceci il souffrait relativement peu, quoiqu’il eût d’effroyables fureurs, non pas au point de vue de l’honneur, auquel il était insensible, mais au point de vue du dommage causé. Mais c’était la domesticité qu’il fallait voir ! Ce petit monde né de cabotins ou d’usuriers, et conséquemment très respectueux, non de ce qui est digne de toutes les vénérations : la vertu, la gloire, le génie, mais de la situation acquise, de l’argent possédé, avait des colères blanches en pensant qu’un simple écrivain pouvait parler ainsi d’un homme qui avait fait le coup de Bône à Guelma et le coup de la Conversion.

Quant aux Chrétiens, aux Français autochtones, ils devraient avouer, s’ils étaient sincères, qu’ils ont dû à ce mécréant de Rochefort les seules satisfactions qu’ils eussent ressenties depuis de longues années. Une loi mystérieuse avait voulu que cet homme, par le seul fait qu’il était de race française, vengeât sur l’étranger ces pauvres religieux qui n’avaient pas d’ongles pour se défendre.

Que de fois, ouvriers et hommes du monde, réconciliés par le même sentiment de mépris, ont échangé un regard dans la rue, en constatant qu’ils lisaient le même journal !


III


Cette race française qui, trompée, pervertie, abrutie, garde quand même cette qualité de n’être pas encore juive, Gambetta devait la retrouver au fond d’un faubourg de Paris.

Qui n’a encore présente à la mémoire, aux regards, cette scène de la rue Saint-Biaise et ce hangar banal dans lequel se passa un de ces épisodes qui parfois décident de la marche d’un siècle ?

Avec la pluie tombant à flots au dehors, les assistants piétinant dans une boue noirâtre, et tantôt plongés dans la pénombre, tantôt brutalement éclairés par des projections de lumière électrique, ce chantier, qui servait de champ de bataille nocturne à la lutte pour le trône, avait un aspect à demi fantastique. C’était bien le royaume d’en bas, où l’homme d’État, sorti du néant, allait demander une nouvelle consécration aux puissances inférieures qui l’avaient créé.

Devant ce César en représentation dans quelque bouge de Suburre, on se reportait à ces heures lointaines où l’investiture de la Royauté se donnait au chant des orgues, au bruit des hymnes pieuses montant vers le ciel, à la lueur des épées vaillantes tirées du fourreau.

Voilà le rhéteur devant la foule… S’il triomphe, il est le maître quand même de la Chambre future, et, comme il le dit, le représentant de la démocratie. Alors c’est la guerre, la guerre folle, la guerre ignoble plutôt, où le sang français ruissellera afin de se changer en or pour les Juifs.

Il va commencer. Il ébauche déjà le geste que l’on sait. Qu’il était topique, ce geste ! Les doigts ne s’élevaient point, comme ceux d’un Bouddha, pour signifier paix ou concorde ; la droite ne s’étendait pas, comme celle d’un chef, pour commander. Ramenées, la paume en l’air, vers un point central situé en bas, ces mains s’inclinaient et s’arrondissaient graduellement. Cupides et amoureuses du lucre, ces mains semblaient ainsi caresser et comme peloter sur la tribune un petit tas de pièces de monnaie…

Il ouvre la bouche… Et en moins d’une seconde, une trombe de sifflets et de huées balaye le dictateur et la dictature…

— A bas Judas ! crie une voix mâle au milieu du vacarme.

Qui a crié cela ? qui a sifflé le premier ? Nul ne le sait. Ceux qui, la tâche de la journée terminée, vinrent à Charonne accomplir cette besogne de justice, resteront des inconnus pour l’histoire.

Au fond de ces faubourgs sombres où ils ont vécu, ils seront peut-être, dans un de ces jours où le vertige est dans l’air, acteurs en quelque assassinat comme celui de la rue Haxo ; ils tomberont peut-être le long d’un mur, victimes de représailles implacables. Il convient de dire qu’ils furent utiles et grands, de féliciter au nom de la Patrie cet être anonyme et impersonnel : le Peuple, qui, parmi tant d’abjections et de hontes, eut un éclair d’indignation, un élan de généreuse colère.

« Tirez le rideau, la farce est jouée ! » aurait pu dire le nouvel Auguste, s’il avait eu la force de parler, pendant que les fidèles tiraient à la hâte une portière qui devait protéger sa fuite.

Mais le Maître n’avait pas l’esprit à des réminiscences classiques. Pris d’un accident habituel à Cléon, s’il faut en croire Aristophane, il souillait les coussins du beau coupé qui roulait à fond de train sur le dur pavé des rues populaires. Il allait, il allait, le coupé ! et les lanternes de cristal jetaient, en passant, sur l’angle noir d’un mur, sur les vitres d’un cabaret suspect, sur la fille debout près d’une borne, des clartés étincelantes, rapides comme le galop furieux du pur sang.

Parfois on entendait sortir du véhicule des sons gutturaux et inintelligibles. C’était Spuller, qui, comme dans toutes les grandes émotions, s’était mis à parler allemand, et qui n’interrompait ses lamentations tudesques que pour s’écrier en français : « Cela n’est bas pon ! cela ne sent bas pon ! »

César, ce jour-là, n’alla pas jusqu’aux Gémonies, et ne songea pas à demander à quelque Épaphrodite de lui apprendre comment on se tuait j il n’en était pas moins blessé à mort.


IV


Au-dessus des champs de bataille où vient de succomber le rêve de puissance d’un Napoléon ou le rêve de liberté d’un Brutus, on voit planer, graves et s’envolant lentement, des Fortunes ailées qui semblent respectueuses de ceux qu’elles viennent de frapper. Ce n’est ni dans les Parthénons ni dans les Capitoles, c’est au musée de Naples qu’habite la Fortune qui convenait ici ; la Fortune obscène qui, honteuse du favori qu’elle avait choisi pendant un moment d’égarement, lui montre en s’éloignant le moins noble de ses deux visages.

La situation était difficile pour Gambetta. Il avait gorgé ses créatures sans pouvoir les satisfaire, et devant le déficit qui déjà menaçait, on avait dû clôturer ce compte de liquidation qui, échappant au contrôle de la Cour des comptes, permettait les dilapidations les plus effrontées.

Un beau jour, un député, du nom de Baïhaut, était venu en souriant proposer aux représentants de la France d’approuver à la fois les dépenses de 1870, montant à deux milliards cinq cent dix millions six cent vingt et un mille cinquante-sept francs quatre-vingt-treize centimes ; plus les dépenses effectuées sur ce même budget jusqu’à la clôture du compte de liquidation, et fixées à deux milliards quatre cent quarante-huit millions six cent soixante-trois mille cinq cent quarante-neuf francs vingt-neuf centimes ; plus encore des dépenses restant à payer, montant à soixante et un millions neuf cent cinquante-sept mille cinq cent huit francs soixante-quatre centimes. Tout cela pour arriver à ne pas pouvoir mettre un régiment sur pied au moment de la guerre de Tunisie et à faire écrire au colonel Grand-Clément : « Nous n’avons pas d’armée. »

La Chambre, servile comme d’habitude, avait voté cette bagatelle de quelques milliards sans une seule discussion, sans demander une seule explication, sans rechercher ce qu’il avait dû se commettre là-dedans d’actes irréguliers et frauduleux.

A force de traire la pauvre France, le sang cependant commençait à venir aux pis de la malheureuse bête. Gambetta le savait, il prévoyait la banqueroute, il sentait surtout qu’il n’avait plus rien à donner au monde d’affamés qu’il traînait derrière lui.

Comme les voleurs qui mettent le feu pour cacher leurs exploits, les faiseurs souhaitaient ardemment la guerre, les Juifs la réclamaient à grands cris ; mais la France, nous l’avons dit, ne voulait pas en entendre parler, et Gambetta, après son échec de Belleville, n’était plus en état d’imposer rien.

Il y eut des querelles et des récriminations. Pour comble de malheur, Gambetta s’était brouillé avec Rothschild. Le 10 juin 1881, avait eu lieu un souper intime, dont tous les journaux ont parlé, et auquel assistaient, outre Gambetta, Alphonse de Rothschild et Galliffet, quelques grands seigneurs chargés d’amuser : le marquis du Lau, Kerjégu et le marquis de Breteuil. Gambetta avait plaisanté un peu vivement le baron sur tout l’argent qu’il avait gagné depuis quelques années.

Malgré une vigoureuse tape sur le ventre qui soulignait l’intention amicale du propos, Alphonse de Rothschild, qui avait sa névrose ce jour-là, prit mal la chose. Le baron n’aime pas qu’on le traite aussi familièrement, quand il y a des gens titrés.


CHAPITRE TROISIÈME


Les Rois en exil, chez Daudet. — La mort. — Le cerveau d’un ténor. — Le vocabulaire de Gambetta. — La haine des intelligents. — Le mépris de l’humanité. — Un couronnement au Grand Orient.


La décadence physique, prompte toujours dans ces races, était venue de bonne heure, d’ailleurs, chez cet homme qui avait demandé à l'existence tout ce qu’elle peut contenir de plaisir.

La dernière fois que je l’aperçus, c’est à la lecture des Rois en exil, chez Daudet. Il était déjà perdu, il avait ce signe des gens marqués qui ne trompe guère les yeux expérimentés. Cramoisi, vieilli, gris et rouge en même temps, les chairs gonflées d’une mauvaise graisse, il ne pouvait se tenir ; appuyé à la porte du cabinet de Daudet, il resta debout toute la soirée en fumant continuellement. Quoique profondément triste, il paraissait suivre Coquelin avec attention. En entendant son comédien de prédilection lire cette pièce, où l’on tournait en dérision tous ces porte-sceptres de jadis, tous ces descendants d’augustes familles qui avaient régné sur l’Europe, il semblait dire :

— C’est à mon tour maintenant !

Et derrière lui, on eût pu voir la Mort, qui déjà avait sa main glacée sur l’épaule de ce favori du Hasard.

Il serait peut-être revenu au pouvoir pour pousser à cette guerre à laquelle on aspirait tant tout autour de lui ; mais Dieu jugea qu’il avait fait assez de mal : il le toucha du doigt, et Gambetta ne vit pas l’année nouvelle.

Par une rencontre singulière, cet aventurier, qui tient tant des héros de Balzac, mourut dans la villa même de l’auteur de la Comédie humaine. Balzac, qui avait prévu la grandeur d’Israël, a eu le Juif pour remplaçant dans toutes les maisons qu’il a occupées. C’est Gambetta qui s’est assis sous les arbres qu’avait plantés le peintre de tant de présidents de conseil, de grands seigneurs et de grands hommes d’État. Rue de Monceau, Mme de Balzac venait à peine d’expirer, que Mme de Rothschild envoyait réclamer les clefs de l’hôtel, qu’elle avait acheté. Aux champs, Balzac eut pour successeur Gaudissart ; à la ville, il eût Nucingen.

La Franc-Maçonnerie juive, avec l’habileté de mise en scène qui la caractérise, n’épargna rien pour les funérailles de l’homme qui l’avait servi. Bischoffsheim mit un drapeau noir à son hôtel. Camondo loua tout un étage de l’hôtel Continental, pour voir défiler le cortège. Peixotto, président des « Fils de l’Alliance » et vice-consul des États-Unis, déclara au monde qu’il était inconsolable. Simia montra pendant trois colonnes un visage inondé de larmes. Aristide Astruc, rabbin honoraire de Bruxelles, fut dithyrambique au point de paraître farceur.

Eugène Mayer fut une gaieté dans ces tristesses. Il vint pour pleurer, lui aussi, au Palais-Bourbon, et Déroulède, sans respect pour l’endroit, menaça de le battre encore.

— Pas sur la même joue ! cria Mayer ; changez au moins de côté…

Devant cet intermède, un éclat de rire, d’abord discret, puis incapable de se maîtriser, prit l’assistance, agita joyeusement les tentures funèbres du lieu sacré, fit remuer les draperies du catafalque et danser les flammes qui brûlaient dans les lampadaires. Le municipal de service étouffait de rire dans son uniforme, et l’on aperçut comme des ondulations de dos qui riaient dans la députation des membres de la gauche qui défilait gravement, mêlant à de patriotiques lamentations des appréciations diverses sur les mines de l’Uruguay de Tirard, qui valaient encore deux écus, et les pêcheries de Baïhaut, qui ne valaient plus que vingt sous tout mouillés !

La vision de la place de la Concorde, au grand jour des obsèques, m’est restée dans les yeux. Un temps de mars, avec des giboulées menaçantes, plus qu’un temps de janvier ; un soleil trempé de pluie ; les cavaliers de retour du Bois arrêtant leurs chevaux au bas de l’avenue ; des femmes de tous les mondes, en toilette du matin, grimpées sur des voitures ; des grappes humaines dans les arbres ; la terrasse des cercles pleine de curieux ; au loin, la façade de la Chambre avec son grand voile noir, — décor théâtral qui ne choquait pas et convenait à l’homme et à la circonstance.

L’impression, d’un bout à l’autre de Paris, fut la même : un certain plaisir d’être débarrassé, mais nulle haine. Gambetta mort n’inspirait pas la haine : on ne découvrait pas en lui les côtés bassement féroces de Ferry, qui goûte un plaisir personnel aux méfaits qu’il commet. L’opinion unanime, devançant le jugement de l’histoire, qui commençait déjà, sentait très bien que cet homme avait été un instrument, un délégué des Francs-Maçons, qui lui avaient offert le verre dans lequel avait bu Luther ; un chargé d’affaires des Juifs, qui avaient mis sur ses épaules un manteau d’Empereur temporaire.

Le prince de Hohenlohe, qui vint une minute devant la Chambre, et qui, naturellement, refusa de suivre un enterrement civil, dit simplement sur le pont de la Concorde à une dame que je pourrai citer : « Vous n*avez pas perdu grand’chose avec Gambetta, mais c’est un grand malheur pour vous que la mort de Chanzy. »

Le poids du cerveau disait le peu de fonds intellectuel qu’il y avait chez cet homme bruyant comme tout ce qui est vide. C’était un cerveau de ténor : effectivement, il y avait du ténor chez ce grand premier rôle de la politique, qui resta comédien jusque dans les moelles.

Ténor, certes ; artiste, jamais ! Rien n’est plus intéressant et plus instructif, selon moi, que l’étude de ce talent. On a ri à gorge déployée de ces phrases devenues légendaires :

« Havrais, je connais vos besoins, je connais aussi vos moyens d'écoulement,..

« Audacieux coursiers, élancez-vous sur cette mer qui vous sollicite par devant...

« Vos applaudissements font plus que de couronner mon passé, ils illuminent mon avenir... »

Je trouve qu’il y a plus qu’une occasion de rire dans le spectacle de ce malencontreux qui ne peut arriver à prononcer deux phrases correctes de suite ; il y a un enseignement à tirer de l’impuissance de cet étranger à parler une langue qui n’est pas la sienne.

N’est-elle pas saisissante, cette impossibilité radicale, absolue, d’un homme qui possède certains dons, à lier deux idées dans une forme régulière ? Gambetta rencontrait d’instinct l’épithète ridicule et fâcheuse, comme Lamartine rencontrait la belle image, la comparaison vibrante et juste.

Pourquoi la langue fourchait-elle toujours à ce virtuose si habile comme exécutant ? C’est qu’il n’avait absolument aucune fibre par laquelle il tînt au sol, qu’il ne communiait réellement avec aucun des sentiments vivants dans l’âme française. Il n’avait pas plus le sens exact des mots, nés en son absence pendant que les siens psalmodiaient l’hébreu dans les ghettos d’Allemagne, qu’il n’avait la tradition de ces pensées magnanimes ou de ces notions innées, en quelque sorte, qui empêchent aussi bien les Français, de frapper sur les faibles que de dire que Bouvines est une défaite.

Les mots, sans rapports entre eux, employés presque au hasard, indiquent merveilleusement l’homme qui ne tient à rien, le politique qui ne se rattache ni au passé ni à l’avenir.

Du spectacle de cet homme, qui a pu arriver à être un moment le maître de la France, sans parvenir à prononcer jamais une phrase française, qui a pu nous dérober notre bourse et n’a pu nous prendre notre style, il faut rapprocher l’aversion native, spontanée, franchement accusée, qu’ont éprouvée pour cet intrus tous les esprits lettrés, affinés, élevés. Républicains et conservateurs, catholiques et libres penseurs, tous ont été d’accord sur ce point.

Il faut écouter George Sand, la vieille républicaine, qui maudit et raille à la fois Arlequin dictateur.

Écoutez encore Alexandre Dumas, qui complète en philosophe ce qui, chez George Sand, était surtout un mouvement du cœur gonflé de dégoût. Dès 1872, il tire à cet infatigable déclamateur un horoscope qui s’est réalisé de point en point, et qui atteste chez l’écrivain une singulière puissance de prévision.


Gambetta, dit-il, ne fait appel qu’à des instincts ; il ne rallie pas une âme, et il se retrouve toujours au point de départ. Il passera sa vie à recommencer. Il prétend à être le maître de ceux qui n’en veulent plus avoir ; il se croit le dieu de ceux qui n’en ont pas. Rien à craindre, et, ce qui est plus triste encore, rien à espérer de cet homme. Il est purement verbal. Il mourra d’un éclair de vérité, comme son aïeul le cyclope Brontès d’une flèche d’Apollon.


Mais prêtez l’oreille. Une salle entière bat des mains, une salle qui contient tout ce que Paris compte d’illustre, acclame cette œuvre verveuse et hardie de Victorien Sardou, qui, du moins, nous venge un peu par le rire ; Rabagas.

Qu’il est exact encore, le portrait de Daudet, le premier, le vrai, le bon, le portrait avant les retouches ! Comme le Gambetta président de la Chambre est bien resté le Gambetta de la table d’hôte de la rue de Tournon !


Il y avait là une douzaine d’étudiants méridionaux, — mais du vilain Midi, — avec des barbes en palissandre, trop noires, trop luisantes, un accent criard, des gestes désordonnés et de grands nez tombants qui leur faisaient à tous des têtes de cheval.

Mon Dieu ! que ces jeunes Gascons étaient donc insupportables ! Quelle agitation dans le vide, quelle niaiserie, quel aplomb, quelle turbulence ! Un d’eux surtout, le plus criard, le plus gesticulant de la bande, m’est resté particulièrement dans le souvenir. Je le vois toujours arriver dans la salle, le dos voûté, roulant des épaules, borgne avec cela et le visage tout enflammé.

Lui s’asseyait bruyamment, s’étalait sur la table, se renversait sur sa chaise, pérorait, frappait du poing, riait à fendre les vitres, tirait la nappe à lui, crachait loin, se grisait sans boire, vous arrachait les plats des mains, les paroles de la bouche, et, après avoir parlé tout le temps, s’en allait sans avoir rien dit ! Gaudissart et Gazonal tout ensemble, c’est-à-dire, ce qu’on peut imaginer de plus provincial, de plus sonore et de plus ennuyeux.


Vallès a vu surtout l’histrion : son Charonnas, sans être creusé à fond, est d’un relief étrange.


La vulgarité même de Charonnas sert à sa vogue, la banalité de son fond d’idées est l’engrais de son talent. Il a lu que Danton, avant d’éternuer dans le son, déclara qu’il ne regrettait pas la vie, ayant bien soiffé avec les buveurs, bien riboté avec les filles : et il fait le soiffeur, le riboteur, le Gargantua et le Roquelaure.

Ce mélange de libertinage soulard et de faconde tribunitienne emplit d’admiration les petits de la conférence Molé ou les ratés du café de Madrid, qui s’en vont criant à la foule :

— Hein ! est-ce un mâle ?

Cabotin ! cabotin !


Sur tous Gambetta faisait la même impression.

Cet éloignement pour lui de tout ce qui était intelligent et honnête était, d’ailleurs, assez indifférent à Gambetta.

Le mépris de l’homme, chez lui, était inextinguible, immense, profond, à croire qu’il avait passé sa vie devant son miroir.

Il méprisait ceux mêmes dont l’enthousiasme naïf et l’enfantine crédulité l’avaient élevé au pouvoir ; il affichait bruyamment l’espoir de faire égorger ceux qui avaient échappé à la Commune ; il les faisait recenser dans ce but peu philanthropique, et, quand ils avaient murmuré devant lui, il les menaçait de sa canne comme un garde-chiourme aviné.

Ce mépriseur de tous finit méprisé de tous. Il avait surgi dans une fin d’Empire qui ressemblait déjà à une République, avec l’abjection, les sacrilèges et les persécutions en moins ; il disparut dans une fin de République qui ressemble beaucoup à un Empire, avec la banqueroute en plus. Il fut lui-même comme une caricature d’Empereur, un Empereur juif, avons-nous dit en commençant ; il aurait projeté — si tant est qu’en dehors du rêve d’une guerre insensée il ait poursuivi quelque dessein bien arrêté, — d’installer un impérialat juif dans les cadres de la vieille société française, et de se faire sacrer au Grand Orient de la rue Cadet, dans quelque burlesque cérémonie. Le tablier du Franc-Maçon aurait tenu lieu du manteau semé d’abeilles, et la truelle aurait remplacé le sceptre et la main de justice…


LIVRE QUATRIÈME

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CRÉMIEUX
ET L’ALLIANCE ISRAÉLITE UNIVERSELLE


L’Alliance n’est pas une Alliance française, allemande ou anglaise ; elle est juive, elle est universelle : voilà pourquoi elle marche, voilà pourquoi elle réussit.     Crémieux.


CHAPITRE PREMIER


Le rôle de Crémieux. — L’émancipation des Israélites algériens. — Le Juif en Algérie. — L’usure. — Le patriotisme des Juifs.


I


Crémieux fut l’imprésario véritable de la comédie contemporaine en France. On est trop disposé à ne voir en lui que le fantoche en robe de chambre jaune qui, assis près d’un feu flambant, apparaissait de temps en temps devant les régiments défilant sous son balcon à Tours et à Bordeaux, et s’écriait : « Braves soldats, allez vous faire tuer ! L’exercice est bon en ce temps-ci ; moi, je retourne me chauffer. »

Sous ce grotesque, il y eut un Nazi juif, un prince de la Juiverie, qui exerça l’influence la plus profonde sur l’évolution du peuple prédestiné, et mena de front, comme un premier ministre, la politique extérieure et la politique intérieure ; il y eut un homme de dévouement admirable, qui, laissant à Gambetta la jouissance matérielle du pouvoir, l’assouvissement des grossiers appétits, aux Rothschild la satisfaction des vanités sottes, accomplit son œuvre dans une demi-teinte discrète, comme un Joad qui agirait à demi caché dans les replis du voile du Temple.

Souverain grand maître du Rite écossais, Président de l’Alliance israélite universelle, chef important de la démocratie française, Crémieux incarna la révolution maçonnique en ce qu’elle eut de plus complet. Il a contribué, plus que tout autre, à confisquer la Révolution française au profit de la Juiverie, à donner à un mouvement qui avait été mêlé d’une part d’idéal, d’aspirations généreuses, de rêves d’une organisation meilleure, un caractère strictement juif ; il prépara et il annonça hautement, dans les dernières années de sa vie, le règne messianique, l’époque attendue depuis si longtemps où toutes les nations seront soumises à Israël, où tous les hommes travailleront pour les représentants de la race bénie par Jéhovah.

Dès ses débuts, Crémieux procéda d’une idée unique. Les Juifs devaient renoncer à vivre à part et à se différencier du reste de la nation, se confondre de toutes les façons avec la collectivité, faire abstraction momentanément, au besoin, de coutumes qui leur étaient chères, supporter même la vue des symboles abhorrés de la religion chrétienne. De cette manière seule, ils pourraient agir efficacement, et détruire ce qu’ils haïssaient tant. Rentrer d’abord dans le droit commun pour en faire sortir les autres, telle fut la consigne imposée aux siens par Crémieux.

Il était convaincu qu’avec les Français on pouvait tout oser et qu’ils subiraient tout docilement. Un jour que je causais des décrets avec Dumas, il me dit simplement : « Les catholiques sont des lâches ! » Quelques jours après, mon collaborateur à la Liberté, Joseph Cohen, qui a publié deux ouvrages d’une réelle valeur : les Déicides et les Pharisiens, me répétait : « Les catholiques sont des lâches !… Si on avait voulu nous faire ce qu’on vous a fait, nous nous serions tous couchés devant les chapelles, et la troupe n’aurait pas osé avancer. »

Les catholiques subissent tout. Ceux qui le peuvent, sauvent leurs enfants ; mais ils laissent tranquillement dépraver les autres enfants, sous leurs yeux, sans oser même refuser l’argent qu’on leur demande pour cette œuvre néfaste.


II


Crémieux avait la claire notion de l’affaiblissement de l’énergie et de l’intelligence nationales. Il était certain qu’avec quelques mots on peut jouer du Français actuel comme on veut.

Jamais le Juif, peut-être, ne s’affirma plus odieusement indifférent à tout ce qui touche à la Patrie, plus implacablement préoccupé de lui-même et de sa race, que dans les décrets rendus alors par Crémieux pour l’émancipation des Israélites algériens.

Le gouvernement de la Défense nationale, remarquons-le tout d’abord, n’avait aucun droit à modifier le régime de l’Algérie ; en s’emparant du pouvoir, il avait eu, par un reste de pudeur, le soin de déclarer qu’il ne le prenait que pour une tâche déterminée. Lorsqu’il remaniait profondément l’organisation algérienne, Crémieux commettait donc une usurpation dans une usurpation. Mais ces scrupules ne sont pas de ceux qui arrêtent un Juif.

Crémieux était admirablement informé de la situation ; il connaissait l’hostilité qui régnait entre les Arabes et les Juifs.

En profitant d’un pareil moment pour rendre le décret qui naturalisait les Juifs algériens, il trahissait donc purement et simplement la France, pour servir les intérêts de sa race.

En 1870, cette mesure avait un caractère particulièrement odieux. Les Arabes avaient fait héroïquement leur devoir pendant la guerre. Ces « diables noirs », comme les appelaient les Prussiens, qui bondissaient sous la mitraille, avaient émerveillé l’ennemi à Wissembourg et à Wœrth.

On ne se fût étonné qu’à demi si le gouvernement de la Défense nationale eût accordé quelque récompense éclatante à ces Arabes héroïques, qui, après avoir lutté si longtemps contre nous, nous défendaient à l’heure du péril. Rome émancipa les esclaves qui avaient combattu pour elle pendant la Guerre sociale, et quelque proclamation, honorant du titre de citoyen français ceux qui s’étaient montrés dignes de ce nom, eût produit un effet considérable en Algérie.

Mais les hommes de Tours ne considéraient pas les choses ainsi. A côté de l’Arabe qui se bat, il y a en Algérie une race abjecte qui ne vit que de trafics honteux, qui pressure jusqu’au sang les malheureux qui tombent sous ses grifres, qui s’enrichit de la dépouille d’autrui. C’est à cette race qu’étaient acquises toutes les sympathies du gouvernement de la Défense nationale, et plus particulièrement de Crémieux.

Ce qu’est le Juif en Algérie, rien de ce que nous voyons ici ne peut nous en donner une idée : car l’usure juive, qui a atteint en certains pays, en Alsace notamment, des proportions incroyables, n’est rien à côté de l’usure arabe.

Le Juif jouit en Algérie d’un mépris que l’on comprend. Il peut entrer à toute heure sous la tente et dans la maison d’un Arabe, les femmes ne se couvriront même pas de leurs voiles : pour elles, le Juif n’est pas un homme.

Un Arabe se croirait déshonoré s’il tuait un Juif.


III


Nous ne saurions mieux faire, d’ailleurs, pour montrer quels étaient les intéressants protégés de Crémieux, que de reproduire le portrait plein de couleur et de mouvement que M. de Maupassant, dans Au Soleil, a tracé du Juif arabe.


A Bou-Saada, on les voit accroupis en des tanières immondes, bouffis de graisse, sordides et guettant l’Arabe comme l’araignée guette la mouche. Ils l’appellent, essayent de lui prêter cent sous contre un billet qu’il signera. L’homme sent le danger, hésite, ne veut pas ; mais le désir de boire et d’autres désirs encore le tiraillent ; cent sous représentent pour lui tant de jouissances ! Il cède enfin, prend la pièce d’argent, et signe le papier graisseux. Au bout de six mois, il devra dix francs, vingt francs au bout d’un an, cent francs au bout de trois ans. Alors le Juif fait vendre sa terre, s’il en a une ; ou sinon, son chameau, son cheval, son bourricot, tout ce qu’il possède enfin.

Les chefs, caïds, agas ou bach-agas, tombent également dans les griffes de ces rapaces, qui sont le fléau, la plaie saignante de notre colonie, le grand obstacle à la civilisation et au bien-être de l’Arabe.

Le Juif est maître de tout le Sud de l’Algérie. Il n’est guère d’Arabe, en effet, qui n’ait une dette, car l’Arabe n’aime pas rendre. Il préfère renouveler son billet à cent ou deux cents pour cent. Il se croit toujours sauvé quand il gagne du temps. Il faudrait une loi spéciale pour modifier cette déplorable situation. Le Juif, d’ailleurs, dans tout le Sud, ne pratique guère que l’usure par tous les moyens aussi déloyaux que possible, et les véritables commerçants sont des Mozabites…


On peut compléter le tableau par quelques mots qu’un écrivain qu’en n’accusera certes pas d’être un partisan de l’Inquisition, consacre aux mômes personnages dans l’ouvrage qui a pour titre : France, Algérie, Colonies.


Les Juifs algériens, dit M. Reclus, ont été naturalisées en bloc, par décret, pendant que nous luttions contre les hordes disciplinées du peuple évangélique. Ils ne l'avaient pas certes mérité, occupés qu’ils étaient uniquement de banque, de commerce, de courtage, de colportage et d’usure : nul d’entre eux ne tient la charrue, n’arrose les jardins ou ne taille les vignes, et il y a très peu d’hommes de métiers parmi ces arrière-neveux du supplanteuur d’Ésaü. Aucun n’avait péri dans nos rangs, sous les boulets du Nord, comme ces Berbères, ces Arabes, ces nègres, qui furent parmi les héros de Reichshoffen ; et s’ils n'ont point défendu l’Algérie contre nous de 1830 à 1871, ils ne la défendront pas non plus contre nos ennemis.


Tandis que les Arabes se battaient pour nous, les Juifs, au contraire, applaudissaient à nos défaites avec le plus indécent cynisme. Le capitaine Villot a raconté les scènes qui se passèrent à Constantine à la nouvelle du désastre de Sedan. Toute cette population cosmopolite, « réellement ivre de joie », trépignait de bonheur et se livrait dans les rues à des danses ignobles. Il y eut cependant un détail touchant. On avait jeté sur le pavé le buste de l’Empereur ; quelques indigènes en ramassèrent les débris et les emportèrent. N’est-ce pas émouvant, ce souverain qui a possédé le plus bel empire de la terre et qui n’a plus pour fidèles que quelques Arabes, qui se souviennent que ce vaincu est venu jadis leur rendre visite dans tout l’éclat de sa puissance, qu’il s’est intéressé à eux, qu’il a empêché leur dépossession ?

Les Juifs ne manifestèrent leur dévouement à la France qu’en se ruant, avec des Espagnols et des Maltais, sur le malheureux général Walsin-Esterhazi, qui, souffrant encore d’une blessure et incapable de se défendre, fut accablé de mauvais traitements, roué de coups et obligé de se rembarquer.

L’Algérie fut alors le théâtre d’épisodes inouïs, auxquels se mêle cet élément d’impudence et de puffisme, ce côté saltimbanque qui est entré dans les mœurs publiques à la suite des Juifs.

Vous savez de quelle écume se composent les villes d’Algérie. Depuis l’ouverture de la campagne, tous les foudres de guerre qui déblatéraient contre nos généraux, avaient passé leur temps à faire l’absinthe dans les cafés, pendant que les autres marchaient sous le soleil ardent, souffraient la soif, la faim, se battaient un contre dix. Quand nos malheureux officiers, accablés de fatigue et la plupart blessés, arrivèrent de Sedan et de Metz, ces farceurs refusèrent de les laisser séjourner en Algérie, sous prétexte que la vue de ces capitulés — c’est le nom qu’on leur donnait — offusquait et souillait la vue des patriotes.

Derrière ce délire patriotique apparent, il y avait tout simplement quelques agents allemands qui distribuaient de l’argent aux meneurs de cette tourbe internationale, pour empêcher que nos officiers, en revenant prendre leur place en Algérie, ne rendissent disponibles d’autres officiers dont on avait grand besoin en France.


CHAPITRE DEUXIÈME


L’insurrection d’Algérie. — Un héros arabe. — Mokrani. — Le décret Crémieux devant l’Assemblée de Versailles. — Fourtou se dérobe. — Les Juifs et la loi française. — Tirman et son projet d’expropriation des Arabes. — La justice est la meilleure des politiques. — L’antisémitisme en Algérie. — La presse algérienne.


I


Ces preuves de dévouement ne firent qu’affermir Crémieux dans son dessein.

Le 24 octobre 1870, le gouvernement de la Défense publia le fameux décret par lequel les Israélites indigènes des départements de l’Algérie étaient déclarés citoyens français.

Ce décret excita en Algérie une unanime indignation. Sur ce point, nous renvoyons nos lecteurs à l’Enquête parlementaire sur les actes du gouvernement de la Défense nationale et à l’admirable rapport de M. de la Sicotière, qui est une véritable page d’histoire.

En écoutant les dépositions des témoins de cette enquête, en lisant tout ce qu’ont écrit sur cette question, ceux qui étaient bien placés pour la juger, il n’est pas possible de douter que Crémieux n’ait été l’auteur principal, le seul responsable de l’insurrection algérienne.


Pour moi, dit l’amiral de Gueydon, le décret d’assimilation a été la cause déterminante de l’insurrection : les Musulmans en ont été extrêmement froissés.

Haines de classes et de races, intérêts froissés, dit le capitaine Villot, jalousies et ressentiments : telles furent les conséquences de ce décret malheureux. Les indigènes musulmans furent écœurés de voir élever à la dignité de citoyens français leurs ennemis séculaires, des gens qu’ils considèrent comme lâches, serviles et méprisables. « Pourquoi donc cette préférence ? dirent-ils : est-ce que les Juifs ont, comme nous, prodigué leur sang en Crimée, en Italie, au Mexique ? est-ce qu’ils ont dix mille des leurs prisonniers en Allemagne ? »


M. de Prébois, chef d’escadron en retraite, ancien représentant de l’Algérie en 1848, était plus sévère encore


Au moment où un comité dit républicain ou de défense obtenait la naturalisation en masse des Juifs, c’est-à-dire, de la partie la moins intéressante de la population algérienne, et à coup sûr la plus dérisoire au point de vue de la défense, l’insurrection des populations arabes et kabyles y répondait.

Quand ils apprirent le décret de M. Crémieux qui naturalisait les Juifs, leur exaspération se transforma en profond mépris pour les Français, qui s’étaient abaissés jusqu’à envoyer des délégués aux Juifs de Bordeaux pour solliciter leur assimilation à une race méprisée. Alors les premiers symptômes de soulèvement se manifestèrent. Pour qui connaît ces races indigènes, fières et belliqueuses, il est de toute évidence que leur orgueil fut révolté de se voir menacées d’être subordonnées aux Juifs. Les Français, à leurs yeux, descendaient au niveau des Juifs.


L’Akhbar disait de son côté, à la date du 25 novembre 1872 :


La naturalisation des Juifs a été une des causes principales de l’insurrection : elle a jeté l’insulte à la face du peuple musulman, en proclamant la suprématie du Juif indigène sur l’Arabe et sur le Kabyle.


L’insurrection éclata quand les populations musulmanes virent, à la fin de janvier 1871, les Israélites faire les fonctions de jurés. Le Kalifa de la Medjana, Sidi-Mokrani, en renvoyant la croix d’officier de la Légion d’honneur, fit savoir qu’il aimerait mieux mourir les armes à la main que de tolérer l’affront fait à sa race en plaçant les Israélites au-dessus d’elle.

En face du Juif oblique comme Crémieux, qui trahit le pays qui s’est confié à lui, il faut placer la noble et loyale figure de notre ennemi Sidi-Mohammed-Ben-Ahmed-el-Mokrani.


II


Mokrani est la plus complète personnification de ces grands seigneurs arabes, tels que Fromentin s’est plu à nous les montrer sous les ciels aux tons fins qu’il peint si bien, à nous les raconter dans ses livres pleins de couleur. Passionnés pour les belles armes et les beaux chevaux, superbes sur leurs étriers dans les brillantes fantasias, graves et dignes au seuil de leurs tentes en souhaitant la bienvenue à leurs hôtes, fastueux quand ils traitaient nos officiers, ces chefs, après de longues résistances, avaient été fascinés et séduits par la bravoure de nos soldats ; ils étaient fiers de porter sur leur burnous la Légion d’honneur, cette fleur aujourd’hui flétrie, cet emblème désormais prostitué, qui jadis signifiait courage, talent ou vertu. Ennemi terrible, ami sincère, Mokrani était digne de vivre au temps de Yousouf-ben-Ayoub-Salah-Eddyn et de combattre avec des chevaliers croisés.

Quand un officier français transmit au Bach-Aga le décret de Crémieux, il cracha dessus et le retourna à l’envoyeur, en disant simplement : « Je n’obéirai jamais à un Juif ! »

Cet homme, qui avait toutes les générosités, ne voulut pas attaquer la France aux prises avec l’Allemagne ; il attendit chevaleresquement que nous pussions disposer de toutes nos forces pour lutter. Ce fut alors qu’il renvoya sa décoration au général Augeraud, et qu’en le remerciant courtoisement des égards qu’il lui avait témoignés, il lui adressa la déclaration de guerre qui se terminait par ces mots : « Si j’ai continué à servir la France, c’est parce qu’elle était en guerre avec la Prusse et que je n’ai pas voulu augmenter les difficultés de la situation. Aujourd’hui, la paix est faite, et j’entends jouir de ma liberté. »

Mokrani tomba en héros ; il se fit tuer, ne voulant ni servir la France déshonorée, ni combattre plus longtemps un pays qu’il avait aimé, un pays dont il avait été l’hôte dans les fêtes de Compiègne et de Fontainebleau.

Sidi-Mokrani n’avait pas obéi à des Juifs. Parmi les officiers français que la fatalité des temps où nous sommes avait réduits à la triste nécessité de mettre leur épée au service de ceux qui vivaient d’usure et de vol, beaucoup pleurèrent et peut-être envièrent le sort du cheik sans faiblesse et sans peur.

Ce furent nos pauvres soldats, nos fils de mères chrétiennes, qui furent obligés de se faire tuer pour assurer les droits de citoyens aux usuriers d’Algérie, qui ne daignaient même pas défendre les privilèges qu’on leur avait accordés.

Sauf des exceptions fort rares, dit M. du Bouzet, l’Israélite indigène ne peut devenir soldat : la guerre n’est point dans ses mœurs. Il lui faut trois mois pour apprendre à tirer un coup de fusil sans tomber à la renverse : combien plus pour entendre siffler les balles sans prendre la fuite Or vous n’ignorez pas, Messieurs, qu’en cas d’insurrection arabe, tous les Français d’Afrique doivent prêter un concours actif à nos soldats. Fera-t-on une exception en faveur des Israélites devenus citoyens ? Ce privilège serait injuste. Marcheront-ils avec les vrais Français ? Leur esprit si peu militaire sera d’un dangereux exemple. Enfin, qu’ils se battent ou qu’ils s’enfuient, leur présence dans nos rangs suffira pour ébranler la fidélité de nos auxiliaires musulmans et pour exaspérer l’ennemi.


L’Exposé des motifs ne permet pas de doutes sur ce point :


Lors de l’insurrection arabe, les Israélites ne se sont prêtés qu'avec une extrême répugnance au service militaire. Il a fallu les renvoyer d’autant plus vite, que les tirailleurs musulmans et les hommes des goums ne pouvaient accepter l’idée de faire le coup de feu contre leurs coreligionnaires arabes, en voyant des Juifs dans nos rangs. Ainsi, pour des raisons qui leur sont propres ou qui tiennent à leurs rapports avec d’autres races, les Israélites sont incapables du service militaire.


III


Les Juifs avaient eu peur : ils furent sans pitié. Les Arabes, qui s’étaient rendus sur la parole formelle, sur la parole écrite de nos officiers ; qui avaient des engagements signés par les généraux Lallemand, Bonvalet, Augeraud, furent exécutés, sans que nos officiers osassent protester contre ces infamies, qui les avilissaient eux-mêmes, qui détruisaient atout jamais le beau renom de loyauté de notre armée.

A Rebval, un malheureux Arabe avait conservé sur lui la lettre d’aman signée par nos généraux, et, naivement obstiné dans cette croyance qu’un soldat français ne manquait jamais à ses engagements, il la tendit à l’officier qui commandait le peloton d’exécution. L’autre, au lieu d’obéir à la voix de l’honneur et de faire exécuter quelques Juifs à la place de ce vaincu, eut le triste courage de commander le feu… Le pauvre Arabe tomba en soulevant au-dessus de sa tête, comme par une sorte de protestation silencieuse, le mensonge écrit d’un Français.

Ce qui est plus saisissant encore, c’est que les Arabes furent soigneusement exclus de l’amnistie : on amnistia des Français qui avaient assassiné, incendié ; on fut impitoyable pour ces hommes qui étaient aussi excusables d’avoir voulu reprendre leur indépendance, que nous le serions de nous révolter contre les Prussiens, si nous étions conquis par eux[44] Ce qui est intéressant, c’est de voir comment cette question se terminera devant l’Assemblée nationale. Vous croyez peut-être que, parmi ces catholiques qui forment la majorité, un homme va se lever, souffleter de son mépris le fanatique vieillard qui, dans l’intérêt des siens, a déchaîné l’épouvantable insurrection qui a coûté la vie à tant de Français ; vous supposez qu’une voix tout au moins s’élèvera pour rendre hommage à tous ces Arabes tués dans la guerre d’Allemagne, pour la défense d’un pays qui leur avait enlevé leur indépendance.

Vous connaissez mal les conservateurs catholiques : ils sont habiles avant tout ; ils n’osent déplaire à Rothschild, proclamer la vérité, montrer les choses telles qu’elles sont. Ils souriaient déjà d’un air malin dès cette époque, et semblaient dire : « Laissez-nous faire ! » Encouragés par le succès de leur habileté, ils sourient encore aujourd’hui, et, différents des braves gens d’autrefois qui sont morts en affirmant leur opinion, ils souriront encore d’un air de plus en plus malin sur la charrette qui les emmènera au supplice. Le « fin sourire » d’un politique conservateur, quel poème !

Le vrai malin, c’est Crémieux. C’est plaisir que de l’entendre expliquer à ses frères de l’Alliance israélite comment il s’y est pris pour empêcher le décret d’être rapporté ; il semble qu’on l’écoute marcher avec ces « chaussures de liège » dont parle Saint-Simon.

Fourtou est circonvenu. On entend, sans y assister, la conversation du chef de la Juiverie cosmopolite, qui déniaise ce petit avocat de Ribérac devenu député influent, qui lui explique ce que c’est que la Haute Ban- que, qui survit à tout, qui distribue les places grassement rétribuées d’administrateur de chemins de fer[45]. On aperçoit les yeux du Périgourdin qui s’allument. « Qu’est-ce que j’allais faire ? mon Dieu ? » s’écrie-t-il et, au lieu de presser la discussion du projet dont il est le rapporteur, il promet de la retarder.

Néanmoins, le décret d’abrogation avait été déposé par M. Lambrecht. ministre de l’Intérieur, et l’urgence déclarée. Quelques jours après, M. Lambrecht mourut subitement ; ce qui arrive parfois à ceux qui gênent Israël.

Fourtou, dont la conversation avec Crémieux avait décidément dessillé les yeux, et qui voyait déjà des milliers de jetons de présence passer dans ses rêves, avait perdu sa belle ardeur de rapporteur. Tout resta dans le statu quo, et l’Algérie fut abandonnée à son malheureux sort.

Pas un membre de la droite, je le répète, n’eut assez de clairvoyance patriotique pour porter de nouveau le débat à la tribune.

Crémieux avait réussi : il avait profité des catastrophes de la Patrie pour octroyer aux siens le privilège d’opprimer ceux qui valaient mieux qu’eux, et, bon gré mal gré, on avait régularisé l’empiétement au nom du fait accompli.

C’est là toute la politique des Juifs depuis 1791 : la guerre, la paix, l’insurrection, la réaction, tout leur rapporte. Ils avancent toujours, nous l’avons dit, à mesure que le pays recule.


IV


Il n’est point sans utilité de montrer maintenant ce qu’est devenue l’Algérie, grâce au décret Crémieux. Comme on devait s’y attendre, les Juifs sont les maîtres absolus du pays. M. du Bouzet prévoyait déjà ce résultat.


Les Juifs, disait-il, doivent inspirer à la population chrétienne, et par cela même au gouvernement, une crainte réelle. En effet, les Juifs ne forment qu’un seul et même parti. Ils sont complètement dévoués et soumis à leur autorité religieuse, et, comme il y a des divisions ailleurs et qu’il y a chez eux la plus parfaite union sous l’influence des chefs religieux qui les dirigent, ils porteront toujours d’un seul côté les forces dont ils disposent, et seront les maîtres des élections[46].


Les Juifs, disposant en souverains du pays, noient incessamment l’élément français sous des flots d’Israélites venus de tous les points de l’Afrique. En 1875, les habitants d’Oran, dans une pétition qui n’eut d’ailleurs aucun succès, constataient qu’il ne devait y avoir que 500 électeurs Israélites inscrits sur les listes électorales du 31 mars 1875, mais qu’au dernier moment on y avait adjoint 1082 Juifs barbaresques, qui n’avaient aucun titre à voter.

On devine ce qu’est cette tyrannie du Juif, se vengeant du mépris qu’il a mérité et subi pendant tant de siècles. Il y a là-bas un potentat, à la fois grotesque et affreux, Kanoui, celui qu’on appelle le Rothschild d’Oran ; il mène tout le département : le préfet est son humble esclave ; tous les agents du gouvernement sont à sa disposition.

Dans la séance du 23 novembre 1885, la discussion de l’élection de Thomson, petit-gendre de Crémieux, un des plus vils parmi les Juifs que Gambetta traînait après lui, fournit à M. Andrieux l’occasion de montrer ce qu’était cette ignoble population.

Les Juifs de Constantine trafiquent de leur vote, ouvertement, en plein jour ; ils se vendent pour deux ou trois francs en moyenne.


Dès que la mairie, disait M. Andrieux, a distribué les cartes électorales, c’est-à-dire, cinq ou six jours avant l’élection, on fait un pointage soigneusement établi d( Israélites qui figurent sur les listes électorales ; on leur adresse des courtiers, qui viennent les trouver et réclament leurs cartes. Les Juifs donnent leurs cartes et reçoivent des arrhes sur le prix convenu. Le courtier emporte les cartes et les empile dans un magasin ; le jour du vote, les Juifs viennent les chercher ; elles leur sont remises ; on forme des groupes de quatre à cinq personnes, que l’on fait accompagner par des surveillants jusqu’à la porte de la mairie, et ce n’est qu’à leur sortie qu’on leur compte le complément du prix. C’est ainsi qu’ont voté presque tous les électeurs israélites de Constantine ; je ne dis pas seulement de la ville de Constantine, mais de la province tout entière.


Les députés ainsi nommés s’appellent des députés cachirs.

De temps en temps la presse divulgue quelques-unes des monstrueuses exactions que le gouvernement républicain commet là-bas, d’accord avec les Juifs.

Le projet Tirman-Waldeck-Rousseau-Kanoui ne visait à rien moins qu’à l’expropriation pure et simple des Arabes au profit des Juifs.

La Chambre, à la grande colère des opportunistes, hésita devant l’énormité d’un tel acte, et refusa les cinquante millions que demandait, avec toutes sortes de paroles insidieuses, Tirman, l’ami des Juifs, qui avait fait le voyage tout exprès afin de décrocher cette riche proie, pour l’exploitation de laquelle un Crédit foncier était déjà constitué.

Le cœur se serre lorsqu’on pense à ce que pourraient faire de ces peuples des hommes qui seraient, pour ces frères cadets de la famille humaine, des aînés compatissants et bons.

On ne sait pas quel sentiment de reconnaissance éveille dans le cœur de l’Arabe tout acte qui est honnête et droit.

J’ai eu quelque temps pour secrétaire un ancien déporté de Lambessa. C’était le portrait parlant d’un des personnages du tableau si philosophique, si spirituellement observé, de Béraud : A la salle Graffard. Ces crânes en cône, qui ont comme une déviation du sens de l’idéal, sont malléables dans la jeunesse et facilement envahis par les vapeurs de tous les systèmes ; ils s’ossifient plus tard, et la vapeur, l’idée fausse, la doctrine erratique, restent là prisonnières. Doux d’apparence, têtus comme des mules, ces êtres-là résistent à tout. La vie épuise sur eux ses rigueurs sans les changer.

La vie, mon pauvre compagnon de travail avait appris à ses dépens ce qu’elle peut contenir d’amertumes. Traîné à travers la France, les menottes aux mains, tandis que les hommes qui ont profité de la République servaient l’Empire ou faisaient de l’opposition à l’eau de rose ; mis au silo, cassant des cailloux sous le soleil, puis courant après un morceau de pain dans les rues do Paris, il n’avait eu qu’un moment heureux, le court moment où, après l’amnistie impériale, il avait été chargé de régir un immense domaine, dont les concessionnaires n’habitaient pas l’Algérie.

Parfois, après lui avoir dicté quelques pages réactionnaires, je lui disais : « Bourrez une pipe et parlez-moi de l’Algérie ! »

Alors la pensée de cette victime de la politique, de ce sectaire si durement traité par la Destinée, aux prises chaque jour avec la misère noire, grelottant l’hiver sous sa redingote râpée qu’il gardait propre quand même, s’en allait vers l’Afrique, vers les souvenirs des nuits claires passées à la belle étoile, vers les parfums des jardins, vers les silences profonds, vers ces grands espaces surtout où, débarrassé de toutes les vexations sociales, l’homme semble revenu à l’état édénique et se promène à travers ces étendues que nul ne songe à lui disputer.

Même à Paris, cet Africain d’adoption avait reçu des témoignages d’affection des Arabes, et, là-bas, il avait été aimé d’eux autant qu’il les aimait lui-même. Pourquoi ? Parce qu’il avait été probe, parce qu’il avait été juste, et que la justice, là plus encore qu’ailleurs, impressionne des gens qui n’y sont pas habitués.


V


Une consolation cependant se dégage du spectacle de tant de tristesse.

C’est par l’Algérie, peut-être, que commencera la campagne antisémitique française.

De sourdes colères s’amassent dans le cœur de ces Arabes si durement foulés aux pieds par les Juifs. Des paroles qui parlent d’une revanche prochaine, s’échangent dans l’ombre, et si l’Alliance antisémitique universelle envoyait des agents de ce côté, nul doute qu’elle n’arrivât à un résultat.

En beaucoup de localités, les Européens refusent d’admettre les Juifs dans leurs lieux de réunion.

Les troubles du mois de juillet 1884, à Alger, eurent une importance exceptionnelle et constituèrent un véritable commencement de soulèvement antisémitique.

Les journaux parisiens, on le comprend, ne parlèrent de ces scènes significatives qu’à mots très vagues, comme ils parlent de tout à ce peuple qui se croit en avance sur l’univers et qui est moins informé de tout ce qui se passe que le dernier bourgeois de Liverpool ou d’Augsbourg.

Effrayé par une émeute de trois jours et par l’assaut donné aux maisons juives, le Consistoire, moins arrogant que de coutume, démentit énergiquement les insultes vomies par les Israélites contre la France.

« Les Français sont des lâches : ils ont capitulé en 1870. »

Tels sont, d’après le Petit Colon lui-même, qui était favorable aux Sémites, les propos qui avaient exaspéré la population.

Il est impossible de comprendre la monomanie qu’ont les Juifs, qui n’étaient pas Français en 1870, de nous reprocher nos malheurs dans la guerre prussienne. Nous avons déjà constaté cette impudence à propos des officiers dits capitulés ; nous la retrouvons dans les journaux radicaux parisiens rédigés par des Juifs, où ce sont des fils d’Allemands et des naturalisés qui injurient le plus violemment nos généraux vaincus.

