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Sommaire

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HISTOIRE DE I. A JAMAÏQUE, Traduite de l Anglois. P \jU,Ù-n Par AL ***, ancien Officier de Dragons. ° <■ Première Partie. A LONDRES, Chez Nourse. M. DCC, LL

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AVIS DU TRADUCTEUR- NE voulant pas en¬ nuyer le Ledeur par un long Avant-propos} je me contenterai de lui dire que l’original dont je don¬ ne la Traduction , m’elt tombé entre les mains dans le tems que j’étois Officier de Dragons dans les Trou¬ pes de France > qu’il m’a fait plaifir, & que je l’ai traduit. On trouvera à la fin de la II. Partie des Planches eu-

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rieufes, & peut-ctre utiles pour l'intelligence des Ma¬ chines, des Plantes, & des Poiflôns qu’elles reprcſen- tent

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HISTOIRE DE LA JAMAÏQUE. Traduite de T Anglois. LETTRE L N bon Vaifîeau & un vent favorable m’ont enfin apporté dans cette partie du nou¬ veau Monde , bien nouveau en effet par rapport à celui que nous habitons, avec qui celui- ci n’a aucune reflemblance. pans cette grande variété d'ob¬ jets qui ſe préſentent à ma vue, 2. Part,\tA

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i Histoire à peine ai-je pu remarquer fur un ſeul viſage l’œil gai & le teint fleuri de l’Anglois. Tous les habitans ont l’air mal ſain, le coloris pâle fie terreux , & le corps maigre. On les prendrait pour des cadavres ambulans , encore revêtus de leur drap mortuaire. Cependant ils tirent parti de la vie le mieux qu’ils peuvent, & font de bonne hu¬ meur dans la converfation. Si la mortaplus de befogne ici qu’ail- leurs, du moins la voit-on venir avec plus d’indifférence. On y vit bien, oncarefleſes amis, on boit de bon cœur , on y gagne de l’argent, & du refte , on ne s’embarafle pas beaucoup de l’avenir. Je remets à vous par¬ ler plus amplement du carac¬ tère des habitans de cette ifle, quand le rems aura augmenté mes connoilïances fur ce point, & que mes habitudes avec eux

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DE L A J A M AÏ Q Ü E. 3 feront devenues plus étendues & plus générales. Notre voyage a été fort Agréable : avec un beau rems & de bons vents on ne trouve pas la navigation pénible. No¬ tre Capitaine elt un homme de bon ſens 5 la franchiſe de ſon naturel lui acquiert d’abord votre eftime : il n’a rien de cettc groflïereté & de cette ru- delTe, défaut trop ordinaire à ceux de fa profeffion. Les 36 J}lois font fort bien traités fous les ordres , & l’on entend à Peine un feul murmure. S’il arrive que les Matelots les mal¬ mai tent , ils n’ont qu’à ſe plain¬ dre , il eft d’accès facile & leur rend d’abord juftice. Je n’ai ja¬ mais vu un meilleur homme > Pbis complaiſant pour ſes amis de plus gracieuſe ſociété. ailleurs il a de la vivacité & de la pénétration dans l’eſprit : Aii

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4 Histoire il eft bon fans oftentation, & & julle fans être ſévere. Je ne dois pas non plus oublier notre Chirurgien, j’ai beaucoup de bien à en dire. C’elt un jeune homme d’un bon naturel & qui a du mérite. Il a fait voir une application continuelle aux dif¬ ferentes fituations de nos ma¬ lades. Son habileté à employer les remèdes propres à les tirer d’affaire , égaloit ſa patien¬ ce à les ſoigner & à les con- ſoler en entrant dans leurs pei¬ nes. Notre vaifleau portoît auili plufieurs paffagers > gens con' noiflant leur monde & les bon' lies maniérés. Pouvois-je après cela n’être pas heureux & con' tent ? Les heures coûtaient ai' fément : chaque jour étoif agréable, & je n’ai pas reflent! un feul moment d’ennui. Outre la converſation no’1’

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de la Jamaïque, 5 avions encore d’autres pâlie- tems médiocres à la vérité, mais aflez doux. Pour le vin5 par exemple , nous n’avions qu’à parler , &C nous en diſpo- fions aufli librement que Gnous avions été à terre. Après quelques ſemaines de Navigation , nous nous apper- ÇÛmes que nous étions dans Un climat plus chaud > & l’humide Empire nous préſenta des ſpeélacles nouveaux &. ſur- prenans pour nous , a des Poiſ- Dauphins. Ions volans dans les airs , UoiïTons des Dauphins qui le jouoient dans les ondes , & de valtes Baleines y roulant peſamment leurs lourdes malTes: ce qui nous ainuſoit beaucoup. Nos Ala- a Le Dauphin efi un poiſlon droit, fort HiJloiregenJ brillant, de la longueur de quatre à cinq 7°yagei. pieds de long avec une queue fourchue &\ti*“' perpendiculaire à l’horiſon. Il nage familié-

  • ei«enr autour des vahſeaux. Sa chair fait de-

foït bon bouillon» AHj

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6 Histoire telots préparèrent & lanceren£ leurs harpons , & prirent un Dauphin. Je fus curieux de voir un animal dont on dit tant de fables. Je le meſurai. Il avoir quatre pieds de longueur , ôc à peu près la moitié de grofleur. Son ventre étoit d’un fort beau jaune , le dos verdâtre , & du relie peu différent d’un gros Saumon , hors par un creux en¬ tre le mufeau Sc le ſommet de la tête. Bien apprêté , c’ell un fort bon manger 5 gras & ap¬ prochant du goût du Turbot. Le Poillon volant a deux lon¬ gues nageoires qui lui fervent d’aîles j & pour la groffeur 6C la figure il reffemble beaucoup au Hareng. Ils ſe tiennent raf- ſemblés & volent par grandes bandes , cherchant à éviter les Bonites. Bonites & les Dauphins qui les dévorent. Ils ne relient hors de l’eau que tant que leurs aîles

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de la Jamaïque. 7 ou nageoires font mouillées, ce oui fait qu’ils tombent ſouvent fur le tiliac des navires , & de¬ viennent une facile proie pour les Matelots, qui les mangent ou s’en fervent comme d’appat pour prendre les Bonites & les Dauphins. Pour la bonté , je le regarde comme une efpéce de Merlus j car j’y trouve peu de différence , ſoit pour le goût, foit j?our la figure. Sa peau n’elt pas a la vérité d’une couleur ſi claire ni fi argentée : il eft aufli moins grand 5 mais en gros, ces deux poifions ſe. reflemblent beaucoup. A peine étions-nous à 50 degrés de latitude, que nous fu¬ mes frappés de la vûe d’une Trombe,a météore ſurprenant, Trombe quoique commun fur la mer ,iner- a II eft remarquable que lorſque le rems cſt chargé & le vent orageux , foufflant en Bicme tems de plus d’un côté , les Trombes A iiij

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Dans ! Cours de ciiymic. 8 Histoire ſurtout dans ces parages, & fi redoutable aux vaifleaux. D’a¬ boi d on apperçoit un nuage épais , dont la partie ſupérieu- re elt blanche > l’inférieure fort noire : de celle-ci pend ou deſ- font plus communes près des Caps deLarikea, de Greego& de Carmel ( en Syrie ) qu'ils ne le font dans aucune autre partie de la Mediterra¬ née. Celles que j’ai eu occafion de voir, m’ont parû autant de cilindres d’eau qui tom- boient des nuées, quoique par la réflexion des colomnes qui deſcendent, ou par les goûtes qui ſe détachent de l'eau qu’elles contien¬ nent , & qui. tombent, il ſemble quelquefois , flirtent'quand on en eft à quelque diïiance , que l’eau s’élève de la mer en haut. Pour Tendre raiſon de ce phénomène , on peut ſuppoſer que les "nuées étant alTemblées dans un même endroit par des vents oppoſés, ils les obligent, en les preifant avec violence, de ſe condenlèr& de descendre en tourbillons. i Ltmery ſuppoſe que ce phénomène eſtproduit par des tremblemens de terre & des éruéta- tions qui ſe font au fond de la mer ; ce qui ne me paroît pas vraiſemblable. Ariftote , in Aïcnorolog. n’explique pas mieux la choie par les vents qu’il appelle typhons & fiphons, parce que , dit-il , ils attirent fouvent l'eau. Voyages de Shaw dans les Royaumes d’Alger & de Tunis , tome i. f. j $.

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de la Jamaïque. 9 cend ce qu’on appelle propre¬ ment la trombe , qui refleni- ble à un tuyau fait en cône , fort gros par le haut. Au deſ- ſous l’on voit toujours la mer bouillir, & s’élever comme un jet d’eau qui ſe ſoutient plu- fieurs verges au deflus de la fur- face de la mer, en forme de co¬ lomne , de l’extrémité de la¬ quelle fort & s’étend une eſpé- ce de fumée. Fort ſouvent le cône deſcend fi bas qu’il touche le milieu de la colomne & s’y- attache pour quelques mo— mens > mais quelquefois il ne fait que s’en approcher à quel¬ que diftance , tantôt directe¬ ment , tantôt obliquement. Il efl quelquefois difficile de diſ- tînguer lequel des deux , la- colomne ou le cône paroît le premier quoique générale¬ ment parlant ce ſoit le bouil¬ lonnement. de l’eau & la co» A y

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10\tHistoire lomne. Car le plus ſouvent le cône ne paroît creux qu’à la fin, Sc quand l’eau de la mer attirée violemment s’élève dans ſon centre. Auffitôt après, ce canal diſparoît, & le bouillon¬ nement continue encore quel¬ que tems , même jufqu’à ce que la Trombe ſe forme de nouveau & reparoiffe encore : ce que ſouvent elle fait plufîeurs fois dans un quart d’heure. La vraie cauſe de ce phé¬ nomène fi dangereux & fi mer¬ veilleux ell fort peu connue, 11\teft cependant affez pro¬ bable que c’eft l’effet d’un tournoyement des nuages pouf¬ fes par des vents contraires & qui ſe rencontrant dans un point centrale , s’affaiffènt par là èc deſcendent en forme de tuyau , à peu près comme la vis d’Archimede j Sc que l’extrême condenſation & la gravitation

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dela Jamaïque, ii Violente de ce mouvement cir¬ culaire, attire & éleve l’eau de la mer avec une force prodiçieuſe. Or comme c’eſt ce mouvement qui l’attire & la ſoutient > dès qu’il rencontre un obftacle à ſa rapidité dans le poids de ces eaux, le phénomène cefle parla dilTolution des nuages qui crè¬ vent & lailTent tomber les eaux qu’ils ſoucenoient. Lorſ- qu’on voit approcher ces Trom¬ bes il faut tacher de les rom¬ pre à coups de canon, ou du moins de les détourner par le bruit de l’artillerie qui cauſe dans l’air Un tremblement & un frémilTement contraire à cette agitation circulaire qui les forme. Je ne vous dis rien des ré- jouiflances & des cérémonies matelotes à l’approche du Tropique. Pareilles bagatelles ne valent pas la peine d’être A vj

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12 Histoire écrites. Dans ce point de la mer on s’eſtime éloigné des terres de cent lieues de tout côté , &c cependant on eſt en¬ touré d’une multitude prodi- Oifeaux àgieuſe d’Oiſeaux. On prétend ioo lieues qU’oil en voit toujours dans des terres. 1 f ■ j\t■\t\ -i cette latitude i mais d ou ils viennent , où ils nichent, & quels font leurs noms, c’eft je crois ce que perſonne ne fçait. Quant à leur figure, ils font à peu près de la grolfeur d’une Oye d’automne , tout blancs „ avec le bec &. le col fort longs.. Nous n’allâmes pas bien loin Vents ali- fans trouver les vents aliſés, qui nous menoient bon train &; nous faiſoient faire fans peine deux lieues par heure. Ces vents qui foufflent conltam- ment de l’Elt à l’Oueft entre les deux Tropiques , font cau- ſés par le jmouvement journa-

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de la Jamaïque, Iter du ſoleil dans cette partie du globe. L’air de cette zone ſucceflïvemenr échauffé & raré¬ fié par cet aſtre, cède à l’im- pulfion de l’air plus froid , plus condenſé fie plus peſant qui le fuit. Leur rencontre nous fut d’une double utilité : car en rendant notre navigation plus aiſée , ils nous empêchoient d’avoir trop à ſouffrir de la cha¬ leur qui étoit exceffive. Je ne ſçaurois vous bien repréſenter combien nous avions à nous louer de leur compagnie , combien ils nous ſoulageoient & nous fortifioient par leur fraîcheur. En vérité , fans cette heureuſe précaution de la na¬ ture bienraifante , la chaleur étouffante de ces climats n’en auroit fait que d’arides déſerts. Seroit-il hors de propos d’en¬ trer plus avant dans l’explica¬ tion de ce phénomène curieux,

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14 Histoire dont le genre humain tire tant d’avantage > Je crois que non : mais pour m’en bien acquitter, je vais copier ce qu’en a dit l’ingénieux Aï. Hallev. T\t, n\tJ\tt r Le vent n elt autre choie qu’un courant d’air 5 or , où ce courant elt perpétuel, il faut néceflairement qu’il y ait une cauſe permanente fié perpé¬ tuelle de ſa direction. C’elt ce qui fait que bien des gens croient que cette caufe elt la rotation journalière de la terre fur ſon axe. Comme elle tourne d’occident en orient, les par¬ ties mobiles & fluides de l’air étant exceflïvement plus lé¬ gères , tournent avec moins de vitefle , paroilfent ſe mouvoir vers l’Oueltpar rapport à la fur- face de la terre, & deviennent un vent d’Elt confiant & inva¬ riable. Ce qui ſemble confir¬ mer cette opinion , c’elt que

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de la Jamaïque. 15 ces vents régnent feulement près de l’Equateur , & dans ces parallèles ou . le mouvement diurne eft le plus rapide. Il faut avouer néanmoins que les calmes continuels de la nier Atlantique dans le voi- ftnage de la Ligne, les vents d’Oueft près des côtes de Gui¬ née, & les mouflons ou vents d’Oueft périodiques fous l’E¬ quateur dans les mers des In¬ des , font des argumens bien forts contre cette hypothe- ſe. D’ailleurs l’air étant atta¬ ché , pour ainfi dire , à la terre par la gravitation , ne de- Vroit-il pas avec le tems , ac¬ quérir le même degré de viteſſe que celui qui fait mouvoir la ſurface du globe , auffi bien pour le tournoyement diurne que pour l’annuel autour du Soleil, qui eft environ trente loi s plus rapide ?

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ï 6 Histoire Il faut donc avoir recours à quelqu’autre cauſe capable de produire un effet fi confiant, qui ne ſoit pas ſujette aux mê¬ mes objections , & qui puiffe s’ajufter aux propriétés de l’air & de l’eau, & auxloix du mou¬ vement des fluides. Telle pour- roit être l’aétion des rayons du Soleil fur ces deux élémens, en confidérant enfemble fou pafla^e journalier au deflus de l’Ocean, & le terrein & la fi- tuation des continens voifîns. Suivant les loix de la ftati- que., l’air qui elt. moins raréfié par la chaleur, & conſéquem- ment plus peſant, doit, pour refter en équilibré , ſe mou¬ voir autour de celui qui eft & plus raréfié & moins peſanc. Ainfi l’action du Soleil ſe por¬ tant continuellement vers l’oc¬ cident , ce doit être aufli la tendance continuelle de toute

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de la Jamaïque, 17 la maffe de l’air inférieur. C’eft ainfi que fe forme un vent d’Eft général, dont tout l’air de ce Vafte océan étant agité , ſes parties ſe pouffent l’une l’au¬ tre & confervent ce mouve¬ ment juſqu’au prochain retour du Soleil : ce retour lui rend les degrés de viteffe qu’il peut avoir perdus, & ainfi ce vent devient invariable &. perpé¬ tuel. De ce même principe il fuit que ce vent d’Eft, dans la par¬ tie feptentrionale de l’Equa¬ teur , tendroit au Nord-Eft, comme dans la méridionale au Sud-Eft : car auprès de la Li¬ gne , l’air eft beaucoup plus ra¬ réfié que par tout ailleurs ; par¬ ce que le ſoleil y eft vertical deux fois l’année , & ne s’en éloigne jamais de plus de vingt- trois degrés Si demi, diftance où le Soleil étant au finus de

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18 Histoire l’angle d’incidence , le rayon eft un peu plus court que la perpendiculaire : aulieu que fous les tropiques , quoique le Soleil ſoit longtems vertical, cependant il s’en éloigne de quarante-ſept degrés , ce qui y fait une eſpéce d’hiver où l’air eft fi froid , que la cha¬ leur de l’été ne lçauroit ré¬ chauffer au même degré que celui qui eft fous l’Equateur. Ainfi l’air, vers le Nord & le Sud , étant moins raréfié que fous la Ligne , il faut néceflai- rement que des deux côtés il tende & ſe porte vers l’Equa¬ teur. Cette tendance jointe au vent d’Eft ci-defiſùs , ſatisfait à tous les phénomènes de ce vent alifé général, qui régneroit in¬ dubitablement tout autour de la terre , de même que dans les mers Atlantiques & d’Ethio¬ pie , fi toute la ſurface du globa

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de la Jamaïque. 19 étoit mer. Mais comme plu- ſieurs continens s’y rencon¬ trent , il faut faire attention à la nature de leurs terroirs & à la pohtion des montagnes élevées, qui font les deux principales cauſes de ce que le vent ne fuit pas toujours cette régie géné¬ rale que nous avons établie. Car fi un pays voiiin du ſoleil ſe trouve erre un terrein bas, uni & ſabloneux , tel que les déſerts de Lybie , où la cha¬ leur des rayons du ſoleil réflé¬ chie par les fables brùlans, eſt incroyable à ceux qui n’y ont pas été : l’air étant exceflive- ment raréfié , il faut que ce ſoit vers ce côté-là que ſe porte celui qui eſt plus froid & plus denfe , pour conſer- ver l’équilibre entre eux. C’eft à cela qu’on attribue ces vents qu’on trouve proche des côtes de Guinée } & qui

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ſ «© Histoire portent toujours à terre , ſouf- îlant à l’Oueit , au lieu de le faire à l’Eff. Qu’on préſume de-là quelle doit être la cha¬ leur de l’intérieur de l’Afri¬ que , puiſque même dans les côtes ſeptentrionales, elle eft déjà 11 exceffive que les An¬ ciens en concluoient qu’elle devoir rendre inhabitable tout ce qui étoit audelà des Tropi¬ ques. De ce rte même cauſe pro¬ viennent ces calmes continuels dans cette partie de l’Océan , appellée les Rains. Dans ce parage ſitué entre les vents d’Oueſt qui ſoufflent vers les côtes de Guinée Si les vents d’Eff aliſés l’air pouffe égale¬ ment des deux côtés, refte en équilibre & fans mouvement i Si le poids de l’atmoſphére voi- ffn étant diminué par ces vents contraires & permanens , cec

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de la Jamaïque, 2 r air ne peut y ſoutenir les vapeurs abondantes qu’il re¬ çoit : ainfi elles tombent SC tonnent des pluies .très-fré¬ quentes. Mais comme l’air froid. & denſe , à cauſe de fa plus gran¬ de peſanteur prelfe celui qui ed chaud & raréfié, il ed facile de démontrer que ce dernier doit s’élever continuellement en même tems qu’il ſe raréfie , & s’étendre enſuite pour con- ſerver l’équilibre j c’ed-à-dire, qu’il faut que l’air ſupérieur , par un courant oppolé coule & s’éloigne des parties où la chaleur eft plus grande. Ainli par une efpece de circulation entre ces vents aliſés , le vent de Sud-Ed fui vra celui de Nord- Eft > &celuide Sud-Oued celui de Nord-Oued. Que ceci ſoit plus qu’une fimple conjecture> c’ed ce qu’on peut inférer de

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22 Histoire ce qu’on éprouve fréquem¬ ment en paflant les limites des parages ou ſoufflent des vents aliſés , où l’on voit dans un inftant un vent ſe changer en un autre diamétralement oppoſé. Ce qui confirme en¬ core plus ce ſyftême , eft la facilité qu’il donne pour ex¬ pliquer les vents mouffons, phénomène inexplicable dans tout autre ſyftême. Après avoir fait route encore quelque tems , nous vîmes le foiiTon Poillon Pilote ,aainfi nommé , Pilote. parce qu’on le voit toujours précéder celui que l’on appelle 3 Le Poilfon Pilote efi de la grolleur du Ha¬ reng, & d’une allez belle couleur. Ces poilfons accompagnent toujours le Requin, s’en appro¬ chent familièrement & s’attachent afon dos. On ſuppolè qu'ils lui font découvrir la proie Si l’avertiirent des dangers. Je croirois qu’ils ont, ainfi que d’antres poilfons, l’inltinél de le ſuivre pour fe nourrir de quelques parties de là proie.

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de la Jamaïque. aÿ Goulu. Nous efſayames tou¬ tes fortes de façons de le prendre 5 mais en vain : il évi- toir toutes les amorces que nous lui prétentions. C’eft en vérité le poilTon le plus parti¬ culier que j’aie vu., &. qui pa¬ roît dans l’eau de la figure la plus jolie qu’on puiffe imagi¬ ner. Son corps elt bigarré de cent couleurs éclatantes , dif- perfées le plus agréablement du monde. Sa vue fit conclure à nos Matelots qu’il falloir qu’il y eût un Goulu bien près de nous. Auffi ils amorcèrent bien Vite un fort crampon avec une pièce de boeuf 5 &L en moins de deux heures on trouva que cet animal vorace s’y étoit pris. On le tira fur le pont avec pei¬ ne : & le Charpentier le mit d’abord en pièces à coups de hache. J’aurois déliré qu’il ne l’eût pas fait fi promptement, Goulu;

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«4 Histoire car cela me fie perdre l’occafiori de l’examiner auffi ſoigneuſe- ment que j’eufîe voulu. Au¬ tant que j’en pus juger, il étoic Chien de fait comme le Chien de mer, a îer’ & monftrueuſement grand. Sa tête a Le Requin , ou Chien de mer , que les Anglois appellent Shar^ , le les Portu¬ gais Tuberoue, paroît d’ordinaire dans les tems calmes. Il nage lentement, à l'aide d’une haute nageoire qu'il a fur la tète : fa gueule qui va juſquau milieu de ſon col , eft éloignée d’un pied du mufeau , enforte que pour faifir ſa proie il faut qu’il fe tourne fur le côté ; ce qu’il fait avec beaucoup de peine. Ainfi pour choifir fou tems, il poulie devant lui ce qu’il pourſuic & veut haper. Ses dents font fi tranchan¬ tes qu’elles coupent la cuill'e ou le bras suffi net que la hache la plus affilée. Il a aulfi tant de force dans la queue, qu’il calferoit une jambe d'un feul coup , fi on s’en approchoit trop quand il eft pris. Il a la tête platte & unie : ſes yeux fonr grands, ronds , enflammés. Il a trois m⬠choires l’une fur l’autre triangulaires, les dents plattes & pointues, extrêmement fortes & ferrées. Outre la nageoire qu'il a fur le dos, il en a une plus petite près de la queue, & deux

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de la Jamaïque. 25 tête écoit auflï de la même for¬ me que la leur : fes dents fort ferrées : il en avoir trois ran¬ gées , & toutes étoient trian¬ gulaires , dentelées très-ai¬ guës. Il a le golîer fort grand , & l’on trouve quelquefois dans & deux médiocres fous le ventre. Il a quel¬ quefois vingt-cinq pieds de long fur quatre de diamètre. Sa peau eft force & rude , quoi¬ que peu épailïe. Il efl. vivipare & ſa matrice leflenible à celle de la chienne. Sa chair eft coriace, maigre , gluante & de mauvais goût. Son ventre ſeul , mariné vingt-quatre heures & bouilli, eſt un manger lüpportabie. Ses petits , trouves dans le ventre de la femelle & dégorgés un jour ou deux, font aflez bons à manger. Sa cervelle rôtie devient dure com¬ me une pierre. Il fuit la proie avec tant d’avidité qu’il s’é¬ lance quelquefois fur le fable. Les Nègres , lorſqu’il fe tourne pour mordre , plongent & le frappent fous le ventre. Sa voracité lui fait svaler toutes fortes cl’amorces. On le prend d’ordinaire avec un crochet armé d’un mor¬ ceau de viande & attaché avec une chaine de fer.\t* Quelques Auteurs diftinguent le Bequin du Chien de mer, qu’ils font trois fois plus petit.\t■ B

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Histoire ſon ventre des corps humains à demi digérés ou même tout en¬ tiers. Sa peau eft rude , rabo- teuſe & couverte d’un grene- tis fort denſe. C’eft avec quoi les Bahutiers & les Faifeurs d’étuis couvrent toutes fortes d’ouvrages. C’eft fans contre¬ dit l’animal le plus deftruétif que la mer nourrifle dans ſon fein 5 & la crainte d’en être dé¬ vorés , empêche bien des gens d’oſer s’y baigner. Enfin après quelques ſemai- nes paflees aflez doucement, nous prîmes terre. La première que l’on put découvrir nous cauſa une joie inexprimable. Nous regardions avec des yeux avides les montagnes encore éloignées , & nous reflentions des tranſports extraordinaires à la vue de ce nouveau Monde. Me Saint- Nous mourions tous d’envie Chelfto~ d’aller à terre. Notre Capitaine

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de la Jamaïque. 37 Cut la complaiſance de nous laifTer deſcendre à Saint-Chri- ftophe j & nous y fûmes parfai¬ tement bien reçus. Le Com¬ mandant de Bafi’eterre , qui eft la Capitale de cette Me , nous parut un homme bien né, d’un commerce aiſé , ami enjoué , hôte affable, & d’agréable con- Verſation. Il nous fit un ac¬ cueil fort poli, & nous régala ffe plufieurs des bonnes choſes due produit l’Amérique. C’eft la que nous goûtâmes pour la première fois de la Tortue, & <}ue nous vîmes les premières pommes de pin , les premières cannes de ſucre, 8c des champs Agréables , entourés de haies de Citronniers. Si nous eûmes heu de nous louer de la bonne, teception , nous en eûmes au¬ tant d’être flattés des adieux 'jn’on nous fit. On eût dit à leurs regrets , que nous étions Bij

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aS Histoire d’anciens & intimes amis.' T Après un ſéjour de peu de durée & nous être pourvus de ce qui nous manquoit , nous remîmes à la voile. Il y a là un courant violent qui va de l’eft àl’oueſt. Il elt occafionné par les vents aliſés, & leur rencon¬ tre avec les illes connues fous le nom générale des Caraïbes. Il favoriloit fi bien notre route que le ſeptiéme jour , après avoir quitté Saint-Chriftophe , nous arrivâmes à la vue de la Laïamaï-Jamaïque. A une petite diftan-

i4C' ce cette Ifle forme un magnifi¬

que coup d'œil. Les hautes montagnes toujours vertes ôC ombragées de grands bois , les petites plantations qu’on dé¬ couvre lur leurs pentes ou dans les vallées audelſous , préſen- tent une perſpeétive ſombre , mais agréable. Nous voguâmes doucement le long de la terre

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de la Jamaïque. 29 fans jamais perdre de vue cette contrée dans laquelle nous étions fur le point de nous éta¬ blir. Je ne pus dans cette occa- fion, retenir une foule de pen- fées qui m’agi toient violem¬ ment. Quelquefois avec des foupirs, je me rappellois l’heu¬ reux climat & les aimables con- tioillances que je venois de quitter > je me repréſentois avec tranſport l’Angleterre , ſa précieuſe & éternelle liberté , les beaux arts dont elle eft le théâtre , les Sçavans dont elle eft la nourrice, & les vertus dont elle eft la protectrice. Heureux ſéjour où le plus chétif payſan, aiſé & tranquille, jouit fans trou¬ ble du fruit pénible de ſon tra¬ vail ! Tandis que moi j’allois me fixer dans un pays encore à demi défère, en proie à des dif- feulions inteftines , où l’eſcla- Vage étoit établi, & où le pau- B iij

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30 Histoire vre malheureux travailloit fans cefle au milieu d’une chaleur étouffante , fans jamais avoir goûté les douceurs de la liberté, ou recueilli le moindre avanta¬ ge d’une laborieuſe induftrie» enfin dans un pays qui n’avoit rien de remarquable que la ver¬ dure de ſes campagnes. J’étois abſorbé dans ces pen- ſées quand Port-Royal ſe pré- fenta à notre vue. Nous jettâ- mes l’ancre & deſcendîmes à terre à cette pointe où eft le Fort Charles, qui défend l’en¬ trée du havre qui eft un des meilleurs morceaux de fortifi¬ cation qu’il y ait en Amérique. Nous prîmes une Chaloupe pour aller à Kingfton , envi¬ ron à cinq milles ae-là. On n’y ſçauroit aller par terre de Port- Royal , fans faire un circuit de plus de quinze milles, 6c cela par un chemin fort dangereux.

