L’Encyclopédie/1re édition/HOMME

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 256-281).
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* HOMME, s. m. c’est un être sentant, réfléchissant, pensant, qui se promene librement sur la surface de la terre, qui paroît être à la tête de tous les autres animaux sur lesquels il domine, qui vit en société, qui a inventé des sciences & des arts, qui a une bonté & une méchanceté qui lui est propre, qui s’est donné des maîtres, qui s’est fait des lois, &c.

On peut le considérer sous différens aspects, dont les principaux formeront les articles suivans.

Il est composé de deux substances, l’une qu’on appelle ame (Voyez l’article Ame), l’autre connue sous le nom de corps.

Le corps ou la partie matérielle de l’homme a été beaucoup étudiée. On a donné le nom d’Anatomistes à ceux qui se sont occupés de ce travail important & pénible. Voyez l’article Homme, (Anatomie.)

On a suivi l’homme depuis le moment de sa formation ou de sa vie, jusqu’à l’instant de sa mort. C’est ce qui forme l’histoire naturelle de l’homme. Voyez l’article Homme, (Histoire naturelle.)

On l’a considéré comme capable de différentes opérations intellectuelles qui le rendent bon ou méchant, utile ou nuisible, bien ou mal faisant. Voyez l’article Homme moral.

De cet état solitaire ou individuel, on a passé à son état de société, & l’on a proposé quelques principes généraux, d’après lesquels la puissance souveraine qui le gouverne, tireroit de l’homme le plus d’avantages possibles ; & l’on a donné à cet article le titre d’homme politique.

On auroit pû multiplier à l’infini les différens coups d’œil sous lesquels l’homme se considéreroit. Il se lie par sa curiosité, par ses travaux & par ses besoins, à toutes les parties de la nature. Il n’y a rien qu’on ne puisse lui rapporter ; & c’est ce dont on peut s’assurer en parcourant les différens articles de cet Ouvrage, où on le verra ou s’appliquant à connoître les êtres qui l’environnent, ou travaillant à les tourner à son usage.

* Homme, (Hist. nat.) L’homme ressemble aux animaux par ce qu’il a de matériel ; & lorsqu’on se propose de le comprendre dans l’énumération de tous les êtres naturels, on est forcé de le mettre dans la classe des animaux. Meilleur & plus méchant qu’aucun, il mérite à ce double titre, d’être à la tête.

Nous ne commencerons son histoire qu’après le moment de sa naissance ; pour ce qui l’a précédé, voyez les articles Fœtus, Embryon, Accouchement, Conception, Grossesse, &c.

L’homme communique sa pensée par la parole, & ce signe est commun à toute l’espece. Si les animaux ne parlent point, ce n’est pas en eux la faute de l’organe de la parole, mais l’impossibilité de lier des idées. Voyez Langue.

L’homme naissant passe d’un élément dans un autre. Au sortir de l’eau qui l’environnoit, il se trouve exposé à l’air ; il respire. Il vivoit avant cette action ; il meurt si elle cesse. La plûpart des animaux restent les yeux fermés pendant quelques jours après leur naissance. L’homme les ouvre aussitôt qu’il est né ; mais ils sont fixes & ternes. Sa prunelle qui a déja jusqu’à une ligne & demie ou deux de diametre, s’étrecit ou s’élargit à une lumiere plus forte ou plus foible ; mais s’il en a le sentiment, il est fort obtus. Sa cornée est ridée ; sa rétine trop molle pour recevoir les images des objets. Il paroît en être de même des autres sens. Ce sont des especes d’instrumens dont il faut apprendre à se servir. Voyez Sens. Le toucher n’est pas parfait dans l’enfance. V. Toucher. L’homme ne rit qu’au bout de quarante jours : c’est aussi le tems auquel il commence à pleurer. Voyez Ris & Pleurs. On ne voit auparavant aucun signe de passion sur son visage. Voyez Passion. Les autres parties de son corps sont foibles & délicates. Il ne peut se tenir debout. Il n’a pas la force d’étendre le bras. Si on l’abandonnoit il resteroit couché sur le dos sans pouvoir se retourner.

La grandeur de l’enfant né à terme est ordinairement de vingt-un pouces. Il en naît de beaucoup plus petits. Il y en a même qui n’ont que quatorze pouces à neuf mois. Le fœtus pese ordinairement douze livres, & quelquefois jusqu’à quatorze. Il a la tête plus grosse à proportion que le reste du corps ; & cette disproportion qui étoit encore plus grande dans le premier âge du fœtus, ne disparoît qu’après la premiere enfance. Sa peau est fort fine, elle paroît rougeâtre ; au bout de trois jours il survient une jaunisse, & l’enfant a du lait dans les mamelles : on l’exprime avec les doigts. Voyez Fœtus.

On voit palpiter dans quelques nouveaux-nés le sommet de la tête à l’endroit de la fontanelle, & dans tous on y peut sentir avec la main le battement des sinus ou des arteres du cerveau. Voyez Fontanelle. Il se forme au-dessus de cette ouverture une espece de croûte ou de galle quelquefois fort épaisse.

La liqueur contenue dans l’amnios laisse sur l’enfant une humeur visqueuse blanchâtre. Voyez Amnios. On le lave ici avec une liqueur tiede ; ailleurs, & même dans des climats glacés, on le plonge dans l’eau froide, ou on le dépose dans la neige.

Quelque tems après sa naissance, l’enfant urine & rend le meconium. Voyez Meconium. Le meconium est noir. Le deuxieme ou troisieme jour, les excrémens changent de couleur & prennent une odeur plus mauvaise. On ne le fait tetter que dix ou douze heures après sa naissance.

A peine est-il sorti du sein de sa mere, que sa captivité commence. On l’emmaillote, usage barbare des seuls peuples policés. Un homme robuste prendroit la fievre, si on le tenoit ainsi garotté pendant vingt-quatre heures. Voyez Maillot.

L’enfant nouveau-né dort beaucoup, mais la douleur & le besoin interrompent souvent son sommeil.

Les peuples de l’Amérique septentrionale le couchent sur la poussiere du bois vermoulu, sorte de lit propre & mou. En Virginie on l’attache sur une planche garnie de coton, & percée pour l’écoulement des excrémens.

Dans le levant, on allaite à la mamelle les enfans pendant un an entier. Les sauvages du Canada leur continuent cette nourriture jusqu’à l’âge de quatre à cinq ans, quelquefois jusqu’à six ou sept. Parmi nous, la nourrice joint à son lait un peu de bouillie, aliment indigeste & pernicieux. Il vaudroit mieux qu’elle substituât le pis d’un animal, ou qu’elle mâchât pour son nourrisson, jusqu’à ce qu’il eût des dents.

Les dents qu’on appelle incisives, sont au nombre de huit, quatre au-devant de chaque mâchoire. Elles ne paroissent qu’à sept mois, ou même sur la fin de la premiere année. Mais il y en a en qui ce développement est prématuré, & qui naissent avec des dents assez fortes pour blesser le sein de leurs meres. Voyez l’article Dents.

Les dents incisives ne percent pas sans douleur. Les canines, au nombre de quatre, sortent dans le neuvieme ou dixieme mois : il en paroît seize autres sur la fin de la premiere année, ou au commencement de la seconde. On les appelle molaires ou machelieres. Les canines sont contiguës aux incisives, & les machelieres aux canines.

Les dents incisives, les canines, & les quatre premieres mâchelieres, tombent naturellement dans l’intervalle de la cinquieme à la huitieme année ; elles sont remplacées par d’autres dont la sortie est quelquefois différée jusqu’à l’âge de puberté.

Il y a encore quatre dents placées à chacune des deux extrémités des mâchoires ; elles manquent à plusieurs personnes, & le développement en est fort tardif ; il ne se fait qu’à l’âge de puberté, & quelquefois dans un terme plus éloigné ; on les appelle dents de sagesse ; elles paroissent successivement.

L’homme apporte communément des cheveux en naissant, ceux qui doivent être blonds, ont les yeux bleus ; les roux d’un jaune ardent, & les bruns d’un jaune foible. Voyez Cheveux.

L’enfant est sujet aux vers & à la vermine ; c’est un effet de sa premiere nourriture ; il est moins sensible au froid que dans le reste de sa vie ; il a le poulx plus fréquent ; en général le battement du cœur & des arteres est d’autant plus vîte, que l’animal est plus petit ; il est si rapide dans le moineau, qu’à peine en peut-on compter les coups. Voyez Chaleur animale.

Jusqu’à trois ans, la vie de l’enfant est fort chancelante ; elle s’assûre dans les deux ou trois années suivantes. A six ou sept ans, l’homme est plus sûr de vivre qu’à tout âge. Il paroît que sur un certain nombre d’enfans nés en même tems, il en meurt plus d’un quart dans la premiere année, plus d’un tiers en deux ans, & au moins la moitié dans les trois premieres années ; observation affligeante, mais vraie. Soyons donc contens de notre sort ; nous avons été traités de la nature favorablement ; félicitons-nous même du climat que nous habitons ; il faut sept à huit ans pour y éteindre la moitié des enfans ; un nouveau-né a l’espérance de vivre jusqu’à sept ans, & l’enfant de sept ans celle d’arriver à quarante deux ans.

Le fœtus dans le sein de sa mere croissoit de plus en plus jusqu’au moment de sa naissance ; l’enfant au contraire croît toûjours de moins en moins jusqu’à l’âge de puberté, tems auquel il croît, pour ainsi dire, tout-à-coup, pour arriver en peu de tems à la hauteur qu’il doit avoir.

A un mois, il avoit un pouce de hauteur, à deux mois deux pouces & un quart, à trois mois trois pouces & demi, à quatre mois cinq pouces & plus, à cinq mois six à sept pouces, à six mois huit à neuf, à sept mois onze pouces & plus, à huit mois quatorze pouces, & à neuf mois dix-huit. La nature semble faire un effort pour achever de développer son ouvrage.

L’homme commence à bégayer à douze ou quinze mois ; la voyelle a qui ne demande que la bouche ouverte & la production d’une voix, est celle qu’il articule aussi le plus aisément. L’m & le p qui n’exigent que l’action des levres pour modifier la voyelle a, sont entre les consonnes les premieres produites ; il n’est donc pas étonnant que les mots papa, mama, designent dans toutes les langues sauvages & policées, les noms de pere & de mere : cette observation, jointe à plusieurs autres & à une sagacité peu commune, a fait penser à M. le président de Brosse, que ces premiers mots & un grand nombre d’autres, étoient de la langue premiere ou nécessaire de l’homme.

L’enfant ne prononce guere distinctement qu’à deux ans & demi.

La puberté accompagne l’adolescence & précede la jeunesse. Jusqu’alors l’homme avoit tout ce qu’il lui falloit pour être ; il va se trouver pourvû de ce qu’il lui faut pour donner l’existence. La puberté est le tems de la circoncision, de la castration, de la virginité, de l’impuissance. Voyez ces mots.

La circoncision est d’un usage très-ancien chez les Hébreux ; elle se faisoit huit jours après la naissance ; elle se fait en Turquie à sept ou huit ans ; on attend même jusqu’à onze ou douze ; en Perse, c’est à l’âge de cinq ou six. La plûpart de ces peuples auroient le prépuce trop long, & seroient inhabiles à la génération sans la circoncision. En Arabie & en Perse, on circoncit aussi les filles lorsque l’accroissement excessif des nymphes l’exige. Voyez Nymphes (Anat.). Ceux de la riviere de Benin n’attendent pas ce tems ; les garçons & les filles sont circoncis huit ou quinze jours après leur naissance.

Il y a des contrées où l’on tire le prépuce en-avant ; on le perce & on le traverse d’un gros fil qu’on y laisse jusqu’à ce que les cicatrices des trous soient formées ; alors on substitue au fil un anneau ; cela s’appelle infibuler : on infibule les garçons & les filles. Voyez Infibulation.

Dans l’enfance, il n’y a quelquefois qu’un testicule dans le scrotum, & quelquefois point du tout ; ils sont retenus dans l’abdomen ou engagés dans les anneaux des muscles ; mais avec le tems, ils surmontent les obstacles qui les arrêtent & descendent à leur place. Voyez Testicules, Scrotum.

Les adultes ont rarement les testicules cachés ; cachés ou apparens, l’aptitude à la génération subsiste.

Il y a des hommes qui n’ont réellement qu’un testicule ; ils ne sont pas impuissans pour cela ; d’autres en ont trois : quand un testicule est seul, il est plus gros qu’à l’ordinaire.

La castration est fort ancienne ; c’étoit la peine de l’adultere chez les Egyptiens ; il y avoit beaucoup d’eunuques chez les Romains. Dans l’Asie & une partie de l’Afrique, une infinité d’hommes mutilés sont occupés à garder les femmes ; on en sacrifie beaucoup à la perfection de la voix, au-delà des Alpes. Les Hottentots se défont d’un testicule pour en être plus légers à la course ; ailleurs on éteint sa postérité par cette voie, lorsqu’on redoute pour elle la misere qu’on éprouve soi-même.

La castration s’exécute par l’amputation des deux testicules ; la jalousie va quelquefois jusqu’à retrancher toutes les parties extérieures de la génération. Autrefois on détruisoit les testicules par le froissement avec la main, ou par la compression d’un instrument.

L’amputation des testicules dans l’enfance n’est pas dangereuse ; celle de toutes les parties extérieures de la génération est le plus souvent mortelle, si on la fait après l’âge de quinze ans. Tavernier dit qu’en 1657, on fit jusqu’à vingt-deux mille eunuques au royaume de Golconde.

Les eunuques à qui on n’a ôté que les testicules, ont des signes d’irritation dans ce qui leur reste, & même plus fréquens que les hommes entiers ; cependant le corps de la verge prend peu d’accroissement, & demeure presque comme il étoit au moment de l’opération. Un eunuque fait à l’âge de sept ans, est à cet égard à vingt ans comme un enfant entier de sept ans. Ceux qui n’ont été mutilés qu’au tems de la puberté ou plus tard, sont à-peu-près comme les autres hommes. Voyez Eunuque.

Il y a des rapports singuliers & secrets entre les organes de la génération & la gorge ; les eunuques n’ont point de barbe ; leur voix n’est jamais d’un ton grave ; les maladies vénériennes attaquent la gorge.

Il y a dans la femme une grande correspondance entre la matrice, les mamelles & la tête.

Quelle source d’observations utiles & surprenantes, que ces correspondances ! Voyez Physiologie.

La voix change dans l’homme à l’âge de puberté ; les femmes qui ont la voix forte, sont soupçonnées d’un penchant plus violent à la volupté.

La puberté s’annonce par une espece d’engourdissement aux aînes ; il se fait sentir en marchant, en se pliant. Il est souvent accompagné de douleurs dans toutes les jointures, & d’une sensation particuliere aux parties qui caractérisent le sexe. Il s’y forme des petits boutons ; c’est le germe de ce duvet qui doit les voiler. Voyez Poils. Ce signe est commun aux deux sexes : mais il y en a de particuliers à chacun ; l’éruption des menstrues, l’accroissement du sein pour les femmes (Voyez Menstrues & Mamelles) ; la barbe & l’émission de la liqueur séminale pour les hommes. Voyez Barbe & Sperme. Mais ces phénomenes ne sont pas aussi constans les uns que les autres ; la barbe, par exemple, ne paroît pas précisément au tems de la puberté ; il y a même des nations où les hommes n’ont presque point de barbe ; au contraire il n’y en a aucune où la puberté des femmes ne soit marquée par l’accroissement des mamelles.

Dans toute l’espece humaine, les femmes arrivent plûtôt à la puberté que les hommes ; mais chez les différens peuples, l’âge de puberté varie & semble dépendre du climat & des alimens ; le pauvre & le paysan sont de deux ou trois années plus tardifs. Dans les parties méridionales & dans les villes, les filles sont la plûpart pubertes à douze ans, & les garçons à quatorze. Dans les provinces du Nord & les campagnes, les filles ne le sont qu’à quatorze, & les garçons qu’à seize ; dans les climats chauds de l’Asie, de l’Afrique, & de l’Amérique, la puberté des filles se manifeste à dix, & même à neuf ans.

L’écoulement périodique des femmes moins abondant dans les pays chauds, est à-peu-près le même chez toutes les nations ; & il y a sur cela plus de différence d’individu à individu, que de peuple à peuple. Dans la même nation, des femmes n’y sont sujettes que de cinq ou six semaines en six semaines ; d’autres tous les quinze jours : l’intervalle commun est d’un mois.

La quantité de l’évacuation varie ; Hippocrate l’avoit évaluée en Grece à neuf onces, elle va depuis une ou deux onces, jusqu’à une livre & plus ; & sa durée depuis trois jours jusqu’à huit.

C’est à l’âge de puberté que le corps acheve de prendre son accroissement en hauteur : les jeunes hommes grandissent tout-à-coup de plusieurs pouces ; mais l’accroissement le plus prompt & le plus sensible se remarque aux parties de la génération ; il se fait dans le mâle par une augmentation de volume ; dans les femelles il est accompagné d’un rétrécissement occasionné par la formation d’une membrane appellée hymen. Voyez l’article Hymen.

Les parties sexuelles de l’homme arrivent en moins d’un an ou deux après le tems de puberté, à l’état où elles doivent rester. Celles de la femme croissent aussi ; les nymphes sur-tout qui étoient auparavant insensibles, deviennent plus apparentes. Par cette cause & beaucoup d’autres, l’orifice du vagin se trouve rétréci ; cette derniere modification varie beaucoup aussi. Il y a quelquefois quatre protuberances ou caroncules, d’autres fois trois ou deux, souvent une espece d’anneau circulaire ou semi-lunaire. Voyez Caroncules.

Quand il arrive à la femme de connoître l’homme avant l’âge de puberté, nulle effusion de sang, à-moins d’une extrème disproportion entre les parties de l’un & de l’autre, ou des efforts trop brusques. Mais il arrive aussi qu’il n’y a point de sang répandu, même après cet âge, ou que l’effusion reparoît même après des approches réitérées, intimes & fréquentes, s’il y a suspension dans le commerce & continuité d’accroissement dans les parties sexuelles de la femme. La preuve prétendue de la virginité ne se renouvelle cependant que dans l’intervalle de quatorze à dix-sept, ou de quinze à dix-huit ans. Celles en qui la virginité se renouvelle ne sont pas en aussi grand nombre que celles à qui la nature a refusé cette faveur chimérique.

Les Ethiopiens, d’autres peuples de l’Afrique, les habitans du Pégu, de l’Arabie, quelques nations de l’Asie, s’assûrent de la chasteté de leurs filles par une opération qui consiste en une suture qui rapproche les parties que la nature a séparées, & ne laisse d’espace que celui qui est nécessaire à l’issue des écoulemens naturels. Les chairs s’unissent, adherent, & il faut les séparer par une incision, lorsque le tems du mariage est arrivé. Ils emploient aussi dans la même vûe l’infibulation qui se fait avec un fil d’amiante ; les filles portent le fil d’amiante, ou un anneau qui ne peut s’ôter ; les femmes un cadenat dont le mari a la clé.

Quel contraste dans les goûts & les mœurs de l’homme ! D’autres peuples méprisent la virginité, & regardent comme un travail servile la peine qu’il faut prendre pour la détruire. Les uns cedent les prémices des vierges à leurs prêtres ou à leurs idoles ; d’autres à leurs chefs, à leurs maîtres ; ici un homme se croit deshonoré, si la fille qu’il épouse n’a pas été déflorée ; là, il se fait précéder à prix d’argent.

L’état de l’homme après la puberté est celui du mariage ; un homme ne doit avoir qu’une femme, une femme qu’un homme, puisque le nombre des femelles est à-peu-près égal à celui des mâles.

L’objet du mariage est d’avoir des enfans ; mais il n’est pas toûjours possible : la stérilité vient plus souvent de la part de la femme, que de la part de l’homme. Voyez Impuissance & Stérilité. Cependant il arrive quelquefois que la conception devance les signes de la puberté ; des femmes sont devenues meres avant que d’avoir eu l’écoulement naturel à leur sexe. D’autres, sans être jamais sujettes à cet écoulement, ne laissent pas d’engendrer. On dit même qu’au Brésil des nations entieres se perpétuent, sans qu’aucune femme ait d’évacuation périodique ; la cessation des regles qui arrive ordinairement à quarante ou cinquante ans, ne met pas toutes les femmes hors d’état de concevoir ; il y en a qui ont conçu à soixante, à soixante & dix ans, & même plus tard. Dans le cours ordinaire, les femmes ne sont en état de concevoir qu’après la premiere éruption, & la cessation de cet écoulement à un certain âge les rend stériles.

L’âge auquel l’homme peut engendrer n’a pas de termes aussi marqués ; il commence entre douze & dix-huit ans ; il cesse entre soixante & soixante & dix ; il y a cependant des exemples de vieillards qui ont eu des enfans jusqu’à quatre-vingt & quatre-vingt-dix ans, & des exemples de garçons qui ont produit leur semblable à neuf, dix, & onze ans, & de petites filles qui ont conçu à sept, huit & neuf.

On prétend qu’immédiatement après la conception l’orifice de la matrice se ferme, & qu’elle s’annonce par un frissonnement qui se répand dans tous les membres de la femme. Voyez les articles Conception.

La femme de Charles Town qui accoucha en 1714 de deux jumeaux, l’un blanc & l’autre noir ; l’un de son mari, l’autre d’un negre qui la servoit, prouve que la conception de deux enfans ne se fait pas toûjours dans le même tems.

Le corps finit de s’accroître dans les premieres années qui suivent l’âge de puberté : l’homme grandit jusqu’à vingt-deux ou vingt-trois ans ; la femme à vingt est parfaitement formée.

Il n’y a que l’homme & le singe qui ayent des cils aux deux paupieres ; les autres animaux n’en ont point à la paupiere inférieure ; & dans l’homme même il y en a beaucoup moins à la paupiere inférieure qu’à la supérieure ; les sourcils deviennent quelquefois si longs dans la vieillesse qu’on est obligé de les couper.

La partie de la tête la plus élevée est celle qui devient chauve la premiere, ensuite celle qui est au-dessus des tempes ; il est rare que les cheveux qui couvrent le bas des tempes tombent en entier, non plus que ceux de la partie inférieure du derriere de la tête.

Au reste, il n’y a que les hommes qui deviennent chauves en avançant en âge ; les femmes conservent toûjours leurs cheveux ; ils blanchissent dans les deux sexes ; les enfans & les eunuques ne sont pas plus sujets à être chauves que les femmes.

Les cheveux sont plus grands & plus abondans dans la jeunesse qu’à tout autre âge.

Les piés, les mains, les bras, les cuisses, le front, l’œil, le nez, les oreilles, en un mot, toutes les parties de l’homme ont des propriétés particulieres. Voyez les différens articles de ce Dictionnaire.

Il n’y en a aucune qui ne contribue à la beauté ou à la laideur, & qui n’ait quelque mouvement agréable ou difforme dans la passion. Voyez Honte, Colere, Fureur, Amour, &c.

Ce sont celles du visage qui donnent ce que nous appellons la physionomie.

