En famille/Chapitre XL

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Flammarion (p. 499-514).

Malot - En famille, 1893 p505.jpg

XL

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Fabry s’était retiré, laissant en tête-à-tête le grand-père et la petite-fille.

Mais ils étaient si émus qu’ils restaient les mains dans les mains sans parler, n’échangeant que des mots de tendresse :

« Ma fille, ma chère petite-fille !

— Grand-papa. »

Enfin quand ils se remirent un peu du trouble qui les bouleversait, il l’interrogea :

« Pourquoi ne t’es-tu pas fait connaître ? demanda-t-il.

— Ne l’ai-je pas tenté plusieurs fois ? rappelez-vous ce que vous m’avez dit un jour, le dernier où j’ai fait allusion à maman et à moi : « plus jamais, tu entends, plus jamais, ne me parle de ces misérables ».

— Pouvais-je soupçonner que tu étais ma fille ?

— Si cette fille s’était présentée franchement devant vous ne l’auriez-vous pas chassée sans vouloir l’entendre ?

— Qui sait ce que j’aurais fait !

— C’est alors que j’ai décidé de ne me faire connaître que le jour où, selon la recommandation de maman, je me serais fait aimer.

— Et tu as attendu si longtemps ! n’avais-tu pas à chaque instant des preuves de mon affection ?

— Était-elle celle d’un père ? je n’osais le croire.

— Et il a fallu que, mes soupçons s’étant précisés après des luttes cruelles, des hésitations, des espérances aussi bien que des doutes que tu m’aurais épargnés en parlant plus tôt, j’emploie Fabry pour t’obliger à te jeter dans mes bras.

— La joie de l’heure présente ne prouve-t-elle pas qu’il était bon qu’il en fût ainsi ?

— Enfin c’est bien, laissons cela, et dis-moi ce que tu m’as caché, me laissant poursuivre des recherches que d’un mot tu pouvais satisfaire…

— En me découvrant.

— Parle-moi de ton père ; comment êtes-vous arrivés à Serajevo ? Comment était-il photographe ?

— Ce qu’a été notre vie dans l’Inde vous pouvez… »

Il l’interrompit :

« Dis-moi tu ; c’est à ton grand-père que tu parles, non plus à M. Vulfran.

— Par les lettres que tu as reçues tu sais à peu près ce qu’a été cette vie ; je te la raconterai plus tard, avec nos chasses aux plantes, nos chasses aux bêtes, tu verras ce qu’était le courage de papa, la vaillance de maman, car je ne peux pas te parler de lui sans te parler d’elle…

— Ne crois pas que ce que Fabry vient de m’apprendre d’elle, en me disant son refus d’entrer à l’hôpital où elle aurait peut-être été sauvée, et cela pour ne pas t’abandonner, ne m’a pas ému.

— Tu l’aimeras, tu l’aimeras.

— Tu me parleras d’elle.

— … Je te la ferai connaître, je te la ferai aimer. Je passe donc là-dessus. Nous avions quitté l’Inde pour revenir en France, quand, arrivé à Suez, papa perdit l’argent qu’il avait emporté. Il lui fut volé par des gens d’affaires. Je ne sais comment. »

M. Vulfran eut un geste qui semblait dire que lui savait ce comment.

« N’ayant plus d’argent, au lieu de venir en France, nous partîmes pour la Grèce, ce qui coûtait moins cher de voyage. À Athènes, papa, qui avait des instruments pour la photographie, fit des portraits dont nous vécûmes. Puis il acheta une roulotte, un âne, Palikare qui m’a sauvé la vie, et il voulut revenir en France par terre, en faisant des portraits le long de la route. Mais qu’on en faisait peu hélas ! et que la route était dure dans les montagnes, où le plus souvent il n’y avait que de mauvais sentiers dans lesquels Palikare aurait dû se tuer vingt fois par jour. Je t’ai dit comment papa était tombé malade à Bousovatcha. Je te demande à ne pas te raconter sa mort aujourd’hui, je ne pourrais pas. Quand il ne fut plus avec nous, il fallut continuer notre route. Si nous gagnions peu, quand il pouvait inspirer confiance aux gens et les décider à se faire photographier, combien moins encore y gagnâmes-nous quand nous fûmes seules. Plus tard aussi je te raconterai ces étapes de misère, qui durèrent de novembre à mai, en plein hiver, jusqu’à Paris. Par M. Fabry tu viens d’apprendre comment maman est morte chez Grain de Sel, et cette mort je te la dirai plus tard aussi avec les dernières recommandations de maman pour venir ici. »