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delà Jamaïque. 31 Kingfton eft une jolie ville, Kingfton. grande & bien ſituée. C’eft la réfidence des Marchands les plus confîdérables : ce qui en fait une ville d’un vafte com¬ merce. On y vient charger & décharger les vaifteaux 5 & la baye qui eft vis-à-vis , n’eft ja¬ mais fans deux ou trois cens bâtimens. Comme nous avions beau- 36 Mois- coup de 3 6 Mois fur notre bord, Sc parmi eux quelques habiles artiſans , nous vîmes bientôt accourir nombre de Maîtres de plantations, qui venoient pour faire accord & pafler contrat avec eux. C’étoit quelque cho- ſe de touchant de voir ces mal¬ heureux pafler en revue devant leurs futurs tyrans, qui les éplu- choient & les examinoient à peu près comme nous ſaiſons un cheval. Chacun choiflt ce¬ lui qui lui plaît le plus. Un bon B iiij

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32 Histoire ouvrier ſe vend juſqu’à 40 liv. ilerl. les autres 20 par tête, Ils avoient été fi bien nourris &C fi bien traités pendant le pafla- ge , qu’ils avoient tous un air de vigueur , de ſanté Sc de fraî¬ cheur , qui fut cauſe qu’ils fu¬ rent vendus fur le champ 5 au- lieu que peu après un autre vaifiTeau chargé de même que nous , mit à terre une multitu¬ de' de pauvres miſérablcs, exté¬ nués, & ſemblables à des ſque- lettes. La miſere étoit peinte lur leur viſage , & l’on pou¬ voir lire dans leur contenance ſombre abbatue , les mau¬ vais traitemens qu’ils venoient d’efluyer fur mer. Il eft horri¬ ble à raconter toutes les bar¬ baries dont ils ſe plaignoient. Un mot ou un regard équivo¬ que étoit traité de delléin de mutinerie. Et d’abord, un jeû¬ ne ſévere , des menotes , la

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de la Jamaïque. 35 fumigation ou telle autre puni¬ tion s’enſuivoit. Il faut vous dire cependant que ces cruau¬ tés ne s’exercent que dans peu de vaifleaux. En général , les Capitaines ont troja d’humani¬ té & de générofite pour com¬ mettre de pareilles baflefles, & l’honneur ſuffit pour les empê¬ cher de tourmenter des gens fans ſecours, & de redoubler par-là leur infortune. D’ailleurs les 3 6 Mois font cenſés devoir être bien traités : leurs maîtres payent leur palTage. Et ſero-it- ce pour eux une raiſon de les maltraiter d’avance , pour ainfi dire , que ce contrat par lequel ils s’obligent volontairement à fervir un nombre fixe d’an¬ nées ? Adieu , je continuerai de tems en tems à vous rendre compte de ce que je remar¬ querai de curieux , vous Bv

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34 Histoire Fouvez compter fur la vérité & exactitude de mes récits. LETTRE II. QUelque horrible idée que je me ſulTe formée de ce pays à mon premier abord , je trouve aujourd’hui qu’il a trop de beautés pour ne pas attirer mon attention. Il produit mille curiofités ſurpre- nantes. Et la nature propice , en revanche d’une chaleur étouffante qu’on y reſpire , l’a enrichi de divers avantages dont peu de contrées peuvent fe glorifier. Je m’occupe à en faire des obſervations dont je vous entretiendrai avec le tems. En attendant je crois devoir commencer par vous donner une idée de cette ifle. Elle eft ſituée au 17e. degré

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de la Jamaïque. 35 40 minutes de latitude ſepten- Situation trionale , environ à dix-huit j/1^]nedeur lieues de Cuba , vingt-quatre1 u ' de Saint-Domingue , cent quarante de Cartagene, qu’elle a au ſud-eft. Sa longueur eft d’environ cent foixante milles, & ſa largeur de cinquante- cinq. Elle eft de forme ovale > ſe retreciflant toujours de plus en plus depuis ſon mi¬ lieu juſqu’à fes extrémités „ qui fe terminent en pointes. Elle contient plus de quatre mil-^Tpi'dUe lions d’acres de terre. Une chaî- 7S ne de montagnes qui va à peu près d’Eft en Oueft , la partage d’un bout à l’autre. Plufieurs Rivières, belles rivières y prennent leur fource > & coulant des deux côtés vers la mer, y forment de jolis canaux qui arrofent en paflant les vallées, & fournirent aux habitans une eau douce Se fraîche , avec abondance de B vj

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Histoire poiflons de différentes eſpecesJ Nous ne pouvons pas à la véri¬ té nous vanter d’y trouver beaucoup de ceux qu’on voit en Europe > mais les poiffons que nous y pêchons ne leur cèdent point en délicateffe. Le Mulet y eft d’un goût exquis , 6c le Caltpever n’eſt pas beaucoup au deffous du meilleur Sau¬ mon : je ne connois pas de poiſ- fon plus gracieux au palais. Nous avons auffi quantité d’An¬ guilles 8c d’Ecreviffes, 8c d’au¬ tres poiffons que j’aurai occa¬ sion de vous nommer 8c de vous décrire une autre fois. Aucune de ces rivières n’eft navigable & ne pourroit le devenir qu’a¬ vec des dépendes immenſes : mais quelques-unes font affez larges pour qu’on puiffe voitu- rer les ſucres dans des canots, des plantations les plus recu¬ lées de l’Ille juſqu’au bord de

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de la JamaïQùe. 57 la mer. Je défieroîs qui que ce fut d’en donner une lille exacte : plufieurs diſparoiiTent quand les orages font finis , ou chan¬ gent leurs cours ou perdent leur nom. Quelques-unes cou¬ lent fous terre pluſieurs milles , telles que Rio-Codre & Rio- Pedro dans le val Saint-Tho¬ mas. La première ſe perd à neuf milles de l’endroit ou elle repa- roit. L’autre coule deux milles au travers d’une montagne oit fort également avec grand bruit. Quand les Nègres veu¬ lent y pêcher, ils en bouchent l’entrée , &. par l’autre côté de la montagne, entrent aiſément dans cette cavité où ils pêchent allez avant avec ſucccs. Cette riviere n’eft éloignée de Spa- nish-Town que de douze mil¬ les , & palſe au travers de la plantation du Conſeiller Tou

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38 Histoire terdale. L’autre en eft (liftante d’environ vingt-deux milles & fort de la montagne ap^ellée le Mont du Diable , près de l’habitation de M. Lord. Qualité L’eau eft fort bonne dans de 1 eau. toute cette Ifle , hormis dans Îpelc^ues endroits où elle eft aumatre & d’aucun uſage. Dans ces cantons on ſe fert d’eau de pluie qui eft fort faine ; mais il y en a peu où l’on foit réduit a cette extrémité , hor¬ mis dans les montagnes voilines de Ste. Catherine > dans les p⬠turages du même diftrict, dans le reüort de Port-Royal, & dans quelques ſavanes peu confidé- la mêmecliO' fables_ Monta- Les montagnes, ainfi que la gnes. plus grande partie de l’Ifle , font couvertes de bois t qui ne cellent jamais d'être verds en quelque ſaifon que ce foit. Il fait ici un printems éternel 3 &

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de la Jamaïque, 39 les fleurs naiflantes du mois d’Avril n’effacent pas les beau¬ tés de celui de Décembre, Vous y voyez le Cèdre, le Lignum vitæ , le Mahogany & cent for¬ tes d’arbres , parer le fommet des montagnes, mêler bizare- ment leurs branchages , con¬ fondre agréablement les diffe¬ rentes nuances de leur verdu¬ re , ôc former de jolis boſquets & de fraîches retraites j les uns élever une tête altiere , & les autres ſe nourrir & végéter à l’abri de leur ombre favora¬ ble. Les vallées qui font culti¬ vées n’offrent pas de moindres agrémens : elles portent de mê¬ me les vertes livrées de la natu¬ re, & ne plaiſent pas moins aux veux , quoiqu’elles doivent leurs beautés a l’art. Elles pro- duiſent les plus riches plantes de l’univers * telles que les Valléerî

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40 H I S T 0 I R "et Cannes de lucre , le Ginger forte d’épicerie, & autres de cette eſpéce , qui font bien plus lucratives pour leurs pro¬ priétaires qu’une part dans les fruits, mines du Potoſy. Nous pou¬ vons auffi nous glorifier de la grande quantité de Limoniers que nous avons. Enfin les fruits font fi communs qu’on ne les regarde preſque jaas. Vous pouvez, à droite Si a gauche des chemins , cueillir le Goiave. le Starapple , le Goiave ,a le a Le Goîavîer eſt un arbriifeau de ſept à ïjles. Labate, huit pouces de diamètre, qui vient facile- i,i. no. ment par tout où la graine tombe, & rem¬ plit en peu de tems les ſavanes. Son fruit relſemble alſez à la Pomme de rainette, ex¬ cepte qu’il a une couronne à peu près com¬ me celle de la Grenade. Son écorce paroît unie Sc douce de loin , mais elle eſt rude & pleine d'inégalités. Elle a trois lignes d'épais feur, quand le fruit eſt verd , & un peu plus: quand il eſt en maturité. Elle renferme une ſubftance rouge ou blanche , car il y en a de deux qualités. Mure, cette fubftance n’a pas. plus de confiftance que celle de la Nèfle >

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de la Jamaïque. 41. Citron , le Mamet a & cent Le Mamers elle eft mêlée de quantité de petites graines aufli rouges ou blanches, de la grolleur de la navette & fort dures. Comme cette graine are ſe digéré point, les animaux la rendent avec leurs excrcmens, & ainfi ils en ſement partout. Quand le fruit eft mur , ſa peau eft d’un jaune de Citron également dans les deux e(- péces. Sa fleur reffemble affez à celle d’un Oranger, mais elle a moins de confiftance & moins d’odeur, quoiqu’elle en ait une fort douce & fort agréable. Ce fruit eft d’un fort bon goût & fort ſain. Verd, il refferre, & fait le contraire bien mur. On le mange &. on l’apprête de diffé¬ rentes façons. O11 prétend qu’il eſt fpécifique contre le flux de ventre. a Le Manier, ou L’Abricot de Saint-Domii>\tib!ii ■gue, ne mérite ce dernier nom que par la '■ i-f* 341* lêule couleur de ſa chair. L’arbre qui le porte devient grand , & il eſt tin des plus beaux qu’on puiffe voir. Son bois eft blanch⬠tre , les fibres affez grolſes , liantes. Son écorce eff griſe, ordinairement affez unie. Ses feuilles longues de fix à ſept pouces, en maniéré d’elliple un peu pointues par le bout, font d’un très-beau verd & preſque de l’cpaiſ- ſeur d’une pièce de quinze fols. Comme ſês branches font allez égales , grandes & fort garnies de feuilles, il fait un ombrage char¬ mant. Son fruit eft preſque rond , quelquefois da la figure d’un cœur dont la pointe eft énroufo

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42 Histoire autres fortes. En un mot on pourroit s’imaginer être ici dans fée. Il a depuis trois juſqu’à ſept pouces de diamètre. 11 eft couvert d’une écorce gri fa¬ ire , de l’épaiffeur d’un écu & même davantage, forte & liante comme du cuir. Apres qu’on a fait une ou deux incifîons à cette écorce de toute la hauteur du fruit, on laleve comme fion écorchoit le fruit. On trouve'une pellicule jaunâtre affez forte, quoique mince & adhé¬ rente à la chair. Après qu’on l’a enlevée, on trouve la chair du fruit qui eft jaune, ferme comme celle d’une Citrouille, & d’une odeur aromatique qui fait plaifir. Quand on le mange crud, il laiffe dans la bouche une fort bonne odeur, mais un goût un peu amer & gommeux. La maniéré ordinaire de le man¬ ger , eft de le couper par tranches affez min¬ ces , que l’on met une heure dans un plat avec du vin & du lucre : cela lui ôte lôn amer¬ tume & &. gomme. Il eft excellent pour la poitrine, fort ſain & fort nourriffant. On trouve dans ſon milieu un , deux, & ſouvent trois noyaux gros comme un œuf de Pigeon. Lorfqu’il n’y en a qu’un feul, l’arbre qui en proviendrait ſeroit immanquablement femelle & porterait des fruits : lorſqu’il s’en trouve davantage , cela eft caſuel, & ces noyaux pourraient produire des arbres males qui ne porteraient que des fleurs fans fruits. L’amande du noyau eft blanche, affez amere & aftringente , à ce qu’on prétend. Le nom du Mamet vient des Eſpagnols.

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de la Jamaïque. 45 une eſpéce de paradis, fi tous ces avantages n’y étoient con¬ trebalancés par d’aflez grands déſagrémens. Ces rivières fi Animaux belles font habitées par denuifîWes- terribles Alligators. Les prai¬ ries £c les marais font rem¬ plies de Guanasa ou. Galliwash 5 Le Guana, Serpent. a Le Guana eft une eſpéce de Lézard ref- H>Jl. sim. ſemblant au Crocodile, mais beaucoup plus ie‘\t» petit. Il a rarement plus d’une aune de long. I0‘ f‘ 1 ** Les Nègres le mangent. Il a le goût du La¬ pin. Cet animal entre la nuit dans les huttes des Nègres & ſemble prendre plaifir à leur paffer fur le vifage. Sa morſure, quoique non venimeuſe , eft à craindre, parce qu’il ne lâche priſe qu’à la mort. La feule façon aiſée de le tuer eft de lui enfoncer une paille dans les narines : il en fort quelques gouttes de làng , & l’animal levant la mâchoire fupérieure , expire auffttôt. Ses pieds font armés de cinq griffes fort aigues, qui lui fervent à grimper fur les arbres avec une agilité furprenante. Sa queue lui fort de défenfo. Sa chair bien préparée a aulïï le goûr & l’air de celle de Poulet, Lorfqu’il s’endort lur quel¬ que blanche d’arbre , les Nègres qui le ſur- prennent s’en faifilfent avec un lacet au bout d'une gaule. Ses œufs, aulieu d'écaille > font couverts d’une membrane épaillè.

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44 Histoire bien des montagnes font im¬ praticables par la prodigieuſe quantité de Serpens & d’au¬ tres animaux dangereux qu’el¬ les nourri fient 5 & nous fouî¬ mes expoſés à l’ardeur ex- ceffive d’un ſoleil étouffant, qui rend ce climat fort mal ſain. Notre plus grand jour eft d’un peu plus de treize heures, & la nuit proportionnémenr. Vers les neuf heures du ma¬ tin le chaud eft fi violent, qu’il Vent de ſeroit inſoutenable , fi le vent ttier' de mer qui s’élève ordinaire¬ ment vers ce tems-là , ne le tempéroit & ne le rendoit affez modéré pour permettre aux Nègres de travailler à la terre , & a chacun de faire fa beſo- gne. Sans la faveur confiante de ce vent frais qui fouffle juf- qu’à cinq heures de l’après dî- jié, ce lieu-ci ſeroit inhabita-

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delà Jamaïque. 45 oie. A ſon approche, on voit la mer ſe rider preſqu’impercep- tiblement : le vent ne fait que glifier fur ſa ſurface fie l’effleu rer fi légèrement qu’el¬ le refte toujours parfaite¬ ment unie. Une demi-heu¬ re après qu’il a commencé à ſe faire ſentir fur le rivage » il ſouffle aflez gaillardement & s’augmente par degrés juſqu’à midi qu’il eft communément très-grand. Il continue dans la même force juſqu’à deux ou trois heures cpa’il commence à diminuer & à perdre petit-à- petit de ſa violence 5 & enfin il celle entièrement vers les cinq heures, &: ne revient plus juſqu’au lendemain. Le peuple l’appelle ici médecin i 8c vérita¬ blement ce nom lui convient aſſez : car s’il ne ſouffloit pas, le pays s’en reflèntiroit cruelle¬ ment. La température chaude

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Nuits fcoiues. Koſée. 46 Histoire & humide de l’air dans cette Ifle , y feroit bientôt naître la Çefte ou quelqu’autre maladie épidémique 5 & tout ne feroit bientôt plus qu’un déſert. Mais le fage Auteur de tous les êtres a pourvu à ce malheur 5 & il a ordonné à ces vents réglés de nous faire éprouver leur fa¬ vorable ſecours, & de tempé¬ rer l’air de ce climat, afin de nous garantir de ces maux iné¬ vitables qui nous empêche- roient de nous occuper à d’in- nocens travaux. La plupart du tems les nuits font aflez froides , parce que le Soleil étant fort éloigné & fous i’honſon , à peine quel¬ ques rayons réfléchis dans l’air parviennent-ils juſqu’à nous. Delà il s’en fuit que le froid doit s’y faire fentir, à caitſe que l’air s’appéſantit alors & fe conden- ſe de lui-même. Toutes les

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de la Jamaïque. 47 nuits il tombe une roſéc ſub- tile & fort mal faine , &C les nouveaux débarqués qui s’y repoſent, ne manquent guéres d’être ſurpris par quelque mala¬ die ſérieuſe. Le crépuſcule n’y dure que trois quarts d’heure : ſuivant le ſyfteme commun, le Soleil étant dix-huit degrés fous l’horifon , le crépuſcule devrait durer une heure entiè¬ re , mais l’air étant ici très- épais, la profondeur de l’at- mofphére n’eft pas auffi grande qu’il faudrait pour donner lieu au crépuſcule à la diftance de dix-huit degrés , & outre cela Ü ferait à peine ſenfible. Croiriez-vous bien que nous avons ici deux printems, c’eſt- a-dire deux ſaiſons pour ſe- nier. Nous ne connoiffons point comme vous autres un Printems, un Eté , un Au¬ tomne 3 & un Hiver. Nous

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4^ Histoire avons le tems ſec , & le tems des Saîfons. pluies , & voilà tout le parta¬ ge de notre année: encore n’eft- il pas toujours régulier j car il varie en plufieurs cantons. Vers la vallée de la montagne bleue &. dans plulïeurs cantons montagneux , il pleut tous les jours plus ou moins , tant que l’année dure , 6c on y plante les cannes de fiacre au meme tems que l’on a coutu- Pluiesré- me de les couper ailleurs. Vers gW'es. ]e côté du Nord les ſaiſons font allez réglées : on commen¬ ce à planter juſqu’à Noël. Pen¬ dant tout ce tems-là on y eft alluré d’avoir des pluies , après quoi c’en eft fait juſqu’enMars, qu’elles recommencent & du¬ rent pendant les deux mois ſuivans. Vers le Sud au con¬ traire , les plantations ont beau¬ coup ſouftèrt du manque de pluies. La Liguanie eft tout à fait

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de la Jamaïque. 49 Fait deflechée, & des ſucreries qui rendoient d’ordinaire plu- fieurs centaines de muids de ſu- Cre font maintenant métamor- phoſées en pâturages pour les Deftiaux. Tel eft aullî l’état des quartiers de Ste. Catherine, de Ste. Dorothée 6c de Vere, autre¬ fois les meilleurs & les plus ri¬ ches de toute rifle , 8c mainte¬ nant preſque bons à rien, hors à engraifler des beftiaux. Il y a environ neuf mois qu’il n’y a plü > 8c à Port-Royal, à peine y a-t’il quarante ondées dans une année. La raiſon de ce dérangement vient , dit-on , de la grande quantité de bois qu’on coupe : car il n’eft pas douteux que les arbres raflem- blent 8c retiennent infiniment d’exhalaîſons qui retombent enſuite en roſée 6c en pluies > & ce n’eft aulli que dans les cantons où les arbres font Z. Partie,\tC

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50 Histoire rares, que les eaux font mal faines & ſaumâtres. Nous ap¬ pelions Juillet, Août & Sep¬ tembre , les mois des ouragans, parce qu’ils font alors fort fré- quens, & à peine eft-il un ſeul jour qu’on n’eflùye quelque Tonnerres choſe d’approchant. Il y a des & tremble- éclairs toute la nuit fans qu’il mens de\t.\t.\t1\t. terre. tonne cependant j mais quand le tonnerre ſe fait entendre il eft terrible : il gronde avec un fracas épouvantable , & cauſe quelquefois de grands défor- dres. Nous ſommes auffi expoſés à des tremblemens de terre en Mars & Février. Il y en a quel¬ quefois de très-confidérables, êc on fête avec beaucoup de ſolem- nité plufieurs jours, où l’on a eflùyé des tempêtes & des trem¬ blemens de terre qui avoient preſque tout détruit. Suivant ce que j’ai pu re¬ marquer, il n’y a qu’un tiers

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DE L A J A MAÏQUE. $ï de l’iïle d’habité. Les planta¬ tions font autour de l’Iile : on n’en voit aucune à quelque dif- tance un peu grande de la mer, où plus de la moitié des terres , bien loin d’être cultivées , ne font pas même encore défri¬ chées : on n’y rencontre que des bois immenſes. Un particulier

  • ]ui aura obtenu par Patentes

trois ou quatre mille acres de terrein , en aura peut-être Cinq cens mis en valeur , & le refte lui eft inutile. Le fonds en quelques quartiers eft extrê¬ mement fertile : on y verra un feui acre rendre plufieurs muids de lucre. Cependant de diftance en dillance on trouve des ſavanes ou vaſtes plaines où les Indiens femoient leurs ■^layis , & que les Eſpagnols ^Voient depuis employées à y dever des beftiaux , devenues aujourd’hui arides & ftériles, Cij

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de la Jamaïque 53 Kingfton & la ville Eſpagnole j ou Spanish-Town. Port-Royal étoit autrefois le plus beau Port de l’Améri¬ que : ilregorgeoit de richefles & de commerce j mais aujour¬ d’hui c’eft peu de choſe. Il y a pourtant encore trois belles rues , plufieurs carrefours 8c une belle Egliſe. Il y a auffi un Hôpital pour les Matelots ma¬ lades ou eftropiés j ôc depuis peu on y bâtit un magafin pour les avitaillemens des vaifleaux de guerre du Roi, 8c pour la commodité des ouvriers qui les conftruiſent. Il eft placé fur une petite langue de terre qui Avance plufieurs milles dans la mer , & qui eft défendue par une des meilleures forterelfes des Indes Occidentales , qui a une bâte rie de près de cent pièces de canon, & une Gar- fliſon entretenue aux dépens Ç i‘j

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54 Histoire de la Couronne.Ce havre, peut- être un des plus beaux du mon¬ de , pourroit contenir deux mille voiles , & elles y ſeroienr à couvert de toutes fortes de vents. Il eft éloigné de Spa- nish-Town de onze milles, cinq par eau Sc ſix par terre, & à peu près aufli de cinq milles par eau de Kingfton. Kingston a été bâtie depuis le grand tremblement de terre de 1692 , qui renverſa preſque tout Port-Royal. Le plan en fut donné par le Colonel Lilly encore vivant, & alors Ingé¬ nieur en chef dans l’expédition de Lillingiton aux Indes Occi¬ dentales. Après cette malheu- reuſe avanture qu’occafionne- rent la vanité & l’avarice du Chef d’Efcadre , le Régiment vint à la Jamaïque où il fut licencié, Se ce Gentilhomme , comme plufleurs autres Ofti*

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de la Jamaïque. 55 tiers , refta dans l’Ifle , où il a depuis rendu de bons fervices : il eft maintenant Ingénieur en chef de ſa Majefté. Kingfton a donc été bâtie fur ſon plan , & c’eft à prêtent une ville grande & floriflante. Elle peut avoir un mille de long fur demi-mille de large , & elle eft partagée en plufieurs quartiers par des rues qui te croiſent. C’eft la réſidence des Juftices inférieures > & le Receveur- Général , le Juge de la marine , le Greffier & l’Inſpeéteur font obligés d’y tenir leurs bureaux. La ville augmente tous les jours. Maintenant il y a dix Compagnies d’infanterie 6c deux de Cavalerie 5 & en cas de guerre , ce ſeroit un fécond Port-Royal. Il y a une Egliſe avec fon Cimetiere. Les Juifs y ont deux Synagogues, 6c les •Quakers un lieu aalTemblée. C iiij

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$6 Histoire Enfin ſon territoire eft borné dii Sud-Oueft par le Havre de Port-Royal, au Nord par les terres concédées au fieur Guil¬ laume Beeſton , & par un plan- tis de calbaffiers 5 & au Nord- Eſt par une ligne droite tirée juſqu’au pied de la montagne longue , Sc de-la jufqu’aux confins de la paroiffe de Port- Royal. Il y a de-là à la Ville Eſpa- gnole dix-neuf milles par terre : par une autre route , il y a fix milles par eau autant enſuite par terre. Spanish-Town , ou la Ville Eſpagnole , eft la capitale de l’Ille. C’efl le lieu de la réfi- dence du Gouverneur , de l’Afîemblée & des Juſtices fu- périeures. Les Eſpagnols qui l’ont bâtie , l’avoient nommée Saint-Iago de la Vega , nom qu’on lui donne encore dans

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de la Jamaïque 57 tous les Actes èc Ecrits publics. Elle eft ſituéc dans une fort agréable vallée, fur la rive de Rio-Cobre , & elle a tous les avantages que l’on peut delïrer, C’étoit une ville fort grande & fort peuplée : elle contenoit alors plus de 2000 feux. Elle avoit deux Egliſes, un Monaſ- tere ôc plulîeurs Chapelles par¬ ticulières. Mais elle eft réduite aujourd’hui à une enceinte allez petite : elle n'a plus qu’une Egliſe £< une Chapelle , & tout au plus 500 habitans. Comme elle eft dans, les terres, ſon commerce n’eſt pas confidé- rable. Mais plulîeurs riches Commerçans y demeurent, & quelques gens de condition y ont des maiſons & y vivent fort agréablement. C’eft quel¬ que clioſe de ſurprenant que le nombre de carofles & de chariots qui y palfent & repaf-

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çS Histoire ſent inceflaminent, fans comp’ ter ceux qui appartiennent à des particuliers de la Ville. On y donne ſouvent des bals , depuis peu on y a construit une ſalle de ſpeéfacles où repréfen¬ te une bonne troupe de Co¬ médiens. En un mot , on y mene une vie auffi gracieuſe que fi on écoit dans le voifina- ge de la Cour d’Angleterre 5 & pour rendre aux habitans la juſtice qui leur eft due , il faut convenir qu'ils font en géné¬ ral fort polis, & qu’ils ont des maniérés délicates fort enga¬ geantes. Il y a encore plufîeurs au¬ tres Villes , mais de trop peu d’importance pour en parler. On voit auffi les ruines de Seville , d’Oreïtan , & de plu¬ fîeurs autres bâties par les Ef- pagnols j & les endroits que quelques-unes occupoient au¬

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de la Jamaïque. 59 trefois , font aujourd’hui cou¬ vertes de cannes de ſucre ou d’autres productions commu¬ nes & néceffaires pour l’ufage des Jamaïquois. La ville de Titchfield peut devenir confi- dérable. Elle eft fituée près de Port-Antoine , où il y a un Fort avec une garniſon pour défendre Fille de ce cô¬ té-là. On eft auffi furie point de bâtir une eſpéce de ville dans un endroit nommé Ba- gnells dans la paroiffie de Sain¬ te-Anne. On a déjà deftiné & préparé un grand terrain pour cet effet, mais je crains que ce projet n’échoue comme beau¬ coup d’autres femblables. Dans la paroifle de Saint-David vous avez encore la petite ville de Free-Town, ôc dans celle de Sainte-Catherine le fort de paffage. Ce dernier con fifre dans une cinquantaine de mai-

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6o Histoire fons 5 & comme c’eft-là feule* mène qu’on peut trouver des Chaloupes pour aller à King- fton ou à Port-Royal, il eft l’abord d’une infinité d’étran¬ gers qui y occasionnent un com¬ merce qui fleurit- fît s’augmen¬ te chaque jour.. Carlifle dans le Quartier ou la paroiflé de Ve- re, eft encore un Village peu remarquable. Après l’invafion des François en 169 5, on y avoir élevé un Fort qui eft. aujour¬ d’hui en ruine. Voilà tous les lieux qui méritent qu’on en fafle quelque mention 5 & je finirai par le nom des dix-neuf Paroifles ou Quartiers dansleſ- quels l’ifle eft diviſée , fçavoir ceux de Kingfton , de Port- Royal , de Sainte-Catherine , de Sainte-Dorothée , de Cla¬ rendon , de Vere de Sainte- Elizabeth , d’Hanovre ,. de .Weftmorland,. de Saint-Geor-

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de la Jamaïque. £es, de Saint-James, de Sain¬ te-Anne , de Sainte-Alarie , de Portland, de Saint-Thomas de l’Eft , de Saint-David, de Saint-André , de Saint-Jean & de Saint-Thomas dans la Val¬ lée. Ce n’cſt pas ici qu’il faut chercher des beautés dans l’ar- chiteélure. Les Bâtimens pu¬ blics ont un air de propreté, mais rien d’élégant. Toutes les Egliſes: des villes font généra¬ lement conùruites en forme de croix avec un petit dôme pour clocher : elles ont des murail¬ les fort hautes , & font pavées en dedans, & très-lim.plement ornées. A Spanish-Town ſe voit une Egliſe où il y a un orgue fort bon , il y en a encore un dans la paroilje de Saint- André. Les autres Egliſes de Ville ne font autre ehoſe que de petites maiſons allez pro-

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Histoire près y qu’on auroit peine à re¬ connoître pour ce qu’elles font. Le Clergé ne les frequen¬ te gueres , & leurs portes font rarement ouvertes. La maiſon du Gouverneur de Spanish-Town regarde fur la place d’armes. C’eft un B⬠timent à deux étages , rebâti depuis peu en pierres par le Duc de Portland, & diftribué fort commodément. Une pe¬ tite cour ſe joint au principal corps de logis, où il y a auiïï plufieurs beaux appartemens , mais occupés aujourd’hui par les domeftiques de ſon Excel¬ lence. Du côté de l’Eft eft li- Aié le jardin qui eft fort bien entretenu. Le Palais où s’alTemble le corps de Juftice eft un petit bâtiment quarré de quarante pieds fur chaque face. Les lièges des Juges font extrême-

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de la Jamaïque. nient élevés , & au moins à dix pieds de terre. Le Grand- prévôt a le lien à main droite> les Avocats ont les leurs à quelque diftance & vis-à-vis des juges, & le Procureur du Roi a ſa place marquée au milieu. Les Priions font bien enten¬ dues. On y a joint une vafte cour où les Priſonniers ont la liberté de fe promener, pré¬ caution nécelTaire en ce pays- ci , où la grande chaleur ne permettroit pas de les tenir étroitement relſerrés, fans don¬ ner lieu à de dangereux incon- véniens. Les maifons des Particuliers Maifons font toutes balles & à un feul étage. Elles confilient ordinai¬ rement en cinq ou fix pièces , parquetées & lambrilTées avec du Mahogany, qui fait de fort belles boiteries. Elles ont tou-

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64 Histoire tes un portique élevé de qtref- ques degrés , qui ſerc d’abri contre la chaleur , &C d’endroit à recueillir le peu d’air frais qu’il peut faire. Dans les Villes on trouve plufieurs maifons à deux étages 5 mais cette façon de bâtir ne vaut rien à cauſe des tremblemens de terre & des ouragans , auxquels elles ne réfiftent pas auffi bien que les autres moins élevées. Pour les Nègres , ils habi¬ tent dans de miſérabtes petites huttes conftruites de rofeaux, qui n’en peuvent contenir plus de deux ou trois enfemble. Jardins. Il y a ici peu de Jardins à citer. Tout ce qu’on y trouve ſe réduit à des choux., des pois > quelques eſpéces de fruits d’Europe, & d’autres du pays. On remarque que le pommier ne réuffit point , ou ne porte que peu d’années. Il

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de la Jamaïque. 6> en eft de même de tous les fruits qui viennent le mieux dans les pays plus froids. Ce¬ pendant îi on vouloit cultiver les jardins avec plus de foin , & y ſemer 6c planter ce qui eft propre à fructifier dans ce cli¬ mat , il ne ſeroit pas difficile de les rendre agréables 6c rianss mais on y dédaigne les citron¬ niers , les orangers, les limon- ni ers , les arbres de coco 6c les grenadiers : 6c à ces arbres qui rendraient un ombrage char¬ mant 6c parfumeraient l’air, on préféré un affiemblage con¬ fus d’arbrifleaux qui ne font bons à rien. Nos boiffons les plus com¬ munes font le vin de Madere Ce le Rum de Ponche. Le pre¬ mier mêlé avec de l’eau eft la boiflon des honnêtes gens r le peuple & les domeftiques uſent beaucoup de l’autre. Le vin Boîf&nSi

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Rum. 66 Histoire de Madere eft fort ſain & con* vient fort à la température de ce climat. Il coûte peu , envi¬ ron 20 livres ſterlings la pipe , & 15 fols la pinte. La pipe uoit au Roi 40 Schelings d’impôt, ce qui ſe paye exactement 5 car il n’eft pas queftion de con¬ trebande , ni de frauder les droits. On compte qu’il en dé¬ barque ici tous les ans dix mille pipes, ſoit pour être conſom- niées dans l’ifle même, ou pour être vendues dans les Colo¬ nies voilînes. Le Rum de Ponchea eft bien a Le Ponche eft la boilſon favorite des An¬ glois. Elle eft compoſce de deux parties d’eau de vie fiir une d’eau. On y met de la canelle & du gerofle en poudre, du citron , beaucoup de nmfcade , une croûte de pain fort rôtie , Bc des jaunes d'œufs qui la ren¬ dent cpaifſe comme du brouet. Ils préten¬ dent que c’eft une choie excellente pour 1» poitrine & fort nourridante. Souvent au lieu d’eau ou y met du lait, & c’eft le plus eftitnc.

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de la Jamaïque. 67 Homme Kill-devil ( tue diable ) car il n’y a peut-être pas d’an¬ nées qu’il ne fade périr un millier de perſonnes. Lorſque les nouveaux débarqués en font le moindre excès, ils s’ex- Îjoſent extrêmement : car cette iqueur échauffé le ſang & cauſe bientôt une fièvre qui en peu d’heures vous met au tombeau. On "ne ſçauroit en uſer trop modérément, & le mieux ſeroit de s’en abſtenir tout à fait , du moins juſqu’à ce qu’on eût le corps fait à l’air du pays. Par la derniere Or¬ donnance , le Rum débité en détail paye ſept fols & demi le pot pour droits, & le détail¬ leur eſt tenu fur ſon ferment de déclarer la quantité qu’il en vend. On le fait encore d’tin tiers d’eau de vie fur deux tiers d’eau avec des citrons, du ſucre.Sc de la muſcade.

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68 Histoire Nous ne manquons pas non plus ici des boiflons commu¬ nes en Europe j mais elles y font horriblement cheres. Croi¬ riez-vous qu’une bouteille de mauvaiſe bierre coûte une de¬ mi-couronne , le vin gris 7 Sche- lings & 6 fols , & ainfi du reſte ï Tous les vins apportés en bou¬ teilles payent aufli un droit , tant fur chaque douzaine. Pain. Le Pain que l’on mange Plantain, communément eft fait de Plan¬ tain , d’Yam a ou de Calfave. » La Banane ou le Plantain eft un fruîtt d’environ un pouce Sc demi dé diamètre & long de dix à douze. Sa peau , de verte ds- . vient jaune quand il eft mur. Elie renferme alors une fubftance jaunâtredela conïiftance d’un fromage gras , fans aucune graine. Bientôt cette peau devient noire , & la Ba¬ nane reftemble par dehors à un ſaucilfon. Le dedans tient du goût du coing & du bon- chrétien un peu plus que murs , & lès fibres préfentent une eſpéce de croix : fur quoi les Eſpagnols croyent que c’eft le fruit défendu , où Adam découvrit le mpftere de la Rédemp¬ tion.