La manie vaniteuse qui pousse les Juifs à se faire décorer sans aucun droit, excita une nouvelle émeute à Alger, en juillet 1885. Tirman, l’homme des Juifs, avait accordé la croix de la Légion d’honneur à un nommé Jacob Jaïs, adjudant des pompiers, absolument indigne de cette distinction. Les pompiers protestèrent, et, pour ne plus servir avec Jaïs, allèrent solennellement, aux applaudissements de la population, déposer leur fourniment dans la cour de l’Hôtel de Ville.

Tirman n’avait pas craint d’affirmer un fait faux dans un document public, en attribuant vingt ans de services à Jaïs, qui en comptait six à peine. Quelques mois avant sa nomination comme chevalier de la Légion d’honneur, Jaïs avait été l’objet d’une poursuite correctionnelle pour agression contre un vieillard. Voilà des actes que ratifie le Conseil de la Légion d’honneur, où figurent des généraux français !

Il faut ajouter que la presse algérienne n’est point servile envers les Juifs, comme notre presse parisienne. Les journalistes de là-bas, malheureusement dépourvus de ces croyances religieuses qui donnent seules la force d’accomplir les grands desseins, ont, pour la plupart, infiniment plus de talent, de verve, et surtout d’indépendance que les écrivains de Paris ; ils disent ce que tout le monde pense ici et ce que personne n’ose dire. Beaucoup de jeunes gens, désespérant de se faire une place à Paris, où tout ce qui n’est pas enrôlé dans la bande juive est condamné à mourir de faim, ont été chercher sur la terre africaine, un endroit écarté « où d’être homme d’honneur on ait la liberté ».

Le Fanal, le Courrier d’Or an, le Courrier de Bône, le Petit Algérien, le Mont-Atlas, adressent incessamment à la mère patrie des appels, qui, hélas ! ne sont pas entendus.

Le Courrier d’Oran écrit à la date du 8 mai 1882 :


Le plus grand pas dans la voie impolitique qui tend à nous désaffectionner l’indigène musulman, a été fait sous les auspices de la République actuelle, par la Délégation de Tours, qui a décrété la naturalisation en masse des Juifs indigènes, en s’inspirant, d’une façon bien inopportune, des idées d’égalité qui dominent en France depuis 1789.

Cette mesure, nous a fait grand tort dans l’esprit des indigènes, qu’elle a blessés cruellement. Elle n’était justifiée par aucune nécessité, pas plus que par les mérites de ceux qui ont profité de cette faveur exceptionnelle : car, si la race juive a conservé quelque part le caractère qui lui vaut le mépris des autres peuples, c’est bien ici.

On dirait que c’est pour les Juifs que la France a entrepris la conquête de l’Algérie.

Tirés par nous de l’ignorance où, sous la domination arabe, ils étaient maintenus par des préventions séculaires^ ils envahissent insensiblement notre société, non pour s’assimiler à elle, mais pour rester une caste à part, qui veut dominer. Ils pénètrent partout, audacieux et arrogants ; la fortune publique passe dans leurs mains usuraires, et, comme si ce n’était déjà trop, ils briguent les fonctions électives avec un succès menaçant. Leur insolence, si prompte à se manifester, n’a déjà plus de bornes, et, dans nos principales villes, ils tiennent le haut du pavé, humiliant sans vergogne notre vieille fierté gauloise. Tel est le maître que notre politique sentimentale nous a donné, et à l’unique profit de qui, jusqu’à présent, le sang français a coulé sur la terre d’Afrique.


C’est rendre un véritable service à la France, à laquelle la presse parisienne cache obstinément la vérité, que de lui montrer l’état réel de la colonie. Lorsque éclatera la plus formidable insurrection dont jamais l’Algérie ait été le théâtre, les Français pourront se dire qu’un écrivain au moins les a prévenus.


CHAPITRE TROISIÈME


L’Alliance israélite universelle, son organisation, sa puissance. — La presse israélite. — Juifs d’Allemagne et Juifs de France. — Le Bulletin de l’Alliance. — Les contributions volontaires. — Le testament de Crémieux. — Ce qui est captation et démence sénile chez un Chrétien, est un acte de générosité intelligente et réfléchie chez un Juif.


I


La grande œuvre de Crémieux, en effet, c’est l’Alliance israélite universelle, et il a eu raison de dire, à son point de vue, qu’elle était « l’institution la plus belle et la plus féconde qui ait été fondée dans les temps modernes ».

On ne peut rêver d’instrument de domination plus puissant, et l’on s’explique qu’elle gouverne le monde.

L’Alliance, telle qu’elle est constituée actuellement, ne date que du mois de juillet 1860 ; sa première assemblée générale eut lieu le 30 mai 1861. En réalité, elle fonctionnait déjà à l’état latent depuis de longues années ; mais les Juifs, sûrs de leur victoire, éprouvèrent le besoin d’avoir un pouvoir officiel, une représentation effective de leur nation, qui pût parler en leur nom à l’Europe.

La constitution de l’Alliance est fort simple en apparence. Tout Juif peut faire partie de l’Alliance, moyennant une faible cotisation de six francs par an.

L’Alliance est gouvernée par un comité central, qui se composait d’abord de 40 membres et qui en compte maintenant 60, les Juifs étrangers ayant trouvé qu’ils n’étaient pas assez représentés. Le comité central réside à Paris ; il correspond avec les comités régionaux ou locaux. Les membres du comité sont nommés pour neuf ans parle vote universel des membres de l’Alliance, renouvelables par tiers tous les trois ans et indéfiniment rééligibles ; ils élisent, chaque année, parmi eux, un bureau, composé d’un président, de deux vice-présidents, d’un trésorier et d’un secrétaire général.

Un comité peut être constitué dans toute localité où la Société compte dix adhérents, et les comités régionaux constitués dans tout pays où il existe plusieurs comités locaux.

Les comités locaux et régionaux agissent par eux-mêmes dans les questions d’un intérêt purement local, mais sous leur propre responsabilité.

Ils transmettent au comité central et en reçoivent lea communications sur tout objet intéressant la Société.

Ils provoquent et recueillent les souscriptions, et en versent le produit dans la caisse du comité central. Le comité central est composé, en ce moment, de la manière suivante :


Membres résidant à Paris. — MM. Isidor, grand rabbin de France, président honoraire ; Goldschmidt président ; Joseph Derenbourg, vice-président ; Narcisse Leven, vice-président ; Kann, secrétaire général ; Leonce Lehmann, trésorier délégué ; Astruc, grand rabbin ; Bédarrides ; Jules Carvallo ; Abraham Créhange ; Hartwig Derenbourg ; Michel Erlanger ; baron M. de Hirsch ; Zadoc Kahn, grand rabbin ; Edouard Kohn ; Ernest Lévi-Alvarès ; Théodore Lévy ; Eugène Manuel ; Jules Oppert ; Eugène Pereire ; Joseph Reinach ; Jules Rosenfeld ; Victor Saint-Paul ; Louis Singer ; E.-F. Veneziani ; Hippolyte Rodrigues, membre honoraire.

Membres ne résidant pas à Paris. — MM. Dr Adler, grand rabbin, à Cassel ; Dr Baervvald, à Francfort-sur-Mein ; Dr Bamberger, rabbin, à Kœnigsberg ; comte A. de Camondo, à Constantinople ; Israël Costa, rabbin, à Livourne ; Alexandre-A. Daniels, à Amsterdam ; Samuel Dreyfus-Neuman, à Bâle ; Moses-A. Dropsie, à Philadelphie ; Dr Dunner, grand rabbin, à Amsterdam ; Dr Feilchenfel, rabbin, à Posen. ; Dr Frank, rabbin, à Cologne ; Dr Fuld, avocat, à Francfort-sur-Mein ; Dr Grœtz, professeur, à Breslau ; sir Julian Goldsmith, Bart, à Londres ; Myer-S. Isaacs, à New-York ; Dr Josephthal, avocat, à Nuremberg ; Eude Lolli, grand rabbin, à Padoue ; H. Magnus, à Leipzig ; Maroni, grand rabbin, à Florence ; Dr S. Neumann, à Berlin ; J. Oppenheim, à Bruxelles ; Dr Philippson, rabbin, à Bonn ; Esdra Pontremoli, rabbin, à Verceil ; Dr Leone Ravenna, à Ferrare ; Simon C.-Salomon, à Metz ; Dr A. Salvendi, rabbin, à Durkeim, a. d. H ; Philipp Simon, à Hambourg ; le chevalier Joseph de Wertheimer, à Vienne ; Dr A.-A. Wolff, K. D., grand rabbin, à Copenhague.


Le nombre des adhérents est de 28, 000 environ. Le budget ostensible dont dispose l’association, est d’un million de francs ; mais les ressources réelles, on le comprend, sont à peu près illimitées.

Disposant, par l’argent, de toute la grande presse européenne, sauf de rares exceptions, et agissant par elle sur les peuples, les Israélites n’en ont pas moins des centaines de journaux qui s’adressent uniquement aux fils de leur race et les entretiennent des destinées qui les attendent.


II


L’Alliance est absolument étrangère à l’idée de patrie dans le sens que nous prêtons à ce terme ; il serait superflu d’insister sur ce point. Quelques mots de Crémieux résument l’esprit de l’institution plus nettement que nous ne pourrions le faire :

L’Alliance n*est pas une Alliance française, ailemande ou anglaise : elle est juive ; elle est universelle. Voilà pourquoi elle marche, voilk pourquoi elle réussit.

Rien ne montre plus clairement les sentiments qui animent les membres de l’association que les effusions auxquelles les Juifs français allèrent se livrer, entre les bras de leurs frères d’Allemagne, quelques mois avant la guerre de 1870. Écoutez Crémieux vous racontant la séance du 3 février 1870, cette scène idyllique qui eut lieu à propos d’une souscription organisée en faveur des Juifs de la Pologne russe.

Tous y vont : Goldschmidt, le vice-président, « toujours empressé quand il faut payer de sa personne et de sa bourse » ; Albert Cohn, « toujours dévoué » ; et Leven, « qui sanctifiait ainsi son grand deuil ». C’est une vraie fête de famille, un bouquet de fleurs jaunes.


Il n’y avait dans notre réunion que des Juifs. Ai-je besoin de vous rappeler que nous étions en Allemagne, dans ce grand pays de savoir et d’intelligence où les esprits, en apparence calmes et froids, se passionnent si noblement pour les idées du Beau et du Bien ; que nous étions à Berlin, dans ce grand foyer de science que les triomphes sur les champs de bataille viennent de grandir avec tant d’éclat, et que dans notre réunion étincelaient les grandes lumières de l’intelligence ! (Applaudissements.)


Cette réunion eut l’importance historique du fameux convent de Wilhemsbad où furent résolues la mort de Louis XVI et celle du roi de Suède. Ce fut là qu’on décida l’écrasement de la France, qui devait rapporter tant de milliards à la finance Israélite, et, en désorganisant pour longtemps notre cher pays, permettre aux Juifs d’envahir toutes les situations importantes et d’en chasser tous les Français.


III


On devine, en effet, de quel poids pèse dans le plateau de la balance le concours de ces hommes de toutes les nationalités étroitement unis entre eux, obéissant docilement à un mot d’ordre. Gambetta rêva sans doute un moment d’avoir à son tour dans la main ce levier qui se déplace selon l’intérêt du moment ; mais l’Allemagne, avec sa forte organisation, son personnel d’officiers sévèrement fermé aux Juifs, son patriotisme clairvoyant et solide, est autrement difficile à entamer que cette France qui choisit pour la gouverner le premier étranger venu.

L’Alliance israélite traite d’égal à égal avec les puissances ; elle envoie des notes, des protestations, des ultimatums, que les souverains reçoivent avec une docilité exemplaire. Nous avons montré à nos lecteurs, à propos de la question de la Roumanie, la politique extérieure que Crémieux avait fait accepter du gouvernement républicain. Sous le prétexte, assurément bizarre, que la France, au temps où elle avait son bon sens et où elle comptait dans le monde, a été la seule nation de l’Europe qui ait extirpé complètement les Juifs de son sein, Crémieux prétendait que nous étions les pères, les champions, les tuteurs nés de tous les Israélites de la terre.

Cette thèse a fini par ne plus soulever de contradictions, et dès qu’un Juif est emprisonné pour vol dans quelque coin de la planète, nos ambassadeurs, nos consuls, nos chanceliers, nos drogmans s’agitent, se remuent, trottent, rédigent des mémoires, formulent des protestations. Au zèle déployé l’on voit tout de suite quels sont les membres du corps diplomatique qui auront de l’avancement. Mellinet, ministre de France en Roumanie, puis en Perse, se multiplie à Téhéran ; Tissot se met en quatre au Maroc pour mériter d’être envoyé à Constantinople, puis en Angleterre ; mais Roustan les surpasse tous à Tunis.

Crémieux, dans son testament, tint à laisser publiquement une preuve de sa sollicitude à l’Alliance isrâélite.


Je lègue, écrivait-il, une somme de 10,000 francs à l’Alliance isrâélite universelle. Comme l’Alliance n’est pas une société légalement autorisée, j’impose à mes enfants l’obligation de compter, dans les trois mois de mon décès, au président de l’Alliance israélite universelle cette somme de dix mille francs, dont l’emploi sera fait selon la décision que prendra le Comité central.


Les catholiques n’eurent garde de blâmer cette disposition. Quel droit plus sacré que celui de disposer d’une partie de son patrimoine en faveur d’une cause qu’on a servie toute sa vie, de se survivre en quelque sorte par sa fidélité à une idée qui vous a été chère, de s’associer par delà le tombeau à des labeurs et à des préoccupations qui ont été les vôtres ?

Supposez que je lègue dix mille francs à l’ordre des Bénédictins, chez lesquels j’ai passé un mois charmant dans ma jeunesse, dont les travaux littéraires et historiques se rapprochent des miens : voyez-vous d’ici Lockroy ou Camille Dreyfus à la tribune. « Captation ! Messieurs, bien de main morte !… Cet homme sait que cette congrégation n’est pas autorisée, et il lui lègue tout de même. Peut-on imaginer un mépris plus profond pour les lois ? Voilà ce qu’enseigne le Syllsibus ! Vous n’admettrez pas qu’un Français puisse enrichir un ordre dans lequel il y a des étrangers[47]) ! »

Pour ces gens-là, en effet, et pour la majorité républicaine suspendue à la poche des financiers juifs, les membres du comité central qui habitent Berlin, Munich, Hambourg, ne sont pas des étrangers, et, si on les pressait un peu, ils finiraient par avouer qu’il n’y a que les Juifs qui soient chez eux en France…


LIVRE CINQUIÈME

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PARIS JUIF ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE


Dans vingt ans, je ne sais pas comment diable un Chrétien fera pour vivre.     Stern.


CHAPITRE PREMIER


Noblesse de cartes de visite et comtes de la Bourse. — Les ruines morales. — L’aristocratie. — La place qu’elle tient encore. — Sa bonté native, son absence de haine, son incurable frivolité. — Le besoin de s’amuser.


I


C’est un crayon que je veux tracer, et non un tableau que je prétends peindre.

Ce qu’on entend par une société, c’est-à-dire, un ensemble de lois, d’usages, de traditions, n’existe plus. Ce qui paraît tenir debout, n’est qu’un décor qui ne résiste pas à l’examen. On vit dans un perpétuel mensonge, et il est difficile, pour l’observateur, de raisonner d’après des apparences de situations et des étalages de sentiments qui, la plupart du temps, sont absolument faux.

Au premier abord, néanmoins, rien ne semble changé ; les noms en évidence sont des noms de la vieille France, et ce n’est pas un des phénomènes les moins étranges de notre époque que de constater quelle vitalité il y a dans cette noblesse, à laquelle il n’a jamais manqué que de croire à elle-même, pour jouer le même rôle qu’en Angleterre.

Cent ans bientôt seront écoulés depuis qu’on a proclamé les hommes égaux, qu’on a brillé solennellement au Champ-de-Mars l’arbre symbolique auquel étaient attachés tous les hochets de la féodalité, les tortils et les couronnes, les écussons et les manteaux de pairs, les parchemins et les généalogies. L’aristocratie actuelle n’a aucune place dans l’organisation contemporaine, elle n’a rien tenté pour en mériter une ; elle contient, en outre, un élément fort considérable de noblesse de cartes de visite, sans compter le nombre incroyable de fils d’acheteurs de biens nationaux qui se sont anoblis en prenant le nom de la terre que leur grand-père avait volée, après avoir fait guillotiner le propriétaire légitime.

En réalité cependant, en dépit de tant de scandales colportés dans tous les journaux, l’aristocratie n’a pas complètement perdu tout son prestige dans ce siècle qui se croit si profondément démocratique. Un duc authentique, par ce seul fait qu’il est duc, est quelque chose ; il trouve à monnoyer son titre, à se marier richement. Cette improvisation fabuleuse d’un petit lieutenant d’artillerie créant des duchés, des comtés, des baronies, a été prise au sérieux, s’est greffée facilement sur la noblesse ancienne, qui s’était constituée comme elle par l’héroïsme militaire.

Il y a plus : cette descente de la Courtille héraldique, cette noblesse qu’on a appelée la noblesse de l’Almanach de Golgotha, cette invraisemblable éclosion de financiers se déclarant comtes et barons, non pas à la suite de services rendus au pays, mais à la suite de tripotages de Bourse, n’excite déjà plus la gaieté des premiers temps ; on sourit, sans doute, quand on entend prononcer le nom du comte de Camondo ou du baron de Hirsch, mais on s’y accoutume presque.

L’aristocratie, loin de trouver la France nouvelle hostile, ou simplement indifférente comme l’Amérique, correspondait tellement aux mœurs et aux habitudes du pays, faisait si bien corps avec lui, qu’elle n’aurait eu qu’à le vouloir pour être une puissance sinon un pouvoir ; une influence considérable, sinon une autorité reconnue. Là encore elle a été au-dessous de sa tâche, elle s’est montrée inhabile à tout.

A la première Révolution, quarante mille gentilshommes, habitués dès l’enfance au maniement des armes, disposant de toutes les situations considérables, tous braves personnellement, ont commencé par préparer le mouvement qui devait les emporter, en embrassant avec chaleur les idées nouvelles ; puis, au lieu de se concerter, ils ont fui devant une poignée de scélérats.

Excepté le prince de Talmont, il n’y eut pas un seul véritable grand seigneur en Vendée ; jamais un prince du sang n’y parut, et l’injure jetée à la face du comte d’Artois par Charette prêt à mourir est restée dans toutes les mémoires.


II


Aussi riches et presque aussi puissants aujourd’hui qu’au moment de la Révolution, les descendants de ces hommes frivoles laissent périr la France avec la même insouciance et ne font rien pour lutter.

A quoi tient cette radicale impossibilité de l’aristocratie française d’être utile à quelque chose ? Beaucoup de ceux qui la composent sont, par la générosité du cœur, par l’élévation des sentiments, restés l’élite de la société. On rencontre çà et là, dans la noblesse et dans la haute bourgeoisie, de magnifiques dévouements : il existe là des saints et des saintes inconnus ; des femmes jeunes, admirablement belles, soignant des malades ; des œuvres soutenues avec une charité sans égale. Tout cela sans bruit, avec la crainte même de la publicité. C’est dans ces classes que se recrutent ces créatures célestes qui intercèdent Dieu pour nous. Si Paris a ses dessous que le regard ose à peine sonder, il a aussi ses dessus que bien peu connaissent, ces dessus où vivent de nobles âmes que le Ciel voit plus que nous ne les voyons, car elles sont plus près de lui que de la terre où nous rampons.

Individuellement, je le répète, le véritable noble est généralement très bon. Il fait du bien ; mais, au lieu de s’en vanter grossièrement, comme le Juif, qui bat la grosse caisse dès qu’il a donné cent sous, il cache ses bienfaits avec une délicate pudeur. En province, il y a rarement des pauvres autour des châteaux habités par d’anciennes familles. Dans un petit coin du Forez, que j’ai eu l’occasion d’habiter, le baron de Rochetaillée, par exemple, pour ne citer que ce que j’ai vu, ouvre un compte à tous les habitants indigents chez le boulanger et le boucher, il assure le nécessaire à tous. Il est impossible de mieux remplir les fonctions de ce riche que Tertullien appelle « le trésorier de Dieu sur la terre ». Les radicaux, pour récompenser cet homme généreux, l’accusent d’enlever le goût du travail à ceux qu’il oblige, en les nourrissant, et ils espèrent bien, à la prochaine révolution, le guillotiner pour ce motif.

Ceci, j’en suis convaincu, est absolument indifférent au baron de Rochetaillée. L’ingratitude est parfaitement égale à ces âmes. Le noble, le représentant complet de la race aryenne affinée et comme spiritualisée, est étranger à tout sentiment de rancune. Le Christianisme, joint à une manière de penser naturellement grande, a détruit dans ces cœurs tout ressentiment des injures. Le Juif tient à la disposition de ses ennemis tout ce que, selon le mot de Goncourt, « une race éclaboussée par le sang d’un Dieu peut avoir de fiel recuit depuis dix-huit cents ans » ; le noble, lui, n’a ni fiel ni haine.

On a cité cent fois ce mot imbécile et charmant de Charles X, au moment de signer une nomination à une recette générale :

— Je dois prévenir Votre Majesté que c’est le fils d’un régicide.

— On ne choisit pas son père.

Il est vrai que la place qu’il accordait au fils d’un régicide, le roi l’aurait refusée au fils d’un chouan qui serait mort pour sa cause. L’oubli des services rendus, chez les Bourbons et chez tous ceux qui appartiennent à ce parti, a toujours été égal à l’oubli des offenses.


III


En dehors de quelques personnalités éclatantes, comme Montalembert, Falloux, le duc de Broglie, le comte de Mun, le cerveau de l’aristocrate est d’ordinaire très faiblement organisé. Il y a plus d’énergie intellectuelle, de volonté, de ténacité dans les desseins, chez le dernier Juif de Galicie que dans tout le Jockey-Club. Sur tous les membres des grands cercles, vous n’en trouveriez pas dix qui aient lu Joseph de Maistre ; tous les contre-maîtres, la plupart des ouvriers de Paris ont lu et étudié Karl Marx. Dans le logement de ces jeunes artisans, qui n’ont pour s’instruire que la soirée après une journée de fatigue, vous trouverez un commencement de bibliothèque, des volumes lus, relus, annotés.

Cette absence de toute culture intellectuelle sérieuse enlève à l’aristocratie la notion de son rôle supérieur dans la société.

Le sentiment dominant dans l’aristocratie française et dans la haute bourgeoisie, qui marche dans son sillage, c’est l’amour du plaisir, le désir de s’amuser.

La duchesse de Persigny était née dans un chapeau de Pierrot. Sa mère était accouchée au moment où le général de la Moskowa allait partir pour le bal de l’Opéra, et le père, à la hâte, avait recueilli la petite dans son grand chapeau aux rubans multicolores. Il semble que l’aristocratie française actuelle ait eu un semblable berceau : en dépit des avertissements sinistres qui ne lui manquent pas, elle éprouve comme des fourmillements dans les jambes quand elle est quelque temps sans danser.

Cette passion impérieuse livre, on le comprend, tous les grands seigneurs, pieds et poings liés, aux Juifs.


CHAPITRE DEUXIÈME


Les chasses juives. — Hirsch et nos officiers. — Le chartrier des La Trémoille. — Les Rothschild. — L’Union générale. — Le bal dea victimes.


I


La chasse est au premier rang des divertissements de bonne compagnie.

Cette passion a amené l’aristocratie à fréquenter les Juifs, à aller chez eux, à manger à leur table.

Ces forêts où ont chevauché les ancêtres, les conquérants hardis de la vieille Gaule, noire de bois, sont hantées encore par les légendes du passé. Les fées ont habité au bord de ces étangs, et c’est ici, peut-être, qu’au-dessus de la ramure d’un cerf, la figure de Jésus-Christ, toute resplendissante de clarté, apparut à saint Hubert.

L’âme de notre histoire ne parle-t-elle pas dans tous ces lieux ? Fontainebleau, à demi-païen, où les Nymphes de Jean Goujon semblent errer dans les allées, ne raconte-t-il pas François Ier, le Primatice, la poésie automnale de cette fin de règne où le paladin de Marignan vint chercher le repos dans ce palais, fait à l’image de l’Italie qu’il avait rêvé de conquérir ? Tout un monde ne ressuscite-t-il pas dans cette chambre des Cariatides où a Jean Goujon, dit Michelet, communique aux pierres la grâce ondoyante, le souffle de la France, sait faire couler le marbre comme nos eaux indécises, lui donne le balancement des grandes herbes éphémères et des flottantes moissons ? » Versailles ne dit-il pas tout un siècle en un mot, les brillantes cavalcades et les grandes dames dans les calèches que Louis XIV aborde chapeau bas, et les splendeurs de tout ce règne évanoui ?

Parfois, quand le soir tombe, cette vision des temps lointains vient à plus d’un duc, d’un marquis, d’un comte, honteux d’être le compagnon de tous ces coupeurs de bourse juifs que ses aïeux n’auraient pas regardés.

Fontainebleau est à Ephrussi, Versailles est à Hirsch, Ferrières est à Rothschild ; Oahen d’Anvers se manifeste aux Bergeries. Quant à Hirsch, qui fait aussi belle figure au faubourg, ce qu’il chasse de préférence, ce sont les officiers français.

Ce n’est pas un des spectacles les moins intéressants de notre époque que celui de ce baron de contrebande, protégé, encouragé dans sa folie maniaque par Dreyfus, l’ancien député juif de Seine-et-Oise, et disant à ses gardes : « Dès que passe un Français, tirez dans le tas ! » Ce tyranneau occupe même ce terrain d’une façon absolument illégale, puisque le conseil municipal de Versailles a protesté contre la cession qui lui en a été faite. N’importe ! il s’y conduit comme en pays ennemi. Les faits se passent à quelques lieues de Paris sans que personne ait jamais osé les porter à la tribune : la Gauche, on le sait d’avance, se lèverait en masse pour couvrir la voix d’un orateur qui oserait attaquer un financier juif.

Le seul journal républicain qui ait jamais parlé de ces indignités, c’est le Temps. Il est vrai que l’article emprunte à la modération bien connue de son auteur, M. Jules Claretie, un accent particulier.

Les journaux de Seine-et-Oise, écrit-il, sont, sans aller plus loin, remplis chaque semaine des exploits des gardes d’un gros financier qui a loué une partie du parc de Versailles.

Des allées où les enfants passent ! des fourrés où les promeneurs s’égarent ! des nids de verdure où l’on aimerait à se perdre, un livre à la main !

Un instant : attention à vous ! Il y a presque péril de mort ! Les gardes du baron Hirsch sont là tout près, le fusil chargé. Le Petit Versaillais, un journal du pays, conte que, l’autre jour, une ordonnance traversait à cheval l’avenue qui conduit du boulevard de la Reine à la porte Saint-Antoine. Deux beaux chiens de chasse suivaient, appartenant à des officiers. L’un d’eux entre sous bois : il revient bientôt avec la patte cassée et un œil crevé. L’autre disparaît dans une haie : il est tué raide. Le brigadier de gendarmerie a déclaré que M. le baron Hirsch donne à ses gardes un franc de prime par bête abattue, avec prescription d’assimiler aux fauves tous les chiens rencontrés dans sa chasse.

Mais sa chasse, c’est une propriété de l’État ! mais on devrait pouvoir prendre le frais dans sa chasse sans courir le risque de recevoir des grains de plomb dans le visage !

Un officier, la semaine passée, se promenait avec son enfant dans une allée en contre-bas d’un taillis. Tout à coup quelqu’un tire. Le plomb fait pleuvoir des feuilles criblées sur la tête du petit, et l’enfant a peur. Le garde, interpellé par l’officier, répond simplement : « J’ai tiré sur une fouine. Quand j’en rencontre, j’ai ordre de tirer. »


Avouez, entre nous, que ce garde a eu de la chance de tomber sur un officier contemporain ! S’il avait fait cette réponse à Kléber, à Desaix, à Marceau, à Pélis-Bierou à Bugeaud dans leur jeunesse, je crois que le baron Hirsch aurait passé un mauvais quart d’heure !


II


Ces sentiments si français ont naturellement concilié au baron et à la baronne de Hirsch la sympathie de notre aristocratie. C’est le prince de Sagan qui fait les honneurs de cette demeure, dans laquelle le général d’Abzac et le comte de Chabot jouent un peu le rôle de chambellans.

Le comte d’Andigné brigue l’avantage de conduire le cotillon dans les fêtes, tandis que le marquis de Massa se charge des intermèdes, et fait représenter là de petites pièces comme la Cicatrice.

Hirsch occupe à Paris une situation relativement supérieure à celle des Rothschild. Il est le baron, comme les autres sont les barons. Au rebours des Rothschild, qui tiennent à personnifier une collectivité, le baron tient à être seul, et laisse toute sa famille dans un demi-jour dédaigneux. Il n’a point la morgue et la hauteur des Rothschild, que l'on ose à peine aborder maintenant dans un salon ; parvenu réjoui, il est infiniment plus ouvert, plus rond que les princes d’Israël, et, somme toute, moins ridicule qu’eux. Il est insolent, sans doute ; mais son insolence est goguenarde et familière. Haut en couleur, les narines ouvertes, heureux de vivre quand il ne se roule pas dans d’atroces douleurs hépatiques, il est volontiers bonhomme, avec une pointe de raillerie ; il dit, par exemple, à de grands seigneurs qui viennent quêter chez lui pour des blessés carlistes : « Je veux bien vous donner quelques billets de mille francs, mais êtes-vous bien sûrs que cet argent ira aux carlistes ? »

Cette différence d’allures avec les Rothschild s’explique facilement. Les Rothschild ont hérité d’une situation sociale déjà créée par leurs parents, qui ont essuyé les premières rebuffades ; ils croient, jusqu’à un certain point, appartenir à l’aristocratie ; Hirsch, au contraire, croit que l’aristocratie lui appartient.

Cette place dans le monde élégant, qui lui faisait tant envie, Hirsch, en effet, l’a conquise petit à petit, par lui-même ; il sait le tarif de chaque scrupule et le prix marchand de chaque conscience. Si Bismarck a pu apprécier toute la lâcheté humaine dans les diplomates et les politiques à genoux devant sa fortune, il ne peut méconnaître les beaux côtés de l’humanité quand il songe à tant d’obscurs héros qui se sont sacrifiés pour la gloire de l’Allemagne. S’il avait dans son entourage les plus effrayants échantillons de la servilité, Gambetta pouvait se rappeler qu’au commencement de sa carrière, beaucoup d’êtres désintéressés et naïfs l’avaient soutenu en croyant aider au triomphe d’un principe. Hirsch n’a jamais vu dans sa vie un être humain qui se soit adressé à lui autrement que pour lui demander de l’argent.

Il a grandi à mesure que la France s’abaissait. Il y a quelques années à peine, les déclassés du monde eux-mêmes refusaient ses invitations ; aujourd’hui, les plus qualifiés sont heureux de monter le fameux escalier qui, disons-le en passant, ne justifie guère la bruyante admiration dont il est l’objet.

L’été, les séries se succèdent à Beauregard comme jadis à Compiègne. Parmi les plus assidus : la duchesse Decazes, la duchesse de Castries, la marquise de Beauvoir, la comtesse de la Ferronnays, la marquise d’Hervey de Saint-Denis, la comtesse de Chavagnac (aujourd’hui la comtesse de Pontevès), le marquis de Scépeaux, le comte de Béthune, le marquis de Fontenilles, la princesse Hohenlohe, la comtesse de Divonne, la marquise d’Aoust, le comte de Beust. etc., etc.

Dans ces fêtes d’ostentation, le Juif encore se révèle. Toute la chasse est vendue d’avance à des marchands de comestibles ; les hôtes du châtelain ne viennent guère faire là que le métier de tueurs, de garçons bouchers.

Autrefois, à Ferrières, quelques invités, désireux de rapporter à Paris les preuves de leurs exploits, éludaient la consigne et gardaient quelques pièces dans leur carnier. Le cas était prévu : guidé par un chien spécial admirablement dressé à cet usage, le baron James visitait les chambres pendant qu’on prenait le café, et confisquait impitoyablement tout gibier indûment conservé.

En toutes ces charges, qui rappellent l’ancienne vénerie comme Croquefer rappelait les Chansons de geste, figurent des noms de gentilshommes authentiques, qui font un singulier effet. Comme ils doivent s’étonner d’être là !

Avez-vous jamais vu, en allant au Bois dans l’après-midi, l’homme qui sert d’écuyer cavalcadour à la baronne de Rothschild ? C’est un vrai duc de la Trémoille. Lui-même, plus instruit que la plupart des membres de l’aristocratie, a classé, sans l’aide d’aucun paléographe, les papiers de sa famille, et, sous ce titre, le Chartrier de la Trémoille, il a publié un magnifique volume, qu’il n’a pas mis dans le commerce, et qu’il généreusement distribué aux bibliothèques et aux sociétés savantes.

Et regardez le contraste ! Cet homme qui a le souci de sa race ; qui, pareil à ces chevaliers qui préparaient d’avance le tombeau où ils devaient reposer morts, élève aux siens un monument digne d’eux, est le commensal assidu de ces rogneurs d’écus de Francfort, enrichis par les spéculations que vous connaissez.


III


Pour une partie de la noblesse, la maison de Rothschild joue le rôle que jouait autrefois la maison de France.

C’est une bizarre et curieuse destinée que celle de cette famille, à laquelle nous consacrerons plus tard une étude spéciale, et qui est si intimement liée à l’histoire de ce siècle. Nous ne voulons en prendre aujourd’hui que le côté qui touche à la vie mondaine. Là encore les Rothschild ont eu à lutter longtemps. Il y a quarante ans, l’aristocratie bondissait d’indignation à la seule pensée de voir les Juifs se mêler à elle.

En 1846, en l’honneur de l’arrivée à Baden d’un souverain étranger, on voulut organiser un bal. On nomma, pour régler les détails de la fête, trois commissaires, parmi lesquels M. Maurice de Haber. Les deux autres refusèrent d’avoir pour collègue un Juif, quoique ce collègue fût M. de Haber, le richissime banquier de Cologne, allié à la famille d’un maréchal de France, à la famille de Grouchy. M. de Haber envoya des témoins. Les commissaires refusèrent de se battre avec lui, et ne consentirent à croiser le fer qu’avec un de ses amis.

La ténacité juive, la patience à endurer les affronts et à feindre même de ne pas les apercevoir, vinrent à bout de tout. Le vieux James entra dans la société comme bouffon : il amusait ; on lui faisait répéter à chaque instant sa fameuse charade :

— Mon bremier il a tes tents, mon segond il a tes tents, mon troisième il a tes tents, et mon tout il est un fîlain dévaut.

— Le mot ! le mot ! criait-on.

Chalousie, répondait triomphalement le baron. C’est encore lui qui disait un jour que l’on parlait devant lui des hommes de paille :

Fui, l’homme de baille est une ponne geose pour les goguins ; ils vinissent douchours bar le vaire serfir de lit à leurs actionnaires.

Un jour, en jouant au whist dans un salon, le financier avait laissé tomber un louis par terre. Aussitôt il dérange tout le monde et prend un flambeau sur la table pour retrouver ses vingt francs.

— Laissez donc, mon cher ! dit d’Orsay : je vais vous éclairer. Et il alluma à la bougie un billet de mille francs, pour aider le baron à chercher son louis…

De nos jours, les Rothschild n’ont plus à redouter de rencontrer un d’Orsay dans l’aristocratie.

L’aristocratie, du moins celle qui figure dans les comptes rendus des journaux parisiens, est littéralement vautrée aux pieds des Rothschild ; elle regarde comme un honneur d’être reçue par eux, et la baronne Alphonse a pu dire ce mot prodigieux dans la bouche d’une Juive : « Je ne puis pourtant pas inviter tout le monde ! »


IV


Il y a dans cet avilissement quelque chose de véritablement incompréhensible.

Quel exemple plus frappant du degré où peuvent tomber des descendants d’illustres races, individuellement bons et généreux, mais faibles de caractère et dominés par cet impérieux besoin de s’amuser dont je parlais tout à l’heure, que ce qui s’est passé au moment de la catastrophe de l’Union générale ?

J’ai parlé à fond de cette affaire dans mon dernier volume : la France juive devant l'opinion. Grâce aux documents qui m’ont été fournis, j’ai reconstitué ce chapitre de l’histoire financière contemporaine, et montré le rôle odieux joué là-dedans par Léon Say, le valet de Rothschild, et par Loew, Juif d’origine, Protestant apparent, qui commit, comme procureur de la République, de monstrueux abus de pouvoir.

L’honnêteté de M. Bontoux est hors de toute contestation. Il n’a point gardé une parcelle de sa fortune, et il a dû accepter pour vivre une place modeste d’ingénieur en Espagne. Il a été dupe malheureusement de la confiance que montrent les Catholiques en toute circonstance et il est vraiment inexplicable que le président de l’Union générale ait été prendre pour co-directeur, dans une affaire destinée à combattre le monopole financier de la Juiverie, un protestant d’origine juive comme Feder[48], et pour représentant à Vienne, un Juif comme Rappaport.

Ce qui est certain, c’est que toutes les règles de la justice furent cyniquement violées dans cette circonstance. Les directeurs de la Société furent arrêtés sans enquête, sur la plainte d’un seul individu qui prétendait qu’on avait disposé de ses fonds, ce qui fut reconnu absolument faux. Rien n’était perdu alors, puisque des sommes énormes étaient dues à la Banque, que deux jours après devait avoir lieu une réunion générale, qui aurait certainement sauvé la situation[49].

Ce fut Humbert, le garde des sceaux franc-maçon, qui, avec Léon Say et Loew, fut l’instrument des Juifs.

Ce qui confond l’imagination dans l’affaire de l’Union générale, c’est l’attitude des victimes elles-mêmes.


V


On venait d’enlever à la noblesse française ce qui, pour elle, était jadis plus précieux que l’argent, plus précieux que la vie : l’honneur. Ce cher trésor, amassé pendant tant de générations, était jeté au ruisseau. Les plus beaux noms, les Broglie, les d’Harcourt, les Biencourt, étaient couverts de boue, assimilés à ceux des aigrefins véreux qui défrayent la chronique des tribunaux.

Ce qu’on appelle le monde manifesta l’intention de ne plus revoir au moins ces étrangers qui, pour augmenter leur monstrueuse fortune, n’avaient pas hésité à déshonorer la vieille France. Pendant huit jours on tint parole. Les baronnes, épouvantées d’être mises ainsi en quarantaine, chassées de ce paradis où elles étalaient leur luxe insolent, se lamentaient et reprochaient à leurs maris d’avoir fait le coup. Pour tâter le terrain, elles essayèrent de donner une petite fête. C’est une grande qu’il eût fallu donner. On s’étouffait dans les salons à ce bal des victimes, et, au premier rang, parmi les plus obséquieux, figuraient les malheureux déshonorés par les Rothschild, les pères, les frères, les sœurs de ces infortunés, les d’Haussonville, par exemple, doublement atteints dans les d’Harcourt et dans les Broglie.

Quelle vision pour l’observateur, que celle de toutes ces familles qui furent glorieuses, défilant en éclatante toilette sous les huées, à peine dissimulées, de quelques Juifs cosmopolites ;, qui raillaient leur chagrin, comptaient combien de pauvres diables s’étaient suicidés à la suite du Krach, demandaient tout haut si l’affaire irait en police correctionnelle ou en cour d’assises, si le régime des maisons centrales était dur en France !

On a accusé certains romanciers contemporains d’être irrespectueux envers le Passé, et de rire de choses qui furent augustes : quel tableau à la fois sinistre et comique, tragique et burlesque, pourrait-on tracer qui ne fût inférieur à cette réalité ?

Notez que cette dégradation est absolument spéciale à la noblesse française. Quelques heures de chemin de fer suffisent à transformer la fille hautaine d’Alphonse de Rothschild, la madame Ephrussi, si altière envers notre aristocratie, en une petite Juive fort humble, qui, munie de toutes sortes de recommandations, serait bien heureuse et bien honorée si la cour de Russie daignait la recevoir, non pas sur le même pied assurément, mais à la suite de la femme de quelque vaillant officier qui, pour fortune, n’a que sa solde.

On a raconté le voyage que fit à Saint-Pétersbourg, au commencement de 1884, la belle triomphante de nos salons. A force d’importunités, d’influences mises en avant, l’impératrice de Russie s’était laissé aller, bien à contre-cœur, à permettre qu’on lui présentât Mme Ephrussi au Palais d’hiver. Le maître des cérémonies avait demandé comment il devait présenter cette Juive. — Vous me la présenterez en partant, répondit l’impératrice.

En conséquence, la fille d’Alphonse de Rothschild ne fat présentée à la tzarine qu’au moment où celle-ci quittait le salon dans lequel elle venait de s’entretenir avec plusieurs dames, avec la grâce qui lui est habituelle. Quant à Mme Ephrussi, qui, ce jour-là, était couverte d’une véritable pluie de rubis, elle n’eut ni un regard ni une parole de la souveraine.

L’an dernier, le gouvernement autrichien, qui est pourtant, au point de vue financier, entre les mains des Israélites, refusa d’agréer le ministre des États-Unis, M. Keiley, parce qu’il avait épousé une Juive.

Le spectacle auquel nous assistons en France, nous explique comment les races finissent. Rome vit des déchéances analogues. Juvénal nous a montré les patriciens, dont les aïeux avaient conquis le monde, mendiant une place à la table des fils d’esclaves enrichis. Lucien a fait défiler devant nous les variétés de parasites : le Plagipatide ou Duricapitor qui reçoit des coups, le Derisor qui a comme attributions de dire des bons mots.

Les Rothschild sont plus hospitaliers que le Virron de Juvénal, qui laissait à ses invités le vin de Bénévent, tandis qu’il buvait, lui, du vin d’Albe, comme en buvaient seulement Thraséas et Helvidius au jour natal de Cassius ou de Brutus.

Le Romanée est à Alphonse ; le Château-Laffitte est à Gustave ; le Mouton est à James, qui n’en boit plus pour toutes sortes de raisons qui sont fort bonnes. Notre vin, où l’esprit national se retrempait jadis, appartient aux Juifs, comme tout le reste. Ainsi s’accomplit la promesse faite à Israël par Jéhovah : « Tu boiras le vin des vignes que tu n’auras pas plantées. »


VI


Les goym héraldiques qui se pressent chez les Rothschild, n’y sont point seulement attirés par le parfum du Romanée. Beaucoup, parmi ceux qui recherchent cette hospitalité humiliante, ont chez eux un petit vin qui n’est point mauvais, un vieil hôtel souvent où il y a des portraits de famille qui parlent des vertus d’autrefois, des livres où revit la jeunesse de nos anciens écrivains, une femme intelligente, des enfants auxquels ils pourraient raconter les batailles où furent leurs pères. Pourquoi quitter tout cela ? Mon Dieu ! c’est toujours l’atavisme, qui, malheureusement, on le sait, transmet plutôt des défauts que des qualités.

Aller chez Rothschild, pour eux, c’est aller à la Cour. Le roi des Juifs, le Juif des rois, n’est pas tout à fait Louis XIV, mais ils ont l’illusion d’être dans un palais.

Au milieu de tous ces hommes qui se prosternent devant eux, mais qui leur sont supérieurs encore par l’élégance native, les Rothschild sont mal à l’aise quand même. Vous les connaissez. Aucun d’eux ne paye de mine.

Le baron Alphonse a cinquante-quatre ans, il en porte soixante-dix, ou plutôt il a peine à les porter ; il est tout petit, avec des favoris blanchâtres : il personnifie la décrépitude prématurée de sa race. Ce qui frappe dans cette physionomie, c’est l’absence de regard, le clignotement perpétuel des yeux.

Très rogue dans le monde, Alphonse a des instincts populaires : il aime à parcourir Paris en dissimulant sa royauté, et en se faisant passer pour photographe près des petites lingères ou des fleuristes, avec lesquelles il cause volontiers.

Edmond est le classique marchand de lorgnettes ; il a une barbe roussâtre, et braque un lorgnon sur ses yeux avec un tic nerveux qui voudrait être impertinent : il a toujours l’air fureteur de quelqu’un qui cherche quelque chose qu’il ne trouve pas.

Gustave, avec sa barbe châtaine déjà poivre et sel, sa haute taille, aurait l’air relativement distingué, s’il savait marcher, entrer et sortir ; il affecte d’être encore plus sec que les autres membres de sa famille. Sa femme est d’une insupportable arrogance.

Tout ce monde est plus ou moins maussade et quinteux. Les uns ont la moelle épinière entamée ou un épanchement de la synovie, comme Edmond ; les autres deviennent aveugles de bonne heure, comme Nathaniel, qu’on promenait dans une petite voiture à travers ces appartements magnifiques dont le luxe n’existait plus pour lui. On les trouve mal élevés ; ils sont surtout moroses, ressentant, comme la plupart des autres Juifs, au sein d’une scandaleuse opulence, ce qu’on a appelé « la grande misère de tout ». Ils n’ont aucun stimulant, aucun mobile d’action. Ils ont voulu conquérir la France ; ils l’ont conquise, et ils sentent qu’elle meurt sous leur souffle délétère, qu’ils n’ont à eux qu’un cadavre.

Alphonse a de l’esprit, ou plutôt une sorte d’humour anglaise tournée à l’aigreur et à l’ironie, qui, maintenue par le besoin de ménager la haute société qu’il méprise, s’épanche parfois en saillies fantasques, en allusions désobligeantes et taquines. A ces brusques incartades, les convives rient jaune, les valets s’esclaffent en dessous, et le baron ajoute en gouaillant : « Voulez vous du Romanée ? »


CHAPITRE TROISIÈME


Ferrières. — Le Salon de Louis XVI. — Le Salon de famille. — Le Triomphe de Mardochée. — Les livres. — La chambre de Bismarck. — L’album de maroquin. — Autographes de Napoléon III et de Wilhelm. — Magasin de bric-à-brac. — Les Sensibilisés.


I


On a beaucoup parlé des splendeurs de Ferrières ; au risque de désillusionner un peu les badauds, il est nécessaire de montrer à nos lecteurs ce qu’est en réalité la demeure du roi des Juifs.

Versailles, bâti dans un pays sans eaux, a évidemment inspiré aux Rothschid le désir d’imiter Louis XIV ; ils ont été guidés encore par d’autres considérations : la facilité, en cas d’alarme, de gagner l’Allemagne par la ligne de l’Est[50]

Avec leur mauvais goût ordinaire et leur peu de sympathie pour nos artistes français, les Rothschild ont chargé un architecte anglais, Paxton, d’édifier cette royale habitation.

Paxton a élevé là un de ces châteaux bizarres comme on en voit quelques-uns en Angleterre, et qui, avec ses quatre façades de style dissemblable, semble tout dépaysé au milieu de nos pays du Nord.

L’intérieur est plus intéressant. Après avoir traversé un large vestibule que décore un plafond de Tiepolo, on pénètre dans une petite salle à manger, qui contient quelques jolies peintures de Philippe Rousseau. La grande salle à manger à poutrelles, avec ses quarante fauteuils en velours rouge, ne manque pas d’une certaine allure.

A partir du salon Louis XVI, les surprises commencent. On voit successivement défiler sous ses yeux toutes les merveilles du génie des siècles qu’ont pu rassembler, sur un seul point, l’or, les relations universelles, la franc-maçonnerie des brocanteurs, aux aguets dans toute l’Europe, et réservant la fleur de leurs trouvailles pour les souverains d’Israël. Les chefs-d’œuvre de l’art du dix-huitième siècle, les tables de Gouthière, les meubles incrustés de Riesener et de Boule, les cuivres de Caffieri, ornent cette pièce charmante dans sa tonalité printanière et claire, que surmonte un plafond d’Henry Lévy. Au milieu apparaît, comme un trophée, l’incomparable clavecin de Marie-Antoinette, qu’on a le cœur serré de retrouver dans cette maison de Juifs, Un petit réduit sombre attire l’attention. C’est l’ora- toire : une pièce fort simple, qui a pour tout ornement les rouleaux de la Thora et le chandelier à sept branches ; dans l’ombre, on aperçoit un piano et quelques chaises de paille.

Le salon de famille s’appelle aussi le salon des cuirs de Cordoue : il doit son nom à de superbes tentures de cuir gaufré et repoussé, qui représentent le Triomphe de Mardochée. Ces cuirs, parfaitement conservés, viennent des Flandres ; ils avaient été apportés, sans doute, par quelque grand seigneur espagnol. Ce sont de très curieux spécimens de ces cuirs dorés, de ces cordovanes, de ces guadamasiles dont Cervantes parle à plusieurs reprises dans ses œuvres. On trouve là aussi, comme tapis de table, une tapisserie de la Savonnerie toute lamée d’argent, et qui est du travail le plus intéressant et le plus précieux.

L’examen de quelques volumes qu’on entrevoit dans un meuble d’ébène surmonté d’un éléphant cloisonné, déconcerte légèrement. « Quels sont les livres de main, les amis littéraires familiers de ces gens-là ? » se demande-t-on ; et l’on regarde. On voit : Soulié, Paul de Kock, Pigault-Lebrun, Touchard Lafosse (Chroniques de l'Œil-de-Bœuf), Eugène Sue (le Juif errant), Jacob (Histoire de France). Tout cela dans les éditions les plus affreuses, dans des éditions dont un lettré ne voudrait pas pour vérifier une citation.

Cela ne vous produit-il pas un peu l’effet du linge sale sous une robe de soie ? Quel aperçu cela vous ouvre sur le monde qui va là, et qui expose quelque jeune fille à prendre un volume au hasard et à tomber sur Pigault-Lebrun !

Pour nous remettre, voulez-vous avancer sur le perron ? A droite et à gauche, vous trouverez deux vases de Clodion ; la paire a coûté cinquante mille francs. En été, la vue est belle : on est en face de la pièce d’eau, et, au delà, on aperçoit le parc et des enclos pleins de moutons et de daims, qui prêtent de l’animation au décor.


II


Rentrons dans les appartements. Nous allons rencontrer, pour la première fois, l’histoire en visiteuse dans ce château qui n’a point d’histoire. En 1815, les Rothschild sont venus pauvres avec l’Invasion ; l’Invasion en 1870 les retrouve milliardaires et peut leur faire ses compliments.

Nous voici dans le salon des tapisseries, qui ne contient d’autres tableaux que quelques panneaux de Desportes. Aux murs sont suspendues des tapisseries Watteau, des tapisseries tissées de soie, d’une jeunesse et d’une fraîcheur sans égales. C’est là, devant ces Amours souriants, ces bergères lutinées par des Céladons, devant toutes ces évocations d’un monde frivole, toutes ces images déplaisir et de galanterie, qu’eut lieu l’entrevue de Bismarck et de Jules Favre.

L’accueil du Chancelier de fer au rhéteur de paille fut terrible, et les habitants du château qui ont eu les échos de cette scène, en ont conservé un souvenir qui n’est pas près de s’effacer.

Après avoir refusé, la veille, de recevoir l’homme de la prétendue Défense nationale, Bismarck le fit attendre deux heures dans le vestibule, sous le Tiepolo.

Les hommes du 4 Septembre s’étaient rendus coupables d’un crime de lèse-Patrie en faisant une révolution devant l’étranger, en chassant la représentation nationale. Cet acte, ils pouvaient encore, sinon le réparer, du moins l’atténuer en consultant le pays, en lui demandant loyalement s’il voulait la paix ou la guerre. Bismarck leur en facilita les moyens, et certainement montra à Jules Favre où était la voie droite, honnête, patriotique. Le malheureux vieillard refusa, pour conserver le pouvoir quelques jours encore.

Après avoir congédié d’un geste dédaigneux ce déclamateur, qui, recourant, dans une entrevue comme celle-là, à une mimique de cour d’assises, faisait semblant de pleurer, le prince, dit-on, resta quelques instants pensif. Ce grand mâle, à coup sûr, n’était point de ces sensibilisés qui, pareils à ceux qui s’attendrissent sur la bonté des Rothschild, larmoient, comme certaines femmes s’oublient, par une sorte de relâchement des tissus. Le cœur qui battait dans cette rude poitrine, n’en ressentait pas moins peut-être quelque virile pitié en songeant à tant d’hommes, enfantés dans la douleur par les mères, qui allaient expirer sur les champs de bataille, afin que quelques millions de plus entrassent dans ce logis de Juifs.