Toutes concourent par leurs proportions à la plus grande facilité des fonctions du corps ; mais il faut bien distinguer l’état de nature, de l’état de société. Dans l’état de nature, l’homme qui exécuteroit avec le plus d’aisance toutes les fonctions animales, seroit sans contredit le mieux fait ; & réciproquement le mieux fait exécuteroit le plus aisément toutes les fonctions animales ; mais il n’en est pas ainsi dans l’état de société. Chaque art, chaque manœuvre, chaque action, exige des dispositions particulieres de membres, ou que la nature donne quelquefois, ou qui s’acquierent par l’habitude, mais toûjours aux dépens des proportions les plus régulieres & les plus belles. Il n’y a pas jusqu’au danseur, qui forcé de soûtenir tout le poids de son corps sur la pointe de son pié, n’eût à la longue cette partie défigurée aux yeux du statuaire, qui ne se proposeroit que de représenter un homme bien fait, & non un danseur. Voyez Proportion.

La grace qui n’est que le rapport de certaines parties du corps, soit en repos, soit en mouvement, considerées relativement aux circonstances d’une action, ne s’obtient souvent aussi que par des habitudes, dont le dérangement des proportions est encore un effet nécessaire. Voyez Grace.

D’où il s’ensuit que l’homme de la nature, celui qu’elle se seroit complu à former de la maniere la plus parfaite, n’excelleroit peut-être en rien ; & que l’imitateur de la nature en doit altérer toutes les proportions, selon l’état de la société dans lequel il le transporte. S’il en veut faire un crocheteur, il en affaissera les cuisses sur les jambes ; il fortifiera celles-ci ; il étendra les épaules, il courbera le dos ; & ainsi des autres conditions.

Par un travers aussi inexplicable que singulier, les hommes se défigurent en cent manieres bisarres ; les uns s’applatissent le front, d’autres s’allongent la tête ; ici on s’écrase le nez, là on se perce les oreilles. On violente la nature avec tant d’opiniâtreté, qu’on parvient enfin à la subjuguer, & qu’elle fait passer la difformité des peres aux enfans, comme d’elle-même. L’habitude de se remplir les narines de poussiere est si générale parmi nous, que je ne doute guere que si elle subsiste encore pendant quelques siecles, nos descendans ne naissent tous avec de gros nés difformes & évasés. Mais que ne doit-il pas arriver à l’espece humaine parmi nous, par le vice de l’habillement, & par les maladies auxquelles nos mœurs dépravées nous exposent ?

La tête de l’homme est à l’extérieur & à l’intérieur d’une forme différente de celle de la tête de tous les autres animaux ; le singe a moins de cerveau.

L’homme a le cou moins gros à proportion que les quadrupedes, mais la poitrine plus large ; il n’y a que le singe & lui qui ayent des clavicules.

Les femmes ont plus de mamelles que les hommes ; mais l’organisation de ces parties est la même dans l’un & l’autre sexe ; celles de l’homme peuvent aussi former du lait, & il y en a des exemples.

Le nombril qui est apparent dans l’homme, est presque obliteré dans les animaux ; le singe est le seul qui ait des bras & des mains comme nous ; les fesses qui sont les parties les plus inférieures du tronc n’appartiennent qu’à l’espece humaine.

L’homme est le seul qui se soûtienne dans une situation droite & perpendiculaire.

Le pié de l’homme differe aussi de celui de quelque animal que ce soit ; le pié du singe est presque une main.

L’homme a moins d’ongle que les autres animaux ; c’est par des observations continuées pendant long-tems sur la forme intérieure de l’homme, que l’on est convenu des proportions qu’il falloit garder dans la Peinture, la Sculpture, & le Dessein. Voyez l’article Proportion.

Dans l’enfance, les parties supérieures de l’homme sont plus grandes que les inférieures.

A tout âge, la femme a la partie antérieure de la poitrine plus élevée que nous ; en sorte que la capacité formée par les côtes a plus d’épaisseur en elles & moins de largeur. Les hanches de la femme sont aussi plus grosses ; c’est à ce caractere qu’on distingue son squelette de celui de l’homme.

La hauteur totale du corps humain varie assez considérablement ; la grande taille pour les hommes, est depuis cinq piés quatre ou cinq pouces, jusqu’à cinq piés huit ou neuf pouces. La taille médiocre depuis cinq piés ou cinq piés un pouce, jusqu’à cinq piés quatre pouces ; & la petite taille est au-dessous de cinq piés. Les femmes ont en général deux ou trois pouces de moins ; il y a des especes d’hommes qui n’ont que depuis quatre piés, jusqu’à quatre piés & demi ; tels sont les Lapons.

L’homme relativement à son volume est plus fort qu’aucun animal ; il peut devancer le cheval par sa vîtesse ; il le fatigue par la continuité de la marche ; les chaters d’Ispahan font trente-six lieues en quatorze ou quinze heures.

La femme n’est pas à beaucoup près aussi vigoureuse que l’homme.

Tout change dans la nature, tout s’altere, tout périt. Lorsque le corps a acquis son étendue en hauteur & en largeur, il augmente en épaisseur ; voilà le premier point de son dépérissement ; elle commence au moment où la graisse se forme, à trente-cinq ou quarante ans. Voyez Graisse. Alors les membranes deviennent cartilagineuses, les cartilages osseux, les os plus solides, & les fibres plus dures ; la peau se seche, les rides se forment, les cheveux blanchissent, les dents tombent, le visage se déforme, & le corps s’incline vers la terre à laquelle il doit retourner.

Les premieres nuances de cet état se font appercevoir avant quarante ans ; elles augmentent par degrés assez lents jusqu’à soixante, par degrés plus rapides jusqu’à soixante & dix. Alors commence la vieillesse qui va toûjours en augmentant ; la caducité suit, & la mort termine ordinairement avant l’âge de quatre-vingt-dix ou cent ans, la vieillesse & la vie.

Les femmes en général vieillissent plus que les hommes ; passé un certain âge leur durée s’assûre ; il en est de même des hommes nés foibles ; la durée totale de la vie peut se mesurer par le tems de l’accroissement. L’homme qui est trente ans à croître, vit quatre-vingt-dix ou cent ans. Le chien qui ne croît que pendant deux ou trois ans, ne vit aussi que dix ou douze ans.

Il est parlé dans les Transactions philosophiques, de deux hommes, dont l’un a vécu cent soixante-cinq ans, & l’autre cent quarante-quatre.

Il y a plus de vieillards dans les lieux élevés que dans les lieux bas ; mais en général l’homme qui ne meurt pas par intempérie ou par accident, vit partout quatre-vingt-dix ou cent ans.

La mort est aussi naturelle que la vie ; il ne faut pas la craindre, si l’on a assez bien vécu pour n’en pas redouter les suites.

Mais il importe en une infinité de circonstances de savoir la probabilité qu’on a de vivre un certain nombre d’années. Voici une courte table calculée à cet effet.

Table des probabilités de la durée de la vie.
Age. Durée de la vie. No image.svg Age. Durée de la vie.
Années. Années. Mois. No image.svg Années. Années. Mois.
0 8 0 43 20 4
1 33 0 44 19 9
2 38 0 45 19 3
3 40 0 45 19 3
4 41 0 47 18 2
5 41 6 48 17 8
6 42 0 49 17 2
7 42 3 50 16 7
8 41 6 51 16 0
9 40 10 52 15 0
10 40 2 53 15 0
11 39 6 54 14 0
12 38 9 55 14 0
13 31 1 56 13 5
14 37 5 57 12 10
15 36 9 58 12 3
16 36 0 59 11 8
17 35 4 60 11 1
18 34 8 61 10 6
19 34 0 62 10 0
20 33 5 63 9 6
21 32 11 64 9 0
22 32 4 65 8 6
23 31 10 66 8 0
24 31 3 67 7 6
25 30 9 68 7 0
26 30 2 69 6 7
27 29 7 70 6 2
28 29 0 71 5 8
29 28 6 72 5 4
30 28 0 75 5 0
31 27 6 74 4 9
32 26 11 75 4 6
33 26 3 76 4 3
34 25 7 77 4 1
35 25 0 78 3 11
36 24 5 79 3 9
37 23 10 80 3 7
38 23 3 81 3 5
39 22 8 82 3 3
40 22 1 83 3 2
41 21 6 84 3 1
42 20 11 85 3 0

On voit par cette table qu’on peut espérer qu’un enfant qui vient de naître vivra huit ans, & ainsi des autres tems de la vie.

Mais on observera 1°. que l’âge de sept ans est celui où l’on peut espérer une plus longue vie ; 2°. qu’à douze ou treize ans on a vécu le quart de sa vie ; & à vingt-huit ou vingt-neuf, qu’on a vécu la moitié ; & à cinquante, plus des trois quarts.

O vous, qui avez travaillé jusqu’à cinquante ans, qui jouissez de l’aisance, à qui il reste encore de la santé & des forces, qu’attendez-vous donc pour vous reposer ! jusqu’à quand direz-vous, demain, demain ?

Après avoir exposé ce qui concerne l’homme en général, nous renverrons, pour ce qui appartient à ses différens organes, aux différens articles de ce Dictionnaire. Voyez donc, pour la tête, à l’article Tête ; pour les piés, les mains, les dents, à ces articles ; pour la vûe, aux articles Œil & Vue ; pour l’ouie, aux articles Ouie & Oreille ; pour l’odorat, aux articles Odorat & Nés, &c. pour les sens en général, aux articles Sens, Sensations, & Toucher ; & sur-tout à l’article Economie animale. Et quant aux variétés de l’espece humaine, voyez les articles de Géographie qui y ont rapport, comme Lapons, Chinois, Indiens, Negres &c. & l’article Humaine espece.

Il y a des hommes blancs, des noirs, des olivâtres, des hommes de couleur de cuivre. Voyez les articles Negres, Mulatres, &c.

Les hommes ont une physionomie propre aux lieux qu’ils habitent. Voyez l’article Physionomie ; & pour l’histoire naturelle de l’homme, ce que MM. de Buffon & d’Aubenton en ont dit dans leur excellente histoire naturelle, dont nous avons extrait ce qui précede.

Homme (Exposition anatomique du corps de l’) ; ce corps, ainsi que celui de tous les autres animaux, est une machine très-compliquée, & dans la composition de laquelle entre une infinité d’instrumens différens par leur structure & par l’usage auquel ils sont destinés. Certaines parties blanches, dures, insensibles, connues sous le nom d’os, soûtiennent tout l’édifice. Voyez Os. Dans les endroits où ces parties se meuvent en glissant les unes sur les autres, elles sont enduites & comme encroûtées de certaines lames brillantes, blanches, très-élastiques, d’un tissu extrèmement serré qu’on nomme cartilages, & dont on distingue plusieurs especes : il y a aussi des lieux où les os sont retenus & fixés en place par l’intermede d’autres cartilages un peu différens de ceux dont les extrémités des os mobiles sont couvertes. Voyez Cartilage. Les différentes pieces osseuses qui ont du jeu & quelque mouvement, sont arrêtées & liées les unes aux autres par certaines cordes ou certains rubans que les Anatomistes appellent ligamens, & qui sont des parties blanches, souples, extensibles, très-élastiques & douées d’un sentiment très-obtus & presque nul. Voyez Ligament. Parmi ces ligamens, il y en a qui sont très-minces & comme membraneux, qui enveloppent les jointures des os, & empêchent l’écoulement d’une certaine humeur onctueuse nommée synovie ; on les nomme capsules articulaires, ou ligamens capsulaires. Voyez Capsules articulaires. L’humeur que ces ligamens retiennent est douce & gluante, & faite pour lubréfier les parties & les empêcher de se dessécher & de s’user par les frottemens répétés, voyez Synovie ; elle coule de certains paquets glanduleux communément enveloppés de graisse, & que la nature a très artistement placés dans certains enfoncemens pratiqués exprès pour les mettre à l’abri des chocs & des compressions violentes. Voyez Glandes synoviales. Toutes ces choses ne se voient que dans les endroits où les os s’unissent de maniere à permettre quelque mouvement ; & cette sorte de jonction s’appelle diarthrose, dont il y a plusieurs especes. Voyez Énarthrose, Arthrodie, & Ginglime. En général, toute union ou jonction de deux pieces osseuses se nomme articulation, laquelle, pour parler le langage des Anatomistes, se fait avec mouvement ou sans mouvement : cette derniere espece est la sinarthrose, & comprend sous elle plusieurs divisions. Voyez Suture, Harmonie & Gomphose. Les os articulés par diarthrose, ont besoin d’être maintenus en place, & liés les uns aux autres par différens moyens ; cette liaison s’appelle symphise, & se fait tantôt avec des ligamens, c’est la sinévrose ; d’autres fois avec les chairs ou les muscles, c’est la sisarcose, & dans certains lieux, par l’intermede des cartilages, c’est la synchondrose. Voyez Sinevrose, Sisarcose & Sinchondrose. Tous les os du corps de l’homme, excepté les couronnes des dents, sont couverts d’une membrane assez forte, dont l’épaisseur varie suivant les lieux, & qui soûtient une prodigieuse quantité de vaisseaux très-fins & de toute espece ; on l’appelle le périoste, tant qu’elle est appliquée sur les os ; lorsque de-là elle passe sur les ligamens, on la nomme péridesme ; & quand enfin elle s’étend sur les cartilages, elle reçoit le nom de périchondre. Voyez Périoste. Cette membrane se glisse & s’insinue jusques dans les cavités intérieures des os, elle les tapisse exactement ; c’est le périoste interne qui enveloppe la moelle, & fournit les cloisons sans nombre qui forment les cellules dans lesquelles cette humeur onctueuse est renfermée. Voy. Moelle. Les os sont formés de deux substances, l’une dure & d’un tissu très-serré, composée de lames très-étroitement unies les unes aux autres, c’est la substance ou matiere compacte ; l’autre est cellulaire, & quand elle résulte de l’assemblage de plusieurs lames, on l’appelle substance spongieuse ; mais quand elle résulte de l’entrelacement d’un grand nombre de filets, c’est la substance réticulaire. Voyez Substance osseuse & Ossification.

Les os, & avec eux toutes les autres parties des animaux, sont mis en mouvement par certaines puissances que les Anatomistes appellent muscles. Ce sont des organes mous, d’une couleur rouge, formés de fibres, qui ont la faculté de se raccourcir, & qui par ce raccourcissement tirent les parties auxquelles ils sont annexés : un tissu cellulaire plus ou moins fin, lie toutes ces fibres entre elles, & soûtient les divisions presque infinies des nerfs, des arteres & des autres vaisseaux qui pénétrent la substance du muscle ; un autre tissu cellulaire plus lâche, & communément chargé de graisse, unit entre eux les différens muscles, ou les attache à d’autres parties : on nomme contraction, l’action par laquelle un muscle se raccourcit ; & fibre musculaire ou contractile, celle qui peut exercer cette action : il faut que ce pouvoir dépende en partie de la maniere dont les fibres sont unies entre elles ; car dans le milieu du muscle, où les fibres sont molles & rouges, on les voit se contracter, & l’on n’observe rien de semblable dans les extrémités, qui sont blanches & d’un tissu bien plus ferme & bien plus serré : cependant ce sont les mêmes fibres qui, sans interruption, vont d’un bout à l’autre du muscle, mais qui, ramassées vers les extrémités, sont si étroitement serrées entre elles qu’elles en perdent l’aptitude au mouvement, il faut, pour qu’une fibre musculaire se raccourcisse, qu’elle se gonfle & se renfle ; ce renflement devient impossible quand les fibres sont trop rapprochées & trop fermement unies entre elles ; quand en se rapprochant ainsi, elles forment par leur assemblage des cordes blanches, souples & fléxibles, c’est ce qu’on nomme des tendons, voyez Tendons ; lorsqu’elles s’épanouissent en maniere de membranes, elles sont ce qu’on appelle des aponévroses, voyez Aponévrose ; c’est par le moyen de ces tendons ou de ces aponévroses que les muscles s’attachent aux os, ou bien aux autres parties qu’ils doivent mouvoir ; ainsi dans chaque muscle il y a toûjours un milieu rouge & mollet (les anciens le nommoient le ventre du muscle) & deux extrémités tendineuses plus ou moins longues, dont l’une portoit chez les anciens le nom de tête, & l’autre, celui de queue : ces noms étoient tirés de la comparaison qu’ils faisoient d’un muscle avec un rat écorché : au reste, les noms qu’on a donnés aux différens muscles viennent ou de leur figure, comme deltoïde, triangulaire, quarré ; ou de leur situation, comme fessier, dorsal, pectoral ; ou de leur action, comme fléchisseur, extenseur, abaisseur, ou de quelque autre circonstance. Voyez Muscle.

C’est aux nerfs & aux vaisseaux sanguins que les muscles doivent la faculté, dont ils jouissent, de se contracter, & de mouvoir par-là toutes les autres parties. Les nerfs sont des cordons blanchâtres, composés de filets extrèmement fins, qui tous tirent leur origine du cerveau, de la moelle allongée, ou de la moelle épiniere : ils communiquent différemment entre eux ; cependant les deux manieres de communication établies les plus ordinaires sont ou par forme d’entrelacement & de réseau, ce qu’on nomme plexus, & qui spécialement a lieu à l’intérieur pour les visceres de la poitrine & du ventre, voyez Plexus ; ou par le moyen de certaines tumeurs rougeâtres, d’une consistence assez marquée, & de différentes figures qu’on appelle ganglions, lesquelles se rencontrent dans différentes parties, mais surtout le long de la colonne épiniere, voyez Ganglions. Quoique les yeux ne puissent saisir de cavité dans les nerfs, on ne sauroit cependant se dispenser d’y en admettre : bien des expériences semblent prouver qu’un fluide très-subtil passe sans cesse, à la faveur de ces cavités, du cerveau & de la moelle vers les autres parties, & reflue peut-être de ces mêmes parties vers les organes desquels il avoit commencé à couler ; ce fluide qui paroît fait pour animer toute la machine, s’appelle esprit animal, voy. Esprit animal ou Esprits animaux. La nature de cet esprit ne nous est pas encore bien connue : il n’est guere raisonnable d’en nier l’existence ; peut-être y en a-t-il de plusieurs especes. Quand un nerf s’insinue dans une partie, il s’y divise de façon qu’en le suivant avec soin, il semble que toute la partie elle-même ne soit faite que par sa division : ce qui a donné lieu de penser que dans son principe & son origine le corps des animaux n’étoit qu’un épanouissement nerveux différemment fait dans les différentes parties. Quoi qu’il en soit de toutes ces choses, toûjours est-il certain que c’est aux nerfs que les parties de notre corps doivent le sentiment & le mouvement : une chose singuliere, sans doute, c’est que le principe du sentiment dérivant du cerveau, du cervelet & de la moelle épiniere, ces parties soient cependant insensibles. On nomme Névrologie la partie d’Anatomie qui traite des nerfs & de leurs distributions : cette partie est une des moins développées, & cependant c’est une des plus importantes & des plus intéressantes. Voyez Nerf & Névrologie.

Les vaisseaux sanguins sont des tuyaux membraneux, cylindriques, plus ou moins élastiques, dont les uns, sous le nom d’arteres, portent le sang du cœur aux autres parties ; les autres se nomment veines, & leur office est de reprendre le sang que les arteres ont apporté, & de le ramener au cœur : le mouvement par lequel le sang est ainsi porté & rapporté, s’appelle circulation. Voyez Circulation du sang. Les arteres ont leurs tuniques plus fortes & plus épaisses que les veines ; elles ont un mouvement sensible de pulsation, c’est le pouls, voyez Pouls, & le sang marche bien plus vîte dans ces tuyaux que dans les veines : toutes les arteres ne sont que des ramifications de deux troncs principaux, connus sous les noms d’aorte & d’artere pulmonaire, voyez Artere. Les membranes des veines sont foibles & minces, elles ont peu d’action : mais pour suppléer à ce défaut, la nature a placé dans leurs cavités des replis membraneux qu’on appelle valvules, & qui sont disposés de maniere qu’ils cedent sans peine à l’impulsion du sang qui retourne au cœur, mais ils se levent pour l’empêcher de revenir sur ses pas : les arteres n’ont point de valvules ; on n’en découvre point non plus dans les grosses veines placées dans le ventre ou dans la poitrine : toutes les veines vont se rendre à cinq tuyaux communs, dont l’un, qui est le principal & le plus gros de tous, se nomme veine-cave, & va se rendre à l’oreillette droite du cœur : trois autres partent du poulmon, & viennent décharger le sang dans l’oreillette gauche du cœur : le cinquieme amasse le sang de tous les visceres qui servent à la digestion des alimens, & le charie au foie, on le nomme veine-porte. Outre ces tuyaux, il y en a d’autres dans le corps humain, dont les uns sont pleins d’une liqueur claire, transparente, sans goût & sans odeur ; on la nomme lymphe, & les tuyaux qui la contiennent, s’appellent vaisseaux lymphatiques. Voyez Lymphe & Vaisseaux lymphatiques. Les autres conduits, qui ne contiennent ni sang, ni lymphe, sont destinés à recevoir l’air, on les appelle bronches : ils naissent tous d’un canal, en partie cartilagineux & en partie membraneux, qui du fond de la bouche gagne jusques dans la poitrine ; on lui donne le nom de trachée-artere, voyez Trachée-artère & Bronche : l’air amené par ces tuyaux gonfle les poûmons & soûleve la poitrine ; quand il en sort, la poitrine se resserre & les poûmons s’affaissent : ce double mouvement qui se fait alternativement pendant tout le cours de la vie, constitue cette importante fonction, connue de tout le monde sous le nom de respiration : quand l’air rentre, c’est l’inspiration ; quand il sort, c’est l’expiration. Voyez Respiration.

