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Sommaire


PREFACE.


Division de cette Préface en cinq Articles.



Tous les Lecteurs n’étant pas à portée d’entendre le titre d’Orthopédie, qui fait l’annonce de ce Livre, je commencerai d’abord par l’expliquer ; pour rendre compte ensuite, du Livre dont il s’agit, mais premierement de deux Ouvrages qui ont été donnés sur une matiere approchante de celle que je traite, quoique fort différente ; le premier en 1584. par Scévole de Sainte-Marthe ; & le second en 1656. par Claude Quillet. Tel sera le sujet de cette Préface, que je terminerai par quelques Additions, qui me paroissent convenir pour une plus grande exactitude, ce qui fera, en tout cinq articles.


I

Explication du titre d’Orthopédie.


Quant au titre en question, je l’ai formé de deux mots grecs, sçavoir, d’Orthos qui veut dire droit, exempt de difformité, qui est selon la rectitude, & de Paidion, qui signifie Enfant. J’ai composé de deux mots, celui d’Orthopédie, pour exprimer en un seul terme, le dessein que je me propose, qui est d’enseigner divers moyens de prévenir & de corriger dans les enfans les difformités du corps. L’expression m’a paru d’autant plus permise, que les deux célébres Auteurs que je viens de citer, en ont employé de semblables ; le premier en donnant le titre de Pédotrophie à un Traité sur la maniere de nourrir les Enfans la mammelle ; & le second, celui de Callipedie à un Traité sur les moyens d’avoir de beaux Enfans. Deux titres qui sont tirés tout de même, du grec : le premier de Pais Enfant, & de Trophe nourriture ; & le second de Kalos Beau, & de Paidion Enfant.


II.


Je ne puis dans une occasion comme celle-ci, vû l’affinité de la matiere, me dispenser d’exposer ce qe c’est que ces deux Ouvrages, d’autant moins qu’aucun Auteur, que je sçache, ne m’a prévenu là-dessus : M. le Président Cousin, en parlant du Livre de Scévole de Sainte-Marthe dans le Journal des Sçavans année 1699. se contente de dire que si l’on vouloit recueillir les éloges donnés à Scévole de Sainte-Marthe, on en feroit un volume : Que Baif, Joseph Scaliger, Juste Lipse, Casaubon, Daurat, Rapin & Pasquier y ont travaillé ; Que M. Perrault l’un des quarante de l’Académie françoise, les a recüeillis dans son premier Volume des Hommes illustres, où il n’oublie rien des rares qualités de ce grand homme, de ses Charges & de ses Emplois ; Que ses principaux Ouvrages furent les éloges des Hommes illustres, & la maniere de nourrir les Enfans ; que ce dernier fut imprimé dix fois pendant la vie de l’Auteur, & autant de fois après sa mort ; Que les grandes maladies ausquelles un de ses fils se trouva sujet, dès le temps qu’il étoit encore en nourrice, lui donnerent occasion de le composer ; Que les plus habiles Medecins appellés pour secourir cet Enfant, ayant desesperé de sa guérison, le Pere rechercha lui-même les secrets les plus cachés de la nature, & s’en servit avec succès, pour arracher son Fils d’entre les bras de la mort ; Que prié par ses amis de communiquer au Public des recherches si curieuses, il les renferma dans cet Ouvrage, & le dédia à Henry III. Que l’Ouvrage fut lû dans les plus célèbres Universités de l’Europe avec la même vénération que les Ouvrages des Anciens ; Qu’il fut traduit en plusieurs langues & même en vers françois. Que Scévole de Sainte-Marthe reçut ordre d’Henry III. de le traduire en prose françoise ; mais que les grandes affaires dont l’Auteur fut chargé, l’empêcherent de s’acquitter de ce devoir, dont M. de Sainte-Marthe, Doyen de la Cour des Aydes, s’est depuis acquitté. Voilà tout ce que M. le Président Cousin dit du Livre en question dans le Journal des Sçavans 1699. 5. Juin ; Ce qui, comme on voit, ne donne aucune notion de l’Ouvrage.

M. Perrault de l’Académie françoise, cité par M. Cousin, ne dit rien de plus du Livre de la Pédotrophie, que ce qu’en rapporte M. Cousin.

Ce Livre est un excellent Poëme latin intitulé : Pædotrophia, seu de puerorum nutritione Libri III. C’est-à-dire de la maniere d’élever & de nourrir les petits Enfans.

A la tête de la Traduction qui en été faite, est un avertissement, où le Traducteur se borne à dire les mêmes choses que nous venons de rapporter d’après M. Cousin, & d’après M. Perrault.

Quant à la Callipédie de Claude Quillet, qui est un autre Poëme latin, non moins excellent, je ne sçache pas qu’il en ait été parlé non plus dans aucun Journal, ni ailleurs. Ainsi je ne sçaurois, vû, comme j’ai dit, l’affinité de la matiere, me dispenser de donner un exposé de ce que c’est que ces deux Ouvrages, après quoi je viendrai au plan que je me propose dans cette Orthopédie.


Ce que c’est que la Pedotrophie de Ste-Marthe.


Scevole de Sainte-Marthe dédie son Livre, au Roy Henry III. & lui dit dans son Epître dédicatoire, qui est en françois, que le sujet de son Poëme est la maniere de nourrir les Enfans à la mammelle, & de préserver ces jeunes & tendres plantes contre une infinité d’orages & de tempêtes qui les menacent, & souvent les font périr même en leur naissance. Il ajoûte que dans le desir de rendre cet Ouvrage utile à tous les Sujets du Roy, il a résolu de le leur communiquer dans peu en langue françoise, si c’est chose agréable à Sa Majesté.

Cette Epître dédicatoire est datée de l’an 1584. à Fontaine-bleau, & l’Ouvrage a été traduit en françois six vingt ans après la mort de l’Auteur ; cette Traduction est de son petit-fils, Abel de Saint-Marthe, comme le marque le Privilege accordé à la Traduction pour être imprimée, lequel Privilege est daté de l’an 1698. qui est la cinquante-sixiéme du Regne de Louis XIV.

Scévole de Sainte-Marthe commence son Ouvrage par l’invocation des Muses, & par celle d’Apollon ; puis il s’adresse à Henry III. & s’engage à chanter les Exploits de ce Prince. L’Epouse de Scevole de Sainte-Marthe vient ensuite sur les rangs, & Scevole l’exhorte à ne rien omettre pour conserver les enfans que Dieu a accordés à leur mariage. Il lui recommande d’abord d’honorer Dieu, & de suivre le conseil de ce Philosophe, quel qu’il soit, dit-il, qui veut que les meres, allaitent elles-mêmes leurs enfans ; il s’étend fort sur cet article.

Il passe de-là aux soins que les femmes enceintes sont d’abord obligées de se donner pour conserver dans leur sein les enfans qu’elles doivent mettre au jour, & pour accoucher ensuite heureusement. Il leur donne sur ce sujet divers préceptes que voici.

Le premier, de n’être point trop serrées dans leurs habits, de peur d’incommoder les enfans qu’elles portent.

Le second, de régler leurs passions, & d’éviter de se livrer à la tristesse, à la crainte, & à trop grande joye.

Le troisiéme, de faire succéder le repos au travail, & le travail au repos.

Le quatriéme, de fuir toutes les danses.

Le cinquiéme, d’user le moins qu’il est possible des droits d’Epouses.

Le sixiéme, de faire un bon choix des alimens ; de préférer à toute autre viande, le pigeon & la tourterelle, la perdrix, le chapon, le phaisan, le veau, le chevreau ; & si elles aiment le poissson, de manger plûtôt de celui qui se prend dans les eaux sablonneuses, parmi les rochers, ou qui vient de la mer ; d’éviter, au reste, tout ce qui est salé ou trop crud.

Le septiéme, de boire de l’eau, mêlée d’un peu de vin.

Le huitiéme, de se faire violence sur certains appetits bisarres pour choses qui ne sont point propres à la nourriture de l’homme, telles que les fruits verds, & surtout le plâtre, la cendre & autres semblables ; mais de corriger ces sortes d’appétits, en mangeant des capres, des olives & des grenades ; ces fruits étant très-propres pour nétoyer l’estomac, & en enlever une pituite âcre qui cause aux femmes grosses tous ces goûts absurdes.

Après ces avis, il tâche d’expliquer ce que c’est que les marques qui paroissent sur la peau des enfans, en vertu, comme on le prétend, de certaines imaginations de leurs meres enceintes, puis il vient aux femmes qui sont sur le point d’accoucher ; il veut & (il faut lui pardonner cet article en qualité de Poëte) il veut qu’elles invoquent trois fois consécutives, & à haute voix, la Déesse Lucine qui préside aux accouchemens.

Il leur recommande ensuite, de choisir, lorsqu’elles seront en travail, la situation la plus convenable pour être délivrées, il leur laisse l’option d’être debout, ou assises, ou couchées, il prétend cependant qu’il vaut mieux qu’elles se tiennent debout.

La cause de la peine que les femmes souffrent en accouchant est ici exposée au long, sçavoir le peché originel. Nôtre Auteur rapporte tout ce qui est dit dans la Genèse, touchant la desobéïssance d’Adam. Il introduit le serpent parlant à Eve, & décrit tout ce qui s’est passé à ce sujet, ce qui donne lieu à de beaux vers. C’est par-là que finit le premier Livre de la Pédotrophie.

Le second commence par l’exposé de ce qu’il faut pratiquer dès que l’enfant est venu au monde, sçavoir de porter la mere dans un lit bien préparé, de laver l’enfant, de l’envelopper, & avant tout cela, de couper le cordon umbilical, de mettre sur la playe un peu de mastic & de myrrhe en poudre.

Il prend ici occasion de dire, & il faut encore lui passer cela en qualité de Poëte, qu’autrefois cette partie qu’on nomme le nombril, tenoit liés les deux sexes ensemble, ensorte qu’ils ne faisoient qu’un seul corps, quoiqu’il y en eut réellement deux, mais qu’ensuite ce lien étant venu à se rompre, chacun de ces corps a eu sa liberté.

M. de Sainte-Marthe, après le débit de cette fable, parle de certains signes qui marquent, dit-il, quelle sera la complexion du nouveau né. Il prétend que si l’enfant venant au monde, crie foiblement, & qu’il ait peu de vigueur, c’est une marque qu’il vient d’un pere d’une mauvaise santé, ou qu’il a souffert dans le ventre de sa mere qui aura vêcu de mauvais alimens, ou qu’enfin, en prenant naissance, il aura essuyé quelque violence considérable.

Il recommande ensuite, de tenir l’enfant chaudement si c’est en hyver ; mais si c’est en Eté, de le porter dans un lieu dont l’air soit très-tempéré. Une chose importante, selon lui, c’est de mettre dans la bouche du nouveau né quelque antidote, & principalement du mitridat. Il veut aussi qu’on arrose de vin le corps de l’enfant, & s’il paroît bien débile, qu’on l’échauffe en soufflant dessus avec la bouche ; il assure que ce souffle tout chaud, vaut mieux qu’aucun autre remede pour fortifier l’enfant ; sur-tout, si en soufflant, on a de la canelle dans la bouche.

Il veut, comme nous l’avons remarqué, que dès que l’enfant est né, on le lave avec de l’eau, & à cette occasion, il déclame fort contre la coûtume des anciens Germains qui plongeoient dans le Rhein leurs enfans encore tout chauds au sortir du ventre de la mere, de même qu’on plonge le fer chaud dans l’eau froide pour le rendre plus dur. Il faut, dit-il, que les enfans qui ont pu souffrir une telle épreuve sans périr, eussent été formés dans les entrailles du Mont Caucase. Il veut qu’on baigne dans de l’eau tiéde les enfans nouvellement nés, & qu’on s’en tienne là ; mais que s’ils ont quelques meurtrissures sur le corps, pour avoir été trop foulés & pressés en venant au monde, on mêle dans cette eau des roses fraîches, de la camomille récemment cueillie, & de la mousse d’arbre.

Il enjoint de nétoyer les oreilles de l’enfant, ses yeux, sa bouche, & de donner à chacun de ses membres, en les maniant doucement, la forme & la rectitude qu’ils doivent avoir pour composer, dit-il un tout parfait, comme fit autrefois Promethée, qui de son habile main forma l’homme à l’image de la Divinité, autre trait de Poëte qu’il faut mettre avec les autres que nous avons déja rapportés.

Quand le bain aura attendri la peau de l’enfant, il veut que pour la durcir, on la frotte doucement avec du sel blanc bien pilé, qu’ensuite on tienne prêts un berceau, des langes & des bandes ; qu’on donne à l’enfant du miel de Narbonne pour le purger, & qu’après on le couche dans son berceau ; mais qu’on prenne garde de le couvrir trop chaudement. Il cite sur cela l’exemple de François dernier Duc d’Anjou & de la Princesse son Epouse, qui pour avoir tenu trop chaudement pendant la nuit leur enfant, l’étoufferent.

Il passe ici au choix qu’il faut faire d’une nourrice ; il veut qu’elle ne soit ni jeune ni vieille, ni grasse ni maigre ; qu’elle soit gaye, qu’elle ait le teint vif, les bras & le col un peu longs, la poitrine large, les mammelles rondes & bien saillantes, & qu’elle n’ait point fait une fausse couche.

Pour ce qui est du lait, il veut qu’on regarde comme le meilleur, celui qui est doux, blanc, coulant, & qu’on rejette celui qui s’attache au doigt par son épaisseur, ou qui en tombe aussi-tôt par sa trop grande fluidité.

Il veut que si on envoye l’enfant à la campagne chez une nourrice, on prenne garde au Pays où elle habite ; que pour cela, on évite les lieux marécageux, & quant à la maison qu’on en choisisse une qui soit bien éclairée du Soleil.

Pour ce qui est de la conduite de la nourrice, il veut qu’elle s’abstienne de toute passion d’amour, qu’elle évite le vin, le chagrin & le trop grand travail ; mais qu’elle fasse un exercice moderé, qu’elle se promene dans quelque jardin, avant le repas ; qu’elle travaille dans le ménage ; qu’elle fasse elle-même son lit ; qu’elle paitrisse le pain à force de bras ; qu’elle carde du chanvre & du lin. Que quand elle voudra donner à tetter à son enfant, elle ne lui présente pas les premieres goutes qui sortiront de ses mammelles, & qu’elle prenne garde qu’il ne se gorge de lait.

Il veut que dès les premiers jours, on accorde à l’enfant nouveau né très-peu de lait, & à diverses reprises ; que toutes les fois que par ses cris il demande à tetter, on lui en donne, & cela jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge de huit mois, auquel temps les dents commencent à pousser ; il veut qu’alors on lui donne tantôt de la nourriture un peu plus solide, & tantôt du lait, c’est-à-dire quelquefois du boüillon, quelquefois de la boüillie, quelquefois du lait ; il veut que souvent on émiette du pain, & qu’on le fasse cuire dans du boüillon ou dans du lait, pour le donner à l’enfant. Il veut qu’on lui fasse prendre quelquefois de l’huile d’amandes douces, ou un peu de beurre, & qu’on ne confonde pas les cris que fait l’enfant par la violence des tranchées, avec ceux que la faim qu’il ressent lui fait pousser ; car si on lui donne de la nourriture lorsque ce sont les tranchées qui le sont crier, on lui charge l’estomac, & on lui cause des vomissemens.

Il veut qu’on ait soin d’endormir les enfans en les berçant, & en leur chantant des chansons.

Il conseille de les baigner lorsqu’après un long sommeil ils viennent à s’éveiller.

Il veut qu’on les porte souvent à l’air lorsque le temps est beau.

Il s’agit à présent de sçavoir en quel temps il est à propos de les sévrer ; il est d’avis qu’on le fasse lorsqu’ils ont deux ans. Il remarque qu’il y a des nourrices qui, pour desacoûtumer l’enfant de tetter, mettent du fiel à leurs mammelles, il ne paroît pas approuver cette conduite ; il suffit, selon lui, de substituer à la place du lait, quelque autre breuvage agréable. Il condamne fort ici le vin, parce que c’est une boisson trop étouffante, en quelque petite quantité qu’elle soit donnée à un enfant.

Il veut que lorsque l’enfant commence à parler, on commence dès-lors à lui cultiver l’esprit ; qu’on presse celui qui est trop lent ; qu’on retienne celui qui est trop vif ; qu’on égaye celui qui est triste, &c.

Il termine ce second Livre en déplorant les malheurs de la guerre, qui l’empêchent d’être assez à soi pour écrire tout ce qu’il souhaiteroit.

Le troisiéme & dernier Livre de la Pédotrophie, concerne les maladies ausquelles sont sujets les enfans peu après leur naissance, & les rémédes qui conviennent à ces maladies ; M. de Sainte-Marthe, en qualité de Poëte, invoque la-dessus Apollon & le prie de lui donner les lumières nécessaire, pour traiter comme il faut une matiere si importante.

Les maladies dont il parle, & pour lesquelles il prescrit des rémédes, sont au nombre de dix-huit.

La première, est l’inflammation du nombril.

La seocnde, le filet de la langue.

La troisiéme, la grenoüille :

La quatriéme, l’inflammation du gosier :

La cinquiéme, les ulceres de la bouche :

La sixiéme, les dents :

La septiéme, la constipation du ventre :

La huitiéme, la diarrhée :

La neuviéme, la colique,

La dixiéme, les vers :

La onziéme, les vomissemens.

La douziéme, la toux :

La treiziéme, les rêves fâcheux.

La quatorziéme, l’insomnie :

La quinziéme, la chute du fondement :

La seiziéme, la galle de la tête :

La dix-septiéme, la petite verole :

La dix-huitiéme, le mal caduc.

Nous allons avec nôtre Auteur, détailler toutes ces maladies, & les rémédes ausquels il veut qu’on ait recours pour les guérir.


Inflammation du Nombril.

Le nombril que l’on coupe aux enfans dès qu’ils sont nés, leur cause quelquefois de grandes douleurs, soit que la playe qu’on vient d’y faire, excite par elle-même ces douleurs ; soit qu’après avoir lié le cordon pour le couper, on l’ait serré trop fortement, & que ce nœud trop étroit y ait fait survenir l’inflammation ; soit enfin que les cris & les pleurs de l’enfant, ou une violente toux, soient la cause de cette douleur par l’agitation qui s’excite alors dans toute la région du ventre, en sorte que le nombril contracte de l’inflammation, & se gonfle alors par un amas d’humeurs qui s’y jettent.

Les Médecins, à ce que remarque M. de Saine-Marthe, ordonnent pour rémédier à ce mal, de piler du nard, puis de le mêler avec de la térébenthine, & après l’avoir battu dans de bonne huile de noix, d’en froter doucement la playe, & ensuite de brûler des morceaux de drap & des graines de lupins, d’en délayer la cendre dans de gros vin rouge, & d’appliquer sur la partie douloureuse des étoupes imbibées de ce vin.


Filet de la Langue.

Le filet de la langue fait quelquefois recourber cette partie de maniere que l’enfant ne peut tetter. M. de Sainte-Marthe veut qu’alors on coupe promptement ce filet, soit que le Chirurgien fasse l’opération avec des ciseaux, ou la nourrice avec son ongle, prenant garde l’un & l’autre d’offenser les veines de cette partie.

M. de Sainte-Marthe laisse ici la liberté de se servir de l’ongle ; mais il faut s’en donner de garde, parce qu’on peut attirer par-là quelque fluxion.


La Ranule ou Grenoüille.

La grenoüille est une petite tumeur ardente, qui vient sous la langue. Cette tumeur est quelquefois si grosse qu’elle empêche l’enfant de respirer. Nôtre Auteur prétend qu’elle procede d’un lait plein d’une bile piquante qui cause la fiêvre à l’enfant. Quoiqu’il en soit, il veut qu’on fasse prendre ici au nouveau né, du jus de citron ou de grenade, bouilli avec du sucre dans une grande quantité d’eau ; qu’outre cela on frotte avec de l’huile violat tiede, le col, les joües & les tempes de l’enfant ; qu’on lui en glisse même quelques goûtes dans les oreilles ; enfin qu’on fasse cuire dans du lait de la farine d’orge, qu’on en prépare des cataplasmes, qu’on en enveloppe le menton de l’enfant.


Inflammation du Gosier.

Cette inflammation à ce que se persuade l’Auteur, vient aussi d’un lait bilieux & mal conditionné ; le réméde qu’il y conseille, est de corriger la mauvaise qualité de ce lait, & pour cela il veut que la nourrice ait soin de se médicamenter, mais il ne dit point avec quoi. Il donne le même avis pour le mal qu’il nomme la Ranule ou la Grenoüille, duquel nous venons de parler : Il conseille aussi pour l’inflammation du gosier, les autres rémédes qu’il a conseillés pour la Ranule, & qui sont rapportés dans l’article précédent.


Ulceres de la Bouche.

Les ulceres dont il s’agit, à ce que remarque M. de Sainte-Marthe, gagnent quelquefois tout le palais, & rongent le gosier même par leur acreté, si l’on n’est pas diligent à couper la racine du mal. Ils proviennent souvent, dit-il, de ce que le lait de la nourrice est rempli d’une sérosité mordante qui ronge les gencives du nourrisson, ou de ce que ce lait venant à se corrompre dans l’estomac du nourrisson, il s’en éleve une vapeur dont la fumée brûle sa bouche.

Pour réméde à ce mal, il veut 1o. que la nourrice corrige son lait en observant une diette modérée ; 2o. que l’on mette sur ces ulceres du miel rosat, ou de la myrrhe, ou de la noix de galle pilée.


Des Dents.

M. de Sainte-Marthe observe que tous les maux dont de parler, arrivent aux enfans, principalement lorsque les dents commencent à leur pousser ; mais il prétend que c’est parce que les dents cherchent à s’ouvrir un passage par le moyen d’une humeur acre, qui leur sert, dit-il, comme de tarriere, ce qui cause de cruelles douleurs.

Pour appaiser ces douleurs, il est d’avis qu’on frotte les gencives de l’enfant avec de la cervelle de lievre[1] ou avec du miel, & que si la douleur s’opiniâtre, on moüille la tête de l’enfant avec de l’eau commune & de l’eau rose, l’une & l’autre tiedes, & qu’ensuite on couvre la tête avec un bonnet de laine.


Constipation de ventre.

Il avertit que tous les soins ci-dessus seront inutiles, si l’enfant n’a pas le ventre libre, & pour le lui rendre tel, il conseille de faire prendre du miel à l’enfant, soit par la bouche, soit en maniere de suppositoire ; ou au défaut de miel, de lui introduire dans le fondement une tige de chou, ou un morceau de betterave ou de racine de mauve.


Diarrhée.

Si au contraire le ventre de l’enfant est trop libre, ce qui est fort ordinaire lorsque les dents commencent à pousser, il ordonne pour le resserrer, de faire prendre en boisson de la graine de pavot blanc, du myrthe & du souchet broyés ensemble, puis mêlés dans du lait.


Colique.

Pour appaiser la colique des enfans, nôtre Auteur conseille de leur frotter le ventre ou avec de l’huile de camomille, ou avec de l’huile d’olive bien vieille, les unes & les autres bien chaudes.


Les Vers.

Ce mal se fait connoître par plusieurs signes ; M. Scévole, à l’exemple de tous les Médecins, met au rang de ces signes, la mauvaise haleine, de petits assoupissemens, les clignotemens, les sommeils interrompus, les réveils en sursaut, la toux séche, la démangeaison fréquente du nez.

Il conseille contre cette maladie les deux remèdes vulgaires, qui sont la poudre à vers, nommée Barbotine ou semen contra, mêlée dans une pomme cuite ou dans de la boüillie, & l’emplatre de fiel de bœuf & de cumin, appliqué sur le ventre.


Vomissemens.

Comme les enfans ne vomissent d’ordinaire, qu’à cause qu’ils se remplissent trop de lait, nôtre Auteur n’ordonne ici pour réméde à ces vomissemens, que de modérer la quantité de lait qu’on donne à l’enfant.


Rêves fâcheux, Insomnies, Toux.

M. de Sainte-Marthe regarde ces accidens comme provenans de la même cause que les vomissemens, c’est-à-dire d’un lait non digéré. Car, dit-il, lorsque les enfans ont pris plus de lait que leur estomac n’en peut digérer, il se tourne en crudités, d’où s’élevent, continuë-t-il, des vapeurs épaisses qui représentent à leur imagination plusieurs vaines images : & comme le cerveau, ajoûte-t-il, est froid de sa nature, ces sortes de vapeurs y étant arrivées, s’y condensent de la même maniere que font les nuées dans l’air, & tombant de même qu’elles en pluyes, irritent par leur humidité âcre, le gosier de l’enfant, & causent la toux qui tourmente ensuite sa poitrine ; c’est pourquoi, poursuit-il, empêchez qu’il ne se remplisse trop de lait, vous ôterez la cause du mal.

Je ne dis rien du raisonnement que fait ici M. de Sainte-Marthe, je me contente de le rapporter historiquement.


Chute du Fondement.

On ordonne ici en général, pour rémédier à la chute dont il s’agit, de fomenter le siége avec des choses astringentes, & de le repousser doucement dans sa place avec la main ; c’est tout ce qu’on nous dit là-dessus, après avoir remarqué toutefois, que la cause de cette chute est le relâchement du muscle, qui est attaché à la partie dont il est question, en sorte que ce muscle ayant perdu son ressort, ne peut plus la rélever.


Galle de la Tête.

Cette Galle couvre d’une grosse croute, non seulement la tête de l’enfant, mais tout son visage. Quel réméde y apporter ? Nôtre Auteur n’en ordonne point, & il en allègue deux raisons, la premiere, c’est qu’elle cesse d’elle-même sans qu’on y fasse rien ; & la seconde, qu’elle purge de bien des impuretés le cerveau de l’enfant.


La petite Vérole, la Rougeole.

M. de Sainte-Marthe prétend que ces deux maladies sont deux espéces à part, quoique les Grecs, dit-il, les ayent comprises sous un même nom, qui est celui d’exantheme : Il tâche d’expliquer la cause qui les produit ; & pour cela, il dit que les veines de l’enfant sont remplies d’un sang impur, qui a été infecté par celui de la mere ; en sorte que la nature chasse ces impuretés après la naissance. Il se sert ici de la comparaison du vin nouveau, qui bout jusqu’à ce qu’il se soit purifié.

Comme dans ces maladies, il regne une grande ardeur, il veut que l’on fasse boire à l’enfant, de l’eau froide, pour appaiser ce grand feu. Il ordonne aussi une ptisanne de miel, pour la nourrice & pour l’enfant.

Si le mal s’obstine, & que l’ardeur ne cesse pas, voici le conseil qu’il donne, & qui n’est pas un mauvais parti à prendre, c’est de se tenir en repos, & de ne rien faire du tout.

Il crie fort ici contre la coûtume non seulement de bien des femmes, mais de bien des Médecins, qui pour faire sortir le venin de la petite vérole, employent des rémédes si violens, que ces rémédes à force de pousser le venin, excitent dans le gosier un grand nombre d’ulceres qui bouchent le passage de la respiration. Il dit que cette malheureuse méthode de traiter la petite vérole, est cause de la mort de deux de ses enfans, l’un âgé de quatre ans, l’autre de trois, & il ajoute que si deux enfans qui lui restent, viennent à être attaqués de cette maladie, il prendra le parti de les faire saigner pour détourner l’humeur de dessus le gosier. Nous n’oublierons pas une remarque que fait ici le Traducteur de l’Ouvrage, sçavoir que Scévole a été le premier qui ait conseillé la saignée dans le commencement de la petite vérole, & que depuis, elle a été mise heureusement en usage. Une autre remarque que nous ne devons pas omettre, c’est qu’étant dit dans l’avertissement de la Traduction, comme il est dit aussi dans le Journal du Président Cousin, ainsi que nous l’avons rapporté au commencement, que Scévole arracha d’entre les bras de la mort un de ses fils qui étoit abandonné des Médecins, & que c’est cette guérison qui lui donna lieu de composer son Livre ; il y a lieu de s’étonner qu’il ne parle point ici de cette cure ; d’autant plus qu’il avoüe ingénument n’avoir pû guérir de la petite vérole deux de ses enfans. C’étoit-là le lieu de parler de ce cher fils arraché à la mort ; cependant il n’en est pas fait mention.

Au reste, de peur que la nature ne puisse se décharger par elle-même, de ce qui peut rester de corrompu dans le sang, M. Scévole veut que pour la soulager, on ait recours à une herbe qu’on appelle, dit-il, Herbe d’Ormes, laquelle, à ce qu’il prétend, a la vertu de procurer par son admirable jus, la sueur du corps, & d’entraîner par ce moyen ce qu’il y a d’impur dans le sang.

Les pustules de la petite vérole attaquent quelquefois les yeux, les narines, la gorge, les poumons, & les intestins de l’enfant ; nôtre Auteur, veut qu’en ces occasions, on humecte les yeux avec de l’eau rose, ou que la nourrice y fasse jaillir de son lait, il conseille encore de les frotter avec du saffran, le jus de grenade est aussi très-bon ici, à ce qu’il dit. Les grains de ce fruit ne lui paroissent pas moins salutaires pour préserver le gosier, si on en fait mâcher à l’enfant. Quant aux narines, il remarque que l’odeur d’un fort vinaigre y est très-bonne ; & au regard des poumons, il approuve qu’on se serve d’un électuaire composé de gomme Adragant & de lentilles, & pour ce qui est des intestins, il prescrit la décoction de lentilles.

Quand le corps de l’enfant est tout couvert de pustules, il ordonne de prendre des violettes, de la camomille, des mauves & du souphre, de mêler le tout dans de l’eau tiede, & d’en laver le corps de l’enfant, par ce moyen, dit-il, les pustules viendront à maturité, rendront peu à peu le pus qu’elles contiennent. Mais si à cause de la dureté de la peau, elles ne peuvent s’ouvrir, il veut qu’alors on les pique avec une aiguille pour faire sortir ce pus ; ce qui est la pratique de quelques Médecins, & qui, pour le remarquer en passant, est une mauvaise pratique, comme nous en avertirons dans le quatriéme livre de nôtre Orthopédie, pag. 156. & 157.

Lorsque les pustules sont desséchées, il est d’avis qu’on mette dessus des roses & du myrthe, & qu’ensuite on les oigne avec de l’huile de céruse. Moyennant ces soins, les pustules, dit-il, tomberont, les draps du lit se trouveront pleins de croûtes.


Marques de petites Véroles.

Pour garantir des marques de la petite vérole la peau du visage, il conseille de prendre de l’eau de lis, & de fleurs de féves distillée, ou de l’eau de roseaux, & de racines de saule, aussi distillée, & d’en mettre sur le visage de l’enfant ; il conseille encore pour le même usage, l’eau tirée de la corne des pieds de chévre ou de celle de brebis, comme aussi le sang tout chaud de lievre ou de bœuf. On peut, dit-il, choisir celui de ces rémédes que l’on voudra.


Mal caduc.

Le mal caduc est la derniere maladie dont parle nôtre Auteur ; il commence par faire la description de ce mal & de ses symptomes ; après quoi il vient à la cause.

Il propose là dessus deux doutes ; 1o. Cette étrange maladie ne vient-elle point, dit-il, de ce qu’une pituite gluante remplissant trop le cerveau, & empêchant les esprits animaux de se distribuer, ces derniers font tous leurs efforts pour s’échapper des endroits où ils sont emprisonnés ; en sorte que les nerfs, dès leur origine, souffrent de violentes secousses pour se décharger de ce qui leur est nuisible. 2o. La même maladie ne vient-elle point aussi, de ce que la vapeur d’un venin froid, après s’être répandue dans toutes les parties du corps, arrive enfin insensiblement jusqu’au cerveau, qui tâche alors de s’en défendre ; mais de maniere que plus il est d’une substance déliée, & plus facilement cette vapeur le pénetre. Nous ne disons rien de ces deux raisons qui paroissent peu intelligibles.

Après ces réflexions, on remarque plusieurs grands personnages ont été attaqués du mal caduc ; sur quoi on cite César, Mahomet, Hercule. On rapporte au sujet de ce dernier, ce que dit la Fable, sçavoir qu’une fille de Péon descenduë d’Apollon, la plus considerable des Nymphes, ayant par hazard ses mains pleines d’herbes médicinales qu’elle venoit de cueillir, apperçut ce Héros du haut d’une montagne, lequel frappé d’Epilepsie, étoit étendu par terre sans pouvoir se relever ; Qu’elle accourut aussi-tôt à son secours, lui nétoya la bouche, lui desserra les dents, & avec de l’huile d’amandes qu’elle avoit sur elle, lui frotta le col, les mains, la région du cœur ; Qu’enfin elle lui mit sous les narines, des feüilles de rue ; Que par l’effet de ces rémédes, il revint à lui, & qu’ayant alors reconnu la Nymphe, il lui adressa ces paroles : « O Excellente Fille ! Quel est le Dieu qui vous a envoyé pour me délivrer d’un mal si cruel ? S’il est vrai que Jupiter soit mon père, & qu’il me doive un jour recevoir dans le Ciel, j’aurai pour vous, lorsque j’y serai, toute la reconnoissance que je vous dois ; cependant afin que cet horrible mal ne me reprenne pas, dites-moi, je vous conjure, ce qu’il faut que je pratique pour m’en préserver à l’avenir : Que je serois heureux s’il étoit en mon pouvoir de passer mes jours avec vous dans l’état du mariage ! mais les Destins s’y opposent, il faut que j’entreprenne de nouveaux travaux. » A ces mots il se tut, & la Nymphe lui ayant répondu qu’elle s’estimoit infiniment heureuse d’avoir pû conserver la vie d’un homme si rare, lui enseigna les remedes suivans, que Scévole détaille ainsi.

Premierement, fait-il dire à la Nymphe, comme cette maladie procede d’une grande humidité, les choses qui ont de la chaleur, y conviennent pour dessécher le corps, & enlever par ce moyen la cause du mal. Ainsi grand Hercule, évitez ce qui est humide & froid ; mais de sorte néanmoins que vous ne beuviez point trop de vin ; car si vous en faites excès, ce ne sera point impunément. Un avis important que j’ai de plus à vous donner, c’est de ne regarder jamais aucun courant de riviere, ni rien qui aille en tournant, de ne vous endormir nulle part couché sur la terre, de n’habiter aucun lieu sujet aux broüillards, de fuir toutes les odeurs desagréables, de vous tenir gay, & d’affecter une grande propreté.

La Nymphe ajoûte à Hercule, qu’il faut qu’il mêle du gui de chêne & de la canelle dans du vin blanc, & qu’il boive de ce vin ; ou bien qu’il réduise en poudre du crâne humain avec de la corne de cerf, & qu’il en prenne de deux en deux jours, les matins & avant les repas. Elle lui promet moyennant ces rémédes, une santé parfaite en quelque lieu du monde qu’il habite ; puis elle se retire en le priant de se souvenir d’elle. Hercule ne l’oublia pas ; car plusieurs années après, ayant été reçu au nombre des Dieux, en la voyant sur l’âge, il songea d’empêcher qu’elle ne devînt la pâture des vers. Pour cela, il la métamorphosa en une herbe qui fut depuis appellée Pivoine, & à laquelle il donna la propriété de guérir par son suc le Mal Caduc, autrement dit l’Epilepsie. Il voulut encore, pour une plus grande marque de sa reconnoissance, que quiconque porteroit pendue au col, de la racine de cette herbe, ne fût jamais attaqué de la maladie dont il s’agit ; ce qu’Apollon ratifia.

Je n’ai pas fait difficulté, dit ici M. Scévole, de rapporter cette fiction, pour me conformer à la coûtume des Poëtes, qui aiment égayer ainsi leurs sujets par des fables.

C’est par là que nôtre Auteur termine sa Pédotrophie : Il avertit qu’il l’a composée dans un endroit de Poitou, situé entre des côteaux couverts de rochers inaccessibles, dont l’agréable horreur donnoit à son esprit une fureur divine, où le Clain cause doucement, en serpentant au travers des Prairies, & dans le temps qu’Henry III. tenoit ses Sceptres des Royaumes de France & de Pologne, & rétablissoit le repos si desiré des Peuples.

Nôtre même Auteur souhaite ici au Prince une heureuse lignée & un fils capable de perpétuer son glorieux sang. Il souhaite en second, d’être choisi pour l’éducation d’un tel fils, en cas que le Ciel veuille bien l’accorder à Henry. Il souhaite enfin que la nourrice qui alaitera ce Royal nourrisson, pratique les préceptes contenus dans cette Pédotrophie, & qu’elle en mette si bien les vers dans sa mémoire, qu’elle les récite en le berçant.

Telle est la Pédotrophie du fameux Scévole de Sainte-Marthe. Cet excellent Poëme, car on peut dire que c’est un Ouvrage parfait pour la Poësie, a été traduit en françois, comme nous l’avons remarqué, mais la Callipédie dont nous allons rendre compte, ne l’a jamais été.


III.


Ce que c’est que la Callipédie de Claude Quillet.


C’est un Poëme latin, devenu très-rare, dont l’Auteur est l’Abbé Quillet, grand Philosophe, sçavant Médecin & non moins excellent Poëte que M. de Sainte-Marthe. Cet Ouvrage d’abord pseudonyme sous ce titre, Calvidii Læti Callipædia, seu de pulchræ prolis habendæ ratione, c’est-à-dire des moyens d’avoir de beaux enfans, a été ensuite publié sous celui de Claudii Quilleti Callipædia, & dédié en cet état au Cardinal Jule Mazarini. J’ai été long-temps sans sçavoir la cause de ces variations du Poëte, & j’ai enfin apris d’une personne bien instruite de la fortune de ce Livre, que M. Quillet l’avoit d’abord fait imprimer en Pays étranger sous son nom tourné en cette espèce d’anagramme, Calvidii Læti, au lieu de Claudii Quilleti, & cela parce que dans un endroit de cette belle Poësie, où il marque les précautions qu’il faut prendre pour unir les époux, afin qu’ils ayent une belle posterité, & où il invective fortement contre les mariages même des Puissances, lorsqu’ils ne sont pas faits selon les régles qu’il donne, il s’abandonnoit imprudemment à une digression contre le prétendu penchant qu’il attribuoit à la France, de se livrer à des Etrangers & pour les Alliances & pour le Gouvernement, témoin, disoit-il, (par rapport à ce dernier article) le pouvoir souverain dont joüit un Etranger, Trinacriis devectus ab oris advena. Voilà justement la description du Cardinal Mazarin né à Rome, mais Sicilien d’origine. Les Emissaires du Ministre peu de temps après que l’Ouvrage fut publié, lui découvrirent le véritable nom de l’Auteur.

M. l’Abbé Quillet qui se croyoit sûr de son secret sous le masque, prit volontiers, à la priere d’un ami, le parti de se présenter devant le Cardinal dans le temps que cette Eminence distribuoit des pensions aux Sçavans.

Le Poëte n’eut pas été plûtôt introduit, que le Cardinal affectant un air doux, lui dit d’un ton plaintivement flatteur ; Quel sujet vous ai-je donné, M. l’Abbé Quillet pour me traiter, comme vous l’avez fait dans vôtre admirable Callipedie ? Malgré vôtre procedé, j’ai toûjours senti du côté du cœur, quelque chose qui me portait à vous demander votre amitié, & à vous donner des marques de la mienne. Ces paroles prononcées, le Cardinal, sans laisser au Poëte le loisir de répondre, appella Ondedei Evêque de Fréjus son Confident : Ondedei, lui dit-il, n’y a-t-il point quelque petite Abbaye vacante qui puisse accommoder ce grand Poëte ? L’Evêque qui avoit concerté cette scene avec le Cardinal, répondit : Oui, Monseigneur, il y en a une jolie de quatre cens pistoles, revenu bien venant. Je vous la donne, M. Quillet, dit le Cardinal. Adieu, apprenez à ménager davantage vos amis.

Le Poëte confus d’une telle générosité & d’un si surprenant bienfait, sortit avec la résolution de chanter haut les loüanges de l’Eminence : il réforma pour cela son Ouvrage, & le lui dédia après cette réforme.

La Callipedie fut donc imprimée à Paris, & l’a été ensuite plusieurs fois, généralement goutée des Connoisseurs pour ce qui regarde la Poësie.

M. Quillet a suivi pour modéle, la Pédotrophie dont nous venons de parler, qui est une Poësie aussi parfaite que les Géorgiques. Il célébre d’abord dans son Epître dédicatoire, les loüanges du Cardinal ; puis il vient à la Callipédie qu’il divise en quatre Livres.

Dans le premier, il commence par invoquer en Poëte, le secours des Graces & de la Mere des Graces ; après quoi il expose les différens goûts des Amans sur la beauté de leurs Maîtresses, les uns préférant les brunes, les autres celles qui sont un peu louches, les autres les maigres, les autres celles qui ont de l’embonpoint, &c. Il passe de-là aux différens goûts des nations sur le même sujet ; puis aux conditions requises dans ceux qui se destinent au mariage, & qui veulent avoir une belle postérité, il leur donne là-dessus quatre regles principales. La premiere, qu’il n’y ait point entre les deux Amans de différence considérable pour l’âge ; la seconde, qu’ils ne soient point trop jeunes ; la troisiéme, qu’ils n’ayent ni l’un ni l’autre aucun défaut considérable de corps ; la quatriéme, qu’ils préférent dans leurs alliances le mérite à la richesse.

Il prend de-là occasion de déclamer contre ces avares, qui dans leurs mariages ne consultent que l’argent, & à ce sujet il donne aux Têtes couronnées divers conseils importans, & leur represente avec une noble liberté les inconveniens qui ont coûtume d’accompagner ces mariages interessés. Il exhorte le jeune Roy son Maître, à éviter ces inconvéniens, & à choisir pour son mariage une Princesse aimable, préférablement à toute autre. Voilà pour ce qui regarde le premier Livre.

Dans le second, M. Quillet donne divers préceptes aux gens mariés sur ce qu’il est à propos qu’ils observent au moment qu’ils veulent devenir peres & meres. Il marque les précautions qu’il s’imagine qu’ils doivent prendre alors par rapport aux astres ; car il donne beaucoup dans l’Astrologie, ce qui n’est pas le meilleur endroit de son Ouvrage ; il marque tout de même ce qu’il croit qu’il leur convient de pratiquer par rapport à certaines parties de leurs corps, pour avoir des garçons plûtôt que des filles.

Voici en général les régles qu’il prescrit aux époux.

Premiere Régle : Ne rien tenter, lorsqu’il y a peu de temps que l’on a soupé, parce que la digestion n’est pas encore faite ; mais plûtôt différer au lendemain matin. Si l’on n’observe pas cette régle, dit-il, il ne faut attendre que des enfans mal faits.

Seconde Régle : Considérer l’aspect des astres, & sur-tout celui des douze signes du Zodiaque ; car nôtre Auteur s’imagine que ces douze signes qui sont le Bellier, le Taureau, les Jumeaux, l’Ecrevisse, le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau & les Poissons, influent puissamment sur la formation des enfans dans le temps de la conception.

L’aspect du Belier, dit-il, produit des enfans qui ont le col extrêmement long, les jambes mal tournées, la tête enfoncée, les yeux panchés, la peau rude & hérissée, la taille grossiere, sur-tout si Saturne ou Mars se mettent de la partie.

L’aspect du Taureau rend les narines longues & larges, le col gros, la vûë de travers, le front desagréable, les cheveux roux, la voix rauque, la taille épaisse.

L’aspect des Jumeaux est favorable en tout ; il rend les yeux doux, le visage riant, la peau blanche, l’esprit fin & propre aux Sciences, la parole agréable.

L’aspect de l’Ecrevisse produit des effets tout contraires à ceux-là. Sous cet aspect les membres sont contrefaits, les yeux petits, les dents noires & mal rangées, tout le corps entassé, petit & mal tourne.

L’aspect du Lion rend les cheveux roux, les yeux féroces, les membres démesurément longs. M. Quillet avertit ici qu’il a eu le malheur de naître sous cet aspect, & qu’il a bien de la peine[2] à se défendre des malignes influences d’une telle constellation. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il étoit peut-être l’homme le plus laid de son temps.

Quant à la constellation de la Vierge, les enfans conçus sous cet aspect sont parfaits en tout, selon nôtre Auteur, & n’ont rien que d’aimable, soit pour le visage soit pour la taille.

La constellation de la Balance n’est pas moins bienfaisante selon lui.

Pour ce qui est du Scorpion, il prétend que c’est une maligne constellation ; elle rend, dit-il, les yeux petits, les cheveux roux, les pieds & les cuisses d’une longueur difforme.

Sous le Sagittaire, continuë nôtre Auteur, les conceptions sont toûjours heureuses, pourvu qu’il ne tire du fond de l’eau que sa tête, ou ses épaules, ou son arc, & qu’il ne montre pas sa queuë de cheval.

A l’égard du Capricorne, il ne produit, selon M. Quillet, que de mauvais effets ; parce que c’est la demeure de Saturne.

Quant au Verseau, il ne lui attribuë que de bonnes influences, & cette constellation, selon lui, rend toûjours les enfans bien faits.

Il ne s’agit plus que de la derniere constellation du Zodiaque, qui sont les Poissons ; nôtre Auteur prétend que les enfans conçus sous cette constellation, ont la tête petite, les jambes foibles & minces, le corps contrefait.

De ces imaginations touchant les signes du Zodiaque, nôtre Auteur passe à la considération des saisons.

Il soûtient que le Printemps est le plus propre à la génération ; que l’Eté y convient moins, & que l’Automne & l’Hyver y sont peu favorables.

M. Quiller toûjours entêté d’Astrologie, revient ici aux constellations ; il veut que les époux, avant que d’entreprendre de se donner des enfans, examinent soigneusement sous quel aspect est Saturne, Jupiter, Mars, &c. & qu’ils observent là-dessus jusqu’aux heures.

Troisiéme Régle. Il recommande aux maris de laisser tranquilles leurs femmes, lorsqu’elles éprouvent certaines évacuations particulieres à leur sexe ; sinon il ne leur promet, & avec raison, que des enfans difformes. Il dit à cette occasion, mais sans beaucoup de fondement, & s’appuyant en cela sur une opinion ancienne, que si quelque portion de cette humeur qui s’évacuë, vient à tomber sur une plante, la plante séche dès le moment, comme si elle avoit été frappée d’un coup de foudre ; il ajoûte que si un chien en goûte, il devient aussi-tôt enragé, ce qui n’est pas plus véritable.

Quatrième Régle. De boire, mais avec modération de bon vin de Bourgogne ou de Champagne si l’on veut avoir des mâles. Conseil que nôtre Auteur donne ici aux maris & aux femmes.

Cinquième Régle. Il faut que la femme qui veut devenir mere d’un fils, ait soin dans le temps de la conception, de se tenir couchée sur le côté droit.

Sixième Régle. Que le mari qui tout de même veut éviter d’avoir une fille, ait soin d’empêcher que des deux parties que les Anatomistes nomment en latin du nom de Testes, il n’y ait que celle qui est placée à droite qui puisse agir, & pour cela de lier avec un cordon un peu serré, celle qui est à gauche[3].

Nôtre Auteur regarde ces deux dernières Régles comme sûres ; mais il s’en faut de beaucoup qu’elles le soient. Il se fonde en cela sur une erreur des anciens Anatomistes, laquelle consiste à croire 1o. que les garçons se forment au côté droit de la matrice, & les filles au côté gauche ; 2o. Que tout de même des deux parties qui dans l’homme sont nommées en latin Testes, c’est celle du côté droit qui sert à former les garçons, & celle du côté gauche qui sert à former les filles.

La maniere dont se doivent conduire les femmes grosses, & les nouvelles accouchées, fait le sujet du troisiéme Livre. L’Auteur commence d’abord par exposer les signes de la grossesse, après quoi il réprésente aux femmes enceintes l’obligation où elles sont de se ménager. Il leur donne là-dessus cinq régles importantes. La première, d’observer une grande continence ; faute de quoi elles courent risque de détruire le fruit qu’elles portent. La seconde, de fuir la mélancolie & toute sorte de chagrin ; La troisiéme, de ne regarder que des objets agréables. Il essaye d’expliquer ici comment l’imagination d’une femme enceinte peut imprimer sur son enfant certaines marques, sans que ces marques s’impriment sur la mere. Pour le donner à entendre, il se sert de la comparaison de l’arbre, qui étant d’une substance plus dure que les fruits qu’il porte, est à l’épreuve des grêles & des vents, tandis que les fruits n’y résistent pas. Il conclut de-là que la femme enceinte doit éviter avec grand soin, de rien regarder qui puisse déranger l’ordre que la nature a coûtume de suivre dans la formation du fœtus. Quel est cet ordre ? Le voici, selon lui : La nature, dit-il, fabrique premierement les visceres & toute la charpente du corps ; elle vient ensuite aux membres, & y envoye du sang, puis elle travaille à la chair & aux nerfs, ensuite au visage, sçavoir au front, aux yeux, à la bouche, &c. après quoi elle étend la peau sur le corps. Cet ordre au reste, est une pure imagination.

La quatrième Régle qu’il donne aux femmes enceintes, est de fuir les danses & tous les grands mouvemens, comme le recommande M. de Sainte-Marthe, principalement dans les commencemens de la grossesse & sur la fin. La cinquiéme, de n’être point dans un trop grand repos ; parce que le repos excessif accumule les humeurs, & étouffe par cet amas la chaleur naturelle. La sixiéme, dans les beaux jours, de se promener doucement en carrosse, le long du Cours vers les bords de la Seine ; & en hyver, quand il y a quelque beau rayon de Soleil, de faire quelques visites. La septiéme, lorsque le neuviéme mois approche, de pourvoir à ce qui est nécessaire pour l’accouchement ; de s’assurer sur-tout d’une habile Sage-femme. Voilà pour ce qui regarde les femmes enceintes ; les avis suivans concernant les nouvelles accouchées.

Le premier avis que M. Quillet leur donne, c’est de prendre garde, lorsque l’enfant est né, qu’on ne le force point trop par les bandes qu’on lui met, & cela de peur de lui donner quelque mauvaise figure. Ne voit-on pas souvent dit-il, qu’à force de presser par ces bandes, la poitrine & les côtes d’un enfant, on en fait un bossu.

Le second avis, est d’employer tous les soins possibles pour empêcher l’enfant d’être marqué de la petite vérole. M. Quillet recommande pour cela, de pratiquer tout ce que Scévole de Sainte-Marthe ordonne là-dessus dans sa Pédotrophie.