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de la Jamaïque. 69 Le premier eft un grain de figu¬ re oblongue > qui croît par L’arbre qui le produit ne fo plante point, & ne porte qu’une fois , après quoi il flétrit, fe ſeche & combe. Mais ïà racine qui eft une grolle bulbe ronde & maffive , a bientôt pouf¬ fe d'autres rejetions qui dans douze ou qua¬ torze mois portent du fruit, meurent & Ce renouvellent foccertivement. Us ſemblent d’abord n’être que deux feuilles roulées en¬ semble, qui enſuite Ce déroulent en pourtant, s’élargiflent & s’épanouirent, Lorfque la plante eft arrivée à là perfec¬ tion , les feuilles ſe ſéparent du tronc , fou- tenues par une tige d'un pouce de diamètre , ronde d’un côté , plate de l’autre, avec une rainure dans là longueur qui eft d’un pied. La feuille a 7 à huit pieds de long for envi¬ ron un demi de large , de l’épailleur du par¬ chemin , pale & blanchâtre au dehors, verd- clair au dedans. Le vent les déchire atic- ment. Cette plante n’a , ni écorce , ni bois. Sa hauteur naturelle eft de dix à douze pieds : d'ordinaire elle y parvient en neuf mois. Son fruit vient par bouquets de 50 à 40 autour d’une feule tige. On appelle ce bou¬ quet , un régime de Bananes. Ce fruit eft bon, de quelque maniéré qu’on le WJige , quoiqu’un peu venteux. Il fort de pain comme la Caflàve. ■Quelques Auteurs font une différence .du

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Histoire grappes fur des arbres : quand il eft cueilli verd & rôti auïli- tôt, il eft fort friand à manger. Yam. L’Yam ’ eft une racine, & je Plantain & de la Banane. C'eft le fèntimenî de Moore , qui nomme ces deux fruits refo ſemblans ; le pins court, Figue ou Bananes le plus long, Plantain. ïjiafs, ïbid. a L’Yam , ou Igname eft une efpéce de bé- terave, qui groffit à proportion de la bonté du terrain. Sa racine eft épaiile, inégale , rude, couverte de chevelu & d’un violet foncé. Le dedans eft de la coniîftance de labéterave, d’un blanc ſale, quelquefois tirant fur la cou¬ leur de chair. Ce fruit crud, eft fade 3c vifqueur. Il ſê cuit aitcment. Il eft léger, facile à digérer , & fort nonrriflant. On le mange cuit avec la viande, ainfi que le pain , & la Callave. On le fait cuire feul dans l’eau , forts la braife , & on le mange avec la pimentade ; c'eft-à- dire, avec du citron, du ſel & du piment ccraſc. La tige qui le produit eft quarrée , de trois à quatre lignes de face : elle rampe fur la ’ terre , pouffe des filatnens qui prennent ra¬ cine, s’attache aux arbres, y monte & les couvre bientôt. Ses feuilles viennent deux à deux, font en forme de cœur avec une petite pointe , affez épaiffes , d’un verd brun , & ïê flétri lient lorſque la racine eft mure. La tige pouffe quelques épis couverts de

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de la Jamaïque. 71 Cfois , une eſpéce de pacate , mais il grofle qu’on en trouve qui peient plufieurs livres. Il fait de fort beau pain , ainfî que la CafTave , a qui ell la ra- Cafiave» cine d’un arbrifïeau. On en ex¬ prime ſoigneuſement tout le jus , qui elt un poiſon mortel : après quoi on la râpe & on la petites fleurs en forme de cloches, dont le piftile ſe change en filiques pleines de graines boires. Elle vient de ſemence & de bouture , fort vite , & ſe multiplie extrêmement. Pour ep provigner l’eſpéce , on fend en quatre la tète du fruit, & on en plante les morceaux à trois ou quatre pieds l’un de l'autre. En moins cinq mois, ils portent des fruits bons à riianger. Quand ils font murs, ce qui ſe con¬ çoit a la feuille, on les tire de terre > on les IailTe refluyer au foleil ; enſuite on les mec dans des tonneaux où ils ſe con 1er vent dans kur bonté des années entières. a La Callâve eft une eſpéce de pain fait Lahttt iitf, avec les racines d’un arbrilſeau nommé Ma- <■«>»■ i. t^ioc, réduites en farine. Avant d'employer +7?« 7))’ Cette farine , il en fout exprimer le lue qui un poiſon mortel pour les hommes & les animaux. Le Pere Labate s'étend extrême¬ ment lûr la deſcription de cet arbrillèau , & maniéré d’apprêter la Catſave.

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Histoire met tremper dans de l’eau. On l’en retire au bouc de quelque tems > & quand cette farine eft bien ſechee , on l’étend fur une eſpéce de gril & on en fait des gâteaux blancs, & cal- fans , fort du goût des habi- tans, ôc fur tout de nos Créo¬ les , qui les préfèrent a tout autre pain. Ce n’eft pas que nous n’ayons de la farine que nous cirons de la Nouvelle-An¬ gleterre Sc des Colonies du Nord : même il n’y a point de maiſon qui n’ait un four pour ſon uſage particulier. Mais leur pain , ou ils mettent du levain au lieu de levure, eft fi mauvais, que peu de gens en veulent manger. Viande. Les cochons font extrême¬ ment communs j il y a peu de Plantations où l’on n’en ait par centaines : leur chair eft d’une douceur , & d’une déli- catefte

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DE LA JAMAÏQUE, /f Patelle au-deflus de toute au¬ tre. Le.bœuf, maigre & coria¬ ce , n’eſt guère®,bon qu’a faire de la ſoupe. Le mouton êc l’a¬ gneau font payables. Par pa- tentheſe, je vous ferai obier- Ver que les moutons n’ont point de laine , mais une ef- f>éce de poil de chevre plus ong , à ce qu’il me ſemble , que celui que nous avons en ^Europe. Le prix des viandes a été ſouvent réglé par des Or¬ donnances. A préſent le bœuf eſt taxé à ſept deniers & demi la livre, le mouton & le co¬ chon au même tau , Sc l’agneau & le veau à 15 deniers. Les ÏJomeftiques n’ont point ordi¬ nairement de viande fraîche 5 ils mangent du bœuf ſalé d’Ir¬ lande , qui eſt quelquefois ,ex- ceffivement mauvais i les Nè¬ gres vivent de harengs & de PoilTon ſalé, qu’ils ont à bon I. Partie,\tD

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74 Histoire marché. L’ifle eft aullî bien fournie de morue ſalée du Banc de Tecre-Neuve : elle droit dernièrement à ſi bas prix , que cent livres peſant ne coutoient que dix fols. C’eft avec tout cela qu’on fait Peper’- des Oïlles , ou des Peper- ipots. fpots, a ragoûts dont on eft ici Caiilu, fort friand. On prend du Ca- lilu , qui eft la tête d’une pe' cite racine : on le fait bouillit avec du mahis, ou bled d’In¬ de , qu’ils appellent fufu, avec du hareng , du poifton ſalé , du poivre rouge 5 & quand tout cela eft alfez cuit, on le man¬ ge , comme nous faiſons la fou- Hijl. gtn, a Le Peper’fpot, ou Terrine au Poivre, , ou Soupe noire, eſtimé des Anglois , quoi' t. ti.f.467. qUe ragoût des Nègres, eft un mélange de volaille , & de quantité d’excellentes herbes, qu’on fait bouillir avec de l’huile de palmier, de l’ocre , & beaucoup de poivre. A la la* maïque , il n’y entre point de cette huile , parce qu’il n’y en croît point.

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de la Jamaïque. 75 pe. Un grand ragoût pour les Rats,en Nègres, ce font des rats. L’iſle <lHanu‘-u en eft converte ; ils ont leurs nids auprès des cannes de fti- cre , dont le ſuc leur ſert de nourriture. On ne ſçauroit croire le dommage qu’ils font aux plantations. On eft obligé de répandre du poiſon autour des champs plantés de cannes, & cela plufieurs fois l’année , niais allez inutilement : ils ſe multiplient toujours de plus en plus,& le meilleur remede qu’on employé pour les détruire , ce font les pièges que les Eſclàves leur tendent : &c moyennant ces pièges ils en prennent beau¬ coup. Pour les y encourager on leur promet une bouteille de Hum pour chaque cinquantai¬ ne. Quand ils en ont artrappé, Us les font cuire , & les man¬ gent avec délice. Ce met dé¬ licat eft pour eux, ainfi que les

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7$ Histoire ■chats , tout ce qu’il y à ait monde de plus friand 5 & ils ne croyent pas avoir fait chere complette lorſqu’il n’y en a pas quelques-uns dans leurs fric allées. Habille- La maniéré ordinaire de s’ha¬ biller ici n’éft pas fort paran¬ te j la chaleur eft cauſe qu’on ne ſçauroit ſupporter beau¬ coup d’habits , & qu’en gé¬ néral , on n’y porte que des bas de fil , des caleçons de toile , & une vefle de même , un mouchoir lié autour de la tête , & un chapeau par deſ- ſus. On ne porte la perruque 3ue le Dimanche , & les jours ’AfTemblée des Etats ■: alors les honnêtes gens font mis pro¬ prement en habits de foye , avec des veftes garnies d’ar¬ gent. Les Valets ont des fous- guenilles de gros drap d’Oſna- Jprug, boutonnées au col & aux

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delà Jamaïque. 77 Poignets, de longs caleçons do même , une chemiſe rayée , & ÎJoint de bas. Pour les Nègres y a plupart vont tout nuds s excepté ceux qui7 accompa¬ gnent leurs maîtres. Ceux-là bons vêtus de livrées : ce qui eft la plus grande peine qu’on puilTe faire à ces malheureux. Les Dames y font tout aufli bien miſes & aulli magnifi¬ ques qu’en Europe , & n’ont pas moins bonne grâce. Leur habillement du matin eft une robe de chambre négligée : avant le dîner , elles quittent ce deshabillé , & prennent des¬ habits propres y riches & de bon goût : leurs Femmes de chambre ont ordinairement Une robe de toile d’Hollan¬ de , unie ou rayée , & une coëfFure toute fimple. Les Né- greflès font , prelque toutes Jlucs comme la main : elles ne Diij

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■fê Histoire fçavent ce que c’eft que 1X honte , & font étonnées de voir les Européens, par mo- deftie , détourner la vûe à leur rencontre. Leurs maîtres leur donnent cependant des eſpéces de jupons , mais elles ne ſe ſoucient guéres d’en faire uſa- ge : à quoi pourtant elles font obligées dans les Villes : plu¬ sieurs même y font miſes allez proprement : ce font de jeu¬ nes gens qui en font la dépen- le : Dieu ſçait dans quelles vîtes ! ■Sciences. La Science ne fait nulle part une plus trille figure qu’ici. Il n’y a pas une feule Ecole pu¬ blique dans toute Tille 5 & il ne ſemble pas meme que l’on s’en ſoucie. Plufieurs dona¬ tions confidérables ont été fai¬ tes à ce dellein ,* mais toujours fans eflet. L’emploi d’enfei- gner eft regardé comme me-

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de la Jamaïque. 79 prrſable , èc l’on ne voudroit pas hanter ceux qui en font profeflion. Lire, écrire , dreſ- fer des comptes , c’eſt toute l’éducation que l’on demandes encore le ſçait-011 fort mal. Un homme qui auroit quel¬ ques talens , & qui voudroit fe charger de ce foin , ſeroit mépriſé , & mourroit de faim. Les honnêtes gens à qui leur fortune le permet , envoient leurs enfans en Angleterre , où ils font élevés noblement & po¬ liment : pour les autres , ce font autant de jeunes gens perdus > & qui font dans la fuite une fi petite figure dans le monde , qu’ils font toujours le ſuj et des railleries. Un cer¬ tain M. Betford a depuis peu légué deux mille livres fterl. pour fonder une Ecole fran¬ che. Mais il eſt incertain fi. les directeurs ſuivront ſes inten- D iiij

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fro Histoire tiens : car leur façon d’agir né donne pas beaucoup lieu de croire qu’ils veulent encoura¬ ger les gens de mérite à ſe charger de cette beſogne. Pla¬ ceurs s’y étoiènt offert, gens capables , & qui ſe promet* toient une heureuſe réuffite de la diſpofition favorable où être de les féconder dans leur cntre'priſe j mais après quel¬ ques tentatives ils ont été for¬ cés d’y renoncer. C’eft une c-hoſe déplorable que dans un pays où l’on dé- penſe fi aiſément, rien, n’ait encore été fait en vue de l’a¬ vantage de la poftérité : & il eft bien difficile'de prévoir le tems où il ſe trouvera quelque Patriote affez amateur du. bieiï public , polir prendre à ce fu- jet des mefures efficaces. Quel¬ ques perſonnes néanmoins eut

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delà Jamaïque. 8i Vivent ici les ſciences 5 mais en très-petit nombre : car en géné¬ ral ils ont plus d’inclination pour le jeu , paflîon à la mode , fur tout dans ce pays, que pour les belles lettres, & ils aiment mieux avoir en main un jeu de cartes qu’une Bible & des livres.. Citer Homere , Virgile x Cicé¬ ron , ou Demofthene , c’eft une extrême impolitelfe. Et le • moyen que cela fois autre¬ ment 5 puiſqu’un enfant y juſ- Education- qu’à l’âge de ſept à huit' ans ,ties enfiins». paffe ſon tems a badiner avec les Nègresà adopter leur lan¬ gage corrompu , leurs maniè¬ res -de vivre , & tous les vices que peut produire la fréquen¬ tation de ces êtres brutaux, in¬ capables de penſeiv Alors peut- être l’enverra-t’on chez, un .Maître mais-un jeune homme de quelque choſe ne doit pas £trc puni : s’il profite , à la D v

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32 Histoire bonne heure : s’il n’apprend rien , eh bien , qu’y faire > Quand ii ſçait un peu lire , il va chez un Maître à danſer, commence à ſe donner des airs, apprend les lieux corn- rnuns de la converſation, Si pafle la journée en vifites, ou a libertiner avec les jeunes gens de ſon âge. C’eft-là l’éducation ordinaire. Com¬ ment eft-il poflible après cela d’acquérir de belles connoiffan- ces , de diſtinguer la beauté de la vertu , de travailler à l’u¬ tilité de la patrie , &c de ſui- vre un train de vie raisonna¬ ble ? Caîa&ere H eft quelques Dames qui <^s Daæes. aiment la lecture, mais le plus grand nombre ont la fureur de la danſe, font fort coquettes , cherchent beau¬ coup par leur parure à s’atti¬ rer des amans, & finilTentpour

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de la Jamaïque. la plupart par s’abandonner aux moindres de ces très-hum¬ bles eſclaves. C’eft un extrê¬ me dommage qu’on ne pren¬ ne point autant de foin de cultiver leurs eſprits , qu’à per¬ fectionner leurs talens corpo¬ rels. Il n’y a ici d’argent courant Monnoîe. que la monnoie d’Eſpagne : on n’y en voit d’Angleterre que dans les cabinets des curieux, je ne crois pas qu’il y ait d’en¬ droit au monde où l’argent foit? fi commun : on ne s’y ſert pas de cuivre : la moindre pièce de monnoie eft une reale >■ qui pâlie pour ſept fols & demi c mais en Angleterre un demi- fol vous produiroit davantage. Car, vu l’exceffive cher-té de. la vie , il faut avoir ici beau¬ coup d’argent ou d’effets à,, troquer. On ne trouve nulle? part à dîner à moindre prix? Dvj?

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84 Histoire qu’une pièce de huit, & lé taux ordinaire des penſions eft de trois livres fterlings par ſe- maine. La différence de notre argent à celui d’Angleterre eft de 25 pour ico. 75 livres fterl. en font 100 à la Jamaïque. Pour ſatisſaire votre curioſité, & auffi pour votre ufage , voici une table de la valeur de notre argent. Reale vaut\tL. Sch. D. 1

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de la Jamaïque. 8$ Reale vaut L. Sch. D. 3\t;\t;

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j? 9 3ï Reales,\t; ■ 1 j 9 Ce qui fait 4 pièces de huit . . i y 0 une Piſtole d’Eſpague» J\t.\t. .\t1 ir 3 « : ; .\t1 17 6 7\t.\t; 3 9 s .\t, t 2 10 <3 1 Pïfloles ,\t; .\t2 7 & la valeur courante de toutes les monnoîes que nous avons ici. Une guinée y vaut 28 fchellings , & un écu à cou¬ ronne 6 fchellings & 3 fols. On a haufle ainfî la valeur de ces eſpéces, afin d’empêcher leur tranſporc hors de l’ifle ■: mais.

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86 Histoire cette précaution n’a pas pro* duit grand’chofe j car tous les jours on en envoyé quantité en Angleterre r la friponnerie des Juifs nous fait un grand tort dans ce point : ils rognent êc altèrent les monnoies , de façon qu’une pièce de huit qui devroit pefer 17 | deniers de poids, n’en pefera que 15. Il n’y a pas longtems qu’on a fait plufïeurs recherches de ces excès i mais quelques gens en place qui y étoient fort inté- relTés , ont fait éviter aux cou¬ pables les. punitions qu’ils mé- ritoient-\t. Il n’y a peut-être pas de pays où elles ſoient plus ſéveres qu’ici : du moins il n’y en a point où les eſclaves ſoient punis avec tant de barbarie , & où on les fafle périr plus cruellement. Un Negre rebelle ou qui aura battu deux fois un

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de la Jamaïque. 87 blanc , eft condamné aux flammes. a On le conduit au lieu de l’exécution : on le cou¬ che fur le ventre , attaché avec des chaînes : les bras & les jambes étendues > enſuite on lui met le feu aux pieds , 8c il gagne ainli petit-à-petit juſ- 3 Dans les moulins à ſucre, où il faut bien & garder d’approcher la main de l’endroit où ie couchent les deux cylindres en mou- lo"’_\t£ £ ^trient : on ſeroit pris infailliblement &401. ccraſé entre deux , rien n étant plus difficile (jUe d’arrêter le mouvement du moulin allez a tems. Dans les moulins à eau où celaeft prel- tju'mipofliole, tout le corps y lèroit écraſé & la tète feule , ſe détachant du col, retom- heroit. On affine que lès Anglois qui en ufent in¬ humainement avec leurs Nègres, lorſqu’ils ont commis quelque faute conlîdérable, leur lient les pieds & les mains ; & leur mettant la pointe des pieds entre les deux cylindres ils les y font pafſer tout entiers. Quelquefois ris les brûlent tout vifs, ou les enferment dans des cages de fer, garottés à ne pouvoir le remuer. Ils les attachent auffi à un arbre °u ils les laiffent mourir de faim. Ils en ufent même envers les Indiens qui font des deſ- cenres dans leurs itles.

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S8 Histoire qu’aux parties ſupérieuresS Quelquefois on les fait mourir de faim que l’on irrite même par la vue d’un pain qu’on ſuſ- pend devant eux. J’ai vu de ces malheureux ſe manger les bras , & expirer dans des dou¬ leurs terribles , Sc égales à celles d’un homme qui périt au milieu des plus horribles tour- mens. L’état de ce pays pour- roi t peut-être excuſer ces trai- temens rigoureux ; car il ne ſe¬ roit pas poffible d’y vivre au milieu d’une multitude d’eſcla- ves li on ne les contenoit dans leur devoir avec la plus grande ſéverité 5 & Il on ne pu- nifloit leurs fautes avec une extrême rigueur. Depuis quelque tems la juſ- tice ſe diftribue avec une gran¬ de exactitude 5 & par bon¬ heur le Juge principal eft un galant homme , dont la droir

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b E L A J AM AÏ Q U E? turc & la candeur lui ont attiré une eſtime générale. Le cours de la juſtice n’eft pas : ce qui effraye les jeu¬ nes gens de ce pays. Ce que les Jamaïcains craignent le plus, ce font les ouragans & les treniblemens de terre. Ils ruinent leurs biens, leur ôtent la vie , ou la mettent au moins en danger 5 aufli la feule pen- ſée les en fait-elle frémir. Les ouragans tirent leur éti- Ouragan^ mologie du mot Indien Hurri- ca, qui veut dire Diable. Il eft rare qu’il e.n arrive ailleurs- qu’entre les deux Tropiques & dans les climats où ré¬ gnent les vents aliſés , qui ïbufflant continuellement de l’Eff., n’ont qu a rencontrer un Vent de terre ou d’Oueft , pour occafionner néceffaire-- ment un combat & une agita¬ tion. extraordinaire 5 & je fuis

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9© Histoire perſuadé que fi nos ſens étoietitf aflez ſubtils pour appercevoir les commotions des parties de l’atmoſphére , nous le verrions ſouvent auffi agité que la mer la plus orageuſe. Quand le vent aliſé commence à fau¬ ter du point de l’Eft à un autre point, on s’attend à un oura- gant, qui, de toutes les tem¬ pêtes eft la plus terrible & la plus violente. Autrefois ils étoient rares ici 5 mais ils font devenus très-ſréquens. D’ordi¬ naire la mer devient tout d’un coup calme & unie comme une glace. Bientôt après, l’air s’oblcurcit & ſe couvre de nuages fombres & épais : en- fuite il paroît tout en feu j & pendant un tems confidéra- ble , allumé d’éclairs terribles, A ces éclairs ſuccédent d’hor¬ ribles éclats de tonnerre , tels qu’il ſembleroit que les deux

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de la Jamaïque. 91 s’abîment, & ſe mettent en pièces. Pour lors il s’élève un vent qui ſouffle avec tant de force & d’impétuoſité , que les arbres les plus hauts & les plus forts en font déracinés , les maiſons renverſées , ôc tout détruit dans l’étendue de ſon tourbillon j juſques-là même que les hommes , pour n’en être pas emportés, font obli¬ gés ſouvent de s’attacher, &c de le cramponer aux troncs des arbres. Quelques-uns ſe ſau- Vent dans des cavernes , ou ſe mettent à l’abri dans les huttes des Nègres , qui font fort baffes , & échappent par- là aux chocs de la tempête. Ce vent fait dans peu d’heures tout le tour du compas , enſor- te que la plus grande partie des Vaiffeaux qui lont alors fur les côtes > périffent miſérable- ment.

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$2 Histoire Quand l’orage eft pafTé, c’eft un ſpeétacle effrayant que ce que l’on voit, des forêts çule- butées, des maiſons renver- ſées, & une multitude de mi- ſérables, qu’il a fait périr, giſ- ſans fur la terre. Tremble- Pour ce qui eft des tremble- erre 3e niens de terre , a M. Boyle croit qu’ils font occafionnés par la chute de quelque malfe peſante de la terre , qui pro¬ duit ces terribles ſecoulPes, Vosges dans a . Les tremblemens de terre à Alger arrſ-r ^d'A^ “&S vent Prel'clue toujours un jour ou deux après

  • ,r SSha^C' les grandes pluies, à la fin de l’Eté , ou en

tf r. p. joj. Automne. Cela vient peut-être de ce qu’aprcs une grade pluie la iürſace delà terre étant plus ferrée qu’à l’ordinaire , les vapeurs ſou- terraines ne peuvent s’exhaler j au lieu que pendant. l’Eté la terre étant plus poreuſe , même remplie de grandes crevalfes, les par¬ ticules combuflibles s’échappent plus aiſé- ment. Mais comme on ne lçauroit aller à la ſource de ces phénomènes , tous les raifon- nemens qu’on en peut faire, ainfî que la plupart des autres branches de l’hiftoire na¬ turelle , ne confident qu’en conjectures

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dela Jamaïque; 9J Le ſçavant Docteur Wood- Ward , dans ſon ellai de l’hi- ſtoire naturelle de la terre , lés explique de la maniéré ſui- vante. Il ſuppoſe que cette chaleur, Leux ou feu fouterrain qui éleve iri- ceflamment du fond de l’abîme l’eau qui fournit à la terre les pluies, les roſées , les fontai¬ nes, & les rivières, ſe trou¬ vant arrêté quelque part dans le ſein de la terre, ou détour¬ né de ſon cours par quelque obftacle accidentel, où quel¬ que engorgement dans les po¬ res &. pacages qu’il a coutume de traverſer pour parvenir à la ſurface du globe , eſt forcé fondées fur des connoilſances aſfez ſuperfi- ■ cielîes. Les liabitans de la Jamaïque s’attendent tous les ans à un tremblement de terre, Bc difent qu'ordinaire ment il arrive après leï . grandes pluies. Introduüion a l’Hiftoire de la Jamaïque fur le Chevalier Sldane. p. 44.»

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ÿ4 Histoire par-là de ſe raffembler en cet- endroit, dans une plus grande quantité que d’ordinaire , y cauſe une plus grande raréfa¬ ction , une intumeſcence dans l’eau de l’abîme , èc enſuite une plus grande fermentation, fait auffi un plus grand effort en même tems contre la terre qui eft ſuſpendue au-deffus, & occafîonne ces ſecouffes , & cette commotion que nous nommons tremblement de terre. Dans quelques tremblemens de terre cet effort eft li violent qu’il déchire & divife la maffe du globe dans plulieurs en¬ droits > y faiſant des fentes & des crevaffes de plulieurs milles de longueur, qui s’ouvrent au moment de ces chocs> & ſe re¬ joignent dans l’intervalle de l’un à l’autre. Us font même quelquefois ſi furieux qu’ils for-

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de la Jamaïque. 95 cent entièrement les diverſes couches qui font au-deffus, les ſéparent tout à la fois , & mi¬ nent & ruinent leurs ſonde- mens. Ainfi la chute de ces couches entraine avec elle tout le terrain qui eft au-deflùs, qui au moment que le choc celle , tombe dans l’abîme : Sc y étant englouti, une partie de l’eau qu’il renferme s’élève & forme un lac en fa place. C’eft ainfi qu’ont été englouties des éten¬ dues confidérables de terres , des Bourgs, des Villes entières, & même des montagnes confi¬ dérables par leur malle ÔC par leur hauteur. Cet effort ſe fait égale- inonda* frient dans toutes les directions poffibles, en haut, en bas , & mens, de tout côté. Car le feu ſe di¬ late & ſe répand de tout ſens, de tend toujours, proportion- cément à ſa quantité & à ſa

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$5 Histoiké force i à s’étendre , & à forces1 tout obftacle. Il agit autant fur les eaux de l’abîme que fur les eaux ſupérieures. Il force celles-ci à ſortir avec impétuo¬ sité par toutes les ouvertures £c iflues qu’elles peuvent trou¬ ver , par les puits , par les ſour- ces, par leurs canaux & con¬ duits ordinaires , par les paffa- ges qu’il leur ouvre pour lors, par les ſoupiraux , & les fentes des volcans 5 & enfin par ces crevalfes qui font au fond de la mer, par où l’abîme a com¬ munication avec elle , & ſe dé¬ charge dans ſon ſein. Cette eau de l’abîme étant toujours & par tout dans une chaleur confidérable , furtout dans les parties voifines de ces amas extraordinaires de feu , il faut bien qu’il en ſoit de même de celle qui eft ainfi violem¬ ment pouflëe au dehors. Aulfi lorſqu’elle

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.de la Jamaïque.' 97 ïorſqu’elle ſe mêle avec les eaux des ſources, des puits, des rivières, ou de la mer, elle leur donne un degré ſenſible de chaleur. C’eft d’ordinaire dans une grande quantité , & avec une grande impétuoEté qu’elle s’é¬ lance hors du ſein de la terre. On la voit quelquefois s’éle¬ ver du fond des puits, pafler par de Eus leurs bords, & fe ré¬ pandre fur la terre. Elle fort avec autant de rapidité par les ſources des rivières : elle les enfle tout d’un coup & les fait déborder dans les terres , fans (]u’on puifle attribuer ce ſou- dain accroilfement , ni aux eaux de la pluie , ni à aucune Cauſe ordinaire. Onia voit auffi jaillir en très- grande quantité par les crevaf- les occasionnées par les trem- kleniens de terre, monter dans Z. Partie.\tE

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ç8 Histoire Pair en grand volume , & juſ-' qu’à une hauteur incroyable » & cela fouvent à plufieurs milles de diflance de la mer. Il en eft de même des vol¬ cans d’où elle fort auffi quel¬ quefois en grande abondance > & avec une violence terri¬ ble. Quand elle eft pouflee hors de l’abîme par les ouvertures du fond de la mer, c’eft avec une telle force qu’elle met la mer dans un extrême déſor- dre , & dans la plus grande agi¬ tation. Dans un tems que tout eft calme , & que pas un vent ne ſouffle , elle la rend furieu- ſe, la fait mugir effroyable¬ ment , ſouleve fur fa furface des vagues prodigieuſes qu’elle, agite & roule avec fureur > renverſe les vaiffeaux juſques dans les havres mêmes , & les engloutit dans ſon fein.