Pendant que Perrine parlait, des rumeurs vagues venant des jardins passaient dans l’air.

« Qu’est-ce que cela ? » demanda M. Vulfran.

Perrine alla à la fenêtre : les pelouses et les allées étaient noires d’ouvriers endimanchés, d’hommes, de femmes, d’enfants au-dessus desquels flottaient des drapeaux, des bannières ; et de cette foule de six à sept mille personnes entassées, et dont les masses se continuaient en dehors du parc dans le jardin du Cercle, la route, les prairies, s’élevait cette rumeur qui avait surpris M. Vulfran et détourné son attention du récit de Perrine, si grande qu’en fut l’intérêt.

« Qu’est-ce donc ? répéta-t-il.

— C’est aujourd’hui ton anniversaire, dit-elle, et les ouvriers de toutes les usines ont décidé de le célébrer en te remerciant ainsi de ce que tu as fait pour eux.

— Ah ! vraiment, ah ! vraiment ! »

Il vint à la fenêtre comme s’il pouvait les voir, mais il fut reconnu, et aussitôt courut de groupe en groupe une clameur qui en se propageant devint formidable.

« Mon Dieu ! qu’ils pourraient être terribles s’ils étaient contre nous, murmura-t-il, sentant pour la première fois la force de ces masses qu’il commandait.

— Oui, mais ils sont avec nous parce que nous sommes avec eux.

— Et c’est à toi que cela est dû, petite-fille ; qu’il y a loin d’aujourd’hui au service célébré à la mémoire de ton père dans notre église vide.

— Voici l’ordre de la cérémonie qui a été adopté par le conseil : je te conduirai sur le perron à deux heures précises ; de là tu domineras la foule et tout le monde te verra ; un ouvrier de chacun des villages où sont les usines, montera sur le perron et, au nom de tous, le vieux père Gathoye t’adressera un petit discours. »

À ce moment deux heures sonnèrent à la pendule.

« Veux-tu me donner la main ? » dit-elle.

Ils arrivèrent sur le perron et une immense acclamation retentit ; alors comme cela avait été réglé les délégués montèrent sur le perron, et le père Gathoye qui était un vieux peigneur de chanvre s’avança seul à quelques pas de ses camarades pour débiter sa harangue qu’on lui avait fait répéter dix fois depuis le matin :

« Monsieur Vulfran, c’est pour vous féliciter que… c’est pour vous féliciter que… »

Mais il resta court en faisant de grands bras, et la foule qui voyait ses gestes éloquents crut qu’il débitait son discours.

Après quelques secondes d’efforts pendant lesquelles il s’arracha plusieurs poignées de cheveux gris, en tirant dessus comme s’il peignait son chanvre, il dit :

« Voilà la chose : j’avais un discours à vous dire, mais je peux pas en retrouver un mot, ce que ça m’ennuie pour vous ; enfin c’est pour vous féliciter, vous remercier au nom de tous, et de bon cœur. »

Il leva la main solennellement :

« Je le jure, foi de Gathoye. »

Pour être incohérent ce discours n’en remua pas moins M. Vulfran qui était dans un état d’âme où l’on ne s’arrête pas aux paroles ; la main toujours appuyée sur l’épaule de Perrine il s’avança jusqu’à la balustrade du perron et se trouva là comme dans une tribune où la foule le voyait :

« Mes amis, dit-il d’une voix forte, vos compliments d’amitié me causent une joie d’autant plus grande que vous me les apportez dans la journée la plus heureuse de ma vie, celle où je viens de retrouver ma petite-fille, la fille du fils que j’ai perdu ; vous la connaissez, vous l’avez vue à l’œuvre, soyez sûrs qu’elle continuera et développera ce que nous avons fait ensemble, et dites-vous que votre avenir, celui de vos enfants est entre de bonnes mains. »

Disant cela, il se pencha vers Perrine, et sans qu’elle pût s’en défendre la prenant dans ses bras encore vigoureux, il la souleva, et, la présentant à la foule, il l’embrassa.