La chambre de Bismarck suivait immédiatement le salon des tapisseries, où eut lieu l’entrevue : c’est la chambre d’honneur. C’était jadis la chambre du baron James, et de son temps elle était tendue en vert, à cause de la faiblesse de la vue du baron ; aujourd’hui elle est en bleu. On y voit un portrait de femme exquis du Vinci et un pimpant tableau de Camille Roqueplan, représentant un épisode des Confessions de Jean-Jacques Rousseau.

La chambre Vénitienne n’a rien d’extraordinaire. « Au moment des chasses, on met une princesse là, une autre ailleurs, » dit-on philosophiquement au visiteur.

La décoration du fumoir est d’Eugène Lamy, qui a retracé là, avec une certaine verve, quelques épisodes du carnaval de Venise.


III


Le hall seul vaut une visite à Ferrières. Le soir, avec les onze cents becs de gaz de son plafond lumineux, éclairant les brillantes toilettes, les diamants, les fleurs, ce hall est véritablement féerique. C’est la pièce triomphale du lieu : tout y parle de triomphes. Le long de l’immense galerie circulaire qui règne tout autour, sont disposées de superbes tapisseries qui représentent des triomphes : Triomphe d’Alexandre, Triomphe de Neptune, Triomphe de la Paix… et même Triomphe du Christianisme à Tolbiac.

On y voit… Que ne voit-on pas dans ce prodigieux bazar ? Voici d’abord, à gauche de la cheminée, dont nous parlerons tout à l’heure, le portrait du baron James, par Flandrin, et de la baronne James, par Ingres. Sur les murs, un Portrait d’homme, de Rembrandt ; la Comtesse della Rocca et don Luis de Haro, de Velasquez ; une Diane chasseresse, de Rubens ; David et Goliath, du Guide ; la princesse Henriette d’Angleterre, de Reynolds ; Diogène cherchant un homme, de Van Mol ; le Message, de Bordone.

Partout des cabinets italiens, des vitrines encombrées de petits chefs-d’œuvre, des ivoires, des faïences de della Robbia ; le Joueur de musette, de Bernard Palissy ; des émaux de Petitot, des boîtes de Blarenberghe, des Saxes, le miroir de Mme de Pompadour, des coffrets aux armes de France, qu’on est tout étonné de rencontrer là.

La cheminée monumentale estdécorée de médaillons italiens, et surmontée d’un buste de Minerve. Sur une plaque de marbre brun on lit en lettres d’or, où chaque mot est bizarrement espacé par un point, cette inscription qui chante le bonheur de la possession, la joie d’avoir un somptueux foyer, quand tant de malheureux Français, sans gîte, errent le ventre creux, par les nuits d’hiver.

Doulce. est. la. vie. à. la, bien. suyvre.
Emmy. soyet. printens. soyet. hyvers.
Sous, blanche, neige, ou. rameaux, verts.
Quand, vrays. amys. nous. la. font, vivre.
Ains. leur, place, à. tous. est. icy.
Comme, aux. vieulx. aux. jeunes, aussy.
___________________________(1570).

L’album de maroquin qu’on laisse traîner avec ostentation sur la table, éveille bien des pensées.

A la première page on lit : « Souvenir de la charmante journée du 16 décembre 1862 : Napoléon. » Un peu plus bas : « Souvenir d’amitié pour la charmante hospitalité du baron et de la baronne James de Rothschild, 20 novembre 1866 : Mathilde. »

Charmes, charmés, charmeurs, tout est charmant ; et brusquement, à la page suivante, apparaît un nom tracé en gros caractères : « Wilhelm, 21 septembre 1870. » Guillaume, avant de quitter Ferrières, a tenu à mettre sa signature, non pas à la suite de celle de Napoléon III, mais en tête de la page suivante. Bismarck et de Moltke ont signé après lui, et le plus modeste officier, le dernier sous-lieutenant qui a passé là, a voulu à son tour que son paraphe ironique se dessinât sur le livre inauguré par l’Empereur des Français.

A côté de ces noms de vainqueurs, voici les noms des plus illustres représentants de la noblesse de France, et le contraste est douloureux.

Que de noms qu’on voudrait pouvoir effacer ! Que de chutes que les passions expliquent seules ! Quelle tristesse de rencontrer Berryer ! Le jeu ! « Prions Dieu, dit saint Paul, de ne nous envoyer que des tentations qui soient ordinaires. »


IV


L’impression que laisse cette demeure, est une impression de fatigue plus que d’admiration. C’est un fouillis, un capharnaüm, un prodigieux, un incroyable magasin de bric-à-brac. Tous ces objets, rapportés de tous les coins de la terre, jurent entre eux ; ces dépouilles opimes de l’univers ne s’harmonisent pas, ces manifestations de tant de civilisations différentes grincent de ce rapprochement.

Le, parc, quelque vaste qu’il soit, n’a pas le noble aspect des avenues Louis Quatorziennes. A la place des Rothschild, vous auriez commandé à nos sculpteurs, qui luttent si péniblement au milieu de circonstances peu favorables pour leur art, tout un monde de statues, des marbres, des bronzes. Le duc d’Aumale a agi ainsi pour Chantilly : il a demandé un La Bruyère à Thomas, un Terme à Lanson, un groupe de Pluton et de Proserpine à Chapu. Il y a à peine, dans tout Ferrières, une demi-douzaine de statues, qui ont à peu près la valeur de celles qui décorent l’entrée des établissements de bains[51]

A travers les allées, on distingue deux ou trois vieilles femmes courbées sur le sol, qui ramassent l’herbe des sentiers. Quand le voyageur est de distinction, l’on en mande de supplémentaires du village. « C’est la bonne baronne qui a eu l’idée de ce travail, pour venir en aide aux habitants de la contrée ! » Vous versez une larme, comme Jules Favre, et cette terre aride et desséchée paraît reconnaissante de cette marque de sympathie.

Le plus joli, ce sont les serres et les volières. Les serres sont un enchantement, pleines de plantes épanouies en toute saison, d’ananas en graines, en fleurs, en fruits. Dans les volières immenses sont rassemblées des centaines d’oiseaux rares, dont la couleur, variée à l'infini, semble refléter le ciel particulier de chaque pays.

Perdrix de Chine, faisans dorés au ventre rouge, faisans de Sæmmering, faisans de lady Amherst, hoki, tragopan qui porte un capuchon d’écarlate, lophophore resplendissant au collier de barbe blanche, touca au vilain bec noir qui dévore les faisans comme le Juif dévore les Chrétiens, flamant d’Égypte penché sur son bassin rempli de poissons, pies bleues de Chine, colombes poignardées des Philippines avec la tache de sang sur la poitrine : — tout cela s’agite dans un frémissement d’ailes, dans une pittoresque confusion de plumages multicolores, dans un concert de cris, tantôt stridents, tantôt plaintifs, et semble comme une vision d’un coin du Paradis terrestre.

C’est la gaieté de Ferrières que ces oiseaux : car, au fond, ce château sans passé est lugubre. Cela ne rappelle point les grandes existences seigneuriales d’autrefois. La victoire, l’héroïsme, le génie, n’ont pas mis là leur sceau rayonnant.


V


La grande joie des Rothschild est de lire les journaux après quelque fête, quelque décès, quelque mariage. Ils se mirent dans ces descriptions, ils se passent les feuilles de main en main. Ils font imprimer les articles à part, pour leur consommation personnelle ; et, en ceci, ils ont raison : ils préparent, pour l’histoire des mœurs, des documents dont les grands écrivains de l’avenir tiendront plus de compte que de beaucoup de discours prononcés dans les Chambres. Le recueil intitulé : le Baron James de Rothschild, qui a été tiré chez Claye, mais n’a pas été mis en librairie, est d’un réel intérêt.

Tous les journaux, sauf l’Univers, l’Union, la Gazette de France, et probablement deux ou trois autres que j’oublie, font l’office des pleureuses salariées aux enterrements d’autrefois : ils s’arrachent les cheveux, ils se déchirent la figure avec les ongles, ils se roulent par terre de désespoir. Ce mort aurait inventé le fer, comme Tubalcaïn, ou la charrue, comme Triptolème ; il aurait découvert la panacée de tous les maux, que ces feuilles publiques n’en parleraient pas sur un mode plus admiratif. Les formules employées pour louer ce Juif ailemand, qui s’est enrichi à nos dépens, reculent les frontières de l’hyperbole.

Il y a des lettres vraiment stupéfiantes, « Vous me pardonnerez de venir ainsi vous troubler au milieu de vos peines… Mon excuse est dans le désir que j’éprouve… » Voilà de quelle encre écrit à un manieur d’argent le prince de Joinville, un homme qui a dans les veines quelques gouttes du sang de Louis XIV ! Les lettres du comte de Paris et du duc d’Aumale, un peu moins plates peut-être, sont du même ton.

Depuis 1868, la servilité n’a fait que croître. Les descriptions de mariages sont inouïes. Rien ne manque à ces épithalames : on assiste à la toilette de la mariée ; on monte dans le magnifique attelage « choisi et appareillé par Claude Lachaume, le piqueur du baron Alphonse » ; on écoute Félix Lévy, « ténor admirable », chanter l’Imlach, du non moins admirable Emile Jonas ; puis les chœurs attaquent l’Alléluia d’Erlanger, qui n’est certes pas l’Alléluia des actionnaires du banquier de ce nom ; enfin, l’on passe à la sacristie. « Il est cinq heures et demie, écrit Meyer, le Dangeau de ces solennités, cinq heures et demie aux horloges pneumatiques, et « toujours » à l’horloge du sentiment… »

Naturellement, aucun nom n’est omis. Voici le prince Murat, le duc de Broglie, M. Buffet, le comte de Turenne, le vicomte d’Harcourt, le duc et la duchesse de la Rochefoucauld-Bisaccia, le duc de la Trémoille, le duc de Montmorency, le comte d’Andigné, la duchesse de Fitz-James, le prince de Ligne, le prince de Léon, le comte de Mailly-Nesles, la comtesse de Clermont-Tonnerre, la duchesse de Maillé, tout l’armorial de France, en un mot, accouru pour adorer le Veau d’or et pour proclamer à la face de l’Europe que la richesse est la seule royauté qui existe encore.

Quand il y a fête, il va sans dire que toute la police est sur pied, et qu’elle se permet, sans aucun droit, de défendre aux passants la circulation sur la voie publique. Si une rue de Paris était interdite pour une procession, vous verriez immédiatement nos puritains de la gauche monter à la tribune ; humbles et rampants, selon leur habitude, devant les potentats juifs, ils se gardent bien d’intervenir. Les journaux avancés agissent de même ; il n’y a que Rochefort, qui décidément, ne respecte même pas les têtes les plus hautes, qui se soit permis de blâmer cette prétention de gêner les autres quand on s’amuse, et qui se soit égayé de l’idée, d’ailleurs singulière, de « barrer une rue le jour d’un mariage. »

Il est rare que l’on ne rencontre pas, à l’issue de ces cérémonies, le Monsieur attendri qui a déjà les yeux humides.

— Vous savez l’origine de la fortune des Rothschild, n’est-ce pas ?

— Oui, j’ai entendu vaguement parler…

— Au moment de l’arrivée des Français, l’électeur de Hesse confia cinq millions à Anselme Meyer de Rothschild.

— Pas possible ?

— Oui, Monsieur, cinq millions.

— Et alors ?

— Alors, Monsieur, Anselme Meyer les a rendus. C’est comme je vous le dis, il les a rendus ! Votre interlocuteur n’y tient plus ; il fond en larmes au souvenir de ce beau trait.

C’est un produit de l’époque décadente où nous sommes ; c’est un sensibilisé, un admiromane, pour employer une expression de Mercier. Il laisserait égorger tous les Français sans protester, mais l’histoire de cette fortune l’émeut.

Il y a beaucoup de journalistes qui ont ainsi, dès qu’il est question des gros Juifs, des admirations de portière parlant du locataire du premier, qui a des chemises de soie : ils vénèrent sous eux. Quand il s’agit des Rothschild, Ignotus, si indépendant d’ordinaire, est de cette école.

Quand on n’a même pas eu de Romanée, se pâmer devant des gens, uniquement parce qu’ils ont trouvé moyen de prendre trois milliards dans nos poches, c’est un phénomène qui a toujours dépassé les bornes de mon intelligence.


CHAPITRE QUATRIÈME


Les fêtes de charité. — La loterie des Arts décoratifs. — Hecht et ses Courbet, Reinach et ses Franz Hais. — Les scandales aux courses. — Cercles et tripots. — M. Leconte et le Cercle du Parlement. — Les fournitures militaires.


I


Les Juifs ont trouvé moyen de se créer une réputation de bienfaisance en nous amenant à secourir nous-mêmes les misères des leurs. Il y a là un trait de race véritablement exquis et qui désarme.

Les catastrophes qui se sont produites dans le monde depuis quelques années, ont presque toutes frappé sur les Juifs.

La pensée de venir en aide aux victimes était louable, mais celle de faire sortir l’argent nécessaire à cette bonne œuvre, de la bourse des Chrétiens, était fine.

C’est Arthur Meyer qu’on charge d’organiser ces mystifications. Il guette les sinistres comme les marins de l’île de Batz guettaient autrefois les naufrages, et, dès qu’un malheur apparaît, il le confisque à son profit.

Les fêtes de charité sont une des manifestations de la vie mondaine que, plus tard, les historiens de mœurs étudieront avec le plus d’utilité. Elles ont joué un rôle important, et se sont multipliées depuis quelques années, car elles ont pour les Juifs un double avantage : elles attestent dans toutes les contrées de l’univers la puissance d’Israël, qui met Paris sens dessus dessous dès qu’un Sémite a besoin d’assistance ; elles permettent aux Juifs moins lancés que les Rothschild de se mêler aux gens du monde.

L’aristocratie, en effet, accourt là, la bouche enfarinée, comme partout où elle entend un petit râclement de violon.

La fête de Chio est restée la plus célèbre. En face des ruines noires des Tuileries on avait organisé une kermesse, une Foire aux plaisirs, comme on disait, qui dura huit jours.

Ce fut là que Camondo donna une leçon méritée au Faubourg. On suspendit naturellement la fête le samedi. — « Pourquoi donc cet arrêt ? demanda un jeune vicomte. On ne s’amuse donc plus ? » — « Il y a temps pour tout ; nous autres, nous avons coutume d’observer notre religion : aujourd’hui samedi, nous allons prier ; nous serons tout à la joie demain, puisque le dimanche n’a aucune signification pour nous, et que, je crois, il n’en a guère davantage pour vous… »

Le dimanche, la terrasse des Tuileries offrait un aspect curieux. Des jeux de petits chevaux, des boutiques, des tréteaux forains, avaient été installés partout. Les plaisanteries, les vives ripostes, les interpellations joyeuses, se croisaient dans l’air avec les boniments et les appels égrillards des visiteurs. On retrouvait là, au complet, cette vieille garde de l’élégance, qui se compose toujours des mêmes personnes, toujours citées avec les mêmes épithètes, dans les mêmes gazettes.

A travers cette Priapée, qu’éclairaient mille clartés se mêlant aux derniers feux d’un soleil de juin qui se couchait sur l’Arc-de-Triomphe, allait et venait, au milieu des propos grivois, Judic, acclamée par tous les Juifs, et guidant un petit âne que caressaient toutes les grandes dames, et qui semblait, comme l’âne d’or d’Apulée, sorti tout à coup d’une fable milésienne. Sur un théâtre improvisé, le comte de Fitz-James jouait le Vitrier ; ce descendant d’un compagnon des Stuarts proscrits, histrionnant dans ce jardin où étaient tombés sanglants, au 10 août, les défenseurs des Bourbons, ajoutait par sa présence je ne sais quel piquant à cette fête singulière.

Aux grilles, la foule du Paris des dimanches regardait, criait, apostrophait, hurlait, vociférait, sifflait. A la fin, elle pressa doucement sur la faible haie des gardiens de la paix qui essayait de la retenir, et elle entra. Alors ce fut une cohue affreuse, où gens du monde et gens du peuple, gommeux en habit noir et ouvriers en blouse, grandes mondaines et plébéiennes, roulèrent pêle-mêle le long des Tuileries en rythmant leur descente sur un chant d’Évohé[52].


II


Jadis, sous l’Empire, quand il s’agissait d’autoriser une modeste loterie de cent mille francs, les républicains montaient à la tribune, et ils protestaient contre ceux qui habituaient les travailleurs à se repaître de l’espérance d’un gain illusoire, et les dégoûtaient ainsi d’un labeur honnête. Maintenant ils ont changé tout cela : ils ont autorisé cette loterie des Arts décoratifs, loterie de quatorze millions, qui a été un si long scandale.

Nous avons vu un turlupin, ancien ministre des Beaux-Arts, remplissant Paris et les départements des boniments d’une réclame éhontée, multipliant ses appels cyniques, tentant le pauvre ouvrier par ce billet mis partout à la portée de sa main, et le forçant à prélever sur sa paye, le malheureux franc qui eût suffi à donner du pain aux siens pendant un jour.

De cet or, si péniblement arraché à un peuple qui meurt de faim, le Juif veut la plus grosse part. On n’avait pas encore recueilli un sou, qu’on parlait déjà de donner six millions au Juif Spitzer, pour lui acheter sa « collection ».

C’est un marchand, direz-vous, que ce Spitzer ? Gardez-vous de le croire. Comme tous les Juifs, Spitzer est un bienfaiteur de l’humanité. Le Bourgeois gentilhomme, qui se connaissait en étoffes, achetait quelques coupons qu’il revendait à ses amis moyennant un léger bénéfice, mais par pure obligeance. Spitzer a acheté quelques vieux meubles et quelques pots cassés, et il nous les offre moyennant six millions, parce qu’il aime la France.

Ne vous permettez pas de plaisanter ! Écoutez plutôt comme Eugène Müntz, bibliothécaire à l’École des Beaux-Arts, parle de son compère Spitzer dans une lettre adressée à l’Art : « Si M. Proust était vraiment parvenu à conquérir pour six millions pareille collection, on ne saurait assez lui voter des remerciements, quelle que soit sa destination, tout comme on ne pourrait trop combler d’honneurs le vendeur qui aurait poussé le désintéressement jusqu’à des limites aussi invraisemblables. »

Je regrette seulement que Müntz n’ait pas mieux précisé ce qu’il entendait par « combler quelqu’un d’honneurs ». Voudrait-il que l’on conduisît Spitzer, monté sur un cheval blanc, comme un nouveau Mardochée, à travers les rues de la capitale ? N’est-ce point assez pour une générosité qui atteint « des limites invraisemblables ? » Souhaite-t-il que l’on remette à ce Remonencq magnifique, à ce père Lemans héroïque, répée de connétable devant les troupes assemblées, dans le frémissement solennel des drapeaux lentement inclinés ?

Je ne rappellerai pas les actes inqualifiables qui firent de cette loterie une opération sans exemple. Nouvelles mensongères, chiffres frauduleux, manœuvres dolosives de toute sorte, il n’en aurait pas fallu le quart, autrefois, pour mettre toute la maréchaussée aux trousses des singuliers industriels qui donnaient ce spectacle[53].

Après avoir fait annoncer officiellement le 15 juin que l’émission des billets est terminée, Proust est obligé de reconnaître qu’il a menti et qu’une partie des billets est demeurée entre ses mains. La loterie est tirée néanmoins sans que les billets aient été placés ; le gros lot, ainsi que quelques lots d’une importance secondaire, reste au fond du sac, et les administrateurs avouent qu’ils ont gagné 770,000 francs. Ce n’est que sur les réclamations unanimes de la presse et de l’opinion que l’on se décide à procéder à un nouveau tirage. Ce qui est certain, ce qui est hors de conteste, c’est qu’une loterie autorisée à quatorze millions, sur lesquels douze millions de billets ont été placés, a produit pour résultat définitif et total cinq millions huit cent mille francs. C’est Proust lui-même qui a été forcé d’avouer ce chiffre, le 5 février 1885, devant les protestations du comité.

Où sont passés les autres millions ? En frais généraux ? En admettant, pour un instant, cette hypothèse insensée, il y a un moyen de répondre aux accusations formelles que chacun porte contre le promoteur et l’organisateur de cette loterie, contre celui qui en a assumé la direction exclusive : c’est de publier les comptes. Comment se fait-il que les membres du comité n’aient pas compris qu’ils se compromettaient eux-mêmes en ne réclamant pas immédiatement la publication de ces comptes ?

Ceci n’empêche point les membres de la gauche de déclarer que la loterie des Arts décoratifs est une œuvre nationale. Spitzer aussi et Proust sont des figures nationales ; et Hecht donc, l’intermédiaire de Proust dans l’achat des Courbet, qu’il fit payer à l’État un prix invraisemblable !

Depuis que les collectionneurs un peu avisés, loin de songer à rien acheter, se débarrassent sans bruit de leurs objets d’art, la Juiverie parait s’être rabattue sur le Louvre.

C’est ainsi que nous voyons Reinach, celui qui répond au nom de Joseph, s’entremettre pour faire acheter à notre Musée, pour le prix de cent mille francs, trois prétendus Franz Hals qui valent bien mille écus. Le Musée de Berlin, auquel on avait proposé cette acquisition, envoya à Harlem un représentant, qui, à la vue de ces tableaux, fut pris d’un fou rire et court encore.

Depuis Turquet et Proust, rien de ce qui touche au Louvre ne se fait nettement, directement. En Alsace, un paysan ne peut vendre sa vache sans recourir à l’intermédiaire d’un Juif. Avec un budget de plus de trois milliards, l’État ne peut plus acheter simplement une œuvre de maître après l’avis des hommes compétents ; il faut toujours qu’un Juif intervienne là-dedans, pour truquer, troquer, tromper.

Quand les Juifs auront réalisé leur rêve d’imposer comme directeur du Louvre un des leurs, dont chacun prononce le nom. et qui serait déjà installé si Proust fût resté ministre des Beaux-Arts, ils déménageront le Musée en deux ans, et substitueront des copies aux originaux sans que vous vous en aperceviez. Vous n’y verrez que du feu, et toute la presse, les journaux catholiques en tête, déclareront que ce directeur est le plus grand des directeurs passés, présents et futurs.


III


Les courses sont plus ruineuses encore pour les hommes que l’amour des faux bibelots. Le bookmaker, qu’un homme d’esprit a appelé un pick-pocket arrivé, est d’ordinaire un Juif anglais. Le propriétaire d’une des principales écuries de courses est un Israélite, mêlé à l’affaire du Honduras et condamné, au mois de mai 1856, à deux ans de prison pour abus de confiance. Chacun connaît cette histoire. On a publié une lettre du duc Decazes, du mois de juin 1875, qui prouve le fait jusqu’à l’évidence. On tolère néanmoins cet intrus, parce qu’il est Juif, et le Clairon l’appelait de temps en temps notre sympathique propriétaire éleveur X. Nos élégantes continuent à porter, quand le cheval a été vainqueur, les couleurs d’un escroc, comme leurs aïeules portaient, dans les tournois, les couleurs de quelque preux chevalier qui s’était signalé par sa vaillance.

On devine ce qu’il se passe de tripotages, de manœuvres déloyales, d’infamies, dans ce monde du turf. C’est l’Aryen toujours, le gentilhomme, l’honnête homme, qui est victime ; parfois on ne se contente pas de le ruiner, on le déshonore. On achète son jockey et on le mêle à quelque vilaine affaire, d’où le nom sort toujours un peu endommagé : il est disqualifié, comme on dit.

Des forêts de Bondy, des tripots équestres, des entreprises de vol à la course : voilà comment s’expriment tous les journaux, sans exception, à propos de certains hippodromes.

Il se produit là des scènes sans nom. Le cheval qu’on s*est arrangé pour faire gagner, est en retard. On entend des tribunes les jockeys qui crient à leur camarade, en retenant leurs chevaux : « Mais arrive donc ! » Un jour, c’est le jockey Andrews qui manque d’être assassiné par ses concurrents. Une autre fois, la foule proteste contre une filouterie trop évidente dans une course entre Blonde II et Georgina. Les jockeys s’emparent d’un des manifestants, l’entraînent dans la pièce où ils s’habillent, le cravachent à tour de bras et le laissent à moitié mort.

N’est-ce point pitié de voir un homme qui porte le nom de Castries, un descendant du vainqueur de Klostercamp, assistant à cet affreux spectacle d’un Français cravaché par dix valets anglais réunis contre un homme seul ?

Voilà ou mènent l’oisiveté, la vie du turf, le goût des plaisirs bas.

Au concours hippique, tous les prix sont pour Israël. Camondo, ce gros Juif qui ressemble à un chef d’eunuques abyssins qui aurait déteint, ce Turcaret levantin dont Carolus Duran exhibait, au Cercle des Mirlitons, l’image cauteleuse et blafarde, triomphe avec un mail-coach noir-bleu attelé de quatre chevaux bai-brun.

Hirsch n’est pas oublié : il a obtenu, lui, un prix de première catégorie avec Sunshine et César, qui s’attèlent en flèche ; quant à Rob-Roy et Bonmary, ils steppent. Camondo a vingt-quatre chevaux dans son écurie, dont seize au harnais toute l’année, et huit chevaux de selle ; Hirsch n’en a que vingt-trois, mais parmi eux on compte un arabe rouan, présent de Sa Majesté l’Empereur d’Autriche à l’ami du pauvre comte de Vimpfen. Si le maître n’est pas impeccable, la tenue de l’écurie l’est. La sellerie, notamment, est une merveille : « C’est une pièce spacieuse, haute de plafond, dont la cheminée en marbre est un chef-d’œuvre. Tout cela brille et reluit, et offre le spectacle de l’arrangement le plus ingénieux.

Le sens moral est tellement oblitéré chez les classes supérieures, que personne ne trouve mauvais de récompenser le luxe conquis grâce à ces lots turcs, qui ont ruiné tant de Français. Ceux qui se montrent les plus obséquieux devant ce Juif allemand, feraient condamner à la prison un pauvre diable qui aurait pris un fagot dans leur bois. Les autres ne poursuivraient pas le voleur du fagot ; mais, natures molles et faibles, ils ne s’étonnent point qu’on ose étaler devant eux une fortune mal acquise.

La vie de cercle est la conséquence de la passion des courses. Le gouvernement aide tant qu’il peut à la démoralisation par le jeu. Là encore on trouve l’hypocrisie républicaine, cet amour de tout ce qui est trouble, de tout ce qui permet de réaliser des bénéfices honteux, que les députés de la gauche se partagent clandestinement.


IV


Paris, depuis la République, est devenu une immense maison de jeu. On joue partout, et partout d’une façon malhonnête[54]. La cagnotte, Dame Joséphine, comme on la nomme, prélève sur chaque joueur un impôt véritablement léonin. Un écrivain qui s’est particulièrement occupé de cette question, estime que les sommes ainsi perçues par les directeurs de cercles se sont élevées à soixante millions en cinq ans.

De ces chiffres il faut évidemment distraire les sommes considérables prélevées par le personnel de la Préfecture de police, qui, à tous les degrés, depuis le préfet jusqu’au dernier des agents, rançonne les maisons de jeu, et surtout les pots-de-vin donnés aux ministres et aux députés opportunistes.

Les ministres octroient aux députés, qui ferment les yeux sur leurs actes, soit des autorisations d’ouvrir des Cercles, soit des concessions, des parts dans les fournitures militaires et les adjudications.

On n’a pas oublié la poursuite correctionnelle dont furent l’objet, au mois de juin 1883, les fondateurs du Cercle du Parlement, somptueusement installé au 242 de la rue de Rivoli, et qui fit faillite après avoir dévoré 800,000 francs en quinze mois.

Alfred Leconte, député de l’Indre, déjà célèbre pour un permis de chemin de fer gratté dans une intention frauduleuse, et qui s’était associé pour l’exploitation de ce Cercle à l’un de ses collègues, reconnut devant le tribunal qu’il était logé et nourri gratuitement dans l’établissement ; il avoua également avoir reçu la moitié des six cents actions attribuées à un M. Trapet. C’est à Leconte, en effet, que l’autorisation a été accordée. Devant la Police correctionnelle, le Substitut, M. Louchct lut, à ce sujet, des lettres de Leconte qui prouvent une absence absolue de tout sens moral.

Ce procès, d’ailleurs, est d’un bout à l’autre un des plus curieux documents sur les mœurs actuelles que l’on puisse imaginer. Les sénateurs et les députés venaient faire dans ce Cercle de plantureux dîners, des dîners officiels, aux dépens des malheureux actionnaires[55].

Tout Paris a vu, pendant de longues années, un ancien ministre de l’Intérieur, un vice-président de la Chambre, tenir publiquement un véritable tripot, un Cercle ouvert à tous : le Cercle artistique de la Seine, qu’on appelait familièrement le Cercle Lepère ou le Dépôt. Dans tous les hôtels où descendent les riches étrangers, dans tous les grands cafés du boulevard, on distribuait des invitations à venir dîner et faire la partie, et ces invitations étaient signées du vice-président d’une Assemblée française ! Jamais les membres de la gauche n’ont pensé que la dignité du pays fût atteinte par ce singulier cumul ; ils trouvaient que ce teneur de brelan était encore le plus honorable d’entre eux, puisqu’ils l’avaient appelé à la vice-présidence. Dans l’histoire même du Directoire, je ne connais pas de fait analogue[56].

On ne saurait trop, néanmoins, encourager le gouvernement à récompenser ses fidèles plutôt par des permissions de tripot que par des fournitures. En ce dernier cas, c’est la sécurité même de la France que compromet le bon plaisir ministériel.

La discussion du 28 février 1884, sur les fournitures accordées aux industriels de Besançon, suffit à montrer comment les choses se passent pour les adjudications. M. Georges Perrin, avec un patriotisme et une clairvoyance qui surprennent chez un républicain, émit cette idée, qui frappa la Chambre d’étonnement, que généralement les places frontières étaient les premières assiégées en temps de guerre, et que les magasins et les ateliers d’habillement nécessaires à l’armée étaient plus convenablement installés à l’intérieur. Si les fournitures avaient été maintenues à Besançon, c’est qu’il y avait une cause ; et cette cause était un Juif, le Juif Veil-Picard, le fameux Veil-Picard, que nous rencontrons à chaque instant dans ce livre, partout où l’on agiote, où l’on tripote, où l’on complote une affaire d’argent.

Le sous-secrétaire d’État de la guerre, le petit Casimir Périer, proteste qu’il est innocent, et le ministre de l’Intérieur, Waldeck-Rousseau, déclare hardiment qu’il ne connaît pas Veil-Picard. M. Georges Périn le convainct immédiatement de mensonge, en lui montrant les lettres qu’il avait fait écrire au Juif par son secrétaire particulier Noël.

Pour être appelé de temps en temps le beau et fier jeune homme, dans le journal Paris, le ministre sacrifiait tranquillement les intérêts de la France.

Quoique, je le répète, les scandales des cercles et des tripots me semblent avoir une importance beaucoup moins grave que les faits de cette nature, l’affaire du Cercle de la rue Royale mérite d’être notée ici.

Ce qui est triste, c’est la honte qui rejaillit sur l’aristocratie par la faute de quelques désœuvrés. Faire son petit cercle, passer rue Royale, est maintenant l’expression adoptée par les ouvriers pour la tricherie au jeu.

Il est impossible que les Cercles ne soient pas déshonorés, avec la manie qu’ont les gens du monde d’accueillir à bras ouverts tous les rastaquouères et tous les Juifs de l’univers. Un homme que tout le monde a connu à Paris marchand de pastilles du sérail dans un passage, un cabaretier de la petite Russie, un ancien laquais prussien, ont-ils gagné quelque argent à la Bourse, les voilà reçus partout. Quand un scandale éclate, on n’ose même pas s’adresser à ceux-là, leur demander des éclaircissements sur leur famille, sur la façon dont ils se sont enrichis, sur ce qu’il y a au fond du train qu’ils affichent ; on tombe unanimement sur un malheureux garçon de jeu, uniquement parce qu’il est Français. C’est absolument honteux.


CHAPITRE CINQUIÈME


Les modes. — Le budget d’une honnête femme. — L’argent mal employé. — La misère cachée. — Sainte-Geneviève et le bal des animaux. — L’arbitre de l’élégance. — Arthur Meyer. — Un favori de l’aristocratie. — Ernest d’Hervilly et le duc de la Rochefoucauld-Bisaccia.


I


Le club et les courses se chargent des hommes ; la toilette ruine les femmes.

Les couturiers et les couturières sont presque tous d’origine juive ; c’est un Juif, Dreyfus, qui est président de leur chambre syndicale. Ils ont déployé sur ce point un génie véritablement charmant, sinon complètement inventif. Félix fait bien joli ; Kahn, qui succéda à Mme Laferrière, ne faisait pas mal ; mais Sarah Mayer, qui a « conçu » les deux robes de Mme Legault, dans les Rois en exil, a une imagination bien heureuse. A Mme Rodrigues cependant le pompon ! Elle ne coud pas les robes comme on avait coutume jadis, aux temps barbares, elle les édite, du moins c’est le terme qu’employait Étincelle.

L’amour de la toilette n’est plus cette coquetterie relativement innocente et gentille qu’ont eue les filles d’Ève à tous les siècles ; c’est une sorte d’idée fixe, de vice impérieux et sombre comme le vice du baron Hulot. Ceux qui servent ce culte idolâtrique, sont l’objet d’un respect mêlé de crainte ; ils se prennent eux-mêmes au sérieux. Je me souviens d’une exhibition d’une garde-robe royale. Les privilégiées étaient placées sur une estrade, en des fauteuils qui ressemblaient à des trônes ; et Worth, solennellement, criait en agitant son mètre comme un magicien aurait fait d’une baguette : « Allons ! la série des robes de chambre, avancez ! »

Tout cela se fait gravement, pompeusement. Des femmes, regardées comme intelligentes, se soumettent à des séances de quatre à cinq heures, à la veille d’un événement mondain, comme l’inauguration d’un nouveau théâtre, pour étudier l’effet du bleu, du rosé, du blanc, sur des robes qu’on éclaire successivement à la lampe, au gaz, à la lumière électrique.

Elles n’ont même pas la pensée de faire profiter des Chrétiennes de l’argent qu’elles dépensent. Un groupe de femmes dont le nom, en dehors des cocodettes bruyantes, a une influence mondaine, honnête et méritée, aurait pu réunir en un atelier ces jeunes filles laborieuses pour lesquelles la vie est si rude, les former en association, leur commander des vêtements simples. L’élan est si vite donné à Paris, que, le lendemain, la mode aurait été de porter des toilettes modestes et de se fournir à cette association féminine.

Loin de concevoir un tel projet, les femmes du monde se regardent comme les obligées des faiseuses célèbres qui consentent à les habiller. La fête de la couturière est un événement ; ses clientes lui envoient des cartes, des bouquets, des cadeaux : la maison est encombrée dès le matin. Il y a là un tableau de genre tout fait, que la plume d’un essayiste parisien nous retracera peut-être quelque jour.


II


On n’a pas l’idée de la façon dont les meilleures clientes sont traitées à la moindre réclamation. Worth, enrichi par les prodigalités de tant de malheureuses éperdues de vanité, fit imprimer une liste où les plus beaux noms de France étaient marqués de la lettre A, qui signifiait escrocs ; où les autres étaient désignés par la lettre B, indiquant l’abus de confiance probable à la suite de dépenses au-dessus des ressources. La liste, mise entre les mains de toutes les ouvrières, traîna bientôt dans toutes les antichambres, on en colporta des exemplaires dans tous les bureaux de rédaction. Dans un autre pays, l’étranger qui se fût permis cette insolence eût été mis à l’index ; il ne se fût pas trouvé une honnête femme qui consentit à revenir chez lui. Worth ne perdit pas une seule de ses clientes !

Ce que nous disons des couturières s’applique à toutes les dépenses de luxe. Les principaux marchands de chevaux, les confiseurs à la mode sont Juifs. Avec une organisation intelligente, chaque catholique pourrait faire profiter, à la défense de sa cause, l’argent qui sort de sa poche, aider par le travail ceux qui pensent comme lui, n’avoir que des fournisseurs qui partagent ses idées ou qui du moins n’attaquent pas ses droits.

Rien n’eût été plus facile, et, dans certains quartiers où les conservateurs font vivre beaucoup de monde autour d’eux, l’influence eût été très vite sensible. Un groupement se fût fait très rapidement entre gens qui jugent de même. Les conservateurs n’y ont pas songé une minute, non par libéralisme exagéré, croyez-le bien, mais par indifférence, par ignàvie, parce qu’ils sont même incapables du léger effort, de l’attention momentanée qu’il faudrait pour cela.

Ce qu’il y a de douleurs derrière ce luxe sans raison, absolument bête, est incroyable. Le hasard, à chaque instant, nous montre l’envers de ces existences si brillantes en apparence.

J’ai vu une famille de vieille noblesse envoyer chaque jour chercher, chez la crémière d’à côté, un horrible bouillon noir et sentant la graisse. Au bout de quelque temps, ils en devaient pour cinq cents francs ! La femme, qui portait un nom célèbre dans l’histoire de la Révolution, un nom chanté par les poètes, immortalisé à la fois par l’héroïsme et par la pitié, avait une note de dix mille francs chez sa couturière, et s’en allait à travers Paris pour les chercher, avec ce mouvement d’oiseau de grande race qui ne sait pas marcher à pied. Au milieu des querelles et des récriminations grandissait une belle jeune fille, élégante et svelte. N’obéissant qu’à leur bon cœur, ces pauvres gens avaient recueilli un moine expulsé ; et rien n’était baroque comme ce chapelain en appartement, bénissant ce repas pris à la gargote, en tête à tête avec une bonne non payée, qui hurlait les refrains de café-concert qu’elle allait récolter chaque soir.

Parfois on tombe tout à fait. Cette jeune femme adorable, cette ravissante Aryenne, au galbe virginal et fier, que vous n’effleurez même pas d’un regard trop intense, pour ne point enlever le pur duvet de ce fruit en train de mûrir, se vend à quelqu’un de ces cosmopolites affreux, galeux, sentant mauvais, qui ont crié des oranges sur le port de Tunis ou d’Alexandrie, ou qui ont été garçons d’auberge en quelque village de Russie, comme ce Garfounkell, quarante fois millionnaire, qui avait laissé sa femme là-bas pour mener la grande existence ici.

Tout aboutit au Juif, en effet. Nous le verrons plus loin pressurant la misère populaire avec les agences d’achat de reconnaissances du Mont-de-Piété : il est le bailleur de fonds, le prêteur réel des usuriers qui obligent les gens du monde. Il sait, à une minute près, la durée du souffle de toutes ces pauvres petites grenouilles qui s’efforcent de se grossir pour égaler les grosses fortunes Israélites. Quand l’haleine commence à manquer, il arrive, et il est le bien venu.


III


Ce qui est plus inquiétant que tout le reste, peut-être, c’est cet abaissement de la femme française. Aux époques de décadence, on l’a constaté, la femme monte tandis que l’homme descend ; cette fois il ne s’est rien produit de pareil. On aurait pu espérer qu’après la guerre il se serait formé un groupe de Françaises exerçant une influence active comme femmes, comme sœurs, comme amies, s’efforçant d’inspirer à tous des idées patriotiques, se servant de leur beauté, de leur sourire, de leur charme, pour relever les cœurs, pour éveiller le désir des nobles actions. Quelle magnifique mission dans un pays où la femme a toujours joué un si grand rôle !

La duchesse de Chevreuse semble avoir eu un instant cette généreuse ambition : elle a essayé de réunir toutes les femmes dans le culte de Jeanne d’Arc, de faire de la pure héroïne le symbole du relèvement national. C’est pour cela que les journaux francs-maçons et juifs se sont acharnés après elle. Mais sa voix, d’ailleurs, est restée sans écho.

« Courtisane ou ménagère, disait Proudhon, pour la femme, il n’y a pas de milieu. » Sœur de Charité ou cocodette, tel est, dans les classes supérieures, le dilemme de la femme française actuelle. Beaucoup, riches, belles, ayant tout pour être heureuses, quittent tout pour se donner au divin Époux, pour se consacrer à une vie de dévouement et de sacrifice ; mais, sauf quelques exceptions, on n’aperçoit, parmi celles qui demeurent dans le monde, aucune image de ces femmes charmantes et fortes, intelligentes et vaillantes, de ces femmes ayant le sentiment de l’honneur de la race, de la fonction sociale à remplir par les privilégiés de la fortune, résolues à communiquer à ceux qu’elles aiment l’horreur de tout ce qui est avilissant ou dégradant.

Il n’existe plus, d’ailleurs, de salons qui aient encore une autorité un peu considérable. Les réunions mondaines où l’on cherchait jadis, avant tout, le plaisir de se retrouver ensemble, de causer, d’échanger des idées, sont devenues, dès que les banquiers ont pris la tête du mouvement, des solennités théâtrales, des fêtes d’apparat, dont les frais épouvantent les familles riches elles-mêmes, qui ne peuvent lutter avec le faste d’Israël.

La médisance spirituelle, l’allusion fine d’autrefois, ont fait place au potin grossier, que l’on craint toujours de voir passer de la conversation dans le journal du boulevard. Les étrangers et les Juifs ont introduit, dans les habitudes de la bonne société, les plaisanteries de manants, les farces de fumistes. La marquise de X… était dans une ville d’eaux, hors de France, lorsqu’à deux heures du matin on l’entend tout à coup crier : « Au feu ! » On accourt, et l’on aperçoit un ratasquouère bien connu de tous, qui, fuyant devant les flammes, s’élance hors de la chambre avec ses vêtements à la main. Pendant six mois on envoie atout Paris des cartes sur lesquelles on lit : Madame de X… et son rastaquouère.

Les histoires de ce genre, qu’il serait facile de multiplier ; les récits d’adultères, de séparations, d’accommodement entre le mari et l’amant, n’auraient qu’un intérêt de scandale et ne rentreraient pas dans le cadre de ce travail, qui est exclusivement une étude sociale.


IV


La mondaine n’a même plus le respect de sa propre beauté, la haine instinctive de tout ce qui déforme ou enlaidit, de tout ce qui blesse les lois d’une certaine élégance supérieure, qui est une des manifestations de l’art ; elle aime, au contraire, l’étrange et le baroque, le bas, ce qui la rapproche un peu de l’animalité.

Quelle vision encore du Paris contemporain que ce bal des bêtes, donné au mois de mai 1885 par la princesse de Sagan !

Il ne s’agit pas ici de rastaquouères, d’étrangers. Tout l’armorial de France, toute la vraie noblesse est présente à cette fête sans nom, à cette espèce de prostitution de soi-même, qui, dit justement l’Univers, inspire une sorte d’épouvante.

Le Gaulois nous donne d’abord les noms des convives du diner :


Comte et comtesse F. de Gontaut, duc et duchesse de Gramont, vicomte et vicomtesse de Turenne, baron et baronne de Vaufreland, comte et comtesse do Castries, vicomte et vicomtesse de Chavagnac, prince et princesse de Léon, comte et comtesse M. d’Amilly, marquis et marquise des Moustiers, comte et comtesse de Vogue, comte B. de Boisgelin, comte R. de Fitz-James, comte et comtesse A. de la Rochefoucauld, baron et baronne de Noirmont, M. et Mme d’Espeuilles, comte et comtesse de Mieulle, vicomte et vicomtesse Des Garets, duc et duchesse de Bisaccia, marquise de Galliffet, lady Dalhousie, comte et comtesse de Kersaint, M. et Mme O’Connor, marquise de Talleyrand, M. et Mme Lambert, comte et comtesse de Saint-Gilles, M. Haas, comte J. de Gontaut-Biron, vicomte G. Costa de Beauregard, colonel Gibert, baron Seillière, baron de la Redorte, H. Ridgway, comte R. de Gontaut-Biron, Allain de Montgomery, comte et comtesse de Maleyssie, comte et comtesse de Chevigné, marquis de Massa, prince de Lucinge, comte Philippe de Beaumont, comte de Brissac, comte de Kergorlay, de Haro, comte Jean de Beaumont, comte Pierre des Moustiers, duc et duchesse de Frias, vicomte de Bondy, marquis et marquise de Mailly, marquis et marquise de Béville, etc., etc.


Il énumère ensuite, un par un, tous les figurants de cette saturnale, et nous lait assister à leurs ébats :


Des coqs marchent en se pavanant dans les salons. Nous reconnaissons, sous ces crêtes, les vicomtes Roger de Chabrol, M. d’Heursel, le vicomte de Dampierre, le vicomte de Contades, le comte Antoine de La Forêt de Divonne, le comte de Las Cases.

Et les canards ne manquent point non plus. Un long bec en spatule s’allonge sur les fronts de M. le comte de Béthune, du baron de Gargan, du comte Plater, de bien d’autres. L’un d’eux a eu l’idée d’offrir à la princesse un journal ingénieux : le Canard, créé pour la circonstance et mort avec elle.

Le comte d’Espeuilles s’est mis une tête de chouette en décoration. Le comte Albert de La Forêt de Divonne est en héron ; le comte François, en dindon. Le vicomte de Leusse a une tête de pie ; le vicomte d’Andlau, une tête de chouette.

Le duc de Gramont passe au bras de M. de Gramedo ; tous deux sont en pierrots, — la tête de la bête et le corps du Pierrot des Funambules.


Deux frères se sont associés pour représenter une girafe : le comte François de Gontaut forme le devant, et son frère l’arrière-train.

Un M. de Germiny a un succès fou : ïl est habillé en singe et divertit l’assistance par ses grimaces.

Mme de la Rochefoucauld-Bisaccia est en pélican.


M. d’Espeuilles passe en souris ; le comte de Tocqueville, en renard ; le vicomte Blin de Bourdon, en bengali ; le comte d’Antioche, en lion ; le vicomte de Rambuteau, en coq ; le comte R. de la Rochefoucauld, en loutre.

Mme Thouvenel est en chauve-souris ; le comte de Berthier, en chat blanc ; la comtesse de Grouchy, en souris blanche ; la duchesse de Frias, en cardinal ; M. de Galliffet fils, en serin ; René-Raoul Duval, en renard ; la comtesse de Mieulle, en oiseau bleu, dit oiseau-mouche ; la comtesse de Blacas, en poulette ; M. de Ravignan, tête de chien.

Nous reconnaissons dans la foule le prince François de Broglie, tête de dindon ; le comte de Gontaut-Biron, en caniche blanc ; la marquise de Croix, en martin-pêcheur ; la marquise de la Ferronnays, en hirondelle ; la comtesse Fernand de la Ferronnays, en mouette ; la comtesse de Voguë, en oiseau de paradis ; la comtesse de Maleyssie, en demoiselle.

Mme la vicomtesse de Florian, en or et vert avec des ailes, représente une libellule ; la comtesse de Bryas a de grandes ailes en plumes bleu et jaune colibri.


Toute la Juiverie est naturellement là, riant de l’avilissement de cette malheureuse aristocratie.


La baronne Gustave de Rothschild est en chauve-souris ; Mme Lambert Rothschild est en panthère : jupe de tulle bleu perlée or et perles fines, corsage et la traîne en velours brodé, imitant la peau de panthère, couvrant le derrière de la jupe et se terminant en lambrequin Louis XIII ; tête de panthère sur les cheveux, retenue au milieu par un croissant de diamants.

Mme Michel Ephrussi. en coq de roche : tulle orange plissé entièrement, et drapé par des écharpes tulle, même nuance, arrêtées par des coqs de roche ; milieu du dos de la jupe velours noir, arrêté de chaque côté par deux grandes ailes noires encadrant le corsage en plumes orange formant le corps de l’oiseau.


Il serait dommage de rien retrancher au récit du ballet des abeilles.


Il est un peu plus de minuit… l’heure des crimes, des apparitions — et des merveilles aussi.

Un roulement de tambour fait savoir aux populations qu’une surprise s’apprête. On s’élance, on se pousse un peu, on se presse beaucoup, et l’on monte sur les chaises pour mieux voir.

Voici le ballet qui commence :

Au fond de la galerie des fêtes, une énorme ruche se dresse. Qui dit ruche, dit : abeilles, à moins que la ruche ne soit déserte ; et, heureusement, ce n’est point ici le cas. Elle est habitée, et délicieusement.

Un essaim d’abeilles : corselet de satin marron rayé jaune, jupe de tulle lamé or, tablier marron pailleté d’or, ailes en gaze d’or, casque en or avec antennes, qui répondent aux noms de Mmes la comtesse de Chavagnac, la baronne de Vaufreland, la comtesse François de Gontaut, la duchesse de Gramont, la comtesse Aimery de la Rochefoucauld, la marquise d’Espeuilles, la comtesse de Kersaint, la marquise de Galliffet, la princesse de Léon, la marquise d’Amilly, la comtesse Gabrielle de Castries, vont, viennent, butinent, trottinent. Elles sont trop charmantes pour qu’on les laisse s’envoler, et messieurs les bourdons sont là pour s’y opposer.

Ce sont : MM. le marquis d’Amilly, le comte Philippe de Beaumont, le comte Jean de Beaumont, le comte de Jarnac, le comte Bruno de Boisgelin, AUaiii de Montgomery, le romte de Haro, le marquis des Moutiers, le vicomte Des Garets, le vicomte de Mieulle, le prince de Lucinge. Leur uniforme est fort galant : culotte de satin marron, pourpoint en satia marron à deux tons, formant les anneaux.

MM. les bourdons, qui viennent de s’éveiller avec l’aube, font le tour de la ruche, sur laquelle ils jettent des regards de connaisseurs en arrêt devant des chefs-d’œuvre. Les. abeilles, que l’aurore aux doigts de rose a fait sortir de la ruche, s’approchent des bourdons galants, et, après une poursuite, abeilles et bourdons se mêlent.

La reine des abeilles (comtesse de Gontaut) choisit un roi ! c’est au comte Jean de Beaumont qu’échoit cette fève… chorégraphique, et le couple s’envole en tourbillonnant au milieu des groupes de danseurs et de danseuses, parmi lesquelles on remarque la comtesse de la Rochefoucauld, la duchesse de Gramont et la marquise de Galliffet.


Voilà ce que faisaient des chrétiennes, au mois de mai 1885, pour fêter la profanation de l’église Sainte-Geneviève[57] !


V


Tout cela pour arriver à être cité dans le journal d’Arthur Meyer !

C’est le vrai maître du monde parisien que ce Meyer, l’arbitre de toutes les élégances, l’organisateur de toutes les fêtes. Jamais la Juiverie n’a produit un type aussi réussi. Fils d’un marchand d’habits-galons, il débuta à Paris, il y a quelque vingt ans, comme secrétaire de Blanche d’Antigny. Il cumulait ces fonctions, qui ne devaient pas être une sinécure, avec celles de reporter.

Ce fut la première manière de Meyer. Il avança vite, grâce à la grande poussée juive qui se fit après la guerre. Aujourd’hui il a maquignonné, boursicoté, trafiqué ; il a un coupé, un hôtel, un journal. Il n’excite ni l’envie ni même le mépris, mais plutôt comme un incommensurable étonnement.

Ayant remarqué que quelques gens du monde affectaient une certaine roideur, d’assez mauvais goût, du reste, il les a imités, mais imités en charge : il ne remue plus, il ne tourne plus la tête ; avec son teint blême, son crâne d’ivoire, sa barbe luisante, il donne l’impression d’une momie sémitique déambulant en plein Paris à l’aide d’un ressort qu’on ne voit pas.

Cet être fantastique, ce faquin d’une si invraisemblable faquinerie stupéfie littéralement par des plaisanteries faites de sang-froid qui renversent les gens. Au moment des obsèques de l’empereur à Chislehurst, il voulait marcher aux côtés de la famille impériale ; il a pris le deuil du comte de Chambord, et annoncé gravement qu’il ne pourrait assister à la fête d’Ischia, à cause de la mort du Roi.

Tout cela, je le répète, se produit sérieusement, silencieusement, sans rire.

Il a vraiment une sorte de rôle dans la vie élégante : c’est lui qui a mis en circulation ces mots de « pschutt » et de « v’lan » que nos gentilshommes repètent avec une grimace idiote. A l’exposition canine, les piqueurs de la duchesse d’Uzès sonnent les honneurs quand il arrive ; ce qui se comprendrait tout au plus dans une exposition de pisciculture.