Toute partie qui remplit une fonction d’une certaine importance, & qui est renfermée dans l’une des grandes cavités de la machine, se nomme viscere, voyez Viscere. On voit encore certaines parties arrondies, assez fermes, de différentes couleurs, & qui pour la plûpart séparent du sang une humeur particuliere, on les appelle en général du nom de glandes ; quand elles sont isolées & détachées les unes des autres, elles se nomment glandes conglobées ; elles prennent le nom de glandes conglomérées, quand elles sont ramassées plusieurs ensemble & renfermées sous une même enveloppe. Voyez Glande. L’action par laquelle les glandes, ainsi que d’autres parties, séparent de la masse commune des humeurs une liqueur particuliere, porte en général le nom de sécrétion, voyez Sécrétion ; & les canaux par lesquels cette humeur est reçûe pour être conduite en un lieu différent, se nomment vaisseaux excréteurs : quand ils sont très-fins & très-déliés, on les nomme pores, & du nombre de ces derniers il en est dont la fonction differe des autres, & qui sont destinés à pomper quelque humeur, à s’en charger, pour la ramener à la masse, soit médiatement. soit immédiatement ; ils ont reçû le nom de pores absorbans, & il paroît que la surface de tous nos visceres en est aussi criblée que celle de la peau. Voyez Pores absorbans. Cette derniere partie couvre tout notre corps, ainsi que tout le monde le sait : on l’appelle à cause de cela le tégument universel ; elle est composée de plusieurs lames, dont la plus superficielle & la plus mince se nomme épiderme : celle-ci est insensible, & formée d’un grand nombre de petites écailles très-fines ; elle se replie dans les grandes ouvertures de la peau, & s’y confond, ou s’y perd dans la membrane qui revêt l’extérieur de l’œil, les narines, la bouche, le gosier, l’œsophage, &c. Voyez Epiderme. On apperçoit à la face de l’épiderme qui touche la peau, un réseau plus ou moins fin dans les différentes parties ; il semble être une appendice de l’épiderme, on le nomme le corps réticulaire. Voyez Corps réticulaire. Quelques anatomistes pensent que ce qui fait la liaison de l’épiderme & de la peau est une certaine substance à-peu-près muqueuse, qu’ils ont appellée le corps muqueux, & qu’ils croient être le siege de la couleur blanche de la peau des Européens, &c. & celui de la couleur noire de la peau des Négres. Voyez Corps muqueux. La peau, proprement dite, est immédiatement sous ce corps ; elle est faite par l’assemblage & l’entrelacement le plus singulier de fibres qui approchent fort de la nature des fibres ligamenteuses : à travers cet entrelacement pénetrent mille & mille filets nerveux, qui viennent à sa superficie s’épanouir en papilles applaties, ou se gonfler de maniere à former les papilles pyramidales : ces papilles sont l’organe immédiat du plus étendu, du plus important & peut-être du plus utile de tous nos sens, du toucher, voyez Toucher. C’est dans la peau que s’opere l’excrétion la moins sensible, & cependant la plus abondante de toutes celles qui se font dans notre machine ; elle est connue sous le nom d’insensible transpiration : l’humeur qu’elle fournit est chassée par les pores de la peau. Voyez insensible Transpiration. La peau ne se réfléchit point comme l’épiderme par la bouche, le nez, le fondement, &c. elle est vraiment trouée dans tous ces endroits-là : il s’en manque beaucoup que la peau ait par-tout la même sensibilité, la même consistence, la même élasticité : toutes ces choses varient suivant les lieux. Voyez Peau. Ajoûtez à tout cela que cette partie soûtient les poils & les ongles. Ces premiers sont des filets très-déliés, de diverses couleurs, de différentes longueurs, toûjours insensibles dans l’état naturel, lesquels naissent d’un petit oignon placé à la face interne de la peau, & qui paroissent destinés à couvrir & défendre du froid, &c. la surface du corps. Voyez Poils. Les ongles paroissent faits d’une substance assez semblable à celle des poils : chacun sait qu’ils garnissent le bout des doigts, des mains & des piés : leur racine jouit d’une grande sensibilité ; l’extrémité se coupe sans qu’on en sente rien. Voyez Ongle. Dans la plûpart des quadrupedes, on trouve sous la peau une lame musculaire, qui s’appelle le pannicule charnu : cette partie manque dans l’homme, voyez Pannicule charnu. Il n’y a sous la peau du corps humain qu’un tissu formé par un grand nombre de cellules irrégulieres, lesquelles renferment une humeur huileuse condensée, douce & jaunâtre, connue sous le nom de graisse, voyez Graisse : ces cellules sont autant de petits réservoirs où la nature met en dépôt l’humeur dont nous venons de parler, & qu’elle saura bien reprendre en cas de besoin, par exemple, dans le tems des maladies, soit pour nourrir le corps, soit pour adoucir l’acrimonie des humeurs morbifiques : les membres gagnent à ce dépôt une forme plus réguliere, des contours plus gracieux & une souplesse très-marquée : la sagesse de la nature sait tirer plusieurs avantages d’une même chose ; elle les épuise ; le tissu cellulaire joint aux propriétés que nous venons d’indiquer, celle de servir de lien à toutes les parties du corps ; c’est lui qui les soûtient, qui les fixe à leurs places, & qui fait que, quoiqu’adhérentes les unes aux autres, elles peuvent pourtant se mouvoir les unes sur les autres sans la moindre difficulté. Voyez Tissu cellulaire ou Graisseux.

Le corps de l’homme se divise en plusieurs parties principales, qui sont la tête, le tronc & les extrémités : ces dernieres sont, les unes supérieures, ce sont les bras ; les autres inférieures, qui sont formées des cuisses & des jambes. Chacune de ces parties se divise encore en plusieurs autres régions.

On distingue dans la tête deux régions principales : l’une couverte de poils, on la nomme partie chevelue ; l’autre en est dépouillée pour la plus grande partie, c’est la face. Voyez Tête.

La tête est unie à la poitrine par le moyen du cou. Voyez Cou. Le tronc se divise en thorax ou poitrine, & bas-ventre ou abdomen. Le devant de la poitrine retient le nom de thorax ; le derriere s’appelle le dos. C’est du haut & des côtés de cette région, que sortent les extrémités supérieures.

Le bas-ventre a comme la poitrine une face en devant & l’autre en arriere ; la premiere se partage en trois régions : la premiere est au milieu, elle est marquée par le nombril, & de là elle a pris le nom de région ombilicale ; celle qui est au-dessus, & qui va jusqu’au bas de la poitrine, se nomme région épigastrique ; la troisieme qui s’étend au-dessous, & gagne jusqu’aux parties génitales de l’un & de l’autre sexe, a reçu le nom de région hypogastrique. Chacune de ces régions se divise encore en trois autres ; savoir, celle du milieu & les deux latérales : le milieu de la région épigastrique se nomme épigastre ; les côtés sont les hypochondres. Voyez Epigastre & Hypochondres.

Les côtés de la région du nombril s’appellent les lombes ; le milieu a conservé le nom de région ombilicale.

La derniere des régions antérieures du ventre se partage en haute & basse ; le milieu de la premiere est l’hypogastre ; les parties latérales sont les îles ou les flancs : la partie basse répond au petit bassin, son milieu est le pénil, ses côtés sont les aines.

La face postérieure du ventre présente un grand enfoncement, qu’on appelle aussi région lombaire postérieure, ou plus communément le creux ou le pli des reins ; ce qui est au-dessous se releve & fait saillie ; c’est la région des fesses, entre lesquelles est l’ouverture par où le corps se débarasse de ses excrémens ; on l’appelle le fondement, ou l’anus (Voyez Anus) ; l’espace qui est entre cette ouverture & les parties génitales de l’un ou l’autre sexe, porte le nom de périné, & la ligne qui le partage en partie droite & gauche, se nomme raphé. Les extrémités supérieures sont chacune composées de l’épaule, du bras, de l’avant-bras & de la main ; les inférieures le sont chacune aussi des cuisses, des jambes & du pié.

Après cette idée générale des principales parties du corps humain, examinons chacune de ces mêmes parties : nous suivrons dans cet examen l’ordre le plus simple ; nous ne ferons mention des organes qu’à mesure qu’ils se présenteront successivement à nos yeux : commençons par la tête. Les poils qui couvrent plus de la moitié de la surface de cette partie, sont au moins dans les blancs, beaucoup plus longs que ceux du reste du corps, on les nomme cheveux. Voyez Cheveux. La partie la plus haute de la région chevelue se nomme le vertex ; le derriere s’appelle l’occiput ; le devant porte le nom de sinciput ; & les côtés celui de tempes. Le cuir qui porte les cheveux est plus crasse & moins sensible que la peau du reste du corps ; on y voit un plus grand nombre de glandes sébacées. Voyez Glandes sébacées. Le tissu cellulaire qui est au-dessous, a la propriété de ne se charger que d’une certaine quantité de graisse assez petite, & logée dans des cellules étroites ; ce tissu étant enlevé, on découvre en devant deux muscles minces qui vont sous la peau descendre sur le front jusqu’auprès des sourcils, qu’ils relevent en faisant rider la peau du front. Ce sont les muscles frontaux. Voyez Muscles frontaux. En marchant du sinciput vers l’occiput, le milieu de droite à gauche est occupé par une aponevrose, à laquelle tiennent les fibres des muscles frontaux ; M. Winslow l’a nommée calotte aponevrotique du crâne. Voyez Calotte aponevrotique. Du bas & des côtés de cette aponevrose, partent en arriere des lames charnues qui vont s’attacher à l’os qui se trouve dans cet endroit, & qui à cause de cela, a reçû le nom d’os occipital ; ce sont les muscles occipitaux, dont l’usage paroît être d’aider les frontaux dans leur action. Voyez Muscles occipitaux. Tout attenant ces muscles, on en apperçoit deux petits qui vont transversalement s’attacher au derriere de la conque de l’oreille externe, qu’ils tirent en arriere ; on les nomme les muscles postérieurs de l’oreille. En remontant vers les tempes, il se présente de chaque côté une lame musculaire large & mince, qui du bord de la calotte aponevrotique, s’avance vers l’oreille, & s’y insere à quelque distance au-dessus du conduit ; c’est le muscle supérieur de l’oreille externe ; il sert à l’élever un peu. Voyez Releveur de l’oreille externe. L’artere temporale paroît à quelque distance de ce muscle en devant ; on la voit serpenter dans cet endroit & se partager en deux branches principales, dont l’une va vers le front, & l’autre vers l’occiput ; cette derniere s’anastomose avec l’artere occipital : le mot d’anastomose est employé par les Anatomistes pour désigner l’abouchement de deux vaisseaux qui se confondent & n’en font plus qu’un. Voyez Anastomose.

Quand on a enlevé l’aponévrose dont nous venons de parler, & les muscles qui y sont annexés, on découvre sur toute la tête, à l’exception des côtés, la membrane qui couvre les os immédiatement, on la nomme le péricrâne : elle ne differe point du périoste des autres parties ; on la voit s’insinuer par les sutures entre les os de la tête, & communiquer avec la membrane qui tapisse les os en dedans, & qui se nomme la dure mere. Voyez Péricrane. Sur les côtés, dans les régions temporales, se trouve une aponévrose, que l’on a mal-à-propos prise pour une des lames du péricrâne ; elle couvre un muscle qui occupe toute cette région, & qui est attaché aux os du crâne par son extrémité supérieure, & à l’apophise coronoïde de la mâchoire inférieure, par son extrémité inférieure ; il a principalement la fonction de lever la mâchoire inférieure, il porte le nom de crotaphite. Voyez Muscle crotaphite. Sous ce muscle se découvre un nerf, qui part du maxillaire inférieur à sa sortie du crâne par le trou ovale de l’os sphénoïde ; on le nomme le nerf temporal.

L’oreille extérieure est placée au bas de la région temporale ; on distingue la partie supérieure qui est cartilagineuse, d’avec l’inférieure qui est faite par la peau seulement & le tissu cellulaire ; on la nomme le lobule. La portion supérieure présente plusieurs replis & plusieurs enfoncemens qui ont différens noms ; entre ces derniers, il y en a un qui mene à un canal appellé conduit auditif externe. Voyez Oreille externe.

Derriere l’oreille est le nerf auriculaire postérieur qui vient de la portion dure du nerf auditif ; sur le devant sont les auriculaires antérieurs, qui sont produits par deux des nerfs cervicaux ; je ne fais point mention du muscle antérieur de l’oreille, parce que je ne l’ai jamais vû.

Le muscle crotaphite & le péricrâne étant emportés, on voit en devant l’os frontal ; sur les côtés & en haut, les deux os pariétaux ; en bas & toujours sur les côtés, les grandes ailes de l’os sphénoïde, & les os des tempes, en arriere l’os occipital : ce dernier est uni avec les pariétaux & les temporaux par la suture lambdoïde ; les pariétaux le sont entre eux par la suture sagittale, & avec les os temporaux & les grandes aîles du sphénoïde, par la suture écailleuse ; enfin par-devant, ils s’unissent avec l’os frontal par la suture appellée coronale ; ces os sont la partie supérieure & les côtés de la boîte osseuse du crâne. Voyez Os frontal, Os pariétaux, &c.

Il y a dans les enfans une ouverture au crâne dans le milieu de la suture coronale, dans l’endroit où la sagittale la rencontre ; on la nomme la fontanelle ou la fontaine de la tête. Voyez Fontanelle.

Pour découvrir ce que le crâne renferme, on le scie tout-au-tour ; & quand on a séparé la calotte, les parties qui s’offrent aux yeux, sont d’abord une membrane forte, épaisse, composée de deux lames, & très-adhérente à la face interne du crâne : c’est la premiere des enveloppes du cerveau ; on l’appelle la dure mere. Voyez Dure mere. Celle des deux lames qui regarde le cerveau, se réfléchit entre les deux principales portions de ce viscere, & forme une cloison nommée la faux : sur le dos de cette cloison est un conduit d’une forme triangulaire, qui va toujours en s’élargissant à mesure qu’il avance en arriere, & qui reçoit le sang des veines du cerveau ; c’est le sinus longitudinal supérieur : au bord opposé de la faulx, est un autre conduit bien plus délié ; c’est le sinus longitudinal inférieur : le long du premier de ces sinus, sur-tout en arriere, sont plusieurs grappes glanduleuses ; on leur a donné le nom de glandes de Pachioni.

Sous la dure-mere est une membrane fine, transparente, composée de deux lames, dont l’intérieur s’enfonce dans les sillons qui sont creusés à la surface extérieure du cerveau ; la premiere lame se nomme la pie-mere, la seconde a reçû le nom d’aracnoïde. Voyez Pie-mere, &c.

Le cerveau vient ensuite ; c’est un viscere très gros, mol, insensible, arrosé d’un prodigieux nombre de vaisseaux, composé de deux substances, l’une extérieure & grise, où l’on pense que l’esprit vital est situé ; l’autre blanche, & qu’on nomme médullaire, que l’on croit formée par l’assemblage des vaisseaux excréteurs de la premiere, & qui donne naissance aux nerfs, soit immédiatement, soit médiatement : ce viscere est partagé en deux portions principales nommées hémispheres ; chaque hémisphere l’est en trois lobes ; l’un antérieur, l’autre moyen, & le troisieme postérieur : à la surface extérieure sont différens enfoncemens connus sous le nom d’anfractuosités : la substance grise qu’on appelle aussi corticale, s’insinue dans toutes les anfractuosités : une lame blanche assez épaisse, fait par en bas & dans la partie moyenne, la réunion des deux hémispheres ; c’est le corps calleux, où quelques-uns ont assez ridiculement placé le siége de l’ame : sur les côtés de ce corps, un peu plus bas que lui, sont creusées deux grandes cavités connues sous le nom de ventricules supérieurs ou latéraux du cerveau, qui sont fort irrégulieres, & qui s’enfoncent en le contournant comme les cornes d’un bélier ; sous les lobes moyens du cerveau, une cloison transparente se voit entre les deux ventricules ; elle les sépare, elle est formée de deux lames fort distinctes ; c’est le septum lucidum : la premiere chose qui frappe dans les ventricules supérieurs, c’est une masse de vaisseaux très-fins, & différemment entortillés, laquelle, en s’élargissant en arriere, se prolonge jusqu’au fond des ventricules ; elle a pris le nom de plexus choroïde : les vaisseaux qui la forment se réunissent en une grosse veine, nommée veine de Galien, qui décharge le sang dans un sinus, que nous observerons dans l’instant : otez le plexus choroïde, & vous apperceverez en devant & sur le côté dans chaque ventricule, une bosse oblongue, qui se termine en-arriere par une sorte de queue ; elle est grise à l’extérieur, mais le dedans est mélé de la substance blanche & de la grise ; c’est le corps cannelé. Sous le septum lucidum est une lame blanche qui s’élargit en s’avançant en-arriere, & s’y partage en deux branches minces ; on la nomme la voûte à trois piliers : enlevez cette voûte, rejettez-la en devant, & vous apperceverez qu’elle s’y divise en deux cordons blancs, dans l’écartement desquels vous pourrez distinguer un troisieme cordon transversal nommé la commissure antérieure du cerveau : vis-à-vis est une ouverture qui va au troisieme ventricule : plus loin sont deux éminences ovales, appellées couches des nerfs optiques ; ces éminences laissent entre leurs extrémités postérieures une autre ouverture qui va aussi au troisieme ventricule ; on la nomme anus, l’antérieure s’appelle vulva : attenant l’anus est la commissure postérieure du cerveau ; c’est un cordon transversal qui s’avance assez peu de chaque côté : dans le lieu où la cavité des ventricules supérieurs commence à s’enfoncer, on voit un petit prolongement pointu en-arriere ; c’est le processus anciroïde : on apperçoit dans le reste un bourrelet qui suit les contours de la cavité ; les Anatomistes l’ont nommé la corne d’ammon ; quand on écarte les couches des nerfs optiques, il se présente une cavité oblongue d’assez peu d’étendue, d’une forme à peu près triangulaire ; c’est le troisieme ventricule du cerveau qui s’enfonce en devant, & forme l’entonnoir, dont le bec aboutit à une petite colonne médullaire, appuyée sur la glande pituitaire ; on la nomme à cause de cela, tige pituitaire : on apperçoit à la face postérieure du troisieme ventricule, l’ouverture de l’aquéduc de Silvius ; c’est un conduit qui du troisieme ventricule mene au quatrieme : sur le trajet de ce conduit, il y a quatre éminences arrondies, que les anciens ont assez ridiculement appellées natès & testès. Après avoir considéré tous les objets que nous venons d’indiquer, si l’on renverse la masse du cerveau de devant en arriere, on voit d’abord sous les lobes antérieurs les nerfs de la premiere paire, ou nerfs olfactoires, qui vont gagner la lame cribleuse de l’os ethmoïde ; ensuite on voit les nerfs optiques, dont on observe la réunion sur le devant de la selle du turc, & le passage par les trous optiques de l’os sphénoïde : les arteres carotides sont à côté de ces nerfs, & les touchent ; on les voit se partager en deux branches principales, dont l’une s’avance entre les deux lobes antérieurs du cerveau, & se réfléchit sur le corps calleux ; l’autre s’engage dans la grande scissure de Silvius, & va se rendre au lobe moyen & à la plus grande partie du lobe postérieur : derriere la réunion des deux nerfs optiques, est l’extrèmité de la tige pituitaire, & dans le voisinage sont deux éminences appellées mamillaires : viennent ensuite deux grosses masses blanches & arrondies, qui marchant de devant en arriere, se rapprochent & s’enfoncent dans un gros bourrelet arrondi, appellé pont de varole, ou protubérance annulaire ; ces deux masses sont les crura cerebri : dans ce trajet se voient les nerfs de la troisieme paire, ou nerfs grands moteurs des yeux, lesquels vont se rendre à l’orbite par la fente sphénoïdale : un peu plus en arriere & sur les côtés, se présentent aussi les gros nerfs de la cinquieme paire, qui vont, après s’être partagés en trois branches, à l’orbite, à la mâchoire supérieure, & à la mâchoire inférieure.

Si l’on enleve la masse du cerveau, après avoir coupé vers les cuisses, ou cruva cerebri, voici les choses qui se présentent à la vue : en devant est le plancher osseux qui soutenoit les lobes antérieurs du cerveau ; il est fait par l’os frontal en partie, & par certaines productions de l’os sphénoïde, nommées aîles d’Ingrassias ; le milieu de ce plancher s’enfonce plus que le reste, & c’est dans cet enfoncement qu’est logée la lame cribreuse de l’os ethmoïde ; sur le milieu de cette lame en devant, est l’éminence crista galli, à laquelle s’attache la pointe de la faulx du cerveau : sur le devant de cette éminence, est le trou borgne, duquel part le sinus longitudinal supérieur de la dure mere, au-dessus duquel s’éleve l’épine frontale : sur le bord de la lame cribreuse est le nerf accessoire de l’olfactif, qui sort de l’orbite par un des trous orbitaires internes : au bord postérieur du plancher dont nous parlons, vers le milieu, sont les deux apophyses clinoïdes antérieures, & tout auprès, les deux trous optiques : au-dessous de ce bord sont deux grandes fosses séparées par une éminence mitoyenne ; la paroi de ces fosses est formée par les os temporaux & le sphénoïde : sur l’éminence moyenne, est creusée la selle du turc qui renferme la glande pituitaire & son accessoire, avec quelques petits sinus ; cette cavité est terminée en arriere par les apophyses clinoïdes postérieures : sur les côtés de la selle du turc, sont les deux sinus orbitaires, au-dessus desquels se glisse le nerf pathétique, ou nerf de la quatrieme paire, qui va se rendre dans l’orbite par la fente sphénoïdale, & se perd dans le muscle extérieur de l’œil : dans la cavité des sinus orbitaires sont renfermés les nerfs de la troisieme paire, ceux de la cinquieme & sixieme, l’artere carotide interne & les filets qui sont la communication du nerf grand sympathique, avec la sixieme paire & la premiere branche de la cinquieme : dans le fond des fosses moyennes de la base du crâne, sont plusieurs petits sinus, & l’on voit au-dessous des aîles d’ingrassias, les fentes sphénoïdales : plus bas & plus en arriere, les trous ronds antérieurs qui laissent passer la seconde branche du nerf de la cinquieme paire : plus loin, en marchant toujours en arriere, les trous ovales, les trous innominés, & les trous épineux de l’os sphénoïde ; ce dernier laisse passer l’artere qui se distribue à la dure-mere : le rocher dans lequel est renfermé l’organe de l’oüie, sépare les fosses moyennes du crâne d’avec les postérieures : on voit à sa face antérieure un petit trou, & sur son sommet un sinus nommé le sinus supérieur du rocher : les arteres carotides pénetrent dans le crâne vers la pointe de ce rocher, & se couchent en s’avançant en devant sur les côtés de la selle du turc pour gagner les apophyses clinoïdes antérieures : au niveau du rocher se découvre un plancher membraneux, un peu élevé dans son milieu, où s’appuie la partie la plus large de la faulx, & échancré en-devant pour laisser passer la moëlle allongée ; il est fait par la réflexion de la lame interne de la dure-mere ; c’est la tente du cervelet ; il soutient les lobes postérieurs du cerveau : le pressoir d’Hérophile marche dans son milieu de devant en-arriere ; c’est à ce sinus que la grande veine de Galien & le sinus longitudinal inférieur viennent se rendre ; cette tente est attachée dans son contour, aux branches transversales de l’éminence cruciale de l’os occipital, & à l’angle supérieur du rocher ; c’est dans la premiere partie de cette adhésion que se trouvent les sinus latéraux, dans lesquels vont se dégorger le sinus longitudinal supérieur, & le pressoir d’Hérophile ; ces sinus vont en s’enfonçant, aboutir au golphe des jugulaires. Voyez Cerveau & tous les noms écrits en lettres italiques.