Alors il s’éleva une acclamation poussée et répétée pendant plusieurs minutes par des milliers de bouches d’hommes, de femmes, d’enfants ; puis comme l’ordre de la fête avait été bien réglé, aussitôt le défilé commença et chacun en passant devant le vieux patron et sa petite-fille salua ou fit la révérence.

« Si tu voyais les bonnes figures, » dit Perrine.

Cependant il y en eut qui ne furent pas précisément radieuses : celles des neveux, quand la cérémonie terminée, ils vinrent féliciter leur « cousine ».

« Pour moi, dit Talouel qui avait voulu se donner le plaisir de se joindre à eux, et qui d’autre part tenait à ne pas perdre

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de temps pour faire sa cour à l’héritière des usines, je l’avais toujours supposé. »

Des émotions de ce genre ne pouvaient pas être bonnes pour la santé de M. Vulfran ; la veille de son anniversaire il se trouvait mieux qu’il ne l’avait été depuis longtemps, ne toussant plus, n’étouffant plus, mangeant et dormant bien ; le lendemain, au contraire, la toux et les étouffements avaient si bien repris que tout ce qui avait été si péniblement gagné, paraissait perdu de nouveau.

Aussitôt le docteur Ruchon fut appelé :

« Vous devez comprendre, dit M. Vulfran, que j’ai envie de voir ma petite-fille, il faut donc que vous me mettiez au plus vite en état de supporter l’opération.

— Ne sortez pas, mettez-vous au régime lacté, soyez calme, parlez peu, et je vous garantis qu’avec le beau temps dont nous jouissons, l’oppression, les palpitations, la toux disparaîtront, et l’opération pourra se faire avec toutes chances de succès. »

Le pronostic du docteur Ruchon se réalisa, et un mois après l’anniversaire, deux médecins appelés de Paris constatèrent un état général assez bon pour autoriser l’opération qui, si elle n’avait point toutes les chances pour elle, en avait cependant de sérieuses et de nombreuses : en l’examinant dans une chambre obscure, on constatait que M. Vulfran avait conservé de la sensibilité rétinienne, ce qui était la condition indispensable pour permettre l’opération, et on décidait de la pratiquer avec iridectomie, c’est-à-dire excision d’une partie de l’iris.

Comme on voulait l’endormir, il s’y refusa ;

« Non, dit-il, mais je demande à ma petite-fille d’avoir le courage de me tenir la main ; vous verrez que cela me rendra solide. Est-ce très douloureux ?

— La cocaïne atténuera la douleur. »

L’opération faite, le patient ne recouvra pas la vue instantanément, et cinq ou six jours s’écoulèrent avant que ne commençât la coaptation de la plaie de son œil recouvert d’un bandeau compressif.

Combien furent-elles longues pour le père et la fille, ces journées d’attente, malgré les assurances favorables de l’oculiste resté au château pour pratiquer lui-même les pansements nécessaires ; mais l’oculiste n’était pas tout : que se passerait-il si une reprise de la bronchite se produisait ? Une crise de toux, un éternuement ne pouvaient-ils pas tout compromettre ?

Et de nouveau Perrine éprouva les angoisses qui l’avaient accablée pendant la maladie de son père et de sa mère. N’aurait-elle donc retrouvé son grand-père que pour le perdre, et une fois encore rester seule au monde ?

Le temps s’écoula sans complications fâcheuses, et M. Vulfran fut autorisé à se servir, dans une chambre aux volets clos, et aux rideaux fermés, de son œil opéré.