Ce Tom Lewis frotté de lettres est mêlé à tout : il sert d’arbitre, il remplit l’office d’ambassadeur, il fait les courses. C’est lui qui intervient dans le procès de Sarah Bernhardt et du Juif Koning ; c’est lui qui va prendre chez Meissonnier le portrait de Mme Mackay, et qui rapporte l’argent au peintre.

Vous devinez, avec un tel intermédiaire, ce que sont les négociations. Mme Mackay met le portrait de Meissonier dans l’endroit secret où Saint-Simon avait mis le portrait de Dubois. Meissonier se déshonore par son âpreté au gain, en demandant soixante-dix mille francs pour une toile qui lui a demandé quelques séances. Au moment où tout va s’arranger, le Juif Wolff, qui voit son compère Meyer engagé, vient prononcer sur le cas quelques-unes de ces paroles dont il a le secret : « Si, dans un pareil débat, dit cet homme austère, je pouvais hésiter un instant, il me faudrait renoncer à élever la voix dans les questions artistiques ; je signerais ma propre déchéance. »

— C’est donc un repaire de brigands que votre Paris ? vous disent parfois les étrangers.

— Mais non. Paris est encore plein de braves gens.

Si, au lieu de vivre dans ce monde d’intrigants qui attendent les voyageurs à la gare, comme les interprètes et les pickpockets ; si, au lieu de s’entourer de Juifs, Mme Mackay, qui est, dit-on, une femme excellente, avait vécu avec des Parisiens honnêtes, elle aurait su comment on fait une hausse factice sur les œuvres d’art comme sur les actions de sociétés financières ; elle aurait trouvé à Paris trois cents peintres qui ont plus de talent que M. Meissonier ; elle aurait eu affaire à un artiste qui se serait conduit envers elle en homme bien élevé, et elle n’aurait pas été diffamée dans les gazettes.

Quand il n’a plus d’autre occupation en ville, Meyer organise des fêtes avec les duchesses. Lors de la fête des Alsaciens-Lorrains, c’est lui qui devait ouvrir le bal avec la comtesse Aimery de la Rochefoucauld. Au dernier moment, la pauvre comtesse eut honte, et se contenta de faire un tour dans la salle au bras du petit youtre. L’exhibition n’est-elle déjà pas assez triste comme cela ?

Pour moi, je l’avoue, ces abaissements m’affligent toujours. N’est-ce point navrant, ce joli nom d’Aimery, quia je ne sais quel parfum Moyen Age, et fait songer à l’Aymerillo de Victor Hugo ; ce grand nom de la Rochefoucauld, qui rappelle des siècles d’héroïsme, des batailles gagnées, les Maximes : — tout cela sali par la promiscuité d’un ancien secrétaire de Blanche d’Antigny ? Je suis un peu comme Veuillot, et je trouve que « Ces gens-là me trahissent personnellement, me volent quelque chose », en disposant d’un nom dont ils n’ont pas le droit de disposer.


VI


Ne vous y trompez pas néanmoins, Arthur Meyer est la seule personne littéraire que les gens du monde puissent endurer[58].

Ils ne comprennent l’écrivain que sous la forme d’un illettré bien informé, bien mis, intrigant, remuant, s’agitant. M. de la Rochefoucauld, duc de Bisaccia, reçoit Rothschild et Meyer ; il n’invite pas d’Hervilly à une soirée où l’on joue une de ses pièces.

Le duc de Bisaccia n’en reste pas moins un homme fort dévoué à sa cause, fort généreux même à l’occasion ; mais évidemment il a perdu, dans les mauvaises fréquentations des Juifs, cette fleur de délicatesse et de courtoisie qui caractérisait jadis la noblesse française ; il ne sait plus faire la différence qui convient entre un poète, un artiste, qui est un être de désintéressement et de travail, et un vulgaire financier, qui salit ses mains dans le maniement de l’or.

Si je parle ainsi un peu longuement du noble duc, c’est qu’il est, comme je l’ai déjà dit, ce que les Anglais nomment « un personnage représentatif ». Il est instructif et il est pénible de voir dans quelle société vit un homme qui se croit naïvement, et qui est réellement, pour la foule niaise, l’incarnation de la haute aristocratie, le représentant des idées de chevalerie, d’honneur et de foi[59].

Meyer admire le duc, et le duc aime le commerce de Meyer[60]. Le nom de Meyer figure parmi l’assistance d’élite qui se pressait au bal du 18 avril 1884, au milieu de beaucoup de Hirsch, dont les uns se prénomment Maurice et les autres Théodore. Fortement frappé, sans doute, de se voir là, Meyer déclare que ce bal est un des grands événements du siècle.

Si vous voulez voir combien la destinée d’un journaliste chrétien est différente de celle d’un journaliste juif, regardez les hommes qui entourent Meyer.

Allez au Gaulois, vous trouverez, à côté du Meyer blafard, un beau cavalier, un gentilhomme béarnais, qui a ressemblé un peu à Henri IV. Brave, non point seulement en duel, mais dans la rue, — il l’a prouvé lors de la manifestation de la place Vendôme, — M. de Pêne est resté, malgré une production incessante, un écrivain de race ; parmi les milliers d’articles qu’il a improvisés, il n’en est pas un seul qui n’ait un trait, une phrase où se révèle l’artiste qui sait bien tenir sa plume. A quoi cela lui a-t-il servi ? Il est maintenant effacé derrière le petit circoncis qu’il a chaperonné dans le monde ; il n’a pu arriver à garder un journal à lui.

Prenez, si vous voulez encore, Cornély. J’en puis parler en toute indépendance, car je n’ai jamais eu ni à m’en plaindre ni à m’en louer. Il savait certainement que j’aurais eu plaisir à défendre mes idées chez lui ; jamais il ne me l’a proposé : il s’est confiné un peu trop alors, à mon avis du moins, et au point de vue de l’œuvre qu’il dirigeait, dans un milieu un peu restreint et boulevardier.

Malgré tout, il n’en a pas moins réussi à créer, à faire lire, à faire vivre un journal d’avant-garde, qui rendait d’immenses services au parti conservateur. Après avoir perdu deux mille abonnés d’un coup en se ralliant au comte de Paris, le Clairon n’en comptait pas moins 5,375 abonnés ; au moment de sa disparition il avait un tirage quotidien de 11,000 exemplaires.

La moindre aide aurait mis ce journal à flot. Cornély fît demander cette aide au comte de Paris. Celui-ci ne voulut même pas recevoir la personne que lui envoyait le jeune écrivain, qui, somme toute, combattait pour sa cause avec vaillance, avec entrain, avec succès même.

Ne trouvez-vous pas affligeant l’abandon de cet être d’initiative, d’activité, de bonne volonté, par des gens qui ont plus de cent millions à eux ?

La défense des intérêts religieux en France se trouve donc avoir pour organe, du moins dans un certain public, le journal d’un Juif et d’un Meyer.


CHAPITRE SIXIÈME


Le journalisme juif. — Le chantage. — Eugène Mayer. — La Lanterne. — L’affaire Rappaport. — Le grand électeur de Paris. — Anatole de la Forge ou le « galant homme ».


I


La Presse s’est presque entièrement transformée depuis quelques années. Pour comprendre les conditions nouvelles dans lesquelles elle est placée, il convient tout d’abord de séparer le journalisme du journaliste, la besogne faite de celui qui la fait.

Rien n’est plus absolument probe, plus complètement désintéressé, que le journaliste d’origine française et chrétienne ; et ceci, sans acception d’opinion. Il dispose d’un moyen d’action formidable ; il blesse ou caresse à son gré la vanité de chacun, à une époque où ce sentiment a pris des proportions presque morbides, et jamais la tentation ne l’effleure de retirer un bénéfice quelconque des éloges qu’il accorde.

Sont-ils donc d’une impartialité absolue ? Non. N’attachant malheureusement qu’une importance secondaire à ce qu’ils écrivent, ils sont accessibles à la camaraderie, à la flatterie, à la démarche personnelle faite près d’eux ; ils décernent l’épithète d’« éminent » ou de « sympathique », comme s’il s’agissait d’une simple croix du Mérite agricole. Tel qui repousserait avec indignation une somme d’argent, ne résistera pas à un sourire de femme, à un mot gracieux, à l’insistance même d’un inconnu qui semble attacher un prix exceptionnel à ce qu’on dira de lui.

Seuls, les rédacteurs de journaux à informations, des journaux boulevardiers, comme on dit, sont, en quelque manière, obligés par la nature même de leur travail à un certain décousu dans l’existence. Les autres vivent avec une régularité parfaite, le plus à distance du centre qu’ils peuvent, ne se mêlant que d’assez loin à l’existence bruyante de Paris. La plupart sont mariés et fidèles ; beaucoup aussi, je dois le reconnaître, sont concubinaires : ils ont rencontré une femme qui les aime, qui ne dérange point leurs papiers, et ils se sont attachés à elle, sans prendre la peine de faire régulariser leur situation ; ils pratiquent toutes les vertus du mariage, sans en avoir les avantages.

Ce sont précisément ces vertus qui diminuent l’indépendance du journaliste, qui inclinent aux concessions un caractère nativement droit, qui font qu’une presse déconsidérée a, pour rédacteurs, des hommes dignes personnellement de toute considération.

Si la rédaction des journaux, en effet, est composée d’éléments sains, la direction, la propriété, pour être plus exact, est trop souvent aux mains d’êtres absolument méprisables, de financiers véreux, d’actionnaires peu scrupuleux, qui voient dans un journal, non un moyen de répandre des théories justes et fécondes, mais d’appuyer des combinaisons louches, d’obtenir des concessions que des ministres, objets du dégoût et du mépris universels, accordent à ceux qui ont le triste courage de les louer.

La conception que Gambetta se faisait de la presse, était une conception exclusivement juive. Une horde de boursiers cosmopolites se réunissait un matin, s’entendait avec le Génois, et venait chasser d’un journal les Français qui l’avaient réellement créé, fondé, accrédité dans le public par leur intelligence et leur labeur.

Un beau jour, un financier belge, Werbrouck, le directeur de la Banque parisienne, qui a eu des malheurs, intime l’ordre aux rédacteurs du Gaulois d’avoir à changer de convictions en vingt-quatre heures. Quelques mois après, c’est un Juif russe. Elle de Cyon, forcé de descendre de sa chaire, à Saint-Pétersbourg, par les étudiants indignés, et décoré par le gouvernement français, qui vient à la tête de ce journal nous enseigner quelle politique nous devons suivre.

Un autre syndicat essaye de s’emparer de la France de la même manière. Au mois de juin 1882, Waldeck-Rousseau, digne disciple de son maître, fait expulser brutalement, sans même les prévenir la veille, tous les rédacteurs de la Réforme, qui signent une protestation collective contre la grossièreté de ce procédé.

Devant cette intervention éhontée d’un argent malpropre, dans des questions de doctrine, l’écrivain sent son cœur bondir d’indignation, il veut donner sa démission. Mais il est marié souvent, je l’ai dit, père de famille ; il est saisi par la crainte de voir entrer tout à coup la misère dans cet intérieur heureux, tranquille, presque coquet, avec ses livres, ses vieilles assiettes, ses dessins d’amis au mur, ses fleurs l’été : … il réfléchit ; et, presque toujours, en pareil cas, réfléchir, on le sait, c’est fléchir.

Ceci explique que les Juifs aient très facilement mis à la chaîne des hommes qui leur sont absolument supérieurs, et qui, s’ils étaient réunis, auraient eu aisément raison d’eux.


II


Pour le Juif, le journal n’est qu’un outil de chantage.

M. Albert Christophle, gouverneur du Crédit Foncier, a révélé, en pleine Chambre, la façon dont le Juif Eugène Mayer s’était procuré des fonds pour fonder la Lanterne.

Mayer avait commencé par chercher à intimider par des articles dans la Réforme financière ; mais ces articles n’avaient pas produit le résultat attendu.


Que fait-on ? dit Albert Christophie. On réunit ces articles en un volume ; on met ce volume en vente aux vitrines des libraires. Une émotion assez légitime, assez naturelle, s’empare do ceux qui avaient la conduite de cet établissement.

Alors il se passe ceci : l'édition est achetée, le prix en est fixé ; une somme de 30,000 francs est versée à l’auteur du livre[61].

La vente, effectuée par le payement, a été réalisée en même temps par la remise totale des exemplaires. L’édition tout entière a été livrée, puis elle a été détruite par ceux auxquels elle était cédée, et il ne reste plus, vraisemblablement, de ce livre, aucun autre exemplaire que celui que je possède.

Or, quels étaient donc, Messieurs, les auteurs de cette publication ? quels étaient les fabricants de cet opuscule, ceux qui le mettaient en vente, ceux qui faisaient le trafic honteux que je vous dénonce ? Messieurs, ce sont ceux-là mêmes que nous retrouvons dans le débat actuel, ce sont ceux-là mêmes qui ont touché l’argent, et qui ont stipulé cette vente, ce sont ceux-là mêmes, qui se sont ensuite servis de cet argent pour vivifier et faire prospérer le journal la Lanterne !

Voilà ce fait que je puis, sans excès de langage, appeler un acte de chantage financier.


Le fait n’est donc pas douteux ; mais ce qui est mille fois plus intéressant, au point de vue de notre étude, que le fait lui-même, c’est la terreur qu’inspire cet homme. Il suffisait à Mayer de traiter le plus honnête magistrat de faussaire et de voleur, pour que le malheureux fût immédiatement sacrifié par Martin-Feuillée, le docile exécuteur des ordres de la Lanterne.

En dressant ces listes de proscription, Mayer vengeait des injures toutes personnelles, car les siens et lui avaient eu un peu affaire à la magistrature de tous les pays. Il avait particulièrement sur le cœur le jugement du tribunal de Valenciennes, du 20 août 1879, qui avait sévèrement qualifié les moyens dont Mayer s’était servi dans un de ses journaux, la Réforme financière, pour lancer une entreprise véreuse : la Société céramique du Nord ; Le tribunal avait constaté que la Réforme financière avait affirmé que l’usine était libre de toutes charges, dettes et hypothèques, alors que son prix n’avait pas même été payé, et déclaré que « le préjudice causé résulte, non des faits eux-mêmes, mais de la publicité qui leur a été donnée, dans un but intéressé et coupable » ; il avait établi enfin que les manœuvres coupables avaient été commises « par Mayer, publiciste et banquier à Paris, dans un journal, la Réforme financière. »

Nos officiers français eux-mêmes sont tout petits garçons devant ce Juif.

A l’occasion du 14 juillet 1883, la Lanterne publie je ne sais quelle infamie contre M. de Vaulgrenand, colonel du 22e régiment d’artillerie, à Versailles. Le lendemain, le bureau du journal est plein d’officiers ; le colonel de la Valette et Morlière, arrivés les premiers, se rencontrent là avec une escouade d’officiers du 22e régiment d’artillerie. Que viennent faire là tous ces messieurs ? Demander une réparation à Mayer ? Ce serait là une prétention bien naïve. Ils viennent, le journal vous le dit en italiques, porter témoignage en faveur de leur colonel.

N’est-ce pas précieux encore pour l’histoire psychologique de ce temps, ces héros, ces beaux soldats des grandes batailles, ces Français, se dérangeant pour venir plaider la cause de leur colonel devant un immonde Juif de Cologne, moitié chanteur, moitié espion ?

Ce sont là de ces aberrations, de ces faiblesses, de ces gallicismes moraux, qu’il est presque impossible de faire comprendre à un Anglais ou à un Allemand. Les officiers allemands, ces disciples de Hegel en uniforme, qui veulent expliquer tout par des théories philosophiques, vous embarrassent particulièrement par leurs interrogations à perte de vue.

— Enfin vos officiers sont très braves, nous les avons vus au feu ; ils sont superbes, vaillants et pleins d’audace : comment se laissent-ils traiter ainsi ? L’absence de tout courage intellectuel est toujours la seule explication qu’on puisse donner.

On ne peut que faire relire aux étrangers, pour démontrer cette absence de tout ressort pour résister, l’exécution des trente-sept gendarmes et gardes de Paris, comme otages de la Commune. Ces hommes dans toute la force de l’âge, d’une intrépidité incontestable, — ils l’ont prouvé par leur mort, — se laissèrent conduire à l’abattoir par une escorte de 35 hommes qui ne demandaient qu’à les laisser s’évader. Tout le long du parcours, la population, qui était favorable, les encourageait à s’en aller. Dans le haut de la rue de la Roquette, une femme leur cria encore : « Sauvez-vous donc ! » Ils allèrent jusqu’au bout, tranquilles, « marquant le pas, dit Maxime du Camp, comme s’ils se rendaient à l’instruction. »

Au fond, les événements accomplis depuis dix ans en sont la preuve, il n’y a guère plus d’activité cérébrale, de faculté de décision dans un colonel que dans un garde municipal.

Cette activité, cette décision, ce courage intellectuel, Eugène Mayer les possède.

Regardez encore avec moi ce curriculum vitæ de Juif. Étudiez l’homme dans les siens, dans sa formation morale, dans son développement, et vous serez stupéfaits de ce qu’une famille juive, prise en quelque sorte au hasard, peut remuer de choses, déranger de mouvement autour d’elle.


III


Un des oncles de Mayer, protégé par les intendants Wolff et Gaffriot, fut chargé des fournitures militaires en Crimée et au Mexique. Il gagna une fortune énorme, qu’il perdit dans des spéculations. Un autre de ses oncles fut, de 1860 à 1862, directeur du Mont-de-piété de Cologne, y commit d’innombrables détournements, et vint chercher un asile, d’abord en France, puis en Angleterre. Il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité, et épousa, à Londres, une célèbre proxénète établie dans une boutique de Piccadilly, et maintenant installée à Paris.

C’est chez une cousine de Mayer, madame P., que mourut subitement un maréchal du second Empire.

Quant au père de Mayer, il fut enfermé quelques jours à Mazas, sous l’Empire, et mis en liberté grâce à la protection du maréchal ; impliqué de nouveau dans une autre affaire, il y a quelques années, et se voyant perdu, il se pendit dans sa propriété de Jouy-en-Josas.

Notre Mayer, Benjamin-Eugène, eut encore un rôle dans la tragique affaire Rappaport.

L’affaire Rappaport mérite une mention à part. Ce Rappaport est un vrai Juif moderne, une figure comme le Paris actuel en compte par milliers : il habite rue de Richelieu un luxueux appartement, il fréquente les restaurants à la mode, il joue et gagne toujours. Quoiqu’il eût Wilna pour patrie, s’il se fût présenté aux élections municipales, n’importe où, en concurrence avec un brave Chrétien dont la famille aurait été, depuis deux ou trois siècles, la Providence du quartier, il eût été, non pas élu, mais acclamé comme un Camille Dreyfus. Tous les Juifs et tous les Francs-Maçons effectivement auraient marché au scrutin, comme un seul homme, en criant : « Nommons Rappaport ! » tandis que les honnêtes gens seraient restés chez eux, à gémir sur eux-mêmes.

Comment se passa exactement le drame dans lequel il disparut le 12 décembre 1882 ? Voilà ce qui est resté problématique. Citons tout d’abord le récit de la Lanterne, admirablement placée pour être bien informée, mais également intéressée aussi à dissimuler la vérité.


On connaît les faits matériels du crime. Dans la matinée, une fenêtre s’ouvrait brusquement, au quatrième étage, et une jeune fille apparaissait, en poussant des cris désespérés ; puis elle disparut, violemment attirée en arrière, et la fenêtre se referma. Un instant après, on entendit le bruit d’une détonation. Des gardiens de la paix furent requis, et on ouvrit la porte de l’appartement en question. Cet appartement était celui qu’habitait un courtier en diamants, M. Georges Rappaport. Il avait poignardé sa fille, et s’était ensuite brûlé la cervelle. Voilà les faits brutaux, dans leur simple et sanglante horreur. Mais les causes du crime, aucun journal ne les a exactement connues.


Les autres journaux présentent le drame sous un aspect tout différent.


Rappaport, disent les Nouvelles de Paris à la date du 14 décembre, était originaire de la Pologne russe, Israélite de religion… En 1862, un ami commun l’avait présenté à une ravissante jeune fille, Juive comme lui… Il l’épousa et en eut deux enfants. Mais un jour, sa femme, lasse de son prosaïsme, l’abandonna pour suivre un jeune homme… qu’elle quitta pour un autre… si bien qu’elle se trouve aujourd’hui l’amie intime d’un de nos confrères, et que récemment, à l’Odéon, elle a — bien malgré elle du reste, — joué un rôle dans la scène de violence qui interrompit la première du Mariage d’André.


L’opinion la plus répandue dans le quartier était que Rappaport avait été assassiné par un individu au type sémitique, qu’on avait vu s’enfuir précipitamment quelques moments après le crime, et que la jeune fille avait été frappée en essayant de défendre son père.

D’après la conviction générale, l’active intervention d’un magistrat juif aurait arrêté l’enquête au moment où elle allait aboutir. Ce qui est certain, c’est que l’autopsie, vivement réclamée partout le monde, ne fut pas faite ; un rabbin vint prendre le corps de Rappaport, qui, victime ou coupable, s’en alla sans aucun cortège au cimetière Israélite. Cependant l’Affaire de la rue Morgue n’a pas encore trouvé d’Edgard Poë pour la raconter, ni de Dupin pour l’expliquer.


IV


Imaginez un Chrétien traînant après lui tous ces souvenirs, mêlé à tous ces drames, éclaboussé de tout ce sang : sa vie en sera tout assombrie ; il sera en proie à une insurmontable mélancolie, il s’efforcera de ne point se mettre en évidence. Le Juif est là-dedans comme un poisson dans l’eau : il frétille, il est heureux ; cette atmosphère de trouble perpétuel est son naturel élément. Il s’attaque de préférence aux institutions qui sembleraient devoir lui inspirer une crainte salutaire ; il appelle nos officiers des « cléricafards », des « Pierrots d’église », des « Polichinelles de sacristie ».

Examinez bien ce petit youtre de Cologne. Il a tout contre lui, il porte un nom déshonoré, il n’a aucun talent littéraire ; il se retourne quand même sur le pavé de Paris ; il trouve moyen, avec les fonds conquis comme vous savez, d’organiser une grosse affaire comme la Lanterne, de remuer l’opinion.

Contemplez maintenant certains de nos catholiques : leur famille est en France depuis des siècles, ils possèdent deux cent mille livres de rente, ils n’ont ni galériens ni pendus parmi les leurs ; et, même avec de la bonne volonté, ils sont impuissants, anéantis. « Certainement, il faudrait faire quelque chose ; mais quoi ? Quelle époque que la nôtre, mon bon Monsieur ! »

Comment voulez-vous qu’avec des gaillards de la trempe de Mayer, toujours en travail d’une affaire, d’une combinaison, d’un scandale pour agiter les autres, un pays reste à vivre la bonne existence d’autrefois ? Laissez-les libres encore vingt ans, et ils feront sauter Paris, la France, l’Europe.

Si encore on pouvait s’en tenir à ceux qui sont dans la maison ! Hélas ! ils sont plusieurs millions sur la terre qui arrivent successivement, plus affamés, plus remuants, plus ardents que ceux qui sont déjà à moitié repus.

Pour bien voir où en est la démocratie française et même la démocratie cosmopolite, au point de vue de la dignité et du sens moral, pour lui prendre mesure, il convient également de regarder la place que tient Mayer dans le parti républicain. Les Lockroy, les Bradlaugh, les Aurelio Saffî, choisissent la maison de cet homme pour y venir tenir des discours sur les vertus de la démocratie. Comme tu dois rire, mon vieux Lockroy, rire et aussi te mépriser, lorsque tu enfiles tes phrases dans un tel lieu ! Dire que le pauvre peuple croit tout cela !

Aux élections de 1885, c’est Mayer qui est le grand électeur de Paris : c’est la liste de la Lanterne qui triomphe. Au banquet donné par Mayer pour célébrer cette victoire, se pressent des députés : Lockroy, Bourneville, Delattre, Dreyfus, Farcy, Forest, Yves Guyot, de Heredia, Hude, Lafont, de Lanessan, Pichon, Roques de Filhol, Benjamin Raspail, députés de Paris ; Barbe, Colfavru, de Jouvencel, de Mortillet, Remoiville, Vergoin, députés de Seine-et-Oise ; Letellier, député d’Alger ; Brousse, député des Pyrénées-Orientales ; Jullien, député de Loir-et-Cher.

Savez-vous comment Lockroy appelle cet homme convaincu de chantage en pleine Chambre ? — l’éminent directeur de la Lanterne, mon confrère et ami.

Voilà le niveau moral du premier élu de Paris ! Il est nécessaire que tout cela soit relevé, pour qu’on s’explique plus tard comment la France a roulé si rapidement dans la fange.


V


Tous en sont là. Vous connaissez Anatole de la Forge. C’est « un galant homme ». Toutes les gazettes le disent et Ignotus le répète[62]. Qu’est-ce qu’un galant homme à notre époque ? Il y a ainsi, à cette fin de siècle, des mots errants, des mots fantômes, flottant dans l’air sans se fixer nulle part, pareils à ces posthumes dont parlent les Anglais, formes vagues d’une organisation disparue, calques gazéiformes d’êtres qui ont vécu.

Cette expression semble impliquer une délicatesse particulière de conscience, » un raffinement dans les sentiments, une sorte de superflu dans l’honneur. N’est-ce point se moquer du monde que de se laisser décerner, en toute occasion, ce titre de « galant homme », et d’appeler publiquement mon vieil ami un maître chanteur, un Juif de Cologne, qui verse chaque jour sur des officiers français les ignobles injures dont j’ai donné un échantillon ?

Nous sommes loin de ce Tugendbund (Association de la vertu) où les Stein, les Scharnhorst, les Blücher, les Arndt, les jeunes poètes et les vieux généraux se préparaient à délivrer l’Allemagne du joug de Napoléon.

On ne peut faire un pas dans cette société vermoulue, sans que des impostures et des mensonges se mettent à courir sous vos pieds, comme ces rats qui détalent devant vous quand vous vous promenez dans le magasin de décors de quelque vieux théâtre. Tout est faux. Vous croyez avoir devant vous un temple, un palais, une chaumière : c’est un châssis peint avec un balai. Vous croyez être en présence d’un homme représentant une idée, ayant réellement le caractère qu’on lui attribue : scrutez non point seulement la vie privée, mais les actes publics ; et vous découvrez que ce n’est qu’un bouffon qui joue un rôle, qui n’a qu’un désir, être réélu député, et qui se déshonorera mille fois pour arriver à ce résultat.


CHAPITRE SEPTIÈME


Simia. — Les affolés de réclame. — Mme Adam. — La Finance à l’Académie. — Le patriotisme du général Boum et la vertu de Mme Cardinal.


I


Le plus étonnant cependant de tous les journalistes chanteurs, c’est Simia. Simia, à parler net, est un phénomène spécial à l’époque. Nul siècle n’a produit de type de basse corruption comparable à celui-là, nul siècle n’en produira jamais. Le Juif moderne s’incarne tout entier dans cet être hybride et singulier.

Il n’a pas de patrie, il n’a pas de religion, il n’a pas de sexe. Ce neutre, encore une fois, est un produit unique, qui ne rentre dans aucune classification existante.

Bastien-Lepage a peint ce mélange de batracien et d’antropopithèque, et le portrait a paru ressemblant. Chacun, en effet, a entrevu, un jour ou l’autre, sur le boulevard, cette créature bizarre, qui fait songer à ces grosses personnes que l’on aperçoit dans certaines maisons, avec des bonnets à fleurs sur des têtes difformes, des seins ballants dans des camisoles sales, et une solennité véritablement comique dans l’accomplissement de leur mission. De ces matrones étranges, Simia a le sourire engageant et sinistre, il a d’elles aussi la façon prud’hommesque de parler de la bonne tenue de la maison des lettres, en discutant les questions malpropres qui l’attirent de préférence.

Il nous faut faire avec la plume ce que Bastien-Lepage a fait avec le pinceau. Cet ouvrage, effectivement, ne serait pas complet, si Wolff n’y figurait pas. Nous avons pour guide, d’ailleurs, une des productions les plus caractéristiques de ce temps, le monument élevé par un jeune Juif littéraire à ce Juif arrivé : Albert Wolff, histoire d’un chroniqueur parisien, par Gustave Toudouze.

Comme beaucoup de ses congénères de la presse, Wolff vit le jour à Cologne, et ce n’est qu’en 1857 que ce uhlan du journalisme daigna venir manger notre pain en préparant notre invasion. Kugelmann le fit entrer au Figaro. En ce temps-là. Wolff n’était pas cher. Pour cinq louis prêtés, il vous accablait de mille compliments ; il est vrai que, lorsqu’il s’agissait de rendre, il vous couvrait d’invectives.

Un pauvre homme, nommé Guinon, qui manquait de philosophie devant les injures, porta son cas devant les tribunaux. Gambetta, qui plaidait pour son coreligionnaire, attesta les dieux tout-puissants que jamais on n’avait compris si bien que Wolff la dignité de la presse.

Les juges, qui, en ces jours arriérés, avaient encore des préjugés, ne furent pas de cet avis ; et, le vendredi 29 décembre 1865, le tribunal de police correctionnelle rendit cet arrêt, qui est un des beaux fleurons de cette existence que Wolff appelle volontiers « toute une vie d’honneur et de probité ».


Attendu que le journal le Figaro a publié dans son numéro du 22 novembre un article ayant pour titre : A travers Paris, signé Albert Wolff ;

Attendu que les six premiers paragraphes de l’article en question renferment les expressions les plus injurieuses et les imputations les plus diffamatoires contre le plaignant ; qu’il y est traité notamment de drôle, de misérable, d’homme d’affaires véreuses, d’escroc do vaudeville, joignant à la rouerie de l’usurier la bassesse du laquais, portant sur son visage les traces de toutes ces hontes, se livrant le soir, après avoir récolté sur son chemin le dégoût qu’il inspire, à l’étude du code pénal pour savoir au juste ce qu’il peut faire sans tomber dans les filets de la police ; n’ayant d’amis que deux ou trois recors, qui consentent quelquefois à s’asseoir à sa table, mais qui se disent en sortant : « Peut-on s’encanailler comme nous venons de le faire ! » qu’il y est signalé, en outre, comme faisant le métier d’acheter des créances sur de malheureux écrivains, d’acquérir à vil prix les vaudevilles des jeunes gens mourant de faim, osant cependant venir s’asseoir au milieu des écrivains qu’il dépouille ;

Attendu, enfin, que Wolff est d’autant plus inexcusable que, quelques semaines avant, le 2 novembre, il était en relations presque amicales avec Guinon, qu’il traitait de « cher Monsieur » dans plusieurs lettres terminées par ces mots : « Compliments » ou « mille compliments », lettres dans lesquelles il sollicitait un nouveau délai pour l’acquit d’une dette de cent francs, dont le recouvrement était confié à Guinon, engageant sa parole qu’avant le vingt-deux octobre tout serait réglé ; et qu’il est évident que Wolff, en écrivant et faisant publier l’article sus-analysé, a cédé à un sentiment de vengeance personnelle suscité par la saisie-arrêt formée sur lui, le vingt-cinq octobre, à la caisse des auteurs dramatiques et à la caisse du journal le Figaro :

Condamne Wolff à six jours de prison et à trois cents, francs d’amende.


II


Pour moi, je trouve très précieux, pour l’étude de la vie française moderne, ces détails qui nous montrent bien l’évolution du personnage étranger chez nous.

Allez en Allemagne, essayez d’y emprunter cent francs et d’y trouver du travail, et vous m’en direz des nouvelles. Le Juif de Cologne trouve ici toutes les facilités pour vivre ; et son premier soin est d’insulter le natif, de lui prodiguer des épithètes désagréables et des noms de ménagerie[63].

S’avise-t-on de faire à cet insulteur ce qu’il a fait aux autres, il lève les bras au ciel et déclare que ceux qui osent s’attaquer à lui sont des infâmes et des calomniateurs.

Menacé d’expulsion vers la fin de l’Empire, à la suite de nombreux scandales, Wolff avait répondu fièrement : « Si l’on s’avisait de me toucher, je reviendrais à la tête de trois cent mille hommes. » Les trois cent mille hommes vinrent, et quelques autres aussi avec ; mais Wolff, qui a toujours professé la sainte horreur des combats, n’était pas avec eux. — Il apparut quand tout fut fini.

C’est dans le Panégyrique de Toudouze qu’il faut lire le récit de ce retour. Tout est joli là-dedans. Il y a l’épisode Bourgoing qui est une perle.

Pendant la guerre, Wolff était à Vienne, Si vous aviez fait partie de l’ambassade de France, vous vous seriez dit évidemment : « Voilà un Prussien auquel j’éviterai de confier les affaires de mon pays. » Wolff lui-même semble l’avoir compris ainsi.


Il allait donc par la ville, raconte le biographe, fuyant les Français, presque honteux, lorsqu’il se rencontra ino-pinément avec M. de Bourgoing, premier secrétaire de l’ambassade de France. Celui-ci vint aussitôt au journaliste, et lui demanda pourquoi, puisqu’il se trouvait à Vienne, il ne venait pas, comme l’année précédente, rendre visite à ses amis de l’ambassade.

Le chroniqueur, très ému, répondit que, dans les circonstances actuelles, craignant une réception pénible, il n’avait pas osé.

— Venez donc, répondit gracieusement M. de Bourgoing : vous êtes un ami pour nous, et nos sentiments à votre égard ne sont changés en rien.

Le rédacteur du Figaro se rendit alors à l’ambassade, où il fut accueilli à bras ouverts et où il put désormais venir chaque jour se renseigner sur la marche de la guerre.


Après le spectacle de ce secrétaire d’ambassade allant lui-même chercher un Juif prussien qui ne lui demande rien, pour lui raconter nos affaires, il semblerait qu’il faille tirer l’échelle. Gardons-nous-en bien.

C’est le retour à Paris qui est curieux à voir.

Il est incontestable que les Prussiens avaient un service d’espionnage admirablement organisé, presque aussi bien organisé que celui qui fonctionnait sous Napoléon Ier, du temps où il y avait encore une France^ Les hommes qui les avaient ainsi renseignés, devaient avoir été intimement mêlés à la vie française, avoir eu accès partout. Il paraissait donc tout naturel de faire aux vrais Prussiens, aux Prussiens avérés, à ceux qui nous avaient combattus franchement, l’accueil chevaleresque et galant que nous avaient fait les Russes après l’Alma, les Autrichiens après Solferino, et en même temps de nous défier de ceux qui nous avaient témoigné une amitié équivoque.

Les Français de la décadence firent tout le contraire : ils furent mal élevés, grognons, pleins d’une mauvaise humeur, d’un goût déplorable, devant les Allemands qui les avaient vaincus, comme eux-mêmes avaient jadis vaincu l’Europe ; ils se roulèrent aux pieds de ceux qui les avaient trahis.

Le bon Schnerb, en sa qualité de Juif, fut le premier, nous apprend toujours M. Toudouze, à déclarer que Wolff était le modèle des patriotes ; tous suivirent cet exemple. L’entrevue de Gondinet et de Wolff est une scène de mœurs boulevardières qui indique bien le niveau de l’intelligence actuelle. Wolff, ici encore, semble avoir eu plus de délicatesse que les Français : la première fois qu’il vint dîner chez Brébant, il n’osa pas se montrer. Il était là, dînant solitaire, en cachette, dans son cabinet, lorsqu’on frappa à la porte. « Le garçon venait l’informer qu’un passant, qu’il ne connaissait pas, ayant appris que M. Albert Wolff était de retour et dînait là, demandait à le voir.

« La porte s’ouvrit ; et, les bras tendus, les yeux humides, le nouveau venu s’avança vers Wolff : « Gondinet ! »

N’est-ce pas complet, cet agenouillement devant Wolff, dans l’espoir encore lointain d’une réclame, d’un homme qui, après Dumas et Sardou, est à l’heure présente un des triomphants de la scène française ?

J’ai tort de noircir tant de pages pour écrire l’histoire psychologique de mon temps ; cette histoire pourrait s’écrire en cinq mots : Ce siècle est effroyablement lâche.

C’est à un mensonge perpétuel que l’on a recours pour dissimuler cette universelle lâcheté. Il n’est pas un mot de ce qu’on écrit, qui ne soit une offense à la vérité. Parmi ces écrivains qui parlent à chaque instant de patriotisme, pas un seul n’a eu l’idée défaire ce que j’ai fait, d’aller au Ministère de la Justice s’assurer si ce Prussien, qu’ils recevaient au milieux d’eux, devant lequel ils s’entretenaient ouvertement de toutes choses, avait tenu sa parole, s’il s’était fait naturaliser vaincu.

Or, jamais Wolff n’a été naturalisé français ; jamais il n’a demandé à l’être. Par un décret du 7 mai 1872, « le sieur Wolff (Abraham, dit Albert) a été autorisé à établir son domicile en France. » Cette autorisation le place, il est vrai, sous un régime de tolérance : il peut faire des actes civils, c’est-à-dire, des commerces d’épicerie ou de belles-lettres, sans être exposé à être expulsé ; mais, je le répète, jamais il n’a été naturalisé français, — ce qui lui permet d’avoir un pied en France et l’autre en Prusse. Ce qui m’étonne, c’est que ce Juif ne soit pas encore décoré !

Grâce au Figaro, Wolff exerce dans le monde artistique, la terreur qu’Eugène Mayer de la Lanterne exerce dans le monde politique. L’invraisemblable Turquet cite ce Prussien comme une autorité, dans un discours solennel. J’ai vu des peintres, des artistes vaillants, dont les jambes tremblaient littéralement sous eux, lorsque ce hideux fantoche passait devant leurs tableaux dans les jours qui précèdent l’ouverture du Salon.

Les écrivains qui ont accueilli parmi eux, au Figaro, ce maître chanteur, sont-ils donc semblables à lui ? sont-ils donc capables de couvrir d’invectives dans leurs articles un homme coupable seulement de leur réclamer cent francs ? Assurément non. Francis Magnard est un sceptique, mais un fin lettré, très serviable. Saint-Genest a été un brave soldat avant d’être un journaliste, qui a le courage, plus rare qu’on ne croit, de répéter cent fois la même chose pour essayer de la graver dans l’esprit frivole de ses lecteurs. Le baron Platel, Léon Lavedan, Racot, sont des hommes d’une respectabilité parfaite : ils subissent Wolff, parce que ce misérable leur est imposé par les Juifs.

Si un malheureux Chrétien avait fait le quart de ce qu’a fait ce Juif, les Chrétiens n’auraient pas assez d’anathèmes contre lui ; les Juifs, au contraire, soutiennent et défendent leur coreligionnaire.


III


Pour Israël, la littérature de Wolff est un dissolvant précieux.

Il y a des trésors dans cette littérature. Sur un fond resté tudesque et badaud éclatent des fusées d’orgueil juif, naïf dans son cynisme. Quelle vision que Wolff, remplaçant à lui seul l’ancien tribunal des Maréchaux, juges d’honneur en matière délicate ! Les grands Cercles l’ont consulté sur le cas de M. de la Panouze, l’époux infortuné de la Juive Heilbronn, et il pèse longuement son verdict. « Il y a forfaiture ! oui et non. Jeune homme, réhabilitez-vous en allant vendre des diamants au Cap avec votre estimable beau-père ! »

Tout ce qu’un homme de bonne compagnie évite ordinairement de toucher, est prétexte à Wolff pour se répandre longuement. On n’a pas encore cloué le cercueil de Gabrielle Gautier, qu’il raconte à fond ce faux ménage, qu’il nous dit grossièrement ce que personne ne lui demandait, et qu’il nous apprend que cette morte était la maîtresse d’un Juif, moitié courtier marron, moitié auteur dramatique, du nom d’Ernest Blum.

Ce Blum, qui profite de l’occasion pour se faire faire une annonce sur le cadavre de sa compagne, s’élève avec indignation, dans le Rappel contre les faiblesses d’un Henri IV ou d’un Louis XIV !

Mais c’est Sarah Bernhardt qui inspire Wolff le plus heureusement. Le chroniqueur du Figaro bénit l’enfant, il bénit l’époux, il bénit la mère ; il la compare à « un ange qui a étendu ses ailes sur l'art », et il ne nous épargne rien sur l’intérieur de l’éphémère ménage Damala. Il ouvre la table de nuit, il étale les draps à la fenêtre, avec le clignement d’œil navrant et lubrique à la fois que Gérôme a prêté à l’un de ses personnages.

Quand on lit cela à l’étranger, en trois colonnes de première page, au milieu de peuples qui déjà se partagent nos dépouilles, la nausée vous monte aux lèvres. Comment des hommes comme ceux dont nous parlons plus haut, ne protestent-ils pas contre ces saletés ? comment ne songent-ils pas que leur journal est presque le seul que l’on consulte au dehors, et qu’un peu de toute cette honte retombe sur eux-mêmes ?

Ils sont d’ailleurs cinq ou six à Paris, cinq ou six puffistes, toujours les mêmes, qui constituent de véritables plaies d’Égypte. Ils enlèvent même sa poésie à l’universelle tristesse qui est partout à l’heure actuelle ; ils empêchent ce monde qui se sent disparaître, de rentrer en lui-même pour finir décemment. Ils sont toujours en mouvement, incessamment sur l’affiche, occupant continuellement Paris de leur bruyante et vaine personnalité ; ils s’attirent entre eux, et se servent mutuellement d’échos.

Sarah Bernhardt ne peut faire un pas sans que Wolff embouche la trompette ; Arthur Meyer s’en mêle immédiatement ; Marie Colombier intervient, et c’est un vacarme à ne plus s’entendre. Quand on se croit tranquille, Déroulède se montre ; et, peu après, Mme Adam met la ville sens dessus dessous pour organiser quelque fête.

La bienfaisance n’est plus ce mouvement du cœur qui nous pousse à prendre sur notre superflu, parfois sur notre nécessaire, pour déposer discrètement une offrande dans la main de celui qui souffre ; c’est un acte charlatanesque qu’on accomplit à grand orchestre, en appelant la foule à coups de grosse caisse, pour qu’elle vienne vous regarder ; c’est le triomphe de cette ostentation que Bossuet appelle « la peste des bonnes œuvres ».

Parmi celles qui poussent loin cette monomanie de la publicité, Mme Adam vient immédiatement après Sarah Bernhardt. Je sais les ménagements que l’on doit au sexe, et je n’aurais garde d’y manquer. Il me paraît nécessaire, cependant, de faire figurer dans ce livre cette individualité, curieuse sans être bien originale au fond, qui a tenu une certaine place dans ces dernières années.

S’il n’était pas Juif, comme je l’avais cru, Edmond Adam n’en était pas moins mêlé à toutes les affaires de la Juiverie. Quand elle en parlait dans les feuilles juives, Mme Adam appelait volontiers son mari « le chevaleresque Adam ». En quoi était-il chevaleresque ? C’est encore un de ces problèmes que nous ne nous chargerons pas de résoudre.

Dans nos vieux chroniqueurs, comme dans Homère, du reste, certaines épithètes, une fois accolées à un nom, ne le quittent plus. Il en est ainsi dans certains milieux parisiens. De même qu’Anatole de la Forge est toujours un « galant homme », même lorsqu’il approuve qu’on vole le pain d’un pauvre prêtre de 80 ans, Déroulède est toujours « le patriotique Déroulède » ; Delpit, « notre sympathique confrère ». Adam était « le chevaleresque Adam »,

Mêlé aux affaires du Comptoir d’escompte, cet homme chevaleresque ne prouva guère sa chevalerie qu’en acquérant une fortune énorme, grâce à l’expédition du Mexique. Comment un républicain aussi pur, pouvait-il tremper dans ce qu’on nommait les « hontes impériales » ? Il faudrait ne pas connaître le parti pour songera s’en étonner.

Adam entré dans le scheol, sa veuve, qui avait mis une espèce d’auréole autour de cette nullité futée seulement pour ses intérêts, songea à s’auréoler elle-même. Robert de Bonnières nous l’a montrée faisant des incantations à Gambetta, et lui annonçant que tous les trèfles étaient sortis : ce qui est, comme on sait, signe d’argent. C’est par là qu’elle prit tous ces athées, superstitieux au fond comme des Cafres ; elle fut comme une sorte de Cailhava plus jeune, et se posa dans le parti en disant la bonne aventure à des gens qui n’avaient pas de destinée.

Elle était vraiment belle alors, elle avait une manière de salon, ce’qui ravissait tous ces bohèmes qui n’avaient jamais été qu’à l’estaminet. Elle apparaissait à toute cette Juiverie triomphante, avec des airs de reine de Saba. Un moment, elle espéra épouser Salomon alors dans toute sa gloire ; mais Gambetta ne témoigna qu’un médiocre empressement, et elle ne voulut pas — et elle eut raison — de ce gros Jéroboam de Spuller.


IV


Cet heureux temps semble passé. Quand l’opportunisme fut en baisse, Mme Adam essaya en vain d’aller donner des représentations à l’étranger. Ce puffisme parisien, ces allures garçonnières ne sont pas des objets d’exportation. En Russie, le czar et la czarine refusèrent, avec une énergie qui se comprend, de recevoir la veuve du révolutionnaire qui avait contribué à jeter sa patrie dans le désordre et l’anarchie. Lors de son voyage à Vienne, au mois de mars 1884, Mme Adam trouva la plupart des portes fermées ; de toute l’aristocratie autrichienne, qu’elle s’imaginait, sans doute, prête à lui ouvrir les bras, elle ne put voir que les Rothschild, chez lesquels elle dîna. L’ambassade de France, qui s’était ouverte toute grande à Wolff en 1870, fut hospitalière à la voyageuse. Mme Adam s’assit à la table de Foucher de Careil, « seul candidat décoré de la main de l’Empereur », qui, avant la guerre, allait de journaux en journaux nous apporter des petites réclames sur ses conférences au boulevard des Capucines. Ce souvenir m’est resté : car à la Liberté, c’était à moi, en qualité de nouveau, qu’était réservée la corvée, de recevoir ce fâcheux périodique, qui revenait avec la régularité d’une épidémie, et que les garçons connaissaient à son pas.

L’accueil sembla mince à la directrice de la Nouvelle Revue, et le Gaulois d’Arthur Meyer s’en montra justement froissé. Que voulez-vous ? Bismarck et Mme Adam sont au plus mal, nul ne l’ignore. L’Autriche a obéi au « mot d’ordre de Berlin ». Elle a organisé autour de Mme Adam — l'ennemie de Bismarck — la conspiration du silence. On s’est bien gardé de parler de l’auteur de « Grecque et de Païenne », de peur de mécontenter le vindicatif Chancelier[64].

On n’invente pas ces choses-là ; mais il est permis de les cueillir comme des fruits savoureux poussés dans les serres chaudes de la réclame, de les enchâsser comme des perles qui rappelleront à nos neveux à quel point on a pu se moquer de nous.

Devant l’indifférence des peuples, des cours et des cabinets, Mme Adam se replia sur elle-même. Le bas-bleu prévalut sur la reine ; or le bas-bleu, chez Mme Adam, n’a jamais été qu’en coton. Ce n’est ni Corinne, ni Sapho, ni Lélia ; ce n’est pas même Olympe Audouard. Cette Muse, en réalité, est bien départementale. Il y a chez la Turcarette, qu’a peinte Barbey d’Aurevilly, comme un souvenir de l’Hermance Lesguillon, la femme de lettres de 1830, portant des socques et un parapluie, pour en frapper les barbares qui demeuraient froids devant sa prose.

Après avoir rêvé de gouverner l’Europe, la directrice d’une Revue qu’on lit le moins qu’on peut, en est réduite à essayer l’effet de ses manuscrits sur un petit cercle d’invités, faux romanciers, faux poètes, faux savants, que les satisfactions de l’estomac ont préparés aux indulgences de l’esprit ; elle a, pour eux, maison de ville pour l’hiver et maison des champs pour l’été. Blanche de Castille a fondé l’abbaye des Vaux-de-Cernay pour que Mme Nathaniel de Rothschild pût l’acheter avec notre argent et y vivre commodément. J’ignore quelle autre souveraine a bâti l’abbaye de Gif, où Mme Adam, en joyeuse boulangère, fait danser les écus des Emprunts mexicains. Ce qui est certain, c’est qu’on y est fort bien. On prend les invités à domicile, on les transporte en mail-coach, on les abreuve et on les nourrit ; le soir on les ramène, après avoir enregistré leurs noms au complet, afin de les faire figurer dans les journaux du lendemain. La chronique dit même qu’au départ on remet, à ceux que Païenne a émus, la pièce ronde pour aller chez Mélissandre.

Quelle sera la fin ? J’avoue qu’elle m’inquiète un peu. Il y a comme une marque, non point tragique, mais malheureuse, sur cette femme envers laquelle la Fortune semble avoir épuisé ses sourires, et je n’ai pu, à maintes reprises, me défendre de cette impression pénible. Peut-être verrons-nous Mme Adam, à quelque cinquième étage de la rue Coquenard, faisant encore le grand jeu et proposant à l’Abeille de Longjumeau quelque roman dont le journal ne voudra pas.

On comprend devant ces spectacles la mélancolique parole de Leuven.

— C’est bien ennuyeux de mourir, disait-il ; mais je m’en console presque, en pensant que je n’entendrai plus parler ni de Sarah Bernhardt ni du grand Français.

Comment se fait-il que M. de Lesseps ne comprenne pas qu’il déshonore une vie qui a été belle, laborieuse et utile, somme toute, par ce saltimbanquisme effréné ? Pourquoi mêler ses enfants à toutes ces réclames financières, exhiber sans cesse ces pauvres petits comme dans le tableau de, Pelez, faire décrire sa nursery à chaque instant ?

Quel accueil ferait le corps des ingénieurs à quelqu’un qui lui apporterait un volume de vers ? A quel titre M. de Lesseps se présente-t-il à l’Académie française, par l’unique motif qu’il a creusé un canal ?

Quel rôle magnifique eût pu jouer cependant l’Académie ! représenter dans ce naufrage général, le respect de tout ce qui avait constitué la vieille France, encourager de son approbation, grandir de son suffrage, ceux qui étaient restés fidèles à un généreux idéal, et, pour tout dire d’un mot, être Française !

Elle est jolie, la Française ! Elle va prendre par la main le complice d’Offenbach, le Juif qui, après avoir obéi à sa race en travestissant, aux éclats de rire de la foule, les pures créations du génie aryen de la Grèce, a travaillé consciencieusement pour la Prusse en apprenant aux soldats à outrager leurs généraux, en raillant le panache du chef qui flottait jadis au-dessus des mêlées comme un signe de ralliement, le sabre des pères qui, brandi dans les charges héroïques, a tant de fois sauvé la patrie[65].

L’œuvre démoralisante, je l’avoue, est réussie et vraiment juive. L’homme qui l’a écrite, était au courant et savait de quoi il retournait. Les mots de 1867 semblent autant de pronostics pour 1870. Le général Boum, qui déclare que l’art de la guerre consiste « à couper et à envelopper », raconte d’avance nos malheurs, et c’est bien notre pauvre armée qui se rend « par trois chemins vers un point unique où elle doit se concentrer ».

Incontestablement le public des Variétés, n’est guère accessible à des sentiments bien hauts ; et cependant, à la reprise, quand on entendit le pitre, qui représentait le général Boum, s’écrier : « Ous qu’est l’ennemi ? » il y eut tout à coup un grand silence. Pendant une minute, dans cette salle pleine de ces gommeux, de ces boursiers, de ces comédiens, qui composent ce qu’on nomme le tout Paris des premières, se dressa le spectre de l’invasion et le douloureux fantôme de la défaite. On revit nos généraux, interrogeant l’horizon de cette France dont ils ne connaissaient pas les chemins, nos régiments toujours surpris, et nos malheureux soldats tombant par milliers sous les balles, sans savoir d’où elles venaient.

