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Page:Alphonse de Candolle - Origine des plantes cultivées, 1883.djvu/1[modifier]

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BIBLIOTHÈQUE \037SCIENTIFIQUE INTERNATIONALE \037PUBLIÉE SOCS LA DIBECTION \037DE M. ÉM. ALGLAVE \037XLIII \037\035\013

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BIBLIOTHÈQUE SCIENTIFIQUE INTERNATIONALE \037PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION \037DE M. ÉM. ALGLAVE \037Volumes in-S», reliés en toile anglaise. — Prix : 6 fr. Avec reliure d'amateur, tranche sup. dorée, dos et coins en veau. 10 fr. \037\035\013La Bibliothèque scientifique intemationle n'est pas une entreprise de librairie ordinaire. C'est une œuvre dirigée par les auteurs mêmes, en vue des intérêts de la science, pour la populariser sous toutes ses formes, et faire connaître immédiatement dans le monde entier les idées originales, les directions nouvelles, les découvertes importantes qui se font chaque jour dans tous les pays. Chaque savant expose les idées qu'il a introduites dans la science et condense pour ainsi dire ses doctrines les plus origi- nales. \037On peut ainsi, sans quitter la France, assister et participer au mouve- ment des esprits en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, en Italie, tout aussi bien que les savants mêmes de chacun de ces pays. \037La Bibliothèque scientifique internationale ne comprend pas seulement des ouvrages consacrés aux sciences physiques et naturelles, elle aborde aussi les sciences morales, comme la philosophie, l'histoire, la politique et l'économie sociale, la haute législation, etc. ; mais les livres traitant des sujets de ce genre se rattacheront encore aux sciences naturelles, en leur empruntant les méthodes d'obsei^vation et d'expérience qui les ont ren- dues si fécondes depuis deux siècles. \037\035\013VOLUMES PARUS \037J. Tyndall. Les glaciers et les transformations de l'eau, suivis d'une étude de M. Helmholtz sur le même sujet, avec 8 planches tirées à part et nombreuses figures dans le texte. 3e édition. . . 6 fr. \037W. Bagehot. Lois scientifiques du développement des nations, -i^ édi- tion fr. \037J. Marey. La machine animale, locomotion terrestre et aérienne, avec il7 figures dans le texte. 3^ édition G fr. \037\035\013

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A. Bain. L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs \037relations, avec figures. 4® édition 6 fr. \037Pettigre^wr. La locomotion chez les animaux, avec 130 figures. . 6 fr. \037Herbert Spencer. Introduction a la science sociale. 6« édition. 6 fr. \037Oscar Schmidt. Descendance et darwinisme , avec figures. S° édi- tion 6 fr. \037H. Maudsley. Le crime et la folie. 4^*^ édition 6 fr. \037P.-J. Van Beneden. Les commensaux et les parasites dans le règne animal, avec 83 figures dans le texte. 3e édition 6 fr. \037Balfour Stew^art. La conservation de l'énergie, suivie d'une étude sur La nature de la force, par P. de Saint-Robert. 4® édition. 6 fr. \037Draper. Les conflits de la science et de la religion. 7e édition. 6 fr. \037Léon Dumont. Théorie scientifique de la sensibilité. 3» édit. 6 fr. \037Schutzenberger. Les fermentations, avec 28 figures. 3^ édition. 6 fr. \037Whitney . La vie du langage. 3® édition 6 fr. \037Cooke et Berkeley. Les*champignons, avec 110 figures. 3® édit. 6 fr. \037Bernstein. Les sens, avec 91 figures dans le texte. 3« édition. . 6 fr. \037Berthelot. La synthèse chimique. &^ édition 6 fr. \037Vogel. La photographie et la chimie de la lumière, avec 95 figures dans le texte et un frontispice tiré en photoglyptie. 3® édition. 6 fr. \037Luys. Le cerveau et ses fonctions, avec figures. 4« édition. . . 6 fr. \037W. Stanley Jevons. La monnaie et le mécanisme de l'échange. 4^ édi- tion 6 fr. \037Fuchs. Les volcans et les tremblements de terre, avec 36 figures dans le texte et une carte en couleurs. 3© édition 6 fr. \037Général Brialmont. La défense des États et les camps retranchés, avec nombreuses figures et deux planches hors texte. 2^ édit. 6 fr. \037A. de Quatrefages. L'espèce humaine. 7» édition 6 fr. \037Blaserna et Helmholtz. Le son et la musique, avec 50 figures dans le texte. 2e édition . 6 f r, \037Rosenthal. Les muscles et les nerfs. 1 vol. in-8, avec 75 figures dans le texte. 2^ édition 6 fr. \037Brucke et Helmholtz. Principes scientifiques des beaux-arts, suivis de L'optique et la peinture. 1 vol., avec 39 figures. 3^ édition. 6 fr. \037Wurtz. La théorie atomique. 1 vol. in-8, avec une planche hors texte. 3« édition 6 fr. \037\035\013\037\035\013

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Secchi. Les étoiles. 2 vol. in-8, avec 60 figures dans le texte et 17 plan- ches en noir et en couleurs, tirées hors texte. 2® édition, , . 12 fr. \037N. Joly. L'homme avant les métaux. Avec 150 figures. 3® édition, 6 fr. \037A. Bain. La science de l'éducation. 1 vol. in-8. 3® édition. , . 6 fr. \037Thurston. Histoire de la machine a vapeur, revue, annotée et aug- mentée d'une Introduction par J. Hirsch, 2 vol., avec 140 figures dans le texte, 16 planches tirées à part et nombreux culs-de-lampe. 12 fr. \037R. Hartmann. Les peuples de l'Afrique. 1 vol. in-8, avec 93 figures dans le texte 6 fr. \037Herbert Spencer. Les bases de la morale évolutionniste. 1 volume in-8. 2e édition 6 fr. \037Th.-H. Huxley. L'écrevisse, introduction à l'étude de la zoologie, avec 82 figures. 1 vol. in-8 6 fr. \037De Roberty. La sociologie. 1 vol. in-8 6 fr. \037O.-N. Rood. Théorie scientifique des couleurs et leurs applications à l'art et à l'industrie. 1 vol. in-8, avec 130 figures dans le texte et une planche en couleurs 6 fr. \037G. de Saporta et Marion. L'évolution du règne végétal. Les a*ypto- games, 1 vol. avec 85 figures dans le texte 6 fr. \037Charlton Bastian. Le système nerveux et la pensée, 2 vol., avec 184 flg. dans le texte 12 fr. \037James Sully. Les illusions des sens et de l'esprit. 1 vol. . . 6 fr. \037Alph. de Candolle. L'origine des plantes cultivées, i vol. . 6 fr. \037Young. Le soleil, avec 86 figures. 1 vol 6 fr. \037VOLUMES SUR LE POINT DE PARAITRE \037Semper. Les conditions d'existence des animaux. 2 vol., avec 106 flg. et 2 cartes. \037E. Cartailhac. La France préhistorique d'après les sépultures, 1 vol. avec figures. \037Ed. Perrier. La philosophie zoologique jusqu'à Darwin. \037G. de Saporta et Marion. L'évolution du règne végétal. Tome II, Les phanérogames. \037E. Oustalet. L'origine des animaux domestiques, avec flg. \037G. Pouchet. La vie du sang, avec figures. \037Angot. La météorologie. \037\035\013

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ORIGINE \037\035\013\013.,.^ \037\035\013\037\035\013CELTIVÉES \037\035\013l>AR \037\035\013Alph. de CANDOLLE \037\035\013Associé étranger de rÂcadémie des sciences de Tlnstitut de France, \037Membre étranger des sociétés royales de Londres, Edimbonrg et Dublin, \037des Académies de Saint-Pétersbourg, Stockholm., Berlin, Munich, \037Bruxelles, Copenhague, Amsterdam, Rome., Turin, \037Madrid, Boston, etc. \037\035\013\013PARIS \037LIBRAIRIE GERMER BÂILLIÊRE ET G \037i08, BOUI.BVARD SAINT-GERMAIN, 108 \0371883 \037Tons droits réservés. \037\035\013\013\013\013n \037\035\013

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PRÉFACE \037\035\013La question de Torigine des plantes cultivées intéresse les agriculteurs, les botanistes et même les historiens ou les philo- sophes qui s'occupent des commencements de la civilisation. \037Je l'ai traitée jadis dans un chapitre de ma Géographie hota- tique raisonnée; mais cet ouvrage est devenu rare^et d'ailleurs des faits importants ont été découverts, depuis 1855, par les voyageurs, les botanistes et les archéologues. Au lieu de faire une seconde édition de mon travail, j'en ai rédigé un autre, complètement nouveau et plus étendu. Il traite de l'origine d'un nombre presque double d'espèces des pays tropicaux ou des régions tempérées. C'est à peu près la totalité des plantes que l'on cultive, soit en grand, pour des emplois économiques, soit fréquemment, dans les jardins fruitiers ou potagers. \037Mon but a été surtout de chercher l'état et l'habitation de chaque espèce avant sa mise en culture. Il a fallu pour cela distinguer, parmi les innombrables variétés, celle qu'on peut estimer la plus ancienne, et voir de quelle région du globe elle est sortie. Le problème est plus difficile qu'on ne pourrait le croire. Dans le siècle dernier, et jusqu'au milieu de celui-ci, les auteurs s'en occupaient bien peu, et les plus habiles ont contribué à répandre des idées fausses. Je crois vraiment que les trois quarts des indications de Linné sur la patrie des plantes cultivées sont ou incomplètes ou erronées. On a répété ensuite ses assertions, et, malgré- ce que les modernes ont constaté pour plusieurs espèces, on les répète encore dans des jour- naux et des ouvrages populaires. Il est temps de corriger des erreurs qui remontent quelquefois jusqu'aux Grecs et aux Ro- mains. L'état actuel de la science le permet, à condition de s'appuyer sur des documents variés, dont plusieurs tout à fait récents ou même inédits, et de les discuter, comme cela se pratique dans les recherches historiques. C'est un de ces cas, assez rares, dans lesquels les sciences d'observation doivent se servir de preuves testimoniales. On verra qu'elles condui- sent à de bons résultats, puisque j'ai pu déterminer l'origine de presque toutes les espèces, tantôt d'une manière certaine et tantôt avec un degré de probabilité satisfaisant. \037\035\013

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VIII PRÉFACE \037Je me suis efforcé en outre de constater depuis combien de siècles ou de milliers d'années chaque espèce a été cultivée et comment la culture s'en est répandue dans différentes direc- tions, à des époques successives. \037Pour quelques plantes cultivées depuis plus de deux mille ans, et même pour d'autres, il arrive qu'on ne connaît pas aujour- d'hui l'état spontané, c'est-à-dire sauvage, ou bien que cette condition n'est pas assez démontrée. Les questions de ce genre sont délicates. Elles exigent — comme la distinction des es- pèces — beaucoup de recherches dans les livres et les her- biers. J'ai même été obligé de recourir à l'obligeance de quel- ques voyageurs ou botanistes dispersés dans toutes les parties du monde, pour obtenir des renseignements nouveaux. Je les donnerai à l'occasion de chaque espèce, avec l'expression de ma sincère reconnaissance. \037Malgré ces documents et en dépit de toutes mes recherches, il existe encore plusieurs espèces qu'on ne connaît pas à l'état spontané. Lorsqu'elles sont sorties de régions peu ou point explorées par les botanistes, ou quand elles appartiennent à des catégories de plantes mal étudiées jusqu'à présent, on peut espérer qu'un jour l'état indigène sera découvert et suffi- samment constaté. Mais cette espérance n'est pas fondée quand il s'agit d'espèces et de pays bien connus. On est conduit alors à deux hypothèses : ou ces plantes ont changé de forme dans, la nature comme dans la culture, depuis l'époque historique, de telle manière qu'on ne les reconnaît plus pour appartenir à la même espèce; — ou ce sont des espèces éteintes. La lentille, le Pois chiche n'existent probablement plus dans la nature, et d'autres espèces, comme le Froment, le Maïs, la Fève, le Carthame, trouvées sauvages très rai*ement, paraissent en voie d'extinction. Le nombre des plantes cultivées dont je me suis occupé étant de 249, le chiffre de trois, quatre ou cinq espèces éteintes ou près de s'éteindre serait une proportion considé- rable, répondant à un millier d'espèces pour l'ensemble des végétaux phanérogames. Cette déperdition de formes aurait eu lieu pendant la courte période de quelques centaines de siècles, sur des continents où elles pouvaient cependant se répandre et au milieu de circonstances qu'on a l'habitude de considérer comme stables. On voit ici de quelle manière l'his- toire des plantes cultivées se rattache aux questions les plus importantes de l'histoire générale des êtres organisés. \037Genève, !•' septembre 1882. \037\035\013

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4. \037\035\013ORIGINE \037\035\013DES PLANTES CULTIVÉES \037\035\013M- \037\035\013PREMIÈRE PARTIE \037NOTIdlVS mÉUHlNAIltES ET MÉTHeDES EMPLOYÉES \037\035\013CHAPITRE PREMIER \037DE QUELLE MANIÈRE ET A QUELLES ÉPOQUES LA CULTURE \037A COMMENCÉ DANS DIVERS PAYS \037Les traditions des anciens peuples^ embellies par les poètes, ont attribué communément les premiers pas dans la voie de l'agriculture et l'introduction de plantes utiles à quelque divinité ou tout au moins à quelque grand empereur ou Inca. On trouve en réfléchissant que ce n'est guère probable, et l'observation des essais d'agriculture chez les sauvages de notre époque mon- tre que les faits se passent tout autrement. \037En général, dans les progrès qui amènent la civilisation, les commencements sont faibles, obscurs et limités. Il y a des motifs pour que cela soit ainsi dans les débuts agricoles ou horticoles. Entre l'usage de récolter des fruits, des graines ou des racines dans la campagne et celui de cultiver régulière- ment les végétaux qui donnent ces produits, il y a plusieurs degrés. Une famille peut jeter des graines autour de sa demeure et l'année suivante se pourvoir du même produit dans la forêt. Certains arbres fruitiers peuvent exister autour d'une habitation sans que Ton sache s'ils ont été plantés ou si la hutte a été construite à côté d'eux pour en profiter. Les guerres et la chasse interrompent souvent les essais de culture. Les rivalités et les défiances font que d'une tribu à l'autre l'imitation marche lentement. Si quelque grand personnage ordonne de cultiver une plante et institue quelque cérémonie pouî en montrer l'utilité, c'est probablement que des hommes obscurs et in- \037De Gandolle. 1 \037\035\013

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2 NOTIONS PRÉLIMINAIRES \037connus en ont parlé précédemment et que des expériences déjà faites ont réussi. Avant de semblables manifestations, propres à frapper un public déjà nombreux, il doit s'être écoulé un temps plus.ou moins long de tentatives locales et éphémères. Il afaliu des CÉ^uses déterminantes pour susciter ces tentatives, les renou- veler et les faire réussir. Nous pouvons facilement les comprendre. \037La première est d'avoir à sa portée telle ou telle plante offrant certains des avantages que tous les hommes recherchent. Les sauvages les plus arriérés connaissent les plantes de leur pays; mais l'exemple des Australiens et des Patagoniens montre que s'ils ne les jugent pas productives et faciles à élever, ils n'ont pas l'idée de les mettre en culture. D'autres conditions sont assez évidentes : un climat pas trop rigoureux; dans les pays chauds, des sécheresses pas trop prolongées; quelque degré de sécurité et de fixité; enflp une nécesçité pressante, résultant du défaut de ressources dans la pèche, la chasse ou le produit de végétaux indigènes à fruits très nourrissants, comme le châtaignier, le dattier, le bananier ou l'arbre à pain. Quand les hommes peuvent vivre sans travailler, c'est ce qu'ils préfèrent. D'ailleurs l'élément aléatoire de la chasse et de la pêche tente les hommes primitifs — et même quelques civilisés — plus que les rudes et réguliers travaux de l'agriculture. \037Je reviens aux espèces que les sauvages peuvent être disposés à cultiver. Ils les trouvent quelquefois dans leur pays, mais souvent ils les reçoivent de peuples voisins, plus favorisés qu'eux par les conditions naturelles, ou déjà entrés dans une civilisa- tion quelconque. Lorsqu'un peuple n'est pas cantonné dans une île ou dans quelque localité difficilement accessible, il reçoit vite certaines plantes, découvertes ailleurs, dont l'avantage est évident, et cela le détourne de la culture d'espèces médiocres de son pays. L'histoire nous montre que le blé, le maïs, la batate, plusieurs espèces de genre Panicum, le tabac et autres plantes, — surtout annuelles, — se sont répandus rapidement, avant l'époque historique. Ces bonnes espèces ont combattu et arrêté les essais timides qu'on a pu faire çà et là de plantes, moins productives ou moins agréables. De nos jours encore, ne voyons-nous pas, dans divers pays, le froment remplacer le seigle, le maïs être préféré au sarrasin, et beaucoup de millets, de légumes ou de plantes économiques tomber en discrédîï parce que d'autres espèces, venues de loin quelquefois, présentent plus d'avantage. La disproportion de valeur est pourtant moins grande entre des plantes déjà cultivées et améliorées qu'elle ne Tétait jadis entre des plantes cultivées et d'autres complètement sauvages. La sélection — ce grand facteur que Darwin a eu le mérite d'introduire si heureusement dans la science — joue un rôle important une fois l'agriculture établie ; mais à toute époque, et surtout dans les commencements, le choix des espèces a plus (Ttmportance que la sélection des variétés. \037\035\013

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GONNENGEMBNT DES CULTURES 3 \037Les causes variées qui favorisent ou contrarient les débuts de l'agriculture expliquent bien pourquoi certaines régions se trou- vent, depuis des milliers d'années, peuplées de cultivateurs, tandis que d'autres sont habitées encore par des tribus errantes. Evidemment, le riz et plusieurs légumineuses dans l'Asie méri- dionale, l'orge et le blé en Mésopotamie et en Egypte, plusieurs Panicées en Africjue, le maïs, la pomme de terre, la batate et le manioc en Aménque ont été promptement et facilement cul- tivés, grâce à leurs qualités évidentes et à des circonstances favorables de climat. Il s'est formé ainsi des centres d'où les espèces les plus utiles se sont répandues. Dans le nord de l'Asie, de l'Europe et de l'Amérique, la température est défavorable et les plantes indigènes sont peu productives; mais comme la chasse et la pèche y présentaient des ressources, l'agriculture a dû s'introduire tard, et l'on a pu se passer des bonnes espèces du midi sans soufiFrir beaucoup. Il en était autrement pour FAus- tralie, la Patagonie et même l'Afrique australe. Dans ces pays, des plantes des régions tempérées de notre hémisphère ne pou- vaient pas arriver à cause de la distance, et celles de la zone intertropicale étaient exclues par la grande sécheresse ou par l'absence de températures élevées. En même temps, les espèces indigènes sont pitoyables. Ce n'est pas seulement le défaut d'in- telligence ou ae sécurité qui a empêché les habitants de les cultiver. Leur nature y contribue tellement, que les Européens, -depuis cent ans qu'ils sont établis dans ces contrées, n'ont mis -en culture qu'une seule espèce, le Tetragonia^ légume vert assez médiocre. Je n'ignore pas que sir Joseph Hooker * a énuméré plus de cent espèces d'Australie qui peuvent servir de quelque ma- nière ; mais en fait on ne les cultivait pas, et, malgré les pro- cédés perfectionnés des colons anglais, personne ne les cultive. •C'est bien la démonstration des principes dont je parlais tout à l'heure, que le choix des espèces l'emporte sur la sélection, et qu'il faut des qualités réelles dans une plante spontanée pour •qu'on essaye de la cultiver. \037Malgré l'obscurité des commencements de la culture dans chaque région, il est certain que la date en est extrêmement différente. Un des plus anciens exemples de plantes cultivées ♦est , en Egypte , un dessin représentant des figues , dans la pyramide de Gizeh. L'époque de la construction de ce monu- ment est incertaine. Les auteurs ont varié entre 1500 et 4200 ans avant l'ère chrétienne I Si l'on suppose environ deux mille ans, ce serait une ancienneté actuelle de quatre mUle ans. Or, la construction des pyramides n'a pu se faire que par un peuple nombreux, organisé et civilisé jusqu'à un certain point, ayant \037Ear conséquent une agriculture établie,qui devait remonter plus aut, de quelques siècles au moins. En Chine, 2700 ans avant \037i. Hooker, Flora TasmaniXy I, p. ex. \037\035\013

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4 NOTIONS PRÉLIMINAIRES \037Jésus-Christ Tempereur Ghen-nung institua la cérémonie dan» laquelle chaque année on sème cinq espèces de plantes utiles^ le riz, le soja, le blé et deux sortes de millets *. Ces plantes devaient être cultivées depuis quelque temps, dans certaines localités, pour avoir attiré à ce point l'attention de Fempereur L'agriculture paraît donc aussi ancienne en Chine qu'en Egypte. Les rapports continuels de ce dernier pays avec la Mésopotamie font présumer une culture à peu près contemporaine dans le& régions de FEuphrate et du Nil. Pourquoi ne serait-elle pas tout aussi ancienne dans l'Inde et dans l'archipel Indien? L histoire des peuples dravidiens et malais ne remonte pas haut et présente bien de l'obscurité, mais il n'y a pas de raisons de croire que la culture n'ait pas commencé chez eux il y a fort longtemps, en particulier au bord des fleuves. \037Les anciens Egyptiens et les Phéniciens ont propagé beaucoup de plantes dans la région de la Méditerranée, et les peuples Aryens, dont les migrations vers l'Europe ont commencé à peu près 2500 ou au plus tard 2000 ans avant Jésus-Christ ont répandu plusieurs espèces qui étaient déjà cultivées dans l'Asie occiden- tale. Nous verrons, en étudiant l'histoire de quelques espèces, qu'on cultivait probablement déjà certaines plantes en Europe et dans le nord de l'Afrique. Il y a des noms de langues anté- rieures aux Aryens, par exemple finnois, basques, berbères et guanches (des îles Canaries), qui l'indiquent. Cependant les restes^ appelés KjôkkenmôddingSy des habitations anciennes du Dane- mark, n'ont fourni jusqu'à présent aucune preuve de culture et en même temps aucun indice de la possession d'un métal '. Les Scandinaves de cette époque vivaient surtout de pèche, de chasse et peut-être accessoirement de plantes indigènes, comme le chou, qui ne sont pas de nature à laisser des traces dans les fumiers et les décombres, et qu'on pouvait d'ailleurs se passer de cultiver. L'absence de métaux ne suppose pas, dans ces pays du nord, une ancienneté plus grande que le siècle de Périclès ou même des beaux temps de la république romaine. Plus tard,, quand le bronze a été connu en Suède, région bien éloignée des pays alors civilisés, l'agriculture avait fini par s'introduire. Ou a trouvé dans les restes de cette époque la sculpture d'une charrue attelée de deux bœufs et conduite par un homme ^. \037Les anciens habitants de la Suisse orientale, lorsqu'ils avaient des instruments de pierre polie et pas de métaux, cultivaient plusieurs plantes, dont quelques-unes étaient originaires d'Asie. \0371. Bretschneider, On the study and value of chinese botanical works^. p. 7. \0372. De Nadaillac, Les premiers hommes et les temps ^éhistoriques, I, p. 266, 268. L'absence de traces d'affriculture dans ces débris m'est certifiée d'ailleurs par M. Heer et M. Cartailhac^ très au courant tous les deux de»- découvertes en archéoloffie. \0373. M. Montelius, d'après Cartailhac, Revue p 1875, p» 237. \037\035\013

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COMMENCEMENT DES CULTURES 5 \037M. Heer * a montré, dans son admirable travail sur les pala- fittes, qu'ils avaient des communications avec les pays situés au midi des Alpes. Ils pouvaient aussi avoir reçu des plantes culti- vées par les Ibères, qui occupaient la Gaule avant les Celtes. A l'époque où les lacustres de Suisse et de Savoie ont possédé le bronze leurs cultures étaient plus variées. 11 paraît même que les lacustres d'Italie,' lorsqu'ils avaient ce métal, cultivaient moins d'espèces que ceux des lacs de Savoie ', ce qui peut tenir A une ancienneté plus grande ou à des circonstances locales. Les restes des lacustres de Laybach et du Mondsee, en Autriche, accusent aussi une agriculture tout à fait primitive : point de céréales à Laybach, et un seul grain de blé au Mondsee \ L'état si peu avancé de l'agriculture dans cette partie orientale de l'Europe est en opposition avec l'hypothèse, basée sur quelques mots des anciens historiens, que les Aryas auraient séjourné d'abord dans la région du Danube et que la Thrace aurait été civilisée avant la Grèce. Malgré cet exemple l'agriculture parait, en général, plus ancienne dans la partie tempérée de l'Europe qu'on ne pouvait le croire d'après les Grecs, disposés, comme certains modernes, à faire sortir tout progrès de leur propre nation. \037En Amérique, l'agriculture n'est peut-être pas aussi ancienne qu'en Asie et en Egypte, si l'on en juge par les civilisations du Mexique et du Pérou, qui ne remontent pas même aux premiers siècles de Père chrétienne. Cependant la dispersion immense de certaines cultures, comme celle du maïs, du tabac et de la batate, fait présumer une agriculture ancienne, par exemple de deux mille ans ou à peu près. L'histoire fait défaut dans ce cas, et l'on ne peut espérer quelque chose que des découvertes en archéologie et géologie. \037\035\0134. Heer, Die Pflanzen der Pfahlbauten, in-4, Zurich, 1863. Voir l'article du lin. \0372. PerriD, Etude préhistorique de la Savoie, in-4, 1870 ; Castelfranco, Notizie intomo alla Stazione lacustre di Lagozza, et Sordelli, Sulle piante délia torbiera délia Lagozza^ dans les Actes de la Soc» ital. des se. /nat,, 1880. \0373. Much, Mittheil. d, anthropol. Ges, in Wien, vol. 6 ; Sacken, Sitzber. Akad, Wien, vol. 6. Lettre de M. Heer sur ces travaux, et leur analyse «dans NadaiUac, I, p. 247. \037\035\013

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CHAPITRE II \037MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR OU CONSTATER L'ORIGINE \037DES ESPÈCES \037\035\013§ 1. ^ Réflexions g^énérales. \037La plupart des plantes cultivées ayant été mises en culture à une époque ancienne et souvent d'une manière peu connue, il est nécessaire d'user de différents moyens lorsqu'on veut s'assu- rer de leur origine. C'est, pour chaque espèce, une recherche dans le genre de celles que font les historiens et les archéologues, recherche variée, dans laquelle on se sert tantôt d'un procédé et tantôt d'un autre, pour les combiner ensuite et les appré- cier selon leur valeur relative. Le naturaliste n'est plus ici dan& son domaine ordinaire d'observations et de descriptions. Il doit s'appuyer sur des preuves testimoniales, dont il n'est jamais question dans les laboratoires, et, quand les faits de botanique sont invoqués, il ne s'agit pas de l'anatomie, dont on s'occupe de préférence aujourd'hui, mais de la distinction des espèces et de leur distribution géographique. \037J'aurai donc à me servir ae méthodes qui sont étrangères, les unes aux naturalistes, les autres aux personnes versées dans les sciences historiques. Pour comprendre comment il faut les employer et ce qu'elles peuvent valoir, je dirai quelques mots de chacune. \037\035\013§ 2. — Botanique. \037Un des moyens les plus directs pour connaître l'origine géo- graphique d'une espèce cultivée est de chercher dans quel pays elle croît spontanément, c'est-à-dire à l'état sauvage, sans le secours de l'homme. \037La question paraît simple au premier coup d'oeil. Il semble,. \037\035\013

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BOTANIQUE 7 \037en effet, qu'en consultant les flores, les ouvrages sur Tensemble des espèces ou les herbiers, on doit pouvoir la résoudre aisé- ment dans chaque cas particulier. Malheureusement^ c'est, au contraire, une question qui exige des connaissances spéciales de botanique, surtout de géographie botanique, et une appréciation des botanistes et des collecteurs d'échantillons basée sur une longue expérience. Les savants occupés d'histoire ou d'inter- prétation d'écrivains de Tantiquité s'exposent à faire de grandes erreurs lorsqu'ils se contentent des premiers témoignages venus dans un livre de botanique. D'un autre côté, les voyageurs qui récoltent des plantes pour les herbiers ne font pas toujours assez d'attention aux localités et aux circonstances dans lesquelles ils trouvant les espèces. Souvent ils négligent de noter ce qu'ils ont remarqué à cet égard. On sait cependant qu'une plante peut venir d'individus cultivés dans le voisinage; que les oiseaux, les vents, etc., peuvent en avoir transporté les graines à de grandes distances, et qu'elles arrivent quelquefois par le lest des vais- seaux ou mêlées avec des marchandises. Ces cas se présentent pour des espèces ordinaires, à plus forte raison pour les plantes cultivées qui sont abondantes autour de l'homme. Il faut, chez un collecteur ou voyageur, de bonnes habitudes d'observation pour estimer jusqu'à quel point un végétal est issu de pieds sauvages, appartenant à la flore du pays, ou d'une autre origine. Quandf la plante croît près des habitations, sur des murailles, dans des décombres, au bord des routes, etc., c'est une raison pour se défier. \03711 peut aussi arriver qu'une espèce se répande hors des cul- tures, même loin des locaUtés suspectes, et n'ait cependant qu'une durée éphémère, parce qu'elle ne supporte pas, à la longue, les conditions du climat ou la lutte avec les plantes in- digènes. C'est ce qu'on appelle en botanique une espèce adven- tive. Elle paraît et disparait, preuve qu'elle n'est pas originaire du pays. Les exemples abondent dans chaque flore. Lorsqu'ils deviennent plus nombreux qu'à l'ordinaire, le public en est frappé. Ainsi les troupes amenées brusquement d'Algérie en France, en 4870, avaient répandu, par les fourrages et autre- ment, une foule d'espèces africaines ou méridionaks qui ont excité l'étonnement, mais dont il n'est pas resté de trace après deux ou trois hivers. \037Il y a des collecteurs et des auteurs de flores très attentifs à signaler ces faits. Grâce à mes relations personnelles et à Tem- \037Sloi fréauent des herbiers et des livres de botanique , je me atte de les connaître. Je citerai donc volontiers leur témoignage dans les cas douteux. Pour quelques pays et quelques espèces, je me suis adressé directement à ces estimables naturalistes. J'ai fait appel à leurs souvenirs, à leurs notes, à leurs herbiers, et, d'après ce qu'ils ont bien voulu me répondre, j'ai pu ajouter des documents inédits à ceux qu'on trouve dans les ouvrages pu- \037\035\013

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8 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES \037bliés. Je dois de sincères remerciements pour des informations de ce genre que j'ai reçues de M. G. B. Glarkesurles plantes deTInde, de M. Boissier sur celles d'Orient, de M. Sagot sur les espèces de la Guyane française, de M. Gosson sur celles d'Algérie, de MM. Decaisne et Bretschneider sur les plantes de Chine, de M. Pancic sur des céréales de Servie, de MM. Bentham et Baker sur des échantillons de Therbier de Kew, enfin de M. Edouard André sur des plantes d'Amérique. Ce zélé voyageur a bien voulu me prêter des échantillons très intéressants d'espèces cultivées dans l'Amérique méridionale, qu'il a recueillis avec toutes les apparences de végétaux indigènes. \037Une question plus difficile, qu'on ne peut pas résoudre sur le terrain, est de savoir si une espèce bien spontanée, ayant toutes les apparences des espèces indigènes, existe dans le pays depuis un temps très reculé ou s'y est introduite à une époque plus ou moins ancienne. \037Il y a, en effet, des espèces naturalisées, c'est-à-dire qui s'in- troduisent parmi les anciennes plantes de la flore et s'y main- tiennent, quoique d'origine étrangère, au point que la simple observation ne permet plus de les distinguer et qu'il faut pour cela des renseignements historiques ou des considérations de pure botanique ou géographie botanique. Dans un sens très géné- ral, en tenant compte des temps prolongés dont la science est obligée de s'occuper, presque toutes les espèces, surtout dans les régions hors des tropiques, ont été naturalisées une fois, c'est- à-dire qu'elles ont passé d'une région à une autre, par l'efFet de circonstances géographiques et physiques. Lorsque j'ai émis l'idée, en 1855, que des conditions antérieures à notre époque ont déterminé la plupart des faits de la distribution actuelle des végétaux, — c'était l'expression de plusieurs des articles et la conclusion de mes deux volumes sur la géographie botanique *, — on a été quelque peu surpris. La paléontologie venait bien de conduire, par des vues générales, un savant allemand, le D' Unger, à des idées analogues ^, et, avant lui, Edouard Forbes avait émis^ pour quelques espèces du midi des îles britanni(|ues, l'hypothèse d'une ancienne contiguïté avec l'Espagne '. Mais, la preuve donnée, pour l'ensemble des espèces actuelles, de l'im- possibilité d'expliquer leurs habitations au moyen des condi- tions qui existent depuis quelques milliers d'années, a produit plus d'impression, parce qu'elle était davantage dans le domaine des botanistes et qu'elle ne concernait pas quelques plantes, d'un seul pays. L'hypothèse proposée par Forbes, devenue dès lors \0371. Alph. de CaodoUe, Géographie botanique raisonnée, chap. X, p. 1055; chap. XI, XIX, XXVII. \0372. Unçer, Versuch einer Geschichte der Pfkmzenwelt, 1852. \0373. Forbes, On the connexion between the distribution ofthe existing fauna and flora of the british isles with the geological changes which hâve affected their area, in-8, dans : Memoirs of the geological survey, vol. 1, 1846. \037\035\013

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BOTANIQUE 9 \037un fait général et certain, est à présent un des lieux communs de la science. Tout ce qu'on écrit sur la géographie botanique ou zoologique s'appuie sur cette base, qui n'est plus contestée. \037Elle offre, dans les applications à chaque pays ou chaque espèce, de nombreuses difficultés, car, une cause étant une fois reconnue, il n'est pas toujours aisé de savoir comment elle a agi dans cha- que cas particulier. Heureusement, en ce qui concerne les plantes cultivées, les questions qui se présentent n'exigent pas de re- monter à des temps très anciens, ni surtout à des dates au 'on ne peut préciser en nombre d'années ou de siècles. Sans doute la plupart des formes spécifiques actuelles remontent à un temps plus reculé que la grande extension des glaciers dans l'hémi- sphère boréfiil, phénomène qui a duré bien des milliers d'années si l'on en juge par l'énormité des dépôts que les glaces ont enlevés et transportés ; mais les cultures ont commencé depuis ces événements et même, dans beaucoup de cas, depuis une époque historique. Nous n'avons guère à nous occuper de ce qui a précédé. Les espèces cultivées peuvent avoir changé de pays avant leur culture, ou, dans un temps plus long, avoir changé de forme, cela rentre dans les questions générales de tous les êtres organisés ; notre travail demande seulement que chaque espèce soit examinée depuis qu'on la cultive, ou dans les temps qui ont précédé immédiatement sa culture. C'est une grande simplification. \037La question d'ancienneté, ainsi limitée, peut être abordée au moyen des renseignements historiques ou autres, dont je par- lerai tout à l'heure, et par les principes de la géographie bota- nique. \037Je rappellerai ceux-ci sommairement, pour montrer de quelle manière ils aident à découvrir l'origine géographique d'une plante. \037Chaque espèce présente ordinairement une habitation continue ou à peu près. Cependant quelquefois elle est disjointe^ c'est-à- dire que les individus qui la composent sont divisés entre des régions éloignées. Ces cas, très intéressants pour l'histoire du règne végétal et des surfaces terrestres du globe, sont loin de former la majorité. Par conséquent, lorsqu'une espèce cultivée se trouve à l'état sauvage, très abondamment en Europe , et moins abondamment aux États-Unis, il est probable que, mal- gré son apparence indigène en Amérique, elle s'y est natura- lisée, à la suite de quelque transport accidentel. \037Les genres du règne végétal, bien que formés ordinairement de plusieurs espèces, son tsouvent limités à telle ou.telle région. Il en résulte que plus un genre compte d'espèces toutes de la même grande division du globe, plus il est probable qu'une des espèces en apparence originaire d une autre partie du monde y a été transportée et s'y est naturalisée, par exemple, en s'échap- pant des cultures. Cela est vrai surtout dans les genres qui hani- \037\035\013

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10 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES \037tent les pays tropicaux, parce qu'ils sont plus souvent limités à Tancien ou au nouveau monde. \037La géographie botanique apprend quelles flores ont en commun des genres et même des espèces, malgré un certain élpignement, et quelles, au contraire, sont très différentes, malgré des ana- logies de climat ou une distance assez faible. Elle fait connaître aussi quels sont les espèces, genres et familles ayant des habi- tations vastes et quels autres ont une extension ou aire moyenne restreinte. Ces données aident beaucoup à déterminer Torigine probable d'une espèce. Les plantes qui se naturalisent se répan- dent rapidement. J'en ai cité jadis * des exemples, d'après ce qui s'est passé depuis deux siècles, et des faits semblables ont con- tinué d'être observés d'année en année. 'On connaît la rapidité de l'invasion récente de VAnacharis Alsinastrum dans les eaux douces d'Europe, et celle de beaucoup de plantes européennes à la Nouvelle-Zélande, en Australie, en Galiformie, etc., signalée dans plusieurs flores ou voyages modernes. \037L'extrême abondance d'une espèce n'est pas une preuve d'an- cienneté. Jj Agave americana, si commun dans la région médi- terranéenne, quoique venu d'Amérique, et notre Gardon, qui couvre maintenant d'immenses étendues des pampas de la Plata^ en sont des exemples remarquables. Le plus souvent, l'invasion d'une espèce marche rapidement, et au contraire l'extinction est le résultat d'une lutte de plusieurs siècles contre des circons- tances défavorables ^. \037La désignation la plus convenable à adopter pour des espèces ou, dans un langage plus scientifique, pour des formes voisines, est un problème qui se présente souvent en histoire naturelle, et dans la catégorie des espèces cultivées plus que dans les autres. Ces plantes changent par la culture. L'homme s'empare des formes nouvelles qui lui conviennent et les propage par des moyens artificiels, tels que les boutures, la greffe, le choix des graines, etc. Evidemment, pour connaître l'origine d'une de ces espèces, il faut éliminer le plus possible les formes qui semblent artificielles et concentrer son attention sur les autres. Une ré- flexion bien simple doit guider dans ce choix : c'est qu'une espèce cultivée offre des diversités principalement dans les parties \037Sour lesquelles on la cultive. Les autres peuvent rester sans mo- ifications, ou avec des modifications légères, dont le cultiva- teur ne tient pas compte, parce qu'elles lui sont inutiles. Il faut donc s'attendre à ce qu'un arbre fruitier primitif et sauvage ait de petits fruits, de saveur médiocrement agréable ; à ce qu'une céréale ait de petites graines, la pomme de terre sauvage de pe- tits tubercules, le tabac indigène des feuilles étroites, etc., etc., sans aller cependant jusquà s'imaginer qu'une espèce aurait pris \037i. A. de CandoUe, Géogr, bot. raisonnée, chap. VII et X. 2. A. de CaDdoIle, Géogr, bot raisonnée^ chap. Vin> p. 804. \037\035\013

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\037\035\013ARCHÉOLOGIE £T PALÉONTOLOGIE If \037tout à coup de grands développements par l'effet de la culture, car l'homme n'aurait pas commencé à ta cultiver 8i elle n'avait offert dès l'origine quelque chose d'utile ou agréable. \037Une fois la plante cultivée réduite à ce qui permet de la com- parer raisonnablement aux formes analogues spontanées, il faut savoir encore quel groupe de plantes à peu près semblables on juge à propos de désigner comme constituant une espèce. Sur ce point, les botanistes sont seuls compétents, parce qu'ils ontrhamtude d'apprécier les différences et les ressemblances, et \037Su'ils n'ignorent pas la confusion de certains ouvrages en fait e nomenclature. Ce n'est pas ici le lieu de discuter ce qu'on peut appeler raisonnablement une espèce. On verra dans quel- ques-uns de mes articles les principes qui me paraissent les meilleurs. Gomme leur application exigerait souvent des obser- vations qui n'ont pas été faites, j'ai pris le parti de distinguer quelquefois des formes quasi spécifiques dans un groupe qui me parait être une espèce, et j'ai cherché l'origine géographique de ces formes comme si elles étaient vraiment spécifiques. \037En résumé, la botanique fournit des moyens précieux pour deviner ou constater l'origine des plantes cultivées et pour éviter des erreurs. Il faut se bien persuader cependant que la combi- naison d'observations sur le terrain et dans le cabinet est néces- saire. Après le collecteur qui voit les plantes dans une localité ou une région et qui rédige peut-être une flore ou un catalogue d'espèces, il est indispensable d'étudier les distributions géogra- phiques, connues ou probables, d'après les hvres et les herbiers, et de penser aux principes de la géographie botanique et aux ques- tions de classification, ce qui ne peut se faire ni en voyageant ni en herborisant. D'autres recherches, dont je vais parler, doivent être combinées avec celles de botanique, si Ton veut arriver à des conclusions satisfaisantes. \037\035\013§ 3. — Archéologie et paléontologie. \037La preuve la plus directe qu'on puisse imaginer de l'existence ancienne d'une espèce dans un pays est d'en voir des fragments reconnaissables dans de vieux édifices ou de vieux dépôts, d'une date plus ou moins certaine. \037Les fruits, graines et fragments divers de plantes sortis des tombeaux de l'ancienne Egypte et les dessins qui les entourent dans les pyramides, ont donné lieu àdes recherches d'une grande importance, dont j'aurai souvent à faire mention. Il y a pourtant ici une chance d'erreur : l'introduction frauduleuse de plantes modernes dans les cercueils de momies. On l'a reconnue facile- ment, quand il s'est agi, par exemple, de grains de maïs, plante d'origine américaine, glissés par les Arabes; mais on peut avoir ajouté des espèces cultivées en Egypte depuis deux ou trois mille \037\035\013

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12 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES \037ans, qui semblent alors d'une antiquité trop reculée. Les tumuli ou mounds de TAmérique septentrionale et les monuments des anciens Mexicains et Péruviens ont fourni des documents sur les plantes qu'on cultivait dans cette partie du monde. Il s'agit alors -de temps moins anciens que celui des pyramides d'Egypte. \037Les dépôts des lacustres ou palafittes de Suisse ont donné lieu à des mémoires très importants, parmi lesquels il faut citer «n première ligne celui de Heer, mentionné tout à Theure. Des travaux analogues ont été faits sur les débris végétaux trouvés dans d'autres lacs ou tourbières de Suisse, Savoie, Allemagne et Italie. Je les mentionnerai à l'occasion de plusieurs espèces. M. le D' Gross a eu l'obligeance de me communiquer des fruits ^t graines tirés des palafittes du lac de Neuchatel, et mon col- lègue le professeur Heer m'a favorisé de quelques renseigne- ments recueillis à Zurich depuis sa publication . J'ai dit que les dépôts appelés Kjôkkenmôddings dans les pays Scandinaves n'ont fourni aucune trace de végétaux cultivés. \037Les tufs du midi de la France contiennent des feuilles et autres débris de plantes qui ont été déterminés par MM. Martins, Planchon, de Saporta et autres savants. Leur date n'est peut- être pas toujours plus ancienne que les premiers dépôts des lacustres, et il est possible qu'elle concorde avec celle d'anciens monuments d'Egypte et d'anciens livres des Chinois. Enfin, les couches minérales, dont les géologues s'occupent spécialement, apprennent déjà beaucoup sur la succession des formes végétales •dans divers pays; mais il s'agit alors d'époques bien antérieures à l'agriculture, et ce serait un hasard singulier, et assurément précieux, si l'on découvrait à l'époque tertiaire européenne une espèce actuellement cultivée. Cela n'est pas arrivé jusqu'à pré- sent, d'une manière tout à fait certaine, quoique des espèces non cultivées aient été reconnues dans des couches antérieures à notre époque glaciaire de l'hémisphère boréal. Du reste, si l'on ne parvient pas à en trouver, les conséquences ne seront pas claires, attendu qu'on pourra dire : telle plante est arrivée de- puis, d'une autre région, ou bien elle avait jadis une forme diffé- Tente, qui n'a pas permis de la reconnaître dans les fossiles. \037§ 4. — Histoire. \037Les documents historiques sont importants pour la date de -certaines cultures dans chaque pays. Ils donnent aussi des indi- cations sur l'origine géographique des plantes quand elles ont été propagées par les migrations d'anciens peuples, les voyages ou des expéditions militaires. \03711 ne faut pourtant pas accepter sans examen les assertions <ies auteurs. \037La plupart des anciens historiens ont confondu le fait de la \037\035\013