Le cervelet paroît quand on a enlevé la tente commune ; c’est un viscere plus petit que le cerveau ; mais qui, eu égard aux principales circonstances, a beaucoup de ressemblance avec lui : une petite faulx que l’on voit en-arriere, le partage en deux hémispheres ; la substance grise est à l’extérieur, la blanche se ramifie en dedans, & forme ce qu’on nomme l’arbre de vie ; en soulevant le bord antérieur, on voit une pellicule, c’est la grande valvule de Vieussens, qui couvre le quatrieme ventricule, & du voisinage de laquelle on voit aussi naître les nerfs de la quatrieme paire ; cette valvule rompue, la cavité qui se présente est le quatrieme ventricule, ou le calamus scriptorius, dont les côtés sont formés par les pédoncules du cervelet ; par le même renversement qui découvre ces parties, on met aussi sous les yeux dans son entier, l’appendice vermiforme : si vous coupez les deux pédoncules, & que vous emportiez le cervelet, les fosses postérieures de la base du crâne se font voir ; vous appercevez aussi les sinus occipitaux, & sur la face postérieure du rocher, le méat auditif interne, dans lequel s’insinue la double portion du nerf acoustique & les arteres auditives : plus bas vous voyez les trous déchirés postérieurs, par lesquels sortent les sinus latéraux, la huitieme paire des nerfs, ou la paire vague & le nerf accessoire de Willis : sur le milieu est un gros cylindre médullaire ; c’est la moëlle allongée qui descend vers le grand trou occipital, passe par cette ouverture, & descend dans le canal de l’épine en prenant le nom de moëlle épiniere. Renversez-la en arriere, l’éminence transversale que vous voyez en haut, est le pont de Varole : vous distinguez au bas les éminences olivaires & les piramidales : les deux nerfs que vous appercevez vers le milieu, sont ceux de la sixieme paire : plus bas sur les côtés, sont ceux de la septieme paire, ou les nerfs auditifs : un peu au-dessous, plusieurs filets se ramassent pour former la paire vague ; d’autres naissant après vont aux trous condiloïdiens antérieurs, & sont les nerfs de la neuvieme paire, ou nerfs hypoglosses ; les nerfs sous-occipitaux paroissent ensuite : coupez la moëlle au niveau du trou occipital, & vous appercevez les arteres vertébrales se réunir pour former la basilaire, de laquelle vous voyez naître les spinales, les auditives, &c. ensuite la basilaire montant vers les apophyses clinoïdes postérieures, communique avec les carotides, donne au cervelet, & va aux lobes postérieurs du cerveau : au bas des apophyses que nous venons de nommer, sont les sinus caverneux, qui par le haut communiquent avec les orbitaires, & par le bas avec deux tuyaux assez déliés, qui sous le nom de sinus inférieurs du rocher, vont s’ouvrir à l’extrémité des sinus latéraux ; enfin on voit ici la tubérosité occipitale interne, l’éminence cruciale de l’os occipital, & l’apophyse basilaire du même os, qui va jusqu’au sphénoïde pour s’unir & se confondre avec lui chez les adultes. Voyez Cervelet & tous les mots écrits en lettres italiques.

La tête renferme encore les principaux organes des sens : celui de l’ouïe est placé dans la portion dure de l’os des tempes. Nous avons déja remarqué le conduit auditif extérieur, il est terminé par une cloison membraneuse un peu enfoncée dans son milieu, on la nomme membrane du tympan : la cavité qu’elle ferme est le tambour, qui est assez peu régulier, & par-tout tapissé d’un périoste très-fin : ce qu’on distingue au premier coup-d’œil, ce sont trois petits osselets, dont l’un est placé en-devant, & ne ressemble pas mal à une massue, on l’appelle le marteau ; deux muscles viennent s’y insérer : l’un est renfermé dans un conduit osseux, qui suit la direction de la trompe d’Eustache ; le second passe par la fêlure articulaire. Derriere le marteau sur la même ligne est un autre osselet appellé l’enclume, il s’unit avec la tête du marteau ; il a deux branches, dont la plus courte s’avance dans l’ouverture des cellules mastoïdiennes, la plus longue va s’unir à un petit os, appellé l’étrier : ce dernier a un muscle fort petit, & qui est renfermé dans le conduit osseux de la pyramide : entre la tête de l’étrier & la branche de l’enclume qui s’y joint, il y a un petit osselet, qu’on nomme orbiculaire : on distingue entre ces parties un cordon nerveux, qui d’arriere s’avance en descendant en-devant, pour sortir par la fêlure articulaire de l’os des tempes & se joindre au nerf lingual qui vient de la cinquieme paire ; ce nerf porte le nom de corde du tambour : plusieurs orifices s’ouvrent dans la cavité du tympan ; celui qui est enhaut & en-arriere, conduit aux cellules mastoïdiennes, qui sont des cavités assez irrégulieres, creusées dans la base du rocher au-dessus des apophyses mastoïdes : la seconde ouverture est en-bas & en-devant, elle mene à un conduit, qui va toûjours en s’élargissant se terminer vers le fond des narines ; c’est la trompe d’Eustache : la troisieme ouverture s’appelle la fenêtre ovale, elle est remplie par la base de l’étrier, & conduit au vestibule : la derniere est la fenêtre ronde qui communique avec le limaçon ; entre la fenêtre ovale & le haut du tympan se trouve une partie de l’aqueduc de Fallope ; c’est un conduit osseux qui part du fonds du méat auditif interne, &, après plusieurs contours, vient aboutir au trou stilo-mastoïdien ; il renferme la portion dure du nerf auditif. La petite cavité qui est vis-à-vis la fenêtre ovale, ressemble à un petit dôme, où viennent se rendre les canaux demi-circulaires, & l’un des conduits du limaçon, on la nomme le vestibule : ces canaux demi circulaires sont au nombre de trois, le supérieur, l’inférieur, & le postérieur. Au bas de ces canaux est un canal partagé intérieurement en deux, qui tournant en spirale & toûjours en se retrécissant, fait environ deux tours & demi, & ressemble fort à un limaçon dont il a emprunté le nom. Voy. Oreille interne, & tous les mots écrits en lettres italiques.

Les autres organes des sens qui ont leur siége à la tête, sont placés dans la face : le premier & le plus important est l’œil qui est logé dans l’orbite, & couvert des paupieres : le front s’éleve au-dessus ; & dessous la peau qui le couvre, on voit la veine préparate vers le milieu, & les deux nerfs frontaux qui viennent de la premiere branche, ou branche orbitaire supérieure de la cinquieme paire. La racine du nez est au milieu des fibres musculaires qui viennent des frontaux, la couvrent : on a compté ces fibres au nombre des muscles du nez : les sourcils se présentent ici, & suivent dans leur contour le bord supérieur de l’orbite ; sous leur grosse extrémité ou tête est le muscle corrugateur, qui s’attache d’une part à l’apophyse orbitaire interne du frontal, & de l’autre au revers de la peau vers le milieu des sourcils qu’il abaisse. Sous la peau qui couvre & forme les paupieres est un muscle large, mince, dont les fibres disposées circulairement vont aboutir à un petit tendon placé à la partie intérieure des paupieres, il les rapproche, ferme l’œil, & s’appelle le muscle orbiculaire des paupieres : chacune de ces parties est bordée d’une rangée de poils appellés cils, qui sont soutenus par certains petits cartilages applatis (les torses), & dans le voisinage desquels on voit à la face interne les glandes ciliaires : les endroits où ces cartilages se rencontrent, se nomment les angles de l’œil ; l’un grand ou interne, c’est celui du côté du nez ; l’autre petit ou externe, c’est l’opposé. Au grand angle est la caroncule lacrymale ; c’est une petite glande grenue & rouge : près d’elle est le repli semi-lunaire de la conjonctive : dans le même lieu, le bord de chaque paupiere porte une petite éminence au sommet de laquelle est un petit trou, c’est le point lacrymal, qui mene à un petit canal membraneux, lequel s’avance vers le grand angle de l’œil ; on le nomme conduit lacrymal : celui de la paupiere supérieure venant à rencontrer le canal de l’inférieure s’unit à lui, & de cette réunion résulte le canal commun, qui est très-court & qui s’ouvre dans un sac placé au grand angle de l’œil, on le nomme sac lacrymal ; il est membraneux, d’une forme oblongue, & finit en-bas par un conduit membraneux, qui s’enfonce dans le canal nasal & décharge dans le nez l’humeur des larmes que les conduits lacrymaux ont apportée dans le sac : la paupiere supérieure a un muscle qui l’éleve, & qu’on nomme le releveur de la paupiere supérieure ; il vient du fond de l’orbite, & finit au cartilage de la paupiere : on trouve vers le petit angle en-haut dans un enfoncement creusé à la face interne de l’apophyse orbitaire externe, la glande qui fait la secrétion de l’humeur des larmes, on la nomme la glande lacrymale : de sa face concave partent douze ou quinze tuyaux excréteurs très-fins, qui percent la conjonctive & versent l’humeur sur l’œil, ce sont les vaisseaux hygrophthlamiques : la tunique qui revêt les paupieres en-dedans, se nomme conjonctive, elle se réfléchit sur la face antérieure du globe de l’œil, & la couvre jusqu’au bord de la cornée transparente.

Si l’on enleve la paroi supérieure de l’orbite, on voit d’abord le périoste de cette cavité qui paroît n’être qu’un prolongement de la dure-mere, ensuite on distingue le nerf orbitaire supérieur, c’est la premiere branche de la cinquieme paire, puis le muscle releveur de la paupiere, sous lequel est le muscle superbe ou releveur de l’œil ; au côté extérieur est placé l’oblique abducteur de l’œil, & le nerf de la quatrieme paire qui va s’y distribuer tout entier : du côté du nez paroît d’abord le muscle grand oblique de l’œil, vulgairement dit trochéateur : il vient comme les autres du fond de l’orbite, mais il passe son tendon par une petite poulie cartilagineuse placée vers le grand angle de l’œil, & de-là se réfléchit en arrière & en-dehors pour s’insérer au globe de l’œil entre le superbe & le dédaigneux. Sous le grand oblique est placé le muscle adducteur ou bibiteur : on trouve aussi dans cet endroit le nerf accessoire de l’olfactif, & la branche de l’orbitaire supérieure qui va au sac lacrymal, &c.

Le globe de l’œil paroît en écartant les muscles supérieurs, il n’est pas tout-à-fait au milieu de l’orbite ; le gros cordon blanc que vous voyez partir en arriere de son fond & gagner la pointe de l’orbite, est le nerf optique ; les petits filets qui l’entourent, forment le plexus optique ; vous les voyez naître pour la plûpart d’une petite tumeur, c’est le ganglion lenticulaire, auquel se rendent des nerfs qui viennent de la troisieme paire & de la cinquieme : la premiere tunique du globe est épaisse, forte & grise, c’est la sclérotique ; elle se change en-devant en une lame transparente, nommée cornée, à-travers laquelle passent les rayons visuels : derriere cette cornée est un espace qui contient une humeur fort claire, & qui se régénere avec une extrême facilité, on la nomme l’humeur aqueuse, ses sources nous sont inconnues ; le lieu qui la renferme s’appelle la chambre antérieure de l’œil ; sous la sclérotique se trouve une membrane composée de deux lames, qui est d’une couleur brune, & à la surface de laquelle sont les filets nerveux du plexus optique qui ont traversé la sclérotique & qui s’avancent en devant : cette seconde tunique porte le nom de choroïde ; quand elle est venue près du bord de la cornée, elle adhere fortement à la face interne de la sclérotique : cette adhérence est marquée par un bourrelet assez mal-à-propos appellé ligament ciliaire : les filets nerveux que nous venons d’observer s’y terminent : de-là la choroïde se refléchit & forme une cloison qui sépare la chambre antérieure de l’œil d’avec la postérieure, qui loge l’humeur vîtrée & le crystallin ; cette cloison est percée dans son milieu, le trou est rond & il peut se resserrer & s’élargir, c’est la pupille ; la face antérieure de cette même partie est teinte de plusieurs couleurs, on la nomme iris ; la face postérieure est brune, elle s’appelle uvée par quelques Anatomistes : c’est-là qu’on voit les fibres musculaires qui resserrent & dilatent la pupille ; plus loin sont plusieurs lignes disposées en rayons, nommées processus ciliaires ; ces lignes vont aboutir au lieu où la circonférence de la cloison adhere à la sclérotique : la rétine est sous la choroïde, c’est une membrane molle & pulpeuse qui s’étend en s’amincissant jusqu’à la cloison ; on la regarde comme l’organe immédiat de la vûe : dans le creux que toutes ces tuniques forment, est renfermé une masse claire, brillante & semblable à du verre fondu, c’est le corps vitré ; une membrane très-fine, connue sous le nom de membrane hialoïde, l’enveloppe : elle est composée de deux lames ; l’intérieure se replie en-dedans & forme un prodigieux nombre de cellules : le crystallin est placé en-devant entre ces deux lames, qui font sa capsule ou son chaton ; cette partie est un corps transparent, d’une certaine consistance situé immédiatement derriere la pupille, sa forme approche assez de celle d’une lentille un peu applatie en-devant. Sous le globe de l’œil sont placés deux muscles, l’humble ou l’abaisseur, & le petit oblique : si l’on enleve le globe & ses muscles, on voit en-bas & en-dehors une longue fente, c’est la fente orbitaire inférieure ; elle livre passage au nerf maxillaire supérieur & aux arteres orbitaires. On voit alors que la cavité de l’orbite est pyramidale, & que plusieurs os entrent dans sa composition ; savoir le frontal & le sphénoïde en-dessus, le maxillaire & le palatin en-bas, sur le côté extérieur l’os de la pommette & une partie de la grande aîle du sphénoïde, en-dedans l’os éthmoïde & l’os unguis ; on y voit en-dehors les deux fentes orbitaires, l’une supérieure & l’autre inférieure : en dedans le trou optique, les trous orbitaires internes, le commencement du conduit nasal, en-bas le conduit orbitaire inférieur qui laisse passer le nerf maxillaire supérieur. Voyez Œil, &c.

L’organe de l’odorat est fait par le nez, l’extérieur & l’intérieur : le premier, dont la situation est assez connue, offre à sa racine, sous la peau & les lames musculaires dont nous avons parlé, deux os nommés os du nez, & deux apophyses longues de l’os maxillaire supérieur ; au bas de ces os est un cartilage, qui se prolongeant en dedans, fait la partie antérieure de la cloison des narines, c’est le grand cartilage ou le moyen, après lequel se présentent deux autres cartilages recourbés, qui sont les aîles & le bas de la cloison du nez extérieur ; vers le bout des aîles on trouve quelques petits cartilages irréguliers : dans le voisinage, on apperçoit le muscle incisif, qui vient de la racine du nez & du bord voisin de l’orbite pour se terminer à la peau de la levre supérieure qu’il releve, en dilatant la narine : au-dessous de l’aîle de la narine est le muscle myrthiforme : si l’on pénétre dans l’intérieur des narines, on voit tout tapissé par la membrane pituitaire ; elle est l’organe de l’odorat : au milieu de cette cavité est une cloison moitié osseuse, moitié cartilagineuse. Nous venons de voir que le cartilage moyen du nez fournissoit ce qu’elle a de cartilagineux : la lame descendante de l’os ethmoïde & le vomer sont la portion osseuse qui est en arriere : on apperçoit en haut le corps cellulaire de l’os ethmoïde, dans lequel on distingue les deux cornets supérieurs du nez ; entre ces cellules se découvrent deux rigoles qui conduisent à deux trous arrondis, creusés dans le bord du frontal, & qui sont les orifices des sinus frontaux ou sourcilliers : sur chacun des côtés, il se présente un petit os fait & disposé en maniere d’auvent, on le nomme la conque inférieure du nez : au-dessus se voit l’ouverture du sinus maxillaire, c’est une grande cavité qui occupe tout l’intérieur de l’os du même nom : plus bas que la conque est l’extrémité du conduit nasal : en-arriere, & toûjours sur le côté, est une grande ouverture, c’est le pavillon de la trompe d’Eustache, cette trompe est un conduit en partie cartilagineux & membraneux, en partie osseux, qui montant en se retrécissant de bas en haut & de dedans en dehors, va communiquer avec la cavité du tympan : la paroi intérieure de la fosse nasale est en partie osseuse & en partie membraneuse : la portion osseuse est faite par les os maxillaires & les os palatins ; la portion membraneuse est en-arriere, elle va en pente vers le gosier ; c’est ce qu’on appelle le voile du palais : les côtés de la fosse nasale sont formés par les os maxillaires & les os du palais : le haut est fait par les os du nez, l’os ethmoïde, & en arriere par le sphénoïde ; dans la portion nasale de ce dernier os on voit les ouvertures des sinus sphénoïdaux, qui sont placés sous la selle du turc, & occupent tout le corps de l’os : au-dessous de ces trous sont les narines postérieures ou arrieres narines, par lesquelles le nez communique avec le gosier : outre les nerfs olfactoires, dont les filets passent & descendent dans le nez par les petits trous de la lame cribreuse de l’os ethmoïde, il y a encore des nerfs qui, accompagnés de petites arteres, s’insinuent par les trous sphéno-palatins, ceux-là viennent du maxillaire supérieur : au bas de la cloison du nez dans les os secs, il y a une ouverture de chaque côté qui va aboutir dans le haut du palais en-devant au trou palatin antérieur.

Les joues sont sur le côté du nez ; on y voit sous la peau, qui est très-fine & très-colorée dans cet endroit, les muscles zygomatiques grand & petit, qui tous les deux vont à la commissure des levres qu’ils tirent en-dehors ; la glande parotide qui s’avance jusqu’à l’oreille, c’est la plus grosse des salivaires : son conduit excréteur part en-devant, vient s’ouvrir dans la bouche, & s’appelle le conduit de Sténon : le muscle masseter, un des principaux releveurs de la mâchoire, se voit sous la parotide dont il est en partie caché, & sous ce muscle est la branche de la mâchoire inférieure : l’os de la pommette est dans le même lieu, & l’on voit son apophyse externe s’avancer vers les tempes, & former avec une autre apophyse de l’os des tempes l’arcade zygomatique, sous laquelle passe le tendon du crotophyte, & au bord de laquelle s’attache le masseter par en-haut. Sous l’os de la pommette est un enfoncement (c’est la fosse malaire) dans lequel on voit le muscle canin & le trou orbitaire externe, par lequel sort l’extrémité du nerf maxillaire supérieur, qui s’unissant ici avec la portion dure du nerf auditif, fait un plexus d’une grande étendue.