Si on eût demandé à une des filles plâtrées qui étaient là, ce qu’elle pensait de cette œuvre qui semblait destinée à éteindre d’avance toute flamme vaillante dans les cœurs, elle se fût écriée : « Elle est ignoble ! » Camille Rousset, le savant historien ; Alexandre Dumas, l’auteur des belles Lettres de Junius ; Sardou, l’auteur du drame émouvant de Patrie, ont dit : « Cette œuvre est belle, et nous récompensons l’auteur en lui accordant un honneur que n’ont obtenu ni Balzac, ni Veuillot, ni Gautier, ni Proudhon, ni Paul de Saint-Victor[66]. »

Au moment où l’Allemagne élevait en grande pompe sur le sommet du Niederwald la fière statue de la Germania, l’Académie a voulu chanter le Péan à sa façon ; elle a demandé à se mêler au trio de Boum, de Puck et du prince Paul, et, d’une voix un peu chevrotante, elle a entonné :

Il sera vaincu.
Il sera battu :
Son artillerie.
Sa cavalerie,
Son infanterie,
Tout cela sera,
Je le vois déjà
Écrase, brossé.
Brisé, dispersé...
Et dans les chemins,
Et dans les ravins.
Il en laissera,
Il en oubliera.
On le poursuivra,
On le traquera,
Et les ennemis
De notre pays
Gaiement entreront
Et se répandront...
Ils brûleront tout,
Pilleront partout...
Ce sera bien fait !
Du choix qu’elle a fait
Ce sera l’effet !
Et nous, réjouis.
Voyant ce gâchis.
Nous, n’en pouvant plus,
Nous rirons tous trois comme des bossus.


Le point qu’il faut toujours bien voir, c’est l’hypocrisie, le mensonge, la convention, qui sont l’estampille, le stigmate de l’époque. Les Académiciens, en effet, ne sont pas honnêtement et franchement folâtres : ils parlent solennellement ; ils déclarent que le talent ne suffit pas pour entrer à l’Académie, qu’il faut encore faire un bon usage de ce talent.

« Oui, Monsieur, l’Académie est un grand corps. Nous aimons la tenue, nous demandons des œuvres qui excitent le patriotisme, qui élèvent les cœurs : Sursum corda !

Comme exemple de Sursum corda, il faut rappeler ce qui s’est passé au moment des funérailles de Victor Hugo. Rien ne montre mieux l’abaissement dans lequel l’Académie est tombée. C’était M. Maxime du Camp qui, en qualité de directeur en exercice, devait se charger du discours d’usage ; et il convient de dire que, très résolu à ne pas reculer, il prépara immédiatement son discours, en disant qu’il le prononcerait avec deux revolvers dans sa poche. Le discours, ajoutons-le, était un éloge complet du poète, que M. Maxime du Camp admire plus que personne.

L’Académie, le premier corps littéraire de France, s’affola devant les menaces de quelques feuilles de chou écarlate, et, dérogeant à tous les usages, elle retira lâchement à M. Maxime du Camp le droit de porter la parole en son nom.

Ce fut M. Émile Augier qu’on désigna : on n’avait pas à craindre avec lui de déplaire à la plèbe. Ancien parasite du prince Napoléon, ennemi de Victor Hugo quand il était proscrit, insulteur de Veuillot quand il n’avait plus de journal pour lui répondre, il se consola de ne pas avoir à demander, comme les sénateurs de l’ancienne Rome, la mise au rang des dieux d’un Tibère ou d’un Caracalla, en étouffant, sous des louanges qui sonnaient faux, le pauvre grand génie que l’amour de la popularité avait fait tomber de si haut[67]

La vérité est que personne ne veut se gêner, personne ne veut sacrifier son avantage immédiat ou sa fantaisie à un intérêt général, personne ne veut faire son devoir. Chacun trahit dans la mesure de ses forces et dans la sphère de ses attributions. L’Académie ne peut livrer nos arsenaux, puisqu’elle n’en a pas la surveillance : elle livre aux Juifs le dépôt d’honneur dont elle a la garde ; elle capitule, comme le Sénat a capitulé ; elle accorde à un faiseur d’opérettes, qui est persona grata des Rothschild, ce qu’elle a refusé à Pontmartin, à Jules Lacroix, qui a écrit Œdipe roi, le Testament de César, Valéria, la Jeunesse de Louis XI, l'Année infâme ; qui a mis à la scène le Roi Lear et Hamlet, traduit Horace et Juvénal.

Halévy, du reste, ne s’arrêtera pas là : il sera Secrétaire perpétuel. La place est d’importance. En réalité, c’est le Secrétaire qui fait la pluie et le beau temps dans les commissions, qui guide les choix. Petit à petit, le Juif éliminera tous les ouvrages qui ont un accent chrétien et français ; et, sans bruit, sans qu’on s’en aperçoive, insensiblement, la Juiverie sera la maîtresse à l’Académie comme partout.


CHAPITRE HUITIÈME


Le cabotinage général. — Les Juifs et le théâtre. — L’Ami Fritz, — La statue de Bartholdi. — La décoration d’un comédien. — Le cirque Molier. — Les hôtels juifs. — Paris coupe-gorge. — Malfaiteurs et souteneurs. — Le livre de M. Macé. — Les brasseries de femmes. — La complicité de la police. — La crise ouvrière. — La terre en friche. — L’alcoolisme. — Le laboratoire municipal. — L’impunité des marchands de vin. — La chasse aux pauvres. — Les chiffonniers. — Les reconnaissances du Mont-de-Piété. — Le peuple attend. — Caractère inévitable de la Révolution, — La fin d’un monde.


I


Un cabotinage général semble s’être étendu du théâtre à la société. La société, pour mieux dire, est devenue un immense théâtre, où chacun s’efforce d’attirer l’attention sur soi en se mettant en vedette sur l’affiche, en lettres gigantesques.

Le théâtre lui-même, a pris une importance anormale, presque monstrueuse, qui s’explique par ce seul fait que la plupart des directeurs et des artistes en renom sont Juifs. Le métier de comédien devait tenter les Juifs : il rapporte beaucoup, en effet ; il satisfait une certaine vanité subalterne, et il ne demande aucune faculté géniale : ils se sont rués sur cette carrière avec une véritable fureur.

Tous les théâtres de Paris sont aux mains des Juifs. La plupart des artistes en vue sont d’origine juive ; dans le cas contraire, ne trouvant que de l’hostilité dans la presse, ils ne seraient arrivés à rien et ils auraient été réduits à courir la province. Les cantatrices célèbres de notre temps ont été célèbres surtout parce qu’elles sortaient de la famille de Jacob : la Stolz, la Patti, la Sass, Fidès Devriès, Rosine Bloch, Heilbronn, Isaac, étaient juives ; Judic, Reichemberg, Milly Meyer, appartiennent aussi au monde juif.

Van Zandt est-elle Juive ? En tout cas, elle n’a pas été baptisée : c’est ce qui explique que les Rothschild l’aient reçue chez eux, l’aient couverte de leur protection, l’aient imposée à Paris. Elle a, d’ailleurs, comme Mlle Nevada, comme la Krauss, l’avantage d’être étrangère en un temps où toute Française est mise sévèrement à l’index. Je me rappelle encore la mélancolie avec laquelle une jeune fille, que des revers de famille avaient forcée d’entrer au théâtre, me répondait un jour que je lui parlais de son avenir : « Oh ! je n’arrirai à rien : je suis Française ! »

J’ai indiqué déjà en mainte occasion, cette habitude spéciale à la race Juive, d’agrandir tout ce qu’elle touche, ou plutôt tout ce qui la touche ; de voir tout, en quelque façon, à travers un mirage ; d’accumuler les épithètes exagérées, familières aux peuples de l’Orient.

L’apothéose a commencé par Rachel, qui fut, dit Tourgueneff, « la force et la fleur de cette Juiverie qui s’est emparée déjà des poches du monde entier, et qui s’emparera bientôt du reste : car qui a la poche, a la femme, et qui a la femme, a l’homme. »

Le véridique portrait de cette étrange créature a été tracé par Philarète Chasles, et il est si finement touché, que je ne puis résister au plaisir de le reproduire.


Ce petit tigre bohémien, Juive lascive, vaste front planté sur des épaules de hyène et sur un torse charmant de Ménade, sublime d’intelligence, et plus rapproché, par l’âme, des carnivores que des hommes, a séduit tous ses contemporains dignes d’elle, et que sa grande qualité, la férocité, a enivrés. Véron le gros en a raffolé. Ricord se serait pendu pour elle. Les archevêques l’ont bénie. La France l'a pleurée. Autrefois, petite gueuse en chemise, qui, la sébile à la main, ramassait des sous dans la fange des estamimets ; toute rompue depuis dix ans au trois-six, aux planches, aux quinquets gras ; aimant le ragoût du vice, mais plus encore le ragoût de l’argent, elle représentait la sauvagerie des Parias, celle des Juifs, celle des Bohèmes, résumées, concentrées et raffinées par la sauvagerie des rues de Paris.


Inutile de dire que les Juifs ne s’en sont pas tenus là : ils n’ont point eu de cesse qu’ils ne nous aient fait accepter une Rachel de fantaisie, chez laquelle tout était pur, noble et beau[68].

Fidèles à leurs coutumes, les Juifs ont donc constamment organisé une réclame éhontée pour les leurs. Ils nous ont présenté comme une artiste inimitable, cette pauvre Sarah, qui bredouille, qui n’a plus un geste juste et d’accord avec ce qu’elle dit, qui ne serait pas digne de dénouer le cothurne de cette grande et dramatique Rousseil, en qui semble palpiter l’âme héroïque de la Tragédie.


II


Pas une protestation ne s’élève. Ce prétendu highlife, cette société selected, comme dit Meyer, a moins d’initiative et d’indépendance dans ses jugements que le petit clerc de procureur qui pour quinze sous allait siffler Attila.

Quelle preuve plus saisissante de ce fait que l’Ami Fritz ? On sait à quelle écœurante besogne se sont consacrés les Erckmann-Chatrian, « les Homères du taf ». Elevés au milieu des Juifs de Phalsbourg, ils en ont pris l’âme haineuse et sordide. Leur œuvre a mérité d’être appelée : l’Iliade de la peur.

Quand on annonça l’Ami Fritz, Saint-Genest rappela, dans le Figaro, que ces hommes auxquels on allait ouvrir la maison de Molière, avaient couvert d’injures notre héroïque armée de Metz. Plus dégradés que les Juifs, qui venaient dépouiller les cadavres, ces futurs collaborateurs du Drapeau de Déroulède avaient dépouillé nos morts de leur linceul de gloire ; ils avaient jeté l’épithète de capitulards et de lâches à ces officiers qui, au premier rang sous les balles et sous les obus, avaient défendu ce cimetière de Saint-Privat où la Garde prussienne avait été décimée, près duquel un chemin porte encore le nom de « Chemin de la mort de la Garde ». M. de Saint-Genest ne se contenta pas d’affirmations : dans six numéros, il mit sous les yeux de ses lecteurs les extraits les plus significatifs, les passages les plus antifrançais et les plus déshonorants.

La première arriva. Dans cette salle des Français, il y avait des veuves, des sœurs, des maîtresses aussi d’officiers tombés sous les murs de Metz. Pas une ne protesta ; pas une seule Française n’eut le courage, devant la pusillanimité des hommes, de se lever et de siffler ces insulteurs de la mort. Tout ce beau monde attendait impatiemment que Rothschild daignât donner son avis. Quand rabbi David parut, ce fut un applaudissement unanime. Tous les Juifs rayonnaient. Songez donc ! un rabbin paraissant pour la première fois sur la scène française, et y paraissant, naturellement, comme le modèle de toutes les vertus !

Longtemps à l’avance les Archives Israélites avaient tambouriné la bonne nouvelle : « Le Théâtre-Français de Paris, la première scène du monde, disaient-elles, verra probablement une véritable solennité dramatique. On y donnera dans les premiers jours de décembre l’Ami Fritz, de MM. Erckmann-Ohatrian, dont il a été tant parlé à l’avance. Un des moindres attraits de cette pièce ne sera pas la présence d’un rabbin sur la scène : un des principaux personnages est reb David, type réel, que les écrivains ont sans doute idéalisé, et dont l’original n’est autre, dit-on, que le prédécesseur du grand rabbin Isidor, à Phalsbourg. »

Encouragés par l’immense succès que leur fit la presse juive, les Erckmann-Ohatrian imaginèrent de faire chanter en charge, au commencement des Rantzau, le Kyrie eleison.

Quand furent ânonnées les notes de cet Eleison, il y eut des transports de joie dans ce public du mardi : vous savez, ce fameux public du mardi qui sert de réunion à l’aristocratie, et qui semble aux journaux conservateurs comme la résurrection de la vieille France. Ils étaient là battant des mains, pour faire plaisir aux Juifs, qui regardaient.


III


Il convient, je le sais, de reconnaître que, parmi les prétendues grandes dames qui figurent sans cesse au livre d’or des journaux mondains, le nombre de celles qui appartiennent à Tancienne race française est relativement très limité.

L’Américanisme a envahi Paris presque autant que le Sémitisme.

Que d’histoires piquantes à raconter, si nous ne voulions rester fidèles à notre principe de philosopher seulement sur ce qui est dans le domaine commun !

Le grand seigneur rêvant de faire un opulent mariage a été, dans la plupart des cas, la plus candide des dupes. Certaines familles yankees, venues primitivement d’Allemagne et ayant laissé leur Juiverie dans la traversée de l’Atlantique, s’embarquent un beau jour avec une petite fortune, deux ou trois cent mille francs, qu’elles dépensent bravement, en un an, avec un bruit étourdissant. Les chroniqueurs embouchent la trompette ; les feuilles bien informées brodent à qui mieux mieux des récits de mines fabuleuses, de maisons de commerce colossales.

Vous voyez d’ici le roman qui se bâtit dans la tête de l’Aryen. « L’industrie n’est-elle pas la reine du monde moderne ? Vive l’industrie ! Avec ces millions sans nombre, je reconstruirai mon château, j’aurai les plus brillants attelages de Paris, je ferai du bien… »

Le mariage a lieu… Voilà la petite Yankee duchesse, marquise, comtesse. L’heure sonne où l’heureux époux juge qu’il serait temps de monnayer quelques pépites de ces mines inépuisables, de se faire envoyer un peu d’argent de ces maisons de banque ou de commerce.

Hélas ! les mines ont été inondées, la maison de banque est en faillite. Le père, qui souvent n’avait pas même donne de trousseau, mais qui avait promis une rente énorme, est devenu fou. Le réveil est dur pour quelques-uns. Celui-ci prend son parti, vend son château où Louis XIV avait reçu l’hospitalité, envoie aux enchères les meubles anciens et jusqu’au paravent de sa grand’mère, pour suffire aux caprices d’une enfant gâtée. Celui-là, abattu par un tel coup, disparait de la circulation, se met au lit sans être malade, et vit désormais couché. Cet autre abandonne tout, file en Amérique, y travaille courageusement, découvre de vraies mines, et revient millionnaire et républicain.

Vous me direz que les victimes ne sont guère intéressantes. Je vous l’accorde ; ce qu’il faut noter, c’est l’impossibilité presque absolue pour le Français de tirer aucun bénéfice de ses compromis avec la conscience : il n’est pas organisé pour cela. La ligne droite du devoir aurait toujours été plus avantageuse pour lui, même matériellement, que de prétendues habiletés où il finit invariablement par le rôle de Jocrisse.

A part quelques exceptions, que chacun connaît, ces Américaines sont, d’ordinaire, de bien désagréables créatures : tapageuses, dépensières à l’excès, parlant haut, riant bruyamment, toujours les premières pour les excentricités de mauvais ton, et, ce qui est prodigieux, aussi sottement entichées de leur fraîche noblesse, aussi impertinentes, que les vraies grandes dames d’autrefois étaient simples, indulgentes et bonnes… Elles ont contribué à donner à la société parisienne la physionomie incohérente et bizarre qu’elle a prise depuis quelques années.

Le point douloureux encore est la façon dont on récompense l’hospitalité que nous accordons à tous, les rebuffades dont on paye nos avances.

Quel épisode que la statue de Bartholdi : la Liberté éclairant le monde ! Pendant des années, le comité répétait sur tous les tons : « Notre chère sœur l’Amérique nous adore ; ses ambassadeurs dans toutes les capitales nous l’ont bien prouvé pendant la guerre de 1870, en buvant aux succès de la Prusse et à l’abaissement de la France[69] : souscrivons pour élever un monument impérissable de l’amour qui nous unit ! »

Quand la statue est enfin terminée, après des appels de fonds incessants, les Américains déclarent qu’ils n’en veulent à aucun prix, qu’ils ne donneront pas cinquante centimes pour le piédestal. Le Congrès refuse de voter la moindre somme. Dans un pays où l’on réunit un million de dollars en quelques heures pour n’importe quelle souscription, les particuliers haussent les épaules quand on leur propose de souscrire[70].

Le cœur ne se serre-t-il pas lorsqu’on pense qu’il suffit de quelques imbéciles, ou de quelques agités, pour réduire notre France à ce rôle de pauvre chien qui court porter ses caresses à tout le monde, et que tout le monde repousse à coups de pied ?

Sans les Gambetta, les Waddington, les SpuUer, sans tous les étrangers qui nous ont fourrés dans les complications où l’on intrigue, comme leurs journalistes nous ont fourrés dans les souscriptions où l’on tripote, qu’il eût été magnifique encore une fois le rôle de notre chère patrie ! Avoir émancipé l’Amérique, avoir affranchi l’Italie, avoir combattu partout pour ce qui nous paraissait la justice, et demeurer tranquille dans un recueillement de vaincu ! Au bout de dix ans de ce repos fier, on serait venu humblement nous demander de donner notre avis dans les conseils de l’Europe...


IV


Dès que les Juifs y ont tenu le premier rang, le théâtre lui-même s’est transformé. Tant que les comédiens furent de simples chrétiens, le métier d’acteur resta un métier peu considéré par lui-même, mais que la grandeur du talent, la tenue personnelle de l’artiste, relevaient à l’occasion. Il faut avoir perdu, en effet, tout sens moral et tout bon sens, pour admettre que, dans la hiérarchie sociale, le bouffon, dont la profes- sion est de recevoir des coups de pied dans le derrière pour amuser la foule assemblée, soit l’égal d’un soldat qui expose sa vie pour son pays, d’un marin qui affronte la tempête, d’un médecin qui brave les épidémies.

Sans doute, l’histrionisme a régné dans toutes les civilisations corrompues : Athènes asservie donnait à Polus un talent par jour ; Æsopus et Rosius furent gorgés d’or ; deux mimes, Pylade et Bathylle, remplirent de leurs querelles la Rome du Bas-Empire ; Pâris, que Caligula fit battre de verges pour avoir hésité à déclarer que l’empereur chantait mieux que Jupiter, eut un peu les allures d’un sociétaire de la Comédie française actuelle.

En ses hontes mêmes, le peuple romain garda néanmoins un certain respect de la dignité humaine ; il mit son amour du plaisir au-dessus de tout, il témoigna qu’il voulait s’amuser à tout prix et qu’il oubliait tout pour arriver à ce but, mais il ne déclara jamais qu’un homme de joie était l’égal d’un homme de devoir et de sacrifice. Sénèque, qui fut un voluptueux ; Pétrone, qui fut un débauché, auraient brisé leur stylet plutôt que d’écrire les tirades pompeuses que les journalistes de la presse juive consacrent chaque jour à « l’honnêteté », à la « noblesse de la profession d’histrion ».

Si l’empire, grâce à Fould, donna pour la première fois la croix à un comédien, Isidore Samson, parce qu’il était d’origine juive, il le fit encore avec des réserves formelles : il décora le professeur du Conservatoire et l’auteur dramatique, à la condition expresse que l’acteur ne reparaîtrait plus sur les planches.

Avec leur parti pris d’avilir l’armée, les républicains devaient changer tout cela.

Il faut lire dans les journaux de l’époque la scène de la décoration de Delaunay. C’est un vrai tableau de décadence, mais d’une décadence spéciale, déclamatoire et burlesque.

Comme il arrive à la veille de tous les grands événements, des bruits étranges avaient couru. Delaunay avait mis le marché à la main à la France ; il avait fait annoncer ses dernières représentations. Vous comprenez l’inquiétude qui régnait à la Chambre. L’Angleterre venait de nous chasser de l’Égypte, ce qui avait paru peu de chose ; la nouvelle que Delaunay se retirait, était autrement grave. Pour comble de malheur, Delaunay, nous apprend le Gaulois, avait prononcé des paroles sinistres. « On lui avait entendu murmurer : « On m’a dit au 1er janvier qu’il fallait attendre Pâques, à Pâques que la distribution des prix n’était pas loin. »

En ces heures oscillantes et perplexes où va se décider la destinée du monde, les plus forts se sentent agités. Febvre cependant était fort calme ; « il se tenait immobile dans son cabinet. Déroulède, plus nerveux, allait de la salle au foyer et du foyer à la salle. »

Tout à coup Ferry arrive avec le général Pitié, chef de la maison militaire du Président de la République, et dit à Delaunay :

« Je vous décore sur le champ de bataille. »

Vous apercevez le champ de bataille d’ici : des pots de rouge et de blanc, une patte de lièvre, des postiches, des perruques, et cette odeur spéciale de loges d’acteurs, faite de parfums rancis, de mixtures pharmaceutiques, de poudre de riz et d’oppoponax.

Vous voyez ce vieux maquillé délayant son rouge en pleurant sur les favoris de Ferry, et le général Pitié, au milieu de cette scène, disant : « C’est égal, quelle leçon pour M. de Moltke ! »

Bien entendu, dans la salle, Bischoffsheim rayonnait d’avoir, en astronome qui aime le progrès, découvert l’étoile des braves sur la poitrine d’un sociétaire de la Comédie française.


V


Dans les classes supérieures, l’histrionisme a un caractère tout à fait romain.

Au cirque Molier, des jeunes gens élégants, habillés en clowns, donnent chaque année deux représentations : une pour les femmes du monde, une pour les femmes de tout le monde.

Les invitations sont avidement recherchées, et les Françaises sont là, regardant leurs fils ou leurs frères exécutant des rétablissements sur la barre fixe, dansant sur la corde, passant à travers les cerceaux. Ces acteurs vêtus de maillots couleur tendre, couverts de paillettes, chargés d’oripeaux, grimaçant, gambadant, marchant sur les mains, s’appellent le comte de Nyon, le comte de Pully, comte Bernard de Gontaut, comte de Maulle, de Beauregard, de Quélen. Le comte Hubert de La Rochefoucauld, vêtu d’une tunique de soie bleue, avec une écharpe à glands d’or crie : Miousic ! à l’orchestre, avec l’intonation des clowns.

Il y a un véritable cas pathologique, je le répète, dans ce besoin de se ravaler, de se déshonorer soi-même ; mais cela ne choque personne. Les journaux qui défendent la société, insèrent gravement le programme entre une tirade contre les vices du peuple et l’annonce d’un sermon, insistent sur les numéros, expliquent longuement la généalogie des familles[71]

Le plus fort en ce genre est la représentation du Cercle de la rue Royale, où le jeune duc de Morny parut habillé en femme, et dansa un pas du ballet d’Excelsior. Ce fut un ravissement. Les journaux discutèrent pendant toute une semaine, pour savoir si le duc avait bien fait de couper ses moustaches. Le Gaulois fut très affîrmatif : « Il a eu raison, dit-il, c’est très crâne ! » Le Figaro, plus réservé, déclara qu’il y avait du pour et du contre.

Pas plus qu’au Théâtre-Français, pas un vieillard, représentant du vieil honneur, pas une femme, ayant quelque sentiment de dignité au cœur, n’eut l’idée de se lever, de protester, de siffler, devant le spectacle de cet homme déguisé en femme, et dansant avec des gestes à double entente. Le Tout-Paris n’eut pas la pudeur d’Athènes, qui permettait aux esclaves seuls de danser la danse obscène : le Mothon.

N’est-il pas curieux, dans ce perpétuel recommencement de l’histoire, dans l’incessant frétillement de ce serpent qui se mord la queue, de constater que la décadence se traduit toujours sous des formes identiques, de voir qu’après tant de siècles écoulés, la décomposition sociale, comme la décomposition physique, est absolument la même dans ses manifestations ? Le duc attifé en ballerine, et l’Héliogabale à la robe syrienne, aux yeux agrandis par le henné, aux joues fardées, ne semblent-ils pas être un seul et même être ? Ces clowns titrés ne sont-ils pas une incarnation nouvelle des patriciens dégénérés de Juvénal, du Damasippus qui déclame sur la scène le Spectre de Catulle, du Lentulus qui se loue pour jouer le rôle de Lauréolus, ou du Gracchus indigne qui descend dans l’arène, portant

Le riche galérus où flotte un réseau d’or.

Un souvenir des civilisations disparues vous obsède à chaque instant dans ce Paris colossal.

En 1867, quand l’Empire, condamné déjà, avait l’air d’une bacchanale montée à son paroxysme, au milieu de cette Babel de l’Exposition universelle, où l’on entendait retentir en toutes les langues ce que Bossuet appelle superbement « le hennissement de la luxure », deux passants se rencontrèrent dans ce promenoir où les peuples semblaient s’être donné rendez-vous pour une orgie cosmopolite : l’un était Henri Lasserre ; l’autre, Ernest Hello, un homme de génie qui aura traversé ce siècle sans que ce siècle l’ait aperçu.

— Une chose m’étonne, dit l’auteur de l’Homme au futur auteur de Notre-Dame de Lourdes : je viens de regarder du côté des Tuileries ; elles ne brûlent pas encore…

On éprouve un sentiment analogue, et l’on se demande comment tient encore cette société où l’égoïsme, la vanité sotte, l’amour du plaisir, l’absence de tout sentiment de dévouement, de toute pensée de sacrifice, de tout instinct même de conservation, sont en haut, où la haine et l’envie sont en bas.


VI


L’identité d’impression s’arrête là. Paris n’a plus l’aspect joyeux, l’air de confiance, la puissance ensorcelante qu’il avait à la fin de l’Empire. Malgré l’effort qu’il fait pour se démener, il exhale une odeur cadavéreuse. Le cœur est comme envahi par une insurmontable tristesse.

La ville où la vie jadis était si débordante, où les pavés eux-mêmes riaient aux passants, donne un peu la sensation de Munich. Au mélancolique et glacial München, il manque de la gloire, du mouvement, pour remplir ce décor de palais, de temples érigés aux grands hommes absents, d’avenues magnifiques. Paris a eu cette gloire : il est plein de souvenirs d’héroïsme et de grâce, de légendes immortelles, de fantômes illustres ; mais tout cela semble appartenir à un Passé pour toujours aboli. Certaines régions ressemblent à des Pompéï, et l’on se demande quelle catastrophe les a rendues tout à coup silencieuses et désolées. Ailleurs l’activité est fébrile, mais avec une sorte d’inquiétude sombre qui persiste malgré tout.

Les hôtels du faubourg Saint-Germain gardent leurs volets fermés pendant dix mois de l’année. Presque tous les beaux hôtels du quartier des Champs-Élysées et du quartier Monceau sont aux Juifs.

Le livre, si français ; le livre, qui fait penser ; le livre, qui tenait tant de place au dix-septième siècle, n’existe plus : c’est la musique, art tout sensitif, art d’amollis et de maladifs, qui tient le premier rang. Après le crocodile, le Juif est le plus mélomane de tous les animaux. Tous les Juifs sont musiciens ou comédiens d’instinct : Camondo joue du violoncelle ; Mme Goldschmidt donne de superbes concerts dans les « salons qui sont en enfilade ». — « Quelle jolie décoration ! que de chefs-d’œuvre ! » s’écrie Meyer toujours ravi. « En pénétrant sous le péristyle, la magistrale statue de Houdon, l’Apollon, vous prend le regard. » J’imagine que le maître de céans a dû nous prendre jadis quelque autre chose, pour donner de si belles fêtes…

Les Ellissen sont aussi fort joyeux, et trouvent que la vie est belle, depuis qu’ils ont quitté le ghetto de Francfort et sont devenus millionnaires. La mésaventure de nos pauvres chiffonniers condamnés à mourir de faim les a particulièrement mis en gaieté ; ils en ont fait le sujet d’une pièce, qui a inauguré leur hôtel du boulevard Haussmann, construit sur l’emplacement des jardins de la princesse Mathilde.

Dans ce Paris conquis, on rencontre jusqu’à des Juifs indiens, les Sassoon, une famille aux aventures fabuleuses, qui possède la moitié de Bombay. Ils viennent donner des soirées chez nous. Mme Gubbay, fille de ce Sassoon, arrive de l’Inde tout à coup, invite des gens qu’elle n’a jamais vus, auxquels elle n’a jamais été présentée, et chacun accourt. Et il y a des naïfs qui prétendent que la société parisienne s’ouvre difficilement !


Dans les quartiers que les Juifs ont choisis pour leurs hôtels, on peut au moins se recueillir sans être écœuré par le spectacle que présente la rue. La rue est maintenant aux souteneurs et aux filles : ils s’y carrent effrontément, ils insultent les passants, et font rougir les femmes honnêtes par d’immondes propos.

C’est le livre de M. Macé, le Service de la Sûreté par son ancien chef, qu’il faut lire d’un bout à l’autre, si l’on veut avoir une idée de ce que les républicains ont fait de Parisien quelques années. Dans sa brutalité administrative, dans son langage de procès-verbal sec et froid, l’ouvrage dépasse tout ce qu’on a écrit sur Paris contemporain ; il dévoile les plaies plus cruellement que ne le feraient les plumes les plus éloquentes. Jamais le naturalisme ne nous a donné un plus épouvantable document humain.

Le chapitre sur les souteneurs est véritablement sinistre. L’auteur fait défiler successivement devant nous les souteneurs du grand monde, de la bourgeoisie, du demi-monde ; les souteneurs ouvriers, les souteneurs des maisons de tolérance, les souteneurs mariés de bas étage, les souteneurs pédérastes, les souteneurs rôdeurs de barrières.

L’immoralité croissante, les doctrines matérialistes ouvertement prêchées, la misère, la rareté du travail, ont créé des catégories jusqu’ici inconnues à Paris. Des hommes mariés vivent en grand nombre de la prostitution de leurs femmes, surveillent eux-mêmes leurs débauches.

L’armée des malfaiteurs se recrute parmi les souteneurs. Chaque jour il se forme une bande nouvelle. On dévalise les maisons de la banlieue et des environs de Paris : Passy, Auteuil, Boulogne, sont à chaque instant visités par les malfaiteurs.

On tire sur les commissaires et les officiers de paix ; tous les soirs, les rares gardiens de la paix qui ne pactisent pas avec les malfaiteurs, sont obligés de livrer bataille. On assassine en plein midi, au milieu de Paris, sur les ponts, dans le jardin des Tuileries ; au bois de Vincennes, un vieillard est étranglé à quelques pas du concours de tir ; sur le boulevard des Capucines, devant le restaurant Hill’s, on jette un lazzo autour du cou d’un homme pour le dévaliser. On arrête les voitures dans les rues, comme jadis sur les grands chemins.

On tue les voyageurs en wagon, les filles dans leur lit, les marchands de vin à leur comptoir[72]. La police se croise les bras devant tous ces crimes, absolument impuissante[73].


VII


Les Brasseries de femmes sont à la fois des lupanars, des tripots, des cabarets. Une fois entré là, tout fils d’honnête famille est perdu : on le grise, on le fait jouer, on le dépouille de mille manières. Jamais peut-être la nature humaine ne fut dégradée davantage que dans ces malheureuses femmes dont la profession est de boire, qui ont l’ivresse pour gagne-pain ; qu’on appelle fainéantes quand leur estomac refuse le travail.

M. Macé adresse rapports sur rapports, demandes sur demandes au préfet de police, pour être autorisé à nettoyer Paris ; il se heurte à un refus formel, et il nous en donne la raison[74].

La majorité du Conseil municipal est d’accord avec les exploiteurs du vice.

Dans certaines élections, ce sont les souteneurs et les repris de justice qui apportent l’appoint de voix nécessaires. Le témoignage de M. Macé est très grave sur ce point. « La plupart des souteneurs sont électeurs et votent ; avec leur carte ils pénètrent partout. Bon nombre ont cependant subi diverses condamnations, ce qui ne les empêche pas de faire usage de leur qualité de citoyens. Tout récemment, des individus arrêtés et ayant des antécédents judiciaires ont été trouvés nantis de leurs cartes d’électeurs coupées à l’un des angles, indice certain qu’ils en avaient fait usage. »

Les choses se passaient de la même façon pendant la première Révolution, où les repris de justice étaient maîtres souverains dans les sections.

Ces teneurs d’établissements infâmes sont des purs entre les purs, au point de vue républicain ; ils servent la bonne cause à leur façon, en pourrissant les jeunes générations, en détruisant dans les masses tout sentiment honnête qui pourrait aider le pays à sortir de la fange. Nous constaterons plus loin, d’ailleurs, l’étroite connivence des chefs de la démocratie avec les marchands de vin empoisonneurs.

Les prolétaires sont acculés de plus en plus entre la mort, par la faim, et la révolution sociale. « Quand les hommes perdent de vue les nécessités morales, a dit un puissant penseur, M. Blanc Saint-Bonnet, Dieu fait sortir la lumière des nécessités d’un autre ordre. Si la Foi n’est plus enseignée par l’oreille, elle sera enseignée par la faim ! »

La révolution sociale a un caractère presque fatal. Peut-être faut-il voir dans la conviction qu’il a de cette situation l’une des causes de l’hésitation du comte de Paris. Il est, on le sait, un des trois ou quatre hommes d’Europe qui connaissent à fond la question ouvrière ; il n’a pas, dans le principe qu’il représente, la foi qu’il faudrait pour entreprendre une restauration sociale qui seule sauverait la France, et en même temps il aperçoit, avec plus de clairvoyance que les politiciens de son parti, l’intensité de la crise qui se prépare.

Le travail, déjà ralenti partout, s’arrêtera bientôt presque complètement, grâce à la concurrence que nous font l’Europe et l’Amérique.

L’ouvrier parisien a perdu la suprématie qu’il avait autrefois, et les peuples voisins tendent de plus en plus à se passer de nos produits. Tel est le lamentable aveu qui s’échappe de toutes les enquêtes et de tous les rapports.

La civilisation chrétienne avait garanti, ennobli, poétisé le labeur ; la civilisation juive l’exploite par le Juif capitaliste et le diffame par le Juif révolutionnaire : le capitaliste fait de l’ouvrier un serf ; le révolutionnaire, dans ses livres et ses journaux, l’appelle un forçat.


VIII


Comparez l’atmosphère d’idées dans laquelle vivaient les prolétaires du Passé et l’atmosphère dans laquelle vivent ceux du Présent, et vous vous expliquerez que, par une naturelle conséquence, la grossièreté des sentiments ait engendré la vulgarité dans les productions.

Si vous eussiez pénétré autrefois dans quelque intérieur d’ouvrier, vous y auriez trouvé ces images de corporation, gravées par les soins des syndics et des jurés en exercice, et qui représentaient les saints protecteurs de chaque corps d’état. Tandis que des dessins plus ou moins nombreux rappelaient les principaux épisodes de la vie du saint, les détails de son martyre, d’autres représentaient les outils particuliers de sa profession.

Ces gravures, que l’on distribuait à tous les membres d’une confrérie, constituaient comme un signe de ralliement commun dans les mêmes prières et dans la même foi. On les suspendait dans l’atelier, et le saint, avec son nimbe éclatant, en ses vêtements parfois peinturlurés de couleurs criardes, regardait ainsi le maître et le compagnon, l’ouvrier qui avait déjà fait son chef-d’œuvre et l’apprenti encore novice, travailler de leur mieux.

Que verriez-vous aujourd’hui à la même place ? D’immondes caricatures, qui représentent des prêtres ivres, des femmes retroussées, des scènes de crapuleuse débauche.

L’Église donnait aux ouvriers les saints du ciel pour camarades ; la presse franç-maçonne et juive les assimile à des galériens.

Par une mystérieuse opération de l’esprit, cet état d’âme différent, se traduit dans les créations matérielles. Le travail, exécuté sans entrain par un homme dont l’imagination est salie par de vilaines lectures, attristée par la conviction que son sort ne diffère guère de celui des forçats, n’a plus la délicatesse de jadis. La main est devenue lourde à mesure que la pensée devenait basse, et le gros mouvement pornographique et athée de ces dernières années, en enlevant à nos artisans tout idéal, leur a enlevé en même temps tout leur goût.

A ces causes d’infériorité, il faut ajouter la concurrence déloyale qui se donne pleine carrière, grâce au mépris des gouvernements étrangers pour le nôtre. On contrefait nos marques de fabrique, et on les appose sur des produits qui n’ont rien de français.

Quelle autorité voulez-vous qu’aient pour se plaindre des représentants comme ceux qui ont envahi notre diplomatie ? A Vienne, vous aviez Foucher de Careil, ancien candidat officiel de l’Empire, devenu opportuniste servile, qui a jadis dépouillé un pauvre Privat docent de ses travaux de vingt ans sur Leibnitz, pour mettre sur l’œuvre d’autrui sa marque de fabrique à lui. On envoie comme consul général à Panama, pour l’aider à se refaire aux dépens des actionnaires du Canal, le député Lavieille, qui vient d’être flétri par les tribunaux pour ses indélicatesses financières. En Égypte, vous aviez Barrère ; ailleurs, un ambassadeur dont la nièce a été condamnée à cinq ans de prison, à Marseille, pour avoir commis d’innombrables escroqueries en se faisant passer pour l’archiduchesse d’Autriche ; à Rome, vous avez Gérard.

Après la guerre, quand l’impératrice Augusta demanda un lecteur français, on lui déclara qu’il serait impossible de trouver un Français assez vil pour aller remplir un tel emploi à Berlin. Gérard s’offrit, et, moitié valet, moitié lecteur, il accepta cet horrible métier de sourire à tous les sarcasmes qu’on lançait contre sa Patrie mutilée, dans ce palais qui retentissait, du matin au soir, des cris de joie bruyants des vainqueurs. Gambetta, toujours en quête d’hommes assez dépourvus de dignité pour qu’on pût tout leur demander, prit Gérard dans la domesticité d’une souveraine allemande pour en faire un serviteur de la République.


IX


Tandis que nos ouvriers s’entassent dans nos villes à la recherche d’un travail qui devient de plus en plus rare, l’agriculture est abandonnée. En certaines régions, on ne veut prendre de fermes à aucun prix ; la terre a perdu près des trois quarts de sa valeur.

La ruine est générale. Dans cette République où tout meurt, l’art, la littérature, l’industrie, le commerce des marchands de vin prospère seul.

L’ouvrier de Paris, particulièrement, boit avec excès. Les races déclinent, les fils les plus robustes de la province sont vite usés dans ce Paris qui corrompt et qui épuise. Les Parisiens naissent vieux, ne se soutiennent que par une force nerveuse qui doit incessamment se retremper dans l’alcool.

On s’enfonce certains breuvages dans le corps, comme on s’enfoncerait à demi un poignard dans la peau, pour avoir un chatouillement aigu, une sensation âpre et violente, qui remue, stimule et secoue. Les femmes, les faibles, les maladifs, se piquent le bras à la morphine ; les travailleurs se piquent le nez à l’alcool ; et tous deux éprouvent réellement un bien-être passager, une accélération de mouvement, une détente en même temps.

Ce qui est terrible, c’est que ce n’est ni du vin ni de l’eau-de-vie que l’on vend au prolétaire ; c’est un mélange sans nom, un poison véritable.

Les meurtres de plus en plus nombreux, les maisons de fous pleines, les suicides qui augmentent sans cesse, attestent les effrayants ravages que produisent ces breuvages dans lesquels, à part l’eau, n’entre aucun élément qui ne soit funeste à la santé.

Les rois chrétiens avaient fait de cette question l’objet de leur plus constante sollicitude. Écoutez Louis Blanc lui-même, dont on ne récusera pas le témoignage.

Mêlées à la religion, écrit-il, les corporations du Moyen Age y avaient puisé l’amour des choses religieuses ; mais protéger les faibles était une des préoccupations les plus chères au législateur chrétien. Il recommande la probité aux mesureurs ; il défend au tavernier de hausser jamais le prix du gros vin, comme boisson du peuple ; il veut que les denrées se montrent en plein marché, qu’elles soient bonnes et loyales, et, afin que le pauvre puisse avoir sa vie au meilleur prix, les marchands n’auront, qu’après tous les autres habitants de la cité, la permission d’acheter des vivres[75].

Si vous consultiez sur ceci un Passy quelconque ou un économiste officiel, il vous débiterait de solennelles turlupinades sur le mécanisme des échanges. La vérité, comme vous pouvez vous en rendre compte à l’aide de votre seule raison, est que saint Louis faisait de la grande économie politique, en mettant directement en rapport le producteur et le consommateur ; il plaçait face à face les deux représentants du travail, en reléguant au second plan l’intermédiaire, le parasite.

L’organisation actuelle, étant juive, est naturellement la contre-partie de l’organisation chrétienne de saint Louis.

Le commerce des vins, est donc devenu un commerce de produits chimiques, où l’on expérimente toutes les inventions ; où l’on pratique la gallisation, la pétiotisation, l’alunage, le salage, le sucrage, le plâtrage ; où l’on combine les matières colorantes de toute espèce, les ingrédients de toute nature.

On devine quelle influence désastreuse cette chimie exerce sur la santé publique. Les vins naturels, en effet, ont des principes d’assimilation, et les excès mêmes, avec eux, n’ont que de médiocres inconvénients. Vous avez vu en Bourgogne, par exemple, des vignerons dont la trogne est rubiconde, dont la face a pris les couleurs du pampre à l’automne : ils sont toujours gais, bien portants, vivent très vieux. Les breuvages composés avec des essences, au contraire, ne s’assimilent pas ; ils ont l’action de véritables poisons ; ils déterminent des crises de delirium tremens, des accès de frénésie, des raffinements de férocité dont l’homme est à peine responsable.

Il eût semblé logique que les démocrates, ceux qui se déclarent en toute occasion les amis du peuple, exagérassent même la sévérité contre les commerçants qui, pour s’enrichir, empoisonnent les classes populaires[76].


X


Les Franc-Maçons ne pensent pas ainsi. L’abrutissement par l’alcool frelaté est un de leurs principaux moyens d’action : ils ne veulent pas y renoncer. Rien n’est symptomatique, sous ce rapport, comme les attaques dont le Laboratoire municipal a été l'objet.

Le Laboratoire municipal est dirigé par un chimiste éminent et incorruptible. M, Girard, qui a ce qu’on appelait au dix-huitième siècle « la passion du bien public ».

En quelques années, ce Laboratoire a obtenu d’importants résultats : il a éclairé d’un jour terrible les périls qui menaçaient les travailleurs ; il a fait même cesser complètement certaines falsifications plus meurtrières que les autres.

Au lieu d’encourager ces opérations bienfaisantes, d’augmenter les attributions de ce véritable Comité de Salut public, les députés de la gauche craignirent de voir revenir à la raison le cerveau des infortunés prolétaires qu’ils trompent par de perfides promesses : ils prirent ouvertement, brutalement, sans vergogne, le parti de l’empoisonneur ; ils organisèrent une sorte de syndicat pour garantir au marchand de vin ses bénéfices malhonnêtes, une manière d’assurance de la Fraude contre le Châtiment.

Une première fois, Gambetta avait présidé une réunion qui se proposait franchement ce but méprisable. Après la mort du chef de l’opportunisme, Édouard Lockroy reprit l’affaire, qui lui sembla bonne ; et, dans la réunion qui eut lieu au mois de mars 1883, au Cirque d’Hiver, il fut entouré de tous les hommes politiques appartenant à la Maçonnerie.

Sur l’estrade on remarquait à côté de lui :

MM. Brelay, Spuller, Barodet, Frébault, Anatole de la Forge, Cadet, Greppo, Cantagrel, Farcy, de Heredia, Lafont, Tony Révillon, Beauquier, Pelletan, Peytral, Courmeaux, Boue, Rousselle, colonel Martin, Amouroux, de Ménorval, Delabrousse, Robinet, Dreyfus, Hamel, Marsoulan, Curé, Jobbé-Duval, Deligny, Hovelacque, Ranc, Ernest Lefebvre, Germain Casse, etc.

Au point de vue de la note à prendre, cette tranquille impudence est peut-être un des symptômes les plus caractéristiques de la bassesse d’âme de ces députés républicains, quelles généreuses paroles eût pu prononcer un homme véritablement digne de ce beau titre d’ami du peuple ! Quels nobles accents il eût pu trouver, pour dire à cet auditoire populaire : « Ne vous dégradez pas par l’ivresse ! Songez à tout ce qui s’engloutit dans les assommoirs, à la femme, aux enfants, qui attendent le salaire de la semaine ».

Parmi les flatteurs du peuple qui figurent dans cette liste, aucun, je le reconnais, n’eût été capable dé tenir ce langage, que tiennent les plus pauvres desservants de nos campagnes. Tout au moins ces favoris de la multitude eussent pu dire : « Peuple, puisque tu veux boire, nous veillerons à ce qu’on ne t’intoxique pas, à ce que l’on ne gagne pas en quelques années une scandaleuse fortune aux dépens de ta santé ».

De toutes ces bouches, il ne sortit qu’un cri d’encouragement aux falsificateurs et aux distillateurs du poison, un cri de réprobation contre l’institution qui avait pour but de préserver la vie de l’ouvrier.

Remarquons qu’à part les produits nuisibles, le Laboratoire n’empêche de rien vendre ; il dit seulement aux marchands de vin : « Ne trompez pas ; annoncez du vin additionné d’eau, du vin fabriqué avec de la fécule de pomme de terre, du cognac orné d’un bouquet d’éther. En boira qui voudra ».

C’est cet appel à la plus élémentaire loyauté qui révolte les républicains organisateurs de ces meetings. Ils ont obtenu gain de cause, en tous cas ; et, depuis le mois de juillet 1883, il est défendu au Laboratoire d’employer officiellement les mentions mauvais et nuisibles.

N’est-ce pas bien Franc-Maçon, tout cela ?

Si l’on pouvait mettre l’air qu’on respire en exploitation, ces aigrefins formeraient un syndicat pour empêcher les indigents d’en profiter.


XI


A défaut de l’air, nos braves républicains eurent l’idée d’exploiter les débris jetés à la borne.

L’affaire était bonne.

Le nombre des chiffonniers chiffonnants peut s’élever, à Paris, à cinquante mille. Chacun gagne, en moyenne, trois francs par jour, ou plutôt par nuit ; mais, en mettant les choses au plus bas, en fixant la moyenne à deux francs, on trouve que cinquante mille fois deux francs font cent mille francs par nuit. Cent mille francs par nuit, font trois millions par mois et trente-six millions par an.

Trente-six millions étaient un joli denier pour des gens qui pensent que l’argent n’a pas d’odeur. Au premier abord, on prétendit qu’une compagnie anglaise s’était offerte pour bénéficier de ces trente-six millions, qui faisaient vivre quarante mille êtres humains. Le gouvernement indigné s’empressa de faire déclarer par l’agence Havas qu’il n’y avait pas une seule compagnie, mais plusieurs compagnies.

Sur l’affaire principale on greffa la petite affaire des récipients. Une maison de la rue du Quatre-Septembre, dont la raison sociale cachait deux Juifs prussiens, inonda Paris de prospectus pour annoncer aux habitants de la ville que ceux qui se fourniraient chez elle, seraient désormais à l’abri des procès-verbaux qui allaient pleuvoir sur les simples mortels. Devant les protestations qui s’élevèrent, on fit semblant d’ouvrir une instruction ; mais je ne vous étonnerai pas en vous disant qu’elle n’amena aucun résultat.

La chose était pourtant claire. La circulaire disait :

Tout propriétaire qui pourra justifier de l’achat d’une boîte ménagère à notre maison ou succursale, sera exempt de contravention.

Tout propriétaire, au contraire, qui ne pourra donner cette justification, encourra les conséquences de l’ordonnance préfectorale dès demain.

On ne poursuivit pas : car on eût été forcé de mettre en cause Alphand, un Juif d’origine encore, pour lequel le Conseil municipal a des tendresses que l’on comprend.

La gauche, d’ailleurs, pénétrée d’admiration pour ce Poubelle qu’un dépouillement de scrutin resté fameux, devait immortaliser plus tard, n’eut pas une parole de pitié pour les malheureux chiffonniers. Ce fut le duc de la Rochefoucauld-Bisaccia qui s’honora infiniment, en prenant en main la cause des infortunés que l’on condamnait à mourir de faim, et en la défendant devant des républicains repus, qui, supputant d’avance la part qu’on leur ferait dans l’affaire, riaient aux éclats tandis qu’il parlait.

Les jeunes résistèrent comme ils purent ; les vieux se couchèrent dans leurs cahutes et y attendirent la mort.

Une vieille femme écrivit à un journal radical pour demander à Poubelle « de la faire abattre ».

Comment cela finira-t-il ? On n’en sait rien. Je veux dire qu’on ignore dans quelles circonstances au juste se produira une débâcle qui est inévitable. Le peuple attend et s’organise. Ce n’est plus dans les ruelles étroites, dans les faubourgs malpropres de jadis, qu’il faut aller étudier la Révolution. Elle habite les beaux quartiers d’aspect moderne, ces environs de la rue Monge, par exemple, où la misère semble plus froide et plus terrible encore, au milieu de ce décor édilitaire tout battant neuf, où rien ne parle du Passé.

Les liens qui rattachaient l’homme d’autrefois à cette église où il avait été baptisé, où les dernières prières avaient été dites sur les siens, au patron qui avait été l’ami de son père, aux bons Frères qui l’avaient élevé, sont brisés depuis longtemps. L’être qui est là, est un moderne, un nihiliste : il ne tient â rien ; il n’est guère plus patriote que les trois cent mille étrangers, que l’aveuglement de nos gouvernants a laissés s’entasser dans ce Paris dont ils seront les maîtres quand ils voudront ; il ne se révoltera pas, comme les aïeux, sous l’empire de quelque excitation passagère, sous une influence atmosphérique en quelque sorte, qui échauffe les têtes et fait surgir des barricades instantanément.

Un monarque quelconque auquel on aurait à reprocher la moitié des infamies, des prévarications, des hontes sans nombre accumulées par le régime actuel, aurait entendu depuis longtemps l’émeute rugir aux portes de son palais. En réalité, tout cela laisse la masse profondément indifférente ; toute à son idée fixe, elle rumine silencieusement son projet de révolution sociale, et attend le moment pour s’élancer sur Paris, par ces grandes avenues qui semblent faites pour charrier des fleuves humains.

Dans une société livrée à toutes les convoitises, où le sentiment du juste et de l’injuste a presque entièrement disparu, où ceux qui souffrent sont foulés aux pieds sans pitié, par ceux qui jouissent, la catastrophe finale, je le répète, n’est plus qu’une question de temps. Il n’est pas un être qui pense, qui ne prévoie le dénouement. Causez avec quelque religieux qui suit de loin ce navire qui sombre, et lisez ensuite quelque chroniqueur bien, boulevardier, bien frivole, bien athée, ils vous diront la même chose.

Un jour qui n’est peut-être pas loin, écrit Aurélien Scholl, la chaudière éclatera. De grandes maisons de crédit crèveront comme des ballons surchauffés ; il n’y aura plus que des ruines autour de nous ; Paris sera Ischia après le tremblement de terre ! Ce ne sera pas encore la fin du monde, mais ce sera au moins la fin de ce monde-là.

Je ne serai pas de ceux qui le regretteront.

Moi non plus.

Sans doute il faut prier pour ces imprévoyants, ces corrompus et ces niais. Et cependant, si de suppliants on nous transformait en juges, si l’on nous disait : « Dans la sincérité de votre conscience, prononcez sur ces hommes pour lesquels vous venez d’implorer ce Dieu dont le nom est Miséricorde ! » que répondrions-nous ? ne devrions-nous pas dire, sous peine de rendre un jugement mauvais : « Ce monde a mérité dépérir ; il est puni justement : que sa destinée s’accomplisse ! »


LIVRE SIXIÈME

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LA PERSÉCUTION JUIVE


Vous concluez qu’on a eu tort de fusiller les pauvres calotins en 1871. Nous sommes d’un avis contraire. Nous estimons même qu’on a usé de trop de ménagements vis-à-vis d’eux. Ils ne l’avaient pas volé.
_____Eugène Mayer (Lanterne). .