Il termine là son troisiéme Livre, en témoignant qu’il auroit dessein de donner quelque jour un Ouvrage sur l’union qu’il convient de faire de la beauté du corps avec celle de l’ame ; mais il dit qu’un Ouvrage de cette importance demande un autre siécle que celui où il écrit ; siécle, s’écrie-t-il, où la vertu est inconnue, où la pudeur est bannie, & où l’on ne trouve presque personne qui aime le bon & l’honnête[4]. Il attribue ce malheur à la guerre, & souhaite la paix, comme l’unique réméde à une telle dépravation.

Le quatriéme Livre commence par une vive description de la misere de l’homme pendant les premières années ; viennent ensuite diverses régles pour former l’esprit des enfans lorsqu’ils sont parvenus à un certain âge. Ces régles sont au nombre de cinq,

Premiere régle : Lorsque les enfans commencent à balbutier, leur inspirer d’abord la crainte du Souverain Etre, & quand le tonnerre gronde, profiter de cette occasion pour leur inspirer cette crainte.

Seconde régle. Les empêcher d’avoir de la haine contre personne, & les porter à honorer leurs Peres, leurs Mères, tous leurs Proches, tous les Magistrats & toutes les Puissances.

Troisiéme régle : Lorsque leur esprit est plus ouvert, les mettre à l’étude des belles lettres, leur faire apprendre les langues, & surtout la langue françoise.

Quatriéme régle : Les mettre en même temps à l’étude de l’Histoire ; mais se garder de leur faire lire des Romans ; lecture qui ne renferme rien d’utile, & qui ne sert qu’à faire perdre le temps aux jeunes gens : Ne les point priver cependant de la lecture des Poëtes ; celle-cy, lorsqu’on les choisit bien, renfermant d’excellentes leçons de vertu, & d’autant plus excellentes, qu’elles sont données d’une maniere agréable.

Cinquiéme régle : Quand les enfans commencent à entrer dans un âge plus mûr, leur donner quelque teinture de Philosophie, exciter leur curiosité 1o. sur la question, si c’est le Soleil ou la Terre qui tourne. 2o. Sur la matiere dont les élémens composent les différens êtres, comme les pierres, les métaux, les plantes, les poissons, les oiseaux, les quadrupedes ; mais principalement leur faire considérer ce que c’est que l’homme, ce chef-d’œuvre de la nature, leur faire comprendre comme c’est un petit monde, où se passent les mêmes choses que dans le grand. Nôtre Auteur descend ici dans un détail singulier : Il prétend que la tête réprésente le Ciel où réside le Tout-puissant, que les cinq sens réprésentent les Anges qui sont autour du Trône de Dieu ; Que comme les Anges exécutent tout ce que Dieu leur commande, les cinq sens font de même tout ce que la tête exige d’eux ; que le cœur est dans l’homme ce qu’est le Soleil dans l’Univers ; Que comme le Soleil brûle quelquefois la terre par sa chaleur, de même le cœur nous brûle quelquefois, lorsqu’il vient à être enflammé de colere, ou de quelque passion déréglée d’amour. M. Quillet n’en demeure pas là, il compare le ventre qui se décharge de ses superfluités, à la Mer qui fait des inondations, & les vapeurs qu’il dit s’élever du ventre à la tête, puis tomber sur tout le corps en manière de sueurs, aux vapeurs qui s’élevent de la terre, & qui tombent en pluyes.

De la considération du corps il passe à celle de l’esprit ; le point principal, à ce qu’il remarque, est que l’homme connoisse son ame, & qu’il sçache que cette ame est l’image de Dieu ; qu’elle est spirituelle & exempte de toute matière ; qu’encore qu’elle soit répandue dans tout le corps, & qu’elle le gouverne, elle n’est point confondue avec lui, & qu’elle est immortelle : Que c’est ainsi que Dieu qui gouverne le monde, & qui y est répandu, n’en contracte rien de matériel, & demeure éternel.

M. Quillet conclud de-là que l’homme, persuadé, comme il le doit être, qu’il est l’image de Dieu, doit soupirer uniquement pour une autre demeure que celle-ci ; mépriser tous les plaisirs, tous les honneurs, toutes les richesses qui se présentent à ses yeux, & ne songer qu’à l’acquisition de la vertu pour en mériter les récompenses.

Il ajoûte que ce n’est pas assez d’être vertueux pour soi-même, mais qu’il faut se rendre utile aux autres hommes ; que l’homme est né pour la societé, & qu’ainsi on doit examiner à quoi l’on est propre ; si l’on a du talent pour les Armes, pour les Sciences, pour les Arts ; & en cas qu’on choisisse le parti des Armes, bien prendre garde aux écueils où cette profession expose par rapport aux mœurs ; enfin qu’on doit mettre son principal soin à cultiver son esprit, & pour cela considérer attentivement les différens génies des Peuples, leurs coûtumes, leurs manieres de vivre, leurs vices & leurs vertus.

M. Quillet décrit ici les différentes mœurs des Nations ; il débute par l’Italie & par l’Espagne ; puis il vient à la France dont il blâme la légéreté, mais dont il louë la bravoure & plusieurs autres excellentes qualités. Il remarque qu’il n’y a point de peuple qui soit plus attaché à son Roy que le François, & point de Royaume où les Princes étrangers soient mieux reçus qu’en France lorsqu’ils sont malheureux, point de Royaume non plus, où le mérite étranger soit mieux reconnu lorsqu’il s’agit du choix de quelque Ministre ; sur quoi il cite le Cardinal Mazarin, auquel il donne les plus grands éloges. Il louë ensuite dans les François l’amour qu’ils ont pour les Sciences. Puis il vient aux Anglois, & déclame vivement contre cette Nation, par rapport au peu d’égard qu’elle a pour les Rois, au peu de respect qu’elle témoigne pour les Loix les plus inviolables, & à la liberté odieuse que chacun s’y donne de faire le Prophete. Il louë au reste les Anglois sur leur habileté dans la Navigation, en quoi il avouë qu’ils ont un mérite supérieur.

Il passe de-là aux Allemans, & dit que l’honneur & la gloire de l’Empire semblent particulièrement attachés à cette Nation ; Que la bonne foy regne chez elle, que les ruses & les tromperies y sont inconnuës ; mais ce qui diminue un peu de ces éloges, c’est qu’il ajoûte qu’il ne sçait si cette bonne foy & cette sincerité ne viennent point de ce que ces peuples tenant de la grossiereté de leur climat, ne sont pas assez subtils pour être capables de ruses, ou de ce que buvant beaucoup, comme ils font, l’excès du vin leur émousse l’esprit ; il avouë cependant, que tous ne boivent pas jusqu’à cet excès, il reconnoît qu’il y en a parmi eux, qui excellent admirablement dans les Arts, & que c’est à cette Nation qu’est duë la fabrique des canons & autres instrumens de guerre ; que c’est à elle que sont dûs les caracteres de l’imprimerie.

Il passe de-là aux Danois, aux Polonois, aux Suisses, & veut qu’un jeune homme parcoure tout de même ces Nations pour s’instruire ; mais qu’après avoir passé un certain âge à voyager, il prenne un parti stable, & profite de ce que ses voyages lui auront appris pour la conduite de sa vie.

Il recommande ici au jeune homme de faire succeder à ses voyages la lecture des Historiens, & de fréquenter des personnes éclairées, dont la conversation puisse lui être profitable. Il prend de-là occasion de déclamer contre ces pères négligens qui permettent à leurs enfans de voir toutes sortes de compagnies. Mais comme ce qu’il a remarqué jusqu’ici, ne regarde que les jeunes hommes, il introduit la Muse Calliope, qui lui dit que les jeunes filles ne méritent pas moins qu’on prenne soin de leur éducation, & qui lui réprésente que si leur sexe les exclud des emplois, elles n’en sont pas moins pourvûës d’esprit, & que c’est trop les ravaller que de les borner à la quenouille & au fuseau.

Voilà pour ce qui regarde les Ouvrages en question, sçavoir la Pédotrophie de Scévole de Sainte-Marthe, & la Callipédie de Claude Quillet, deux morceaux qui sont des chefs-d’œuvre de Poësie ; mais ce n’est pas de Poësie qu’il s’agit. Je viens à présent au dessein que je me suis proposé dans cette Orthopédie.


Plan de cette Orthopédie.

Il est non-seulement permis d’avoir soin de la bonne grace du corps, mais ce soin, pourvu qu’il soit renfermé dans certaines bornes que la raison prescrit, & que chacun connoît assez, doit être recommandé. Nous sommes nés les uns pour les autres ; il faut éviter d’avoir rien de choquant, & quand on seroit seul dans le monde, il ne conviendroit pas de négliger son corps au point de le laisser devenir difforme ; ce seroit aller contre l’intention même du Créateur. C’est sur ce principe qu’est fondée cette Orthopédie. Je suppose que les parens ne sont pas tous comme cette bizare mere, qui voyant de très-belles dents à une jeune fille qu’elle avoit, lui fit arracher les plus belles, de peur que la jeune personne n’en tirât vanité, & que ce ne fût un obstacle[5] à son salut. Ce procédé me rappelle celui d’une autre mère aussi insensée, qui ayant une fille extrêmement bien faite, l’exhortoit sans cesse à pancher la tête, à avancer le col, & à marcher les pieds en dedans, lui disant pour raison, qu’il falloir éviter de plaire au monde.

J’écris pour des parons plus raisonnables. Le Traité que je leur présente, & où je me propose d’enseigner divers moyens simples & faciles pour prévenir & pour corriger dans les enfans les difformités du corps, contient quatre Livres.

Le premier, est une introduction aux trois autres, & renferme une notion générale de l’extérieur du corps.

Le second a pour objet l’art de prévenir & de corriger en particulier les difformités de la taille par rapport au tronc du corps ; dans lequel je comprends aussi la tête, mais seulement eu égard à la maniere de la tenir ; car pour la forme de la tête, pour la chevelure & pour le visage, ce sont trois articlees qui n’ont rien de commun avec la taille, & dont je traite à part.

Le troisiéme Livre, concerne les difformités des bras, des mains, des jambes & des pieds.

Il s’agit de celles de la tête dans le quatriéme ; sçavoir premierement, des difformités de la tête proprement dite ; secondement, de celles des cheveux ; troisiémement, de celles du visage.

Je considére le visage d’abord en général, pour ce qui concerne la mine ; puis en détail pour ce qui concerne les différentes parties qui le composent, dont les unes se présentent d’elles-mêmes comme le Front, les Sourcils, les Paupieres, les yeux, le Nez, les Joues, les Oreilles, les Lévres, le Menton, la Peau ; & dont les autres sont moins apparentes, comme les Gencives, les Dents & la Langue.

Je parle de ce dernier organe par rapport au Mutisme, au Bégayement ou Bredoüillement, & autres vices sensibles de la Langue pour ce qui regarde la parole.

Je ne considere dans tous ces articles, que les défauts extérieurs, je veux dire ceux qu’on ne sçauroit cacher, & qu’il est en même tems au pouvoir des peres & des meres de prévenir & de corriger dans leurs enfans, par les moyens que j’enseigne ici. Quand je parle, par exemple, des vices qui concernent les yeux, ce n’est pas pour enseigner de quelle maniere on guérit une goute sereine, ou comment on abbat une cataracte ; ces choses demandent des traitemens où il faut toutes les lumieres de la Médecine & toute la dextérité de la Chirurgie, mais c’est pour montrer aux parens ce qu’ils peuvent pratiquer eux-mêmes à l’égard de leurs enfans, afin de leur conserver ou de leur rendre la vûë droite & le regard agréable, de les empêcher de loucher, de clignoter, &c.

Lorsque tout de même je parle de l’oreille, ce n’est point pour enseigner à guérir une surdité ; mais comment il faut se conduire pour procurer ou pour conserver à une oreille la perfection extérieure qu’elle doit avoir, comme d’être bien couchée, bien plaquée, &c.

J’envisage premierement les parties dans leur perfection naturelle, & j’enseigne à les maintenir dans cet état de perfection ; puis je les considére par rapport aux difformités ausquelles elles peuvent être sujettes, & j’enseigne à corriger ces difformités, depuis celles qui attaquent la taille & le visage, jusqu’à celles qui attaquent les ongles les cheveux.

Je débute d’abord, ainsi que je l’ai dit, & qu’on le va voir, par une notion générale de l’extérieur du corps. C’est une espece d’inventaire que je fais de toutes les parties dont je dois parler dans la suite, mais avant que d’y venir, voici quelques additions qu’il convient de faire.


V.

Nous avons dit à la page quatriéme du Livre premier, que la paupiere inférieure est immobile, il faut ajouter le mot de presque, & voir sur cela ce qui a été remarqué dans le Livre quatriéme en parlant des paupieres, pag. 91. & 92. où nous avons montré que la paupière inférieure est véritablement mobile.

A la page 7. du même Livre premier, où il est parlé du nez, il est dit que l’épine du nez est une partie toute osseuse ; qu’à cette épine est attaché un cartilage qui va jusqu’au bout du nez ; que ce cartilage s’appelle l’Acromion ou globe du nez, & vulgairement les narines. Il faut ajoûter, qu’aux deux côté de l’Acromion, sont deux autres cartilages qu’on nomme les aîles du nez, que ces aîles sont ce qu’on appelle les narines.

Même Livre premier encore, à la page 46. il est dit que les yeux doivent être grands, & bien fendus, il faut après cela ajoûter que le nez en général doit être un peu long & médiocrement ouvert.

A la page 81. il est dit en parlant des enfans qui panchent la tête ; que si ce panchement de tête ne vient pas tout-à-fait de négligence, & qu’il soit considérable, on peut y remédier par le moyen d’un bandage, &c. Mais comme il ne s’agit pas ici de toute sorte de panchement de tête, mais de celui qui se fait en devant, il faut specifier ce panchement, & ajouter que si ce panchement de tête en devant, ne vient pas tout-à-fait de la négligence des enfans, & qu’il soit considérable, on y peut remédier par le moyen d’un bandage, &c.

A la page 57. il est dit que la tête est posée sur l’épine comme sur un pivot, il faut ajoûter qu’elle est posée sur d’épine comme sur un pivot, par rapport à la première vertebre. La même exactitude demande qu’on fasse la même addition à la page 77.

Dans le Livre second, à la page 67. il est dit, en parlant de cette chaise particulière pour les enfans, qu’on n’y voit point de creux, comme aux chaises de paille ordinaires, & que la vis qui empêche le creux ne paroît pas, à moins qu’on ne renverse la chaise, il faut ajoûter, ou qu’on ne la souleve.

Page 104. Après plusieurs rémédes que j’ai proposés auparavant pour le Goëtre, j’ai dit qu’on peut employer aussi le réméde suivant, qui est de prendre quatre petits morceaux de drap de diverses couleurs, excepté le verd, un peu d’éponge & une douzaine de cloportes ; que les morceaux de drap doivent être chacun du poids d’une once, & l’éponge de deux ; qu’il faut calciner tout cela, & quand on l’aura bien réduit en cendres, le partager en quatre doses égales, pour être prises en quatre jours, une chaque matin à jeun dans un œuf frais, &c.

Au lieu de dire que les morceaux de drap doivent être chacun du poids d’une once & l’éponge de deux, il faut dire que les morceaux de drap doivent être chacun du poids d’un gros & l’éponge d’autant.

Dans le quatriéme Livre tome 2. page 168. en parlant d’une poudre de Talc, bonne pour le teint, laquelle doit être mise à la cave dans un vaisseau de verre ou de fayance, il est dit qu’il faut l’y laisser jusqu’à ce qu’elle se réduise d’elle-même en eau. Il faut ajoûter, ou que du moins elle paroisse bien baignée d’eau.

Même page. Il est dit qu’il se fait une autre poudre de Talc qui n’a pas moins de vertu pour l’embellissement du teint, qui est de prendre une douzaine de limaçons à coquille, de les mettre dans une terrine avec trois onces de poudre de Talc, & de les laisser dans cette terrine jusqu’à ce qu’ils ayent dévoré la poudre, ou la plus grande partie, puis de les distiller. Il faut ajoûter, que les limaçons n’étant pas toujours également affamés, il est à propos d’en changer jusqu’à ce qu’ils dévorent la poudre, ce qui ne va gueres à plus de trois jours, & que si passé ce temps-là, ils ne la dévorent pas, c’est une marque qu’ils ne sont pas bons, & qu’il en faut d’autres.

Même Livre quatriéme à la page 101. il faut ajouter qu’il y a quelquefois deux rangs de cils l’un sur l’autre, & ensuite lire ces mots, sçavoir que deux sourcils l’un sur l’autre sont difformes sans être incommodes, mais qu’il n’en est pas de même des deux rangs de cils donc il s’agit, qu’ils sont difformes, & très-incommodes tout ensemble[6], parce qu’ils picotent l’œil, ce qui y cause de la douleur, & les fait larmoyer ; cette douleur même & ce larmoyement peuvent faire beaucoup de tort à l’œil, c’est pourquoi on n’y sçauroit rémédier trop tôt. Mais comment y rémédier ? c’est de tirer avec des pincettes bien fines ces petits poils, de maniere qu’on ne laisse que le rang qu’il faut. Ils obéïssent aisément quand l’enfant est bien jeune, pourvu qu’on les tire adroitement, car il faut y aller d’une main extrêmement legere.

Quand on les a tirés, on prend demi-once de beurre bien frais, on y mêle une dragme de fiel de brochet, deux scrupules de tutie, & trois ou quatre grains de camphre, puis on en frotte les paupieres un grand nombre de fois, pour empêcher les cils de recroître. Sinon l’on recommence comme auparavant à tirer les cils avec des pincettes, ce qui ne va gueres qu’à deux ou trois fois.

Nous avons divisé cette Préface en cinq articles ; le premier, comme nous l’avons vû, est l’explication du titre d’Orthopédie ; le second & troisiéme, l’extrait de la Pédotrophie de Sainte-Marthe, & de la Callipedie de Claude Quillet ; le quatriéme, le plan que nous nous sommes proposé dans cette Orthopédie ; & le cinquiéme enfin, quelques additions qu’il est à propos de faire dans cette même Orthopédie pour une plus grande exactitude.

Nous aurions pû ajouter quantité d’autres articles, si nous n’avions songé qu’à grossir une Préface ; & il ne nous auroit pas été difficile d’y joindre force lieux communs sur ce que c’est que les disgraces du corps ausquelles l’homme a le malheur d’être sujet ; mais nous avons crû devoir nous contenter du nécessaire, sans nous répandre en raisonnemens vagues & inutiles, qu’une matière comme celle-ci ne comporte pas ; en un mot, nous avons crû que nous ne devions point faire une Préface uniquement pour faire une une Préface.


TABLE
DES ARTICLES
CONTENUS
DANS LE PREMIER TOME.


Livre premier.


Notion générale de l’extérieur du Corps.
La Tête, premiere partie du Tronc, considérée extérieurement.
Le Crane.
La Chevelure.
ibid
Le Visage.
Le Front.
ibid
Les Sourcils.
Les Yeux.
6
Le Nez.
Les Oreilles.
La Bouche.
Le Menton.
Les Dents.
ibid
La Poitrine, seconde partie du Tronc.
Le Col.
Les Clavicules.
14
Le Sternum.
Autres parties extérieures de la Poitrine.
Le bas Ventre, troisiéme partie du Tronc.
Les extrêmités du Corps, sçavoir les Bras & les Jambes.
Enveloppe générale du Corps, la Peau.
Proportions exterieures du Corps humain. Varietés qui se remarquent dans la forme de quelques-unes de ses parties, goûts de divers Peuples sur ce sujet.


Livre second.


Moyens de prévenir & de corriger dans les enfans, les difformités de la Taille, & premierement ce que c’est que la Taille.
De l’Epine.
ibid.
Soins qu’on doit prendre des Clavicules, & de la Poitrine des enfans.
Attention qu’il faut avoir pour ce qui regarde les Hanches & le Ventre des enfans.
Moyen d’empêcher le ventre des enfans de se trop porter en devant. Moyen de leur conserver le dos plat, comment, par rapport à ce dernier point, on doit asséoir les enfans : Sieges particuliers pour cela.
Autres moyens de ménager la Taille des enfans. Comment on doit se conduire par rapport à leur chaussure.
En quelle situation les jeunes filles doivent coudre, lire, travailler en tapisseries, &c.
ibid.
Sur quelles tables les enfans doivent écrire.
Comment on doit coucher les enfans, par rapport à leurs chevets.
ibid.
Hémorrhoïdes, tort qu’ils peuvent faire à la Taille.
Corps piqués. Importance de les renouveller souvent aux enfans.
Suite de ce qui a été dit, touchant les enfans qui avancent trop le ventre.
Moyen d’empêcher un enfant de trop avancer le derriere.
Moyens d’empêcher les enfans de porter mal la tête.
Col tourné ou roidi.
Moyen particulier pour redresser le col d’un enfant.
Difformités considerables du col, sçavoir les Ecroüelles & le Goëtre. Moyens de les prévenir & de les corriger.
Epaules rondes, col enfoncé dans les épaules ; épaule plus haute ou plus grosse que l’autre, épaule qui panche trop d’un côté.
Taille en dos de cuillere.
Bosse, enfoncement, tortuosité.
Taille difforme par la maladie qui rend les enfans noüés.
Taille difforme ou par luxation, ou par fracture, ou par obstruction.
Difformités de la Taille qui viennent 1o. de ce qu’on emmaillotte mal les enfans, 2o. de ce qu’on les situe mal dans le berceau, 3o. de ce qu’on les porte mal entre les bras.
Taille trop épaisse.
Taille trop maigre.
Taille toute d’une piece.


Livre troisiéme.


Difformités des Bras, des Mains, des Jambes & des Pieds. Bras trop courts ou trop longs. Jambes trop courtes ou trop longues.
Comment on peut redresser le bassin quand c’est du panchement de cette partie que procede la trop grande longueur apparente de la jambe.
Bras, Mains, Jambes, qui n’ont pas leur longueur naturelle.
Jambe plus courte par luxation.
Jambe ou Bras plus courts par desséchement.
Bras ou Jambe plus grêle que l’autre.
Bras ou Jambe d’une grosseur excedente.
Jambe retirée.
Pied, dont le talon ne touche pas aisément à terre.
Suite de l’Article des Bras & des Mains en particulier. Comment doivent être les Bras, les mains, les Doigts & les Ongles pour être bien faits.
Rudesse des mains, hérissement, gersure.
Main crochuë.
Gonflement des vaisseaux de la main.
Poireaux des mains.
Durillons des mains.
Tremblement des mains.
Dartres aux bras & aux mains.
Mains suantes.
Poulce de Tailleur.
Doigts déjettés.
Doigts surnumeraires.
Engelures aux mains.
Main en épaule de mouton.
Galle aux mains & aux bras.
Difformités des ongles.
Ongles déchaussés.
Ongles crochus.
Ongles surmontés.
Ongles trop épais.
Ongles tombés ou tombans. Ongles en dos d’âne.
Ongles raboteux.
Ongles tachetés.
Ongles partagés ou fendus.
Ongles livides.
Main droite gauchere.
Difformités des Jambes & des pieds. Suite de l’Article qui a été interrompu à la page 163.
Jambes courbes.
ibid.
Pieds contrefaits par une mauvaise tournure.
Autre mauvaise tournure des pieds.
Que la plûpart des enfans n’ont les pieds en dedans & d’autres difformités, que par la faute des nourrices qui les emmaillotent.
Pieds panchés plus d’un côté que de l’autre.
Jambe boëteuse par entorse.
ibid.
Jambes paralytiques par effort.
Pieds équins.
Défauts concernant le port des jambes & des pieds.
L’ORTHOPÉDIE
OU
L’ART
DE
PREVENIR ET DE CORRIGER
DANS LES ENFANS,
LES DIFFORMITÉS DU CORPS.



LIVRE PREMIER.

Notion générale de l’extérieur du Corps.



Le Corps humain se divise en Tronc & en Branches. Le Tronc a pour Souche l’épine du dos, & comprend trois cavités ; sçavoir, 1.o la Tête, que les Anatomistes appellent ventre supérieur, & qui est posée sur la colomne du col ; 2.o  la poitrine, que les mêmes Anatomistes appellent ventre moyen ; 3.o le ventre proprement dit, qu’ils nomment ventre inférieur.

Les Branches sont les Bras & les Jambes. Je ne détaillerai ces parties que par rapport à l’extérieur seulement. Elles se divisent chacune en plusieurs autres, dont les unes ont des noms connus de tout le monde, & quelques autres des noms moins connus. Je les nomme & les décris toutes par ordre, ce qui sert d’introduction à l’Ouvrage.


LA TESTE.

Première partie du Tronc, considerée extérieurement.

La Tête, pour commencer par la partie du Tronc, que nous avons nommée la premiere, comprend pour le dehors, le Crâne, la Chevelure & le Visage.

L’Orthopédie, page3.jpg


LE CRANE.

Le Crâne est la boëte osseuse qui enveloppe le Cerveau.


LA CHEVELURE.

Par la Chevelure, on entend, non les cheveux seulement, mais toute cette partie de la Tête où naissent les cheveux, c’est-à-dire le dessus, les côtés & le derrière de la tête. Le dessus de la Tête commence où finit le haut du front ; on l’appelle Synciput, & le derriere de la Tête se nomme l’Occiput. Aux côtés de la Tête, entre les yeux & les oreilles, sont deux parties nommées Tempes, qui font portion de l’Occiput. L’os des Tempes est la plus foible de tous ceux de la Tête, ce qui est cause que les playes dans cet endroit, sont mortelles. On prétend que ces parties sont appellées Tempes, du mot latin Tempora, qui signifie Temps, parce qu’elles indiquent l’âge de l’homme. Les cheveux des personnes âgées blanchissant premiérement dans ces endroits-là, ce qui cependant ne se vérifie pas dans tous les pays ; y ayant des peuples dont les cheveux, s’il en faut croire certains Historiens, sont blancs dans la jeunesse, & noirs dans la vieillesse[7].


LE VISAGE.

Le Visage est l’assemblage des parties qui composent le devant de la Tête, telles que le front, les sourcils, les paupieres, les yeux, le nez, les oreilles, les joües, les lévres & le menton ; à quoi j’ajoûte la peau, dont ces parties sont recouvertes.


LE FRONT.

On appelle Front, cette avance qui est au-dessus des sourcils, laquelle commence aux cheveux. C’est le sentiment commun des Anatomistes, qu’elle se nomme ainsi du mot grec Fren, qui signifie esprit, pensée. ou de Fronein, autre mot grec qui signifie raisonner, avoir de la raison, parce que c’est principalement sur le front, que l’on connoît quand l’homme pense ; mais il ne faut pas beaucoup compter sur ces étymologies.


LES SOURCILS.

A l’extrémité la plus basse du front, s’éleve, de chaque côté, un petit amas de poils rangés en forme d’arc, qu’on nomme les Sourcils, parce qu’ils sont au-dessus d’une partie de l’œil, qu’on nomme les cils, ensorte que Sourcil est la même chose que Surcil, ainsi que le fait voir le mot latin Supercilium.

La partie des Sourcils qui est du côte du nez, s’appelle la tête des Sourcils ; & l’autre, la queue des Sourcils. L’espace entre les deux Sourcils, est nommé l’Entrecil.


LES YEUX.

Les Yeux, à l’extérieur, sont composés de plusieurs parties : Les deux peaux que l’on voit dessus & dessous, se nomment les paupieres. La paupiere supérieure est mouvante, l’inférieure est immobile. Elles ont un petit bord garni de poils ; ce petit bord s’appelle Tarse, & les poils qui y sont attachés, se nomment les Cils.

Les Tarses ont chacun, du côte du nez, une petite ouverture par où sortent les larmes, ces ouvertures s’appellent points lacrymaux. Les paupieres s’unissent vers le nez, & au côté opposé. Cette union forme un angle de chaque côté ; l’angle du côté du nez s’appelle le grand angle de l’œil, & l’autre le petit angle.

Sous les paupières, en-dedans, est renfermé un corps rond & poli, qui est ce qu’on appelle l’Œil, ou le globe de l’Œil. Ce qui paroît de ce globe est blanc, avec un point au milieu. Cette partie blanche s’appelle le blanc de l’Œil, ce blanc est une tunique qu’on nomme la tunique conjointe, à cause qu’elle joint ensemble, toutes les parties de l’Œil. On découvre au point du milieu un cercle nommé l’Iris, à cause de ces couleurs : ce qui est au centre de ce cercle, est une ouverture dans les tuniques de l’œil, laquelle se nomme la Prunelle.


LE NEZ.

Le milieu du visage est une partie éminente qu’on nomme le Nez, laquelle est l’organe externe de l’odorat. Le nez se divise en plusieurs parties ; le dessus qui est entre les deux yeux, un peu plus haut, s’appelle la racine du Nez ; ce qui est d’abord après, s’appelle l’épine du Nez. C’est une partie toute osseuse. A cette épine est attaché un cartilage, qui va jusqu’au bout du nez. Ce cartilage s’appelle l’Acromion, ou globe du Nez, & vulgairement les Narines. Ces Narines sont séparées pour une petite cloison charnuë, appellée la colomne du Nez. Au-dessous de cette colomne, est creusée une espece de rigole, qui sépare la lévre supérieure en partie droite & en partie gauche ; cette rigole se nomme le philtre.


LES OREILLES.

L’Oreille extérieure se divise en partie supérieure, & en partie inférieure. La supérieure est beaucoup plus large que l’autre. Elle se nomme Pinna, autrement Aile, ou Aileron. L’inférieure s’appelle Fibra ou Lobe. Le Pinna a plusieurs parties : Le circuit extérieur qu’on y remarque, lequel touche les cheveux, s’appelle Helix, & le circuit qui est plus en déça du visage, se nomme Anthelix. Entre l’Helix & l’Anthélix on voit une cavité. Cette cavité se nomme la Nacelle. Le Pinna a un rebord ou petit cercle, qui s’appelle Cercle gibbeux. Ce Cercle gibbeux a une extrémité proche des Tempes, laquelle s’enfonce du devant au-dedans, & qui s’appelle extrémité gibbeuse.

Dans l’Helix, paroît un demi-cercle qu’on nomme la faucille. Après cette faucille est une concavité nommée la coquille. Sous la coquille est une autre cavité située au milieu de l’oreille, laquelle va jusqu’au tympan, on la nomme l’Alvéole, ou la Ruche.

Le Fibra, autrement le Lobe, se divise en partie supérieure, & en partie inférieure. La supérieure s’appelle le Prolobe ; l’inférieure, qui est molle & pendante, s’appelle l’Antilobe. C’est l’endroit où se mettent les pendans d’oreilles. Près de la jouë paroît à l’oreille, une petite éminence plate, & mi-ronde, que l’on nomme Hircus ; laquelle, quand on la presse contre l’ouverture de l’oreille, fait comme l’office de couvercle, & bouche exactement cette ouverture.


LA BOUCHE.

Entre les deux jouës, est une cavité nommée la Bouche, composée en dehors, de deux parties, qu’on appelle les Lévres ; l’une supérieure, l’autre inférieure. Elles sont l’entrée de la Bouche. La partie extérieure des Lévres s’appelle Prolabium, & le bord qui est de couleur rouge, se nomme Prostomia. Les deux extrémités de la Bouche qui font la réunion des deux lévres, se nomment les coins de la bouche ; la Bouche comprend deux parties, qu’on appelle les machoires ; l’une supérieure, l’autre inférieure toutes deux garnies de petits os, qu’on nomme les Dents. La machoire inferieure s’étend depuis les deux oreilles jusqu’au menton inclusivement.


LE MENTON.

Le Menton est la partie antérieure de la machoire inferieure. Il a au-dessous, une partie charnuë qui approche du col. Cette partie s’appelle Buccule, ou petite gorge.


LES DENTS.

A la mâchoire supérieure, & à l’inferieure, le long des gencives, est une rangée de petits os blancs & durs, médiocrement longs & larges, qui font non-seulement l’ornement de la bouche, mais qui servent à macher les alimens, & aident à la prononciation. On les nomme les Dents. Dans l’âge parfait, il y a ordinairement trente-deux Dents ; sçavoir, seize à chaque machoire. De ces trente-deux Dents, il y en a huit en devant ; sçavoir, quatre en haut & quatre en bas ; on les nomme incisives, ou trenchantes, à cause de leur fonction, qui est de trencher ou couper les alimens solides. On les appelle aussi Dents joyeuses, parce que ce sont celles qui paroissent le plus lorsque l’on rit.

Après les Dents incisives, il s’en trouve quatre fort aiguës, nommées canines, deux en haut, & deux en bas. On les nomme canines, parce qu’elles sont pointuës comme des Dents de chien ; celles d’en haut ont le nom d’œilleres, parce qu’elles sont situées au-dessous des yeux.

Ces Dents canines sont suivies de vingt autres Dents ; dix en haut, & autant en bas ; cinq à chaque côté, lesquelles sont appellées molaires, parce qu’elles font comme l’office de meules, à l’égard des alimens durs. Ce nombre fait, en tout, trente-deux Dents. Les quatre dernieres Dents molaires ; sçavoir, les deux d’en haut, une à chaque côté, & les deux d’en bas, une aussi à chaque côté, se nomment vulgairement Dents de sagesse ; parce qu’elles ne viennent gueres que dans la maturité de l’âge.

Après avoir parlé des parties extérieures de la Tête, l’ordre nous conduit à parler de celles de la Poitrine.


LA POITRINE.

Seconde partie du Tronc.

La partie qui est après la Tête, & qui fait comme la forme d’un coffre, tant en devant, qu’à côté & en arriere, S’appelle la Poitrine. La colomne sur laquelle la Tête est posée, & qui est le commencement de cette Poitrine, s’appelle, le Col.


LE COL.

Le Col est regardé comme une portion de la Poitrine, parce qu’à proprement parler, il en est le commencement, & que les principales parties qu’il renferme, dépendent de la poitrine. Il est appellé Col, parce qu’il est comme une colline sur laquelle la tête est élevée. La partie la plus basse du Col en devant, s’appelle la gorge, ou le gosier. La partie supérieure, aussi en devant, comprend une éminence qu’on appelle la pomme, & avec le vulgaire le morceau d’Adam. Cette éminence fait portion d’un tuyau nommé Larynx, qui sert d’instrument à la voix, lequel s’avançant par devant, forme cette éminence ou grosseur qui paroît plus aux hommes qu’aux femmes, parce que les femmes ont en cet endroit, de grosses glandes, qui leur rendent le Col plus arrondi, & la gorge plus pleine. Quand on mange ou qu’on boit, il arrive que cette grosseur monte & puis descend. La cause de ce mouvement est que lorsque nous avalons quelque chose, la descente de l’aliment oblige la Larynx, par une méchanique nécessaire, à s’élever alors, ce qui facilite la chûte de cet aliment dans l’estomach.

Le derriere du Col, autrement la partie postérieure, s’appelle le cervix ; le haut du cervix est appellé l’ophia, mot purement grec. Le milieu du cervix se nomme la nuque, ou la fosse ; & le bas, épomis, autrement le chignon du Col ; on l’appelle épomis, parce qu’il est au-dessus d’une partie qu’on nomme l’épaule, laquelle se dit en grec omos, épi étant une préposition grecque qui signifie dessus, ensorte qu’épomis signifie qui est au-dessus de l’épaule.

Les côtés supérieurs du Col, sous les oreilles, s’appellent les parotides. Ces parotides sont des glandes qui boivent les humidités du cerveau. Le côté moyen sous les parotides, s’appelle Terthræ, & le côté inférieur, Paralophia.

A la base du Col en devant, paroissent deux parties, l’une à droite, l’autre à gauche, qui font deux demi-cercles joints ensemble, des parties s’appellent les Clavicules.


DES CLAVICULES.

Ce sont deux petits os qui ferment la voûte de la poitrine par en haut ; on les appelle Clavicules, du mot latin Clavis, clef, parce qu’elles sont comme la clef de cette voûte.

Aux Clavicules commence le coffre ou la voûte de la poitrine. Ce coffre ou cette voûte se termine derriere les fausses côtes inclusivement. La partie antérieure de la poitrine, est appellée proprement la poitrine. Le haut de cette partie antérieure, s’appelle les Clavicules, dont nous venons de parler. Le milieu au-dessous, se nomme le Sternum.


DU STERNUM.

Le Sternum est un os plat, couché au milieu des côtes par-devant, c’est où aboutissent les côtes. Le mot de Sternum signifie en grec fermeté d’entendement ; & vient, à ce qu’on prétend, de ce que quelques Auteurs Grecs ont crû que l’entendement résidoit dans le cœur, qui est placé sous le Sternum. D’autres l’ont appellé Sternum, c’est-à-dire, solide & ferme, parce qu’il fait comme l’office de plancher. D’autres enfin le dérivent du latin sternere, qui signifie étendre, coucher, parce que cette partie est couchée au milieu des côtes. Elle est aussi appellée brechet, du mot bréche, qui est le nom d’un marbre fort dur, parce qu’elle est posée comme l’est un marbre sur une tombe, & que quand on fait l’ouverture d’un cadavre, elle se lève de même qu’un marbre de dessus un tombeau.

Au bas du Sternum est une partie cartilagineuse, faite en forme de pointe d’épée ; on l’appelle cartilage xiphoïde, du mot grec xiphos, qui signifie épée.


DES AUTRES PARTIES
EXTERIEURES DE LA POITRINE.

La partie antérieure de la Poitrine, se nomme du nom propre de Poitrine, comme nous l’avons remarqué. Les parties latérales sont appellées péristerna, c’est-à-dire autour du Sternum, Peri étant une préposition grecque qui signifie à l’entour. La ligne osseuse qui est au milieu du dos, & qui le sépare en partie droite & en partie gauche, s’appelle l’Epine du Dos, ou autrement, les Vertebres.

Les deux parties supérieures du Dos, à côté des vertebres, s’appellent les polerons, ou omoplates, & vulgairement les Epaules.

Au milieu de la Poitrine, à droite & à gauche, en devant, s’élèvent deux éminences charnuës, nommées les mammelles, lesquelles sont plus grosses aux femmes qu’aux hommes. Celles des femmes sont composées de corps glanduleux, entretissus d’une infinité de vaisseaux, qui servent à la production du lait. Celles des hommes sont seulement de peau, de chair, & de graisse, & ne peuvent faire du lait ; quoiqu’il en sorte quelquefois une humeur qui y ressemble. Il y a néanmoins des Historiens qui rapportent que des hommes ont allaité des enfans, comme auroient fait des nourrices. En général les mammelles des hommes, pour être bien faites, doivent être petites, & un peu plates. Celles des femmes doivent être rondes, élevées, & avoir la figure de deux demi-globes, séparés l’un de l’autre par un espace médiocre.

Les mammelles ont à leur milieu, un petit cercle rougeâtre, nommé Rayon, ou Aréole. Il est pâle aux jeunes filles, obscur aux femmes grosses & aux nourrices, & noir aux vieilles femmes. Ce cercle a pour centre, une petite avance de chair qu’on nomme le mammelon, laquelle est d’une substance fongueuse & poreuse ; elle paroît quelquefois toute flétrie ; mais elle se reléve dès qu’on la frotte un peu, ou que l’enfant la succe. Elle est rouge & petite aux filles, livide & grosse aux nourrices, & plombée aux femmes surannées.

Dans les femmes, les mammelles bien faites, sont rondes, & ont, comme nous avons dit, la forme d’un demi-globe. Mais les bonnes mammelles pour l’allaitement des enfans, sont un peu pendantes.

La grandeur des mammelles est différente, selon les pays ; les Indiennes & les Siamoises, comme l’on sçait, les ont si longues, qu’elles les jettent par-dessus les épaules, & allaitent leurs enfans derriere le dos. Aux Maldives, comme l’on sçait encore, elles ne sont pas moins longues ; mais les femmes les cachent comme une chose honteuse à montrer, & n’osent en prononcer le nom. Il y a des pays où les filles mêmes les applatissent le plus qu’elles peuvent.

Les mammelles sont différentes, selon les âges ; les jeunes filles n’en ont point du tout, il ne leur en paroît que le mammelon ; mais elles leur croissent insensiblement, & à l’âge de quatorze ans elles sont formées ; elles grossissent jusqu’à dix-huit ans ou environ, & ont de la fermeté jusqu’à trente ; mais à quarante-cinq & cinquante ans, elles sont tout-à-fait flétries, & dans la vieillesse il n’y reste plus que des peaux.


LE BAS-VENTRE.

Troisiéme partie du Tronc.

Tout cet espace qui s’étend depuis le cartilage xiphoïde jusqu’aux cuisses, se nomme le Bas-Ventre. La partie antérieure du Bas-Ventre, s’appelle l’abdomen ; & la postérieure, le derriere. La partie supérieure de l’abdomen s’appelle l’epigastre, mot tiré de deux termes grecs, sçavoir de épi, qui signifie dessus, & de gaster, qui signifie ventre, parce que cette partie est au-dessus des autres régions du ventre ; gaster se dit même quelquefois en françois (dans le style burlesque) pour le ventre ou l’estomach, & c’est ainsi que l’a employé la Fontaine dans Fable suivante, au sujet des membres révoltés contre l’estomach.


                Je devois par la Royauté,
                Avoir commencé mon ouvrage :
                A la voir d’un certain côté,
                Sire, Gaster en est l’image.
S’il a quelque besoin, tout le corps s’en ressent,
De travailler pour lui, les membres se lassant,
Chacun d’eux résolut de vivre en Gentil’homme,
Sans rien faire, alléguant l’exemple de Gaster.
Il faudroit, disoient-ils, sans nous, qu’il vécût d’air ;
Notre soin n’aboutit qu’à fournir ses repas.
Chommons : c’est un métier qu’il veut nous faire apprendre.
Ainsi dit, ainsi fait, les mains cessent de prendre,
        Les bras d’agir, les jambes de marcher.
Tous dirent à Gaster, qu’il en allât chercher.
Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent.
Bien-tôt les pauvres gens tomberent en langueur,
Il ne se forma plus de nouveau sang au cœur,
Chaque membre en souffrit, les forces se perdirent.
                Par ce moyen les mutins virent
Que Gaster qu’ils croyoient oisif & paresseux,
A l’interêt commun contribuoit plus qu’eux.
Ceci peut s’appliquer à la grandeur Royale,
Elle reçoit & donne, & la chose est égale, &c.

Rabelais dit que Gaster est l’inventeur des Arts, voulant faire entendre que la faim désignée par ce mot qui signifie ventre, a fait inventer aux hommes tous les Arts nécessaires à la vie.

L’Epigastre a deux côtés, qui se nomment Hypochondres, mot grec encore, & qui est composé de Upo, qui signifie dessous, & de chondros, qui signifie Cartilage, parce que ces parties sont placées au dessous des cartilages qui sont aux fausses côtes.

La partie moyenne de l’Epigastre retient le nom propre d’Epigastre.

Le milieu de l’Abdomen s’appelle la partie Umbilicale, ou l’Umbilic, du mot latin Umbilicus. Son centre s’appelle le Nombril.

Les côtés de la partie umbilicale, se nomment les Lombes.

La partie inférieure de l’Abdomen, s’appelle Hypogastre, mot composé du terme grec Upo, dessus, & de Gaster, autre mot grec, comme nous l’avons vû ci-devant ; parce que cette partie est sous les deux autres régions du ventre.

Les côtés de l’Hypogastre s’appellent les Isles, nom qui leur a été donné, parce qu’ils se terminent au bas d’un os, nommé Ilium.

Le bas de l’Hypogastre est appellé Pecten, ou Pubis. Il est situé entre les Isles, un peu au-dessous.

Aux deux côtés de la partie inférieure du pubis, sous les Isles, se fait la jonction des cuisses avec le ventre ; l’endroit de cette jonction, s’appelle l’aine.

La partie postérieure du bas-ventre s’appelle le derriere, comme nous avons dit. Le haut du derriere se nomme la poupe. Immédiatement sous la poupe, est un os qu’on nomme le croupion. Les côtés sont les lombes, & le bas, les fesses.

Les fesses sont deux parties charnuës, sur lesquelles on s’assied. On les appelle fesses du mot latin fissum, ou fissile, qui signifie separé, à cause de la separation qui divise ces deux parties ; ce qui est si vrai, qu’autrefois dans l’ancien Blazon l’on appelloit fesse ce qu’on appelle à présent fasce, parce que la fasce sépare l’Ecusson en deux parts.

La séparation des fesses s’appelle Raye. Au bout de cette raye, est une ouverture par laquelle sortent les superfluités du bas-ventre ; cette ouverture s’appelle l’anus, ou le siége. L’espace contenu entre le siége & les parties secrettes, s’appelle le Perinée.


LES BRAS ET LES JAMBES
CONSIDEREZ EXTERIEUREMENT.


Après avoir parlé du tronc du Corps, il est tems de passer aux branches. Ces branches sont les bras & les jambes.

La partie qui s’étend depuis l’épaule jusqu’au poignet, s’appelle en général, du nom de Bras. Le Bras est composé de deux parties, l’une supérieure, qui va depuis l’épaule jusqu’à la premiere jointure ; l’autre inférieure, qui va depuis cette premiere jointure jusqu’à la seconde, c’est-à-dire jusqu’au poignet. La première portion se nomme proprement le bras ; & la seconde l’avant-bras ; mais vulgairement cet avant-bras s’appelle du nom commun de bras.

La première jointure qui est l’article où l’on plie le bras s’appelle le coude ; la seconde jointure se nomme le poignet, ou le carpe. La partie qui est après le carpe ou poignet, & où l’on remarque à l’extrémité, cinq divisons s’appelle la main. Ces divisons s’appellent les doigts. L’espace de la main contenu depuis le poignet jusqu’aux doigts, se nomme le métacarpe. Meta est une préposition grecque qui signifie après, en sorte que métacarpe signifie, qui est après le carpe.

Le métacarpe est convexe par-dessus, & creux par-dessous ; le côté convexe ou bossu, s’appelle le revers, ou le dessus de la main ; & le côté creux ou concave, s’appelle le plat, ou la paume de la main. Ensuite viennent les doigts, qui ont différens noms : Le premier se nomme le poulce ; le second, l’indice ; le troisiéme, le moyen, le quatriéme, l’annulaire ; & le dernier, l’auriculaire. Le pouce, en latin pollex, s’appelle ainsi, du mot latin pollere, qui veut dire avoir de la force, parce que ce doigt est le plus fort de tous. L’indice, en latin index, est ainsi nommé, parce qu’on s’en sert pour indiquer aux yeux ce qu’on veut faire remarquer. Le moyen est appellé de ce nom à cause de sa situation. Quant à l’annuaire, ce qui l’a fait ainsi nommer, est l’usage où l’on a été de tout tems, d’orner ce doigt d’un anneau. Usage provenu d’une ancienne erreur des Anatomistes Egyptiens, qui s’imaginoient qu’il y avoit à la main gauche, un petit nerf, qui, de ce doigt, alloit aboutir au cœur ; ensorte qu’il croit à propos, selon eux, de distinguer ce doigt par un anneau, en signe de la connexion qu’ils prétendoient qu’il avoit avec le principe de la vie, qui est le cœur[8]. Cette erreur n’est pas même si vieillie, qu’elle ne trouve encore créance chez quelques personnes, qui s’imaginent que le doigt dont il s’agit, a une telle relation avec le cœur, qu’il suffit d’y porter des anneaux d’une certaine matiere, pour se garantir de convulsions, & autres maladies que l’on croit, bien ou mal, avoir leur siége dans le cœur.

Quoique ce soit à la main gauche, qu’on ait attribué la prérogative d’avoir par un de ses doigts, un raport si intime avec le cœur, on n’a pas laissé, par accompagnement, d’orner quelquefois d’un anneau, le même doigt de la main droite.

Le cinquiéme doigt est appelle le petit doigt, parce qu’il est le plus grêle, on le nomme aussi auriculaire, parce qu’on a coutume de le mettre dans l’oreille, lorsque l’oreille fait de la démangeaison.

Le nombre des doigts est borné à cinq, tant aux mains qu’aux pieds ; & quand il y en a moins ou plus, le cas est extraordinaire.

L’Ecriture fait mention d’un homme extrêmement grand, qui avoit six doigts aux pieds & aux mains[9].

Pline le Naturaliste, parle d’une famille où étoient deux sœurs qui avoient six doigts aux mains, & qui, pour cette raison, furent appellées Sédigites[10], c’est-à-dire ayant six doigts. Il fait encore mention d’un fameux Poëte, qui avoit tout de même, six doigts aux mains, & qui pour la même raison, fut aussi appellé Sédigite[11]. Anne de Boulen, si fameuse dans l’Histoire d’Henry VIII.[12] lequel pour l’épouser, répudia Catherine d’Arragon, avoit six doigts à la main droite.

On remarque dans la paulme de la main, à la racine des doigts, de petites bossettes ou éminences, qui font la charnure de la main. Ces petites éminences s’appellent monts. Les Chiromanciens rapportent aux Planettes tous ces petits monts : ils appellent mont de Mars, celui qui est sous le poulce ; mont de Jupiter, celui qui est sous le doigt indice, mont de Saturne, celui qui est sous le doigt moyen ; mont du Soleil, celui qui est sous le doigt annulaire ; mont de Venus, celui qui est sous le petit doigt ; mont de Mercure, celui qui est dans la distance comprime entre le poulce & l’indice, laquelle s’appelle Thénar ou Souris ; & mont de la Lune, celui qui lui est opposé, lequel s’appelle Hypothénar.

La paulme de la main est marquée de plusieurs petits sillons, qu’on appelle lignes. L’observation de ces lignes sert de fondement à la fausse & ridicule science des Chriromanciens, qui est la Chiromancie.

On compte ordinairement quatorze lignes à la paulme de la main, dont trois sont regardées par les Chiromanciens, comme les principales. La premiere qui est au-dessous du poulce, se nomme chez eux, la ligne de vie, ou du cœur ; la seconde qui traverse la paulme de la main, & qui va jusqu’au dessous du petit doigt, se nomme la ligne hépatique ou du foye ; la troisiéme qui lui est parallele, allant dans le même sens, & qui prend depuis le doigt indice jusqu’à l’autre bout de la main, s’appelle la ligne mensale, la ligne thorale, ou de Venus, noms bizarres qu’on a inventés par rapport aux choses qu’on s’est faussement imaginé pouvoir prédire par ces lignes ; je dis, faussement imaginé : car la Chiromance est une science vaine & absurde, qui n’a aucun fondement dans la nature. Taisnerus est celui qui a le plus amplement écrit de la Chiromance. Il y en a un Traité dans Robert Flud Anglois ; Artemidor a aussi écrit de la Chiromance & des Augures. La lecture de ces sortes d’ouvrages, bien loin de disposer l’esprit en faveur de cette folle science, sert beaucoup au contraire, à en faire connoître la vanité.