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dë la Jamaïque. 99 La quantité d’eau qui fort de l’abîme eft fi grande , quelle Augmente le volume de l’eau de la mer au point de la faire monter de plulieurs brades plus haut que dans les plus fortes marées j qu’elle inonde les pays adjacens par les plus affreux débordemens > ruine 2e dé¬ duit les Villes, entraîne hom¬ mes ëc troupeaux , rompt les cables des vaifléaux , ou les Crache de defl’us leurs ancres ; ks pouffe fur la terre jufqu’à plufleurs milles , & y fait Miouer avec eux des baleines & d ‘autres grands poiflons Qu’elle y laifle à ſec à ſon retour. Ces phénomènes ne font Pas nouveaux ni particuliers atlx feuls trcmblemens de ter¬ re , arrivés de nos jours > on C’i a vù de pareils dans tous les lems > &c l’hiffoire nous en rap¬ porte beaucoup d’exemples ex- ^ordinaires,\tE ij

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ïoo Histoire Le feu lui-même, qui écart# ainli ralTemblé & renferme eſt la cauſe de tous ces déſor- dres , ſe fait auffi paſfage par tout où il trouve jour au tra¬ vers de ces crevaſTes que les tremblemens occaſionnent fur la terre , au travers des ouver¬ tures des fontaines , &C ſurtout de celles des ſo.urces chaudes. Après ces abondantes érup¬ tions ,, le tremblement de ter¬ re ceflè , juſqu’à ce que la même cauſe ſe renouvelle , & qu’un nouvel amas de feu donne en¬ core lieu à de pareils .dégâts. Quelquefois la maſfe de l’abî¬ me agité eſt ſi étendue, que le choc qui en réſulte, attaque en même tems une aſfez grande étendue du globe , pour qu’il ſe faſfe ſentir préciſément dans la même minute dans des pays éloignés de pluſieurs centaines du milles les uns des autres»

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de la Jamaïque, ioi & ſépa.rés par la nier. On lie manque pas même d’exem¬ ples d’ une concuflion du globe terreftre , aflez générale' pour faire conclure que l’abîme fut alors agité dans ſon entier. Cependant quoiqu’il puiïTe l’être dans toutes ſes parties, ÔC <pi’il ſoit difficile qu’il ſe trou¬ ve aucune contrée totalement oxemte de ces accidens > ils ne font pourtant point ſenſiblesj & leurs grands ravages ne font ordinaires que dans les pays Montagneux , remplis de ro¬ chers, & caverneux intérieu¬ rement. Ces ſecoulſes font encore plus fréquentes, lorſqueles couches fouterraines font diſpoſées de façon à communiquer avec l’a¬ rme par quelque ouverture propre à recevoir facilement & entretenir le feu , qui s’y affem- Plant en grande quantité, y pro- E iij

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ïO2 Histoire duit néeefîairement ces terri* blés effets : car il prend naturel¬ lement ſon cours vcrs.les parties de la terre les plus propres à le recevoir, celles que les terres caverneufes > ce qui vraiſemble- blement eft auffi la ſource de l’humidité desmines.Outrecela les parties intérieures du ſolide de la terre qui font les plus abondantes en couches de pier¬ res & de marbres, oppofant un plus ferme obllacle à l’eHort du feu , font auffi fecouées le plus violemment , & en font plus endommagées que celles qui n’étant compofées que de fable , de gravier, ou d’autres matières moins compactes font une moindre réfiftance , & lui ouvrent plus, aiſément un paf- ſage : obſervation qu’on peut fai¬ re non feulement dans ce phé¬ nomène , mais aufïi dans quel- qu’autre explofion que ce foie*

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dela Jamaïque. 103 Mais par delïus toutes les autres , les contrées fécondes en ſoufre & en nirre > ſouffrent beaucoup plus des tr-emble- ïnens de terre -, parce qu-e ces minéraux compoſant une eſ- péce de poudre à canon natu¬ relle , qui s’enflamme à l’appro¬ che du feu raflemblé, cauſent ces bruits fourds, & ces ton¬ nerres louterrains qui ſe font entendre pendant les tremble- rnens dans les entrailles de la terre. Ce furcroit de force cxplofive augmente la vio¬ lence du choc, & occafionne quelquefois de terribles rava¬ ges.\t' Aucun autre canton du mon- TrenÆie- de n’a peut-être jamais ſenti de mens dc, . r 1 rr i\tr • terre a plus cruels enets de ces turreu- Jamaïque fes fécondes , que l’ifle de la etl 1 Jamaïque 5 & l’on peut citer le 7 Juin 1692 comme le jour fa- 'tal où les habitans éprouve- E iiij

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i04 Histoire lent les plus grands malheur» qu’on puiffe elluyer. Des Villes furent abîmées y des monta¬ gnes ſéparées en deux , & toute Fille offrit le tableau d’une déſolation univerſelle. C’en à préſent une fête an¬ nuelle , & un jour où en effet ils ſe donnent quelques mar¬ ques réciproques de charité. Après ces ouragans ou trcm- blemens de terre , le ſéjour de l’iſîe devient mal ſain 5 & ceux qui échappent à la fureur de ces terribles événemens, font dans la crainte d’être emportes par les maladies qui ne man¬ quent jamais de les ſuivre. Mortalité Nos Arithméticiens politi- périodique, ques imaginent qu’il ſe fait tous ques-uns!1 les ſePc 3115 dans cette ille une révolution totale des vivans > & qu’il meurt dans cet efpace de tems autant d’hommes que l’on y compte d’habitans à U

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de la Jamaïque. 105 fois. 11 n’eft pas douteux que la multitude des mourans.laide- toit bientôt Tille déferre, fi tous les-jours il n’y ſurvenoit pas d’Angleterre de nouvelles recrues. 11 eft rare qu’il y arri¬ ve un vaifleau où il n’y ait a bord des paflagers qui viennent s’établir ici , Se des 36 Mois, ou Domeftiques à vendre : c’eft un renfort confiant ôc néceflai- re. Mais malgré leur grand nombre , Tille ſe peuple bien lentement , car je ne ſçache pas vingt nouvelles planta¬ tions depuis douze ans. Après tout cependant, je me perfua- de que la grande mortalité vient moins du climat, que de notre intempérance.. Car; ces nouveaux, venus, après avoir été dans le trajet bornés à une vie ſobre & régulière, dès qu’ils font débarqués , trou¬ vant abondance de punche de Ev

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io6 Histoire Rum , & d’autres liqueurs for¬ tes , donnent tout d’un coup dans une autre extrémité , en avalent avec avidité , s’eny- vrent, & ne ſe garantirent pas du ſerain qui elt très-mal fai- ſant, & gagnent bientôt une fievre qui les emporte. C’eſt pourquoi je fuis perſuadé que s’ils menoient une vie plus ré¬ glée , èc s’abſtenoient de l’uſage des liqueurs ſpiritueuſes, ils pourroient vivre ici auffi heu¬ reux & auffi ſains qu’en aucun autre climat. Fievies. Les maladies dont on eft at¬ taqué communément, font la fievre chaude &. la colique. Je crois que toutes deux font ab- ſolument de la même efpéce que celles qu’on efluye ail¬ leurs. Les fievres en générale y font extrêmement violentes, & vous emportent en peu d’heures : peu de gens en font

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de la Jamaïque. 107 exemts à leur première arri¬ vée dans l’iſle 5 & c’eft la rai- ſon pourquoi ils y meurent fi- tôt après s’y être établis. Les Médecins , pour les guérir , or¬ donnent force ſaignées 5 & fi. elles n’ont pas un heureux ſuc- cès, ils font appliquer les vefi- catoires, comme le dernier re- mede. Pour la colique , c’eft peut- Colique, être la plus douloureuſe que l’on puilFe reffentir. Bien des gens en refirent perclus pour tou¬ jours , & dans le tems de la du¬ rée du mal, pouffent des cris, aufiï aigus qu’une femme en. travail d’enfant. Leur remede ordinaire font des médecines douces , & des lavemens.. Dès qu’on eft un peu foulage , 011 vous ordonne Les bains chauds,, qui font d’un excellent uſage pour remettre les malades en. parfaite faute- x èc leur rendre- EvJ;

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io8 Histoire l’entiere faculté de ſe ſervir de leurs membres. Médecins. Les Médecins d’un peu de réputation font tous une grande fortune dans cette ilie. Mais on y eft inondé d’une foule de jeunes gens ignorans & fans expérience , qui la regardent comme l’endroit le plus propre pour un écabliflèment. Quand ils y arrivent , on les. employé d’abord à veiller fur un certain nombre de Negres dans quel¬ que habitation champêtre : ce qui fait pour eux un travail bien ingrat &c de peu de profit. Dans les Villes on n’y voit gué- res qu’un ou deux habiles gens qui ayent de la pratique 3 & ils s’enrichifient bientôt. La Jamaïque en a eu plu- ſieurs de cette eſpéce , qui ont fait figure dans le monde ſça- vant. Le fieur Hans-Sloane y demeuroit, lorſqu’il fit cette

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de la Jamaïque. 109 belle collection de plantes, dont la deſcription fous le titre ^‘Hifloirc naturelle de la Ja~ ^laïque, eft un préſent bien précieux qu’il a fait au genre humain. Son neveu , le Doc¬ teur Fuller , y eft arrivé depuis peu : par ſes excellentes quali¬ tés il s’attire l’eftime & l’aflec- tion des gens de mérite > & l’heureux ſuccès de ſes cures lui promet abondance de pra¬ tiques. Le Docteur Clifton , der¬ nier Médecin de S. A. R. le prince de Galles, a auffi exer¬ cé ici la médecine avec applau- diiTement 5 & il n’a pas moins été eſtimé pendant ſa vie que fegretté après ſa mort. Il en cſt pluſieurs autres qui mérite- foient que j’en fiffie mention : mais je courrois riſque d’en¬ nuyer. Les productions ordinaires

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î io Histoire de cette ifle y font le ſucre J le rum , le gingembre > le cottonle cafte , l’indigo, le piment , le cacao , plufieurs eſpéces de boisfie quelques drogues médecinales, Elle pro¬ duit auffi du tabac, mais en mé¬ diocre quantité j c’eft la raiſon pourquoi on n’en plante que pour la provifîon & l’uſage des Negres , qui ne ſçauroient s’en palier. Aucune eſpéce de graines d’Europe ne croît ici. Nous y avons feulement le mahis,3 ou bled d’Inde, celui de Guinée, plufieurs fortes de poismais Tliflwegtr.i a II y a deux fortes de Maliisle grand & dc> Voyais, le petit, qui ſe ſetnent en diverſes faifons. /. a. f. 3 if. u s’en conlômme parmi les Nègres uns prodigieufe quantité. Us le conlèrvent en le lufpendant en fatlceaux par la tige dans des lieux ſecs, & cela pendant des années en¬ tières. Pour s’en lèrvir ils lebroyent dans un nie?' tier, & le partent dans un crible pour en fe parer leſon.

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delà Jamaïque, irr toutes différences des vôtres, & grand nombre de racines. Les fruits y viennent en abon¬ dance , oranges de la Chine ôc de Seville , limons doux & communs, citrons, grenades} cormes ſaddocks , papas > a a Le Papa eft de la grolTeur du melon mttL- cat, creux de même, avec autant derelfem- f_ Mance au dedans & au dehors pour la forme 4 s, & la couleur. Seulement il porte au centre une poignée de graines noirâtres de la groL-'- leur d’un grain de bled , d’tm goût preſqu’auflî chaud que celui du poivre. Le fruit eft fort agréable dans là maturité : mais verd , il n’a aucune faveur. Mûr, on le fait cuire avec là viande comme les navets. L'arbre qui le porte a dix à douze pieds de hauteur. Son tronc près de terre n’a pas moins d’un pied & demi ou deux de diamè¬ tre , mais il s’élève en diminuant juſqu’au fommet. Il eft entièrement fans branches. Ses. • . feuilles qui font grandes lôrtent immédiate¬ ment du tronc , au bout d’une tige qui atrg^ mente en longueur à meſure que la feuille eft plus éloignée de la cime de l’arbre. Elles commencent à fortir à ſix ou fept pieds de terre , & deviennent plus épaiflés en mon¬ tant vers le fommet. Elles font très-larges & ferrées contre le tronc, Le fruit croît entre

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ii2 Histoire guftard-apples , 3 ftar-apples ? guavas, poires d’Alicada , poi¬ res épineuſes , melons , cour¬ ges , Se plufieurs eſpéces de elles avec d’autant plus d’abondance quelles ont plus d'épaiſſeur , de forte qu’à la cime il eft en fî grand nombre que l’un tient à l’au¬ tre ; mais ſa grofleur alors ne ſurpafle pas celle des navets communs. Ce qu’on a dit d’abord ne regarde que le fruit d’én bas qui .\tcroît entre des feuilles moins épaiffes. Hift. gen- a Le guftard-Apples ou la couftarde eft As\t, une forte de pommes de la groffeur d’une' /. 7. f. > grenade , & prefijue de la meme couleur. Si Dampiere , peau tient le milieu pour la lübftance & l’é- Voy. autour du pailfeur entre celle de la grenade , & celle de monde, t„ f0T3tlge de Seville , plus fouple que celle-ci, plus caftante que la première. Ce qui Ja rend fort remarquable , c’eft quelle eft environ¬ née de petits nœuds , comme autant de' clouds. La chair en eft blanche , douce & agréable, & le goût en eft fî ſemblable a la couftarde-, ou flan à l’Angloiſe , que cela lui ' en a fait donner le nom. A la place de pépins , elle a quelques petits noyaux ou glandes. L’arbre qui la porte eft de la gran¬ deur d’un coignafïîer avec des branches fort minces, mais longues & en grand nombre. Le fruit croît à l'extrémité, &pend par fôn propre poids au bout d’une queue de neuf à dix pouces de long. Le plus grand arbre ne porte pas plus de ao ou jo pointues.

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de la Jamaïque, iij graines que ion trouve par tout dans les bois. Enfin j’ai juſqu’ici couché par écrit plufieurs obſervations générales qui peuvent fervir pour l’intelligence de ce qui me refte à dire , Se à donner une idée de notre Ifle. Dans ma première Lettre, je compte Vous entretenir de ce qui re¬ garde ſon hiftoire , & j’y em- ployerai toute l’exaétitude dont je ſuiscapablc. Je fuis, &c. LETTRE III. L’Histoire de cetteIfleeû un peu obſcure i & je ferai néceffairement obligé de la fon¬ der en partie fur la tradition. On a bien à la vérité un grand nombre de recueils des événe- mens remarquables qu’on pré¬ tend y être arrivés j mais la plu-

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H4 Histoire part font, on confus ou fabuleux Je tacherai de me garantir dû premier de ces deux défauts, en plaçant chaque fait dans l’or¬ dre naturel des tems ou il s’eft pafle , & j’éviterai le fécond en confultant les aétes autenti- qu.es , o-u les perfonnes qu’on culieres des chofes. Décou- La Jamaïque doit ſa décou-

  • rte. verte à ce mortel qui le pre¬

mier fendit les flots des mers de l’Amérique , Sc tira le nou¬ veau monde de l’obſcurité 5 à ce puiflant génie né pour ten¬ ter les plus merveilleuſes avan- tures , en un mot, à Chriſto- phe Colomb. Il la découvrit à ïbn retour du continent de l’Amérique Méridionale , Se la nomma l’ifle de Saint-Jac¬ ques > mais elle perdit bientôt ce nom, & reçut celui de Ja¬

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de la Jamaïque. 115 marque qu’elle a toujours con- ſervé depuis. A l’arrivée des Eſpagnols , Conquête! les Indiens parurent en armes, réſolus de défendre courageu- ſement leur liberté contre ces uſurpateurs téméraires. Ils l’au- roient fait certainement avec ſuccès, ſi ces ruſés brigands ne les euflent abuſés par de ſpé- cieufes apparences de paix, & engagé ce peuple , fimple de fou naturel , à ajouter foi à leurs proteftations faulfes & concertées. Mais ils ſentirent bientôt les funeftes effets de leur confiance. Les Eſpagnols rte fe virent pas plutôt en état d’exécuter leurs deffeins ſan- guinaires, qu’ils commencèrent un maflacre effroyable , égor¬ gèrent 6c détruiſirent en peu d’années plus de 60 mille des liabitans , Se en lailTerent à peine en vie quelques-uns, qui

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T16 Histoire ſe cachèrent dans les bois, Si ſe ſauverent dans des cavernes fie des lieux inaccellibtes, où leurs tyrans les pourſuivoient, les chalToient comme des bêtes fauves, Si les exterminèrent à la lin tous.. Avant ce mafſacre la Ja¬ maïque étoit une des plus peu¬ plées des Antilles. Mais par Cette cruelle boucherie , tout, juſqu’au nom Indien même , fut extirpé , fans qu’il reliât perſonne pour conſerver la mé¬ moire d’un peuple autrefois florilfant. Après s’être mis hors d’inquié¬ tudes par le plus indigne de tous les moyens 5 & voyant qu’ils n’a- voient plus de champ pour exer¬ cer leurs cruautés , ils ſonge- rent à s’établir dans le poft'e le plus avantageux.Dans cette vue ils choifirent un bon canton vers l’Oueft de l’Ifle , 8c ils bâ- MeùUe. tirent Metillc. Mais ſa ſitua^

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de la Jamaïque. 117 tion étoit peu commode, & ils ^abandonnèrent bientôt pour s’établir dans la partie ſcpten- trionale , ou ils fondèrent Se- Avilie; Ville , qu’ils quittèrent bientôt encore pour aller bâtir Oriftan Oriflan; de l’autre côté des montagnes, & fur le rivage oppofé. Ainfi ils changèrent plulîeurs fois, toujours mécontens , jufqua ce qu’enfin ils ſe fixèrent à S. s.jagO(U; Jago de la Vega, dont Chrifto-Ia Vega. phe Colomb fut fait Duc. L’agrément de ce lieu 3 & la fertilité du terrein des envi¬ rons , engagea les Eſpagnols à y fixer leur réfidence. Ces Sa¬ vanes aujourd’hui incultes & ftériles, étoient alors les plus riches cantons de toute l’ifie, & fourniflbient à tous leurs beſoins. Ils y ſemoient , & y recueilloient des provifions de toute eſpéce , 2c meme plu- fieurs choſes pour la commo-

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1î8 Histoire dite & l’agrément de la vie, tel¬ les que du cacao, de l’indigo,&c. L’on voit encore à préfent des velliges de ces plantations î mais quoiqu’ils fufl'ent ſitués le plus favorablement du monde, & qu’ils euflent en abondance tous les divers préſens de la na¬ ture , ces avantages ne ſervi- Parefledes rent qu’à augmenter leur pa- (ipagnois. refle naturelle. Ils s’abandon¬ nèrent à toutes fortes de dé¬ bauches , & négligèrent la cul¬ ture & l’amélioration des ter¬ res. Pourvu qu’ils fe vident quelques légères provihons de tabac, de ſucre , & de choco¬ lat , ils ſe croyoient parfaite¬ ment heureux , & ne paroiſ- ſoient pas fe ſoucier de tout le refte. Leur commerce ré¬ pondit à leur peu d’indurtrie. Peu de bâtimens abordoient chez eux, & ceux qui venoient y trafiquer, n’y trouvoient gué-

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de la Jamaïque. 119 fies leur compte.Tour ce qu’on y pouvoir charger éroit des cuirs, du poivre, & des noix de ca¬ cao , le tout même en petite quantité. Ainfi. ces premiers habitans de la Jamaïque s’é- toient rendus indignes du Dom d’hommes par leurs cruau¬ tés , & inutiles à la ſociété hu¬ maine par leur indolence. Le maflacre d’une multitude in¬ croyable de pauvres créatures hmples & fans malice , qu’ils ^voient impitoyablement egor- gees , n’avoic eu d’autre pré¬ texte que de ſe rendre uniques & paiiîbles polTeffeurs d’une Ifle qu’ils ne voulurent pas prendre la peine de cultiver. En effet, peu de gens ſe fou¬ lèrent de venir s’y établir , ’tors ceux qui ne pouvoient faire mieux , ou qui y étoient forcés par quelque événement ; c^r tous ceux qui étoient en

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Î20 Histoire état de Faire quelque figure dans le monde,s’en alloienr dans i’Iſle Eſpagnole, à Cuba, ou dans le continent, ſéjours in¬ finiment préférables, puiſqu’ils y trouvoient en même tems l’aiſance de la vie , & les plus belles occafions d’augmenter Tiroirs &leur fortune. Pour la Jamaï- eX‘$ue ’ ^es Ducs de la Vega etoient Gouverneurs & Pro¬ priétaires de l’Ifle , & y avoient établi des impôts fi hauts qu’ils étoient tout a fait intolérables. Tyrannie C’eſl un fait certain , que des Gou-les ſucceffeurs de Chriſtophe veraeuis. Colomb ſe conduifirent en véritables tyrans, qu’ils exigè¬ rent & recueillirent avec la derniere des rigueurs les droits qu’ils avoient impoſés : mais affectant d’en accabler princi¬ palement les Portugais, nation a qui les Eſpagnols ont tou¬ jours porté une haine invin¬ cible j

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"de la Jamaïque. ï2ï cible , & qui dans ces pre¬ miers tems , compofoient la j compoioient la partie de l’Ifle J ils les degoûterent d’une pareille habitation. Ce fut par ce gouvernement dur & avide , que la Colonie parvint bientôt à ſon déclin. On ne cher choit guéres à s’é¬ tablir dans un lieu où l’on étoit fàr d’être vexé i & quiconque ^Voit des fonds or- mit dans les endroits ou il etoit fur de jouir tranquille¬ ment des fruits de ſon induſ- ttie. Les Gouverneurs ſen- toient bien que leur con¬ duite tournoit au déſavantage de leur Souverain , & préju- dicioit à leurs propres inté- tets. Car quoique leurs mains tavilfantes , en ſuçant, pour ^nfî dire , un petit nombre d indolens, ne tiraflent qu’ua •/. Part. F

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ï22 Histoire chétif revenu pour entretenu leur luxe , & fournir à leur5 débauches j ils prévoyoient bien que cette foible reüource ne pouvoir même leur relief iongtems. Outre le tempérament oifil des habitans , qui leur faiſoi1 négliger de profiter des avau; tages de cette Iile , un motd encore plus fort les engageoit à relier dans leur fainéantifë ôc leur parelfe ; c’eft qu’il5 voyoient qu’à proportion qu’il5 acquéroient des effets de quel' que valeur, on les dépouillotf avec violence de la plus grande partie , fie qu’ils n’avoient b jouiffance que de ceux que leurs inj ulles Gouvernent5 vouloient bien ne leur pas ra' vir. Les choſes refterent dan5 cette trille ſituation, juſqub ce que le Gouverneur déid1'

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. de la Jamaïque. 125 dit fous les amandes les plus ſéveres, de ſe ſouftraire de ſon Gouvernement pour en aller chercher un plus doux. Cette Nouvelle tyrannie occafionna les repré Tentations des habi¬ tons à S. M. C. Philippes II, & des plaintes fur les vexations qu’ils foudroient. Mais ce po¬ litique & ambitieux Monar¬ que avoit alors des vues plus importantes : il étoit occupé de ces vaftes préparatifs , dont toute l’Europe etoit allarmée, & qui ne regardoient que l’An¬ gleterre : ainii il n’eut pas le loifir de faire attention aux plaintes d’une petite Colonie comme celle-ci. Cela augmen¬ ta les mécontentemens qui n’é- toient déjà que trop grands. Les habitans & leur Gouver¬ neur vécurent dans une mu¬ tuelle défiance. Il ne celfa pas de les tyranniſer 5 &. eux ne F ij

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î24 Histoire ceflerent point de murmuref contre lui, Êc de le charger de malédictions, tandis qu’ils im- ploroient en vain la juftice du Prince. Par-là , l’Ifle devint une conquête aiſée au pre¬ mier ſurvenanr. Car c’eft un des inconvéniens de la tyran¬ nie , qu’on ne ſe ſoumet à ſon joug que par la crainte , Sè ja¬ mais par l’amour. Des eſcla- ves peuvent bien combattre , faire des conquêtes j mais on n’imaginera jamais qu’ils pren¬ nent les armes avec cette ar¬ deur génereuſe que de bons ſujets employent à la défenſe de leur liberté & de leurs loix. C’eft ce qui ne parut que trop évidemment ici , quand An- deſcenre r .\t. i ’\t\ ? t ’\t.. des An- taire une descente a la Jamai- giois. que. Il y rencontra fi peu de réfiftance,qu’il pilla Ôc ſaccagea toute l’Ifle j fans preſque eſ-

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DELA JAMAÏQÜE. fi J foyer le moindre danger : il brû¬ la S. Jago , & fut maître de tout le pays, tant qu’il voulut y toſter. Les infortunés habitans û’auroient pas été fort à plain¬ dre qu’il y fut refté toujours r au contraire , ils ſe ſeroient eſtimés heureux de changer de maître , & de pafTer fous les loix de quelque Prince que ce fot, qui les laiflat vivre dans l’abondance & dans la liberté. Le Capitaine Antoine pen- choit à s’y arrêter : la conquê¬ te de la Jamaïque n’eût pas été datée des jours d’un uſurpateur3- mais du régne d’une Princeffe dont l’heureux gouvernement tondoit Fobéiflance fi douce à ſes ſujets, 6c dont le nom étoit la terreur de l’Eſpagne.Ce Capi¬ taine avoir d’autres deffeins 5 & obligé d’agir conformément à fes ordres-, il quitta l’Ifle, & tetourna croiſer fur les côtes F iij

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126 Histoire du continent des Indes cidentales. Quand les Anglois furent retirés, les Eſpagnols commen¬ cèrent à ſortir des cavernes où ils s’étoient réfugiés , Si retournèrent à leurs anciennes habitations qu’ils ſe mirent à réparer. Ce trille événe¬ ment leur faiſant ſentir les mauvais effets d’une défiance mutuelle, ils ſe rapprochèrent les uns des autres. Le Gouver¬ neur relâcha un peu de ſa pre¬ mière ſéverité , & le peuple pa¬ rut plus tranquille & plus con¬ tent. Plufieurs furent admis dans la direélion des affaires, comme membres de ſon Con- feil , au moins de nom > ce qui flatta la vanité des Eſpa¬ gnols , &. leur fit croire qu’a¬ vec le titre de Dom , ils avoient reçu une autorité réel¬ le , & qu’ils participoient en

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de la Jamaïque, 127 effet au gouvernement. Cette correfpondance ap¬ parente dura fans altération juſqu’en l’année 1635, que le Colonel Jackſon , avec defetîæ Une petite flotte , partit des des An- Ifles de Lceward dans le 8lois’ delFein d’exécuter une entre- prife fur celle-ci : il avoir peu de monde avec lui , mais tous gens braves, déterminés, & ré¬ solus de mépriſer tout danger , pour gagner un riche butin. Il prit donc terre avec 500 hom¬ mes feulement 5 &, avec cette poignée de gens , il attaqua 2000 Eſpagnols dans le Fort du PafTage. Ceux-ci les reçu¬ rent allez courageuſement, & fournirent quelque tems la vi¬ vacité de l’attaque avec beau¬ coup de réſolution 5 mais nos braves Anglois combattirent avec une telle furie > qu’à la fin leurs ennemis plièrent, & F iiij

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•ï 2 3\tHistoire prirent enſuîte la fuite. Apre3 cet avantage, les nôtres ne per¬ dent pas un moment à pourſui- vre leur victoire j ils marchent a Prîſe de S. Jago , quoiqu’à lix milles de¬ S. Jago. là , donnent l’aflaut à la Place avec une intrépidité peu com¬ mune , £c malgré la réfiftance qu’ils y trouvent, y entrent bientôt l’épée à la main j 6Cj par un pillage général, en en¬ lèvent tous les plus riches ef¬ fets. Le butin fut partagé en¬ tre les ſoldats j & les Eſpa¬ gnols s’eftimerent heureux de racheter leur ville des flammes moyennant une ſomme dont on convint : elle fut payée fur le champ, & notre brave Colonel ſe retira tranquillement fur ſes vaifleaux, fans avoir perdu dans cette expédition plus de quarante hommes. Mais ces vifltes paflageres des Anglois n’étoient que le?

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de la Jamaïque. 129 préſages, & ïes avantcottreurs d’une autre plus ſolemnelle , puiſque peu d’années après, Troifié- î’Ifle tomba toute entière dans nos mains. Le ruſé Cardinal giois , & Mazarin engagea Cromwell à conquête unir ſes armes à celles de la de 1 Iſle' France contre les Eſpagnols j & ſa politique lui fit imaginerele „ Cromſ de les aller attaquer dans les Indes Occidentales. L’uſurpa- ſ. i-faji- teur étoit trop pénétrant pour ne pas ſentir que , quelques fuflent les vues de Mazarin, ce projet étoit non feulement bon en lui-même , mais en¬ core d’un fucccs facile & avan¬ tageux à la nation.. Ainfi il équi¬ pa une belle flotte dans le deſ- ſein de faire la conquête de l’Ifle Eſpagnole. Deux mille vieux foldats, relie des Royaliftes, & autant de l’armée de Crom¬ well , fans compter un nombre infini de volontaires ſervans à F v

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Ï5® Histoire leurs frais , s’y embarquèrent tous également animés par l’eſ- pérance de s’enrichir des dé¬ pouilles de leurs ennemis. Le Colonel Venable, & l’Amiral Penn dévoient conjointement commander la flotte & l’ar¬ mée , avec ordre de toucher aux Ifles Barbades , & du Lé¬ zard , pour y prendre encore du renfort, perſuadé que l’on étoit, qu’il n’y auroit point de Colonie qui ne voulût contri¬ buera une entrepriſe qui devoir fl fort tourner au profit de tou¬ tes. Le Protecteur ne ſe trom¬ pa point dans cette idée : plus de 1300 hommes des Ifles du Lézard ſe joignirent à la flot^ te 5 & la Colonie des Barbades leur fournit toutes les provi- flons dont ils avoient beſoin. L’appas étoit fl ſéduiſant que nos vaifleaux furent ſuivis de nombre de gens de ces Ifles,

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de la Jamaïque. 131 «fui croyoient courir moilTon- ner des tréfors certains. En ef¬ fet , jamais une fi belle armée n’avoit vogué fur les mers de l’Amérique 5 le ſuccès de l’ar¬ mement paroifloit afluré , & rien ne pouvoit le traverſer t que la mauvaiſe conduite des Chefs , puiſqu ils avoient fous leurs ordres un corps confldé- rable , bien diſcipliné , pourvu de tout, & commandé par des Officiers de réputation , qui avoient fait connoître avec diftinction leur courage & leur conduite dans la guerre civile, tels que les Colonels Doyly Haygnes , Buthler, Raytnund, & grand nombre d’autres- propres, fans contredit, à com¬ mander dans une armée , eût- il été queftion de combattte pour l’Empire du monde. Le 13 d’Avril 16^5,1a flotte jetta l’ancre près de l’ifle Ef- F vj ‘ rÆ ſ.y.. Les- A'a*

iois font

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unedeſcen-pagnole , & a te dansl’iſ- Saint-Doming leEfpa^nO’ r -f J r ô leil de guerre ip Histoire la vue de la ville ue. On tint con- 5 fuivant ce qui y fut réſolu , on débarqua 7000 fantaffins, & une troupe de cavalerie , avec des vivres pour trois jours. Mais les Ef- pagnols, avertis de notre deſ- fein, nous attendoient en bon¬ us font ne pofture. Auffi après une Tepouffés action vive & fort courte, Vena- avecperte. bje fut oyjgé de ſe retirer : nos troupes furent honteuſement défaites , rompues , & taillées en pièces. Une partie regagna ſes vaille aux 5 mais le brave Colonel Haynes , & nombre de ſoldats , relièrent fur le champ de bataille. Quelle qu’ait été la cauſe de ce mauvais ſuccès, il fit per¬ dre aux Commandans l’eſpé- rance de réuffir dans une fé¬ condé tentative. Ils virent que les Efpagnols étoient trop

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de la Jamaïque. 153? ^en fortifiés , & de tout côté Lrop bien en état de les repouſ- fer: ainfi ils prirent fans diffé- Ils vo- rer le parti de faire une deſ-Suenca Is tente a la Jamaïque , ou ils ar¬ rivèrent le 3 de Mai. Nos Gé- Débar- üéraux débarquèrent leurmon-4uent: > & de , & marchèrent droit à S. dro^ Tk Jago capitale de l’Ifle > réfolus Jago. d’inſulter la place. Pour prévenir une avanture Pareille à celle de Saint-Do¬ mingue , on publia un ordre à Uos gens de tirer fur ceux de leurs camarades qu’ils verraient fuir. Cette précaution étoit né- ceflaire 5 car le foldat étoit dé¬ couragé & abbatu par notre récente défaite. D’un autre côté , on ne peut avec fonde¬ ment s’imaginer , que fi les Chefs avoient crû pouvoir ſe diſculper de quelqu’autre fa¬ çon auprès de Cromwell, du

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ï%4 Histoire peu de ſuccès de leur expédi¬ tion , ils n’auroient pas bazar¬ dé une tentative fur la Jamaï¬ que : mais dans l’état où étoir alors cette Ifle , aucune autre ne promettoit une conquête plus aiſée.. Les Eſpagnols n’a- voient pas le moindre avis de notre deEein, ni même de no¬ tre derniere défaite :■ ils n’é- r oient pas allez en force pour réſifler à un corps de 1000 hommes, comme nous avions encore > enfin tout ſembloit concourir à l’événement qui arriva.. Les Anglois marchoient fiè¬ rement à S. Jago , réſolus de l’emporter d’aflaur 5 mais le Gouverneur adroit & ruſé, connoiflant fa foiblefle & nos forces , qui ne lui permettoient pas de ſe flatter de pouvoir ſe défendre, eut l’adrefle de de¬ mander à entrer en capitula-

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ï3S Histoire ■ nous n’aurions pû les trouver» ils ſe retirèrent dans les monta¬ gnes , nous abandonnant une ville déferre , où. nous ne trou¬ vâmes que de belles maiſons fans meubles , & fans habi- tans. Cet événement fut un terrible fujet de décompte pour une armée qui s’atten- doit à s’enrichir par le pillage > & qui avoit déjà été fruftrée une fois de ſes eſpérances fur ce point. Cette tromperie nous piqua au dernier point, & nous xéſolûmes d’en tirer vengean¬ ce. Plufieurs partis furent dé¬ tachés pour aller à la décou¬ verte : mais ils eurent beau faire , leurs recherches furent infruétueuſes. Ils ne connoiſ- foient point le pays, ni ſes paſ- ſages ; & fans deterrer la re¬ traite des ennemis, ils s’en re¬ vinrent fatigués èi. découragés : enſorte que fi les Eſpagnols ne

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de la Jamaïque. 137 fe fuiTent pas trahis eux-mê¬ mes , ils auroient pû attendre en fureté que les Colonies voi¬ sines vinflènt les ſecourir , & nous chalTer. Le fils d’un de ceux qui firent la conquête , & qui en avoir appris le détail de ion pere, mort depuis aflez peu d’années , m’a afluré que nos troupes commencoient à fe trouver réduites à de facheu- ſes extrémités. Elles voyoient bien qu’il 11’étoit plus queftion pour elles de ces tréſors dont elles s’étoient flattées : leur courage étoit abbatu , & il ne leur refloit plus aucun eſpoir dont elles puflent ſe ſoutcnir. Leur nombre diminuoit tous les jours, & la diette forcée qu’elles obſervoient , ne s’ac- commodoit pas avec le goût & le tempérament Anglois. Dans ces circonftances criti¬ ques , on délibéra d’abandon*

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î} 8 Histoire ner un porte où il y avoir lï peu à gagner , & tant de péril à effuyer. On penſoit que les Eſpagnols rafle nablant fans dou¬ te des forces conlîdérables dans tous leurs autres établiflemens voiſins de cette Ille, les y tranſporteroient inceflammenr, & nous en charteroient avec au¬ tant de facilité que de devant S. Domingue, d’autant plus mê¬ me que nous étions alors bien moins en état de réfifter à leurs attaques, que nous ne l’avions été à S. Domingue. On ne pou- voit ſe perſuader que le Gou¬ verneur enorgueilli de la réuſ- lîte de fon premier dcflein , pût être allez lâche pour ſouf- frir que l'on détruisît ainlï une Colonie de ſes compatrio¬ tes, ni pour nous laifler tran¬ quilles poflefleurs d’une Ille qui avoit reconnu le Roi Catholi¬ que pour ſon Souverain. En-

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de la Jamaïque. 139 fin, on ſentoit bien l’impof- fibilité de défendre ce poſ- te avec un corps affoibli , dé¬ couragé , & accablé de mala¬ des. D’un autre côté , on ne Voyoit pas comment excuſer notre conduite en Angleterre auprès du Protecteur. Nous ne pouvions nous déguiſer à nous- mêmes que nous avions fait les fautes les plus groffieres.Qu’at¬ tendre après cela de l’humeur févere de Cromwell ? Si donc Bous ofions nous flatter de revoir jamais notre patrie , il ſalloit de toute néceflîté vflayer par quelque voYe que ce fut, d’effacer la tache que nous avoient imprimées nos premiè¬ res fauffes démarches. Tandis que leseſprits étoient dans cette agitation, & fur le point de ſe mutiner j tes impru- dens Eſpagnols ſe trahirent eux-mêmes. Ils envoyèrent un