Chacun sait où la bouche est placée ; les Anatomistes distinguent la bouche extérieure de la cavité à laquelle elle conduit. Cette bouche extérieure s’ouvre entre les deux levres : sous la peau de chacune des levres, on voit les arteres labiales qui viennent de la maxillaire externe : elles serpentent sur le muscle orbiculaire, qui fait une partie de l’épaisseur des levres ; l’angle qu’elles forment en se rencontrant, se nomme la commissure, à laquelle viennent se rendre les muscles zygomatiques, canin, buccinnateur, quelques fibres du peaucier, le muscle triangulaire, le quarré, la houpe du menton : la peau qui couvre ces trois derniers laisse passer les poils de la barbe, ainsi que celle des levres & du bas des joues, dans les mâles seulement : en renversant les levres, on apperçoit la membrane fine qui les couvre, & sous laquelle est un tissu légérement spongieux, qui soûtient les glandes labiales & les papilles nerveuses : cette membrane, avec son tissu, se réfléchissant sur les bords de chaque mâchoire, y forme les gencives, & produit deux petits replis qu’on nomme freins des levres. Elle tapisse aussi le reste de la bouche, & loge d’autres glandes semblables aux labiales, & qu’on nomme buccales : si l’on enleve les parties que nous venons d’indiquer, la face externe de la mâchoire paroît à nud ; on distingue dans son milieu ce qu’on nomme la symphise ; à quelque distance on voit les trous mentoniers par lesquels sortent les extrémités des nerfs maxillaires inférieurs, lesquels vont former par leur union avec la portion dure de l’auditif, le plexus maxillaire : l’artere maxillaire externe se présente aussi sur le bord de la mâchoire : les dents se montrent toutes, & l’on peut distinguer les incisives qui sont en-devant au nombre de quatre à chaque mâchoire ; les canines qui viennent après, & qui sont au nombre de deux, & les molaires placées le plus en arriere ; on en compte dix, cinq de chaque côté : en écartant les mâchoires, on voit en bas la langue ; sa base est en-arriere : observez le trou qui y est creusé, c’est le trou borgne ; depuis ce trou jusqu’à la pointe vous distinguez une ligne légérement creusée, c’est la ligne médiane : à la face supérieure de cette partie sont les papilles nerveuses : les pyramidales vers sa pointe, les boutonnées au milieu, & vers sa base celles qui sont à tête de champignon : plus loin que ces dernieres sont placées les glandes linguales : ce même écartement des mâchoires fait paroître les ligamens intermaxillaires & les glandes molaires : si vous relevez la pointe de la langue en arriere, vous apperceverez une petite duplicature de la membrane interne de la bouche, c’est le frein de la langue : à côté sont les arteres & les veines de la langue, on les nomme ranines : deux petites élévations se font aussi appercevoir, elles sont percées : leur trou est l’orifice du tuyau excréteur des glandes maxillaires & sublinguales : ces dernieres sont placées dans l’endroit que nous examinons : la voûte du palais répond à la face supérieure de la langue, on y voit les glandes palatines & le voile du palais : au milieu de l’arcade que ce voile forme par son bord inférieur est la luette : au-dessus d’elle jusqu’à l’épine palatine est le muscle azygos ; sur les côtés sont deux replis qui viennent tomber sur les bords de la base de la langue, ils forment le contour de l’isthme du gosier, & renferment les muscles glosso-staphilins : deux autres replis partent également du voisinage de la luette, & vont se perdre en-arriere dans le fond du gosier. Les glandes amygdales sont situées entre ces replis : les muscles petro-staphilins, les pterigo-staphilins supérieurs & les inférieurs vont se rendre au voile du palais, & servent aux différens mouvemens qu’il exécute. L’espace qui est derriere le voile du palais est l’arriere-bouche ou le pharinx, qui va en s’allongeant en maniere d’entonnoir, aboutir à l’œsophage : cette partie est toute musculeuse, & se resserre par la contraction des muscles pétro & céphalo-pharingiens, ptérigo-pharingiens, hypéro-pharingiens, bucco-pharingiens, maxillo-pharingiens, glosso-pharingiens, hiopharingiens, syndesmo-pharingiens, thiro-pharingiens & crico-pharingiens : dans la partie antérieure & basse de cette région, on voit une ouverture qui mene à la trachée-artere, c’est la bouche du larynx ; plus bas est une fente connue sous le nom de glotte : au-dessus est un cartilage nommé épiglotte, il fait la fonction de valvule dans le tems de la déglutition : sur les côtés de la glotte sont les ventricules du larynx, & sur ces cavités sont placées les cartilages ariténoïdes & les glandes du même nom. Quittons pour un moment cette région, & considérons le bas du menton & le col. La premiere partie qui se présente en-devant sous les tégumens est le muscle peaucier ; quand on l’a enlevé, on apperçoit sous la mâchoire le muscle digastrique qui y tient, & va de l’autre bout s’attacher au crâne dans la rainure-mastoïdienne : sous la portion antérieure du digastrique est le muscle milo hyoidien : qu’on le détache de la mâchoire à laquelle il tient par son bord supérieur, & qu’on le renverse sur l’os hyoïde, les parties qu’on découvre sont les muscles génio-hyoïdiens, après lesquels viennent les génio-glosses, sur le côté desquels sont placées les glandes sublinguales, & à quelque distance vers l’angle de la mâchoire les glandes maxillaires : on a crû voir dans cet endroit deux muscles que l’on avoit nommés milo-glosses : mais ils n’existent point ; l’os hyoïde est en-devant au-dessous de ces parties ; les fibres musculaires qui s’élevent de son bord supérieur, & qui montent à la base de la langue, constituent le muscle hyoglosse ; on voit au-dessous de ce même os les muscles sterno-hyoïdiens & les omo-hyoïdiens : les uns & les autres sont attachés au bas de l’os hyoïde, & les premiers vont au sternum, les derniers à l’omoplate : ces muscles étant enlevés, il en paroît deux autres, l’un court, & qui du bord inférieur de l’os hyoïde va se terminer à l’aîle du cartilage thyroïde, c’est le hyo-thyroïdien ; l’autre est plus long, & va du même cartilage se rendre au sternum & s’y insérer, c’est le sterno-thyroïdien. Il s’éleve aussi du sternum & de la partie voisine de la clavicule, un muscle très-fort, qui monte jusqu’à l’apophyse mastoïde de l’os des tempes, & s’y attache ainsi qu’à la partie la plus prochaine de la ligne demi-circulaire supérieure de l’occiput, c’est le sterno-mastoidien : la trachée-artere se présente en-devant au milieu du cou ; c’est un tuyau qui reçoit l’air, & le conduit au poûmon : sa partie antérieure est faite de petites bandes cartilagineuses semi-circulaires liées entre elles par des membranes, le derriere est tout membraneux : on apperçoit en-dedans & en-arriere les glandes trachéales & les bandes musculaires de Morgagni : dans l’endroit où ce conduit s’enfonce dans la poitrine chez les enfans, il est en partie couvert par le thymus ; c’est une glande dont l’usage n’est pas encore bien connu, & qui descend dans le fœtus jusqu’au péricarde : au commencement de la trachée-artere, on voit une espece de tête qu’on appelle larynx, c’est elle qui fait l’éminence appellée pomme d’Adam : une glande étroite dans son milieu, & renflée sur les côtés, embrasse le bas du larynx, on la nomme la glande thyroïde : le plus grand & le plus antérieur des cartilages du larynx ressemble à un bouclier, il a pris, à cause de cela, le nom de thyroïde ou de scutiforme ; il a deux apophyses en-haut & en-arriere, qui par le moyen d’un petit ligament, sont unies aux extrémités des cornes de l’os hyoïde : deux autres apophyses moins longues, mais plus larges, s’articulent en-arriere & en-bas avec le cartilage cricoïde : ce second cartilage a la forme d’un anneau, dont le chaton fort large & fort élevé est en-arriere ; le muscle crico-thyroïdien est en-devant entre les bords correspondans du thyroïde & du cricoïde. Au-dessus de ce dernier, en-arriere, sont les cartilages ariténoïdes : on voit aussi plusieurs muscles de chaque côté ; les premiers vont de la surface du chaton du cricoïde à la partie inférieure des ariténoïdes, ce sont les crico-ariténoïdiens postérieurs : les seconds vont en se croisant du bord supérieur du cricoïde au milieu de la face creuse & posterieure de l’ariténoïde ; du côté opposé, ils ont le nom de crico-ariténoïdiens croisés : les troisiemes sont placés sur le bord du cricoïde en-devant, & vont gagner l’ariténoïde, ce sont les crico-ariténoïdiens latéraux : il y a encore ici deux muscles nommés thyro-ariténoïdiens : entre l’os hyoïde & le cartilage thyroïde pénetre le nerf laringé supérieur ; on voit en-bas le nerf laringé inférieur & l’artere laringée, dont plusieurs rameaux serpentent sur la glande thyroïde ; au-dessus de l’os hyoïde on distingue l’artere linguale & les trois nerfs hypo-glosses, le grand, le moyen & le petit. Les deux ligamens suspenseurs du même os se montrent aussi, & vont gagner l’apophyse stiloïde, de laquelle trois muscles semblent partir, dont l’un va à la langue, l’autre au pharynx, & le troisieme à l’os hyoïde : le premier s’appelle stilo-glosse, le second stilo-pharyngien, le troisieme stilo-hyoïdien : c’est à-peu-près dans cette région & vers l’angle de la mâchoire inférieure que se rendent les veines qui rapportent le sang des parties indiquées ; elles vont s’ouvrir dans la grosse veine jugulaire interne ; mais il y a beaucoup de variétés dans la maniere dont elles le font : cette grosse veine jugulaire interne descend le long de la partie latérale du cou pour se rendre à la poitrine : à côté d’elle s’éleve l’artere carotide, qui se divise en deux vers le bas du larynx : le rameau postérieur, sous le nom d’artere carotide interne, va pénétrer dans l’intérieur du crâne par le trou & le conduit carotidien de l’os des tempes, il se distribue au cerveau : la seconde branche, sous le nom d’artere carotide externe, se distribue aux parties extérieures de la tête, & fournit les arteres laringée, linguale, cervicale antérieure & supérieure, maxillaire externe, occipitale, massétérines, maxillaire interne, de laquelle naissent les arteres temporales, orbitaires, épineuse, nasale postérieure ; les troncs des carotides & des veines jugulaires internes sont accompagnés dans leur trajet des nerfs de la huitieme paire, & du tronc de l’intercostal, qui par le haut aboutit au ganglion olivaire, & par le bas au ganglion cervical inférieur : dans le bas du cou, on voit encore les arteres cervicales antérieures & inférieures, & les veines gutturales ; derriere la trachée-artere est le conduit musculaire qui mene à l’estomac, & qui porte le nom d’œsophage : il est appuyé sur la colonne vertébrale, sur laquelle sont placés, dans la partie la plus élevée, les muscles droits antérieurs de la tête, l’un appellé long, le second court, & le troisieme latéral : plus bas, & sur le côté, est le muscle long antérieur du cou.

Examinons maintenant la face postérieure du cou. Le muscle trapèse est la premiere partie qui se présente sous les tégumens, lequel s’étend jusqu’à la partie inférieure du dos, & gagne en-devant jusqu’à la moitié de la clavicule : sous le trapèse est en-arriere le muscle splenius qui couvre immédiatement une masse musculaire assez compliquée, nommée muscle complexus : ce dernier étant emporté, on découvre les deux muscles droits postérieurs de la tête, l’un appellé le grand droit, & l’autre nommé petit droit. Il y a encore deux autres muscles placés obliquement ; le premier s’appelle le grand oblique, le second se nomme petit oblique : au-dessous de la seconde des vertébres du cou est une masse charnue qui occupe tout l’espace compris en-arriere entre les apophyses transverses & les apophyses épineuses des vertebres du cou ; cette masse est la partie cervicale d’un muscle très-composé, qui porte le nom d’oblique épineux, & qui est un des plus forts extenseurs de l’épine : l’artere occipitale, l’artere cervicale postérieure, se trouvent aussi dans cet endroit : enfin sur le côté, sont placés les muscles releveurs de l’omoplate, les muscles scalenes, & le mastoïdien latéral, auxquels il faut ajouter les portions supérieures du sacro-lombaire & du très-long du dos ; les nerfs cervicaux sortent sur les côtés par les trous latéraux de la portion cervicale de l’épine : l’artere vertébrale monte par ceux des apophyses transverses des vertebres du cou : on trouve aussi le nerf récurrent de Willis, ou l’accessoire de la huitieme paire. Toutes ces parties ôtées, les vertebres cervicales restent à nud ; il y en a sept, la premiere s’appelle atlas, la seconde se nomme axis : les quatre suivantes n’ont point de noms particuliers : la septieme s’appelle prominente : dans l’union de la premiere & de la seconde est l’apophyse odontoïde, & de cette apophyse naissent les deux forts ligamens qui vont s’attacher à l’occiput, & qu’on nomme les odonto-occipitaux : le ligament transversal & l’infundibuliforme sont aussi placés dans ce lieu, &c. Voyez tous les noms écrits en lettres italiques.

La peau qui couvre la poitrine en-devant est plus fine que par-tout ailleurs : elle soûtient dans les deux sexes les mamelles, qui, quoique différentes à bien des égards, se ressemblent pourtant en ce que dans l’un comme dans l’autre, il s’éleve du milieu un bouton appellé du nom de papille : il est bien plus gros chez les femmes ; un cercle plus ou moins large l’entoure ; c’est l’aréole. Dans les femmes le corps de la mamelle est fait par une masse de glandes réunies & entourées de graisse ; la forme & le volume varient, mais l’usage & la destination sont les mêmes : le lait filtré dans les mamelles des nourrices, passe dans certains reservoirs nommés vaisseaux galactophores, desquels il s’échappe par des tuyaux plus fins, qui pénetrent le mamellon & s’ouvrent à sa surface. Sous les mamelles se rencontrent les muscles grands pectoraux : ils tirent le bras en-bas & en devant, & couvrent la plus grande partie de la poitrine ; le reste est couvert en-devant & sur le côté, premierement par la partie supérieure des muscles droits du ventre, & l’aponévrose sous laquelle ils sont situés, & secondement, par la portion supérieure des muscles grands obliques du bas-ventre. Au milieu de la poitrine est un os que la peau & quelques expansions aponévrotiques couvrent uniquement ; on lui donne le nom de sternum ; il est fait de trois pieces, dont la derniere & la plus basse porte le nom d’appendice, ou plus ordinairement de cartilage xiphoïde ; les cartilages des vraies côtes se joignent aux côtés de cet os, & par son extrémité supérieure il s’articule avec deux os nommés clavicules, lesquels s’étendent jusqu’à l’épaule dont ils sont une partie. Entre cet os & la premiere des vraies côtes, il y a de chaque côté un muscle nommé souclavier ; il abaisse la clavicule & la tire un peu en-devant : on trouve sous la clavicule & derriere ce muscle la veine & l’artere sous-clavieres. Cette derniere produit les arteres mammaires internes, de l’anastomose desquelles avec l’artere épigastrique, on a fait tant de bruit, quoique cela n’en méritât guere la peine. La sous-claviere fournit encore les arteres vertébrales, cervicales, & pour l’ordinaire les premieres intercostales. Les veines qui accompagnent ces arteres & qui portent les mêmes noms pour la plûpart, vont se terminer à la veine sous-claviere, ou au tronc prochain de la veine-cave. Sous le muscle grand pectoral on apperçoit celui qui porte le nom de petit pectoral, & qui va s’insérer à l’apophyse coracoïde de l’omoplate : un peu plus bas est le muscle grand dentelé, qui tient d’une part aux côtes, & de l’autre à la base de l’omoplate dans toute sa longueur. Cet os qu’on appelle omoplate, se trouve à la partie supérieure & postérieure de la poitrine ; il forme une partie de l’épaule. Le muscle trapèse s’insere à certaine éminence de cet os, qu’on nomme l’épine de l’omoplate, dont le bout saillant est ce qu’on nomme l’acromion, & qui s’unit avec la clavicule. Du bord postérieur de l’omoplate part un muscle qui va s’insérer à l’épine, c’est le romboïde, au-dessus duquel est l’insertion du releveur de l’omoplate. La côte qui est au-dessus de l’épine de l’omoplate, & qui porte le nom de côte surépineuse, renferme un muscle, qui va s’insérer à l’os du bras ; on l’appelle muscle surépineux : au-dessous de la même épine est placé le muscle sous-épineux. Sur le bord antérieur de l’omoplate se trouve le muscle petit rond ; & de son angle intérieur naît le muscle grand rond ; une partie de cet angle est couvert par le bord supérieur du muscle grand dorsal : c’est le plus large de tous les muscles de notre machine ; il descend de l’os du bras jusqu’au sacrum. Sous l’omoplate est le muscle sous-scapulaire : on trouve dans l’aisselle les glandes nommées axillaires ; elles sont lymphatiques comme les glandes du cou : l’artere & veine axillaires se rencontrent aussi dans la même région : l’artere produit la mammaire externe & les scapulaires. Enfin, on peut considérer ici les nerfs qui vont au bras, & qui dans ce lieu forment un plexus nommé brachial, duquel naissent principalement les nerfs suivans ; savoir, les scapulaires tant supérieurs qu’inférieurs, le médian, le cutané, le musculo-cutané, le cubital, le radial, & l’huméral. Si l’on écarte toutes les parties désignées, on voit paroître en-arriere les muscles dentelés postérieurs, dont l’un se nomme supérieur, & l’autre inférieur, tous les deux, comme il est aisé de le penser, à cause de leur situation. Sous ces muscles sont les principaux extenseurs de l’épine, qui sont connus sous les noms de sacrolombaires, très-longs du dos, épineux & obliques épineux. Les releveurs des côtes paroissent ensuite, c’est-à-dire, quand on a enlevé le sacrolombaire & le très-long du dos, les côtes sont maintenant découvertes ; on peut distinguer les vraies d’avec les fausses, & leur articulation avec le sternum & les vertébres thorachiques, ou dorsales. Les espaces que les côtes laissent entre elles sont remplis par les muscles intercostaux, dont il y a deux plans, l’un interne, l’autre externe, qui ont tous deux la même action, qui consiste à élever les côtes. Dans une certaine rainure creusée au bord inférieur de chaque côte, sont logées les veines & les arteres intercostales, lesquelles sont accompagnées des nerfs costaux. Si l’on ouvre la poitrine, on rencontrera sur le sternum & les parties voisines des dernieres vraies côtes, les bandes musculaires appellées muscles sterno-costaux. On voit aussi certaines portions charnues, qui suivant la direction des intercostaux internes, passent quelquefois par-dessus une ou deux côtes sans s’y attacher, pour s’insérer à la côte qui est au-dessus. Ce sont les sous-costaux de Verrehien : la plevre est la membrane qui couvre l’intérieur de la poitrine ; elle se réfléchit vers le milieu pour former le médiastin ; c’est une cloison qui partage la poitrine en deux loges. Entre les deux lames de cette cloison, est placé un grand sac conique, composé de trois tuniques, & qui renferme le premier de nos visceres, de cœur. Sa base est attachée fort étroitement à la face supérieure du diaphragme : on trouve ordinairement un peu d’eau dans ce sac. Le cœur est un muscle creux, placé presqu’au milieu de la poitrine ; de maniere que sa pointe est à gauche, & sa base directement à la partie moyenne du thorax. L’artere pulmonaire sort de la partie la plus élevée de la face antérieure, qui répond à l’une des principales cavités du cœur appellée ventricule droit par les anciens, & que les modernes ont nommé ventricule antérieur. La grande artere ou l’aorte, prend sa naissance en-arriere du ventricule gauche ou ventricule postérieur. A la base du cœur au-dessus de chaque ventricule, est un sac nommé oreillette, l’une droite & plus grande, l’autre gauche & plus petite. C’est dans la premiere que la veine-cave vient dégorger le sang qu’elle ramasse de toutes les parties du corps : on voit à son entrée par bas un repli membraneux nommé la valvule d’Eustache. L’oreillette a un petit prolongement qu’on appelle son appendice : une cloison sépare les deux oreillettes, & dans le fœtus on voit dans son milieu le trou botal avec la valvule ; dans l’adulte il ne reste que la trace de cette ouverture ; les veines pulmonaires viennent se rendre à l’oreillette gauche. On voit à la surface du cœur les arteres coronaires : les deux ventricules sont à l’intérieur séparés par une cloison forte & épaisse : toute la surface interne de ces cavités présente un grand nombre de cordes charnues plus ou moins grosses, nommées colomnes du cœur : leurs racines s’entrelacent d’une maniere admirable ; & de leurs extrémités opposées partent plusieurs filets tendineux, qui se réunissant & s’épanoüissant, forment une valvule festonée, qu’on trouve placée à l’entrée de l’oreillette dans le ventricule, & qu’on appelle la valvule auriculaire. Les anciens appelloient valvules mitrales les deux festons de cette soûpape, qui pendent dans le ventricule gauche, & ils donnoient le nom de valvules tricuspidales, à ceux du ventricule droit. A l’embouchure des deux grosses arteres dans les ventricules, se rencontrent trois soupapes ou valvules appellées sémilunaires, à cause de la figure qu’elles ont. Auprès de ces valvules à l’entrée de l’artere aorte, se trouvent les orifices des arteres coronaires : cette grande artere s’éleve en sortant du cœur, puis se contourne de droite à gauche, & descend derriere le cœur, en s’appliquant sur le côté gauche de la colonne de l’épine. Cette courbure est ce qu’on appelle la crosse de l’aorte : un conduit va dans le fœtus de la concavité de cette courbure jusqu’à l’artere pulmonaire à laquelle il s’abouche ; c’est le canal artériel. La convexité de la même courbure produit à droite un gros tronc qui se partageant en deux, fait les arteres carotides & souclavieres droites : à gauche naissent séparément les deux arteres du même nom ; en descendant vers le diaphragme, l’aorte produit de chaque côté un peu en-arriere les arteres intercostales, & en-devant l’artere bronchiale, & les arteres æsophagiennes. Dans le voisinage est l’œsophage, qui continue sa route vers l’estomac, à côté duquel sont les glandes œsophagiennes ; la veine azygos se trouve encore dans cette région. Entre elle & la grande artere est placé le conduit thorachique : derriere la plevre sur les extrémités des côtes sont rangés les ganglions des nerfs grands sympathiques. On voit aussi sur le côté de l’épine plusieurs nerfs provenans de ces ganglions se réunir, pour traverser le diaphragme, & s’aller rendre dans le ventre aux ganglions sémi-lunaires : le poûmon remplit dans la poitrine tout le vuide que les parties susdites laissent. C’est un très-gros viscere, mou, & cellulaire ; il reçoit l’air & le chasse, & doit être regardé comme le principal organe de la sanguification. La trachée-artere, après avoir fait quelque chemin dans la poitrine, se partage en deux branches qu’on appelle bronches, & sur les divisions desquelles font plusieurs petits paquets glanduleux nommés glandes bronchiales : la poitrine étant vuidée, on voit les douze vertebres du dos, leurs ligamens, &c. Ces vertebres, comme les cervicales, font en-arriere un conduit pour le passage de la moëlle épiniere : on découvre aussi la cloison musculaire, qui sépare le ventre de la poitrine ; c’est le diaphragme. Sa partie moyenne est aponévrotique ; on la nomme le centre nerveux ; on voit trois ouvertures dans ce muscle ; l’une laisse passer la veine-cave, elle est ronde & creusée dans la portion aponévrotique : la seconde est dans le bas de la portion charnue ; elle est oblongue, & livre passage à l’œsophage : la troisieme est placée entre les deux piliers du diaphragme ; & c’est par cette derniere que descend l’artere aorte, & que montent la veine azygos & le conduit thorachique. Ce qu’on nomme piliers du diaphragme, sont deux appendices placées sur les vertebres des lombes, & qui s’y attachent ; ils forment ce qu’on appelle le petit muscle du diaphragme.

Sous cette cloison est la plus grande des cavités de notre machine, le ventre intérieur ou l’abdomen : chacun sait que le nombril est au milieu de sa surface antérieure. Sous les tégumens sont placés en-devant les muscles grands obliques, les petits obliques, les transverses, & les droits à la partie inférieure desquels on trouve souvent deux petits muscles nommés piramidaux : la ligne blanche sépare les muscles du côté droit de ceux du côté gauche. Sous les muscles droits sont situées les arteres mammaires internes & les épigastriques, dont les rameaux s’anastomosent ensemble. L’aponévrose du muscle grand oblique laisse vers le pubis un écartement appellé l’anneau des muscles du bas-ventre, par lequel sort dans les hommes le cordon des vaisseaux spermatiques, & dans la femme les ligamens ronds de la matrice. Du bord inférieur du muscle petit oblique, il se détache un petit muscle qui va jusqu’au testicule ; il porte le nom de crémaster : l’intérieur du bas-ventre est tapissé par le péritoine. C’est une membrane assez semblable à la plevre, & qui se refléchit dans plusieurs endroits pour former des sacs dans lesquels plusieurs visceres sont renfermés. L’estomac est placé dans l’hypocondre du côté gauche, & s’étend plus ou moins dans l’épigastre. L’orifice qui communique avec l’œsophage, & qui est à la partie supérieure du sac se nomme cardia : celui qui est au bout de la petite extrémité, & par lequel les alimens passent dans les intestins, s’appelle le pylore : on voit autour du cardia les ramifications de l’artere coronaire stomachique. Dans le même endroit sont les nerfs de la huitieme paire ; tout le long de la grande courbure de l’estomac pend une membrane graisseuse nommée omentum ; & dans le lieu où elle adhere à l’estomac, il se trouve deux arteres, dont l’une vient de droite à gauche ; c’est la grande-gastrique ; l’autre vient dans un sens contraire, c’est la petite gastrique. Ces deux tuyaux s’anastomosent en se rencontrant ; la rate est placée derriere la grosse extrémité de l’estomac à gauche : on voit l’artere splénique qui va s’y rendre, & la grosse veine splénique qui en revient ; les vaisseaux courts sont dans cet endroit : au-dessus de la petite courbure de l’estomac est placé le petit épiploon de M. Winslow. La région hypocondriaque droite est occupée par le foie : son grand lobe est perpendiculaire, & descend jusqu’au bord des fausses côtes. Le petit lobe va horisontalement, & s’avance dans la région de l’épigastre, en couvrant la petite extrémité de l’estomac. La grande scissure sépare ces deux lobes, au bout de laquelle en-arriere est le lobule de Spigel. C’est dans cette grande scissure que s’avance la veine ombilicale, qui depuis le nombril jusqu’au foie est soûtenue par une petite duplicature du péritoine nommée la faulx du péritoine. Cette veine s’ouvre dans le sinus de la veine-porte : de ce dernier canal il en part un dans le fœtus, qui va se rendre à la veine-cave en passant près du lobule de Spigel ; on lui donne le nom de conduit veineux. Dans la région de cette grande scissure, on trouve, outre le sinus de la veine-porte, l’artere hépatique, le canal hépatique, & les nerfs qui vont au soie & sont le plexus hépatique antérieur. La vésicule du fiel est placée à la face interne du grand lobe ; elle fournit le conduit cystique, qui se réunissant à l’hépatique, fait le canal cholédoque. En allant au foie, l’artere hépatique envoie les arteres pylorique, duodénale, grande gastrique, pancréatiques droites, & les deux gemelles ou arteres cystiques. Les veines hépatiques vont en-haut & en-arriere se rendre à la veine-cave ; elles sont au nombre de trois principales. Le foie est attaché au diaphragme par le moyen de trois ligamens ; le moyen ou suspenseur, le latéral droit, & le latéral gauche : outre cela sa surface adhere immédiatement à celle du diaphragme ; & cette adhérence est ce qu’on nomme le ligament coronaire du foie. Entre l’estomac & le foie se trouve l’intestin duodenum, dans la cavité duquel est l’orifice du conduit cholidoque, & celle du canal pancréatique. Le pancréas est derriere l’estomac, & un peu plus bas que lui : c’est dans cette région que l’artere aorte produit les arteres cœliaques & phréniques, & un peu plus bas l’artere mésentérique supérieure. On y trouve aussi les ganglions sémi-lunaires, auxquels se rendent les nerfs de la paire vague, & qui produisent la plus grande partie des plexus nerveux du bas-ventre ; savoir le plexus transversal, le plexus splénique, le plexus hépatique postérieur, les plexus reinaux, le plexus solaire, & le plexus mesentérique supérieur, auxquels cas on peut ajoûter le plexus arriere mésentérique. Quand on a levé l’épiploon, on découvre les intestins jejunum & ileum ; ils sont arrêtés par le mésentere, dans le tissu cellulaire duquel on trouve les glandes mésentériques & les rameaux de l’artere mésentérique supérieure, accompagnés des veines mésaraïques. Les vaisseaux lactés sont à côté, & vont se rendre à un certain sac membraneux, qui porte le nom de reservoir de Pecquet, duquel s’éleve le canal thorachique ; les gros intestins sont derriere ceux que nous venons de nommer ; le cœcum est le premier ; il porte l’appen- dice vermisorme ; le second est le colon ; la valvule de Bauhin est placée à l’entrée du cœcum dans le colon. A la surface externe de ce dernier sont les appendices épiploïques, & les trois bandes charnues appellées improprement ligamens du colon, ou bandes ligamenteuses. On découvre aussi les cellules de cet intestin : le mésocolon retient la principale partie de ce gros intestin, que l’on nomme l’arc du colon, qui passe sous l’estomac, & à laquelle s’attache la seconde lame de l’épiploon. Ce qu’on appelle l’S du colon est fait par deux contours de ce boyau dans la région lombaire & iliaque gauches : en se continuant & se prolongeant dans le petit bassin pour gagner le podex, le gros boyau prend le nom de rectum. A son extrémité sont placés les muscles releveurs de l’anus, & les deux sphincters, l’interne & le cutané. La grosse veine hémorrhoïdale avec l’artere intestinale inférieure, sont placées sur le rectum. On peut voir dans le mésocolon l’artere colique supérieure, & dans la seconde courbure de son S l’artere mésentérique inférieure. Si l’on enleve maintenant tous les visceres mentionnés & le péritoine, on apperçoit derriere cette toile membraneuse les deux reins, & au-dessus les capsules atrabilaires : l’aorte envoie deux arteres aux reins ; on les nomme rénales ; deux veines du même nom reviennent vers la veine-cave. Le rein a vers la partie postérieure un conduit de décharge nommé uretere, dont le principe est fait en forme de vessie & se nomme le bassinet du rein. Les tuyaux qui s’ouvrent dans ce bassinet, aboutissent à certains épanouissemens membraneux, qui embrassent les papilles du rein, & que l’on appelle les calices : ces papilles sont les extrémités de la substance rayonnée du rein, laquelle est enveloppée de la substance corticale. Entre les deux reins & sur le devant de l’épine, est l’artere aorte qui fournit en-arriere les arteres lombaires, & en-devant à quelque distance des émulgentes les arteres spermatiques. La veine-cave est sur la droite à quelque distance ; dans le fonds de la région lombaire sont les vertebres de même nom, & sur leurs côtés les principes, ou parties supérieures des muscles grands & petits psoas, les muscles quarrés des lombes, & les parties inférieures des extenseurs de l’épine, le muscle dentelé postérieur & inférieur, & partie du muscle très-large du dos.