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HISTOIRE i \037\035\013o \037\035\013culture d'une espèce dans un pays avec celui de son habitation antérieure, à l'état sauvage. On a dit communément, — même de nos jours — d'une espèce cultivée en Amérique ou en Chine qu'elle habite l'Amérique ou la Chine. Une erreur non moins fréquente a été de croire une espèce originaire d'un pays, parce qu'on l'a reçue de là et non du pays véritabJement de son ori- gine. Ainsi les Grecs et les Romains ont appelé pomme de Perse la pèche, qu'ils avaient vue cultivée en Perse, qui n'y était pro- bablement pas sauvage et que j'ai prouvée naguère être origi- naire de Gnine. Ils ont appelé pomme de Carthage (Malum punicum) la grenade, qui s'était répandue progressivement dans les jardins, de Perse en Mauritanie. A plus forte raison, les très anciens auteurs, tels que Bérose et Hérodote, ont pu se tromper, malgré leur désir d'être exacts. \037Nous verrons, à l'occasion du maïs, que des pièces historiques- entièrement forgées, peuvent tromper sur l'origine d'une espèce. C'est singulier, car pour un fait de culture il semble que per- sonne n'a intérêt à mentir. Heureusement les indices botaniques^ ou archéologiques aident à faire présumer les erreurs de cette nature. \037La principale difficulté — celle qui se présente ordinairement pour les anciens historiens — est de traduire exactement les noms des plantes qui, dans leurs livres, sont toujours des noms vulgaires. Je parlerai bientôt de la valeur de ces noms et des ressources de la linguistique dans les questions qui nous occu- pent ; mais il faut indiquer auparavant quelles notions historié ques sont le plus utiles dans l'étude des plantes cultivées. \037L'agriculture est sortie anciennement, du moins en ce qui concerne les principales espèces, de trois grandes régions oik croissaient certaines plantes et qui n'avaient aucune communi- cation les unes avec les autres. Ce sont : la Chine, le sud-ouest de l'Asie (lié avec l'Egypte) et l'Amérique intertropicale. Je ne veux pas dire qu'en Europe, en Afrique ou ailleurs des peuples sauvages n'aient cultivé quelques espèces, à une époque re- culée, d'une manière locale, comme accessoires de la chasse ou de la pêche ; mais les grandes civilisations, basées sur l'agricul- ture, ont commencé dans les trois régions que je viens d'indi- quer. Chose digne de remarque, dans l'ancien monde, c'est sur le bord des fleuves que les populations agricoles se sont surtout constituées, tandis qu'en Amérique c'est sur les plateaux du Mexique et du Pérou . Il faut peut-être l'attribuer à la situation primitive des plantes bonnes à cultiver, car les rives du Missis- sipi, de l'Orénoque et de l'Amazone ne sont pas plus malsaines^ que celles des fleuves de l'ancien monde. \037Quelques mots sur chacune des trois régions. \037La Chine avait depuis des milliers d'années une agriculture et même une horticulture florissantes lorsqu'elle est entrée, pour la première fois, en communication avec l'Asie occiden* \037\035\013

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14 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES \037taie, par la mission de Ghang-Kien, sous le règne de l'empereur Wu-ti, dans le n» siècle avant Tère chrétienne. Les recueils ap- pelés Pent-sao, écrits à l'époque de notre moyen âge, constatent qu*il rapporta la fève, Je concombre, la luzerne^ le safran, le sésame, le noyer, le pois, Fépinard, le meJon d'eau et d'autres plantes de l'ouest S alors inconnues aux Chinois. Ghang-Kien, comme on voit, n'a pas été un ambassadeur ordinaire. Il a étendu singulièrement les connaissances géographiques et amé- lioré les conditions économiques de ses compatriotes. Il est vrai qu'il avait été forcé de demeurer dix ans dans l'ouest et qu'il appartenait à une population déjà civilisée, chez laquelle un empereur , 2700 ans avant Jésus-Christ , avait entouré de céré- monies imposantes la culture de quelques plantes. Les Mon- goles étaient trop barbares et venaient d'un pays trop froid pour avoir pu introduire beaucoup d'espèces utiles en Chine ; mais, en étudiant l'origine dii pécher et de l'abricotier, nous ver- rons que ces arbres ont été portés de Chine dans l'Asie occiden- tale, probablement par des voyageurs isolés, marchands ou autres, qui passaient au nord de l'Himalaya. Quelques espèces ont pu se répandre de la même manière de l'ouest en Chine, avant l'ambassade de Chang-Kien. \037Les communications régulières de la Chine avec l'Inde ont commencé seulement à l'époque de ce même personnage, et par la voie détournée de la Bactriane *, mais il a pu y avoir des transmissions de proche en proche par la presqu'île malaise et la Cochinchine. Les lettrés qui écrivaient dans le nord de la Ghine ont pu les ignorer, d'autant plus que les provinces méri- dionales ont été jointes à l'empire seulement au ii« siècle avant l'ère chrétienne '. \037Les premiers rapports du Japon avec la Chine ont été vers l'an 57 de notre ère, par l'envoi d'un ambassadeur, et les Chi- nois n'eurent vraiment connaissance de leurs voisins orientaux que dans le iii« siècle, époque de l'introduction de l'écriture chinoise au Japon *. \037La vaste région qui s'étend du Gange à l'Arménie et au Nil n'a pas été anciennement aussi isolée que la Ghine. Ses peuples ont échangé, de place en place, et même transporté à distance des plantes cultivées, avec une grande facilité. 11 suffit de rap- peler que d'anciennes migrations ou conquêtes ont mêlé sans cesse les populations touraniennes^ aryennes et sémites entre la mer Caspienne, la Mésopotamie et le Nil. De grands Etats se sont formés, à peu près dans* les mêmes temps, sur les bords de l'Ëuphrate et en Egypte, mais ils avaient succédé à des tribus \0371. Bretschneider, /. c, p. 15. \0372. Bretschneider, /. c. \0373. Bretschneider, /. c, p. 23. \0374. Atsuma-gwa. Recueil pour servir à la connaissance de Vextréme Orient, publié par Fr. Turretini, vol. 6, p. 200, 293. \037\035\013

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LINGUISTIQUE 15 \037qui cultivaient déjà certaines plantes. L'agriculture est plus ancienne dans cette région que Babylone et les premières dynas- ties égyptiennes, lesquelles datent de plus de quatre mille ans . Les empires assyriens et égyptiens se sont ensuite disputé la suprématie, et dans leurs luttes ils ont transporté des popula- tions, ce qui ne pouvait manquer de répandre les espèces culti- vées. D'un autre côté, les peuples aryens, qui habitaient primiti- vement au nord de la Mésopotamie, dans une contrée moins favorable à l'agriculture, se sont répandus à l'ouest et au midi, refoulant ou subjuguant les nations touraniennes et dravidiennes. Leur langue, et surtout celles qui en sont dérivées en Europe et dans l'Inde, montrent iqu'ils ont connu et transporté plusieurs espèces utiles \ Après ces anciens événements, dont les dates sont généralement incertaines, les voyages par mer des Phéni- ciens, les guorres entre les Grecs et les Perses, l'expédition d'Alexandre jusque dans l'Inde, et finalement la domination romaine ont achevé de répandre les cultures dans Tintérieur de l'Asie occidentale et même de les introduire en Europe et dans le nord de l'Afrique, partout où le climat pouvait leur être favo- rable. Plus tard, à l'époque des croisades, il restait bien peu de plantes utiles à tirer de l'Orient. Il est arrivé alors en Europe quelques variétés d'arbres fruitiers que les Romains ne possé- daiept pas et des plantes d'ornement. \037La découverte de l'Amérique, en 1492, a été le dernier grand événement qui a permis de répandre les plantes cultivées dans tous les pays. Ce sont d'abord les espèces américaines, comme la pomme de terre, le maïs, la figue d'Inde, le tabac, etc., qui ont été apportées en Europe et en Asie. Ensuite une foule d'es- pèces de l'ancien monde ont été introduites en Amérique. Le voyage de Magellan (1520-21) fut la première communication directe entre l'Amérique méridionale et l'Asie. Dans le même siècle, la traite des nègres vint multiplier les rapports entre l'Afrique et l'Amérique. Enfin la découverte des îles de la mer Pacifique au xviii® siècle, et la facilité croissante des moyens de communication, combinée avec un désir général d'améliorer, ont produit la dispersion plus générale des plantes utiles dont nous sommes aujourd'hui les témoins. \037§ 5. — E.lngai«tique. \037Les noms vulgaires de plantes cultivées sont ordinairement très connus et peuvent donner des indications sur l'histoire \0371. Il existe, en langue française, deux excellents résumés des connais- sances actuelles sur rOrient et l'Egypte. Je ne saurais trop les recom- mander aux< naturalistes qui ne se sont pas occupés s{>écialement de ces questions. L'un de ces ouvrages est le Manuel de V histoire ancienne de Y Orient, par François Lenormand, 3 vol. in-12, Paris, 1869. L'autre est r Histoire ancienne des peuples de l'Orient, par Maspero, un vol. in-8, Paris, 1878. \037\035\013

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16 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES \037d'une espèce, mais il n'est pas sans exemple qu'ils soient absurdes, basés sur des erreurs , ou vagues et contestables , ce qui oblige à user d'une certaine prudence dans leur emploi . \037Je pourrais citer beaucoup de noms absurdes, pris dans toutes les langues. Il suffit de rappeler : \037En français : blé de Turquie (maïs), pour une plante qui n'est pas un blé et qui vient d'Amérique. \037En anglais : Jérusalem arttchoke , pour le Topinambour (Helianthus tuberosus), qui ne vient pas de Jérusalem, mais de l'Amérique septentrionale, et n'est pas un artichaut. \037En allemand : Haferwurzel, racine d'avoine, pour le Salsifis (Tragopogon), plante à racine charnue l \037Une quantité de noms donnés par les Européens à des plantes étrangères, lorsqu'ils se sont établis dans les colonies, expriment des analogies fausses ou insignifiantes. Par exemple, le lin de la Nouvelle-Zélande ressemble aussi peu que possible au lin ; seule- ment on tire de ses feuilles une matière textile. La pomme d'acajou, des Antilles françaises, n'est pas le fruit d'un pommier, ni même d'une pomacée, et n'a rien à voir avec l'acajou. \037Quelquefois les noms vulgaires se sont altérés en passant d'une langue à l'autre, de manière à donner un sens faux ou ridicule. Ainsi l'arbre de Judée des Français (Gercis Siliquastrum) est devenu en anglais Judas tree, arbre de Judas ! Le fruit appelé Akuaca parles Mexicains est devenu V Avocat des colons français. \037Assez souvent, des noms de plantes ont été pris par le même peuple, à des époques successives ou dans des provinces diffé- rentes, tantôt comme noms de genres et tantôt comme noms d'espèces. Par exemple, blé peut signifier ou plusieurs espèces du genre Triticum, et même de plantes nutritives très difi*érentes (maïs et blés), ou telle espèce de blé en particulier. \037Plusieurs noms vulgaires ont été transportés d'une plante à l'autre, par suite d'erreurs ou d'ignorance. Ainsi, la confusion faite par d'anciens voyageurs entre la Batate (Gonvolvolus Ba- tatas) et la Pomme de terre fSolanum tuberosum), a entraîné l'usage d'appeler la Pomme ae terre en anglais Potatoe et en espagnol Patatas. \037Si des peuples modernes, civilisés, qui ont de grandes facilités pour comparer les espèces, connaître leur origine et vérifier les noms dans les livres, ont fait de semblables erreurs, il est pro- bable que les anciens en ont fait plus encore et de plus gros- sières. Les érudits déploient infiniment de science pour expliquer l'origine linguistique d'un nom ou ses modifications dans les langues dérivées, mais ils ne peuvent pas découvrir les fautes ou les absurdités populaires. Ce sont plutôt les botanistes qui les devinent ou les démontrent. Remarquons en passant que les noms doubles ou composés sont les plus suspects. Ils peuvent avoir deux erreurs : 1 une dans la racine ou le nom principal, l'autre dans l'addition ou nom accessoire, destiné presque tou- \037\035\013

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LINGUISTIQUE 17 \037jours à indiquer une origine géographique, une qualité appa- rente ou quelque comparaison avec d'autres espèces. Plus un nom est bref, plus il mérite qu'on en tienne compte dans la question d origme ou d'ancienneté, car c'est à la suite des années, des migrations de peuples et des transports de plantes que s'ajoutent les épithètes souvent erronées. De même, dans les écritures sjrmboliques, comme celles des Chinois et des Egyp- tiens, les signes. uniques et simples font présumer des espèces anciennement connues, ne venant pas de pays étrangers, et les signes compliqués sont suspects ou indiquent une origine étran- gère. N'oublions pas cependant que les signes ont été souvent des rébus, basés sur des ressemblances fortuites de mots, ou sur des idées superstitieuses et fantastiques. \037L'identité d'un nom vulgaire pour une espèce dans plusieurs langues peut avoir deux significations très différentes. Elle peut venir de ce qu'une plante a été transportée par un peuple qui s'est divisé et dispersé. Elle peut résulter aussi de ce qu'une plante a été transmise d'un peuple à l'autre avec le nom du pays d'origine. Le premier cas est celui du chanvre, dont le nom est semblable, au moins quant à sa racine, dans toutes les Jangues dérivées des Aryas primitifs. Le second se voit dans le nom américain du tabac et le nom chinois du thé, qui se sont répandus dans une infinité de pays, sans aucune filiation linguis- tique ou ethnographique. Ce cas s'est présenté plus fréquem- ment dans les temps modernes que dans les anciens, parce que la rapidité des communications permet aujourd'hui d'mtroduire à la fois une plante et son nom, même à de grandes distances. \037La diversité des noms pour une même espèce peut avoir aussi des causes variées. En général, elle indique une existence an- cienne dans divers pays, mais elle peut aussi provenir du mélange des peuples ou de noms de variétés qui usurpent le nom primitif. Ainsi, en Angleterre, on peut trouver, suivant les provinces, un nom celte, saxon, danois ou latin, et nous voyons en Allemagne les noms de Flachs et Lein pour le lin, qui ont évidemment des origines différentes. \037Lorsqu'on veut se servir des noms vulgaires pour en tirer certaines probabilités sur l'origine des espèces, il faut consulter les dictionnaires et les dissertations des philologues, mais on est obligé d'estimer les chances d'erreur de ces érudits, qui, n'étant ni agriculteurs ni botanistes, peuvent s'être trompés dans l'ap- plication d'un nom à une espèce. \037Le recueil le plus considérable de noms vulgaires est celui de Nemnich *, publié en 1793. J'en possède un autre, manuscrit, plus étendu encore, rédigé dans notre bibliothèque par mon ancien élève Moritzi, au moyen des flores et de plusieurs livres \0371. Nemnich, AUgemeines polygiotten-Lexicon det^ Naturgeschichte^ 2 vol. in-4. \037De Gandolle. 2 \037\035\013

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18 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DBS ESPÈCES \037de voyages écrits par des botanistes. 11 y a, en outre, des dic- tionnaires concernant les noms d'espèces de tel ou tel pays ou d'une langue en particulier. Ces sortes de recueils ne contiennent pas souvent des explications sur les étymologies ; mais, quoi qu'en dise M. Hehn ^, un naturaliste, pourvu de l'instruction générale ordinaire, peut reconnaître les connexités ou les diversités fon- damentales de certains noms dans des langues différentes et ne pas confondre les langues modernes avec les anciennes. Il n'est pas nécessaire pour cela d'être initié dans les subtilités des suffixes et des affixes, des labiales et des dentales. Sans doute un philologue pénètre mieux et plus loin dans les étymologies, mais il est rare que ce soit nécessaire pour les recherches sur les plantes cultivées. D'autres connaissances sont plus utiles, sur- tout celles de pure botanique, et elles manquent aux philologues plus que la linguistique aux naturalistes, par la raison fort évidente qu'on donne plus de place dans l'instruction générale aux langues qu'à l'histoire naturelle. Il me paraît aussi que les linguistes, notamment ceux qui traitent du sanscrit, veulent beaucoup trop chercher des étymologies à chaque nom. Ils ne pensent pas assez à la bêtise humaine, qui a fait naître dans tous les temps des mots absurdes, sans base réelle, déduits d'une erreur ou d'une idée superstitieuse. \037La filiation des langues modernes européennes est connue de tout le monde. Celle des langues anciennes a été l'objet, depuis un demi-siècle, de travaux importants. Je ne puis en donner ici un aperçu, même abrégé. 11 suffit de rappeler que toutes les langues européennes actuelles dérivent de la langue des Aryens occidentaux, venus d'Asie, à l'exception du basque (dérivé de l'ibère), du finnois, du turc et du hongrois, dans lesquels au surplus beaucoup de mots d'origine aryenne se sont introduits. D'un autre côté, plusieurs langues actuelles de l'Inde, Ceylan et Java dérivent du sanscrit des Aryens orientaux, sortis de l'Asie centrale après les Aryens de l'Occident. On suppose, avec assez de vraisemblance, que les premiers Aryens occidentaux sont arrivés en Europe 2500 ans avant notre ère, et les Aryens orien- taux dans l'Inde un millier d'années plus tard. \037Le basque (ou ibère), le guanche des îles Canaries, dont on connaît quelques noms de plantes, et le berbère se rattachaient probablement aux anciennes langues du nord de l'Afrique. \037Les botanistes sont obligés, dans beaucoup de cas, de douter des noms vulgaires attribués aux plantes par les voyageurs, les historiens et les philologues. C'est une conséquence des doutes qu'ils ont eux-mêmes sur la distinction des espèces et de la difficulté qu'ils savent très bien exister lorsqu'on veut s'assurer du nom vulgaire d'une plante. L'incertitude devient d'autant \0371. Hehn, Kulturpflanzen tind Hausthiere in ihren Uebergang ans Asien, in-«, 3« édition, 1877. \037\035\013

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LINGUISTIQUE 19 \037plus grande qu'il s'agit d'espèces plus faciles à confondre ou moins connues du public, ou de langues de nations peu civilisées. Il y a des degrés, pour ainsi dire, entre les langues, sous ce point de vue, et les noms doivent être acceptés plus ou moins suivant ces degrés. \037En tète, pour la certitude^ se placent les langues qui possè- dent des ouvrages de botanique. On peut en effet reconnaître une espèce au moyen d'une description grecque de Dioâcoride ou de Théophraste, et des textes latms moins développés de Gaton, Columelle ou Pline. Les livres chinois donnent aussi des des- criptions. Leur étude a fait l'objet d'excellents travaux du docteur Bretschneider, médecin de la légation russe à Peking, que je ci- terai fréquemment *. \037Le second degré est celui des langues qui ont une littérature composée seulement d'ouvrages de théologie, de poésie, ou de chroniques sur les rois et les batailles. Ces sortes d'ouvrages mentionnent çà et là des plantes, avec des épithètes ou des ré- flexions sur leur floraison, leur maturité, leur emploi, etc., qui permettent de comprendre un nom et de le rapporter à la no- menclature botanique actuelle. En s'aidant d'ailleurs de notions sur la flore du pays et des noms vulgaires dans les langues dérivées de l'ancienne, on arrive, tant bien que mal, à fixer le sens de quelques mots. C'est ce qui a été fait pour le sans- crit *, l'hébreu ' et l'araméen *. \037Enfin, une troisième catégorie dans les langues anciennes ne peut donner aucune certitude, mais seulement des présomptions \0371. Bretschneider, On the study and value of chinese botanical works, with notes on the history of plants and geographical botany from chinese sources. In-8, 51 pages avec ngures, Foochoo, saus date, mais la préface datée de décembre 1870. — Notes on some botanical questions, ln-8, 14 pages, 1880. \0372. Le dictionnaire de Wilson contient des noms de plantes, mais les botanistes se fient davantage aux noms indiqués par Roxburgh dans son Flora indica (éd. de 1832, 3 vol. in-8) et au dictionnaire spécial de Pid- dington, English index to the plants of India, Calcutta, 1832. Les érudits prétendent découvrir un plus grand nombre de noms dans les textes, mais ils ne donnent pas assez la preuve du sens de ces noms. Générale- ment, il manque pour le sanscrit ce que nous avons pour l'hébreu, le grec et le chinois, la citation, traduite en langue moderne, des phrases concer- nant chaque mot. \0373. Le meilleur ouvrage sur les noms des plantes de l'Ancien Testament est celui de Rosenmûller, Handbuch der bibiischen Alterkunde, in-8, vol. 4, Leipzig, 1830. Un bon ouvraj^e, abrégé, en français, est La botanique de la Bible, par Pred. Hamilton, m-8, Nice, 1871. \0374. Reynier, botaniste suisse, qui avait séjourné en Egypte, a donné avec sagacité le sens de beaucoup de noms de plantes dans le Talmud. Voir ses volumes intitulés : Economie publique et rurale des Arabes et des Juifs, in-8, 1820, et Economie publique et rurale des Egyptiens et des Car- thaginois , in-8, Lausanne, 1823. Les ouvrages plus récents de Duschak et de Lôw ne reposent pas sur la connaissance des plantes d'Orient et sont lillisibles, pour les botanistes, à cause des noms en lettres syriaques, liébralques, etc. \037\035\013

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20 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L*ORIGINE DES ESPÈCES \037ou des indications hypothétiques assez rares. C'est celle des lan» gués dont on ne connaît aucun ouvrage, comme le celte, avec tou& ses dialectes, le vieux slave, le pélasge, l'ihère, la langue des Aryas primitifs, des Touraniens, etc. On arrive à présumer cer- tains noms, ou leur forme approximative, dans ces anciennes langues, par deux procédés, tous deux sujets à caution. \037Le premier, et le meilleur, est de consulter les langues déri- vées ou qu'on croit dérivées directement des anciennes, comme le basque pour Tibère, l'albanais pour le pélasge^ le breton, l'ir- landais et le gaëlic pour le celte. Le danger est de se tromper sur la filiation des langues, et surtout de croire à l'ancienneté d'un nom de plante qui peut être venu par un autre peuple. Ainsi le basque a beaucoup de noms qui paraissent tirés du latin à la suite de la domination romaine. Le berbère est rempli de noms arabes, et le persan de noms de toutes sortes, qui n'exis- taient probablement pas dans le zend. \037L'autre procédé consiste à reconstruire une langue ancienne sans littérature, au moyen de ses dérivées, par exemple la lan- gue des Aryas occidentaux au moyen des mots communs à plu- sieurs langues européennes qui en sont issues. Pour les mots des anciennes langues aryennes, le dictionnaire de Fick ne peut guère être employé, car il donne peu de noms de plantes, et sa dispo- sition ne le met pas du tout à la portée des personnes qui ne connaissent pas le sanscrit. Bien plus important pour les natu- ralistes est 1 ouvrage d'Adolphe Pictet, dont il a paru, après, la mort de l'auteur, une seconde édition, augmentée et perfection- née *. Les noms de plantes et les termes de l'agriculture y sont exposés et discutés d'une manière d'autant plus satisfaisante qu'elle est combinée avec des notions exactes de botanique. Si Tauteur attribue peut-être plus d'importance qu'il ne faudrait à des étymologies douteuses, il le compense par des notions d'une autre nature et par beaucoup de méthode et de clarté. \037Les noms de plantes en langue euskarienne, soit basque, ont été commentés, au point de vue des étymologies probables, par M. le comte de Gharencey*. J'aurai Toccasion de citer ce travail, où les difficultés étaient bien grandes, à cause de l'absence de toute littérature et de langues dérivées. \037\035\013§ 6. — Nécessité de combiner les dlITér entes \037méthodes. \037Les divers procédés dont je viens de parler n'ont pas une valeur égale. Evidemment lorsqu'on peut avoir sur une espèce \0371. Adolphe Pictet, Les origines des peuples indo-européens, 3 vol. in-8. Paris, 4878. \0372. Charencey, dans Actes de la Société philologique^ vol. I, n» 1, 1869. \037\035\013

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NÉCESSITÉ DE COMBINER LES DIFFÉRENTES MÉTHODES âl \037des documents archéologiques , comme ceux des monuments égyptiens ou des lacustres suisses, ce sont des faits d'une exac- titude remarquable. Viennent ensuite les données de botanique, surtout celles sur Texistence spontanée d'une espèce dans tel ou tel pays. Elles peuvent avoir beaucoup d'importance, à condition qu'on les examine soigneusement. Les assertions con- tenues dans les livres soit d'historiens, soit même de naturalistes d'une époque à laquelle la science ne faisait que commencer, n'ont pas la même valeur. Enfin les noms vulgaires ne sont qu'un moyen accessoire, surtout dans les langues modernes, et un moyen, comme nous avons vu, dont il faut se défier. Voilà ce qu'on peut dire d'une manière générale, mais dans chaque cas particulier telle ou telle méthode prend quelquefois plus d'importance. \037Chacune conduit à une simple probabilité, puisqu'il s'agit de faits anciens qui échappent aux observations directes et actuelles. Heureusement, si l'on arrive à la même probabilité par trois ou quatre voies différentes, on approche beaucoup de la certitude. Il en est des recherches sur Thistoire des plantes comme de celles sur l'histoire des peuples. Un bon auteur consulte les historiens qui ont parlé des événements, les archives où se trouvent des documents inédits, les inscriptions de vieux monuments, les journaux, les lettres particulières, enfin les mémoires et même la tradition. Il tire des probabilités de chaque source, et ensuite il compare ces probabilités, les pèse et les discute avant de se décider. C'est un travail de l'esprit, qui exige de la sagacité et du jugement. Ce travail diffère Beaucoup de l'observation, usitée en histoire naturelle, et du raisonnement pur, qui est le propre des sciences mathématiques. Néanmoins, je le répète, lorsqu'on arrive par plusieurs méthodes à une même probabilité, celle-ci approche de la certitude. On peut même dire qu'elle donne la certitude à laquelle on peut prétendre dans les sciences histo- riques. \037J'en ai eu la preuve en comparant mon travail actuel avec celui que j'avais fait, d'après les mêmes méthodes, en 4855. Pour les espèces que j'avais étudiées alors, j'ai eu plus de docu- ments et des faits mieux constatés, mais les conclusions sur l'origine de chaque espèce ont été à peine changées. Comme elles reposaient déjà sur une combinaison des méthodes, les choses probables sont devenues ordinairement plus probables ou cer- taines, et il ne m'est pas arrivé d'être conduit à des résultats absolument contraires aux précédents. \037Les données archéologiques, linguistiques et botaniques de- viennent de plus en plus nombreuses. C'est par leur moyen que l'histoire des plantes cultivées se perfectionne, tandis que les assertions des anciens auteurs perdent de leur importance au lieu d'en acquérir. Grâce aux découvertes des antiquaires et des philologues, les modernes connaissent mieux que les Grecs la \037\035\013

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22 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES \037Ghaldée et l'ancienne Egypte. Ils peuvent constater des erreurs dans Hérodote. Les botanistes de leur côté corrigent Théophraste, Dioscoride et Pline d'après la connaissance des flores de Grèce et d'Italie, tandis que la lecture des anciens, faite si souvent par les érudits depuis trois siècles, a donné ce qu'elle pouvait donner. Je ne puis m 'empêcher de sourire en voyant aujourd'hui des savants répéter des phrases grecques ou latines bien connues, pour en tirer ce qu'ils appellent des conclusions. C'est vouloir extraire du jus d'un citron pressé déjà mainte et mainte fois. Il faut le dire franchement, les ouvrages qui répètent et com- mentent les auteurs de l'antiquité grecque ou latine, sans mettre en première ligne les faits botaniques et archéologiques, ne sont plus au niveau de la science. Je pourrais en citer cependant qui ont eu, en Allemagne, les honneurs de trois éditions! Mieux au- rait valu réimprimer les publications antérieures de Fraas et de Lenz, de Targioni et de Heldreich, qui ont toujours mis les données actuelles de la botanique au-dessus des descriptions vagues d'anciens écrivains , c'est-à-dire les faits au-dessus des mots et des phrases. \037\035\013

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DEUXIÈME PARTIE \037ÉTUDE DES ESPÈCES \037AU POIIVT DE VUE DE LEUR ORIGII\'E \037DES PREMIERS TEMPS DE LEUR CULTURE \037ET DES PRIIXCIPAUX FAITS DE LEUR DISPERSIOIV i. \037\035\013CHAPITRE PREMIER \037PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES TELLES QUE RACINES, BULBES OU TUBERCULES ^. \037Radis, Raifort. — Raphanus sativus, Linné. \037Le radis est cultivé pour ce qu'on appelle la racine, qui est, à proprement parler, la partie inférieure de la tige avec la racine pivotante '. On sait à quel point la grosseur, la forme et la couleur de ces organes, qui deviennent charnus, peuvent va- rier, suivant le terrain et les races cultivées. \037Il n'y a pas de doute que Tespèce est originaire des régions tempérées de l'ancien monde ; mais, comme elle s'est répandue dans les jardins, depuis les temps historiques les plus reculés, de la Chine et du Japon jusqu'en Europe, et qu'elle se sème fré- quemment autour des cultures, il est difficile de préciser son point de départ. \037Naguère on confondait avec le Raphanus sativus des espèces voisines, de la région méditerranéenne, auxquelles on attribuait certains noms gi*ecs; mais le botaniste J. Gay, qui a beaucoup \0371. Un certain nombre d'espèces, dont l'origine est bien connue, comme la carotte, Toseille, etc., sont mentionnées seulement dans le résumé au commencement de la dernière partie, avec une indication des faits prin- cipaux qui les concernent. \0372. Quelques espèces sont cultivées tantôt pour leurs racines et tantôt pour leurs feuilles ou leurs graines. Dans (rautres chapitres se trouvent des espèces cultivées pour leurs feuilles (fourrages) ou pour leurs grai- nes, etc. J'ai classé en raison de l'usage le plus habituel. Au surplus, l'index alphabétique renvoie à la place adoptée pour chaque espèce. \0373. Voir l'état jeune de la plante lorsque la partie de la tige au-dessous des cotylédons n'est pas encore renflée. Turpin en a donné une figure dans les Annales des sciences naturelles^ série 1, vol. 21, pi. 5. \037\035\013

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24 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037contribué à éliminer ces formes analogues * , regardait le R. sativus comme originaire d'Orient, peut-être de Chine. Linné supposait aussi une origine chinoise, du moins quant à une variété qu'on cultive en Chine pour extraire Thuile des graines 2. Plusieurs flores du midi de TEurope mentionnent l'espèce comme subspontanée ou échappée des cultures, jamais comme spon- tanée. Ledebour avait vu un échantillon recueilli près du mont Ararat. Il en avait semé les graines et vérifié l'espèce '. Cepen- dant M. Boissier *, en 1867, dans sa flore d'Orient, se borne à dire : « Subspontané dans les cultures de TAnatolie, près de Mersiwan (d'après Wied\ en Palestine (d'après lui-même), en Arménie (d'après Ledebour) et probablement ailleurs », ce qui ressemble aux assertions des flores européennes. M. Buhse * cite une localité, les monts Ssahend, au midi du Caucase, qui parait devoir être assez en dehors des cultures. Les flores récentes de llnde anglaise ® et l'ancienne flore de Cochinchine de Loureiro indiquent l'espèce seulement comme cultivée. M. Maximowicz Ta vue dans un jardin du nord-est de la Chine ^ Thunberg en parle comme d'une plante généralement cultivée au Japon et croissant aussi le long des chemins ® ; mais ce dernier fait n'est pas répété par les auteurs modernes, probablement mieux informés ^. \037Hérodote {Hist.^ 1. 2, c. 125) parle d'un radis, qu'il nomme Surmaia, dont une inscription de la pyramide de Ghéops men- tionnait l'emploi par les ouvriers. Unger *° a copié dans l'ou- vrage de Lepsius deux figures du temple de Karnak, dont la première tout au moins parait représenter le radis. \037D'après cela, en résumé : 1" l'espèce se répand facilement hors des cultures dans la région de l'Asie occidentale et de l'Europe méridionale, ce qui n'est pas mentionné d'une manière certaine dans les flores de l'Asie orientale; 2^ les localités au midi du Caucase, sans indication de culture, font présumer que la plante y est spontanée. Par ces deux motifs, elle semble originaire de l'Asie occidentale, entre la Palestine, l'Anatolie et le Caucase, peut-être aussi de la Grèce ; la culture l'aurait répandue vers l'ouest et l'est, depuis des temps très anciens. \037Les noms vulgaires appuient ces hypothèses. En Europe, ils ofl^rent peu d'intérêt quand ils se rapportent à la qualité de ra- \037\035\0131. Dans A. de Candolle, Géogr, bot. raisonnée, p. 826. \0372. Linné, Spec. plant., p. 935. \0373. Ledebour, FI. ross., I, p. 225. \0374. Boissier, FI orient., I, p. 400. \0375. Buhse, Aufzàhlung Transcaucasien, p. 30. \0376. Hooker, FI. brit. India, I, p. J66. \0377. Maximowicz, Primitix florse Amurensis, p. 47. \0378. Thunberg, FI. jap., p. 263. \0379. Franchet et Savatier, Enum. plant. Jap. I, p. 39. \037JO. Unger, Pflanzen des alten Mgyptens, p. 31, fig. 24 et 29. \037\035\013

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râdis, raifort 2S \037xîine (Radis) ou à quelque comparaison avec la rave [Ravanello «n italien, Rabica en espagnol, etc.), mais les Grecs anciens avaient <5réé le nom spécial de Raphanos (qui lève facilement). Le mot italien Ramoraccio dérive du grec Armoracia^ qui signifiait le R, sativus ou quelque espèce voisine. Les modernes l'ont trans- porté, par erreur, au Cochlearia Armoracia soit Cran^ dont il est ^juestion plus loin. Les Sémites * ont des noms tout autres {Fugla en hébreu, Fuil^ fidgel, figl^ etc., en arabe). Dans l'Inde, d'après Roxburgh *, le nom vulgaire d'une variété à racine énorme, aussi grosse quelquefois que la jambe d'un homme, est Moola ou Moolee prononcez Moula, Mouli)^ en sanscrit Mooluka (prononcez Mou- ^ouka]. Enfin, pour la Gochinchine, la Chine et le Japon, les auteurs citent des noms variés, très différents les uns des autres. D'après cette diversité, la culture serait très ancienne de la Grèce au Japon ; mais on ne peut rien en conclure relativement à la patrie originelle comme plante spontanée. \037A cet égard, il existe une opinion complètement différente qu'il faut aussi examiner. Plusieurs botanistes * soupçonnent que le Raphanm sativus est simplement un état particulier, à grosse racine et à fruit non articulé, du Raphanus Raphanisù^um, plante très commune dans les terrains cultivés de l'Europe et de l'Asie tempérées et qu'on trouve aussi à l'état spontané dans les sables ^t les terrains légers du bord de la mer, par exemple à Saint- Sébastien , en Dalmatie et à Trébizonde *. Les localités ordi- naires dans les champs abandonnés, et beaucoup de noms vul- gaires qui signifient radis sauvage montrent l'affinité des deux plantes. Je n'insisterais pas si leur identité supposée n'était qu'une présomption, mais elle repose sur des expériences et des obser- vations qu'il est important de connaître. \037Dans le R. Raphanlstrum la silique est articulée, c'est-à-dire •étroite de place en place, et les graines sont contenues dans chaque article. Dans le R. sativus, la silique est continue et forme •une seule cavité intérieure. Quelques botanistes avaient constitué sur cette différence des genres distincts, Raphanistrum et Ra- phanus, Mais trois observateurs très exacts, Webb, J. Gay et Spach, ont constaté, parmi des pieds de Raphanus sativus, ve- nant des mêmes graines, des siliques tantôt uniloculaires et tantôt articulées, qui sont alors bi ou pluriloculaires ^. Webb ayant répété plus tard ces expériences est arrivé aux mêmes ré- sultats, avec un détail de plus, assez important : le radis semé de \0371. D'après mon Dictionnaire manuscrit des noms vulgaires, tiré des flores qui existaient il y a trente ans. \0372. Roxburgh, F/., mrf., III, p. 126. \0373. Webb, Phytogr. Canar., p. 83; lier hisp.^ p. 71 ; Bentham^ FL Hongkong, p. 17; Hooker, FÎ. brit. Ind., I, p. 166. \0374. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., III, p. 748; Viviani FI. dalmat,, 411, p. 104; Boissier, H. orient,, I, p. 401. \0375. Webb, Phytographia canariensts, I, p. 83. \037\035\013

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26 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037lui-même au hasard , et non cultivé, donnait des siliques de Raphanistrum *. Une autre différence entre les deux plantes est celle des racines, charnues dans le R, sativus , grêles dans le R. Raphanistrum^ mais cela change selon les cultures, d'après des expériences de M. Carrière, jardinier en chef des pépinières du Muséum d'histoire naturelle de Paris ^. Il a eu l'idée de semer dans un terrain fort et dans un terrain léger du Raphanistrum à racine grêle, et dès la quatrième génération il a récolté des radis charnus, de forme et de couleur variées, comme ceux des jardins. Il en donne même les figures, qui sont véritablement curieuses et probantes. Le goût piquant du radis ne faisait pas défaut. Pour obtenir ces changements, M. Carrière semait au mois de septembre, de manière à rendre la plante presque bi- sannuelle, au lieu d'annuelle. On comprend qu'il en résulte l'épais- sissement de la racine, car beaucoup de plantes bisannuelles ont des racines charnues. \037Il resterait à faire l'expérience inverse, de semer des radis cul- tivés dans un mauvais terrain. Probablement, les racines devien- draient de plus en plus maigres , comme les siliques devien- nent, en pareil cas, de plus en plus articulées. \037D'après l'ensemble des expériences dont nous venons de parler, le Raphanus sativus pourrait bien être une forme du R. Èapha- nistrum^ forme peu stable, déterminée par l'existence de quelques générations dans un terrain fertile. On ne peut pas supposer que les anciens peuples non civilisés aient fait des essais comme ceux de M. Carrière, mais ils ont pu remarquer des Rapkanis- ti*um venus dans des terrains fortement fumés, ayant des racines plus ou moins charnues ; sur quoi l'idée de les cultiver a pu leur venir facilement. \037Je ferai cependant une objection tirée de la géographie bota- nique. Le Raphanus Raphanistrum est une plante d'Europe, qui n'existe pas en Asie ^. de n'est donc pas de cette espèce que les habitants de l'Inde, du Japon et de la Chine ont pu tirer les radis qu'ils cultivent depuis des siècles. D'un autre côté, comment le R, Raphanist7*um, qu'on suppose transformé en Europe, aurait- il été transmis dans ces temps anciens au travers de toute l'Asie ? Les transports de plantes cultivées ont marché communément d'Asie en Europe. Ghang-kien avait bien apporté des légumes de Bactriane en Cnine dans le ii® siècle avant Jésus-Christ, mais on ne cite pas le radis comme étant du nombre. \037Cran, Granson, Raifort sauvage. — Cochlearia Armo^ racia, Linné. \0371. Webb, Iter hispaniense^ 1838, p. 72. \0372. Carrière, Origine des plantes domestiques démontrée par la culture du Radis sauvage. In-8, 24 pages. 1869. \0373. Ledebour, FI. ross. ; Boissier, FI. orient. ; les ouvrages sur la flore de la région du fleuve Amur. \037\035\013

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CRAN, CRANSON, RAIFORT SAUVAGE 27 \037Cette Crucifère, dont la racine d'une consistance assez dure a le goût de moutarde, était appelée quelquefois Cran ou Cranson de Bretagne, C'était une erreur, causée par un ancien nom bota- nique, Armoracia^ qu'on prenait pour Armorica (de Bretagne]. Armoracia est déjà dans Pline et s appliquait à une Crucifère ae la province du Pont qui était peut-être le Raphanus sativtis. Après avoir signalé jadis * cette confusion, je m exprimais de la manière suivante sur l'origine méconnue de l'espèce ; \037« Le Cochlearia Armoracia n'est pas sauvage en Bretagne. C'est constaté par les botanistes zélés qui explorent aujourd'hui la France occidentale. M. l'abbé Delalande en parle dans son opus- cule intitulé Hœdic et Houat *, où il rend compte d'une ma- nière si intéressante des usages et des productions de ce& deux petites îles de la Bretagne. Il cite l'opinion de M. Le Gall, qui, dans une Flore (non publiée) du Morbihan, déclare la plante étrangère à la Bretagne. Cette preuve, du reste, est moins forte que les autres, parce que le côté septentrional de la péninsule bretonne n'est pas encore assez connu des botanistes, et que l'ancienne Armorique s'étendait sur une portion de la Normandie où maintenant on trouve quelquefois le Cochlearia sauvage '. Ceci me conduit à parler de la patrie primitive de l'espèce. \037Les botanistes anglais Tindiquent comme spontanée dans la Grande-Bretagne, mais ils doutent de son origine. M. H.-C. Watson * la regarde comme introduite. La difficulté, dit-il, de l'extirper des endroits où on la cultive est bien connue des jar- diniers. Il n'est donc pas étonnant que cette plante s'empare des terrains abandonnés et y persiste, au point de paraître aborigène. M. Babington ' ne mentionne qu'une seule localité où l'espèce ait véritablement l'apparence d'être sauvage, savoir Swansea, dans le pays de Galles. Tâchons de résoudre le pro-^ blême par d'autres arguments. \037Le Cochlearia Armoracia est une plante de l'Europe tem- \037f)érée, orientale principalement. Elle est répandue de la Fin- ande à Astrakhan et au désert de Cuman *. Grisebach l'in- dique aussi dans plusieurs localités de la Turquie d'Europe, par exemple près d'Enos, où elle est abondante au bord de la mer^. \037Plus on avance vers l'ouest de l'Europe, moins les auteurs de Flores paraissent certains de la qualité indigène, plus les loca- lités sont éparses et suspectes. L'espèce est plus rare en Norwège \0371. A. de CandoUe, Géographie botanique raisonnée, p. 634. \0372. Delalande, Hœdic et Houat, brochure in-8, Nantes, 1850, p. 109. \0373. Hardouin, Renou et Leclerc, Catai. du Calvados, p. 85; de Brebissou,. FI. de Normandie, p. 25. \0374. Watson, Cybete, I, p. 159. \0375. Babington, Manual of Brit, bot., 2« éd., p. 28. \0376. Ledebour, FL ross., I, p. 159. \0377. Grisebach, Spicilegium FI. tnimel., I, p. 265. \037\035\013