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140 Histoire parti à la découverte 5 ce parti tomba fur une petite troupe des nôtres, & l’attaqua 5 mais nous les battîmes & les ſuivî- mes dans leur retraite. Cette heureuſe avanture ranima tou¬ tes nos eſpérances, & releva notre courage. Elle nous re¬ mit devant les yeux l’appas ſé- duiſant du butin & nous ſem- bla préſenter de nouveau , pour dédommagement de tou¬ tes nos fatigues , les richefles des Eſpagnols , que nous croyions déjà partager. Les • Généraux feconderent cette bonne diſpolition du ſol- dat j & regardant cet événe¬ ment favorable comme un coup fignalé de la Providence, ils ſe ditpoſerent à en profiter , & à ſuivre le chemin qu’il ſembloit leur indiquer, de ſur- monter heureuſement toutes les difficultés qu’ils avoient

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de la Jamaïque. 141 rencontrées juſques-là. Nous marchâmes donc gaiement vers les retraites de l’ennemi, qui île nous reçut pas moins cou- rageuſement. Il ſe donna plu¬ sieurs petits combats , mais preſque tous à notre déſavan- tage 5 parce que les Eſpagnols , qui connoiflbient tous les paſ- fages, ſe retiraient inſenſible- rnent de forts en forts , d’où ils faîſoient feu fur nos gens fans aucun riſque 5 ■& avant que nous pûflïons grimper juſqu’à eux , ils avoient le tems d’aller ſe cacher de nouveau dans quelqu’autre retraite aufli ſure que celle d’où nous ve¬ nions de les débuſquer. Cela nous ht appréhender d’être Longtems dans cette conquête , lî même elle ne dc- Venoit pas impraticable. Mais «tant une fois tombés fur quel¬ ques effets appartenans aux-

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14* Histoire ennemis, le ſoldac reprit ſa gaieté & ſon ardeur. Le ha- zard en même tems nous pro¬ cura des vivres par la décou¬ verte que nous fîmes des ſa- vanes où les Eſpagnols avoient conduit leurs beltiaux. Dans l’extrémité où nous étions prêts d’être réduits, c’étoit le plus grand ſoulagement que nous pùflîons delirer. Nous pûmes, moyennant ces provilions, nous regaler tant que nous voulû¬ mes , & eûmes bientôt oublie toutes nos précédentes peines. Trahifon Mais tandis que nous failions 4’on eſcia- ainfi bonne chere, nous apprî- jérir ^îu- nies la trille nouvelle que plu¬ sieurs An- fîeurs centaines de nos gens =lois' avoient été attaqués par les Eſpagnols, à la faveur de la nuit , & entièrement taillés en pièces. Il y eut apparence que cet échec fut l’eflét de la tra- hiſon d’un eſclave des enne-

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dela Jamaïque. 145 mis , qui s’étoit venu rendre à nous, & nous ſervoit de gui¬ de. Notre Commandant peu ſoupçonneux le reçut comme ■quelqu’un à qui l’on pouvoit le fier. 11 le careffa & lui pro¬ mit d’amples recompenſes. En effet, pendant un tems nous n’eûmes pas ſujet de douter de la fidélité i car connoiffant fort bien les retraites des ennemis, il ſe gliffoit parmi eux pendant la nuit , épioit &. pénétroit leurs deffeins, & ne manquoit pas de nous les découvrir. Mais, ſoit que ce fut une amorce qu’il nous préſentât pour ga¬ gner notre confiance , afin de pouvoir plus aiſément venir a bout de la perfidie qu’il médi- toit, ou ſoit que déjà dégoûté de ſes nouveaux maîtres, il ſentît un defir de retourner chez ceux qu’il avoit quittés , & qu’il voulut obtenir ſon par-

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Ï44 Histoire don par quelque ſervice eflen- tîel > le traître conduilît nos gens dans un vallon dominé de tous côtés par des collines eſcarpées. Il ſçavoit qu’un gros corps d’Eſpagnols à qui il avoit trouvé moyen de com¬ muniquer fon projet, nous y attendoit, & s’étoit alluré de toutes les avenues : de maniéré qu’il étoit preſqu’entiérement impoflîble que nous publions nous empêcher d’y périr tous. Guidés par ce miſérable , nous marchâmes fans ſoupçonner aucun danger > & trouvant ce lieu convenable pour nous y arrêter , nous réſolûmes d’y relier juſqu’au lendemain ma¬ tin. Déjà ayant mis bas nos armes, nous commencions , les uns à ſe rejouir , les autres à ſe livrer au ſommeil pour ré¬ parer la fatigue de la marche pénible que nous avions faite la

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de la Jamaïque. 145 U veille, fans nous défier de no¬ tre guide 5 lorſque tout d’un coup nous fûmes tirés de cette ſécurité par de grands cris ſuivis de décharges de mouſqueterie. Un nombre ſupérieur d’enne¬ mis nous tombe fur le corps : dans la confternation ou nous - met cette attaque imprévue , a peine avons-nous le tems de nous jetter fur nos armes t nous fonimes tous maflacrés & taillés en pièces : on ne don¬ ne aucun quartier > tout eft pafle au fil de l’épée 5 & rien n’échappe de ce carnage hor¬ rible , qu’une poignée de gens Î>lus réfolus que le refte , qui è précipitant au milieu des en¬ nemis , percent courageufe- ment au travers de cette mul¬ titude qui les environne. Du nombre de ces braves gens étoit le pere de celui de qui je tiens tous ces détails. Dans la 7, Partie\tG

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146 Histoire fuite , & lorſque les Eſpagnols eurent abandonné Tille, le mi- ſérable qui avoit mené cette troupe infortunée à la bou¬ cherie , étant tombé entre nos mains, il fut traité comme le méritoit ſa perfidie. Cette funefte aventure nous abbatit de nouveau le courage, & nous fit voir la néceffité d’être plus fur nos gardes : auffi nous portâmes dans la fuite la vigilance bien loin. Au bout de quelques mois , nos ennemis venant à ſe lalfer de leurs demeures fauvages , & des fatigues qu’ils étoient con¬ traints d’effiiyer ; comparant d’ailleurs la différence qu’il y avoit entre jouir des commo¬ dités & de l’abondance d’une ville 1 avec le foin pénible de ſe tenir cachés dans les mon¬ tagnes & les précipices 5 entre les douceurs de la paix Se les

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de la Jamaïque. 147 travaux de-12 guerre , ils fon¬ dèrent tout de bon à aban¬ donner leur iile. Ils voyoient la plupart de leurs etabliflemens détruits , eux- mêmes abandonnés à leur ſeul déſeſpoir , & fans eſpérance de ſecours. C’eft pourquoi, LesE/pv d’un commun contentement, K110^ qUit* ils réſolutent de s’embarquer Ult l e’ dans de grands canots, ôc de pafler à Cuba, diſtante d’en¬ viron dix-huit lieues. Ils exé- Mulâtres Cuterent auffitot ce projet, & ^ Nègres pe laiflerent dans l’ifle qu’un aùCS* petit nombre de Mulâtres & de Nègres , tous gens dont ils etoient fûrs, & à qui ils donnè¬ rent ordre de nous harafler par de fréquentes attaques , & d’empêcher par-là t|ue nous ^e pûffions penſer a nous y établir. . Pour les animer à bien faire , ds leur promirent de revenir

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148 Histoire bientôt avec des forces ſuffiſan- tes pour nous chafler. Cette pro¬ mené conſerva effectivement pendant quelque tems ces mal¬ heureux dans leur devoir 5 mais enſuiteelle tourna au déſa- vantage des Eſpagnols eux- mêmes : car lorſque ceux-ci revinrent dans leur ifle avec des forces inſuffiſantes, & l’air de gens abandonnés de tout le monde & fans rcflburce, ces Mulâtres & ces Nègres furent les premiers .à embrafler notre parti. Pendant cet intervalle qui fut court, il ne ſe paffa rien de remarquable : on relia tran¬ quille de part & d’autre. Ce¬ pendant la retraite des habi- tans avoir beaucoup déplu au Viceroi du Mexique! & quoi¬ que juſques-là il eût toujours témoigné peu d’emprelTement à les ſecourir , leur état préſenr

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. de la Jamaïque. 149 ^engagea à leur promettre de les ſoutenir avec des forces considérables. Leurrés par cette eſpérance , ils revinrent dans l’ifle , & ſe diſperſerent vers le Nord & le Nord-Eſt, où ils attendoient l’arrivée de ce ſe* cours prétendu. Mais après s’en être longtems flattés } il leur arriva feulement cinq cens Hommes de renfort, qui voyant la ſituation déſeſperée de l’ifle, & combien il paroifloit impoſ- ſible de nous en déloger , re¬ fit fer eut de nous attaquer & ſe Retirèrent dans S. Chereras, où ils ſe retranchèrent , en atten¬ dant l’oecafion favorable d’a¬ bandonner l’ifle , qu’ils ſen- toient bien être perdue pour eux fans reflburce : car pendant ce même tems-là les Anglois fe voyant fans ennemis qui les üiquiétaflènt, s’étoient éten- G iij

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i ;o Histoire dus & établis au Sud & au Sud- Eft. Un régiment avoir été dé¬ taché à Port-Morant pour y demeurer , & d’autres diſper- ſés dans l’intérieur de l’ifle. Doyley Le Colonel Doyley ayoit été Gonver- nomnié Gouverneur avec deuX neur. ou trois mille hommes de trou¬ pes de terre , fans en compter environ 20 mille fous les ordres du Vice-Amiral Goodſon 5 SC tous deux avoient li bien diſ- pofé toutes choſes , qu’à U moindre attaque nos nouveaux habitans étoient ſùrs d’être à l’inftant ſecourus par nos gens de guerre. Cependant Penn & Vena¬ bles étant retournés en An¬ Penn & Venables emprison¬ nes en An¬ gleterre. gleterre vers la mi-Septembre > y furent d’abord arrêtés & mis en priſon , en punition de leur mauvaiſe conduite, qui avoir imprimé une telle tache fur le nom Anglois , qu’elle auroit

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de la Jamaïque.. î;î été ineffaçable fi nous n’en avions pas été un peu dédom¬ magés par la conquête de la Jamaïque , qui fut pourtant bien plutôt un préſent du ha¬ sard , que la fuite d’une en- trepriſe bien concertée. Cromwell ſentit bientôt l’a- -Scdgwkfc Vantage que la nation retire- Gouver- roit de cette conquête, qui en place de effet , comme nous le dirons Doyiey. plus bas , ne manqua pas de déconcerter beaucoup les Eſ¬ pagnols. Ainfi il équipa , fans perdre de tems, une nouvelle efcadre 5 & defiittiant de ſes emplois le Colonel Doyiey, parce qu’il étoit Royalifle , il envoya en fa place le Major Sedgwick , qu’il nomma Gou¬ verneur de l’ifle. Mais avant fou arrivée , le Colonel Doyiey , qui conti- nuoit d’agir avec une bravoure & une peu commune .,. Giiij

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ï$2 Histoire ayant découvert les retraites & les retranchemens des enne¬ mis , marcha pour les y aller attaquer à la tête d’un gros corps. Ceux-ci de leur côté avoient reçu des ſecours con- fidérables. Us avoient conftruit plulîeurs Forts dont on voit encore les veſtiges fur les bords du Rio-Nuevo > dans le quar¬ tier de Sainte-Marie r ils avoient bon nombre d’armes &: de mu¬ nitions , & commençoient à ſe flatter de réparer leurs pertes & de rentrer dans la poüelfîon de ce qui leur venoit d’être enle¬ vé par la ſupériorité des Anglois : Espagnols mais en vain étoient-ils deux défaits. fojs p[us Je monde qUe nous , en vain avoient-ils devant eux de bons retranchemens, nous les attaquâmes ſi vivement qu’ils furent forcés par tout , & totalement défaits en peu de jours. La bravoure des An-

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de la Jamaïque. 153 iglôis fut remarquable dans cet¬ te occafion. Ils effàcerent les ta¬ ches que leur honneur avoit re¬ çues ÿ & tout bons ſoldats qu’ils etoient naturellement, on peut • dire qu’ils ſe ſurpalferent eux- mêmes , &: ſe montrèrent di¬ gnes de ſervir fous Cromwell. Les eſclaves fugitifs des Eſpa- Eſdaves gnols nous rendoient grand lervice : ils ne s épargnèrent iesAnglois. en aucune façon : pluſieurs mê¬ me d’entre eux firent merveille en combattant contre leurs an¬ ciens maîtres , de qui ils ne pouvoient plus attendre qu’u¬ ne mort prompte &: cruelle , fi jamais ils venoient à retomber entre leurs mains. Doyley leur donna à tous la liberté , & des récompenſes à Hifloiie quelques-uns , à un ſurtout tragique dont l’ardeur s’étoic le plus fait e(cIa' Remarquer, & qui de ſa main avoit tué plufîeurs ennemis. Il G v

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i$4 Histoire y a apparence que celui-ci avoir appartenu à un des principaux d’entre les Eſpagnols : il ai moi t éperdument une jeune NégreA . ſe , & il en avoir eu pluſieurs enfans. Rienn’égaloit leur bon¬ heur , fi le bonheur ſe peut trouver dans l’eſclavage , lorſ- que celui à qui il appartenoit 3 arracha cruellement d’entre ſes bras cette tendre épouſe, & la força de condeſcendre à ſes in¬ fâmes deflrs. Le mari s’adrefla à tous les Tribunaux pour obtenir jufti- ce j mais l’ardeur de ſes pour- fuites ne ſervit qu’à lui attirer un châtiment cruel : il l’effuya avec la réſolution de s’en ven¬ ger tôt ou tard : fie notre def- cente dans l’ifle lui en fourniſ- ſant une occafion favorable , il trouva moyen de donner un rendez-vous à ſa malheureuſe épouſe. Dans leur entrevue

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DELA Jamaïque. 155 qu’il lui avoit indiquée dans un lieu écarté , il lui fit part de ſes projets de vengeance, lui jura que l’amour fincere qu’il avoit pour elle lui feroit tou¬ jours regretter de l’avoir per¬ due 5 que leur bonheur étoit fini pour jamais , parce que quelqu’innocente qu’elle fût de l’affront qu’elle avoit reçu, la tache ne pouvoit en être ef¬ facée , & ſa première vertu lui être rendue ; mais que ne pou¬ vant recevoir dans ſes bras une femme deshonoréeil ne con- ſentiroit pas non plus à la voir vivre dans ceux d’un autre.- Alors il l’embrafla tendrement & lui plongea un poignard dans le cœur r c’eft ainfi , lui dit-il, que ton époux uſe de ſon pou¬ voir fur toi 5 après quoi il ne cefta de la tenir dans ſes bras juſqu’à ce qu’elle eût rendu le dernier ſoupir. Il s’enfuit aulfi- G vj;

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156 Histoire tôt & ſe réfugia dans notre camp. Il nous ſervit parfaite¬ ment dans tous les petits com¬ bats qui ſe donnèrent, ſurtout dans le dernier de tous , où la vue de ſon barbare maître re¬ doublant ſa rage & ſon delir de vengeance , il ſe jetta comme un furieux dans la mêlée pour le joindre , & le fit bientôt tomber à ſes pieds- Il ſacrifia encore d'autres Eſpagnols à ſa fureur, & combattit fi coura- geuſement, que le Colonel Doyley remarqua ſa bravoure. Ainfi fans examiner quels, en étoient les motifs > il l’afran- cliit, lui fit des gratifications, & lui donna en propriété un terrain où il vécut paifible- ment depuis, mais dans une trifiefie Se une mélancolie qu’il ne put jamais ſurmonter. Il mourut en 1708 > dans un âge fort avancé. Un de ſes fils nous

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de la Jamaïque? îç/ a bien ſervi en 1695 , contre les François, & plufieurs au¬ tres fois contre les Nègres re¬ belles. Notre brave Colonel, après avoir forcé les retranchemens, les détruilît & les renverſa de maniéré qu’ils n’auroient pu être aiſément rélevés > &. après avoir pourſuivi & harcele les ennemis quelques jours, il re¬ vint couvert de gloire avec beaucoup de priſonniers , & chargé d’un butin fort conlî- dérable. Pendant cette expé¬ dition un autre gros corps d’Eſpagnols retranché à Point- Pedro , fut aulïî défait & pres¬ que tout taillé en pièce. Ces ſllCCCS répétés les dé- Seconde couragerent entièrement, retraite des . „\t.\t’\t, Eipagnols^ plutôt que d etre toujours ré¬ duits à errer dans les bois, ex- poſés à notre pourſuite , & à une mifere & une difette ai-

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158 Histoire freuſe , ils prirent enfin une fé* rieuſe réſolution d’abandon¬ ner pour toujours une ifle qu’ils voyoient bien qu’il leur etoit impoffible de recouvrer. Les An-Nous n’eumes garde de les tra- FresSdeTif ver^er ^ans ce deflein. Nous le. les laiflames tranquillement s’embarquer avec leurs femmes, leurs enfans , & le peu qui leur reftoit de leurs tréforsr moyennant quoi nous reli⬠mes maîtres de la Jamaïque. C’eft ainfi que le courage & la bonne conduite de cet Offi¬ cier nous en a'flura en peu de tems l’entiere pofleflion, fie obligea les Eſpagnols premiers pofleffeurs de cette ifle , à l’a¬ bandonner en fugitifs.. Les Né- Mais quoique nous eu fiions K\tdans la principale partie te. de notre projet, il nous ref¬ toit encore de grands obftacles à ſurmonter. Ceux des Nègres

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de la Jamaïque, qui avoient conſerve leur fidé¬ lité à leurs anciens maîtres , ſe Voyant par leur fuite en liber-* té , & craignant que nous ne puniflions cruellement les per¬ tes qu’ils nous avoient fait fouf- frir dans cette petite guerre , réſolurcnt de ſe maintenir dans l’ifle. Ils tuerent celui que les Eſpagnols avoient mis à leur tête, choiſirent entre eux un chef pour les commander 5 & après être convenus entre eux de quelques réglemens néceſ- ſaires pour les contenir tous dans l’union , ils penſerent à s’aflhrer leur fubfiftance. Ils plantèrent dans les cantons les moins à portée de nous, du ma- his, du cacao , d’autres plan¬ tes utiles à la vie : d’ailleurs la plupart marchant en corps , vi- Voient de la châtie & des vivres qu’ils nous déroboient. C’elt ce qui fut caufe de leur perte : car

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Battus en detail. La plu¬ part ſe ſou- mettent. î So Histoire Doyley toujours actif, donna ordre de les pourſuivre. On joignit plulieurs de leurs partis écartés du gros , qui furent la plupart raillés en pièces : de ce nombre ſé trouva le Chef de ceux qui sJéto-ient oppoſés à ce qu’ils ſe ſoumiflent à nous; Le relie frappé de crainte , &C découragé commença à déſeſ- pérer de ſe pouvoir plus long- tems ſoutenir. C’eft pourquoi ils envoyèrent humblement offrir au Colonel Doyley de ſe ſoumettre, pourvu qu’on leur pardonnât le pafle. Celui-ci ſe fit prier un peu, afin de leur faire valoir la grâce qu’on leur accordoit, & enfin accepta les conditions qu’ils propoſoient. Leurs Députés s’en retournè¬ rent fort contens, fît rendi¬ rent compte à leurs compa¬ gnons du ſuccès de leur négo¬ ciation. Auffitôt leur Capital-

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de la Jamaïque, iffr fte & plufieurs centaines d’en¬ tre eux vinrent apporter leurs armes & furênt bien reçus par le Colonel, Quoique le plus grand nombre des Nègres ſe fût fournis, jalu- fieurs autres ’s'obftinerent a ſe défendre. L’on vint cependant Le relie à bout de preſque tous, en em-^11”™ ployant les eſclaves à leur courir qui s’é- ſus. La promeſfe d’une récom-£O!enl: fou’ penſeleur fit entreprendre cette mis' beſogne de bon cœur. Ils con- noifloient les retraites de leurs compagnons , 6c il étoit rare qu’ils revinrent fans avoir remporté far ces obffînés quel- qu 'avantage confidérable. Ce fut ainfi qu’ils s’attachè¬ rent à nous affurer de leur fi¬ délité j & c’étoit en effet la meilleure voye qu’ils puffent prendre pour cela , & la plus avantageufe pour nous : car à la fin nous étions bien las de

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i5i Histoirï Îiourſuivrc une poignée de vfr* eurs qui connoiffoient parfai¬ tement les détours dans les bois & les lieux propres a. ſe retirer , & que nous ne joi¬ gnions point fans riſque. Dans un climat aulïï brûlant, la fa¬ tigue continuelle de grimper, chargés de nos armes, du fond des précipices juſqu’aux lieux eſcarpés, où ils ſe réfugioient, étoit au-deflùs des forces de gens nés en Europe. Ces eſcla- ves ne pouvoient donc nous mieux ſervir ; & ils s’y portoienc de fi bonne volonté , que le nombre de ceux qu’ils avoient en tête diminuoit tous les jours. Quelques-uns de ceux-ci trou¬ vèrent le moyen de palier à Cubai & le peu qui s’obftinaà ſe défendre, ne fut plus bien¬ tôt pour nous un ſujet d’in¬ quiétude. C’eût été cependant un bonheur pour les Anglois

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i 64 Histoire les mécoiltens ; &• aujourd’hui on fait monter le nombre de ces rebelles à plu heur s milliers. A la vérité on a rendu contre eux les Edits les plus féveres : on a promis les plus grandes ré- compenſes à quiconque en pourroit tuer. On a même en¬ voyé contre eux des détache- mens de troupes choiſies j mais tout cela fans ſuccès : ceux qui les ont attaqués font toujours revenus après avoir efluyé plus de perte qu’ils n’en avoient cau- ſée. Ces mutins occafionnent de grandes dépenfes à eau- ſe des forts & des retranche- mens qu’ils nous forcent à bâtir pour nous garantir de leurs in- curfions& à caufe des trou¬ pes que nous ſommes obligés d’entretenir toujours pour les pourfuivre. Depuis qu’ils ont commencé à ſe rendre redou-

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de la Jamaïque. 165 tables, il -en a coûté bien des millions, & il en coûtera en¬ core bien d’antres avant de par¬ venir à les réduire s fi on ne s’y prend d’une autre façon. J’ai oui dire que l’avis du c’àoitl’a- Colonel Doyley avoir été de vis de Do> les détruire entièrement > qu’il ley‘ s’étoit fervi} pour le ſoutenir , des raiforts les plus fortes, Sc qu’il avoir en quelque façon prédit les fuites iacheuſes de la faute qu’on alloit faire : mais les Mais il fur Colonels Raymund ,& Tyſon contredit qui commençoient dès-lors à faire voir un génie diſpoſé à flatter le peuple , & tourné aux factions 3 s’étant déclarés d’un fenriment contraire , Doyley tout éclairé .& tout ferme qu’il etoic, n’oſa s’o-ppoſer à l’opi¬ nion de gens qui étoient entié- tentent maîtres, de l’eſprit de la foldateſque,. Ils difoient que le midat etoit las d’une guerre

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i66 Histoire pénible , & charmé de pouvoir enfin jouir de quelque repos : & qu’il s’imaginoit que l’avis de Doyley venoit d’une mau- vaiſe volonté de ſa part, &C d’un deflein formé de le tenir toujours en mouvement, & de le frultrer du fruit de ſes tra¬ vaux , qu’il avoir cependant acheté par tant de combats. Dovley n’oſa aller contre ces raiſonnemens populaires : ainfi il ſe contenta de leur faire ſen- tir fur quoi il ſondoit ſa façon de penſer , les conſéquences d’une conduite qui y ſeroit contraire , & l’inquiétude où nous ferions toujours tant que nous aurions à craindre que ceS rebelles ne vinffent tomber à l’improvifte fur nous, pouf nous couper la gorge ou ſacca- ger nos plantations. Voilà rhiſtoire de cette idc depuis ſa découverte juſqu’au

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de la Jamaïque. ^7 tems qu’elle tomba entre nos ïüains. Quoique les mémoires de tout ce qui s’eft pafle dans cet intervalle ſoient tous fort ebſcurs, cependant nous n’a¬ Vons rien de mieux que ce que je donne ici. J’ai tâché de ſup- pléer à ce qui leur manque par l’avantage que j’ai eu de compo¬ ser les miens dans l’ifle même > où j’ai eu des liaiſons avec plu- «eurs perſonnes dont les peres Soient eu part à fa conquête , °u s’y étoient établis peu d’an¬ nées après. Je continuerai une aUtre fois ma Relation. Mais avant de finir, je ne puis s’empêcher de remarquer ici, ^Ue tout Etat, toute Couronne Ou le ſujet gémit dans l’oppreſ- ll°n, eft bien voifin de fa ruine.

  • out Prince , tout Gouver¬

neur qui tient les peuples dans 4 ſervitude , ne peut man¬ der d’en être haï & maudit.

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i&8 Histoire Rien n’eft capable de réprimer le delîr que la nature a donne à l’homme de la liberté , & de la jouiflance paifible de fes biens. Tant que ces deux objets font reſpeétés par le Souve¬ rain , ſes ſujets n’ont pas d’in¬ térêts difFérens des liens, & fe défendent contre quiconque vient les attaquer.Mais 11 on fou¬ le aux pieds les droits les plus ſacrés au citoyen, qu’on ne ſe flatte point de ſa fidélité. A la première occafion favo¬ rable , la nation ſe déclarer* unanimement , & féconder* ceux qui chercheront à exci¬ ter quelque révolution. L’e¬ xemple de toutes celles qu1 font arrivées quelque part qü£ ce ſoit de l’univers, confirmé ma penſée. En effet , il n’eft «ruéres poflible qu’un ennemi etranger puilFe ſubjuguer uU peuple libre » qui aime ceii*

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dela Jamaïque. 169 le gouvernent, & qui ne craint point qu’ils forment d’en- treprifes fur ſes biens : car il ſe hifleroit plutôt anéantir, que de perdre ſa liberté. Quand on combat pour ce que nous avons au monde de plus précieux , quelle puiflance , quelle armée pourrait triompher de cette ardeur généreuſe , qui enflam¬ me nos cœurs, & qui fait le véritable courage ? Dans le récit que je viens de faire , vous avez pû remar¬ quer la lâcheté des Eſpagnols 5 mais pouvoit-il en être autre¬ ment ? C’étoient des eſclaves qui combattoient. Ils languiſ- loient depuis longtems fous la tyrannie de leurs Gouver¬ neurs , qui s’emparoient de leurs biens, & les privoient du fruit de leurs travaux & de leur induſtrie. Il étoit na¬ turel qu’à l’approche d’un en- Z. Partie,\tH

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I/O H I S T O ï R fi nemi, ils ne ſongeaflent pointé ſe défendre , & qu’ils n eufîent point le courage de réfifter aux attaques vigoureuſes d’une nation brave comme la nôtre , & qui connoit tout le prix de ſa liberté. On voit que tout changeoû en mieux pour les habitans, dès que ces avides Gouverneurs ſe relâchoient un peu de leur ſévé- rité & de leurs uſurpations. Un regard plus favorable de leuſ part faiſoit refleurir le commer¬ ce , augmenter les richefles, & renaître le calme & la félicité : en un moc, mon récit efl; un exemple & une preuve fans ré¬ plique , que les motifs les plus forts pour engager des ſujets à être fldeles à leur prince , & ® combattre pour ſa gloire & pour ſon avantage, font la li¬ berté & la jouilfance paifibl® des biens j que les entreprit

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de la Jamaïque, i/ï fur r une ou fur l’aùtre , font dans un Etat, une marque de foiblefle, un figue de fa déca¬ dence, S< de fa ruine prochaine. De pefans impôts peuvent entretenir fur pied de nom- breu.ſes armées : mais malgré ces armees , un peuple gene- reux,& libre peut ſe révolter : & quand il le fait une fois , tremblez, Prince , qui avez ofé eifayer de nous mettre dans l’eſclavage. Le Roi Jac¬ ques ſe fioit fur une belle ar¬ mée qu’il voyoit campée au mi¬ lieu des plaines d’Angleterre : il reconnut bientôt après ce qu’il en devoir penfer. AI ai s quel fond pouvoit-il faire fur elle > dans un tems où fa ty¬ rannie animoit notre courage à défendre notre liberté ?