Le bassin qui est à la partie basse du ventre est fait par le sacrum, le coccix, & les os innominés, qu’on distingue en trois portions, qui sont l’os des îles, l’os ischium, & le pubis. L’union de ce dernier os du côté droit avec celui du côté gauche, se nomme la symphise du pubis. A l’extérieur du bassin sont placés en arriere les muscles grands, moyens, & petits fessiers, les muscles coxigiens, les pyramidaux, l’accessoire de l’obturateur interne, le quarré de la cuisse. Les ligamens illo sacro-sciatiques, & les sacro-sciatiques, sont aussi dans cette même région ; on y trouve aussi les arteres fessieres, les grandes honteuses, les sciatiques, & les veines qui portent les mêmes noms : on y voit enfin le gros nerf sciatique, qui produit les nerfs fessiers, &c.

A la partie antérieure du petit bassin sont placées les parties génitales externes de l’un & l’autre sexe : dans les mâles ces parties sont la verge & les bourses. La premiere a une sorte de tête appellée le gland, qui est couvert par le prépuce ; on voit au bout du gland l’orifice du conduit des urines, qui va le long de la verge jusqu’à la vessie, & qu’on nomme l’urethre : à la base du gland est un bourrelet nommé la couronne du gland, dans le voisinage duquel sont certaines glandes nommées glandes odorantes de thison. Le corps de la verge est fait par les deux corps caverneux & l’urethre, qui est entouré d’un tissu spongieux : un ligament se présente vers sa racine ; on le nomme le ligament élastique de la verge. C’est aussi vers cette racine que viennent se terminer les muscles ischio-caverneux, & les muscles bulbo-caverneux : sur le dos de la verge sont placés beaucoup de vaisseaux sanguins & de nerfs. La peau qui forme les bourses se nomme le scrotum, au-dessous de laquelle est un tissu appellé le dartos ; la tunique vaginale du testicule vient ensuite, puis le testicule lui-même, dont la membrane extérieure se nomme albuginée. Le testicule porte une appendice, qui rampe sur son bord supérieur, c’est l’épididime qui produit le canal déférent. Ce conduit monte le long du cordon des vaisseaux spermatiques ; il est accompagné de l’artere spermatique des nerfs honteux, & d’un lacis de veines qu’on nomme le corps pampiniforme : le crémaster couvre la plus grande partie de ce cordon. Après que le conduit déférent a pénétré dans l’abdomen, il se porte derriere la vessie urinaire, & communique avec les vésicules séminales, lesquelles donnent naissance à un petit tuyau excréteur qui va se terminer dans le canal de l’urethre, & y porte la semence. Le commencement de ce conduit est embrassé par la glande prostate : on voit à l’intérieur une éminence nommée le verumontanum : le tissu spongieux commence à quelque distance de là à couvrir le canal de l’urethre ; ce commencement qui est renflé s’appelle le bulbe de l’urethre : au-dessus est la partie membraneuse de ce conduit, & l’on trouve-là les glandes petites prostates, le muscle transversal, & les petits muscles prostatiques. On voit aussi à l’extérieur du conduit les lacunes, & vers son extrémité qui traverse le gland, on observe la fosse naviculaire : par son autre extrémité, ce conduit mene à la vessie urinaire, laquelle est placée derriere le pubis, & donne de son sommet naissance à un cordon nommé l’ouraque, qui va jusqu’au nombril, & à côté duquel sont placées les arteres ombilicales ; dans le bas de la vessie sont les orifices des uretres.

La face interne de l’os des îles est couverte par le muscle iliaque : les arteres & veines iliaques avec les nerfs cruraux, sont vers le bord du bassin ; l’artere sacrée est au milieu vers le haut du sacrum. On voit sur le côté des vertebres des lombes les nerfs lombaires, & plus bas les nerfs sacrés sortent par les trous antérieurs du sacrum : le muscle obturateur interne couvre en dedans le grand trou ovale de l’os innominé. Le ligament obturateur le soutient, & au-dessus se remarque une ouverture qui laisse passer le nerf obturateur & l’artere obturatrice : en dehors se trouve le muscle obturateur externe sur le même trou ovale. Enfin depuis le diaphragme jusqu’au bas du petit bassin, on voit une double rangée des ganglions du nerf grand lympatique ; quelques-uns les ont appellés ganglions hordéiformes.

Les parties génitales des femmes sont internes & externes : au-dessus de ces dernieres s’éleve le mont de venus : la grande fente est plus bas ; ses bords se nomment les grandes levres : les angles qu’elles font en se rencontrant sont les commissures ; dans l’inférieure est la fourchette. En écartant les levres on voit en haut le gland du clitoris avec son prépuce : le corps de cette partie est caché sous la peau ; il ressemble à la verge de l’homme : il est fait de deux corps caverneux, dont les racines sont attachées aux branches du pubis : il est soutenu par un ligament élastique & deux muscles de chaque côté s’y rendent, qui sont les bulbes caverneux & les constricteurs de la vulve, sous lesquels est placé le plexus rétiforme. Il ne manque au clitoris pour ressembler parfaitement à la verge de l’homme, que d’avoir comme elle un urethre. Le méat urinaire & le conduit des urines sont en haut à quelque distance du clitoris, & l’on voit un peu plus en devant les deux appendices nommées nymphes ; plus loin est l’hymen dans les vierges, & les caroncules mirthiformes dans les personnes mariées. La premiere des parties intérieures est le vagin ; il est placé sur l’intestin rectum : on voit à son extrémité supérieure l’orifice de la matrice, ou l’os tineæ, au-dessus duquel est le col de ce même organe, qui vient ensuite lui-même, & qui est retenu par les ligamens larges & les ligamens ronds : il y a une petite ouverture de chaque côté à son angle supérieur ; elle mene à la trompe de Fallope ; c’est un conduit membraneux, qui va toujours en s’élargissant, & se termine par une extrémité frangée, qu’on nomme le pavillon de la trompe, à quelque distance duquel est le testicule des femmes, que les modernes ont appellé ovaire. Chacun sait que la matrice est le lieu où l’enfant séjourne pendant neuf mois, avant de venir au monde : il y est renfermé dans une double membrane ; la premiere porte le nom de chorion, & la seconde celui d’amnios : il y a de plus une grosse masse applatie semblable à un gâteau, laquelle s’attache à la matrice ; c’est le placenta auquel le cordon ombilical vient se rendre ; ce cordon est fait des deux arteres ombilicales & de la veine du même nom, liées ensemble par un tissu assez fort.

Après avoir passé en revûe les parties du tronc, jettons un coup d’œil sur celles des extrémités ; commençons par les supérieures.

Ce qui fait le gros moignon de l’épaule, c’est le muscle deltoïde, qui couvre l’articulation du bras avec l’omoplate. A la partie antérieure du bras sous les tégumens, sont placés les muscles biceps & le brachial : du tendon du biceps naît cette aponévrose, qui couvre toute la partie interne & supérieure de l’avant bras : à la partie interne & supérieure du bras, est une portion du grand pectoral, qui cache une des extrémités du biceps & le muscle coracobrachial, au bas duquel est le ligament intermusculaire interne : sous la peau qui couvre ces parties, se trouve l’artere brachiale, qui donne en haut l’humérale & la grande collatérale. Elle fournit par en bas la petite collatérale, ou l’interne ; les veines brachiales satellites accompagnent l’artere aussi bien que les nerfs médian, cutané interne & le nerf cubital : celui qu’on nomme musculo-cutané, traverse le muscle coracobrachial, passe entre le brachial & le biceps, & vient à l’extérieur de l’avant-bras : il y en a encore un au-dessus ; c’est l’huméral qui se perd dans le deltoïde. La partie postérieure du bras est occupée par le muscle triceps brachial : on trouve en dehors le nerf radial & l’artere collatérale externe descendante : l’os du bras s’appelle humerus. L’avant-bras est formé de deux os, savoir du cubitus & du radius : le ligament qui tient l’espace que ces os laissent entre eux, se nomme ligament inter-osseux brachial ; celui qui entoure la tête de l’os du rayon est le coronaire radial ; enfin le ligament humero-radial est au côté externe de l’article, & l’humero-cubital est au côté interne. La premiere chose qui paroît sous la peau de l’avant-bras, est l’aponevrose qui vient en partie du biceps, sous laquelle on voit d’abord l’artere brachiale qui se divise en cubitale & radiale, & la division du nerf médian : sur l’aponevrose sont les veines basilique, médiane ; la céphalique est sur le haut de l’avant-bras en dehors, & les cubitales sont en dedans vers le coude. On voit du côté interne une masse charnue, composée des muscles radial interne, rond pronateur, long palmaire, cubital interne : sous cette premiere couche musculaire, il en est une autre faite par les muscles sublime & profond, avec le fléchisseur propre du pouce : au bas de l’avant-bras en devant est placé le muscle pronateur quarré. L’artere cubitale & le nerf du même nom sont dans la même région.

L’avant-bras présente une autre masse du côté du rayon ; celle-ci est formée par les muscles long supinateur, les radiaux externes, & le court supinateur : la veine céphalique est ici sous la peau, & plus profondément se trouve l’artere radiale qui fournit une petite artere, laquelle remonte vers l’articulation, & qui se nomme l’artere collatérale ascendante radiale. La cubitale en fournit une semblable de son côté, c’est l’artere collatérale ascendante cubitale. A la partie postérieure de l’avant-bras, sont placés les muscles cubital externe, l’extenseur commun des doigts, l’extenseur propre du petit doigt : & plus haut que ces muscles vers l’olécrane, on voit le muscle anconeus : sous les muscles que je viens d’indiquer, sont placés les extenseurs propres du pouce, & celui de l’index, qu’on nomme indicateur : l’artere intérosseuse externe se perd dans ces muscles ; l’interne, conjointement avec le nerf intérosseux, rampe à la surface antérieure du ligament intérosseux.

La main est la troisieme partie de l’avant-bras, le dedans se nomme la paulme de la main : la partie opposée s’appelle le dos. Sous la peau de cette derniere région sont plusieurs veines, entre lesquelles les anciens distinguoient celle qui répond au petit doigt ; ils l’appelloient la salvatelle : la peau & les veines étant enlevées, on voit les tendons des radiaux externes & ceux des extenseurs commun & propre, lesquels sont tous bridés par le ligament annulaire externe placé vers l’articulation du poignet. Ces tendons se continuent sur les doigts, au mouvement desquels ils servent. Les intervalles que laissent les os du métacarpe entre eux, sont occupés par les muscles intérosseux externes ; celui qui est entre l’os, qui soutient le pouce & l’os qui porte l’index, se nomme l’adducteur de l’index. Sous la peau du dedans de la main est placée l’aponevrose palmaire, à laquelle tient le muscle palmaire cutané : vers le haut du poignet se trouve le ligament annulaire interne, sous lequel passent les tendons des muscles fléchisseurs ; l’aponevrose levée, ces tendons paroissent à découvert, ils s’avancent jusqu’au bout des doigts, & sont arrêtés en chemin par plusieurs traverses ligamenteuses. Il y a ici quatre petits muscles nommés lombricaux, qui tiennent par un bout aux tendons du muscle fléchisseur profond. Les intérosseux internes sont ici placés entre les os du métacarpe : on appelle antithénar celui qui est entre le pouce & l’index : sur le premier os du pouce est placé le muscle appellé thénar. Il y a deux muscles du côté du petit doigt ; l’un se nomme hypothenar, l’autre est le métacarpien : les arteres radiales & cubitales se rencontrent & s’anastomosent dans la paume de la main : on y voit aussi les divisions des nerfs palmaires qui viennent du médian & du cubital. Le poignet est fait de huit petits os, qui sont le trapèse, le piramidal, le grand os, le crochu, le scaphoïde, le lunaire, le cuneïforme & le pisiforme ; sur ces os sont placés les cinq os du métacarpe, dont l’un soutient le pouce : chaque doigt est fait de trois petits os nommés phalanges, excepté le pouce qui n’en a que deux. On trouve aux articulations des doigts, certains petits os appellés os sésamoïdes.

L’extrémité inférieure est composée de la cuisse, de la jambe & du pié. A la partie antérieure de la cuisse sous les tégumens, se trouve le muscle quadriceps ; une partie du grand couturier, les vaisseaux & les nerfs cruraux en haut, le muscle obturateur externe qui est appliqué sur le bassin, aussi-bien que le pectineus : à la partie interne sont les vaisseaux cruraux & les trois adducteurs de la cuisse : le fascia lata & le muscle épineux sont placés extérieurement, & l’on trouve en arriere le muscle biceps crural, le demi-nerveux, le demi-membraneux, & les vaisseaux qui changent de nom en passant sous le jarret, & prennent celui de poplités. L’os de la cuisse se nomme femur. Dans son articulation avec l’os innominé se trouve un ligament applati, & dans son union avec la jambe, on voit en devant la rotule, & dans l’intérieur les ligamens croisés. La jambe est faite de deux os, le tibia & le péroné ; entre ces deux os est un ligament intérosseux, à la face antérieure duquel sont placés les muscles jambiers antérieurs, le long extenseur commun des orteils, & l’extenseur propre du pouce : l’artere tibiale antérieure se trouve entre ces muscles : sur le côté sont les deux muscles péroniers externes & les nerfs péroniers ; en arriere sont les muscles gastrocnémiens, le tibial grêle, le solaire, le jambier postérieur, le long fléchisseur commun des orteils, le fléchisseur propre du pouce, l’artere tibiale postérieure, la péroniere, la surale, l’intérosseuse, & les veines satellites de toutes ces arteres, les nerfs tibiaux : vers les malléoles sous la peau, sont les veines saphènes, l’une interne & l’autre externe : vers la jointure du pié est en devant le ligament annulaire externe, & en arriere le tendon d’Achille. Le pié est fait du tarse, du métatarse & des orteils : le tarse est fait par l’assemblage de sept os, qui sont le calcaneum, l’astragal, le scaphoïde, le cuboïde, & les trois cunéiformes : le métatarse est fait de cinq os, & chacun des orteils de trois phalanges, à l’exception du pouce qui n’en a que deux. Sous la peau du dos du pié sont les tendons extenseurs & le muscle pédieux : sous celle de la plante du pié est placée l’aponevrose plantaire ; les tendons des fléchisseurs couverts par le muscle sublime, les lombricaux, & le muscle accessoire du profond ; les nerfs & les vaisseaux plantaires, les muscles fléchisseurs courts du gros orteil, le muscle abducteur transversal du même, les muscles intérosseux internes ; les externes paroissent en dehors, & la masse musculaire qui fait le bord externe de la plante du pié, & qui se divise en muscle métatarsin & muscle abducteur du petit orteil. Cet article est de M. Petit, doct. en Medec. profess. en Anat. de l’acad. des Scienc.

Homme, (Mat. med.) le corps humain fournit plusieurs remedes à la Médecine, soit tandis qu’il joüit de la vie, soit après qu’il a cessé de vivre.

Le corps vivant donne la salive, le sang, l’urine, la cire des oreilles & la fiente. On retire du cadavre la graisse, les poils, les ongles & le crâne. Voyez ces articles particuliers. (b)

Homme, s. m. (Morale.) ce mot n’a de signification précise, qu’autant qu’il nous rappelle tout ce que nous sommes ; mais ce que nous sommes ne peut pas être compris dans une définition : pour en montrer seulement une partie, il faut encore des divisions & des détails. Nous ne parlerons point ici de notre forme extérieure, ni de l’organisation qui nous range dans la classe des animaux. Voyez Homme, (Anatomie). L’homme que nous considérons est cet être qui pense, qui veut & qui agit. Nous chercherons donc seulement quels sont les ressorts qui le font mouvoir & les motifs qui le déterminent. Ce qui peut rendre cet examen épineux, c’est qu’on ne voit point dans l’espece un caractere distinctif auquel on puisse reconnoître tous les individus. Il y a tant de différence entre leurs actions, qu’on seroit tenté d’en supposer dans leurs motifs. Depuis l’esclave qui flate indignement son maître, jusqu’à Thamas qui égorge des milliers de ses semblables, pour ne voir personne au-dessus de lui, on voit des variétés sans nombre. Nous croyons appercevoir dans les bêtes des traits de caractere plus marqués. Il est vrai que nous ne connoissons que les apparences grossieres de leur instinct. L’habitude de voir, qui seule apprend à distinguer, nous manque par rapport à leurs opérations. En observant les bêtes de près, on les juge plus capables de progrès qu’on ne le croit ordinairement. Voyez Instinct. Mais toutes leurs actions rassemblées laissent encore entre elles & l’homme une distance infinie. Que l’empire qu’il a sur elles soit usurpé si l’on veut, il n’en est pas moins une preuve de la supériorité de ses moyens, & par conséquent de sa nature. On ne peut qu’être frappé de cet avantage lorsqu’on regarde les travaux immenses de l’homme, qu’on examine le détail de ses arts, & le progrès de ses sciences ; qu’on le voit franchir les mers, mesurer les cieux, & disputer au tonnerre son bruit & ses effets. Mais comment ne pas frémir de la bassesse ou de l’atrocité des actions par lesquelles s’avilit souvent ce roi de la nature ? Effrayés de ce mélange monstrueux, quelques moralistes ont eu recours pour expliquer l’homme, à un mélange de bons & de mauvais principes, qui lui-même a grand besoin d’être expliqué. L’orgueil, la superstition & la crainte ont produit des systèmes, & ont embarrassé la connoissance de l’homme de mille préjugés que l’observation doit détruire. La religion est chargée de nous conduire dans la route du bonheur qu’elle nous prépare au-delà des tems. La Philosophie doit étudier les motifs naturels des actions de l’homme, pour trouver des moyens, du même genre, de le rendre meilleur & plus heureux pendant cette vie passagere.

Nous ne sommes assurés de notre existence que par des sensations. C’est la faculté de sentir qui nous rend présens à nous-mêmes, & qui bientôt établit des rapports entre nous & les objets qui nous sont extérieurs. Mais cette faculté a deux effets qui doivent être considérés séparément, quoique nous les éprouvions toujours ensemble. Le premier effet est le principe de nos idées & de nos connoissances ; le second est celui de nos mouvemens & de nos inclinations. Les Philosophes qui ont examiné l’entendement humain, ont marqué l’ordre dans lequel naissent en nous la perception, l’attention, la réminiscence, l’imagination, & tous ces produits d’une faculté générale qui forment & étendent la chaîne de nos idées. Voyez Sensations. Notre objet doit être ici de reconnoître les principaux effets du desir. C’est l’agent impérieux qui nous remue, & le créateur de toutes nos actions. La faculté de sentir appartient sans doute à l’ame ; mais elle n’a d’exercice que par l’entremise des organes matériels dont l’assemblage forme notre corps. De-là naît une différence naturelle entre les hommes. Le tissu des fibres n’étant pas le même dans-tous, quelques-uns doivent avoir certains organes plus sensibles, & en conséquence recevoir des objets qui les ébranlent, une impression dont la force est inconnue à d’autres. Nos jugemens & nos choix ne sont que le résultat d’une comparaison entre les différentes impressions que nous recevons. Ils sont donc aussi peu semblables d’un homme à un autre que ces impressions mêmes. Ces variétés doivent donner à chaque homme une sorte d’aptitude particuliere qui le distingue des autres par les inclinations, comme il l’est à l’extérieur par les traits de son visage. De-là on peut conclure que le jugement qu’on porte de la conduite d’autrui est souvent injuste, & que les conseils qu’on lui donne sont plus souvent encore inutiles. Ma raison est étrangere à celle d’un homme qui ne sent pas comme moi ; & si je le prends pour un fou, il a droit de me regarder comme un imbécille. Mais toutes nos sensations particulieres, tous les jugemens qui en résultent, aboutissent à une disposition commune à tous les êtres sensibles, le desir du bien-être. Ce desir sans cesse agissant, est déterminé par nos besoins vers certains objets. S’il rencontre des obstacles, il devient plus ardent, il s’irrite, & le desir irrité est ce qu’on appelle passion ; c’est-à-dire un état de souffrance, dans lequel l’ame toute entiere se porte vers un objet comme vers le point de son bonheur. Pour connoître tout ce dont l’homme est capable, il faut le voir lorsqu’il est passionné. Si vous regardez un loup rassasié, vous ne soupçonnerez pas sa voracité. Les mouvemens de la passion sont toujours vrais, & trop marqués pour qu’on puisse s’y méprendre. Or en suivant un homme agité par quelque passion, je le vois fixé sur un objet dont il poursuit la jouissance ; il écarte avec fureur tout ce qui l’en sépare. Le péril disparoit à ses yeux, & il semble s’oublier soi-même. Le besoin qui le tourmente ne lui laisse voir que ce qui peut le soulager. Cette disposition frappante dans un état extrème, agit constamment, quoique d’une maniere moins sensible dans tout autre état. L’homme sans avoir un caractere particulier qui le distingue, est donc toujours ce que ses besoins le font être. S’il n’est pas naturellement cruel, il ne lui faut qu’une passion & des obstacles pour l’exciter à faire couler le sang. Le méchant, dit Hobbes, n’est qu’un enfant robuste. En effet, supposez l’homme sans expérience comme est un enfant, quel motif pourroit l’arrêter dans la poursuite de ce qu’il desire ? c’est l’expérience qui nous fait trouver dans notre union avec les autres, des facilités pour la satisfaction de nos besoins. Alors l’intérêt de chacun établit dans son esprit une idée de proportion entre le plaisir qu’il cherche, & le dommage qu’il souffriroit s’il aliénoit les autres. De-là naissent les égards, qui ne peuvent avoir lieu, qu’autant que les intérêts sont superficiels. Les passions nous ramenent à l’enfance, en nous présentant vivement un objet unique, avec ce dégré d’intérêt qui éclipse tout. Ce n’est point ici le lieu d’examiner quels peuvent être l’origine & les fondemens de la société. V. Sociabilité & Société.