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28 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037qu'en Suède *, et dans les îles britanniques plus qu'en Hollande, où l'on ne soupçonne pas une origine étrangère ^. \037Les noms de l'espèce confirment une habitation primitive à l'est plutôt qu'à l'ouest de l'Europe; ainsi le nom Chreriy en russe ^, se retrouve dans toutes les langues slaves : Krenai en lithuanien, Chren en illyrien ^, etc. Il s'est introduit dans quel- ques dialectes allemands, par exemple autour de Vienne , ou bien il a persisté dans ce pays, malgré la superposition de la langue allemande. Nous lui devons aussi le mot français Cran ou Cranson, Le mot usité en Allemagne, Meen^etig^ et en Hol- lande, Meer-radys^ d'où notre dialecte de la Suisse romande a tiré le mot Méndi ou Mérédi^ signifie radis de mer et n'a pas quelque chose de primitif comme le mot Chren, Il résulte pro- bablement de ce que l'espèce réussit près de Ja mer, circon- stance commune avec beaucoup de Crucifères et qui doit se présenter pour celle-ci, car elle est spontané dans la Russie orientale, où il y a beaucoup de terrains salés. Le nom suédois Peppar-rot * peut faire penser que l'espèce est plus récente en Suède que l'introduction du poivre dans le commerce du nord de l'Europe. Toutefois ce nom pourrait avoir succédé à un autre plus ancien demeuré inconnu. Le nom anglais Horse radish (radis de cheval) n'est pas d'une nature originale, qui puisse faire croire à l'existence de l'espèce dans le pays avant la domination anglo-saxonne. Il veut dire radis très fort. Le nom gallois Rhuddygl maurth "^ n'est que la traduction du mot anglais, d'où l'on peut inférer que les Celtes de la Grande- Bretagne n'avaient pas un nom spécial et ne connaissaient pas l'espèce. Dans la France occidentale, le nom de Raifort^ qui est le plus usité, signifie simplement racine forte. On (lisait au- trefois en France Moutarde des Allemands, Moutarde des capu- cins^ ce qui montre une origine étrangère et peu ancienne. Au -contraire, le mot Chren de toutes les langues slaves, mot qui a pénétré dans quelques dialectes allemands et français sous la forme de Kreen et Cran ou Cranson, est bien d'une nature primitive, montrant l'antiquité de l'espèce dans l'Europe orien- tale tempérée. Il est donc infiniment probable que la culture a propagé et naturalisé la plante de l'est à l'ouest, depuis en- aviron un millier d'années. » \037Raves et Navets à racines charnues. — Brassicœ spe- \037des et varietates radïce incrassata, \0371. F ries, Summa^ p. 30. \0372. Miquel, Disquisttio pi, regn. Bat, \0373. Moritzi, Dict. inéd. des noms vulgaires. \0374. Moritzi, ibid,; Visiani, FI. daim., III, p. 322. \0375. Neilreich, FI. Wien, p. 502. \0376. Linné, FI. suecica, n» 540. \0377. H. Davies, Welsh Botanology^ p. 63. \037\035\013

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RAYES ET Navets a racines charnues 39* \037Les innombrables variétés connues sous les noms de Baves, Navets^ Choux-raves, Rutabagas, Tumeps, avec leurs sous- variétes, se rapportent à quatre espèces de Linné : Brassîca Napus , Bi\ oleracea, Br. Râpa et Br. campestris , ces deux dernières devant être plutôt réunies en une, d après les auteurs modernes. D'autres variétés des mêmes espèces sont cultivées pour les feuilles (choux), les inflorescences (choux-fleurs), ou en- core pour l'huile qu'on extrait des graines (colza, navette, etc.). Quand la racine ou le bas de la tige ^ sont charnus, les graines n'abondent pas, et il ne vaut pas la peine d'en tirer de l'huile ; quand ces organes sont minces, c'est au contraire la production de graines qui l'emporte et qui décide de l'emploi économique. En d'autres termes, les réserves de matières nutritives se dé- posent tantôt dans la partie inférieure et tantôt dans la partie supérieure de la plante, quoique l'organisation de la fleur et du fruit reste semblable ou à peu près. \037Nous n'avons pas à nous occuper pour la question d'origine des limites botaniques des espèces et de la classification des races, variétés et sous-variétés % attendu que tous les Brassica sont originaires d'Europe et de Sibérie et s'y voient encore, sous quelque forme, à l'état spontané ou presque spontané. \037Des plantes aussi communes dans les cultures et dont la ger- mination est si facile se répandent fréquemment autour des ter- rains cultivés. De là quelque incertitude sur la spontanéité des pieds que l'on rencontre en rase campagne. Cependant Linné indique le Brassica Napus dans les sables du bord de la mer, en Suède (Gotland), en Hollande et en Angleterre, ce qui est con- firmé pour la Suède méridionale par Fries ^, lequel, toujours attentif aux questions de cette nature, mentionne le Brassica campestris L. (type du Rapa^ avec racines grêles) comme vrai- ment spontané dans toute la péninsule Scandinave, la Finlande et le Danemark. Ledebour * l'indique dans toute la Russie, la Sibérie et sur les rives de la mer Caspienne. \037Les flores de l'Asie tempérée et méridionale mentionnent les raves et navets comme cultivés, jamais comme se répandant hors des cultures ^. C'est déjà un indice d'origine étrangère. Les^ documents linguistiques ne sont pas moins significatifs. \0371. Dans les raves et navets, la partie renflée est, comme dans le radis, le bas de la tige (au-dessous des cotylédons) avec une portion plus ou moins persistante de la racine (Voir Turpin, Ann. se. nat, sér. 1, vol. 21); dans le choux-rave {Brassica oleracea caulo-Rapa), c'est la tiçe. \0372. Cette classification a été le sujet d'un mémoire arÂugustin Pyramus de Candolle, couronné par la Société d'horticulture de Londres, qui se trouve dans les Transactions de cette Société, vol. V, dans les Anncues de Vagrie. franc., vol. 19 et, en abrégé, dans le Systema regni veget., vol. 2, p. '582. \0373. Fries, Summa veget Scand,, I, p. 29. \0374. Ledebour, FI. ross,^ I, p. 216. \0375. Boissier, Flora orientalis; Sir J. Hooker, Flora of british India; Thun- \037\035\013

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30 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \03711 n'existe aucun nom sanscrit pour ces plantes, mais seule- ment des noms modernes indous et bengalis, et encore pour les seuls Brassica Râpa et oleracea *. Kaempfer * cite pour la rave des noms japonais, Busei ou plus communément AonUy mais rien ne prouve que ces noms soient anciens. Le docteur Brets- chneider, qui a étudié attentivement les auteurs chinois, ne men- tionne aucun Brassica, Apparemment il n'en est pas question dans les anciens ouvrages de botanique et d'agriculture . quoique maintenant en Chine on en cultive plusieurs variétés. \037Transportons- nous en Europe. C'est tout Topposé. Les lan- gues anciennes ont une foule de noms qui paraissent originaux. Le Brassica Râpa se nomme dans le celtique du pajrs de Galles Meipen ou Erfinen ' ; dans plusieurs langues slaves *, Repa^ Rippa, ce qui répond au Râpa des Latins et n'est pas éloigné du Neipa des Anglo- Saxons. Le Brassica Napus est en celtique gallois Bresych yr yd; dans le dialecte irlandais, Braisseagk buigh , d'après Threlkeld ^, qui voit dans Braisseagh l'ori- gine du Brassica des Latins. On cite un nom polonais Aar- piele , un nom lithuanien Jellazoji ® , sans parler d'une foule d'autres noms, parfois transposés dans le langage populaire d'une espèce à une autre. Je parlerai plus loin des noms du Brassica oleracea à l'occasion des légumes. \037Les Hébreux n'avaient point de noms pour les choux, raves ou navets ^, mais il existe des noms arabes : Selgam pour le Br. Napus, et Subjum ou Subjumi pour le Br, Rapa^ noms qui se retrouvent en persan et même en bengali, transposés peut- être d'une espèce à l'autre. La culture de ces plantes dans le sud- ouest de l'Asie s'est donc répandue depuis l'antiquité hébraïque. \037En définitive, on parvient par toutes les voies, botanique, his- torique et linguistique, aux conclusions suivantes : \0371** Les Brassica à racines charnues sont originaires de l'Europe tempérée. \0372° Leur culture s'est répandue en Europe avant et dans l'Inde après l'invasion des Aryas. \0373** La forme primitive, à racine grêle, du Brassica Napus, ap- pelée Br, campestris, avait probablement une habitation primi- tive plus étendue, de la péninsule Scandinave vers la Sibérie et le Caucase. Sa culture s'est propagée peut-être en Chine et au Japon par la Sibérie, à une époque qui ne paraît pas beaucoup plus reculée que la civilisation gréco-romaine. \037berg, Flora japonica ; Franchet et Savatier, Enumeratio plant. japonU carum. \0371. Piddington, Index. \0372. Kœmpfer, Amœn., p. 822. \0373. Davies, Welsh botanology^ p. 65. \0374. Moritzi, Dict. ms. tiré des uores publiées. \0375. Threlkeld, Synopsis stirpium hibefmicarum, 1 vol. iii-8, 1727. \0376. Moritzi, Dict, ms. \0377. RosenmûUer, Biblische Naturgeschichte, vol. I, n'en indique aucun. \037\035\013

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CHERVIS 31 \0374° La culture des diverses formes ou espèces de Brassica s'est propagée dans le sud-ouest de TAsie depuis les anciens Hébreux. \037Ghervis. — Sium Sisarum, Linné. \037Cette Ombellifère vivace, pourvue de plusieurs racines diver- gentes en forme de carotte, est considérée comme venant de • l'Asie orientale. Linné indiquait avec doute la Chine, et Lou- reiro * la Chine et la Cochmchine, où, disait-il, on la cultive. D'autres ont mentionné le Japon et la Corée, mais il y a dans ces pays des espèces qu'il est aisé de confondre avec celle-ci, en particuUer le Sium Ninsi et le Panax Ginseng, M. Maximowicz ', qui a vu ces plantes au Japon et en Chine, et pour lequel les herbiers de Saint-Pétersbourg ont été très instructifs, ne recon- naît comme patrie du Sium Sisarum spontané que la Sibérie al- taïque et la Perse septentrionale. Je doute beaucoup qu'on la découvre en Chine ou dans l'Himalaya, attendu que les ouvrages modernes sur la région du fleuve Amour et sur l'Inde anglaise ne la mentionnent pas. \037Il est douteux que les anciens Grecs et Romains aient connu cette plante. On lui attribue le nom Sisaron de Dioscoride, Siser de Columelle et de Pline '. Certainement le nom italien actuel Si- saro, 5wero est à l'appui de cette idée; mais comment les auteurs n'auraient-ils pas noté que plusieurs racines descendent du bas de la tige , tandis que dans toutes les autres Ombellifères culti- vées en Europe il n'y a qu'une racine pivotante? A la rigueur, le Siser de Columelle, plante cultivée, était peut-être le Cher- vis; mais ce que dit Pline du Siser * ne lui convient pas. Selon lui, « c'était une plante officinale » Ciniev medica dicendum). Il raconte que Tibère en faisait venir a 'Allemagne, chaque année, une grande quantité, ce qui prouve, ajoute-t-il, qu'elle aime les pays froids. \037Si les Grecs avaient reçu la plante directement de la Perse, il est probable que Théophraste l'aurait connue. Elle est peut-être venue de Sibérie en Russie et de là en Allemagne. Dans ce cas, l'anecdote sur Tibère s'appliquerait bien au Chervis. Je ne vois pas, il est vrai, de nom russe ; mais les Allemands ont des noms originaux Krizel^ ou Grizel^ Gôrlein ou Gierlein qui indiquent une ancienne culture, plus que/ le nom ordinaire Zuckerwurzel, qui signifie racine sucrée ^. Le nom danois a le même sens : ^okerot, d'où les Anglais ont fait Skirret, Le nom Sisaron n'est pas connu dans la Grèce moderne; il ne l'était même pas au \0371. Linné, Species^ p. 361 ; Loureiro, FL cochinch.., p. 225. \0372. Maximowicz, uiagnoses plantarum Japoniae et Mandshurise, dans Mélanges biologiques du Bulletin à^VAcad. St-Fétersbourg^ décad. 13, p. 18. \0373. Dioscorides, Mat. med., 1. 2, c. 139 ; Golumella, 1. 11, c. 3, 18, 35 ; Lenz, Bot. der Alten, p. 560. \0374. Pline, Hist. plant., 1. 19, c. 5. \0375. Nemnich, Polygl. Lexicon, II, p. 1313. \037\035\013

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32 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037moyen âge, et la plante n'est pas cultivée actuellement dans ce pays *. Ce sont des motifs pour douter du vrai sens des mots Sisaron et Siser, Quelques botanistes du xvi« siècle ont pensé que Sisaron était peut-être le Panais, et Sprengel * appuie cette idée. \037Les noms français Chervis et Girole ^ apprendraient peut-être quelque chose si Ton en connaissait l'origine . Littré fait dériver Chervis de l'espagnol Chirivia^ mais il est plus probable que celui-ci dérive du français. Jean Bauhin ^ indique, dans la basse latinité, Servillum , Chervillum ou Servillam , mots qui ne sont pas dans le Dictionnaire de Ducange. Ce serait bien 1 origine de Che7*vis^ mais d'où venait Servillum soit Chervillum? \037Arracacha ou Arracacia. — Arracacha esculenta^ de Can- dolle. \037Ombellifère généralement cultivée dans le Venezuela, la Nou- velle-Grenade et l'Equateur comme plante nutritive. Dans les régions tempérées de ces pays, elle soutient la comparaison avec la pomme de terre et donne même, assure-t-on, une fécule plus légère et plus agréable. La partie inférieure de la tige est renflée en une bulbe sur laquelle se forment, quand la plante végète bien et pendant plusieurs mois, des tubercules ou caïeux latéraux plus estimés que la bulbe centrale et qui servent aux planta- tions ultérieures ^. \037L'espèce est probablement indigène dans la région où on la cultive, mais je ne vois pas chez les auteurs des assertions posi- tives à cet égard. Les descriptions qui existent ont été faites sur des pieds cultivés. Grisebach dit bien qu'il a vu (je présume dans l'herbier de Kew) des échantillons recueillis à la Nouvelle-Gre- nade, au Pérou et à la Trinité ^; mais il ne s'explique pas sur la spontanéité. Les autres espèces du genre, au nombre d'une douzaine, croissent dans les mêmes parties de l'Amérique, ce qui rend l'origine indiquée plus vraisemblable. \037L'introduction de l'Arracacha en Europe a été tentée plusieurs fois, sans avoir jamais réussi. Le climat numide de l'Angleterre devait faire échouer les essais de sir W. Hooker; mais les nôtres, faits à deux reprises, dans des conditions très différentes, n'ont pas eu plus de succès. Les caïeux latéraux ne se sont pas formés, et la bulbe centrale a péri dans la serre où nous l'avions dépo- \0371. Lenz, /. c. Heldreich, Nuizpflanzen Griechenlands ; Langkavel, fio- tanik der spàteren Griechen. \0372. Sprengel, Dioscoridis, etc., II, p. 462. \0373. Olivier de Serres, Théâtre de l'agriculture ^ p. 471. \0374. Bauhin, Hist. plant., III, p. 154. \0375. Les meilleures informations sur la culture ont été données par Ban- croft à sir William Hooker et se trouvent dans le Botanical Magazine, pi. 3092. A.-P. de CandoUe a publié, dans la 5<^ Notice sur les plantes rares du Jardin bot. de Genève, une figure qui montre la bulbe pnncipale. \0376. Grisebach, Flora of british W. India islands. \037\035\013

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GARANCE 33 \037sée pendant l'hiver. Les bulbes que nous avions communiquées à divers jardins botaniques, en Italie, en France et ailleurs, ont eu le même sort. Evidemment, si la plante, en Amérique, vaut réellement la pomme de terre comme produit et comme goût, ce ne sera jamais le cas en Europe. Sa culture ne s'est pas ré- pandue au loin en Amérique, jusqu'au Chili et au Mexique, comme celle de la pomme de terre ou de la Batate, ce qui con- firme les difficultés de propagation observées ailleurs. \037• \037Garance. — Rubia tmctorum, Linné. \037La garance est certainement spontanée en Italie, en Grèce, en Crimée, dans FAsie Mineure, en Syrie, en Perse, en Arménie et près de Lenkoran *. En avançant de l'est à l'ouest dans le midi de l'Europe, la qualité de plante spontanée, originaire, est de plus en plus douteuse. Déjà en France on hésite. Dans le nord et Test, la plante paraît c naturalisée dans les haies, sur les murailles ', » ou « subspontanée » à la suite d'anciennes cultures ^. En Provence, en Languedoc, elle est plus spontanée ou, comme on dit « sauvage », mais il se peut bien qu'elle se soit répandue à la suite des cultures, faites assez en grand. Dans la péninsule espagnole, elle est indiquée comme « subspon- tanée * ». De même dans l'Afrique septentrionale *. Eviaem- ment l'habitation naturelle, ancienne et incontestable est l'Asie tempérée occidentale et le sud-est de l'Europe. Il ne parait pas qu'on ait trouvé la plante au delà de la mer Caspienne, dans le pays occupé jadis par les Indo-Européens, mais cette région est encore peu connue. L'espèce n'existe dans l'Inde qu'à l'état de plante cultivée, sans aucun nom sanscrit *. \037On ne connaît pas davantage un nom hébreu, tandis que les Grecs, les Romains, les Slaves, les Germains, les Celtes avaient des noms variés qu'un érudit ramènerait peut-être à une ou deux racines, mais qui indiquent cependant par leurs flexions multiples une date ancienne. Probablement on a recueilli les racines sauvages, dans la campagne, avant d'avoir l'idée de cultiver l'espèce. Pline dit bien qu'on la cultivait en Italie de son temps "', et il est possible qu'en Grèce et dans l'Asie Mineure cet usage fût plus ancien. \037La culture de la garance est souvent mentionnée dans les actes français du moyen âge ®. Ensuite on l'avait négligée ou \0371. Bertoloni, Flora italica, II, p. 146; Decaisne, Recherches sur la Garance, p. 58; Boissier, Flora orientalisj III, p. 17 ; Ledebour, Flora rossica, II, p. 405. \0372. Ck)9Son et Germain, Flore des environs de Paris, II, p. 365. \0373. Kirschleger, Flore ifÀlsace, I, p. 359. \0374. Willkomm et Lange, Prodromus flora hispanica^ II, p. 307. \0375. Bail, Spicilegium Florse maroccanœ, p. 483 ; Munby, Catal. plant, Alaer., éd. 2, p. 17. \0376. Piddington, Index. \0377. Plinius, lib. 19, cap. 3. \037S. De Gasparin, Traité d'agriculture, IV, p. 253. \037De Cândolle. 3 \037\035\013

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34 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037abandonnée, jusqu'à l'époque où Althen l'introduisit de nouveau dans le comté d Avignon, au milieu du xviiie siècle. Elle était jadis florissante en Alsace, en Allemagne, en Hollande et sur- tout dans la Grèce, l'Asie Mineure et la Syrie, d'où l'exportation était considérable, mais la découverte de matières tinctoriales tirées de substances inorganiques a supprimé cette culture, au détriment des provinces qui en obtenaient de grands bénéfices. \037Topinambour. — Helianthus tuberosus, Linné. \037C'est dans l'année 1616 que les botanistes européens ont parlé pour la première fois de cette Composée à grosse racine, meilleure pour la nourriture des animaux que pour celle de l'homme. Golumna * l'avait vue dans le jardin du cardinal Farnèse et l'avait nommée Aster peruanus tuberosus. D'autres auteurs du même siècle ont donné des épithètes qui montrent qu'on la \037\035\013\013cependant \037cune preuve. J'ai fait remarquer autrefois * qu'il n'y a pas d'espèces du genre Helianthus au Brésil, et qu'elles sont au contraire nombreuses dans l'Amérique du Nord. \037Schlechtendal *, après avoir constaté que le Topinambour sup- porte des hivers rigoureux dans le centre de l'Europe, fait ob- server que c'est favorable à l'idée d'une origine canadieane et contraire à celle d'une provenance de quelque région méridio- nale. Decaisne ^a pu élaguer dans la synonymie deVH, tuberosus plusieurs citations qui avaient fait croire à une origine de l'Ame- rique méridionale ou du Mexique. Gomme les botanistes améri- cains, il rappelle ce que d'anciens voyageurs avaient dit sur cer- taines coutumes des indigènes du nord des Etats-Unis et du Canada. Ainsi Champlain, en 1603, avait vu « entre leurs mains des racines qu'ils cultivent, lesquelles ont le goût d'artichaut. » Lescarbot® parle de ces racines, ayant goût de cardon, qui mul- tiplient beaucoup, et qu'il avait rapportées en France, où l'on commençait à les vendre sous le nom de Toplnambaux, Le& sauvages^ dit-il, les appellent Chiquebi, Decaisne cite encore deux horticulteurs français du xvip siècle. Colin et Sagard, qui parlent évidemment du Topinambour et disent qu'il venait du Canada. Notons qu'à cette époque le nom de Canada avait un> sens vague et comprenait quelques parties des Etats-Unis actuels. \0371. Columna, Ecphraûs^ II, p. !1. \0372. Linné, Hortus cliffortiantis, p. 420. \0373. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 824. \0374. Schlechtendal, Bot, Zeit., 1858, p. il3. \0375. Decaisne, Recherches sur l'origine de quelques-unes de nos plantes ali- mentaires, dans la Flore des serres et Jardins, vol. 23, 1881. \0376. Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France, éd. 3, 1618, l. VI, p. 931. \037\035\013

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SALSIFIS. SCORSONÈRE 35 \037Gookin, auteur américain sur les coutumes des indigènes, dit que ceux-ci mettaient des morceaux de Topinambour (Jérusalem artichoke) dans leurs potages *. \037Les analogies botaniques et les témoignages de contemporains s'accordent, comme on voit, dans le sens de l'origine du nord- est de l'Amérique. Le D^ Asa Gray, voyant qu'on ne trouvait pas la plante sauvage, l'avait supposée une forme de VH, doro- nicoides de Lamarck, mais on dit maintenant qu'elle est spon- tanée dans l'état d'Indiana*. \037Le nom Topinambour paraît venir de quelque nom réel ou supposé des langues américaines. Celui des Anglais, Jérusalem artichoke^ est une corruption de l'italien Girasole (Tournesol), combinée avec une allusion au goût d'artichaut de la racine. \037Salsifis. — Tragopogon porrifolium^ Linné. \037Le salsifis ou, comme on écrivait jadis, Sercifi ', était plus cultivé il y a un siècle ou deux qu'à présent. C'est une Com- posée bisannuelle, qu'on trouve à l'état sauvage en Grèce, en Dalmatie, en Italie et même en Algérie *. Elle s'échappe assez souvent des jardins dans l'ouest de l'Europe et se naturalise à moitié ^ • \037Les commentateurs ® attribuent le nom Tragopogon (barbe de bouc) de Tbéophraste tantôt à l'espèce actuelle et tantôt au Tragopogon crocifolium, qui croît également en Grèce. Il est difficile de savoir si les anciens cultivaient le Salsifis ou le re- cueillaient dans la campagne. Dans le xvi* siècle, Olivier de Serres dit que c'était une culture nouvelle pour son pays, le midi de la France. Notre mot Salsifis vient de l'italien Sassefricay qui frotte les pierres, sens qui n'a rien de raisonnable. \037Scorsonère d'Espagne. — Scorzonera hispanica^ Linné. \037On donne quelquefois à cette plante le nom de Salsifis ou Salsifis d'Espagne, parce qu'elle ressemble au salsifis {Trago- pogon porrifolium) ; mais sa racine est brune extérieurement : d'où viennent le nom botanique et celui ^\corce noire, usité dans quelques provinces. \037Elle est spontanée en Europe, depuis l'Espagne, où elle est commune, le midi de la France et l'Allemagne, jusqu'à la ré- gion du Caucase et peut-être jusqu'en Sibérie, mais elle manque \037\035\0131. Pickering, Chronol. arrang., p. 749, 972. \0372. Catalogue of Indiana plants, 1881, p. 15. \0373. Olivier de Serres, Théâtre de Vagriculture, p. 470. \0374. Boissier, Flora orient,, III, p. 745; Visiani, FI, dalmat., II, p. 108; Berto- loni, FI. ital., VIII, p. 348 ; Gussone, Synopsis fl. siculâP, II, p. 384; Muixby, Catal. Alger., éd. 2, p. 22. \0375. A. de CandoUe, Géogr. bot. vaisonnée, p. 671. \0376. Fraas, Synopsis fl, class., p. 196; Lenz, Botanik dei' Âlten, p. 485. \037\035\013i \037\035\013

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36 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037à la Sicile et la Grèce *. Dans plusieurs localités d'Allemagne, Tespèce est probablement naturalisée à la suite des cultures. \037Il ne parait pas qu'on cultive cette plante depuis plus de cent ou cent cinquante ans. Les botanistes du xvi® siècle n'en par- lent que comme d'une espèce sauvage, introduite quelquefois dans les jardins botaniques. Olivier de Serres ne la mentionne pas. \037On avait prétendu jadis que c'était un antidote contre la morsure des vipères, et on appelait quelquefois la plante vipé- rine. Quant à 1 étymologie du nom Scorzonère, elle est si évi- dente qu'on ne comprend pas pourquoi d'anciens auteurs, même Tournefort ^j ont avancé que l'ongine est escorso, vipère, en espagnol ou en catalan. Vipère se dit plutôt, en espagnol, vibora . \037Il existe en Sicile un Scorzonera deliclosa, Crussone, dont la racine extrêmement sucrée sert à confectionner des bonbons et des sorbets à Païenne ^. Gomment n'a-t-on pas essayé de la cul- tiver ? Je conviens qu'on m'a servi, à Naples, des glaces à la Scorzonera, que j'ai trouvées détestables, mais elles étaient faites peut-être avec l'espèce ordinaire (Scorzonera hispanica). \037Pomme de terre. — Solanum tuberosum, Linné. \037J'ai exposé, en 1855, et discuté ce qu'on savait alors sur l'ori- gine de la Pomme de terre et sur son introduction en Europe *. J'ajouterai maintenant ce qu'on a découvert depuis un quart de siècle. On verra que les données acquises autrefois sont deve- nues plus certaines et que plusieurs questiçns accessoires un peu douteuses sont restées telles, avec des probabilités cependant plus fortes en faveur de ce qui me paraissait jadis vraisemblable. \03711 est bien prouvé qu'à 1 époque de la découverte de l'Amé- rique la culture de la Pomme de terre était pratiquée, avec toutes les apparences d'un ancien usage, dans les régions tem- pérées qui s'étendent du Ghili à la Nouvelle-Grenade, à des hau- teurs dmérentes selon les degrés de latitude. Gela résulte du témoignage de tous les premiers voyageurs, parmi lesquels je rappellerai Acosta ^ pour le Pérou, et Pierre Gieca, cité par de L'Ecluse ®, pour Quito. \037Dans les parties tempérées orientales de l'Amérique méridio- nale, par exemple sur les hauteurs de la Guyane et du Brésil, la Pomme de terre n'était pas connue des indigènes, ou, s'ils \0371. Willkomm et Lange, Prodromus florx hispanicx, II, p. 223 ; de Can- dolle, Flore française^ iV, p. 59 ; Koch, Synopsis fi, germ,, éd. 2 p , 488 ; Ledebour, Flora rossica, II, p. 794; Boissier, FI, orient,^ III, p. 767; Bertoloni, Flora italica, VIII, p. 365. \0372. Tournefort, Eléments de botanique, p. 379. \0373. GussoNB, Synopsis florm siculse. \0374. A. de Candolle, Géogr, bot, raisonnée, p. 810 à 816. \0375. Acosta, p. 163, verso. \0376. De L'Ecluse (soit Clusius), Rariarum plantarum historia, i60i, pars 2, p. 79, avec figure. \037\035\013

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POMME DE TERRE 37 \037connaissaient une plante analogue, c'était le Solarium Com^ mersonii, qui a aussi des tubercules et se trouve sauvage à Mon- tevideo et dans le Brésil méridional. La vraie Pomme de terre est bien cultivée aujourd'hui dans ce dernier pays, mais elle y est si peu ancienne qu'on lui a donné le nom de Batate des Anglais ^ D'après de Humboldt, elle était inconnue au Mexique ', circonstance confirmée par le silence des auteurs subsécraents, mais contredite, jusqu'à un certain point, par une autre donnée historique. \037On dit, en eiffet, que Walter Raleigh, ou plutôt son compa- gnon dans plusieurs voyages, Thomas Herriott, avait rapporté, en 1585 ou 1586, des tubercules de Pomme de terre de la Vir- ginie 3 en Irlande. Le nom du pays était Openawk (prononcez Openauk), D'après la description de la plante par Herriott, citée par sir Joseph Banks ^, il n'y a pas de doute que c'était la pomme de terre et non la Batate, qu on confondait quelquefois avec elle à cette époque. D'ailleurs Gérard ^ nous dit avoir reçu de Virginie la Pomme de terre, qu'il cultivait dans son jardin en 1597 et dont il donne une figure parfaitement conforme au Solarium tuberosum. Il en était si fier que son portrait, à la tête de l'ouvrage, le représente ayant en main un rameau fleuri de cette plante. \037Gomment l'espèce était-elle en Virginie ou dans la Garoline au temps de Raleigh, en 1585, tandis que les anciens Mexicains ne la possédaient pas et que la culture ne s'en était point répandue chez les indigènes au nord du Mexique? Le D' Boulin, qui a beaucoup étudié les ouvrages concernant l'Amérique septen- trionale, m'affirmait jadis qu'il n'avait trouvé aucune indica- tion de la Pomme de terre aux Etats-Unis avant l'arrivée des Européens. Le D"" Asa Gray me le disait aussi, en ajoutant que M. Harris, un des hommes les plus versés dans la connaissance de la langue et des usages des tribus du nord de l'Amérique, avait la même opinion. Je n'ai rien lu de contraire dans les pu- blications récentes, et il ne faut pas oublier qu'une plante aussi facile à cultiver se serait répandue, même chez des peuples nomades, s'ils l'avaient possédée. La probabilité me paraît être que des habitants de la Virginie — peut-être des colons anglais — auraient reçu des tubercules par les voyageurs espagnols ou autres, qui trafiauaient ou cherchaient des aventures pendant les quatre-vingt-aix ans écoulés depuis la découverte de l'Amé- rique. Evidemment, à dater de la conquête du Pérou et du Chili, en 1535, jusqu'en 1585, beaucoup de vaisseaux ont pu emporter \0371. De Martius, Flora brasiLf vol. 10, p. 12. \0372. De Humboldt, Nouvelle-Espagne, éd. 2, vol. 2, p. 451 ; Essai sur la géographie des plantes, p. 29. \0373. Â cette époque, on ne distinguait pas la Virginie de la Garoline. \0374. Banks. Transactions of the horticult. Society, 1805, vol. 1, p. 8. \0375. Gérard, Herbal, 1597, p. 781, avec figure. \037\035\013

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38 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037des tubercules de Pommes de terre comme provision, et W. Ra- leigh, faisant une guerre de flibustier aux Espagnols, lui ou un autre peut avoir pillé quelque vaisseau qui en contenait. Ceci est d'autant moins invraisemblable que les Espagnols avaient introduit la plante en Europe avant 1585. \037Sir Joseph Banks * et Dunal * ont eu raison d'insister sur ce fait de l'introduction première par les Espagnols, attendu que pendant longtemps on a parlé surtout de Walter Raleigh, qui a été le second introducteur, et même d'autres Anglais, qui avaient apporté, non la Pomme de terre, mais la Batate, plus ou moins confondue avec elle ^. Un botaniste célèbre, de L'Ecluse *, avait pourtant précisé les faits d'une manière remarquable. C'est lui qui a publié la première bonne description et bonne figure de la Pomme de terre, sous le nom significatif de Papas Perua- norum. D'après ce qu'il dit, l'espèce a bien peu changé par l'effet d'une culture de près de trois siècles, car elle donnait à l'origine jusqu'à 50 tubercules de grosseur inégale, ayant de un à deux pouces de longueur, irrégulièrement ovoïdes, rougeâtres, qui mûrissaient en novembre (à Vienne) . La fleur était plus ou moins rose à l'extérieur et rosée à l'intérieur, avec cinq raies longitudinales de couleur verte, ce qu'on voit souvent aujour- d'hui. On a obtenu sans doute de nombreuses variétés, mais l'état ancien n'est pas perdu. De L'Ecluse compare le parfum des fleurs à celui du tilleul, seule différence d'avec nos plantes actuelles. Il sema des graines qui donnèrent une variété à fleurs blanches, comme nous en voyons quelquefois. \037Les plantes décrites par de L'Ecluse lui avaient été envoyées en 1588 par Philippe de Sivry, seigneur de Waldheim, gouver- neur de Mons, qui les tenait de quelqu'un de la suite du légat du pape en Belgique. De L'Ecluse ajoute que l'espèce avait été reçue en Italie d'Espagne ou d'Amérique (certum est vel ex His- paniis, vel ex America habuisse), et il s'étonne qu'étant de- venue commune en Italie, au point qu'on la mangeait comme des raves et qu'on en donnait aux porcs, les savants de l'école de Padoue en avaient eu connaissance par les tubercules qu'il leur envoya d'Allemagne. Targioni ^ n'a pas pu constater que la Pomme de terre eût été cultivée aussi fréquemment en Italie à la fin du xvi« siècle que le dit de L'Ecluse, mais il cite le Père Magazzini, de Valombrosa, dont l'ouvrage posthume, publié \0371. Banks, /. c. \0372. Dunal, Histoire naturelle des Solanurrij in-4. \0373. La plante apportée par sir Francis Drake et sir John Hawkins était clairement la Batate, dit sir J. Banks j d'où il résulte que les questions discutées par de Humboldt sur les localités visitées par ces voyageurs ne s'appliquent pas à la Pomme de terre. \0374. De L'Ecluse, /. c. \0375. Targioni-Tozzetti, Lezzioniy II, p. 10 ; Cenni storici sulla introduzione di varie fiante nell* agricoltura di Toscana, i vol. in-8, Florence, i853, p. 37. \037\035\013

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POMME DE TERRE 39 \037en 1623, mentionne l'espèce comme apportée précédemment, sans indication de date, d'Espagne ou de Portugal, par des carmes déchaussés. Ce serait donc vers la fin du xvi« siècle ou au commencement du xvii» que la culture se serait répandue en Toscane. Indépendamment de ce que disent de L'Ecluse et l'agro- nome de Valombrosa sur l'introduction par la péninsule espa- gnole, il n'est nullement probable que les Italiens aient eu des rapports avec les compagnons de Raleigh. \037Personne ne peut douter que la Pomme de terre ne soit origi- naire d'Amérique ; mais, pour connaître de quelle partie précisé- ment de ce vaste continent, il est nécessaire de savoir si la plante s'y trouve à l'état spontané et dans quelles localités. \037Pour répondre nettement à cette question, il faut d'abord écarter deux causes d'erreurs : l'une qu'on a confondue avec la Pomme de terre des espèces voisines du genre Solanum ; l'autre que les voyageurs ont pu se tromper sur la qualité de plante spontanée. \037Les espèces voisines sont le Solanum Commersonit de Dunal, dont j'ai déjà parlé; le S, Maglia de Molina, espèce' du Chili; le S, immite de Dunal, qui est du Pérou; et le S, verrucosum de Schlechtendal, qui croît au Mexique. Ces trois sortes de Solanum •ont des tubercules plus petits que le S, tuberosum et diffèrent aussi par d'autres caractères indiqués dans les ouvrages spéciaux de botanique. Théoriquement, on peut croire que toutes ces formes et d'autres encore croissant en Amérique, dérivent d'un seul état antérieur; mais, à notre époque géologique, elles se présentent avec des diversités qui me paraissent justifier des distinctions spécifiques, et il n'a pas été fait d'expériences pour prouver qu'en fécondant l'une par l'autre on obtiendrait des produits dont les graines (et non les tubercules) continueraient la race *. Laissons de côté ces questions plus ou moins douteuses sur les espèces. Cherchons si la forme ordinaire du Solanum tuberosum a été trouvée sauvage, et notons seulement que l'abondance des Solanum à tubercules croissant en Amérique dans les régions tempérées, du Chili ou de Buenos-Ayres jusqu au Mexique, confirme le fait de l'origine américaine. On ne saurait rien ae plus que ce serait une forte présomption sur la patrie primitive. \037La seconde cause d'erreur est expliquée très nettement par le (botaniste Weddell *, qui a parcouru avec tant de zèle la Bolivie et les contrées voisines. « Quand on réfléchit, dit-il, que dans l'aride cordillière les Indiens établissent souvent leurs petites \0371. Le Solanum verrucosum^ dont j'ai raconté, en 1855, l'introduction dans le pays de Gex, près de Genève, a été abandonné, parce que ses tuber- cules sont trop petits et qu'il ne résistait pas à l'oïdium, comme on s'en -était flatté. \037.2. Chloris Andina, in-4, p. 103. \037\035\013

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PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037cultures sur des points qui paraîtraient presque inaccessibles à la grande majorité de nos fermiers d'Europe, on comprend qu'un voyageur visitant par hasard une de ces cultures depuis longtemps- abandonnées, et y rencontrant un pied de Solanum tuberosum qui y a accidentellement persisté, le recueille, dans la persuasion qu'il y est réellement spontané; mais où en est la preuve? » \037Voyons maintenant les faits. Ils sont nombreux pour ce qui concerne la spontanéité au Chili. \037En 1822, Alexandre Galdcleugh ^ consul anglais, remet à la Société d'horticulture de Londres des tubercules de Pommes de terre qu'il avait recueillis « dans des ravins autour de Valpa- raiso ». Il dit que ces tubercules sont petits, tantôt rouges et tantôt jaunâtres, d'un goût un peu amer *. « Je crois, ajoute-t-il^ que cette plante existe sur une grande étendue du littoral, car elle se trouve dans le Chili méridional, où les indigènes l'apellenl Maglia. » 11 y a probablement ici une confusion avec le S. maglia des botanistes; mais les tubercules de Yalparaiso, plantés à Londres, ont donné la vraie Pomme de terre, ce qui saute aux yeux en voyant la planche coloriée de Sabine dans les Transactions^ de la Société d'horticulture. On continua quelque temps à cul- tiver cette plante, et Lindley certifia de nouveau, en 1847, son identité avec la Pomme de terre commune '. Voici ce qu'un voyageur expliquait à sir William Hooker * sur la plante de VaJparaiso : « J ai noté la Pomme de terre sur le littoral jus- qu'à 15 lieues au nord de cette ville, et au midi, mais sans savoir jusqu'à quelle distance. Elle habite sur les falaises et les- collines près de la mer, et je n'ai pas souvenir de l'avoir vue à plus de deux ou trois lieues de la côte. Bien qu'on la trouve dans les endroits montueux, loin des cultures, elle n'existe pas dans le voisinage immédiat des champs et des jardins où on la plante, excepté lorsqu'un ruisseau traverse ces terrains et porte des tubercules dans les endroits non cultivés. » Les Pommes de terre décrites par ces deux voyageurs avaient des fleurs blan- ches, comme cela se voit dans quelcjues variétés cultivées e» Europe, et comme la plante semée jadis par de L'Ecluse. On peut présumer que c'est la couleur primitive pour l'espèce ou,, au moins, une des plus fréquentes à l'état spontané. \037Darwin, dans son voyage à bord du Beagle, trouva la Pomme de terre sauvage dans l'archipel Chonos, du Chili méri- dional, sur les sables du bord de la mer, en grande abondance,. \037i. Sabine, Transactions of the horticultural Society, vol. 5, p. 249. \0372. n ne faut pas attacher de Timportance à cette saveur, ni à la qua\ité> aqueuse de certains tubercules, attendu que dans les pays chauds, même dans le midi de TEurope, la Pomme de terre est souvent médiocre. Une exposition à la lumière verdit les tubercules, qui sont des rameaux souter^ rams de la tige, et les rend amers. \0373. Journal of the hortic, Society, vol. 3, p. 66. \0374. Hooker, Botanical miscelLy 1831, vol. 2, p. 203. \037\035\013

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POMME DE TERRE , 41 \037et végétant avec une vigueur singulière, qu'on peut attribuer à rhumidité du climat. Les plus grands individus avaient quatre pieds de hauteur. Les tubercules étaient petits, quoique l'un d'eux eût deux pouces de diamètre. Ils étaient aqueux, insipides, mais sans mauvais goût après la cuisson. <( La plante est mdu- bitablement spontanée », dit l'auteur \ et l'identité spécifique a été confirmée par Henslow d'abord et ensuite par sir Joseph Hooker, dans son Flora antarctica '. \037Un échantillon de notre herbier recueilli par Claude Gay, attribué au Solanum tubérosum par Dunal, porte sur l'étiquette : « Au centre des cordillières de Talcagoué et de Gauquenès, dans les endroits que visitent seulement les botanistes et les géologues. » Le même auteur, Gl. Gay, dans son Flora chilena ', insiste sur la fréquence de la Pomme de terre sauvage au Ghili, jusc^ue chez les Araucaniens, dans les montagnes de Malvarco, où, dit-il, les soldats de Pincheira allaient les chercher pour se nourrir. Ges témoignages constatent assez l'indigénat au Ghili pour que j'en omette d'autres moins probants, par exemple ceux de Molina et de Meyen, dont les échantillons du Ghili n'ont pas été examinés. \037Le climat des côtes du Ghili se prolonge sur les hauteurs en suivant la chaîne des Andes, et la culture de la Pomme de terre est ancienne dans les régions tempérées du Pérou, mais la qualité spontanée de l'espèce y est beaucoup moins démontrée qu'au GhiJi. Pavon * prétendait l'avoir trouvée sur la côte, à Ghancay et {H*ès de Lima. Ges localités paraissent bien chaudes pour une espèce qui demande un climat tempéré ou même un peu froid. D'ailleurs l'échantillon de l'herbier de M. Boissier recueilli par Pavon, appartient, d'après Dunal, à une autre espèce qu'il a nommée ^ Solanum immite. J'ai vu l'échantillon authentique et n'ai aucun doute que ce ne soit une espèce distincte du S. tube- rosum. Sir W. Hooker ® cite un échantillon, de Mac Lean, des col- lines autour de Lima, sans aucune information sur la sponta- néité. Les échantillons (plus ou moins sauvages?) que Matthews a envoyés du Pérou à sir W. Hooker appartiennent, d'après sir Joseph ', à des variétés un peu diifférentes de la vraie Pomme de terre. M. Hemsley *, qui les a vus récemment dans l'herbier de Kew, les juge « des formes distinctes^ pas plus cependant que certaines variétés de l'espèce. » \037Weddell, dont nous connaissons la prudence dans cette ques- tion, s'exprime ainsi * : a Je n'ai jamais rencontré au Pérou le \0371. Jowmal of the voyage, etc., éd. 1852, p. 285. \0372. Vol. 1, part. 2, p. 329. \0373. Vol. 5, p. 74. \0374. Ruiz et Pavon, Flora peruviana, II, p. 38. \0375. Dunal, Prodromtis, 13, sect. 1, p. 32. \0376. Hooker, Bot, miscell,. Il, \0377. Hooker, Flora antarctica, l. c. \0378. Journal of the royal hortic, Society, new séries, vo'. 5. \0379. Weddell, Chloris Andina, 1. c. \037\035\013

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42 PUNIES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037Solarium tuberosum dans des circonstances telles qu'il ne me restât aucun doute qu'il fût indigène ; je déclare même que je ne crois pas davantage à la spontanéité d'autres individus rencon- trés de loin en loin sur les Andes extra-chiliennes et regardés jusqu'ici comme en étant indigènes. » \037D'un autre côté, M. Ed. André * a recueilli, avec beaucoup de soin, dans deux localités élevées et sauvages de la Colombie et dans une autre près de Lima, sur la montagne des Amancaes, des échantillons qu'il pensait pouvoir SLiiribuer au S, tuberosum. M. André a eu l'obligeance de me les prêter. Je les ai comparés attentivement avec les types des espèces de Dunal dans mon herbier et dans celui de M. Boissier. Aucun de ces Solanum, à mon avis, n'appartient au S, tuberosum^ quoique celui de La Union, près du fleuve Gauca, s'en rapproche plus que les autres. Aucun, et ceci est encore plus certain, ne répond au iS*. immite, de Dunal. Ils sont plus près du S. Colombianum^ du même auteur, que du tuberosum ou de Yimmite. L'échantillon du mont Quindio présente un caractère bien singulier. Il a des baies ovoïdes et pointues *. \037Au Mexique, les Solanum tubéreux attribués au S. tuberosum^ ou, selon M. Hemsley ^, à des formes voisines, ne paraissent pas pouvoir être considérés comme identiques avec la plante culti- vée. Ils se rapportent au S. Fendleri^ que M. Asa Gray ai con- sidéré d'abord comme espèce propre et ensuite * comme une forme du S. tuberosum ou du S, verrucosum. \037Nous pouvons conclure de la manière suivante : \0371° La pomme de terre est spontanée au Chili, sous une forme qui se voit encore dans nos plantes cultivées. \0372° Il est très douteux que l'habitation naturelle s'étende jus- qu'au Pérou et à la Nouvelle-Grenade. \0373® La culture était répandue, avant la découverte de l'Amé- rique, du Chili à Nouvelle-Grenade. \0374° Elle s'était introduite, probablement dans la seconde moitié du xvie siècle, dans la partie des Etats-Unis appelée aujourd'hui Virginie et Caroline du Nord. \0375^ Elle a été importée en Europe, de 1380 à 1585, d'abord par les Espagnols, et ensuite par les Anglais, lors des voyages de Raleigh en Virginie ^, \037Batate ou Patate, Siveet Potatoe (en anglais) — Convoi- volus Batatas, Linné. Batatas edulis, Choisy. \0371. André, dans Illustration horticole, IS"??, p. H4. \0372. La forme des baies n'est pas encore connue dans les S. Colotnbianum et immite. \0373. Hemsley» 1. c. \0374. Asa Gray, Synoptical flora of N. Am., II, p. 227. \0375. Sur rintroduction successive dans différentes parties de TEurope, voir : Clos, Quelques documents sur Vhistoire de la pomme de terre, m-8, 1874, dans Journal d'ag^Hc. pratiq. du midi de la France. \037\035\013