Les bouts des doigts sont revêtus par-dessus, d’une corne voûtée, un peu longue & large, qui sert à les défendre contre les efforts qu’ils font. Cette corne se nomme ongle. A la base des ongles est une petite tache blanche nommée onyx, du nom d’une pierre précieuse, de couleur Blanchâtre & noire, que les Poëtes ont feint avoir été formée par les Parques, de la rognure des ongles de Venus, que Cupidon lui coupa avec le fer d’une de ses fléches.

Passons aux extrémités inférieures qui sont les jambes.

La jambe comprend deux parties, l’une qu’on appelle la cuisse, & l’autre du propre nom de jambe. La partie charnue longue & mi-ronde, qui s’étend depuis l’aine, jusqu’à la jointure du genoüil, est ce qu’on [appelle la cuisse.

La jointure dont il s’agit, a deux parties, sçavoir l’antérieure & la postérieure. L’antérieure est appellée le génoüil, & la postérieure le jarret ou la jarretiere.

La partie qui commence à la jarretiere & qui finit à la jointure d’en bas, est ce qu’on nomme proprement la jambe. Cette jambe a une portion grasse, la maigre, qui en fait le devant, s’appelle la grêve ; la grasse, qui en fait le derriere, s’appelle le sura, ou le gras de la jambe. La jointure d’en bas, où nous avons dit que la jambe finissoit, s’appelle le Tarse ou le cou du pied.

La partie comprise depuis le cou du pied jusqu’à l’endroit où l’on remarque cinq divisions comme à la main, se nomme le métatarse, à cause qu’il est après le Tarse, ce mot étant composé de la préposition grecque meta, qui signifie après. Le dessus du métatarse s’appelle le dessus du pied, & le dessous la plante du pied. A côté du tarse ou du cou de pied, sont deux éminences, l’une en dedans, l’autre en dehors, qu’on appelle les chevilles du pied ou les malleoles.

Les cinq divisions qui sont après le métatarse, s’appellent les orteuils ou doigts du pied. On les a nommés orteuils, ou arteuils, du latin ortilli, ou artilli, qui, en basse latinité, signifie articles.

Le derrière du pied s’appelle le talon, du mot latin Talus.

Voilà pour ce qui regarde en particulier les parties extérieures du Corps ; venons à leur enveloppe genérale, qui est la peau.


LA PEAU.

Les parties extérieures du Corps, sont recouvertes d’une enveloppe commune, que l’on nomme la Peau. Cette Peau a deux parties ; la premiere très-mince, nommée Epiderme, ou Surpeau ; la seconde plus épaisse, qui est sous celle-là, & qu’on nomme proprement du nom de Peau.

L’Epiderme, ainsi appellé du mot grec Ipiderma, qui signifie Surpeau, est une pellicule dénuée de sentiment, compacte déliée, & un peu transparente ; elle couvre toute la vraye Peau, à laquelle elle est très-adherente. C’est de cet Epiderme que se forment les vessies ou cloches que causent la brûlure.

La couleur de l’Epiderme est ce qui fait le teint ; plusieurs peuples l’ont blanc, d’autres basané, d’autres olivatre, & d’autres noir.

Cette couleur change aussi selon les tempéramens. Ceux qui sont sanguins ont l’Epiderme vermeil, mêlé de blanc & de rouge. Les Bilieux l’ont sec & tirant sur le jaune ; les Pituiteux l’ont molasse & blanc ; les Mélancholiques l’ont rude, brun & plompé. Ce n’est pas que ces couleurs soient véritablement de l’Epiderme, mais c’est que cette pellicule étant mince & transparente, laisse voir la couleur de la peau, comme un verre laisse voir les choses qui sont dessous.

La peau est toute semée de petits poils presque imperceptibles, & est percée d’une infinité de pores par lesquels sortent les sueurs, & se fait l’insensible transpiration. Le hale épaissit l’Epiderme, le rend moins transparent, & lui donne une couleur rousse, qui s’en va par le moyen d’un peu d’eau & de verjus, ou d’un peu d’eau & de vinaigre, pourvu qu’on n’ait pas été un tems considérable au grand air ; car ceux qui passent leur vie au Soleil, comme les gens de la campagne, contractent une couleur bazanée, que rien ne peut corriger.

L’Epiderme est parsemé de lignes parallèles, qui entrecoupées par d’autres, laissent plusieurs espaces de figure rhomboïde, comme on le peut voir par le moyen de ces miroirs caves, qui grossissent les objets. Dans les intersections de ces lignes, paroît un pore avec un poil qui y est planté ; lorsque ces pores se trouvent resserrés par le froid extérieur, ou par quelque frisson, ils s’élèvent sur la peau, & la rendent comme celle de poules.

L’usage de l’Epiderme, est de couvrir la peau, de la rendre unie, d’empêcher la trop grande dissipation des humeurs par les extrêmités des vaisseaux qui s’y terminent, & principalement d’émousser le sentiment trop vif du toucher, qui ne pourroit être sans douleur, si l’impression des objets se faisoit immédiatement sur les fibres, & sur les nerfs qui aboutissent à la peau. Quand l’Epiderme devient épais & calleux, le sentiment du tact en est moins vif, & la transpiration moins libre.

Après l’Epiderme vient la peau appelée Derme par les Anatomistes, du mot grec Derma, qui signifie peau.

La peau est fort épaisse au dos, aux reins, & aux extrêmités. Elle est plus fine au visage, & très-mince aux lévres.

La peau est un rets composé de fibres, de veines, d’arteres & de nerfs, dont nous nous abstenons de marquer ici l’usage pour éviter la longueur. Les pores qui la traversent, sont beaucoup plus lâches & plus ouverts en été qu’en hyver ; ce qui fait que les fourures des animaux qui ont été écorchés en hyver, sont beaucoup meilleures que les autres ; parce que les poils y étant plus étroitement enracinés, y tiennent par conséquent beaucoup mieux.

Ce ne seroit pas donner une notion suffisante de l’extérieur du Corps, si nous n’ajoutions ici en même tems 1o. ce qui concerne les proportions extérieures de ce même Corps, 2o. les variétés qui se remarquent dans la forme de quelques unes de ses parties, 3o. les goûts de différens peuples sur ce sujet.


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PROPORTIONS

Extérieures du Corps humain, variétés qui se remarquent dans la forme de quelques unes de ses parties : goûts de divers peuples sur ce sujet.


Il se trouve une si grande justesse dans les proportions du Corps humain, que c’est sur cela qu’est fondue toute la science des Méchaniques. De-là sont venuës les mesures de poulce, de palme, de coudée, de pas, &c.

La tête, avec le col, fait la sixiéme partie du Corps, la mesure de la face est de la longueur de la paulme de la main. La hauteur du front fait la grandeur du nez. La grandeur du nez fait celle de l’oreille.

Le Corps, quand il n’est ni trop gras ni trop maigre, a de hauteur cinq fois sa largeur.

La distance qu’il y a du moyen doigt d’une main jusqu’au même doigt de l’autre main, les bras étendus en croix, est la hauteur du Corps.

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Dix fois la longueur de la main fait encore la hauteur du Corps.

Le centre de la figure humaine, se trouve juste à sa jointure antérieure des os qu’on nomme les Os pubis. De ce point, le Corps se divise en deux parties égales, dont chacune comprend un cercle parfait. Le centre du cercle supérieur se trouve à l’endroit qui répond à la base du cœur, & le centre du cercle inférieur se trouve vis-à-vis la jointure du genoüil.

La même symmetrie se rencontre aussi dans les bras étendus : car si l’on met la pointe du compas sur le plis d’un des bras, & que l’on porte l’autre pointe à l’extrémité du grand doigt de la main, on décrit un cercle, dont le diaméttre va jusqu’au milieu de la poitrine entre les deux clavicules ; ensorte que les bras étendus, comprennent deux cercles parfaits, qui viennent se toucher entre les deux clavicules.

Il est bon de remarquer que la symmetrie des os de la main de l’enfant, est dans la même proportion relative que lorsqu’il est parvenu à un âge parfait : de sorte qu’à mesure qu’il croît, cette même partie porte toujours la dixiéme partie de la hauteur de son corps, ce qui n’arrive pas dans les autres os du corps ; car excepté ceux du pied, ils varient tous suivant les divers accroissemens.

L’Orthopédie, page38.jpg

Dans l’homme fait, la partie supérieure du corps est plus courte que l’inférieure. Le contraire se remarque dans les enfans. Ils ont la partie supérieure plus longue ; d’où il faut conclure que le Cupidon qui se voit à Rome dans la cour du jardin de Belvedere, & qui est représenté avec un corps aussi proportionné pour cet égard, que celui d’un homme fait, est par conséquent très-mal représenté ; quoiqu’en dise l’Auteur des Monumens de Rome, qui veut faire de cette faute une perfection.

« Un Sculpteur, dit-il, d’un génie ordinaire, sçachant que Cupidon est un enfant, ne sçait faire autre chose qu’un enfant, lorsqu’il veut le représenter. Il fait donc un petit corps bien gras, bien potelé, dont les membres ne sont point encore formés, & dont les bras & les jambes sont, comme à tous les enfans, prodigieusement courts & gros, à proportion du reste du corps. Son genie ne va pas plus loin. Mais un génie au-dessus du commun, pense que si Cupidon est un enfant, c’est aussi un Dieu ; un Dieu qui ne croît plus, dont par conséquent les membres doivent être aussi formés que ceux d’un homme fait. Tel étoit le Sculpteur qui a travaillé à cet ouvrage. Il a fait son Cupidon dans cet esprit, & les yeux en sont charmés, parce qu’ils voyent en petit, un corps d’homme parfaitement bien formé ; car ni l’Appollon ni l’Antinoüs, ne sont point des corps plus réguliers, ni plus parfaits. Le Cupidon est à leur égard, ce qu’un ouvrage de mignature est à l’égard d’une grande peinture à l’huile[13]. »

L’auteur avance, comme on voit, que dans les enfans, les bras & les jambes ont plus de grosseur, moins de longueur que dans les personnes faites. Or, puisque Cupidon est un enfant, le Sculpteur devoit donc le réprésenter comme tel, & non comme un homme fait. La raison qu’on apporte en disant que cet enfant est un Dieu, & que par conséquent le Sculpteur n’a pas dû le réprésenter avec celui d’un homme fait, est une raison qui semble contrarier la raison même, puisque ce Dieu étant personnellement différent des autres Dieux en ce qu’il est enfant, & qu’il l’est toujours, n’est plus par conséquent réprésenté selon cette différence personnelle, lorsqu’on le réprésente avec les proportions d’un homme fait, & qu’on ne lui laisse de l’enfant, que la petitesse, ce qui fait un nain proportionné, mais non pas un enfant, & contrarie par conséquent la fiction à laquelle on doit se conformer ; à moins qu’on ne prétende que Cupidon est ici réprésenté tel qu’il devint après que sa mère eut consulté Thémis, & qu’elle en eut suivi l’avis. Car la Fable dit que Vénus voyant que son fils, ne croissoit point, & en ayant demandé la cause à Thémis, qui lui répondit qu’il ne grandiroit que lorsqu’il auroit un frere qui pût joüer avec lui ; elle accoucha d’Anteros, qui servit de compagnie à Cupidon, & avec lequel Cupidon commença à croître, & à prendre par conséquent les proportions d’un homme fait. Cette raison, quoiqu’absurde, paroîtroit plus recevable pour mettre le Sculpteur à couvert, que celle qu’apporte l’Auteur des Monumens de Rome. Je dis cette raison, quoiqu’absurde, & le terme n’est point trop fort, puisque si Cupidon croît, il ne faut donc pas avancer que c’est un Dieu qui ne croît plus, à moins qu’on ne cherche tout exprès à se contredire.

Une autre différence entre l’enfant & l’homme fait, c’est que l’homme fait a depuis la jointure des épaules jusqu’au coude, & depuis le coude jusqu’au haut du poulce, aussi-bien que depuis l’extrémité d’une épaule à l’autre, la mesure de deux têtes, au lieu que l’enfant n’a que la mesure d’une tête. Une autre différence encore, c’est que la tête d’un enfant d’un an, n’est qu’un cinquième de la hauteur de son corps, & que la largeur de ses épaules est égale à la longueur de sa tête, au lieu que dans l’homme fait, la tête est d’une huitiéme partie du corps, & que la largeur des épaules est deux fois plus grande que la longueur de la tête.

Le point fermé tant des personnes faites que des enfans, contient en sa rondeur, la longueur du pied.

La conformation des parties du corps, lorsqu’on les considére seules & en elles-mêmes, est un genre de proportion qu’il ne faut pas ometre ici.

La tête, pour être bien proportionnée en soi, doit être plutôt un peu grosse que petite, d’une forme ovale, plâte par les côtés, médiocrement avancée en devant & en arrière.

Le visage doit être plus long que large, & avoir du relief. Chez les Anciens, les visages longs étoient regardés comme les plus beaux, c’est ce qui se peut voir par les Statuës antiques. Le visage de Notre-Seigneur, est réprésenté fort long dans tous les anciens Tableaux.

Le front doit être bossu, mais très-peu.

Les sourcils doivent chacun former une arcade, & être suffisamment garnis de poils.

Les paupieres doivent être bordées de poils doux & longuets.

Les yeux doivent être grands & bien fendus.

Les joües pleines, fermes & rondelettes.

La bouche doit être petite.

Les lévres doivent être médiocrement avancées, & leurs bords bien vermeils.

Les oreilles petites & bien plaquées.

Le menton un peu arondi.

Le col dégagé des épaules.

Les épaules plattes & bien couchées.

La poitrine large, ample, & élevée par-devant en forme de hotte.

Les bras ronds & charnus, un peu plats en-dedans, & allant en grossissant depuis le poignet jusqu’auprès de la jointure du coude.

Les mains un peu grasse & longues, les doigts grêles & dégagés, avec de petites fossettes au bas de chaque doigt sur le dessus de la main quand elle est ouverte, & de petites bosses au-dedans de la main.

La conformation du ventre est d’être élevé aux femmes, & moins élevé aux hommes. Il en est de même de ce qu’on appelle la croupe.

Les cuisses & les jambes sont aussi plus grosses aux femmes qu’aux hommes. La

La taille est plus fine aux femmes, & les hanches sont plus avancées ; les hommes l’ont plus longue que les femmes.

Les jambes, tant aux hommes qu’aux femmes, doivent être médiocrement longues, & garnies d’un gras qui n’ait point trop de saillie, les femmes cependant les ont ordinairement plus grosses que les hommes, ce qui n’est pas une perfection.

Les pieds doivent être menus & dégagés, mais d’une longueur médiocre.

La nature varie beaucoup dans la conformation de chacune de ces parties, & pour commencer par la tête, il y en a de pointuës & pyramidales ; il y en a de quarrées, rondes, d’ovales, de larges, d’étroites, de grosses, de petites ; il y en a de plates par derrière & de celles-là les unes sont tout-à-fait plates, les autres seulement plates en haut, les autres seulement plates en bas, & les autres plates en haut & en bas ; mais de maniere que cet aplatissement est interrompu par une rondeur horisontale ; ensorte que ce sont deux applatissemens l’un sur l’autre.

Les fronts sont ou grands ou petits, ou convexes, ou plats, ou creux ; & parmi les convexes, on en voit de bossus en forme de calebasses. Il y a des fronts quarrés, il y en a de biscornus, de larges, d’étroits, de longs, de courts ; il y en a qui ont une éminence de chaque côté, aux uns plus apparente, aux autres moins.

Les sourcils sont ou droits, ou en arcade, ou longs, ou courts, ou minces, ou épais, ou unis, ou raboteux. Ils sont ou presque joints l’un à l’autre, ou médiocrement séparés, ou très-séparés.

Les nez ne sont pas moins différent entr’eux. Il y en a de longs, de courts, d’enfoncés & de saillans. Il y en a de rabattus jusques sur la lévre superieure, & quelquefois presque jusques sur l’inférieure, comme s’ils alloient entrer dans la bouche. Il y en a de droits, de bossus, de ronds & d’aigus. Il y en a de plats par-dessus comme une régle, & ce sont ordinairement ceux-là que les Sculpteurs imitent dans leurs Statues. Il y en a de gros au milieu, de gros par le bout, de déliés proche les sourcils, de déliés par en bas, & gros par en haut, il y en a d’un peu applatis sur le haut comme un cachet. Il en est de raboteux en cet endroit, comme seroit une petite plaque inégalement élevée plus haut ou plus bas que le milieu, de relevés sur le milieu, ou aquilins, de retroussés en pied de marmite, de recourbés en bec de corbin & de plats ou camus.

Les nez varient aussi beaucoup par rapport aux narines ; car elles sont, ou évasées, ou étroites, ou entre deux. Il y en a de hautes, de basses, de retroussées, de rabatuës. Il y en a dont le dessous, au lieu d’être de niveau avec la colomne du nez, est ceintré en forme d’arcade, & laisse voir presque tout le dedans de la cloison du nez.

Les yeux sont, ou petits, ou grands, ou médiocres. Ils sont, ou enfoncés, ou à fleur de tête, ou comme sortant de la tête, ou tenant le milieu entre ces deux excès. Ils sont ou gris, ou bleus, ou roux, ou noirs.

Les paupieres sont, ou sans cils, ou revêtues de cils, & ces cils sont ou courts, ou longs ; ou toufus, ou clairsemés.

La bouche est, ou grande, ou petite, ou médiocre ; elle est, ou saillante, ou enfoncée.

Les lévres sont, ou rélevées, ou plates, ou entre deux. Elles sont, ou égales, en sorte que l’une n’avance point sur l’autre, ou inégales, ensorte que la supérieure déborde sur l’inférieure, ou l’inférieure sur la supérieure. Il y a des lèvres renversées en dehors, d’autres rabatuës en dedans. Il y en a de grosses & de menues.

Les jouës sont, ou pleines, ou creuses, ou joufluës ; ou fermes, ou mollasses, la pommête des joües est ou médiocrement, ou excessivement saillante.

Le menton est, ou long, ou court ; ou retiré en arrière, ou avancé en devant, ou de niveau avec la lèvre inférieure. Il est avec un petit creux au bout, ou sans ce creux. Il est, ou rond ou pointu. La pointe en est, ou relevée en forme de menton de boüis, ou simplement pointuë.

Les oreilles sont, ou larges, ou étroites ; ou médiocres, ou saillantes ; ou plaquées, ou grosses, ou déliées.

Le col est, ou long, ou court ; ou massif, ou grêle.

La poitrine est, ou ample, ou étroite ; ou plate, ou relevée.

Les épaules sont, ou couchées en arrière, ou voûtées ; ou larges, ou étroites.

La taille est, ou grosse & ramassée ; ou fine & déliée ; ou courte ou longue.

Les hanches sont, ou élevées ou déprimées.

Le derriere est, ou avancé, ou rabatu.

Les jambes sont, ou grêles, ou massives ; ou longues, ou courtes, ou d’une mesure médiocre. Sur quoi il est à remarquer que lorsque le col est long, les jambes & les oreilles sont longues aussi.

Les pieds sont, ou longs ou courts ; ou gros ou menus ; ou larges d’assiette, ou étroits, ou entre deux.

De ces différentes conformations, tant pour la tête, que pour le reste du corps, il n’en est aucune qui ne soit dans l’ordre de la nature par rapport aux autres parties, & qui n’ait avec ces mêmes parties, une proportion nécessaire : si par exemple, une personne est d’une taille grosse & courte, la même forme se remarquera dans chacun de ses membres ; on lui trouvera les bras cours & gros, les mains larges & grosses, les doigts courts & gros[14]. Une personne qui sera grande & déliée, aura les membres longs & menus. Celle qui sera d’une taille médiocre, les aura pareillement médiocres[15].

On admire avec raison, que de tous les hommes, il n’y en a pas seulement deux qui se ressemblent entierement pour le visage, non plus que l’écriture, ni pour la voix ; quelle confusion ne seroit-ce pas tous les jours dans la societé, sans cette différence ? Mais par rapport au visage, un judicieux Auteur, dont nous emprunterons ici les paroles[16], remarque fort à propos, qu’on ne prend pas garde à une merveille qui n’est pas moins digne d’attention, sçavoir que chaque visage est forme de sorte, que, quelque laid qu’il paroisse, pourvû qu’il ne soit point défiguré par quelque accident, on ne sçauroit, sans le rendre difforme, y rien changer pour le rendre plus beau ; parce que dans sa laideur même, la nature a observé une symétrie si exacte, qu’on ne peut raisonnablement y rien trouver à redire. Si par exemple, on prétendoit allonger le nez d’un camus, on ne feroit rien que de difforme, parce que ce nez étant allongé, n’auroit plus de symmétrie avec les autres parties du visage, lesquelles étant d’une certaine grandeur, & ayant certaines élévations, ou certains enfoncemens, demandent que le nez leur soit proportionné. Ainsi, selon certaines régles très-parfaites en elles-mêmes, un camus doit être camus, & selon ces régles c’est un visage régulier qui deviendroit monstrueux, si on lui faisoit le nez aquilin. Il y a bien plus, c’est que quelquefois il est aussi nécessaire qu’un homme n’ait point de nez, qu’il est nécessaire dans l’ordre Toscan, par exemple, que le chapiteau de sa colomne, n’ait point de volute.

C’est un bel ornement que la volute dans l’ordre Ionique, ou dans le Corinthien ; mais ce seroit une irrégularité monstrueuse dans l’ordre Toscan. Cela fait voir qu’on ne doit jamais regarder dans personne, comme des défauts réels, les défauts apparens de son corps ; parce que souvent ce que nous croyons un défaut, est une perfection au jugement de la vérité. Un petit nez, de petits yeux, une grande bouche qui nous choquent d’ordinaire, appartiennent à un ordre de beauté, qui peut bien n’être pas de notre goût, mais que nous ne devons pas, pour cela, condamner ; parce qu’en effet c’est un ordre qui a des régles propres & essentielles ; qu’il ne nous appartient pas de contredire.

Quand la nature forme un visage, elle y garde des mesures qui ne sçauroient composer qu’un tout très-parfait par rapport aux desseins qu’elle a. Que les hommes en jugent ce qu’il leur plaira ; que les François, par exemple, méprisent les nez camus & les petits yeux ; que les Chinois les estiment ; ce sont des bizarreries de l’esprit humain. Mais si l’on en revient aux principes, on trouvera qu’il y a divers ordres de beauté comme il y a divers ordres d’Architecture, & il sera toujours vrai de dire, que la nature ayant gardé ses régles, le plus laid visage du monde à notre égard, est aussi parfait, & aussi régulier, que celui qui nous semble le plus accompli & le plus beau.

Ces régles sont si constantes, que c’est uniquement par la connoissance parfaite qu’en ont les habiles Peintres, qu’ils peuvent rendre très-ressemblans les portraits qu’ils peignent d’après nature, & c’est ce que vouloit dire l’incomparable Nanteüil, quand il se vantoit d’attraper toujours la ressemblance, & de s’être fait pour cela des régles très-assurées. Il disoit qu’il y avoit dans le visage, certains traits qu’il faut extrêmement considérer, parce qu’ils servent de mesure à tous les autres, & il prétendoit que lorsqu’une fois on avoit dessiné exactement ces sortes de traits, le reste étoit immanquable. On lui demanda, un jour, s’il pourroit peindre une personne absente, sur le rapport qu’on lui en feroit ; il répondit qu’il le pourroit, pourvu que l’on fût assez habile pour satisfaire exactement aux questions qu’il feroit sur certains traits[17].

Cela revient à ce qu’écrit Leonard de Vinci sur le moyen de faire le portrait d’une personne sans l’avoir vûë qu’une fois : car il ne demande autre chose pour cela, sinon qu’on retienne bien comment la personne a le menton, le front & le nez. Car il prétend que là-dessus, on peut juger de tous les autres traits, comme si on les voyoit actuellement.

Au reste, tous les peuples ne s’accordent pas sur ce qui fait la beauté du corps. Les Tartares ne trouvent pas qu’une personne soit belle, si elle n’a les yeux petits & enfoncés, le nez large & plat, le visage écrasé, & la taille ramassée, sur-tout pour les femmes[18].

Chez les Maures, les nez le plus à l’uni du visage, sont les plus beaux ; les plus grosses lévres passent aussi pour les mieux faites.

C’est une beauté aux Dames de la Chine, d’avoir le pied plus petit que le naturel ; & pour cela quand une fille a passé trois ans, on lui rabbat les orteüils sous la plante du pied ; on lui applique ensuite une eau qui consume les chairs, & on enveloppe de plusieurs bandages le pied, jusqu’à ce qu’il ait pris son pli. Les femmes se ressentent toute leur vie, d’une telle opération, & elles peuvent à peine marcher ; mais elles souffrent cette incommodité avec joye, rien ne leur étant plus à cœur que d’avoir le pied extrêmement petit. Leurs souliers proportionnés à leurs pieds, sont si courts & si étroits, qu’ils le seroient trop pour un enfant de deux ans.

Les Dames de la Chine se piquent aussi d’avoir de petits yeux ; mais en récompense, elles aiment à avoir de grandes oreilles, bien larges & bien pendantes. Cette prétenduë perfection est tellement du goût des Chinois, qu’une fille en qui elle ne se rencontre pas, trouve difficilement à se marier[19].

Il y a des Peuples où c’est un si grand mérite d’avoir un gros ventre, que quand ils choisissent un Roy, ils prennent garde sur-tout, qu’il soit extrémement ventru.

Il y en a d’autres au contraire, où l’on n’estime que les gens maigres & décharnés[20].

Nous laissons à part, dans le cours de cet Ouvrage, tous ces différens goûts, & sans en condamner aucun, nous nous attachons (comme il est raisonnable) au plus universellement reçu parmi nous.

En voilà suffisamment pour ce premier Livre, qui n’est qu’une introduction aux trois suivans. Passons au Livre second, c’est-à-dire, comme nous nous le sommes proposé, à ce que c’est que la taille en particulier, & aux moyens d’en prévenir & d’en corriger dans les enfans, les difformités.


LIVRE SECOND.

Moyens de prevenir & de corriger dans les Enfans, les difformités de la Taille, & premierement, ce que c’est que la Taille.



On entend par le mot de Taille, le jet du corps. Ce jet consiste dans ce qu’on appelle le Tronc. On comprend dans le Tronc, 1.o la Tête ; (mais la Tête proprement dite, & considérée uniquement par rapport à sa figure, indépendamment du visage ;) 2.o l’Épine ; 3.o la Poitrine ; 4.o les Lombes ; 5.o le ventre & le derriere.


DE L’EPINE.

L’Epine est cette longue suite d’os mobiles, placés les uns sur les autres, tout le long du dos, depuis le haut du col, jusqu’au croupion, & qui composent cette colomne fléxible sur laquelle est posée la tête, comme sur un pivot.

Quand l’Epine est droite, bien plantée, & d’une belle venuë, elle fait la belle Taille, & quand elle est courbe, & mal tournée, la Taille est difforme.

Le coffre de la poitrine est attaché à l’épine par en haut ; les Hanches y sont attachées par en bas ; de sorte que l’Epine est comme une souche qui affermit le Corps ; ce qui fait que les Anatomistes la comparent à la quille d’un vaisseau, à laquelle tiennent les courbes, la poupe, la prouë, & tout l’assemblage du Bâtiment.

L’Epine commence en bas par une base large, & se rétrécissant peu à peu, finit en pointe vers le haut.

La partie superieure qui fait le col, se courbe & s’incline en devant, ce qui met la tête dans une situation plus convenable ; car si l’Epine en cet endroit, eût été de droit fil, le port de la tête eût été trop en arrière ; à moins que l’Epine, au lieu de se joindre, comme elle fait, à la partie moyenne du bas de la tête, ne fût venuë se joindre à la partie posterieure ; ce qui auroit causé une difformité, en déterminant la tête à tomber en devant par son propre poids.

La partie de l’Epine qui fait le dos, se jette au contraire en dehors, ce qui augmente la capacité de la poitrine, & met à l’aise les poulmons & le cœur, qui, à cause de leur mouvement continuel, ont besoin de cet espace.

La portion de l’Epine, qui est vers les Hanches, se porte un peu en dedans, ce qui contrebalance la pesanteur du corps, & sert comme d’arcboutant aux parties que cette portion soutient ; car si elle se fût jettée en dehors, comme le dos, le corps qui est principalement soutenu par cette portion, auroit eu peine à se tenir droit, & se seroit presque tout jetté en devant.

L’endroit de l’Epine qui approche du croupion, & qui est formé par un gros os large & immobile, lequel sert comme de pied d’estal à l’épine, & que les anciens Anatomistes ont appellé l’Os sacré, s’avance en dehors, mais plus aux femmes qu’aux hommes. Le croupion a aussi plus de saillie aux femmes qu’aux hommes ; mais aux uns & aux autres, il rentre en dedans, ce qui l’empêche d’être offensé lorsqu’on s’assied, ou qu’on monte à cheval.

Le coffre de la poitrine & les hanches qui tiennent à cette Epine, sont des parties essentielles de la Taille ; en sorte que si ces parties sont de travers, soit par elles-mêmes, ou par quelque accident, l’Epine a beau être droite, la Taille considérée en général, n’est point parfaite.

Le coffre de la poitrine est attaché à l’Epine par les côtes. La conformation extérieure de ce coffre, lorsqu’elle a les conditions nécessaires, fait une des plus grandes graces de la Taille. Une poitrine avancée, par exemple, pourvu qu’elle ne le soit pas au-delà d’un certain point, produit un bel effet à la vûë. Une poitrine au contraire, deprimée & applatie, en produit un très-désagréable ; outre que cette figure est moins convenable pour la santé, & pour la longue vie.

Le coffre de la poitrine dans sa partie supérieure, immédiatement sous le col en devant est surmonté par deux os courbés en dehors, & couchés bout à bout, l’un à droit, l’autre à gauche, laissant dans l’endroit de leur réunion, une petite fosse qui fait comme la figure d’une fourchette, & qui en a retenu le nom. La courbure de ces deux os appellés clefs, ou clavicules, comme nous l’avons dit dans le premier Livre, & qui sont le soutien des bras, cause de grands creux à une gorge maigre. Ce sont ces creux qu’on appelle ordinairement salieres. Mais d’un autre côté, elle donne de la facilité au mouvement des bras.

Cette courbure des clavicules est plus voûtée aux hommes qu’aux femmes. Aussi remarque-t-on que les hommes remuent les bras avec plus d’aisance, & que les femmes au contraire, ne peuvent jetter une pierre, ni joüer au volant, avec la même facilité. Mais ce petit défaut est compensé en elles par l’égalité de la gorge, qui est d’autant plus pleine, que ces os sont moins cambrés. Ajoûtons que les clavicules moins courbes sont plus longues ; d’où il arrive que les femmes ont ordinairement le haut de la poitrine plus large, & par conséquent une plus belle quarrure, ce qui est une des perfections de la Taille. Les clavicules sont comme des barrieres qui tiennent les bras éloignés de la poitrine ; & comme ces clavicules, ainsi que nous venons de le remarquer, sont d’autant plus longues qu’elles ont moins de saillie, il arrive que les moins courbes poussent davantage les bras en dehors ; aussi remarque-t-on que les femmes portent les bras beaucoup plus en arriere.

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Les clavicules sont des os tendres, qui, dans l’enfance, & dans la jeunesse, obéïssent aisément. Leur substance est épaisse, mais poreuse & fongueuse, ce qui est cause que lorsqu’elles viennent à se rompre, la réunion en est plus facile que des autres os. Cette disposition fait que lorsqu’on passe souvent la main par-dessus, en appuïant un peu, elles peuvent facilement s’applatir, & s’étendre, & qu’au contraire, lorsqu’on les repousse par les extrémités, comme on repousseroit un arc par les deux bouts, elles se courbent davantage.


Soin qu’on doit prendre des clavicules, & de la poitrine des enfans.

Ce que nous venons de remarquer, fait voir que les parens doivent empêcher avec grand soin, lorsque l’on emmaillotte leurs enfans, qu’on ne leur serre trop les épaules ; ce qui feroit faire aux clavicules, un arc plus voûté qu’il ne faut, & rendroit la gorge moins large.

Quand les enfans sont en robe, on doit, pour la même raison, leur donner des corps, dont l’ouverture des manches puisse jetter suffisamment les bras en dehors, & lorsqu’ils sont un peu grands, leur présenter un bâton suffisamment long, qu’on leur fasse tenir horizontalement par les deux extrémités les bras étendus. Le petit effort qu’ils feront alors, pourvu qu’on recommence souvent, obligera les clavicules à s’allonger, & à s’applatir.

Il faut de plus, faire souvent avancer aux enfans, la poitrine en devant, & ne se point lasser de les tenir dans cet exercice. Le mouvement qu’ils feront pour en venir à bout, repoussera les bras en arriere, & par une suite nécessaire, forcera les clavicules à s’étendre.

Sous les clavicules est posé le coffre de la poitrine. Le devant de ce coffre est un os large & plat, qu’on appelle le Sternum, comme nous l’avons dit dans le premier Livre. Le sternum fait comme l’office de plastron ; il s’étend depuis le col en devant jusqu’au creux de l’estomac. Aux deux côtés de ce plastron, à droit & à gauche, entre les deux mamelles, viennent s’attacher les côtes qui tiennent par derriere à l’épine, & font ainsi, avec le plastron, la cavité que l’on nomme poitrine.

Une poitrine bien proportionnée, est un des plus grands ornemens de la Taille, comme nous l’avons dit, & elle a les proportions requises, lorsqu’elle est suffisamment avancée en devant par en haut, sur-tout aux femmes ; qu’elle est surmontée de clavicules qui ne sont point trop courbes ; qu’elle ne fait point la voûte en arriere ; qu’elle ne panche point plus d’un côté que de l’autre, & qu’enfin, comme nous l’avons dit dans le premier Livre, elle est comme une hotte, c’est-à-dire avancée en devant par en haut, & plate en arriere.


Attention qu’on doit avoir pour ce qui regarde les Hanches & le Ventre des enfans.

La proportion des hanches, & celle du ventre, ne contribuent pas peu à la beauté de la Taille, principalement dans les personnes du sexe ; car il faut qu’elles ayent la Taille fine, & elles ne sçauroient l’avoir telle, si les hanches ne sont un peu élevées. C’est cette élévation qui en fait la finesse ; or cette finesse consiste dans un décroissement sensible de l’épaisseur de la Taille, à l’endroit des hanches, sur-tout aux deux côtés ; ce qui forme dans les jeunes femmes bien faites, cette Taille, qu’on appelle Taille en Y grec, laquelle leur donne tant de grace. Nous avons mis aussi de la partie, la proportion du ventre. Le ventre se divise en anterieur & en posterieur, L’antérieur qui est celui qui se présente en devant, doit être fort peu avancé ; mais l’autre qui est le postérieur, & qu’on nomme le derriere, doit être élevé d’une manière un peu sensible. Au reste cette élévation ou saillie des hanches, aussi-bien que celle de la partie postérieure du ventre, ne sert pas seulement à donner de la grâce à la Taille des femmes, elle leur est utile & même nécessaire dans les travaux de l’enfantement.

Lorsque dans les Squeletes de différens sexes, on examine de près, les os des hanches, & l’os nommé Sacré, qui, comme nous l’avons observé, est posé au-dessus du croupion, qui forme ce qu’on appelle le derriere, on voit aisément la différence qu’il y a entre le Squelete d’un homme, & celui d’une femme, ces os étant beaucoup plus grands, plus minces, plus amples & plus écartés dans les femmes, & laissant par ce moyen, une cavité plus spacieuse entr’eux. Cette cavité, tant dans les hommes, que dans les femmes, s’appelle le Bassin.


Moyen d’empêcher le ventre des enfans de se trop porter en devant ; moyen de leur conserver le dos plat. Comment par rapport à ce dernier point, en doit asseoir les enfans. Siéges particuliers pour cela.

Pour empêcher que les enfans n’avancent trop le ventre, il faut empêcher, quant ils sont assis, qu’ils ne se tiennent renversés sur leurs siéges, & les obliger de s’y tenir à plomb sur leur séant. Il y a un autre moyen pour cela, que sous rapporterons dans un moment.

Pour conserver le dos plat, il faut s’y prendre de la même maniere ; car dès qu’on est assis renversé, le dos se courbe & se boucle.

Une autre précaution bien nécessaire pour garantir de ce défaut, les enfans, c’est de prendre garde que la tablette du siége sur laquelle ils s’asseyent, ne soit enfoncée dans le milieu, mais qu’elle soit tout à fait plate.

Quand on est assis renversé, le dos prend nécessairement une courbure creuse en dedans, & quand ont est assis dans un enfoncement, l’effort que l’on fait naturellement, & sans dessein, pour ramener le corps à l’équilibre, oblige la Taille à se voûter encore davantage.

On donne ordinairement aux enfans, dès qu’on les tire de nourrice, de petits fauteüils de paille ou jonc ; ces petits fauteuils sont nécessairement enfoncés dans le milieu du siége, les ouvriers ne les peuvent faire sans cet enfoncement. L’on assied les enfans dans ces fauteüils, & l’on commence ainsi, dès leurs tendres années, à leur corrompre, peu à peu, la taille. Il faut leur donner des fauteüils ou des chaises, dont le siége soit fait d’une planchette de bois bien unie. Ils seront obligés, quand ils seront assis dans ces siéges, de tenir le corps droit, & ne se voûteront point, ou bien l’on peut ajuster au milieu du siége de paille, un coussinet relevé, qui en remplisse l’enfoncement. Ce coussinet peut aussi être de paille ou de jonc.

Le mieux est de faire le siége avec une piéce de liége bien unie ; outre que le fauteuil en est plus léger, il a cet avantage qu’il préserve les enfans, de ces chutes de fondement ausquelles ils sont si sujets, ce qui est bien à considérer.

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Mais une maniere bien simple pour rémédier à l’enfoncement des fauteüils ou siéges dans lesquels on assied les enfans, c’est de mettre sous cet enfoncement, une vis de bois qui monte & descende, sur laquelle soit posée une petite planche, en sorte qu’en tournant la vis, selon un certain sens, elle pousse la planche, & fasse monter en haut, la paille qui est sous la chaise. Comme cette vis doit porter sur quelque chose qui lui serve d’appui, on la pose sur une petite traverse de bois, dont on clouë en bas les deux bouts aux bâtons de la chaise. Il y a dans la ruë Montmartre un Tourneur qui réussit fort bien dans la construction de ces sortes de chaises. On n’y voit point de creux comme aux chaises de paille ordinaires, & la vis qui empêche le creux, ne paroît point, à moins qu’on ne renverse la chaise.

Les siéges de cannes sembleroient pouvoir convenir, mais quelque plats qu’ils soient dans les commencemens, ils se creusent & s’enfoncent à la longue.


Autres moyens de ménager la la Taille des enfants. 1o Comment on doit se conduire par rapport à leur chaussure.

Les souliers à talons trop hauts, font encore courber la taille aux jeunes personnes, & pour cette raison l’on ne doit point donner, sur-tout, aux filles, des talons hauts avant l’âge de quinze ans.

Les souliers trop étroits ou trop courts, font encore un grand tort à une taille naissante. Comme ils blessent, & que l’on suit la douleur, il arrive que pour s’épargner cette douleur, les personnes qui sont chaussées trop étroitement, ou trop courtement, se panchent les unes en devant, les autres en arrière, les unes sur un côté, les autres sur l’autre, ce qui est un grand obstacle à la formation de la belle taille. Nous parlerons plus au long sur ce sujet dans le troisiéme Livre, en y traitant de ce qui concerne les pieds.


2o. En quelle situation les jeunes filles doivent coudre lire, travailler en tapisserie, &c.

On ne doit point souffrir que les jeunes filles cousent ou lisent qu’en posture droite, il faut qu’elles portent leur ouvrage, ou leur Livre à leurs yeux, & non leurs yeux à leur ouvrage ou à leur Livre, sans quoi leur taille se voûte infailliblement.

Rien d’ailleurs n’a plus mauvaise grâce qu’une jeune personne qui se tient panchée sur son Livre ou sur son ouvrage, au lieu de les tenir à la portée de sa tête, en joignant doucement les coudes sur les côtés, & les pliant en devant pour faire monter les bras à la hauteur qui convient aux yeux.

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3o. Sur quelles tables les Enfans doivent écrire.

La plupart des enfans se voûtent en apprenant à écrire, parce qu’on n’a pas soin de les faire écrire sur des tables d’une hauteur convenable. C’est à quoi il faut extrêmement prendre garde. Nous suspendons un moment cet article, pour y revenir plus bas.


4o. Comment on doit coucher les enfans par rapport à leurs chevets.

Ne point laisser dormir les enfans sur des chevets hauts, ou ne leur point donner de chevet du tout, est un autre moyen dont on peut se servir utilement pour conserver la taille des enfans quand ils l’ont droite, ou pour la leur redresser quand elle commence à se courber.


5o HEMORRHOIDES.
Tort qu’ils peuvent faire à la Taille.

Il y a de jeunes personnes qui sont sujettes aux Hémorroïdes, & qui à cause de la douleur qu’elles en ressentent, ne peuvent se tenir aisément droites, mais sont contraintes, les unes de se pancher en devant, les autres de se jetter sur un côté, les autres sur l’autre, comme quand on a des souliers qui sont trop étroits ou trop courts, ainsi que nous l’avons remarqué page 72. ce qui à la longue leur gâte la taille. Quand cela arrive, il faut leur faire appliquer sur les Hémorrhoïdes un peu de mercuriale & de pariétaire, broyées entre les doigts ou dans le creux de la main, avec du beurre bien frais ; ce remède qui doit se continuer quelque jours, ne fait point rentrer les Hémorrhoïdes, ce qui seroit dangereux. Il ôte la douleur & dispose les Hémorrhoïdes à fleur, ou les flétrit. Quand elles sont ainsi guéries, il faut en empêcher le retour, & pour cela on aura soin que dans la maison, la jeune personne ne s’asseye jamais que sur des siéges tels que ceux que nous avons indiqués page 72. c’est à-dire dont l’assiette soit une piece de liege fort plate. C’est un bon préservatif non-seulement contre les chutes de fondement, comme nous l’avons remarqué par occasion dans l’endroit cité, mais contre les Hémorrhoïdes.


6. CORPS PIQUEZ.
Importance de les renouveller souvent aux enfans.

Les parens doivent, sur-tout, donner souvent des corps piqués à leurs enfans, & ne point plaindre là-dessus la dépense ; un corps trop étroit, laissé seulement huit jours à un enfant, est capable de lui gâter absolument la taille, principalement s’il lui presse le devant de la poitrine ; un corps trop court, n’est pas si dangereux.

Pour qu’un corps ne presse point le devant de la poitrine, sur-tout par en haut, il faut qu’on puisse passer deux travers de doigts entre le haut de la poitrine & le corps. Si-tôt qu’il commence à toucher, il en faut un autre.

Quand une jeune personne reléve d’une maladie qui l’a tenuë long-temps au lit, l’usage du corps piqué, ou au moins du corset, est plus nécessaire que jamais ; faute de quoi la taille déjà affoiblie par la longueur de la maladie, ne manque point de prendre une mauvaise figure. Les grandes personnes même, ont besoin, en semblable cas d’employer cette précaution. Les os de l’épine, quand on est couché, ne pesent plus les uns sur les autres ; le poids de la tête ne les surcharge plus. Il arrive de-là que lorsqu’on garde long-temps, le lit, ces os s’écartent les uns des autres, & que par conséquent la taille, s’allonge. Or cet allongement venant de ce que chaque os de l’épine n’est plus exactement joint avec celui qui le suit, c’est une nécessité que la taille ait moins d’assiette & de fermeté, lorsqu’après une longue maladie on commence à se lever ; puisqu’alors les vertebres sont moins appuyées les unes sur les autres. Or ces vertebres ayant moins d’assiete, & la taille étant plus longue, il faut absolument que dans le temps de la convalescence, où les os dont il s’agit, commencent à retomber les uns sur les autres, par le poids de la tête, & par le leur propre, à caille de la situation directe que l’on prend en se tenant debout, ou sur son séant, il faut nécessairement, dis-je, que la taille soit disposée à se courber, d’autant plus que la longueur en est augmentée, d’où il est aisé de voir que si on ne porte pas alors quelque corset, ou quelque chose d’équivalent pour contenir la taille, elle est en risque de se déjetter.


7.o Suite de ce qui a été dit ci-devant page 69. touchant les enfans qui avancent trop le ventre.

Lorsqu’un enfant avance trop le ventre, on croit bien faire de lui mettre sur le ventre un plomb, ou quelqu’autre poids ; mais on oblige par-là l’enfant à se renverser encore davantage. Voyez ces Marchands ambulans, qui portent leurs boutiques attachées devant eux ; voyez ces femmes qui ont des éventaires liés à leur ceinture, dans l’esquels sont des fruits ou des poissons qu’elles ont vendre par la Ville, ou qu’elles exposent dans les marchés ; voyez comme ce poids les oblige à se renverser. Il faut ici tirer leçon de tout, c’est la nature qui parle. Elle vous enseigne, peres & meres, à vous garder de mettre aucun plomb sur le ventre de vos enfans lorsqu’ils se renversent ; mais au contraire, à leur charger le derriere. Ils ne manqueront point alors de reculer le ventre, & ils ne se renverseront plus. Cet effet dépend tout entier de l’équilibre que la nature observe en tout. Voyez de quelle maniere elle a disposé le corps humain par rapport à cet équilibre. Il est bon de nous arrêter un moment là-dessus.

Comme la masse du ventre s’étend en devant d’un côté à l’autre, cette masse se trouve balancée en arriere par une autre qui sont les fesses, sans quoi le corps pancheroit trop en devant ; c’est ce qui fait que les femmes ont naturellement les fesses plus grosses, parce qu’elles ont le ventre plus gros.

Les personnes qui, sans avoir de grosses fesses, ont un gros ventre, se panchent en arriere ; celles au contraire, qui ont les fesses très-grosses, sans avoir le ventre gros, se panchent en devant.

Les femmes enceintes se panchent toutes en arriee, ce qui fait le contrepoids de leur gros ventre. Pour la même raison, les femmes qui ont la gorge grosse & avancée, se tiennent plus droites que celles qui l’ont maigre & plate.

Les bossus se panchent tous en devant, à moins que quelque accident ne les en empêche.

Quand on se baisse pour amasser quelque chose, on recule un pied, ou du moins le derriere, sans quoi l’on tomberoit, parce qu’il y auroit trop de poids sur le devant. Quand on trébuche & qu’on est sur le point de tomber, on étand aussi-tôt de l’autre côté, le bras ou la jambe, ce qui contre balance le reste du corps. Voyez ceux qui jouent aux quilles, voyez comme ils posent un pied en arrière, pour pouvoir mieux jetter la boule.

Ceux qui portent sur le plis d’un des coudes, un panier à anse, bien chargé, lévent l’autre bras, & se panchent du côté opposé au panier ; ce qui fait, sans qu’ils y songent, le contrepoids.

Ceux qui portent sur le dos, un fardeau, se panchent en devant ; & ceux qui le portent sur la tête, se tiennent naturellement droits. Enfin le corps ne manque jamais, sans même que nous y pensions, de se tenir en la maniere la plus convenable pour se soutenir, & il n’est personne, jusqu’au plus idiot, qui là dessus ne prenne, au juste, l’équilibre, comme s’il en sçavoit les regles.


8o. Moyen d’empêcher un enfant de trop avancer le derriere.

Mais pour revenir où nous en étions, si l’enfant avance trop le derrière, c’est alors qu’il convient de lui mettre un plomb sur le ventre, ce poids oblige bien-tôt le ventre à revenir en devant, & le derriere à s’applatir. Mais tout cela ne se doit pratiquer qu’au cas que l’enfant n’ait point les jambes trop foibles ; car en ce cas, le plomb ni autre poids ne convient point. Il faut se contenter alors d’avertir souvent l’enfant, & pour donner plus de force aux avertissemens, ne point se lasser de le contrefaire en sa présence.

Je ne dis rien ici du soin continuel qu’on doit avoir en même tems, de pousser doucement, ou le ventre, ou le derriere de l’enfant, selon le cas ; la chose parle d’elle-même.

Si tout cela est inutile, il faut donner à l’enfant un corps piqué, qui soit construit de la maniere, que si c’est le ventre qui avance, le corps piqué repousse le ventre ; & que si c’est le derriere, il repousse le derriere : il n’y a gueres de Tailleurs de corps qui puissent être embarassés là-dessus.


9o. Moyens d’empêcher les enfans de porter mal la tête.

La tête, qui, ainsi que nous avons dit, est posée sur l’épine, comme sur un pivot, doit, pour la bonne grace de la taille, être portée droite, ensorte qu’elle n’incline ni sur une épaule, ni sur l’autre, ni en devant, ni en arriere. Pour cela il faut porter le col droit ; mais prendre garde cependant, en le voulant porter ainsi, de le contraindre : car encore qu’il doive être droit, il ne faut pas croire qu’il doive l’être à la derniere rigueur, & de la maniere qu’il ne panche pas seulement d’une ligne en devant. Car alors ce seroit avoir le col comme un pieu, ce qui seroit très-difforme. La regle qu’il faut suivre en cela, c’est de tenir le col de façon que la partie charnuë de dessous le menton, laquelle se nomme petite gorge, fasse comme un second menton. L’affectation est ici à craindre ; mais quand un enfant est accoutumé de bonne heure, à porter le col droit, ce second menton vient de lui-même & sans effort. J’ajoûterai que pour y dresser les enfans, qui sont déjà un peu grands, il ne faut pas laisser dans le commencement, de leur faire faire quelque petit effort au-delà du naturel ; parce que sans cette précaution, ils ne resteroient jamais au point où l’on veut qu’ils restent. Il en est de cela comme d’une baquette ou baleine courbe, que l’on veut rendre droite ; on ne se contente pas de la mettre avec les mains, au point juste de rectitude où on la veut, mais on tend encore au-delà, parce que sans cet excédent, elle reviendroit à son premier état.

Le col a naturellement de la disposition à s’incliner en devant, à cause du poids de la tête ; c’est pourquoi afin de vaincre ce panchant, il est à propos de tendre d’abord à la situation opposée.

En général, pour corriger certaines difformités du corps, il est bon de pratiquer ce qu’un Ecrivain moderne conseille de faire pour dompter certaines passions violentes. « Comme les ouvriers, dit-il, qui redressent des bois courbes, ne se contentent pas de les réduire d’abord au point de rectitude où ils veulent les amener ; mais qu’ils les fléchissent encore au-delà, de peur que l’effort naturel que fait le bois pour reprendre son premier état, ne le fasse revenir à son ancienne difformité ; de même quand on veut vaincre une forte passion, il est bon de tendre à l’extrémité opposée, afin de pouvoir demeurer ensuite dans les bornes où l’on a intention de se tenir[21]. »

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Un ruban un peu large, attaché en maniéré de carcan, & arrêté derrière les épaules, ne contribue pas peu à empêcher un enfant d’avancer le col. La croix de fer peut aussi être ici d’un grand secours ; chacun sçait cela.