Quels que puissent être les motifs qui forment & resserrent nos liens réciproques, il est certain que le seul ressort qui puisse nous mettre en mouvement, le desir du bien-être, tend sans cesse à nous isoler. Vous retrouverez par-tout les effets de ce principe dominant. Jettez un coup d’œil sur l’univers, vous verrez les nations séparées entre elles, les sociétés particulieres former des cercles plus étroits, les familles encore plus resserrées, & nos vœux toujours circonscrits par nos intérêts, finir par n’avoir d’objet que nous-mêmes. Ce mot que Paschal ne haïssoit dans les autres, que parce qu’un grand philosophe s’aime comme un homme du peuple, n’est donc pas haïssable, puisqu’il est universel & nécessaire. C’est une disposition réciproque que chacun de nous éprouve de la part des autres, & lui rend. Cette connoissance doit nous rendre fort indulgens sur ce que nous regardons comme torts à notre égard : on ne peut raisonnablement attendre de l’attachement de la part des hommes, qu’autant qu’on leur est utile. II ne faut pas se plaindre que le degré d’utilité en soit toujours la mesure, puisqu’il est impossible qu’il y en ait une autre. L’attachement du chien pour le maître qui le nourrit, est une image fidelle de l’union des hommes entre eux. Si les caresses durent encore lorsqu’il est rassasié, c’est que l’expérience de ses besoins passés lui en fait prévoir de nouveaux. Ce qu’on appelle ingratitude doit donc être très-ordinaire parmi les hommes ; les bienfaits ne peuvent exciter un sentiment durable & desintéressé, que dans le petit nombre de ceux en qui l’habitude fait attacher aux actions rares une dignité qui les éleve à leurs propres yeux. La reconnoissance est un tribut qu’un orgueil estimable se paye à lui-même, & cet orgueil n’est pas donné à tout le monde. Dans la société, telle que nous la voyons, les liens n’étant pas toujours formés par des besoins apparens, ou de nécessité étroite, ils ont quelquefois un air de liberté qui nous en impose à nous-mêmes. On n’envisage pas, comme effets du besoin, les plaisirs enchanteurs de l’amitié, ni les soins desintéressés qu’elle nous fait prendre, mais nous ne pensons ainsi, que faute de connoître tout ce qui est besoin pour nous. Cet homme, dont la conversation vive fait passer dans mon ame une foule d’idées, d’images, de sentimens, m’est aussi nécessaire que la nourriture l’est à celui qui a faim. Il est en possession de me délivrer de l’ennui, qui est une sensation aussi importune que la faim même. Plus nos attachemens sont vifs, plus nous sommes aisément trompés sur leur véritable motif. L’activité des passions excite & rassemble une foule d’idées, dont l’union produit des chimeres comme la fievre forge des rêves à un malade ; cette erreur, sur le but de nos passions, ne nous séduit jamais d’une maniere plus marquée, que dans l’amour. Lorsque le printems de notre âge a développé en nous ce besoin qui rapproche les sexes, l’espérance jointe à quelques rapports, souvent mal-examinés, fixe sur un objet particulier nos vœux, d’abord errans ; bientôt cet objet toujours présent à nos desirs, anéantit pour nous tous les autres : l’imagination active va chercher des fleurs de toute espece pour embellir notre idole. Adorateur de son propre ouvrage, un jeune homme ardent voit dans sa maitresse le chef-d’œuvre des graces, le modele de la perfection, l’assemblage complet des merveilles de la nature ; son attention concentrée ne s’échappe sur d’autres objets, que pour les subordonner à celui-là. Si son ame vient à s’épuiser par des mouvemens aussi rapides, une langueur tendre l’appesantit encore sur la même idée. L’image chérie ne l’abandonne dans le sommeil, qu’avec le sentiment de l’existence ; les songes la lui représentent, & plus intéressante que la lumiere, c’est elle qui lui rend la vie au moment du réveil. Alors si l’art ou la pudeur d’une femme, sans desespérer ses vœux, vient à les irriter par le respect & par la crainte, l’idée des vertus jointe à celle des charmes, lui laisse à peine lever des yeux tremblans sur cet objet majestueux : ses desirs sont éclipsés par l’admiration ; il croit ne respirer que pour ce qu’il adore ; sa vie seroit mille fois prodiguée, si l’on desiroit de lui cet hommage. Enfin arrive ce moment qu’il n’osoit prévoir, & qui le rend égal aux dieux : le charme cesse avec le besoin de jouir, les guirlandes se fannent, & les fleurs desséchées lui laissent voir une femme souvent aussi flétrie qu’elles : il en est ainsi de tous nos sacrifices. Les idées factices que nous devons à la société, nous présentent le bien-être sous tant de formes différentes, que nos motifs originels se dérobent. Ce sont ces idées, qui en multipliant nos besoins, multiplient nos plaisirs & nos passions, & produisent nos vertus, nos progrès, & nos crimes. La nature ne nous a donné que des besoins aisés à satisfaire : il semble d’après cela, qu’une paix profonde dût régner parmi les hommes ; & la paresse qui leur est naturelle, paroîtroit devoir encore la cimenter. Le repos, ce partage réservé aux dieux, est l’objet éloigné que se proposent tous les hommes, & chacun envisage la facilité d’être heureux sans peine, comme le privilege de ceux qui se distinguent ; de-là naît dans chaque homme un desir inquiet, qui l’éveille & le tourmente. Ce besoin nouveau produit des efforts que la concurrence entretient, & par-là la paresse devient le principe de la plus grande partie du mouvement dont les hommes sont agités. Ces efforts devroient au moins s’arrêter au point où doit cesser la crainte de manquer du nécessaire ; mais l’idée de distinction étant une fois formée, elle devient dominante, & cette passion sécondaire détruit celle qui lui a donné la naissance. Dès qu’un homme s’est comparé avec ceux qui l’environnent, & qu’il a attaché de l’importance à s’en faire regarder, ses véritables besoins ne sont plus l’objet de son attention, ni de ses démarches. Le repos, en perspective, qui faisoit courir Pyrrhus, fatigue encore tout ambitieux qui veut s’élever, tout avare qui amasse au de-là de ses besoins, tout homme passionné pour la gloire, qui craint des rivaux. La modération, qui n’est que l’effet d’une paresse plus profonde, est devenue assez rare pour être admirée, & dès lors elle a pû être encore un objet de jalousie, puisqu’elle étoit un moyen de considération. La plûpart des hommes modérés ont même été de tout tems soupçonnés de masquer des desseins, parce qu’on ne voit dans les autres que la disposition qu’on éprouve, & que les desirs de chaque homme ne sont ordinairement arrêtés que par le sentiment de son impuissance. Si on ne peut pas attirer sur soi les regards d’une république entiere, on se contente d’être remarqué de ses voisins, & on est heureux par l’attention concentrée de son petit cercle. Des prétentions particularisées naissent ces différentes choses, qui divisent les connoissances, & qui n’ont rien à démêler entr’elles. Beaucoup d’individus s’agitent dans chaque tourbillon, pour arriver aux premiers rangs : le foible, ne pouvant s’élever, est envieux, & tâche d’abaisser ceux qui s’élevent ; l’envie exaltée produit des crimes, & voilà ce qu’est la société. Ce desir, par lequel chacun tend sans cesse à s’élever, paroît contredire une pente à l’esclavage, qu’on peut remarquer dans la plûpart des hommes, & qui en est une suite. Autrefois la crainte, & une sorte de saisissement d’admiration, ont dû soumettre les hommes ordinaires à ceux que des passions fortes portoient à des actions rares & hardies ; mais depuis que la reconnoissance a des degrés, c’est l’ambition qui mene à l’esclavage. On rampe aux piés du trône où l’on est encore au dessus d’une foule de têtes qu’on fait courber. Les hommes qui ont des prétentions communes, sont donc les uns à l’égard des autres dans un état d’effort réciproque. Si les hostilités ne sont pas continuelles entre eux, c’est un repos semblable à celui des gardes avancées de deux camps ennemis ; l’inutilité reconnue de l’attaque maintient entre elles les apparences de la paix. Cette disposition inquiette, qui agite intérieurement les hommes, est encore aidée par une autre, dont l’effet, assez semblable à celui de la fermentation sur les corps, est d’aigrir nos affections, soit naturelles, soit acquises. Nous ne sommes présens à nous-mêmes que par des sensations immédiates, ou des idées, & le bonheur, que nous poursuivons nécessairement, n’est point sans un vif sentiment de l’existence : malheureusement la continuité affoiblit toutes nos sensations. Ce que nous avons regardé long-tems, devient pour nous comme les objets qui s’éloignent, dont nous n’appercevons plus qu’une image confuse & mal terminée. Le besoin d’exister vivement est augmenté sans cesse par cet affoiblissement de nos sensations, qui ne nous laisse que le souvenir importun d’un état précédent. Nous sommes donc forcés pour être heureux, ou de changer continuellement d’objets, ou d’outrer les sensations du même genre. De-là vient une inconstance naturelle, qui ne permet pas à nos vœux de s’arrêter, ou une progression de desirs, qui toujours anéantis par la jouissance, s’élancent jusques dans l’infini. Cette disposition malheureuse altere en nous les impressions les plus sacrées de la nature, & nous rend aujourd’hui nécessaire, ce dont hier nous aurions frémi. Les jeux du cirque, où les gladiateurs ne recevoient que des blessures, parurent bientôt insipides aux dames Romaines. On vit ce sexe, fait pour la pitié, poursuivre à grands cris la mort des combattans. On exigea dans la suite qu’ils expirassent avec grace, dit l’abbé Dubos, & ce spectacle affreux devint nécessaire pour achever l’émotion & completer le plaisir. Par-là notre attention se porte sur les choses nouvelles & extraordinaires, nous recherchons avec intérêt tout ce qui réveille en nous beaucoup d’idées ; par-là sont déterminés même nos goûts purement physiques. Les liqueurs fortes nous plaisent principalement, parce que la chaleur qu’elles communiquent au sang produit des idées vives, & semble doubler l’existence : on pourroit en conclure que le plaisir ne consiste que dans le sentiment de l’existence, porté à un certain dégré. En effet, en suivant ceux du chatouillement, depuis cette sensation vague, qui est une importunité jusqu’à ce dernier terme, au de-là duquel est la douleur : en descendant du chagrin le plus profond, jusqu’à cette douleur tendre & intéressante, qui en est une teinte affoiblie, on seroit tenté de croire que la douleur & le plaisir ne different que par des nuances. Voyez Plaisir. Quoi qu’il en soit, il est certain que nous devons au besoin d’être émus une curiosité, qui devient la passion de ceux qui n’en ont point d’autres, un goût pour le merveilleux, qui nous entraîne à tous les spectacles extraordinaires, une inquiétude qui nous promene dans la région des chimeres. Ce qui est renfermé dans ce qu’on appelle les termes de la raison, ne peut donc pas être long-tems pour nous le point fixe du bonheur. Les choses difficiles & outrées, les idées hors de la nature doivent nous séduire presque sûrement. Voyez Fanatisme. La vigilance religieuse, & l’occupation de la priere ne suffisent pas à l’imagination mélancholique d’un bonze. Il lui faut des chaînes dont il se charge ; des charbons ardens qu’il mette sur sa tête, des cloux qu’il s’enfonce dans ses chairs ; il est averti de son existence d’une maniere plus intime & plus forte, que celui qui remplit simplement les devoirs de la vie civile & de la charité. Suivez le cours de toutes les affections humaines, vous les verrez tendre à s’exalter, au point de paroître entierement défigurées. L’homme délicat & sensible devient foible & pusillanime : la dureté succede au courage ; le contemplatif devient quiétiste, & le zélé est bientôt un homme atroce. Il en est ainsi des autres caracteres, & même de celui qui se montre de la maniere la plus constante dans quelques individus, la gaieté. Il est rare qu’elle dure plus long-tems que la jeunesse, parce qu’elle est absorbée par les passions, qui occupent l’ame plus profondément, ou détruite par son exercice même. Mais dans ceux en qui ce caractere subsiste plus long-tems, parce qu’ils ne sont capables que d’intérêts superficiels, il s’altere par dégrés, & perd beaucoup de son honnêteté premiere. Les hommes légers qui n’ont que la gaieté pour attribut, ressemblent assez à ces jeunes animaux qui, après avoir épuisé toutes les situations plaisantes, finissent par égratigner & mordre. Cette pente qui entraîne presque tous les individus, peut s’observer en grand dans la masse des événemens qui ont agité la terre. Suivez l’histoire de toutes les nations, vous verrez les meilleurs gouvernemens se dénaturer ; une fermentation lente a fait croître la tyrannie dans les républiques : la monarchie est changée par le tems en pouvoir arbitraire. Voyez Gouvernement.

Lorsque dans un état la sécurité commence à polïr les mœurs, & que les idées se tournent du côté des plaisirs, la vertu regne au milieu d’eux : une urbanité modeste couvre la volupté d’un voile, mais il devient bientôt importun. Alors le libertinage se produit sans pudeur, & des goûts honteux insultent la nature. Dans les arts, vous verrez l’architecture quitter une simplicité noble pour prodiguer les ornemens ; la peinture chargera son coloris ; la même altération se fera sentir dans les ouvrages d’esprit. Le besoin de nouveauté mettra la finesse à la place de l’élégance ; l’obscurité prendra celle de la force, ou sophistiquera fort ; une métaphysique puérile analysera les sentimens ; tout sera perdu, si quelques génies heureux ne rompent pas cette marche naturelle des penchans humains. Mais la physique expérimentale cultivée & le tableau de la nature présenté par des hommes d’une trempe forte & rare pourront donner à l’esprit humain un spectacle qui étendra ses vûes, & fera naître un nouvel ordre de choses.

Nous voyons que l’homme paresseux par nature, mais agité par l’impatience de ses desirs est le jouet continuel d’un esprit qui ne se renouvelle que pour le trahir. Fatigué dans la recherche du bonheur par mille intérêts étrangers qui le croisent, rebuté par les obstacles, ou dégoûté par la jouissance, il semble que la méchanceté lui dût être pardonnable, & que le malheur soit son état naturel. L’intérêt de tous réclamant contre l’intérêt de chacun, a donné naissance aux lois qui arrêtent l’extérieur des grands crimes. Mais malgré les lois, il reste toûjours à la méchanceté un empire qui n’en est pas moins vaste pour être ténébreux. Dans une société nombreuse, une foule d’intérêts honnêtes & obscurs que la scélératesse peut troubler, lui donne sans danger un exercice continuel. La société humaine seroit donc une confédération de méchans que l’intérêt seul tiendroit unis, & auxquels il ne faudroit que la suppression de cet intérêt pour les armer les uns contre les autres. Mais en observant l’homme de près, il n’est pas possible de méconnoître en lui un sentiment doux qui l’intéresse au sort de ses semblables toutes les fois qu’il est tranquille sur le sien. Peut-être rencontrerez-vous quelques monstres atrabilaires qu’une organisation vicieuse & rare porte à la cruauté. Une habitude affreuse aura rendu peut-être à quelques autres cette émotion nécessaire. La plûpart des hommes, lorsque des passions particulieres ne les enleveront pas aux mouvemens de la nature, céderont à une sensibilité précieuse qui est la source de toutes les vertus, & qui peut être celle d’un bonheur constant. Voyez Humanité. Ce sentiment tempere dans l’homme l’activité de l’amour-propre ; & peu semblable aux autres genres d’émotion, il acquiert des forces en s’exerçant. On ne sauroit donc l’inspirer de trop bonne heure aux enfans. On devroit chercher à l’exciter en eux par des images pathétiques, & leur présenter des situations attendrissantes qui pussent le développer. Des leçons de bienséance seroient peut-être plus de leur goût, & leur serviroient sûrement plus que ne peuvent faire les mots barbares dont on les fatigue. Si ces idées ne sont pas fort actives pendant l’effervescence de la jeunesse, elles s’emparent du terrein que les passions abandonnent, & leur douceur remplace l’yvresse de celles-ci. Elles élevent & remplissent l’ame. Malheureux qui n’a point éprouvé la sensation complete qu’elles procurent ! Nous disons qu’on pourroit développer dans les enfans le sentiment vertueux de la pitié. L’expérience apprend qu’on pourroit aussi leur inspirer tous les préjugés favorables, soit au bien des hommes en général, soit à l’avantage de la société particuliere dans laquelle ils vivent. Ces heureux préjugés faisoient à Sparte autant de héros que de citoyens, & ils pourroient produire dans tous les hommes toutes les vertus relatives aux situations dans lesquelles ils sont placés. L’amour propre étant une fois dirigé vers un objet, une premiere action généreuse est un engagement pour la seconde, & des sacrifices qu’on a faits naît l’estime de soi-même qui soûtient & assûre le caractere qu’on s’est donné. On devient pour soi le juge le plus sévere. Cet orgueil estimable maîtrise l’ame, & produit ces mouvemens de vertu que leur rareté fait regarder comme hors de la nature. Cette estime de soi-même est le principe le plus sûr de toute action forte & généreuse ; on ne doit point en attendre d’esclaves avilis par la crainte. L’asservissement ne peut conduire qu’à la bassesse & au crime. Mais l’éducation ne peut pas être regardée comme une affaire de préceptes ; c’est l’exemple, l’exemple seul, qui modifie les hommes, excepté quelques ames privilégiées qui jugent de l’essence des choses, parce qu’elles sentent elles-mêmes, les autres sont entraînés par l’imitation. C’est elle qui fait prosterner l’enfant aux piés des autels, qui donne l’air grave au fils d’un magistrat, & la contenance fiere à celui d’un guerrier. Cette pente à imiter, cette facilité que nous avons d’être émûs par les passions des autres, semblent annoncer que les hommes ont entre eux des rapports secrets qui les unissent. La société se trouve composée d’hommes modifiés les uns par les autres, & l’opinion publique donne à tous ceux de chaque société particuliere un air de ressemblance qui perce à-travers la différence des caracteres. La continuité des exemples domestiques fait sans doute une impression forte sur les enfans ; mais elle n’est rien en comparaison de celle qu’ils recoivent de la masse générale des mœurs de leur tems. Voyez Mœurs. Chaque siecle a donc des traits marqués qui le distinguent d’un autre. On dit, le siecle de la chevalerie : on pourroit dire, le siecle des beaux-arts, celui de la philosophie ; & plût à Dieu qu’il en vînt un qu’on pût appeller, le siecle de la bienfaisance & de l’humanité ! Puisque ce sont l’exemple & l’opinion qui désignent les différens points vers lesquels doit se tourner l’amour-propre des particuliers, & qui déterminent en eux l’amour du bien-être, il s’ensuit que les hommes se font, & qu’il est à-peu-près possible de leur donner la forme qu’on voudra. Cela peut arriver sur-tout dans une monarchie : le trône est un piédestal sur lequel l’imitation va chercher son modele. Dans les républiques, l’égalité ne souffre point qu’un homme s’éleve assez pour être sans cesse en spectacle. La vertu de Caton ne fut qu’une satyre inutile des vices de son tems. Mais dans tout gouvernement les opinions & les mœurs dépendent infiniment de sa situation actuelle. S’il est tranquille au-dehors, & qu’au-dedans le bon ordre & l’aisance rendent les citoyens heureux, vous verrez éclore les arts de plaisir, & la mollesse marchant à leur suite énerver les corps, engourdir le courage, & conduire à l’affaissement par la volupté. Si des troubles étrangers ou des divisions intestines menacent la sûreté de l’état des citoyens, la vigilance naîtra de l’inquiétude, l’esprit, la crainte & la haine formeront des projets, & ces passions tumultueuses produiront des efforts, des talens & des crimes hardis. Il faudroit des révolutions bien extraordinaires dans les situations, pour en produire d’aussi subites dans les sentimens publics. Le caractere des nations est ordinairement l’effet des préjugés de l’enfance, qui tiennent à la forme de leur gouvernement. A l’empire de l’habitude, on ajoûteroit pour les hommes la force beaucoup plus puissante du plaisir, si l’on prenoit soin de l’éducation des femmes. On ne peut que gémir en voyant ce sexe aimable privé des secours qui feroient également son bonheur & sa gloire. Les femmes doivent à des organes délicats & sensibles des passions plus vives que ne sont celles des hommes. Mais si l’amour propre & le goût du plaisir excitent en elles des mouvemens plus rapides, elles éprouvent aussi d’une maniere plus forte le sentiment de la pitié qui en est la balance. Elles ont donc le germe des qualités les plus brillantes, & si l’on joint à cet avantage les charmes de la beauté, tout annonce en elles les reines de l’univers. Il semble que la jalousie des hommes ait pris à tâche de défigurer ces traits. Dès l’enfance on concentre leurs idées dans un petit cercle d’objets, on leur rend la fausseté nécessaire. L’esclavage auquel on les prépare, en altérant l’élévation de leur caractere, ne leur laisse qu’un orgueil sourd qui n’emploie que de petits moyens : dès-lors elles ne regnent plus que dans l’empire-de la bagatelle. Les colifichets devenus entre leurs mains des baguettes magiques, transforment leurs adorateurs comme le furent autrefois ceux de Circé. Si les femmes puisoient dans les principes qui forment leur enfance, l’estime des qualités nobles & généreuses ; si la parure ne les embellissoit qu’en faveur du courage ou des talens supérieurs, on verroit l’amour concourir avec les autres passions à faire éclorre le mérite en tout genre ; les femmes recueilleroient le fruit des vertus qu’elles auroient fait naître. Combien aujourd’hui, victimes d’une frivolité qui est leur ouvrage, sont punies de leurs soins par leurs succès ! Article de M. le Roi.