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bàtâTE 43 \037Les racines de cette plante, renflées en tubercules, ressemblent aux Pommes de terre, d'où il est résulté que les navigateurs du XVI® siècle ont appliqué le même nom à ces deux espèces très différentes. La Batate est de la famille des Convolvulacées, la Pomme de terre de celle de Solanées ; les parties charnues de la première sont des racines, celles de la seconde des rameaux souterrains *. \037La Batate est sucrée, en même temps que farineuse. On la cul- tive dans tous les pays intertropicaux ou voisins des tropiques, plus peut-être dans le nouveau monde que dans Tancien '. \037Son origine est douteuse d'après un grand nombre d'auteurs. De Humboldt ', Meyen *, Boissier ^, indiquent une origine amé- ricaine; Bojer ^, Ghoisy ', etc., une origine asiatique. La même diversité se remarque dans les ouvrages antérieurs. La question est d'autant plus difficile que les Convolvulacées sont au nom- bre des plantes les plus répandues dans le monde, soit depuis des époques très anciennes, soit par l'effet de transports mo- dernes. \037En faveur de l'origine américaine, il y a des motifs puissants. Les 15 espèces connues du genre Batatas se trouvent toutes en Amérique, savoir 11 dans ce continent seul et 4 à la fois en Amé- rique et dans l'ancien monde, avec possibilité ou probabilité de transports. La culture de la Batate commune est très répandue en Amérique. Elle remonte à une époque reculée. Marcgraff * la cite pour le Brésil, sous le nom de Jetica, Humboldt dit que le nom Camote vient d'un mot mexicain. Le mot de Batatas (d'où par transposition erronée on a fait Potatoe, pomme de terre) est donné pour américain. Sloane et Hughes ^ parlent de la Batate comme d'une plante très cultivée, ayant plusieurs variétés aux Antilles. Ils ne paraissent pas soupçonner une origine étrangère. Clusius, qui l'un des premiers a parlé de la Batate, dit en avoir mangé dans le midi de l'Espagne, où l'on prétendait l'avoir reçue du nouveau monde *^. Il indique les noms de Batatas^ Ca- motes, Amotes, Ajes *\ qui étaient étrangers aux langues de \037\035\013I. Turpin a publié de bonnes figures qui montrent clairement ces faits. Voy. Mémoires du Muséum, in-4, vol. 19, pi. 1, 2 et 3. \0372\ Le D' Sagot a donné des détails intéressants sur le mode de culture, le produit, etc., dans le Journal de la Société d*hortic, de France^ vol. 5, ^« série, p. 450-458. \0373. Humboldt, Nouv. -Espagne, éd. 2, vol. 2, p. 470. \0374. Meyen, Grundrisse Pflanz. geogr,, p. 373. \0375. Boissier, Voyage botanique en Espagne. \0376. Bojer, Hort. maurit,, p. 225. \0377. Choisy, dans Prodromus^ 9, p. 338. \0378. Marcgraff, Bres,, p. 16, avec fig. \0379. Sloane, Hist. Jam,, I, p. 150; Hughes, Barb. p. 228. \03710. Clusius, hist.y II, p. 77. \037II. AJes était un nom de l'igname (Humb., Nouv^Esp., 2* édit., voL 2, p. 467, 468). \037\035\013

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44 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037Tancien monde. Son livre date de 1601. Humboldt * dit que, d'après Gomara, Christophe Colomb, lorsqu'il parut pour la première fois devant la reine Isabelle, lui offrit divers produits du nouveau monde, entre autres des Bâtâtes. Aussi, ajoute-t-il, la culture de cette plante était-elle déjà commune en Espagne dès le milieu du xvi® siècle. Oviedo ', qui écrivait en 1526, avait vu la Batate très cultivée par les indigènes de Saint-Domingue, et l'avait introduite lui-même à Avila, en Espagne. Rumphius * dit positivement que, selon Topinion commune, les Batatas ont été apportées par les Espagnols d'Amérique à Manille et aux Molu- ques, d'où les Portugais les ont répanclues dans Tarchipel indien, n cite des noms vulgaires , qui ne sont pas malais et qui indiquent une introduction par tes Castillans. Enfin, il est cer- tain que la Batate était inconnue aux Grecs, aux Romains et aux Arabes ; qu'elle n'était pas cultivée en Egypte, et cela même il y a quatre-vingts ans *, ce qui ne s'expliquerait guère si Ton sup- pose une origine de l'ancien monde. \037D'un autre côté, il y a des arguments pour une origine asiati- que. L'Encyclopédie chinoise d'agriculture parle de la Batate et mentionne diverses variétés ^ ; mais le D*" Bretschneider ® a constaté que l'espèce est décrite pour la première fois dans un livre du ii« ou me siècle de notre ère. D'après Thunberg % la Ba- tate a été apportée au Japon par les Portugais. Enfin la plante cultivée à Taïti, dans les îles voisines et à la Nouvelle-Zélande, sous les noms Ùmara, Guman^a et Gumalla, décrite par Forster * sous le nom de Convolvolus chrysorhizuSy est la Batate, d'après sir Joseph Hooker *. Seemann **^ fait observer que ces noms res- semblent au nom quichuen de la Batate, en Amérique, qui est^ dit-il, Cumar. La culture de la Batate était répandue dans l'Inde au xviii® siècle ". On lui attribue plusieurs noms vulgaires, et même, selon Piddington ", un nom sanscrit, Ruktaloo (prononcez Roktalou)^ qui n'a d'analogie avec aucun nom à moi connu et n'est pas dans le dictionnaire sanscrit de Wilson. D'après une note que m'avait donnée Adolphe Pictet, Ruktaloo semble un> nom bengali composé du sanscrit Alu (Rutka^ plus âlu^ nom de l'Arum campanulatum). Ce nom, dans les dialectes modernes, désigne l'Igname et la Pomme de terre. Cependant Wallich *^ ia- \0371. Humboldt, Nouv.-Esp„ 1. c. \0372. Oviedo, trad. de Ramusio, vol. III, part. III. \0373. Rumphius, Amboin., V, p. 368. \0374. Forskal, p. 54 ; Delile, ni. \0375. D'Hervey Saint-Denys, Rech. sur Vagric, des Chin,^ 1850, p. 109. \0376. Study and value of chinese bot. wortts, p. 13. \0377. Thunberff, FUrra japon.y p. 84. \0378. Forster, Plantée escuLyja. 56. \0379. Hooker, Handb. New Zealand, fiora, p. 194. \03710. Seemann, Journal of bot., 1866, p. 328. \03711. Roxburgh, édit. Wall., II, p. 69. \03712. Piddington, Index. \03713. Wallich, Flora Ind.y l. c. \037\035\013

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BATATE 45 \037• \037dique plusieurs autres noms que Piddington omet. Roxburgh ^ ne cite aucun nom sanscrit. Rheede * dit que la plante était cul- tivée au Malabar. Il cite des noms vulgaires indiens. \037Les motifs sont beaucoup plus forts, ce me semble, en faveur de Toriçine américaine. Si la Batate avait été connue dans rinde àTépoque de la langue sanscrite, elle se serait répandue dans Tancien monde, car sa propagation est aisée et son uti- lité évidente. Il paraît, au contraire, que les îles de la Sonde, TEgypte, etc., sont restées étrangères pendant longtemps à cette culture. \037Peut-être un examen attentif ramènera-t-il à Topinion de G. F. W. Meyer, qui distinguait ' la plante asiatique des espèces américaines. Cependant on n'a pas suivi généralement cet au- teur, et je soupçonne que, s'il y a une espèce asiatique différente, ce n'est pas, comme le croyait Meyer, la Batate décrite par Rum- phius, que celui-ci dit apportée d'Amérique, mais la plante indienne de Roxburgh. \037On cultive des Bâtâtes en Afrique; mais, ou leur culture est rare, ou les espèces sont différentes. Robert Brown * dit que le voyageur Lockhardt n'avait pas vu la Batate, dont les mission- naires portugais mentionnaient la culture. Thonning ^ ne l'in- dique pas. Yogel a rapporté une espèce cultivée sur la côte occidentale, qui est certainement, d'après les auteurs du Flora Nigritiana^ le Batatas paniculata Ghoisy. Ce serait donc une plante cultivée pour ornement ou comme espèce officinale, car la racine en est purgative®. On pourrait croire que, dans certains pays de l'ancien ou du nouveau monde, Ylpomœa tuberosa L. aurait été confondu avec la Batate; mais Sloane ' nous avertit que ses énormes racines. ne sont pas bonnes à manger ^. \037Une Gonvolvulacée à racine comestible qui peut bien être con- fondue avec la Batate, mais dont les caractères botaniques sont pourtant distincts , est Ylpomœa mammosa , Ghoisy {Convoi- vulus mammosîis, Loureiro Batata mammosa^ Rumphius, Amb.^ 1. 9, tab. 131). Gette espèce croit spontanément près d'Amboine (Rumphius), où elle est aussi cultivée. Elle est estimée en Go- chinchine. \037Quant à la Batate {Batatas edulis)^ aucun botaniste, à ma con- \037\035\0131. Roxburgh, éd. 1832, vol. 1, p. 483. \0372. Rheede, MaL^ 7, p. 95. \0373. Meyer, Primitiœ FL Esseq.^ p. 103. \037\035\0132. Rheede, Jlf a/., 7, p. 95. \037r/. Esseq.f p. 4. R. 'Brown, Bot, Congo, p. 55. \037\035\0135. Thonning, PL Guin, \037€. Wallich, dans Roxburgh, FL Ind,, II, p. 63. \0377. Sloane, Jam., I, p. 152, \0378. Plusieurs Convolvulacées ont des racines (plus exactement des souches) volumineuses, mais alors c'est la base de la tige avec une partie de la racine qui est épaissie, et oette souche radicale est toujours purgative (Jalaps, Tiu'bith, etc.), tandis que dans la Batate ce sont les racmes laté- rales, organe différent, qui s'épaississent. \037\035\013

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46 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037naissance, ne dit l'avoir trouvée lui-même sauvage, ni dans rinde, ni en Amérique *. Glusius * affirme, sur ouï-dire, qu'elle croit spontanée dans le nouveau monde et dans les îles voisines. Malgré la probabilité d'une origine américaine, il reste, comme nous venons de le voir, bien des choses inconnues ou incertaines sur la patrie primitive et le transport de cette espèce, qui joue un rôle considérable dans les pays chauds. Quelle que fût son origine, du nouveau ou de Tancien monde, comment expliquer qu'elleeût été transportée d'Amérique en Chine au commencement de notre ère et dans les îles de l'océan Pacifique à une époque ancienne, ou d'Asie et d'Australie en Amérique dans un temps assez reculé pour que la culture s'en soit i^andue jadis des Etats-Unis méridionaux jusqu'au Brésil et au Chili? Il faut sup- poser des communications préhistoriques entre l'Asie et TAmé- rique, ou se livrer à un autre genre d'hypothèses, qui, dans îe cas actuel, n'est pas inappliquable. Les Convolvulacées sont une des rares familles de Dicotylédones dans lesquelles certaines espèces ont une aire, ou extension géographique, très étendue et même divisée entre des continents éloignés ^. Une espèce qui supporte actuellement le climat de la Virginie et du Japon peut avoir existé plus au nord avant l'époque de la grande extension des glaciers dans notre hémisphère, et les hommes préhistoriques l'auraient transportée vers le midi quand les conditions de climat ont changé. Dans ces hypothèses, la culture seule aurait con- servé l'espèce, à moins qu on ne finisse par la découvrir sauvage en quelque point de son ancienne habitation, peut-être, par exemple, au Mexique ou en Colombie. \037Betterave, Bette, Poirée. — Beta vulgaris eiB. maritima, Linné. — Beta vulgaris^ Moquin \037Elle est cultivée tantôt pour ses racines charnues (Betterave) et tantôt pour ses feuilles, employées comme légume (Bette, Poirée), mais les botanistes s'accordent généralement à ne pas distinguer deux espèces. On sait, par d'autres exemples, que des plantes à racines minces dans la nature prennent facilement des racines charnues par un effet du sol ou de la culture. \037La forme appelée ÈettCj à racines maigres, est sauvage dans les terrains sablonneux, surtout du bord de la mer, aux îles Canaries, et dans toute la région de la mer Méditerranée, jusqu'à la mer Caspienne, la Perse et Babylone *, peut-être même dans \0371. Le n" 701 de Schomburgk, coll. 1, est spontané dans la Guyane. Selon M. Choisy, c'est une variété du Batatas edulis; selon M. Bentham (Hook, Joum, bot,, V, p. 352\ c'est le Batatas paniculata. Mon échantillon, \037\035\013assez imparfait, me semble différer des deux. \0372. Clusius, Hist., «-"»"» \0373. A. de CandoUe \0374. Moguin-Tandoi-, , . .„, -, \037Flora oritntalis, 4, p. 898; Ledebour, FI, rossica, î, p. 692 \037\035\0132. Clusius, Hist,, 2, p. 77. \0373. A. de CandoUe, Géog. bot, raisonnée, p. 1041-1043 et p. 516, 518. \0374. Moguin-Tandon, dans Prodromus, vol. 13, part. 2, p. 55 ; Boissiery \037\035\013

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MANIOC 47 \037rinde occidentale, d'après un échantillon rapporté par Jaque- mont, sans que la qualité spontanée en soit certifiée. La flore de rinde de Roxburgh, et celle, plus récente, du Punjab et du Sindh, par Aitchison, ne mentionnent la plante que comme cul- tivée. \037Elle n'a pas de nom sanscrit *, d'où l'on peut inférer que les Aryens ne Pavaient pas apportée de l'Asie tempérée occidentale, où elle existe. Les peuples de leur race émigrés en Europe anté- rieurement ne la cultivaient probablement pas non plus, car je ne vois pas de nom commun aux langues indo-européennes. Les anciens Grecs, qui faisaient usage des feuilles et des racines, ap- pelaient l'espèce Teutlion *, les Romains Beta. M. de Heldreich ' donne aussi comme nom ancien grec Sevkle ou Sfekelie^ qui ressemble au nom arabe Selg, chez les Nabathéens Silq *. Le nom arabe a passé en portugais, Selga, On ne connaît point de nom hébreu. Tout indique une culture ne datant pas de plus de quatre à six siècles avant l'ère chrétienne. \037Les anciens connaissaient déjà les racines rouges et blanches, mais le nombre des variétés a beaucoup augmenté dans les temps modernes, surtout depuis qu'on a cultivé la Betterave en grand, pour la nourriture des bestiaux et la production du sucre. C'est une des plantes les plus faciles à améliorer par sélection, comme les expériences de Vilmorin l'ont prouvé ^. \037Manioc. — Manihot utilissima, Pohl. — Jatropha Manihoty Linné . \037Le Manioc est un arbuste ou arbrisseau de la famille des Euphorbiacées, dont plusieurs racines se renflent dès la pre- mière année, prennent une forme ellipsoïde irrégulière et ren- ferment de la fécule (Tapioca), avec un suc plus ou moins véné- neux. \037La culture en est commune dans les régions équatoriales ou tropicales, surtout en Amérique, du Brésil aux Antilles. En Afrique, elle est moins générale et parait moins ancienne. Dans certaines colonies asiatiques, elle est décidément d'introduction moderne. On la pratique au moyen de boutures des tiges. \037Les botanistes se sont divisés sur la convenance de regarder les innombrables formes de Maniocs comme appartenant à une^ à deux ou même plusieurs espèces difl'érentes. Pohl ® en admet- tait plusieurs à côté de son Manihot utilissima^ et le D J. MûUer ', \0371. Roxburgh, Flora indica, 2, ç. 59 ; Piddington, Index. \0372. Théophraste et Dioscoride cités par Lenz, Botanik der Griechen und Rômer, p. 446 ; Eraas, Synopsis fl. class.y p. 233. \0373. Heldreich, Die Nuizpflanzen GriecfienlandSy p. 22. \0374. Âlawwàm, Agriculture nabathéenne (premiers siècles de l'ère chrét. ?), diaprés E. Meyer, Geschichte der Botanik^ 3, p. 73. \0375. Notices sur V amélioration des plantes par le serais^ p. 13. \0376. Pohl, Plantarum Brasilise icônes et djèscriptiones, in-folio, vol. 1. \0377. J. Mûller, dans Prodromus, XV, sect. 2, p. 1062, 1064. \037\035\013

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48 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037dans sa monographie des Euphorbiacées, rapporte à une espèce voisine {M. palmata) la forme Aipi^ qui est cultivée au Brésil avec les autres et dont la racine n'est pas vénéneuse. Ce dernier caractère n'est pas aussi tranché qu'on le croirait d'après certains ouvrages et même d'après tes indigènes. Le D' Sagot S qui a comparé une douzaine de variétés de Mcmioc cultivées à Gayenne, dit expressément : c II y a des Maniocs plus vénéneux les uns que les autres; mais je doute qu'aucun soit absolument exempt de principes nuisibles. » \037On peut se rendre compte de ces singulières diifférences de propriétés entre des plantes fort semblables par l'exemple de la Fomme de terre. Le Manihot et le Solanum tuberosum appar- tiennent tous deux à des familles suspectes (Euphorbiacées et Solanacées). Plusieurs de leurs espèces sont vénéneuses dans certains de leurs organes ; mais la fécule, où au'elle se trouve, ne peut pas être nuisible, et il en est de même du tissu cellulaire lavé de tout dépôt, c'est-à-dire réduit à la cellulose. Or dans la préparation de la Cassave (farine de Manioc), on a grand soin de racler l'écorce extérieure de la racine, ensuite de piler ou écraser la partie charnue, de manière à en expulser le suc plus ou moins vénéneux, et finalement on soumet la pâte à une cuis- son qui chasse des parties volatiles '. Le tapioca est de la fécule pure, sans mélange des tissus qui existent encore dans la cas- save. Dans la pomme de terre, la pellicule extérieure prend des qualités nuisibles ^uand on la laisse verdir en l'exposant à la lu- mière, et il est bien connu que des tubercules mal mûrs ou viciés, contenant une trop faible proportion de fécule avec beau- coup de sucs, sont mauvais à manger et feraient positivement du mal aux personnes qui en consommeraient une certaine quan- tité. Toutes les Pommes de terre, comme probablement tous les Maniocs, renferment quelque chose de nuisible, dont on s'aper- çoit jusque dans les produits de la distillation, et qui varie par plusieurs causes; mais il ne faut se défier que des matières autres que la fécule. \037Les doutes sur le nombre des espèces à admettre dans les Manihots cultivés ne nous embarrassent nullement pour la ques- tion de l'origine géographique. Au contraire, nous allons voir que c'est un moyen important de constater l'origine améri- caine. \037L'abbé Raynal avait répandu jadis l'opinion erronée que le Manioc aurait été apporté d'Afrique en Amérique. Robert Brown le niait en 1818 % sans donner des motifs à l'appui, et de Hum- \037\035\0131. Sagot. dans Bull, de la Société botanique de France du 8 décembre 1871. \0372. J*mdique la préparation dans ce qu'eUe a d^essentiel. Les détails diffèrent suivant les pays. Voir à cet égard : Aublet, Guyane^ 2, p. 67 ; Descoortilz, Fhre des Antilles^ 3, p. 113 ; Sagot, /. c, etc. \0373. R. Brown, Botany of Congo, p. 50. \037\035\013

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MANIOC 49 \037boldt S Moreau de Jonnes ', Auguste de Saint-Hilaire • ont in- sisté sur l'origine américaine. On ne peut guère en douter, d'après les raisons suivantes : \0371"^ Les Manihots étaient cultivés par les indigènes du Brésil, de la Guyane et des parties chaudes du Mexique avant l'arrivée des Européens, comme le témoignent tous les anciens voyageurs. Aux Antilles, cette culture était assez commune dans le xvi® siècle, d'après Acosta ^, pour qu'on puisse la croire également d'une certaine ancienneté. \0372o Elle est moins répandue en Afrique, surtout dans les régions éloignées de la côte occidentale. On sait que le Manioc a été in- troduit dans l'île de Bourbon par le gouverneur de Labour- donnais ^. Dans les contrées asiatiques, où probablement une culture aussi facile se serait propagée si elle avait été ancienne sur le continent africain, on la mentionne çà et là, comme un objet de curiosité d'origine étrangère *. \0373"^ Les indigènes d'Amérique avaient plusieurs noms anciens pour les variétés de Maniocs, surtout au Brésil ', ce qui ne pa- raît pas avoir existé en Afrique, même sur la côte de Guinée *. \0374o Les variétés cultivées au Brésil, à la Guyane et aux Antilles sont très nombreuses, par où l'on peut présumer une culture très ancienne. Il n'en est pas de même en Afrique. \0375° Les 42 espèces connues du genre Maninot , en dehors de M. utilissima, sont toutes spontanées en Amérique; la plu- part au Brésil, quelques-unes à la Guyanne, au Pérou et au Mexique ; pas une dans l'ancien monde ^. Il est très invraisem- blable qu'une seule espèce, et encore celle qu'on cultive, fut originaire à la fois de l'ancien et du nouveau monde, d'autant plus que dans la famille des Euphorbiacées les habitations des espèces ligneuses sont généralement restreintes et qu'une com- munauté entre l'Afrique et l'Amérique est toujours rare dans les plantes Phanérogames. \037L'origine américaine du Manihot étant ainsi démontrée, on peut se demander comment l'espèce a été introduite en Guinée et au Congo. Probablement c'est un résultat des communications fréquentes, au xvi« siècle, des trafiquants portugais et des négriers. \0371. De Hnmholdif Nouvelle-Espagne, éd. 2, vol., 2, p. 398. \0372. Histoire de VAcad. des sciences, 1824. \0373. Giiillemin, Archives de botanique, 4, p. 239. \0374. Acosta, Hist, nat. des Indes, trad. fraDç. 1598, p. 163, \0375. Thomas, Statistique de Bourbon, 2, p. 18. \0376. Le catalogue du jardin botanique de Buitenzorff, 1866, p. 222, dit expressément que le Manihot utilissima vient de BourBon et d Amérique. \0377. Aypi, Mandioca, Manihot, Manioch, Yuca, etc., dans Pohl, Icônes et descr., 1, p. 30, 33. Martius, Beitràge z. Ethnographie, etc., Brasilien's, 2, p. 122, indique une quantité de noms. \0378. Thonning (dans Schumacher, Plant, guin.), qui cite volontiers les noms vulgaires, n'en donne aucun pour le Manihot. \0379. J. MûUer, dans Prodromus, 15, sect. 1, p. 1057, \037De Candolle. 4 \037\ \037\035\013

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80 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037Le Manihot utilissima^ et l'espèce voisine ou variété appelée Aîfrij que Ton cultive également, n'ont pas été trouvés à l'état sauvage d'une manière certaine. Humboldt et Bonpland ont bien recueilli sur les bords de la Magdalena, an pied de Manihot utilissima qu'ils ont dit presque spontané *, mais le D Sagot me certifie qu'on ne l'a point découvert à la Guyane, et les botanistes qui ont exploré la région chaude du Brésil n'ont pas été plus heureux. Gela ressort des expressions de Pohl, qui a beaucoup étudié ces plantes, qui connaissait les récoltes de Martius et ne doutait pas de l'origine américaine. S'il avait re- marqué une forme spontanée identique avec celles qu'on cul- tive, il n'aurait pas émis l'hypothèse que le Manioc provient de son Manihot pusilla ^ de la province de Goyaz, dont la stature est minime et qu'on regarde comme une véritable espèce ou comme une variété du Manihot palmata *. De Martius déclarait en 1867, c'est-à-dire après avoir reçu de nombreuses informa- tions postérieures à son voyage, qu'on ne connaissait pas la plante à l'état sauvage *. Un ancien voyageur, ordinairement exact, Piso ^, parle d'un Mandihoca sauvage dont les Tapuyeris, indigènes de la côte au nord de Rio-de-Janeiro, mangesdent les racines. 11 est, dit-il, « très semblable à la plante cultivée » ; mais la figure qu'il en donne a paru bien mauvaise aux auteurs qui ont étudié les Manihots. Pohl la rapporte à son M, Atm^ et le D' MûUer la passe sous silence. Quant à moi, je suis disposé à croire ce que dit Piso, et sa planche ne me paraît pas absolu- ment mauvaise. Elle vaut mieux que celle de Vellozo d'un Ma- nihot sauvage qu'on rapporte avec doute au M. Aîpi •. Si l'on ne veut pas accepter cette origine du Brésil oriental intertropical, il faut recourir à deux hypothèses : ou les Manihots cultivés proviennent de l'une des espèces sauvages modifiée par la cul- ture ; ou ce sont des formes qui subsistent seulement par l'action de l'homme, après la disparition de leurs semblables de la végé- tation spontanée actuelle. \037Ail. — Al Hum sativum^ Linné. \037Linné, dans son Species^ indique la Sicile comme la patrie de l'ail commun ; mais dans Vnortus cliffortianus^ où il est ordinairement plus exact, il ne donne pas d'origine. Le fait est que d'après les flores les plus récentes et les plus com- plètes de Sicile, de toute l'Italie, de la Grèce, de France, d'Espagne, et d'Algérie, l'ail n'est pas considéré comme indi- \0371. KuQth, dans Humb. et B., Nova Gtenera, 2, p. 108. \0372. Pohl, Icônes et descript., 1, p. 36, pi. 26. \0373. M aller, dans le Prodromus, \0374. De Martius, Beitràge zur Ethnographie, etc, 1, p. 19, 136. \0375. Piso, HistoHa naturalis Brasilix, m-folio, 1658, p. 55, cum icône, \0376. Jatropia sylvestris Vell. FL flum., 16, t. 83. Voir Mûller, dans Pro- dtvmtis, 15 p. 1063. . \037\035\013

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AIL 51 \037gène, quoique çà et là on en ait recueilli des échantillons qui avaient plus ou moins l'apparence de l'être. Une plante aussi habituellement cultivée et qui se propage si aisément peut se répandre hors des jardins et durer quelque temps, sans être d'ori- gine spontanée. Je ne sais sur quelle autorité Kunth cite l'es- pèce en Egypte \ D'après des auteurs plus exacts sur les plantes de ce pays ^, elle y est seulement cultivée. M. Boissier, dont l'herbier est si riche en plantes d'Orient, n'en possède aucun échantillon spontané. Le seul pays où l'ail ait été trouvé à l'état sauvage, d'une manière bien certaine, est le désert des Kirghis de Soongarie, d'après des bulbes rapportées de là et cultivées à Dorpat * et des échantillons vus ensuite par Regel *. Ce der- nier auteur dit aussi avoir vu un échantillon que Wallich avait recueilli comme spontané dans l'Inde anglaise ; mais M. Baker '^^ -qui avait sous les yeux les riches herbiers de Kew, n'en parle pas dans sa revue des AUium des Indes, de Chine et du Japon. \037Voyons si les documents historiques et linguistiques confirment orne origine uniquement du sud-ouest de la Sibérie. \037L'Ail est cultivé depuis longtemps en Chine sous le nom de Suan, On l'écrit en chinois par un signe unique, ce qui est ordinai- rement l'indice d'une espèce très anciennement connue et même spontanée •. Les flores du Japon ^ n'en parlent pas, d'où je pré- sume que l'espèce n'était pas sauvage dans la Sibérie orientale et la Daourie, mais que les Mongols l'auraient apportée en Chine. \037D'après Hérodote (Hist., 1. 2, c. 12o), les anciens Egyptiens en faisaient grand usage. Les archéologues n'en ont pas trouvé la preuve dans les monuments, mais cela tient peut-être à ce que Ja plante était réputée impilre par les prêtres *. \037Il existe un nom sanscrit, Mahoushouda ®, devenu Loshoun en bengali, et dont le nom hébreu Schoum^ Schumin **, qui a pro- duit le Thoum ou Toum des Arabes, ne parait pas éloigné. Le nom basque, Baratchoùria^ a été rapproché des noms aryens par M. de GharenCey **. A l'appui de son hypothèse, je dirai que le nom berbère, Tiskert^<è%i tout différent, et que par consé- quent les Ibères paraissent avoir reçu la plante et son nom des Aryens plutôt que de leurs ancêtres probables du nord de l'Afrique. Les Lettons disent Kiplohks^ les Esthoniens JTn/n^/atiA;, d'où probablement le Knoblauch des Allemands. L'ancien nom \0371. Kunth, Ermm.y 4, p. 381. \0372. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlungy p. 294. \0373; Ledebour, Flora altaica, 2, p. 4 ; Flora rossica, 4, p. 162. i. Regel, Allior, monogr., p. 44. \0375. BaJ^er, dans Journ. of. bot., 1874, p. 295. \0376. Bretschneider, Study and value, etc., p. 13, 47 et 7. \0377. Thunberg, FI. jap.; Franchet et Savatier, Enumeratio, 1876, vol. 2. \037\035\013\013laise Mahooshouda. 11. De Gharencey, Actes de la Société pnilologique, 1" mars 1869. \037\035\013

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82 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037grec paraît avoir été Scorodon, en grec moderne S cordon. Les- noms chez les Slaves d'Illyrie sont BiH^ Cesan. Les Bretons disent Qulnen K Les Gallois Craf, Cenhinen ou Garlleg^ d'où le Garlic des Anglais. h'Allium des Latins a passé dans les langues d'origine latine '. Cette grande diversité de noms fait présumer une ancienne connaissance de la plante et même- une ancienne culture dans l'Asie occidentale et en Europe. D'un autre côté, si l'espèce n'avait existé que dans le pays des Kirghis, où on la trouve maintenant, les Aryas auraient pu la cultiver et l'avoir transportée dans l'Inde et en Europe; mais alors pourquoi tant de noms celtiques, slaves, grecs, latins, diffé- rents du sanscrit? Pour expliquer cette diversité, il faudrait sup- Eoser une extension de la patrie primitive vers l'ouest de Fha-^ itation connue aujourd'hui, extension qui aurait été antérieure aux migrations des Aryas. \037Si le genre AUium était une fois, dans sa totalité, l'objet d'i»n travail aussi sérieux que celui de J. Gay sur quelques- unes de ses- espèces ^, on trouverait peut-être que certaines formes sponta- nées en Europe, comprises par les auteurs dans les A. arena- rium L., ou A.arenarium Sm., ou A. Scorodoprasumh,^ ne sont que des variétés de l'A. sativum. Alors tout concorderait : les- peuples les plus anciens d'Europe et de l'Asie occidentale auraient cultivé l'espèce telle qu'ils la trouvaient depuis la Tartarie jusqu'en Espagne, en lui donnant des noms plus ou moins diffé- rents. \037Oignon. — AUium Cepa, Linné. \037Je dirai d'abord ce qu'on savait en 1855 *. J'ajouterai ensuite- dès observations botaniques récentes (jui confirment ce qu'on pouvait présumer d'après les données Imguistiques. \037L'Oignon est une des espèces le plus anciennement cultivées.. Son habitation primitive est inconnue, d'après Kunth ^. Voyons s'il est possible de la découvrir. Les Grecs modernes appellent Krommudi l'Allium Gepa, qu'ils cultivent beaucoup *. G est une^ bonne raison pour croire que le Krommuon de Théophraste "^ est la même espèce , comme les auteurs du xvi® siècle le pensaient \0371. Davies, Welsh botanology, \0372. Tous ces noms vulgaires se trouvent dans mon dictionnaire compilé par Moritzi, d'après les flores. J'aurais pu en citer un plus grand nomore et mentionner des étymologies probables d'après les philologues, par exemple d'après l'ouvrage de Hehn, Kulturpflanzm aus Asien, p. 171 et suivantes; mais ce n'est pas nécessaire pour indiquer le fait orcuigines- géographiques multiples et de la culture ancienne en divers payg, \0373. Annales des se, nat.^ 3« série, vol. 8. \0374. A. de CandoUe, Géogr. bot, raisonnée, 2, p. 828, \0375. Kunth, Enum,, 4, p. 394. \0376. Fraas, Syn. fl, class., p. 291. \0377. Théophraste?, Histy 1. 7, c. 4» \037\035\013

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OIGNON 53 \037déjà *. Pline * traduisait ce mot par Cœpa. Les anciens en con- naissaient plusieurs variétés, qu'ils distinguaient par des noms de pays : Gyprium, Gretense, Samothraciae, etc. On en cultivait une en Egypte *, si excellente qu'elle recevait des hommages, comme une divinité, au grand amusement des Romains ^. Les Egyptiens modernes désignent TA. Gepa sous le nom de Basai * ou Bussul ^, d'où il est probable que le Betsalim ou Bezalim des Hébreux est bien la même espèce, comme le disent les commen- tateurs ^. 11 y a des noms sanscrits tout à fait différents : Palandu, Latarka, Sukandaka *, et une foule de noms indiens modernes. L'espèce est généralement cultivée dans l'Inde, en Gochinchine, en Chine ®, et même au Japon *°. Les anciens Egyptiens en fai- saient une grande consommation. Les dessins de leurs monu- ments montrent souvent cette espèce **. Ainsi la culture remonte dans l'Asie méridionale et dans la région orientale de la mer Méditerranée à une époque partout très reculée. En outre, les noms chinois, sanscrits, nébreux, grecs et latins n'ont pas de connexité apparente. De ce dernier fait, on peut déduire Thy- pothèse que la culture aurait été imaginée après la séparation d«s peuples indo-européens, l'espèce se trouvant à portée dans divers pays à la fois. Ge n'est pourtant pas l'état actuel des choses, car on trouve à peine des indices vagues de la qualité spontanée de l'A. Cepa, Je n'en ait point découvert dans les flores européennes ou du Gaucase; mais Hasselquist ^' a dit : « Il croît dans les plaines près de la mer, aux environs de Jéricho. » Le docteur Wallich a mentionné dans sa Liste de plantes in- diennes, no 5072, des échantillons qu'il a vus dans des localités du Bengale, sans dire qu'ils fussent cultivés. Gette indication, quoi- que peu suffisante, l'ancienneté des noms sanscrits et hébreux et les communications qu'on sait avoir existé entre les peuples de l'Inde et les Egyptiens me font présumer que l'habitation «tait vaste dans l'Asie occidentale, s'étendant peut-être de la Palestine à l'Inde. Des espèces voisines, prises quelquefois pour le Cepa, existent en Sibérie *^ . \037On connaît mieux maintenant les échantillons recueillis par les botanistes anglo-indiens dont Wallich avait donné une pre* \037\035\0131. J. Bauhin, Hist,, 2, p. 548. \0372. Pline, Hist^ 1. 19, c. 6. \0373. Pline, I. c. \0374. Juvenalis, Sat., 15. \0375. Forskal, p. 65. \0376. Ainslies, Mat. med. Ind., 1, p. 269. \0377. Hiller, Hieroph., 2, p. 36; RosenmûUer, Handb. bibl, Alterk., 4, p. 96. \0378. Piddington, Index; Ainslies, /. c. \0379. Roxburgh, FI. ind., 2; Loureiro, FL cochinch., p. 249. \03710. Thunberg, FI. jap., p. 132. \03711. Unger, pflanzen d. Alt. jEgypt., p. 42, fig. 22, 23, 24. \03712. Hasselquist, Voy, and trav., p. 279. \03713. Ledebour, FI. ross.^ 4, p. 169. \037\035\013

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84 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037mière notion. Stokes a découvert ÏAllium Cepa indigène dan& le Belouchistan. Il dit : « Sauvage sur le Chehil Tun. » Griffith Ta rapporté de l'Afghanistan et Thomson de Lahore, sans parler d'autres collecteurs qui ne se sont pas expliqués sur la nature spontanée ou cultivée*. M. Boissier possède un échantillon spon» tané recueilli dans les régions mon tueuses du Khorassan. Les ombelles sont plus petites que dans la plante cultivée, mais d'ail- leurs il n'y a pas de différence. Le D»" Regel fils l'a trouvé au sud de Kuldscha, Sibérie occidentale ^. Ainsi mes conjecture& d'autrefois sont tout à fait justifiées; et il n'est pas improbable que l'habitation s'étende jusqu'en Palestine, comme le disait Hasselquist. \037L'Oignon est désigné en Chine par un caractère unique (or- thographié Tsung)y ce qui peut faire présumer une ancienne existence à titre de plante indigène ^. Je doute cependant beau- coup que l'habitation s'étende aussi loin vers Test. \037Humboldt ^ dit que les Américains connaissaient de tout temp& les oignons, en mexicain Xonacatl. « Gortès, dit-il çn parlant de& comestibles qui se vendaient sur le marché de l'ancien Tenoch- titlan, cite des oignons, des poireaux et de l'ail. » Je ne puis^ croire cependant que ces divers noms s'appliquent à nos espèces cultivées en Europe. Sloane, dans le xvii® siècle, n'avait vu qu'un seul AUium cultivé à la Jamaïque (A. Cepa), et c'était dans un jardin, avec d'autres légumes d'Europe ^. Le mot Xonacatl n'est pas dans Hermandez, et J. Acosta ® dit expressément que les Oignons et les Aulx du Pérou sont originaires d'Europe. Les espèces du genre Allium sont rares en Amérique. \037Ciboule commune. — Allium fistulosum, Linné. \037Pendant longtemps, cette espèce a été mentionnée dans le& flores et les ouvrages d'horticulture comme étant d'une origine inconnue ; mais les botanistes russes l'ont trouvée sauvage en Sibérie, vers les monts Altaï, du pays des Kirghis au lac Baïcal ^ \037Les anciens ne la connaissaient pas ^. Elle doit être arrivée en Europe par la Russie, dans le moyen âge ou peu après. Un auteur du xvi^ siècle, Dodoens ®, en a donné une figure, peu reconnaissable, sous le nom de Cepa oàlonga, \0371. Aitchison, A catalogue of the plants of Punjab and Sind/i, in-8, 1869, p. 19 ; Baker, dans Journal of bot., 1874, p. ^95. \0372. ni. hortic, 1877, p. 167. \0373. Bretschneider, Study and value, etc. y p. 47 et 7. \0374. De Humboldt, Nouv.-Esp., 2* édit., 2, p. 476. \0375. Sloane, Jam.y 1, p. 75. \0376. Acosta, Hist. naf. des Indes, trad. franc, p. 165. \0377. Ledebour, Flora rossica, 4, p. 169. \0378. Lenz, Botanik der ait Griechen und Rœmer, p. 295, \0379. Dodoens, Pemptades, p. 687. \037\035\013

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ÉCnALOTE 85 \037Echalote. — Allium Ascalonicum, Linné. \037On croyait, sur le dire de Pline *, que le nom était tiré de la ville d'Ascalon, en Judée ; mais M. le D*" E. Fournier • pense que l'auteur latin s'est trompé sur le sens du mot Askalônion de Théophraste. Quoi qu'il en soit, ce nom s'est conservé dans nos langues modernes sous la forme d'Echalote en français, Chalote en espagnol, Scalogno en italien, Aschaluch ou Eschlauch en allemand, etc. \037En 1855, j'avais parlé de cette espèce de la manière suivante ' : \037« D'après Roxburgh ^, on cultive beaucoup V Allium Ascalo- nicum dans l'Inde. On lui attribue le nom sanscrit de Pulandoo (prononcez Poulandou]^ mot presque identique avec Palandu^ attribué à V Allium Cepa ^. Evidemment la distinction entre ces deux espèces n'est pas claire dans les ouvrages indiens ou anglo- indiens. \037« Loureiro dit avoir vu VAlKum Ascalonicum cultivé en Go- chinchine ®, mais il ne cite pas la Chine, et Thunberg n'indique pas cette espèce au Japon. Ainsi, vers la région orientale de TAsie, la culture n'est pas générale. Ce fait et le doute sur le nom sanscrit me font croire qu'elle n'est pas ancienne dans l'Asie méridionale. Malgré le nom de l'espèce, je ne suis pas persuadé qu'elle existât non plus dans l'Asie occidentale. Rau- w^olf, Forskal et Delile ne l'indiquent pas en Sibérie, en Arabie et en Egypte. Linné "^ cite Hasselquist comme ayant trouvé l'es- pèce en Palestine. Malheureusement il ne donne pas de détails sur la localité ni sur la condition de spontanéité. Dans les Voyages de Hasselquist *, je vois un Cepa montana croissant au mont Thabor et sur une montagne voisine ; mais rien ne prouve^ que ce soit l'espèce. Dans son article sur les Oignons et Aulx des Hébreux (p. 290), il ne mentionne que V Allium Cepa, puis les Porrum et sativum. Sibthorp ne l'a pas trouvé en Grèce ', et Fraas ne l'indique pas comme cultivé actuellement dans ce pays ^°. D'après Koch ", il s'est naturalisé dans les vignes près de Fiume. Toutefois M. de Visiani *^ n'en parle que comme cul- tivé en Dalmatie. \037« D'après l'ensemble des faits, je suis amené à l'idée quel'A^- \037\035\013i. Pline, Hist, 1. 19, c. 6. \0372. Il doit en parler dans une publication intitulée Ciôaria, qui va paraître. \0373. Géographie bot. raisonnée, p. 829. \0374. Roxburgh, FL ind., éd. 1832, vol. 2. p. 142. \0375. Piddington, Index. \0376. Loureiro, FI. cochinch., p. 251. \0377. Linné, Species, p. 429. \0378. Hasselquist, Voy. and trav.y 1766, p. 281, 282. \0379. SibUiorp, Prodr. \03710. Fraas, Syn. fi. class., p. 291. \03711. Koch, Synops. fl. Gevm., 2« éd., p, 833. \03712. Visiani, Flora dalmat, p. 138. \037\035\013

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56 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037Hum Ascalonicum n'est pas une espèce. Il sufBt, pour concevoir des doutes sur son existence primitive, de voir que : 1** Théo- phraste et les anciens, en général, en ont parlé comme d'un état de ÏAllium Cepa, ayant même importance que les variétés culti- vées en Grèce, en Thrace et ailleurs; 2° on ne peut pas prouver Su'il existe à Tétat sauvage ; 3o on le cultive peu ou point ans les pays où Ton présume qu'il a pris naissance, comme la Syrie, l'Egypte, la Grèce; 4** il est ordinairement sans fleurs, d'où venait le nom de Cepa sterilis, donné par G. Bauhln, et la multi- plicité des caïeux se lie tout naturellement à ce fait ; 5® lorsqu'il fleurit, les organes de la fleur sont semblables à ceux du Cepa^ ou du moins on n'a pas découvert de diff^érence jusqu'à pré- sent, et, d'après Koch », la seule différence est d'avoir la hampe et les feuilles moins renflées, quoique fistuleuses. » \037Telle était mon opinion ^. Les faits publiés depuis 1855 ne dé- truisent pas mes doutes. Ils les justifient au contraire. M. Regel, en 1875, dans sa monographie des Allium, déclare qu'il a vu l'échalote seulement à l'état cultivé. Aucher Eloy a distribué une plante de l'Asie Mineure sous le nom d'A. Ascalonicum (n® 2012), mais d'après mon échantillon ce n'est certainement \037>as cette espèce. M. Boissier me donne l'information qu'il n'a , amais vu VA. Ascalonicum en Orient et n'en a pas dans son \037lerbier. La plante de Morée portant ce nom dans la flore de Bory et Ghaubard est une espèce toute différente, nommée par lui A. gomphrenoides. M. Baker ' dans sa revue des Allium des Indes, de laGhine et du Japon, cite VA. Ascalonicum dans des localités du Bengale et du Punjab, d'après des échantillons de Griffith et d'Aitchison; mais il ajoute : « Probablement ce sont des plantes cultivées. » Il rapporte à V Ascalonicum V Allium, Sulvia Ham., du Népaul, plante peu connue et dont la qualité de spontanée est incertaine. L'échalote produit beaucoup de caïeux qui peuvent se propager ou se conserver dans le voisi- nage des cultures et induire en erreur sur l'origine. \037En définitive, malgré le progrès des investigations botaniques en Orient et dans l'Inde, cette forme d'Allium n'a pas été trouvée sauvage d'une manière certaine. Elle me paraît donc plus que jamais une modification du Cepa, survenue à peu près au commencement de l'ère chrétienne, modification moins con- sidérable que beaucoup de celles qu'on a constatées pour d'au- tres plantes cultivées, par exemple dans les choux. \037Rocambole. — Allium Scorodoprasum, Linné. Si l'on jette les yeux sur les descriptions et la synonymie de VA, Scorodoprasum dans les ouvrages de botanique depuis Linné \0371 . Koch, Synops. fl, Germ. \0372. A. de CandoUe, Géogr. bot, raisonnée, p. 829 . \0373. Baker, dans Joum, ofboU, 1874, p. 295. \037\035\013