CHAPITRE PREMIER

LES FRANCS-MAÇONS


La guerre aux catholiques. — Les droits de la pensée libre. — Caractère spécial de la persécution actuelle. — Origine juive de la Franc-Maçonnerie. — Une allégorie transparente. — Le Temple de Salomon. — La Franc-Maçonnerie d’adoption. — Des couplets folichons. — Cousin, président du Suprême Conseil. — L’homme de paille de Rothschild. — Faiblesse coupable de certains catholiques. — Comment se recrute la Maçonnerie. — Le signe de détresse. — Tirard et la conversion. — Les légèretés d’un Lowton. — Les mines d’or de l’Uruguay. — Un Tuileur de premier ordre. — Un enterrement maçonnique. — Guillot, ou le Sage de la Grèce. — Un coup de maillet de Vénérable. — Les vertus du maire de Brest. — Un ministre de commerce agréable.


I


Quels sont les instigateurs, les instruments et les complices de la persécution qui a commencé par l’expulsion de saints religieux, qui s’est ensuite attaquée à l’âme de l’enfant, qui a enlevé enfin au malheureux agonisant dans un hôpital sa dernière consolation et sa suprême espérance, qui s’est efforcée, en un mot, par tous les moyens, d’avilir et de dégrader la France ? Comment cette campagne a-t-elle été entreprise et poursuivie ? Telle est l’étude que nous nous proposons dans ce sixième livre.

La libre pensée elle-même n’est point en cause ici. Que d’heures charmantes nous avons passées avec de brillants esprits, fermés à ces croyances qui sont l’enchantement et la joie de notre vie ! Combien de temps avons-nous été nous-même, en admirant le rôle social du Christianisme, à ne pas admettre le côté divin de ses dogmes, à vivre en dehors de l’Église ? Il a plu à Dieu, dans sa miséricorde infinie, d’appeler par son nom le pauvre écrivain, d’exercer sur lui cette pression irrésistible et douce à laquelle on ne résiste pas, de lui frapper amicalement sur l’épaule, oserai-je dire sans crainte d’être irrespectueux, car ce Christ qui est le maître du ciel et de la terre, est en réalité le plus sûr et le plus fidèle des amis. C’est à nous à remercier et à bénir, mais sans attaquer ceux qui, tout en ne partageant pas nos convictions, n’attentent pas à nos droits de citoyens, d’hommes et de Français.

Que de grandes intelligences soient restées fermées à une telle lumière, cela surpasse l’imagination ; cela est cependant.

Pair d’Angleterre, beau, riche, comblé des dons les plus rares, Byron blasphème le Dieu qui lui a accordé tous ces bienfaits.

Travailleur infatigable, probe dans sa vie, pur dans ses mœurs, Proudhon ne veut pas croire qu’une autre existence le récompensera de ces vertus là-haut, et c’est à Satan qu’il adresse un hymne d’amour.

Delacroix, l’admirable auteur de tant de peintures religieuses, se détourne sur son lit de mort pour ne pas entendre le son des cloches ; il aime mieux s’enfoncer dans le noir que d’aller regarder combien les figures qu’il a rendues à demi visibles par son pinceau, sont plus belles encore que son génie n’a pu les concevoir.

Avant d’être touché par la grâce, combien d’années Littré, si honnête, si droit cependant, n’a-t-il pas lutté contre l’évidence ?

Prenez Jules Soury parmi les philosophes contemporains. Dans son Bréviaire du matérialisme, qui est un chef-d’œuvre de critique et d’érudition, il a apporté, selon moi, les meilleurs arguments à la Religion, en constatant que depuis cinq mille ans la philosophie est toujours au même cran, qu’elle répète toujours la même chose, qu’elle tourne dans le même cercle, qu’elle n’a pu rien expliquer ; il a démontré que Darwin n’avait fait que reprendre les théories de l’adaptation à Anaximandre, qui lui-même copiait Anaxagore, lequel plagiait Empédocle. L’auteur n’en est pas plus chrétien pour cela. Cet homme, qui est un travailleur vaillant, lui aussi, admet volontiers, avec Schopenhauer, que la vie est un mauvais tour que nous a joué le grand Inconscient.

Encore une fois, nous n’avons ni à juger les cœurs ni à sonder les reins. Remueurs de paroles, constructeurs de systèmes, génies perdus par l’ironie ou obscurcis par l’orgueil, libres penseurs de toutes les nuances, n’ont rien à voir avec les misérables qui jettent un vieillard hors de son domicile parce qu’il ne pense pas comme eux, ou qui volent le pain d’un prêtre indigent. Littré, même avant sa conversion ; Vacherot, ont protesté avec dégoût contre ces infamies ; demandez à Jules Soury comment il juge des hommes comme les Constans, les Gazot, les Goblet, et vous verrez ce qu’il vous répondra.

En réalité, la lutte contre les croyances de la majorité des Français a été, non une revendication de la libre pensés, mais la persécution de trois religions voulant en opprimer une autre. Si les Juifs, confondus avec les Francs-Maçons, se distinguèrent par une haine spéciale contre Celui qu’ils avaient crucifié ; s’ils furent à la tête du mouvement ; si, grâce à leurs journaux, ils répandirent à profusion les calomnies les plus ignobles, ils furent puissamment aidés par les Protestants, qui, eux aussi, par un illogisme singulier, en voulaient au Christ, parce qu’ils se sentaient coupables envers lui.

Il nous est donc nécessaire de nous arrêter quelque temps sur la Maçonnerie, de mettre en relief le caractère sémitique de l’institution, et de préciser la forme particulière qu’elle a prise de nos jours.


II


L’origine juive de la Maçonnerie est manifeste, et les Juifs ne peuvent même pas être accusés de beaucoup de dissimulation dans cette circonstance. Jamais but plus clair, en effet, ne fut indiqué sous une plus transparente allégorie. Il a fallu toute l’ingénuité des Aryens, pour ne pas comprendre qu’en les conviant à s’unir pour renverser l’ancienne société et reconstruire le Temple de Salomon, on les conviait à assurer le triomphe d’Israël.

Ouvrez n’importe quel rituel, et tout vous parle de la Judée. Kadosch, le plus haut grade, veut dire saint en hébreu. Le chandelier à sept branches, l’arche d’alliance, la table en bois d’acacia, rien ne manque à cette reconstitution figurative du Temple. L’année maçonnique est à peu près réglée sur l’année juive : l’almanach israélite porte 5446e année de la Création ; l’almanach maçonnique, 5884e année. Les mois maçonniques sont les mois juifs : adar, veadar, nisan, iyar, sivan, tammouz, ab, eloul, tischri, heschvan, kislev, tebeth, schebat.

Nous n’avons qu’à ouvrir l’Annuaire des quatre obédiences françaises, avec éphémérides maçonniques, du F.*. Pierre Malvezin, pour y voir que le F.*. Hébrard, directeur du Temps, est né le 1er janvier 1834, dans le 11e mois maçonnique, c’est-à-dire, dans le mois de tebeth ; le F.*. Compayré est venu après lui, le 3 de ce même mois ; le F.*. Jules Claretie est né le 3 du mois de kislev, qui correspond au 3 décembre.

N’est-ce pas honteux à un homme comme Jules Claretie, qui est un travailleur, qui a un talent, non point éclatant, sans doute, mais sérieux, de s’affilier, pour avoir quelques réclames de plus, à cette bande malfaisante, qui tend partout des pièges à nos pauvres prêtres ?

Vous me direz que cela, après avoir été utile dans les journaux au F.*. Claretie et avoir fait de lui un directeur du Théâtre-Français, ne l’empêchera pas d’être de l’Académie ; au contraire. Les catholiques voteront pour l’ancien rédacteur du Temps, au lieu d’accorder leurs voix à quelque brave homme qui aura essayé de défendre la foi des ancêtres. N’importe ! à la place de Claretie, je rougirais de me trouver sur de pareilles éphémérides, en compagnie du F.*. Lyon-Allemand, né le 7 du mois d’ab, et du F.*. Cazot, né le 11 du mois de schebat.

La phrase fameuse qu’échangent entre eux les initiés, et que M. Andrieux a tournée en ridicule : « L’acacia m’est connu», se rattache également aux plus lointaines traditions juives. D’après l’Écriture sainte, cet arbre était considéré comme sacré parmi les Hébreux ; sur l’ordre de Moïse, le tabernacle, l’arche d’alliance et tous les ustensiles religieux furent composés de ce bois.

Regardez, si vous le voulez, les gravures d’un ancien rituel de hauts grades, vous reconnaîtrez tous les symboles de l’ancienne Loi. Vous y verrez Moïse et Elle sortant d’un nuage de feu, tandis que sur une banderole on lit : Rends la liberté aux captifs. Les mots de passe sont Judas et Benjamin. Il n’est question que d’Adonaï, de la fontaine de Siloé, de Zorobabel, qui vient demander, lui aussi, qu’on rende la liberté aux captifs et qu’on leur permette d’aller rebâtir le Temple de leur Dieu.

Dans la Maçonnerie d’adoption vous démêlez également l’influence juive. La Maçonnerie d’adoption, on le sait, est la Maçonnerie des femmes[77]. Les réceptions sont de vraies fêtes de la Bonne Déesse ; on y chante parfois des cantiques ou chansons qui, pour employer une expression empruntée par Octave Feuillet aux Concourt, feraient rougir un singe. Citons, comme un échantillon innocent, ces couplets simplement gaillards :


ÉVA. — Cantique

 
On nous dit de l’Angleterre
Que tout son vocabulaire
Dans Goddam se renfermait
______(Prononcez Goddem) ;
Mais dans la Maçonnerie,
Un mot a plus de magie.
Ce mot, qui ne l’aimerait ?
Éva, Éva, Éva ! (bis).
Un vrai Maçon ne sera
Jamais sourd à ce mot-là !

Heureux le Maçon fidèle
Qui peut consacrer son zèle
A la beauté qu’il chérit !
Mais bien plus heureux encore,
Quand d’une sœur qu’il adore
Le tendre regard lui dit :
Éva ! etc.

Ignorant notre langage,
Mondor, au déclin de l’âge,
Épouse une jeune sœur.
La pauvre petite femme,
Qui le croit Maçon dans l’àme,
A beau dire avec ferveur :
Éva, Éva, Éval (bis.)
Vieux profane est et sera
Toujours sourd à ce mot-là.


III


L’association maçonnique a été un cadre dans lequel sont entrées beaucoup de catégories d’hommes qui se sont reconnus là, à une sorte de médiocrité malfaisante commune : les gogos, les vaniteux, les pervers, trop craintifs pour agir tout seuls, et qu’un esprit de garantie personnelle portait à ne s’aventurer qu’à bon escient.

Gouvernée par des maîtres invisibles et que nul ne soupçonne, la Franc-Maçonnerie fut une sorte de Judaïsme ouvert, une espèce d’appartement de garçon, de bureau, d’agence, où les Juifs fraternisèrent avec des gens qu’ils n’auraient pas voulu recevoir chez eux. Abrité derrière cette machine de guerre qui le cachait, le Juif put accomplir le mal sans être responsable, en attestant Abraham qu’il était partisan de la tolérance.

Après avoir eu la précaution de mettre d’abord à sa tête des personnalités dont on exploitait l’ambition et qui donnaient le change à l’opinion, la Franc-Maçonnerie, une fois assurée du succès, a cherché des instruments qui lui appartinssent absolument, en les choisissant parmi les êtres qui, par leur nullité intellectuelle et morale, n’offrent pas assez de relief pour qu’on s’attaque à eux.

Prenez Cousin, qui fut président du Suprême Conseil jusqu’au convent d’octobre 1885. Il était, en apparence, l’homme le plus puissant de France ; en réalité, c’est un mince personnage, très humble serviteur et homme de paille des Rothschild. Administrateur du Panama, inspecteur délégué du chemin de fer du Nord, chargé du service central de l’exploitation, riche de cent cinquante mille livres de rente, marié à une femme qui a une fortune au moins égale, intéressé par les Rothschild dans toutes les belles affaires de ce temps, il n’en est pas moins un de ces figurants subalternes de la vie contemporaine que Paris, pourtant si curieux, connaît à peine.

C’est à la fois un timide et un dément de vanité, qui finira, d’après toutes les probabilités, par la folie complète. Petit employé, il faisait déjà déborder un foulard rouge de la poche de sa redingote, pour laisser croire qu’il était décoré. Une fois rentré chez lui, il ne quitte plus le grand cordon maçonnique, le tablier, les emblèmes, les bijoux. En dehors de son titre de président, il s’affuble, dans le calendrier maçonnique, du sobriquet baroque de : Garant d’amitié du Grand Orient de Hongrie, O.*. de Buda-Pesth.

Craintif et insolent en même temps, il rampe devant les Rothschild, et fait peser un joug de fer sur ses employés, qui le détestent cordialement. Avec sa figure blafarde, ses yeux inquiets, c’est l’incarnation complète du bureaucrate sinistre. Avec cela il a des qualités : il est classificateur, paperassier habile. Les Rothschild ont compris le parti qu’on en pouvait tirer, et lui ont passé au cou ce cordon moiré qu’il aimait tant.

Tout le mouvement de la Maçonnerie : intrigues, dénonciations contre d’honnêtes Chrétiens, démarches pour priver un brave homme de sa place, enlèvements d’enfants, poursuites à l’aide de faux témoignages contre des ecclésiastiques, ce qu’on ne sait pas, ce qu’on ne se dit qu’entre affidés très sûrs — tout cela est venu pendant de longues années aboutir au chemin de fer du Nord.

Cousin classe tout avec une méthode imperturbable : il met les pièces dans un dossier, puis le dossier dans un carton, et le carton dans un secrétaire garni d’une serrure de sûreté. C’est le Crime en manches de lustrine, la Sainte-Vehme siégeant sur un rond de cuir ; c’est Cagliostro dans le faux col de Joseph Prudhomme et dans la lévite de Pet-de-Loup. C’est la malfaisance aimée pour elle-même. Quel intérêt, je vous le demande, peut avoir cet homme dix fois millionnaire à détruire ces croyances qui aident les déshérités à supporter la vie ?


IV


Le Franc-Maçon non juif, le Franc-Maçon instrumentaire personnifie un type particulier ; il correspond à une nature d’esprit spéciale, il semble qu’on naisse ainsi. Ce n’est ni l’insurgé, ni le niveleur, farouche qui rêve de fonder sur des ruines une société meilleure ; ce n’est pas le socialiste poursuivant de séduisantes et dangereuses utopies. Non : c’est un bourgeois, mais un bourgeois particulièrement vil et bas.

Jamais on ne vit imposture pareille à la prétendue philanthropie qu’affectent les Francs-Maçons. Ils n’ont pu fonder une œuvre charitable sérieuse, le Monde maçonnique l’avoue lui-même :


Toutes les fois que nous voulons entrer dans le domaine de la création d’établissements de bienfaisance et de secours, nous échouons pitoyablement.

L’Orphelinat général maçonnique nous en fournit une preuve de plus. Si nos adversaires, les cléricaux, pouvaient mesurer l’inanité de nos efforts dans la voie de la bienfaisance pratique, ils trouveraient un beau thème à nous couvrir de ridicule.

En comparant la situation du seul établissement créé par nous, comptant à l’heure qu’il est vingt-deux années d’existence, à la foule d’institutions au moyen desquelles l’Église distribue à un peuple de clients des secours de toute nature, nos ennemis pourraient véritablement nous prendre en pitié.

Nous faisons des vœux pour que le rapport de la sous-commission des finances, dont le F. Leven est président, ne leur tombe pas sous les yeux. Il importe à l’honneur de la Libre Pensée que la Franc-Maçonnerie ne fasse pas rire d’elle.


Ce qui caractérise précisément la Maçonnerie, c’est un sentiment inconnu jusqu’à elle, un sentiment vraiment diabolique : la haine du pauvre. « N’introduisez jamais dans l’ordre, dit le F.*. Beurnouville, que des hommes qui peuvent vous présenter la main et non vous la tendre ». Pour le F.*. Ragon, la pauvreté, « c’est la lèpre hideuse de la Maçonnerie en France ».

Le Franc-Maçon a le culte et l’amour de la force, comme le Juif ; il est toujours avec ce qui réussit.

Ces éternels suiveurs de fortune se sont mis naturellement à la remorque du prince de Bismarck. Bismarck avait intérêt à détruire chez nous cet idéal de foi qui, faisant mépriser la mort, rend les nations invincibles ; la Franc-Maçonnerie s’offrit pour accomplir cette besogne, et l’accomplit presque pour rien, par besoin de servir, par la pente naturelle qui la porte à tout ce qui répond à une sorte de domesticité haineuse, qui est son fait.

Cette adoration perpétuelle pour ce qui est fort et riche, s’applique à tout. Entrez dans une loge maçonnique, vous n’entendrez jamais personne demander qu’on touche aux milliards des Juifs.

L’ennemi auquel ces vaillants s’attaquent, c’est le Frère des Écoles chrétiennes ou la Petite Sœur des pauvres, le faible, en un mot. Contre eux ils sont terribles, ils écrivent des planches contre eux, ils tuilent, ils se grattent frénétiquement dans la main, ils épuisent le répertoire de leurs attouchements obscènes.

C’est Ranc, un Imitateur d’Osiris, qui, le 17 juillet 1879, exhiba dans sa loge une sorte de carte des établissements religieux à piller. C’est Constans qui, le 17 août 1880, après la première exécution des décrets, reçut une palme de la Parfaite Harmonie, qui aurait mieux fait de demander à Barcelone quelques renseignements sur ce malheureux Puig y Puyg, si cruellement dépouillé par l’ancien ministre de l’Intérieur.

Nous voyons encore ce Constans, qui aurait tant de raisons de se cacher, se mettre en évidence dans une fête d’adoption donnée, le 27 juin 1885, dans un restaurant du bois de Boulogne.

Cette fois, spectacle écœurant même pour les moins difficiles, des enfants sont mêlés à ces farces odieuses. Les pauvres petits acteurs condamnés à figurer dans ces saturnales ont le visage couvert d’un voile de mousseline blanche, portant en lettres jaunes une inscription différente. Sur l’un on lit le mot fanatisme ; sur l’autre : ignorance ; sur un troisième : misère. Après d’interminables discours, on enlève solennellement ces voiles.

Constans déclara hautement que c’était la Maçonnenerie qui avait imposé l’expulsion des religieux au, gouvernement.


C’est dans la Franc-Maçonnerie, où je suis entré il y a| trente-deux ans, que j’ai entendu dire pour la première fois que le cléricalisme était l’ennemi commun.

Je suis de ceux qui n’ont pas craint de se compromettre pour le combattre ouvertement ; mais à quoi cela aurait-il servi, si, comme cela se voit aujourd’hui, les robes noires] expulsées peuvent impunément revenir prendre leurs places primitives ?

Se tournant vers le député Laguerre, l’orateur ajoute :

… Mais j’espère que de plus jeunes que moi les expulseront une bonne fois pour toujours !…


La grande force de la Maçonnerie, réside dans le concours que lui apportent, les gens médiocres d’intelligence et faciles de conscience, qu’elle réussit depuis quelques années à caser dans tous les postes importants. Sévère pour l’homme condamné, la Maçonnerie aime l’homme véreux, l’agent d’affaires, le financier louche, le déclassé qui a besoin d’elle, et qui par conséquent est pour elle un instrument docile. Des pleutres comme Ferry ou comme Tirard, par exemple, sont les grands hommes francs-maçonniques. Ils sont soutenus, protégés, repêchés.

Prenez la liste de tous les hommes en vue, adeptes de la Franc-Maçonnerie, et vous y verrez figurer tous les noms d’hommes compromis dans de douteuses affaires, dans des virements suspects, flétris par leur propre parti : les Constans, les Oazot, les Ferry, les Floquet, les Bouteillier, les Paul Bert, les Baïhaut.


V


La Franc-Maçonnerie, en effet, n’abandonne les siens qu’à la dernière extrémité. Voyez, par exemple, Tirard. Il est chargé, comme ministre des finances, de cette opération de la conversion du 5 0/0 en 4 1/2, qui demandait avant tout de la discrétion.

Que fit Tirard ? Il fit cyniquement un coup : il reçut ostensiblement M. Dugué de la Fauconnerie, et l’autorisa à déclarer que l’opération n’aurait pas lieu, alors qu’il savait qu’elle était déjà décidée. On rafla ainsi une quinzaine de millions.

Dans la séance du 26 avril 1883, M. Oscar de Vallée monte à la Tribune du Sénat, flétrit ces prévarications. Le rigide magistrat retrouve l’accent des anciens jours, son doigt désigne le coupable assis au banc des ministres. Cette parole d’un honnête homme produit une émotion profonde. Même composées en majorité de gens pour lesquels la vertu n’est qu’un mot, les Assemblées prises en masses sont accessibles à certains courants.

Un frisson passe dans la salle, quand, s’adressant au Garde des sceaux, qui baisse la tête, l’orateur lui dit : « Vous êtes le maître de l’action publique ; pourquoi ne la mettez-vous pas en mouvement ? Il y a des coupables : cherchez-les et punissez-les ! »

Il est peu vraisemblable, évidemment, que Martin Feuillée, qui a eu probablement sa part de gâteau, commence une instruction contre lui-même ; mais les foules, je le répète, sont toujours promptes aux impressions, et tout le monde se demande si Tirard ne va pas avoir le sort de Teste.

Le Vénérable de la loge l’École mutuelle était pâle comme un mort ; il fit sans doute le signe de détresse en élevant les deux mains croisées au-dessus de sa tète. Soudain, des bancs de la gauche partent des vociférations, des cris confus, des interruptions assourdissantes. On veut empêcher à tout prix M. Oscar de Vallée de poursuivre sa courageuse harangue. Les Maçons descendent au bas des gradins, pour mieux insulter celui qui dévoile les scandales d’un des leurs. On distingue, parmi les plus exaltés, Deschanel et Laurent Pichat, de la Clémente Amitié ; le Juif Millaud, de la Fraternité progressive ; Testelin, de l'Étoile du Nord, qui croit qu’on parle une langue étrangère lorsqu’on parle de probité ; Tolaîn, de la Prévoyance, toujours prêt lorsqu’il s’agit de se faire noter d’infamie.

Les clameurs couvrent la voix de l’homme probe, qui est réduit à se taire. Martin Feuillée s’essuie le front, Le F.*. Tirard est encore une fois sauvé.

C’est le Benjamin des loges, d’ailleurs, un vrai Lowton, que cet ancien bijoutier en faux.

Il se jette toujours dans des aventures qui ne sont pas propres, et, une fois en mauvais cas, il essaye de se tirer d’affaire par des dénégations puériles. Il s’était associé avec quelques camarades désireux d’enlever quelques millions aux malheureux Français, et l’on avait mis son nom à un prospectus, qui était, ma foi, fort alléchant :


La paix et la tranquillité dont jouit depuis longtemps la République de l’Uruguay, et l’appui garanti du Président et des principaux membres du gouvernement de cette République, sont pour notre Société des gages certains de sécurité.

Les communications entre la mine Santa-Ernestina et Montevideo sont faciles, le climat est tempéré et sain, la main-d’œuvre bon marché. Toutes ces circonstances, jointes à la richesse exceptionnelle, bien constatée, du quartz aurifère à exploiter, nous ont permis de trouver, dans nos relations et parmi nos amis, un chiffre déjà important de souscriptions.


Le banquier allemand Isaac Kolisch, qui s’était chargé de l’émission, adressait aux actionnaires les appels les plus pressants, et, par un raffinement d’habileté qui manque rarement son effet, il faisait entendre qu’il fallait souscrire sans bruit, si l’on voulait être admis dans ce qu’il appelait a un petit cercle d’initiés ».


Monsieur,

Après avoir parcouru la note ci-jointe, vous aurez acquis la conviction qu’il s’agit d’une affaire vraiment exceptionnelle, et vous comprendrez facilement pourquoi il m’a été impossible d’en donner les détails dans la circulaire de ma maison.

S. Exe. M. Tirard, ministre de l’Agriculture et du Commerce, ayant accepté la présidence de la Société, et plusieurs autres personnages aussi haut placés y étant intéressés, toute l’affaire a été traitée et conclue sans aucune publicité, comme il convient a des affaires vraiment bonnes, réservées à un petit cercle d’initiés.


Dans une réponse adressée au Français, qui avait reproduit cette circulaire, Tirard protesta ; il déclara qu’il était complètement étranger à cette affaire, et qu’il n’en avait jamais entendu parler.

Les journaux de toute nuance partagèrent l’indignation de Tirard, et l’approuvèrent d’avance des mesures qu’il allait prendre contre les financiers assez osés pour se servir ainsi du nom, non seulement d’un homme, d’un député, mais d’un ministre de la République.

Chose bizarre ! Tirard ne bougea pas plus que s’il avait été pétrifié. On commençait à trouver que cette âme d’Excellence était vraiment trop excellente, lorsque le pot aux roses découvert exhala un parfum qui ne ressemblait pas précisément à ceux de l’Arabie.

Quand le banquier eut levé le pied, en emportant ce qui restait du fonds social, les actionnaires apprirent avec stupéfaction que la mine n’avait jamais contenu une parcelle d’or. Un ingénieur, envoyé pour faire une enquête, avait très franchement constaté cette absence absolue de tout minerai. Au lieu d’annoncer loyalement ce résultat, les administrateurs, comme le raconte le Parlement, avaient caché le rapport et fait porter le capital social à 15 millions par l’émission de dix mille actions nouvelles.

Le Vénérable Tirard, l’intègre ministre, « avait vu la grande lumière du 3e appartement ».

« On devrait le nommer Tuileur », dit un Franc-Maçon fameux pour avoir affirmé dans une distribution de prix que Brutus avait été vainqueur à Philippes : « jamais, depuis le Honduras, des actionnaires n’ont reçu une tuile pareille. » Floquet, qui fait des mots, dit avec admiration : Ce ministre est un fameux Tirard de carottes !


VI


L’appui donné par la Franc-Maçonnerie à ses membres, dans des circonstances critiques, explique donc suffisamment, sans qu’il soit besoin de chercher là un élément mystérieux, le nombre de recrues qu’elle fait.

En province, certains hommes, banquiers, notaires, officiers ministériels, qui, sans la Maçonnerie, auraient été au bagne dès le début de leur carrière, se sont soutenus jusqu’à la mort, ont fini même, sinon entourés de l’estime publique, du moins officiellement honorés. Il y a dans ce genre des existences véritablement curieuses.

L’histoire du F.*. Guillot est épique, et peut être donnée comme spécimen.

Ce Guillot, notaire, maire de Trévoux, chevalier de la Légion d’honneur, membre du Conseil général, président de la commission départementale, haut dignitaire de la Maçonnerie, était le grand électeur du département. Quand il mourut, au mois de mai 1883, ce fut un deuil général chez les républicains.

A côté du préfet de l’Ain, Stehelin, du sous-préfet de Trévoux, Daval, du sous-préfet de Belley, Brun, on vit derrière le cercueil tout le personnel obligatoire et laïque, les membres du conseil municipal de Trévoux, la commission des hospices, la société de secours mutuels, la compagnie des pompiers, l’école laïque, de nombreux maires et conseillers municipaux des communes voisines, des fonctionnaires de diverses administrations.

On prononça sur sa tombe des discours dignes d’un homme qui aurait sauvé la Patrie. Daval, le sous-préfet, fut d’un lyrisme invraisemblable. Il serait dommage de ne point citer quelques fragments de cette harangue, qui donne bien l’idée de la littérature républicaine :


Messieurs,

C’est au nom de M. le Préfet de l’Ain et au mien que je prends la parole au bord de cette tombe, où nous réunit une peine commune.

L’homme que nous accompagnons à l’endroit où l' on dort, était de ceux qui ont pour cortège la douleur publique. La ville de Trévoux pleure en François Guillot un administrateur hors de pair ; le Conseil général de l’Ain, l’un de ses membres les plus actifs et les plus éminents ; la République, l’un de ses plus dévoués partisans.

On dit d’un soldat tué devant l’ennemi : mort au champ d’honneur ; de celui qui est dans cette tombe nous pouvons dire : mort à la peine. C’est qu’à la vérité cette vie si bien remplie se résume en deux mots : travail, bienfaisance. Quel vide il laisse parmi nous ! quelle perte nous venons de faire ! Quel est donc le « faucheur aveugle » qui porté ainsi la main sur le meilleur des nôtres ? Où trouver un pareil dévouement aux intérêts de la démocratie ?

Et cependant quel désintéressement dans l’accomplissement de cette tâche ! quelle noblesse dans les mobiles ! Remplir son devoir fut son unique et constante préoccupation.

Il n’ambitionnait que l’estime de ses concitoyens ; cette estime eût été sa seule récompense, s’il n’eût obtenu cette croix de la Légion d’honneur que je vois briller sur son cercueil.

Laissez-moi, à ce propos, vous dire un fait qui m’est personnel : C’était en 1878, quand M. le Préfet de l’Ain me demanda de lui désigner le plus digne de recevoir l’étoile de l’honneur. J’eus la bonne fortune de jeter les yeux sur Guillot, alors que personne, jusqu’à ce jour, n’en avait eu l’idée.

Quand j’appris que le décret qui le nommait chevalier de la Légion d’honneur était signé, je lui portai cette bonne nouvelle. Saisi d’une grande émotion, il me dit d’une voix entrecoupée par les sanglots : « Ai-je donc mérité la croix ? » Et il me serra en pleurant dans ses bras.

Le souvenir de cette scène, ai-je besoin de vous le dire, Messieurs ? restera profondément gravé dans ma mémoire tit dans mon cœur.

Quant à vous, Messieurs, qui entourez cette tombe, vous avez raison de verser des larmes. De longtemps vous n’aurez à pleurer un pareil homme de bien : car, si François Guillot eût vécu dans l’antiquité, la Grèce l’aurait mis au rang de ses Sages.

Adieu, cher ami ! adieu, Guillot !


M. Ducher, conseiller général, eut l’oraison funèbre presque aussi éloquente.

Messieurs,

Il m’a paru que nous ne pouvions pas laisser la terre se refermer sur l’homme de bien que nous accompagnons aujourd’hui au seuil du néant, sans qu’une voix se fît entendre sur sa tombe au nom du Conseil général de l’Ain, où M. François Guillot tenait une si digne et si large place.

Permettez-moi donc, Messieurs, à moi, le plus humble entre tous, de redire à la population éplorée de cette ville que si la perte qu’elle fait en ce jour est immense autant que difficile, j’allais presque dire impossible à réparer, vous n’êtes pas, loin de là ! seuls à la ressentir.

Ah ! c’est que notre collègue, notre ami Guillot, n’était pas seulement un citoyen éclairé, intègre et dévoué ; il n’était pas seulement un père de famille bon, aimé et respecté des siens ; il n’était pas seulement le premier magistrat d’une cité : M. Guillot était le conseiller, le protecteur, l’ami de tous, du petit comme du grand, du pauvre comme du riche ; son action bienfaisante et généreuse ne connaissait pas de limites : elle s’étendait non seulement sur sa ville d’adoption, sur son canton, sur l’arrondissement de Trévoux tout entier, mais encore sur ceux qui, de tous les points du département, venaient auprès de lui, sûrs d’y trouver un accueil bienveillant, un appui désintéressé.

Adieu, Guillot, notre excellent et regretté collègue, adieu !  !  !


Quant à Bollet, premier adjoint, il fut court, mais ferme ; il s’écria avec conviction :


Il n’est plus, cet administrateur intègre autant qu’habile, dans lequel notre pays plaçait sa plus entière confiance, ses plus chères espérances : car, si Guillot n’est pas mort à la fleur de l’âge, du moins il a succombé dans le plein exercice de ses grandes facultés.

Il n’est plus, cet homme équitable qui eut le mérite si rare de réduire ses ennemis au silence, de les forcer à l’admiration par l’excès de ses bienfaits.

Il n’est plus, cet ami dévoué, infatigable à servir les intérêts des autres, peu soucieux d’ailleurs de ce qui le regardait personnellement.

Mais, Messieurs, s’il ne reste rien de cette nature vigoureuse qui a lutté jusqu’au dernier souffle pour la cause de La justice, la mémoire de cet homme de cœur est impérissable. Il restera pour nous le modèle de toutes les vertus civiques.

Messieurs, unissons nos larmes à celles de la famille de ce serviteur de l’humanité : ce sera peut-être un adoucissement au chagrin de ses enfants abîmés dans la douleur !


VII


Il n’est pas de douleur éternelle. Les habitants du pays essuyèrent leurs larmes, et vinrent demander des nouvelles de leurs fonds, qu’avait dû faire fructifier un si bon Maçon.

Hélas ! le maillet maçonnique leur porta un coup de massue, et ils n’eurent point envie de pousser le triple houzé, qui est le cri d’enthousiasme des Fils de la Veuve.

Le sous-préfet Daval avait eu raison. La perte était considérable, plus considérable qu’on ne le pensait. Le, Vénérable était un vulgaire faussaire, un simple escroc ; il avait dévoré jusqu’au dernier sou, sans bruit, dans les obscures débauches de la vie de province, l’argent qui lui avait été confié.

Voici ce qu’écrivait à ce sujet le Salut public, de Lyon :


Les faux sont innombrables. La manière de procéder de Guillot était, en effet, fort simple. Un prêteur apportait à l’étude ses deniers, destinés à un placement hypothécaire ; Guillot empochait le capital, fabriquait une fausse obligation signée du nom d’un faux emprunteur, et payait exactement les intérêts à l’aide des capitaux que de nouvelles dupes apportaient à l’étude. Rien de plus simple, vous le voyez. Il est bien entendu que je vous signale le procédé le plus ordinairement employé ; mais Guillot, suivant les circonstances, savait varier son répertoire et faire passer l’argent de la poche d’autrui dans la sienne sur des airs nouveaux.

Ce qui, à mon avis, est le plus digne de remarque en cette affaire, c’est que Guillot ait pu procéder ainsi depuis de longues années, sans être inquiété ni découvert. Ce fait prouve, de la part de sa clientèle, une confiance aveugle, qui s’attachait à un homme comblé d’honneurs par la République. Il ne faut pas oublier, en effet, qu’il y en a encore beaucoup pour qui les honneurs républicains signifient quelque chose. C’est bête, mais c’est comme ça !

Le passif, qui est considérable, constitue un véritable krach pour le canton de Trévoux : capitaux perdus et dissipés, procès nombreux et dispendieux.


Ce qui est inouï, en effet, c’est l’impunité dont jouissait Guillot, l’appui constant qu’il trouva, grâce à la Maçonnerie, dans le monde officiel, parfaitement au courant de sa situation.

Guillot cependant n’était qu’un enfant à côté de Bellamy. Protestant et Franc-Maçon, chef du parti opportuniste dans le Finistère, conseiller général, maire de Brest, chevalier de la Légion d’honneur, Bellamy est un type complet, presque une figure. Gambetta, qui allait à l’improbité comme le fer va à l’aimant, en fit son ami, et, pendant de longues années, Bellamy fut, comme Guillot, le grand électeur du département.

Même quand il fut impossible de dissimuler ses détournements, les députés républicains le protégèrent longtemps contre toutes les poursuites.

Le nombre des abus de confiance et des vols de Bellamy est incroyable, et le chiffre avoué des détournements, 800, 000 francs, est manifestement au-dessous de la vérité. Bellamy semblait avoir une préférence pour le vol aux pauvres, qui est une spécialité républicaine.

Bellamy n’en fut pas moins acquitté par le jury.

Pour le moment, ^ les francs-maçons sont les maîtres, et le R. P. Delaporte a pu écrire très justement : « L’œuvre est tellement avancée, qu’humainement parlant son succès définitif est aussi proche que certain. Où est la force humaine qui pourrait lutter contre la Maçonnerie, maîtresse des gouvernements, de la presse, et, par les Juifs, qui la servent à condition de s’imposer à elle, de la finance, c’est-à-dire, de toute la vie industrielle et commerciale des nations ? »

Ces quelques vues sur la Maçonnerie, d’ailleurs, n’ont d’autre prétention que d’être un croquis, un essai, comme on s’exprimait autrefois. Nous n’avons pas, est-il nécessaire de le répéter ? prétendu étudier à fond cette institution complexe et variable dans ses formes, que nous avons déjà rencontrée à plusieurs reprises sur notre route : car, semblable à ces canaux souterrains qui serpentent sous la ville visible, elle chemine sans cesse sous la grande histoire.

Ce que nous nous efforçons de faire, c’est d’aider les esprits attentifs à bien décomposer ce mouvement, à saisir exactement le fonctionnement de ces institutions mises en branle par toutes les haines, servies par tous les mauvais instincts, et s’attaquant à des catholiques, c’est-à-dire, à des gens infiniment mieux organisés pour faire le bien que pour résister au mal, vivant dans un ordre d’idées tout différent de celui où vivent les hommes qui les attaquent, n’ayant aucune vision distincte même du caractère de leurs ennemis.


CHAPITRE DEUXIÈME

LES JUIFS


La haine de l’enfant. — Le sacrifice sanglant. — Les témoignages de l’histoire. — Un livre de rabbin converti. — Le culte de Moloch. — Absence d’indépendance chez les savants français. — Les Juifs à l’Académie des Inscriptions, — L’hérédité. — Outrages des Juifs contre le culte catholique. — Hendlé. — Isaïe Levaillant. — Les témoins juifs devant les tribunaux. — Moïse, Lisbonne et Camille Dreyfus. — Hérold. — Edouard Lockroy.


I


Hypocrite chez les Francs-Maçons et les Protestants, exagérée surtout par cette servilité qui pousse certains hommes à se mettre toujours du côté du plus fort, la persécution religieuse prend, avec les Juifs, un caractère d’âpreté tout particulier. Rien pour eux n’est changé : ils haïssent le Christ en 1886 comme ils le haïssaient du temps de Tibère Auguste, ils le couvrent des mêmes outrages. Fouetter le Crucifix le Vendredi-Saint, profaner les hosties, souiller les saintes images : telle est la grande joie du Juif au Moyen Age, telle est sa grande joie aujourd’hui. Jadis il s’attaquait au corps des enfants ; aujourd’hui c’est à leur âme qu’il en veut avec l’enseignement athée ; il saignait jadis, maintenant il empoisonne : lequel vaut mieux ?

En constatant la persistance de ces sentiments de haine chez les Juifs, il est impossible de ne point parler de ce sacrifice sanglant, cette accusation mille fois prouvée, et contre laquelle ils se défendent toujours, avec l’aplomb qui les caractérise.

Les Juifs ont toujours prétendu que les faits de cet ordre étaient des actes de férocité individuelle, et non l’accomplissement d’un précepte liturgique. Là encore la science allemande, plus indépendante que la nôtre, les a convaincus de mensonge. Le docteur Justus, dans une brochure publiée à Paderbonne, Judens spiegel, écrit :

« Les livres théologiques des Juifs se partagent en deux catégories, à savoir Peschath et Kabbala. A la première classe appartiennent le Talmud et le Schulchan. Or, d’après le Schulchan Aruch, ce n’est pas un péché si un Juif tue un chrétien (Loi 50 et 81). Dans le Talmud publié à Amsterdam en 1646, il est ordonné aux Juifs d’exterminer les disciples du Nazaréen (Sanhédrin Pireck X, Cheleck et Aboda, Sarah Pireck I).

« Quelques pages plus loin on lit :

« Il est étonnant que le sang des Klipoth, c’est-à-dire, des filles non juives, soit cependant un sacrifice si agréable au Ciel. C’est au point que verser le sang d’une jeune fille non juive est un sacrifice aussi saint que celui des plus précieux parfums, en même temps qu’un moyen de se réconcilier avec Dieu et d’attirer ses bénédictions. »

La question, du reste, a été élucidée complètement dans un livre fort curieux : Réfutation de la religion des Juifs et de leurs rites par démonstration du Vieux et du Nouveau Testament. L’auteur est un Juif, né au siècle dernier, et de rabbin devenu moine.

Le dessous de la vie du Moyen Age apparaît là de la plus saisissante façon. On se rend compte de mille points obscurs, du secret impénétrable dont les Juifs s’entouraient, de la défiance persistante dont ils étaient l’objet et qu’un nouveau crime venait ranimer au moment où elle commençait à s’effacer, de détails incompréhensibles de certains procès de sorcellerie. Une fois de plus s’évanouit la légende sotte qu’on veut nous faire accepter, l’éternelle mystification d’hommes très méchants, habillés en Inquisiteurs, persécutant un Juif qui est le modèle de toutes les vertus. Nous pénétrons dans l’antre de l’alchimiste se livrant à d’étranges mixtures, demandant du sang pour ses opérations à ceux qui s’adressent à lui, sous prétexte de découvrir la pierre philosophale, l’anima mundi, et, en réalité, pour accomplir un rite monstrueux, écho des abominables mystères d’Astaroth.

Ce qu’on adore dans le ghetto, ce n’est pas le dieu de Moïse ; c’est l’affreux Moloch phénicien, auquel il faut, comme victimes humaines, des enfants et des vierges.

L’existence de l’ancien Israël, d’ailleurs, fut-elle autre chose qu’une lutte perpétuelle entre le Molochisme et le Jéhovisme ? Moloch, dont le symbole est le taureau d’airain de Carthage, qu’on fait à certains jours rougir au feu et qu’on bourre de chair humaine, est la divinité sémitique par excellence. C’est vers lui et vers Baal, dont le symbole est un âne, que les Juifs sont sans cesse attirés par l’attraction de la race. C’est lui que Manassé et les autres l’ois prévaricateurs installent dans le Temple profané ; c’est à lui qu’on offre d’effroyables sacrifices sur les hauts lieux. C’est contre lui que les Prophètes s’élèvent, sans se lasser, avec une énergie dans l’indignation, une violence dans le langage, qui retentissent encore à travers les siècles. Ils bravent la mort pour combattre l’idolâtrie ; ils annoncent les châtiments prochains ; ils vont, dans leur zèle intrépide, renverser les faux dieux, les images impudiques et barbares. Il n’est pas une page de la Bible qui ne témoigne de ces efforts pour défendre l’idée du vrai Dieu contre les superstitions corruptrices des peuples voisins.


II


En dehors des pays reculés, nos Juifs modernes sont-ils encore fidèles à ces pratiques ? Je ne le pense pas, sans être éloigné de croire que certains cas isolés se produisent de temps en temps, et viennent grossir le chiffre de ces crimes ignorés, de ces disparitions énigmatiques sur lesquelles on ne veut pas faire la lumière.

Le sacrifice sanglant, nous le répétons, s’il procède de l’aversion du Juif pour le goy, s’il fut encouragé par quelques livres de Kabbale, peut-être même par quelques passages du Talmud, n’a rien de commun avec la loi mosaïque ; il représente une crise, une phase de la vie de cet étrange peuple, qui changea si souvent d’orientation, qui eut la phase guerrière et patriotique dans sa défense contre les Romains, la phase conspiratrice au treizième et au quatorzième siècle avec les Templiers, la phase ténébreuse et sanguinaire après l’insuccès de ces tentatives, la phase de recueillement pendant le seizième et le dix-septième siècle, la phase franco-maçonnique au dix-huitième siècle, la phase socialiste, financière, cosmopolite au dix-neuvième siècle.

En tout cas, la haine du Christ, du Chrétien, du Crucifix, du religieux, est restée aussi vive qu’autrefois.

Quoi qu’il en soit, cette haine héréditaire fait comprendre ce qui se passe sous nos yeux et qui serait absolument incompréhensible autrement. Le déchaînement d’invectives, de grossièretés, de violences, contre le Christ, la Vierge, l’Église, le Clergé, ne répond effectivement à aucun sentiment réel de la population : il est absolument factice, il est organisé par les Juifs avec l’habileté qu’ils mettent à organiser autour d’une affaire financière, grâce à leurs journaux, un courant de fausse opinion publique. Nous avons vu l’opération se faire sous nos yeux. Il y a dix ans, même après la Commune, vingt mille hommes suivaient le cortège funèbre du Frère Philippe, et les ouvriers les moins religieux parlaient avec affection et respect des bons Frères qui les avaient élevés et avaient fait d’eux d’honnêtes gens.

J’ajoute que, si elle était l’expression sincère de l’état d’esprit général, une telle explosion de haine serait un fait qui se produirait pour la première fois dans l’histoire, dans de telles conditions. Les peuples, même devenus indifférents, tiennent à la religion de leurs ancêtres par les liens du souvenir. Longtemps après la venue du Christ, les Romains restaient encore attachés à leurs Pénates, à leur dieu Terme, au Génie du lieu, qui avaient été associés à l’existence de la famille. Le Baptême, la première Communion, le Mariage à l’église, sont des dates chères encore à l’immense majorité des Parisiens eux-mêmes, de ceux-là dont la foi est la plus tiède.

Certaines abbayes d’autrefois, avec leurs vastes domaines et leurs riches revenus, pouvaient exciter l’envie. Les congrégations, à l’heure actuelle, sont toutes pauvres ; ce qui suffit à faire vivre des milliers d’êtres humains, n’est rien à côté de ce que possède pour lui seul un de nos grands banquiers juifs d’aujourd’hui.

Est-ce donc le sort du pauvre desservant de campagne, du curé même, qui justifie ces colères ? Assis au confessionnal pendant de longues heures, ou debout à l’autel dans une église souvent glaciale, toujours prêt à aller consoler ceux qui l’appellent et qui habitent parfois à deux ou trois lieues du presbytère, il se met en route, quelque temps qu’il fasse : ni le soleil l’été, ni la neige l’hiver ne l’arrêtent. Pour cela, il touche quelquefois huit cents francs, douze ou quinze cents francs au plus. Quel petit remisier juif accepterait une telle tâche pour un tel salaire ?

Au fond, l’immense majorité de la nation est sympathique à ces braves gens, que les Juifs seuls haïssent vraiment.

Il est peu de jours où quelque scandale ne se produise dans une église, avec l’appui tacite de l’autorité. J’ai vu le jour de Noël, à Saint-Pierre du Gros-Caillou, pendant la messe de minuit, des individus au type sémitique se livrer à de grossières plaisanteries dans l’église, en présence des gardiens de la paix, qui ne bougeaient pas.

Remarquez que depuis des siècles aucune attaque de ce genre n’est venue du côté des catholiques. Il n’y a, point d’exemple que l’un de nous ait insulté un rabbin, ait pénétré dans une synagogue pour troubler les cérémonies, ait manqué de respect aux choses que les autres vénèrent.

Dans l’âme généreuse et large de l’Aryen, la tolérence est une vertu naturelle. Il faut l’exciter bien longtemps, pour le décider à user de son droit de légitime défense.


III


Mais ceci n’est qu’un très petit côté de la persécution juive ; la bonne, la vraie, est celle qui est exercée par les Juifs qui disposent de l’autorité et de l’opinion, les lamdamine, les lettrés, ministres, sénateurs, députés, journalistes. Partout vous rencontrez un de ceux-là, toutes les fois qu’il s’agit de faire du mal.

C’est un Juif autrichien, Hendlé, devenu préfet de Saône-et-Loire, qui, nous l’avons vu déjà, s’entend avec un Juif nommé Schnerb, directeur de la Sûreté générale, et autrefois rédacteur en chef d’un journal pornographique, pour organiser la destruction des croix à Montceau-les-Mines, faire condamner quelques-uns de nos ouvriers français, et permettre ainsi l’introduction en France d’un plus grand nombre de ses coreligionnaires étrangers.

Hendlé reçut de l’avancement, comme il convenait, et alla continuer le cours de ses exploits dans la Seine-Inférieure. A Dieppe, il fut un moment gêné. Il existait là une école tenue par des religieuses qui jouissaient de l’affection de la population tout entière. La municipalité s’opposait résolument à ce qu’on chassât les Sœurs.

Plutôt que de consentir à cette infamie, M. Levert et ses adjoints donnèrent leur démission, et furent immédiatement réélus à l’unanimité par le conseil municipal. Hendlé ne pouvait employer le fameux argument : « l voix du peuple, la volonté générale » ; il se rappelle alors les articles qu’il a publiés jadis dans les Archives israélites sur les Juifs en Pologne, il se dit qu’on peut imiter les Russes et tout se permettre en pays conquis : il crochette les portes de l’école, et jette les religieuses dans la rue.

Exalté par ce triomphe, il devient furieux quand il retrouve devant lui ce Crucifix qu’il hait tant. Un jour, cependant, il se heurte à un homme résolu, comme il y en a malheureusement trop peu à notre époque. Pour remplacer un crucifix enlevé, M. Auge, maire d’Hermanville, vient lui-même acheter à Dieppe un magnifique Christ, et, le 7 octobre 1882, le fait placer avec l’inscription suivante :


Ce Christ a été posé à l’école communale d’Hermanville à la suite d’une souscription faite par le maire, le conseil municipal et toute la population à l’unanimité.


Hendlé et ses agents écument, ils menacent de faire fermer l’école ; le maire regarde bien en face ces misérables, et leur dit froidement : « Ce Christ est dans notre école, et il y restera : c’est la volonté de mes administrés. Si vous y touchez, je fais sonner le tocsin, et alors gare ! »

Il n’en fallait pas plus, on le devine, pour donner à des Juifs une panique épouvantable. Le préfet Hendlé s’en fut épancher en blasphémant, dans les cafés de la ville, sa rage de n’avoir pu toucher au Christ.

Ce qui surpasse, ce qui donne l’idée du degré où les caractères sont descendus, c’est de voir une femme, qui a du sang royal dans les veines, la duchesse de Chartres, aller rendre visite, avant son départ de Rouen, à la femme d’un Hendlé, du représentant du gouvernement qui vient de chasser son mari de l’armée, aller présenter ses hommages à cette fée Carabosse, qui a pour le Christ plus de haine encore que le préfet républicain lui-même !

Isaïe Levaillant, ancien élève rabbin, jadis associé avec Cyrien Girerd pour l’affaire du faux petit papier trouvé dans un wagon, est un autre type de Juif. Chez lui, l’atavisme juif se produit d’une façon toute particulière : il est resté, sous l’habit du préfet, le « Juif sordide et chassieux » dont parle Saint-Victor, et que Rembrandt a dessinés ! souvent dans le pittoresque de ses haillons crasseux. Le président du Conseil général du département de la Nièvre, qu’il quitta pour Annecy, disait de lui en pleine séance : « On ne peut se faire une idée de l’état de malpropreté et de puanteur dans lequel le préfet Levaillant a laissé notre préfecture[78]. »

Au prétoire, nous retrouvons le Juif fidèle à sa haine pour le Christ.

Un Juif, nommé Moïse, refuse une première fois de prêter serment devant le Christ. Un autre Juif, ancien condamné de la Commune, Lisbonne[79], imite cet exemple. Il faut voir comme le président est poli ; il prend le récalcitrant par la douceur : « Voyons, Monsieur Lisbonne, soyez donc indulgent pour notre Christ : il nous est bien difficile de faire disparaître ce tableau pour vous. »

Avec Camille Dreyfus, même mise en scène. Chacun sait ce que c’est que ce Camille Dreyfus, et sur quel fumier a poussé cette fleur vénéneuse de ghetto : condamné pour avoir insulté un prêtre, ainsi qu’il s’en vantait dans une circulaire aux électeurs du Gros-Caillou, ce Dreyfus n’en a pas moins reçu de Wilson une croix qu’il déshonore.

L’impression de répulsion qu’il inspire en venant insulter devant ce tribunal, la religion de la majorité, l’enchante loin de l’humilier. Pourvu qu’il y ait du bruit autour de son nom, le Juif ne s’occupe guère de savoir si ce bruit est un applaudissement ou une huée ; il confond la famosité malsaine avec la belle gloire, il préfère même la famosité : elle rapporte. Effectivement, quand quelqu’un a un mauvais coup à proposer, il sait où aller.

Regardez, au point de vue physiologique, comme le Dreyfus se carre devant le tribunal : il se panade, dirait La Fontaine ; il piaffe, écrirait Saint-Simon ; il est tout fier d’être en scène. On dit : « C’est Dreyfus ; vous savez bien, Dreyfus, l’homme de paille de Wilson pour les jolies négociations que vous connaissez ; Dreyfus, l’agent de la Compagnie du gaz. » Dreyfus est heureux, il sourit ; la névrose vaniteuse de cette race, née pour le cabotinage, s’épanouit en liberté.