* Homme, (Politique.) il n’y a de véritables richesses que l’homme & la terre. L’homme ne vaut rien sans la terre, & la terre ne vaut rien sans l’homme.

L’homme vaut par le nombre ; plus une société est nombreuse, plus elle est puissante pendant la paix, plus elle est redoutable dans les tems de la guerre. Un souverain s’occupera donc sérieusement de la multiplication de ses sujets. Plus il aura de sujets, plus il aura de commerçans, d’ouvriers, de soldats.

Ses états sont dans une situation déplorable, s’il arrive jamais que parmi les hommes qu’il gouverne, il y en ait un qui craigne de faire des enfans, & qui quitte la vie sans regret.

Mais ce n’est pas assez que d’avoir des hommes, il faut les avoir industrieux & robustes.

On aura des hommes robustes, s’ils ont de bonnes mœurs, & si l’aisance leur est facile à acquérir & à conserver.

On aura des hommes industrieux, s’ils sont libres.

L’administration est la plus mauvaise qu’il soit possible d’imaginer, si faute de liberté de commerce, l’abondance devient quelquefois pour une province un fléau aussi redoutable que la disette.

Voyez les articles Gouvernement, Lois, Impôts, Population, Liberté, &c.

Ce sont les enfans qui font des hommes. Il faut donc veiller à la conservation des enfans par une attention spéciale sur les peres, sur les meres & sur les nourrices.

Cinq mille enfans exposés tous les ans à Paris peuvent devenir une pepiniere de soldats, de matelots & d’agriculteurs.

Il faut diminuer les ouvriers du luxe & les domestiques. Il y a des circonstances où le luxe n’emploie pas les hommes avec assez de profit ; il n’y en a aucune où la domesticité ne les emploie avec perte. Il faudroit asseoir sur les domestiques un impôt à la décharge des agriculteurs.

Si les agriculteurs, qui sont les hommes de l’état qui fatiguent le plus, sont les moins bien nourris, il faut qu’ils se dégoûtent de leur état, ou qu’ils y périssent. Dire que l’aisance les en feroit sortir, c’est être un ignorant & un homme atroce.

On ne se presse d’entrer dans une condition que par l’espoir d’une vie douce. C’est la jouissance d’une vie douce qui y retient & qui y appelle.

Un emploi des hommes, n’est bon que quand le profit va au-delà des frais du salaire. La richesse d’une nation est le produit de la somme de ses travaux au-delà des frais du salaire.

Plus le produit net est grand & également partagé, plus l’administration est bonne. Un produit net également partagé peut être préférable à un plus grand produit net, dont le partage seroit très inégal, & qui diviseroit le peuple en deux classes, dont l’une regorgeroit de richesse & l’autre expireroit dans la misere.

Tant qu’il y a des friches dans un état, un homme ne peut être employé en manufacture sans perte.

A ces principes clairs & simples, nous en pourrions ajoûter un grand nombre d’autres, que le souverain trouvera de lui-même, s’il a le courage & la bonne volonté nécessaires pour les mettre en pratique.

Homme nouveau, novus homo, (Hist. rom.) les Romains appelloient hommes nouveaux, ceux qui commençoient leur noblesse, c’est-à-dire, ceux qui n’ayant aucune illustration par leurs ancêtres, commençoient les premiers à se pousser par leurs vertus ; c’est cependant ce reproche d’homme nouveau que tant de gens firent à l’orateur de Rome, & entr’autres Catilina, lorsqu’il lui fut préferé pour la premiere magistrature : « Je ne prétens pas, dit Ciceron en plein sénat, m’étendre sur les louanges de mes ancêtres, par cette seule raison qu’ils ont vécu sans rechercher les applaudissemens de la renommée populaire, & sans desirer l’éclat des honneurs que vous conférez ».

Cicéron étoit donc un homme nouveau ; il étoit sans doute bien illustre par lui-même, & bien digne des premiers emplois ; mais il n’étoit pas noble, il n’avoit pas le droit de faire porter à ses funérailles le buste de cire de ses ayeux : celui-là seul avoit ce droit dont les ancêtres étoient parvenus aux grandes charges ; il étoit noble par ce titre, & rendoit nobles ses descendans. Ceux qui avoient les images de leurs ayeux, pour me servir des termes d’Asconius, étoient appellés nobles, nobiles ; ceux qui n’avoient que les leurs, on les nommoit hommes nouveaux, novi homines ; & ceux qui n’avoient ni les images de leurs ancêtres, ni les leurs, étoient appellés ignobles, ignobiles ; ainsi la noblesse, le droit d’images, jus imaginum, se trouvoit attaché aux charges, aux dignités ; c’est pourquoi Caton le censeur, qu’on qualifioit comme Cicéron d’homme nouveau, répondoit qu’il l’étoit quant aux dignités, mais que quant au mérite de ses ancêtres, il pouvoit se dire très-ancien. (D. J.)

Homme libre, (Hist. des Francs.) on appelloit au commencement de notre monarchie hommes libres ceux qui d’un côté n’avoient point de bénéfices ou fiefs, & qui de l’autre n’étoient point soumis à la servitude de la glebe ; les terres qu’ils possédoient étoient des terres allodiales ; alors deux sortes de gens étoient tenus au service militaire, les leudes vassaux, ou arriere-vassaux, qui y étoient obligés en conséquence de leurs fiefs, & les hommes libres, francs, romains & gaulois, qui servoient sous le comte & étoient menés à la guerre par lui, & ses officiers qu’on nommoit vicaires ; de plus, comme les hommes libres étoient divisés en centaines (en anglois hundred) qui formoient ce qu’on appelloit un bourg, les comtes avoient encore sous eux outre les vicaires d’autres officiers, nommés centeniers, qui conduisoient les hommes libres du bourg, ou de leur centaine, au camp.

Les droits du prince sur les hommes libres ne consistoient qu’en de certaines voitures exigées seulement dans de certaines occasions publiques, & dans quelques droits sur les rivieres ; & quant aux droits judiciaires, il y avoit des lois des Ripuaires & des Lombards pour prévenir les malversations.

J’ai dit que les hommes libres n’avoient point de fiefs ; cela se trouvoit ainsi dans les commencemens, alors ils n’en pouvoient point encore posséder ; mais ils en devinrent capables dans la suite, c’est-à-dire, entre le regne de Gontram & celui de Charlemagne. Dans cet intervalle de tems, il y eut des hommes libres, qui furent admis à jouir de cette grande prérogative, & par conséquent à entrer dans l’ordre de la noblesse ; c’est du moins le sentiment de M. de Montesquieu, voyez l’Esprit des lois, liv. XXXI. ch. xxiij. (D. J.)

Homme d’État, (Droit politiq.) celui à qui le souverain confie sous ses yeux les rènes du gouvernement en tout, ou en partie.

Un citoyen d’Athènes ou de Rome nous diroit que le devoir d’un homme d’état est de n’être rempli que du seul bien de sa patrie, de lui tout sacrifier, de la servir inébranlablement sans aucune vûe de gloire, de réputation, ni d’intérêt ; de ne point s’élever pour quelque honneur qu’on lui rende, & de ne point s’abaisser pour quelque refus qu’il éprouve ; de soumettre toûjours ses propres affaires aux affaires publiques ; de tirer sa consolation dans les malheurs particuliers, de la prospérité générale de son pays ; de ne s’occuper qu’à le rendre heureux ; en un mot, de vivre & de mourir pour lui seul.

Mais je ne tiendrai point ici des propos si sublimes, qui ne vont ni à nos mœurs, ni à nos idées, ni à la nature des gouvernemens sous lesquels nous vivons : c’est bien assez de demander à un homme d’état du travail, de l’honneur, de la probité, de servir son prince fidelement, d’avoir l’oreille plus ouverte à la vérité qu’au mensonge, d’aimer l’ordre & la paix, de respecter les lois, de ne pas opprimer la nation, & de ne se pas jouer du gouvernement.

Le vulgaire suppose toûjours une étendue d’esprit prodigieuse, & un génie presque divin aux hommes d’état, qui ont heureusement gouverné ; mais il ne faut souvent, pour y réussir, qu’un esprit sain, de bonnes vûes, de l’application, de la suite, de la prudence, des conjonctures favorables. Cependant je suis persuadé que, pour être un bon ministre, il faut sur toutes choses avoir pour passion, l’amour du bien public : le grand homme d’état est celui dont les actions parlent à la postérité, & dont il reste d’illustres monumens utiles à sa patrie. Le cardinal de Mazarin n’étoit qu’un ministre puissant ; Sully, Richelieu & Colbert ont été de grands hommes d’état. Alexandre se fit voir un grand homme d’état, après avoir prouvé qu’il étoit un grand capitaine. Alfred a été tout ensemble, le plus grand homme d’état, & le plus grand roi qui soit monté sur le trône depuis l’époque du christianisme. (D. J.)

Hommes d’intelligence, (Théol.) nom d’une secte d’hérétiques, qui parurent dans la Picardie en 1412 ; leur chef étoit Fr. Guillaume de Hildernissen, allemand, de l’ordre des Carmes, & un certain Gilles le Chantre, homme séculier. Celui-ci disoit qu’il étoit le sauveur des hommes, & que par lui les fideles verroient Jesus-Christ, comme par Jesus-Christ ils verroient Dieu le Pere ; que les plaisirs du corps étant de simples actions de la nature, n’étoient point des péchés, mais des avant-goûts du paradis ; que le tems de l’ancienne loi avoit été celui du Pere ; que le tems de la nouvelle loi étoit celui du Fils ; & qu’il y en auroit bientôt un troisieme, qui seroit celui du saint-Esprit, lequel mettroit les hommes en toute liberté. Le carme se retracta à Bruxelles, à Cambrai, & à Saint-Quentin, où il avoit semé ses erreurs, & cette secte se dissipa. Mezerai, Hist. de France. (G)

Homme d’armes. (Cart. milit. & hist.) C’étoit dans l’ancienne gendarmerie un gentilhomme qui combattoit à cheval, armé de toutes pieces, cataphractus eques. Chaque homme d’armes avoit avec lui cinq personnes ; sçavoir trois archers, un coutillier, ou un écuyer, ainsi appellé d’une espece de couteau ou bayonnette, qu’il portoit au côté, & enfin un page ou un valet. Charles VIl ayant commencé à réduire la noblesse françoise en corps réglé de cavalerie, il en composa quinze compagnies, chacune de cent hommes d’armes, appellées compagnies d’ordonnance ; & comme chaque homme d’armes avoit cinq autres hommes à sa suite, chaque compagnie se trouvoit de six cens hommes, & les quinze ensemble faisoient neuf mille chevaux. Il y avoit outre cela une grande quantité de volontaires, qui suivoient ces compagnies à leurs dépens, dans l’espérance d’y avoir, avec le tems, une place de gendarme. Au reste, le nombre d’hommes qui étoit attaché à l’homme d’armes, ou qui composoient la lance fournie, comme on parloit alors, n’a pas toujours été le même. Louis XII, dans une ordonnance du 7 Juillet 1498, met sept hommes pour une lance fournie ; François I. huit, selon une autre ordonnance, du 28 Juin de l’an 1526. Les archers de ces hommes d’armes étoient de jeunes gentilshommes qui commençoient le métier de la guerre, & qui par la suite parvenoient à remplir les places des hommes d’armes. Voyez Compagnie d’ordonnance.

Les hommes d’armes, qu’on appelloit aussi gendarmes, formoient le corps de la gendarmerie. Voyez Gendarme.

Homme, (Jurisp.) en matiere féodale, signifie tantôt vassal, & tantôt sujet, ou censitaire, ainsi qu’on le peut voir dans un grand nombre de coutumes. (A)

Hommes allodiaux, étoient ceux qui tenoient des terres en aleu, ou franc-aleu. On les appelloit aussi leudes, leudi vel leodes, & en françois leudes. Voyez le style de Liege, chap. xix. art. 11. (A)

Homme de commune. On appelloit ainsi ceux qui étoient compris dans la commune, ou corps des habitans d’un lieu qui avoient été affranchis par leur seigneur, qui juroient d’observer les articles de la charte de commune, & participoient aux priviléges accordés par le seigneur. (A)

Homme confisquant, étoit un homme, que les gens d’église & autres gens de main-morte, étoient obligés de donner au seigneur haut-justicier pour leurs nouvelles acquisitions, à quelque titre que ce fût, afin que par son fait, le fief pût être confisqué au profit du seigneur haut-justicier, & que le seigneur ne fût pas totalement frustré de l’espérance d’avoir la confiscation du fief.

Quelques coutumes, comme celles de Peronne, veulent que les gens d’église & de main-morte donnent au seigneur homme vivant, mourant & confisquant ; ce qui suppose que le fief dominant & la justice soient dans la même main ; car lorsqu’ils étoient divisés, il n’étoit dû au seigneur féodal qu’un homme vivant & mourant, & au seigneur haut-justicier un homme confisquant.

L’obligation de fournir un homme confisquant au seigneur haut-justicier, étoit fondée sur ce qu’ancienement on ne jugeoit que par le fait de l’homme vivant & mourant : l’héritage pouvoit être confisqué au profit du seigneur haut-justicier ; mais suivant la derniere jurisprudence, l’héritage ne peut plus être confisqué par le fait d’un tiers ; c’est pourquoi l’on n’oblige plus les gens d’église & de main-morte à donner l’homme confisquant, mais seulement l’homme vivant & mourant ; ce qui n’empêche pas qu’il ne soit dû une indemnité au seigneur haut-justicier, lors de l’amortissement, à cause de l’espérance des confisquations dont il est privé. Voyez les Mémoires de M. Auzanet, tit. de l’indemnité dûe par les gens de main-morte. Voyez aussi Homme vivant et mourant. (A)

Hommes et Femmes de corps, sont des gens dont la personne est serve, à la différence des main-mortables, qui ne sont serfs qu’à raison des héritages qu’ils possedent, & qui sont d’ailleurs des personnes libres. Il est parlé des hommes & femmes de corps dans la coutume de Vitry, art. 1, 103, 140 & suiv. Châlons, art. 18, & en la coutume locale de Resberg, ressort de Meaux, & au chap. xxxjx. de l’ancien style de parlement à Paris, & en l’ancienne coutume du bailliage de Bar, & au liv. II. de l’usage de Paris & d’Orléans.

Sur l’origine de ces servitudes de corps, Voyez Beaumanoir, chap. xlv. pag. 254. (A)

Hommes cottiers. On appelle ainsi en Picardie, Artois, & dans les Pays-bas, les propriétaires des héritages roturiers. Ils sont obligés de rendre la justice en personne, ou par procureur, avec leur seigneur. On les en a déchargés en Picardie ; mais cela a encore lieu en Artois, & dans plusieurs autres coutumes des Pays-bas. Voyez l’auteur des notes sur Artois, art. 1, n. 23 & suiv. (A)

Homme de la Cour du Seigneur, sont les vassaux qui rendent la justice avec leur seigneur dominant ; ce sont ses pairs. Voyez l’ancienne coutume de Montreuil, art. 23. (A)

Homme féodal ou feudal, dans quelques coutumes, est le seigneur qui a des hommes tenans en fief de lui. Voyez Ponthieu, art. 72 & 87. Boulenois, art. 15 & 39. Hainault, chap. j, iv & v : mais en l’art. 74 & 81 de la coutume de Ponthieu, & dans celle de Boulenois, l’homme feudal est le vassal. (A)

Homme de fer. C’étoit dans quelques seigneuries, un sujet obligé d’exécuter les ordres de son seigneur, & de le suivre armé à la guerre. La maison qu’il occupoit s’appelloit maison de fer. Il y a encore un homme de fer, joüissant de certaines exemtions, dans le comté de Neuviller-sur-Moselle en Lorraine.

Hommes de fiefs, dans les coutumes de Picardie, Artois & des Pays-bas, sont les vassaux qui doivent rendre la justice avec le seigneur dominant. (A)

Hommes de foi, c’est le vassal. Voyez la coutume d’Anjou, art. 151, 174, 176 & 177. Bretagne, 283 ; 294, & 662. (A)

Homme de foi lige, est le vassal qui doit la foi & hommage lige. Voyez Foi lige & Hommage lige. (A)

Homme de foi simple, est celui qui ne doit que l’hommage simple, & non l’hommage lige. Voyez Hommage simple. (A)

Hommes jugeans, étoient les hommes de fiefs ou vassaux, qui rendoient la justice avec leur seigneur dominant. Il en est souvent fait mention dans les anciens arrêts de la cour, & dans la quest. 169 de Jean le Coq ; les vassaux de Clermont qui jugeoient en la cour de leur seigneur, sont appellés hommes jugeans. (A)

Hommes jugeans ou jugeurs, sont aussi les conseillers ou assesseurs, que les baillifs & prevôts appelloient pour juger avec eux. Il y a encore dans quelques coutumes de ces sortes d’assesseurs. Voyez Hommes Cottiers, Hommes de Fiefs, Hommes de loi. (A)

Homme lige, homo ligius, est le vassal qui doit à son seigneur la foi & hommage lige. Voyez Ponthieu, art. 66, & aux mots Foi & Hommage lige, & Hommage lige. (A)

Homme de main-morte, ou Mainmortable, est la même chose, comme on voit dans la coutume de Vitri, article 78, Voyez Mainmorte (A).

Homme sans moyen, on appelloit ainsi un vassal, qui relevoit immédiatement du roi, comme il est dit au chap. lxvj. de la vielle chronique de Flandres. (A)

Homme de paix, étoit un vassal qui devoit procurer la paix à son seigneur, ou bien celui qui avoit juré de garder paix & amitié à quelqu’un plus puissant que lui. D’autres entendent par homme de paix, celui qui devoit tenir & garder, par la foi de son hommage, la paix faite par son seigneur, comme il est dit en la somme rurale : mais tout cela n’a plus lieu depuis l’abolition des guerres privées. Voyez ci-dessus Hommage de paix. (A)

Homme de pléjure, étoit un vassal qui étoit obligé de se donner en gage, ou ôtage pour son seigneur, quand le cas le requéroit, comme quand plusieurs barons, qui étoient vassaux du roi, furent envoyés en Angleterre pour tenir prison & ôtage pour le roi Jean, & faire pléjure de sa rançon. Voyez les assises de Jerusalem, chap. ccvj. Bouthelier, som. lxxxvij. rur. l. m. 1. chap. vij. pag. 429. (A)

Homme de pote, quasi potestatis ; c’est un sujet qui est dans une espece de servitude envers son seigneur, qui est obligé de faire pour lui des corvées, & d’acquitter d’autres droits & devoirs. Voyez Homme de corps. (A)

Hommes profitables, sont les sujets dont le seigneur tire profit & revenu. Coutume de Bretagne, art. 91. (A)

Homme du Roi, est celui qui représente le roi dans quelque lieu, comme un ambassadeur, envoyé ou résident chez les étrangers, un intendant dans les provinces ; dans les tribunaux royaux, le procureur du roi ; & dans les cours, le procureur général. (A)

Homme de service, est un vassal qui, outre la foi & le service militaire auquel tous les fiefs sont tenus, doit en outre à son seigneur dominant quelque droit ou service particulier, & qui tient quelques possessions à cette condition. Voyez Cujas ad tit. 5, lib. II. feudor. Boutillier, som. rur. (A)

Homme de servitude, sont des gens de condition servile ; ils sont ainsi appellés dans la coutume de Troyes, art. 1 & 6, & dans celle de Chaumont, art. 9. Voyez Homme de corps. (A)

Homme de vigne est une certaine étendue de terre plantée en vigne, égale à ce qu’un homme laborieux peut communément façonner en un jour. l’homme de vigne contient ordinairement 800 seps ou un demi quartier, mesure de Paris. Cette maniere de compter l’étendue des vignes par hommes ou hommées, est usitée dans le Lyonnois & dans quelques autres provinces. En quelques endroits de Champagne, il faut douze hommes de vigne pour faire un arpent de cent cordes, de vingt piés pour corde : dans d’autres l’arpent n’est divisé qu’en huit hommes. (A)

Homme vivant et mourant, est un homme que les gens d’église & autres gens de main-morte, sont obligés de donner au seigneur féodal, pour les représenter en la possession d’un héritage, en faire la foi & l’hommage en leur place, si c’est un fief, attendu qu’ils ne peuvent la faire eux-mêmes, & afin que, par le décès de cet homme, il y ait ouverture au droit de relief, si l’héritage est tenu en fief.

La coutume d’Orléans appelle l’homme vivant & mourant vicaire.

Les gens d’église de main-morte sont obligés de donner homme vivant & mourant, pour toute acquisition par eux faite, à quelque titre que ce soit.

Il n’est dû ordinairement que pour les fiefs ; cependant quelques auteurs prétendent qu’il en est aussi dû un pour les rotures, quoiqu’à dire vrai, l’indemnité suffise pour les rotures ; mais il est certain que l’on ne donne point d’homme vivant & mourant pour les franc-aleux, pas même au seigneur haut-justicier. Voyez Homme confisquant.

C’est au seigneur féodal dominant qu’on donne l’homme vivant & mourant, & non au seigneur haut-justicier.

L’amortissement fait par le roi, n’empêche pas que les gens d’église & de main-morte ne doivent au seigneur homme vivant & mourant, avec le droit d’indemnité.

S’ils ne donnoient pas homme vivant & mourant, le seigneur pourroit saisir le fief, & feroit les fruits siens.

Les bénéficiers particuliers qui ne forment point un corps, ne sont pas obligés de donner homme vivant & mourant, parce qu’il y a mutation par leur mort.

Les communautés ecclésiastiques, & autres gens de main-morte, peuvent donner pour homme vivant & mourant, une personne de leur corps, ou telle autre personne que bon leur semble, pourvû qu’elle ait l’âge requis pour faire la foi ; ainsi à Paris, il faut que l’homme vivant & mourant soit âgé de vingt ans. Dans d’autres coutumes, où la foi se peut faire plûtôt, il suffit que l’homme vivant & mourant ait l’âge requis par la coutume, pour porter la foi.

Quand l’homme vivant & mourant est décédé, il faut en donner un autre dans les quarante jours, & il est dû un droit de relief pour la mutation du vassal. Dans quelques coutumes, comme celle de Péronne, il est dû en outre un droit de chambellage.

Faute de donner dans les quarante jours un nouvel homme, le seigneur peut saisir le fief, & faire les fruits siens.

La mort civile de l’homme vivant & mourant, soit pour profession en religion, soit par quelque condamnation qui emporte peine de mort civile, n’oblige point de donner un nouvel homme vivant & mourant ; il n’en est dû qu’en cas de mort naturelle ; ce n’est aussi que dans ce cas qu’il y a ouverture au fief.

L’obligation de fournir un homme vivant & mourant est imprescriptible, par quelque tems que les gens d’église & de main-morte ayent joui de leur fief. Voyez le tit. des fiefs de Billecoq, liv. V, chap. xij, sect. 6. (A)