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CIBOULETTE 57 \037jusqu'à nos jours, on verra que le seul point sur lequel s'accor- dent les auteurs est le nom vulgaire de Rocambole, Quant aux caractères distinctifs, tantôt ils rapprochent et tantôt ils éloi- gnent la plante de VAllium sativum. Avec des définitions aussi différentes, il est très difficile de savoir dans quel pays se trouve, à 1 état sauvage, la plante bien connue cultivée sous le nom de Rocambole. D'après MM. Gosson et Germain, elle croît aux envi- rons de Paris *. D'après Grenier et Godron ', la même forme €roît dans Test de la France. M. Burnat dit avoir trouvé l'espèce bien spontanée dans les Alpes-Maritimes. Il en a donné des échantillons à M. Boissier. MM. Willkomm et Lange ne la re- gardent pas comme spontanée» en Espagne ^, quoique l'un des noms français de la plante cultivée soit Ail ou Échalote d'Espa- cjne. Beaucoup d'autres localités européennes me paraissent douteuses, vu 1 incertitude sur les caractères spécifiques. Je note cependant que, d'après Ledebour *, la plante qu'il nomme A. Scorodoprasum est très commune en Russie, depuis la Finlande \037iusqu'en Grimée. M. Boissier en a reçu un échantillon de la Do- >rutscha, communiqué par le botaniste Sintenis. L'habitation naturelle de l'espèce viendrait donc toucher à celle de VAllium sativum, ou bien une étude attentive de toutes les formes prouvera qu'une seule espèce, comprenant plusieurs variétés, s'étend sur une grande partie de l'Europe et de ses confins en Asie. \037La culture de la Rocambole ne parait pas très ancienne. Il n'en est pas question dans les ouvrages sur la Grèce et Rome, ni dans rénumération des plantes recommandées par Gharlemagne aux intendants de ses jardins ^. Olivier de Serres n'en parle pas non plus. On ne peut citer qu'un petit nombre de noms vulgaires, originaux, chez des peuples anciens. Les plus distincts sont dans ie nord : Skovlôg en Danemark, Keipe et Rackenboll en Suède ®. Bockenbolle, d'où vient le nom français, est allemand. Il n'a pas le sens qui lui est attribué par Littré. Son étymologie est Bolle^ oignon, croissant parmi les rochers, Rocken ^. \037\035\013Ciboulette, Civette. — AlHum Schœnoprasum, Linné. \037L'habitation de^ cette espèce est très étendue dans l'hémi- sphère boréal. On l'indique dans toute l'Europe, de la Corse ou la Grèce jusqu'à la Suède méridionale; en Sibérie jusqu'au Kamtschatka, et aussi dans l'Amérique septentrionale, mais seu- \0371. Cosson et Germain, Flore, 2, p. 553. \0372. Grenier et Godron, Flore de France, 3, p. 197. \0373. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., 1, p. 885. \0374. Ledebom*, Flora rossica, 4, p. 163. \0375. Le Grand d'Aussy, Histoire de la vie des Français, vol. 1, p. 122, \0376. Nemnich, Polygtott, Lexicon, p. 187. \0377. Nemnich, l, c. \037\035\013

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68 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037lement près des lacs Huron, Supérieur et plus au nord *, cir- constance assez singulière, comparée à l'habitation européenne- La forme qui se trouve dans les Alpes est la plus rapprochée de celle qu^on cultive ^. \037Les anciens devaient certainement connaître l'espèce, puis- qu elle est sauvage en Italie et en Grèce. Targioni croit que c'est le Scorodon Schiston de Théophraste, mais il s'agit de mots sans descriptions, et les auteurs spéciaux dans l'interprétation des textes grecs, comme Fraas et Lenz, ont la prudence de ne rien affirmer. Si les noms anciens sont douteux, le fait de la culture à cette époque Test encore plus. Il est possible qu'on eût l'habitude de récolter la plante dans la campagne. \037Golocase. — Arum esculentum^ Linné. — Colocasia anti- quorum^ Schott *. \037On cultive cette espèce, dans les localités humides de la plu- part des pays intertropicaux, à cause du renflement de la partie inférieure de la tige, qui forme un rhizome comestible, analogue à la partie souterraine des Iris. Les pétioles et les jeunes feuilles sont utilisés accessoirement comme légume. \037Depuis que les différentes formes de l'espèce ont été bien \037\035\013\013et plus récemment Wight *, et autres ; à Geylan ^, à Sumatra "^ et dans plusieurs îles de l'archipel indien ®. \037Les livres chinois n'en font aucune mention avant un ou- vrage de l'an 100 de notre ère *. Les premiers navigateurs européens l'ont vue cultivée au Japon et jusqu'au nord de la Nouvelle-Zélande *°, par suite probablement d'introductions anciennes sans coexistence certame avec des pieds sauvages. Lorsqu'on jette des fragments de la tige ou du tubercule Us se naturalisent aisément au bord des cours d'eau. C'est peut- être ce qui est arrivé aux îles Fidji et au Japon, d'après les localités indiquées par les auteurs ". On cultive la Golocase çà \0371. Asa Gray, Botany ofnorthem States, éd. 5, p. 534. \0372. De CandoUe, Flore française, 4, p. 227. \0373. Arum ^gyptium, Columna, Ecpnrems 2, p. 1, tab. 1 ; Rumphiu^, Am- boin., vol. 5, tab. 109. — Arum Colocasia et A. esculentum, Linné. — Colo- casia antiquorum, Scbott, Melet., 1, 18; Engler in D. C. Monogr. Phaner., 2, p. 491. \0374. Roxburgh, FI. ind., 3, p. 495. \0375. Wight, Icônes, t. 786. \0376. Thwaites, Enum, plant. Zeylan., p. 335. \0377. Miquel, Sumatra, p. 258. \0378. Rumpbius, Amboin., vol. 5, p. 318. \0379. Bretschneider, On the study and value of chinese botanical works, p. 12. \03710. Forster, Plantœ escul.,ja. 58. \03711. Francbet et Savatier, Enum,, p. 8; Seemann. Flora Vitiensis, p. 284. \037\035\013

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GOLOGâSE 59 \037et là aux Antilles et ailleurs dans l'Amérique tropicale, mais beaucoup moins qu'en Asie ou en Afrique, et sans la moindre indication d'une origine américaine. \037Dans les pays où l'espèce est spontanée, il y a des noms vul- gaires, quelquefois très anciens, qui diffèrent complètement les uns des autres, ce qui confirme une origine locale. Ainsi le nom sanscrit est Kuchoo (prononcez Koutschou)^ qui subsiste dans les langues modernes de llnde, par exemple dans le bengali*. A Ceylan, la plante sauvage se nomme Gakala, la plante cultivée Kandalla *. Les noms malais sont Kelady ^, Tallus, Tallas, Taies ou Taloes ^, duquel vient peut-être le nom si connu des 0-taïtiens et Novo-Zélandais de Tallo ou Tarro **, aux îles Fidji Dalo *. Les Japonais ont un nom tout à fait distinct, Imo ', qui montre une existence très ancienne, soit originelle soit de culture. \037Les botanistes européens ont connu la Golocase d'abord par l'Egypte, où elle est cultivée depuis un temps qui n'est peut-être pas très reculé. Les monuments des anciens Egyptiens n'en ont fourni aucun indice, mais Pline * en a parlé sous le nom d'Arum ^gyptium. Prosper Alpin l'avait vue danslexvi*^ siècle et en parle longuement *. Il dit que le nom dans le pays est Culcas, qu'il faut prononcer Coulcas, et que Delile *° a écrit Qolkas et Koulkas, On aperçoit dans ce nom arabe des Egyptiens quelque analogie avec le sanscrit Koutschou^ ce qui appuie rhypothèse, assez probable, d'une introduction de Tlnde ou de Ceylan. De L'Ecluse" avait vu la plante cultivée en Portugal, comme venant d'Afrique, sous le nom Alcoleaz, évidemment d'origine arabe. Dans quelques localités du midi de l'Italie où l'espèce a été naturalisée, elle se nomme Aro di Egitto^ selon Parlatore ". \037Le nom Colocasia donné par les Grecs à une plante dont la racine était employée par les Egyptiens peut venir évidemment de ColcaSy mais par transposition à une autre plante que le vrai Colcas. En effet, Dioscoride l'applique à la Fève d'Egypte ou Nelumbium *^, qui a une grosse racme ou plutôt un rnizome, dans le sens botanique, assez filandreux et mauvais à manger. \037,1. Roxburgh, /. c, \0372. Thwaites, l. c, \0373. Rumphius, /. c. \0374. Miquel^ Sumatra, p. 258 ; Hasskarl, Catal, horti bogov. alter, p. 35. \0375. Forster, /. c. \0376. Seemann, /. c. \0377. Franche t et Savatier, /. c. \0378. Pline, HisL, 1. 19, c. 5. \0379. Alpinus, Hist, jEgypt. naturalis, éd. 2, vol. i, p. 166 ; 2, p. 192. \03710. Delile, Flora Egygt. ilL, p. 28. De la Colocase des anciens, br. in-8, 1846. \03711. Clusius, Historia, 2, p. 75. \03712. Parlatore, FI, ital., 2, p. 255. \03713. Prosper Alpinus, /. c; Columna; Delile, Ann, du Mus., 1, p. 375, De la colocase des anciens ; Reynier, Economie des Egyptiens, p. 321. \037\035\013

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60 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037Les deux plantes sont très différentes^ surtout par la fleur. L'une est une Aracée, l'autre une Nymphéacée; Tune est de la classe des Monocotylédones , l'autre des Dicotylédones. Le Nelumbium , originaire de Flnde, a cessé de vivre en Egypte, tandis que la Golocase des botanistes modernes s'est conservée. S'il y a eu confusion chez les auteurs grecs, comme cela paratt probable, il faut l'expliquer par le fait que le Colcas fleurit rarement, du moins en Egypte. Au point de vue de la nomenclature bota- nique il importe peu qu'on se soit trompé jadis sur les plantes qui devaient s'appeler Golocase. Heureusement, les noms scien- tifiques modernes ne s'appuient pas sur les définitions douteuses des anciens, et il suffît de dire aujourd'hui, si l'on tient aux étymologies, que Golocasia vient de Golcas, à la suite d'une \037erreur. \037• \037Alocase à gr^TLde racine. — Alocasia macrorrhiza Schott. — Arum macrorrhizuniy Linné {FL ZeyL, 327). \037Gette Aracée, que Schott rapportait tantôt au genre Golocasia et tantôt à l'Alocasia, et dont la synonymie est bien plus com- pliquée qu'il ne semble d'après les noms indiqués ci-dessus *, est cultivée moins souvent que la Golocase ordinaire, mais de la même façon et à peu près dans les mêmes pays. Ses rhizomes atteignent la longueur d'un bras. Ils ont une saveur acre bien prononcée, qu'il est indispensable de faire disparaître au moyen de la cuisson. \037Les indigènes d'0-Taïti la nomment Apé et ceux des îles des Amis Kappe *. A Geylan, le nom vulgaire est Habara^ d'après Thwaites ^ Elle a d autres noms dans l'archipel indien, ce qui fait présumer une existence plus ancienne que les peuples actuels de ces régions. \037La plante paraît sauvage surtout dans l'île d'0-Taïti *. Elle l'est aussi à Geylan, d'après M. Thwaites, qui a herborisé long- temps dans cette île. On l'indique encore dans l'Inde ^ et même en Australie ®, mais sans affirmer la qualité de plante sauvage, toujours difficile à établir pour une espèce cultivée au bord des ruisseaux et qui se propage par caïeux. En outre, elle est quel- quefois confondue avec le Golocasia indica Kunth, qui végète de la même manière, qu'on trouve çà et là dans les cultures, et qui se voit, spontanée ou naturalisée, dans les fossés ou les ruis- seaux de l'Asie méridionale, sans que son histoire soit encore bien connue. \037\035\0131. Voir Engler, dans nos Monographiœ Phanerogmncm, 2, p. S02. \0372. Forster, De plantis esculentis insularum Oceani australis^ p. 58. \0373. Thwaites, Enum. plant. ZeyL, 336. \0374. Nadeaud, Enum, des plantes indigènes, p. 40. \0375. Engler, /. c. \0376. Bentham, Flora amtrai.^ 8, p. 155. \037\035\013

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IGNAMES 61 \037Konjak. — Amorphophallus Konjak^ G. Koch. — Amorpho- phallus Rivieri, du Hieu, var, Konjak^ Engler *. \037Le Konjak, cultivé en grand par les Japonais, et sur lequel le D*" Vidal a donné des détails agricoles très complets dans le Bulletin de la Société d'acclimatation de juillet 1877, est une plante bulbeuse de la famille des Aracées. Elle est considérée par M. Engler comme une variété de TAmorphophallus Rivieri, de Cochinchine, dont les journaux d'horticulture ont donné plusieurs figures depuis quelques années «. On peut la cultiver dans le midi de l'Europe, à la manière des Dahlias, comme une sorte de curiosité ; mais, pour apprécier la valeur comestible des bulbes^ il faudrait leur faire subir la préparation au lait de chaux, usitée par les Japonais, et s'assurer du produit en fécule pour une surface donnée. \037M. Vidal n'a pas de preuve que la plante du Japon soit sau- vage dans le pays. Il le suppose d'après le sens du nom vulgaire, qui est, dit-il, Konniyakou ou Yamagonnivakou, Yama signi- fiant montagne. MM. Franchet et Sa vatier * n'ont vu la plante que dans les jardins. La forme cochinchinoise, qu'on croit de la même espèce, est venue par les jardins, sans qu'on puisse affir- mer qu'elle soit sauvage dans le pays. \037Ignames. — Dioscorea sativa, D, Batatas^ D, japonica et D. alata. \037Les Ignames, plantes monocotvlédones , de la famille des Dioscorées, constituent le genre ÎHoscorea, dont les botanistes ont décrit à peu près deux cents espèces, répandues dans tous les pays intertropicaux ou subtropicaux. Elles ont ordinairement des rhizomes, c'est-à-dire des tiges ou ramifications de tiges sou- terraines, plus ou moins charnues, qui grossissent quand la partie aérienne et annuelle de la plante est près de finir *. Plu- sieurs espèces sont cultivées en divers pays pour ces rhizome» farineux, qu'on mange cuits, comme les pommes de terre. \037La distinction botanique des espèces a toujours ofl'ert des diffi- cultés, parce que les fleurs mâles et femelles sont sur des indi- vidus différents et que les caractères à tirer des rhizomes et du bas des tiges aériennes ne se voient pas dans les herbiers. Le dernier travail d'ensemble est celui deKunth ^, qui date de 1850. Il devrait être revu, à cause des nombreux échantillons rapportés par les voyageurs depuis quelques années. Heureusement, lors- \037\035\0131. Engler, dans DG. Monogr. Phaner., vol. 2, p. 313. \0372. Gardener's Chroniclé, 1873, p. 610; Flore des serres et Jardins, t. 1958, 1959 ; Hooker, Bot. mag., t. 6195. \0373. Franchet et Savatier, Enum. plant. Japonise, 2, p. 7. \0374. M. Sagot, BuU. de la Soc. bot. de France, 1871, p. 306, a très bien décrit la manière de végéter et la culture des ignames, telle qu'il les a obser- vées à Cavenne. \0375. Kuntn, EnumeratiOf vol. 5. \037\035\013

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62 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037qu'il s*agit de rorigine des espèces cultivées, certaines considéra- tions historiques et linguistiques peuvent guider, sans qu'il soit absolument besoin de connaître et d'apprécier les caractères bo- taniques de chacune. \037Roxburgh énumère plusieurs Dioscoreas * cultivés dans l'Inde, mais il n'en a trouvé aucun à l'état sauvage, et ni lui ni Pid- dington * ne citent des noms sanscrits. Ce dernier point fait pré- sumer une culture peu ancienne, ou jadis peu répandue dans rinde, provenant soit d'espèces indigènes encore. mal définies, soit d'espèces étrangères cultivées ailleurs. Le nom générique bengali et hindou est Aloo (prononcez Afow), précédé d'un nom spécial pour chaque variété ou espèce, par exemple Kam Aloo^ pour Dioscorea alata. L'absence de noms distincts dans chaque province fait encore présumer une culture peu ancienne. A Geylan M. Thwaites ' indique six espèces spontanées, et il ajoute que les Dioscorea saliva L., D. alata L., et /). purpurea noxb, sont cultivés dans les jardins, mais non sauvages. \037V Igname de Chine^ Dioscorea Batatas de Decaisne \ cultivé en grand par les Chinois, sous le nom de Sain-In et introduit par M. de Montigny dans les jardins d'Europe, où il reste comme un légume de luxe, n'a pas été trouvé sauvage en Chine jusqu'à présent. D'autres espèces moins connues sont aussi cultivées par les Chinois, en particulier le ChotA^Yu^ rou-Tchou, Chan-Yu^ mentionné dans leurs anciens ouvrages d'agriculture et qui a des rhizomes sphériques (au lieu des fuseaux pyriformes du D. Batatas). Les noms signifient, d'après Stanislas Julien, Arum de montagne^ par où l'on peut inférer une plante véritablement du pays. Le D"* Bretschneider * indique trois Dioscoreas comme cultivés en Chine {Dioscorea Batatas^ alata, sativa), et il ajoute : « Le Dioscorea est indigène en Chine, car il est mentionné dans le plus ancien ouvrage de matière médicale, celui de l'empereur Schen-nung. » \037Le Dioscorea Japonica, Thunberg, cultivé au Japon, a été ré- eolté aussi dans les taillis de localités diverses, sans qu'on sache positivement, disent MM. Franchet et Savatier ^, jusqu'à quel point il est indigène ou répandu par un effet de la culture. Une autre espèce, plus souvent cultivée au Japon, se propage çà et là dans la campagne, d'après les mêmes auteurs. Ils la rappor- tent au Dioscorea sativa de Linné, mais on sait que l'illustre Suédois avait confondu plusieurs espèces asiatiques et améri- caines sous ce nom, qu'il faut ou abandonner, ou restreindre à \0371 . Ce sont les D. globosa, alata, rubella, purpurea^ fasciculata, dont deux ou trois paraissent de simples variétés. \0372. Pidaington, Index, \0373. Thwaites, Enum. plant, Zeylan, p. 326. \0374. Decaisne, Histoire et culture de f Igname de Chine, dand Revue horti- ^ole, i" juillet et déc. 1853 ; Flore des serres et jardins X, pi. 971. \0370. Bretschneider, Study and value of chinese àotanical works, p. 12. 6. Franchet et Savatier, Enum. plant, Japonia, 2, p. 47. \037\035\013h \037\035\013

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IGNAMES 63 \037Tune des espèces de l'Archipel indien. Si l'on adopte ce dernier parti, le vrai D. sativa serait la plante cultivée à Ceylan, dont Linné avait eu connaissance, et que Thwaites nomme effective- ment Dioscorea sativa^ Linné. Divers auteurs admettent l'identité de la plante de Geylan avec d'autres cultivées au Malabar, à Sumatra, à Java, aux Philippines, etc. Blume * prétend que le D, sativa L., auquel il attribue la planche M de Rheede (Ma- labar, vol. 8), croîtdans les lieux humides des montagnes de Java et du Malabar. Il faudrait, pour ajouter foi à ces assertions, que la question de l'espèce eût été étudiée soigneusement, d'après des échantillons authentiques. \037L'Igname la plus généralement cultivée dans les îles de la mer Pacifique, sous le nom de Ubi (prononcez Oubi)y est le Dioscorea alata de Linné. Les auteurs des xvii® et xvnr siècles en parlent comme étant très répandue à Taïti, à la Nouvelle-Guinée, aux Moluques, etc. ^. On en distingue plusieurs variétés, suivant la forme des rhizomes. Personne ne prétend avoir trouvé cette espèce à l'état sauvage, mais la flore des îles d'où elle est proba- blement originaire, en particulier celle des Gélèbes, de la Nouvelle- Guinée, etc., est encore peu connue. \037Transportons-nous en Amérique. Là aussi, plusieurs espèces de ce genre croissent spontanément, par exemple au Brésil, dans la Guyane, etc., m^is il semble que les formes cultivées ont été plutôt introduites. En effet, les auteurs indiquent peu de variétés ou espèces cultivées (Plumier une, Sloane deux), et peu de noms vulgaires. Le plus répandu est Yam^ Igname ou inhame, qui est d'origine africaine^ suivant Hugues, ainsi que la plante cul- tivée de son temps aux Barbades ^. \037Le mot Yam^ d'après lui, signifie manger^ dans les idiomes de plusieurs des nègres de la côte de Guinée. Il est vrai que deiix voyageurs plus rapprochés de la découverte de l'Amérique, cités par M. de Humboldt *, auraient entendu prononcer le nom d'/^wame sur le continent américain : Vespucci, en 1497, sur la côte de Paria; Cabrai, en 1500, au Brésil. D'après celui-ci, le nom s'appliquait à une racine dont on faisait du pain, ce qui €onvienarait mieux au Manioc et me fait craindre une erreur, d'autant plus qu'un passage de Vespucci, cité ailleurs par M. de Humboldt ^, montre la confusion qu'il faisait entre la Manioc et l'Igname. Le B. Cliffortiana Lam. croît sauvage au Pérou • et au Brésil ', jnais il ne m'est pas prouvé qu'on le cultive. Presl \0371. Blume, Erium. plant, Javég, p. 22. \0372. Forster, Plant, esculent,y p. 56 ; Rumphius, Amboin,^ vol. 5, pi. 120, 121 etc. \0373! Hughes, Hist, nat. Barà,, p. 226 et 1750. \0374. De Humboldt, Nouv. Esp,, 2« éd., vol. 2, p. 468. \0375. De Humboldt, iôi'c?., p. 403i \0376. Hsenke, dans Presl^ Rel., p. 133. \0377. Martius^ Flora brasiliensiSj V, p, 43. \037\035\013

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64 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES \037dit « verosimiliter colitur », et le Flora brasiliensls ne parle pas de culture. \037Dans la Guyane française, d'après le D*" Sagot *, on cultive surtout le Discorea triloba Lam, appelé Igname indien^ qui est répandu aussi au Brésil et aux Antilles. Le nom vulgaire fait présumer une origine du pays, tandis qu'une autre espèce, />. Cayennensis Kunth, aussi cultivée à la Guyane, mais sous le nom d'Igname pays-nègre^ aurait été plutôt apportée d'Afrique, opi- nion d'autant plus vraisemblable que sir W. Hooker assimile au D. Cayennensis Tlgname cultivée en Afrique au bord du Nun et du Quorra ^. Enfin Y Igname franche de la Guyane est. selon M. Sagot, le />. alata^ introduit de l'archipel malais et de rOcéanie. \037En Afrique, il y a moins de Dioscoreas indigènes qu'en Asie ou en Amérique, et la culture des Ignames est moins répandue. Sur la côte occidentale, on ne cultive qu'une ou deux espèces d'après Thonning '. Lockhard, au Congo, n'en avait vu qu'une et dans un seul endroit *. Pour l'île Maurice, Bojer * énumère 4 espèces cultivées, qu'il dit originaires d'Asie, et une, le D. bulbi fer a Lam., \0373ui serait de l'Inde, si le nom est exact. Il prétend qu'elle est venue e Madagascar et s'est répandue dans les forêts, hors des plan- tations. A Maurice, elle porte le nom de Cambare marron, Ov Cambare se rapproche assez du nom indien Kam, et marron indique une plante échappée des cultures. Les anciens Egyptiens ne cultivaient pas d'Ignames, ce qui fait présumer une culture moins ancienne dans l'Inde que celle de la Golocase. Forskal et Delile ne mentionnent pas d'Ignames cultivées en Egypte à l'épo- que moderne. \037En résumé, plusieurs Dioscoreas sauvages en Asie (surtout dans l'archipel asiatique) et d'autres, moins nombreux, croissant en Amérique et en Afrique, ont été introduits dans les cultures comme plantes alimentaires, à des époques probablement moins reculées que beaucoup d'autres espèces. Cette dernière conjecture repose sur l'absence de nom sanscrit, sur la faible extension géogra- phiaue des cultures et la date, qui ne paraît pas très ancienne, des habitants des îles de la mer Pacifique. \037Arroiv-root. — Maranla arundinacea^ Linné. \037Plante de la famille des Scitaminées, voisine du genre Canna ^ dont les drageons souterrains * produisent l'excellente fécule appelée arrow-root. On la cultive aux Antilles et dans plusieurs autres pays intertropicaux de l'Amérique continentale. Elle a \037\. Sagot, BulL Soc. bot, France, 1871, p. 305, \0372. Hooker, Flora nigrit, p. 53. \0373. Thonning, Plantée guineenses, p. 447. \0374. Brown, Congo, p. 49. \0375. Bojer, Hortits mauritianus, \0376. Voir la description de Tussac, Flore des Antilles, 1, p. 183, \037\035\013

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ARROW-ROOT 66 \037•été introduite aussi dans Tancien monde, par exemple sur la «côte de Guinée * . \037Le Maranta arundinacea est certainement américain. D'après ies indications de Sloane 2, il avait été apporté de la Domimque aux Barbades et de là à la Jamaïque, ce qui fait présumer qu'il •n'est pas originaire des Antilles. Le dernier auteur qui ait étudié le genre Maranta, Kôrnicke ', a vu plusieurs échantillons re- cueillis à la Guadeloupe, à Saint-Thomas, au Mexique, dans d'Amérique centrale, à la Guyane et au Brésil ; mais il ne s'est pas occupé de savoir s'ils venaient de plantes spontanées, culti- vées ou naturalisées. Les collecteurs ne l'indiquent presque jamais, et l'on manque pour le continent américain, excepté pour les Etats-Unis, de flores locales et surtout de flores faites par des botanistes ayant résidé dans le pays. D'après les ou- vrages publiés, je vois l'espèce indiquée comme cultivée *, ou Tenant dans les plantations '^, ou sans aucune explication. Une localité du Brésil, dans la province peu habitée de Matto grosso, citée par Kôrnicke, fait présumer l'absence de culture. Seemann ^ indique l'espèce dans les endroits exposés au soleil près de Panama. \037On cultive aussi aux Antilles une espèce, Maranta indica^ qrue Tussac dit avoir été apportée de l'Inde orientale. Kôrnicke lui rapporte le M, ratnosissima de Wallich, trouvé à Sillet, dans l'Inde, et pense que c'est une variété du M, arundinacea. Sur trente-six espèces plus ou moins connues du genre Maranta, une trentaine au moins sont d'Amérique. Il est donc assez impro- bable que deux ou trois autres soient asiatiques. Jusqu'à ce que 4a Flore de l'Inde anglaise de sir J. Hooker soit achevée, ces ques- tions sur les espèces de scitaminées et leurs origines seront très obscures. \037Les Anglo-Indiens tirent de l'arrov^r-root d'une autre plante de la même famille qui croît dans les forêts du Deccan et au Ma- labar, le Curcuma angustifolia Roxhurgh '.Je ne sais si on la -cultive. \0371. Hooker^ Nigei^ flora, p. 331. \0372. Sloane, Jamatca, 1707, vol. 1, p. 254. \0373. Dans Bull. Soc. des natur. de Moscou^ 1862, vol. 1, p. 34. \0374. Aublet, Guyane^ 1, p. 3. \0375. Meyer, Flora Essequebo., p. 11. \0376. Seemann, Botany of Herald, p. 213. \0377. Roxbur^h, FI. indica, 1, p. 31 ; Porter, The tropical agriculturist, .p. 241; Ainshes, Materia medica, 1, p. 19. \037\035\013De Candoile. îi \037\035\013o \037\035\013

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CHAPITRE II \037\035\013PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU LEURS FEUILLES \037\035\013Article 1. — Eiéfpnmes. \037Ghoa ordinaire. — Brassica oleracea, Linné. \037Le Chou, tel qu'il est figuré dans VEnglish botany, t. 637, le Flora Danica, t. 2056, et ailleurs, se trouve sur les rochers du bord de la mer : 1« dans l'île de Laland en Danemark, l'île Heligoland, le midi de l'Angleterre et de l'Irlande, la Nor- mandie, les îles de Jersey et Guernesey et la Charente-Infé- rieure * ; 2* sur la côte septentrionale de la Méditerranée, près de Nice, Gènes et Lucques ^. Un voyageur du siècle der- nier, Sibthorp, disait l'avoir trouvé au mont Athos, mais aucun botaniste moderne ne l'a confirmé, et l'espèce paraît étrangère à la Grèce, aux bords de la mer Caspienne, de même qu'à la Sibérie, où Pallas disait jadis l'avoir vue, et à la Perse ^. Non seulement les nombreux voyageurs qui ont exploré ces pays ne l'ont pas trouvée, mais les hivers paraissent trop rigoureux pour elle dans l'Europe orientale et la Sibérie. La distribution sur des points assez isolés, et dans deux région» différentes de l'Europe, peut faire soupçonner ou que des pieds en apparence indigènes seraient le résultat, dans plusieurs cas,, d'une dissémination provenant des cultures *, ou que l'espèce aurait été autrefois plus commune et tendrait à disparaître. La \0371. Pries, SummOf p. 29 ; Nylander, Conspectus^ p. 46 : Bentham, Handb. brit. flora, éd. 4 p. 40 ; Mackay, FI, hibem.j p. 28 ; Brebisson, Flore de Normandie, éd. 2, p. 18; Babington, Primitif fl, sarnicae, p. 8; Clavaud^ Flore de la Gironde^ I, p. 68. \0372. Bertoloni, FL itaL, 7, p. 146 ; Nylander, /. c. \0373. Ledebour, FL ross.\ Grisebach, Spicilegium fl. immel; Boissier, FL or,f etc. \0374. Watson, si attentif aux questions de ce genre, doute de Tindigénat en Angleterre. {Compendium of the Cybele, p. 103), mais la plupan de* auteurs de flores britanniques Tadmettent. \037\035\013

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LÉGUMES. — CHOU ORDINAIRE 67 \037présence dans les îles de TËurope occidentale est favorable à cette dernière hypothèse, mais Tabsence dans celles de la mer Méditerranée lui est contraire * . \037Voyons si les données historiques et linguistiques ajoutent quelque chose aux faits de la géographie botanique. \037Et d'abord c'est en Europe que les variétés innombrables de choux se sont formées ^, principalement depuis les anciens Grecs. Théophraste en distinguait trois, Pline un nombre dou- ble, Tournefort une vingtaine, de GandoUe plus de trente. Ce n*est pas d'Orient que sont venues ces modifications, — nouvel indice d'une ancienne culture en Europe et d'une origine euro- péenne. \037Les noms vulgaires sont également nombreux dans les lan- gues européennes et rares ou modernes dans les asiatiques. Sans répéter une foule de noms.que j'ai cités autrefois ', je dirai qu'en Europe ils se ra,ttachent à quatre on cinq racines dis- tinctes et anciennes : \037Kap ou Kaby dans plusieurs noms celtiques et slaves. Notre nom français Cabus en dérive. L'origine est évidemment la même que pour Caput, à cause de la forme en tète du chou. \037Caul, Kohly de plusieurs langues latines [Caulis^ signifiant tige et chou), germaniques (Chdli en ancien allemand, Kokl en allemand moderne, Kaal en danois) et celtiques {Cal en irlan- dais, Kaol et Kol en breton) *. \037Bresic , Bresych, Brassic, des langues celtiques ^ et latines (Brassica)^ d'où probablement Berza et Verza des Espagnols et Portugais, Varza des Roumains ®. \037Aza^ des Basques (Ibères), que M, de Charencey ' regarde comme propre à la langue euskarienne, mais qui diffère peu des précédents. \037JCrambaiy Crambe, des Grecs et des Latins. \037La variété des noms dans les langues celtiques concorde avec l'existence de l'espèce sur les côtes occidentales d'Europe. Si les Aryens Celtes avaient apporté la plante d'Asie, ils n'auraient probablement pas inventé des noms tirés de trois sources diffé- rentes. Il est aisé d'admettre, au contraire, que les peuples aryens, voyant le Chou indigène et peut-être employé déjà en \0371. Les Brassica balearica et Br. cretica sont vivaces, presque ligneux, non bisannuels. On s'accorde h les séparer du Br. oleracea. \0372. Aug. Pyr. de GandoUe a publié, sur les divisions et subdivisions du Brassica oleracea^ un mémoire spécial (Transactions of the hortic» Soc, vol. 5, traduit en allemand, et en français dans la Bioi, univ, agriculty vol. 8), qui est souvent cité comme un modèle dans ce genre. \0373. Alpn. de GandoUe, Géogr. bot. raisonnée, p. 839. \0374. Au. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. i, p. 380. \0375. Alph. de GandoUe, /. e. ; Ad. Pictet, l. c. \0376. Brandza, Prodr. fl romane, p. 122. \0377. De Gharencey, Recherches sur les noms basques, dans Actes de Iz So- ciété philologique, {•' mars 1869. \037\035\013

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68 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037Europe par les Ibères ou les Ligures, ont créé des noms ou se sont servis de ceux des peuples plus anciens dans le pays. \037Les philologues ont rattaché le Krambai des Grecs au nom persan Karamhy Karam^ Kalam, kourde Kalam^ arménien Ga- ghamb ^ ; d'autres à une racine de la langue mère supposée des Aryens, mais ils ne s'accordent pas sur les détails. Selon Pick *, Karambha, dans la langue primitive indo-germanique, signifie « Gemûsepflanze (légume), Kohi (chou), Karambha voulant dire tige, comme caulis. » Il ajoute que Karambha en sanscrit est le nom de deux légumes. Les auteurs anglo-indiens ne citent pas ce nom prétendu sanscrit, mais seulement un nom des langues modernes de l'Inde, Kopee '. Ad. Pictet, de son côté, parle du mot sanscrit Kalamba^ « tige de légume, appliqué au chou. » J'ai beaucoup de peine, le l'avoue, à admettre ces étymologies orientales du mot gréco-latin Crambe. Le sens du mot sanscrit est très douteux (si le mot existe), et, quant au mot persan, il faudrait savoir s'il est ancien. J'en doute, car, si le chou avait existé dans l'ancienne Perse, les Hébreux l'auraient connu *. \037Par tous ces motifs, l'espèce me parait originaire d'Europe. La date de sa culture est probablement très ancienne, anté- rieure aux invasions aryennes, mais on a commencé sans doute par récolter la plante sauvage avant de la cultiver. \037Cresson alénois. — Lepidium sativum, Linné. \037Cette petite Crucifère, usitée aujourd'hui comme salade, était recherchée dans les temps anciens pour certaines propriétés des graines. Quelques auteurs pensent qu'elle répond un Car- damon de Dioscoride ; tandis que d'autres appliquent ce nom à YErucaria aleppica *. En l'absence de description suffisante, le nom vulgaire actuel étant Cardamon ®, la première des deux suppositions est vraisemblable. \037La culture de l'espèce doit remonter à des temps anciens et s'être beaucoup répandue, car il existe des noms très différents : en arabe Bescnad, en persan Turehtezuk ^, en albanais, langue dérivée des Pelasges, Diéges *, sans parler de noms tirés de l'ana- logie de goût avec le cresson {Nasturtium officinale). Il y a des noms très distincts en hindoustani et bengali, mais on n'en con- naît pas en sanscrit ^. \037Aujourd'hui, la plante est cultivée en Europe, dans l'Afrique \0371. Ad. Pictet. /. c. \0372. Fick, Vôrterb, d. indo-germ. Sprachen, p. 34. \0373. Piddington, Index ; Ainsiies, Mai, méd. ind, \0374. Roseomûiler, Bibl. Alterk., ne cite aucun nom. \0375. Voir Fraas, Syn. fi, class., p. 120, 124; Lenz, Bot, rf. Alten, p. 617. \0376. Sibthorp, Prodr. fi. graec, 2, p. 6; Heidreich, Nutzpfi, GriechenL, p. 47. \0377. Ainsiies, Mat, méd. ind., 1, p. 9o. \0378. Heidreich, /. c, \037î). Piddington, Index; Ainsiies^ /. c. \037\035\013

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LÉGUMES. — CRESSON. — POURPIER 69 \037septentrionale, l'Asie occidentale, l'Inde et ailleurs ; mais, d'où est-elle originaire ? C'est assez obscur. \037Je possède plusieurs échantillons recueillis dans Tlnde, où sir J. Hooker* ne regarde pas l'espèce comme indigène. Kotschy Fa rapportée de l'île Karek ou Karrak , du golfe Persique. L'éti- quette ne dit pas que ce fût une plante cultivée. M. Boissîer ' en parle, sans ajouter aucune réflexion, et il mentionne ensuite des échantillons d^Ispahan et d'jilgypte recueillis dans les cultures. Olivier est cité pour avoir vu le Cresson alénois en Perse, 6iais on ne dit pas si c'était à l'état vraiment spontané '. On répète dans les livres que Sibthorp l'a trouvé dans l'île de Chypre, et, quand on remonte à son ouvrage, on voit que c'était dans les champs *. Poech ne l'a pas mentionné à Chypre ^. Unger et et Kotschy * ne le disent pas spontané dans cette île. D'après Ledebour , Koch l'a trouvé autour du couvent du Mont Ararat, Pallas près de Sarepta, Palk au bord de l'Oka, affluent du Volga; enfin H. Martius l'a cité dans sa flore de Moscou; mais on n'a pas de preuves de la spontanéité dans ces diverses localités. Lindemann ^, en 1860, ne comptait pas l'espèce parmi celles de Russie, et, pour la Crimée, il l'indique seulement comme cultivée *. D'après Nyman ***, le botaniste Schur l'aurait trouvée sauvage en Transylvanie, tandis que les flores de l'Au triche- Hongrie ne citent pas l'espèce, ou la disent cultivée ou croissant dans les terrains cultivés. \037Je suis porté à croire, d'après l'ensemble de ces données plus ou moins douteuses, que la plante est originaire de Perse, d'où elle a pu se répandre, après l'époque du sanscrit, dans les jar- dins de l'Inde, de la Syrie, de la Grèce, de l'Egypte et jusqu'en Abyssinie". \037Pourpier. — Portulaca oleracea, Linné. \037Le pourpier est une des plantes potagères les plus répandues dans l'ancien monde , depuis des temps très reculés. On l'a transportée en Amérique, où elle se naturalise, comme en Europe, dans les jardins, les décombres, au bord des che- mins, etc. C'est un légume plus ou moins usité, une plante offi- cinale et en même temps une excellente nourriture pour les porcs. \0371. Hooker, FL brit. India, 1, p. 160. \0372. Boissier. FL orient, y vol. 1. \0373. De CandoUe, Syst., 2, p. 533. \0374. Sibthorp et Smith, Prodr. fl, grsecae, 2, p. 6. \0375. Poech, Enum. plant, Cypri, 1842. \0376. Unffer et Kotscny, Inseîn Cypern, p. 331. \0377. Ledebour, F. ross,, 1, p. 203. \0378. Lindemann, Index plant, in Ross.^ Bull, Soc. nat, MosCf 1860, vol. 33. \0379. Lindemann, Prodr. fl. Cherson, p; 21. \03710. Nyman, Conspectus fl. europ.^ 1878, p. 65. \03711. Schweinfurth, Beitr. fl. ^th., p. 270. \037\035\013

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70 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037On lui connaît un nom sanscrit, Lonica ou Lounia, c[ui se re- trouve dans les langues modernes de Tlnde *. Les noms grec Andrachne et latin Portulaca sont tout autres, de même que le groupe des noms Cholza en persan, Khursa ou Koursa en hin- dous tani, Kourfa Kara-or en arabe, en tartare, qui paraissent l'origine de Kurza-noga en polonais, Kurj-noha en bohème, Kreusel en allemand, sans parler du nom Schrticha des Russes et de quelques autres de TAsie orientale *. Il n'est pas néces- saire d'être linguiste pour voir certaines dérivations dans ces noms, indiquant que les peuples asiatiques dans leurs migra- tions diverses ont transporté leurs noms de la plante; mais cela ne prouve' pas qu'ils Talent transportée elle-même. Ils peuvent l'avoir reconnue dans les pays où ils arrivaient. D'un autre côté l'existence de trois ou quatre racines différentes fait présumer que des peuples européens antérieurs aux migrations des Asia- tiques avaient déjà des noms pour l'espèce, et que celle-ci, par conséquent, est très ancienne en Europe comme en Asie. \037L'état cultivé, naturalisé autour des cultures ou spontané est bien difficile à connaître pour une plante si répandue et qui se propage facilemeiït an moyen de ses petites graines, en nombre immense. \037A l'est du continent asiatique, elle ne paraît pas aussi ancienne que dans l'ouest, et jamais les auteurs ne disent que ce soit une plante spontanée ^. Dans l'Inde, c'est bien différent. Sir J- Hooker dit * : Croissant dans l'Inde jusqu'à 8000 p. dans l'Himalaya. Il indique aussi dans le nora-ouest de l'Inde la variété à tige dressée qu'on cultive, avec l'ordinaire, en Europe. Je ne trouve rien de positif sur les localités de Perse, mais on en mentionne de si nombreuses et dans des pays si peu cultivés, sur les bords de la mer Caspienne, autour du Caucase, et même dans la Russie méridionale ^, qu'il est difficile de ne pas admettre l'indigénat dans cette région centrale d'où les peuples asiatiques ont envahi l'Europe. En Grèce, la plante est spontanée aussi bien que cul- tivée ^. Plus loin, vers l'ouest, en Italie, etc., on recommence à trouver dans les flores pour toute indication les champs, les jardins, les décombres et autres stations suspectes '. \037Ainsi les documents linguistiques et botaniques concourent à faire regarder l'espèce comme originaire de toute la région qui s'étend de 1 ' Himalaya occidental à la Ru ssie méridionale et la Grèce . \0371. PiddingtOD, Index to indian plants. \0372. Nemnich, PolyoL Lexicon Naturgesch., 2, p*. 1047. \0373. Loureiro, FI. Cochinch. 1, p. 359 ; Franchet et Savatier, Enum, plant. Japon., 1, p. 53; BeDtham, Fl. Hongkong, p. 127. \0374. Hooker, Fl. brit. Ind., 1, p. 240. \0375. Ledebour, Fl. ross., 2, p. 145. Lindemann, Prodr. fl. Chers., p. 74, dit : In desei^tis et arenosis inter Cherson et Berislaw, circa Odessam. \0376. Lenz, Bot. d. Alt., p. 632 ; Heldreich, Fl. attisch. Ebene, p. 483. \0377. BertoL, Fl. it., v. 5 ; Gussone, Fl. sic. voL 1 ; Moris, FL sard,, v, 2; Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., v. 3. \037\035\013