Si l’enfant panche plus le col sur une l’épaule que sur l’autre, on peut se servir du moyen suivant, qui est de mettre du côté où il panche le col, de petites pointes de baleine, en force que ces petites pointes l’incommodent lorsqu’il se panchera de ce côté.

Mais un expédient qui n’est pas à mepriser, pour faire qu’un enfant qui a passé cinq ou six ans, tienne la tête bien droite, c’est de lui poser légérement sur la tête en devant, quelque chose de facile à glisser, & qu’on lui recommandera de ne pas laisser tomber, comme seroit une boëte à poudre, une plotte bien ronde, ou autre chose de semblable, dites lui alors de marcher sans laisser tomber ce que vous lui aurez mis sur la tête, & lui faites de cela un jeu qu’il reïtere souvent, & auquel soit annexée quelque récompense qui puisse l’encourager. Vous verrez bientôt l’enfant tenir la tête droite. Tâchez, s’il se peut, qu’il ne sçache pas vôtre dessein ; le moyen n’en réussira que mieux. On peut mettre plusieurs enfans de la partie ; en sorte qu’il y ait la-dessus entr’eux, de l’émulation.

Les Enfans, lorsqu’ils sont un peu grands, jouent à diverses sortes de jeux, proposez-leur, sans affectation, celui-là, & leur dites que la regle de ce jeu est que s’il viennent à laisser tomber la boëte ou la plote, ils donnent des gages qu’ils ne pourront retirer ensuite sans subir une penitence, telle qu’il plaira à celui qui sera le dépositaire des gages, ainsi que cela se pratique dans quelques autres jeux qui leur sont ordinaires.

L’enfant s’exerçant à ce jeu, s’accoutumera bien-tôt à tenir la tête droite. Il est rare de voir des Laitieres qui ne l’ayent pas droite ; on ne doit en attribuer la cause qu’à la petite charge qu’elles portent sur leur tête, & qui tomberoit, si elles n’avoient pas soin de tenir la tête levée.

La plûpart des enfans ne portent mal la tête que parce qu’ils se négligent. Voulez-vous les empêcher de le négliger là-dessus, & les engager à veiller un peu sur eux-mêmes, habillez-les proprement, parez-les, vous les verrez bien-tôt avoir soin de leurs petites personnes, & se redresser. Cet expédient n’est pas des moins efficaces.

Mais si le panchement de tête ne vient pas tout-à-fait de la négligence de l’enfant, & qu’il soit considérable, vous pouvez y remédier par le moyen d’un bandage. Ayez un ruban fort large, appliquez-le par le milieu, sur le front de l’enfant, puis conduisez les deux bouts de ce ruban derrière la tête ; ramenez ensuite sur le front de l’enfant, ce qui restera de ces deux bouts, & revenez de-la sur le derrière de la tête, où vous croiserez votre ruban, ensorte qu’il en tombe sur chaque épaule, par derriere, un bout que vous ferez passer sous l’aisselle, de chaque côté, & qui viendra se nouer sur le devant de la poitrine, où vous l’arrêterez aussi serré que vous voudrez. La tête autour de laquelle sera le ruban, se dressera à proportion que vous le serrez, & ce qu’il y aura de commode, c’est que la jeune personne, que je suppose déjà un peu grande, pourra sortir, sans qu’on s’apperçoive du ruban ; car si c’est un garçon, & qu’il ait une perruque, la perruque cachera le lien, tant devant que derrière la tête, & le juste-au-corps sous lequel on le nouera, cachera le reste. Si c’est une fille, la garniture & la coëffe feront le même effet que la perruque ; & pour ce qui est du reste, le manteau ou la robe de chambre feront aussi le même effet que le juste-au-corps.

Mais si l’enfant n’a pas encore passé trois ou quatre ans, voici un moyen doux & immanquable, de le disposer, pour toute sa vie, à porter la tête droite. Les muscles n’ont pas encore acquis beaucoup de fermeté, & ils obéïssent aisément : Ainsi c’est le tems favorable pour les réduire à ce que l’on veut. Ce moyen consiste en une mentonniere, qui soutenuë en devant par deux fils d’archal, disposez en zigzag, ausquels elle tient, & appuyés par les deux bouts sur le bord de la voute du corps picqué, à quatre doigts au-dessous de la gorge, vient embrasser le menton, & sans la moindre violence, le repousse en haut.

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Cette mentonniere qui environne le col, & dont la partie postérieure qui réprésente les deux cornes d’un croissant, s’attache vers la nuque avec deux rubans, est une pièce oüettée, que les fils d’archal disposés en zigzag, poussent en haut par une médiocre, mais assez forte résistance pour que l’enfant, lorsqu’il veut baisser la tête plus qu’il ne faut, en soit empêché par la mentonniere dont il s’agit, comme il le seroit par une main étrangère, qui viendroit doucement se présenter sous le menton, pour le relever. Ces sortes de hausse-cols & autres de même goût, ont été imaginés par M. Priou célèbre Maître à danser qui les fait construire chez lui, rue, de la Verrerie. Je ne puis qu’applaudir à une invention aussi simple & aussi utile.


10.o Col tourné ou roidi.

Il y a des enfans dont le col est inflexiblement tourné ou roidi, en sorte qu’ils ne peuvent le mouvoir à gré. Quand ce défaut vient de naissance, on ne sçauroit s’y prendre trop tôt pour le corriger. Il ne faut qu’un accouchement laborieux pour donner occasion à une telle difformité : Un enfant se présentera mal à l’Accoucheur ou à la Sage-femme, & alors sans qu’il y ait de la faute de l’un ou de l’autre, il arrive souvent que la tête & le col de l’enfant, qu’il faut aller chercher avec la main, & qu’on ne peut tirer comme on voudroit, souffrent des violences & des contorsions qui font prendre au col de l’enfant cette male-façon.

Que faire en ce cas ? c’est lorsque l’enfant est né, de lui froter doucement le col avec un peu de vin & d’huile tiedes, en commençant à l’endroit vers vers lequel le col est tourné, & finissant à l’autre ; puis d’essayer de remuer sans violence, la tête de l’enfant ; car il ne faut rien violenter ici. On continuëra plusieurs semaines, & même d’avantage, si le mal s’oppiniâtre, & on aura soin que la nourrice couche toujours l’enfant sur le côté opposé.

Quand ce défaut survient après la naissance, il est ordinairement l’effet d’une mauvaise habitude qu’on laisse prendre à l’enfant, de tenir dans son berceau trop long-tems, la tête tournée d’un même côté, ce qui arrive lorsque la lumiere lui vient toujours d’un même endroit ; car alors, pour voir cette lumière, il tourne la tête & le col de ce côté-là ; & à force de le faire, les muscles s’accoutument de telle maniere à ce mouvement, que le défaut reste ; c’est aussi quelquefois un rhumatisme ou torticolis, qui oblige l’enfant à tenir ainsi le col. Il ne faut pour cela, qu’un vent froid qu’il aura reçu sur quelque endroit du col. Quand l’accident vient de l’habitude contractée, il faut prendre garde que cette habitude ne tourne en nature ; & pour l’empêcher, on aura soin de prendre légérement avec les mains, la tête de l’enfant, & de la faire aller peu à peu du côté opposé, ce qui se doit recommencer sans cesse. Il est à propos, sur-tout, de changer la situation du berceau de l’enfant, ensorte, comme nous avons dit, que le jour qui lui venoit d’un côté, lui vienne de l’autre. Si cela ne suffit pas & que l’enfant soit déjà un peu grand, on fera faire un petit domino de carton que l’on assujettira sur les deux épaules de l’enfant, ensorte que le domino ne varie point, & que l’enfant puisse tourner la tête & le col, sans que le domino tourne. On fera garnir un côté de ce domino en dedans, de quelque étoffe rude, & l’autre de quelque étoffe douce, comme de satin, ou de velours ; le côté rude sera celui vers lequel on voudra empêcher l’enfant de tourner le col.

Si l’accident vient d’un rhumatisme au col, il faudra frotter plusieurs fois de suite, avec de l’huile de muscade, le col de l’enfant, & tenir la partie bien chaudement.

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Il y a quelquefois des gens qui, pour se réjoüir, prennent par dessous, avec les deux mains, la tête d’un enfant, & le soulevent ainsi en l’air ; ce qu’ils appellent lui faire voir son grand pere. Ce prétendu badinage est très-dangereux ; car outre qu’il peut causer la mort à un enfant, il le met toujours en risque de porter mal sa tête, soit en lui roidissant le col, en sorte que l’enfant ne le peut tourner qu’en tournant tout le corps, soit en déterminant certaines humeurs à se jetter d’un côté du col, plutôt que de l’autre, ce qui fait pancher la tête d’un côté, sans que l’enfant la puisse mouvoir de l’autre, soit enfin en causant quelque dislocation.

Ainsi les parens doivent extrêmement prendre garde que jamais qui que ce soit, ne s’avise de se joüer de la sorte avec leurs enfans. Et si par malheur, il arrivoit de ce cruel jeu, qu’un enfant contractât quelque difformité, il faut promptement examiner ou par soi-même, ou par quelque Médecin, s’il n’y a rien de disloqué, auquel cas on employera les mains adroites d’un bon Chirurgien, pour remédier à la dislocation ; & s’il n’y a rien de disloqué, on aura soin de frotter souvent avec de l’huile d’amandes douces, & du vin mêlés ensemble un peu chauds, tout le col de l’enfant, & en devant & en arriere, & à droit & à gauche, & de lui faire porter pendant plusieurs jours & plusieurs nuits, autour du col, un linge trempé dans ce mêlange.

Voici en génèral, pour redresser le col d’un enfant, à moins que cette partie ne soit estropiée, un moyen aussi simple que singulier, dont on conjecturera la possibilité par la description suivante.


11o. Moyen particulier pour redresser le col d’un enfant.

Une jeune fille de dix ans, qui avoit le col tourné depuis l’âge de sept, & à qui cette difformité étoit venuë peu à peu sans aucune cause manifeste, se trouve inopinément guerie de son incommodité en cette maniere. Sa Mere la mene voir un Feu d’Artifice, dans une maison dont les fenêtres étoient situées de façon qu’on ne pouvoit voir le feu que de côté, & ce côté ne se trouvant pas être celui vers lequel la jeune personne qui étoit extrêmement curieuse, avoit la liberté de regarder, elle fait des efforts si violens pour tourner la tête du côté où étoit le feu, qu’il lui sembloit qu’on lui enlevoit la tête de dessus les épaules ; mais l’envie de contenter sa curiosité, la fait passer par-dessus tout, & à chaque fois qu’elle entend partir quelques fusées, ou le peuple faire des exclamations, elle redouble ses efforts pour regarder. Enfin elle fait tant, qu’avant que la réjouissance soit tout-à-fait finie, elle tourne le col à droit & à gauche avec peu de peine ; ce qui lui devient plus facile de jour en jour.

Une jeune personne de douze ans, a la même incommodité. Sa mere, à qui on fait récit de la guérison fortuite dont il s’agit, est conseillée d’essayer si le même hazard lui pourra réussir : il devoit se faire ailleurs dans peu de jours, un autre Feu d’artifice. Il y avoit longtems que la jeune personne prioit sa mere le lui faire voir. La mere y consent avec joye, & sans dire son véritable dessein à sa fille, ni à personne qui le lui puisse rapporter, elle ménage la chose de maniere qu’elles sont priées d’aller voir ce feu chez une personne de connoissance, dont la maison est justement située du sens qu’il faut pour que l’enfant ne puisse voir le feu que du côté vers lequel elle ne peut tourner la tête. La jeune personne fait les mêmes efforts, éprouve les mêmes peines, & entraînée par sa curiosité, vient enfin à bout de vaincre une partie des obstacles qui l’empêchoient de tourner librement le col.

Voici un fait bien réel, où le pouvoir de la nature, pour ce qui concerne le rétablissement de certaines fonctions du corps dans des circonstances particulieres, se montre bien évidemment. En 1682. l’Ambassadeur de Maroc étant à Paris au mois de Février, fut voir l’Hôpital de la Charité du Fauxbourg saint Germain. Comme il passoit par la Salle des Blessés, six d’entre eux, qui, depuis plusieurs mois, étoient sans mouvement, se leverent sur leurs pieds, & vinrent vers l’Ambassadeur, au grand étonnement de tout l’Hôpital[22]. La curiosité fit dans cette occasion, ce que les médicamens les plus souverains n’eussent pû operer si-tôt, tant la nature a de force, quand elle agit elle-même.

Les Peres & les meres qui ont des enfans, dont le col est attaqué de la difformité dont j’ai parlé il y a un moment, peuvent trouver plusieurs moïens équivalens à celui que j’ai proposé. Il n’est pas nécessaire pour cela de Feux d’Artifices, ou d’autres Spectacles semblables. Prenez votre enfant avec vous dans un Carosse, allez à la promenade au Cours ou en quelque autre endroit dont la vûë le puisse réjouir. Si son col, par exemple, est tourné du côte gauche, levez la glace qui sera à la gauche de l’enfant, & par-dessus tirez le rideau ou le store, ensorte que l’enfant ne voyant rien de ce côté-là, soit obligé de faire quelque effort pour tourner sa tête du côté opposé. Cet effort étant réitéré diverses fois pendant plusieurs semaines, ou pendant plusieurs mois, aura à la fin son effet. Ou bien faites asséoir l’enfant à table à côté de vous, & situez-vous du côté où il a de la peine à tourner la tête ; parlez-lui souvent alors, en sorte qu’il soit engagé à vous répondre & à faire effort pour vous regarder. Mettez sur vôtre assiette quelque chose qu’il aime, & lui demandez s’il en veut. Il voudra voir ce que c’est, & tâchera pour cela détourner le col de votre côté.

Quand on lui apportera à boire, ayez soin qu’on le lui apporte toujours de ce même côté. Ayez quelque oiseau auprès de vous. Que cet oiseau, quand vous dinez, soit toujours du côté vers lequel l’enfant ne peut tourner aisément le col ; on ne sçauroit imaginer à quel point la perséverence dans ces divers moyens peut réüssir. Ne vous rebutez pas ; il ne faut qu’un instant pour rendre efficaces plusieurs mois de cette persévérance. La nature, par des mouvemens secrets, travaillera d’abord en dedans, & elle se manifestera ensuite, au dehors. Voyez comme elle agit dans les plantes. Voyez comme sur une fenêtre, un arbrisseau en caisse, dont les branches sont tournées d’un côté, les tourne enfin de l’autre, lorsque vous le changez de situation. Tout l’Arbrisseau travaille alors, & obéit à l’air qui l’attire dans un sens différent. Ce changement ne s’opère pas par l’effort de la main, c’est par l’effort invisible de la nature au-dedans de la plante. Il en est ainsi du corps humain.

Quand on veut obliger un enfant de tourner la tête d’un sens, & que pour cela, on employe la main, ce n’est que l’effort de votre main qui agit. Cet effort est étranger, par conséquent peu efficace, parce qu’il n’est pas secondé par l’effort même de l’enfant ; c’est l’effort de la nature qui doit tout faire ici. C’est cet effort intérieur & secret qui donne le cours aux esprits animaux ; au lieu que quand c’est votre main qui agit, les esprits animaux du corps de l’enfant sont oisifs, les muscles ne travaillent point d’eux-mêmes ; le mouvement que vous leur donnez, est purement passif de leur part ; & ainsi ne sert presque de rien. Il faut que tout vienne du dedans.

Si les expédiens jusqu’ici marqués, ne suffisent pas, il faut mettre autour de la tête de l’enfant, en maniere de cercle, une bande de toile en plusieurs doubles, dont le bout restant vienne tomber sur l’épaule opposée à celle où le col panche. Prennez alors ce bout restant, & après l’avoir attaché par le haut, avec deux ou trois épingles, le passez derriere cette épaule, c’est-à-dire derriere l’épaule opposée à celle où le col panche, & le faites venir sous l’aisselle ; puis tirez ce bout ; la tête de l’enfant sera obligée de s’éloigner de l’épaule sur laquelle elle panchoit. Ne précipitez rien, laissez-la à moitié, ou même au tiers du chemin que vous pourrez lui faire faire pour la redresser, & liez votre bout de bande sur la poitrine, de maniere que la tête se tienne à l’endroit où vous l’aurez amenée. Puis, quelques heures après, tirez le bout de votre bandage sans rien violenter ; & enfin après quelques autres heures, ou s’il le faut, après quelques jours, (selon le plus ou le moins de facilité que la tête aura à obéir) tirez encore votre bout de bande, jusqu’à ce que la tête soit sur son véritable pivot, & attachez alors sur la poitrine de l’enfant, le bout du bandage, ensuite qu’il ne se lâche point.

Ayez soin, au reste, avant que de mettre ce bandage, de frotter avec des sucs émolliens & spiritueux ; le côté du col où la tête panche ; & le bandage étant posé, continuez la même chose rendant deux ou trois jours. Cette précaution est nécessaire pour ramollir les muscles de ce côté là, & pour lever les obstructions capables d’empêcher les esprits animaux d’y influer. Ces sucs émolliens spiritueux sont l’huile de vers & l’eau-de-vie, parties égales de chacune, mêlées ensemble chaudement.

Une des plus ordinaires causes de la situation difforme de la tête des enfans, est la négligence des nourrices à leur tenir cette partie stable & droite par le moyen de la Testiere. Les pères & les mères doivent extrêmement veiller sur cela, & avoir soin que cette Testiere soit attachée comme il faut d’un côté & de l’autre, au lange de l’enfant, ensorte qu’elle ne soit ni trop lâche, ni trop gênée.


12° Difformités considérables du col, sçavoir les Ecroüelles & le Goêtre.
Moyens de les prévenir & de les corriger.

Le col, pour être bien fait, doit être un peu rond, un peu long, & médiocrement grêle ; mais il faut qu’il soit un peu plein, en sorte que ce qu’on appelle la pomme d’Adam, ne paroisse pas, sur-tout dans les personnes du sexe.

Une grande difformité de col, c’est lorsque cette rondeur qu’il doit avoir, est interrompuë par quelque grosseur qui s’élève, soit aux côtés du col, comme les Ecroüelles, soit au-devant du col, comme le Goêtre. Ces deux difformités peuvent être prévenues lorsqu’on s’y prend de bonne heure. Premierement, il faut voir s’il y a, ou s’il y a eu dans la famille de l’enfant, quelque personne atteinte de ces maladies, & si cela est, on ne sçauroit trop-tôt aller au-devant du mal pour en garantir un enfant qu’on doit compter y avoir une disposition héréditaire.

Quant aux Ecrouelles, il faut, s’il se peut, commencer à prendre là-dessus des mesures dès la naissance de l’enfant, en lui donnant d’abord une nourrice dont le lait, outre les autres qualités générales qu’il doit avoir pour être bon, ne soit point trop vieux ; car s’il l’est trop, il sera trop épais, & par cette épaisseur donnera lieu à des obstructions & à des embarras dans le sang, qui seront très-capables d’engager les glandes du col, & de les disposer par conséquent aux Ecroüelles ; maladie qui vient toujours de ce que les sucs nourriciers trop épais forment des empêchemens dans les glandes du col.

Le Goêtte demande les mêmes précautions. Il consiste en une tumeur formée, non dans les glandes du col, comme les Ecroüelles, mais entre le conduit de la respiration & la membrane extérieure de ce même conduit en-devant ; laquelle membrane s’étendant ou se dilatant outre mesure en devant, par les sucs trop épais qui s’y introduisent, fait au-dessous du menton, comme une espece de sac. La même chose arrive aussi à la membrane des muscles du col, ce qui produit un second Goëtre qui se joignant à l’autre, rend la tumeur encore plus grosse & plus difforme. On voit aisément par là, que lorsque l’on craint que des enfans n’ayent naturellement quelque disposition aux Ecroüelles, & au Goëtre, on ne sçauroit prendre trop de soin pour donner d’abord à ces pauvres enfans, une nourriture fine & déliée qui se puisse aisément digérer, & ensuite se distribuer à toutes les parties du corps, sans y faire des obstructions & des engagemens.

Je remarquerai sur cela, que non seulement il faut avoir soin de donner d’abord aux enfans qui ont de la disposition au Goëtre ou aux Ecroüelles, un lait léger, mais qu’il faut se garder de leur donner aucune boüillie avant qu’ils ayent au moins atteint l’âge de six mois.

En général, la boüillie est une nourriture extrêmement grossiere & indigeste pour les enfans, lorsqu’elle leur est donnée trop près du tems de leur naissance ; & encore quand on leur en donne dans le tems convenable, il faut qu’elle soit faite avec de la farine cuite. On met pour cela, la farine au four dans un plat, & on la remuë de fois à autre pour la dessécher également. La bouillie faite de cette farine, outre qu’elle est bien plûtôt cuire, a une bien meilleure qualité que la bouillie ordinaire, qui étant faite avec de la farine cruë, est nécessairement plus pesante, & plus visqueuse ; parce qu’il n’est pas possible de donner alors à cette farine, la cuisson requise, sans consumer la meilleure partie du lait ; en sorte qu’il n’en reste plus que la substance la plus terrestre ; ce qui rend la bouillie très-rebelle à l’action foible de l’estomac d’un enfant.

Il faut, outre cela, que le lait dont on fait la bouillie de l’enfant, soit le plus récemment trait de la vache, qu’il est possible. Le lait contient en soi des esprits balsamiques extrêmement subtils, qui s’évaporent quand il est long-tems gardé. Ces esprits par conséquent sont une essence précieuse qu’on ne sçauroit trop ménager pour les enfans. Il en est de cette substance salutaire, comme des eaux minerales, qui, lorsqu’il y a long-tems qu’on les a tirées de leur sources, perdent presque toutes leurs vertus par la dissipation qui se fait des esprits qu’elles renfermoient.

Toutes ces précautions sont absolument nécessaires quand il s’agit de défendre les enfans contre des maladies qui viennent uniquement de sucs gluans & visqueux, comme en viennent les Ecrouëlles & le Goëtre.

Une précaution qu’il faut encore avoir pour garantir des Ecrouëlles, ou du Goëtre un enfant, c’est de prendre garde de lui donner aucune nourrice non seulement qui en ait été attaquée, mais dans la famille de laquelle quelqu’un de son côté & ligne en soit ou en ait été atteint ; c’est à quoi on ne sçauroit trop veiller.

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Il y a des nourrices qui, en remuant leurs enfans, leur laissent pendre la tête renversée, à peu près comme on laisse pendre celle des veaux de dessus les charettes dans lesquelles on les ameine. Rien n’est plus capable de causer le Goëtre aux enfans, pour peu qu’ils y ayent de disposition. La raison en est évidente. La poche ou le sac qui forme le Goëtre, a pour cause, ainsi que nous l’avons remarqué, une trop grande extension ou dilatation faite en devant, à deux membranes, qui revêtent extérieurement, l’une le conduit de la respiration, & l’autre les muscles du col ; en sorte que l’effort & le tiraillement qu’elles souffrent pardevant, lorsque la tête de l’enfant pend renversée, ne peut que relâcher ces membranes en devant, & former la poche ou le sac dont il s’agit ; ce qui donne lieu aux humeurs de s’y jetter, & de faire ensuite, par l’épaississement qu’elles contractent dans leur séjour, une tumeur plus ou moins considérable, selon que l’humeur qui remplit le sac, a plus ou moins d’épaisseur. Car cette humeur ressemble quelquefois à du miel, quelquefois à de la bouillie, quelquefois à du suif.

Il faut donc prendre garde que les nourrices ne laissent jamais pendre la tête de leurs enfans, lorsqu’elles les tiennent à la renverse sur leurs genoux, ou sur la couche, comme on le leur voit faire si souvent.

Quand l’enfant sera un peu grand, voici ce qu’il faudra observer, pour sa maniere de vivre, afin qu’il n’use de rien, soit pour le boire, soit pour le manger, qui puisse faire en lui des obstructions capables de favoriser la disposition qu’il pourroit avoir au Goëtre ou aux Ecroüelles.

Une partie du regime qui convient pour prévenir l’un, convient aussi pour prévenir l’autre. Le regime commun pour les deux cas fera, 1o. d’avoir soin que l’enfant mange sobrement, rien n’étant plus propre à lui causer le Goêtre ou les Ecroüelles, pour peu qu’il y ait de panchant, que de manger avec excès. 2o. De ne lui jamais donner aucune viande salée ou enfumée, ni aucune légume. 3o. De lui faire boire un peu de vin dans son eau ; mais seulement jusqu’à une légère rougeur, & de mettre dans le vin qu’il boira, un peu de poudre d’yeux d’écrevisses, la dose est d’un gros infusé à froid pendant la nuit dans un demi-septier de vin bien bouché. Il n’est pas nécessaire de faire boire la poudre ; la même peut servir deux ou trois fois, la laissant dans la bouteille, & remettant du vin par-dessus quand la bouteille est finie.

L’usage du Thé, & celui du Caffé, très médiocrement pris, sont encore de très-bons preservatifs contre les Ecroüelles & contre le Goêtre ; mais un point de la derniere importance pour ce qui regarde le Goêtre, c’est de faire ensorte que l’enfant qui est menacé de cette difformité, ne pousse jamais de grands cris : Les cris violens font gonfler les membranes & les muscles du col, & par conséquent peuvent être très-préjudiciables dans un mal qui ne vient que de la trop grande dilatation, ou du trop grand effort de ces mêmes muscles.

L’exercice du chant, peut pour la même raison, être fort nuisible en ce cas ; ainsi les parens doivent dans ces sortes d’occasions, s’abstenir de faire apprendre la Musique à leurs enfant.

En général, il faut se souvenir que pour causer le Goêtre à certaines personnes, un effort qu’elles feront en retenant fortement leur haleine, peut suffire ; comme lorsqu’on souffle fortement dans une clef pour la déboucher ; lorsqu’on léve un fardeau trop pesant ; lorsqu’on mouche avec trop de violence ; lorsqu’étant sur le point d’éternuer, on se retient tout à coup ; lorsqu’une femme en accouchant, souffre un travail laborieux qui l’oblige à retenir trop longtemps son souffle ; lorsqu’étant constipé on veut se dégager le ventre trop promptement ; car dans tous ces cas on fait de grands efforts, & alors le col se gonfle considerablement, ce qui expose les membranes de cette partie à des tiraillemens capables de les rompre, ou de les relâcher. On prendra donc garde que les jeunes personnes qu’on soupçonnera menacées du Goêtre, ne se laissent aller à aucun effort qui puisse leur faire trop enfler le col.

Si, nonobstant toutes ces précautions, ou faute d’en avoir pris aucune, il arrive qu’une jeune personne soit attaquée du Goêtre, voici comme on la doit gouverner. 1.o Il faut lui faire tenir le même regime que nous venons de prescrire pour préservatif ; 2.o la purger deux ou trois fois dans l’intervalle de quinze jours ou de trois semaines, avec de la manne ou du syrop de fleurs de pescher, dont la dose se reglera suivant l’âge ; 3.o fondre peu à peu la tumeur du Goêtre avec l’emplâtre Diabotanum qu’on y appliquera. (Cet emplâtre se trouve chez tous les Apotiquaires) en user long-tenus, & ne le renouveller que de huit en huit jours. 4.o Faire prendre à la jeune personne, tous les matins à jeun, pendant quinze, vingt, ou trente jours, dans un petit verre de vin blanc, un gros d’os de séche, bien pulvérisé, & autant d’éponge déchée à un grand feu, puis réduite en poudre ; passer l’un & l’autre par un tamis bien fin, ensorte que le tout soit presque impalpable.

Ou bien, prendre quatre petits morceaux de drap de diverses couleurs, excepté de verd, un peu d’éponge, & une douzaine de cloportes. Les morceaux de drap doivent être chacun du poids d’une once, & l’éponge de deux, calciner tout cela ; & quand on l’aura bien réduit en cendre, le partager en quatre doses égales, pour être prises en quatre jours, une chaque matin à jeun dans un œuf frais, ou dans du pain à cacheter. Au bout des quatre jours recommencer, & continuer quatre autres jours. 5.o Remplir de liége rapé, un petit sachet de toile, l’attacher au col de l’enfant ; le lui faire porter jour & nuit, pendant quelques semaines ; 6o mettre du liége dans l’eau que l’enfant boira, & y faire bouillir ce liége un quart d’heure, plus ou moins, la dose du liége doit être d’environ un demi-quarteron sur quatre livres d’eau ; il faut que l’eau soit de riviere dans les endroits où l’on en boit, comme à Paris, & en quelques autres Villes ; mais à Lyon, par exemple, où l’eau de la Saône & du Rhône est malsaine à boire, & où l’on ne boit que de l’eau de puits, qui y est très-saine, il faut bien se garder de donner à l’enfant d’autre eau que de celle de puits.

Cette eau de liége se peut boire avec du vin, & sans vin ; mais aux repas il est mieux d’y glisser un peu de vin. Au reste afin que le liége communique bien sa qualité à l’eau, il faut qu’il soit attaché avec un fil à un petit caillou ; ensorte que le caillou demeurant au fond du coquemar, empêche par le moyen du fil, le liége de monter sur l’eau, & le tienne suspendu au milieu du vaisseau.

Quand aux Ecroüelles, voici la plus sure maniere de les guérir, en cas qu’elles ne soient pas trop invétérées. Il faut 1.o prescrire le même régime que nous avons marqué plus haut pour préservatif ; 2.o faire boire tous les jours à la personne, & suivant sa commodité, un verre de la potion suivante, pour procurer une douce transpiration. Prendre quatre livres & demie d’eau commune, & y mettre deux onces de racine d’esquine, coupée bien menu ; faire boüillir l’eau avec la racine jusqu’à diminution du tiers ; puis y jetter une once de raisins de carême. Passer ensuite le tout par un linge, & y ajouter un gros de canelle, avec un demi-clou de girofle. 3.o Entretenir le ventre libre ; 4.o faire user deux eu trois fois la semaine, de masticatoires & de sternucatoires doux. Les masticatoires seront un peu de mastic en larmes & les sternutatoires une ou deux pincées de fleurs ou de feüilles de doronie à feüilles de plantain, mises dans le nez. 5.o Appliquer sur les Ecroüelles, l’emplâtre de vigo ; 6.o & c’est ici l’essentiel, purger, souvent avec le sel d’ebson, pour debarrasser le mesentere ; je dis, pour débarasser le mesentere, parce que ce ne sont pas seulement les glandes du col qui sont engorgées dans les Ecroüelles, mais que celles du mesentere le sont encore plus.

Quand on ouvre des enfans morts d’Ecroüelles, on y trouve toujours les glandes du mesentere gonflées, dures & schirreuses ; il y a même quelquefois de ces glandes qui pesent jusqu’à trois onces, & on en a vû peser jusqu’à quinze.

Le mesentere qui est la partie à laquelle tiennent les intestins, est la source des Ecroüelles ; & quand il n’y a point d’obstruction dans le mesentere, le col est toujours exempt de la maladie dont il s’agit. Le fait est constant. Vous aurez beau faire tous les remedes imaginables, tant internes qu’externes, pour guérir les Ecroüelles, si vous ne dégagez le mesentere, vous ne viendrez à bout de rien. C’est de quoi vous devez être avertis, peres & meres, qui avez des enfans attaqués de cette opiniâtre & difforme maladie.

Le premier pas que vous avez à faire dans cette occasion, est de préparer avec le sel d’ebson, une eau minérale, dont l’enfant boive journellement. Cette eau minérale artificielle est un furét qui pénétre jusques dans les plus profonds replis du mesentere, & va dissoudre les matières gluantes & visqueuses qui en obstruent les glandes.

La préparation en est facile : il n’y a qu’à jetter un gros de sel d’ebson dans une livre d’eau commune, & voilà l’eau minérale faite. Il n’est pas nécessaire de la faire boüillir. Elle est sans aucun goût à cause de la petite quantité de sel d’ebson qui y entre. Il en faut boire & aux repas & hors des repas, en guise d’eau ordinaire, selon la soif ; mais aux repas, on peut y mettre un peu de vin. Elle ne purge point, elle tient seulement le ventre libre, & prépare à la purgation ; laquelle pour une jeune personne au-delà de quatorze ans, doit consister en une once de sel d’ebson, délayé dans un demiseptier d’eau commune un peu chaude, ou dans boüillon, & pour une jeune personne au-dessous de cet âge, en une moindre quantité à proportion, c’est-à-dire deux gros pour un enfant de trois ans, trois gros pour un enfant de quatre, & ainsi en augmentant selon l’âge. Cette purgation doit se renouveller tous les dix ou douze jours, jusqu’à guérison.

On ne voit dans plûpart des Livres de Médecine, que remedes sur remedes contre les Ecroüelles ; mais de tous ces remedes il n’y en a pas un qui aille si bien au fait que celui-ci, aucun qui tende si bien à débarasser le mesentere, d’où les glandes du col tirent cependant dans cette occasion, tout ce qui les engorge.

Quand les Ecrouüelles seront guéries, continuez de faire observer à l’enfant, un régime exact. Qu’il ne mange ni patisseries lourdes, ni fromages, ni aucune viande grossiere.

Tous les matins à son lever ; qu’il boive trois ou quatre cuillerées d’eau de lait. Vous le dispenserez par-là du besoin d’être purgé souvent ; rien au reste n’est plus aisé à faire que l’eau de lait. En voici la maniere.

Faites distiller au bain marie, dans un alembic de verre, six livres d’excellent lait de vache, jusqu’à ce que vous en ayiez retiré trois livres d’eau claire, ou au plus, trois, livres & demie ; mais si claire, que vous ne puissiez, à l’œil, la distinguer de l’eau commune la plus pure & la plus chrystalline. Conservez cette eau pour en donner à la jeune personne tous les matins à jeun trois ou quatre cuillerées, comme nous avons dit ; il les lui faut donner tiédes.

Quand elle sera finie, distillez d’autre lait, de la même maniere, & ayez loin de bien nétoyer auparavant, le fond de l’alembic.

Il faut éviter de faire ici à feu sec, la distillation du lait, au lieu de la faire au bain marie ; car en la faisant à feu sec, il est difficile que l’eau qu’on en tire, ne soit un peu âcre. Il faut prendre garde aussi que le lait ne bouïlle à trop gros bouïllons ; car alors l’eau qui en sortiroit, seroit blanche comme le petit lait ; ce qui ne conviendroit pas. Il ne faut ici que le plus liquide & le plus spiritueux du lait.

Cette eau quand elle est bien faite, a la vertu de nétoyer le mezentere, & de délayer toute la masse du sang. Elle est outre cela, extrémement bonne, contre l’excessive maigreur. Mais ce n’est pas dequoi il s’agit à présent, nous parlerons ailleurs de cet article.

Il y a des glandes écroüellées qui sont pendantes ; il faut lier celles-là avec une soye fine ; serrer d’abord médiocrement la glande ; le lendemain un peu plus, le troisiéme jour encore davantage ; le quatriéme serrer tout-à-fait ; & ensuite attendre en patience que l’Ecroüelle desséchée tombe d’elle-même. Mais il ne faut pas laisser de pratiquer tout ce que nous avons recommandé ci-dessus ; faute de quoi l’Ecroüelle renaîtroit, soit au même endroit, soit ailleurs.


13o. Epaules rondes,
14o. Col enfoncé dans les épaules,
15o. Epaule plus haute ou plus grosse que l’autre,
16o. Epaule qui panche trop d’un côté.

Ce sont de grandes difformités dans la taille, que les épaules rondes, le col enfoncé dans les épaules, une épaule plus haute ou plus grosse que l’autre, une épaule qui panche plus qu’il ne faut, & autres articles dont nous allons traiter de suite.

Pour empêcher les épaules de rondir, il faut avoir soin de porter les coudes bien en ariere, de les poser sur les hanches, & d’avancer la poitrine. Il faut pendant la nuit, coucher le plus à plat qu’il le peut ; & si une épaule est plus grosse, on fera coucher l’enfant sur le côté opposé à cette épaule ; car l’épaule sur laquelle on se couche, s’élève toujours sur la surface du dos.

Les Nourrices, les Sevreuses, les Gouvernantes, qui suspendent sans cesse un enfant par la liziere, en le soulevant en l’air, l’exposent à avoir le col enfoncé dans les épaules.

Les Maitres & Maitresses à lire ou à écrire, qui font lire ou écrire un enfant sur une table trop haute, & qui monte au-dessus des coudes de l’enfant, (car il faut qu’elle soit deux doigts plus basse) l’exposent à la même difformité d’avoir le col enfoncé dans les épaules.

Cet inconvénient est difficile à éviter dans les Ecoles d’Enfans, où il n’y a d’ordinaire qu’une même table pour tous, de quelque taille qu’ils soient ; ensorte que cette table qui se trouvera proportionnée pour quelques-uns, sera trop haute ou trop basse pour un grand nombre d’autres ; ce qui ne peut porter qu’un notable préjudice à la taille de ces derniers ; car ceux pour qui la table est trop haute, sont obligés de lever les épaules plus qu’il ne faut ; ce qui, à la longue, leur rend le col enfoncé ; & ceux pour qui elle est trop basse, sont obligés de se voûter, & d’avancer les épaules en arriere, ce qui leur fait courir le risque de devenir bossus, ou d’avoir au moins, les épaules rondes.

Ce que je dis des tables à écrire, je le dis des tables à manger : Il faut que la table sur laquelle on fait manger un enfant, ait la même proportion que celle sur quoi on le fait écrire ; c’est une attention très-nécessaire, & dont la plupart des parens ne s’avisent point.

Il est très-à-propos que les enfans, dès que l’on commence à les sevrer, mangent à la même table que leurs peres & meres. Mais comme cette table est trop haute pour eux, il faut leur donner des sieges plus hauts à proportion, & un marche pied sous leurs jambes ; car il ne faut jamais les leur laisser pendre, nous en verrons la raison plus bas.

Quand on voit qu’un enfant a de la disposition à enfoncer le col dans les épaules, on ne doit jamais le laisser asseoir dans des sieges qui ayent des accoudoirs. Ces accoudoirs, quand il s’en sert, lui font monter les épaules, & il arrive delà que le col y demeure enfoncé.

On doit éviter, pour la même raison, de lui donner de ces roulettes où l’on a coutume de mettre les enfans, pour les empêcher de tomber, & pour s’épargner sa peine d’être toujours auprès d’eux. Ces roulettes ont des accoudoirs très-haut sur lesquels s’appuyent les enfans, & qui leur font tout de même lever les épaules.

Si le défaut est contrarié, il faut se servir des mêmes moyens que nous avons conseillés pour précaution, & outre cela donner souvent de petits coups de la main sur les épaules de l’enfant ; ces petits coups qui sont aussi très-nécessaires avant que le mal soit contracté, produisent plus d’effet qu’on ne pense si l’enfant est un peu grand ; car à chaque fois qu’on lui frappe sur les épaules, il fait un petit effort pour les baisser, lequel étant souvent réïtéré, les met enfin au niveau où elles doivent être à l’égard de la partie inférieure du col.

Lorsqu’un enfant panche trop l’épaule sur un côté, voici ce qu’il est à propos de pratiquer : si par exemple, il la panche trop sur le côté gauche, dites-lui de se soutenir sur le pied droit ; car en se soutenant alors sur ce pied, à l’exclusion de l’autre, qui, dans ce temps-là, demeure oisif, il arrivera nécessairement que l’épaule droite qui levoit trop, baissera ; & que l’épaule gauche qui baissoit trop, levera ; cela se fait naturellement en vertu de l’équilibre, sans quoi le corps seroit en risque de tomber, parce que lorsqu’on se soutient sur un pied, la jambe opposée, qui, alors est naturellement un peu pliée, ne soutient point le corps, elle demeure sans action & comme morte ; ainsi qu’on le voit dans les enfans qui joüent au jeu de cloche-pied ; de sorte qu’il faut nécessairement que le poids d’en haut qui porte sur cette jambe, renvoye le centre de sa pesanteur sur la jointure de l’autre jambe qui soutient le corps[23].

Si, tout de même, l’enfant panche trop l’épaule sur le côté droit, dites-lui de se soutenir sur le pied gauche.

Un autre moyen pour corriger un enfant qui leve ou qui baisse trop une épaule, c’est de lui mettre quelque chose de lourd sur l’épaule qui baisse, & de ne point toucher à celle qui leve ; car le poids qui sera sur l’épaule qui baisse, la fera lever, & obligera en même temps, celle qui leve, à baisser.

L’épaule qui porte un fardeau, monte toujours plus haut que celle qui n’est pas chargée ; & alors la ligne centrale de toute la pesanteur du corps & du fardeau, passe par la jambe qui soutient le poids. Si cela n’étoit pas, le corps tomberoit. Mais la nature y pourvoit en faisant qu’une égale partie de la pesanteur du côté opposé à celui où est le fardeau, ce qui fait l’équilibre ; en sorte que le corps est obligé alors, de se pancher du côté qui n’est pas chargé, & de s’y pancher jusqu’à ce que ce côté non chargé participe au poids du fardeau qui se trouve de l’autre côté ; d’où il resulte que l’épaule chargée se hausse, & que celle qui ne l’est pas se baisse.

Telle est la méchanique que la nature employe dans cette rencontre, pour soulager le corps[24]. Méchanique qui fait voir l’erreur de ceux, qui, pour obliger un enfant à baisser une épaule qu’il leve trop, lui mettent un plomb sur cette épaule ; s’imaginant que ce poids la lui fera baisser ; puisqu’au contraire c’est le moyen de la lui faire lever davantage.

Au lieu de mettre un poids sur l’épaule qu’on veut faire lever, on peut se contenter de faire porter par l’enfant avec la main qui est du côté de cette épaule, quelque chose d’un peu lourd ; comme une chaise de paille, ou autre chose de semblable. Il ne manquera point alors, en soulevant la chaise, de lever l’épaule de ce côté-là, & de baisser l’autre.

Cet expédient est sur-tout, d’une grande utilité quand un enfant a la taille considérablement plus tournée d’un côté, que de l’autre, car il n’y a alors qu’à lui faire lever la chaise avec la main qui est du côté vers lequel la taille panche. Il ne manquera point de se pancher du côté opposé ; ou bien faites-lui porter sous le bras, quelque autre chose de pesant ; un gros Livre, par exemple, le même effet arrivera.

L’Orthopédie, page116.jpg

Un autre moyen encore, c’est de lui donner à porter une petite échelle, faite exprès ; ensorte qu’il la soutienne d’une épaule qu’il posera sous un échelon. L’épaule sur laquelle sera l’échelon, levera, & l’autre baissera. On peut faire construire de petites échelles pour ce dessein, proportionnées à l’âge & à la taille des enfans. Ils se feront un plaisir & un jeu de les porter.

Lorsque l’on souleve d’un bras un tabouret ou une chaise, l’épaule de ce côté-là hausse, & l’autre baisse ; comme nous venons de le remarquer : mais il faut observer que si l’on porte avec la main pendante, un vase qui ait une anse posée de niveau avec le bord du vase, & que l’on porte ce vase par l’anse, ensorte 1.o que le doigt indice ou second doigt, entre dans l’anse & la soutienne par le haut, 2.o que le doigt du milieu ou troisième doigt aille sous l’anse, & en soutienne le bas. 3.o que le poulce passe sur l’anse & que ce poulce appuyant en cet endroit sur le bord du vase même, entre un peu dans le vase[25], alors l’épaule du bras qui porte le vase, ne se hausse pas comme dans les cas précédens, mais se baisse au contraire. Ainsi c’est un autre moyen dont on peut facilement se servir à l’égard de toute jeune personne qui leve trop une épaule.

En voici encore un autre qui n’est pas moins naturel, & qui paroît plus simple. Si l’enfant leve trop une épaule, faites-le marcher appuyé de ce côté-là, sur une canne fort basse, & si au contraire il la baisse trop, donnez-lui une canne un peu haute ; puis, quand il voudra se reposer, faites-le asseoir dans une chaise à deux bras, dont l’un soit plus haut que l’autre, ensorte que le bras haut soit du côté de l’épaule qui baisse, & l’autre du côté de celle qui leve.

Le moyen qui suit est encore bien aisé : si on se quarre d’un bras, c’est-à-dire, qu’on plie le bras comme une anse, en appuyant le poing sur la hanche du même côté, l’épaule de ce côté-là, lèvera, & l’autre baissera ; si l’on couche alors l’autre bras le long du corps, ensorte qu’on le laisse pendre jusqu’à l’endroit de la cuisse auquel il peut atteindre ; alors l’épaule de ce côté-là, baissera davantage ; voilà des expédiens bien simples, pour faire lever à un enfant une épaule qu’il baisse trop.

J’ajoute que si on enmaillote un enfant, en lui laissant un bras dehors, l’épaule du bras qui sera dehors, baissera, & celle du bras, qui sera dans le maillot, levera.

Les Peres & les Meres peuvent prendre sur tout cela, de justes mesures pour ce qui regarde la taille de leurs enfans. Mais ce ne sont pas là les seules difformités qu’en fait de taille ils ayent à prévenir ou à corriger dans leurs enfans, en voici d’autres, ausquelles ils ne sçauroient donner trop d’attention ; c’est la taille en dos cuiller, c’est la bosse, c’est l’enfoncement, c’est la tortuosité.


17o. Taille en dos de cuiller.

La taille en dos de cuiller, a la même figure, par sa partie postérieure & supérieure, que le dos d’une cuiller. Cette difformité se contracte en creusant la poitrine, en serrant le haut des épaules par-devant, & en amenant les bras sur l’estomac, comme font certaines personnes en priant Dieu, lesquelles s’imaginent que cette posture est essentielle à la dévotion.

Il faut, pour prévenir la difformité dont il s’agit, pratiquer tout le contraire de ce qui en est la cause ; & pour la corriger il n’y a pas, non plus, meilleur moyen que celui-là.

La taille en dos de cuiller, se contracte en creusant la poitrine ; faites-la avancer à l’enfant ; elle se contracte en serrant le devant des épaules, faites-les lui retirer en arriere ; enfin, elle se contracte en avançant les bras sur l’estomac, faites-les lui porter vers les côtés. Il ne s’agit ici, peres & meres, que d’une grande attention, c’est plus l’affaire de vos mains & de vos avertissemens, que d’autre chose.


18.o Bosse, enfoncement, tortuosité.

Ces difformités sont l’effet du déjettement de l’épine : déjettement qui peut procéder ou d’une chute, ou de quelque effort qu’on aura fait en voulant soulever quelque chose de trop lourd, comme il arrive souvent aux enfans qui se plaisent à se porter les uns les autres ; ou d’une habitude à se courber, à se pancher, à se renverser ; ou d’un suc visqueux qui aura, de lui-même, déplacé les vertebres de l’épine, en relâchant trop les ligamens ; ainsi qu’il arrive aux enfans noüés ; ou enfin de naissance, à l’occasion de quelque mouvement violent de l’enfant dans le ventre de la mere.

Ce déjettement se fait, ou en dehors, ou en dedans ; ou en dehors & en dedans tout ensemble. Quand il se fait en dehors, c’est bosse ; quand il se fait en dedans, c’est enfoncement ; quand il se fait en dehors & en dedans tout ensemble, c’est tortuosité ; & il a pour lors, la forme d’une S, soit directe comme celle-là, soit renversée comme celle-ci S.

La bosse est une éminence qui s’éleve ou sur le devant de la poitrine ou sur le dos. Dans le premier cas, la partie antérieure de la poitrine, que nous avons appellée sternum[26] ou plastron, forme une pointe aiguë, à peu près faite, selon la comparaison ordinaire, comme cette avance qui se remarque sur la poitrine d’une vieille volaille. Dans le second à cas, l’épine forme un arc sur le dos.

Quelques Anatomistes regardent cet arc comme naturel à l’épine, & prétendent qu’on peut dire en un sens, que l’homme est naturellement bossu, parce que dans le ventre de la mere, il a, disent-ils, l’épine en rond, & qu’il est comme une boule ; mais la plus part des plantes lorsqu’elles sont cachées dans leurs graines, & qu’elles commencent à en éclorre, sont en forme d’arc ou de boucle, comme il se voit dans les pois, dans les féves, & autres végétaux ; cependant elles se redressent d’elles-mêmes, & ont si peu de disposition à rester courbées, que si on met quelque obstacle à ce redressement, en chargeant de terre leur courbure, ou en mettant dessus quelque autre chose d’un peu pesant, elles emportent l’obstacle, & font lever, avec elles, la charge ; après quoi elles se redressent à vue d’œil, & prennent une situation très-directe, ce qui vient de ce que dans la plante, il y a des fibres musculeuses, qui, lorsqu’elle est courbée, sont comme autant de ressorts tenus en violence, lesquels la font lever, dès que les lobes de la graine & la pesanteur de la terre, ne la retiennent plus. Or, comme il y auroit de l’absurdité, à dire que les plantes naissent avec une disposition naturelle à demeurer courbées, à cause qu’étant renfermées dans leurs graines, elles ont la tige courbée, il n’y en a pas moins à dire que l’homme vient au monde avec une disposition à être bossu, parce que dans le ventre de la mere, il a l’épine en rond. Quoiqu’il en soit, la bosse, tant celle du sternum, c’est-à-dire du devant de la poitrine, que celle du dos, se corrige dans les enfans en la pressant doucement avec les mains ; cette douce compression, quand elle est souvent réitérée, dispose peu à peu les os soit de l’épine, soit du sternum, à reprendre leur place. Mais il faut avoir soin de frotter en même tems l’épine ou le sternum, avec de l’huile de muscade. On en. met un peu dans le creux de la main ; puis, on passe & repasse la paulme de la main sur l’épine du dos, où sur le devant de la poitrine, selon l’endroit où est la bosse. L’usage d’un corset de baleine, pour presser modérément la partie qui fait la bosse, est fort à conseiller ici.

Ayez soin, au reste, premiérement, que le lit de l’enfant ne soit point trop mollet, & qu’on n’y mette point d’oreiller. Secondement que l’enfant s’y tienne souvent couché sur le dos ; de maniere que la tête & l’épine, soient le plus qu’il se pourra en ligne directe.

Il est important de remarquer que la courbure de l’épine ne vient pas toujours du vice même de l’épine, mais qu’elle procede quelquefois de ce que les muscles de devant, sont trop racourcis, & par ce racourcissement, font courber l’épine, comme la corde d’un arc fait courber l’arc. On a beau frotter alors, l’épine avec toutes les drogues du monde, c’est inutilement ; il faut frotter le devant du corps & non le dos, pour ramollir ces muscles & les assouplir ; sans quoi c’est faire la même chose que si pour redresser un arc, on s’appliquoit à rammollir le bois de l’arc, au lieu de songer à relâcher la corde qui le tient courbé.