« Ah ! si j’avais eu des yeux, s’écria-t-il après l’avoir contemplée, est-ce que mon premier regard ne t’aurait pas reconnu pour ma fille ? Ils sont donc imbéciles ici de n’avoir pas retrouvé la ressemblance avec ton père ? Talouel serait donc sincère en disant qu’il l’avait « supposé ».

Mais on ne le laissa pas prolonger ses épanchements : il ne fallait pas qu’il éprouvât des émotions, ni qu’il toussât, ni qu’il eût des palpitations.

« Plus tard. »

Le quinzième jour le bandeau compressif fut remplacé par un bandeau flottant ; le vingtième les pansements cessèrent ; mais ce fut seulement le trente-cinquième que l’oculiste revint de Paris pour décider un choix de verres convexes qui permettraient la lecture et la vision à distance : avec un malade ordinaire les choses eussent sans doute marché moins lentement, mais avec le riche M. Vulfran c’eût été naïveté de ne pas pousser les soins à l’extrême, et de ne pas multiplier les voyages.

Ce que M. Vulfran désirait le plus, maintenant qu’il avait vu sa petite-fille, c’était de sortir pour visiter ses travaux ; mais cela demanda de nouvelles précautions, et imposa de nouveaux retards, car il ne voulait pas s’enfermer dans un landau aux glaces closes, mais se servir de son vieux phaéton, pour être conduit par Perrine, et se montrer à tous avec elle : pour cela il importait de choisir une journée sans soleil, aussi bien que sans vent et sans froid.

Enfin il s’en présenta une à souhait, douce et vaporeuse, avec un ciel bleu tendre, comme on en rencontre assez souvent en ce pays, et après le déjeuner Perrine donna l’ordre à Bastien de faire atteler Coco au phaéton.

« Tout de suite, mademoiselle. »

Elle fut surprise du ton de cette réponse, et du sourire de Bastien, mais elle n’y prêta pas autrement attention, occupée qu’elle était à habiller son grand-père de façon qu’il ne fût exposé à n’avoir ni froid, ni chaud.

Bientôt Bastien revint annoncer que la voiture était avancée, et ils se rendirent sur le perron ; Perrine qui ne quittait pas des yeux son grand-père, marchant seul, arrivait à la dernière marche, quand un formidable braiment lui fit tourner la tête.

Était-ce possible ! Un âne était attelé au phaéton, et cet âne ressemblait à Palikare, mais Palikare lustré, peigné, les sabots brillants, habillé d’un beau harnais jaune avec des houpettes bleues, qui continuait de braire le cou tendu, et voulait venir vers Perrine malgré le groom qui le retenait.

« Palikare ! »

Et elle lui sauta à la tête en l’embrassant.

« Ah ! grand-papa, quelle bonne surprise.

— Ce n’est pas à moi que tu la dois, c’est à Fabry qui l’a racheté à La Rouquerie ; le personnel des bureaux a voulu faire ce cadeau à leur ancienne camarade.

— M. Fabry est un bon cœur.

— Mais oui, mais oui, il a eu une idée qui n’est pas venue à tes cousins. Il m’en est venu une aussi à moi, qui a été de commander à Paris une jolie charrette pour Palikare ; elle arrivera dans quelques jours, et ne sera traînée que par lui, car ce phaéton n’est pas son affaire. »

Ils montèrent en voiture, et Perrine prit les guides :

« Par où commençons-nous ?

— Comment par où ? Mais par l’aumuche donc. Crois-tu que je n’ai pas envie de voir le nid où tu as vécu, et d’où tu es partie ? »

Elle était telle que Perrine l’avait quittée l’année précédente, avec son fouillis de végétation vierge, sans que personne y eût touché, respectée même par le temps qui n’avait fait qu’ajouter à son caractère.

« Est-ce curieux, dit M. Vulfran, qu’à deux pas d’un grand centre ouvrier, en pleine civilisation tu aies pu vivre là de la vie sauvage !

— Aux Indes, en pleine vie sauvage tout nous appartenait ; ici dans la vie civilisée, je n’avais droit à rien ; j’ai souvent pensé à cela. »

Après l’aumuche, M. Vulfran voulut que sa première visite fût pour la crèche de Maraucourt.