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173 Histoire Colonie Angloiſe dans fille. LETTRE IV. IL me refte à préſent à vous inftruire de ce qui s’eft paffé de plus remarquable dans cette ifie depuis qu’elle eft dans nos mains : c’eft ce que je vaisfaire. Dès qu’une fois nous eûmes chafle les Eſpagnols, nous mî¬ mes tous nos foins à nous y établir : le Gouvernement en Europe nous envoya toutes fortes de fecours à cet effet : & notre induftrie s’y employant tous les jours de plus en plus, cette Colonie devint dans peu de tems très-puiflànte. Les portraits avantageux qu’on en fit , peut-être en re- préſentant à deflein les choſes dans un plus beau point de vue qu elles n’étoient en effet> y attirèrent bientôt des Anglois

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de la Jamaïque. 17^ Qui ayant ſoufFert des défor- dres de la guerre civile, efpé- roient rencontrer loin de chez eux un repos qu’ils ne pou- Voient trouver dans le ſein de leur patrie. Cromsvel favoriſa ce delïein : il étoit bien aiſe de pouvoir par ce moyen ſe dé- barafler de beaucoup de gens qui n’approuvoient point ſon uſurpation ; Sc d’un autre côté il ſçavoit bien que jamais ils ne pourroient devenir alTez puilfans dans cette ille > pour lui faire ombrage , ayant pris fur- tout , comme il avoit fait, la précaution d’y nommer pouf Gouverneur un homme entiè¬ rement dévoué à ſes intérêts, & fur qui il pouvoir compter. Tandis que tout paroilToit arrangé le mieux du monde, tout penſa tomber dans la plus grande conſufion, par une dan- gereuſe mutinerie qui s’éleva Hiij

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1/4 Histoire Cabale des parmi la ſoldatefque. Les Co¬ Colonels lonels Raymund & Tyſon & Tyſon, croient entièrement attaches au Protecteur , & ils avoient beaucoup de crédit ſurl’eſprit des ſoldats. D’un autre côté , le brave Doyley avoir été de tout tems du parti du Roi, 8C par conſéquent , ne pouvoir jamais être agréable à cette mi¬ lice qui avoit combattu ôc triomphé fous les drapeaux de l’ambitieux Cromwell. Ils le regardoient toujours de mau¬ vais œil j 8c quoiqu’ils ne puf- ſent diſconvenir que Doyley les avoit toujours commandés avec honneur & avec ſuccès > ils ne pouvoient ſimpatiſer. avec un homme qu’ils connoiſ- ſoient au fonds du cœur enne¬ mi de celui qu’ils cherifloient fi particuliérement. C’eft pour¬ quoi en toute occafion , ils marquaient un attachement

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dela Jamaïque. 175 extrême pour les deux Colo¬ nels. Ceux-ci s’en apperçurent, & croyant dans cette favora¬ ble diſpofition trouver de la fa¬ cilité pour leurs projets ambi¬ tieux , ils réſolurent de rendre tes vétérans affectionnés, les inftrumens de leur élévation & de la ruine de Doyley. Le bon accueil qu’il fit à des Royalifles déclarés qui vinrent pour s’éta¬ blir dans l’ifle , fournit à ces deux eſprits turbulensle moyen de perſuader aux ſoldats qu’il avoir quelque mauvais deflèinj qu’il n’attiroit tant de Royalif- tes que dans la vue > lorſqu’il fc ſentiroit allez fort, de les chaſ- fer comme Républicains, & de ſe déclarer pour le Roi. Ces diſcours joints à d’au¬ tres circonftances enflammè¬ rent bientôt ceseſprits inquiets. On convint qu’on arrêteroit £>oyley , & que le Colonel H iiij

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176 Histoire Raymund prendroit en main le Elle eft dé-Gouvernement de l’ifle. Tout •ueavene. ^tojt difpofe pour l’exécution, quand cette conſpiration vint à ſe découvrir. Doyley com¬ mença par ſe précautionnef pour ce qui le regardoit per- lonnellement, &pour la fureté de Tille. Il étoit d’ailleurs trop ferme pour iaifler un pareil Les deux complot impuni. Ainfl , bien Colonels réſolu de ne point épargner qui- & mis à conque leroit d intelligence mort. avec les mutins , il s’aflure de la perſonne des deux Colonels, les fait juger au Conſeil de guerre qui les condamne i mort > & en conſéquence de cette ſentence , les tait tous deux palier par les armes. Ray¬ mund ne parut pas craindre la mort , & conſerva juſ- qu’au bout ſon arrogance & ſon inimitié. Tyſon ne l’imita point & témoigna au contraire bien

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de La Jamaïque. 177 cki regret du complot où il avoit trempé. Cette démarche vigoureuſc de la part de Doyiey fuffit pour convaincre les mutins qu’ils avoient affaire à un homme, dont le courage & la réſolu- tion ne ſe démentoient pas ai- ſément dans l’occaſion, Se Voyant donc fans Chefs , ils étoient tous concernés & ne ſçavoient comment ſe condui¬ re. Ils craignoient avec raiſon ſon relfentiment 5 mais ils ne voyoient aucun moyen de s’en garantir : uſer de force ouver¬ te , cela n’étoit pas poflïble : employer quelque fraude ſe- crette , il n’étoit plus tems d’y penſer. Ils ſe tinrent donc en repos dans l’attente de ce qui arriveroit.\t. Doyiey de ſon côté ſe con¬ tenta d’en flétrir quelques-uns- r & de punir légèrement les au- H v

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178 Histoire très : alors toutes leurs.crainte# celferent, & chaque choſe ren¬ tra dans l’ordre accoutumé. Peu après cet événement, ar¬ riva le Major Sedgwich, qui , quelque tems auparavant, com¬ me je vous l’ai mandé par ma derniere , avoit été nommé Gouverneur delà Jamaïque par Cromwell. Son arrivée fut au¬ tant agréable à nos ſaâàeux, que déſolante pour la plus grande partie des autres habi- tans , qui étoient extrêmement contens de la conduite de ſon prédéceffeur à leur égard. Eſ- feélivement dans l’état où étoient les choſes , il falloir dans l’ifle un Gouverneur fer¬ me & aétif, fans quoi elle au- roit toujours été en proie aux troubles, que ne manquent ja¬ mais de produire des faétions différentes. s* mort. Le Major mourut au bout de

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de la Jamaïque. 179 peu de tems. Je n’ai point vu qu’il ait fait aucun reglement de Police. Sa vie fut trop cour¬ te pour lui permettre de rien exécuter de confidérable. La chaleur du climat, la différente température de l’air, fie la façon de vivre toute autre qu’en Eu¬ rope , le firent périr peu de ſe- maincs après ſon arrivée. Doyley reprit la conduite Doyley re- des affaires, du contentement de la plus nombreute partie de Gouverne- nos habitansj & mêlant à pro->«ent. pos la douceur & la fermeté , il parvint en même tems à ſe ſe faire aimer & à te faire crain¬ dre, Cependant malgré ce ta¬ lent fi heureux qu’il avoit pour commander , &. malgré l’a¬ vantage qui en réſultoit pour les habitans, Cromwell ne le regarda jamais de bon oeil : ce ne pouvoir être que contre ſon contentement qu’un fidèle Hvj

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18o Histoire ſujet du Roi ſe vît à la tête d’une de nos Colonies. Auffi » dès qu’il eut. appris la mort du Brayne Major Seedgwick, il envoya en Sri Çcoire au ColonelBrayne, qui

  • ie Seedg- etoit une de ſes créatures des

vick plus affidées , ordre d’embar¬ quer mille hommes à Port-Pa- trik, & de faire voile vers la Jamaïque , dont il. lui donnoit le Gouvernement. Ce petit corps de troupes, fut jugé ſuffi- fant pour balancer le nombre des partiſans du Roi,, qui s’é- toient réfugiés dans l’ifle , fur- tout étant,. comme ils ét.oient % fous le commandement & à la diſpofition d’un homme dont FUftirpateur étoit alluré. Ce nouveau Gouverneur eut le même fort que ſon prédécef- ſeur^ A peine fut-il débarqué » qu’il donna des preuves d’u- 5amoir. ne extrême ſévérité : mais heu- reuſement qu’il fut bientaç

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de là Jamaïque. 181 enlevé de ce monde > & ſa mort remit encore le gouver¬ nement dans les mains de Doy- ley, & toutes choſes dans leur premier état. Celui-ci continua à ſe con- Doyley fëi'r duire à la ſatisfattion de tout encore les i\tt\ta x\t• fonctions le monde , meme de ceux qui (Je GûUvtï. auparavant étoient ſes enne-neur. mis. Olivier Cromwell mourut dans cet intervalle > &: le long Le Parie- Parlement ayant repris ſesmei? r /\tx xa 1 j connime.' leances, confirma Doyley dans les fonctions qu’il exerçoit par intérim, & qu’il exerça jufqu’au retour du Roi. Jamais Gou¬ verneur depuis lui ne fit tant de bien à cette Colonie. Ce Sonéfoge, fut par ſon courage & par ſa bonne conduite que les Eſpa- gnols furent chaffés , ix. les Nègres fournis. Ce fut par un effet de ſa prudence & de fa politique , que notre petite ar¬ mée fut diſperſée dans diffe-

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ïSî Histoire rens cantons, fous prétexte de travailler à planter : précau¬ tion qui empêcha les mutine¬ ries. C’étoit auffi à fa magna¬ nimité ■ qu’on devoit la ruine des pernicieux projets de Ray- mund & de Tyſon. Son exem¬ ple excitoit tout le monde à aiguifer fon induftrie : fans établir d’impôts , il vivoit du produit de ſes plantations , paroiflant dans le particulier, fimple , & uni comme le moindre des habitans 5 mais dans l’occafion fçachant ſe montrer, ſuivant le befoin, in¬ trépide guerrier, prudent po¬ litique , ou ferme Comman¬ dant. Il avoit à conduire une po¬ pulace indocile : il ſçut pour¬ tant la contenir dans l’ordre, & l’aflujettir à l’obéilTance. Il étoit zélé partifan du Roi, SC en ſecouroit les fidèles ſujets

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de la Jamaïque. 185 qui venoient ſe mettre fous ſa Î’roteétion j mais il ne fit jamais a moindre injuftice à ceux du parti contraire , & ne les traita pas plus durement que les au¬ tres.\t• Sa maniéré de gouverner Gourer- étoit purement militaire : ille"ement de falloit bien ainfi 5 car la pluf- 1 e‘ part de ceux qui étoient alors fous ſes ordres , étoient des gens de guerre qu’une diſci- pline exaàe & ſévére pouvoir feule contenir. D’ailleurs nous 11’étions pas hors de danver d’une nouvelle attaque de la part des Eſpagnols. On s’at- tendoit qu’ils combattroient pour regagner ce qu’ils avoient polTédé. Eux-mêmes nous me- naçoient d’une deſcente , & fans doute qu’ils l’euflent ten¬ tée j s’ils n’avoient pas connu le courage Sc la fermeté de ce¬ lui à qui ils auraient eûaflàire.

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184 Histoire Toutes ces raiſons rendoîent la ſévérité d’une néceffité in* difpenſable pour le bien pu* blic. Le Roi En un mot > Doyley fut un lappeiie des plus dignes & des meil- D°yiey. |eurs Gouverneurs qu’on pût . defirerj & jamais Colonie ne fut plus heureuſe que la Ja¬ maïque fous fon gouverne- Windſorment. Mais ce bonheur dura nommé enpeu j car d’abord après le réta¬ U place, bjidement du Roi, il fut rap- pellé ,. &C le Lord Windſor fut envoyé pour le relever.. Lois & Tout ce tems-là fe paffa fans Jnriſpru- événemens remarquables. Ce dence de £u{. a^Qrs qU£ ]es Lo]x Ciyjle$ commencèrent à être miſes en uſage , mais bien ſoiblement : car les premiers habitans en¬ tendaient bien mieux à ma¬ nier leurs, armes qu’à occuper comme il faut un Tribunal, A peine connoiiïoit-on les uſages

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de la Jamaïque. 185 Ordinaires, & les aéles du Par¬ lement encore moins. Cepen¬ dant -le Gouverneur s’attacha à choilir ceux qui avoient le plus d’acquit & de connoiflan- ces, & à établir des Cours de Juftice pour connoître des dif¬ férends des particuliers. Le bon ſens diéloit ſeul leurs Arrêts i & s’il le rencontroit quelque cauſe au-deflùs de leur portée, on la renvoyoit à la décilion du Gouverneur, qui pronon- çoit arbitrairement. Quoique la juftice ne s’y ren¬ dît pas exactement,& ſuivant les formes judiciaires 5 on y vante encore cet heureux tems, & on le préféré au tems prêtent où les procès ſe jugent ſuivant les loix d’Angleterre , ou ſui¬ vant les décrets particuliers établis par les Tribunaux. C’é- toit alors une nécefiité d’avoir égard à la ſituation des choſes j

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186 Histoire & comme elle n’étoit pas la mê¬ me qu’en Angleterre , il falloir bien imaginer des réglemens particuliers qui y euffent rap¬ port. Ils convenoient égale¬ ment , dit-on ici , aux partis difFérens dans leſquels la pluſ- part des planteurs , ou nou¬ veaux habitans étoient engagés; & les Juges examinoient avec circonſpeétion &C ménagement ce qu’il y avoit à faire. Ils n’a- voient point encore établi alors de Repréſentans fixes, ni formé une Aflemblée perma¬ nente de perſonnes choifies. Cependant ils avoient le bon¬ heur de voir que leurs arran- gemens étoient fi fort du goût de tout le monde , qu’on ne s’en plaignoit jamais. A la vé¬ rité le Gouverneur en ſuppri- ma qu’il jugeoit peu convena¬ bles > ôc peut-être en ſubftitua d’autres qui n'étoient pas quel-

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bela Jamaïque. 187 quefois fort au goût de ces Lé- giflateurs : mais tout confideré, on peut dire que cette ifle fut floriflànte fous le Lord Wind- ſor : car c’eft de ſon tems que les Boucaniers commencèrent la courſe, & gagnèrent des ſommes confidérables. Ce qui contribua encore AccroifTe- beaucoup à l’avancement de me,nt ,de 11 F * r p ' ' J Colonie, cette Colonie > rut 1 arrivée ae beaucoup de gens riches des ifles voifines, qui s’y tranſpor- terent. Ils connoiftoient que le terrein y étoit fi fertile qu’il récompenfoit au centuple les peines que cauſoit fa culture. C’eft ce qui les y attira, & en Thomas particulier Thomas Moddiford ModdifoU qui pofledoit déjà de grands biens dans la Barbade , qu’il abandonna pour la Jamaïque , où il perfectionna bien des choſes , & montra aux plan-

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188 Histoire teurs par quel chemin on pou-' Y fait voit acquérir de grandes ri" flcpTir Jas chefles en peu de tems. 11 leur cannes de aPPr’c culture des cannes de ſucre. lucre , ce qu’ils ignoroient avant lui : & il leur donna tous les éclairciflemens qu’il put fur la façon de les planter, de les émonder, de les broyer, & de faire bouillir fie rafiner le ſucre. Moddifordacquitbientôt du Roi des terreins fort étendus, & dans peu de tems il parvint à les rendre d’un (i grand produit, Îpie tout le monde, guidé paſ on exemple & par l’eſpoir du gain, s’appliqua à cultiver de la même façon les terres qu’il avoir en ^partage : en forte que par degrés on parvint d’abord à égaler , & enfin à furpalfer les plantations des ifles voifines, par l’abondance & la bonté âes ſucres de la nôtre.

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de la Jamaïque. Au commencement les re¬ venus des Gouverneurs étoient fort modiques 5 mais dans les fuites les impôts mis fur les biens & les poffeflïons des plan¬ teurs , leur procurèrent un revenu raiſonnable, & une vie aifée. Le Lord Windfor n’en jouit WinJet pas longtems. Deux ans après raPPe1^* îon arrivée, il fut rappelle à la ſollicitation de la Courd’Eſpa- gne, qui ſe plaignit qu’il favo- riſoit le brigandage des Pirates. Thomas Moduiford lui ſuc- Mocîdiford céda. Celui-ci contribua beau-enfaPlace‘ Coup à la perfection de cette Colonie. On remarquoit de Excitera fon tems, parmi les planteurs, rpuiation Une efpéce d’émulation, & teur$. chacun s’efforçoit, à l’envi , de faire valoir ſon terrein, L’ar¬ gent devenant de jour en jour plus commun à caufe des pri- fes faites fur les Eſpagnols, les

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Nombre des hal»i- ïaus. 190 Histoire habitans ſe virent bientôt Ctï état d’acheter des eſclaves, SC tout ce qui leur étoit néceiTairc pour leurs plantations 5 en for¬ te que fille ne tarda point a changer entièrement de face. Les richelſes de la Jamaï' que augmentèrent auffi le nom¬ bre de ſes habitans, qui devint bientôt affez grand, non feu¬ lement pour la défendre, mais auffi pour faire trembler les iſles voifines. On voit dans les Greffes un ancien dénombre¬ ment des familles & des habi' tans de celle-ci, fait à Tocca- ſion du bruit qui courut potfſ lors d’une attaque prochain® des Eſpagnols.

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dë la Jamaïque. 19r On trouva Familles. Habitans. dans la Paroi fie De Ste. Catherine. . .\t6f8.\t. 617». De Porc-Royal . . . 5foo. De S, Jean\t

. . 8, . 99*- De S. André .... • • 194- • HJ1* De S. Thomas . . • •\tſ9- • 19 ». De S. David . . . ■ ■ $0. • 560. De Clarendon . . . . . 144. . 1430. De S. George. "J De Ste. Marie. / De S. Jacques. 1 De Ste. Eliſabeth. J 1718, . . 17198. C’étoit-là toutes les Paroiſ- ſes ou Diftriéts dans leſquels l’ifle étoit alors partagée. Il eft étonnant que cette Colo¬ nie ſe ſoit accrue fltôt 8c lî confidérablement ; mais il ne l’eft pas moins que depuis ce tems-là juſqu’aujourd’hui, elle n’ait été qu’à vingt mille ^tnes.

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ïÿî Histoire L’abord La première raiſon de cetté des Pirates première augmentation ſem- yanirehen p,je aVoir été le grand concours des Pirates, qui avoient taie en quelque forte leur demeure de notre ille. On ne le ſçut pas plutôt en Angleterre , que tout ce qui s’y trouvoitde gens fans fortune & fans efpérance, ou lafles d’une vie trop tranquille, La courte y accoururent en foule. Quel- ^urK' ques-uns charmés de la beau¬ té du climat s’y établirent : d’autres coururent écumer les mers.Leurs ſuccès furent il fur- Î>renans qu’à peine la poftérite es croira-t’elle. Si leur coura¬ ge & leur conduite avoient eu un meilleur objet, leur renom¬ mée auroit égalé celle des hé¬ ros les plus célébrés de l’anti¬ quité , ou de ces derniers fic¬ elés. Mais leurs belles avions étoient toutes fouillées de 1® tache ineffaçable de Piraterie » êv

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de la Jamaïque. 19 j & jamais on 11’a dû les regar¬ der que comme des détrac¬ teurs du genre humain , & des ſcélérats fameux par leurs bri¬ gandages. Quelque jute que ſoit cette façon de penfer à leur -égard , je ne ſçaurois m’empêcher de m’étendre ici fur ce qui les regarde , étant perfuadé que le récit de leurs exploits fe¬ ra pour vous la fource de pla¬ ceurs utiles réfléxions. Vous verrez juſqu’où une intrépidité naturelle peut conduire un homme 5 quel puiHant aiguil¬ lon eft pour des gens de cet¬ te eſpéce l’eſpoir du gain , ôc à quels ravages la lâcheté ôc l’eſclavage expoſent les Pays où ils dominent : car h les Eſpagnols avoient auffi îen ſçu manier une epee, que cajoller une maîtrelTe , ni Mor- I. Partie.\tI '

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194 Histoire gan > ni aucun autre de ſes con¬ frères n’auroient remporté fur eux d’auffi grands avantages, ni acquis à leurs dépens une réputation fi étendue. La Jamaïque , ainfi que je viens de vous le dire, étoit l’a¬ bord de tous les Pirates. Ils étoient allurés d’y trouver de la protection Se toute forte de provifions. Les Gouverneurs & les habitans y favoriſoient leurs entreprîtes de prenoient plaifir a approvifionner leurs bâti mens. En revanche c’étoit- là que ces pirates venoient dif- fiper en débauche toutes leurs richeffes mal acquiſes. Je ne vous dirai point fi c’étoit une mauvaiſe politique de proté¬ ger ces déterminés , quoique certainement ce fut un procé¬ dé contraire à la faine mo¬ rale. Tandis que cette Colonie

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de la Jamaïque. 195 n'étoit encore pour ainfi dire qu’au berceau , elle étoit dans de continuelles appréhendons des attaques des Eſpagnols : Sc en cas de deſcente de l’enne¬ mi , la diſcorde dont elle étoit agitée, & le peu de gens fur qui on pouvoit compter pour la défenſe , enflent rendu fa ruine preſque certaine. L’ancienne animofité fub- fiftoit toujours entre les Roya- liftes & les partiſans de Crom- U'ell. Elle etoit même redou¬ blée plus que jamais depuis le rétabliffement du Roi. Peu de nos conquérons avoient obte¬ nu des portes honorables ou lucratifs : ce qui ne pouvoit manquer d’aigrir les efprits de ces braves foldats, qui avoient expofé leur vie pour cette con¬ quête. Leur mécontentement parut. Les Gouverneurs ſenti- Iij

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Raiforts politiques lie cette protection. 196 Histoire relit bien qu’ils ne pouvoient plus compter fur eux. Cepen¬ dant ils etoient les ſeuls qui ſçuflent faire la guerre : ainfi ils étoient redoutables pour une poignée de gens fans ex- perience &mal diſciplines , qui étoient furvenus depuis l’expé¬ dition faite&c qu’ils voyoient favorifés trop ouvertement. Cette confidération rendoit néceflaire le bon accueil qu’on faiſoit aux Corſaires, & cela par deux raifons. La première, que les forces & le courage de ces derniers pouvoient contre¬ balancer celui des autres > & la fécondé, que les riches pri- ſes qu’ils ramenoient tous les jours pouvoient devenir un appas qui engageroit ces Répu¬ blicains à porter toutes leurs vues fur les moyens qui ſe préſentoient d’acquérir des ri- chefles. Cette politique réuflit

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de la Jamaïque. 197 parfaitement 5 car , dès qu’une fois ils eurent trouvé jour à s’aſ- ſocier à la fortune de ces avan- turiers , ils oublièrent bientôt leurs anciens murmures : ils ſe fournirent volontiers au gou¬ vernement établi 5 & dans peu de tems il ne fut plus du tout queftion de différence de parti. Mais fans vous fatiguer plus longtems par mes reÜéxions , je vais vous donner en peu de mots une idée des plus fameux de ces avanturiers , qui ſe cou¬ ronnèrent toujours par les plus glorieux ſuccès , & dont la mémoire eft encore aujour¬ d’hui célébré dans un lieu où ils avec les tréſors qu’ils avoient fi in- juftement acquis. Le premier qui ſe rendit fa- Bartheîe- my fameux 1 Corſaire. meux dans cette iſle Portugais nommé Barthélémy, brave ëC déterminé Corſaire. Il Iiij

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198 Histoire partît de la Jamaïque avecunff poignée de monde , 30 hommes feulement, mais tous gens de main & d’expédition. 11 s’em¬ barqua fur une de ces petites chaloupes que nous nommons ici ſcooner, qui fervent à trans¬ porter les ſucres des lieux re¬ culés de l’ifle , à Port-Royal. Ce ſoible bâtiment étoit mon¬ té de quatre canons de fer. 11 croiſa plulieurs jours le long des côtes j mais n’ayant point trou¬ vé de priſe à faire , il fit route au cap de Corriente dans l’ifle de Cuba. Il y rencontra un vaifleau Eſpagnolde vingt piè¬ ces de canons & ſoixante-dix hommes d’équipage , chargé a Maracaraibo & Carthagêne, pour la Havane. Quoique la partie fût extrêmement inéga¬ le , il réſolut d’attaquer. Qua¬ tre mots lui ſtïffirent pour ani¬ mer ſon petie équipage j &. aufli-

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D E L A J A M A1Q UE. 199 tôt il commença le combat > mais malgré toute ſa bravoure, il lui fallut céder fous le nom¬ bre & ſe retirer avec perte. Une fécondé tentative condui¬ te avec plus d’adrcfîe apparem¬ ment , & une égale intrépidi¬ té , lui réuffit à la fin, & le rendit maître du bord de ſon ennemi. Un pareil vaifleau étoit la plus heureuſe capture qu’il pût faire. Il abandonna fa chaloupe & refta dans ſa priſe j mais les vents contraires l’empêchant de pouvoir retour- ■ ner a la Jamaïque , il- prit 1© parti de faire voile vers le cap Saint-Antoine , cap le plus oc¬ cidental de Cuba,, ou il avoit deffein de faire de l’eau : car il commençoit à en manquer tout-à-ſait. Le malheur voulut qu’en y allant il fe trouvât tout d'un Coup au milieu de trois Garde— I iiij;

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ioo Histoire côtes Eſpagnols , qui alloienf de la Nouvelle-Elpagne à la Havane. Il ne lui fut pas pofli- ble d’échapper 5 & après un combat de peu de durée, il fut forcé de ſe rendre priſonnierj lui & tout ſon monde. Ce revers de fortune devoit renvefſer toutes leurs eſpéran- ces, & les concerner étrange¬ ment : car la priſe contenoit cent vingt mille peſant de ca¬ cao , & 70 mille pièces de huit > mais ils montrèrent plus de dé¬ pit que d’abattement. Cependant une tempête ſé- para les vailfeaux. Ils dérivè¬ rent plufîeurs jours 5 & enfin ils arrivèrent à Campêche , oh les pirates furent bientôt recon¬ nus pour ce qu’ils étoient. La Juftice s’en ſaifit > & fans beau¬ coup de formalités , le pauvre Barthélémy fut condamné a être pendu. La ſentence ded

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de la Jamaïque, ic* Voit s’exécuter le lendemain j & en attendant, on le fit garder à bord d’un vaiflèau». Cette précaution fut pourtant ce qui le ſauva. Il n’y avoir point de tems à perdre : auffi ſongea-t’il bientôt à ſe procurer la liber¬ té. Voici comment il en vint à bout. La nuit même , tout étant tranquille , il coupe la gorge à celui qui le gardait prend deux grolfes. bouteilles de terre , qui étoient. vuides, ſe les attache autour du corps & s’élance dans la mer. Avec ce pe¬ tit ſecours il parvintnon fans peine , à gagner le rivage. Il ſe réfugia dans les bois où. il vé¬ cut plufieurs jours d’herbes , & des. fruits qu’il put trou-' ver. On envoya de tous, côtés à ſa.pourſuice, mais inutilement, parce qu’il ſe tenoit ſoigneuſe- I v

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502 Histoire ment caché dans le creux d’un gros arbre , où l’on ne s’aviſa point de le chercher. Cepen- pantvoyant le riſque qu’il cou- roit d’être tôt ou tard décou¬ vert , il prit le parti de gagner pays. Son deflein étoit d’aller vers le Golfe Tri eue, à quarante lieues de-là. Dans l’état où il ſe trouvoit > en riſque de fa vie, abbatu par la faim, & fans eſ- poir de trouver des vivres , il ne falloir pas moins qu’une ré- ſolution telle que la ſienne pour entreprendre cette traver¬ sée. Il le fit cependant, & il s’éloigna de ſa retraite. Mais à peine s’étoit-il mis en chemin > qu’il rencontra une large ri¬ vière qu’il falloir palier. Il na- geoit fort mal, & n’avoit point de barreau. Heureuſement il apperçut fur le rivage une vieille pièce de bois que les va¬ gues y avoient pouflée. Il e»

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DE LA J A MA ÏQUE. 10 J arracha les clouds , & en les aiguifant, il parvint avec des peines infinies à les rendre un peu tranchans. Ce chétif inf¬ iniment lui ſervit à couper beaucoup de petites branches d’arbres qu’il attacha enſem- ble le mieux qu’il pût 5 & ce fut fur cet eſpéce de radeau qu’il gagna le bord oppofé.. Peu de jours après, il arriva au Golfe Trieſte. Le bonheur Voulut qu’il rencontra dans cette baye des Pirates de qui il fut bien reçu. 11 leur raconta fon avanture , leur deman¬ da du ſecours , réſolu d’efiayer à fe vanger des Efpagnols , s’ils voulaient feulement lui don¬ ner une chaloupe & vingt hommes. Les Pirates y conſcn- tirent. Il prit avec lui les mu¬ nitions necefiaires j &. accom- gagné de vin^t hommes réſolus & bien, armes , il fitrvoile vers- I vji

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Ü04 H I S* T 6 I R E Campêche où il arriva en peu de tems. Voyant que tout étoit tranquille & qu’on ne ſe défioit de rien , il entreprit de s’emparer du même vaiflèau où il avoir été priſonnier. Comme on ne pouvoir avoir le moindre ſoupçon de ſon deflein, on le laifla monter à bord. Ï1 ſe ren¬ dit d’abord maître de la per- ſonne du Capitaine. Les Mate¬ lots qui ne s’attendoient pas à ſe voir attaqués , fe trouvant déſarmés, furent obligés de ſe rendre. On leva bien-vîte l’an¬ cre l’on gagna prompte¬ ment Le large , crainte d’être pourſuivi par les autres Navi¬ res qui étoient dans la baye. Cette réûffite mit le Pirate au comble de ſa joie. Il étoit le maître du bâtiment où il s’é- toit vu peu auparavant priſon¬ nier & condamné à mort. C’é- toit une riche capture , & il

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de la Jamaïque; *0$" contenoit les mêmes effets qu’il avoit trouvés dans la pre¬ mière priſe qu'il avoit faite , outre quantité de riches mar- chandiſes. Dieu ſçait les beaux projets qu’il formeit pour la Ja¬ maïque. Mais toutes ces idées riantes s’évanouirent encore bientôt. Une tempête furieufe le jetta fur les bancs des Jar¬ dins , près de l’ifle des Pins, au Sud de Cuba, & il y fit nau¬ frage. L’équipage ſe ſauva avec des peines infinies, & il arriva à la fin à la Jamaïque , où après avoir fait de nouvelles recrues, il retourna encore chercher for¬ tune. C’eft-là tout ce que nous ſçavons de fa vie & de ſes ac¬ tions. Beaucoup d’autres avan- turiers ayant depuis lui adopté ce genre de vie périlleuſe ôc déſeſperée , leur réputation a obſcurci la fienne. Le fécond qui fit ici parler de LeBrefi- lien»

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^66 Histoire lui fut le Brefilien. C’étoît nff Hollandois de nailfance , qui ayant quitté le Brefil, lorfque les Portugais reconquirent ce pays-là. fur la Compagnie des Indes-Occidentales de Hollan¬ de , vint ici comme beaucoup d’autres chercher fortune. Ils crurent que le meilleur moyen de réuffir dans leur delTein , étoit de faire la courte. Le Brefilien ſe diſlingua bientôt parmi nous. Aucun péril ne l’arrêtoit , & ſon intrépidité lui ſaifoit ſurmonter les plus grands obstacles. Jamais il ne ſe trouvoit d’aucune entrepri- ſe qu’il n’v acquît de l’honneurî ce qui fit naître à ſes compa¬ gnons l’envie de le voir leur chef. Il lui fut donc facile d’en engager une partie à quitter leur commun Capitaine, & d’en prendre le titre &, l’autor rité.

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bê la Jamaïque 107 Ils trouvèrent bientôt à ſe pourvoir d’un petit bâtiment fur lequel ils commencèrent à tenter les aventures. Peu après- s’y être embarqués , ils ren¬ contrèrent un vaifleau qui ve- noit de la Nouvelle-Eſpagne.. Ils l’attaquèrent, &c s’en rendi¬ rent maîtres fans beaucoup de peine. Ce vaifleau étoit chargé de beaucoup de richeflesfla plus grande partie en vaiflelle & ar¬ gent monnoyé..Ils conduifirent cette priſe à la Jamaïque , où ils eurent bientôt diffipé en débauches tous les tréſors quel: le contenoit. Ils ſe remirent donc en mer ; mais avec un ſuccès bien difte- font. Une tempête fit entrou¬ vrir leur vaifleau 5 & tout ce qu’ils purent faire fut de pren¬ dre terre auprès de Campê- che par le moyen de leur ca- Jftot. De Campêche , ils gagne*

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ïo8 Histoire t'ent le Golfe Triefté , ſûrs d’y trouver bientôt du fccoursi parce que c’efttoujoursla que les Pirates viennent faire de l’eau* Ils avoient peu de proviſions i mais ils les.menagerent avec un foin & une économie néceflai* res dans la fituation où. ils ſe trouvaient. Aprèsavoir marché quelque1 tems ils apperçurent un parti d’Eſpagnols qui venoit à eux. Les Espagnols étoient cent,, bien armes & bien mon¬ tés , & nos Pirates n’étoient que trente. Malgré l’inégalité', le Brefilien diſpofe &c encoura¬ ge ſon monde.. Il laifle. appro¬ cher les Eſpagnols à la portée du fufil,. Sc fait faire une dé¬ charge fi à propos & fi heureu- ſement, que chaque coup coû¬ ta un homme à- l’ennemi. Le combat devint bientôt égale¬ ment animé de part & d’autre i mais à la fin les Eſpagnols di-

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de la Jamaïque.’ ïo$> îttinués de moitié , prirent la fuite , fans que cette victoire coûtât aux Pirates plus de deux morts & dix bielles. Après cette vigoureuſe ef- carmouche, ils attrapèrent plu- lïeurs chevaux dont ils avoient tué les maîtres , & continuè¬ rent leur route le plus promp¬ tement qu’ils purent. Iis apper- çurent à l’ancre un petit bâti¬ ment de Campêche bien armé } qui fervoit d’efcorte à quel¬ ques canots qui chargeoient du bois; Ils envoyèrent un dé¬ tachement pour s’en rendre maîtres : ce qui ſe Ht fans beau¬ coup de peine. Les voilà donc en état de ſe tranſporter loin des terres de leurs ennemis j mais il leur manquoit des pro- viſions pour la route. Leurs chevaux qu’ils tuerent & qu’ils ſalerent avec le ſel qu’ils trou¬ vèrent dans lé bâtiment, au

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£ïo Histoire défaut de vivres de meilleure qualité, les firent fubfilter pen¬ dant quelques jours. Mais ils ne furent pas longtems réduits à une fi mauvaiſe nourriture. Leur bonne fortune leur fit rencontrer un vaifſeaù qui al- loit de Maracaybo à la Nou- velle-Efpagne. Ils 1’attaquèrent courageuſement, & le forcè¬ rent à fe rendre , quoique ſon équipage fut le double plus fort qu’eux , & mieux arme de toute façon : mais rien ne pou- voit réfilter à des Pirates déter¬ minés à vaincre ou à mourir. Ap rès avoir fait fouffrir aux malheureux Eſpagnols les tour- mens les plus cruels, Se que je ne pourrais vous raconter fans- peine , ils examinèrent leur priſe, qui fe trouva très-riche>■ & qui confiftoit en beaucoup d’argent & de marchandiſes de valeur, qu’ils allèrent dilfiper.