On demandera comment on peut connoître quand la bosse du dos vient du raccourcissement des muscles de devant ? Cela se connoît en examinant le devant du ventre jusqu’au devant de la poitrine : Si l’on apperçoit au ventre ; quelque roideur & quelque tension, c’est une marque que les muscles du ventre sont trop courts, & que par ce défaut de longueur, ils font faire à l’épine, que la corde de l’arc fait faire à l’arc. Alors, au lieu de frotter l’épine, il faut frotter le devant du corps avec des choses émollientes (telles que l’huile de vers, la décoction de mauve & guimauve) tout le long du corps, en devant, depuis la poitrine inclusivement, jusqu’au bas du ventre. Les muscles étant alors ramollis, prêteront, & ils donneront lieu à l’épine de se redresser.

Si la taille fait un creux, en sorte que l’épine soit courbée en dedans, ce qui est le contraire de la bosse du dos, faites souvent courber l’enfant. Jettez-lui pour cela des cartes, ou des épingles sur le plancher, il se fera un plaisir de les ramasser. La situation qu’il sera obligé de prendre pour en venir à bout, contraindra, à la longue, l’endroit creux de son épine à revenir en devant.

Si l’épine se déjette en maniere d’S, & fait la tortuosité, le meilleur parti qu’il y ait à prendre alors, en quelque sens que soit la tortuosité, c’est de recourir à des corsets rembourrés, de maniere que les endroits rembourrés répondent bien aux excédences qui doivent être repoussées ; il faut au reste, renouveller ces corsets tous les trois mois, au moins.

Il y a ici une observation importante à faire, c’est qu’à mesure que les excédences diminueront, il faudra grossir les rembourrures, sans quoi l’on perdroit toute sa peine, & l’on courroit même le risque, non seulement de rappeler la tortuosité, mais de la rendre encore plus grande. Cela demande de l’attention, & une attention dont il n’y a gueres que des peres & des meres qui soient capables.

Voici un moyen qui n’est pas à négliger, pourvu que l’enfant n’ait pas plus de huit à neuf ans.

Faites faire un pain long, avec de la pâte de seigle, la plus grossiere ; dans laquelle soit mêlé un peu d’anis. Quand ce pain sera tiré du four, ôtez-en aussitôt la croûte de dessus, & sur ce pain tout chaud, que vous prendrez garde néanmoins qui ne le soit point trop, étendez votre enfant nud & à la renverse, de maniere qu’il ait le dos appliqué sur ce pain, depuis la nuque jusqu’au croupion. Couvrez l’enfant d’une couverture qui ne soit ni trop lourde ni trop légere, & le tenez en cet état, jusqu’à ce que le pain commence à n’être plus chaud, si l’enfant, quelque tems après, vient à sentir une démangeaison au dos, ce fera un bon signe ; mais qu’il en sente ou non, continuez cette manœuvre, huit à dix jours tous les matins, en faisant faire pour chaque fois, un nouveau pain de seigle. Puis purgez l’enfant avec un peu de casse, ou d’eau de rhubarbe, trois jours de suite ; après quoi recommencez à le mettre, comme auparavant, sur le pain de seigle, & continuez environ quinze jours.

Si pendant ce temps-là, l’enfant commence à sentir des douleurs à l’épine, ce sera un bon présage, & vous le verrez bien-tôt commencer peu à peu, à se redresser ; quelquefois même, sans qu’il sente, ou des douleurs, ou de violentes démangeaisons, la nature se rétablira.

En cas que l’enfant n’eût pas le ventre libre, il faudroit le lui rendre tel par l’usage fréquent d’un peu de jus de pruneaux où l’on auroit fait boüillir légérement un gros ou deux de senné.

Comme la difformité dont il s’agit, vient souvent de ce que l’enfant est noüé, il est important d’examiner quel traitement elle demande quand elle procede de cette cause.


19.o Taille difforme par la maladie qui rend les enfans noüés.

Quand les difformités dont nous venons de parler, ont une telle cause, il faut joindre aux secours precédens, les secours suivans, qui sont 1o. de mettre un peu de vin blanc, mais du meilleur, dans l’eau que l’enfant boira ; 2o. de le faire coucher sur une paillasse de feüilles de fougere femelle séchées à l’ombre, je dis de fougere femelle, c’est-à-dire de celle qui a une tige. 3o. De le purger tous les quinze jours avec un peu de syrop de fleurs de pêcher, ou de syrop de chicorée composé de rhubarbe ; 4o. de lui faire boire tous les matins une petite tasse de thé ; 5o. de l’exciter à s’agiter un peu.

On propose diverses machines pour agiter un enfant noüé, & lui faire faire des mouvemens capables de lui redresser l’épine, & les autres parties du corps ; mais sans recourir à toutes ces inventions, on ne peut rien faire de mieux pour cela, que de lui jetter tous les matins quelques goûtes d’eau au visage, comme on le pratique à l’égard des personnes qui s’évanoüissent. L’enfant fera alors des mouvemens subits qui contribueront d’une maniere surprenante à lui redresser l’épine & les autres parties du corps ; on produira le même effet, en lui appliquant sur les bras, depuis le poignet jusqu’au coude, un linge trempé dans du vin blanc, & frottant aussi-tôt les bras avec une serviette bien séche. L’enfant fera alors des mouvemens de tous les muscles de son corps ; les visceres même en seront émus. On ne sçauroit croire combien de tels mouvemens seront efficaces. Ils auront beaucoup plus d’effet que tous les exercices qu’on pourroit procurer par les escarpolettes, & autres machines semblables. Quant aux escarpolettes, on en fait de plusieurs sortes à ce dessein, & une entre autres, où l’on engage le corps de l’enfant par le moyen d’un bandage qui lui embrasse la poitrine, lui passe sous les aisselles, & venant en même temps, lui tourner sous le menton, lui soutient la tête. L’on balance l’enfant de côté & d’autre dans cette machine, & alors la pesanteur du corps suspendu, jointe aux mouvemens que l’enfant fait de lui-même, oblige les ligamens à se relâcher & à s’allonger. Mais ce qui contribuë le plus à cet allongement de membres, c’est la peur qu’a l’enfant de tomber, étant ainsi balancé, parce que cette crainte lui fait faire des mouvemens extraordinaires ; tous les muscles dans ce temps-là, étant en action. La joye que ressentent au contraire quelques autres enfans, de se voir ainsi balancés, leur fait faire des trésaillemens qui produisent le même effet pour ce qui regarde les muscles. Chez les Negres[27] on donne aux bras & aux jambes des enfans nouveaux nés, une espèce d’estrapade qui contribuë beaucoup à les empêcher d’être noüés ; mais on ne sçait dans ce Pays-là, non plus que chez les sauvages du Canada, & dans le Bear, ce que c’est que d’enmaillotter les enfans, on laisse agir la nature en toute liberté : & comme elle entend mieux son métier que ne l’entendent toutes les Sages-femmes, toutes les Remueuses & toutes les Nourrices du monde, elle conduit si bien ces petites créatures, qu’on n’y en voit point de bossuës & d’estropiées, comme on en voit en France ; ces estrapades sont fort utiles pour aider les enfans à se redresser ; mais outre que c’est un opera que toutes ces machines, le moyen simple & facile que nous avons proposé, l’emporte sur tout cela, par les heureux effets qu’il produit.

On peut, au lieu d’appliquer sur les bras de l’enfant, une serviette trempée dans du vin blanc, y verser doucement un peu d’eau tiede[28] mêlée de quelques goutes d’eau-de-vie, puis bien essuyer les bras avec un linge sec.

Si l’on frotte l’épine, depuis la nuque jusqu’au croupion, avec un linge mouillé d’eau & d’un peu d’eau-de-vie, & que l’on continue le long des cuisses jusqu’aux talons, le succès sera plus prompt. Mais il faut toujours avoir soin de bien essuyer ensuite avec un sec.

Pour redresser les enfans noüés, c’est encore un bon expédient que de leur chatoüiller quelquefois la plante des pieds, ou les reins. Cela leur fait faire des mouvemens qu’ils ne feroient jamais sans cela, & ces mouvemens sont si efficaces, qu’ils suffisent quelquefois sans autre secours, pour faire reprendre à la taille sa figure naturelle.

Quatre causes concourent à rendre les enfans noüés ; la premiere, une abondance excessive de sucs indigestes qui croupissent dans l’estomac, dans les intestins, & dans tout ce qu’on appelle les premières voyes ; la seconde, une viscosité universelle dans la masse du sang, dans toutes les jointures, & dans tous les articles ; la troisiéme, une âcreté corrosive que contractent les sucs nourriciers, faute d’une circulation suffisante qui les adoucisse ; la quatriéme, une obstruction générale dans les fibres des muscles ; quatre causes ausquelles on ne peut rien opposer de plus puissant que les divers moyens que nous venons de marquer, principalement ceux qui excitent le corps à s’agiter extraordinairement. Les émotions considérables des membres assouplissent nécessairement les ressorts du corps ; il ne faut point de grands raisonnemens pour s’en convaincre ; l’expérience dépose là-dessus d’une maniere à lever toute sorte de doute.


20o. Taille difforme ou par luxation, ou par fracture, ou par obstruction.

Au reste, quand les enfans ont la taille difforme par quelque coup, cette difformité vient ordinairement de luxation ou de fracture, & est très-difficile à corriger. Il faut que les parens consultent alors quelque Médecin & quelque Chirurgien expérimenté ; & encore avec tous les secours des Experts, il est très-à-craindre que l’enfant n’ait le sort de l’infortuné Miphiboseth, fils de Jonathas. Sa nourrice, comme il n’avoit que cinq ans, l’ayant pris entre ses bras, pour le sauver des mains des Philistins, & s’étant mise à courir, le laissa tomber ; le jeune Prince devint tout-à-fait difforme de cette chute, rien ne le pût guérir, & il en resta boëteux des deux jambes[29].

Quand la difformité ne vient pas d’une chute ou de quelqu’autre coup, elle est ordinairement causée par obstruction, & non par luxation, ce qui demande que l’on fasse alors des fomentations sur l’épine, avec des choses volatiles & spiritueuses pour dissiper les obstructions. Je ne puis là-dessus me dispenser de citer l’exemple d’une personne de condition dont parle Kerkging, laquelle fut guérie d’une courbure en devant par des purgatifs & par des fomentations que ce Médecin lui ordonna ; après que la personne eut enduré bien des tourmens que ses Chirurgiens lui avoient fait souffrir pour lui remettre les vertebres que ces Chirurgiens s’imaginoient être laxées, & qui ne l’étoient pas.


21o. Difformités de la taille qui viennent 1o. de ce qu’on emmaillotte mal les enfans. 2o. De ce qu’on les situë mal dans le berceau. 3o. De ce qu’on les porte mal entre les bras.

La plûpart des difformités qui attaquent la taille des enfans, viennent de ce qu’on n’a pas soin de les emmailloter comme il faut ; & je ne sçai si de la maniere dont on s’en acquitte, il ne vaudroit pas mieux suivre l’usage des Negres & de quelques autres Nations, qui comme nous l’avons remarqué ci-devant, n’enmaillottent jamais leurs enfans, plutôt que de contraindre à force de bandes serrées, les membres tendres & délicats d’un enfant, qui, pour peu qu’on les violente, ne peuvent prendre qu’une mauvaise figure. Pour emmaillotter comme il convient, un enfant, il faut d’abord lui coucher le corps en ligne directe, puis lui étendre bien également les bras & les jambes ; en suite tourner autour du corps les langes & les bandes sans les trop tirer, car il faut qu’ils ne fassent que contenir simplement ce qu’ils environnent ; surtout l’endroit de la poitrine & de l’estomac ; car si ces parties sont comprimées, il en peut arriver des difformités considérables, sans parler des difficultés de respirer, & des vomissemens qui en résultent. La plupart des enfans qui ont peine à respirer, ou qui vomissent, n’ont ces incommodités qu’à cause que dans le maillot on leur serre trop la région de la poitrine & de l’estomac. Quant à l’estomac, comme le foye dans les enfans, est plus grand que dans les personnes faites, il est difficile que les enfans ne vomissent lorsqu’on leur serre trop la région de l’estomac, parce que le foye étant alors comprimé, presse le fond de l’estomac, & empêchant l’aliment d’y être à l’aise, l’oblige à en sortir par la voye du vomissement.

Pour ce qui est de la poitrine, Spigelius ce sçavant Anatomiste, prétend que si les Anglois sont sujets à la pulmonie, & à la maladie de consomption, c’est à cause que dans leur enfance, les nourrices leur serrent trop la poitrine par les bandes dont elles les emmaillottent[30]. Il ne condamne pas moins la coutume pernicieuse qu’ont la plupart des jeunes Demoiselles, de se presser la poitrine avec des busques, pour avoir la taille plus fine ; elles ne sçavent pas, dit-il, qu’elles s’exposent par-là à la phthisie, en ôtant au sang des poumons la liberté de circuler[31].

Au reste, quand on emmaillote un enfant, il faut tourner chaque jour, les bandes d’une maniere différente de celle dont on les a tournées le jour précédent, c’est-à-dire les tourner un jour de droite à gauche ; & l’autre jour, de gauche à droite ; sans quoi il est à craindre que le tronc du corps de l’enfant, & les extrémités ne prennent une conformation vicieuse.

Quand l’enfant est emmailloté, il y a deux précautions à avoir, l’une lorsqu’on le pose dans le berceau, & l’autre lorsqu’on le tient entre les bras. La premiere est de le coucher de maniere que son corps ne porte point à faux ; car sans cela on expose la taille de l’enfant à contracter quelque bosse. La secondé est de le porter tantôt sur un bras, tantôt sur l’autre, de peur qu’étant toûjours porté sur un même bras, il ne se panche toûjours d’un même côté, ce qui peut lui rendre la taille de travers.

Il nous reste à parler de trois autres vices de la taille, qui sont la taille trop épaisse, la taille trop maigre, & la taille toute d’une venuë.

22o. Taille trop épaisse.

La taille trop épaisse est quelque chose de très-difforme, sur-tout dans une jeune personne du sexe. On y remédie en différentes manières ; mais la plus sure est, 1o. de ne point trop dormir, 2o. de boire beaucoup de thé & de caffé, 3o. d’éviter le chocolat, la bierre & tout ce qui est capable de produire des sucs trop nourrissans, 4o. de manger & de boire sobrement, & en fait de vin, de ne boire que du vin blanc, 5o. de faire beaucoup d’exercice à pied, de prendre tous les jours pendant plusieurs semaines, un peu de cendre d’écrevisses délayée dans un œuf frais, ou dans un peu de boüillon. Cette cendre est très-spécifique pour empêcher le corps de contracter trop de graisse ; la dose est d’un demi-gros si la personne a pssé douze ans. Mais en cas qu’elle aie une si grande disposition à engraisser, qu’il faille quelque chose de plus fort, on pourra joindre à cette cendre, celle d’éponge de mer, & d’éponge d’églantier, pour faire de ce mélange une seule poudre, dont la dose sera un demi-gros. Ce remede est si exténuant qu’il peut causer une maigreur trop grande, c’est pourquoi il faudra bien prendre garde à la disposition de la personne ; car à moins qu’il n’y ait à craindre un embonpoint énorme, il ne faudra point recourir a ces trois cendres, mais se contenter de la premiere.

On raconte d’un certain Nicomachus de Smirne, qu’il avoir la taille si épaisse qu’il en étoit presque immobile[32]. L’Empereur Maximilien avoit, tout de même, dit-on, la taille si fournie[33], qu’à chaque moment, il en étoit presque sur le point d’étouffer. Ces sortes de tailles viennent ordinairement par des excès de boire & de manger, long-tems continués. On a vû, il y a quelques années, un enfant de cinq ans devenir par cette cause, aussi gros de taille qu’une personne de quinze ans. Cet enfant, dès qu’il s’éveilloit, demandoit à manger ; il mangea tant & avec tant d’appetit, pendant l’espace de quatre mois, qu’il acquit dans cet espace de quatre mois, une taille aussi grosse que s’il avoit eu quinze ans. L’Histoire porte que son appétit & son accroissement augmenterent toûjours, jusqu’à une fatale débauche de vin, qu’on lui laissa faire, & qui se termina par un vomissement dont il périt[34].

Quelques jeunes personnes, pour se procurer une taille dégagée, mettent du vinaigre dans tous leurs alimens, & en boivent même quelquefois. Ce remede est extrêmement dangereux, & le moindre mal qu’il puisse produire, c’est de rendre pulmonique.

Une jeune Demoiselle, fort riche, jouïssoit il y a peu d’années, d’une parfaite santé ; beaucoup d’embonpoint, bon appétit, teint de roses & de lis. Cet embonpoint lui devint suspect : elle avoit une mere qui étoit d’une taille extrêmement épaisse ; elle craignit de devenir comme elle : une femme qu’elle consulta sur ce sujet, lui conseilla de boire tous les jours, un petit verre de vinaigre ; la jeune personne suit l’avis, & son embonpoint diminuë : charmée du succès du remede, elle le continuë plus d’un mois. Elle commence à tousser, cette toux qui étoit d’abord seche, est regardée comme un petit rhume qui passera. Cependant de seche qu’elle est, elle devient humide ; la fiévre lente survient avec difficulté de respirer ; tout le corps maigrit, & se consume. Les sueurs nocturnes, l’enflure des pieds & des jambes succedent, & la malade finit par un cours de ventre. On trouva à l’ouverture de son cadavre, tous les lobes du poumon remplis de tubercules. Ce poumon ressembloit à un raisin & les tubercules en réprésentoient les grains. Durant le cours de la maladie, le quinquina fut mis en usage, aussi bien que les opiates fébrifuges alkalines, le petit lait d’ânesse, les boüillons d’écrevisses, ausquels on ajoutoit les plantes béchiques pour empêcher que le poumon ne s’ulcérât. La phthisie alla toûjours son train jusqu’à la mort[35]. Jeunes personnes, faites la-dessus vos reflexions.

23o. Taille trop maigre.

La taille trop maigre est une difformité dont il faut moins s’allarmer dans les enfans, que de la taille trop épaisse. Il est un tems où les enfans maigrissent nécessairement, c’est lorsqu’ils commencent à prendre un accroissement sensible, ou comme on dit d’ordinaire, à grandir. Il ne faut point alors s’inquieter de cette maigreur, elle n’est que passagere : mais il y en a une dans laquelle les enfans tombent quelquefois par certains chagrins secrets qu’ils prennent, & qui les font chêmer. Si alors on n’y remédie pas de bonne heure, la substance nourriciere, & l’humide radical qui doivent faire dans le corps de l’enfant, un fond pour l’avenir, se consument de telle maniere, que tout le corps devient comme un squelete.

Il arrive souvent dans ces occasions, que le visage ne laisse pas d’être plein, & de faire honneur, comme l’on dit ; mais toute l’épine du dos & toutes les côtes se décharnent, de maniere que la taille est comme un fuseau.

Quand on soupçonne que cette maigreur vient de ce que l’enfant chême, il faut examiner ce qui le fait chêmer, & l’on verra pour l’ordinaire, que c’est que dans la maison, on témoigne plus d’amitié à quelque autre enfant, & qu’il en a de la jalousie. On ne sçauroit se figurer jusqu’à quel point un enfant est sensible là-dessus ; il cache son chagrin en dedans, & garde sur cela un secret impénétrable ; il faut deviner sa peine. L’unique moyen d’y parvenir, est de témoigner moins d’amitié à son frere ou à sa sœur, à qui je suppose que jusques-là on en a marqué beaucoup. Il faudra alors observer avec attention, ses yeux ; on connoîtra bientôt s’il a de la jalousie ; car s’il en a, il ne s’appercevra pas plûtôt de ce changement, que ses yeux deviendront plus sereins ; on le verra moins sournois & moins rêveur que de coutume. Dès que le mystère sera connu, il faudra absolument prendre le parti de retrancher en la présence de l’enfant, toutes les caresses qu’on avoit coutume de faire aux autres ; lui en faire à lui le plus qu’on pourra ; mais en sorte qu’il ne s’apperçoive pas qu’il y a de la ruse ; car les enfans sont fins de leur côté, & au-delà de tout ce qui se peut imaginer. Ils lisent dans l’ame de ceux qui les approchent ; & là-dessus nous sommes souvent leurs dupes ; ils ne s’appliquent qu’à nous pénétrer. On verra alors l’enfant reprendre chair : Son épine & ses côtes dont on comptoit tous les os, se rempliront, & peu à peu sa taille se formera & se nourrira.

Que les enfans soient capables de jalousie, c’est un point dont on ne sçauroit douter ; ils le sont même étant encore à la mammelle. J’ai vû, dit saint Augustin, un enfant jaloux : il ne sçavoit pas encore prononcer aucune parole, & avec un visage pâle, & des yeux irrités, il regardoit déjà un autre enfant qui tettoit avec lui[36].

24o. Taille toute d’une piece.

J’appelle taille toute d’une piéce, celle qui n’a rien d’aisé, rien de dégagé, une taille qui quoique bien moulée d’ailleurs, à l’air si contraint, qu’il semble que la personne ait un pieu planté le long du corps. Il faut, soit pour prévenir, soit pour corriger cette difformité, exercer les jeunes personnes à des jeux qui les obligent à sauter souvent. Le saut fait faire au corps trois angles, qui s’ouvrent & s’étendent, & qui servent puissamment à dégager la taille. Le premier angle est celui que fait le corps pardevant à l’endroit des hanches, dans la jointure avec les cuisses ; le second, celui de la jointure des cuisses avec les jambes par derriere ; & le troisiéme, celui que forment les jambes par derriere, avec l’os du pied. On ne sçauroit comprendre à quel point, ces flexions & ces extensions réïtérées contribuënt à dégager la tête, l’épine, & les extrémités. Quant à l’épine, qui est la partie dont il s’agit, il faut faire réflexion qu’elle est composée de plusieurs os posés les uns sur les autres, lesquels tiennent ensemble par des cartilages plus ou moins serrés, & plus ou moins souples. Lorsque ces cartilages sont trop serrés & moins souples qu’il ne faut, les os ausquels ils servent de liens, n’ont pas assez de jeu, la taille par conséquent, en a moins aussi, ce qui la roidit & la rend toute d’une piéce. Il s’agit donc, pour corriger ce défaut, de desserrer & d’assouplir les cartilages, qui attachent les os de l’épine les uns aux autres, & c’est de quoi on vient à bout par l’exercice du saut, à raison des angles que cet exercice fait faire au corps, & dont nous venons de parler. Rien, en même temps, n’est plus propre pour faire croître les enfans.

Le port des bras & des mains, celui des jambes & des pieds, contribuent aussi beaucoup à donner à la taille, ou un air dégagé, ou un air gêné. Nous aurons lieu de toucher ce point dans le troisiéme Livre qui suit, en y traitant, comme nous allons faire, des difformités qui attaquent les extrémités du corps.


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LIVRE TROISIEME.

Difformités des Bras, des Mains, des Jambes & des Pieds.


BRAS trop courts ou trop longs,
Jambes trop courtes ou trop longues.



On voit des personnes avoir les deux bras trop courts, ou trop longs ; d’autres en avoir un plus court, ou plus long que l’autre. On en voit avec d’autres difformités de ces parties, comme nœuds, courbures, tortuosités, &c. Je dis la même chose des mains, des jambes, & des pieds. Quand ces défauts viennent de naissance, il n’y a point de remede à y faire ; à moins qu’ils ne soient causés par quelque violence, qu’un Accoucheur ou une Sage-femme ayent fait souffrir à l’enfant.

Un fameux Roi de Perse[37] avoit la main droite plus longue que la gauche, & si longue qu’il en fut surnommé Longue-main. Darius & Alexandre, au rapport de quelques Historiens, avoient les bras si longs, qu’ils leur alloient jusqu’aux genoüils. Il n’est pas rare de voir des personnes avec des bras si courts, qu’elles sont obligées, pour manger ou pour boire, de porter leur bouche à leurs mains.

Quant aux trois Princes dont nous venons de parler, si l’excessive longueur de la main dans le premier, & celle des bras dans les deux autres, eût procedé de quelque tiraillement que ces parties eussent souffert au tems de la naissance, peut être n’eussent-elles pas été incurables. Mais c’étoit un vice naturel de conformation, les meres de ces Princes étant accouchées d’eux sans accident, & n’ayant eu, que l’on sçache, aucun travail laborieux, ce que les Historiens n’auroient pas manqué de rapporter ; aussi ne put-on jamais corriger en eux, cette difformité.

Il est facile de comprendre que des mains ou des bras, que des jambes ou des pieds, peuvent devenir plus longs qu’il ne faut, par quelque tiraillement arrivé à l’enfant dans le ventre de la mere ; une telle difformité néanmoins est plus ordinairement l’effet d’un vice naturel de conformation. Vice qui peut procéder de diverses causes, que ce n’est pas ici le lieu de détailler ; nous remarquerons seulement en passant, que ce qu’on raconte d’une femme enceinte qui, pour avoir regardé attentivement une figure de femme dessinée pour être vûë dans un miroir cylindrique, laquelle étoit réprésentée avec des mains d’une longueur démesurée, accoucha d’une fille qui avoit la même difformité, nous remarquerons, dis-je, que ce qu’on raconte en cela, peut bien n’être pas une fable.

Si une jambe est de la longueur qu’il faut, & que l’autre paroisse excéder cette longueur naturelle, alors l’excédence de longueur, peut, comme nous l’avons remarqué, venir de naissance, ou avoir été contractée depuis. Dans le premier cas elle peut procéder de quelque violence faite à la jambe ou à la cuisse de l’enfant quand il est venu au monde. Elle peut procéder aussi d’un vice naturel de conformation. Si elle vient de quelque violence qu’ait souffert l’enfant en venant au monde, on ne manquera point de s’en appercevoir, en examinant la partie du tronc nommée le Bassin, de laquelle nous avons fait mention dans le premier Livre, pag. 69. Le bassin alors se trouvera de travers, & panché du côté de la jambe qui paroîtra trop longue ; car jamais quelques tiraillemens qu’un Accoucheur fasse à la jambe de l’enfant, il ne pourra la rendre plus longue qu’en un sens impropre, qui est de la faire avancer davantage, en tirant le bassin de ce côté-là ; tout comme en tirant en bas, par un côté, le balancier d’une balance, on ne manque point de faire pancher de ce côté-là, le cordon qui y est attaché, sans que pour cela le cordon devienne plus long. Or, lorsque dans un enfant nouveau né, on voit le bassin ainsi panché, on a lieu de soupçonner que cette difformité, quoiqu’absolument parlant, elle puisse aussi venir d’un vice narutel de conformation, vient de quelque tiraillement qu’aura souffert l’enfant par la main de l’Accoucheur ou de l’Accoucheuse ; & alors on pourra tenter d’y remedier en essayant de remettre le bassin dans son assiete naturelle, comme nous l’enseignerons ci-après.

Mais si, sans que le bassin soit panché, la jambe paroît plus longue qu’il ne convient, on doit s’assurer qu’il y a vice naturel de conformation, & qu’ainsi la chose est sans remede.

Ce que je dis de la jambe trop longue, je le dis de la jambe trop courte ; car il est visible que si un côté du bassin a été repoussé en en haut, par quelque violence que ce puisse être, la cuisse qui y est attachée, & par conséquent la jambe, doit se porter davantage en en haut, & ainsi paroître plus courte. Il en est de même des bras : jamais un Accoucheur ne rendra un bras plus long, quelque tiraillement qu’il y fasse ; mais il pourra bien faire que l’un paroisse plus long que l’autre, parce qu’à force de tirailler le bras, il pourra faire pancher l’épine de ce côté-là ; or l’épine panchant d’un côté, il est naturel que le bras du même côté avance plus que l’autre, sans cependant être plus long.

Le bras, la main, la cuisse, la jambe, le pied, peuvent être, dès le ventre de la mère, ou devenir après la naissance, plus courts qu’il ne faut ; & cela par l’effet de quelque dessechement, ou de quelque vice de conformation. Robert III. Duc de Normandie, avoit une cuisse plus courte que l’autre, ce qui le fit surnommer Courte Cuisse ; mais on ne sçait point d’où lui vint cette difformité.

Quoiqu’il en soit, un bras, une cuisse, une jambe, peuvent paroître trop courts sans l’être réellement : il ne faut, pour cela, sans parler d’autres causes, qu’une luxation ; mais avant que de traiter ces articles, voyons comment on peut redresser un bassin, quand c’est du panchement de cette partie, que procede la trop grande longueur apparente de la jambe.

Comment on peut redresser le bassin, quand c’est du panchement de cette partie, que procede la trop grande longueur apparente de la jambe.

Couchez l’enfant, de son long, sur le dos ; liez-lui légérement au genoüil[38], en façon de jarretière, un petit mouchoir en plusieurs doubles ; attachez à ce mouchoir en dehors, c’est-à-dire vers la partie extérieure du genoüil, une bande de toile un peu large, & d’environ deux aunes de long, liez-la le plus court qu’il se pourra, (mais sans violence) sur l’épaule de l’enfant, du même côté, & l’y assujettissez de maniere qu’elle ne puisse glisser, puis on enmaillotera l’enfant. La compression que les bandes de son maillot feront sur la bande qui sera tenduë depuis le genoüil de l’enfant jusques sur son épaule, obligera cette bande à se tendre encore plus, & par cette tension augmentée, déterminera la partie trop inclinée du bassin, à remonter, & fera descendre l’autre ; ce qui rendra la situation des deux côtés du bassin horizontale, d’oblique qu’elle étoit, & la remettra par conséquent dans son assiete naturelle.

Si le mal a été négligé, & que l’enfant soit déjà un peu grand, on lui mettra un corset bien juste, en sorte que ce corset fasse sur le bandage qui sera tendu du genoüil à l’épaule, le même effet que le maillot.

Passons à ce qui concerne les bras, » es mains, les jambes & les pieds trop courts.

Bras, Mains, Jambes, qui n’ont pas leur longueur naturelle.

Quant aux bras, on peut les avoir deux deux trop courts, ou n’en avoir qu’un seul qui soit attaqué de cette difformité. Je dis la même chose des jambes ; mais dans l’un & dans l’autre cas, la difformité dont il s’agit, vient ou de maladie, ou d’un vice naturel de conformation. Si elle vient de cette derniere cause, il n’y a point de remede à y faire ; & si elle vient de maladie, ou c’est par luxation, & alors la partie n’est qu’en apparence plus courte qu’il ne faut ; ou c’est par desséchement, c’est-à-dire parce que la partie ne prend pas assez de nourriture.

Si c’est par luxation le secours qu’il y faut apporter est du ressort du Chirurgien. Mais si c’est par desséchement les peres & les meres peuvent eux-mêmes y rémedier, comme nous l’enseignerons ; mais il nous faut auparavant dire un mot de ce qui concerne ici la luxation.

Jambe plus courte par luxation.

La cuisse ou la jambe peuvent être luxées dès le ventre de la mere, par diverses causes, aussi-bien que le peuvent d’autres parties, telles que l’Humerus, le Coude, le Talon, la Machoire, les Vertebres. Il s’est vû des enfans venir au monde les deux cuisses luxées, & rester impotens ; je n’entrerai point dans la discussion de ces différentes causes. Je dirai seulement que dans quelque dislocation que ce soit, il faut, sans délay, recourir à la main du Chirurgien, & que faute de diligence sur ce point, il se forme dans l’endroit luxé, un calus qui rend la guérison absolument impossible.

Une jeune Dame pour s’être démis la cuisse, & avoir négligé d’appeller promptement dans cette occasion, les personnes nécessaires, a éprouvé le malheur que nous disons : Un cal formé à loisir, a rendu inutiles tous les secours qu’elle a implorés dans la suite ; elle en est restée boëteuse. Mais une circonstance bien digne de remarque, & que l’occasion ne me permet pas de passer ici sous silence, c’est que depuis étant accouchée six fois, elle a mis au monde trois garçons, qui sont nés chacun avec une cuisse luxée, & ont restés boëteux, & trois filles qui au contraire sont nées fort droites[39]. Voilà une grande matière à raisonnemens.

Jambe ou Bras plus courts par desséchement.

Si la jambe, ou le bras sont plus courts par desséchement, les peres & les meres, peuvent, comme nous avons dit, y remédier eux-mêmes ; & voici comment.

On frottera soir & matin, la jambe ou le bras de l’enfant avec un morceau d’écarlate ; & on fera cette friction à diverses reprises, sans violence, pour rappeller les esprits à la partie ; puis on oindra la même partie avec du beurre genievré un peu chaud, & ensuite on mettra un linge par-dessus. On continuera ces frictions & ces onctions, plusieurs semaines, & même plusieurs mois.

Le beurre geniévré se prépare en cette maniere.

On fait fondre sur le feu, une livre de beurre frais, on y mêle une petite poignée de graines de genièvre bien grosses, bien noires & bien charnuës, écrasées auparavant avec les doigts seulement, & non avec un marteau, ou un pilon, ni autre chose qui soit capable de briser les noyaux pierreux contenus dans les graines de genièvre ; car cela rendroit le beurre âcre, ce qu’il faut éviter. On fait ensuite cuire le tout à un feu modéré, & quand ces graines, qu’on appelle ordinairement du nom de Bayes, sont cuites, ce qui se connoît par leur ramollissement, on met cette mixtion dans un linge, que l’on tort fortement pour en exprimer le beurre qui se doit recevoir dans un vaisseau de fayance ou de verre bien propre.

Bras ou Jambe plus grêle que l’autre.

Quelquefois ou un bras ou une main, ou une jambe, ou un pied, faute de recevoir une suffisante nourriture, est plus grêle que l’autre, tandis que l’autre est de la grosseur naturelle. Cette difformité se corrige par le même moyen que la précédente, c’est-à-dire par la friction avec le drap d’écarlate, & par le liniment avec le beurre geniévré. Il arrive aussi quelquefois, non, qu’un seul bras, mais que les deux bras, non, qu’une seule jambe, mais que les deux jambes prennent moins de nourriture qu’il n’est nécessaire, & deviennent comme des fuseaux, tandis que le reste du corps est en très-bon point. Il n’y a pas non plus, en fait de remede extérieur, d’autres traitemens plus convenables à cette difformité, que la friction avec le drap d’écarlate & le liniment dont nous venons de parler ; au reste dans l’un & l’autre cas, il est à propos d’ajouter ce qui suit.

Il faut s’efforcer tous les jours de se procurer dans l’intérieur du gras de la jambe maigre, ou de toutes les deux, si elles sont toutes deux attaquées, le plus fort mouvement que l’on pourra, ensorte que si l’on appuye la main sur le mollet de la jambe, on sente agir les muscles de la jambe. Mais comment s’y prendre pour se procurer ce mouvement ? Rien n’est plus aisé : Il n’y a qu’à se mettre bien en tête de se le procurer, & par divers efforts essayer de le faire, la chose viendra d’elle-même. Peut-être n’y réussira-t-on pas du premier coup ; mais à force de le tenter, on y parviendra. On peut d’abord, pour premier essai, s’y prendre en cette sorte. On se tiendra assis sur une chaise, comme on s’y tient ordinairement, c’est-à-dire la jambe directement en bas, & le pied appuyé à plomb sur le plancher, sans remuer sensiblement ni la jambe ni le pied, mais les laissant fixes sans leur faire changer de place, puis on essayera de mouvoir tout le dedans du gras de la jambe. A peine aura-t-on essayé deux ou trois fois de le faire, qu’on sera maître en cet art, & qu’on pourra ensuite y réussir en toutes sortes de situations, soit debout, soit assis, soit couché. Ce mouvement intérieur fait circuler les sucs nourriciers dans toute la substance de la jambe : & on a le plaisir, au bout de quelques mois, de la trouver considérablement plus nourrie & plus fournie.

Bras ou jambe d’une grosseur excédente.

Quelquefois aussi, un bras ou les deux bras : une jambe, ou toutes les deux, recevant une nourriture surabondante, acquierent plus de grosseur qu’il ne convient pour leur juste proportion. L’on ne sçauroit s’y prendre de trop bonne heure, pour corriger cette difformité ; car si on la laisse invéterer elle devient incurable ; le moyen d’y remédier, est, sitôt qu’on s’en apperçoit, de recourir au remede astringent que voici.

Pilez des coings tout cruds, & quand ils seront en pâte, étendez-en une suffisante quantité sur des linges que vous mettrez tout au tour de la jambe, ou du bras, & que vous serrerez légérement pour comprimer les vaisseaux & les empêcher de se trop gonfler ; il faut que la personne tienne le moins qu’elle pourra, les bras pendans, si ce sont les bras qui sont trop gros ; quant aux jambes, qu’elle ne les lie jamais au-dessous du genoüil, mais qu’elle pose toûjours la jarretiere par dessus. Ces linges ne se doivent renouveller que de trois en trois jours, il faut les continuer plusieurs mois ; trois ou quatre peuvent suffire ; après lesquels la personne portera pendant un an & plus, des bas de peau de chien, pour donner du ressort à la peau, resserrer les vaisseaux de la jambe, & empêcher les sucs nourriciers de s’y jetter en trop grande quantité.

Jambe retirée.

Souvent il arrive, sans qu’il y ait luxation, que la jambe se retire de maniere par la seule contraction ou le seul roidissement des muscles qui servent à ses mouvemens, qu’on ne la peut étendre ni en disposer à gré pour s’empêcher de boëter. Un moyen de remédier à cet accident, est d’appliquer sur la jambe, du surpoint de Corroyeur pour assouplir les muscles, & de porter un soulier garni d’une semelle de plomb, dont le poids soit proportionné au retirement plus ou moins grand de la jambe : mais il faut perséverer long-tems dans l’usage de ce reméde.

Pied dont le talon ne touche pas aisément à terre.

Le tendon qui va du gras de la jambe au talon, est quelquefois si court, qu’on est obligé de marcher sur la pointe du pied sans pouvoir appuyer le talon à terre ; ce qui fait une difformité très-grande pour le marcher ; outre qu’en même temps, elle cause de la fatigue à la personne qui marche. On tâche de suppléer à ce défaut par des souliers à talons hauts, & on y réussit assez bien lorsque les deux pieds ont le défaut en question, pourvu qu’il n’aille pas à un tel excès qu’on soit contraint de porter des talons d’une hauteur demesurée ; mais lorsqu’il n’y a qu’un pied d’attaqué, la difformité saute bien plus aux yeux, à cause de l’inégalité des talons de chaque soulier. Ce défaut vient quelquefois de naissance, & quelquefois après la naissance. Dans l’un ni dans l’autre cas il n’est incurable, pourvu qu’il n’y ait point de cause violente de ce racourcissement, laquelle ait absolument estropié le tendon, comme seroit, par exemple, après la naissance, une brûlure ou autre accident capable de rendre incorrigible l’accourcissement dont il s’agit. Mais si le mal ne vient point d’un estropiement, on peut y remédier par des remedes propres à ramollir le tendon, & les muscles, & par de grands mouvemens de la jambe & du pied. Un des meilleurs remedes qui puissent ramollir le tendon & les muscles, c’est de frotter la jambe, depuis le jarret, jusqu’au dessous du talon, avec de l’huile de vers, matin & soir, & après avoir continué plusieurs jours, ces frictions qui doivent se faire avec la main nuë, baigner fréquemment la jambe dans un seau plein de boüillon de tripes, lequel bouillon doit être modérément chaud.

Quand aux mouvemens qu’il faut faire faire à la jambe pour en exercer le tendon & les muscles, voici ce qui est à observer : On se couchera tout du long & à la renverse, sur le plancher ; on aura la tête sur un oreiller, & on sera retenu sous les bras par deux hommes forts qui empêcheront le corps d’aller en avant, & avec ce secours on s’agitera le plus qu’on pourra par toutes sortes de mouvemens des jambes & des pieds, s’efforçant en même temps, de lever en forme d’arc, le ventre & tout le devant du corps, de maniere que le dos de l’épine fasse une grande cavité, & que le ventre se porte en l’air : car lorsque l’on se met dans cette situation violente, & qu’on s’y tient quelque temps, le tendon & les muscles de la jambe font des efforts extraordinaires qu’ils ne feroient point sans cela, & ces efforts contribuent d’une maniere surprenante, à étendre le tendon. Mais si l’on veut guérir, il ne faut point se lasser d’un tel exercice ; il faut le réitérer, au moins deux fois par jour, pendant plusieurs semaines.

Pour rendre ces secours plus efficaces, on s’exercera souvent à monter des hauteurs comme il y en a dans quelques jardins, ou des chemins un peu roides comme il s’en trouve à la campagne, & même dans les Villes. Telles sont, par exemple, à Paris, la Montagne Sainte Geneviéve, & celle des Fossés Saint Victor ; le bout du pied, quand on monte de la sorte, est obligé de lever ; or il ne peut lever que le tendon de la jambe ne descende, & en même tems, le talon.

Enfin pour dernier moyen, il faut que le talon du soulier, au lieu d’être de bois, soit de plomb. On recouvre ce talon avec du cuir, & il ressemble à l’autre.

Il est inutile d’avertir que souvent pendant la nuit, lorsqu’on est éveillé, il faut tâcher de lever la pointe du pied, soit en y portant la main, soit en faisant un simple effort pour cela, ce qui est très-facile.

Mais laissons, pour un moment, les extrémités inférieures, pour reprendre l’article des bras & des mains ; nous reviendrons ensuite à celui des jambes & des pieds, que nous interrompons ici.

Suite de l’article des Bras & des Mains en particulier.

Comment doivent être les Bras, les Mains, les Doigts, & les Ongles pour être bien faits.

Les bras, pour être bien faits, doivent, comme nous l’avons remarqué dans le premier Livre, être ronds, charnus, & en dedans un peu plats ; mais tant en dedans qu’en dehors, aller en grossissant depuis le poignet jusqu’au près de la jointure du coude, où ils commencent à diminuer un peu de grosseur. Nous ne parlons point de ce qui concerne la beauté du bras, depuis le coude jusqu’à l’épaule ; parce que, même dans les femmes, cette partie du bras est ordinairement couverte.

La main, pour être bien faite, doit être délicate, un peu longue, & non quarrée ; il y a des mains que l’on compare, avec raison, à des épaules de mouton, à cause de leur grosseur & de leur largeur. Ce sont les meilleures pour empoigner & pour serrer fortement, mais ce sont les plus laides. Le dessus de la main doit être un peu potelé, ensorte que les veines qui y sont parsemées, ne se montrent point ; il y doit paroître de petits creux au dessous de chaque doigt, quand elle est ouverte. Les doigts en doivent être un peu longs & charnus, & les genoüils des doigts, sçavoir les nœuds qui se voyent sur le dos de chaque doigt, l’un à la racine du doigt, l’autre au milieu, & l’autre près de l’ongle (excepté au poulce, où il n’y a que deux genoüils) doivent laisser de petits enfoncemens quand la main est tenduë ; comme ils doivent au contraire, laisser de légeres bosses quand elle est pliée, & qu’elle forme ce qu’on nomme le poing.

Il y a des mains où ces bosses ressemblent à de grosses têtes de cloux. Ces sortes de mains ne sont bonnes que pour se battre à coups de poing. On les appelle Mains d’Athlettes.

Les doigts, en dedans de la main, font trois angles lorsqu’on la ferme, & ces trois angles quand on l’ouvre, laissent après eux, des traces ou especes d’entrecoupures qui divisent chaque doigt en trois portions différences, excepté le poulce qui n’en a que deux. Ces trois portions, quand les doigts sont bien faits, forment comme autant de petits coussinets, dont le dernier sur le dos duquel est posé l’ongle, a plus de saillie & de rondeur que les deux autres. Il est le principal organe du toucher, & fait, en même temps, une des principales graces de la main ouverte.

Les doigts, pour avoir la figure convenable, doivent être un peu ronds par dessus, un peu plats par dessous, & de la proportion qui suit : 1o. Le poulce ne doit point passer la seconde, autrement dite, moyenne jointure du doigt indice. 2o. Le doigt indice étendu doit finir précisément au dessous de l’ongle du moyen doigt étendu, ni plus haut ni plus bas. 3o. L’annulaire étendu doit venir jusqu’à la moitié de l’ongle du même doigt moyen étendu, j’entends de l’ongle rogné à fleur du doigt. 4o. Le petit doigt étendu doit venir jusqu’au milieu de la jointure supérieure du doigt indice étendu ; & cela, tant à une main qu’à l’autre ; je dis tant à une main qu’à l’autre, parce qu’il y a des personnes en qui cette proportion ne se trouve pas réguliere dans les doigts des deux mains.

Il y en a plusieurs, par exemple, en qui le doigt indice de la main droite, ne vient pas jusqu’au niveau de l’endroit où commence l’ongle du moyen doigt de la même main, tandis cependant, que celui de la gauche, aboutit juste au commencement de l’ongle du moyen doigt de la même main gauche.

Le creux de la main, quand elle est ouverte, doit être un peu profond, & il faut que les environs de ce creux qui doit être tendu & souple, forme de petits bourrelets charnus, médiocrement arrondis : ces bourrelets sont au nombre de trois, un supérieur, un latéral, & un inférieur. Le supérieur va depuis le doigt indice, jusqu’au petit doigt ; il est entrecoupé, & forme quatre bossettes, l’une sous le doigt indice, l’autre sous le doigt moyen, l’autre sous le doigt annulaire, & la quatriéme sous le petit doigt.

Le Bourrelet latéral s’étend en forme de rouleau, depuis le petit doigt, jusou’au commencement du poignet : & l’inférieur depuis le poulce, jusqu’au même commencement du poignet. Le plus long des trois est le latéral ; l’inférieur est le plus court & le plus large.

La main doit être recouverte d’une peau fine & unie, traversée de lignes presque imperceptibles. Il y doit régner dans tous les doigts, un air d’aisance & de mobilité qui se fasse remarquer lors même qu’ils sont le plus en repos.

Les ongles doivent être courts, (quoique longuets,) & d’une teinte vive, avec une petite tache blanche à leur racine : cette racine & les côtés doivent s’enchasser imperceptiblement, & comme se perdre dans le petit bord charnu qui les environne. Ce rebord doit être uni & sans déchiqueture.

Nous venons de remarquer que les ongles doivent avoir une teinte vive, cette teinte est un coloris que leur prête le sang qui arrose les chairs de dessous. Le corps de l’ongle est transparent, & c’est à raison de cette transparence que l’ongle, quand on se porte bien & que la substance en est fine, paroît rouge. Au reste, il est par lui-même, sans couleur comme le verre.

On dit ordinairement de ceux qui ont du cœur, qu’ils ont du sang aux ongles, & on dit vrai, parce qu’en effet dans ceux qui sont d’un tempérament vif & animé, le sang se porte en abondance à la chair qui est sous les ongles ce qui fait que les moribonds ont les ongles pâles, parce que dans le tems de la mort, le sang cesse de se porter à cette chair.

La beauté des mains est un des plus grands agrémens du corps. « Aussi Mignard en faisant le portrait de la Reine mere qui les avoit extrémement belles, & si belles qu’elle ne les regardoit jamais qu’avec une secrette complaisance, dont elle avoit peine à se cacher, crut devoir s’appliquer particulièrement à les réprésenter dans la perfection admirable dont elles étoient.

» Il semble que cette beauté des mains soit un appanage de la qualité : on trouve aisément des femmes du bas peuple qui ont de beaux yeux & une belle bouche, rarement en trouve-t-on qui conservent de belles mains[40]. »

Les Connoisseurs vantent l’Apollon qui se voit dans la cour de Belvedere à Rome ; & entre les perfections qu’ils admirent le plus dans cette inimitable Statuë, ils citent les mains, comme ce qui releve le plus, le mérite de l’ouvrage. « Quelle beauté, dit l’Auteur des Monumens de Rome, que celle de la main de cet Apollon ! Qui est-ce qui s’est jamais imaginé que la main d’un homme pût être si belle ? Y a-t-il quelqu’un qui ait jamais eu dans l’esprit, l’idée de cette sorte de beauté ? La plus belle femme du monde a-t-elle jamais eu une si belle main ? Ce n’est pourtant point une main de femme, c’est-à-dire une main à laquelle on peut donner tant de délicatesse qu’on veut. C’est une main & ce sont des doigts véritablement d’homme par leur figure & par leur grosseur ; cependant on ne vit jamais rien de si beau, & il n’y a personne qui n’en soit enchanté. »

La main, comme on voit, quand elle est parfaite, est donc un grand ornement du corps ; c’est dommage que si peu de gens puissent l’avoir telle ; mais d’un autre côté, il en est peu, qui, par le moyen de quelques soins, ne puissent au moins l’avoir exempte de certaines difformités, telles que sont, par exemple, celles-ci. La rudesse, le hérissement & la gersure de la main. La contraction des doigts, autrement dite main crochue. Le gonflement des vaisseaux qui paroissent sur la main. Les porreaux, les durilons, les dartres le tremblement, la sueur, le poulce cambré, ou poulce de tailleur, les doigts déjettés, les doigts surnuméraires, les engelures, les crévasses, la main en épaule de mouton, la galle, les ongles déchaussés, les ongles de travers, les ongles raboteux, les ongles trop gros, les ongles partagés, l’enchassure des ongles déchiquetée, les ongles livides. Tous articles dont nous allons parler de suite.

Rudesse des mains, Herissement, Gersure.

La rudesse de la peau des mains consiste dans l’inégalité & la dureté de cette peau, qui, au lieu d’être douce & flexible, est au contraire cœneuse & hérissée : On ne s’étonne point que des manœuvres ayent ainsi les mains, ce n’est pas même une difformité chez eux ; mais c’en est une considérable parmi les personnes d’une certaine condition. Elle vient en ceux-ci de plusieurs causes différentes ; ou de ce qu’il manque à la peau, un certain suc balsamique que la nature a coutume d’y entretenir, & qui doit servir à la nourrir, ou de ce qu’il exhale de cette peau, une sérosité âcre & mordante qui en rompt la tissure, & la rend raboteuse ; ou de ce qu’on expose trop souvent ses mains à l’air froid, ce qui en racornit les pores ; ou de ce qu’on se les lave avec de l’eau trop froide ou trop chaude, ce qui produit le même effet ; ou de ce que, pour les nétoyer à fond on les frotte avec de l’eau de savon ; ou enfin de ce qu’on les employe de tems en tems, à quelques ouvrages rudes au toucher. Il faut donc, pour avoir la peau des mains souple & unie, éviter tout ce qui peut la rendre rude & âpre, & quand elle a ce défaut, recourir à ce qui le peut corriger. On viendra à bout du premier, 1.o en n’exerçant jamais ses mains à aucun travail rude ; en ne les exposant jamais long-tems, à un air trop froid, & en ne les trempant que le moins qu’il se peut dans de l’eau extrémement froide, ou dans de l’eau de savon, mais toujours dans de l’eau ni froide ni chaude, où l’on ait mêlé un peu de son, & une goûte de vin blanc, 2.o en se purgeant quelquefois pour enlever au sang une partie des sels âcres qu’il contient, & en usant long-tems, de quelque boisson adoucissante, telle, par exemple, que l’eau de coquelicot, laquelle se prépare en faisant boüillir legérement, pendant deux ou trois minutes, une ou deux pincées de fleurs de coquelicot dans une livre d’eau. On viendra à bout du second, 1.o en observant les mêmes choses qu’on aura observées pour préservatif, & qui sont marquées ci-dessus, 2.o en enveloppant les mains tous les soirs avec un linge enduit d’un peu d’huile d’œuf. On peut aussi, pour la même fin, se servir de l’onguent suivant.