IV


Ces faits, d’ailleurs, mettent bien en relief ce qu’on pourrait appeler le goujatisme constitutionnel du Juif. Un Chrétien serait incapable d’une manifestation de ce genre[80]. Prenez un grand seigneur, un paysan, un ouvrier de souche vraiment française : vous retrouverez chez tous, dans des conditions diverses, cette distinction de sentiments, ce don inné de la sociabilité qui caractérise l’Aryen, cette préoccupation de se faire respecter, mais de ne pas choquer son prochain. Rien de semblable chez le Juif : dès qu’il le peut, il s’étale, il attire l’attention sur lui, il gêne les autres.

Ce qu’il convient d’observer encore, c’est l’importance que prennent ces scrupules dès qu’il s’agit du Juif[81]. La Cour de cassation en délibère, on change la loi qui déplait. « Attenter à la liberté de conscience ! Monsieur, y songez-vous ? » Je me suis toujours demandé en quoi pouvait bien être la liberté de conscience du Juif, qui est l’objet de tant de sollicitude : est-elle donc en émeraude sans tache, en diamant ? Ce qui est certain, c’est qu’elle est d’une autre espèce que la nôtre. Les catholiques, les religieux ont subi des atteintes autrement cruelles à leur conscience ; ils n’ont jamais pu seulement arriver à un tribunal : on les a arrêtés en route, et la Cour de cassation n’a jamais statué sur leur cas.

Cherchez, dans l’histoire des peuples vaincus, une race qu’on ait mise aussi complètement en dehors du droit commun, et je vous défie de m’en citer une.

Partout où l’attaque contre la religion prend un caractère particulièrement répulsif et odieux, vous rencontrez le Juif allemand. Hérold, en se portant candidat en 1869 dans l’Ardèche, protestait en vain contre l’opinion publique qui affirmait son origine juive : sa figure démentait énergiquement son discours. Sans doute il appartenait à la classe des Juifs interlopes qui ne pratiquent aucune religion ; mais il suffit d’examiner le type pour connaître la vérité.

C’est un Juif d’autrefois, un de ces Juifs comme on en voit dans les vieilles images, toujours inquiets, toujours tremblant d’être pris et pendus entre deux chiens, toujours cherchant quelque petit enfant à égorger dans une cérémonie sacrilège. C’est le frénétique que vous savez, insultant les sœurs, empilant les Crucifix dans les tombereaux, s’entourant de Juifs immondes.

Si l’examen attentif et serré de ces types est souvent pénible pour nous autres écrivains, il faut le considérer comme une manière de rançon payée pour les joies intellectuelles, si élevées et si pures, que nous éprouvons à un si haut degré, en pénétrant par l’analyse dans l’intimité d’esprits d’élite comme les Vauvenargues, les Joubert, les Chénier, les Maurice de Guérin, en vivant dans le commerce de tant d’âmes tendres et fières presque inconnues de la foule.

Ce grand problème de l’hérédité du mal est d’ailleurs des plus passionnants.

Il y a évidemment des êtres qui en dehors même du péché de nos premiers parents, qui nous est commun à tous, portent le poids d’une de ces déchéances ancestrales que Bourdaloue a appelées :

« Un second péché originel ».

Chez certains individus, comme chez Lockroy, un élément de Juiverie se greffe sur un héritage sanglant de Jacobin de 93, et constitue un très singulier mélange.

Fils d’un Juif italien, Simon, qui fut longtemps comédien sous le nom de Lockroy, et qui, d’après Vapereau, est né à Turin, le député de la Seine, l’ennemi des Frères des Écoles chrétiennes, descend de Jullien (de la Drôme), qui joua un si triste rôle pendant la Révolution.

Il a publié lui-même chez Calmann Lévy, sous ce titre : Journal d’une bourgeoise pendant la Révolution, les impressions de sa grand’mère, dont il a eu la pudeur, du reste, de ne donner que les initiales. En ceci il a eu raison, car on ne peut rien imaginer de plus odieux que ce Journal.

C’est une vraie lécheuse de guillotine que cette Philaminte bourgeoise. On devine une âme gonflée de rancune et d’envie, à la façon dont cette mégère applaudit à tous les crimes, au massacre de vieillards dans les prisons, aux exécutions populaires. Laide sans doute et mal élevée, elle hait d’une haine de servante cette reine qui fut la triomphante de Versailles par l’élégance et le charme plus que par le rang. Elle est fermée à tout sentiment généreux ; elle prélude aux ignominies d’Hébert ; elle insulte cette mère qui est au Temple, cette Chrétienne sublime qui, prête à monter à l’échafaud, employait ses derniers instants, dans le cachot de la Conciergerie, à recommander le pardon aux siens ; elle l’appelle Médicis, elle prétend que devant ses gardes elle faisait réciter à son fils des vers qui se terminaient ainsi :

Et, d’un peuple rebelle abhorrant la noirceur,
Il faut, mon fils, apprendre à lui percer le cœur.

Elle sait qu’elle ment. Que lui importe ? c’est avec ces mensonges qu’on fait tomber les têtes. La bonne nature tient à jouir, jusqu’au bout, de l’agonie de sa victime ; la hyène veut du moins sentir le sang, puisqu’elle ne peut pas le boire.

Un matin d’octobre, un artiste s’installe, une plume et du papier à la main, à une fenêtre de la rue Saint-Honoré. Une femme est à ses côtés, riant, coquetant, étalant ses grâces horribles ; soudain un éclair de joie passe dans les yeux de cette femme : une rumeur a couru dans la plèbe qui attend sa proie ; une charrette apparaît, elle porte à l’échafaud celle qui fut la reine de France. La Furie cependant ne peut dissimuler un mouvement de dépit. Marie-Antoinette est plus majestueuse encore qu’à Versailles. Brisée ce jour-là par une de ces indispositions qui anéantissent les femmes, sous le faix de douleurs qui semblent au-dessus du courage humain, l’infortunée trouve encore la force d’être calme, jusqu’à l’heure, heureusement proche, où, touchant au terme de sa longue agonie, elle criera au bourreau : « Dépêchez-vous ! »

L’artiste était David[82], la femme était Mme Jullien.

Jullien, terrorisé par cette gracieuse compagne, vota la mort de Louis XVI, en assurant qu’il avait toujours haï le roi et que « son humanité éclairée, ayant écouté la voix de la justice, lui ordonnait de prononcer la mort. »

Le fils chassait de race. Qu’on se figure Gilles ou Abadie investis de l’autorité d’un proconsul, et l’on aura l’idée de ce que fut Jullien fils : « Rien, dit le Dictionnaire biographique des hommes marquants de la fin du dix-huitième siècle, ne peut rendre son exaltation fanatique, son goût pour les supplices et son idolâtrie pour la guillotine qu’il appelait « le purgatif des royalistes ». On l’envoya à dix-neuf ans remplacer à Bordeaux, Tallien et Ysabeau, que l’on trouvait trop tièdes ; et ce gamin féroce justifia les espérances du Comité de Salut public. On l’entendit un jour, raconte Prudhomme, s’écrier dans la Société populaire que « si le lait était la nourriture des vieillards, le sang était celle des enfants de la liberté qui reposent sur un lit de cadavres ».

Les lettres que cet éphèbe sanguinaire, qu’on appelait l’espion morveux de Robespierre, écrivait à son maitre figurent dans les Papiers saisis chez Robespierre.

Quelques-unes sont des chefs-d’œuvre de précoce perfidie. Ce tigre était aussi mouton. Il éprouve un irrésistible besoin de dénoncer : il dénonce Bordeaux, qu’il nomme « un foyer de négociantisme et d’égoïsme » ; il dénonce Ysabeau, « qui mange du pain blanc tandis que le peuple se nourrit de fèves » ; il dénonce même Carrier, « qui vit dans un sérail, entouré d’insolentes sultanes et d’épaulettiers qui lui servent d’eunuques ».

Avec cela il était folâtre. Il demandait des subventions pour le théâtre de Bordeaux ; ce précurseur de Turquet voulait régénérer la nation par les ballets : « Comme j’ai vu les incalculables effets de ce genre de fêtes, disait-il, j’ai cru salutaire de l’offrir, au moins sur la scène, à toute la France, et j’ai composé un petit divertissement patriotique : les Engagements de citoyennes. »


IV


C’est par ce côté badin que Lookroy tient de la famille. Après avoir traversé les petits journaux à la suite de Wolff, il a passé par le théâtre Déjazet, avant de monter sur le théâtre de la politique. C’est le persécuteur vaudevilliste. Saint-Simon disait de Pussort qu’il avait « une mine de chat fâché ». Lockroy, quand il a réussi à attirer l’attention sur lui, a une mine de chat content, de chat qui fait ses ordures dans de la braise. L’œil est à signal, comme celui des joueurs de bonneteau ; il y a de l’inquiétude du camelot, qui amasse la foule sans cesser d’être aux aguets, dans cette petite physionomie éveillée, sournoise et méchante.

Il est malin. Il l’a prouvé sous la Commune. Il était fort embarrassé de son attitude à Paris. Approuvant les actes du gouvernement insurrectionnel, mais redoutant prudemment de s’associer à un mouvement qu’il savait devoir échouer, il trouva à cette situation un dénouement plus habile que celui du Zouave est en bas. Il profita des circonstances pour aller faire une promenade champêtre et voir si les lilas poussaient du côté de Clamart ; des amis obligeants le firent enlever par une patrouille et remettre en liberté quand la Commune fut terminée.

Le bon peuple de Paris resta convaincu que ce pur serait mort pour lui, et depuis ce temps le regarde comme un bon, ce qu’on appelle un républicain numéro un.

Aux dernières élections, ce Paillasse trouva moyen d’être inscrit sur toutes les listes. Hier il était Ministre du Commerce ! aujourd’hui il est Ministre de l’Instruction publique, Grand Maître de l’Université !


Le grand titre de Lockroy, auprès de la Franc-Maçonnerie, a été de s’introduire dans la famille de Victor Hugo, et d’y monter la garde, pour empêcher que celui qui avait été un si grand poète religieux, ne retourne au Christ. L’affaire a été admirablement menée. On prit l’aïeul par l’amour qu’il avait pour ses petits-enfants. Quelle douleur ce dut être pour le poète de voir ce vilain moineau installé ainsi dans le nid de l’aigle ! Qui saurait exprimer l’intensité du regard plein d’une hostilité sourde que le vieillard, d’une si magnifique bonhomie envers tous, lançait parfois sur Lockroy imperturbablement assis dans son rôle de père nourricier, immobile dans une posture à la fois arrogante et très basse ? Toute l’horreur de cette vie commune se lisait dans ce regard.

Que se passa-t-il au lit de mort ? On ne le saura jamais exactement. Les dernières heures de ce souverain de l’intelligence furent entourées d’autant de mystère que celles d’un souverain de droit divin.

Le fameux testament, publié avant les funérailles, ne me paraît pas de la main de Victor Hugo.

Louis XIV avait pour secrétaire de la main le président de la Cour des comptes, Toussaint Rose. Rose, qui fut membre de l’Académie en remplacement du silencieux Conrart, avait la même écriture que le roi, et il écrivait les lettres qui, d’après l’étiquette, devaient être autographes. Personne n’ignore dans le monde littéraire, que M. Richard Lesclide remplissait les mêmes fonctions près de Victor Hugo, et que les autographes authentiques du maître sont excessivement rares pour la dernière période de sa vie. Victor Hugo, évidemment, n’aurait pas suffi à son écrasant labeur, s’il lui avait fallu écrire cinquante lettres par jour, pour annoncer aux gens qu’« ils avaient le Verbe en eux », et qu’il « pressait cordialement leurs mains loyales ».

Ce Lesclide, aposté dans la maison par Lockroy, était un Juif de Bordeaux, un Juif de l’espèce gaie, qui pintait vigoureusement au dîner, mais qui n’était pas désagréable.

Ainsi entouré, Victor Hugo n’avait plus guère le moyen de manifester une opinion libre. H est moralement certain, pour moi, qu’il a demandé un prêtre, et bien des témoignages matériels tendraient à confirmer cette conviction. H est démontré, en tout cas, que Lockroy a intercepté la lettre, remplie d’une si évangélique charité, de l’archevêque de Paris, et qu’elle n’a pas été remise au malade.

Ce qu’il faut toujours regarder, c’est le ton que prennent ces gens-là dans ces questions. Je ne songerai jamais à m’étonner qu’un Israélite fasse demander un rabbin pour le consoler à ses derniers moments ; j’ajoute même que, s’il m’en priait, j’irais le chercher moi-même et que je payerais le fiacre au besoin. Voulez-vous savoir comment Germain Sée qualifie la possibilité même d’un acte pareil ? « Mon cher ami, écrit-il à son complice Lockroy, si vous avez lu le Monde d’hier, vous y trouverez une monstruosité sur le désir qu’aurait manifesté le Maître de se confier à un prêtre. »

Je vous demande en quoi il serait monstrueux qu’un homme qui a dû ses plus belles inspirations à la religion chrétienne, qui a célébré Jésus, l’Église, la prière en vers immortels, eût le désir, avant de quitter la terre, de causer avec le ministre d’un Dieu qui a été le sien.

Lockroy est plus insolent encore. Les rédacteurs du Monde, voulant espérer quand même que l’âme du poète était sauvée, avaient demandé simplement et très convenablement si Victor Hugo n’avait pas souhaité voir un prêtre. « Les drôles qui rédigent un journal religieux appelé le Monde » : voilà sur quel ton Lockroy commence sa réponse.

Lockroy est sûr de ce qu’il fait en écrivant ceci. Il est de ceux qui ont reçu le plus de corrections dans leur vie, et qui les ont reçues le plus patiemment. Il avait fait tout jeune l’apprentissage des humiliations» en voyant son père, moyennant quelques feux modestes, se livrer à des pitreries ou tendre le dos pour amuser la foule au théâtre.

Avec les journalistes catholiques, Lockroy prend sa revanche. Il y a là des officiers, d’anciens zouaves pontificaux, qui ont été héroïques sur les champs de bataille, et dont la vue seule ferait cacher Lockroy soua la table ; retenus par les défenses de l’Église, ils laissent ce malheureux les insulter sans lui envoyer de témoins.

Les camarades de Lockroy tirent de là, naturellement, des conséquences absolument fausses. Je vous citerai Louis-Stanislas Meunier. J’ai lu de lui des articles où retentissait parfois, à travers les blasphèmes, une note vibrante et originale, où l’on trouvait une peinture sincère de nos misères sociales, que la France doit à la Révolution. Voyez, cependant, ce qu’il a écrit à ce sujet :


Quel derrière, mes amis, que celui du cléricalisme ! Comme cette rotondité charnue semble destinée admirablement aux coups de bottes ! Voyez comme le pied s’y enfonce bien ! Cela fait : ploc ! Un plaisir, vraiment. C’est gras, huileux, malsain. » Et pour bouquet, la lettre de Lockroy : « Les drôles qui rédigent un journal religieux intitulé le Monde… » En avez-vous assez, dites. Demandez, faites-vous servir ! Voulez-vous des gifles ?


M. Meunier n’ignore pas, cependant qu’au premier geste de ceux qu’il attaque, Lockroy s’enfuirait comme il s’est enfui éperdu, au mois de juillet 1885, de la salle des concerts de la rue de Lyon, lorsque quelques électeurs, moins naïfs que les autres, l’ont couvert de huées en traitant son discours de « boniment ». Plus soucieux de la vérité, le rédacteur du Cri du Peuple, tout en employant la comparaison qu’il paraît affectionner, aurait pu, au contraire, au point de vue même de ses idées antireligieuses, tirer un argument en apparence spécieux contre la prévoyance du maître de l’univers, de ce fait qu’un homme comme Lockroy, qui était destiné à recevoir un nombre de coups de pied et de claques véritablement exceptionnel, n’ait eu en naissant que deux fesses et deux joues, comme le commun des mortels, réservé à des émotions moins violentes[83].


CHAPITRE TROISIÈME

LES JUIFS (suite)


Paul Bert et ses mensonges. — Les éditeurs juifs des Manuels. — Petits Juifs. — Michel Bréal. — Camille Sée et la loi sur l’enseignement des filles. — Le Juif et l’école. — Les dénonciations du Paris. — Challemel-Lacour. — Les Juifs et la pornographie. — Les publications obscènes. — Ce qu’on voit dans la rue. — Léo Taxil et les Juifs. — La longanimité des catholiques. — Les infamies de la Lanterne. — Le Talmud du ruisseau. — La persécution légale. — Les agents juifs. — L’affaire Clovis Hugues. — Une audience de cour d'assises en 1885. — L’apologie de l’assassinat.


I


Avec sa rapacité légendaire, ses virements obscurs au ministère de l'Instruction publique. Paul Bert était de la même catégorie.

J’ai pris l’homme en flagrant délit de mensonge, là main dans le sac.

Dans la deuxième édition de son Manuel, je lis cette phrase, page 156, lignes 14 et suivantes : « Je suis lieutenant de Dieu, disait Louis XIV dans son Testament, je possède la vie et la fortune de mon peuple en toute propriété. Lorsque je prends une résolution, Dieu m’envoie son esprit. »

La phrase m’étonna un peu ; elle était donnée cependant comme absolument authentique, puisqu’elle était écrite non seulement en italiques, mais placée entre guillemets. Avec la signature de tout autre, on n’aurait pas même eu l’idée d’y aller voir ; mais Bert est de ceux qu’on ne croit pas sur parole. Je relus le Testament de Louis XIV. Paul Bert avait tout bonnement inventé la phrase, c’était un simple faux. Malgré son aplomb, Paul Bert fut obligé de retirer ce mensonge des éditions suivantes.

N’est-il pas vrai que c’est bien bas, que cela peint bien une époque et un homme, ce ministre de l’Instruction publique falsifiant un texte comme celui-là, mentant à des enfants pour essayer de déshonorer la mémoire d’un grand roi ?

Voilà les livres mensongers que l’on force les parents à mettre entre les mains de la jeunesse !

Ce manuel calomnieux est une entreprise absolument juive. Les éditeurs Picard-Bernheim sont des Juifs, et mettent à lancer l’affaire la double âpreté qu’inspirent l’espoir de l’argent à gagner et la prespective du mal à faire.

Tous les livres approuvés par le ministère, et destinés à détruire le sentiment religieux dans de jeunes esprits, sont publiés par des Juifs.

C’est un Juif, les Archives Israélites nous l’apprennent, que ce Giedroye qui fabrique ce livre singulier, la Gerbe de l’Écolier, dont la presse républicaine elle-même a fait des gorges chaudes, et dans lequel le nom de Dieu est supprimé de tous les passages d’auteurs classiques où il figurait.

Petit poisson deviendra grand
Pourvu que Dieu lui prête vie.

Ainsi parle La Fontaine.

Petit poisson deviendra grand
Pourvu qu’on lui laisse la vie.

Ainsi s’exprime Giedroye, qui obéit, lui aussi, à l’instinct de sa race en déshonorant et en mutilant les chefs-d’œuvre que la France a produits quand les Juifs, grâce à Dieu, n’avaient pas accès chez nous.

Parmi les meneurs de l’œuvre de destruction entreprise contre tout ce qui rappelle la Patrie d’autrefois, une place à part doit être réservée au Juif allemand Michel Bréal. Celui-ci se chargea de poursuivre la vieille France dans ces belles-lettres, ces humanités, humaniores litteræ, qui rendent l’homme plus humain, plus civilisé. Il fut l’instrument de ce besoin qu’a le Juif de tout abaisser, de tout niveler, dont nous avons parlé si souvent dans ce livre.

Grâce aux méthodes pédagogiques allemandes, que Michel Bréal fît adopter en France, les pauvres cervelles de nos enfants, brouillées par mille notions confuses, devinrent incapables d’aucun effort sérieux. Le niveau des études classiques baissa rapidement ; et les candidats au baccalauréat en arrivèrent à ne plus savoir l’orthographe.

Les Facultés sont unanimes dans leurs rapports à se plaindre de cette lamentable décadence.

Partout vous retrouvez le Juif essayant de détruire directement ou indirectement notre religion. Le divorce est d’institution juive : le Juif Naquet fait passer le divorce dans nos lois.

C’est un Juif, Camille Sée, qui organise les lycées de jeunes filles, de façon à en exclure tout enseignement religieux.

Des Français, même peu zélés dans leur foi, disent à cet homme : « Voyons, vous allez donner à ces jeunes filles une culture raffinée, une éducation bien supérieure à leur position dans le monde, leur apprendre la musique, les arts d’agrément. Vous savez combien l’on a de la peine à vivre en courant le cachet. Placées entre le déshonneur et la pauvreté, qui leur semblera plus rude qu’à des natures moins cultivées, ces enfants d’employés, de vieux soldats, de bourgeois, auront bien des tentations. Pourquoi ne pas leur mettre au cœur une de ces croyances qui soutiennent dans la vie, un idéal qui élève, qui console, qui empêche les défaillances ? »

L’autre sourit de cet air impertinent et fat qui a fini par dégoûter jusqu’aux électeurs de Saint-Denis. Après boire, il avoue sa pensée secrète. A ces banquiers, à ces enrichis d’hier, à ces Juifs frottés de civilisation, ne faut-il pas des compagnes de la main gauche qui puissent les distraire, des Klipolh (filles non juives), qui soient en état de bercer ces hypocondres, comme David apaisait avec sa harpe la démence de Saül ?

Chair à impôt, chair à plaisir, chair à canon, n’est-ce pas la destinée du Chrétien, de sa fille, de ses sœurs ? Voilà pourquoi l’on peut hardiment écrire École des filles sur le fronton de ces lycées, d’où sortiront tant d’infortunées, trop peu religieuses pour qu’un honnête foyer s’ouvre devant elles, trop instruites pour se contenter de la misérable condition faite aux femmes dans notre société désorganisée…

Dans le journal de Valentin Simond, l’Écho de Paris, un ancien soldat de la Commune, M. Edmond Lepelletier, en constatant que cinquante mille jeunes filles, dont trois mille seulement avaient été reçues, s’étaient présentées en une année aux examens d’institutrice, traçait de l’existence de ces malheureuses Klipoth un tableau instructif, malgré sa forme brutalement réaliste.


Et elles se ruent, écrivait-il, les malheureuses, à l’assaut des places promises. On en a distribué, l’an dernier, trois mille. C’est beaucoup, direz-vous ? Hélas ! les demandes s’élevaient à cinquante mille. Que feront, que font actuellement, sans parler de celles qui ont échoué à l’examen, ces quarante-sept mille institutrices sans emploi, sans espoir d’en avoir ? Où les retrouverons-nous ?

Nous savons déjà qu’il est inutile de chercher à l’atelier ou au magasin. Elles ne sauraient déroger à ce point. Oui, en cherchant bien, nous les retrouverons, ces déclassées réfractaires, parmi leurs congénères les poètes lyriques sans courage, les journalistes sans journaux, les avocats qui ne plaident pas, les officiers défroqués et les curés déserteurs. C’est dans la fumée des brasseries que nous apercevons leur silhouette ironique et moqueuse ; dans le tapage des bocks qu’on choque et des absinthes qu’on bat, nous les entendons déblatérer contre la société ; nous les verrons pérorer, ayant une salle de café pour chaire et des filles alcooliques pour clients, ces produits inutiles des écoles normales supérieures de jeunes filles. Paris en est déjà empoisonné[84].


Partout vous rencontrez le Juif pour diriger et envenimer les débats religieux.

Prenez cet épisode de la seconde expulsion des Bénédictins de Solesmes, qui eut un caractère particulièrement révoltant.

Ces pauvres gens, mis à la porte une première fois, sont rentrés petit à petit chez eux. Ils n’ont pas de fortune, en effet ; ils ne peuvent vivre en dehors du monastère où ils ont installé leur vie, où leur bibliothèque est restée, où ils ont ces habitudes de travail qui sont, chacun de nous le sait, si importantes pour les lettrés.

Parmi les radicaux, même violents, beaucoup, sachant cela, auraient gardé le silence, en se disant que les représentants de cet ordre qui a sauvé la civilisation au moyen âge, qui a recueilli dans les cloîtres les chefs-d’œuvre de l’esprit humain, sont un peu nos confrères.

Le journal Paris organisa une véritable campagne de délation contre ces religieux qui unissaient la science et la foi, l’amour de Dieu et l’amour des lettres. Il connaissait le caractère de Freycinet : il savait que ce Pilate cède toujours, qu’il est toujours prêt à sacrifier le Juste, et qu’il n’hésiterait pas, pour avoir la paix, à se déshonorer, en expulsant des hommes dont il avait été l’hôte, le protégé, l’obligé ; il le mit en demeure d’agir.

Voilà ce dont il faut qu’on se souvienne, car la race se peint là tout entière. Nous sommes incapables d’actes de cette nature. Quand les Juifs seront de nouveau au ban de l’Europe, nous saurions que des rabbins se réunissent pour myauder que nous ne les dénoncerions pas.

Officiers qui m’avez fait par centaines l’honneur de m’écrire, faites lire ce passage à vos camarades. Quand on se présentera pour mettre Veil-Picard et ses congénères à la porte de chez eux, ils protesteront ; ils parleront de la tolérance, de l’inviolabilité du domicile. Répondez à Veil-Picard : « Juif, voilà ce que tu as fait. Ces bons Pères qui cherchent de vieux textes, ne te gênaient en rien ; tu as demandé qu’on les expulse. A ton tour maintenant ! Patere legem quam fecisti. »


II


Cette transmission par l’hérédité des haines religieuses ou des instincts antisociaux, est un des spectacles qui nous ont le plus frappé dans le cours de cet ouvrage. Sans accorder à l’hérédité le caractère fatal que lui attribue la science moderne, il faut admettre qu’elle joue un rôle considérable dans la constitution des êtres. Il y a de véritables prédestinations diaboliques. En 1790, le marquis de Rochefort, seigneur de Coulanges-la-Vineuse, gentilhomme ruiné devenu partisan de la Révolution, fait planter dans la cour de son château le premier arbre de la liberté qu’on eût vu en Bourgogne. L’arbre est béni par le curé Pyat. Le gentilhomme a été le grand-père d’Henri Rochefort. Quant au curé Pyat, il épousa une religieuse, et il eut d’elle deux enfants, dont l’aîné fut Félix Pyat. N’est-il pas étrange de retrouver ces deux noms dans la Commune ?

Un fils de forçat peut-il être un saint ? Oui, dit l’Église. Mais le sociologue, en acceptant cette affirmation, est obligé de reconnaître que, pour rester dans le chemin de la vertu, il lui faudrait plus d’efforts qu’à d’autres. S’il a reçu de l’éducation, l’homme né dans ces conditions évitera tout ce qui heurte de front la loi ; il abritera son action mauvaise derrière des phrases, des mots de progrès, de guerre au cléricalisme ; il s’appuiera sur une collectivité comme la Franc-Maçonnerie, mais il restera fils de forçat. C’était un psychologue plus fort que Bourget, que celui qui a dit : « Les parents ont des enfants qui ressemblent au fond de leur cœur. »

Voyez Challemel-Lacour. Nous n’aurions peut-être pas publié de nous-même les pièces relatives à ses ancêtres, mais elles sont dans le domaine public ; tout le monde les a lues et relues : il est donc permis au philosophe et au penseur d’en tirer les conclusions qui lui semblent justes[85].

YL— LA PERSÉCUTION JUIVE. 447

S’il n’avait reçu aucune instruction, l’ancien chef du Foreign-Office français aurait probablement pillé Calluire lui-même : normalien distingué, rhéteur habile, il se contente de le faire piller, et se tire d’affaire avec des dommages-intérêts qu’il ne paie pas. Né dans les rangs du peuple, il aurait dit à M. de Oarayon-Latour : « Je vas te tuer ! » Poli et lettré, sans que ce vernis ait pu faire disparaître le tempérament originairement pervers, il écrit : « Fusillez-moi tous ces gens-là ! » La culture, pour lui, n’a été qu’un moyen de faire plus de mal à autrui, et de se faire plus de bien à lui-même[86].

A toutes ces machines de guerre, à tous ces moyens d’attaque contre Jésus-Christ et son Église, le Juif a joint la propagande antireligieuse par le journal à scandales, la publication obscène, la pornographie[87]. En tout ce qui touche à Tordure, le Juif est passé maître, il aie génie porcin. Toussenel n’a pas été trop loin lorsqu’il a écrit : « Le porc est l’emblème du Juif, qui n’a pas honte de se vautrer dans la bassesse, dans l’ignominie, dans l’usure, pour augmenter son capital ; qui ne trouve pas de spéculation infâme, dès qu’il y a du profit à faire. »

Là encore l’hérédité apparaît avec un caractère en quelque sorte impérieux. Cette crasse du ghetto, cette saleté proverbiale, dans laquelle le Juif a vécu pendant des siècles, semblent l’avoir imprégné à tout jamais. L’horreur d’Isaîe Levaillant pour la propreté n’est pas une exception ; il y a évidemment une forme de la névrose, un commencement de pica et de malaxie, dans l’incroyable torrent d’immondices imprimées ou dessinées que les Juifs ont fait couler à travers la France depuis quelques années. Ils ont véritablement rétabli dans cette France qui fut chrétienne, le culte des Phallophories antiques, sans le côté artistique, qui se mêlait, à Rome et à Athènes, à ces exhibitions publiques d’images impudiques et d’attributs cyniquement promenés par la ville.

C’est une véritable sentine juive que cette rue du Croissant, cette halle aux journaux pornographiques, où les échoppes Israélites, pressées les unes contre les autres, luttent entre elles à qui aura les imaginations les plus dévergondées. L’historien de l’avenir qui dressera le catalogue de ce qu’on a mis d’horreurs en circulation depuis six ans, avec la complicité des scélérats du gouvernement, n’en pourra croire ses yeux.

Scènes de crapuleuse débauche, moines roulant ivres avec des filles, prêtre fouettant une femme nue, comme dans l’affiche des Débauches d’un confesseur, groupes impudiques, tout est là. Jadis lès pères de famille, les hommes du peuple, auraient fait un mauvais parti au préfet de police, qui tolère et qui encourage ces turpitudes ; aujourd’hui l’on aperçoit, dans les quartiers populeux, des familles entières, pères, jeunes fillettes, gamins, regardant et commentant longuement ces Priapées. Voilà où a roulé la France.

Ignotus, avec son don de voir et de rendre le spectacle de la rue, a tracé un saisissant tableau de ce Musée secret devenu public, de cette scatologie s’étalant en plein jour.


Devant chaque devanture d’imagier, il y a des groupes d’hommes, de femmes, de petites filles. Tout le monde rit — excepté peut-être les petites filles, qui regardent sérieuses et d’abord comme effarouchées. J’ai entendu et noté les réflexions de ce public.

« Tiens, regarde donc cet évêque ! » Il s’agit de la caricature de Mgr Freppel. « Regarde son calice, où il y a un roquet qui crache… » Le public se contentait de détailler tout haut la vision qui était devant lui, comme il le fait quand il assiste à un spectacle dans une baraque de foire, « Tiens !… un curé qui fait la quête à domicile. Il est reçu par une femme en chemise… Ce monsieur, avec des cornes, qui les regarde par un trou, c’est le mari de la bourgeoise… »

« Ah ! ah ! ce cure qui fouette une petite fille !... et cet évêque qui est à côté de lui avec sa mitre !...

Le plus gros succès était pour une lithographie, très grande, dont les couleurs violemment heurtées raccrochaient les passants.

Elle représente une sorte de chaîne de forçats. Les forçats sont habillés en curés, — comme dit le peuple. Chacun des forçats a au-dessous de sa tonsure, sur le dos, un large écriteau. On y lit en caractères très nets ces diverses inscriptions : Condamné pour viol d’une petite fille. — Condamné pour deux cent vingt attentats à la pudeur sur des enfants...

Je passe sous silence d’autres motifs de condamnations qui ne peuvent s’écrire ici — et qui pourtant sont étalés là, devant les petits garçons, les petites filles... Cette image a le plus grand succès de curiosité.


Cette guerre pornographique saisit toutes les occasions, se sert de tous les moyens.

Par l’exécution, les Billets de la Sainte-Farce de Léo Taxil, fort soignés de tirage, se rapprochent presque de l’art ; les collectionneurs, plus tard, seront heureux de les trouver comme un témoignage de ce qu’on pouvait faire impunément à notre époque. De chaque côté, des religieuses et des prêtres sont représentés dans une attitude ignoble ; au-dessus figure un saint Pontife, un souverain prisonnier, mais avec lequel la France n’a point rompu encore tout rapport diplomatique ; il est coiffé d’un bonnet de galérien sur lequel on lit le chiffre 13. L’œuvre porte la signature d’Ernest Renan, Encaisseur des anathèmes, et ces mots : Vu pour le contrôle, Léo Taxil.

Comme on tombe ! pense-t-on en voyant le nom de l’ancien élève de Saint-Sulpice imprimé sur ces saletés, qu’il n’a jamais osé désavouer ! Quel châtiment vaudrait ce dégoût perpétuellement renouvelé, qui prendra les chercheurs futurs en fouillant dans toutes ces hontes pour écrire enfin ce récit définitif que nous ne faisons qu’esquisser aujourd’hui !

Supérieur par le caractère à Renan, Léo Taxil, du moins, a su s’arracher à ces fanges. Il a eu honte d’être l’homme des Juifs, et il a bravé leurs colères en se séparant d’eux. Ce sont les Juifs et les Francs-Maçons, il le reconnaît lui-même, qui l’avaient conduit dans la voie où il était ; ce sont les Juifs qui l’appuyaient, le préservaient de tout risque, lui garantissaient qu’il pouvait tout oser sans danger. C’est le Juif Strauss qui a été le premier éditeur de Léo Taxil ; c’est ce nom que l’on trouve au bas de la première édition d’A bas la calote ! C’est Mayer qui donne en prime le Manuel des confesseurs, qui proteste lorsque les honnêtes gens indignés arrachent des murailles les affiches immondes annonçant les Amours secrètes de Pie IX.


III


Les Juifs ont une grande force pour eux : l’honnêteté de leurs adversaires, qui les empêche d’user de représailles. Supposez, en effet, que j’aie l’idée d’écrire quelque inconvenance sur Mlle de Rothschild ; figurez— vous l’accueil que réserveraient à mon projet les religieux qui veulent bien m’honorer de quelque amitié, mes amis catholiques, le plus humble des fidèles : « Ne faites pas cela ; laissez en dehors des insultes ce qui est pur, ce qui est chaste, ce qui est faible. »

Les Juifs de la Lanterne n’ont pas de ces scrupules ; ils vous racontent tranquillement, avec force détails à l’appui, qu’une religieuse, la Sœur Saint-Charles, a mis au monde un enfant dans le train d’Aix. Ils en sont quittes pour quelques centaines de francs d’amende et de dommages-intérêts. Encore les dommages-intérêts sont-ils vivement combattus par le ministère public, représentant de la morale. Il serait fâcheux de ne point donner le nom de ce magistrat de Martin-Feuillée qui répond à l’appellation de Morin. Goûtez le raisonnement de cet homme étonnant : « Il est inutile, dit-il, d’accorder des dommages-intérêts ; il y a eu diffamation, sans doute, mais la Sœur Saint-Charles est une personne respectable et bien connue ; or le préjudice causé est d’autant moindre, que la personne qui en souffre est plus respectée et plus estimée[88]. »

Je me tromperais fort si « l’acacia n’était pas connu » de ce magistrat paradoxal et farceur, et s’il n’avait pas un tablier maçonnique sous sa robe de procureur. Ce que je dis de la Sœur Saint-Charles, se peut d’ailleurs appliquer à tous les scandales montés par les Juifs.

Supposez que Camondo ou un Juif quelconque ait été malheureux en ménage. Se sentant mourir, il enlève à la femme qui l’a trompé, la garde de son fils, il prie la vieille mère qu’il vénère, d’élever honnêtement cet enfant. Un rabbin vient consoler cet homme, apporter quelque espoir d’une vie supérieure dans cette famille cruellement frappée.

Croyez-vous qu’un journal catholique se serait mêlé à ce drame intime, aurait attaqué cette grand’mère, insuite ce rabbin ? Assurément non. Voyez, au contraire, ce que la presse juive, le Paris, de Veil-Picard ; la Lanterne, de Mayer ; le Voltaire, de Laffitte et de Strauss, ont tiré de cette affaire de Chaulnes, en haine de cette noble duchesse de Chevreuse, coupable de porter un des plus beaux noms de France[89].

L’erreur des catholiques est de placer leurs sentiments d’hommes du monde, d’hommes bien nés, de gentlemen, au-dessus de la responsabilité qu’ils ont de veiller sur les pauvres, sur les simples, sur les naïfs, qu’on égare avec de pareilles publications.

— Vous êtes coupable et bien coupable, disais-je à l’un d’eux, de ne pas vous servir de tous les moyens pour combattre le mal. Parmi les cent cinquante mille lecteurs de la Lanterne, dix mille, relativement très honnêtes, subissent l’influence du papier imprimé, et sont absolument convaincus que les moines de Solesmes passent leur vie à perpétrer tous les crimes. A la prochaine révolution, ils croiront très bien faire en fusillant les religieux qui leur tomberont sous la main.

Je suis parfaitement convaincu, pour ma part, que si l’on fondait une librairie antijuive sur le plan de la librairie anticléricale, on arriverait, au bout d’un an, à supprimer complètement, non point la discussion même violente des questions religieuses, discussion parfaitement légitime, mais l’outrage aux prêtres, aux Sœurs de Charité, aux cérémonies du culte.

Similia similibus... Les Juifs aiment la boue : donnez-leur-en, et ils vous laisseront tranquilles.

Quelles risées ne s’élevèrent pas des bancs de la gauche, lorsque M. de Lanjuinais vint se plaindre à la tribune des honteuses exhibitions du Musée républicain, qui promène de ville en ville des tableaux de torture où figurent des moines ? N’aurait-il pas mieux fait de réunir quelques fonds, et d’organiser un spectacle où l’on aurait vu l’assassinat du petit enfant de Metz par Raphaël Lévy, le martyre du P. Thomas à Damas ou l’affaire de Tisza Elslar ? Les Juifs auraient hurlé, M. de Rothschild aurait montré les dents, Naquet et David Raynal se seraient agités, et le méprisable Valtesse-Rousseau, qui persifla si agréablement M. de Lanjuinais, serait monté à la tribune pour déclarer que tout ce qui était respectable devait être respecté, et que la concorde entre citoyens lui avait toujours semblé le plus enviable des biens pour un gouvernement sincèrement républicain.


IV


Je n’ai pas l’intention, bien entendu, de remuer toutes les immondices du journalisme juif, de rappeler toutes les injures, toutes les ignominies qu’ils ont versées sur les Chrétiens. Tout prétexte est bon pour frapper sur ce qu’ils nomment l’ensoutané. Les plus belles, les plus touchantes cérémonies de notre culte, celles qui ont fait longtemps, même au point de vue des yeux, la joie de l’ancienne France, sont des occasions de blasphèmes et de grossièretés. Les processions sont des exercices funambulesques, des mascarades, des comédies cléricafardes, des promenades de ferblanterie religieuse. Le Saint-Sacrement s’appelle la pendule de M. le curé.

Voilà les aimables procédés de gens qui, sous l’Empire, ainsi que je l’ai raconté, s’indignaient qu’on donnât le nom de Juif à un usurier dans une pièce moyen âge ; de gens qui, il y a quelques années, faisaient condamner à quinze jours de prison un jeune homme qui, dépouillé par les Juifs, avait publié dans le Furet, de Montpellier, une satire en vers intitulée : le Juif.

Comment les trouvez-vous ? Sont-ils assez chatouilleux avant ? sont-ils assez insolents, assez intolérants après le triomphe ?

Ce qui stupéfait dans tout cela, c’est l’absence totale de toute originalité.

Prenez les journaux juifs, et vous n’y trouverez pas une idée nouvelle, pas une infamie inédite. C’est le Talmud versé dans le ruisseau, c’est le blasphème hébraïque traduit en argot. Là encore s’affirme la pauvreté d’imagination du Juif.

Pour la presse juive comme pour le Talmud, la prédication est un aboiement, Nabuab ; les saints sont des libertins, Kedeschim ; les saintes, des courtisanes, Kedeschot ; les églises sont des mauvais lieux ou des latrines, Bet moschab, ou Betkyce ; les croix, une abomination, Tœba ; l’eau bénite, de l’eau sale, Mayim temeim ; la bénédiction, une malédiction, Kelala ; FEucharislie, un sacrifice impur, Zabu temi.

A toutes ces formes de l’attaque il faut ajouter la persécution terrible, insaisissable, indéfinissable, qui s’exerce du haut en bas de l’échelle sociale, maintenant qu’on a chassé les honnêtes gens de toutes les fonctions.

Où commence, où finit cette persécution ? Il est presque impossible de le dire. Elle est de tous les jours, de tous les instants ; elle se produit de mille manières, par d’innombrables agents affiliés à la police franc-maçonnique et juive, et parfois ne se rendant même pas compte nettement de ce qu’ils font ; elle dénonce, elle calomnie, elle salit, elle tend des pièges, elle organise des scandales, elle déshonore ceux contre lesquels elle ne peut réunir assez de faux témoignages ; elle conduit les uns à la folie, les autres au suicide, et, dès qu’on veut l’étreindre, elle glisse entre les mains, elle vous défie de la désigner par un nom. L’agent de cette œuvre épouvantable s’appelle Légion ; il est né sur la pourriture des nouvelles couches, chères à Gambetta ; il prend tous les déguisements, il revêt toutes les formes, il tire cinq ou six moutures de son sac.

Quand un prêtre a déplu à la Maçonnerie dans un village, l’agent vient dans les cabarets recueillir de quoi échafauder une accusation d’attentat aux mœurs ou d’assassinat, que la presse juive se charge de propager ; si, par la même occasion, il constate qu’une auberge un peu isolée est tenue par un vieillard, il devient d’indicateur politique indicateur criminel, il donne les éléments d’une affaire aux rôdeurs de Paris, qu’il connaît. Quelle prise a-t-on contre lui ? Si on le surprend blotti dans une église ou relevant les empreintes des serrures, il déclare qu’il est sur la piste d’un gros crime commis par un curé, et la magistrature d’aujourd’hui est trop bien dressée pour nuire à l’action d’un ennemi du cléricalisme. Quinze jours après, on pille l’église ; mais la police, qui s’est bien gardée de découvrir les malfaiteurs qui avaient dévalisé le Trésor de la basilique de Saint-Denis, a trop d’esprit pour chercher le vrai coupable. Notre homme, d’ailleurs, ne se contente point de surveiller les méfaits du cléricalisme dans les églises ; il suit ses manœuvres, il entre dans les casernes, il visite les forts sous prétexte de voir si on n’y a pas réservé de local aux aumôniers, et, en souvenir du Kulturcampf, sans doute, ne néglige pas de faire profiter l’Allemagne de ses observations militaires.

Où qu’on l’arrête, il est sûr de l’impunité. Tout ce monde se tient, en effet. L’agence Tricoche et Cacolet a un grand chef, qui est le préfet de police. Jadis, dit-on, dès l’aube, quand les valets de tripots et les garçons de lupanar commençaient à balayer les salles, et à faire entrer un peu d’air dans ces bouges où flottaient partout des vapeurs de corruption, un émissaire matinal venait remettre à Fouché le rouleau de louis qu’il prélevait sur les produits de la débauche. Aujourd’hui Fouché n’est plus seul à palper ; il partage le gain des agences interlopes avec tout un monde de républicains, affamés en attendant qu’ils soient gavés. Il est comme le président honoraire, je veux dire le président à honoraires d’un immense tripot. La maison Tricoche et Cacolet a été déclarée établissement d’utilité publique ; elle fait tout ce qui concerne son état : elle espionne les curés, elle épie tout ce qui pourrait les compromettre ; elle fournit des renseignements excellents sur des commissionnaires en marchandises comme les frères Bloch, qui se sont enfuis en 1883, après avoir volé six cent mille francs aux négociants parisiens ; elle protège le Vice et persécute la Vertu.

Parfois il y a un malentendu. On s’attaque par mégarde à la femme d’un député radical. Alors on entend un joli vacarme. Comme la liberté de conscience d’un Dreyfus, l’honneur d’une républicaine est, paraît-il, d’une essence particulière, c’est une pièce rare ; on s’en occupe, et les journaux conservateurs, qui ne défendraient pas les leurs, font un tapage infernal autour de cet honneur précieux. Ce n’est pas mauvais, d’ailleurs : la boue remuée pue davantage que lorsqu’elle reste stagnante, et le chimiste social peut s’instruire en étudiant la composition des vapeurs méphytiques qu’elle dégage. Il faut se hâter, par exemple : à peine, par l’ouverture béante, a-i-on aperçu le cloaque qui est au-dessous de notre Paris républicain, que tout le monde crie : « Remettez la plaque ! »


V


Dieu me garde de manquer de respect à une mère de famille calomniée ! je ne crois pas qu’on puisse trouver dans ce livre violent une allusion qui puisse même effleurer l’honneur d’une honnête femme. Il est permis cependant de regarder et de juger la pièce à grand spectacle qu’on a montée à l’occasion de l’affaire Hugues.

Quelle salle plus faite pour inspirer les républicains que celle du 8 janvier 1885 ! Terrifié d’avance à l’idée d’être en butte aux attaques de la presse radicale, le président Bérard des Glajeux s’est dessaisi, avec une prudence peu héroïque, du droit de maintenir le bon ordre ; il a délégué tous ses pouvoirs à Lunel, le chef des gardes du Palais.

Ce Lunel est-il parent de l’agent de change juif de ce nom ? Je ne sais. En tous cas, après avoir été congédié, il a été réintégré dans son emploi, grâce à l’appui énergique de la Lanterne et de l'Intransigeant. Les billets d’entrée sont aux plus offrants ; on les met aux enchères aux environs du Palais de Justice, et les gamins poursuivent les passants de leurs offres.

Les souteneurs et les prostituées ont envahi le prétoire ; ce monde ignoble se mêle aux jurés, chasse les avocats de leurs bancs. Une fille publique, à moitié déshabillée, se montre, le corsage ouvert et la mine provocante, entre le chef du jury et l’avocat général Bernard. Un magistrat, en regardant son voisin, reconnaît un voleur qu’il a condamné le 12 mai précédent. Le président, pressé entre des rôdeurs de barrières et d’anciens galériens, ose à peine faire un mouvement pour ne pas déranger ses assistants.

Le soir vient. Toute cette foule excitée et énervée commence à échanger des propos grivois. Les femmes se prêtent aux attouchements, vident des fioles de Champagne, donnent à haute voix des rendez-vous dans les hôtels du voisinage ; puis, fatiguées de l’attente, n’osant quitter leurs places, sacrifient publiquement à la nature sur le parquet qu’elles souillent[90].

C’est devant ce public bien digne d’eux que paradent les défenseurs de la Vertu outragée.

M. Henri Rochefort s’était chargé du prologue dans son journal. Qui ne se rappelle avec quel esprit féroce 11 s’est acharné sur la pauvre reine Hortense ? il a répété cent fois qu’elle avait été la maîtresse de l’amiral Verhuel ; il a traité l’Impératrice Eugénie de la façon la plus outrageante : il a affirmé que le Prince Impérial était un bâtard ; il a renouvelé sur l’infortunée Marie-Antoinette l’attentat que le bourreau commit, dit-on, sur Marie-Stuart ; il a ramassé les calomnies d’Hébert, pour accuser cette reine de mœurs sans nom, et souffleté cette tête coupée, que l’exécuteur n’avait pas osé prendre par les cheveux pour la montrer au peuple. Maintenant, il déclare que l’honneur d’une femme est chose sacrée et que ceux-là sont vils qui osent y toucher.

Mais Anatole de la Forge vient d’entrer en scène. Il a félicité sans doute Mayer, « son vieil ami », lorsqu’il a accusé une Sœur de Charité d’avoir accouché en wagon ; et le voilà, lui aussi, qui entonne son grand air sur l’honneur des femmes[91]). N’essayez pas de faire comprendre à ce chevalier que la calomnie contre une femme est aussi infâme chez Mayer que chez Morin ; ce galant homme vous répondrait cyniquement : « Morin n’était pas utile à ma candidature, et Mayer l’est infini ment ; si Morin avait eu un journal républicain, je l’aurais appelé « mon vieil ami ».

Celui qui s’indigne le plus haut, c’est Me Gatineau, qui détestait tant l’armée qu’il fut frappé depuis d’apoplexie en sortant de l’atelier d’Yvon, où il avait été voir le portrait du général Forgemol. Jamais plus effronté diffamateur n’a déshonoré le barreau français, qui compte cependant de beaux spécimens dans ce genre.

La bête immonde, pour tous ces démocrates, c’est le pauvre hère crotté qui s’en va, pour quarante sous, chercher des arguments qui rapportent dix mille francs aux avocats lorsqu’ils les présentent aux juges, en leur donnant une gravité qu’ils n’auraient pas dans la bouche d’un Morin.

L’opinion publique en France a tellement perdu la perception du juste et de l’injuste, qu’elle est incapable de se rendre compte de tout ceci ; pour elle, tout se réduit à des jeux scéniques : elle applaudit quand c’est bien joué, et c’est tout.

Supérieurs à tout, les républicains peuvent tout oser. Si une Chrétienne exaspérée par les persécutions, s’était permis de recourir au revolver, les journaux amis de M. Hugues l’auraient dénoncée avec ensemble, et la loi aurait épuisé ses rigueurs sur elle. Vous avez vu, au contraire, l’attitude du juge Atthalin devant Mme Hugues, soudain transformée de déesse de la Liberté en furibonde Euménide : il l’accable de politesses, il embrasse le bas de sa robe en lui demandant sa protection ; il refuse de confronter l’accusée avec le cadavre de sa victime, ce qui est une formalité obligatoire, et cela sous prétexte d’épargner une émotion à une femme qui peut avoir toutes les qualités, mais qui ne ressemble certainement pas à une sensitive, s’il faut en juger par le sang-froid avec lequel elle a ajusté son ennemi.


CHAPITRE QUATRIÈME

LES JUIFS (suite)


La police nouvelle. — Le Paris d’Ignotus. — Les innocents devant les tribunaux. — La magistrature franc-maçonnique et juive. — Quelques types de magistrats. — Beyne. — Les amours de Laferrière. — La chasse au prêtre. — Nos pauvres Frères. — L’affaire Saint-Edme. — Deux députés convaincus de concussion. — As-tu fini ?


I


Nous sommes ici, d’ailleurs, dans la pure tradition jacobine. La mort seule semble capable d’expier la plus légère offense contre l’auguste personne du Jacobin ou de la Jacobine.

Léonard Bourdon, le crapuleux proconsul dont Taine nous a raconté les exploits, est insulté un soir, à Orléans, en sortant d’un mauvais lieu, et reçoit quelques horions dans une rixe entre ivrognes. Savez-vous combien d’êtres humains furent immolés pour ce fait ? Neuf. Un de ces malheureux avait dix-neuf enfants, dont quatre servaient aux armées. Les parents de ces infortunés vinrent supplier, en pleurant, la Convention de faire grâce ; la Convention resta impassible, et les condamnés furent conduits au supplice en chemise rouge.

Une jeune fille de vingt ans, Cécile Renault, se présente chez le concierge de Robespierre avec deux petits couteaux dans sa poche. On tue son père, son frère, sa sœur, sa tante, et l’on enveloppe dans le procès cinquante-six personnes, que l’on guillotine, toujours en chemise rouge. C’était si beau, que Fouquier-Tinville, pour aller voir passer le cortège, retarda ce jour-là son dîner.

Les écrivains républicains, qui trouvent cela admirable et qui ont poussé des cris de joie à l’assassinat de Morin, se déclarent tous partisans de l’abolition de la peine de mort. Quels Pasquins !