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LÉGUMES. — CÉLERI — CERFEUIL 71 \037Tétragone étalée. — Tetragonia expansa^ Murray. \037Les Anglais appellent cette plante Epmard de la Nouvelle-Zé- lande^ parce qu'elle avait été rapportée de ce pays et cultivée par sir Joseph Banks, lors du célèbre voyage du capitaine Gook. C'est une plante singulière, sous deux points de vue. D'abord elle est la seule espèce cultivée qui provienne de la Nouvelle-Zélande; ensuite elle appartient à une famille de plantes ordinairement charnues, les Ficoïdes, dont aucune autre ■espèce n'est employée. Les horticulteurs * la recommandent, comme un légume annuel, dont le goût est à peu près celui de il'Epinard, mais qui supporte mieux la sécheresse et devient par ^e motif une ressource dans la saison où l'Epinard fait défaut. \037Depuis le voyage de Cook, on l'a trouvée sauvage, principale- ment sur les côtes de la mer, non seulement à la Nouvelle-Zé- lande, mais en Tasmanie, dans le sud et l'ouest de l'Australie, au Japon et dans l'Amérique australe *. Reste à savoir si, dans ces dernières localités, elle n'est pas naturalisée, car elle est in- diquée près des villes, au Japon et au Chili '. \037Céleri cultivé. — Apium graveolens^ Linné. \037Comme beaucoup d'Ombelluères, des lieux humides, le Céleri sauvage a une haJbitation étendue. 11 existe depuis la Suède jusqu'à l'Algérie, l'Egypte, TAbyssinie, et en Asie depuis le Caucase jusque dans le Belouchistan et les montagnes de llnde anglaise *. \037Il en est question déjà dans YOdyssée, sous le nom de Selinon^ et dans Théophraste ; mais plus tard Dioscoride et Pline ^ dis- tinguent le Céleri sauvage et le Céleri cultivé. Dans celui-ci, on fait blanchir les feuilles, ce qui diminue beaucoup l'amertume. L'ancienneté de la culture fait comprendre pourquoi les variétés de jardin sont nombreuses. Une des plus différentes de l'état naturel est le Céleri rave, dont la racine charnue se mange cuite. \037Cerfeuil. — Scandix Cerefoliwriy Linné. — Anthriscus Cere^ folium^ Hoffmann. \037Il n'y a pas longtemps que l'origine de cette petite Ombel- tlifère, si commune dans nos jardins, était inconnue. Comme \0371. Botanical magazine, t. 2362; Bon jardinier, 1880, p. 567. \0372. Sir J. Hooker, Handbook of New Zealand flora, p. 84; Bentham, Flora australiensis, 3, p. 327; Franehet et Savatier, Enum, plant, Japonia^ I, p. 177. \0373. Cl. Gay, Flora chilena, 2, p. 468. \0374. Pries, Summa veget. Scandinavise ^ Munby, Catal. Alger.^ p. il ; Boissier, Flora orientalis, 2, p. 856 ; Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlung, p. 272 ; Hooker, Flora of brit, India, 2 p. 679. \0375. Dioscoride, Mat med,, l. 3, c. 67, 68; Pline, IHst, 1. 19, oi 7, 8; Lenz, £oL d. alten Gnechen und Bœmer, p. 557. \037\035\013

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72 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037beaucoup d'espèces annuelles, on la voyait paraître dans les décombres, les bords de haies, les terrains peu cultivés, et l'on ne savait pas s'il fallait la regarder comme spontanée. Dans l'Europe occidentale et méridionale, elle semble adventive, plus ou moins naturalisée ; mais, dans le sud-est de la Russie et dans l'Asie occidentale tempérée, elle paraît spontanée. Steven * l'in- dique dans « les bois de la Crimée, çà et là ». M. Boissier ^ a reçu plusieurs échantillons des provinces au midi du Caucase, de Turcomanie et des montagnes de la Perse septentrionale, loca- lités probablement naturelles de l'espèce. Elle manque aux flores de l'Inde et de TAsie orientale. \037Les auteurs grecs n'en ont pas parlé. La première mention chez les anciens est dans Columelle et Pline ', c'est-à-dire au commencement de l'ère chrétienne. On la cultivait. Pline l'ap- \037f)elle Cerefolium. Probablement l'espèce s'était introduite dans e monde gréco-romain depuis Théophraste, c'est-à-dire dans le laps des trois siècles qui ont précédé l'ère actuelle. \037Persil. — Petroselinum sativum, Moench \037Cette Ombellifère bisannuelle est sauvage dans le midi de l'Europe, depuis l'Espagne jusqu'en Macédoine. On l'a trouvée aussi à Tlemcen en Algérie et dans le Liban *. \037Dioscoride et Pline en ont parlé sous le nom de Petroselinon et Petroselinum^ mais comme d'une plante sauvage et offici- nale ^. Rien ne prouve qu'elle fût cultivée de leur temps. Dans le moyen âge Charlemagne la comptait parmi les plantes qu'il ordonnait de cultiver dans ses jardins ®. Olivier de Serres^ au xvi« siècle, cultivait le Persil. Les jardiniers anglais l'ont reçu en 1548 ^ \037Quoique la culture ne soit pas ancienne et importante, il s'est produit déjà deux races, qu'on appellerait des espèces, si on les voyait à l'état spontané : le Persil à feuilles frisées et celui dont la racine charnue est comestible. \037Ache ou Maceron. — Smyrnium Olus-atrum^ Linné. \037De toutes les Ombellifères servant de légumes, celle-ci a été une des plus communes dans les jardins pendant environ quinze siècles, et maintenant elle est abandonnée. On peut suivre ses commencements et sa fm. Théophraste en parlait comme d'une plante officinale sous le nom de Ipposelinon^ mais trois cents ans \0371. Steven, Verzeichniss taurischen Halbinseln, p. 183. \0372. Boissier, Flora orient.^ 2, p. 913. \0373. Lenz, Botanik der alten Griechen und Rœmer, p. 572. \0374. Munby, Catal. Alger., éd. 2, p. 22; Boissier, Flora orientalis^ 2 p., 857^ \0375. Dioscorides, Mat, medica, 1. 3, c. 70 ; Pline, Hist,, 1. 20, c. 12. \0376. La liste de ces plantes est dans Meyer, Geschickte dei^ Botanik, 3>. p. 401. \0377. Phillips, Companionto kitchen garden^ 2, p. 33. \037\035\013

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LÉGUMES. — PERSIL. — ACHE. — MACHE. — ARTICHAUT 73 \037plus tard Dioscoride ^ dit qu'on en mangeait la racine ou les feuilles, à volonté, ce qui fait supposer une culture. Les Latins l'appelaient Olus-atrum^ Gharlemagne Olisatum, et il ordon- nait d'en semer dans ses fermes ^. Les Italiens l'ont beaucoup employée, sous le nom de Macerone '. A la fin du xviii» siècle, la tradition existait en Angleterre que cette plante était jadi» cultivée ; ensuite les horticulteurs anglais ou français n'en par- lent plus *. \037Le Smyrnium Olus-atrum est spontané dans toute l'Europe méridionale, en Algérie, en Syrie et dans l'Asie Mineure ^. \037Mâche ou Doucette. — Valerianella olitoria, Linné. \037Cultivée fréquemment pour salade, cette plante annuelle, de la famille des Valérianées, se trouve à l'état spontané dans toute l'Europe tempérée jusqu'au 60® degré environ, dans l'Europe méridionale, aux îles Canaries, Madère et Açores, dans le nord de l'Afrique, l'Asie Mineure et les environs du Caucase •. Elle y est souvent dans les terrains cultivés , aux abords des vil- lages, etc., ce qui rend assez difficile de savoir où elle existait avant d'être cultivée. On la cite cependant, en Sardaigne et en Sicile, dans les prés et pâturages de montagnes ^. Je soupçonne qu'elle est originaire de ces îles seulement, et que partout ailleurs elle est adventive ou naturalisée. Ce qui me le fait penser, c'est qu'on n'a découvert chez les auteurs grecs ou latins aucun nom qui paraisse pouvoir lui être attribué. On ne peut même citer, d'une manière certaine, aucun botaniste du moyen âge ou du xvi° siècle qui en ait parlé. Il n'en est pas question non plus parmi les légumes usités en France au xvii« siècle, d'après le Jardinier français de 1651 et l'ouvrage de Laurenberg, Horticul- tura (Francfort, 1632). La culture et même l'emploi de cette salade paraissent donc modernes, ce qui n'avait pas été re- marqué. \037Gardon. — Cynara Cardunculusy Linné. \037Artichaut. — Cynara Scolymus, Linné. — C. Cardunculus^ var. sativa, Moris. Depuis longtemps, quelques botanistes ont émis l'idée que \0371. Theophrastes, Hist,f 1. 1, 9; 1. 2, 2; 1. 7, 6 ; Dioscorides, Mat. med.^ 1. 3, c. 71. \0372. E. Meyer, Geschichte der Botanik, 3, p. 401. \0373. Targioni, Cenni storici, p. 58. \0374. English botany, t. 230 ; Phillips, Companion to the kitchen garden; Le bon jardinier. \0375. Boissier, Flora orientalis, 2, p. 927. \0376. Krok, Monographie des Valerianella, Stockolm, 1864, p. 88 ; Boissier^ Flora orient.^ 3, p. 104. \0377. Bertoloni, Flora ital., 1, p. 185; Moris, Flora sardoa, 2, p. 314; Gussone^ Synopsis ^. Siculx, éd. 2, vol. 1, p. 30. \037\035\013

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74 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037l'artichaut est probablement une forme obtenue, par la cul- ture, du Cardon sauvage *. Aujourd'hui, de bonnes obser- vations en ont donné la preuve. Moris *, par exemple, ayant cultivé, dans le jardin de Turin, la plante spontanée de Sar- daigne à côté de l'Artichaut, affirme qu'on ne pouvait plus les distinguer par de véritables caractères. MM. Wilkomm et Lange ', qui ont bien observé, en Espagne, la plante spontanée et l'Artichaut qu'on y cultive, ont la même opinion. D'ailleurs l'Artichaut n'a pas été trouvé hors des jardins, et comme la région de la Méditerranée, patrie de tous les Cynara, a été explorée à fond, on peut affirmer qu'il n'existe nulle part spon- tané. \037Le Cardon dans lequel il faut comprendre le C. horrida^ de Sibthorp, est indigène à Madère et aux Camaries, dans les mon- tagnes du Maroc près de Mogador, dans le midi et l'orient de la péninsule ibérique, le midi de la France^ de l'Italie, de la Grèce et dans les îles de la mer Méditerranée, jusqu'à celle de Chypre *. Munby ^ n'admet pas le C. Carduncultts comme spontané en Algérie, mais bien le Cynara humilis Linné, qui est considéré par quelques auteurs comme une variété. \037Le Gardon cultivé varie beaucoup au point de vue de la division des feuilles, du nombre des épines et de la taille, diver- sités qui indiquent une ancienne culture. Les Romains man- geaient le réceptacle qui porte les fleurs, et les Italiens le man- gent aussi sous le nom de glrello. Les modernes cultivent le Gardon pour la partie charnue des feuilles, usage qui n'est pas encore introduit en Grèce ®. \037L'Artichaut présente moins de variétés, ce qui appuie Topinion qu'il est une dérivation obtenue du Gardon. Targioni ', dans un excellent article sur cette plante, raconte que l'Artichaut a été apporté de Naples à Florence en 1466, et il prouve que les anciens, même Athénée, ne connaissaient pas l'Artichaut, mais seulement les Cardons sauvages et cultivés. Il faut citer cepen- dant, comme indice d'ancienneté dans le nord de l'Afrique, la circonstance que les Berbères ont deux noms tout à fait particu- liers pour les deux plantes : Addad pour le Cardon, Taga pour l'artichaut ^. \037On croit que les Kactos, Kinara et Scolimos des Grecs et le \0371. Dodoens, Hist. plant., p. 724 ; Linné, Speciesy p. 1159 ; de Candolle' FiHxiromus, 6, p. 620. \0372. Moris, Flora sardoa, 2, p. 61. \0373. Willkomm et Lange, Prodr, fl, hisp,, 2, p. 180. \0374. Webb, Phyt. Canar,, 3, sect. 2, p. 384 ; Bail, Spicilegium jfl, marocc.^ p. 524 ; Willkomm et Lange, /. c. ; Bertoloni, fl, ital., 9 p. 86 ; Boissier, fl. orient., 3, p. 357 ; Unjçer et Kotschy, Insein Ùypern, p. 246. \0375. Munby, Catal., éd. 2. \0376. Heldreich, Nntzpflanzen GriechenlancTs, p. 27. \0377. Targioni, Cenni slorici, p. 52. \0378. Dictionnaire français-berùèi^, publié par le gouvernement, 1 vol. in-8. \037\035\013

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LÉGUMES. — LAITUE 75 \037Carduus des horticulteurs romains étaient le Cynara Cardun- culus *, quoique la description la plus détaillée, celle des Théo- phraste, soit assez confuse. « La plante, disait-il, croît en Sicile » ce qui est encore vrai; et il ajoutait : « non en Grèce. » Il est donc possible que les pieds observés de nos jours dans ce pays soient le résultat de naturalisations par le fait des cultures. D'après Athénée * le roi d'Egypte Ptolomée Euergètes, du II® siècle avant Jésus-Christ, avait trouvé en Lybie une grande quantité de Kinara sauvages, dont ses soldats avaient profité. \037Malgré la proximité de l'habitation naturelle de l'espèce je doute beaucoup que les anciens Egyptiens aient cultivé le Gardon ou l'artichaut. Pickering et Unger ^ ont cru le reconnaître dans quelques dessins des monuments ; mais les deux figures que Ùnger regarde comme le plus admissibles me paraissent extrê- mement douteuses. D'ailleurs on ne connaît aucun nom hébreu, et les Juifs auraient probablement parlé de ce légume s'ils l'avaient vu en Egypte. L'extension de l'espèce doit s'être faite en Asie assez tardivement. Il y a un nom arabe, Hirschuffon Ker- schouff et un nom persan, Kunghir *, mais pas de nom sanscrit, et les Hindous ont pris le nom persan Kunjir ^, ce qui montre l'époque tardive de l'introduction. Les auteurs chmois n'ont mentionné aucun Cynara ®. En Angleterre, la culture de l'Arti- chaut n'a été introduite- qu'en 1548 '. L'un des faits les plus curieux dans l'histoire du Cynara Cardunculus est sa naturali- sation, dans le siècle actuel, sur une vaste étendue des pampas de Buenos-Ayres, au point de gêner les communications ^. Il devient incommode également au Chili ^. On ne dit pas que l'Artichaut se naturalise de cette manière nulle part, ce qui est encore l'indice d'une origine artificielle. \037Laitue. — Lactuca Scariola, var. sativa. \037Les botanistes s'accordent à considérer la laitue cultivée comme une modification de l'espèce sauvage appelée Lactuca Scariola ^^, \037\035\0131. Theophrastes, Hint., 1. 6, c. 4 ; Pline, Hist,, 1. 19, c. 8 ; Lenz, Botanik der alten Griechen und Rœmer^ p. 480. \0372. Athénée, Deipn., 2, 84. \0373. Pickering, Ùhronol. arrangement, p. 71 ; Unger, Pflanzen des alten .Egyptensy p. 46, fig. 27 et 28. \0374. Âinslies, Mat. méd. ind,, 1, p. 22. \0375. Piddington, Index, \0376. Bretschneider, Study, etc., et Lettres de 1881. \0377. Phillips, Companion to the kitchengarden, p. 22. \0378. Aug. de Saint-Hilaire, Plantes remarq. du Brésil, Introd., p. 58 ; Darwin, Animais and plants under domestication, 2, p. 34. \0379. Cl. Gay, Flora chilena, 4, p. 317. \03710. L'auteur qui a examiné cette question avec le plus de soin est fiis- choff, dans ses Beitràge zur flora Deutschlands und der Schweiz, p. 184. Voir aussi Moris, FI, sardoa, 2, p. 530. \037\035\013

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76 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037Celle-ci croît dans l'Europe tempérée et méridionale, aux îles Canaries et Madère *, en Algérie *, en Abyssinie ' et dans l'Asie occidentale tempérée. M. Boissier en cite des échantillons de TArabie Pétrée jusqu'à la Mésopotamie et le Caucase *. Il mentionne une variété à feuilles crispées, par conséquent ana- logue à certaines laitues de nos jardins , que le voyageur Hausknecht lui a apportée d'une montagne du Kurdistan. J'ai un échantillon de Sibérie, près du fleuve Irtysch, et on sait main- tenant d'une manière certaine que l'espèce croît dans Tlnde septentrionale, du Gachemir au NepauP. Dans tous ces pays, elle est souvent près des cultures ou dans les décombres, mais souvent aussi dans des rocailles, des taillis ou des prés, comme une plante bien spontanée. \037La laitue cultivée se sème fréquemment dans la campagne, hors des jardins. Personne, à ma connaissance, ne l'a suivie dans ce cas pendant quelques générations ou n'a essayé de cultiver le Z. Scariola sauvage, pour voir si le passage d'une forme à l'autre est facile. Ils se pourrait que l'habitation pri- mitive de l'espèce se fût étendue par la diff'usion de laitues cultivées faisant retour à la forme sauvage. Ce oui est connu, c'est l'accroissement du nombre des variétés cultivées, depuis environ 2000 ans. Théophraste en indiquait trois®; Le Bon jar- dinier^ de 1880, une quarantaine, existant en France. \037Les anciens Grecs et les Romains cultivaient la laitue, sur- tout comme salade. En Orient, la culture remonte peut-être à une époque plus ancienne. Cependant, d'après les noms vul- gaires originaux, soit en Asie, soit en Europe, il ne semble pas que cette plante ait été généralement et très anciennement cultivée. On ne cite pas de nom sanscrit, ni hébreu, ni de la langue reconstruite des Aryens. Il existe un nom grec, Tridax; latin, Lactuca; persan et hindoustani, Kahu^et l'analogue arabe Chuss ou Chass. Le nom latin existe aussi, légèrement modifié, dans plusieurs langues slaves et germaniques "'j ce qui peut signifier ou que les Aryens occidentaux l'ont répandu, ou que la culture s'est propagée plus tard, avec le nom, du midi au nord de l'Europe. \037Le Dr Bretschneider a confirmé ma supposition * que la Laitue n'est pas très ancienne en Chine et qu'elle y a été intro- duite de l'ouest. Il dit que le premier ouvrage où elle soit men* tionnée date de 600 à 900 de notre ère '. \0371. Webb, Phytogr, canar., 3, p. 422 ; Lowe, F/, of Madeim, p. 544. \0372. Miinby, Cataî,, éd. 2, p. 22, sous le nom de L. sylvestris, \0373. Schweinrurth et Ascherson, Aufz'àhlung^ p. 285. \0374. Boissier, FI, orient,, 3, p. 809. \0375. Glarke, Compos, inaicse, p. 263. \0376. Theophrastes, 1. 7, cap). 4. \0377. Nemnich, Polygl, Lexicon, \0378. A. de CandoUe, Géogr. bot, rais., p. 843. \0379. Bretschneider, Stuay and value of chinese botanical works, p. 17. \037\035\013

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LÉGUMES. — CHICORÉES 77 \037Chicorée sauvage. — Cichorium Intybusj Linné. \037La Chicorée sauvage, vivace, qu'on cultive comme légume, de, four ie FEuro \037^Europe ^ , \037le Punjab et le Gachemir ', et de la Russie au lac Baïkal en Sibérie *. La plante est certainement spontanée dans la plupart de ces pays ; mais, comme elle croit souvent au bord des chemins et des champs, il est probable qu'elle a été transportée par rhomme en dehors de sa patrie primitive. Ce doit bien être le cas dans Tlnde, car on ne cite aucun nom sanscrit. \037Les Grecs et les Romains employaient cette espèce, sauvage et cultivée ^^ mais ce qu'ils en disent est trop abrégé pour être clair. D'après M. de Heldreich, les Grecs modernes emploient sous le nom général de Lachana, comme légume et salade, dix-sept Cichoracées différentes, dont il donne la liste ^. Selon lui, l'espèce ordinairement cuHivée est le Cichorium divaricatuniy Schousboe (C. »Mmi/wm, Jacquin), mais il est annuel, et la Chicorée dont parle Théophraste était vivace. \037Chicorée Endive. — Cichorium Bndivia, Linné. \037Les Chichorées blanches, Endives ou Scarole, des jardins, se dis- tinguent du Cichorium Intybus en ce qu'elles sont annuelles et d'une saveur moins amère. En outre, les lanières de leur aigrette au-dessus de la graine sont quatre fois plus longues, et inégales, au lieu d'être égales. Aussi longtemps qu'on comparait cette plante avec le C. Intybus, il était difficile de ne pas admettre deux espèces. On ne connaissait pas l'origine du C Endivia. Lorsque nous reçûmes, il y a quarante ans, des échantillons d'un Cichorium de l'Inde appelé par Hamilton C, Cosmia^ ils nous parurent tellement semblables à l'Endive que nous eûmes l'idée de voir l'origine de celle-ci dans l'Inde, comme on l'avait quel- quefois supposé ' ; mais les botanistes anglo-indiens disaient, et ils affirment de plus en plus, que la plante indienne est seule- ment cultivée ^. L'incertitude continuait donc sur l'origine géo- graphique. Dès lors, plusieurs botanistes ® ont eu l'idée de comparer l'Endive avec une espèce annuelle, spontanée dans la \0371. Bail, Spicilegium FI. marocc, p. 534; Munby, CataL, éd. 2, p. 21. \0372. Boissier, fl, orient., 3 p. 715. \0373. Clarke, Compos. ind., p. 250. \0374. Ledebour, Fl. ross., 2, p. 774. \0375. Dioscorides, II, cap. 160; Pline, XIX, cap. 8; Palladius, XI, cap. 11. Voir d'autres aateurs cités dans Lenz, Botanik d. Alten, p. 483. \0376. Heldreich, Die Nutzvflanzen Griechenland's, p. 28 et 76. \0377. Aug. Pyr. de GandoUe, Prodr. 7 p. 84; Alpb. de CandoUe, Géogr. bot. p. 845. \0378. Clarke, Conwos. ind., p. 250. \0379. De Visiani, F/ora dalmat., II, p. 97; Schultz, dans Webb, Phyt, canar., sect. II, p. 391 ; Boissier^ Fl. orient., III, p. 716. \037\035\013

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78 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037région méditerranéenne, le Ctchorium pttmilum, Jacquin (C di- varicatwn, Schousboe), et les différences ont été trouvées si légères que les uns ont soupçonné, les autres ont affirmé l'identité spécifique. Quant à moi, après avoir vu des échantil- lons sauvages, de Sicile, et comparé les bonnes figures publiées par Reichenbach [Icônes^ vol. 19, pi. 1357 et 1358), je n'ai aucune objection à prendre les Endives cultivées pour des variétés de la même espèce que le C pumilum. Dans ce cas, le nom le plus ancien étant C. Fndioia, c'est celui qu'on doit con- server, comme Va^ fait Scbultz. Il rappelle d'ailleurs un nom vulgaire commun à plusieurs langues. \037La plante spontanée existe dans toute la région dont la Méditerranée est le centre, depuis Madère \ le Maroc a et l'Algérie ®, jusqu'à la Palestine *, le Caucase et le Turkestan ^. Elle est commune surtout dans les îles de la Méditerranée et en Grèce. Du côté ouest, par exemple en Espagne et à Madère, il est \037Ï probable qu'elle s'est naturalisée par un effet des cultures, d'après es stations qu'elle occupedans les champs et au bord des routes. On ne trouve pas, dans les textes anciens, une preuve positive de l'emploi de cette plante chez les Grecs et les Romains*; mais il est probable qu'ils s'en servaient comme de plusieurs autres Ghicoracées. Les noms vulgaires n'indiquent rien, parce qu'ils ont pu s'appliquer aux deux espèces de Ctchorium, Ils sont peu variés ^ et font présumer une culture sortie du milieu gréco-romain. On cite un nom hindou, Kasni, et tamul, Koschi *, mais aucun nom sanscrit, ce qui indique une extension tardive de la culture dans l'est. \037Epinard. — Spinacia oleracea^ Linné. \037Ge légume était inconnu aux Grecs et aux Romains ^. Il était nouveau en Europe au xvi® siècle ^^,et l'on a discuté pour savoir s'il devait s'appeler Spanachia, comme venant d'Espagne, ou Spinacia, à cause des épines du fruit ^*. La suite a montré que le nom vient de l'arabe Isfânâdsch, Esbanach ou Sebanach^ suivant les auteurs *^. Les Persans disent Ispany ou Ispanaj^^, et \0371. Lowe, Floi^a ofMadeira, p. 521. \0372. Bail, Spicileg,^ p. 534. \0373. MuQby, Cat,^ éd. 2, p. 21. \0374. Boissier, /. c. \0375. Bunge, Beitr. zur flora RusslancTs und Central-AsierCSy p. 197. \0376. Lenz, Botanik der Alten, p. 483, cite les passages des auteurs. Voir aussi Heldreich, Die Nutzpflanzen GriechenL^ p. 74. \0377. Nemnich, Polygl. Lexic, au mot Ctchorium Endivia. \0378. Royle, IlL HimaL, p. 247 ; Piddiugton, Index, \0379. J. Éauhin, Hist., II, p. 964 ; Fraas, Syn, fl, class,; Lenz, BoL d, Alten, \03710. Brassavola, p. 176. \03711. Malhioli, éd. Valcr. p. 343. \03712. Ebn Baithar^ ueoerttz von Sondtheimer, I, p. 34 ; Forskal, Egypt, p. 77 ; Delile, ///. jEgypt,, p. 29. \03713. Roxbur^h, Fi. ind,, éd. 1832, v. III, p. 771^ appliqué au Spinacia tetrandra, qui paraît la même espèce. \037\035\013

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LÉGUMES. -- ÉPINARD 79 \037les Hindous Isfany ou Palak, d'après Piddington, ou encore Pinnis^ d'après le même et Roxburgh . L'absenee de nom sans- crit indique une culture peu ancienne dans ces régions. Loureiro a vu TEpinard cultivé à Canton, et M. Maximowicz en Mand- schourie * ; mais M. Brestschneider nous apprend que le nom chinois signifie Herbe de Perse, et que les légumes occidentaux ont été introduits ordinairement en Chine un siècle avant l'ère chrétienne 2. U est donc probable que la culture a commencé en Perse depuis la civilisation gréco- romaine , ou qu'elle ne s'est pas répandue promptement à Test ni à l'ouest de son origine persane. On ne connaît pas de nom hébreu, de sorte que les Arabes doivent avoir reçu des Persans la plante et le nom. Rien ne fait présumer qu'ils aient apporté ce légume en Espagne. Ebn Baithar, qui vivait en 1235, était de Malaga ; mais les ou- vrages arabes qu'il cite ne disent pas où la plante était cultivée, si ce n'est l'un d'eux qui parle de sa culture commune à Ninive et Babylone. L'ouvrage de Herrera sur l'agriculture espagnole ne mentionne l'espèce que dans un supplément, de date moderne, d'où il est probable que l'édition de 1513 n'en parlait pas. Ainsi la culture en Europe doit être venue d'Orient à peu près dans le xv» siècle. \037On répète dans quelques livres populaires que l'Epinard est originaire de TAsie septentrionale, mais rien ne peut le faire présumer. Il vient évidemment de l'ancien empire des Mèdes et des Perses. D'après Bosc ', le voyageur Olivier en avait rapporté des graines recueillies, en Orient, dans la campagne . Ce serait une preuve positive si le produit de ces graines avait été exa- miné par un botaniste pour s'assurer de l'espèce et de la variété. Dans l'état actuel des connaissances, il faut convenir qu'on n'a pas encore trouvé l'Epinard à l'état sauvage, à moins qu'il ne soit une modification cultivée du Spinacia tetrandra Steven, qui est spontané au midi du Caucase, dans le Turkestan, en Perse et dans l'Afghanistan, et qu'on emploie comme légume sous le nom de Schamum *. \037Sans entrer ici dans une discussion purement botanique, je dirai qu'en lisant les descriptions citées par M. Boissier, en re- gardant la planche de Wight ^ du Spinacia tetrandra Roxb., cultivé dans l'Inde, et quelques échantillons d'herbier, je ne vois pas de caractère bien distinctif entre cette plante et l'Epi- nard cultivé à fruits épineux. Le terme de tetrandra exprime l'idée que Tune des plantes aurait cinq et l'autre quatre éta- mines, mais le nombre varie dans nos Epinards cultivés ^. \0371. Maximowicz, Primitise fl. Amur.j p. 222. \0372. Bretschneider, Study, etc, of chinese bot, works, p. 17 et 15. \0373. Dict. d'agric, V, p. 906. \0374. Boissier, Fl. orient, VI, p. 234. \0375. Wight, Icônes, t. 818. \0376. Nées, Gen, plant, fl. germ., livr. 7, pi. 15. \037\035\013

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  • 0 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES

\037Si, comme cela paraît probable, Jes deux plantes sont deux variétés, Tune cultivée, l'autre tantôt sauvage et tantôt cultivée, le nom le plus ancien S. oleracea doit subsister, d'autant plus que les deux plantes se voient dans les cultures du pays d'ori- gine. \037VEpinard de Hollande ou gros Epinard, dont le fruit n'a pas d'épines, est évidemment un produit des jardins. Tragus, soit Bock, en a parlé le premier dans le xvi* siècle *. \037Brède de Malabar. — Amarantus gangeticus, Linné. \037Plusieurs Amarantes annuelles sont cultivées, comme légume vert, dans les îles Maurice, Bourbon et Seychelles, sous le nom de Brède de Malabar *. Celle-ci paraît la principale. On la cul- tive beaucoup dans llnde. Les botanistes anglo-indiens l'ont prise pendant quelque temps pour VAmarantus oleraceus de Linné, et Wight en a donné une figure sous ce nom ', mais on a reconnu qu'elle en diffère et qu'elle se rapporte à l'A. gange- ticus. Ses variétés, fort nombreuses, de taille, de couleur, etc., portent dans la langue télinga le nom de Tota Kura, avec addi- lion quelquefois d'un adjectif pour chacune. 11 y a d'autres noms en bengali et hindoustani. Les jeunes pousses remplacent quelquefois les asperges sur la table des Anglais *. L'A. melan- ^holicus^ souvent cultivé dans les jardins d'Europe pour l'orne- ment, est regardé comme une des formes de l'espèce. \037Le pays d'origine est peut-être l'Inde, mais je ne vois pas qu'on y ait récolté la plante à l'état spontané ; du moins les auteurs ne l'affirment pas. Toutes les espèces du genre Ama- rante se répandent dans les terrains cultivés, les décombres, les bords de routes, et se naturalisent ainsi à moitié, dans les pays -chauds comme en Europe. De là une extrême difficulté pour distinguer les espèces et surtout pour deviner ou constater leur origine. Les espèces les plus voisines du gangeticus paraissent asiatiques. \037L'A. gangeticus est indiqué comme spontané en Egypte et en Abyssinie, par des auteurs très dignes de confiance ^ ; mais ce n'est peut-être que le fait de naturalisations du genre de. celles dont je parlais. L'existence de nombreuses variétés et de noms divers dans l'Inde rend l'origine indienne très probable. \037Les Japonais cultivent comme légume les Amarantus eau- datus , mangostanus et melancholicus (ou gangeticus) , de Linné ^, mais rien ne prouve qu'aucun d'entre eux soit indigène. \0371. BauhiD, Hist., II, p. 965. \0372. A. gangeticus, tristis et hybridus, de Linné, d'après Baker, Flora of Mauritius, p. 266. \0373. Wight, Icônes, pL 715. \0374. Roxburgh, Flora indica, éd. 2, vol. III, p. 606. \0375. Boissier, Flora orientalis, IV, p. 990 ; Schweinfurth et Âscherson, Aufzàhlung, etc., p. 289. \0376. Franchet et Savatier, Enum, plant. Japonije, I, p. 390. \037\035\013

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FOURRAGES. — LUZERNE 81 \037A Java, on cultive VA, polystachyus^ Blume, très commun dans les décombres, au bord des chemins *, etc. Je parlerai plus loin des espèces cultivées pour leurs graines. \037Poireau ou Porrean. — A IHum Ampeloprasum^ var. Porrum. \037D'après la monographie très soignée de J. Gay *, le Porreau, conformément aux soupçons d'anciens auteurs ', ne serait qu'une variété cultivée de VAllium Ampeloprasum de Linné, si commun en Orient et dans la région de la mer Méditerranée, spéciale- ment en Algérie, lequel, dans l'Europe centrale, se naturalise quelquefois dans les vignes et autour d'anciennes cultures *. Gay semble s'être défié beaucoup des indications des flores du midi de l'Europe, car, à l'inverse de ce qu'il fait pour les autres es- pèces dont il énumère les localités hors de l'Algérie, il ne cite dans le cas actuel que les localités algériennes, admettant néan- moins la synonymie des auteurs pour d'autres pays. \037La forme du Porrum cultivé n'a pas été trouvée sauvage. On la cite seulement dans des localités suspectes, comme les vignes, les jardins, etc. Ledebour ^ indique, pour l'A. Ampeloprasum^ les confins de la Grimée et les provinces au midi du Caucase. Wallich en a rapporté un échantillon de Kamaon, dans l'Inde *, mais on ne peut pas être sûr qu'il fût spontané. Les ouvrages sur la Cochinchine (Loureiro), la Chine (Bretschneider), le Japon (Franchet et Savatier) n'en parlent pas. \037\035\013Article %, — Vouprage». \037Luzerne. — Medicago saliva^ Linné. \037La Luzerne était connue des Grecs et des Romains. Ils l'appe- laient en grec Médical^ en latin Medica ou Herba medica^ parce qu'elle avait été apportée de Médie, lors de la guerre contre les Perses, environ 470 ans avant l'ère chrétienne \ Les Romains la cultivaient fréquemment, du moins depuis le commencement du i®"^ ou II® siècle. Gaton n'en parle pas ^, mais bien Varron, Columelle, Virgile, etc. De Gasparin ^ fait remarquer que Cres- cenz, en 1478, n'en faisait pas mention pour l'Italie, et qu'en \0371. Hasskarl, Plantx javan. rariores, p. 431. \0372. Gay, Ann. des se. nat., 3" série, vol. 8. \0373. Linné, Species; de CandoUe, FI. franc., III, p. 219. \0374. Koch, Synopsis fl, germ. ; Babington, Manual of brit, fl, ; English bo- tany, etc., etc. \0375. Ledei)Our, Flora ross., IV, p. 163. \0376. Baker, Journal of bot., 1874, p. 293. \0377. Strabon, 12, p. 560 ; Pline, livre 18, chap. 16. \0378. Hehn, Culturpflanzen, etc., p. 355. \0379. Gasparin, Cours d'aginc, IV, p. 424. \037De Gandolle. 6 \037\035\013

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82 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \0371711 Tull ne Tavait pas vue au delà des Alpes. Targioni cepen- dant, qui n'a pas pu se tromper sur ce point, dit que la culture de la Luzerne s'est maintenue en Italie, surtout en Toscane, depuis les anciens*. Dans la Grèce moderne, elle est \037\035\013rare '. \037\035\013Les cultivateurs français ont souvent appliqué à la Luzerne le nom de Sainfoin (jadis Sain foin), qui est celui de YOnohrychis sativa , et cette transposition existe encore aux environs de Ge- nève, par exemple. Le nom de Luzerne a été supposé venir de la vallée de Luzerne, en Piémont, mais il y a une autre origine plus probable. Les Espagnols avaient un ancien nom, Eruye, cité par J. Bauhin ', et les Catalans disent Userdas *, d'où vient peut-être le nom patois du midi de la France, Laouzerdo^ très voisin de Luzerne. La culture en était si commune en Espagne que les Italiens ont quelquefois appelé la plante Herba spagna ^. Les Espagnols, outre les noms indiqués, disent Mielga ou Melga^ qui paraît venir de Medica, mais ils emploient surtout les noms tirés de l'arabe Alfafa^ Alfasafat^ Alfalfa, Dans le xiip siècle, le célèbre médecin Abn Baithar, qui écrivait à Malaga, emploie le mot arabe Fisfisat^ qu'il rattache au nom persan Isfist *. On voit que si Ton se fiait aux noms vulgaires l'origine de la plante serait ou l'Espagne, ou le Piémont, ou plutôt la Perse . Heureusement les botanistes peuvent fournir des preuves directes et positives sur la patrie de l'espèce. \037Elle a été recueillie spontanée, avec toutes les apparences d'une plante indigène , dans plusieurs provinces de l'Anatolie, au midi du Caucase, dans plusieurs localités de Perse, en Afgha- nistan, dans le Belouchistan ^ et en Cachemir ^. D'autres loca- lités dans le midi de la Russie, indiquées par les auteurs, sont peut-être le résultat des cultures, comme cela se voit dans l'Eu- rope méridionale. Les Grecs peuvent donc avoir tiré la plante de l'Asie Mineure aussi bien que de la Médie, qui s'entendait surtout de la Perse septentrionale. \037Cette origine, bien constatée, de la Luzerne, me fait aperce- voir, comme une chose singulière, qu'on ne lui connaît aucun nom sanscrit '. Le Trèfle et le Sainfoin n'en avaient pas non plus, ce qui fait supposer que les Aryens n'avaient pas de prairies artificielles. \0371. Targioni, Cenni storici, p. 34. \0372. Fraas, Synopsis florse classicx, p. 63 ; Heldreich, Die Nutzpflanzen Griechenlands, p. 70. \0373. Bauhin, Htst. plant. y II, p. 381. \0374. Colmeiro, CaJtaL \0375. Tozzetti, Dizion. bot, \0376. Ebn Baithar, Heil und NahrungsmitieL trad. de Tarabe par Sontheimer. vol. 2, p. 257. ^ y K \0377. Boi88ier, FI. orient., II, p. 94. \0378. Royle, ///. Himal., p. 197. \0379. Piddington, Index, \037\035\013

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FOURRAGES. — SAINFOIN 83 \037Sainfoin. Esparcette. — Hedysarum Onobrychis , Linné. — Ombrychis saliva, Lamarck, \037Cette Légumineuse, dont l'utilité est incontestable dans les terrains secs et calcaires des régions tempérées, n'est pas d'un usage ancien. Les Grecs ne la cultivaient pas, et aujourd'hui encore leurs descendants ne Font pas introduite dans leur agri- culture *. La plante nommée Onobrychis dans Dioscoride et Pline est VOnobrychis Caput-Galli des botanistes modernes ', espèce sauvage en Grèce et ailleurs, qu'on ne cultive pas. \JEs- parcette^ Lupinella des Italiens, était fort estimée, comme four- rage, dans le midi de la France, à l'époque d'Olivier de Serres ', c'est-à-dire au xvi® siècle; mais en Italie c'est surtout dans le xviii« que la culture s'en est répandue, particulièrement en Toscane. \037L'Esparcette ou Sainfoin (autrefois Sain foin) est une plante vivace qui croît spontanément dans l'Europe tempérée, au midi du Caucase, autour de la mer Caspienne ^ et même au delà du lac Baïkal ^. Dans le midi de l'Europe, elle est seulement sur les collines. Gussone ne la compte pas dans les espèces spon- tanées de Sicile, ni Moris dans celles de Sardaigne, ni Munby dans celles d'Algérie. \037On ne connaît pas de nom sanscrit, persan ou arabe. Tout indique pour la culture une origine du midi de la France, peut- ^tre aussi tardive que le xv® siècle. \037\035\013Sulla ou Sainfoin d'Espagne. — Hedysarum coronarium, Linné. \037La culture de cette Légumineuse, analogue au Sainfoin, dont on peut voir une bonne figure dans la Flore des serres et des jar- dins, vol. 13, pi. 1382, s'est répandue, dans les temps modernes, «n Italie, en Sicile, à Malte et dans les îles Baléares \ Le mar- quis Grimaldi, qui l'a signalée le premier aux agriculteurs, en 1766, l'avait vue à Seminara, dans la Calabre ultérieure ; de •Gasparin ^la recommande pour l'Algérie, et il est probable que les agriculteurs de pays analogues en Australie, au Cap et dans l'Amérique méridionale ou le Mexique feraient bien de l'essayer La plante a péri aux environs d'Orange par un froid de — 6® C. \037L' Hedysarum coronarium croit en Italie, depuis Gènes jusqu'à \0371. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands^ p. 72. \0372. Fraa8, Synopsis n. class., p. 58 ; Lenz, Boi. ait. Griechen und Rcemer, p. 731. \0373. 0. de Serres, Théâtre de Cagric, p. 242. \0374. Targioni Tozzetti, Cenni storici, p. 34. \037Z. Ledeboar, FI, ross.y I, p. 708; Boissier, FI. or,, p. 532. \0376. Turczaninow, Fiora baical, Dahur., 1, p. 340. \0377. Targioni Tozzetti, Cenni storici, p. 35; Mares et Vigineix, CataL des Baléares f p. 100. \0378. De Gasparin, Cours d'agric, 4, p. 472. \037\035\013

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84 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037la Sicile et la Sardaigne *, dans le midi de l'Espagne * et en AU gérie, où elle est indiquée comme rare '. C'est donc une espèce assez limitée quant à son aire géographique. \037Trèfle. — Trifolium pratense, Linné. \037La culture du Trèfle n'existait pas dans l'antiquité, quoique sans doute la plante fût connue de presque tous les peuples d'Eu- rope et de l'Asie tempérée occidentale. L'usagé s'en est introduit d'abord dans les Flandres, au xvi® siècle, peut-être même plus tôt, et, d'après Schwerz, les protestants expulsés par les Espagnols la portèrent en Allemagne, où ils s'établirent sous la protection de l'Electeur palatin. C'est aussi de Flandre que les Anglais la reçu- rent, en 1633, par l'influence de Weston, comte de Portland» lord Chancelier *. \037Le Trifolium pratense est indigène dans toutes les parties de l'Europe, en Algérie '^, sur les montagnes de l'Anatolie, en Armé- nie et dans le Turkestan ®, en Sibérie vers l'Altaï ', et dans le Cachemir et le Garwall *. \037L'espèce existait donc, en Asie, dans la région des peuples aryens, mais on ne lui connaît pas de nom sanscrit, d'où l'on peut inférer qu'elle n'était pas cultivée. \037Trèfle incarnat ou Far ouch — Trifolium incarnatum , Linné . \037Fourrage annuel, dont la culture, dit Vilmorin, longtemps li- mitée à quelques-uns des départements méridionaux, devient tous les jours plus générale en France ^ De Candolle, au commence- ment du siècle actuel, ne l'avait vue effectivement que dans l'Ariège *°. Elle existe, depuis à peu près soixante ans, aux en- virons de Genève. Targioni ne pense pas qu'elle soit ancienne en Italie **, et le nom très insignifiant de Tra/b^/zo/o appuie cette opinion. \037Les noms catalans Fé^ Fench *% et des patois du midi de la France*' /arrarf/'e (Roussillon), /arra^a^e (Languedoc), /erow^^é (Gascogne), d'où le nom de Farouche ont au contraire une ori- \0371. Bertoloni, Flora ital., 8, p. 6. \0372. Willkomm et Lauae, Prod7\ fl. hisp,, 3, p. 262. \0373. Munby, CataL, éd. 2, p 12. \0374. De Gasparin, Cours d'agriculture, 4, p. 445, d'après Schwerz et A. Young. \0375. Munby, CataL, éd. 2, p. H. \0376. Boissier, Flora orient. , 1, p. 115. \0377. Ledebour, Flora ross., 1, p. 548. \0378. Baker, dans Hooker, Flora of brit. India, 2, p. 86. \0379. Bon jardinier, 1880, part. 1, p. 618. \03710. De Candolle, Flore franc. 4, p. 528. \03711. Targioni, Cenni storici, p 35. \03712. Costa, Introd. fl. di CataL, p. 60. \03713. Moritzi, Dict. mss. rédigé d'après les flores publiées avant le milieu da siècle actuel . \037\035\013