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de la Jamaïque 211 à la Jamaïque dans les caba¬ rets & les lieux de débauche. Le vin &. les femmes en rédui- firent en peu de tems la plu¬ part à la mendicité. On en vit quelques-uns dépenſer en une feule nuit deux ou trois mille pièces de huit. Un de leurs plai- firs étoit d’acheter une pipe de vin , de la mettre au milieu d’une rue , & d’obliger les paſ- ſans à boire. Une autre fois ils ſe diverti Soient à les pourſui- vre en les arroſant & les cou¬ vrant d’une pluie de vin , juſ- qu’à ce que leurs habits en dé- goutallent de tout côté. Après avoir ainfi dépenſé leurs richelTes > la néceffité les obligea d’entreprendre un au¬ tre voyage. Celui-ci ne fut pas fi heureux que les précédens. Ils furent ſurpris comme ils re- connoifToient le fort de Cam- pêche j & ils tombèrent entre

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ii£ Histoire les mains des Eſpagnols. Le Gouverneur ravi d’une li bon¬ ne capture , les eut bientôt condamné à la potence 5 & en attendant le moment de leur exécution , ils furent enfermés dans une tour. Le Brelilien profita de l’intervalle pour écri¬ re & faire tenir au Gouverneur une lettre qcli paroiffoit venir de la part d’autres Pirates. On lui deciaroit que s’il âgiffoit à la derniere rigueur avec ceux qu’il tenoit entre ſes mains »• il pouvoir compter qu’on s’en vengeroit en ne faiſant quartier à aucun priſonnier Eſpagnol. Cette lettre produilit l’effet qu’on en attendoit..Le Gou¬ verneur ſçavoit de quoi étoient capables ces furieux 5 & qu’ils n’epargneroient rien pour tirer de lui une fan«;lante vengean¬ ce. Il avoit éprouvé plufieurs fois juſqu’où alloit le courage

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DE LA JAMAÏQTTE. 21J & la cruauté de pareils ſcélé- Tats : £e pour ne pas s’y expo- fer encore , il réſolut, de l’avis de ſon conſeil, de ne pas faire mourir ceux-ci j mais en même tems, pour empêcher qu’ils ne recommençaflent leurs brigan¬ dages , il les fit partir fur les galbons pour l’Eſpagne. Le ſéjour de l’Eſpagne ne convenoit pas à des Pirates : ils ne tardèrent guères à s’échap¬ per des mains de leurs nou¬ veaux maîtres , Se revinrent dans notre ifle par la première occafion qu’ils purent rencon¬ trer. On les y reçut à bras ou¬ verts. Ils équipèrent un vaiſ- ſeau, & ſe remirent à faire la courſeexerçant fur les Eſpa- gnols les plus horribles cruau¬ tés. Le Brefilien avoit une hai¬ ne invétérée contre eux, & s’y livroit de la façon du monde la plus barbare. Plufieurs Eſpa-

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2i4 Histoire gnols tombés entre ſes mainS etoient rôtis tout vifs : d’autres périfloient avec des douleurs inexprimables > confirmés par ■des mèches enflammées qu’il leur pafloit dans les aiflelles. Elire né Eſpagnol étoit un cri¬ me qui méritoic la mort : heu¬ reux ceux qui expirant fous ſes coups , n’avoient pas à eiTuicr ſa brutale férocité dans de longs ſupplices. C’eft ainfi qu’il en uſa pendant plufieurs an¬ nées, toujours ſavoriſé de la fortune dans toutes ſes entre- priſes , & redouté de ſes com¬ pagnons même , fur qui il s’é- xoit acquis une fi grande auto¬ rité, que jamais îln’eutadifliper la moindre mutinerie : choſe extrêmement rare parmi des Corſaires. Les Eſpagnols excédés de leurs brigandages, crurent y remédier en diminuant le nom-

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DE LA JAMAÏQITE. 215 bre de leurs vaiffeaux mar¬ chands. Ils ſe perſuadoient que la rareté de bonnes priſes pour- roic dégoûter les Pirates de leur genre de vie 5 mais ils ſe trom¬ pèrent. Ceux-ci voulant de l’argent à quelque prix que ce fût, & ne trouvant plus fur mer de captures conlîdérables, ſe mirent à piller les côtes : & ils le firent plufieurs fois avec ſuccès. Celui qui en donna l’exem- plue, fut Louis l’Ecofſois. Il le rendit maître de Campêche , qu’il ſac-cagea, & ſe fit compter des Pommes exorbitantes pour le rachat de la ville qu’il aban¬ donna enſuite. Dans le même tems , Mansfeld prit l’ifle Sain¬ te-Catherine : il en emporta les plus riches marchandiſes,&ſe fit donner une greffe fomme pour la rançon des priſonniers. Mais celui qui fit le plus de L'Ecoflcîs,' Davis;

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2i6 Histoire dégât, fut Jean Davis, né à 1£ Jamaïque. Il forma une entre- priſe fur Nicaragua. Ayant avec lui 8 o hommes, il en laifia dix pour garder ſon vaiflTeau qu’il avoit caché dans une baye. Avec cette poignée de monda il remonta la riviere dans des canots, choififlant le tems delà nuit, comme le plus favorable pour ſon deiſein, & pour l’em¬ pêcher d’être découvert. Après trois jours de navigation , il arriva à cette place. La ſent— nelle qui étoit au bord de la riviere , les prit pour des Pê¬ cheurs , & les laifia débarquer fans leur rien dire : mais à pei¬ ne furent-ils à terre qu’ils lui coupent la gorge, entrent har¬ diment dans la ville , guides par un Indien fugitif, & frap¬ pent aux portes de quelques- uns des principaux habitans, qui , fans ſe défier d’aucun danger >

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de la Jamaïque. 217 danger, les introduiſent chez eux, Mais nos brigands n’v font pas plutôt entrés, qu’ils ſe font connoître par de ſanglantes exécutions.. Ils égorgent plu¬ fieurs de ces infortunés. Ils fient les autres, ôc leur met¬ tent un bâillon dans la bouche.. Après s’être ainfi affurés des propriétaires des maiſons , ils pillent à leur aife. Les Egliſes ne font pas épargnées : tout ce qu’elles renferment de précieux eft enlevé. Chargés d’un riche butin , ils fongerent à la retrai¬ te. Il étoit tems 5 car quelques habitans échappés de leurs mains , avoient donné l’allar- me , & le refte de la ville en ar¬ mes s’afl’embloit dans le grand marché, dans le defiein de tomber fur ces voleurs. Mais ï)avis , content de fa capture , ne perd point de tems, rega¬ gne fes canots , 6c retourne 7. Part.\tK

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2ï8 Histoire triomphant à ſon vaifTeati * avec ſes richefles , ôc plufieurs priſonniers. Après ces heureux commen- cemens , il ſe diſpoſa à remet¬ tre à la voile : mais auparavant il obligea ſes priſonniers d'em¬ ployer leur crédit pour tirer des habitations voiflnes les provi- ſions dont il pouvoir avoir be- ſoin juſqu’à la Jamaïque. A peine avoit-il commencé à les tranſporter dans ſon bord > 3u’il apprit qu’un corps confi- érable d’Eſpagnols s’avançoic pour l’attaquer. Il uſa de la plus grande diligence pour ga¬ gner la mer j & il ne failo^ que mettre à la voile, lorſqu’d en parut 500 bien armés fur rivage. 11 les ſalua de plufieuts bordées qui mirent ce corſs dans le plus grand déſordre , & ■gagna enſuite le large avec ſo11 butin. Cette expédition lui va-

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de la Jamaïque. 219 lut 50000 pièces de huit qu’il apporta à la Jamaïque , où le tout fut bientôt diïïipé, ſui- vant l’uſage des Pirates. Cet exploit rendit Davis fa¬ meux. Le bruit de ſa valeur ſe répandit par tout. On ne par- loit à la Jamaïque que de ſon intrépidité & de ſa conduite i & tous les habitans s’intéreffe- rent tellement en ſa faveur, qu’il ſe vit bientôt en état de former une fécondé entrepriſe. Il ralfembla une troupe de gens qui ſe préſenterent d’eux mê¬ mes pour l’y accompagner > & ayant , par le ſecours de ſes amis , trouvé ſept petits bâti— mens, il les arma en courte, ■&: ſe mit en mer. On le choifir pour Amiral de cette petite flotte, qui en conſéquence ma¬ nœuvra fui vant ſes idées. Après avoir tenu la mer pendant quel¬ que tems fans pouvoir rien en-

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-220 Histoire treprendre de confidérable > H réſolut d’aller attaquer S. Au- guftin dans la Floride. Ce Poix etoit défendu par un Château ■> & deux cens hommes de garni- ſon. Il y fit ſa deſcente , fié s’en ■rendit maître l’épée à la mainJ .& après un horrible carnage, & le pillage de la yille, il ſe re¬ tira fans ayoir perdu un ſeul homme. Vous voyez, Moniteur, que j’ai conduit l’Hiſtoire de l’Iſle juſqu’au rems où la Colonie fut dans ſon plus haut degré jde gloire , fie où l’argent étoit fi abondant à Port-Royal, que cette ville paflbit pour la plus riche de l’univers. Je vais à préſent me repoſer un peu , & vous laifler réfléchir fur cette étrange révolution. Une Ifle conquiſe depuis peu, théâtre -de la miſere & de la diſcorde ? ■devient en peu d’années riche

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©e la Jamaïque. 221 êc puiflante. Quel coup d’œil different ! Occupez-vous de cette perſpeélive , en atten¬ dant que je vous entretienne du célébré Morgan , dont le nom eft encore à préſent la ter¬ reur des Eſpagnols, & dont la réputation 11e mourra jamais dans cette ïfle. Je fuis , &c. LETTRE V. IE vais aujourd’hui vous fai¬ re un récit abrégé d’une vie, en toutes ſes parties , des plus extraordinaires. Un homme de naiffance baffe & obſcure , fans ſçavoir, fans reffource , foute¬ au par ſa feule intrépiditépar¬ vient à la dignité deLieutenant- Gouverneur d’une de nos plus, belles Colonies en Amérique. Après avoir fait des actions in- Kiij.

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Jfcïorgan. 222 Histoire croyables, il s’empare avec rmé poignée de monde de plusieurs villes, défait des milliers d’en¬ nemis , & répand la terreur de ſon nom dans les can¬ tons les plus reculés du Nou¬ veau-Monde , où ce nom feui faiſoit trembler les Vicerois à la tête de leurs armées. Cet homme eft Henri Mor¬ gan , né dans la Principauté de Galles. Son pere étoit un fermier peu aiſé, & qui le deftinoit au même genre de vie que lé lien : mais ce rite avoit d’autres inclinations i SC voyant ſon pere ferme dans ſa- téfolution , il prit congé dé lui , SC gagna promptement Briftol, où il s’engagea pour ſervir quatre ans, Sc il s’em¬ barqua pour la Barbade, 11 y fut vendu comme les autres engagés, & ſervit fidèlement fou maître.

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de la Jamaïque. 12? Mais le terme de ſes quatre années de ſervice ne fut pas plutôt arrivé , qu’il paffa à la Jamaïque , dans le deîTein de s’y joindre à des Forbans, pour chercher fortune. A ſon arri¬ vée il trouva de l’emploi fur une chaloupe deſtinée à croi- fer fur les côtes des Eſpa- gnols , & fe diſtingua par ſa valeur. Après avoir fait plu- ſieurs voyages utiles, il eut foin de mettre en mains ſùresſa part du butin. La vue des excès & des débauches de ſes compa¬ gnons , qui par leurs folles aé- penſes étoient en peu de tems réduits à la derniere extrémité, après des courfes très-lucrati¬ ves , lui ſervoit de leçon. Son ceconomie & ſa bonne condui¬ te le mirent bientôt en état d’équiper un bâtiment pour lui-même. Il Ht choix d’un bon équipage , & ſe mit en mer. K iiij

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224 Histoire Ses premiers ſuccès furent petf importans > mais dans la fui¬ te il fit plufieurs priſes qu’il conduifit & vendit a la Jamaï¬ que. D’autres expéditions le fi¬ rent connoître fi avantageuſe- ment , que Mansſeld, vieux Corſaire, ayant équipé une flotte confidérable pour exécu¬ ter une entrepriſe fur les Ef- pagnols > le choifit pour ſon Prend fiſ-Vice-Amiral. Ayant fait voile ïede Sam-de la Jamaïque avec quinze ne, at vaifleaux & cinq cens hommes de débarquement, ils arrivè¬ rent devant l’ifle de Sainte- Catherine , fituée proche du continent de CoſLa-Rica. Ils attaquèrent le Château avec une telle furie, qu’ils obligè¬ rent le Gouverneur à ſe ren¬ dre avec ſa garniſon. Après avoir achevé la conquête de toute l’ifle, ils réſolurent de la

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de la Jamaïque. 225 garder pour leur ſervir de re¬ traite. Pour cet effetils laiffe- rçnt cent de leurs gens dans un des Forts , & décruîfirent tous les autres. Il y a auprès de Sainte-Ca¬ therine une autre petite ifle qui en eft fi voifine, qu’on les pourrait joindre par un pont. Ils s’en rendirent auffï les maî¬ tres , en enlevèrent tous les effets de quelque valeur , & ſe rembarquèrent. Comme ils avoient beaucoup de pnſon- niers , & qu’il y aurait eu du danger à les laifler dans l’ifle 5 ils firent voile vers Porto-Bel- lo , où ils les mirent à terre, Enſuire ils croiſerent le long des côtes de Cofta-Rica& ils penſoient à s’avancer dans- l’intérieur du pays : mais le Gouverneur de Panama averti de leur deſcente &c de leur projet, ſe prépara à les bieru K v

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11C H I S T O I R É recevoir. Il ralfembla un gros corps de troupes, marcha con-* tre eux. Ceux-ci ne jugèrent pas à propos de l’attendre > n’ayant pas alfez de forces pour le combattre, & regagnèrent leurs bâtimens- Ils revinrent mouiller devant Sainte-Catherine, où ils retrou¬ vèrent leur garniſon & toutes choſes en bon état. Le heur Si¬ mon , François de nation , à qui ils en avoient donné le commandement, avoit tout dif- poſé à leur entière ſatisfaâiom Il s’agilfoit de conferver ce poſ- te. .Mansfeld l’auroit bien déli¬ ré , & rien ne co nvenoit mieux à ſes projets. C’eft pourquoi il s’adrelfa au Gouverneur de lâ Jamaïque pour en être ſoute- nu. Celui-ci ſentit bien qu’il ne pouvoir pas le faire ouver¬ tement , & que d’ailleurs ce n’étoit pas l’avantage de la Ja-

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de la Jamaïque. 227 tnaïque , parce qu’infailli ble- ment les Pirates feroient de Sainte-Catherine le lieu de leur rendez-vous , & qu’alors ces immenſes richefles qu’ils répan- doient avec tant de prodigalité dans ſon iïle , pafleroient ail¬ leurs. Mansfeld crut mieux réuflîr auprès du Gouverneur de rifle de la Tortue: mais il ſe trom¬ pa. Dans l’intervalle il vint à mourir , & Sainte - Catherine fut repriſe par les Eſpagnols „ maigre les efforts de Morgan pour la conſerver. Celui-ci ne perdant point de vue ſes pre¬ miers projets , réquipa une autre flotte pour les pouvoir effectuer. En moins de deux mois il vit fous ſes ordres douze bons vaifleaux & 700 hommes de débarquement. D’abord il avoit porté ſes vues juſque fur la Havane, mais ayant recon- Kvj

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228 Histoire nu le danger d’une telle en- trepriſe , il penſa à une autre conquête.. Il prend Après avoir aflemblé ſon Puerto dei-conpeq , q pLlt ré£blix d’attaquer nncipe. puerto_ Je£prjnc]pe , jo}æ vjp le dans l’intérieur de. l’ille de Cuba. Ils eſpéroient y faire un butin confidérable. Ce fut donc vers la partie de la cote la plus voiſine , qu’ils dirigèrent leur courte, & ils prirent terre dans la baye du Port Sainte-Marie. Leur delTein fut fur le point de ne pas réuffir, &. même de leur être funefte. Car un pri¬ sonnier Eſpagnol qu’ils avoient avec eux, ayant trouvé moyen de s’échapper , courut droit à la ville, où il donna l’allarme. Auffitôt le Gouverneur ne né¬ gligea rien de ce qui pouvoir contribuer à une bonne déten¬ te. Il fit prendre les armes à tous les habitâns libres & eſ-

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de la Jamaïque. 229 claves : il fit abbatre beaucoup d’arbres, pour barrer les ave¬ nues > il plaça plulîeurs embuſ- cades , occupa tous les portes avantageux, voifins du chemin que nos Corſaires dévoient na¬ turellement prendre 5 & avec le refte de ſes forces , il ſe poſ- ta dans une plaine d’où il pou¬ voir voir l’ennemi de loin. Morgan, ſurpris de trouver les avenues impraticables, en conclut que ſon projet étoit éventé > mais qu’il étoit trop tard de ſonger à la retraite. Il prit donc le parti de quitter la route ordinaire 5 & de marcher au travers des bois. Par-1^ 011 évita les embuſcades , & l’on vint à bout de gagner la plai¬ ne où les Eſpagnols les atten- doient. Le Gouverneur ne tarda point à les charger. L’aétion fut vive ; les. Eſpagnols firent

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«$0 Histoire fort bien ; mais ils ne pouvoient tenir tête à nos Pirates qui ſe battoient en furieux, & qui ſe ſervant à merveille de leurs ar* mes, firent un carnage horri¬ ble de leurs ennemis. Le com¬ bat dura quatre heures; 6c le Gouverneur ayant été tué fur le champ de bataille , ainfi que beaucoup de gens de marque r la déroute fut entière. Tous prirent la fuite , & on les pour- ſuivit vigoureuſement. Maigre la perte de la bataille , la ville ſe défendit courageuſement > mais à la fin Morgan s’en ren¬ dit maître. Alors raflemblant hommes , femmes & enfans > tout fut enfermé dans les EgÜ- ſes; 6c les vainqueurs ſe livrè¬ rent à la joie & à la bonne chere. Ils fongerent enſuite à s’emparer des richelfes de la ville , & à ramaifer celles de tout le pays, en y envoyant

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de la Jamaïque, ayf des partis. Il fallut penfer aiï retour : mais ce ne fut qu’après avoir exercé toute forte de Cruautés pour arracher de leurs priſonniers l’aveu des endroits où ils pouvoient avoir caché leurs treſors. Beaucoup de ces malheureux périrent dans les tourmens , & un plus grand nombre encore moururent de faim & demiſere. Morgan ayant mis à con tri-» bution la ville , & les bourgs de rifle , où il put pénétrer, donna la liberté à quelques priſonniers , à condition qu’ils ramaſſeroienc les ſommes impo- fées. On arrêta un Nègre char¬ gé de lettres du Gouverneur de S. Iago , pour quelques-* uns des principaux habitans de la ville. Il leur donnoit avis qu’il ſe préparoit à venir à leur ſecours, & leur recommandoit de ne conclure aucun accom-

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’zjz Histoire modemerrt avec les Pirates J mais de rejette r leurs deman¬ des > moyennant quelques dé¬ faites vraiſemblables , afin de lui donner le tems d’arriver, La crainte de ce ſecours rendit Morgan plus traitable j & les priſonniers députés pour re¬ cueillir la rançon , étant reve¬ nus fans avoir pu ramafler l’ar¬ gent qu’on demandoit, il ſe contenta de 500 boeufs ſalés, pour ravitailler ſes vaiffcaux i & il mit à la voile. Mais la di- vilîon ſe mit dans ſon eſcadre, Un François ayant été poignar¬ dé par un matelot Anglois > tous les compatriotes de cet infortuné abandonnèrent Mor¬ gan , quelque choſe qu’il put faire pour les retenir. Le cri¬ minel fut cependant mis aux fers, & pendu en arrivant à la Jamaïque. Le butin qu’on avoit fait

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DE LA JamaÏQVË. dans cette expédition, ne mon¬ tant qu’à environ 50 mille piè¬ ces de huit, cette ſomme par¬ tagée entre tous, ſuffit à peine pour payer leurs dettes à la Ja¬ maïque : c’eft pourquoi ils ré- ſolurent d’aller fans délai cher¬ cher à ſe dédommager par quel¬ que nouvelle tentative. Mor¬ gan qu’ils choifirent encore pour leur Chef, les confirma dans cette réſolution, fie ils s’embarquèrent fans s’informer de fes delTeins, ſe fiant entière¬ ment à ſa prudence , à ſa va¬ leur, & à ſon habileté. Quand il eut raflemblé tout ſon monde , c’eſt-à-dire , 450 hommes, qui montoient neuf petits vaifleaux , il fit route vers Coſta-Rica. Là, il annon¬ ça à ſa troupe qu’il alloit atta¬ quer Porto-Belîo. Comme on lui repréſentoit que cette en- treprife étoît impraticable avec

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Histoire fi peu de monde : Si notre trou-* pe eft petite, répondit-il , no¬ tre courage eft grand : & moins nous ferons à partagerons les parts du butin feront conhdé- rables. L’eſpoir de s’enrichir fît diſparoître leur crainte, & tous marquèrent une ardeur égale à la difficulté de cette conquête. A peine l’hiftoire nous four- niroit-elle un exemple d’une entrepriſe aufli hardie que celle-ci. Porto-Bello eft envi¬ ron à 40 lieues du Golfe de Darien, & à huit à l’Oueft de Nombre de Dîos. C’eft une des plus fortes places des Indes¬ Occidentales. Elle eft défen¬ due par trois Châteaux très- difficiles à prendre. Deux font fit ués à l’entrée du Port, de maniéré qu’aucun vaifleau > ni chaloupe , n’y peut entrer fans eiïuyer leur feu. La garni for»

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de la Jamaïque. ijÿ en eft considérable, & la ville renferme près de 500 familles. Cette ville eft d’un commerce immenſe , & les Commerçant y tiennent leurs principaux ma^afins. Morgan en connoifloit les avenues : mais il jugea à pro¬ pos de n’arriver qu’à la nuit à Puerto de Naos > dix lieues à l’Oueft de Porto-Bello. Il re¬ monta la riviere juſqu’à Puer- to-Pontin , où il fit jetter l’an¬ cre. Là il s’embarqua dans des chaloupes î fît abordant vers le minuit à Eftera-Longa delVIos» il fit débarquer fa petite trou¬ pe , & marcha par terre aux premiers portes de Porto-Bello. Un Anglois qui y avoir au¬ trefois été priſonnier, leur ſer- voit de guide. C’étoit un avan- turier plein de réſolution , & propre pour les entrepriſes les plus hazardeuſes. D’ailleurs il

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Hl S T OîJg étoit animé par le defir de la vengeance. Les mauvais traitemens qu’il avoit effuyés de la part des Eſpagnols , avoient tellement irrité ſon courage , qu’il ne s’étoit fait Pirate, à ce qu’il diſoit, que dans la vue de pouvoir s’en venger : atiffi ſe conduifit-il avec autant d’intrépidité que d’adrefle. Trois autres aufli déterminés que lui s’offrirent pour aller en¬ lever la ſentinelle. Il falloir s’y prendre avec bien de la pru¬ dence : car c’étoit du ſuccès de ce coup de main que dépendoir celui de toute l’expédition. Quand ils ſe furent gliffes affez près , ils tombèrent tous à la fois fur celui dont ils vouloient ſe ſaiſir : ce qu’ils firent fi- promptement, qu’il n’eut pas le tems , ou la préſence d’el- prit de tirer ſon coup pour

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de la Jamaïque. 237 l’allarme : & pour l’empêcher de faire le moindre bruit, ils lui mirent un bâillon dans la bouche. Aufiitôt ils menèrent leur priſonnier à Morgan > & les menaces qu’on lui fit , en arra¬ chèrent tout ce qu’il ſçavoit. U découvrit letat du Château, celui de la garniſon, enfin tout ce qu’on voulut ſçavoir. Sur ſes inſtruétions on marcha en avant, traînant après foi le malheureux captif. On envi¬ ronna de tous côtés le Château dont les portes étoient fer¬ mées , & on empêcha qu’il H’en ſortît &C n’y entrât per- ſonne. On détacha le priſonnier pour ſommer le Gouverneur de ſe rendre , Sc le menacer des plus cruels traitemens, s’il re- hiſoit de le faire. Mais on n’eut d’autre réponfe que des coups

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Histoire de canon > qui donnant l’allar- me à la ville, firent craindre qu’une troupe ſupérieure ne vînt l’attaquer. Ils donnèrent i’aflaut au Château , & l’em¬ portèrent. Dès qu’ils en furent maîtres , ils ralfemblerent dans un même lieu tout ce qu’ils y trouvèrent d’Eſpagnols j & mettant le feu au magafin à poudre, ils les firent tous fau¬ ter. Sans perdre de tems ils mar¬ chent contre la ville, où il* ne trouvent que déſordre & confufion, les habitans courant çà & là comme des gens hors d’eux - mêmes, & incapable5 d’aucune réſolution vigoureü- ſe. Le Gouverneur faiſoit de ſon mieux pour les raflembler & les ranger en bataille : ma*5 ne pouvant en venir à bout, h prit avec plufieurs des prind* paux , le parti de gagner l’ai1' »

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de la Jamaïque. 239 tre Château que les Pirates n’a- Voient point encore attaqué. Beaucoup s’y réfugièrent avec lui, emportant leur argent & ce qu’ils avoient de plus pré¬ cieux. Nos Corfaires, maîtres de la ville , ne penſerent qu’à la piller. Le Gouverneur tiroic fur eux de deflus les remparts du Château où il s’étoit retiré, •& faiſok un feu continuel : ce qui ne les empêcha pas de faccager les maiſons & les Egli- En faiſant la revûe de leur monde , ils virent qu’ils avoient perdu beaucoup des leurs. Alors furieux & tranſportés du delir de la vengeance, ils pri¬ rent la réſolution d’attaquer ce Château qui leur avoit occa¬ sionné tant de perte> où ils efpéroient trouver des richef- ſes immenfes. Ils marchèrent à

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24° Histoire l’aflaut avec une intrépidité incroyable , & tirant fi heureu- ſement, qu’ils faiſoient périr tous ceux qui ſe montroient fur le rempart pour charger le canon. Les deux partis, dans l’horreur de cet aflaut, mon- troient un égal courage. Les Pirates qui ne s’attendoient pas à trouver tant de réfiftance , tentèrent de netoyerle rempart à force de grenades j mais lorſ- qu’ils approchoient de la mu¬ raille , la garniſon fit pleuvoir fur eux une grêle de greffes pierres 6c de grenades de verre, qui en tua ou culbuta un grand nombre , & fit reculer les au¬ tres. Dans ce déſordre , Mor¬ gan ne ſçavoit preſque à quoi ſe réſoudre. Il trouvoit de l’im poffibilité à emporter la place) 6c il auroit fallu abondonncf l’entrepriſe , fi dans le même moment il n’avoit appercu les drapeaux

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de la Jamaïque. 241 drapeaux Anglois arborés ſùr les murs d’un autre fort, qu’un autre corps de ſes gens venoit d’emporter. Cette vûe encou¬ rageant ſa troupe à tenter de nouveau l’affaut, il fit prendre nombre d’échelles par tous les Religieux des deux ſexes qu’il avoit fait priſonniers dans les Monalleres de la Ville , & les força à les porter juſqu’au pied des remparts. Ces pauvres gens furent obligés d’obéir ; & en approchant des murs ils con- juroient de toutes leurs forces le Gouverneur de ſe rendre. Mais ils eurent beau crier, la ruſe de Morgan fut fans effet > car contre ſon attente , les Eſ¬ pagnols , malgré le reſpeét qu’ils ont pour les Religieux , ne cefièrent de faire un feu terrible , qui coûta la vie à beaucoup de ces malheureux. Cependant les échelles furent Z, Partie.\tL

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54® Histoire enfin appliquées, & les Pin¬ tes y montèrent avec une ar¬ deur incroyable , jettant à leur tour parmi les ennemis des grenades & des cruches plei¬ nes de poudre , qui faiſoient un grand dégât. Dès que les Eſpagnols virent Morgan entré dans leur fort, ils ne fi¬ rent qu’une courte réfiftance & mirent bas les armes en de¬ mandant quartier. Le Gou¬ verneur ſeul tint ferme , tua de ſa main plulîeurs de nos gens 5 & après avoir montré juſqu’au bout un courage in¬ trépide fans vouloir recevoir de quartier, il périt accablé fous le nombre. Après s’être ainfi rendu maîtres de la place , nos Cor- ſaires s’abandonnèrent à leurs excès ordinaires. Ce ne furent que meurtres & que rapts : & ils joignirent aux tourmens

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de la Jamaïque. 245 (ju’ils faiſoient ſoufſrir à leurs priſonniers , les inſultes les plus barbares. A la fin ils leur propoſerent de ſauver la Ville moyennant cent mille pièces de huit de rançon. Deux de ces priſonniers furent députés par ſes autres pour aller lever cette ſomme à Panama : mais le préfident de cette derniere place ayant raflemblé un corps de troupes , &. marchant pour attaquer Morgan , les Députés réſolurent d’attendre l’événe¬ ment. Il fut fatal aux Eſpa- gnols. Cent de nos Pirates les diſperſerent après en avoir fait un grand carnage. Cette défai¬ te fit voir aux priſonniers dé¬ putés pour la rançon , qu’il n’y avoit plus moyen de ſe diſpen- ſer d’accomplir la condition impoſée par Morgan. Ils re¬ vinrent donc avec la ſomme , Sc la remirent entre ſes mains. Lij

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144 Histoire Pour lui , après avoir ravi¬ taillé ſa petite flotte , encloué les canons des Châteaux , & raſé plufieurs redoutes, il mit à la voile. A ſon arrivée à la Jamaïque ſon butin ſe trouva montera 250. mille pièces de huit, fans compter les autres effets. C’eft ainfl que ſe termina une des plus hardies entrepri- ſes qui ait peut-être été faite. Quatre cens hommes avec l’é-- pée .& le piftolet pour feules armes 4 attaquer èc forcer une ville forte , très-peuplée , dé¬ fendue par trois Châteaux pourvûs d’une nombreuſe gar- niſon & de toutes fortes de mu¬ nitions de guerre ! Rien ne fait mieux voir que tout eft poflî- ble a des gens braves Sc doter minés. Ils furent fort bien reçus a la Jamaïque. Les perſonnes eu

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DE LA JAMAÏQÜE. 245 place Se les planteurs firent for¬ ce careffes à Morgan , tandis que les autres habitans ten- doient par mille amorces à dépouiller ſes compagnons de leurs tréſors. Ceux-ci qui dé¬ pendaient aiſément , ſuivant leur coutume, furent bientôt réduits à de telles extrémités, qu’ils vinrent prefler leur Ca¬ pitaine de ſe rembarquer. Il fit donc des préparatifs à cet effet, & ſa réputation s’étant accrue par ſes derniers ſuccès , il n’eut pas de peine à raflembler en peu de tems une troupe de mille bons hommes. Le Gou¬ verneur de l’ifle lui donna un vaifleau tout neuf de trente- deux pièces de canon : mais par malheur il fauta en l’air dans le port même i & cet accident enleva à Morgan en¬ viron deux cens de ſes gens , fans décourager les autres. L iij

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24*5 Histoire Leur Capitaine n’ayant point été enveloppé dans ce dé Litre > ils ſe tenoient allurés d’une heureuſe réuffite , & s’embar¬ quèrent remplis de confiance. Priſe de Après avoir croiſé quelque ?Jbïjjar& tems fur ^s côtes voifines, il caybo.313 prit la réſolution d’aller piller Maracaybo. Il y fut déterminé par un matelot François, qui avoit déjà accompagné l’Olo- nois au lac de cette place. Ils arrivèrent bienrôt à portée de Maracaybo > mais à peine fu¬ rent-ils entres dans le lac qu’ils ſe virent .en danger. Les Eſpa¬ gnols avoient depuis peu de tems bâti un fort qui etoit en fort bon état. Ils en firent un feu terrible qui mit nos Pira¬ tes un peu en déſordre. Ce¬ pendant malgré la réfiftance qu’ils rencontrèrent , ils pri¬ rent terre , & commenceront une eſcarmouche très-vive , &

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de la Jamaïque. 247 qui dura longtems. Vers l’ap¬ prirent le parti de la retraite. On n’oſa les ſuivre , crainte que faute de connoître le pays, on ne donnât dans quelque embuſcade. Mais peu d’heures après , tout paroiſTant tran¬ quille , Morgan hazarda de s’approcher tout ſeul des mu¬ railles du Fort , & le trouva abandonné. Il revint bien-vîte fur ſes pas au gros de ſes gens à qui il apprit ce qu’il venoit de découvrir , & marchant fans perte de tems il en prit pofîeſ- fion. Il y trouva grande quan¬ tité de poudre avec beaucoup de mouſquets & menues armes. La poudre fut partagée entre les vaifieaux. Il encloua le ca¬ non & fit voile vers Maracay- bo. Mais ayant rencontré des bas fonds , il fallut quitter les vaifieaux & s’embarquer fur des L iiij

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248 Histoire canots dans leſquels on arriva le jour ſuivant à la Ville. Dès qu’on fut débarqué , on courut droit au fort de la Barre 5 où l’on ne trouva perſonne , non plus que dans la Ville , les Eſ¬ pagnols n’ayant pas oſé en ten¬ ter la défenſe. ils avoient déjà éprouvé plus d’une fois la fu¬ rie de gens de cette eſpéce > & plutôt que de s’expoſer en¬ core à en reffentir les effets, ils avoient pris le parti de ſe retirer avec leurs effets les plus précieux. Nos Pirates ne trouvèrent donc rien à piller. Ils envoyè¬ rent cependant un parti à la découverte dans les bois. Ce parti revint avec une trentaine de priſonniers ôc cinquante mules richement chargées. Il n’elt forte de tourmens qu’ils ne fiflènt ſouffrir à ces malheu¬ reux, pour leur arracher l’aveu

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de la Jamaïque. 249 ides retraites où. les autres ha- bitans s’étoient cachés eux & leurs effets. Cependant chaque jour on détachoit des partis , & ils revinrent toujours avec du bu¬ tin & des prifonniers. Enfin , Morgan ſe voyant entre les mains une centaine des prin¬ cipaux habitans , prit la réſo- lution d’aller à Gibraltar, & envoya d’avance quelques-uns- de ſes priſonniers pour engager cette Ville à ſe rendre , fi elle ne vouloir pas s’expoſer à 11e plus trouver de quartier.On mépriſa ces menaces, & le canon de la place le ſalua d’une terrible maniéré. Malgré cette chaude récep¬ tion , & les volées de canon qu’on leur tiroit fans diſconti- nuer, ils débarquèrent, & fur les pas de leur guide ils marchè¬ rent le plus diligemment qu’ils .\tL v

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250 Histoire purent vers la Ville. Les habi- tans ſurpris de cette étrange réſolution , commencèrent à douter s’il leur feroit poffible de ſe défendre contre ces dé¬ terminés. La peur ſouvent groffit le danger : 8c la terreur devenant générale } tous d’un commun accord cherchèrent leur ſalut dans la fuite. La Ville fut abandonnée , 8c cha¬ cun fe ſauva , emportant avec foi ſes effets les plus précieux , après avoir enterré le relie , afin que les Pirates ne trou¬ vant rien à prendre , priaient le parti de la retraite. Dans ce déſordre , un ſeul homme relia. C’étoit un im- becille qui ne connoiffoit pas le danger. Ce malheureux tombé entre les mains des bar¬ bares , fut mis à la queftion. Ils le ſuſpendirent en l’air 8c lui attachèrent au col & aux

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dela Jamaïque. 251 pieds des fardeaux prodigieux. Non contens encore-, ils allu¬ mèrent du feu fous lui. Son viſage & ſon corps en furent grillés de façon que ce miſéra- ble expira dans des tourmens horribles, & inutilement pour les Corſaires. Ne voyant donc aucune ef- pérance de pillage, ils étoient au déſeſpoir , & menaçoient avec des ſermens affreux de s’en dédommager de la façon la plus ſanglante. Cependant un des partis détaches pour battre les bois, & tâcher de découvrir la retraite des Eſpa- gnols, revint avec un payſan & deux de fes filles. On l’ap¬ pliqua fur le champ à la queſ- rion qu’il n’eut pas le courage de ſupporter 5 6c préférant ſon intérêt perſonnel à ceux de ſes compatriotes , il offrit de dé¬ couvrir où ils s’étoient retirés.