Que faire contre cette persécution ? Rien. C’est la persécution perfectionnée que prévoyait Desmoulins lorsqu’il écrivait : « Ce sont les despotes maladroits qui se servent des baïonnettes ; l’art de la tyrannie est de faire la même chose avec des juges. »

Le régime autoritaire, cette centralisation toute-puissante, déjà si lourde quand la machine gouvernementale était dirigée par des hommes qui avaient un fragment de conscience, qui, tout au moins, se rattachaient aux traditions françaises, est devenu un effroyable instrument d’oppression entre les mains des vagabonds d’hier, d’étrangers fraîchement naturalisés, de Juifs vindicatifs et haineux. Magistrats, commissaires, agents, tout cela est uni par la communauté d’origine ; tous ont fait à peu près les mêmes métiers autrefois, ont vécu entre deux peurs des mêmes industries suspectes. Si vous aviez à vous plaindre de quelque abus de pouvoir, je ne pense pas que vous trouviez grande protection auprès de Cartier, l’ancien homme de confiance de Crémieux, qui déclare, dans une réunion électorale, que « Dieu, la famille et la propriété sont des balançoires. »

Quant aux commissaires, il n’est pas de jour où, à la suite de quelque aventure trop éclatante, l’un d’eux ne quitte son cabinet pour une cellule à Mazas. L’un, magistrat et marchand de vin à la fois, est poursuivi pour escroquerie. L’autre, un nommé Rougeau, — celui-là opérait à Saint-Denis, — réclame 160 francs au lieu de 10 francs à l’un de ses administrés : il n’est sauvé que par l’intervention de Lœw et de Camille Sée[92]. Le commissaire de Viviers tire un coup de revolver sur un habitant paisible de sa commune, et est arrêté au moment où il s’élançait sur lui, probablement pour lui arracher sa montre. Au mois de décembre 1883, le commissaire de police d’Orbec, Hébert, est condamné par la cour d’assises du Calvados à trois ans de prison pour attentat à la pudeur[93].

Cardinal, le commissaire de police de Vitré, est plus étonnant encore : il se charge de procurer des nuits d’amour à ses amis, et il choisit au hasard parmi les femmes les plus irréprochables de la ville. Un soir, son compagnon d'orgie, Leroy, rédacteur en chef du Radical de Rennes, lui témoigne le désir de sacrifier à Vénus. Cardinal n’hésite pas : il fait ouvrir au nom de la loi la maison d’une honnête femme, Mme Porée, dont le mari, employé à la gare, était absent, jette le bouillant républicain dans les bras de cette dame réveillée en sursaut et saisie d’épouvante, et se retire. La femme crie, se défend, roue de coups l’ivrogne qui veut la prendre de force. Finalement, l’affaire s’ébruite, et, au mois de décembre 1885, la Cour d’appel de Rennes, statuant sous la présidence de M. de Kerbertin, condamne Cardinal à six mois et Leroy à un mois de prison.

Broussier, d’abord commissaire de police à Guines, où il avait commis d’innombrables vols, avait été envoyé par le ministre à Vendôme avec de l’avancement. Là, il trouva tout simple de se rendre à la gare, d’éventrer un sac de dépêches et d’emporter les lettres chargées. Le jury de Loir-et-Cher le condamna à cinq mois de prison au mois de février 1886. « Je suis toujours commissaire de police, dit-il au président : le ministère m’a accepté pour les colonies. » Il ira rejoindre son poste à l’expiration de sa peine, et probablement avant.


II


Il serait dommage d’omettre Joyeux, le commissaire de police du quartier de la Folie-Méricourt. Cette affaire Laplacette, dont tous les journaux ont retenti au mois de mai 1884, est une des plus émouvantes, une de celles qui montrent le mieux combien notre société est dure aux petits. Ce Laplacette, entrepreneur de ventes à crédit, deux ou trois fois millionnaire, avait tout simplement rétabli, pour ses employés, la chaîne de l’esclavage antique, mais en la rendant plus lourde encore.

Pour éviter que ses courtiers ne l’abandonnassent, ce patron, républicain, puisqu’on était sur le point de le décorer, avait trouvé un moyen ingénieux. Dès qu’une légère erreur se reproduisait dans le compte de ses employés, dès qu’il leur manquait deux ou trois francs de timbres, il les accusait d’abus de confiance, et les effrayait avec les mandats de comparution en blanc que lui remettait son complice et son associé, le commissaire Joyeux. Les malheureux étaient amenés dans un local qu’on appelait la cage, dans lequel se tenait en permanence le secrétaire du commissaire, prêt à verbaliser au cas où l’employé aurait répondu par un mot grossier aux injures dont l’accablait Laplacette. Là, affolés par l’idée de la prison, terrifiés par cet appareil, ils signaient une déclaration par laquelle ils reconnaissaient avoir volé leur patron.

Les signataires étaient désormais à la discrétion de Laplacette. Six mois, un an ou deux après, quand les affaires allaient mal ou que la nécessité de frapper l’esprit du personnel se faisait sentir, on prenait au hasard un de ces infortunés, comme on prenait un esclave pour les murènes, et on le livrait aux tribunaux, qui le condamnaient sur son propre aveu. On mettait le nom sur un tableau, que l’on appelait le tableau d’avancement, afin que cet exemple terrorisât les autres.

Quatre-vingts pauvres diables furent ainsi exécutés ! quatre-vingts existences d’hommes furent souillées, flétries, brisées à jamais ! Et les autres ! ceux qui avaient sans cesse cette épée de Damoclès sur la tête, vous figurez-vous ce qu’ils devaient souffrir ?

Joyeux ne fut pas poursuivi, il ne fut pas même révoqué ; il fut admis par Camescasse à faire valoir ses droits à une honorable retraite…

Tous ces gens-là, encore une fois, se ménagent entre eux : car ils se connaissent, les uns sur les autres, des histoires à s’envoyer tous aux galères.

Custodes ipsos quis custodiet ? s’écrie l’honnête homme éperdu, envoyant les gardiens de la sécurité publique s’allier à d’anciens communards pour dépouiller le pauvre monde.

Au mois de février 1884. Provendier, officier de paix du neuvième arrondissement, tristement compromis dans l’effraction du domicile des Capucins, et déjà poursuivi pour avoir détourné les fonds destinés aux agents placés sous ses ordres, comparaît devant la cour d’assises de la Seine ; il est condamné à deux ans de prison pour faux commis de complicité avec un de ses amis, le sieur Gilson. Le sieur Gilson avait eu une part considérable dans le pillage de l’église Saint-Ambroise sous la Commune.

Un autre officier de paix, Goût, est arrêté au mois d’octobre 1884, et condamné à un an de prison pour avoir extorqué des sommes importantes aux directeurs des Cercles, en se servant du nom de Puybaraud, le chef de cabinet du préfet de police.

Cotton d’Englesqueville, qui avait montré tant d’acharnement dans l’expulsion des Dominicains, devient fou. Successivement procureur impérial à Ajaccio, juge à la cour de Pau et conseiller à la cour de Caen. il avait dû quitter la magistrature, et, après avoir exercé divers métiers, il était en dernier lieu courtier en chevaux : c’est là qu’on l’alla chercher pour en faire un commissaire de police. Poursuivi par le remords, il se croyait en butte aux attaques de malfaiteurs invisibles, et avait prétendu qu’un individu, resté inconnu, avait déposé une bombe dans son appartement ; quelques heures avant sa mort, il envoya à la préfecture une dépêche qui portait ces mots : « Mazas en débris ; Louise Michel et les Capucins ont fait sauter Paris. » Margarot, le maire de Nîmes, un des trente-trois membres du Suprême Conseil, qui, allié aux Protestants, avait montré une véritable frénésie dans tous les actes de persécution religieuse, se suicida au mois d’avril 1885, à la suite de vilaines affaires d’argent.

Il y aurait des choses très intéressantes à dire sur le châtiment des crocheteurs. Presque tous ceux qui ont été mêlés à ces scènes, finissent dans des catastrophes. Le serrurier de Lille qui avait consenti, au refus de tous ses camarades, à prêter son aide au préfet, fabrique une machine infernale et se tue ensuite.

Au mois de février 1885, un nommé Astruc, qui avait figuré au premier rang lors de l’exécution des décrets à Montpellier, est condamné par la cour d’assises à trois ans de prison pour complicité de vol.

Tous ceux qui ont été crocheter la Trappe des Dombes, au Plant, sont morts dans l’année, dans des conditions fort tristes[94].

Sans doute, les faits s’expliquent assez naturellement, au point de vue humain. Ce n’est pas dans l’élite de la population que le pouvoir a pu trouver des auxiliaires ; et, si tous les pendards ne sont pas pendus, ils finissent toujours, en continuant le cours de leurs exploits, par heurter trop violemment la loi pour qu’on puisse étouffer l’affaire. C’est, je crois, Joseph de Maistre qui a dit qu’ « il y avait plus de coquins courant après les châtiments que de châtiments courant après les coquins. » Malgré tout, les uns et les autres se rencontrent quelquefois.

On devine les scrupules que peuvent éprouver, comme fonctionnaires, des gens qui ont tant à se faire pardonner. Un commissaire de police d’Angers, Poilu, est chargé, au mois de novembre 1881, d’une instruction contre un prêtre. La plupart des témoins déposent en faveur de l’accusé, et sont tout étonnés quand on leur relit leurs dépositions au tribunal, de voir qu’on leur avait fait dire absolument tout le contraire de ce qu’ils pensaient. L’ingénieux Poilu les avait tout simplement appelés à son bureau, et, sous un prétexte quelconque, leur avait fait signer une feuille en blanc. La Chambre des mises en accusation, saisie de l’affaire, écarta l’intention frauduleuse, en constatant seulement que le magistrat avait systématiquement omis de relater les témoignages favorables à l’accusé !


III


On comprend ce que peut faire de ravages, dans un pays organisé comme le nôtre, la force publique confiée à de tels hommes.

Sur ce point, l’historien de l’avenir fera bien de consulter les chroniques d’Ignotus.

Ce qui restera de ce peintre moderne, ce sont ses études sociales ; ses peintures de ce Paris nouveau, monstrueux, invraisemblable ; ses dramatiques analyses de ce monde renversé, où les gens de bien sont maintenant à la merci des criminels de tous les pays. Réunissez ces travaux fragmentaires en un volume ; joignez-y le livre de M. Maxime Du Camp ; ajoutez-y le présent livre, qui dit ce que ces hommes, soucieux de ne pas se faire d’ennemis, n’osent pas dire ; complétez le tout par le livre que quelqu’un, sans nul doute, est en train de préparer dans un coin et qui contiendra ce quo je n’ai pas voulu dire : les détails intimes que chacun se raconte à l’oreille, les révélations sur les tripotages secrets, sur la vie privée, sur les dessous honteux de ce gouvernement de scélérats. Et, si la capitale disparaît dans un formidable cataclysme, vous aurez les matériaux suffisants pour reconstituer la ville géante qui, hier, s’appelait la cité reine, et qui, demain, sera la cité mendiante, la cité découronnée, déshonorée, désespérée.

Maxime Du Camp vous donne, dans son livre froid comme les pierres, dans ce livre d’une littérature toute édilitaire, le décor admirable et pompeux, le cadre monumental et grandiose de la ville impériale ; mais, dans cette œuvre faite presque exclusivement avec des documents officiels, le mouvement et la vie n’existent pas. Dans Ignotus, vous trouverez peint au naturel, ad vivum, le monde bizarre qui s’est installé impudemment dans cette ruine toute neuve d’un monde écroulé, comme les bohémiens s’installent deux ou trois fois l’an dans le jardin des Tuileries, pendant leurs loques aux statues des consulaires, rapiéçant leur chaussure trouée au pied des déesses de marbre, allumant les réchauds de leur nauséabonde cuisine sous les arbres augustes que nos rois avaient plantés pour verser la fraîcheur et l’ombrage aux passants.

Assidu du palais et avocat lui-même, quoiqu’il n’ait que peu plaidé, Ignotus décompose très bien la façon dont fonctionne la persécution judiciaire ; il explique fort lucidement comment l’innocent est condamné d’avance, même avec une sorte d’apparence de justice, dès que le magistrat Franc-Maçon est d’accord avec ceux qui ont organisé une affaire, soit dans un intérêt électoral, soit dans un but de chantage.

Les études sur le huis-clos, le secret, les attentats à la pudeur, sont d’un penseur et d’un légiste.


L’enfant, dit très bien l’écrivain, n’a pas conscience fort nette de la réalité des choses. De même que le bébé naissant étend le bras pour toucher les objets les plus éloignés, — de même l’enfant ne distingue que peu à peu la matérialité des actes. Il les confond, présents ou passés. Il ne met pas une grande différence entre ce qu’il a vu ou entendu. Parfois il croit avoir entendu ce qu’il a vu — et vu ce qu’il a entendu.

Or cet enfant est le témoin qui, d’ordinaire, est regardé comme le plus croyable et qui est le plus cru. Il y a cet adage criminel : « Plus le témoin est petit, plus il pèse ! »


C’est là-dessus que comptent les Francs-Maçons, qui excellent dans ces préparations de procès d’attentats à la pudeur. On fait croire l’enfant à la réalité de certains faits qui n’ont jamais existé ; on lui fait apprendre une leçon qu’il répète par vanité, pour ne pas avoir l’air de manquer de mémoire. Sous ce rapport, les organisateurs sont d’une habileté incroyable dans le choix de leurs sujets.

Parmi d’innombrables affaires de ce genre, dont le .récit allongerait indéfiniment ce livre, je prends au hasard l’affaire de l’abbé Mulot.

L’abbé Mulot, curé de Saint-Leu, à Amiens, était un vénérable prêtre de 71 ans, qui avait traversé la vie en faisant le bien. Pendant le choléra de 1866, il avait bravé cent fois la mort, en prodiguant ses soins aux malades, et les habitants du faubourg de Ham s’étaient cotisés pour lui offrir une couronne d’or à titre de souvenir.

Quand on demanda à un témoin, M. Hocquet, maire de la commune de Templeux-le-Guérard, où l’abbé Mulot avait été curé, quelle était alors sa réputation, il répondit simplement : « Si j’avais voulu amener ici quatre cents personnes de Templeux pour téihoigner en faveur de M. l’abbé Mulot, elles seraient venues en masse. »

L’abbé Mulot avait dû défendre les droits de l’Église contre la ville d’Amiens. Dauphin, le protecteur et l’ami d’Erlanger, l’associé de Boulan (de l’Assurance financière), et Goblet, qui vaut encore moins que lui, avaient été indignés d’une telle audace. Il fut résolu qu’on perdrait le pauvre prêtre, qu’ « on monterait un coup », pour employer l’expression d’un des témoins. Une institutrice, qui, avant d’appartenir à l’enseignement, avait fait partie d’un cirque ambulant, vint raconter que des enfants auraient reçu du curé ce qu’ils appelaient des « leçons naturalistes. »


IV


Le procès eut lieu au mois de juin 1882. M. Robinet de Cléry, chargé de la défense de l’accusé, fut magnifique ; mais, ne l’eût-il pas été. que la cause de la vérité aurait triomphé quand même. Le président du tribunal était un honnête homme et un homme d’esprit. Après deux ou trois questions, il sut à quoi s’en tenir sur l’innocence des enfants : ils avaient en effet figuré déjà deux ou trois fois dans des affaires d’attentat aux mœurs. C’était une spécialité chez eux ; la Franc-Maçonnerie les promenait de département en département. L’arrêt fut très explicite sur ce point :


En ce qui concerne l’outrage public à la pudeur :

Attendu que, s’ils avaient existé, les gestes indécents, objets de cette seconde inculpation, en raison même de leur gravité, n’auraient pas manqué, dès le premier jour, d’être dévoilés par les enfants, dont deux, au moins, avaient été antérieurement mêlées, comme victimes ou comme témoins, dans des procès de mœurs ;

Attendu néanmoins que, lors de l’enquête de M. l’inspecteur Camus, il n’a été en aucune façon question de ces actes, et que c’est le lendemain, devant M. le commissaire de police, que deux enfants ont commencé à en parler ;

Attendu que la défense, pour infirmer ces témoignages, a justement relevé les nombreuses contradictions qui existent entre les déclarations des différentes petites filles, non seulement sur les gestes dont il s’agit, mais encore sur d’autres circonstances accessoires de la scène, contradictions d’autant plus inexplicables que les faits se seraient accomplis sous leurs yeux, dans un espace relativement très restreint ;

Attendu que l’instruction et les débats ont, du reste, révélè la pression exercée par une personne (l’institutrice laïque Mehl) sur les enfants, et dont l’animosité contre l’inculpé ne saurait être mise en doute ;

Attendu que la moralité inattaquable de l’abbé Mulot et tout son passé protestent contre ce nouveau chef de prévention ;

Par ces motifs :

Le tribunal renvoie l’abbé Mulot des fins de la poursuite, sans dépens.


Une enthousiaste ovation fut faite au sortir de l’audience au malheureux vieillard, qui, très fort devant la persécution, faillit s’évanouir de joie en voyant combien il était aimé. Un de nos confrères, M. Nicolas Boussu, ouvrit dans son journal le Courrier de la Somme une souscription, qui fut presque aussitôt couverte et qui servit à l’achat d’un calice d’or.

L’institutrice flétrie par le tribunal reçut naturellement l’avancement qu’elle méritait : elle fut appelée à une position à Paris.

Nous nous sommes arrêtés assez longuement à ce procès, car il peut être considéré comme le procès-type de la Franc-Maçonnerie.

La date explique l’acquittement, comme l’acquittement explique la loi sur la magistrature. Aujourd’hui l’abbé Mulot serait certainement condamné à cinq ans de prison.

Ignotus voyait très juste lorsqu’il écrivait :


Que deviendra la sécurité de chacun, quand la magistrature appartiendra à des êtres déclassés ? Nous arriverons aux heures les plus sombres de la décadence romaine. Le nouveau magistrat sera l’instrument des vengeances ou des appétits particuliers. La foule sera maîtresse du prétoire. Déjà vous avez vu un curé, qui depuis a été acquitté, — arrêté préventivement et mené en prison entre deux gendarmes… à pied, un jour de dimanche, à la sortie de la grand’messe. N’y avait-il point là pression de la foule sur des magistrats secondaires ?

Ce qui arrive aujourd’hui aux curés, adviendra demain ou après-demain aux laïques.

Maintenant, le jury est choisi par deux degrés différents d’examinateurs : 1° l’assemblée des maires ; 2° l’assemblée composée des conseillers généraux et présidée par le président du tribunal civil. Que sera-ce quand ce président sera un magistrat de dernière catégorie ?

Que sera-ce — quand le parquet sera composé d’hommes méprisables ? quand le droit excessif d’arrêter préventivement un citoyen sera dans des mains vénales ? quand le prévenu pourra être mis au secret, selon la fantaisie de quelque juge d’instruction, à qui aujourd’hui vous ne confieriez pas votre bourse ? quand le jugement aura lieu à huis-clos, sans le contrôle de l’opinion publique ?

En ce temps-là, les accusations d’outrage à la pudeur seront plus nombreuses que jamais. Les femmes seront les plus formidables instruments de la Révolution sociale, — de même que d’autres femmes en sont aujourd’hui les plus redoutables adversaires.

Que sera-ce quand la balance de la Justice deviendra une balance d’épicier, où le déshonneur sera vendu à prix d’argent, comme le sel et le poivre ?

Dieu est remplacé par le procureur général vis-à-vis des foules. Que sera-ce quand le procureur général sera l’élu et l’instrument des passions les plus basses ?

Il ne faut pas croire qu’en ce temps-là les simples citoyens pourront se dégager des luttes politiques. Ce serait folie que de le croire. Nul ne pourra regarder de sa fenêtre ce qui se passe dans la rue — comme dans un jour de Mardi-Gras. Les ruisseaux de la rue monteront dans les maisons !


On s’explique l’acharnement que mit la Franc-Maçonnerie juive à décapiter la magistrature. Les anciens magistrats étaient pour les Juifs, même d’une nature relativement supérieure, un perpétuel sujet d’étonnement ; ils avaient devant cette pauvreté volontaire la même impression de sourde colère que devant la pauvreté du moine ; ils suffoquaient devant ces hommes qui rendaient la justice pour rien, dans l’impartialité de leur conscience, quand ils auraient pu tant gagner à la vendre.

Isaac Pereire racontait souvent, comme une des surprises de sa vie, la visite qu’il avait faite à un premier président qu’il était obligé de voir, pour un procès d’une importance considérable. Le riche financier avait fait atteler, il s’était rendu chez le magistrat.

— Monsieur X ?

Au cinquième, la porte à droite.

Profondément surpris, absolument essoufflé, Pereire avait gravi les cinq étages, et il avait trouvé, dans l’acajou le plus banal, un homme éminent qui s’était montré aussi au courant des questions financières que son visiteur.

Pereire, qui, en sa qualité de Juif Portugais, était accessible à certains sentiments élevés que les Juifs Allemands n’auront jamais, était demeuré frappé de la simple grandeur de cet homme pauvre, qui, voué à la plus haute des fonctions sociales après celle du prêtre, vivait au cinquième, tout en décidant de procès ou il s’agissait de millions. Le châtelain d’Armainvilliers, le ploutocrate heureux avait senti ce jour-là qu’ii y avait quelque chose au-dessus de l’argent.

Il est évident qu’un magistrat de cette trempe n’aurait jamais consenti, comme Humbert, pour faire réussir les opérations de la banque juive cosmopolite, à faire arrêter les directeurs de l’Union générale la veille de la réunion d’une assemblée d’actionnaires qui pouvait tout sauver.


V


Les Juifs employèrent tous les moyens pour arriver à se débarrasser de ces magistrats qui les gênaient.

Il se passa, au moment du vote de la loi au Sénat, des faits inouïs. Les Francs-Maçons allèrent voler des bulletins dans les pupitres de leurs collègues, et les déposèrent en leur nom. A la séance du lundi 30 juillet 1883, M. Barthélémy Saint-Hilaire vient déclarer qu’il avilit reçu de M. Martel le mandat de voter contre l’article 15, et qu’un sénateur s’est permis de jeter dans l’urne un vote contraire. M. de Kerdrel fait la même déclaration pour M. Dieudé-Defly. Il y a là, comme le constate M. Buffet, un faux en écriture publique. Qu’importe ? Les Francs-Maçons font un signe à Humbert, qui présidait ce jour-là, et celui-ci, qui ricane lorsqu’on parle devant lui de conscience ou d’honnêteté, affirme cyniquement que le vote est régulier. Le Sénat romain des derniers temps n’offre guère de spectacle plus abject[95].

Grâce aux deux Sémites Millaud et Naquet, le tour était joué : les magistrats chrétiens furent remplacés par des Juifs, comme les Béer, les Alphanderry, les Eliacin Naquet, les Léon, les Bloch, les Katz, les Pontremols, les Rosenfeld, les Anspach, les Sommer, les Dalmbert, les Durand, etc., etc.

Figurez-vous un Chrétien arrivant devant un de ces Juifs ! Quelle satisfaction celui-ci éprouvera à pouvoir appliquer son code à lui ! quel sourire mauvais illuminera son visage, lorsqu’il pourra ruiner un malheureux goy, en pratiquant les préceptes donnés par rabbi Ismaëi dans le Talmud, au traité Baba-Kamina, chapitre Ha Gozel (le Voleur) :

« Si un Chrétien et un Israélite viennent devant toi pour un différend, si tu peux faire que l’Israélite ait gain de cause suivant la loi juive, fais-le, et dis au Chrétien : Telle est notre législation ; ou bien, suivant la loi du Chrétien, fais gagner l’Israélite et dis au Chrétien : Telle est votre législation. Si, au contraire, tu ne peux pas faire gagner l’Israélite d’une manière ou d’une autre, on emploiera contre le Chrétien des astuces et des fraudes[96]. »

Ce qu’est cette magistrature, des scandales quotidiens se chargent de nous l’apprendre. Les magistrats vivent avec les accusés, ils ont les mêmes maîtresses, ils trinquent avec ceux qu’ils auront à poursuivre ou à juger. On entend dans les prétoires des dialogues comme celui-ci, qui est véritablement exquis et que beaucoup de journaux ont reproduit. La scène se passe au mois de juin 1884, devant la cour d’assises de l’Aude, où l’accusé, le sieur Guibal, fut condamné à mort pour l’assassinat d’une fille, Marie Coquillière. Le président demande à l’accusé l’emploi de son temps.


Je suis arrivé le 1er septembre à Perpignan.

Je suis allé voir ma nièce, qui était la maîtresse du substitut du procureur de la République.

J’ai dîné avec elle, une de ses amies, — qui n’était autre que Marie Cerbère, — M. le substitut et M. le procureur de la République.

Après, nous sommes allés tous ensemble assister aux courses de taureaux.

Je voulais partir ; mais ces messieurs insistèrent pour me faire rester, et nous fûmes à l’Alcazar.

M. le président Roussel. — Vous avez une famille Lien honnête !

Une de vos nièces vit avec le procureur de la République ; une autre, avec le substitut de Perpignan.

— Oui, Monsieur, répond fièrement l’accusé.


Les débats de la cour d’assises du Gard, au mois de mai 1885, nous ont révélé les crimes du Dr Vigouroux, le Faiseur d’anges de Langogne, une prétendue victime du 2 Décembre, qui avait été nommé juge de paix pour ce fait. Ce vieux satyre souille sa nièce Philomène en présence de sa femme, et chaque année il met un petit cadavre d’enfant issu de ses œuvres dans une valise ; puis, muni de son diplôme de docteur et arguant de ses fonctions de juge de paix, il va faire la déclaration à une mairie quelconque en se retranchant derrière le secret professionnel et en prétendant qu’il a trouvé le corps dans un wagon. Un dernier trait d’audace le perd : il apporte tranquillement un nouveau petit cadavre à une mairie où il avait déjà fait une déclaration analogue ; on l’arrête ; il meurt en prison, et la nièce seule est poursuivie.

L’affaire Guillot nous a montré ce qu’est le vol provincial dans notre République ; l’affaire Vigoureux, comme une fenêtre tout à coup ouverte sur un lupanar qui serait en même temps un cimetière, nous montre ce qu’est la débauche provinciale dont tous les adeptes sont protégés par le secret franc-maçonnique.

Comme premier président de la cour d’appel, nous avons Périvier, qui passe sa vie avec le Dreyfus des guanos dont il est appelé à juger le procès et qui dit en pleine audience : « A notre époque, qu’est-ce qui n’a pas posé un lapin ? »

Comme conseiller, à la Cour d’appel également, nous avons Margue. Je crois que le besoin ne se fait pas sentir de marcher de ce côté.


VI


Un volume entier ne suffirait pas à énumérer les faits de cette nature. Fidèle à mon système, je prends ceux-ci, parce qu’ils appartiennent au domaine commun, qu’il est impossible de les contester. Qui de nous n’aurait à citer des histoires plus révoltantes et plus surprenantes ?

C’est encore une figure ae magistrat bien curieuse que celle de Clerget-Allemand, président du tribunal civil de Mâcon et particulièrement protégé par Martin-Feuillée[97].


Son aspect était fruste, ses allures revêches ; son langage toujours dur lui avait fait donner le surnom pittoresque de « Gueule-d’Acier ». Il ne prenait un ton plus doux vis-à-vis de ses subordonnés qu’en s’invitant à dîner chez eux — ce qu’il appelait modestement pâturer.


Cet homme aimable mourut au mois de juillet 1885, et un juge des nouvelles couches, du nom de Martin, dans le discours qu’il prononça sur cette tombe, offrit le défunt en exemple aux populations comme le modèle de toutes les vertus civiques.

Hélas ! comme pour Guillot, la douleur ne tarda pas à se changer en une stupéfaction générale.


On apprit alors, en effet, que ce magistrat avait exploité le pays sur la plus large échelle. Dénué de toutes ressources autres que son traitement, qu’il se faisait d’ordinaire payer d’avance, il avait mis à contribution, et comme en coupe réglée, nombre de gens, et notamment les officiers ministériels qui étaient sous sa dépendance : notaires, avoués, huissiers mêmes, ont été victimes de ses manœuvres et de ses soustractions.

Voici comment il procédait : il allait chez un notaire, et, après avoir parlé de ses propriétés ravagées par le phylloxéra — propriétés qui n’existaient que dans son imagination — il alléguait un embarras d’argent momentané, et demandait à emprunter 3,000. fr. C’était le taux pour les notaires. Le notaire, craignant de se brouiller avec le président du tribunal, s’exécutait bon gré, mal gré.

Quinze jours après, M. Clerget frappait à la porte d’une autre étude, recommençait son boniment, et terminait par la demande invariable de 3, 000 fr. Le notaire, heureux d’obliger le président, et croyant être le seul à être « honoré » de cette confiance, allongeait les trois billets de mille.

Six notaires de Mâcon furent ainsi pris. L’un d’eux reçut même deux fois la visite du président. A 3, 000 fr. la visite, coût : 6, 000 fr. Ces soi-disant prêts étaient faits par billets avec intérêts ; mais l’honnête président ne se préoccupait pas plus des intérêts que du reste. L’un des notaires victimes de cet emprunteur lui écrivit un jour pour réclamer le payement des intérêts. Il ne reçut pas de réponse. Seulement, quelque temps après, il apprit qu’il était commis par le président à une liquidation sur laquelle il ne comptait pas : « Ah ! voilà mes intérêts ! » s’écria-t-il. Il est juste de dire que M. le président Clerget était très large en fait de taxes. Il avait coutume de dire qu’il fallait prendre l’argent là où il y en avait. — Les notaires de Mâcon s’en sont bien aperçus.

Les avoués et les huissiers n’ont pas été plus épargnés.


Beyne, procureur de la République à Mont-de-Marsan, contraint une jeune fille, Noémie Pesquidoux, à se livrer à lui, en lui promettant l’impunité pour un léger délit dont elle est accusée, et en la menaçant de toutes les sévérités de la loi si elle refuse ses propositions malhonnêtes. La jeune fille, devenue enceinte des œuvres de ce vertueux magistrat, est obligée de l’assigner pour obtenir des aliments pour son enfant. Beyne fait poursuivre l’huissier Souques, qui s’est permis de l’assigner. Finalement, l’affaire excite un tel scandale, qu’on se décide à révoquer cet étrange champion de la morale qui en fut quitte, devant la Cour d’appei de Pau, pour une condamnation à mille francs d’amende pour dénonciation calomnieuse.

Tout Paris a retenti des scandaleux démêlés de M. Édouard Laferrière avec une de ses anciennes maîtresses. Le Conseiller d’État[98] avait séduit une jeune fille, puis l’avait abandonnée pour se marier richement. Ce sont là les mœurs de ses pareils, et il ne faut point s’étonner de cela. D’ordinaire cependant, les plus débauchés eux-mêmes liquident ces situations proprement. Ce Franc-Maçon, membre zélé de la loge du Réveil maçonnique de Boulogne-sur-Mer, ne trouva rien de plus simple que de dépouiller celle qu’il venait de quitter, et de la faire séquestrer pour l’empêcher de protester.

Le complice de Laferrière était Clément, que nous retrouvons à chaque pas dans notre récit et qui répond : Présent ! toutes les fois qu’il y a un domicile à violer, un attentat sans danger à commettre, une illégalité à accomplir.

Avouez que nos pauvres expulsés peuvent avoir quelque joie, lorsqu’ils contemplent l’assemblage infâme que forment les trois hommes qui ont été le plus activement mêlés à l’exécution des décrets. Cazot, l’homme de la loi, est poursuivi par les actionnaires après la faillite de la Société d’Alais-au-Rhône, et obligé de donner sa démission de président de la Cour de cassation. Laferrière, le représentant de la jurisprudence, fait enfoncer les portes de son ancienne compagne pour rentrer en possession de lettres compromettantes. Clément, le magistrat judiciaire, moitié Lebel et moitié Lecoq, ceint l’écharpe tricolore pour aller liquider les amours des conseillers d’État.

Comment les hommes qui gouvernent auraient-ils aucun scrupule envers les catholiques, qu’ils poursuivent d’une haine implacable, lorsqu’ils n’hésitent pas à assassiner ceux qui, partageant certaines de leurs doctrines, ont conservé un fond d’honnêteté, trouvent leurs mœurs mauvaises et leurs procédés condamnables ?

La mort du malheureux Saint-Elme est certainement une des pages les plus inouïes de l’histoire de ce temps. L’infortuné appartenait à une opinion qui n’est pas la mienne, et l'on ne m’accusera pas d’obéir à l’esprit de parti en parlant de lui ; mais cette exécution d’un écrivain par des sbires, en plein dix-neuvième siècle, est faite pour exciter l’indignation de tous.


VII


Rédacteur d’un journal avancé, le Sampiero, Saint-Elme avait combattu avec infiniment de courage l’opportunisme, qui, en Corse, avait fini par s’implanter, en s’appuyant sur ces êtres avides et corrompus que contient toujours une population même foncièrement probe et loyale comme celle de la Corse. Il s’était élevé contre la conduite du préfet Trémontels, qui, selon son expression, « avait fait de la préfecture une maison de tolérance et une succursale de la forêt de Bondy. »

Emmanuel Arène vit sa candidature perdue et essaya de prendre, de Paris, des attitudes de capitan prêt à franchir les monts et les plaines pour châtier les insolents qui se permettaient de marcher dans son ombre.

Saint-Elme, qui avait été officier, répondit tranquillement à ce matamore qu’il était disposé à faire la moitié du chemin et qu’il viendrait jusqu’à Marseille.

Arène épouvanté se jeta dans les bras de Veil-Picard et de Waldcck-Rousseau. Les fonds secrets furent mis à contribution, et, quelques jours après, une tentative d’assassinat avait lieu sur l’écrivain redouté. Les assassins étaient des agents de police déguisés en bourgeois. Saint-Elme, dès qu’il fut remis de ses blessures, essaya de demander une explication au préfet[99], qui tenait ses assises au café Solferino, et avait installé là son cabinet. Le préfet le fit assommer à coups de barre de fer par le concierge de la préfecture, aidé par le maître de l’établissement. Pour être sûr que l’attentat réussirait, le procureur de la République avait défendu à cet homme menacé de tous les côtés d’avoir des armes sur lui, et, toutes les fois qu’il savait qu’il devait être attaqué, il le faisait fouiller et désarmer pour qu’il ne pût se défendre.

Le procès du journaliste, longtemps retardé par son état de maladie, fut profondément émouvant. On le transporta à l’audience sur une civière, moribond. Près de lui se tenait la pauvre femme enceinte qui avait voulu accompagner son mari, et qui essuyait avec un mouchoir la sueur déjà glacée qui coulait de son front.

Alors on vit cette chose qu’on n’avait jamais vue en France : tandis que les assassins, sûrs de l’impunité, se pavanaient dans la salle, un horrible coquin, l’avocat général Bissaud, insultant, raillant cet homme qui râlait déjà, affirmant que les assassins avaient bien agi et que Saint-Elme « jouait la comédie ».

De la foule sortit une protestation indignée pendant que Bissaud s’asseyait en ricanant. Saint-Elme fit un effort pour répondre à cet infâme ; il n’y put parvenir. Quelques heures après, il était mort.

Ces faits monstrueux sont dans toutes les mémoires. La discussion à la Chambre de l’interpellation de l’extrême gauche sur les affaires de Corse jeta sur nos mœurs publiques une aveuglante lumière. Assassinat par des bravî payés par le préfet, fraudes électorales, corruptions de tout genre, secours distribués pour la perte dun bétail qui n’avait jamais existé, tout était là.

M. de Douville-Maillefeu, en voyant monter vers le gouvernement cette marée de boue, semble avoir éprouvé cette admiration qu’on éprouve devant certains déchaînements de la mer, et cria avec une sorte de transport : « Qu’on dise tout ! que la honte coule à pleins bords ! »

La Chambre n’eut même pas un blâme platonique pour les Trémontels et les Bissaud, et vota l’ordre du jour pur et simple.

Rien ne fut singulier comme l’attitude de Brisson l’incorruptible. Toutes les fois qu’on essaye de dénoncer à la tribune quelques-unes de ces prévarications de ministres ou d’hommes publics, qui sont évidentes sans qu’on puisse les prouver matériellement, il s’écrie : « Donnez des preuves ! » Cette fois il existait un témoignage irrécusable des concussions des représentants de la Corse, Emmanuel Arène[100] et Peraldi. Le président changea brusquement son fusil d’épaule, et déclara à tous ceux qui voulurent traiter cette question que « les interpellations de collègue à collègue étaient défendues. »

Aucun doute cependant n'était possible. L’ancien chef de la comptabilité de la compagnie Morelli, M. Semeriva, avait affirmé que MM. Arène et Peraldi, recevaient un subside mensuel pour les avantages qu’ils avaient fait obtenir à la Compagnie, grâce à leur position de députés. Selon lui, le feuillet 105 du copie de lettres de la Compagnie contenait une lettre ainsi conçue :

(Folio 105). Marseille, le 24 août 1883.   

Monsieur Peraldi, député de la Corse,
rue de Monsigny, à Paris.

Nous avons l'honneur de vous adresser ci-joint, sous pli recommandé, la somme de 750 fr, en billets de banque de 100 et un de 50 fr., montant de votre traitement du mois d’août.

Veuillez, etc. Signé : Semeriva.   

M. Semeriva soutenait en outre que les livres de la Compagnie portaient, à la date du 14 décembre 1884, la mention suivante :

Indemnité à Peraldi, mois de novembre 1883 : sept cent cinquante francs.

Indemnité à Arène, mois de novembre 1883 : mille francs.

Peraldi se défendit faiblement, et pour toute excuse se contenta de dire qu’il était notaire ; ce qui frappa d’étonnement les gens qui ne pouvaient comprendre ce que les panonceaux venaient faire là.

Quant à Arène, il nia violemment. S’il était honnête, il n’avait, pour être disculpé immédiatement, qu’à demander à un tribunal d’honneur de constater si les feuillets portaient la mention en question.

Il s’en garda bien, et le groupe de l’Union républicaine continua à réchauffer ce jeune concussionnaire dans son sein.


VIII


La Franc-Maçonnerie n’est pas satisfaite encore : elle rêve de perfectionner le mécanisme de la persécution. Ainsi que l’a démontré M. Guillot, dans un ouvrage dont la sincérité fait honneur à ce juge d’instruction, le nouveau code d’instruction criminelle enlève tout recours au citoyen victime de l’arbitraire.

Il y a là, encore une fois, un véritable système, une forme de gouvernement qui restera dans l’histoire. Au lieu de s’appuyer sur les gens de violence et de force, comme le fit la Terreur, le régime actuel s’appuie exclusivement sur les gens de ruse, de dol et d’indélicatesse ; il les groupe en une manière de syndicat, il leur ouvre un certain crédit sur la loi, et les tient par la menace de fermer ce crédit ; il concède une sorte d’impunité subordonnée à certaines conditions de dévouement ; il accorde deux ou trois délits à commettre au choix, comme on accorde un bureau de tabac.

Ce que n’ont indiqué ni Ignotus, ni M. Guillot, ni tous ceux qui se sont occupés de la persécution exercée par la magistrature franç-maçonnique, c’est l’état psychologique de tous ces persécutés grands et petits, qui rend leurs tortures mille fois plus atroces qu’elles ne le seraient pour nous, et en même temps les met presque hors d’état de se défendre.

Le malheur de ces persécutés honnêtes est de rester des civilisés, de croire qu’on vit encore sous le régime des lois, que les magistrats sont de vrais magistrats ; que la police, l’administration, la justice, fonctionnent régulièrement. L’accusation dont ils sont l’objet, prend pour eux l’importance qu’elle aurait dans une situation normale.

Je me souviens toujours d’une jolie histoire que m’a contée Alexandre Dumas.

Il rencontre un jour dans un salon une femme qui, après avoir rôti le balai vingt ans, avait fini par se faufiler dans le vrai monde ou dans quelque chose qui y ressemblait.

Cette femme traite Dumas et son œuvre du haut en bas ; elle lui reproche de n’avoir jamais décrit que des milieux malsains, de n’avoir jamais mis en scène une honnête femme.

Dumas écoutait. Sans doute, si ce reproche lui avait été adressé par quelque jeune fille innocente, il eût souri de cette façon de juger son œuvre, et n’eût pas répondu ; si celle qui lui parlait eût succombé à l’entraînement du cœur, si elle eût été victime d’une de ces passions profondes devant lesquelles l’être est si faible : l’auteur du Demi-Monde se fût certainement tu encore, car, si l’esprit est dur chez lui, le cœur a des tendresses que le vulgaire ne connaît pas. Tel n’était pas le cas ici. Celle qui s’exprimait ainsi avait été une prostituée, elle avait reçu de l’argent pour se livrer ; c’est la prostitution qui avait payé l’hôtel dans lequel elle habitait, les chevaux qui la portaient au Bois, les tableaux de maître qui garnissaient sa demeure, la parure qui ornait sa décrépitude élégante.

Elle continuait à parler de la vertu, à flétrir les filles corrompues et les écrivains corrupteurs.

Soudain, Dumas fixa sur elle son regard bleu si aigu ; puis, lui frappant vigoureusement sur le ventre :

— As-tu fini ? dit-il simplement.

Un flot de larmes vint aux yeux de la créature…

As-tu fini ? est un mot qui sert. Les plus éhontés parmi nos républicains tripoteurs, nos magistrats déshonorés, nos administrateurs familiers avec tous les crimes, hésitent parfois à s’en prendre directement à un Parisien accoutumé à ne se gêner qu’avec ce qui est honnête : ils craignent cet as-tu fini ? gouailleur, mépriseur, vengeur, qui rappellerait à ces impudents tout leur passé d’infamies.

Les prêtres, les braves gens, les vieillards, habitués à respecter les conventions sociales, ne savent pas dire : As-tu fini ? Malesherbes ne l’a pas dit à Fouquier-Tinville ; et c’est un des spectacles les plus affreusement comiques qui se puissent imaginer, que celui de tous ces grands Parlementaires, de tous ces personnages austères et vénérables, s’abaissant à donner des raisons aux misérables couverts de sang qui remplissaient alors les prétoires.

Tombées dans quelque embûche, atteintes au cœur par quelque campagne organisée contre elles, les victimes de la Franc-Maçonnerie s’en vont ruminer leur infortune dans un coin. Le mari quelquefois regarde sa vieille compagne, et tous deux se sont compris : ils pensent à la même chose, au malheur d’avoir trop vécu, à la carrière brisée, au nom que naïvement ils se figurent déshonoré.

Quel livre à faire sur ces souffrances intimes, sur ces drames qui se passent dans chaque ville et presque dans chaque village ! Ce livre, un seul parmi nous aurait pu l’écrire, poignant, navrant, sincère, tel qu’il devrait être en un mot : c’est Alphonse Daudet ; il l’écrira peut-être.

Quel livre plus tentant, pour une âme généreuse ? Il y a des simples et des humbles qui sont bien émouvants à regarder aux prises avec cette formidable machine gouvernementale mise en mouvement par des mécaniciens scélérats. Quoi de plus impressionnant que l’histoire de ce pauvre organiste de la cathédrale d’Uzès, que tous les journaux ont contée ? C’est une sorte de conseiller Krespel, un de ces maîtres de chapelle à moitié fantastiques comme en a peint Hoffmann. Il vit en dehors du monde réel dans un rêve musical, il sourit en marchant aux mélodies divines qu’il entend chanter en lui. Les leçons qu’il a en ville et dans un couvent, assurent le nécessaire à ce doux chimérique, qui vit de peu. Noël approche, et il compte ce jour-là faire entendre un morceau qui sera digne des maîtres immortels, de Paesiello et de Palestrina. « Vous écouterez cela, » dit-il ; et sa bonne figure s’illumine et rayonne.

Les Francs-Maçons de la ville, qui se réunissent dans un petit établissement comme celui qu’a décrit Goncourt dans la Fille Élisa, ont juré de perdre ce naïf, cet ingénu. Le juge d’instruction se voit déjà garde des sceaux, s’il peut faire condamner cet innocent. Le musicien est arrêté sous une inculpation abominable.

On obtient un premier succès. La supérieure de l’établissement de Saint-Maur tombe morte quand on vient lui raconter ce qui se prépare. Comment de telles choses auraient-elles pu se passer ? Il y a impossibilité matérielle. Une sœur est toujours présente aux leçons de musique, auxquelles assistent les parents.

Le prisonnier n’en reste pas moins au secret pendant trois mois, se débattant en vain contre cette horrible accusation. Trois fois l’instruction est close, faute d’une base quelconque aux imputations ; trois fois la Franc-Maçonnerie la fait reprendre. Enfin, la Cour d’assises acquitte le malheureux musicien, contre lequel il n’y a pas l’omble d’une preuve. « C’est égal, dit un des meneurs de l’affaire : nous l’avons tout de même empêché de faire jouer sa musique à la cathédrale. »


CHAPITRE CINQUIÈME

LES JUIFS (fin)


La souffrance des humbles. — Les outrages d’en bas. — Freycinet. — La persécution à l’hôpital. — Infirmiers et infirmières laïques. — Quentin. — Peyron. — Le docteur Després. — Les Sœurs de Charité et le choléra. — Des malades qui se sauvent. — Un conseiller municipal qui a peur des Prussiens, mais qui ne recule pas devant les Sœurs.


I


Les humbles tiennent quand même : on les prend par la famine. Au fond du onzième arrondissement, rue des Trois-Bornes, une indigente famille se lamente autour du lit où l’un de ses enfants agonise. Il n’y a ni pain pour les parents ni médicaments pour l’enfant ; on attend anxieusement la réponse à une demande adressée au bureau de bienfaisance… La réponse arrive… Les parents ont déclaré jadis qu’ils envoyaient leur fils aîné à l’école des Frères : on leur envoie pour tout secours un récépissé de cette déclaration.

Cette blague atroce n’est-elle pas bien franc-maçonnique ? N’y sentez-vous pas bien l’âpreté ricaneuse et froide des maîtres du jour, des aventuriers de tous les pays qui se partagent l’argent que certains catholiques imbéciles continuent à verser à nos bureaux de bienfaisance ?

Ce que sont ces bureaux, un ouvrier l’a dit dans une réunion publique, où il signalait nominativement un des commissaires comme étant inscrit lui-même sur la liste de l’Assistance publique. Ignotus, en rappelant que, sur deux cent quarante administrateurs, cent quatre-vingt-dix avaient été chassés, a constaté que, parmi les remplaçants nommés, il se trouvait « des marchands de vin, des blanchisseurs, dont quelques-uns, ayant leur famille inscrite au bureau même, payaient le ménage avec l’argent des aumônes[101]. »

L’exemple que nous citions plus haut n’est pas isolé. La jovialité cynique, la joie bruyante du mal accompli est un des traits de la persécution actuelle. Le grand bonheur d’un inspecteur de l’Instruction publique, quand il a devant lui une religieuse, c’est-à-dire, quand il peut être insolent impunément, est de salir ce qui est pur, d’imaginer une question équivoque, de risquer un mot à double entente, qui fait éclater de rire les frères et amis répandus dans la salle.

— Qu’est-ce qu’un libertin ? demande un inspecteur à une Sœur.

— Je n’ai pas à répondre à cette question, que vous ne m’adressez qu’à cause de l’habit que je porte.

Celle qui remit ainsi ce malappris à sa place, avait du sang-froid. Combien de nonnes, tremblantes déjà d’être ainsi en spectacle, auraient été démontées ! Dans un discours au Conseil général du Gers, M. Paul de Cassagnac a raconté quelques-uns des exploits de l’inspecteur Carbasse, qui excitait les instituteurs à insulter les Sœurs.

Une religieuse se présente à l’examen. Le cœur lui bat bien fort, elle est tout effarouchée devant cette foule, elle sent que les mots vont rester dans sa gorge. Vous qui avez un peu d’âme, vous devinez cet état d’ici, j’en suis certain. C’est en Dieu seul que la pauvrette espère : il lui donnera la force nécessaire. Elle s’agenouille dans un coin de la salle, elle joint les mains et murmure une petite prière.

Un instituteur a vu ce mouvement.

— Ohé ! la sœur, crie-t-il de cette voix particulière aux gens de son espèce, voulez-vous que je vous donne l’absolution ? je suis carme…

Ce plaisant du ruisseau s’appelait Carme.

Carbasse, se frappant les genoux de la main, rit aux larmes en voyant pâlir la pauvre Sœur tout effarée devant ces yeux fixés sur elle.


II


Voici encore une victime émouvante : Lenoir, un cocher. Vous l’avez peut-être rencontré dans Paris, et, si vous étiez pressé, la rencontre n’a pas été propice pour vous. Le pauvre homme, à moitié fou, ne se rappelait plus l’adresse que lui donnaient les voyageurs et les laissait parfois en chemin. Les Francs-Maçons lui avaient volé son enfant, la mère était morte de chagrin, et il oubliait de gagner sa vie pour venir, dix fois par jour, demander des nouvelles de son fils à M. Lacointa. L’ancien avocat général à la Cour de cassation, qui donna si noblement sa démission au moment des décrets, avait été touché de cette grande douleur : il était devenu le conseiller, le consolateur, presque l’ami de ce prolétaire. Pendant que l’infortuné trouvait, comme tous ceux qui souffrent, quelque soulagement à conter son éternelle histoire, le magistrat envoyait sa bonne garder le fiacre, afin d’éviter au cocher une contravention.

L’affaire était très simple. L’enfant, envoyé, par le chemin de fer, de Paris à Toulouse, où il devait entrer dans un établissement d’éducation religieuse, avait été abordé et circonvenu, dans la gare de Narbonne, par un Franc-Maçon, nommé Richard, qui l’avait fait monter dans son wagon et l’avait placé en apprentissage à Cette, chez un confiseur du nom de Lavaille. Là, on s’était efforcé de corrompre cette jeune intelligence, en lisant chaque soir à l’enfant les immondes publications qu’a produites la librairie anticléricale.

Sans doute, on ne pouvait pas espérer que la justice osât poursuivre un Franc-Maçon ; mais, dès que les faits avaient été signalés au parquet par un homme ayant occupé la situation de M. Lacointa, pouvait-on refuser de rendre immédiatement à sa famille la victime d’un attentat si odieux ? On n’en fit rien. Le chef du parquet était un de ces hommes recrutés par la République dans les bas-fonds sociaux, et qui savent qu’en se mettant au service de la Franc-Maçonnerie juive, ils peuvent tout se permettre impunément. Le premier mandataire qui se présenta avec une lettre du père, fut injurié, et on lui jeta la lettre déchirée au visage ; le second mandataire fut menacé de coups de barre de fer. On savait le père pauvre, et on spéculait là-dessus. Une bonne âme lui fournit les moyens de faire le voyage et de ramener son enfant,

Lenoir intenta au citoyen Richard, un procès en détournement de mineur. Ce fut alors qu’on vit, comme toujours, le Juif apparaître derrière le Franc-Maçon. Lisbonne, l’ancien député, se constitua le protecteur de Richard et plaida pour lui.

M. Lacointa, alors qu’il était directeur au ministère de la Justice, avait maintes fois obligé ce Juif ; mais l’autre connaissait trop bien la délicatesse des honnêtes gens, pour penser qu’on montrât les lettres qu’il avait écrites pour demander ou pour remercier : aussi ne se gêna-t-il pas pour insulter l’intègre magistrat, et l’accuser de s’être mêlé dans cette affaire avec une arrière-pensée politique.

Inutile de dire que Lisbonne trouve parfaitement légitime, le fait d’enlever un enfant à ses parents par prosélytisme antireligieux. En ceci le Juif se révèle une fois de plus dans tout son brutal cynisme, dans son absence absolue de principes. La liberté de conscience, le droit des pères de famille ne sont pour lui que des effets scéniques ; il est le premier à en rire quand il n’est plus en scène.

A propos du petit Mortara, les Juifs avaient agité toute l’Europe, dérangé toutes les chancelleries, fait couler des flots d’encre ; quand il s’agit du fils d’un plébéien français, le Juif Lisbonne déclare qu’il est permis de ravir un enfant à son père[102].

Le tribunal de Montpellier ordonna la comparution de Lenoir et de son fils ; mais on avait eu bien soin de refuser l’assistance judiciaire à cet homme sans ressources. Il put cependant, grâce à un nouveau secours, faire le voyage et s’entendre traiter comme un malfaiteur par le président du tribunal. Est-il nécessaire d’ajouter qu’il fut débouté de sa plainte ?


III


Les hommes n’ont pas pensé encore à recueillir les noms de tous ces braves gens qui résistent à tout pour défendre leur foi, dans un volume qui serait le Livre d’or des petits ; mais Dieu depuis longtemps les a inscrits au livre de sa justice. Ils sont plus que courageux, en effet : ils sont héroïques. Nul appui ne les soutient. Les Chrétiens riches s’amusent, dansent, parient aux courses, inventent des figures de cotillon ; ils ne songent guère à ceux qui souffrent pour leurs convictions.

C’est sur les pauvres, presque exclusivement, que s’est appesantie s