Prenez créme de lait de vache, & graisse de cerf, une once de chacune, cire vierge une quantité suffisante, incorporez le tout ensemble sur un feu doux, & frottez-en les mains tous les soirs, puis le lendemain, lavez-les avec un peu d’eau. & de vin blanc tiédes.

Il y a des gens dont la peau des mains ressemble à de la peau de chien de mer, cette difformité vient d’une grande sécheresse de la main, & d’une salure extréme fournie par les vaisseaux cutanés, laquelle se répand sur toute la superficie de la main, & en ronge le tissu, jusqu’à la faire élever en petites écailles qui produisent des rabotures semblables à celles d’une lime, ou d’une râpe.

D’autres ont la peau des mains gersée, c’est-à-dire, remplie de petites fentes & crevasses superficielles, dans lesquelles s’amasse, comme dans les especes de sillons, une matiere épaisse & crasse, qui rend les mains d’autant plus mal-propres, que nulle pâte, soit séche, soit liquide, n’est capable de l’enlever à fond.

Cette gersure vient ordinairement, faute d’avoir eu soin d’essuyer ses mains, après les avoir mouillées, ce qui arrive souvent aux enfans. Je ne parle point ici des gersures qui viennent aux mains des personnes qui blanchissent du linge, ou qui font d’autres ouvrages semblables, ce n’est pas pour ces personnes là que j’écris.

Le moyen de prévenir ces deux dernieres difformités, est d’éviter soigneusement ce que nous venons de remarquer qui les cause. Quant au moyen de les corriger, il ne demande pas beaucoup de peine : Il n’y a qu’à faire fondre un quarteron de belle cire blanche & la mêler en même tems, avec une once d’huile de mille pertuis, puis appliquer de cet onguent sur les mains, le plus souvent qu’on pourra, pendant quelques semaines.

Lorsque dans la journée on se lave trop fréquemment & trop long-tems les mains, on se les gerse. Ce fréquent lavage enleve une fleur de peau qui en fait la principale beauté. Cette fleur de peau est à peu près comme celle qui se remarque sur certains fruits, sur les prunes, par exemple, sur les cerises, sur les péches, sur les raisins ; il faut peu de choses pour l’enlever, quoi qu’aux mains le simple frottement ne suffise pas pour cela, comme il suffit aux fruits. Elle vient du dessous de la peau des mains, & est fournie par de petits vaisseaux cutanés qui la versent peu à peu. C’est une espèce de suintement.

2.o Main crochuë.

Deuxième difformité mentionnée cy-devant page 170.

Entre plusieurs difformités appellées de ce nom, il n’y en a qu’une dont il convienne de traiter ici : c’est celle qui chez les Médecins est nommée parthesis, c’est-à-dire, ainsi que le son même du mot semble l’annoncer, paresse des doigts de la main.

Cette difformité est une contraction ou courbure flasque & indolente des doigts de la main, avec abolition du mouvement volontaire de ces mêmes doigts, qui, par une espèce de nonchalance, se courbent de maniere qu’ils ne se redressent jamais d’eux-mêmes, mais ont besoin du secours de l’autre main ou d’une main étrangere pour se relever ; après quoi ils retombent nonchalamment dans leur premiere courbure, ou crochure.

La difformité dont il s’agit, vient de ce que les muscles extenseurs des doigts de la main, c’est-à-dire les muscles qui servent à l’extension de ces mêmes doigts, sont relâchés, tandis que les fléchisseurs, c’est-à-dire ceux qui servent à les fléchir ou plier, conservent leur force ordinaire. On remarque que les muscles extenseurs des doigts des pieds ne sont pas sujets à ce relâchement, comme ceux des doigts de la main.

La cause qui oblige ces muscles extenseurs des doigts de la main, à se relâcher ainsi, consiste en ce qu’ils ne reçoivent pas assez de suc nerveux ; ce qui fait que pendant leur action (car c’est uniquement du suc nerveux qu’ils la tiennent) ils ne sçauroient résister à celle des muscles opposés qui font fléchir les doigts.

Mais d’où vient cette disette de suc nerveux dans les muscles extenseurs des doigts de la main ? c’est ce qu’il est à propos d’expliquer.

Il faut d’abord sçavoir 1.o que la difformité en question, est le fruit ordinaire d’une colique bilieuse et convulsive qui a précédé ; 2.o que dans le ventre est une membrane nommée le mésentere au milieu de laquelle est un pelotton ou pacquet de nerfs, appellé par les Anatomistes plexus mesenterique, du mot latin plexus, qui signifie entrelassement, entortillement, lequel plexus mésenterique est violemment attaqué & maltraité dans la colique dont nous venons de parler ; 3.o que les fibres nerveuses des muscles extenseurs des doigts de la main, ont communication avec ce paquet de nerfs, ou plexus mésenterique, ensorte que ce paquet de nerfs, étant attaqué dans la colique bilieuse en question, il faut nécessairement que les fibres nerveuses des muscles extenseurs de la main, avec lesquelles il a communication, se ressentent de cette attaque ; 4.o Que l’effet que produit sur les fibres dont il s’agit, cette communication d’attaque, c’est de les presser, & de les serrer de maniere, qu’elles deviennent incapables de recevoir la quantité de suc nerveux dont les muscles ont besoin pour leur action ; d’où il arrive que ces muscles extenseurs des doigts, ne recevans pas assez de suc nerveux, deviennent flasques & sans ressort.

Qu’on ne s’étonne pas au reste, qu’une émotion de nerfs placés dans le ventre, puisse influer jusques sur la main, puisqu’une blessure reçuë à l’avant-pied, ôte quelquefois entierement le mouvement de la mâchoire. J’ai vû, dit le sçavant Zuinger[41], un artisan, qui, pour avoir été blessé à l’avant-pied, devint perclus de la mâchoire, & n’en recouvra le mouvement qu’après qu’on lui eut enlevé des esquilles d’os qui étoient entrées dans sa blessure. J’ajoûterai à ce que dit ce sçavant Praticien, qu’on a des exemples de gens qui, pour avoir été blessés à l’épaule, ont perdu le libre usage de la parole, & ne l’ont recouvert que par des remedes appliqués à l’épaule ; ce qui vient de ce qu’il y a à l’os Hyoide, un muscle qui communique à l’épaule[42].

La main peut quelquefois devenir crochuë par quelque accident extérieur, comme lorsque les nerfs qui se distribuënt aux muscles extenseurs de la main, & les tendons de ces muscles, se trouvent coupés par quelque blessure, ou desséchés & détruits par quelque brûlure, ou rongés par quelque ulcere, alors cette difformité est incurable. C’est pourquoi nous nous bornerons ici à ce qui concerne la cause de la premiere sçavoir de celle qui vient du simple relâchement des muscles extenseurs de la main, causé par le défaut du suc nerveux, que les fibres de ces muscles devroient recevoir, & qu’elles ne reçoivent pas.

Nous avons dit que dans la maladie dont il s’agit, les muscles extenseurs de la main étoient relâchés, sans que ceux qui servent à la fléchir, le fussent, & c’est ce que l’expérience démontre ; puisque les personnes attaquées de cette difformité, ne laissent pas de serrer avec les doigts, ce qu’elles tiennent dans la main.

La cause de ce mal une fois éclaircie, sçavoir qu’elle consiste dans le défaut du suc nerveux que les fibres nerveuses des muscles extenseurs des doigts de la main devroient recevoir, & qu’à cause de leur trop grande constriction, elles ne peuvent admettre, il est facile de juger que pour guérir la difformité en question, il faut songer uniquement à rétablir dans ces fibres, le cours du fluide nerveux, & se proposer, par conséquent, de corriger la constriction produite par les mouvemens & l’irritation d’une colique bilieuse & convulsive qui a précédé ; car il faut toujours en venir là, & ne point perdre de vûë cette cause antécédente dont nous avons parlé ci-devant, puisqu’on verra par-là que pour guérir radicalement la difformité en question, il faut souvent porter le remede ailleurs qu’à la main, sans toutefois renoncer à ceux qui se peuvent immédiatement administrer à la partie malade.

Les remedes qui conviennent en cette occasion, pour rétablir dans les muscles extenseurs des doigts de la main, le cours du fluide nerveux, qu’ils doivent recevoir, c’est de débarasser le mésentére ; ensorte que le plexus mésentérique dont nous avons parlé, soit tellement délivré de tout ce qui peut l’endommager, que les fibres nerveuses des muscles de la main, lesquelles, comme nous l’avons remarqué, ont communication avec ce plexus, se ressentent de son dégagement, & deviennent par-là capables de recevoir le suc nerveux que leurs filieres trop étroites ne pouvoient admettre.

Ce qu’il faut pratiquer pour remplir cette indication, c’est de commencer, avant toutes choses, par purger la personne malade. Les intestins tiennent au mésentére, & en les débarassant par la purgation, l’on facilite le dégorgement des glandes du mésentére ; & par-là on donne lieu au plexus mésentérique de se dégorger de même, d’où il arrive, par une suite nécessaire, que la parhésie ou contraction de la main doit cesser.

Ce qu’il y a de certain, c’est que lorsque dans la parhésie, il survient un cours de ventre, la parhésie ne tarde pas à guérir, pourvu que le cours de ventre dure quelque tems ; cela seul, indépendamment de tous les raisonnemens, doit faire voir combien la purgation peut être salutaire dans ce cas. Elle l’est si fort en effet, que lorsque l’on se borne uniquement, aux remedes qui s’appliquent à la main, on travaille sans succès. L’on s’imagine alors que c’est que le mal est incurable, & l’on ne voit pas que c’est qu’on a manqué d’aller au principe du mal.

Purgez doucement & souvent dans la parhésie de la main ; cette maladie obéïra enfin à votre persévérance ; appliquez à la main tous les topiques imaginables, & ne purgez pas, vos soins seront superflus ; mais à quelle sorte de purgation faut-il recourir ? Il faut d’abord commencer par quelques lavemens d’herbes émollientes & détersives, telles que la mauve, la mercuriale, le pourpier, le mélilot, & un peu de feuilles de senné ; puis venir à la purgation proprement dite, qui se fera avec une infusion de senné, de Rhubarbe & de tamarinds, où l’on délayera du sirop de pomme composé, dit du Roy Sabor. Nous ne déterminons point la dose du senné & de la rhubarbe, non plus que du sirop ; cela dépend de l’âge de la jeune personne. On réïtérera cette purgation plus ou moins souvent, selon les forces de la même personne. On lui fera prendre ensuite, tous les malins, à jeun, pendant quelques jours, un peu de petit lait, dans quoi auront boüilli légérement du cerfeüil & de la bourache. Au reste, l’usage du sel d’ebson dont nous avons parlé à la page 107. sera ici d’un grand secours.

Après les purgatifs & le petit lait, il faudra venir aux remédes extérieurs, tels que les suivants.

La personne trempera sa main dans le sang tout fumant ou d’un bœuf, ou d’un veau ou d’un mouton, ce qui se réïtérera le plus de fois qu’il se pourra. On lui frottera, outre cela, matin & soir, pendant un grand nombre de jours, l’épine du dos, le bras, & la main avec des linges doux, un peu chauds, & aussi-tôt après avec de l’huile de vers, laquelle sera dans un petit plat sur un peu de cendres chaudes. Quand on aura observé cette conduite quinze jours, ou trois semaines, ou un mois, & même davantage, si le mal paroît opiniâtre, on viendra à la douche vineuse, laquelle se pratiquera en la maniere suivante.

On aura une grande fontaine de fayance ; on la remplira de vin blanc médiocrement chaud, où l’on mêlera un peu de canelle ; puis on posera la fontaine sur une table haute, & l’on fera asseoir la personne au dessous du robinet, pour lui faire recevoir sur le bras nud, & sur la main nuë, un filet de ce vin tiede qu’on laissera couler par le robinet de la fontaine, & qui du bras & de la main tombera dans un plat, ou autre vaisseau, pour resservir plusieurs autres fois.

Cette douche doit durer chaque fois, une bonne demi-heure, & il faut la réitérer deux fois par jour ; sçavoir le matin à jeun, & le soir une heure après le souper qui doit être très-léger.

3.o Gonflement des vaisseaux de la Main.
Troisiéme difformité mentionnée cy-devant, page 170.

Il faut que les veines qui sont répandues sur le dessus de la main, ne s’apperçoivent presque pas ; sans quoi la main, quelque perfection qu’elle ait d’ailleurs, ne sçauroit être belle ; il y a des personnes en qui ces veines sont si apparents, qu’on les prendroit pour de gros tuyaux de plume ce qui est d’une grande laideur. Les ouvriers les ont ordinairement de la sorte ; mais les personnes qui n’exercent leurs mains à aucun travail rude qui oblige le sang à se jetter avec violence dans les vaisseaux de la main peuvent aisément se garantir de cette difformité, & même la corriger, pourvu qu’elle ne soit pas invétérée. Je mets cette condition, parce que lorsque les vaisseaux ont une fois pris leurs dimensions, & qu’on les a laissé gonfler outre mesure pendant un long-tems, on a beau être encore jeune, ils ne sont presque plus susceptibles de rétrécissement. Cela posé, voyons comment on peut empêcher les vaisseaux du dessus de la main, de trop grossir, & de trop paroître. Ceci regarde principalement les personnes du sexe ; car pour les hommes ils doivent peu se soucier d’avoir la main si belle ; il est certains petits soins que les Dames peuvent prendre, & qui ne sieient pas aux hommes.

Pour empêcher les rameaux de veines répandus sur la main, de trop paroître, il faut d’abord éviter tout ce qui est capable d’y trop arrêter le sang, ou de l’y appeller en trop grande quantité ; comme de se laver les mains avec de l’eau trop chaude ; de les tenir trop long-tems panchées ; de porter des camisoles, des corsets, ou des corps, dont les échancrures ne soient pas assez ouvertes sous les aisselles. Car des échancrures trop peu ouvertes serrent le dessous des bras, & font gonfler les veines des mains en y retenant le sang. Il faut se garder de joüer à des jeux qui exercent trop rudement les bras & les mains, tels, par exemple, que le jeu de quilles, si commun chez les Religieuses parmi les Pensionnaires ; il faut éviter de serrer trop étroitement ses manchettes ou ses engageantes, comme on fait quelquefois pour les empêcher de glisser, ce qui produit le même effet que la ligature de la saignée ; il faut éviter de boucler soi-même ses souliers ; car en les bouclant soi-même, on panche avec effort les mains, & ce panchement forcé fait gonfler considerablement les vaisseaux des mains.

On doit observer outre cela, de faire souvent des mouvemens contraires à ceux qui rappellent ou qui retiennent trop le sang dans les veines dont il s’agit ; pour cela il est bon de lever de fois à autres, ses mains jusqu'à la hauteur du col, ou des oreilles, & en les tenant ainsi levées, de les épanoüir, & de leur faire faire en même tems, plusieurs demi-tours de giroüette ; cela détermine le sang de chaque main & de chaque bras à descendre, & rend, dans le moment, le dessus de la main aussi uni que s’il n’étoit parsemé d’aucun vaisseau.

Il faut passer & repasser souvent les mains l’une sur l’autre, depuis l’extrémité des doigts jusqu’au poignet.

Enfin, pour empêcher les vaisseaux de la main de trop grossir, il faut s’accoutumer à porter toujours des gands ; le gand presse doucement les vaisseaux de la main, & les empêche de se trop remplir de sang.

4.o Poireaux des Mains.
Quatriéme difformité mentionnée cy-devant, page 170.

Les poireaux, ainsi appellés, parce qu’ils ressemblent à des têtes de poireaux, attaquent les mains de la plûpart des jeunes personnes, & sur-tout des enfans. Ils disparoissent ordinairement d’eux-mêmes, dans la suite de l’âge, c’est pourquoi on peut les négliger ; mais s’il sont en si grande quantité que la main en soit défigurée, & qu’il ne convienne d’attendre que l’âge les efface, il y a des moyens de les dissiper. Pour connoître ces moyens, il faut d’abord faire attention à ce qui produit les poireaux, ils ne viennent dans l’enfance & dans la jeunesse, préférablement à tous les autres âges, qu’à cause qu’en cet âge tendre, le sang est rempli de sucs visqueux & gluans, qui, étant portés à la peau des mains qui est plus épaisse qu’ailleurs, n’y peuvent aisément continuer leur route pour circuler, & faisant violence aux petits tuyaux qui les renferment, les obligent de s’élever en forme de têtes de cloux ou de poireaux, & de faire des excroissances charnues qui ont leurs racines dans la substance des fibres de la peau.

Ce principe établi, on peut juger de la méthode qu’il faut tenir soit pour empêcher la naissance des poireaux, soit pour les détruire quand ils sont venus.

La cause des poireaux, comme nous venons de remarquer, étant donc un suc gluant & visqueux qui ne peut aisément parcourir sa route, dans les petits vaisseaux des mains, il faut, tant pour prévenir, que pour détruire les poireaux, tâcher de corriger la viscosité de ce suc qui les produit, & pour cela il y a des moyens internes & externes. Les internes sont de n’user que de nourritures faciles à digérer, d’éviter toutes celles qui, quand même elles se digereroient, peuvent produire un sang trop épais, comme le fromage, de quelque nature qu’il soit, les patisseries massives, les pois, les féves, les lentilles, le lièvre, le lévrau, le porc, l’anguille, la séche, la merluë, tous les assaisonnemens dans lesquels dominent le sel, le poivre, ou le vinaigre.

Il faut outre cela, se purger de tems en tems, avec un peu de casse & de manne ; voilà pour ce qui regarde le dedans.

Quant au dehors, il faut tout de même, soit pour prévenir, soit pour dissiper les poireaux, entretenir, le plus que l’on peut, ses mains fraîches & douces en se les frottant tous les jours avec de bonne pâte d’amandes ; cela attendrit les sucs trop épais engagés dans les petits vaisseaux dont la peau des mains est parsemée, & leur donne plus de facilité à couler.

Un autre moyen qui est encore très-bon, c’est de tremper souvent ses mains dans de l’eau où l’on ait fait bouillir de la racine de guimauve, mais boüillir très-legerement. Cette eau est ramollissante, & diminue la trop grande consistance des sucs qui forment les poireaux. Un leger boüillon au veau, dans lequel on trempe ses mains, égale en vertu, cette décoction.

Il y a trois autres moyens d’ôter les poireaux, on les lie, on les coupe, on les consume. La ligature ne convient qu’à ceux qui sont d’un certain volume, & qui ont la base fort étroite. Cette ligature se fait avec un crin de cheval, ou avec de la soye. On peut les couper avec des ciseaux ; mais aussi tôt après, il faut toucher avec de l’huile de tartre, par défaillance, l’endroit d’où on les a séparés, sans quoi ils reviennent de plus belle ; au lieu d’huile de tartre on peut mettre de la poudre d’alum. On consume les poireaux en les touchant avec de l’esprit de sel, ou quelque autre liqueur rongeante. Telle que l’eau forte ; mais l’esprit de sel vaut mieux, parce qu’il n’y a nul risque à s’en servir, au lieu qu’en employant l’eau forte, comme font quelques personnes, il en peut mésarriver. Au reste, pour ronger les poireaux sans toucher à la bonne chair, il faut auparavant appliquer sur le poireau un emplâtre troué, & faire sortir le poireau par le trou de l’emplâtre. Cet emplâtre se fait avec un peu de Diabotanum.

Ce sont là les meilleurs moyens qu’on puisse employer contre ces excroissances ; car pour tous les autres remedes externes si vantés contre les poireaux, il n’y en a aucun sur lequel on puisse compter, & si après le long usage de quelques-uns, les poireaux disparoissent, c’est qu’ils avoient à disparoître d’eux-mêmes ; au lieu que les remédes que nous venons de proposer, sont suivis d’une guérison si prompte, qu’il est facile de voir qu’ils sont la cause de cette guérison.

Les remèdes vulgaires contre les poireaux des mains, & qu’on applique dessus, sont le suc d’ésula, ou celui d’élaterum, mêlé avec un peu de sel ; les feüilles de figuier macérées dans de l’eau, ou la gomme élémi mêlée avec du vinaigre ; Des figues broyées avec de la farine, puis mêlées avec un peu de nitre & de vinaigre.

La fiente de brebis mêlée avec du vinaigre.

La ciguë broyée.

Les feuilles de rhuë macérées avec du poivre & du nitre dans de l’eau.

Les feuilles de lierre, d’aristoloche & de sabine, pilées.

Une pomme coupée par la moitié, & dont on rejoint, par le moyen d’un fil, les deux morceaux, après en avoir rudement frotté les poireaux, puis jettée dans les ordures, & laissée là, jusqu’à ce qu’elle pourrisse. Car on prétend qu’à mesure que la pomme pourrit, les poireaux, de leur côté, pourrissent aussi & s’en vont. Ce reméde que nous ne garantissons point, est de Vanhelmont.

Les autres remèdes externes, sont la chaux vive, la pierre médicamenteuse, la tutie préparée, la racine de brione, pulvérisées ensemble, & mêlées avec du beurre.

Le précipité de mercure, le beurre d’antimoine, la pierre infernale.

L’esprit de nitre, l’esprit de souphre, l’esprit de vitriol, l’esprit d’alun.

La fiente de pigeon & le sel armoniac mêlés avec un peu de vinaigre.

L’eau salée qui découle des pots à beurre.

La cendre gravelée, la cendre de fresne, celle de sarment de vigne, mêlées avec du miel rosat, & du savon.

La graine de basilic, réduite en poudre & mise sur le poireau, qu’on a eu soin auparavant d’écorcher un peu.

La cendre d’écorce de saule, mêlée avec un peu de vinaigre bien fort.

Les feüilles vertes de la grande joubarbe, desquelles on a enlevé la petite peau.

Tous ces remedes & nombre d’autres qu’il est inutile de détailler, n’ont pas grande vertu ; il y en même qui peuvent nuire considerablement, si l’on n’a pas soin de garantir de leur action par quelque emplâtre deffensif, les environs du poireau, ou si l’on s’en sert pour les poireaux qui tiennent à quelques nerfs ou à quelques tendons.

Le précipité de mercure, le beurre d’antimoine, la pierre infernale, l’eau forte, enfin tous les violens corrosifs sont de ce genre, & l’on ne manque pas d’exemples de personnes ausquelles, dans de semblables cas, les remédes en question ont causé des inflammations à la main, ils peuvent même quelquefois causer la gangrene.

C’est aux peres & aux meres à prendre garde que leurs enfans ne s’avisent jamais de rien mettre sur leurs poireaux, sans en donner avis auparavant.

Il vient aussi des poireaux au visage, ceux-là sont d’une autre nature que ceux des mains ; nous en parlerons en traitant des difformités du visage, ce qui sera dans le quatriéme Livre.

5.o Durillons aux Mains.
Cinquiéme difformité mentionnée cy-devant, page 170.

La cinquiéme difformité que nous ayons mentionnée cy-devant, parmi celles de la main, est le durillon. Les enfans sont sujets à en avoir à la paulme des mains, parce que la plûpart se plaisent à manier diverses choses rudes au tact ; comme de la terre, des éclats de pots cassés, des morceaux de fer, & autres matieres semblables, qui heurtent, à coups redoublés, le dedans de leurs mains, & écachant par ce heurt réïtéré, la tissure de la peau, empêchent dans les endroits où se fait cet écachement, que la matiere superfluë qui se présente pour transpirer, ne transpire entierement ; ce qui oblige d’abord l’épiderme, autrement dit la surpeau, à s’épaissir dans ces endroits, puis à y prendre la consistance de durillon, à cause de l’évaporation continuelle qui s’y fait du plus subtil de la matiere transpirable retenuë.

Nous disons de cette difformité ce que nous venons de dire de celle des verruës, ou poireaux ; on peut attendre qu’elle passe d’elle-même, parce qu’elle n’a qu’un tems pourvû toutefois qu’on ne laisse pas les enfans se joüer sans cesse, avec ces sortes de choses ; car alors les durillons loin de passer, croîtroient de plus en plus, & pourroient devenir comme ceux des mains des ouvriers dans lesquelles ils n’occupent pas seulement la surpeau, mais gagnent quelquefois jusqu’à la peau même, ce qui les rendroit permanens & d’une difficile guerison ; ensorte qu’une jeune personne courroit risque d’avoir pendant les plus belles années de sa vie, le dedans de la main, sinon plein de durillons, du moins dur & calleux, ce qui ne laisse pas d’être un grand désagrément dans les personnes hors du commun.

Le moyen de dissiper les durillons des mains, lorsqu’ils ne sont pas bien invétérés, & que la personne est jeune, c’est de tremper souvent les mains dans du boüillon de tripes. Quelques-uns conseillent d’enlever d’abord par petites lames ces durillons avec un rasoir, ou avec un couteau bien trenchant ; mais c’est ce qu’il ne faut faire qu’avec de grandes précautions, ou plutôt ce qu’il ne faut jamais tenter, parce qu’il en peut arriver de fâcheux inconvéniens, pour peu qu’on aille trop avant. D’ailleurs quand le durillon est ainsi coupé, il recroît souvent comme l’ongle, & jusqu’au point quelquefois de devenir comme de la véritable corne.

6.o Tremblement des Mains.
Sixiéme difformité mentionnée cy-devant page 170.

On voit de jeunes personnes avoir les mains tremblantes, cette difformité vient ordinairement de la mauvaise coutume qu’ont les parens de donner aux enfans, de l’eau de vif-argent pour les guérir ou pour les préserver des vers. Quand ils en prennent long-tems, elle relâche les parties tendres & délicates de leurs petits corps, & principalement les tendons nerveux répandus dans les muscles qui servent à fléchir les mains, ce qui cause les tremblemens dont il s’agit ; tremblemens qui durent quelquefois tout le reste de la vie.

Trop saigner les enfans, leur faire des peurs subites, leur donner des coups sur les bras ou sur les mains, tout cela est encore capable, de leur causer des tremblemens de mains, c’est de quoi il n’y a que trop d’exemples, aussi bien que de l’eau de vif-argent, contre laquelle on ne sçauroit trop déclamer. Je renvoye là-dessus à ce que j’en ai dit dans le traité de la génération des vers.

Quant à la peur, c’est un grand hazard lorsqu’elle ne produit dans un enfant, que des tremblemens de mains, l’épilepsie étant souvent la suite de ces frayeurs.

Lorsque le tremblement des mains vient pour avoir beu long-temps de l’eau de vif-argent ; le meilleur remede à ce mal, est le lait de vache pris le matin à jeun pendant plusieurs mois, & interrompu de tems en tems, par de legeres purgations, lesquelles doivent être de la manne toute simple, dissoute dans du boüillon ; sur quoi nous avertissons qu’il faut absolument dans cette occasion éviter la casse.

Il y a des enfans qui se divertissent à manier du vif-argent, & qui en frottent des pieces de monnoye pour les rendre luisantes ; cet amusement leur est très-dangereux, & il suffit pour leur rendre les mains tremblantes. La maniere de remédier à ce tremblement, est la même que celle que nous venons de rapporter.

Quand le tremblement vient de l’autre cause, sçavoir de frayeur, il faut avoir recours à l’eau de Sainte Reine ; c’est tout le remede interne qu’il est à propos d’employer dans cette occasion.

Les secours intérieurs ne sont pas les seuls qui conviennent ici. Il faut, soit que le tremblement vienne de la premiere cause que nous avons alléguée, soit de la seconde, recourir aussi aux remedes extérieurs ; ces remedes, tant pour l’un que pour l’autre cas, sont de tremper matin & soir ses mains dans de gros vin de teinte, où l’on ait fait boüillir des roses de Provins, de l’écorce de grenade, & un morceau de coing. La dose du vin, est une pinte mesure de Paris, celle des roses de Provins quatre ou cinq pincées, celle d’écorce de grenade, deux onces environ, & celle de coing une once. Il ne faut pas que cette décoction boüille plus de deux minutes, après quoi on laissera tiédir le tout, & quand il sera tiéde, on passera le vin par un linge. C’est dans ce vin qu’il faudra tremper ses mains ; il suffit qu’il soit alors un peu tiéde. On fera ensuite réchauffer la même décoction, on en frottera tout le bras jusqu’à l’épaule, puis on viendra à l’épine depuis la nuque jusqu’au croupion.

Il y a des tremblemens des mains causés à des enfans, par des coups de férule sur leurs mains. Les parens doivent extrêmement veiller à ce que l’on ne fasse jamais subir de telles punitions à leurs enfans. C’est assez la coutume de certains Maîtres d’en venir à des coups de férule pour obliger la jeunesse à étudier. Ils ne sçavent pas les conséquences de ce châtiment, il est extrêmement dangereux, & sans parler des tremblemens dont il s’agit il arrive quelquefois que ces sortes de coups, démettent les doigts, ou causent à la main, des meurtrissures qui tournent en gangrene[43].

Quant le tremblement vient de ces sortes de coups, il est très-difficile d’y remédier. Il faudroit, si-tôt qu’un enfant à été ainsi frappé, & que sa main commence à en être débile & tremblante, le saigner de l’autre bras. On éviteroit par-là, bien du mal ; mais un enfant qui a été ainsi puni, le cache ordinairement à son pere & à sa mere, de peur d’être grondé. Les parens attentifs à la santé de leurs enfans, les doivent élever de maniere qu’ils ne craignent jamais de s’ouvrir à eux sur toutes les choses qui leur arrivent, c’est le moyen de prévenir bien des accidens.

Mais enfin, si l’on s’apperçoit qu’un enfant ait la main tremblante à l’occasion de quelque coup de férule qu’il ait reçu ; il faut, dès qu’on s’en apperçoit, le faire saigner ; mais de l’autre bras comme nous avons dit. Puis, pendant plusieurs jours, lui frotter la main avec de la décoction d’absynthe & du vinaigre mêlés ensemble, le tout chaudement.

Au reste, puisque nous en sommes sur les coups de férule, il n’est pas hors de propos d’avertir ici les parens, que si ces sortes de coups ne causent pas toujours des tremblemens, ou les autres accidens que nous avons marqués, ils ne manquent gueres, lorsqu’ils sont donnés sur la main droite, d’affoiblir cette main, & de la rendre moins legere pour écrire ou pour dessiner. Une personne qui veut réüssir dans l’écriture, ou dans le dessein, ne doit pas même manier le marteau, un tel exercice appesantit la main ; que ne sera-ce pas des coups de férule ?

7.o Dartres aux Bras & aux Mains.
Septiéme difformité mentionnée cy-devant, page 170.

Lorsque les mains d’une jeune personne sont mangées par des dartres, il faut commencer par la purger avec le senné & la manne, & dès le lendemain la mettre à l’usage du jus de cerfeüil, dont on lui fera prendre pendant un mois & plus, trois ou quatre cuillers tout pur, le matin à jeun, une heure ou deux avant son lever ; je dis une heure ou deux avant son lever, parce que le cerfeüil fait beaucoup transpirer, & que pour aider cette transpiration, il est bon de demeurer quelque temps au lit, après avoir pris les trois ou quatre cuillers de ce jus. Au reste, on observera de ne point prendre de nourriture, qu’une bonne heure après être levé.

Le jus de cerfeüil se prépare ainsi : Piler une botte de cerfeüil dans un mortier de marbre avec un pilon de bois, & quand il est pilé de maniere que le jus en sorte, le presser par un linge moüillé que l’on tord fortement pour exprimer le jus. Recevoir ce jus dans un vaisseau de verre ou de fayance bien net ; le conserver dans un lieu frais pour l’usage que nous venons de marquer. En Eté on n’en doit faire que pour deux jours de peur qu’il ne se corrompe ; une demi-botte suffit alors.

Les premiers jours que l’on use de ce jus, les dartres sortent plus abondamment qu’elles ne faisoient auparavant ; mais ensuite elles s’amortissent peu à peu, & quand on voit qu’elles commencent à s’éteindre, il faut les moüiller avec l’eau Albine, laquelle se fait en la maniere suivante.

Prendre une livre de litharge, la faire boüillir demi heure dans une livre & demie de bon vinaigre de Paris ; puis retirer le pot du feu, laisser rasséoir la liqueur l’espace d’un jour & d’une nuit, la verser ensuite doucement dans une phiole qu’on bouchera bien.

Cette liqueur, quand elle est reposée, doit être fort claire & transparente ; on en moüille avec un petit pinceau, bien propre & bien sec, le dedans d’un verre à boire, puis on renverse le verre, afin qu’il n’y reste dans le fond aucune goûte de la liqueur. Cela étant fait, on remet le verre sur son pied, & on le remplit d’eau commune bien claire. Cette eau n’est pas plutôt dans le verre, qu’elle devient blanche & épaisse comme du lait de vache ; c’est ce qui s’appelle l’Eau Albine.

On la verse dans une phiole que l’on bouche bien ensuite. On en moüille les dartres, & tous les environs, avec un petit linge, ou avec un petit pinceau, après l’avoir bien remuée. On les moüille ainsi plusieurs fois le jour, & l’on continuë une semaine ou deux, plus ou moins, selon l’opiniâtreté du mal. Il n’y a point de dartre qui ne cede à ce traitement.

Il faut prendre garde que le petit pinceau ou le petit linge dont on se sert pour enduire superficiellement le dedans du verre, ne soit point moüillé ; car s’il l’étoit, il troubleroit toute la liqueur. Il faut encore avoir soin que le dedans du verre avant que de l’enduire avec le petit pinceau, soit bien essuïé & bien sec.

Nous ne devons pas finir cet article sans avertir, que lorsqu’on voit les dartres en question, absolument éteintes, il faut purger comme l’on a fait au commencement, avec le senné & la manne ; deux gros de feüilles de senné & une once de manne suffisent pour une personne de douze à treize ans. On fait infuser le senné pendant la nuit sur les cendres chaudes, dans de l’eau toute simple. On coule cette eau le lendemain par un linge moüillé ; & dans la colature on délaye la manne, que l’on passe encore par un linge moüillé, comme on a fait le senné.

8.o Mains suantes.
Huitiéme difformité mentionnée cy-devant, page 170.

Plusieurs jeunes personnes ont les mains toûjours suantes, & si suantes, qu’elles ne peuvent les appliquer sur rien, sans y laisser des marques de cette sueur. Quand ces sortes de personnes vous touchent les mains, elles vous les moüillent, & vous êtes obligé de vous essuïer sur le champ. Si elles vous présentent un couteau, des ciseaux, &c. vous les trouvez tout dégoutans de sueur. On demande par quels moyens se peut guérir une telle incommodité ; nous avertirons là-dessus qu’il faut bien se garder de rien employer pour cela, qui puisse faire rentrer la sueur au-dedans, ou l’y arrêter. Il y a des remedes infaillibles pour délivrer les mains de cette sueur, & si infaillibles qu’ils ont leur effet en quatre ou cinq jours, mais il en arrive des maux considérables, comme rhumatisme douloureux de tout le bras ; difficulté de respirer, palpitation de cœur, fiévres, suffocations, &c. parce que ces remedes chassent au-dedans, une humeur dont il faut au contraire procurer la sortie. Comment donc s’y prendre pour faire passer sans risque, une sueur qui rend les mains si desagréables ? c’est de la renvoyer sur les pieds. Les mains deviendront bientôt alors, dans l’état naturel. Mais comment la renvoyer sur les pieds ? Le voici.

Ayez de la toile cirée verte, la plus ancienne que vous pourrez trouver ; coupez-en des semelles ; appliquez une de ces semelles à la plante de chaque pied à nud ; puis mettez le chausson par-dessus ; laissez-les jour & nuit ; mais tous les soirs en vous couchant, & tous les matins en vous levant, essuïez-les avec un linge ; essuïez de même la plante de chaque pied, que vous trouverez toute baignée d’eau ; continuez tous les jours à porter de ces femelles que vous ne renouvellerez que lorsqu’elles commenceront à perdre leur force, ce qui n’arrivera gueres qu’au bout de dix ou douze jours. Comme chaque semelle prend la forme du pied, il faut éviter dès le second jour, de mettre à l’un celle de l’autre, parce que, sans cela, elles n’embrasseroient pas si bien le pied. Ce remede, au bout de quelques mois, fait diminuer sensiblement la sueur des mains ; & après six mois ou environ, il est rare qu’on ne soit pas guéri.

J’ai connu autrefois un jeune Ecclesiastique, qui étoit Prêtre depuis peu, lequel avoit les mains si suantes, qu’il ne pouvoit en Eté, célébrer la sainte Messe. Il me consulta sur son incommodité ; je lui dis qu’il se gardât bien de rien faire qui pût repousser au dedans une humeur dont il falloit exciter la sortie ; & je m’en tins là, parce que je n’avois pas encore connoissance du remede que je viens de proposer.

Au reste, la sueur que ces semelles procurent aux pieds, fait comme une espèce de bain qui entretient toûjours la plante du pied molle & souple ; si l’on y a des durillons, ils disparoissent alors, & l’on marche avec plus d’aisance & de liberté, ce qui est encore un grand avantage pour le bon air, & la bonne contenance.

On croiroit qu’en hyver ces semelles devroient refroidir les pieds, mais c’est tout le contraire, elles les tiennent frais en Esté, & chauds en hyver, le fait est constant par l’expérience.

Nous avons averti qu’il falloir choisir la toile cirée la plus vieille faite, la raison en est que lorsqu’elle est neuve, elle se colle comme un emplâtre contre la plante du pied, & ne produit point l’effet que nous avons dit. Mais quand elle est vieille, qu’elle a deux ans, par exemple, elle ne se colle plus au pied, & elle laisse à la sueur qui se détache de la plante du pied, l’espace suffisant pour s’échapper entre la semelle & le pied, & y faire cette espece de bain qui ramollit les durillons s’il y en a, & assouplit toute la plante du pied.

9.o Poulce de Tailleur.
Neuviéme difformité mentionnée cy-devant, page 170.

C’est un poulce renversé comme ces soutiens qui sont au haut des réchauds, & qui servent à soutenir les plats. Ce renversement donne au poulce une figure fort désagréable Elle vient ordinairement d’un effort habituel qu’on fait faire à ce doigt, pour pousser quelque chose qui résiste, une grosse aiguille, par exemple ; ce qui est cause que les Tailleurs ont ordinairement le poulce ainsi cambré. Les enfans se divertissent quelquefois à se le renverser de la sorte, les uns aux autres, & celui qui le souffre le plus patiemment pendant un certain temps remporte le prix. Ce petit jeu à force de recommencer, rend enfin le poulce tout-à-fait cambré, & si l’on ne remedie pas promptement à une telle difformité, on romproit plutôt le doigt, que de le redresser ensuite ; c’est aux parens à y veiller, & voici ce qu’ils doivent pratiquer en cette occasion. L’on assujettira le poulce de l’enfant entre deux lames de fer blanc enveloppées d’un linge, lesquelles par le moyen d’un cordon qu’on liera plus ou moins fortement autour de ces deux lames, tiendront le doigt en droite ligne ou plûtôt en feront incliner le bout vers le dedans de la main. La lame qui appuiera sur l’ongle, doit être un peu avancée en dedans, pour repousser le haut du poulce vers le dedans de la main. Mais la lame qui sera à l’opposite de celle-là, c’est-à-dire sur le plat du poulce, ne doit monter que jusqu’à sa jointure, pour laisser au doigt, le mouvement libre, & lui permettre de revenir en dedans. Chacun peut s’aviser là-dessus, de différentes inventions ; celle que je viens de décrire est suffisante ; mais ce n’est pas la seule qu’on puisse trouver.

10.o Doigts déjettés.
Dixiéme difformité mentionnée cy-devant, page 170.

Il faut que les doigts des mains soient directs par les côtés, & n’inclinent pas plus par l’un que par l’autre. Les enfans se les défigurent souvent en se les tirant pour les faire claquer. Cet amusement disloque les doigts, & les fait déjetter tantôt à droit tantôt à gauche, ce qui rend la main très-difforme. Ainsi on doit empêcher les enfans de se divertir à cette sorte de jeu. Quand les doigts sont déjettés, il faut doucement avec la main, les ramener à leur rectitude ; car il faut prendre garde de rien forcer. Si l’enfant est bien jeune ils se redresseront aisément par le petit effort qu’on fera pour les incliner du côte opposé à celui d’où ils s’écarteront. C’est toute la manœuvre qu’il y a à faire ici. Mais si la jeune personne a passé quinze à seize ans, il sera difficile de corriger le défaut, parce que les doigts ne seront plus assez pliables pour obéïr aux mouvemens qu’on fera pour les ramener à leur rectitude.

11.o Doigts surnumeraires.
Onziéme difformité mentionnée cy-devant, page 170.

Il n’est pas rare de voir des enfans venir au monde avec plus de cinq doigts, soit aux mains, soit aux pieds ; nous en avons rapporté des exemples dans le premier Livre, page 26. & 27. Ce nombre ne passe gueres celui de six à une main, & le doigt surnumeraire est ordinairement le poulce : mais quelque doigt que ce soit, il faut bien considérer s’il n’est que de chair, ou s’il est chair & os comme les autres. Si ce n’est que de la chair, on peut le retrancher facilement par le moyen d’une ligature de soye à la racine du doigt. On fait d’abord cette ligature un peu lâche ; quelques jours après on la serre un peu plus ; quelques autres jours après encore davantage ; & allant ainsi par degrés, le doigt se desséche & tombe de lui-même, ce qui ne fait presque point souffrir l’enfant ; mais si le doigt est osseux, la ligature n’y sert de rien & il vaut mieux alors le laisser, que d’en venir à le couper, comme font quelques Chirurgiens, cette operation pouvant causer la mort à l’enfant.

Au lieu d’un poulce surnumeraire, il arrive quelquefois que celui que l’on a, en vaut plusieurs par sa grosseur, tel qu’étoit celui de l’Empereur Maximin qui se servoit du brasselet de l’impératrice sa femme comme d’un anneau pour orner ce doigt[44]. Quand un enfant vient au monde avec un poulce si gros, il vaudroit mieux que le doigt fût double, que d’être si énorme en grosseur, pourvu que le surnumeraire fût sans os, parce qu’on pourroit, comme nous avons dit, le retrancher par la ligature, au lieu que la substance de deux étant ainsi réduite en une, on ne sçauroit en retrancher le surplus, sans recourir à une opération dangereuse. Tout ce qu’on peut faire dans une telle occasion, c’est d’environner le poulce avec un linge qui se serre étroitement, & d’avoir soin de le tremper plusieurs fois le jour dans quelque liqueur astringente, telle que du jus de centinode, autrement dite trainasse ou renouée, l’une des communes herbes des champs ; on remarque que ceux qui ont ainsi le poulce excessivement gros naturellement, sont la plûpart extrêmement voraces : Tel étoit entre autres l’Empereur dont nous venons de parler, il mangeoit & beuvoit extraordinairement. Il semble qu’on pourroit inférer de-là, que pour prévenir la grosseur outrée du doigt de laquelle il s’agit, le moyen seroit de donner peu de nourriture à l’enfant ; mais cet expédient pourroit avoir des suites fâcheuses, & il y auroit à craindre qu’en donnant à un enfant moins de nourriture que n’en demanderoit son tempérament, on ne lui diminuât la vie, pour lui diminuer le poulce.

Au reste, quand on a pris le parti de faire la ligature au poulce surnumeraire que je suppose n’être que de chair, on ne sçauroit trop se hâter d’exécuter cette résolution ; de peur qu’en différant quelques mois, ce poulce qui ne paroît que de chair, ne se munisse d’un os, ce qui n’auroit rien d’extraordinaire. Forestus & Spigelius parlent d’un enfant né avec un bras, où il ne paroissoit point qu’il y eût d’os, quelque recherche que l’on fît, & où quelques mois après, on sentit qu’il y en avoit un bien formé comme s’il étoit venu de lui-même ; non que cet os se fût engendré après la naissance, mais c’est qu’étant très-mol d’abord il avoit acquis de la consistance par le temps[45]. Ainsi, quand dans un enfant, un doigt qui ne sembleroit d’abord que de chair, paroîtroit ensuite muni d’un os bien dur, il n’y auroit rien en cela de surprenant, mais il ne seroit plus temps d’y faire la ligature.

12.o Engelures aux Mains.
Douziéme difformité mentionnée cy-devant, page 170.

Les Engelures rendent les mains extrêmement difformes par les enflures, & quelquefois par les crévasses qu’elles y causent. Comme cette difformité vient d’une matière transpirable, retenue sous la peau des mains par le froid qu’on a enduré, laquelle ne pouvant s’échapper, fait soulever la peau, & souvent jusqu’au point de l’obliger à se fendre, il est aisé de voir que le moyen, soit de prévenir, soit de guérir les engelures, c’est de recourir à des remedes qui puissent favoriser dans les mains, la transpiration qui y est arrêtée ou rallentie. Cela posé, voyons d’abord ce qu’il convient de faire pour prévenir ce mal. L’expédient le plus sûr pour cela, c’est de se frotter les mains dès le mois d’Octobre avec du vin blanc, où l’on ait fait infuser de la roqueste l’espace de deux jours. On met dans deux livres de ce vin, six onces de feüilles de roquette coupées menu, & récemment cueillies ; on les y laisse infuser le temps que nous venons de dire, & l’on remuë plusieurs fois la bouteille qui ne doit être bouchée qu’avec un morceau de papier, percé par-dessus de plusieurs petits trous d’épingle. Il n’est point nécessaire d’ôter l’herbe avant que le vin soit usé ; mais lorsque la bouteille est vuide, il faut y remettre du vin avec d’autre roquette, pour faire une nouvelle infusion. Ces infusions, au reste, se doivent préparer à froid. On se frotte les mains de ce vin deux fois par jour, sçavoir le matin en se levant, & le soir en se couchant ; il ne faut point le faire chauffer, & en général c’est une régle, que lorsqu’il s’agit de prévenir ou de guérir les engelures des mains, il ne faut jamais tremper les mains dans rien de chaud.

Pour ce qui est du temps rendant lequel on doit continuer ce remede, j’avertis que c’est pendant tous les mois d’Octobre & de Novembre.

Si l’on n’a pas eu soin de prévenir le mal, & qu’on s’en trouve attaqué, le même remede suffira, en ajoûtant toutefois à la roquette, deux ou trois onces de persicaire, & autant de menthe, l’une & l’autre récemment cueillies.

Si les engelures sont ouvertes, ayez six onces d’eau de-vie, jettez-y un demi-gros d’aloës & autant de camphre, laissez infuser le tout, l’espace d’une heure. Puis trempez un linge dans cette liqueur, & appliquez ce linge sur les engelures, après les avoir legerement graissées avec un peu d’huile de jaune d’œuf, continuez huit à dix jours. Il est inutile d’avertir que ces remedes n’auroient aucun effet, si l’on n’a pas soin de garantir les mains, de l’impression du grand froid.

13.o Main en épaule de mouton.
Treiziéme difformité mentionnée cy-devant, page 170.

La main en épaule de mouton, est une main extrêmement massive pardessus, avec des doigts à proportion ; cette difformité vient souvent de naissance, je veux dire qu’elle a son principe dans la constitution particuliere du corps. Alors elle est très-difficile & à prévenir & à guérir. Mais si elle n’a pas son principe dans le tempérament apporté de naissance, ou pourra plus facilement la prévenir & la corriger.

Pour la prévenir, il faut 1o. porter souvent des gants, & des gants un peu justes. 2o. Se laver tous les matins les mains avec une forte décoction de salsepareille coupée bien menu. On fait bouillir une once de cette racine dans deux livres d’eau commune, jusqu’à diminution du tiers, & on se lave les mains plusieurs fois par jour dans suffisante quantité de cette décoction. L’on continue environ trois semaines ; après quoi on ajoûte à la salsepareille, une demi-poignée de rénouée, autrement dite trainasse, herbe dont nous avons déjà parlé ; & on continue plusieurs mois à se laver les mains avec cette décoction.

Comme ce remède empêche les mains de trop grossir, il faut ne le faire que lorsqu’elles ont une véritable disposition à cette difformité, sans quoi il pourroit les rendre trop grêles.

Si elles commencent à grossir extraordinairement, ou qu’elles soient déjà parvenues à cet état qui les fait nommer à si juste titre, épaules de mouton, il faut ajouter à la décoction ci-dessus, deux onces d’équisetum, herbe vulgairement connuë sous le nom queue de cheval, & s’en laver, comme nous avons dit, surtout le matin au lever, & le soir au coucher ; ce qu’il sera bon d’accompagner d’une saignée du bras, si la personne est fort sanguine. Au reste, on ne sçauroit trop s’assujettir ici à porter des gants comme nous avons déjà dit ; mais tout cela, supposé que la personne soit encore bien jeune.

14.o Galle aux mains & aux bras.
Quatorziéme difformité mentionnée cy-devant, page 170.

La galle, en quelques parties du corps qu’elle vienne, ou qu’elle menace de venir, demande d’abord la purgation, accompagnée de quelque diaphorétique, ensuite les remedes adoucissans tant internes qu’externes ; & toûjours un régime de vivre capable de corriger l’acreté du sang.

La galle des mains tant aux hommes qu’aux femmes, & celle des bras & des mains aux femmes (car elles ont ordinairement les bras découverts) est une difformité d’autant plus considérable, qu’il n’y en a guéres de plus dégoutante à la vûë.

Cette galle est, ou humide ou séche ; l’humide consiste en de petits ulceres qui jettent du pus & du sang ; quelquefois en pullules qui sont autant de petites tumeurs remplies d’un sanie blanche qui paroît à travers ; elles sont ordinairement clair-semées & font enfler la main.