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252 Histoire Ceux-ci ayant remarqué les mouvemeus qu’on ſe donnait pour les découvrir , s’étoient enfoncés dans le plus épais des bois. Les recherches de Mor¬ gan furent encore inffuétueu- ſes. Il en coûta la vie au pay- ſan : il fut pendu , & reçut la jolie récompenſe de la l⬠cheté qui lui avoit fait trahir ſes compatriotes. C’eft ainli que des cœurs bas & fans cou¬ rage qui préfèrent leur fûreté à celle du public , évitent ra¬ rement d’être enveloppés tôt ou tard dans un malheur, donc ils eſperoient ſe garantir par d’indignes moyens. Tous ces contre-tems déter¬ minèrent nos Pirates à pren¬ dre une derniere réſolution: ce fut celle de ſe partager Si de courir le pays juſqu’à ce qu’ils fulfent parvenus a la dé¬ couverte qu’ils ſe propoſoient.

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de la Jamaïque. 2-53 Le bonheur voulut qu’ils ren- contrafTcnt dans une plaine qu’ils traverſoient, un Nègre, eſclave des Eſpagnols , qui ne démentir pas le cara&ere de ſa nation , Sc répondit parfai¬ tement aux eſpérances qu’en conçurent les gens de Mor¬ gan : car ils vinrent à bout par menaces & par promefles de ſe faire conduire dans des en¬ droits écartés , où les Eſpa¬ gnols ſe croyoient en fureté. Les Pirates firent beaucoup de priſonniers fur qui ils exer¬ cèrent des cruautés inouies. Un malheureux Portugais entre autres fut dénoncé comme riche 5 quoiqu’il ne le fût pas. Il eut beau pro- tefter qu’on lui avoir volé ſon argent Se ſes effets dans le tems de notre arrivée dans la ville : on n’eut aucun égard à ſes ſermens, ni à ſa vieilleffe ,

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a;4 Histoire & on exerça fur lui ce qu’on peut concevoir de plus bar¬ bare. On lui lia enſemble les pou¬ ces & les orteils : on l'attacha par-là à des pieux fichés en terre. Le poids de ſon corps ſuſpendu en l’air portant tout entier fur ces parties foibles & délicates , lui fit ſouffrir des tourmenseffroyables.La cruau¬ té des Pirates n’étant pas en¬ core rafTafîée > ils mirent fur ſa poitrine une pierre de plus de deux cens peſant, 8c allu¬ mèrent fous lui des feuilles de palmier. Quand on vit que les yeux lui ſortoient de la tête, 8c qu’il alloit être étouffe par la fumée , on le détacha pour le tranſporter dans le corps de garde , où par la menace de nouveaux tourmens, on le dé¬ termina à demander la liberté de ſe conſulter avec les autres

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de la Jamaïque. 255 priſonniers. Enſuite de cette entrevue il offrit pour ſa liber¬ té 500 pièces de huit. Cette offre ayant étérejettée, il trou¬ va moyen de l’augmenter juſ¬ qu’à mille , & il fut relâché. Il ne fut pas le ſeul que l’on maltraita ainfi horriblement : plu fleurs autres éprouvèrent le même fort, êc quelques-uns même un plus cruel. Il y en eut que l’on pendit par les en¬ droits du corps les plus ſenfi- blés, & que l’on laifïoit dans cette terrible fl tuation, juſqu’à ce que déchirés par leur pro¬ pre peſanteur , iis tombafTenc à terre , mourant ainfl lente¬ ment dans les douleurs les plus aigues , à moins que quel¬ qu’un de nous plus pitoyable que le refte , n’abregeât ce ſup- plice en l’affommant. Quel¬ ques-uns furent crucifiés tout vifs : & le traitement le plus

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1^6 Histoire doux qu’ils eurent à eftuvef fut de le voir brûler les pieas à petit feu juſqu’à ce qu’on eût tiré d’eux tout ce qu’ils ſça- voient fur leurs compatrio¬ tes. Le Leéteur fera bien aiſe de ſçavoirque Morgan n’eut point de part à ces barbaries. Quoi¬ que le préjugé ſoit contre lui > il eft certain qu’il n’étoit pas pour lors à portée de donner de pareils ordres. J’ai vû un manuſcrit écrit par un parti¬ culier qui avoit eu part à cette expédition , & qui en contient le détail jour par jour. Cette relation qui eft ici entre les mains d’un des plus riches planteurs , diſculpe de pareils excès le Chef de ces brigands. Morgan , félon cette rela¬ tion , ayant engagé un efclave des Eſpagnols à lui découvrir l’endroit où le Gouverneur de

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de la Jamaïque. 257 Gibraltar & les principaux ha- bitans s’étoient cachés avec leurs effets > marcha à la tête de 200. hommes pour les com¬ battre. Il en détacha 250 d’un autre côté pour remonter la riviere qui ſe jette dans le lac > & chercher un vaifleau riche¬ ment chargé , & quatre bar¬ ques qu’il ſçavoit y être. C’eff pendant cette expédition que le palTerent toutes les cruautés dont nous venons de parler. La marche de Morgan fut inutile 5 car à la première nou¬ velle qu’il approchoit, le Gou¬ verneur ſe retira fur une mon¬ tagne inacceflible. On jugea qu’il étoit‘impoffible de l’y at¬ taquer : le polie étant de trop bonne déſenſe , êc nos gens trop fatigués pour entrepren¬ dre de l’en déloger. Morgan revint donc fur ſes pas, après avoir perdu beaucoup de ſes

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258 H I S T 0 I R E gens par la fatigue exceflîve Je la marche , la diſette ou la mauvaife qualité des alimens , & par l’intempérie de l’air. Le ſuccès de l’autre déta¬ chement dédommagea de cette perte. Ils s’emparèrent du vaif- îeau & des barques qu’ils ra¬ menèrent à Gibraltar avec les tréſors qu’ils portoient. On commençoic à être las de cruautés, de meurtres & de carnage : il y avoir longtems qu’on étoit parti de Maracay- bo 5 & il étoit à craindre que les ennemis n’euflent pris leurs meſures pour nous empêcher de ſortir du lac. Ainfi après avoir rançonné la ville & les priſonniers , on fe rembarqua : & en quatre jours de tems on arriva à la vûe de -Mara- caybo. On apprit en arrivant, que trois Capitaines de vaifſeaux

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de la Jamaïque. 259 Eſpagnols étoient à l’entrée du lac avec des forces ſttpérieures aux nôtres, & qu’ils paroiſ- ſoient réſolus de diſputer le palfage. Cette nouvelle jetta la conftemation dans les eſ- prits. Cependant on détacha la barque la plus legere pour aller à la découverte. Elle re¬ vint bientôt confirmer cet avis, ajoutant que les ennemis avoient remis le Château en état de défenſe, occupé l’en¬ trée du lac, &: diſpoſé par tout grand nombre de troupes, beaucoup d’artillerie & de mu¬ nitions de guerre. Ce rapport circonltancié confterna tout le monde. Il n’y avoit point d’autre palfage : l’ennemi paroiflbit trop ſupé- rieur pour penſer à l’attaquer : ainfi ſa feule perſpective qui reſloit, étoit de tomber entre les mains d’un ennemi vindi-

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î5o Histoire catif , qui ne manqueront pas de prendre une cruelle revan¬ che des barbaries que l’on ve- noit de commettre. Tandis que tous étoient oc¬ cupés de cet horrible point de vue , Morgan ſeul ne fut point abbatu. On peut dire qu’en cette extrémité ſon courage eut quelque choſe d’héroïque. Le danger ni les difficultés ne l’épouvanterent point , & il. fit voir qu’un ſeul homme de cœur dans l’occafion vaut mieux que cent bras faible¬ ment animés. Il détache un de ſes priſonniers à FAmi- ral des ennemis pour lui de¬ mander une ſomme pour le ra¬ chat de la Ville , fans quoi il la réduiroit en cendres. Ce. meflage , comme vous pouvez bien penſer , ſurprit les Eſpa¬ gnols > qui regardoient déjà les Pirates comme leurs priſon-

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de la Jamaïque. î6ï niers. Cependant ne doutant pas qu’ils n’euflent à efliiyer un terrible combat , ils cru¬ rent qu’il valoit mieux faire quelques proportions d’ac¬ commodement. L’Amiral écri¬ vit donc à Morgan, qu’il vou- loit bien lui laifler le paflage libre > mais à condition qu’il lui remettroit ſes priſonniers , & tout ce qu’il avoit fait de butin à Maracaybo Sc à Gi¬ braltar. Cette propofition ne fut point acceptée par nos Pirates. C’étoic leur ^propoſer de ſe rendre à diſcrerion. Le butin ga^né avec tant de peine, avoit coûté la vie à plulïeurs de leurs compagnons. Ainli ils réſolurent tous de périr plutôt que de ſe delTaifir lâchement de ce qu’ils avoient acheté il cher. Pour ſe tirer d’un fi mau-

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■2 Histoire vais pas, on eue recours au ltratagême. On équipa un vaiſ- ſeau en brûlot. Rien ne fut épargné pour qu’on ne pût le reconnoître pour ce qu’il étoit. On couvrit le tillac de bûches miſes de bout , fur leſquelles on attacha des chapeaux Sc des bonnets. On plaça des canons de bois dans les ſabots : on déploya la bannière Angloiſe : on remplit le bâtiment de poix, de goudron, de ſoufïre & de toutes fortes de matières con? buftibles, & on fe prépara au combat. Avant de faire aucun mouvement, Morgan fit faire ferment à ſa troupe qu’elle ne demanderoit point quartier, & qu’elle préférerait la mort à aucune eſ^éce de compofi- tion. Apres ce ferment on avança fur les trois vaifïèaux. Le brûlot accrocha le plus grand, & le mit bientôt en

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de la Jamaïque. 265 feu. Un des deux autres crai¬ gnant le même danger fe fit echouer , &le troifîéme, après une foible défenſe fut pris par nos avanturiers. Après ce ſuccès, tous d’un commun accord prennent ter¬ re , marchent au Château , & y donnent l’aflaut. La défenſe fut h vigoureuſe que malgré leur bravoure , ils furent re- pouffés. Ils ſe retirèrent » mais pour ſe préparer de nouveau à une nouvelle attaque. Ce¬ pendant les Eſpagnols reflé- chiflànt fur le danger, crurent, plutôt que de s’y expoſer en¬ core , devoir parler d’accom¬ modement. Les Pirates ſe con¬ tentèrent de 15000 pièces de huit j après quoi on leur laiſla le paiTage libre. Leur butin, non compris grande quantité de choſes précieuſes, de mar¬ chandées & d’eſclaves , fut

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264 Histoire ellimé 250000 pièces de huit. Le partage en fut fait entre fie bientôt après, ils débar¬ quèrent à la Jamaïque , où ils fe dédommagèrent de leurs travaux par les plaifirs fie la dé¬ bauche. Ce fat alors plus que ja¬ mais que le nom de Morgan, fi conlidérable parmi nous, de¬ vint terrible au dehors. Enflé de fes ſuccès pafTés, il ſe pro¬ mit d’exécuter bientôt de plus grandes entre pas plutôt annoncé qu’il mé- ditoit quelque nouveau dcſ- ſcin , que plufïeurs milliers de braves gens s’attroupèrent pour le ſuivre. L’embarquement fe fit avec un empreflement étonnant. On fit voile à l’ifle Eſpagno- leifii dès qu’on y fut arrivé, des

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de la Jamaïque. 265 des partis furent détachés de tous côtés pour trouver des vivres. Ils eurent beaucoup de difficulté à réuffir : mais enfin ils en vinrent à bout , & ils ſe pourvurent abondamment de tout ce qui leur étoit néceſ- ſaire. O. Après ces premières pré- Seconde cautions , on marcha à l’ifle [,ri.e 1\t■\t■ V\tSainte Ca- bamteCathenne, qui apres une theiine. foible réſiſtance , rut réduite &c ſaccagée. La trahiſon du Gou¬ verneur en fit acheter la con¬ quête moins cher que l’autre fois. Morgan réſolut de s’en faire une retraite ; après l’a¬ voir entièrement fourniſe , il y laifſa plus de la moitié de ſes forces. Avec le relie il attaqua le prife du fort de Chagre qui ſe défendit r<jrt de vigoureuſement : & fans un ac- cliagre* cident qui ſurvint, ce poſte, félon les apparences , eût re- Z, Partie,\tM

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266 Histoire ſifté à tous leurs efforts. Un des nôtres ayant été bleïTe d’une dèche , l’arrache de ſa plaie , entortille de coton ſa pointe encore ſanglante, la met dans ſon mouſquet, ôc ti¬ re ſon coup vers le Fort. Le coton s’alluma par le feu de la poudre } & le hazard voulut que la flèche alla tomber fur le magafin , où elle mit le feu , & le fit fauter. Ce malheur obligea la garniſon de ſe ren¬ dre , & fit concevoir à Morgan d’heureuſes eſpérances de l’en- trepriſe qu’il avoit formée fur Panama. Marche à ' ^ut le 18 d’Aofit 167 C Panama, qu’il ſe mit en marche pour cet effet avec 1200 hommes. Il eft incroyable combien il eut d’obftacles à ſarmonter, Sans compter ceux qui ſe ren¬ contrent d’ordinaire dans æ pareilles expéditions , ils eu-

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de la Jamaïque. 167 rent encore à combattre la di- fette & toute forte de miſe- res. Ils ſe virent réduits à faire leur nourriture de feuilles d’ar¬ bres. Ces difficultés étoient un ef¬ fet de la prévoyance du Gou¬ verneur. Il n’eut pas plutôt appris le débarquement de nos avanturiers , qu’il fit ruiner tout le pays par où il falloit qu’ils paffaflent. Mais rien ne put les arrêter, ni les détour¬ ner de leur deffiein. Ils parvin¬ rent fur le font met d’une hau¬ te montagne , d’où on décou¬ vrait la mer du Sud. Cette vue leur donna une joie infi¬ nie , & ranima leur courage. Ils continuèrent leur marche avec ardeur , comptant bien¬ tôt arriver dans cette ville dont la recherche leur avoir coûté juſques-là tant de pas &

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Histoire bien loin fans rencontrer un beau vallon, arroſé de plulieurs ruilleaux , de couvert de beſ- tiaux. Pour cette fois on pût les entendre bénir la Provi¬ dence. Ils eurent bientôt laie une boucherie de tout ce bé¬ tail , allumant des feux par tout , ils ne penſerent qu’à alTouvir leur faim. Mais leur Chef auffi prudent que coura¬ geux , ne leur accorda que peu de tems pour leur repas, dans la crainte des partis ennemis. Il fit donc continuer la mar¬ che , Se détacha cinquante hommes pour tâcher de faire quelques priſonniers. Bientôt on apperçut le plus haut clocher de Panama. On ne ſçauroit exprimer quels tranſports de joie cette vue cauſa à nos Pirates ; ils en étoient tout hors d’eux-mê¬ mes. Ce n’étoienc que ſaucs»

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de la Jamaïque. 26^ que chapeaux jettés en l’air. Le bruit des tambours, le ſon des trompettes , tout annon- çoit l’excès de leurs ravilfe- mens. Ils marchèrent vers la Ville, comme la nuit étoit proche, ils campèrent à quelque dis¬ tance de la place. Un détache¬ ment Eſpagnol de cavalerie , & un d’infanterie ſe montra de diftèrens côtés , fans oſer pourtant approcher à la portée du mouſquet 5 & il ſe contenta de nous obſerver. En même tems le canon de la ville com¬ mença à tirer fur le camp : ce qui n’empêcha pas nos gens d’ouvrir leurs havreſacs, & de faire leur repas, réſolus le len¬ demain de payer à leur façon cette mufique dont on les re- galoit. En efret dès la pointe du jour ils enfîlerent le grand che- Miij

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a/o Histoire min : néanmoins craignant de rencontrer quelque enibuſ- cade , ils le quittèrent pour prendre à côté une route plus difficile. Ce fut une précaution qui dérangea les nieſures de l’ennemi, &c l’obligea de quit¬ ter ſes batteries & ſes polies pour venir à leur rencontre. Le Gouverneur ſe préſenta à la tête de deux corps de cava¬ lerie & de quatre régimens d’infanterie. Onſçut depuis par les prifonniers , qu’il y avoit 400 chevaux, 3000 fantaffins ôc 200. Indiens ou Nègres , qui chaflbient devant eux 2000 bœufs ſauvages. La vue d’une troupe d’en- liemis auffi nombreuſe intimi¬ da d’abord les Anglois : mais bientôt réfléchiffiant qu’il n’y avoit plus à choifir que la mort ou la victoire , ils s’encoura- gerent les uns les autres , & ré-

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de la Jamaïque. 271 ſolurcnr de faire les derniers efforts pour ſortir victorieux du combat. Ce fut la cavalerie Eſpagnole qui le commença. On lui op- poſa 200 hommes qui la reçu¬ rent à coups de fuſd. L’action s’anima & devint générale. On perdit bien du monde de part ôc d’autre : mais quoique l’on nous attaquât vivement , & qu’on effayât de tous côtés de nous rompre , on ne put en venir à bout, & la furie avec laquelle nous combattions , commençoit déjà à ébranler l’ennemi , lorſque ſe tentant trop preffé il tenta de nous en¬ foncer en nous faifant pour ainfi dire prendre en queue par les bœufs ſauvages qu’il avoir amenés avec lui. Mais ces ani¬ maux effrayés du bruit de la mouſqueterie, s’enfuirent fans nous approcher. Enfin après M iiij Combat.

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î'72 Histoire un combat de plus de deux heures , les Eſpagnols furent rompus en plufieurs endroits &C ſe mirent à fuir en grand dé- fordre. Beaucoup d’entre eux périrent dans cette déroute : mais le carnage ne fut pas fi grand qu’il l’auroit été , fi nous avions été en état de les pour- ſuivre. Pour les priſonniers, on ne leur fit point de quar¬ tier : tout fut paſſé au fil de l’épée. Un d’eux nous mit au fait de l’état de la place. Nous ſçûmes par lui qu’on y avoit fait des retranchemens 5 qu’on y avoit élevé des batteries gar¬ nies de beaucoup d’artillerie , & qu’à l’entrée de la Ville du côté du grand chemin , étoit un Fort garni de 80 pièces de canon. Sur ce rapport Morgan don¬ na l’ordre de prendre un autre chemin , réſolu de pourfuivre

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de la Jamaïque. 275 ſa viétoire fans perdre de tems , afin de ne pas donner aux Eſ¬ pagnols celui de ſe reconnoî¬ tre. Par la revûe qu’il fit de ſes forces , il trouva qu’il lui coûtoit 200 de ſes gens, & l’on jugea que les ennemis avoient laide 600 morts fur le champ de bataille , fans compter les blefles qu’il fit achever dans l’inftant. Malgré cette perte il conduifit ſon monde à l’aflaut. Il eut à elîuyer un feu terrible > les canons étoient chargés à cartouche, & donnant à plein dans ſa troupe, y faiſoient à chaque décharge un grand car¬ nage. Malgré le péril, elle n’en marchoit pas avec moins d’in¬ trépidité, & gagnoit à chaque inftant du terrain. On combat¬ tit de part & d’autre avec une égale vigueur pendant trois heures entières. A la fin la va¬ leur Angloiſe l’emporta : nous .\tM v

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274 Histoire nous rendîmes maîtres de la pla¬ ce , & fîmes une horrible bou¬ cherie de ſes habitans. Les magafins ſe trouvèrent remplis de toutes fortes de marchandiſes & de provifions. C’étoit ce qu’il nous falloir : niais Morga onnantque les vins pourroient être empoi- fonnés, ht d’ex d’en goûter. S’il ſe trompoit dans ſa conjecture , du moins cette précaution étoit très-pru¬ dente &. très-ſage : car il ſentoit Bien que ſes gens à demi morts de faim & de ſoif , ſe met- troient peut-être hors d’état de pouvoir ſe défendre , fi les Eſ¬ pagnols reprenoient courage. La crainte d’être empoiſonnés étoit le ſeul moyen de les con¬ tenir. Non content de cette précaution il poſta partout des corps de gardes & des ſenti- pelles.

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de la Jamaïque. 275 A peine avoit-il fini de pren¬ dre les meſures néceflaires pour ſa fureté , qu’on vit toute la Ville en flamme. Les Maifons, la plupart de bois de Cèdre fu¬ rent confumées > & cette Ville fi floriffante , qui ſurpafloit toutes celles des Indes par la magnificence , la richefle & le nombre de ſes Bâtimens , fut en un jour réduite en cendres ; 7000 maiſons furent brûlées. On eut beau faire pour tâcher d’éteindre le feu , il ne fut pas poflible de ſauver une feule ca- banne. On a imputé à Morgan cette barbare exécution > mais il a toujours nié qu’il y eût eû part, & il a répandu un écrit dans le Public pour fe juſtifier à ce fu- jet. Cette piece eft encore en¬ tre les mains de beaucoup d’habitans de cette Ifie. Il n’eft pas hors de vraifemblance que Mvj

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2.76 Histoire cet incendie fut l’ouvrage de quelqu’un des Prifonniers : car de notre côté , peut-on imagi¬ ner que des gens que guidoit Feſpoir du gain, & que le defir du butin précipitoit dans les plus grands dangers, ayent de propos délibéré ruiné eux-mê- toutes leurs eſpérances , & dé¬ truit par leurs propres mains ce qu’ils venoient d’acquérir avec tant de fatigues & au prix de tant de fang ? Et 11’eft-il pas très-croyable que les Eſpagnols naturellement jaloux & vindi¬ catifs , aimèrent mieux voir leurs biens confirmés dans les flammes, que dans les mains des Corſaires dont ils avoient au moins la conſolation de tromper l’attente 8c l’avidité ? Dès que le feu fut éteint, les Pirates ſe mirent à chercher dans les ruines. Ils y trouvèrent une grande quantité d’or &

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de la Jamaïque. 277 d’argent, fur tout dans les puits & dans les citernes où ils firent une récolte de plufieurs mil¬ lions. Ils refterent dans cette Ville près de trois mois faiſanc tous les jours beaucoup de priſon- niers dont ils tiroient de groflés rançons. Ne bornant pas encore là leur activité , ils envoyèrent deux VailTeaux à la découverte dans la Mer du Sud 5 mais cette tentative fut inſructueuſe. Un Vaifleau Eſpagnol richement près d’eux fans eule bordée , & plufieurs antres priſes leur échappèrent de meme. En re¬ vanche , le détachement qu’on avoit laifl’é à Chagre > prit plu¬ fieurs Bâtimens, dont quelques- uns éroient de grande valeur. Enfin Morgan voyant qu’il n’y avoit plus rien à faire à Pa¬ nama , ſe difpoſa au départ. On

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278 Histoire fit des ballots de ce qu’il y avoit de plus précieux ; on ſe mit en route , & bientôt on fut arrivé à Cliagre. On fit alors le partage du butin. Il y a quelque appa¬ rence qu’il s’en réſerva une part trop forte, puiſque chaque par- ticuliern’eut pour la fienne que 200 pièces de huit. Ce qui ſem- ble peu de choſe , quand on confidere qu’il avoit ramené 175 Mulies chargées d’or, d’ar¬ gent & autres riche {Tes. Cela donna lieu à une mutinerie, Si Morgan j)our ſe tirer d’affaire , fut force de ſe dérober avec trois ou quatre Vaifleaux , où étoient ceux de la troupe à qui il crut pouvoir ſe confier , &. il revint à la Jamaïque avec 400 mille pièces de huit en eſpeces. Après tant de ſuccès répétés* il efluya des revers, non par la valeur de ſes ennemis , mais plutôt par la trahiſon de quel-

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de la Jamaïque. 279 ques-uns de ſes Compatriotes, Penfîonnaires de l’Eſpagne. Comme il. n’entreprenoit rien qu’en vertu de Commiffions du Gouverneur de notre Iſle, dès ta Cour qu’elles étoient révoquées , il ſe tenoit en repos & ſuſpendoit celle d’A«- ſes projets. Cependant plulîeurs Sletene« Mémoires lurent préſentés par la Cour d’Eſpagne à celle d’An¬ gleterre contre notre Gouver¬ neur qu’on accuſoit de ſoute- nir les Pirates. Ces remontran¬ ces eurent leur effet. On vou- Morgan lut examiner juridiquement les ſe tire «Gf- courſes de notre Corſaire : ſon argent pour cette lois le tira d’affaire. Mais dégoûté par cet¬ te avanture , il employa ce qui lui reftoit de biens à acquérir une Plantation qu’il faiſoit va¬ loir , & où il vivoit. Ses manié¬ rés dès-lors n’eurent plus rien de la rudeffé du Pirate, & il remplit les devoirs de la Socié-

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î8o Histoire té avec toute la bienſéance poſ- fïble. Sa bonne conduite lui ac¬ quit l’eſtime & l’amitié des prin¬ cipaux de l’Ifle , qui le firent entrer dans le Conſeil. Le Roi le créa Chevalier, & dans la fuite il fut fait Lieutenant du Gouverneur de la Jamaïque : polie qu’il a rempli à la ſacis- laélion de tout le monde. Morgan Quelques années après , on attaqué de l’attaqua encore fur ſes courtes conduit en expéditions maritimes. Il Angieter- eut beau repréſenter qu’il n’a¬ Ie> voit agi que fur des Commiſ- fîons du Gouverneur & du Con¬ ſeil , & qu’il en avoit reçu des remerciemens publics, pour ſes heureux ſuccès ; il n’en fut pas moins tranſporté en Angleterre fur une Lettre du Secrétaire d’Etat. On ne lui imputa au¬ cun crime, & néanmoins il fut mis en prifon, fans pouvoir par¬ venir à être entendu pour ſa

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de la Jamaïque. 281 jultificarion. Ce traitement 8c le chagrin dérangèrent ſaſanté , dont la vigueur s’étoit ſoutenue juſques là , malgré les veilles, la diſette, 6c les autres fatigues inſéparables de ſon metier de Corſaire. Abattu par cette per- ſécution 6c par les procédés ty¬ ranniques du parti formé con¬ tre lui dans le Conſeil d’Etat > il tomba dans une maladie de u nieurt langueur dont il mourut. Telle enpriſon. fut la fin du fameux Morgan, la terreur des Eſpagnols, de ce courage intrépide qui exécuta dans leurs Mers des entrepriſes ſupérieures à toutes celles qui ont jamais lîgnalé la valeur de notre Nation. Ce court détail de tant d’ac¬ tions de bravour 6c d’intrépi¬ dité doit vous donner une hau¬ te idée de Morgan , 6c vous convaincre que le courage , la bravoure, la grandeur d’ame 6c

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282 Histoire même l’héroïſme font quelque¬ fois indépendans de la naifiance & de l’éducation. La médiocri¬ té des parens de Morgan, la baffefie de ſon origine ne pu¬ rent altérer ſon ardeur pour la gloire. Né d’unfimple Fermier, il ne tarda pas à faire voir quel¬ le différence il y a entre un Ci¬ toyen dont le courage Se la har- diefle font animés par la liberté du Gouvernement , & celui dont les talens naturels font, four ainfi dire , abâtardis par eſclavage du Deſpotiſme. Morgan eut ſucceffivement commillîon de deux différens Gouverneurs pour aller en courſe j & fi leurs ſucceffeurs avoient marqué le même diſcer- nement dans le choix des Ar¬ mateurs , nous n’entendrions plus parler des déprédations des Eſpagnols. Ils n’oſoient alors haſarder de nous faire inſulte :

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de la Jamaïque. î 8 j la vue feule de notre Pavillon ſufiifoir pour répandre la ter¬ reur dans leurs Flottes. Aujour¬ d’hui nos braves Matelots en¬ chaînés travaillent à leurs mi¬ nes. Nos marchandiſes failles font dans leurs mains. Nous ſçavons nous plaindre , & nous en relions là. Avant de finir ma Lettre, il n’eſh pas hors de propos d’ob- ferver , que l’amour du gain peut devenir un puifîant aiguil¬ lon pour les plus grandes ac¬ tions , qui au lieu d’être produi¬ tes par une grandeur d’ame qui naît avec nous , doivent fort ſouvent leur origine à la plus balfe , à la plus honteufe des pallions 5 en un mot à l’avarice, J’ajouterai que l’amour de foi- même , le défit de ſon bien être font également des héros & des lâches. C’eft là le principe de ces actions éclatantes qui enle-

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a84 Histoire vent l’eftime & l’admiration du plus grand nombre. Le defir de la première dignité, du ſouve- rain pouvoir, excita Ceſar à'ia ruine de ſa Patrie. Les mêmes motifs déterminèrent Cromwel à uſurper l’autorité Royale. Et je ne crains pas de dire que le defir de s’élever au-deffus de la baflefle de ſa naiflance , pouffa auffi .Morgan à chercher au mi¬ lieu des périls & dans un mon¬ de nouveau, la gloire & les ri- chefles. Ne vous imaginez pas, après les éloges donnés à Morgan, que je regarde le vice comme l’origine & la ſource de la ver¬ tu. J’abhorre un pareil prin¬ cipe , fie j’en déreſte les conſé- quences. Ces meurtriers du genre humain, qui par des vues perſoimelles , ſacrifîent à leur ambition leurs frères innocens, qui maifacrent des milliers

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de la Jamaïque. 285 d’hommes pour ſe faire un nom, puifle une infamie, une flétriſ- ſure éternelle deshonorer leurs sciions aux yeux de tout hom¬ me ſenſé & qui réfléchit. Pour vous donner un abrégé de vies aufli remarquables, j’ai été forcé d’interrompre l’ordre de ma narration ; car Morgan s’cſt diftingué , non-feulement fous le gouvernement de Tho¬ mas Moddiford , mais encore fous celui de Thomas Lynch. Je fuis, Moniteur, &c. pin de la première Partie.

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