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FOURRAGES. — TRÈFLES. — ERS 85 \037ginalité qui dénote une culture ancienne autour des Pyrénées. Le terme, usité quelquefois, de Trèfle du Boussillorijle montre éga- lement. \037La plante spontanée existe en Galice, dans la Biscaie et la Ca- talogne S mais non dans les lies Baléares *; elle est en Sardai- gne ^ et dans la province d'Alger ^. On l'indique dans plusieurs localités de France, d'Italie, deDalmatie, de la région danubienne et de la Macédoine, sans savoir, dans beaucoup de cas, si ce n'est point l'eff'et des cultures voisines. Une localité singulière, qui parait naturelle, au dire des auteurs anglais, est la côte de Gornouaille, près de la pointe de Lizard. Il s'agit dans ce cas, dit M. Bentham, de la variété jaune pâle, qui est vraiment sau- nage sur le continent, tandis que la variété cultivée à fleurs rouges est seulement naturalisée, en Angleterre, par suite des cultures^. Je ne sais jusqu'à quel point cette observation de M. Bentham sur la spontanéité de la seule forme à couleur jaunâtre (var. Molinerii, Seringe) sera confirmée dans tous les pays où croît l'espèce. Elle est la seule indiquée en Sardaigne par Moris et en Dalmatie par Visiani ^, dans aes localités qui paraissent natu- relles (in pascuis collinis, in montanis, in herbidis). Les auteurs du Bon jardinier ' affirment, comme M. Bentham, que le Trèfle Molinerii est spontané dans le nord de la France, celui à fleurs rouges étant importé du midi, et, tout en admettant l'absence de J3onne distinction spécifique, ils notent que, dans la culture, la forme Molinerii est d'une végétation plus lente, souvent bisan- nuelle, au lieu d'être annuelle. \037Trèfle d'Alexandrie. — Trifolium alexandrinum^ Linné. \037On cultive beaucoup en Egypte, comme fourrage, cette espèce annuelle de Trèfle, dont le nom Sivahe est Bersy m ou Berzun *. Rien jfie prouve que ce soit un usage ancien. Le nom n'est pas dans les livres sur la botanique des Hébreux ou des Araméens. \037L'espèce n'est pas sauvage en Egypte, mais elle Test certaine- jîient en Syrie et dans l'Asie Mineure ®. \037Ers. — Ervum Ervilia^ Linné. — Vicia Brvih'a, Willdenow. Bertoloni *^ ne mentionne pas moins de dix noms vulgaires ita- liens, Ervo^ Lero, Zirlo, etc. C'est un indice de culture générale \0371. Willkomm et Lange, Prodr. fl, hisp,^ 3, p. 366. \0372. Marè8 et Virgineix, Catal. 1880. 3 Moris, Flora sardoa, 1, p. 467. \0374. Munby, Catal. ^ éd. 2. \0375. Bentham, Uandbook of bristish flora, éd. 4, p. 117. \0376. Moris, Flora sardoa, 1, p. 467; Visiani, FL dalmat,, 3, p. 290. \0377. Bon l'ardinier^ 1880, p. 619. \0378. Forskal, Flora xgypt., p. 71; Delile, Plant, cuit, en Egypte, p. 10; Wilkinson, Manners and cusioms of ancient Egyptians, 2, p. 398. \0379. Boissier, Flora orient., 2, p. 127. \03710. Bertoloni, FL il., 7, p. 600. \037\035\013

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86 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037et ancienne. M. de Heldreich * dit que les Grecs modernes culti- vent la plante en abondance, pour fourrage. Ils la nomment Robaij de Tancien grec Oroôos, de même que Ervos vient du latin Érvum. La culture de l'espèce est indiquée dans les auteurs de l'antiquité grecque et latine*. Les anciens Grecs se servaient des graines, car on en a retrouvé dans les fouilles de Troie ^. On cite beaucoup de noms vulgaires en Espagne, même de& noms arabes * ; mais l'espèce y est moins cultivée depuis quel- ques siècles^. En France, elle l'est si peu que bien des ouvrage& modernes d'agriculture n'en parlent pas. Elle est inconnue dai\s l'Inde anglaise \ \037Les ouvrages généraux indiquent VErvum Ervilia comme croissant dans l'Europe méridionale"; mais, si l'on prend l'une après l'autre les flores plus estimées, on voit qu'il s'agit de loca- lités telles que les champs, les vignes ou les terrains cultivés. De même dans l'Asie occidentale, où M. Boissier® parle d'échan- tillons de Syrie, de Perse et de l'Afghanistan. Quelquefois, dan& des catalogues abrégés ®, la station n'est pas indiquée, mais nulle part je ne rencontre l'assertion que la plante ait été vue spon- tanée dans des endroits éloignés des cultures. Les échantillons de mon herbier ne sont pas plus probants à cet égard. \037Selon toute vraisemblance, l'espèce étaitjadis sauvage en Grèce, en Italie, et peut-être en Espagne et en Algérie, mais la fréquence de sa culture, dans les terrains mêmes où elle existait, empêche de voir maintenant des pieds sauvages. \037Vesce. — Vicia saliva, Linné. \037Le Vicia sativa est une Légumineuse annuelle, spontanée dans toute l'Europe, à l'exception de la Laponie. Elle est commune également en Algérie ^^ et au midi du Caucase, jusqu'à la province de Talysch^*. Roxburgh la donne pour indigène dans le nord de l'Inde et au Bengale; ce que sir Joseph Hooker admet seulement en ce qui concerne la variété appelée angustifolià **. On ne lui connaît aucun nom sanscrit, et dans les langues modernes de l'Inde seulement des noms hindous *^ Targioni croit que c'est le \0371. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands^ p. 71. \0372. Voir Lenz, Botanik d. Alterit jû. 727; Fraa8, FI, class,, p. 54. \0373. Wittmack, Sitzungsber. bot. Vereins Brandenburg ^ 19 déc. 1870. \0374. WiUkomm et Lange, Prodr. fl. hisp.j 3, p. 308. \0375. Baker, dans Hooker, Fl. brit. India. \0376. Herrerai, Agricultura, éd. 1819, 4, p. 72. \0377. Baker, dans Hooker, Fl. brit. Indta. \0378. Boissier, Fl. orient. y 2, p. 595. \0379. Par exemple : Munby, Catal. plant. Algeriœ, éd. 2, p. 12. \03710. Munby, Catal., éd. 2. \03711. Ledebour, Fl. ross, 1, p. 666; Hohenacker, Ertum, plant. Talychy p. 113; C.-A. Meyer, KerscicA/im, p. J47. \03712. Roxburgh, Fl, ind., éd. 1832, v. 3, p. 323; Hooker, Fl, brit. India, 2, p. 178. \03713. Piddington, Index, en indique quatre. \037\035\013

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FOURRAGES. — VESCE. — JAROSSE 87 \037Ketsach des Hébreux *. J'ai reçu des échantillons du Cap et de Californie. L'espèce n'y est certainement pas indigène , mais naturalisée hors des cultures. \037Les Romains semaient cette plante, comme fourrage et pour les graines, déjà du temps de Caton *. Je n'ai pas découvert de preuve d'une culture plus ancienne. Le nom Vik^ d'où Vicia, est d'une date très reculée en Europe, car il existe dans l'albanais ', qu'on regarde comme la langue des Pélasges, et chez les peuples slaves, suédois et germains, avec de légères modifications. Gela ne prouve pas que l'espèce fût cultivée. Elle est assez distincte et assez utile aux herbivores pour avoir reçu de tout temps des noms vulgaires. \037Jarosse, Garonsse, Gessette. — Lathyrus Cicera, Linné. \037Légumineuse annuelle, estimée comme fourrage, mais dont la graine, prise comme aliment dans une certaine proportion, pré- sente des dangers *. \037On la cultive en Italie sous le nom de Mocht^, Quelques auteurs soupçonnent que c'est le Cicera de Columelle et VErvilia de Varron, mais le nom vulgaire italien est très différent de ceux-ci. L'espèce n'est pas cultivée en Grèce '. Elle l'est, plus ou moins, en France et en Espagne, sans indice que l'usage y remonte à des temps anciens. Cependant M. Wittmack ' lui attribue, avec doute, certaines graines rapportées par M. Virchow des fouilles de Troie. \037D'après les flores, elle est évidemment spontanée dans des endroits secs, hors des cultures, en Espagne et en Italie ®. Elle Test aussi dans la basse Egypte, d'après MM. Schw^einfurth et Ascherson *° ; mais on n'a aucun indice d'ancienne culture dans ce pays ou par les Hébreux. Vers l'orient, la qualité spontanée devient moins certaine. M. Boissier indique la plante dans < les terrains cultivés depuis la Turquie d'Europe et l'Egypte jusqu'au midi du Caucase et à Babylone " ». EUe n'est mentionnée dans l'Inde ni comme spontanée ni comme cultivée " et n'a pas le nom sanscrit. \037\035\0131. Targioni, Cenni storici, ip. 30. \0372. Cato, De re rustica, éd. 1535, p. 34; Pline, 1. 18, c. 15. \0373. Heldreich, Nutzpflanzen Grtechenlands ^ p. 71. Dans la langue an- térieure aux Indo-Européens Vik a un autre sens, celui de hameau (Fick, Vorterb. indo-germ., p. 189). \0374. Vilmorin, Bon jardinier, 1880, p. 603. \0375. Targioni, Cenni storici, p. 31; Éertoloni, F. i7a/., 7, p. 444, 447. \0376. Lenz, Botanik d. Alten^ p. 730. \0377. Fraas, FI. class.; Heldreich, Nutzflanzen Griechenlands, \0378. Wittmack, Sitz. bei\ bot. Vereins Brandenburg, 19 déc. 1879. \0379. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., 3, p. 313; Bertoloni, /, c, \03710. Schweinfurth et Ascherson, Àufàhlung, etc., p. 257. \03711. Boissier, FI. orient.^ 2, p. 605. \03712. J. Baker, dans Hooker, FI. of brit. India. \037\035\013

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88 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037Probablement, l'espèce est originaire de la région comprise entre l'Espagne et la Grèce, peut-être aussi d'Algérie S et une culture, pas très ancienne, l'a propagée dans l'Asie occidentale. \037Gresse. — Lathyrus sa^iuMs, Linné. \037Légumineuse annuelle, cultivée dans le midi de l'Europe, depuis un temps fort ancien, comme fourrage et accessoirement pour les graines. Les Grecs la nommaient Lathyros * et les Latins Cicercula ^. On la cultive aussi dans l'Asie occidentale tempérée et même dans l'Inde septentrionale * ; mais elle n'a pas de nom hébreu ^ ni sanscrit ®, ce qui fait présumer que la culture n'en est pas très ancienne dans ces régions. \037Presque toutes les flores du midi de l'Europe et d'Algérie donnent la plante comme cultivée et presque spontanée, rare- ment, et pour quelques localités seulement, comme spontanée. On comprend la difficulté de reconnaître la spontanéité quand il s'agit d'une espèce souvent mélangée avec les céréales et qui se maintient aisément ou se répand à la suite des cultures. M. de Heldreich n'admet pas l'indigénat en Grèce '. C'est une assez forte présomption que dans le reste de l'Europe et en Algérie la plante est sortie des cultures. \037Les probabilités me paraissent en sens contraire pour l'Asie occidentale. Les auteurs mentionnent en effet des localités assez sauvages, dans lesquelles l'agriculture joue un rôle moins con- sidérable qu'en Europe. Ainsi Ledebour * a vu des échantillons récoltés dans le désert près de la mer Caspienne et dans la pro- vince de Lenkorar. G. -A. Meyer ® le confirme pour Lenkoran. Baker, dans la flore de l'Inde, après avoir indiqué l'espèce comme répandue çà et là dans les provinces septentrionales, ajoute « souvent cultivée », d'où l'on peut croire qu'il la regarde comme indigène, au moins dans le nord. M. Boissier n'affirme rien à l'égard des localités de Perse qu'il mentionne dans sa flore d'Orient *«. \037En somme, je regarde comme probable que l'espèce existait, avant d'être cultivée, du midi du Caucase ou de la mer Cas- pienne jusqu'au nord de l'Inde, et qu'elle s'est propagée vers l'Europe, à la suite d'anciennes cultures, mélangée peut-être avec les céréales . \0371. Munby, Catal. \0372. Theophrastes , Hist, plant., 8, c. 2, 10. \0373. Columella, De re7nistica^ 2, c. 10; Pline, 18, c 13, 32. \0374. Roxburgh, F/, i/irf., 3; Hooker, FI. brit. India, 2, p. 178. \0375. Rosenmûller, ^awrf6. biàl. Alterk.YoX,, 1. \0376. Piddin^on, Index. \0377. Heldreich, Pflanzen d. attisch, Ebene^ p. 476; Nidzpflanzen Griechen- lands, p. 72. \0378. Ledebour, Flora rossica, 1, p. 681, \0379. C.-A. Meyer, Verzeichniss^ p 148, \03710. Boissier, FL orient. y 2, p. 606. \037\035\013

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FOURRAGES. — GESSE. — FENU GREC 89 \037Gesse Ochras. — Pisum Ochinis, Linné. — Lathyrm OchruSy de Candolle. \037Cultivée comme fourrage annuel en Catalogne, sous le nom de Tapisots *, et en Grèce, particulièrement dans l'île de Crète, sous celui de Ochros *, mentionné dans Théophraste *, mais sans la moindre description. Les auteurs latins n'en parlent pas, ce qui fait présumer une culture locale et rare dans l'anti- quité. \037L'espèce est certainement spontanée en Toscane *. Elle paraît l'être aussi en Grèce et en Sardaigne, où elle est indic|uée dans les haies ^, et en Espagne, où elle croît dans des lieux mcultes *, mais, quant au midi de la France, à l'Algérie et la Sicile, les auteurs ne s'expliquent pas sur la station ou indiquent ordi- nairement les champs et les terrains cultivés. Vers l'Orient, on ne connaît pas la plante plus loin que la Syrie ^, où probable- ment elle n est pas spontanée. \037La belle planche publiée par Sibthorp, Flora graeca^ t. 689, fait penser que l'espèce mériterait d'être cultivée plus souvent. \037Fenu grec. — Trigonella Fœmim-grœcumylAnné, La culture de cette Légumineuse annuelle était fréquente chez les anciens, en Grèce et en Italie *, comme fourrage de prin- temps ou comme donnant des graines officinales. Abandonnée presque partout en Europe, notamment en Grèce ®, elle con- tinue en Orient et dans l'Inde ^^, où probablement elle remonte à une époque très ancienne, et dans toute la région du Nil ". \037L'espèce est spontanée dans le Punjab et le Cachemir **, dans les déserts de la Mésopotamie et de la Perse *^, et dans l'Asie Mineure **, où cependant les localités indiquées ne paraissent pas assez distinctes des terrains cultivés. On l'indique aussi *^ dans plusieurs endroits de l'Europe méridionale, comme le mont Hymette et autres localités de Grèce, les collines au-dessus de Bologne et de Gênes, quelques lieux incultes en Espagne; mais \0371. Willkomm et Lange, Prodr, FL hisp., 3, p. 312. \0372. Lenz, Bot. d, Alterth.y p. 730; Heldreich, Nutzpfl. Gtnechenl. p. 72. \0373. Lenz. 1. c. \0374. Caruel, FI. tosc.^ p. 193; Gussone, Syn. fl. sic. éd. 2. \0375. Boissier, fl. orient. 2, p. 602; Moris, fl. sardoa, 1, p. 582. \0376. Willkomm et Lange, l. c. \0377. Boissier, /. c. \0378. TheoTpihrsLsies, Hist plant,y 8, c. 8; Golumella, De re rust., 2, c. 10; Pline, Hisi., 18, c. 16. \0379. Fraas, Svn. fl. class.^ p. 63; Lenz, Bot. d. Alterth., p. 719. \03710. Baker, dans Hooker, Fl, btnt. Ind., II, p. 57. \03711. Schweinfurth, Beitr. z. Fl. Mthiop, p. 258. \03712. Baker, /. c. \03713. Boissier, Fl. orient. II, p. 70. \03714. Boissier, ihid, \03715. Sibthorp, Fl. grœca, t. 766; Lenz, /. c; Bertoloni, Fl. ital., 8, p. 250; Willkomm et Lange, Prorfr. //. hisp., 3, p. 390. \037\035\013

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90 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037plus on avance vers Fouest, plus les stations mentionnées sont les champs, les terrains cultivés, etc. ; aussi les auteurs attentifs ont-ils soin de noter que Tespèce est probablement sortie des cultures *. Je ne crains pas de dire qu'une plante de cette sorte si elle était originaire de TEurope méridionale, y serait beau- coup plus commune et ne manquerait pas, par exemple, aux flores insulaires, comme celles de Sicile, d'Ischia et des Baléares *. L'ancienneté de Tespèce et de son emploi dans l'Inde est appuyée par Texistence de plusieurs noms différents, selon les peuples, et surtout d'un nom sanscrit et hindou moderne, Methi '. 11 existe un nom persan, Schemlit, et un nom arabe, Helbeh *, très connu en Egypte ; mais on ne cite aucun nom hébreu * . L'un des noms de la plante en grec ancien, Tailis (TyjXiç), sera peut-être pour les philologues un dérivé du nom sanscrit ®, ce dont je ne suis pas juge. L'espèce pourrait avoir été introduite par les Aryens et le nom primitif n'avoir laissé aucune trace dans les langues du nord, parce qu'elle ne peut vivre que dans le midi de l'Europe. \037Serradelle. — Omithopus sativus^ — Brotero. — 0, isthmo- carpus^ Gosson. \037La véritable Serradelle, spontanée et cultivée en Portugal, a été décrite pour la première fois, en 1804, par Brotero ^, et M. Gosson l'a distinguée plus clairement des espèces voisines ^. Quelques auteurs Pavaient confondue avec VOmitkopus roseus de Dufour, et les agriculteurs lui ont attribué quelquefois le nom d'une espèce bien différente, VO, perpusillus^ qui serait par son extrême petitesse impropre à la culture. 11 suffit de voir le fruit ou légume de VO, saêivus pour être certain de l'espèce, car il est, à maturité, étranglé de place en place et arqué fortement. S'il y a dans les champs des individus de même apparence, mais à légumes droits et non étranglés, ils doivent provenir de quelque mélange de graines avec VO. roseus, et, si le légume est courbé, mais non étranglé, ce serait VO, compressus. D'après l'aspect de ces plantes, elles paraissent \037f)Ouvoir être cultivées semblablement et auraient, je le suppose, es mêmes avantages. \037\, Caruel, FI. tosc^ p. 256; WiUkomm et Lange, /. c, \0372. Les plantes qui se répandent d'un pays à l'autre arrivent plus diffici- lement dans les îles, selon les observations que j'ai publiées autrefois {Géogr. bot. raisonnée, p. 706). \0373. Piddington, Index, \0374. Ainslie, Mat. med. ind., I, p. 130. \0375. RosenmûUer, Bibl. Alterkuiide. \0376. Comme d'ordinaire le dictionnaire classique de Fick, des langues indo-européennes, ne mentionne pas le nom de cette plante, que les An- glais disent être sanscrit. \0377. Brotero, Flora lusitanica, II, p. 160. \0378. Gosson, Notes sur quelques plantes nouvelles ou critiques du midi de V Espagne, p. 36. \037\035\013

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FOURRAGES. — SERRADELLE. — SPERGULE 91 \037La Serradelle ne convient que dans les terrains sablonneux et arides. C'est une plante annuelle, qui fournit en Portugal un fourrage très précoce au printemps. Sa culture, introduite dans la Gampine, a bien réussi *. \037UO. sativus parait spontané dans plusieurs localités de Por- tugal et du midi de l'Espagne. J'en ai un échantillon de Tanger (Salzmann), et M. Cosson l'a récolté en Algérie. Souvent on le trouve dans des champs abandonnés et même ailleurs. 11 peut être difficile de savoir si les échantillons ne sont point échappés descultures, mais on cite des localités où cela n'est pas probable, par exemple un bois de pins, près de Ghiclana, dans le midi de l'Espagne (Willkomm). \037\035\013Spergule ou Spargoule. — Spergula arvensis^ Linné. \037Cette plante annuelle, sans apparence, de la famille des Ga- ryophyllées (tribu Alsinées), croit dans les champs sablonneux et terrains analogues en Europe, dans l'Afrique septentrionale même en Abyssinie ^ et dans l'Asie occidentale jusque dans l'Inde ^ et même à Java *. 11 est difficile de savoir dans quelle étendue de l'ancien monde elle était primitivement indigène. Pour beaucoup de localités, on ignore si elle est vraiment spon- tanée ou si elle provient des cultures. Quelquefois on peut soup- çonner une introduction récente. Dans l'Inde, par exemple, on en a recueilli depuis quelques années de nombreux échantillons mais Roxburgh n'a pas mentionné l'espèce, lui qui avait tant herborisé à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci. On ne lui connaît aucun nom sanscrit ou de l'Inde mo- derne ^, et on ne l'a pas récoltée dans les pays entre l'Inde et la Turquie. \037Les noms vulgaires peuvent indiquer quelque chose sur l'ori- gine de l'espèce et sa culture. \037On ne connaît aucun nom grec ni des auteurs latins. Celui de Spergula^ en italien Spergola, a toute l'apparence d'un nom vulgaire ancien en Italie. Un autre nom italien, £rèa renaiola^ indique seulement la croissance dans le sable (rena). Les noms français, espagnol {Esparcillas)^ portugais {Esparguta)^ alle- mand [Spark) ont la même racine. Il semble que dans tout le midi de l'Europe l'espèce ait été portée de pajrs en pays par les Romains, avant la division des langues latines. Dans le nord, c'est toute autre chose. Il y a un nom russe, Tointsa^; \037\035\0131. Bon jardinier, 1880, p. 512. \0372. Boissier, FI. or. 1, p. 731. \0373. Hooker, FI. brit. India^ 1, p. 243, et plusienrs échantillons des Nilghi- ries et de Ceylan dans mon herbier. \0374. Zollinger^ n^ 2556, dans mon herbier. \0375. Piddington, Index, \0376. Sobolewski, Flora petrop . , p. 109. \037\035\013

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92 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037plusieurs noms danois, Humh ou Hum, Girr ou Kirr^, et sué- dois, Knutt, Fryle, Nagde^ Skorff *. Cette grande diversité montre <Tue l'attention s'était portée depuis longtemps sur la plante dans cette partie de l'Europe, et fait présumer que la culture y est ancienne. Elle était pratiquée autour de Montbelliard dans le xvi" siècle ^, et Pon ne dit pas qu'elle y fût récente. Pro- bablement elle a pris naissance dans le midi de l'Europe à l'époque de l'empire romain, et dans le nord peut-être plus tôt. En tout cas, la patrie originelle doit avoir été l'Europe. \037Les agriculteurs distinguent une forme plus haute de Sper- gule *, mais les botanistes s'accordent à ne pas lui trouver des caractères suffisants pour la séparer comme espèce, et plusieurs n'en font pas même une variété. \037\035\013Herbe de Guinée. — Panicum maximum^ Jacquin ^. \037La Graminée vivace, dite Herbe de Guinée {Guinea grass des Anglais), a une grande réputation dans les pays intertropicaux «omme fourrage nutritif, aisé à cultiver. Avec un peu de soin, on peut faire durer un pré jusqu'à vingt ans ^. \037La culture paraît avoir commencé dans les Antilles. P. Browne en parle dans son ouvrage sur la Jamaïque au milieu du siècle dernier, et après lui Swartz. \037Le premier mentionne le nom Guinea grass^ sans aucune réflexion sur la provenance de l'espèce. Le second dit : « apporté autrefois des côtes d'Afrique aux Antilles ». Il s'est fié probable- ment à l'indication donnée par le nom vulgaire, mais nous savons à quel point les origines indiquées de cette manière sont quel- <juefois fausses, témoin le blé dit de Turquie, qui vient d'Amé- rique. \037Swartz, excellent botaniste, dit que la plante croît « dans les pâturages cultivés secs des Indes occidentales, où elle est aussi cultivée », ce qui peut s'entendre d'une espèce naturalisée dans des terrains qui ont été cultivés. Je ne vois pas qu'aux Antilles on ait constaté un état vraiment spontané. Il en est autrement au Brésil. D'après les documents recueillis par de Martius et étudiés par Nées', documents augmentés depuis et encore mieux \0371. fiafn. Danmarks flora, 2, p. 799. \0372. Wahlenberg, cité dans Moritzi, Dict. ms, ; Sveiisk Botanik, t. 308. \0373. BauhiD, Hist. plant. y 3, p. 722. \0374. Sperguia maxima Bœhnmghausen, figurée sans Reichenbach, Planta crit,, 6, p. 513. \0375. Panicum maximum Jacq., Coll. 1, p. 71 (en 1786); Jacq. icônes, 1, t. 13 ; Swartz, FI. Indiss occ.<, 7, p. 170. P. polygamum Swartz, Prodr. •p. 24 (1788). P. jumentorum Persoon Ench., 1, p. 83 (1805). P. altissimum, de ^uelaues jardins et auteurs modernes. D'après la règle, le nom le plus ancien doit être adopté. \0376. A la Dominique, d'après Imray, dans Kevo Report for 1879, p. 16. \0377. Nées, dans Martius, FI. brasil., in-8«, vol. 2, p. 166. \037\035\013

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THÉ 93 \037étudiés par M. Dœll ^ , le Panicum maximum croît dans les éclaircies des forêts voisines de TAmazone, près de Santarem, dans les provinces de Bahia, Geara, Rio-de-Janeiro et Saint-Paul. Quoique la plante soit souvent cultivée dans ces pays, les loca- lités citées, par leur nature et leur multiplicité, font présumer rindigénat. M. Dœll a vu aussi des échantillons de la Guyane française et de la Nouvelle-Grenade. \037Voyons ce qui concerne l'Afrique . \037Sir W. Hooker ' mentionnait des échantillons rapportés de Sierra Leone, d'Aguapim, des bords du Quorra et de Fîle de Saint-Thomas, dans l'Afrique occidentale. Nées ' indique l'es- pèce dans plusieurs localités de la colonie du Gap, même dans des broussailles et dans des pays montueux*, A. Richard * men- tionne des localités d'Abyssinie, qui paraissent aussi en dehors des cultures, mais il convient n'être pas très sûr de l'espèce . M. Anderson, au contraire, n'hésite pas en indiquant \qP, maxi- mum comme rapporté des bords du Zambèze et de Mozambique par le voyageur Peters ^. \037On sait positivement que l'espèce a été introduite à l'île Mau- rice par l'ancien gouverneur Labourdonnais ^, et qu'elle s'y est répandue hors des cultures, de même qu'à Rodnguez et aux Seychelles '. L'introduction en Asie ne peut pas être ancienne, car Roxburgh {FL ind,) et Miquel {FL ind.-bat,) ne mentionnent pas l'espèce. A Geylan, elle est uniquement cultivée ®. \037En définitive, il y a un peu plus de probabilité, ce me semble, en faveur de l'origine africaine, conformément à l'indication du nom vulgaire et à Topinion générale, mais peu aprofondie, des auteurs. Gependant, puisque la plante se répand si aisément, il est singulier qu'elle ne soit pas arrivée d'Abyssinie ou de Mozam- bique en Egypte et qu'on Tait reçue si tard dans les îles de l'Afrique orientale. Si l'existence, antérieurement aux cultures, d'une même espèce [phanérogame en Afrique et en Amérique n'était une chose extrêmement rare, on pourrait la supposer; mais c'est peu vraisemblable pour une plante cultivée, dont la diffusion est évidemment très facile. \037\035\013Article 3. — Emploi» dlTer» de» tige» ou' des feuilles» \037Thé. — Tkea sinensis, Linné. \037Au milieu du xviii® siècle, lorsqu'on connaissait encore très peu \0371. Dœll, dans Flora brasiL, in-fol., vol. 2, part. 2. \0372. Sir W. Hooker, Niger flora, p. 560. \0373. Nées, Florœ Africœ ausir, Graminex, p; 36. \0374. A. Richard, Abyssinie, 2, p 373. \0375. Peters, Heise, Èotanik^ p. 546. \0376. Boier, Hortus maiiritianus,!^, 565. \0377. BaKer, Flora of Mauritius and Seychelles, p. 436. \0378. Thwaites, Enum, plant. Ceylonœ, \037\035\013

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94 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037Farbuste qui produit le thé, Linné le nomma Thea sinensis. Bientôt après, dans la seconde édition du Species plant atum, il crut mieux faire en distinguant deux espèces, Tnea Bohea et Thea virïdis^ qu'il croyait répondre à la distinction commer- ciale des thés noirs et verts. On a prouvé depuis qu'il n'y a qu'une espèce, comprenant plusieurs variétés, et qu'on obtient des thés noirs ou verts au moyen de toutes les variétés, selon les procédés de fabrication. Cette question était réglée lorsqu'il s'en est élevé une autre sur la réalité du genre Thea, en tant que dis- tinct du Gamellia. Quelques auteurs font du Thea une section de l'ancien genre Gamellia ; mais, si l'on réfléchit aux caractères indiqués d'une manière très précise par Seemann *, il est permis, ce me semble, de conserver le genre Thea, avec la nomenclature ancienne et usitée de l'espèce principale. \037On mentionne souvent une légende japonaise racontée par Kaempfer *. Un prêtre venu de l'Inde en Chine, dans l'année 519 de notre ère, ayant succombé au sommeil lorsqu'il voulait veiller et prier, aurait coupé ses deux paupières, dans un mouvement d'indignation, et elles se seraient changées en un arbuste, le Thé, dont les feuilles sont éminemment propres à empêcher de dormir. Malheureusement pour les personnes qui admettent volontiers les légendes en tout ou en partie, les Chinois n'ont jamais entendu parler de celle-ci, quoique l'événement se fût passé chez eux. Le thé leur était connu bien avant l'année 519, et probablement il n'avait pas été apporté de l'Inde. C'est ce que nous apprend le D*" Bretschneider, dans son opuscule, riche de faits botaniques et linguistiques *. Le Pent-sao, dit-il, men- tionne le Thé 2700 ans avant Jésus-Christ , le Bya 5 à 600 ans aussi avant Jésus-Christ, et le commentateur de ce der- nier ouvrage, au quatrième siècle de notre ère, a donné des dé- tails sur la plante et sur l'emploi de ses feuilles en infusion. L'usage est donc très ancien en Chine. Il l'est peut-être moins au Japon, et s'il existe depuis longtemps en Cochinchine, ce qui est possible, on ne voit aucune preuve qu'il se soit répandu jadis du côté de l'Inde ; les auteurs ne mentionnent aucun nom sanscrit, ni même des langues indiennes modernes. Le fait \037Faraitra singulier quand on verra ce que nous savons à dire sur habitation naturelle de l'espèce. \037Les graines de Thé se répandent souvent hors des cultures et mettent les botanistes dans le doute sur la qualité spontanée des pieds qu'on a rencontrés çà et là. Thunberg croyait l'espèce sauvage au Japon, mais MM. Franchet et Savatier* le nient com- \037\035\0131. Seemann, dans Transactions of the linnxan Society, 22, p. 337, pi. 61. \0372. Kaempfer, Amâgn. Japon. \0373. Bretschneider, On the study and value of chinese botanical works, p. 13 et 45. \0374. Franchet et. Savatier, Enum. plant, Jap,, I, p. 61. \037\035\013

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LIN 9g \037plètement. Fortune * , qui a si bien examiné la culture du Thé en Chine, ne parle pas de la plante spontanée. M. H. Fonta- nier * affirme que le Thé croit généralement à l'état sauvage en Mandschourie. Il est probable qu'il existe dans les districts montueux du sud-ouest de la Chine, où les naturalistes n'ont pas pénétré jusqu'à présent. Loureiro le dit « cultivé et non cultivé» en Cochinchine '. Ce qui est plus certain, les voyageurs anglais l'ont recueilli dans l'Assam supérieur * et la province de Gachar ^. Ainsi le Thé doit être indigène dans les pays montueux qui séparent les plaines de l'Inde de celles de la Chine, mais l'emploi des feuilles n'était pas connu jadis dans l'Inde. \037La culture du Thé, introduite aujourd'hui dans plusieurs colonies, donne des résultats admirables à Assam. Non seule- ment le produit y est d'une qualité supérieure à la moyenne des thés de Chine, mais la quantité obtenue augmente rapidement. En 1870, on a récolté dans l'Inde anglaise treize millions de livres de thé, en 1878 trente-sept millions, et l'on espérait pour 1880 une récolte de soixante et dix millions de livres ® I Le Thé ne supporte pas la gelée et souffre par la sécheresse. Gomme je l'ai dit une fois ^, les conditions qui le favorisent sont tout à fait l'opposé de celles qui conviennent à la vigne. On m'a objecté que le thé prospère aux îles Açores, où l'on a du bon vin ®; mais on peut cultiver dans les jardins ou sur une petite échelle bien des plantes qui ne donnent pas, en grand, des produits rému- nérateurs. On a de la vigne en Chine, et la vente des vins y joue un très petit rôle. Inversement aucun pays de vignobles n'a donné du thé pour l'exportation. Après la Chine, le Japon et Assam, c'est à Java, à Geylan et au Brésil qu'on fait le plus de thé, et assurément on n'y cultive pas du tout ou fort peu la vigne, tandis que les vins de régions sèches, comme l'Australie, le Gap, etc., se répandent déjà dans le commerce. \037Lin* — Linum usitatïssimum^ Linné. \037La question de l'origine du Lin, ou plutôt des Lins cultivés, est une de celles qui ont donné lieu aux recherches les plus inté- ressantes. \037Pour comprendre les difficultés qu'elle présente, il faut d'abord se rendre compte des formes, très voisines, que les au- \0371 . Fortune, Three years wandering in China, 1 vol. in-8®. \0372. Fonf^nier, Bulletin soc* d'acclimatation, 1870, p. 88. \0373. Loureiro, FL cochinch., p. 414. \0374. Griffith, Reports; Wallich, cité par sir J. Hooker, Flora of hrit, India, I, p. 293. \0375. Anderson, cité par sir J. Hooker. \0376. The colonies and India, d'après le Gardener's Chronicle, 1880, I, p. 659. \0377. Discours au congrès bot. de Londres, en 1866. \0378. Flora, 1868, p. 64. \037\035\013

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96 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037leurs désignent tantôt comme espèces distinctes du genre Linum et tantôt comme variétés d'une seule espèce. \037Le premier travail important sur ce point a été fait par M. J.-E. Planchon, en 1848 *. Il a montré clairement les diffé- rences des Linum usitatissimum, humile, et angustifolium^ qu'on connaissait mal. Ensuite M. Oswald Heer ^, à l'occasion de re- cherches approfondies sur les anciennes cultures, a revu les carac- tères indiqués, et en ajoutant l'étude de deux formes intermé- diaires, ainsi que la comparaison de nombreux échantillons, il est arrivé à l'idée d'admettre une seule espèce composée de plu- sieurs états légèrement différents. Je transcrirai, en français, son résumé latin des caractères, avec la seule addition de mettre un nom pour chaque forme distincte, suivant l'usage dans les livres de botanique. \037Linum usitattssimum, \0371. Amiuum (annuel). Racine annuelle; tige unique, droite; capsules de 7 à 8 mill. de longueur ; graines de 4 à 6 mill., terminées par un bec. a. Vul- gare (ordinaire). Capsules de 7 mill. ne ^'ouvrant pas à maturité, et offrant des replis intérieurs glabres. — Cbez les Allemands : Schliesslein^ Dres- chlein. fi. Humile (petit). Capsules de 8 mill.,s'ouvrant à maturité d'une ma- nière brusque, à replis intérieurs ciliés. — Linum humile Miller. L. cre- pitans Bœninghausen. Chez les Allemands : Klanglein, Springlein. \0372. Hyemale (d'hiver). Racine annuelle ou bisannuelle ; tiges nombreuses, diffuses à la base, arquées; capsules de 7 mill., terminées par un bec. — Linum hyemale romanum. En allemand : Winterlein. \0373. Ambiguum (ambigu). Racine annuelle ou vivace; ti^es nombreuses; feuilles acuminées; capsules de 7 mill., à replis peu ciliés; graines de 4 mill., terminées par un court bec. — Linum ambiguum, Jordan. \0374. Angustifolium (à feuilles étroites). Racine annuelle ou vivace; tiges nombreuses, diffuses à la base, arquées ; capsules de 6 mill., à replis ci- liés; graines de 3 mill., à peine crochues au sommet. ~ Linum angustifo- lium Hudson. \037On voit combien de passages existent entre les formes. La qualité de plante annuelle, bisannuelle ou vivace, dont M. Heer soupçonnait le peu de fixité, est assez, vague, en particulier pour V angustifolium, car M. Loret, qui a observé ce Lin aux en- virons de Montpellier, s'exprime ainsi ^ : « Dans les pays très chauds, il est presque toujours annuel, et c'est ce qui a lieu en Sicile, d'après le témoignage de Gussone ; chez nous il est annuel, bisannuel ou même vivace, selon la nature physique du sol où il croît, et l'on peut s'en assurer en l'observant sur le littoral, no- tamment à Maguelone. On y remarquera que le long des sentiers fréquemment piétines il a une durée plus longue que dans les \0371. Planchon, dans Hooker, Journal of botany, vol. 7, p. 165. \0372. Heer, Die Pflanzen der Pfahlbauten, in-4% Zurich, 1865, p. 35; Ueber den Flachs und die Flachskultur, in-4% Zurich, 1872. \0373. Loret, Observations critiques sur plusieurs plantes montpelliéi^ineSy dans la Hevue des se. nat , 1875. \037\035\013

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LIN 97 \037sables^ où le soleil dessèche promptement ses racines et où Taridité du sol ne lui permet de vivre qu'une seule année. » \037Lorsque des formes ou des états physiologiques passent de Tun à l'autre et se distinguent par des caractères variables selon les circonstances extérieures, on est conduit à les considérer comme constituant une seule espèce, quoique ces formes ou états aient un certain degré d'hérédité et remontent peut-être à des temps très anciens. Nous sommes cependant obligés, dans des recherches sur les origines, de les considérer séparément. J'indiquerai d'abord dans quels pays on a trouvé chaque forme à l'état spontané ou quasi spontané. Ensuite je parlerai des cul- tures, et nous verrons jusqu'à quel point les faits géographiques ou historiques confirment l'opinion de l'unité d'espèce. \037Le Lin annuel ordinaire n'a pas encore été trouvé dans un état spontané parfaitement certain. Je possède plusieurs échan- tillons de l'Inde, et M. Planchon en avait vu d'autres dans les herbiers de Kew, mais les botanistes anglo-indiens n'admettent pas que la plante soit indigène dans leur région. La flore récente de sir Joseph Hooker en parle comme d'une espèce cultivée, principalement pour l'huile qu'on tire des graines, et M. G.-B. Glarke, ancien directeur du jardin de Calcutta, m'écrit que les échantillons récoltés doivent venir des cultures, très fré- quentes en hiver, dans le nord de l'Inde. M. Boissier * mentionne un Z. humile à feuilles étroites, que Kotschy a récolté « près de Schiraz, en Perse, au pied de la montagne Sabst Buchom. » Voilà peut-être une locahté bien en dehors des cultures, mais je ne puis donner à cet égard des informations suffisantes. Hohe- nacker a trouvé le Z. u&itatissimum <c subspontané » dans la province de Talysch, au sud du Caucase, vers la mer Caspienne *. Steven est plus affîrmatif pour la Russie méridionale '. Selon lui, le L. usïtatissimum « se trouve assez souvent sur les collines stériles de la Crimée méridionale, entre Jalta et Nikita, et le professeur Nordmann l'a récolté sur la côte orientale de la mer Noire. » En avançant vers l'ouest dans la Russie méridionale ou la région de la mer Méditerranée, on ne cite plus l'espèce que rarement et comme échappée des cultures ou quasi spon- tanée. Malgré ces doutes et la rareté des documents, je regarde comme très possible qne le lin annuel, sous l'une ou l'autre de ses deux formes, soit spontané dans la région qui s'étend de la Perse méridionale à la Grimée, au moins dans certaines localités. \037Le Lm d'hiver est connu seulement comme cultivé, dans quel- ques provinces d'Italie *. \0371. Boissier, Flora orient, , 1, p. 851. C'est le L, usïtatissimum de Kotschy, in» 164. \0372. Boissier, ibid»; Hohenh., Enum» Talysch, p. 168. \0373. Steven, Verzeichniss der auf der taurischen Halbinseln wildwachs'enden Pflanzen, Moscou, 1857, p. 91. \0374. Heer, Uà, d. Flachs, p. 17 et 22. \037De Candolle. 7 \037\035\013

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98 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037Le Linum ambiguuin de Jordan croît sur la côte de Provence et du Languedoc, dans les endroits secs *. \037Enfin le Linum angustifoltum, dont le précédent diffère à peine, présente une habitation bien constatée et assez vaste. Il croît spontanément, surtout sur les collines, dans toute reten- due de la région dont la mer Méditerranée est le centre, savoir dans les îles Canaries et Madère, au Maroc ^, en Algérie ' et jusque dans la Gyrénaïque *, au midi de l'Europe jusqu'en Angleterre ^^ jusqu'aux Alpes et aux Balkans, et enfin en Asie, du midi du Caucase • au Liban et à la Palestine ^ Je ne le voi& pas mentionné en Crimée, ni au delà de la mer Caspienne. \037Voyons ce qui concerne la culture, destinée le plus souvent à fournir une matière textile, souvent aussi à donner de Thuile ou, chez certains peuples, une matière nutritive au moyen de& graines. Je me suis occupé de la question d'origine, en 4855 *. Elle se présentait alors de la manière suivante : \037Il était démontré surabondamment que les anciens Egyptiens et les Hébreux se servaient d'étoffes de lin* Hérodote l'affir- mait. On voit d'ailleurs la plante figurée dans les dessins de l'ancienne Egypte, et l'examen au microscope des bandelettes qui entourent les momies ne laisse subsister aucun doute ^. La culture du Lin était ancienne en Europe, par exemple chez les Celtes, et dans l'Inde, d'après les notions historiques. Enfin des noms vulgaires très différents indiquaient aussi une enlture an- cienne ou des usages anciens dans divers pays. Le nom celte Lin et gréco-latin Linon ou Linum n'a aucune analogie avec le nom hébreux Pischta *® ni avec les noms sanscrits Ooma (prononcez Ouma), Atasi, Utasi^^. Quelques botanistes citaient le Lin comme d à peu près spontané » dans le sud-est de la Russie, au midi du Caucase et dans la Sibérie occidentale, mais on ne connaissait pas une véritable spontanéité. Je résumais alors les probabililés en disant : « L'étymologie multiple des noms, l'ancienneté de la culture en Egypte, en Europe et dans le nord de l'Inde à la fois, \0371. Jordan, cité dans Walpers, Annal,, vol. 2, et dans Heer, /. c, p. 22. \0372. Bail, Spicilegium fl , marocc,,-p. 380. \0373. Munby, Catal., éd. 2, p. 7. \0374. Rohif, d'après Cosson, Bull, Soc, bot. de Fr,, 1875, p. 46. \0375. Planehon. Le, Bentham, Handbook of brit, fl, éd. 4, p. 89. \0376. Planehon, /. c. \0377. Boissier, Fl. or., 1, p. 861. \0378. A. de Gandolle, Géogr. bot, raisonnée, p. 833. \0379. TbomsoD, Annals 6f philos, juin 1834; Dotrochet, Larrey et Costaz,. Comptes rendus de VAcad. des se. y Paris, 1837, sem. 1, p. 739; Unger, Bot. Stretfzûge, 4, d. 62. \03710. On a traauit d'autres mots hébreux par lin, mais celai-<;i est le plas certain. Voir Hamilton, La botanique de la Bible, Nice, 1871, p. 58. \03711. Piddington, Index Ind. plants; Roxburgh, Fl. ind , éd. 1832, 2, p. 110. Le nom Matusee (prononcez Matousi) indiqué par Piddington, appartient à d'autres plantes, d'après Ad. Pictet, Origines indo-europ., éd. 2, vol. 1, p. 396. \037\035\013