La galle seche consiste en pustules beaucoup plus petites. Elles sont dures, ne rendent aucune humeur, & se tournent en écailles farineuses, semblables à du son ; ce qui la fait appeller galle squameuse, ou furfurce, du mot latin squama qui signifie écaille, & de celui de furfur qui signifie son de farine. Cette derniere galle vient ordinairement au poignet. L’une & l’autre se guérissent de la même maniere.

On commencera donc, comme nous avons dit, par la purgation ; mais toute purgation ne convient pas ici. Il en faut une particuliere & specifique qui est la suivante.

Achetez chez un bon Apotiquaire, une demi-once d’aquila alba, deux scrupules de diagrede sulphuré, & quatre scrupules de diaphorétique mineral. Mêlez exactement ces trois ingrediens, qui seront en poudre bien fine, & avec du mucilage de gomme adragant fait dans l’eau de chardon bénit, formez-en soixante-quatre petites boulettes égales que vous conserverez pour l’usage que nous allons marquer dans un moment.

Le mucilage de gomme adragant se fera ainsi : Achetez une demi-once de cette gomme, bien blanche & bien pure, puis la jettez dans un pot où il y ait environ six onces d’eau de chardon bénit ; ouvrez le pot, & le mettez sur les cendres chaudes, où vous le laisserez quatre ou cinq heures ; au bout de ce terme, votre gomme sera en forme de mucilage, c’est-à-dire de gelée. Vous retirerez alors le pot de dessus les cendres chaudes, & vous passerez votre gelée, ou mucilage, au-travers d’un tamis bien propre & bien net, pour en séparer les petites ordures, s’il y en a. Cela fait, paîtrissez votre poudre avec une suffisante quantité de cette gelée, pour en faire une pâte épaisse, capable d’être réduite en soixante-quatre petites boulettes égales que vous ferez sécher à l’ombre, & que vous conserverez ensuite pour l’usage suivant.

On fait avaler le matin à jeun, dans une cuiller d’eau de chardon bénit, une, ou deux, ou trois, ou quatre de ces boulettes, selon l’âge ; elles s’avalent aisément, à cause de leur petitesse. On commence d’abord par une boulette si l’enfant est bien jeune, & au cas que cette dose ne purge pas, on donne deux boulettes le lendemain. On va ainsi en augmentant, jusqu’à ce que le remede fasse une évacuation suffisante ; car aux uns il en faut plus d’une boulette, aux autres plus de deux, aux autres plus de trois, aux autres plus de quatre. On se regle la-dessus, suivant l’expérience, & par ce moyen on ne court point de risque d’en donner plus qu’il ne faut.

Après avoir purgé ainsi deux ou trois fois dans le cours d’une quinzaine de jours, on mettra la jeune personne à l’usage des boüillons suivans. On prendra un poulet bien charnu, d’une médiocre grosseur, dans le ventre duquel on fourrera de la bourrache, de la buglose, & des fleurs de chardon bénit, ce qu’il en faudra pour remplir tout le ventre du poulet. On fera cuire le poulet dans six livres d’eau, jusqu’à ce que la chair quitte les os. Puis on passera l’eau par un linge, pour en faire deux boüillons que l’on donnera le matin, sçavoir le premier, quelque temps après le reveil de l’enfant, & le second deux heures ensuite. On continuera trois semaines ou un mois, & même plus, selon le besoin. On réïterera, sur la fin, la même purgation décrite ci-devant ; après quoi on aura recours aux remedes extérieurs que voici.

On prendra un quarteron de souphre en bâton ; on le tiendra avec une pincette de fer, & on y mettra le feu ; puis on laissera dégouter dans une terrine à demi-pleine de vin blanc, le souphre allumé ; on versera ensuite ce vin dans un pot, & on le conservera pour l’usage suivant.

On en mettra dans un plat ce qu’il en faudra pour y tremper les mains, & se les y laver ; on les y trempera l’espace d’un quart d’heure. On recommencera plusieurs fois le jour ; ayant soin de ne point faire servir plus d’une fois le même vin.

Ce remede vaut mieux que tous les onguents qui sont en usage contre la galle ; nous avertirons sur cela, que dans la plûpart de ces onguents, il entre du vif-argent, & que le vif-argent est ici fort dangereux.

Il y a des galles critiques qui viennent sur la fin de certaines maladies, & qui en présagent la guérison parfaite. L’on ne doit rien faire à celles-là, il faut les laisser aller leurs cours. Si cependant elles duroient trop, on peut sans crainte, y remédier par les secours ci-dessus, ces secours n’étant pas de la nature de ceux qu’on employe ordinairement contre la galle ; lesquels repoussent l’humeur en dedans, & deviennent par-là, extrêmement pernicieux, jusqu’à causer quelquefois des apoplexies, des paralysies, des surdités, la perte de la vûë, celle de l’ouïe, des fiévres, des morts subites, & presque toujours des suffocations, des difficultés de respirer, des langueurs, des enflures. Au reste, ce vin souphré quand on s’en lave plusieurs fois les mains, les rend douces, unies, & blanches.

Difformités des ongles.

Parmi les difformités de la main, que nous avons annoncées ci-devant, page 170, pour en parler de suite, comme nous avons commencé de faire, nous avons mis celles des ongles ; telles que sont, pour le répéter ici, les ongles déchaussés, leur enchassure gersée, déchiquetée, les ongles crochus, les ongles surmontés par la chair, les ongles trop épais, les ongles tombés ou tombans, les ongles en dos d’âne, les ongles raboteux, les ongles tachetez, les ongles partagés ou fendus, les ongles livides.

C’est de quoi nous devons parler à present, pour achever ce que nous avons à dire des difformités de la main.

1o. Ongles dechaussés.
Leur enchassure gersée, déchiquetée.
Premiere difformité des ongles annoncée cy-devant, page 170.

Les ongles déchaussés, sont des ongles enchassés de maniere, que leur emboëture laisse du large ; à peu près comme ces tableaux dont les bordures ne joignent pas. Car le bas & les côtés de chaque ongle, doivent être engagés dans la chair des environs comme dans une bordure, & cette bordure doit être si juste, qu’elle vienne à l’uni de l’ongle, par le moyen d’une petite pellicule qui le recouvre & l’enveloppe en forme de croissant droit.

Pour conserver à l’ongle cette perfection, quand elle s’y trouve, il faut avoir soin de ne jamais tremper les doigts dans du vinaigre, dans du jus de citron, dans du jus de groseille, ou autre chose de semblable, qui puisse mordre sur la pellicule tendre de la bordure des ongles, la dessécher, la ronger, la froncer, ou la faire rebrousser. C’est à quoi doivent prendre garde les jeunes Demoiselles, en faisant, comme il leur arrive souvent, du syrop de limon, de la gelée de groseille, &c. Elles doivent aussi avoir soin de ne jamais laisser tremper long-temps leurs doigts dans des sucs gras ; car alors cette enchassure devient trop molle, & à force de se ramollir & de se relâcher, elle se détache de dessus des bords de l’ongle ; à peu près comme du papier collé autour d’une vitre, quitte la vitre quand il vient à être détrempé par la pluye ; car les sucs gras font ici le même effet, que l’eau à l’égard du papier. La plupart des Chaircuriers, des Chaircutieres, & autres gens de cette sorte, qui ont presque toujours les doigts dans la graisse, ont les ongles déchaussés.

Le vrai moyen d’entretenir les ongles bien bordés quand ils le sont, c’est de laisser agir le baume naturel qui les nourrit, par la vertu duquel cette bordure se reproduit & se renouvelle tous les jours ; il s’agit pour cela, de ne toucher aux ongles que le moins que l’on peut, d’éviter ce que nous avons remarqué qu’il falloit éviter, & d’en demeurer là.

Rien n’est meilleur pour ôter entre la chair & le haut des ongles, la noirceur qui s’y amasse quelque-fois, que décrazer sur la pointe des doigts quelques grains de verjus, & d’en frotter l’extrémité des ongles ; mais il faut se garder, quand on le fait, de laisser couler le verjus sur la racine & sur les côtés de l’ongle ; car alors il gerseroit la petite pellicule qui borde l’ongle par en bas & par les côtés ; d’où il arriveroit que l’ongle se déchausseroit, ou que la pellicule en question, se diviseroit par petits filets ou lambeaux ; j’appelle ainsi ces petites déchirures qui s’élèvent quelquefois autour de l’ongle, & qu’on a coutume d’arracher soi-même avec de petites pincettes, ou avec l’ongle du poulce & du doigt indice de l’autre main ; il faut, quand on les retranche ainsi, les tirer bien adroitement, de peur d’écorcher la chair à quoi elles tiennent, parce qu’alors il en pourroit arriver de petites tumeurs qui n’embelliroient pas le doigt.

Voilà pour ce qui regarde là conservation de l’ongle par rapport à son enchassure. Mais quand il est déchaussé, que faut-il faire pour corriger ce défaut ? Le moyen en est facile. Il n’y a tous les matins qu’à mouiller avec sa salive, le cerne de l’ongle, sans l’essuier ; en faire autant le soir lorsqu’on se couche. L’ongle, par ce moyen, reprendra bien-tôt son enchassure, pourvû qu’on évite tout ce que nous avons recommandé ci-dessus d’éviter ; sans quoi toute la salive de la bouche seroit inutile.

2o. Ongles crochus.
Seconde difformité des ongles annoncée cy-devant, page 171.

Les ongles crochus sont ceux dont l’extrémité se recourbe en dedans comme une espèce de griffe, ce qui est d’une très-grande difformité. Cette difformité vient ordinairement aux personnes qui voulant ôter la malpropreté qui s’amasse quelquefois, entre le haut de l’ongle & la chair, ont coutume de passer la tête d’une brosse-à dents, d’une épingle, dans cet entre-deux, afin de le nétoyer. Cette petite manœuvre, à force d’être réïtérée ; fait écarter de dessus la chair, le bout de l’ongle, & l’oblige de prendre la forme de crochet ou de crampon ; parce que cette extrémité ainsi écartée, se rabat ensuite nécessairement sur la pommette du doigt, j’appelle pommette du doigt, l’éminence ronde & charnuë qui termine le haut du doigt en façon de petite pelote, & qui est placée sous la cuirasse de l’ongle, où elle construit le principal organe du toucher. En un mot j’appelle pommette du doigt, cette partie du doigt, de laquelle on se sert d’abord pour toucher quelque chose que ce soit, quand on veut s’éclaircir si cette chose est raboteuse ou unie, dure ou molle, &c.

La remarque que nous venons de faire sur ce qui donne occasion aux ongles de devenir crochus, indique d’abord, ce qu’il faut pratiquer pour se garantir de cette difformité. Mais lorsqu’on les a laissé devenir tels, voici ce qu’on peut faire pour y remédier.

Prenez un jaune d’œuf dur, & un demi-quarteron de belle cire blanche, incorporez ces deux choses ensemble dans un petit plat sur le feu, ajoûtez-y un peu d’huile d’amandes douces pour réduire le tout en consistance d’onguent. Gardez ce mélange dans une boëte pour l’usage qui suit.

Vous oindrez de cet onguent vos ongles, tous les soirs en vous couchant, & puis vous mettrez un gant que vous n’ôterez que le lendemain main. Tenez cette conduite trois semaines ou un mois. L’ongle se ramollira par ce moyen, & reprendra sa conformation naturelle. Mais comme il croîtra plus vite qu’à l’ordinaire, ne vous hâtez point alors de le couper, laissez-le grandir un peu, puis quand il excedera trop, rognez-le doucement, vous verrez au bout d’un mois ou environ, votre ongle d’une belle venuë.

Il arrive aussi quelquefois que sans avoir donné occasion à l’ongle de se crochuer, il ne laisse pas de contracter de lui-même, ce vice, par l’âcreté d’un mauvais suc nourricier qui s’y porte, & qui excitant les fibres de l’ongle, à la contraction, oblige l’ongle même à se courber ; mais de quelque cause que procede le crochuëment de l’ongle, soit de la premiere, soit de la seconde, le remede ci-dessus convient également ; si ce n’est que dans le dernier cas, il faut, en même temps, recourir à des remedes internes, qui puissent émousser l’âcreté du sang, tels que sont les orgeades, les gruaux, les boüillons au veau, & autres semblables, précédés de quelques saignées & de quelque legere purgation.

3o. Ongles surmontés.
Troisieme difformité des ongles annoncée cy-devant, page 170.

Les ongles qu’on laisse croître trop longs, sont d’une grande laideur ; mais il faut prendre garde, lorsqu’on veut prévenir ou corriger cette laideur, de les couper trop courts, comme font quelques personnes, qui ne leur donnent pas le temps de croître ; & qui, dès qu’ils les voyent monter au niveau de la chair, se hâtent de les ronger avec les dents, ou de les couper avec des cizeaux, & ne sont pas satisfaits qu’ils n’en ayent absolument retranché, tout ce qu’ils en peuvent retrancher ; jusqu’à entreprendre presque sur la chair vive.

Ces personnes s’imaginent se procurer par là des ongles propres & mignons ; mais au lieu d’y réüssir, elles ont bientôt le chagrin de voir leurs ongles surmontés par la chair du bout du doigt, laquelle s’élève par-dessus en forme de bourrelet, ce qui fait une difformité d’autant plus grande que ce bourrelet ressemble à une excroissance de chair, & que de plus, il est toûjours accompagné d’une malpropreté qui s’engage dans tous l’environ, où il se rabat sur l’ongle ; malpropreté si tenace, qu’on ne sçauroit venir à bout de l’ôter parfaitement, quelque soin qu’on ait de se laver.

Cette difformité est très-difficile à corriger quand on l’a une fois laissé gagner, parce que la douleur que l’ongle, en prenant son accroissement, cause à la chair qui le surmonte, fait qu’on est obligé de le couper, dès qu’il commence à pousser la chair ; & ainsi la difformité s’entretient & se change en un mal nécessaire. Il faut cependant, si on la veut guérir, souffrir cette douleur, & permettre à l’ongle de croître jusqu’à ce qu’il ait réduit cette chair en place ; si toutefois il est temps ; car lorsqu’on differe trop, il arrive que le haut de l’ongle, en prenant son accroissement, s’insinuë dans cette chair, & y fait une division qui peut avoir de mauvaises suites.

4o. Ongles trop épais.
Quatriéme difformité des ongles annoncée cy-devant, pages 171& 224.

L’ongle reçoit quelquefois de la masse du sang, trop de nourriture, ce qui le rend gros & épais. Ce surplus de nourriture vient de ce que la substance de l’ongle est plus molle qu’il ne faut ; car les conduits qui distribuënt les sucs nourriciers dans le corps de l’ongle, prêtent alors avec une extrême facilité, & admettent sans résistance, tout ce qui se présente à leur orifice ; d’où il arrive que l’ongle acquiert plus de massiveté & d’épaisseur. Le moyen de corriger ce défaut, consiste en deux choses ; La première, de ratisser l’ongle doucement, & à plusieurs reprises, avec un morceau de verre, ou une lame de couteau bien fine ; prenant garde d’aller trop avant, de peur d’entreprendre sur la membrane qui tapisse le dessous de l’ongle, laquelle est parsemée de fibres tendineuses extrêmement susceptibles de douleur ; la seconde, d’appliquer sur l’ongle un emplâtre astringent, tel, par exemple, que celui-ci, dont la propriété est de resserrer, & de rétrécir, les petits tuyaux qui portent les sucs nourriciers à l’ongle, & de l’empêcher par conséquent, de trop s’épaissir.

Reduisez en poudre fine, égales parties de mastich, de pierre calaminaire, de terre sigillée, de racine de bistorte, de racine d’angelique & de racine de termentille ; faites de cette poudre un emplâtre avec suffisante quantité de poix résine, de cire, & de therébenthine ; appliquez de cet emplâtre sur l’ongle ; & l’y laissez plusieurs jours sans le renouveler, recommencez ensuite & continuez pendant des semaines entieres.

Cet emplâtre au reste, convient extrêmement lors qu’on a ratissé l’ongle en la maniere que nous avons marquée ci-dessus, & il est à propos de l’y appliquer aussi-tôt.

5o. Ongles tombés ou tombans.
Cinquiéme difformité des ongles annoncée cy-devant, pages 170. & 224.

Diverses causes procurent la chute de l’ongle ; il tombe lorsque les racines viennent à être, ou rongées, comme dans le panaris, ou déchirées, comme dans quelques blessures, ou écrasées comme dans quelque violente compression. Alors succede peu à peu, un nouvel ongle par-dessous l’ancien, lequel se desséche à mesure que le nouveau, croit.

L’ongle ancien demeure quelquefois vacillant des semaines entieres, sans quitter sa place, ni qu’on l’en puisse ôter sans douleur, jusqu’à ce qu’enfin l’ongle de dessous crossant de plus en plus, le chasse absolument, de maniere qu’on n’en ressent aucune incommodité ; ce qui vient de ce que les fibres tendineuses du premier ongle, étant comprimées par le nouveau se desséchent & perdent, par ce moyen tout sentiment.

Il arrive souvent que le nouvel ongle prend une mauvaise figure, à cause qu’il se moule sur la chair de dessous, qui souvent aussi en a pris une mauvaise par l’effet de quelqu’une des causes que nous venons d’exposer. Car si c’est, par exemple, à l’occasion d’un panaris, il faut nécessairement que la chair du doigt, laquelle n’est plus alors assujettie par aucun pressement de l’ongle, parce qu’y ayant ulcere sous l’ongle, cet ongle dont les racines & les attaches sont rongées par l’ulcere, ne doit presque plus tenir à rien, il faut nécessairement, dis-je, qu’alors cette chair qui n’est plus retenuë par l’ongle, qui lui servoit comme de moule, ait la liberté de se défigurer ; or alors l’ongle tendre qui commence à croître par-dessus la chair, ne peut que suivre la mauvaise configuration où il trouve la chair, sur laquelle il s’étend.

Il s’agit donc ici de voir par quel art on peut prévenir cette mauvaise figure. Il n’y en a pas de plus sûr que d’appliquer sur l’ongle nouveau & encore tendre, le côté concave d’un petit morceau de fer blanc courbé façonné en ongle, selon la forme qu’on doit faire prendre à l’ongle véritable ; enduire le dedans de ce fer blanc, avec un peu de cérat ; puis serrer contre le doigt, ce fer blanc, de maniere que la chair du doigt, & l’ongle qui commence à la recouvrir, soient obligés de prendre la figure du fer blanc, & de s’y mouler ; il faut renouveller le cérat de deux en deux jours seulement, & remettre aussi-tôt le fer blanc pour ne pas donner le temps à l’ongle de se difformer.

Il ne faut point discontinuer cette pratique avant que l’ongle ait acquis sa dureté ; mais quand on voit qu’il commence à durcir, on doit se contenter d’appliquer le fer blanc sans cérat, de peur de trop attendrir l’ongle, & d’empêcher par ce moyen, qu’il n’acquiere la fermeté & la consistance requise.

On voit nombre de personnes dont l’ongle du poulce, ou de quelqu’autre doigt, ce qui est plus rare, a deux surfaces inclinées l’une contre l’autre en forme de dos d’âne ; ce qui fait appeller cet ongle, ongle en dos d’âne.

En quelque doigt que soit cette difformité, qui est plus ordinaire au poulce, elle vient toujours d’une des causes marquées ci-dessus, & du peu de soin qu’on a eu d’y apporter le remede convenable, qui n’est autre que celui que je viens de décrire, sçavoir la plaque de fer blanc ou de plomb, formée en ongle, & appliquée en la maniere que j’ai dite.

6o. Ongles raboteux.
Sixiéme difformité des ongles annoncée cy-devant, pages 170. & 224.

L’inégale distribution qui se fait quelquefois du suc nourricier à l’ongle, est ce qui le rend inégal & raboteux. On peut aisément corriger ce defaut, par le moyen d’un petit morceau de coenne de lard, appliqué sur l’ongle, & couvert d’un petit linge. Il faut renouveller la coenne de lard tous les trois jours ; on ne sçauroit exprimer combien ce reméde tout simple qu’il est, a de vertu pour faire que les sucs nourriciers de l’ongle, s’y distribuënt également, & pour unir, par ce moyen, la superficie de l’ongle.

7o. Ongles tachetés.
Septiéme difformité des ongles, annoncée cy-devant, pages 170. & 224.

Ce vice des ongles arrive, lorsque des particules du suc qui les nourrit, viennent à s’intercepter en divers endroits sous la substance de l’oncle : car alors ces particules qui sont blanches naturellement, se détachent des particules rouges du sang avec lequel elles sont mêlées dans leurs vaisseaux, paroissant alors à travers la corne transparente de l’ongle, la font paroître tachetée de blanc. Cette petite difformité se dissipe quelquefois d’elle-même, par l’accroissement de l’ongle, qui l’emporte en s’allongeant ; mais quelquefois elle est aussi permanente que la petite tache qu’on discerne au bas de l’ongle, laquelle a la figure d’un demi croissant, & fait une des beautés de l’ongle.

Alors il faut recourir à l’art pour dissiper ces petites taches, & comme elles sont accidentelles, & qu’elles n’ont pas le même principe que la petite tache blanche dont nous parlons, laquelle est naturelle, & fait un ornement de l’ongle, on peut les effacer, sans que le moyen employé à cette fin, puisse effacer de même, la petite tache blanche dont il s’agit. Quel est ce moyen ? C’est d’appliquer sur l’ongle, une compresse moüillée d’esprit de vin, camphré, & de l’y laisser plusieurs jours en la remoüillant de temps en temps avec l’esprit de vin, & observant de l’oter tout-à-fait, lorsque la marbrure de l’ongle est dissipée.

8o. Ongles partagés ou fendus.
Huitiéme difformité des ongles, annoncée ci-devant, pages 170. & 224.

Des sels âcres & corrosifs charriés par la masse du sang, & qui s’arrêtent dans la substance de l’ongle, sont la cause ordinaire des fentes qui arrivent à l’ongle, soit en travers, soit en long. Le moyen d’adoucir ces sels, c’est de tremper souvent l’ongle dans du lait chaud, mêlé d’un peu d’eau où ait boulli légérement un morceau de racine de guimauve ; & comme ces sels âcres sont fournis par la masse du sang, il est à propos de joindre à ce remede externe, quelques boüillons adoucissans, quelques saignées, & quelques purgations. Les boüillons doivent être faits avec fort peu de veau & de mouton, la moitié d’un petit poulet, & trois ou quatre écrevisses, le tout pour deux bouillons clairs, dont l’un se prend le matin à l’heure du lever, & l’autre deux heures ensuite.

Les purgations doivent être simples ; un peu de manne dans un bouillon suffit. Si ce qu’on aura pris de manne ne purge pas ou purge trop peu, il n’y a qu’à en prendre une plus grande dose le lendemain, ou le sur lendemain : car il faut tenir pour certain qu’en fait de purgatif adoucissant, il y en a peu qui vaille la manne.

9o. Ongles livides.
Neuviéme difformité des ongles, annoncée cy-devant, pages 170. & 224.

L’ongle, par lui-même, n’est point coloré ; ce n’est qu’une corne transparente, qui laisse voir la couleur de ce qui est immédiatement placé dessous ; or ce qui est immédiatement sous l’ongle, est la chair accompagnée de ses vaisseaux ; ou bien quelque suc extravasé entre l’ongle & la chair. Ainsi, quand ce suc extravasé, ou bien cette chair sont d’une couleur, il faut nécessairement que la corne de l’ongle paroisse de la même couleur.

La beauté de l’ongle, en ce qui concerne la couleur, consiste dans le rose pâle ; toute autre couleur est défectueuse ; on voit des ongles blancs comme du papier ; d’autres, rouges comme du sang ; d’autres, couleur de cerise. Les ongles blancs ressemblent à ceux des moribons ; les rouges comme du sang ont quelque chose de rude ; ceux qui sont couleur de cerise, choquent moins, mais ils choquent ; il n’y a que le veritable couleur de chair, c’est-à-dire le rose pâle, qui plaise. Des doigts, qui sont beaux d’ailleurs, & dont les ongles paroissent de cette couleur, ont toute la perfection qu’ils peuvent avoir.

Les ongles sont couchés les uns très-serrément sur la chair ; les autres d’une maniere un peu plus lâche. Quand l’ongle comprime trop la chair, il paroît blanc ; quand il ne la presse pas assez, il paroît de la couleur naturelle de la chair de dessous, & quand il ne la presse que médiocrement, il paroît d’ordinaire un peu plus pâle que la chair, ce qui fait un beau rose pâle, supposé toutefois que la chair sur laquelle l’ongle est couché, soit d’un rouge vif, comme elle doit l’être.

Pour se convaincre de ce que je dis, il n’y a qu’à presser un peu le dessus de l’ongle ; il pâlira aussi-tôt s’il est rouge, & en cas qu’il soit blanc, il paroîtra encore plus blanc.. La raison en est qu’en pressant un peu l’ongle, on presse un peu la chair, & que la chair un peu pressée devient blanche, à cause que cette pression fait retirer une partie du sang, qui remplissant les vaisseaux délicats & transparens de la chair, la faisoient paroître rouge.

Si au lieu de presser l’ongle par-dessus, on le presse par les côtés, à peu près comme on presse certaines tabatieres pour les ouvrir, l’ongle alors rougit dans toute la longueur de son milieu, & laisse voir une petite colomne rouge depuis ce haut jusqu’à la tache d’en bas, tandis que les côtés de l’ongle deviennent pâles & blancs. La cause de ce phénomene est qu’en pressant ainsi l’ongle par les côtés, ces côtés se rabattent davantage contre la chair, & que le dos de l’ongle, au contraire, s’élève plus en voûte ; ce qui fait que la chair est plus à l’aise entre les deux côtés de l’ongle, qu’elle ne l’est sous ces mêmes côtés ; d’où il doit arriver nécessairement, que la longueur du milieu de l’ongle paroisse rouge, & que les côtés au contraire pâlissent, puisque le dos de l’ongle pressant moins la chair de dessous, laisse plus de liberté aux petits vaisseaux de se remplir de sang, & que les côtés au contraire, pressant davantage la chair, contraignent par ce pressement, une partie du sang à se retirer.

Un coup sur l’ongle, cause quelquefois un si grand désordre par-dessous, que les racines qui tiennent l’ongle attaché à la chair, se rompent & se brisent ; ce qui oblige l’ongle à tomber peu de jours après. Mais quelquefois les racines demeurent dans leur entier, & il n’y a que quelques vaisseaux sanguins qui se rompent, par la violente compression du coup. Alors il se fait seulement un petit épanchement de sang entre la chair & l’ongle ; & ce sang épanché paroissant à travers l’ongle, le fait paraître livide, qui est la couleur des échymoses.

Cette lividité se dissipe quelquefois d’elle-même, ou à l’aide d’un peu d’eau-de-vie, dont on moüille un linge qu’on met sur l’ongle, & tout au tour du doigt.

Il arrive aussi quelquefois qu’elle persiste opiniâtrement. Le moyen de prévenir cet inconvénient, est de mettre sur l’ongle, & tout autour de l’extrémité du doigt, un linge enduit d’onguent fait avec la manne, l’huile d’olive & la cire, en cette maniere : Prenez une once de belle manne de Calabre, la plus nette, la plus blonde, & la plus transparente, qui se puisse trouver chez les Droquistes ; délayez-la dans un plat sur le feu, avec une once de cire blanche, & autant de bonne huile d’olive ; conservez cette mixtion dans une boëte, pour l’employer comme nous avons dit : Il ne faut renouveller l’onguent sur le doigt, que de trois en trois jours. Ce remede est souverain non seulement pour prévenir la lividité de l’ongle, mais même pour la dissiper.

On s’étonnera peut-être de voir entrer la manne dans la composition d’un onguent, mais elle a de grandes vertus en certains cas, appliquée à l’extérieur.

Main droite gauchere.

Nous avons parlé des principaux vices qui peuvent rendre la main difforme ; il y en a un cependant, qui, quoiqu’il n’apporte aucune difformité à cette partie, ne laisse pas de devoir trouver ici place. C’est celui où la main droite a la foiblesse de la gauche, & où la gauche dérobe la force de la droite ; ensorte que ceux en qui se rencontre ce défaut, & que pour cette raison, l’on nomme gauchers, se servent non seulement plus volontiers, mais beaucoup plus librement de la main gauche, que de la droite. Ce dérangement vient d’ordinaire, par la faute des Nourrices, dont quelques-unes portent toûjours sur le bras gauche, leurs enfans ; ensorte que ces enfans ainsi portés, n’ayant alors que le bras gauche de libre, se servent de celui-là, & l’employent en toute occasion, ce qui leur rend la main de ce côté-là plus forte, & l’autre plus foible. Car le fréquent exercice de la main droite est l’unique cause de sa force pardessus la gauche. Mais s’il est vrai, objectera-t-on, que ce soit le surplus d’exercice auquel la main droite a été accoutumée, qui lui donne le surplus de force ; il s’ensuit que la jambe droite ne devroit point avoir plus de force que la gauche, ce qui est cependant contraire à l’expérience. Je réponds que si la jambe droite, quoiqu’elle n’ait pas été plus exercée que l’autre, est néanmoins plus forte, c’est que les esprits animaux déterminés par l’exercice surabondant de la main droite, à venir en plus grande quantité, vers le côté droit, refluënt sur toutes les parties du même côté, & par conséquent sur la jambe & sur le pied.

C’est un fait constant que dans ceux qui ont perdu le bras droit, cette perte est abondamment réparée par le surplus de force d’agilité, dont jouissent alors le bras & la main gauches. On voit nombre de manchots de la main droite, écrire, dessiner, & faire plusieurs autres ouvrages de la gauche avec la même perfection que s’ils se servoient de la droite. D’où peut provenir cette compensation ? que de ce que la partie qui supplée à l’autre, est plus exercée qu’elle n’étoit ?

Au reste, il ne faut pas se figurer que la cause qui rend les enfans gauchers, vienne toujours de ce que les Nourrices les portent trop souvent sur le côté gauche ; la coutume qu’on laisse prendre à quelques-uns d’eux, quand ils sont un peu grands, de se servir toujours de la main gauche pour la droite ; est une autre cause fort ordinaire du défaut dont il s’agit.

L’homme n’apporte pas en naissant, une plus grande disposition à se servir d’une main que de l’autre, & après la naissance il conserve encore cette neutralité, ensorte que si l’on n’accoutume pas un enfant, à employer plus souvent la droite que la gauche, il sera ou ambidextre, ce qui n’est pas un défaut, ou gaucher, ce qui en est un.

Il sera ambidextre s’il n’exerce pas plus une main que l’autre ; & gaucher s’il exerce moins la droite que la gauche. Ainsi les peres & les meres doivent veiller à ce que leurs enfans n’employent gueres plus souvent la droite que l’autre. Il faut les accoutumer d’abord à ne rien présenter, à ne rien recevoir de la main gauche ; puis, quand ils sont un peu plus grands, & qu’ils commencent à joüer, prendre garde qu’ils n’agissent point trop de cette main ; un enfant, par exemple fera un château de cartes, il faut lui laisser la liberté de prendre & de poser ses cartes tantôt de la main gauche, tantôt de la droite : Il tirera un petit chariot, il faut lui laisser, tout de même la liberté de tirer ce chariot tantôt d’une main, tantôt de l’autre, & cela pour les raisons que nous avons dites ci-dessus.

Au reste, s’il est gaucher, on le corrigera par ce moyen, & s’il ne l’est pas le même moyen l’empêchera de le devenir.

Les Gouvernantes chargées du soin d’élever les enfans, les obligent sans cesse & en toute occasion, à agir de la main droite par préférence à la gauche. Cette action continuelle attire à cette main une plus grande quantité d’esprits ; le sang & les liqueurs y circulent par conséquent avec plus de liberté ; les sucs nourriciers s’y distribuënt avec plus d’abondance ; de-là on devient plus fort, plus agissant & plus adroit de cette partie, comme aussi de tout le côté droit, & on reste plus foible, moins agissant, & plus mal-à-droit du bras gauche, de la main gauche & tout le côté gauche. Inconvénient d’autant plus fâcheux, que s’il arrive une blessure au bras droit, à la main droite, ou aux doigts de cette main, & qu’en conséquence on soit obligé de porter ce bras ou cette main en écharpe, alors il faut nécessairement se servir de la main gauche, qui se trouvant plus foible & plus mal-à-droite, devient comme inutile, & ne peut suppléer aisement aux fonctions de la main droite. Combien de personnes qui n’ont ni la force ni l’adresse d’ouvrir de la gauche, une porte, de couper du pain, de tenir un verre d’eau ou de vin ? ce qui certainement n’arriveroit pas, si on accoutumoit les enfans à être ambidextres, c’est-à-dire à se servir également de l’une & de l’autre main.

Il faut, comme nous avons dit, accoutumer les enfans à ne rien recevoir que de la main droite ; la civilité le demande ; mais il ne faut pas aller plus loin ; & quand ils ouvriront une porte, ou qu’ils couperont du pain avec la main gauche, pourvû qu’ils ne s’en fassent pas une habitude, où sera l’inconvenient ? ne sera-ce pas au contraire, un avantage ?

Voilà pour ce qui regarde les Bras & les mains, revenons à l’article que nous avons interrompu, page 163. sçavoir à celui des difformités des jambes & des pieds.

Difformités des Jambes et des Pieds.

Suite de l’article que nous avons interrompu, page 163.
JAMBES COURBES.

Bien des enfans ont les cuisses & les jambes courbes. Cette difformité procede souvent de ce qu’on fait marcher les enfans trop tôt, & avant que leurs jambes ayent acquis assez de fermeté pour pouvoir soutenir le poids du corps. Il y a des enfans en qui ces parties sont fortes plutôt, & d’autres en qui elles le sont plûtard. C’est aux peres & aux meres à y prendre garde avant que de laisser marcher leurs enfans seuls ; & sans être soutenus. Il faut sur-tout éviter de faire faire aux filles, la révérence, avant qu’elles ayent atteint l’âge de cinq ans.

Quand un enfant commence à marcher, & que les jambes sont trop foibles pour le corps, on voit l’enfant qui cherche, lorsqu’il est debout, à appuyer ses genoüils, l’un contre l’autre, pour le soutenir. Il faut dès-lors l’empêcher de marcher, & le tenir assis le plus qu’il se peut, jusqu’à ce que ses jambes se soient fortifiées ; sinon elles cambreront peu à peu ; puis se courberont en arc ; & enfin deviendront contrefaites au point de ne pouvoir plus se redresser.

Le plutôt donc qu’on pourra empêcher l’enfant de marcher, lorsqu’on verra ses genoüils commencer, le moins du monde, à se pancher en dedans, ce sera le mieux, & si faute de cette précaution, la jambe est déjà courbée, il faudra appliquer le plus promptement qu’il pourra, une petite plaque de fer sur le côté creux de la jambe : puis on mettra une bande de linge sur la plaque, & sur l’endroit bossu de la jambe. On serrera tous les jours un peu plus cette bande, jusqu’à ce qu’elle comprime suffisamment l’endroit qui fait bosse ; & afin que cette compression ne blesse pas, on posera sur la portion du bandage qui sera sur l’endroit bossu de la jambe, une bonne compression. En un mot, il faut s’y prendre dans ce cas, pour redresser la jambe, comme on s’y prend pour redresser la tige courbe d’un jeune arbre[46].

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Au reste, si la bosse qui fait la courbure de la jambe, étoit placée de maniere qu’il fallût poser la plaque de fer sur le gras de la jambe, il faudroit alors faire fabriquer une plaque qui fût un peu creuse à l’endroit qui répondroit à ce gras, parce que, sans cette précaution, le gras de la jambe étant trop comprimé, prendroit une mauvaise tournure. Il n’y a rien en tout cela que de très-facile, & que les parens ne puissent exécuter eux-mêmes.

La plaque, comme nous avons dit, ne doit point être placée à nud sur la chair, il faut qu’il y ait quelque linge entre deux.

Si l’enfant est bien jeune, il n’est pas à propos de mettre sur la jambe, aucune graisse, ou autre chose de semblable pour ramollir l’os de la jambe, qui n’est déjà que trop tendre. C’est de quoi je ne sçaurois trop avertir ; mais si l’enfant est déjà grand, & que les os ayent pris leur consistance ; les graisses, les huiles émollientes & autres remedes de cette nature, conviendront.

La courbure des jambes vient souvent de ce que l’enfant est noüé ; quand elle vient de cette cause, on doit observer avec encore plus de soin, ce que nous venons de dire.

Souvent les jambes d’un enfant deviennent tortuës, à cause que la Nourrice en le portant entre ses bras, le tient toujours sur un même côté ; car il arrive delà que lui serrant toûjours les jambes de ce même côté, principalement à l’endroit du genoüil, elle contraint les jambes de l’enfant, à se courber nécessairement ; au lieu qu’en changeant souvent de côté, les jambes n’en peuvent recevoir aucun dommage.

La coûtume des Nourrices, de serrer plus qu’il ne convient, les jambes de l’enfant en l’emmaillotant, est encore une cause bien ordinaire des difformités qui arrivent à ces parties. On ne doit pas même attribuer à une autre cause qu’à celle-là, l’enfoncement que dans presque tous les squeletes on remarque à l’os de la jambe qui est proche la cheville du pied en déhors ; car cet os qui soûtient seul, l’effort du bandage vers la cheville donc il s’agit, & qui est plus mince que l’autre, doit nécessairement, lorsqu’on le presse, plier considerablement en cet endroit, étant aussi tendre qu’il est dans l’enfant, & c’est ce qui ne manque point d’arriver, comme le squelete le fait voir.

Pieds contrefaits par une mauvaise tournure.

Il y a des pieds forcement tournés en dehors ; & d’autres forcement tournés en dedans. Cette difformité, vient ou de naissance, ou d’accident. Quand c’est de naissance, il faut que la Nourrice essaye tous les jours en remuant l’enfant, de lui tourner doucement les pieds dans le sens naturel, & que pour cela elle observe ce que nous avons dit la-dessus quelques pages plus haut.

Comme les ligamens sont alors extrêmement tendres, ils obéïssent facilement à ce petit effort, pourvu qu’il doit souvent réitéré ; c’est aux parens à y avoir l’œil.

Si cette mauvaise tournure a été long-tems négligée, ou qu’elle vienne d’accident, & que la jeune personne soit déjà un peu grande, on pourra, à moins que le pied ne soit tout-à-fait estropié, & qu’il n’y ait plus de ressource, on pourra y remédier par les moyens suivans. 1.o En recourant à des remedes capables de ramollir les ligamens, comme sont les fomentations avec les boüillons de tripes, les frictions avec l’huile de lis, les cataplâmes avec les feüilles & les racines de guimauve. 2.o En essayant tous les jours avec la main, de ramener le pied dans sa situation naturelle. 3.o En employant pour cette fin, de forts cartons, ou des atelles de bois, ou de petites platines de fer, qu’on a soin de serrer avec une bande. Cela vaut mieux que toutes les botines qu’on a coutume d’employer dans ces occasions.

Autre mauvaise tournure des Pieds.

Il y a une autre mauvaise tournure des pieds, fort différente de celle-là pour la cause ; c’est celle qui vient de la paresse à tourner les pieds en dehors, ou de l’affectation à les tourner trop en dedans. On voit des personnes qui se négligent si fort sur la maniere de porter les pieds, qu’encore qu’il ne tienne qu’à elles de les avoir en dehors, elles les ont toujours en dedans. On appelle ces gens-là des cagneux ; vice commun sur-tout dans le sexe, qui devroit cependant l’éviter avec plus de soin, rien ne donnant une idée plus dégoutante de la personne que cette négligence. D’autres affectent si fort de tourner les pieds en dehors, qu’ils se rendent ridicules par-là. Ce vice est ordinaire à bien des gens de Province.

Quant aux personnes qui par paresse, s’accoutument à porter les pieds en dedans, cette difformité leur devient à la longue, si naturelle, qu’on a presque autant de peine à les en corriger que si elle venoit d’accident, ou de naissance. C’est aux parens à prevenir le coup. Mais si malgré leurs soins & leurs avertissemens, ils voyent que la jeune personne se néglige trop là-dessus, il faut qu’ils fassent faire de ces marchepieds de bois, si en usage chez les Religieuses pour leurs jeunes Pensionnaires, dans lesquels il y a deux enfoncemens séparés, pour y mettre les pieds, & où ces deux enfoncemens sont creusés & figurés de maniere que chaque pied y étant engagé est nécessairement tourné en dehors. L’enfant se servira de ce marchepied toutes les fois qu’il sera assis. Mais il y a ici un inconvénient, c’est que lorsqu’il voudra marcher les pieds en dehors, il chancellera, & sera en risque de tomber. Ce qu’il faudra faire alors, c’est de le soutenir par-dessous les bras pour l’accoûtumer peu à peu à marcher comme il convient. Qu’on sacrifie tous les jours une demi heure à cet exercice, cela suffira, & encore on peut partager cette demi heure en deux quarts d’heure, pour ne pas fatiguer l’enfant.

Au surplus, quand un enfant, par une mauvaise habitude, tourne les pieds en dedans, voici un autre moyen pour l’en corriger, c’est de lui faire tourner les genoüils en dehors. Si-tôt qu’ils seront ainsi tournés, les pieds se tourneront de même.

On peut avoir les pieds en dehors sans y avoir les genoüils, on a toujours alors mauvaise contenance, & on n’est point bien sur ses pieds ; mais on ne sçauroit avoir les genoüils en dehors que les pieds n’y soient, & on est toujours alors bien planté.

Il y a des peres & des meres qui font porter à leurs enfans de petits sabots pour leur faire tourner les pieds du sens qu’il faut. Cette pratique n’est pas sans inconvénient, elle met à chaque pas l’enfant en danger de tomber, & de plus elle le fait marcher pesamment. Habitude dont on a bien de la peine à le défaire ensuite.

Que la plûpart des enfans n’ont les pieds en dedans, & d’autres difformités, que par la faute des Nourrices, qui les enmaillottent mal.

Les Nourrices, en enmaillotant leurs enfans, leur fixent ordinairement les pieds pointe contre pointe, au lieu de les leur fixer talon contre talon, comme elles pourroient néanmoins le faire très-aisément par le moyen d’un petit coussinet engagé entre les deux pieds de l’enfant, & figuré en forme de cœur, dont la pointe seroit mise entre les deux talons de l’enfant, & la base entre les deux extrémités de ses pieds. Si l’on avoit soin de faire observer par les Nourrices ce que je dis, on ne verroit pas tant de cagneux & de cagneuses.

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L’art d’enmailloter les enfans, n’est pas une petite chose ; on l’a pû voir par ce qui a déjà été remarqué sur ce sujet en divers endroits de ce Livre. Mais cette matiere est si importante qu’elle mérite bien que nous en disions encore un mot, tant pour servir de récapitulation à ce que nous en avons déjà dit, que de supplément à ce que nous pouvons avoir omis d’en dire.

La plûpart des enfans qui sont noüés, ne doivent ce triste état, qu’à la male-façon dont ils ont été enmaillotés, c’est-à-dire, au détestable usage établi parmi les Nourrices, de serrer & de garroter à force de bandes, de tendres enfans ; comme si c’étoient des ballots qu’elles eussent à envoyer dans quelque Païs bien éloigné.

Si la situation où se trouvent les membres d’un enfant, à chaque tour de bande, n’est pas directe, mais de travers, il en résulte des inconvéniens qui influent non-seulement sur la conformation du corps, mais sur la santé & sur la vie de l’enfant.

La position naturelle des épaules, des bras, & des mains d’un enfant qu’on remuë, c’est-à-dire qu’on enmaillote, celle des pieds, des jambes & des genouils, se dérange très-souvent, parce que l’enfant ne cesse de remuer & de fretiller, de sorte que quelque attention que les Nourrices ayent de bien placer & de bien contenir ces parties, il peut arriver & il n’arrive que trop souvent, que les pieds se trouvent l’un sur l’autre, de même que les jambes & les genoüils ; alors ces membres étant mal posés, on les serre, on les bande dans cette position, & on les garrote de maniere, que la grande compression que l’on fait sur des parties encore molles, tendres & délicates, dérange leur ordre & leur distribution, change leur figure & leur direction, empêche leur extension naturelle, & par là donne occasion à des difformités qu’on ne verroit point si on laissoit à la nature, la liberté de conduire & de diriger elle même son ouvrage sans peine & sans contrainte.

Une compression forte sur des parties susceptibles d’impression & d’accroissement, telles que sont les membres d’un enfant nouveau né, peut causer bien d’autres accidens. Des embarras dans les visceres, des obstructions dans les glandes, des engorgemens dans les vaisseaux, sont souvent les tristes suites de cette violente compression. Combien de poitrines foibles & d’estomachs débiles, parce que les vaisseaux qui distribuent les liqueurs dans ces visceres, sont privés de leur ressort, pour avoir été trop comprimez ?

Un autre point qui est bien à considerer ici, c’est que les nourrices sont très-paresseuses à remuer leurs enfans, à cause du nombre & de la longueur des bandes, dont elles se servent pour les enmailloter, ne leur étant pas possible de défaire ces bandes sans beaucoup de peine. Aussi voyons-nous que la plûpart d’entre elles ne remuënt les enfans que deux fois par jour, sçavoir le matin & le soir. Paresse qui est infiniment préjudiciable à ces pauvres enfans, qu’on laisse ainsi croupir dans la fange, au lieu de les laver souvent pour les tenir dans la propreté nécessaire à leur accroissement & à leur santé.

Voyez les petits des animaux tandis qu’ils sont sous la mere : voyez quels soins la nature apporte alors pour empêcher qu’ils ne touchent, même un seul moment, à ce qui s’échappe de leurs corps. N’y aura-t-il que l’homme, qui, dans cet état de foiblesse, sera tranquillement laissé en proye, je ne dis pas des heures, mais le plus souvent des journées entieres, à l’infection & à la pourriture ; Je ne finirois pas, s’il me falloit entrer dans le détail de toutes les fautes que l’on commet pour ce qui regarde le gouvernement des enfans au berceau. Revenons à l’article que nous avons interrompu au sujet des jambes & des pieds.

Pieds panchés, plus d’un côté que de l’autre.

Si les pieds panchent plus d’un côté que de l’autre, il faut donner à l’enfant des souliers, qui, vers l’endroit où les pieds panchent, soient plus hauts de semelle & de talon ; cela les fera incliner du côté opposé.

Hors ces occasions il faut prendre garde que les souliers des enfans ne tournent. Si cependant ils ne tournoient qu’en dedans, il n’y auroit pas beaucoup de mal, parce que cette inégalité, pourvu qu’elle ne soit pas considerable, aide à porter en dehors, la pointe du pied, au lieu que lorsque les souliers tournent en dehors, ils font tourner la pointe de pied en dedans.

Au regard de ces personnes qui affectent trop de porter les pieds en dehors, dont nous avons parlé plus haut, ce sont des avertissemens, plutôt que des remedes qu’il leur faut.

Jambe boëteuse par entorse.

Les enfans sont sujets à se faire des entorses, & une entorse négligée peut quelquefois rendre boëteux pour toujours. C’est pourquoi on ne sçauroit apporter trop de soin pour empêcher les enfans de trop courir, ou de sauter, car ce sont ordinairement là les causes de leurs entorses. Il faut donc, sitôt qu’un enfant, ou autre personne s’est fait une entorse, y remédier sans délai. Quelques-uns conseillent pour cela, 1.o de mettre à l’instant le pied dans de l’eau froide, ce qui effectivement n’est pas à négliger, car d’eau froide fait retirer les ligamens qui ont été trop allongés par l’effort qu’ils ont souffert, & empêche la fluxion sur la partie. 2.o D’appliquer sur l’entorse, après que le pied a été retiré de l’eau, un hareng salé bien broyé, ce qui achève la guérison, en résolvant ce qui pourroit s’être jetté d’humeur sur la partie. On peut aussi se servir du reméde suivant : Mettez un blanc d’œuf avec trois ou quatre goûtes d’huile rosat, plein un dé de poudre d’alun. Etendez cela sur une compresse que vous appliquerez sur l’entorse, & que vous assujettirez avec une bande, que vous serrerez un peu fortement. Otez cet appareil au bout de deux jours, & le troisiéme fomentez la partie avec du vin chaud, où vous aurez jetté un peu de sel commun. Ayez ensuite une large compresse en quatre doubles, longue de demi-aulne, & trempée dans ce vin, appliquez-en le milieu sous la plante du pied, puis en amenez les deux bouts sur le cou du pied & les y faites croiser : ramenez ensuite sur les chevilles, ce qui restera de ces deux bouts, ensorte qu’ils embrassent tout le tour du pied. Prenez après cela une bande large de deux travers de doigts, & longue de deux aulnes posez-en un bout au côté opposé à l’entorse, puis conduisez-la sous le pied afin qu’elle le releve & le tienne dans une situation droite ; tournez-la ensuite de maniere autour du pied, que tous les tours que vous ferez, aillent se croiser sur le cou du pied, & finissez en lui faisant faire un tour circulaire au-dessus des chevilles.

Les fomentations dont nous venons de parler, doivent se réïterer de deux jours l’un, dans l’espace de dix à douze jours, après quoi il faut mettre sur l’endroit de l’entorse, un ciroine astringent, étendu sur un morceau de cuir, & l’assujettir par le moyen d’une bande moins longue & moins large que la précédente, mais avec laquelle on fait les mêmes tours, & dont on attache par un point d’aiguille, le dernier bout, pour n’ôter la bande que lorsque la personne malade s’en pourra passer.

Quand l’entorse a été grande, il arrive quelquefois, quoiqu’elle soit guérie, qu’on s’en ressent des années entieres, & que pendant tout ce temps-là, on ne peut marcher sans boëter un peu ; principalement lorsque le pied vient à poser sur quelque endroit inégal & panchant. On prendra donc extrémement garde, jusqu’à ce que le pied soit bien affermi, de ne marcher que dans des endroits unis & commodes, faute de quoi l’on risque de se faire une nouvelle entorse, ou de marcher toujours en chancelant, & de mauvaise grâce.

Jambes paralytiques par effort.