Il croyait la bien connaître pour en avoir longuement discuté et arrêté les plans avec Fabry, mais quand il se trouva dans l’entrée, et qu’il vit d’un coup d’œil toutes les autres salles : le dortoir où sont couchés les enfants au maillot dans des berceaux roses ou bleus, selon le sexe de l’enfant ; le pouponnat où jouent ceux qui marchent seuls ; la cuisine, le lavabo, il fut surpris et charmé de reconnaître que par une habile distribution et l’emploi de larges portes vitrées, l’architecte avait réalisé le difficile idéal à lui imposé, qui était que la crèche fût une véritable maison de verre où les mères vissent de la première salle, tout ce qui se passait dans celles où elles ne devaient pas entrer.

Quand du dortoir ils vinrent dans le pouponnat, les enfants se précipitèrent sur Perrine en lui présentant le jouet qu’ils avaient aux mains, une trompette, une crécelle, un cheval de bois, une poule, une poupée.

« Je vois que tu es connue ici, dit M. Vulfran.

— Connue ! reprit Mlle Belhomme qui les accompagnait, dites aimée, adorée ; elle est une petite mère pour eux : personne comme elle qui sache si bien les faire jouer.

— Vous souvenez-vous, répondit M. Vulfran, que vous me disiez que c’était une qualité maîtresse de savoir créer ce qui est nécessaire à nos besoins ; il me semble qu’il en est une autre plus belle encore, c’est de savoir créer ce qui est nécessaire aux besoins des autres, et cela précisément ma petite-fille l’a fait. Mais nous ne sommes qu’au commencement, ma chère demoiselle : bâtir des crèches, des maisons ouvrières, des cercles, c’est l’a b c d de la question sociale, et ce n’est pas avec cela qu’on la résout ; j’espère que nous pourrons aller plus loin, plus à fond ; nous ne sommes qu’à notre point de départ : vous verrez, vous verrez. »

Quand ils revinrent dans la salle d’entrée, une femme finissait d’allaiter son enfant ; vivement elle le redressa, et le présenta à M. Vulfran :

« Regardez-le, monsieur Vulfran, c’est-y un bel éfant ?

— Mais… oui, c’est un bel enfant.

— Eh ben, il est ben à vous.

— Vraiment ?

— J’en ai déjà eu trois, que j’ai perdus ; à qui doit-il de vivre celui-là ? Vous voyez s’il est à vous ; Dieu vous bénisse, vous et votre chère fille. »

Après la crèche ce fut le tour d’une maison ouvrière, puis de l’hôtel, du restaurant, du cercle, et en quittant Maraucourt ils allèrent à Saint-Pipoy, à Flexelles, à Bacourt, à Hercheux, et sur la route Palikare trottait joyeux, fier d’être conduit par sa petite maîtresse dont la main était plus douce que celle de La Rouquerie, et qui ne remontait jamais en voiture sans l’embrasser, — caresse à laquelle il répondait par des mouvements d’oreilles tout à fait éloquents pour qui savait les traduire.

Dans ces villages les constructions n’étaient pas aussi avancées qu’à Maraucourt, mais déjà cependant pour la plupart on pouvait fixer l’époque de leur achèvement.

La journée avait été bien remplie, ils revinrent lentement avant l’approche de la nuit ; alors comme ils passaient d’une colline à l’autre, ils se trouvèrent dominer la contrée où partout se montraient des toits neufs à l’entour des hautes cheminées qui vomissaient des tourbillons de fumée ; M. Vulfran étendit la main :

« Voilà ton ouvrage, dit-il, ces créations auxquelles entraîné par la fièvre des affaires, je n’avais pas eu le temps de penser. Mais pour que cela dure et se développe, il te faut un mari digne de toi, qui travaille pour nous et pour tous. Nous ne lui demanderons pas autre chose. Et j’ai idée que nous pourrons rencontrer l’homme de bon cœur qu’il nous faut. Alors nous vivrons heureux… en famille. »

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