Il est certains efforts de jambes, qui, quoique legers en apparence, peuvent les rendre paralytiques. Un enfant de six ans, qui jusqu’à cet âge là, n’avoit eu aucune incommodité, commença à se faire porter à califourchon sur les épaules d’un frere aîné qu’il avoit, lequel le mettoit tous le jours sur son col jambe deçà jambe delà, & le promenoit ainsi le plus long-temps qu’il pouvoit pour le divertir. Ce jeu ne fit d’abord aucun mal à l’enfant ; mais ayant un jour été réïteré comme à l’ordinaire, l’enfant se trouva tout d’un coup attaqué de paralysie aux deux jambes ; les parens lui firent aussitôt, les remédes qu’ils jugerent les plus convenables ; ils employerent les linimens, les onguents, les essences, les eaux minérales chaudes, les bains préparés avec les fourmis, & avec la lie de vin rouge, enfin ils vinrent à bout de guérir la jambe gauche ; mais ils ne purent guérir de même, la jambe droite, laquelle pendant huit ans, demeura paralytique, de maniere que le malade ne pouvoit nullement s’en servir ; ils ne se rebuterent point pendant tout ce temps-là, ils continuerent les mêmes remedes, & leur persévérance eut un tel succès, qu’elle mit le malade en état de marcher avec un bâton, état où il demeura jusqu’à l’âge de quarante ans, qu’il mourut d’une fiévre aiguë, en l’année 1733. mais dans cet état, il ne pouvoit marcher qu’en faisant faire à son pied droit un demi-cercle, à peu près comme si ce pied, qui étoit d’ailleurs très-flexible quoique paralytique, avoit été un pied artificiel.

M. Salzmann célébre Docteur en Médecine de Strasbourg, qui a été témoin de la chose, & qui rapporte cette histoire, prétend que la véritable cause du mal dont il s’agit, est la violente tension que les muscles des jambes avoient soufferte, lorsque l’enfant étoit porté sur les épaules de son frere les jambes pendantes, l’une d’un côté l’autre de l’autre ; & il ne doute nullement que le premier effet de cet effort n’ait été de rendre les jambes paralytiques, en relâchant les muscles. Pour faire entendre sa pensée, il se sert de la comparaison d’un arc, dont la corde trop tenduë se lâche à la fin, & perd sa force. Mais pourquoi la jambe gauche fut-elle guérie preferablement à la droite, quoiqu’on fît les mêmes remedes à l’une & à l’autre ? M. Salzmann en rend une raison qui pour n’être que conjecturale, n’en paroît pas moins naturelle : sçavoir, qu’il faut apparemment que la jambe droite, lorsqu’elle étoit suspenduë, souffrit plus d’effort que la gauche, (ce qui est très-aisé à concevoir) ou que les vaisseaux de cette jambe, eussent par eux-mêmes, plus de disposition à être comprimés ou obstrués ; ou bien que les remedes spiritueux appliqués sur les deux jambes, ayent trouvé dans la droite, des sucs nourriciers plus capables de se dissiper par la trop grande action de ces remedes que dans la gauche, étant certain que les topiques spiritueux, quand ils sont trop actifs, ne servent souvent qu’à augmenter les embarras, en dissipant les sucs les plus fins & les plus fluides, d’où il arrive qu’il ne reste alors dans la partie, que les sucs les plus grossiers, & par conséquent les moins propres à la nourrir & à la fortifier. M. Salzmann met l’eau de-vie au nombre des topiques spiritueux qu’on employa dans l’occasion dont il s’agit, & qu’il soupçonne avoir été capables de produire la dissipation dont il parle. Son observation en cela, est d’autant plus digne d’attention, qu’on abuse tous les jours de ce remede, qui, comme on le remarque, avec raison, dans une these soutenuë aux Ecoles de Médecine de Paris le 7. d’Avril 1729. meriteroit souvent d’être plutôt appellée eau de mort, qu’eau de vie.

Quoiqu’il en soit, on voit par cette histoire combien il est important de prendre garde à ce qui peut arriver aux enfans, lorsqu’on les porte avec trop peu de précaution, soit sur les bras ou autrement, & qu’on fait violence à quelques parties de leurs corps. Qui auroit crû qu’un enfant fut devenu paralytique des deux jambes pour avoir été porté à califourchon sur les épaules ? C’est pourtant ce qui est arrivé à celui qui fait le sujet de cet article[47], & ce qu’on ne peut assurer qui ne puisse arriver à d’autres.

Pieds équins.

On nomme ainsi, du mot latin equus, qui signifie cheval, des pieds faits comme des pieds de cheval. On rapporte qu’il y a dans la mer noire, des isles, dont les habitans ont les pieds ainsi faits. Ces peuples sont appelles Hippopodes, d’un terme grec qui signifie pied chevalin.

J’ai connu un Médecin qui avoit naturellement les pieds de la sorte, & j’étois son ami intime ; une mort précipitée l’a enlevé : c’étoit un homme dont la tête compensoit bien l’imperfection de ses pieds.

On cache cette difformité par des souliers construits en dehors comme les souliers ordinaires, mais garnis en dedans, d’un morceau de liege, ou d’un peu de bourre, qui remplit l’endroit du soulier, que le pied trop court laisse vuide.

Quoique cette difformité s’apporte dès la naissance, elle n’est pas absolument incurable : on peut y remédier, sinon en tout, du moins en partie, en tirant fréquemment, mais doucement, les orteüils de l’enfant. Une nourrice, une mere un peu patientes & attentives en peuvent venir à bout. Il y a outre cela, un petit bandage à faire aux deux pieds, duquel on peut tirer ici un grand secours, c’est d’envelopper chaque pied séparement avec une bande qui presse un peu, les côtés du pied, & oblige insensiblement le pied, à mesure qu’il croît, à s’allonger par la pointe.

Défauts concernans le port des jambes & des pieds.

Il ne suffit pas que les jambes & les pieds soyent exempts des défauts ausquels nous avons remarqué qu’ils sont sujets, si avec cela, on ne se tient d’une certaine maniere sur ses jambes & sur ses pieds. Trois remarques se présentent là-dessus.

1o. Il y a des gens qui marchent en dandinant ; ce défaut, quand une mauvaise habitude, ou quelque accident n’en est pas la cause, procede d’une foiblesse de hanches. Les hanches servent à lier les extrémités inférieures avec le tronc ; en sorte que si ce lien est foible, il faut nécessairement boëtter des deux côtés ; ce qui fait le dandinement.

Plusieurs jeunes personnes sont attaquées de cette difformité, qui souvent leur reste toute la vie. La cause ordinaire d’une telle disgrace, vient des nourrices & des sévreuses, dont la plupart laissent imprudemment marcher leurs enfans seuls & sans aide, avant que les parties qui doivent soutenir le poids de leur corps, ayent acquis la fermeté nécessaire.

Quand la difformité tire son origine de-là, il faut, pour la corriger, avoir recours à des ceintures qui compriment tout le tour du ventre ; & qui soient bien garnies vers les hanches. Cette compression donne de l’assurance & de la force dans le marcher, en raffermissant les hanches ; mais pour les raffermir davantage, il faut, outre cela, les bassiner soir & matin, pendant plusieurs mois, avec une décoction de roses de Provins, d’écorce de grenade boüillies dans de gros vin rouge. On met dans deux livres de vin de teinte, une poignée de roses de Provins, une once d’écorce de grenade, & la moitié d’un coing médiocre ; on fait boüillir le tout pendant l’espace d’environ un quart-d’heure ; ce reméde, s’il est pratiqué à temps, & avec persévérance, produit un grand effet.

2.o D’autres ont une démarche lourde & pesante ; ce défaut vient ordinairement de ce qu’en faisant marcher les enfans avec soi, on ne se proportionne pas assez à leur allure.

Quand un enfant marche, ou avec sa nourrice, ou avec sa sévreuse, ou avec sa mere, &c. Il faut que cette nourrice, que cette sévreuse, que cette mere, ou autre personne qui le méne, marche très-doucement, & se garde bien d’aller plus vite que ne peut aller l’enfant sans se forcer. La chose est d’une extrême conséquence.

Les jambes, quand on marche, sont un compas plus ou moins ouvert : Or les jambes d’un enfant étant plus courtes que celles d’une personne faite, cet enfant qui veut prendre l’allure de ceux avec qui il va, & qui par malheur pour lui, s’en fait même une gloire, ouvre le compas de ses jambes au-delà de ce que leur courte mesure lui permet commodément de faire, ce qui l’accoutume à de grandes enjambées, & lui donne cette démarche lourde & pesante, qu’il conserve ensuite quand il est grand, à moins que de bonne heure on ne prenne d’extrémes soins pour lui en ôter l’habitude, ce qui est bien difficile.

Je ne dis rien du tort que peut faire d’ailleurs à la santé d’un enfant, cette précipitation avec laquelle on le fait marcher ; il ne faut quelquefois que cela pour l’essoufler au point de donner occasion à quelque relâchement ou à quelque rupture de vaisseaux dans la poitrine.

Que d’enfans sont venus, les uns asthmatiques, les autres pulmoniques pour avoir été de cette sorte, peu ménagés dans leur démarche ! & que de meres ont besoin là dessus d’avis, soit pour elles-mêmes, soit pour les personnes à qui elles confient leurs enfans !

3.o D’autres, soit qu’il s’agisse de marcher, ou d’être debout, ne peuvent se tenir sur leurs jambes, que de mauvaise grace ; cela suffit souvent pour qu’ils soient regardés dans le monde avec un certain mépris. On sçait ce que dit là-dessus la Bruyere : Qu’un sot ni n’entre, ni ne sort, ni ne s’assied, ni ne se leve, ni n’est sur ses jambes, comme un home d’esprit[48].

Cette maxime de la Bruyère est souvent fausse, mais en général elle est conforme aux mœurs du temps, & il faut y avoir égard, si l’on veut être bien venu dans le monde ; je dis qu’elle est souvent fausse, parce qu’un sot, & un sot qui méritera d’autant plus d’être regardé comme tel, qu’il n’y aura rien en lui de cultivé que le corps, se présentera souvent de meilleure grace, & sera mieux planté sur ses pieds, qu’une personne d’esprit qui aura mis, avec tout le succès imaginable, sa principale étude à cultiver sa raison. Le célèbre Voiture avoit l’air niais[49], & étoit, dit-on, un des hommes le plus mal planté sur les pieds ; la Fontaine, si connu par ses Fables, n’avoit, tout de même, à ce qu’on raconte, ni grace ni façon dans la contenance : Despreaux, cet incomparable Poëte, n’entroit, ni ne sortoit, ni ne s’asseyoit, ni ne se levoit, ni n’étoit sur ses pieds, comme un homme d’esprit ; si par homme d’esprit, il faut entendre un homme qui a les belles attitudes. La Bruyere lui même dont il s’agit, & dont les caracteres qu’il a donnés, marquent en lui, un génie si supérieur, étoit peut être, l’homme du monde, le moins pourvû du talent de se tenir avec grace sur ses jambes. La maxime de la Bruyere n’est donc pas sure ; peut-être même qu’il ne l’a avancée que comme fausse, dans un Livre qu’il n’a pas intitulé pour rien : Les Mœurs de ce siécle. Quoi qu’il en soit, ayez soin, peres & meres, de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour que vos enfans, quand ils seront dans un certain âge, ni n’entrent, ni ne s’asseyent, ni ne se levent, ni ne soient sur leurs pieds, d’une maniere qui puisse nulle part, les faire passer pour des sots.

Inutilement par rapport à un certain monde, leur formerez-vous l’esprit ; si vous ne leur procurez, en même temps, ce qui, dans ce certain monde, pourra les empêcher d’être regardés avec mépris. Ayez donc soin qu’ils posent bien les pieds, soit en marchant, soit en s’asseyant, soit en se tenant debout, &c. mais faites leur comprendre que ce talent n’est rien sans les qualités de l’esprit, & qu’il y a des sots fieffés qui se tiennent à merveille, sur leurs jambes. Vous pouvez, avec ce correctif, travailler sans risque, à leur faire prendre les diverses attitudes qui conviennent dans les occasions.

Donnez-leur pour cela de bons Maîtres à danser, & n’y plaignez point la dépense. Je sçai qu’il y a des parens qui se font un scrupule de faire apprendre à danser à leurs enfans ; ce n’est point à de tels parens que je parle ici, ce n’est qu’à ceux qui sçavent que la danse, (j’entends la danse qui n’est point théâtrale,) est une chose indifférente, & je leur dis qu’il n’y a rien de plus propre que cet exercice, pour former le corps des jeunes personnes.

J’avoüe qu’il vaudroit infiniment mieux avoir mauvaise grace toute sa vie, que de recourir, pour éviter cet inconvénient, à des moyens dangereux pour les mœurs ; mais il seroit bien difficile de prouver que la danse soit de ce nombre. Quelques Auteurs se sont efforcés de le persuader, mais c’est sur des imaginations en l’air, & qui ne vont point au fait. De ce rang sont les raisons, (si tant est qu’on puisse les nommer ainsi) qui se trouvent étalées dans un Livre intitulé : Regles pour travailler utilement à l’éducation des enfans[50], où l’Auteur, pour engager les peres & les meres à ne point souffrir que leurs filles apprennent à danser, leur dit que dès qu’une fille, apprend à danser, elle est perduë ; sur quoi il cite l’exemple de la fille d’Herodiade, comme un trait qui doit inspirer aux filles une horreur invincible pour la danse. Il joint à cet exemple les raisons suivantes, dont les Lecteurs sensés jugeront.

« Pour apprendre à une fille à danser, dit-il, il faut qu’un Maître la prenne par la main, qu’il lui dresse le corps, qu’il lui donne des mouvemens, qu’il regle ses regards, qu’elle jette les yeux sur lui, qu’il l’anime, & lui donne les airs qu’elle doit avoir ; ce qui ne convient nullement à une fille qui a quelque pudeur, & ce qui n’est capable que de la faire rougir.

» Lorsqu’une fille a ce pernicieux talent, c’est pour elle une occasion d’en faire usage lorsqu’elle se trouve en compagnie, & qu’on la demande ; si elle le refuse, elle en est blâmée de tout le monde : on dit qu’elle ne sçait pas vivre, on s’en offense. Si elle porte la complaisance jusqu’à s’y engager avec des hommes, elle s’expose à un péril évident de se corrompre par les pensées & les désirs de son cœur, & souvent par des mouvemens secrets que Dieu voit, & qu’il condamne, & d’être aux autres une occasion de chute & de péché.

» Il est moralement impossible que cela n’arrive dans l’état de foiblesse & de corruption où nous sommes ; & rien ne l’excuse, s’engageant elle même volontairement dans le péril. »

Nôtre Auteur n’en demeure pas là ; son imagination le mène plus loin, comme on va voir.

« Des jeunes hommes, ajoûte-t-il, tels que sont les Maîtres à danser, portent la main sous le menton, sur les épaules & sur l’estomac d’une jeune fille pour lui apprendre à se redresser ; lui prennent la main pour la promener dans une salle au son du violon, lui touchent le pied pour lui marquer comme elle le doit tourner pour bien marcher, &c. Quoi de plus capable de perdre une fille ? »

Telles sont les raisons que cet Auteur allegue pour décrier la danse.

Il consent toutefois que les gens de qualité fassent apprendre à leurs enfans, soit garçons ou filles, à marcher de bonne grâce & à salüer ; mais il n’y consent qu’à condition qu’on se passera pour cela de l’art de la danse, qu’il appelle un Art diabolique dans toutes les circonstances. Il n’excepte rien.

Comment donc ces gens de qualité s’y prendront-ils ? Voici l’expédient qu’il leur propose là-dessus : « Un pere & une mere, dit-il, ou, en leur absence, un oncle, une tante, un frere, une sœur, une gouvernante, peuvent, sans avoir recours à des étrangers, instruire suffisamment les enfans sur ces choses, en sorte qu’ils se puissent tirer avec bienséance & avec honneur des occasions où une nécessité raisonnable les engage. »

Cet Auteur a l’imagination vive, comme on voit. Nous ne croyons pas que son discours ait besoin de réfutation.

Voilà pour ce qui regarde les difformités des extrêmités supérieures & inférieures ; il est temps que nous passions au quatriéme Livre, c’est-à-dire à ce qui concerne les difformités de la plus noble partie du corps, qui est la Tête.


Fin du premier Volume.

TABLE
DES MATIERES
CONTENUES
DANS LE PREMIER TOME
DE L’ORTHOPEDIE.


A

Acromion ; ce que c’est.
Il faut ajoûter dans cet endroit, qu’aux deux côtés de l’Acromion sont deux autres Cartilages qu’on nomme les aîles du nez & vulgairement les narines.
ibid.
Aine, ce que c’est.
Alvéole, partie de l’oreille, ce que c’est.
Ambassadeur de Maroc, visite l’Hôpital de la Charité ; ce que la curiosité fit faire alors à des blessés, qui auparavant ne pouvoient marcher.
Ambidextre, que c’est un avantage d’être ambidextre, moyen de procurer aux enfans cet avantage.
Angles de l’œil, le grand & le petit.
Anglois, que si les Anglois sont sujets à la pulmonie & à la maladie de consomption, c’est à cause que dans leur enfance, les nourrices leur serrent trop la poitrine par les bandes dont elles les emmaillotent.
Que la coutume qu’ont la plupart des jeunes Demoiselles de se presser la poitrine avec des busques, pour avoir la taille plus fine, n’est pas moins nuisible à leur poitrine.

Anthelix, partie de l’oreille, ce que c’est.

Antilobe, partie de l’oreille, ce que c’est.

Anus, ce que c’est.

Artaxerces, surnommé Longue-main.

Asseoir, Maniere de faire asseoir les enfans, pour empêcher qu’ils n’avancent trop le ventre.


B

Bandage pour empêcher un enfant de tourner mal la tête.

Bas ventre, troisiéme partie du tronc.

Bassin, Quelle partie c’est.

Plus ample dans les femmes que dans les hommes.

Bassin, Que jamais quelque tiraillement qu’un Accoucheur fasse à la jambe de l’enfant, il ne pourra la rendre plus longue qu’en un sens impropre, qui est de la faire avancer davantage en tirant le bassin de ce côté-là, tout comme en tirant en bas par un côté le balancier d’une balance, on ne manque point de faire pancher de ce côté-là, le cordon qui y est attaché, sans que pour cela le cordon devienne plus long.

Moyen de rémedier à cette difformité lorsqu’elle procede d’une telle cause.

Que ce que l’on dit de la jambe trop longue, se doit entendre aussi de la jambe trop courte, étant visible que si un côté du bassin a été repoussé en enhaut par quelque violence que ce puisse être, la cuisse qui y est attachée, doit par conséquent se porter davantage en enhaut, & ainsi paroître plus courte. ibid Comment on peut redresser le bassin quand c’est du panchement de cette partie que procede la trop grande longueur apparente de la jambe.

Beurre genievré, bon pour les jambes & les bras qui sont trop courts par desséchement.

Moyen de preparer le beurre genievré.

Blessés, qui ne pouvoient marcher, & que l’envie de voir l’Ambassadeur de Maroc qui visitoit l’Hôpital de la Charité où ils étoient, fit marcher tout d’un-coup.

Bosse, enfoncement, tortuosité. Comment se contractent ces difformités, moyens de les éviter, & de les corriger.

S’il est vrai qu’on puisse dire que l’homme est naturellement bossu, parce que dans le ventre de la mere il a l’épine en rond, & qu’il est comme une boule.

Que la courbure de l’épine ne vient pas toûjours du vice de l’épine même, mais qu’elle procede quelquefois de ce que les muscles de devant sont trop racourcis. Moyen d’y remédier.

Bouche, ses parties.

Bouche, ses différences.

Bouches, grosses lévres : passent pour les plus belles chez quelques Peuples.

Boüillie, qu’aux enfans qui ont de la disposition au goëtre ou aux écroüeles, il faut sur tout se garder de leur donner de la boüillie avant l’âge au moins de six mois.

Boüillie, comme doit être faite la boüillie qu’on donne aux enfans.

Branches du corps humain, ce que c’est.

Bras, comment doivent être les bras pour être bien faits.

Bras & jambes considérés extérieurement.

Bras, pourquoi les femmes ont les bras plus en dehors que les hommes. Bras, difformités des bras. Bras trop courts ou trop longs.

Que lorsque ces défauts viennent de naissance, il n’y a point de réméde à y faire, à moins qu’ils ne soient causés par quelque violence qu’un Accoucheur ou une Sage-femme ayent fait souffrir à l’enfant.

Bras si longs, qu’ils vont jusqu’aux genouils.

Bras d’une grosseur excédente, moyen d’y remédier.

Buccule partie du menton, ce que c’est. 10


C

Caigneux, excellent moyen que les nourrices pourroient mettre en pratique pour empêcher les enfans d’être caigneux.

Carpe, partie du bras, ce que c’est.

Cartilage xiphoïde, ce que c’est.

Cavités. Qu’il y en a trois dans le tronc du corps. Sçavoir le ventre supérieur, le ventre moyen, & le ventre inferieur.

Centre de la figure humaine. Qu’il se trouve juste à la jointure antérieure des os pubis, & comment

Cercle gibbeux, partie de l’oreille, ce que c’est.

Cervix, partie du col, ce que c’est.

Chaise, dont l’assiette est de liege, son usage pour les enfans.

Chaises où l’on fait asseoir les enfans, comment doivent être faites.

Chatouillement. Que c’est un excellent moyen pour redresser les enfans noüés.

Chaussure, comment on doit se conduire pour la chaussure des enfans, par rapport à leur taille.

Chevelure, ce que c’est.

Chevets. Ne point laisser dormir les enfans sur des chevets hauts.

Chignon, ce que c’est. Chiromanciens, vaines imaginations de ces Astrologues.

Cils, ce que c’est.

Clavicules, ce que c’est.

Clavicules, fosse qu’elles laissent dans l’endroit de leur réunion, laquelle fosse est appelles fourchette.

Creux que les clavicules laissent dans l’endroit de leur courbure, & qui fait ce qu’on appelle salieres.

Courbure des clavicules, plus voûtée aux hommes qu’aux femmes.

Que c’est ce qui est cause que les hommes remuent les bras avec plus d’aisance que les femmes.

Clavicules, pourquoi, lorsqu’elles viennent à se rompre, la réünion en est plus facile que des autres os.

Que les parens doivent empêcher avec grand soin, lorsqu’on emmaillote leurs enfans, qu’on ne leur serre trop les clavicules par les côtés.

Moyen d’obliger les clavicules à s’allonger, lequel consiste en un bâton suffisamment long, qu’on fait tenir horisontalement par les deux bouts, les bras étendus.

Coffre de la poitrine, à quoi il est attaché par en haut.

Col, sa description.

Col, ses différences.

Col tourné ou roidi, diverses causes de cette difformité ; moyens de la corriger.

Expédient particulier pour cela.

Autres expédiens particuliers pour le même dessein.

Col qui panche plus sur une épaule que sur l’autre, moyen d’empêcher cette difformité.

Col enfoncé dans les épaules. Que les nourrices, les sévreuses, les gouvernantes, qui suspendent sans cesse un enfant par la lisiére en le soulevant en l’air, l’exposent à avoir le col enfoncé dans les épaules. Que les Maîtres & Maîtresses à lire ou à écrire qui font lire ou écrire un enfant sur une table trop haute, l’exposent à la même difformité.

Quels siéges il faut donner aux enfans pour les empêcher de contracter cette difformité ; Que ces siéges doivent être sans accoudoirs.

Qu’on doit éviter de leur donner de ces roulettes qui ont des accoudoirs très hauts sur lesquels s’appuyent les enfans.

Compas des jambes plus court aux enfans, & qui est cause qu’ils ne peuvent marcher aussi vîte que les grandes personnes sans s’essoufler.

Conformations diverses de chaque partie du corps. Que de ces différentes conformations considérées en détail dans chaque partie, il n’en est aucune qui ne soit selon l’ordre de la nature par rapport aux autres parties.

Coquille. partie de l’oreille, ce que c’est.

Corps piqués. Que lorsque les enfans sont en robe, on doit leur donner des corps, dont l’ouverture des manches puisse porter suffisamment les bras en dehors.

Qu’il est important de les renouveller souvent aux enfans.

Qu’il faut prendre garde que le corps piqué ne presse point le devant de la poitrine.

Comment il doit être construit pour qu’il n’ait point de défaut.

Que le corps piqué est plus nécessaire que jamais quand on reléve de maladie, & pourquoi.

Corps humain. Sa hauteur, par rapport à sa largeur.

Quelle est, tout de même, sa hauteur par rapport aux bras étendus en croix.

Que dans les adultes la partie supérieure de leur corps est plus longue que l’inférieure, qu’il n’en est pas de même dans les enfans. Réflexions sur ce sujet par rapport au Cupidon qui se voit à Rome dans la cour du jardin de Belvedere.

Corps humain, sa division en tronc & en branches.

Coudre. En quelle posture les jeunes filles doivent coudre, lire, &c.

Courbure des jambes. Que lorsqu’on fait faire trop tôt la révérence aux filles, on les expose à avoir les jambes courbes.

Qu’il ne faut point les y obliger avant l’âge de cinq ans.

Que cette difformité procede souvent de ce qu’on fait marcher les enfans trop tôt.

Moyen de remédier à une telle difformité quand l’enfant l’a contractée.

Que les enfans ont souvent les jambes tortuës par la faute des nourrices.

Courbure de la taille, en devant guérie par des purgatifs, & par des fomentations, après que la personne eut enduré bien des tourmens que les Chirurgiens lui avoient fait soufrir pour lui remettre les vertebres que ces Chirurgiens s’imaginoient être laxées, & qui ne l’étoient pas.

Crâne, ce que c’est à le considérer extérieurement.

Creux de l’épine ; si l’épine fait un creux, ce qui est le contraire de la bosse, comment y remedier.

Cris. Que les grands cris sont dangereux quand les enfans sont menacés du goëtre.

Croupion, utilité de la situation du croupion, tant aux hommes qu’aux femmes.

Cuillere. Taille en dos de cuillere, ce que c’est ; moyen d’éviter cette difformité, & de s’en corriger.

Cupidon. Que le Cupidon qui se voit à Rome dans la cour du jardin de Belvedere, & qui est réprésenté avec un corps aussi proportionné pour cet égard, que celui d’un homme fait, est fort mal réprésenté.


D

Dandinement. Marcher en dandinant ; d’où vient cette difformité, quand une mauvaise habitude ou quelque accident n’en est pas la cause ?

Danse.

Maîtres à danser. Qu’il est à propos de donner de bons Maîtres à danser aux enfans, pour former le corps.

Ce qu’il faut penser d’un certain Livre intitulé : Regles pour travailler utilement à l’éducation des enfans, dans lequel on dit que dès qu’une fille apprend à danser, elle est perduë.

Dartres aux bras & aux mains ; moyens d’y remédier.

Découpures, ou morceaux de drap, de diverses couleurs, excepté le verd, & réduits en cendre, bon pour le Goëtre.

Déjettement de l’épine, comment y remédier.

Autre moyen d’y remédier, qui est de faire paitrir une pâte de seigle, dans laquelle on met chaudement l’enfant.

Détail sur ce sujet.

Démarche lourde & pesante. Défaut qui vient ordinairement, de ce qu’en faisant marcher les enfans avec soi, on ne se proportionne pas assez à leur allure. Moyen de s’y proportionner.

Que plusieurs enfans sont devenus les uns asthmatiques, les autres pulmoniques pour n’avoir pas été assez ménagés dans leur démarche.

Dents, ce que c’est ; leur nombre, leurs différences.

Derme, ce que c’est. Derriere. Que le moyen d’empêcher un enfant de trop avancer le derriere, est de lui donner un corps piqué qui repousse le derriere ; comme le moyen de l’empêcher d’avancer le ventre, est de lui donner un corps dont la pointe de devant soit assez longue pour repousser le ventre.

Dessechement. Jambe plus courte par dessechement, moyen d’y rémédier.

Difformités de la taille, qui viennent, 1o. de ce qu’on emmaillotte mal les enfans 2o. de ce qu’on les situë mal dans le berceau, 3o. de ce qu’on les porte mal entre les bras.

Doigts, comment ils doivent être pour être bien faits.

Doigts déjettés. Moyen de les redresser.

Doigts surnuméraires, moyen d’y remédier.

Doigt moyen de la main ; Quelle proportion il y a du moyen doigt d’une main jusqu’au même doigt de l’autre main, les bras étendus en croix.

Doigts de la main, leurs noms.

Doigt annulaire, pourquoi ainsi appellé.

Erreur sur ce sujet.

Nombre des doigts ; que ce nombre passe quelquefois celui de cinq.

Divers exemples là-dessus, & comment y remédier.

Dos, moyens d’empécher le dos des enfans de se vouter.

Durillons aux mains, moyens d’y rémédier.


E

Eau de lait, moyen de préparer une eau de lait, propre à débarasser le mésentere, dans les Ecrouelles.

Que cette eau est bonne contre l’excessive maigreur. Ecrouelles, moyens de les guérir, lesquels consistent à procurer uns douce transpiration par l’Esquine, à user de masticatoires, & de sternutatoires, à purger souvent avec le sel d’ebson, à appliquer sur les Ecrouelles l’emplâtre de vigo.

Ecrouelles pendantes, moyen de les guérir.

Effort. Que tout effort est capable de causer le goëtre à certaines personnes, comme lorsqu’on soufle fortement dans une clef pour la déboucher, lorsqu’on souléve un fardeau trop pesant, lorsqu’on se mouche avec trop de violence, lorsqu’étant sur le point d’éternuer, on se retient tout-à-coup, &c.

Emmaillotter les enfans ; qu’il seroit mieux de ne les point emmaillotter du tout, que de les garroter comme l’on fait.

Emplatre bon pour le goëtre.

Enfans, Proportions du corps de l’enfant, en quoi différentes de celled des autres personnes.

Enfoncement des chaises sur lesquelles s’asseyent les enfanss, fait du tort à leur taille.

Engelures aux mains, moyen de s’en garantir, & d’y remédier.

Epaules, leurs différentes conformations.

Qu’on a des exemples de gens qui pour avoir été blessés à l’épaule, ont perdu le libre usage de la parole, & ne l’ont recouvert que par des rémédes appliqués à l’épaule.

Epaules rondes, épaule plus haute, ou plus grosse que l’autre, epaule qui panche trop d’un côté, moyen de guérir ces difformités.

Lorsqu’un enfant panche trop l’épaule sur un côté, quels moyens il faut employer pour l’en empêcher.

Erreur de ceux qui pour obliger un enfant à baisser une épaule qu’il léve trop, lui mettent un plomb sur cette épaule. Echelles particulieres qu’on peut faire construire pour empêcher les enfans de baisser trop une épaule.

Autres moyens pour cela.

Epiderme, ce que c’est.

Epigastre, ce que c’est.

Epine, ce que c’est.

Que les Anatomistes la comparent à la quille d’un vaisseau.

Epine, souche du tronc du corps.

Avantage qui revient de ce que la portion de l’épine qui est vers les hanches, se porte un peu en dedans.

Que la partie de l’épine qui fait le dos, se jettant en dehors, comme elle fait, augmente la capacité de la poitrine, & met par là à l’aise les poumons & le cœur, qui à cause de leur mouvement continuel, ont besoin de cet espace.

Epomis, ce que c’est.

Esquine, racine d’Esquine, bonne contre les Ecrouelles.


F

Face. Sa mesure par rapport à la paulme de la main.

Faucille, partie de l’oreille, ce que c’est.

Fauteuils propres pour les enfans, qu’on veut empêcher de se vouter.

Férule, coups de férule sur les mains, danger de ce châtiment, usité dans les Colleges. Moyen d’y rémédier.

Fibra, partie inférieure de l’oreille.

Fondement, chute du fondement. Chaises propres à empêcher cette chute.

Front. Sa mesure par rapport au nez.

Front. Nez, Oreille, proportion de ces trois parties entre elles.

Front, étymologies de ce mot ; Qu’il n’y faut pas beaucoup compter.


G

Galle aux mains & aux bras, moyens de s’en délivrer.

Gaster, ce que c’est.

Gersure des mains, moyen d’y remédier.

Globe du nez, ce que c’est.

Goëtre. Quel régime il faut faire observer à un enfant qui a de la disposition au goëtre ou aux écrouelles.

Quelle précaution on doit prendre par rapport à la nourrice, lorsqu’on craint qu’un enfant ne soit sujet au Goëtre.

Gonflemens des vaisseaux de la main, Moyens d’y rémédier.

Grand-pere, faire voir ce qu’on appelle le grand-pere à un enfant, jeu cruel, qui peut causer la mort à un enfant.

Greve, partie de la jambe, ce que c’est. 30


H

Hanches, foiblesse des hanches, fait boëter des deux côtés. Moyen de remédier à cette difformité en raffermissant les hanches.

A quoi elles sont attachées.

Que la proportion des hanches, laquelle consiste à être un peu élevées, ne contribué pas peu à la beauté de la taille.

Qu’elle sert outre cela beaucoup dans les travaux de l’enfantement & dans la grossesse.

Les différentes conformations des hanches.

Hausse col, de nouvelle invention, pour taire tenir à un enfant la tête droite.

Helix, partie de l’oreille, ce que c’est.

Hemorrhoïdes, tort qu’ils font à la taille.

Moyens de les guérir.

Hippopodes, ce que c’est. Hircus, partie de l’oreille, ce que c’est.

Hypocondres, ce que c’est.

Hypothenar, partie du dedans de la main.


I

Jalousie., que les enfans tombent quelquefois dans une maigreur extrême, par un effet de jalousie.

Jambes considerées extérieurement.

Ce que c’est, noms de ses parties.

Et ses différentes conformations.

Jambe trop longue, peut provenir de ce que la partie nommée le bassin, aura souffert quelque tiraillement lorsque l’enfant sera venu au monde.

Moyen d’y rémédier.

Jambe d’une grosseur excédente. Moyen d’y rémédier.

Jambe retirée, sans qu’il y ait luxation, moyen d’y rémédier.

Jambes trop gréles, moyens d’y rémédier.

Jambe boëteuse par entorse, ce qu’il y a à faire pour y remédier.

Jambes paralytiques par effort. Histoire importante sur ce sujet.

Jet du corps, ce que c’est.

Iles, ce que c’est.

Jouës, leurs différences.

Jupiter. Mont de Jupiter, partie du dedans de la main.


L

Labruyere, examen de cette maxime de la Bruyere : Qu’un sot ni n’entre, ni ne sort, ni ne s’assied, ni ne se leve, ni n’est sur ses jambes comme un homme d’esprit.

Lait, eau de lait, bonne aux écrouelles. Moyen de la préparer.

Lévres, parties de la bouche, ce que c’est.

Lévres de la bouche, leurs différences. Liege, attaché au col, bon pour le goëtre.

Liege. Siége dont l’assiette est de liege, son usage pour les enfans par rapport à leur taille.

Son usage par rapport aux hémorrhoïdes.

Par rapport aux chutes du fondement.

Lignes de la paulme de la main, nommées par les Chiromanciens, Ligne de vie ou du cœur, Ligne hépatique, ou du foye, Ligne mensale, autrement Ligne thorale ou de Venus.

Lire. En quelle posture les jeunes filles doivent lire, coudre, travailler en tapisserie.

Lobe, partie inférieure de l’oreille.

Lombes, ce que c’est.

Lophia, partie du col, ce que c’est.

Lune ; mont de la Lune, partie du dedans de la main.

Luxation. Qu’un bras, une cuisse, une jambe, peuvent paroître trop courts sans l’être véritablement. Qu’il ne faut pour cela, sans parler d’autre causes, qu’une luxation.

Moyens d’y remédier.

Dame qui étant boëteuse par une luxation négligée, étant depuis accouchée six fois, a mis au monde trois garçons qui sont nés chacun avec une cuisse luxée, & ont resté boëteux, & trois filles, qui au contraire, sont nées fort droites.

Luxation. Méprise sur ce sujet.


M

Machoire. Qu’une blessure à l’avant-pied, ôte quelquefois le mouvement de la machoire.

Maigreur. Eau de lait, bonne contre l’excessive maigreur.

Que les enfans maigrissent & séchent quelquefois par certains chagrins secrets.

Moyens de rémédier à cette maigreur. Qu’il y a certains Peuples où l’on n’estime que les gens maigres & décharnés.

Maillot. Que la plupart des difformités qui attaquent la taille des enfans, viennent de ce qu’on les emmaillotte mal.

Maniere de bien emmailloter les enfans.

Qu’il faut prendre garde de leur serrer la poitrine & l’estomac.

Qu’il faut tourner chaque jour les Bandes d’une maniere différente de celle dont on les a tournées le jour précédent.

Précautions à prendre quand l’enfant est emmaillotté.

Que l’art d’emmailloter les enfans, n’est pas une petite chose. Diverses remarques importantes sur le sujet.

Main droite gauchere, moyens d’empêcher cette main d’avoir ce défaut.

Mains, comment elles doivent être pour être bien faites.

Que l’Apollon qui se voit dans la cour de Belvedere à Rome, est sur-tout recommandable pour la beauté de ses mains.

Mains. Rudesse des mains. Moyens de la corriger.

Mains, gersure des mains, moyen de la corriger.

Main crochuë, moyen d’y remédier.

Main, en épaule de mouton. Moyen de prévenir cette difformité.

Main, sa mesure par rapport à la face.

Main. Que les os de la main de l’enfant sont dans la même proportion relative que lorsqu’il est parvenu à un âge parfait : desorte qu’à mesure qu’il croît, cette même partie porte toûjours la dixiéme portion de la hauteur de son corps, ce qui n’arrive pas dans les autres os du corps, parce qu’excepté ceux du pied, ils varient tous suivant divers âges. Main, longueur de la main, quelle en est la proportion avec la longueur du corps.

Mains trop longues ou trop courtes.

Fameux Roi de Perse, qui avoit la main droite plus longue que l’autre.

Darius & Alexandre qui avoient les bras si longs, qu’ils leur alloient jusqu’aux genouils.

Qu’il n’est pas rare de voir des personnes avec des bras si courts, qu’elles soient obligées pour manger ou pour boire, de porter leur bouche à leurs mains.

Mains trop grêles, moyen d’y rémédier

Mains suantes. Moyen de remédier à cette difformité.

Mains, monts ou éminences qu’on remarque dans la paulme de la main. Explication de ces éminences selon les Chiromanciens

Mammelles, ce que c’est.

Mars. Mont de Mars, partie du dedans de la main.

Mechaniques. Que la science des Méchaniques est toute fondée sur les proportions du corps humain.

Médecine convenable dans le goëtre.

Menton, ses différences.

Mercure. Mont de Mercure, partie du dedans de la main.

Mésentere. Que quand on ouvre des personnes mortes d’écrouelles, on y trouve toujours les glandes du mésentere gonflées, dures, & schirreuses, que cette partie est le siége des écrouelles, & que rien n’est meilleur pour la purger, que le sel d’ebson, moyen de faire avec le sel d’ebson, une eau minerale propre à débarrasser le mésentere.

Métacarpe, ce que c’est.

Métatarse, ce que c’est. Miphiboseth, ce Prince devenu boëteux des deux jambes, par une chute.


N

Nacelle, partie de l’oreille, ce que c’est.

Nez, ses parties.

Nez, leurs différences.

Nez, sa mesure par rapport au front.

Nez, front, oreille. Que ces trois parties sont égales entre elles pour la grandeur.

Nez, larges & plats, passent pour les mieux faits chez quelques peuples.

Nourrice, quelle précaution il faut prendre par rapport à la nourrice, quand on craint qu’un enfant n’ait de la disposition au goëtre ou aux écrouelles.

Enfans noués, divers moyens de corriger leurs difformités.

Escarpolettes inventées pour cela.

En quoi consiste leur vertu.

Quatre causes qui concourent à rendre les enfans noüés.

Chatouiller les enfans à la plante des pieds, ou au reins, contribuë à les dénoüer.

Nuque, ce que c’est.


O

Occiput, ce que c’est.

Omoplates, ce que c’est.

Ongles, ce que c’est.

Ongles, comment ils doivent être pour être bien faits.

D’où vient le Proverbe avoir du sang aux ongles ?

Ongles crochus, ce que c’est ; & le moyen de rémédier à cette difformité.

Ongles déchaussés, ce que c’est ; & le moyen de rémédier à cette difformité.

Ongles trop épais, moyen de remédier à cette épaisseur.

Ongles livides. Moyen de rémédier à cette difformité.

Ongles partagés, ou fendus, moyen d’y rémédier 238 Ongles raboteux, moyen d’y rémédier.

Ongles surmontés, ce que c’est, & le moyen de corriger cette difformité.

Ongles tachetés, moyen d’y rémédier.

Ongles tombés ou tombans, moyens d’empêcher les ongles qui leur succedent, de prendre une mauvaise figure, & entre autres, celle de dos d’âne.

Oreille extérieure, sa description.

Sa mesure par rapport au nez & au front.

Que les Oreilles bien larges & bien pendantes, sont les plus belles chez les Dames de la Chine.

Os de la main de l’enfant, leur différence d’avec les autres os, par rapport à la symmétrie.

Qu’excepté les os de la main & du pied, tous les os varient en symmétrie, suivant leurs divers accroissemens.

Os de Seche, bon pour le goëtre.


P

Pain de seigle tout chaud, dans le milieu duquel on étend un enfant qui a la jambe déjettée.

Paralophia, ce que c’est.

Parotides, ce que c’est, ibid.

Parthesis, difformité de la main, ce que c’est.

Quelles en sont les causes.

Moyens de rémédier à cette difformité.

Paupieres, ce que c’est.

Il est dit là, que la paupiere inférieure est immobile, mais il faut lire, qu’elle est presque immobile.

Paupieres, leurs différences.

Peau, ses parties.

Périnée, ce que c’est.

Péristerna, ce que c’est. Phthisie incurable, où tombe une jeune Demoiselle, pour avoir bu pendant quelques jours un petit verre de vinaigre, de peur de devenir trop grosse.

Pieds, leurs différentes conformations.

Pied, plus petit que le naturel, est une beauté chez les Dames de la Chine.

Pieds contrefaits par une mauvaise tournure, moyens d'y rémédier.

Pieds équins, ce que c’est, moyens de déguiser cette difformité. 269 & même d’y rémédier.

Pieds en dedans, moyens de rémédier à cette difformité.

Que la plûpart des enfans n’ont les pieds en dedans, que par la faute des nourrices qui les emmaillotent mal. Moyen de prévenir cette difformité dès le maillot.

Pieds, qui panchent plus d'un côté que de l'autre. Souliers qu'il faut donner aux enfans pour empêcher cette difformité.

Pieds trop en dehors ; que c’est une difformité de les porter trop en dehors, & qu’il faut éviter la-dessus l’affectation.

Pieds trop grêles, moyen d’y rémédier. isé » Pifinn, partie supérieure de l’oreille. 8 Point fermé, (à proportion avec la longueur O du pied. 4.1 < ? ’4 z Poireaux des mains > moyens de ki faire passer. î ? y Et le danger qu’il y a d’y employer certains rémédif.

194 pÆÛràw, ce que c’est, 1 z pMtrmei Ses diffèrente ! conformations. 48 Poitrine, Qu’une poitrine dont le haut est un peu avancé en devant, fait une des plus grandes grac« de la taille., 3



Pourquoi les femmes ont le haut de la poitrine plus large.

Pomme d’Adam, ce que c’est.

Port des jambes & des pieds, défauts concernant Page:Andry - L’Orthopédie, tome I.djvu/422 Page:Andry - L’Orthopédie, tome I.djvu/423 Page:Andry - L’Orthopédie, tome I.djvu/424 Page:Andry - L’Orthopédie, tome I.djvu/425 Page:Andry - L’Orthopédie, tome I.djvu/426

  1. Voyez ce que je dis de la cervelle de lievre dans mon Orthopédie à l’article des Dents.
  2. Et quamvis solium rutilo hoc sub dudum
    Fata mihi dederint ; fausto vix lumine possim
    Frangere naturam turpem rabiemque Leonis.

    Claud. Quill. Call. Lib. 2.

  3.             Stricto levum constringere node
    Testiculum
    .

  4. Quippe hodie virtutis amor studiumque pudoris
    Exulat, apparetque ullus vix cultor honesti.

  5. Cours d’Opérations de Chir. par feu M. Dionis.
  6. Est affectus quo duo vel tres pilorum ordines in extremitate palpebrarum enascuntur, atque continuè pungendo dolorem, pruritum aliasque in oculis modestias excitant. Zuinger. Theatr. Prax. Medic.
  7. Ctesias rapporte que ceux des Pandores qui habitent les vallons, ont cela de particulier, que pendant leur jeunesse, leurs cheveux sont blancs, & que dans la vieillesse ils sont noirs.
  8. Veteres Græcos annulum habuisse in digito accepimus senestræ manus, qui minimo est proximus. Romanos quoque aiunt, sic plerumque annulis usitatos. Causam esse hujus rei Appion in Libris Ægyptiacis hanc dicit : Quod insectis, apertisque humanis cadaveribus, ut mos in Ægypto fuit, quas Græci ἀνατομας appellant, repertum est nervum quendam tenuissimum, ab eo uno digito de quo diximus, ad cor pergero, ac pervenire. Proptereà non inscitum visum esse eum potissimùm digitum tali honore decorandum, qui continens & quasi connexus esse cum principatu cordis videretur. Aulu-Gell. Lib. x cap. x.
  9. Second Livre des Rois, chap. 21. v. 20.
  10. Digiti quibusdam in manibus seni. Marci Curatii ex Patriciâ gente, filias duas ob id Sedigitas appellatas accepimus. Plin. Hist. Nat. Lib. xi. cap. 43.
  11. Volcatium Sedigitum illustrem in Poëticâ. Plin. ibid.
  12. Anne de Boulen n’étoit pas de ces beautés où l’on ne trouve point de défauts ; mais elle avoit de grands agrément. Elle était brune & de belle taille, elle avait le tour du visage ovale, le teint blanc, la bouche admirable ; elle donnoit à ses habits, aussi bien qu’à ses manieres, un air dont on étoit charmé, & qu’on ne pouvoir imiter. Enfin il sembloit que tous les agrémens du monde se fussent réunis en sa personne ; mais elle avoit six doigts à la main droite, une dent mal rangée à la mâchoire supérieure, & à la gorge une tumeur qu’elle prenoit soin de cacher avec son mouchoir de col. Henry la soupçonna mal-à-propos d’infidélité, & lui fit trancher la tête. Histoire d’Angleterre, d’Ecosse & d’Irlande, par Larrey.
  13. Monumens de Rome. pag. 344. in-12.
  14. Léonard de Vinci, pag. 210.
  15. Id. ibid.
  16. Mélanges d’Histoire & de Litterature, Tom. 2. pag. 165. & suiv. prem. Edit.
  17. Voyez sur tout cela, Mélanges d’Histoire & de Litterature. Tom. 2.
  18. Voyage du sieur Aubry de la Mortraye en Europe.
  19. Voyage autour du monde, par M. le Gentil.
  20. Les premiers sont les Gordiens, & les seconds les Spartes. Erasm. Adag.
  21. Ut enim qui ligna distorta dirigunt, non satis habent ea flexisse ad statum in quo consistere volunt, sed adhuc ultrà nituntur in partem adversam, quo spatium nacta recurrendi, in medio commodiùs illa subsistant, si à nimiis animi cupiditatibus quàm longissimè nos abduci oportet, ut nitente in oppositum naturâ, medium teneamus. Lœlii Peregrini de noscendis & emendandis animi affectibus. vol. in 8o. Lipsiæ, 1714.
  22. Histoire de l’Ambassadeur de Maroc, Envoyé au Roi de France en 1682.
  23. Leonard de Vinci.
  24. Leonard de Vinci.
  25. Je ne décris en tout cela, que ce que l’on fait tous les jours, sans y prendre garde, lorsqu’avec le bras baissé, on porte un pot à l’eau, dont le haut de l’anse est vis-à-vis l’ouverture du pot.
  26. Voyez page 23. du Livre premier.
  27. Nouvelle relation de l’Afrique Occidentale, par le P. Labat.
  28. Cette eau tiede se refroidit dans le moment, & c’est ce qu’il faut.
  29. Livre des Rois, chap. 14.
  30. Spigel. de hum. corp. fabricâ, lib. 1. cap. 12.
  31. Id. ibid.
  32. Il fut guéri par Esculape au rapport de Galien. Voyez Antonii Molineti Dissertationes anatomicæ Pathologicæ.
  33. Id. Ibid.
  34. Observations Physiques & Medicinales, communiquées à l’Académie des Sciences de Lyon, le 26. janvier 1726. par M. Pestalossi, Médecin de la même Ville.
  35. Dissertat. sur la Phthisie, par M. Desault, Docteur en Médecine à Bordeaux.
  36. Educ. de F. par M. de Fen. Arch. de C.
  37. Artaxerxés Premier, dit Artaxerxés Longue-main.
  38. Au genouïl de la jambe qui paroît trop longue.
  39. Dignum observatu est matrem hic claudicantem tres filios peperisse claudos ex femoris luxatione, totidem autem filias non claudas in lucem protulisse. Zuing. Theatr. Pr. Med.
  40. Dis. sur la b. m. par M. de Sencée.
  41. Hoc, ante aliquot annos, in fabro Ferrario experti sumus, cui e vulnere in metatarso, accepto, tamdiù maxilla contracta & immobilis mansit, quamdiù frustulum calcei, aut tibialis intrà vulnus permansit, nervosasque fibrillas compressit, aut asperitudine suâ lancinavit. Theor. Zuing. Theatr. prax. Med. Tom. primi. pag. 268.
  42. Quæst. Med. An ex anatome subtiliori : ars Med. certior ? Magistro Winslow Doctore Medico Præside. In Scholis Medicorum Par. die 23. Decemb. 1727.
  43. Voyez Journal des Sçav. du 8 Fév. 1723. p. 86.
  44. Caïus-Julius Maximin.

    Vid. Thom. Bartholin. de Armillis Veterum.

  45. Apud Forestum legi aliquandò infantem natum brachio uno ex osse, altero vero osse prædito atque hunc admotis plagulis & fusciis constrictis, ut in fracturis fieri solet, sanitari restitutum, admirantibus cunctis Medicis Chirurgis, qui hanc curationem audierunt, vel viderunt, quòd os generaretur ubi nunquàm erat conspectum. Nesciebant autem isti in cunctis nuper natis puerulis, quædam plus ossis in membris, ac perfectiùs, quaædam verò minus habere, cunctisque ferè apophyses, & articulos deesse, qui deinceps ætate succrescere, ac indurari consueverunt. Adriani Spigellii Bruxellensis de formato fætu. cap. 6.
  46. Voyez la Planche cy-jointe.
  47. J’ai rapporté tout cela dans le Journal des Sçavans, du mois de Septembre 1735. mais j’ai crû qu’il valoit mieux le repeter ici que d’y renvoyer. L’Histoire est tirée de la Dissertation latine de M. Salzmann, intitulée : Dissertatio Medicæ sistens plurium pedis muscularum defectum, Autore Gotofred. Salzmann, Doct. Medico Argentorati. 1734.
  48. Caract. de ce siécle, mérite personnel.
  49. Hist. de l’acad. Franç. par M. Pelisson.
  50. Note wikisource : Regles pour travailler utilement à l’éducation chrétienne des enfans, 1726, par Ambroise Paccori.