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LIN 99 \037la circonstance que dans ce dernier pays on cultive le Lin seule- ment pour faire de l'huile, rae font croire que deux ou troi» espèces d'origine différente, confondues sous le nom de Linum usitatissimum par la plupart des auteurs, ont été cul tirées jadis dans divers pays, sans imitation ou communication de Tua à \037l'autre Je doute, en particulier, que l'espèce cultivée par \037les anciens Egyptiens fut l'espèce indigène en Russie et en Sibérie. » \037Une découverte très curieuse de M. Oswald Heer, est venue, dix ans après, confirmer mes prévisions. Les habitants des pala- fittes de la Suisse orientale, à une époque où ils n'avaient que des instruments de pierre et ne connaissaient pas le chanvre^ cultivaient déjà et tissaient un lin qui n'est pas notre lin ordi- naire annuel, mais le lin vivace appelé Ltnum angusiifolium spontané au midi des Alpes. Cela résulte de l'examen des cap- sules, des graines et surtout de la partie inférieure d'une plante extraite soigneusement du limon de Robenhausen ^. La figure publiée par M. Heer montre clairement une racine surmontée de deux à quatre tiges, à la manière des plantes vivaces. Les tiges avaient été coupées, tandis qu'on arrache noti'e Lin ordinaire^ ce qui prouve encore la qualité persistante de la plante. Avec les restes du Lin de Robenhausen se trouvaient des graines du Siient cretica^ espèce également étrangère à la Suisse, qui abonde en Italie dans les champs de Lin ^. M. Heer en a tiré la conclusion que les lacustres suisses faisaient venir des grainesdeLin d'Italie. Il semble en effet que ce devait être nécessaire, à moins de sup- poser jadis un autre climat en Suisse que celui de notre époque,, car le Lin vivace ne supporterait pas habituellement aujourd'hui les hivers de la Suisse orientale *. L'opinion de M. Heer est appuyée par le fait, assez inattendu, que le Lin n*a pas été trouvé dans les restes lacustres de Laybach et Mondsee, des Ëtats autrichiens, qui renferment du bronze *. L'époque tardive de l'arrivée do Lin dans cette région empêche de supposer que les habitants de la Suisse l'aient reçu de l'Europe orientale, dont jls étaient séparés d'ailleurs par d'immenses forêts. \037Depuis les observations ingénieuses du savant de Zurich, on a découvert un Lin employé par les habitants des tourbières^ préhistoriques de Lagozza, en Lombardie; et M. Sordelli a constaté, que c'était celui de Robenhausen , le L, angus^ \037\035\0131. Heer, Die Pflanzen der' Pfahlbauten, br, in-4», Zurich, 1865, p. 35; Ueber den Flachs und die Flachscultur in Altherthum, br. in-4'*, Zurich, 1872- \0372. Bertoloni, Flora itaL, 4, p. 612. \0373. Nous avons vu qu'il avance vers le nord-ouest de rEurope* mais il manque au nord des Alpes. Peut-être Tancien climat de la Suisse était-il plus égal qu'à présent, avec plus de neiges pour abriter les gantes vi- vaces. \0374. Mittheil, anihropoL Gesellschaft » Wien. val. 6, p. 122, 161; AhhandL Wien. Akad., 84, p. 488. ^ \037\035\013

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100 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037tifolium \ Ces anciens habitants ne connaissaient pas le Chanvre ni les métaux, mais possédaient les mêmes céréales que les lacustres de Tâge de pierre en Suisse et mangeaient comme eux les glands de Chêne Rouvre. Il y avait donc une civilisation, déjà un peu développée, en deçà et au delà des Alpes, avant que les métaux, même le bronze, y fussent d'un usage habituel, et que le chanvre et la poule domestique y fussent connus 2. Ce serait avant l'arrivée des Aryens en Europe, ou un peu après ^. Les noms vulgaires du Lin dans les anciennes langues d'Europe peuvent jeter quelque jour sur cette question. \037Le nom Lin^ LliUy Linu, Linon ^ Linum., Lein, Lan y existe dans toutes les langues européennes, d'origine aryenne, du centre et du midi de l'Europe, celtiques, slaves, grecques ou latines. Ce n'est pas un nom commun avec les langues aryennes de l'Inde; par conséquent, dit avec raison Ad. Pictet *, la culture du Lin doit avoir commencé par les Arvens occidentaux et avant leur arrivée en Europe. J'ai fait cependant une réflexion qui m'a conduit à une nouvelle recherche, mais sans résultat. Puisque le Lin, me suis-je dit, était cultivé par les lacustres de Suisse et d'Italie avant l'arrivée des peuples aryens, il l'était probable- ment par les Ibères, qui occupaient alors l'Espagne et la Gaule, et il en est resté peut-être quelque nom spécial chez les Basques, qu'on suppose descendre des Ibères. Or, d'après plusieurs dic- tionnaires de leur langue ^, Liho, Lino ou Li, suivant les dia- lectes, signifient Lin, ce qui concorde avec le nom répandu dans toute l'Europe méridionale. Les Basques paraissent donc avoir reçu le Lin des peuples d'origine aryenne, ou peut-être ils ont perdu un ancien nom auquel ils auraient substitué celui des Celtes et des Romains. Le nom Fiachs ou Flax, des langues ger- maniques, vient de l'ancien allemand Flaks ®. Il y a aussi, dans le nord-ouest de l'Europe,, des noms particuliers pour le lin : Pellawa^ Aiwina en finlandais ' ; Hor^ Bôr, Hârr en danois ® ; \0371 . Sordelli, Sulle piante délia torbiera e délia slazione preistorica délia Lagozza, p. 37 et 51, imprimé à la suite de Castelfiranco, Notizie ail. sta- zione lacustre délia Lagozza, in-8», Atti délia Soc. ital. se, nat,, 1880. \0372. La poule a été introduite d'Asie en Grèce dans le vx® siècle avant J.-C, d'après Heer, Ueb. d. Fiachs^ p. 25. \0373. Ces découvertes dans les tourbières de Lagozza et autres lieux, en Italie, montrent à quel point M. V. Hehn (KulturpfL, éd. 3, 1877, p. 524) 8*est trompé en supposant les lacustres suisses des Helvétiens rapprochés du temps de César. Les hommes de la même civilisation qu'eux au midi des Alpes étaient évidemment plus anciens que la république romaine, peut-être plus que les Ligures. \0374. Ad. Pictet, Origines indo-europ», éd. 2, vol. 1, p. 396. \037o. Van Eys, Dict. basque -français, 1876; Gèze, Éléments de grammaire basque suivis cTun vocabulaire, Bayonne, 1873; Salaberry, Mots basques navarraiSy Bayonne, 1856; Lécluse, Vocabul. français basque^ 1826. \0376. Ad. Pictet, /. c. \0377. Nemnich, Polygl. Lexicon d. Naturgesch.^ 2, p. 420; Rafn, Danmark flora, 2, p 390. \0378. Nemnich, ibid. \037\035\013

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LIN 101 \037Hôr et Tone en vieux goth *. Haar existe aussi dans Talleniand de Salzburg 2. Sans doute on peut expliquer ce mot par le sens ordinaire en allemand de fil, cheveu, comme le nom de Li peut être rattaché à une même racine que ligare, lier, et comme nôr, au pluriel Hôrvar^ est rattaché par les érudits ' à Harva, radi- cal allemand pour Flachs, mais le fait n'en existe pas moins que dans les pays Scandinaves et en Finlande on a employé d'autres expressions que dans tout le midi de l'Europe. Cette diversité inaique l'ancienneté de la culture et concorde avec le fait que les lacustres de Suisse et d'Italie cultivaient un Lin avant les premières invasions des Aryens. Il est possible, je dirai même probable, que ceux-ci ont apporté le nom Li, plutôt que la plante ou sa culture ; mais, comme aucun Lin n'est spontané dans le nord de l'Europe, ce serait un ancien peuple, les Finnois, d'origine touranienne, qui auraient introduit le Lin dans le nord avant les Aryens. Dans cette hypothèse, ils auraient cultivé le Lin annuel^ car le Lin vivace ne supporterait pas les rigueurs des pays septentrionaux, tandis que nous savons à quel point le climat de Riga est favorable en été à la culture du Lin ordinaire annuel. La première introduction dans la Gaule, en Suisse et en Italie a pu venir du midi, par les Ibères, et en Finlande par les Finnois; après quoi les Ajyens auraient répandu les noms les plus habituels chez eux, celui de Lin dans le midi et de flahs dans le nord. Peut-être eux et les Finnois avaient-ils apporté d'Asie le Lin annuel, qu'on aurait vite substitué au Lin vivace, moins avantageux et moins adapté aux pays froids. On ne sait pas exactement à quelle époque la culture du Lin annuel a rem- placé, en Italie, celle du Linum angustifolium vivace, mais ce doit être avant l'ère chrétienne, car les auteurs parlent d'une culture bien établie, et Pline dit qu'on semait le Lin au printemps et qu'on l'arrachait en été *. On ne manquait pas alors d'instru- ments de métal, ainsi on aurait coupé le Lin s'il avait été vivace. D'ailleurs celui-ci semé au printemps n'aurait pas été mûr avant l'automne . \037Par les mêmes raisons, le Lin cultivé chez les anciens Egyptiens devait être annuel. On n'a pas trouvé jusqu'à présent dans les catacombes des plantes entières ou des capsules nombreuses, de nature à donner des preuves directes et incontestables. Seulement Unger ' a pu examiner une capsule tirée des briques d'un mo- nument que Lepsius attribue au xm» ou xiv® siècle avant J.-C, et il l'a trouvée plus semblable à celles du L. usitatissimum que du \0371. Nemnich, ibid, \0372. Nemnich, ibid, \0373. Fick, Vergl, Worterbuch Ind. germ. 2* éd., 1, p. 722. Le même fait venir le nom Lina du latin Linuniy mais ce nom remonte plus haut, étant commun à plusieurs lemgues aryennes européennes. \0374. Plinius, 1. 19, cap. 1 : Vere'satum xstaie vellitur, \0375. Unger, Botanische Streifzûge, 1866. n» 7, p. 15. \037\035\013

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102 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037L. angustifolium. Sur trois graines que Braun * a vues dans le musée de Berlin, mélangées avec d'autres de plantes diverses cultivées, une lui a paru appartenir au L, angustifolium et les deux autres au L, humile^ mais il faut convenir qu'une seule graine, sans la plante ou la capsule, n'est pas une preuve suffî- «ante. Les peintures de l'ancienne Egypte montrent qu'on ne récoltait pas le Lin comme les céréales avec une faucille. On l'arrachait *. En Egypte, le Lin est une culture d'hiver, car la sé- cheresse de l'été ne permettrait pas plus d'une variété persistante que le froid dans les pays septentrionaux où l'on sème au prin- temps pour récolter en été. Ajoutons que le Lin annuel, de la forme appelée humile, est le seul cultivé de nos jours en Abys- «inie, le seul également que les collecteurs modernes aient vu «tthivé en Egypte ^. \037M. Hcer soupçonne que les anciens Egyptiens auraient cultivé le Linum angustifolium^ de la région méditerranéenne, en le «emant comme une plante annuelle ^. Je croirais plutôt qu'ils ont «mporté ou reçu leur Lin d'Asie, et déjà sous la forme de Vku- mile. Les usages et les figures montrent que leur culture du Lin •datait d'une antiquité très reculée. Or, on sait maintenant que les Egyptiens des premières dynasties avant Ghéops apparte- naient à une race proto-sémitique, venue par l'isthme de àiez ^. Le Lin a été retrouvé dans un tombeau de l'ancienne Chaldée, antérieur à Babylone *, et son emploi dans cette région se perd ■dans la nuit des temps. Ainsi les premiers Egyptiens de la race blanche ont pu transporter le Lin cultivé, et, à défaut, leurs suc- cesseurs immédiats ont pu le recevoir d'Asie avant l'époque des •colonies phéniciennes en Grèce et avant les rapports directs de la Grèce avec l'Egypte sous la XIV® dynastie '. \037Une introduction très ancienne d'Asie en Egypte o'empêche pas d'admettre des transports successifs de l'est à l'ouest daiïs •des temps moins anciens que les premières dynasties égyptiennes. Ainsi les Aryens occidentaux et les Phéniciens ont pu transpor- ter en Europe le Lin, ou un Lin plus avantageux que le L^angus- Hfolium^ pendant la période de 2500 à 1200 ans avant notre ère. \037L'extension par les Aryens aurait marché plus au n-ord que •celle par les Phéniciens. En Grèce, dans le temps de la guerre •de Troie, on tirait encore les belles étoffes de Lin de la Colchide, \0371. A. Braim, Die Pflanzenreste des Egyptischen Muséums in Bertirit in- ^, 1817, p. 4. \0372. RoselliDi, pi. 35 et 36, cité par Un^er, Bot. Streifzûge, n® 4, p. 62. \0373. W. Schimper, Ascherson, Boiesier, Schweinfurth, cités dans Al. BrauD, /. c, p. 4. \0374. Heer, Ueb. d. Flachs, p. 26. \0375. Maspero, Histoire ancienne des peuples de t Orient, éd. % Patî», 1878, p. 13 et suivantes. \0376. Journal of the f^yal asiaiic «oe., vol. 13 p. 271, cité daes Heer, i. c, p. 6. \0377. Maspero, p. 213 et suivantee. \037\035\013

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JUTE 103 \037c'est-à-dire de cette région au pied du Caucase, où Ton a trouvé de nos jours le Lin annuel ordinaire sauvage. Il ne semble pas que les Grecs aient cultivé la plante à cette époque J. Les Aryens en avaient peut-être déjà introduit la culture dans la région voi- sine du Danube. Cependant j'ai noté tout à l'heure que les restes des lacustres de Laybach et Mondsee n'ont indiqué aucun Lin. Dans les derniers siècles avant l'ère chrétienne, les Romains tiraient de très beau Lin d'Espagne ; cependant les noms de la |)lante dans ce pays ne font pas présumer que les Phéniciens en aient été les introducteurs. Il n'existe pas en Europe un nom oriental du Lin, venant ou de l'antiquité ou du moyen âge. Le nom arabe Kattan^ Kettane ou Kittane, d'origine persane , s'est propagé vers l'ouest seulement jusqu'aux Kabiles d'Algérie '. \037L ensemble des faits et des probabilités me parait conduire à quatre propositions, acceptables jusqu'à'nouvelles découvertes: \0371. Le Linum angustifolium, ordinairement vivace, rarement bisannuel ou annuel, spontané depuis les îles Canaries jusqu^à la Palestine et au Caucase, a été cultivé en Suisse et dans le nord de l'ItaUe par des populations plus anciennes que les con- quérants de race aryenne. Sa culture a été remplacée par celle •du lin annuel. \0372. Le Lin annuel (L, usitatissimutn), cultivé depuis 4 ou 5000 ans au moins dans la Mésopotamie, l'Assyrie et l'Egypte était spon- tané et Test encore dans des localités comprises entre le golfe Persique, la mer Caspienne et la mer Noire. \0373. €e Lin annuel paraît avoir été introduit dans le nord de •l'Europe par les Finnois (de race touranienne) ; ensuite dans le •reste de l'Europe par les Aryens occidentaux, et peut-être, çà et ià, par lesi Phéniciens; enfin dans la péninsule indienne par les Aryens orientaux, après leur séparation des occidentaux. \0374. Ces deux formes principales ou états du Lin existent dans lies cultures et sont probablement spontanées dans leurs localités actuelles depuis au moins 5000 ans. Il n'est pas possible de •deviner leur état antérieur. Leurs transitions et variations sont si nombreuses qu'on peut les considérer comme une espèce, pour- yue de deux ou trois races ou variétés héréditaires, ayant elles- .mêmes des sous-variétés. \037Jvte. — Corchorus capsularts et Corchorus oluorius^ Linné. \037Les fils de Jute, qu'on importe en grande quantité depuis quelques années, surtout en Angleterre, se tirent de la tige de ces deux Corchorus, plantes annuelles de la famille des Tiliacées. 'On emploie aussi leurs feuilles comme légume. \0371. Les textes grecs sont cités surtout dans Lenz, Botanik der Alten Grie- chen und Rœmer, p. 672; Hehn, Ctdturpfîanzen und Hcmsthiere^^d. 3, .p. i44. \0372. Ad. Pictet, /. c. \0373. Dictionnaire français- berbère, 1 vol. in-8«, 1844. \037\035\013

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104 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037Le C, capsularis a un fruit presque sphérique, déprimé au sommet et bordé de côtes longitudinales. On peut en voir une bonne figure coloriée dans Touvrage de Jacquin fils, Fclogse, pi. 119. Le C. olitoriuSy au contraire, a un fruit allongé, comme une silique de crucifère. Il est figuré dans le Botanical magazine , t. 2810, et dans Lamarck, Illustr,, t. 478. \037Les espèces du genre sont distribuées assez également dans les régions chaudes d'Asie , d'Afrique et d'Amérique ; par consé- quent, l'origine de chacune ne peut cas être présumée. Il faut la chercher dans les flores et les herbiers, en s' aidant de données historiques ou autres. \037Le Corchorus capsularis est cultivé fréquemment dans les îles de la Sonde, à Ceylan, dans la péninsule indienne, au Bengale^ dans la Chine méridionale, aux îles Philippines * ; en général dans l'Asie méridionale. Forster n'en parle pas dans son volume sur les plantes usitées par les habitants des îles de la mer Paci- fique, df'où l'on peut inférer que, lors du voyage de Gook, il y a un siècle, la culture ne s'en était pas répandue dans cette direc- tion. On peut même soupçonner, d après cela, qu'elle ne date pas d'une époque très reculée dans les îles de l'archipel Indien. \037Blume dit que le Corchorus capsularis croît dans les terrains marécageux de Java, près de Parang *, et je possède deux échan- tillons de Java qui ne sont pas donnés pour cultivés '. Thwaites l'indique à Ceylan comme « très commun » **. Sur le continent indien, les auteurs en parlent plutôt comme d'une espèce cul- tivée au Bengale et en Chine. Wight, qui a donné une bonne figure de la plante , n'indique aucun lieu de naissance. Edgeworth * , qui a vu de près la flore du district dfe Banda, indique « les champs ». Dans la flore de l'Inde anglaise, M. Masters, qui a rédigé l'article des Tiliacées, d'après les her- biers de Kew, s'exprime ainsi : « Dans les parties les plus chaudes de l'Inde; cultivé dans la plupart des pays tropicaux ®. » J'ai un échantillon du Bengale qui n'est pas donné pour cultivé. Loureiro dit : c sauvage, et cultivé dans la province de Canton en Chine ', » ce qui signifie probablement sauvage en Cochinchine et cultivé dans la province de Canton. Au Japon, la plante croît dans les terrains cultivés •. En somme, je ne suis pas persuadé que l'espèce existe, à l'état vraiment spontané, au nord de Cal- cutta. Elle s'y est peut-être semée çà et là par suite des cultures. \037\035\0131. Rumphius, Amàoin,, vol. 5, p. 212; Roxburgh, Fi. indica, 2, p. 581 Loureiro, FI. cochinch., 1, p. 408, etc., etc. \0372. Blume, Bijdragen, 1, p. 110. \0373. Zollinger, n«» 1698 et 2761. \0374. Thwaites, Enum. Zeylan,^ V' ^^ \0375. Edgeworth, Linnsan Soc. jourrl.j IX. \0376. Masters, dans Hooker, FL ind., 1, p. 397. \0377. Loureiro, FL cochinch., 1, p. 408. \0378. Franchet et Savatier, Enum.y 1, p. 66. \037\035\013r* \037\035\013

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JUTE 108 \037Le C. capsularis a été introduit dans divers pays intertropi- caux d'Afrique ou même d'Amérique, mais il n'est cultivé en grand, pour la production des fils de jute, que dans l'Asie méri- dionale, surtout au Bengale . \037Le Cor chorus olitorius est plus usité comme légume que pour les fibres. Hors d'Asie, il est employé uniquement pour les feuilles. C'est une des plantes potagères les plus communes des Egyptiens et Syriens modernes, qui la nomment en arabe Melokychy mais il n'est pas probable que les anciens en aient eu connaissance, car on ne cite aucun nom hébreu *. Les habitants actuels de la Crète la cultivent sous le nom de Mouchlia ', évidemment tiré de l'arabe, et les anciens Grecs ne la connaissaient pas. \037D'après, les auteurs ', ce Corchorus est spontané dans plu- sieurs provinces de l'Inde anglaise. Thwaites dit qu'il est com- mun dans les parties chaudes de Ceylan, mais à Java Blume l'indique seulement dans les décombres (in ruderatis). Je ne le vois pas mentionné en Cochinchine et au Japon. M. Boissier [FI. or.) a vu des échantillons de Mésopotamie, de l'Afghanistan, de Syrie et d'Anatolie, mais il donne pour indication générale : • Culta et in ruderatis subspontanea. » On ne connaît pas de nom sanscrit pour les deux Corchorus cultivés *. \037Quant à l'indigénat en Afrique, M. Masters, dans Oliver, Flora of tropical Africa (1, p. 262), s'exprime ainsi : « Sauvage, ou cul- tivé comme légume dans toute l'Afrique tropicale. » Il rapporte à la même espèce deux plantes de Guinée que G. Don avait dé- crites comme différentes et sur la spontanéité desquelles il ne savait probablement rien. J'ai un écnantillon du Cordofan re- cueilli par Kotschy, n® 45, « au bord des champs de Sorgho. ». Le seul auteur, à ma connaissance, qui affirme la spontanéité est Peters. Il a trouvé le C. olitorius <k dans les endroits secs et aussi dans les prés aux environs de Seha et de Tette. » Schwein- furth ne l'indique dans toute la région du Nil que comme cul- tivé *. Il en est de même dans la flore de Sénégambie de Guille- min, Perrotet et Richard. \037En résumé, le C. olitorius paraît spontané dans les régions d'une chaleur modérée de l'Inde occidentale, du Cordofan et probablement de quelques pays intermédiaires. Il se serait ré- pandu du côté de Timor etjusque dans l'Australie septentrionale (Bentham^ FL austr,)^ en Afrique et vers l'Anatolie à la suite d'une culture qui ne date peut-être pas de plus loin que l'ère chré- tienne, même dans son point d'origine. Malgré ce qu'on répète dans beaucoup d'ouvrages, la culture de \0371. Rosenmûller, Bibl. Naturgeschichte. \0372. Von Heldreich, Die Nutzpflanzen Griechenlands, p. 53. \0373. Masters, dans Hooker, FL hrit, India, 1, p. 397; Aitchison, CataL Ptinjab, p. 23; Roxburgb, FI. ind.y 2, p. 581. \0374. Pid dindon, Index. \0375. Schwemfurth, Beitràge z. FI. /Ethiop.y p. 264. \037\035\013

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106 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037cette plante est rarement indiquée en Amérique. Je note cepen- dant que, d'après Grisebaeh *, elle a amené à la Jamaïque une naturalisation hors des jardins^ comme cela se présente souvent pour les plantes annuelles cultivées. \037Sumac. — Rhu$ Coriaria^ Linné. \037Oo cultive cet arbuste en Espagne et en Italie *, pour faire ^iécher les jeunes branches, avec les feuilles, et en faire une pou- dre, qui se vend aux tanneurs. J'en ai vu naguère une planta- tion en Sicile, dont les produits s'exportaient en Amérique. Comme les écorces de chêne deviennent plus rares et qu'on re- cherche beaucoup les matières tannantes, il est probable que cette culture s'étendra ; d'autant plus qu'elle convient aux loca- lités sèches et stériles. En Algérie, en ^u^i^^lîe, au Gap, dans la république Argentine, ce serait peut-être une intcoductijon à essayer ^. \037Les anciens se servaient des fruits comme assaisonnement, un peu acide, de leurs mets, et l'usage s'en est conservé çà et là ; mais je ne vois pas de preuve qu'ils aient cultivé l'espèce. \037Elle croit spontanément aux Canaries et à Modère, dans la région de la mer Méditerranée et de la mer Noire, de préfé- rence sur les rocailles et dans les terrains desséchés. En Asie, son habitation s'étend jusqu'au midi du Caucase, à la mer Cas- pienne et la Perse ^. L'espèce est assez commune pour qu'on ait commencé à l'employer avant de la cultiver. \037Sumac h est le nom persan et tartare^, Jtous^ JRhus (prononcez Rhous) l'ancien nom chez les Grecs et les Romains ®. Une preuve de la persistance de certains noms vulgaires est qu'en français ■on dit le Roiuc ou Roure des corroyeurs. \037Cat. — Catha edulis^ Porskal. — Celastrus eduKs^ Vahl. \037Cet arbuste, de la famille des Célastracées, est cultivé beau- coup en Abyssinie, sous le nom de Tckut ou Tchatj et dans l'Arabie Heureuse sous celui de Cat ou Gat» On mâche ses feuilles, à l'état frais, comme celles du Coca en Amérique. ESiles ont les mêmes propriétés excitantes et fortifiantes. Celles des pieds non cultivés ont un goût plus fort et peuvent môme eni- vrer. Botta a vu dans le Yemen des cultures de Cat aussi impor- \0371. Grisebaeh, Flora of àritish India, p. 97. \0372. Bosc, Diclionn, d'agric, au mot Sumac. \0373. Les conditions et procédés de culture du Sumac ont fait Tobjet d*uu mémoire important de M. Inzenga, traduit dans le Bulletin de la Société d'acclimatation de février 1877. Dans les Transactions of the bot. Soc. of Edinburgh, 9, p. 341^ on peut voir l'extrait d'un premier mémoire de Fau- teur sur le même sujet. \0374. Ledebour, FI. ross,, 1, p. 509; Boissier, FI. orient. ^ 2, p. 4. \0375. Nemnich, Polygl, Lextcon, 2, p. 1156; Âinslie, Mat, med. md.. J, p. 414. \0376. Fraas, Syn. fl, rlass,, p. 85. \037\035\013

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SUMAC, GâT, maté, coca 107 \037tantes que celles du café, et il note qu'un cheikh obligé de recevoir poliment beaucoup de visiteurs achetait pour iOO francs de feuilles par jour ^ En Abyssinie, on emploie aussi les feuilles en infusion comme une sorte de thé '. Malgré la passion avec laquelle on recherche les excitants, cette espèce ne s'est pas répandue dans les pays voisins où elle réussirait, comme le Belouchistan, Tlnde méridionale, etc. \037Le Gatha est spontané en Abyssinie '. On ne Ta pas encore trouvé tel en Arabie. Il est vrai que l'intérieur du pays est à peu près inconnu aux botanistes. Les pieds non cultivés dont parle Botta sont-ils spontanés et aborigènes, ou échappés des cul- tures et plus ou moins naturalisés ? C'est ce qu'on ne peut dire d'après son récit. Peut-être le Catha a-t-il été introduit d' Abys- sinie avec le caféier, qu'on n'a pas vu davantage spontané en Arabie. \037Maté. — Ilex paraguariensis, Saint-Hilaire. \037Les habitants du Brésil et du Paraguay font usage, depuis un temps immémorial, des feuilles de cet arbuste, comme les Chi- nois de celles du thé. Ils les récoltent surtout dans les forêts hu- mides de l'intérieur, entre les 208 et 30e degrés de latitude sud, et le commerce les transporte séchées, à de grandes distances, dans la plus grande partie de l'Amérique méridionale. Ces feuilles renferment, avec de l'arôme et du tannin, un principe analogue à celui du thé et du café ; cependant on ne les aime guère, dans les pays où le thé de Chine est répandu. Les planta- tions de Maté ne sont pas encore aussi importantes que l'exploi- tation des arbustes sauvages, mais elles pourront augmenter à mesure que la population augmentera. D'ailleurs la préparation est plus facile que celle du thé, parce qu'on ne roule pas les feuilles. \037Des figures et descriptions de l'espèce, avec de nombreux dé- tails sur son emploi et ses propriétés, se trouvent dans les ouvrages de Saint-Hilaire, sir W. J. Hooker et de Martius *. \037Coca. — Erythroxylon Coca, Lamarck. \037Les indigènes du Pérou et des provinces voisines, du moins dans les parties chaudes et humides, cultivent cet arbuste, dont ils mâchent les feuilles, comme on fait dans llnde pour le Bétel. L'usage en est très ancien. Il s'était répandu même dans \0371. Forskal, Flora mgypto-arab., p. 65; Riehard, Tentamen fl, aàjj^,, 1, p. 134, t. 30; Botta, Archives du Muséum, 2^ p. 73. \0372. Hochstetter, dans F/ora» 1841, p. 663. \0373. Schweinfurth et Ascberson, Aufzdhlung, p. 2«3; Oliver, Flora of tro- pical Africa, 1, p. 364. \0374. Aug. de Saint-Hilaire, Mém. du Muséum, 9, p. 351, Ann, se, nat., 3* série, 14, p. 52; Hooker, london jow^nal ofèotany, 1, p. 34;delifortius, Flora brofiliensis, vol. IT, part. 1, p. 119. \037\035\013

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i08 PLANTES CGLTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037les régions élevées, où l'espèce ne peut pas vivre. Depuis qu'on a au extraire la partie esseutielle du Coca el qu'on a reconnu ses avantages comme tonique, propre à faire supporter des fali- goea sans avoir les inconvénients dos boissons alcooliques, il est probable qu'on essayera d'en répandre la culture, soit en Amérique, soit ailleurs. Ce sera, par exemple, dans la Guyane, l'archipel Indien ou les vallées de Sikkim et Assam, dans l'Inde. car il faut de l'humidité dans l'air et de la chaleur. La gelée surtout est nuisible â l'espèce. Les meilleures localités sont sur les pentes de collines, où l'eau ne séjourne pas. Une tentative faite autour de Lima n'a pas réussi, à cause de la rareté des pluies et peut-être d'une chaleur insuffisante '. \037Je ne répéterai pas ici ce qu'on peut trouver daos plusieurs excellentes publications sur le Coca * ; je dirai seulement que la patrie primitive de l' espèce, en Amérique, n'est pas encore suf- fisamment certaine. Le D Gosse a constaté que les anciens auteurs, tels que Joseph de Jussteu, de LamarcK et Cavanilles, n'avaient vu que des échantillons cultivés. Mathews en avait récolté au Pérou dans le ravin {quebrada) de Chiucbao ', ce qui parait devoir être une locabté hors des cultures. On cite aussi comme spontanés des échantillons de Cuchero, rapportés par Poeppig • ; mais le voyageur lui-même n'était pas assuré de la condition spontanée ^. D'Orbigny pense avoir vu le Coca sau- vage sur un coteau de la Bolivie orientale '. Enfin M. André n eu l'obligeance de me communiquer les Erythroxjlon de sou herbier, et j'ai reconnu le Coca dans plusieurs échantillons de la vallée de la rivière Cauca, dans la Nouvelle-Grenade, portant l'indication : en abondance, spontané ou subsponlanê. M. Triana cependant ne reconnaît pas 1 espèce comme spontanée dans son pays, la Nouvelle- Grenade '. L'extrême importance au Pérou, soua le régime des Incas, comparée à la rareté de l'emploi à la Nouvelle-Grenade, fait penser que les localités de ce dernier pays sont en effet des cultures, et que l'espèce est originaire seulement de la partie orientale du Pérou et de la Bolivie, cou- forménienl aux indications de divers voyageurs susnomm és. \037Indigotier des teinturiers. — Indigofera linctoria, Linné. \037II a un nom sanscrit, Nili '. Le nom latin Indicuvt montre \037que les Homains connaissaient l'indigo pour une substance \0371. Martioel, dans le Bull, de la Soc. tfacdimalolioii, 1871, [j. U9. \0372. Ed particulier dans le résumé très Lien Tait du D' Gtisse, intitulé : Uonoçraphie dp l'Ëruihrraylon Coea, br. in-B", ISGl (tirée à part des tiém, de l'Àead. de Bmrelln, vol. 131. \0373. lloolier, Comjmnion io ikf Bat. tnag., S, p. 2^.

  • . Peyritsch, dans Flora Irrasil., (asc. Si, p. Iîi6.

\0375. HMkec i. c. \0376. GoBse, Jfonofr., p. 13. \0377. TrisDa et Planchon. dans Àim. >c. vol., aér. 4, vol. IM, p. 338. B. Boibiirgh, Flnm indira. 3, \>. 37P. \037\035\013

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INDIGOTIERS, HENNÉ 109 \037venant de llnde. Quant à la qualité spontanée de la plante, Roxburgh dit : « Lieu natal inconnu, car, quoique commune maintenant à l'état sauvage dans la plupart des provinces de rinde, elle n'est pas éloignée ordinairement des endroits où elle est cultivée actuellement ou l'a été. » Wight et Royle, qui ont publié des figures de l'espèce, n'apprennent rien à cet égard, et les flores plus récentes de l'Inde mentionnent la plante comme cultivée *. Plusieurs autres Indigofera sont spontanés dans l'Inde. On a trouvé celui-ci dans les sables du Sénégal ', mais il n'est pas indiqué dans d'autres localités africaines, et il est souvent cultivé au Sénégal, ce qui me fait présumer une naturalisation. L'existence d'un nom sanscrit rend l'origine asiatique assez pro- bsJ)le. \037Indigotier argenté. — Indigofera argentea, Linné. \037Celui-ci est décidément spontané en Abyssinie, Nubie. Kor- dofan et Sennaar ^ On le cultive en Egypte et en Arabie. D'après cela, on pourrait croire que c'est l'espèce dont les anciens Egyp- tiens tiraient une couleur bleue *, mais ils faisaient peut-être venir l'indigo de l'Inde, car la culture en Egypte ne remonte probablement pas au delà du moyen âge *. \037Une forme un peu différente que Roxburgh désignait comme espèce (Indigofera cœrulea), et qui paraît plutôt une variété, est sauvage dans les plaines de la péninsule indienne et du Belou- chistan. \037Indigotiers d'Amérique. \037Il existe probablement un ou deux Indigofera originaires d'Amérique, mais mal définis, souvent mélangés dans les cul- tures avec les espèces de l'ancien monde et naturalisés hors des cultures. La synonymie en est trop incertaine pour que j'ose faire quelque recherche sur leur patrie. Quelques auteurs ont pensé que 1'/. Anil de Linné était une de ces espèces. Linné dit cependant que sa plante était de l'Inde (Mantissa, p. 273). La teinture bleue des anciens Mexicains était tirée d'un végétal bien différent des Indigofera, d'après ce que raconte Hernandez ®. \037Henné. — Lawsonia alba , Lamarck (Lawsonia inermis et L. spinosa de divers auteurs). L usage des femmes de l'Orient de se teindre les ongles en \0371. Wight, Icônes, t. 365; Royle, ///. Himal, t. 195; Baker, dans Flora of briiisn Indiaj 2, p. 98; Brandis, Forest flora, p. 136. \0372. Guillemin, Perrottet et Richard, Flora Seneg, tentamen, p. 178. \0373. Richard, Tentamen fl. abyss., 1, 184; Oliver, FI. of trop. Africa, 2, p. 97; Schweinfurth et Ascherson, Aufzdhlung^ p. 256. \0374. Unger, Pflanzend, alten Mgyptens, p. 66; Pickering, Chronol. arrang. p. 443. \0375. Reynier, Economie des Juifs, p. 439; des Egyptiens, p. 354. \0376. Hemandez, Thés., p. 108. \037\035\013

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no PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037rouge avec le suc tiré des feuilles du Henné remonte à une grande antiquité. La preuve en est dans les anciennes peintures et momies égyptiennes. \037Il est difficile de savoir quand et dans quel pays on a com- mencé à cultiver l'espèce pour subvenir aux nécessités de cette mode aussi ridicule que persistante, mais cela peut remonter à une époque très ancienne, puisque les habitants de Babylono, de Ninive et des villes d'Egypte avaient des jardins. Les érudits pourront constater si lusage de teindre les ongles a commencé en Egypte sous telle ou telle dynastie, avant ou après certaines communications avec les peuples orientaux. Il suffit, pour notre but , de savoir que le Lawsonia , arbuste de la famille des Lythracées, est plus ou moins spontané dans les régions chaudes de TAsie occidentale et de TAfrique, au nord de l'équateur. \037J'en possède des échantillons venant de l'Inde, de Java, de Timor, même de Chine * et de Nubie, qu'on ne dit pas recueillis sur des pieds cultivés, et d'autres échantillons de Ja Guyane et des Antilles, qui proviennent sans doute d'importations de Tespèce. Stoks Ta trouvé indigène dans le Belouchistan *. Rox- burgh le regardait aussi comme spontané sur la côte de Goro- mandel ^ et Thwaites * l'indique pour Ceylan d'une manière qui fait supposer une espèce spontanée. M. Glarke ^la dit « très commune et cultivée dans l'Inde, peut-être sauvage dans la \037f)artie orientale ». Il est possible qu'elle se soit répandue dans 'Inde, hors de la patrie primitive, comme cela est arrivé au XVII® siècle à Amboine ^ et plus récemment peut-être aux Antilles % à la suite de cultures, car la plante est recherchée pour le parfum de ses fleurs, outre la teinture, et se propage beaucoup par ses graines. Les mêmes doutes s'élèvent sur l'in- digénat en Perse, en Arabie, en Egypte (pays essentiellement cultivé), en Nubie et jusqu'en Guinée, où des échantillons ont été recueillis ®. Il n'est pas fort improbable que l'habitation de cet arbuste s'étendit de l'Inde à la Nubie ; cependant c'est tou- jours un cas assez rare qu'une telle distribution géographique. Voyons si les noms vulgaires indiquent quelque chose. \037On attribue à l'espèce un nom sanscrit, Sakachera • ; mais, comme il n'a laissé aucune trace dans les divers noms des lan- gues modernes de l'Inde, je doute un peu de sa réalité. Le nom f)ersan Hanna s'est répandu et conservé plus que les autres Hina des Indous, Henneh et Alhenna des Arabes, Kinna des \0371. Fortune, n» 32. \0372. Aitchison, Catal. ofPunjaby etc., p. 60; Boissier, FI, or,, 2, p. 744. \0373. Roxburgh, FI. ind., 2, p. 258. \0374. Thwaites, Enuni. Ceyl., p. 122. \0375. Clarko. dans Hooker, FI. brit. India, 2, p. 573. \0376. Rumpnius, Amb., 4, p. 42. \0377. Gri?ebach, FI. brit. \V. Ind., 1, p. 271. \0378. Oliver, FI. oftrop. Africa, 2, p. 483. \0379. Piddington, Index io plants of India. \037\035\013

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TABAC m \037Grecs modernes). Celui de Cypros^ usité parles Syriens du temp» de Dioscoride *, n'a pas eu la même faveur. Cie détail vient à l'appui de Topinion que l'espèce était originairement sur le& connns de la Perse et de l'Inde, ou en Perse, et que l'usage^ ainsi que la culture, ont avancé jadis de Test à l'ouest, d'Asie en Afrique. \037Tabac. — Nicotiana Tabacum, Linné, et autres Nicotiana. \037A l'époque de la découverte de l'Amérique, l'usage de fumer, de priser ou chiquer était répandu dans la plus grande partie de ce vaste continent. Les récits des premiers voyageurs, re- cueillis d'une manière très complète par le célèbre anatomiste Tiedemann % montrent que dans l'Amérique méridionale on ne fumait pas, mais on prisait ou chiquait, excepté dans la région de la Plata, de l'Uruguay et du Paraguay, où le Tabac n'était employé d'aucune manière. Dans l'Amérique du Nord, depuis l'isthme de Panama et les Antilles jusqu'au Canada et en Cali- fornie, l'usage de fumer était général, avec des circonstances qui indiquent une grande ancienneté. Ainsi on a trouvé des pipes> dans les tombeaux des Atztecs au Mexique ' et dans les tertres (motmds) des Etats-Unis. Elles y sont en grand nombre et d'un travail extraordinaire . Quelques-unes représentent des animaux étrangers à l'Amérique du Nord *. \037Comme les Tabacs sont des plantes annuelles, qui donnent une immense quantité de graines, il était aisé de les semer et de les cultiver ou de les naturaliser plus ou moins dans le voi- sinage des habitations, mais il faut remarquer qu'on employait des espèces différentes du genre Nicotiana, dans diverses régions de rAméri(jue, ce qui indique des origines différentes. \037Le Nicotiana Taoacum^ ordinairement cultivé, était l'espèce la plus répandue et quelquefois la seule usitée dans l'Amérique méridionale et aux Antilles. Ce sont les Espanols qui ont intro- duit l'usage du tabac dans la Plata, l'Uruguay et le Paraguay ^; par conséquent il faut chercher l'orgine de la plante plus au nord. De Martius ne pensait pas qu'elle fût indigène au Brésil ®, et il ajoute que les anciens Brésiliens fumaient les feuilles d'une espèce de leur pays appelée par les botanistes Nicotiana Lang- sdorffîi. Lorsque j'ai examiné la question d'origine en 1855 ^,. \0371. Dioscorides, 1, cap. 124; Lenz, Bot. d. Alterk.y p. 177. \0372. Tiedemann, Geschichte des Tabacks in-8», 1854. Pour le Brésil, voir Martius, Beitriige zur Ethnogmphie und Sprachkunde Amerikas, 1, p. 719. \0373. Tiedemann, p. 17, pi. 1. \0374. Les desaiiis de ces pipes sont reproduits dans Touvrage récent de M . de NadaiUac, Les premiers hommes et les temps préhistorwuet, vol. 2. p. 45 et 48. \0375. Tiedemann, p. 38, 39. \0376. Martius, Sifst, mat. med. bras., p. 120; Ft. bras.^ vol. X, p. 191. \0377. A. de Candolle, Géogr, bot, raisonnée, p. 849. \037\035\013

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m PLANTES CULTIVEES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037je n'avais pu connaître d'autres échantillons de N. Tabacum paraissant spontanés que ceux envoyés par Blanchet, de la pro- vince de Bania, sous le n* 3223, a. Aucun auteur, avant ou après cette époque, n'a été plus heureux, et je vois que MM. Flûc- kiger et Hanbury, dans leur excellent ouvrage sur les drogues d'origine végétale *, disent positivement : « Le tabac commun est originaire du nouveau monde, et cependant on ne Ty trouve pas aujourd'hui à l'état sauvage. » J'oserai contredire cette assertion, quoique la qualité de plante spontanée soit toujours contestable quand il s'agit d'une espèce aussi facile à répandre hors des plantations. \037Je dirai d'abord qu'on rencontre dans les herbiers beaucoup d'échantillons récoltés au Pérou, s^ns indication qu'ils fussent cultivés ou voisins des cultures. L'herbier de M. Boissier en •contient deux, de Pavon, venant de localités différentes ^. Pavon dit dans sa flore (vol. 2, p. 16) que l'espèce croît dans les forêts humides et chaudes des Andes péruviennes, et qu'on la cultive. Mais, ce qui est plus significatif, M. Edouard André a recueilli dans la république de l'Equateur, à Saint-Nicolas, sur la pente occidentale du volcan Gorazon, dans une forêt vierge, loin de toute habitation, des échantillons, qu'il a bien voulu me communiquer et qui sont évidemment le N. Tabacum à taille élevée (2 à 3 mètres) et à feuilles supérieures étroites, longue- ment acuminées, comme on les voit dans les planches de Hayne et de Miller ^. Les feuilles inférieures manquent. La fleur, qui donne les vrais caractères de l'espèce, est certainement du N. Tabacum^ et il est bien connu que cette plante varie dans les cultures sous le rapport de la taille et de la largeur des feuilles*. \037La patrie primitive s'étendait-elle au nord jusqu'au Mexique, au midi vers la Bolivie, à l'est dans le Venezuela? C'est très possible. \037Le Nicotiania rustica^ Linné, espèce à fleurs jaunâtres, très diff'érente du Tabacum ^, et qui donne un tabac grossier, était plus souvent cultivé chez les anciens Mexicains et les indigènes au nord du Mexique. Je possède un échantillon rapporté de Californie par Douglas, en 1839, époque à laquelle les colons étaient encore rares, mais les auteurs américains n'admettent \0371 . Flûckiger et Hanburr, Histoire des drogues d*origine végétale, traduc- tion en français, 1878, yoI. 2, p. 150. \0372. L'un d'eux est classé sous le nom deMco^. fruticosa, qui, selon moi, est la même espèce, à taille élevée, mais non ligneuse, comme le nom le ferait croire. Le N. auriculata Bertero est aussi le Tabacum, d'après mes échantillons authentiques. \0373. Hayne, Arzneikunde Gewachse, vol. 12, t. 41; Miller, Gardener's dict,, figures, t. 186, f. 1. \0374. La capsule est tantôt plus courte que le calice et tantôt plus longue, sur le même individu, dans les échantillons de M. André. \037o. Voir les figures de iV. rustica dans Plée, Types de familles naturellet de France, Solanées; BuUiard, Herbier de France ^ t. 289. \037\035\013

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TABAC 113 \037pas la plante comme spontanée^ et le D^* Asa Gray dit qu'elle se sème (fans les terrains vagues *. G*est peut-être ce qui était arrivé pour des échantillons de Therbier Boissier, que Pavon a récoltés au Pérou et dont il ne parle pas dans la flore péru- vienne. L'espèce croit abondamment autour de Gordova, dans la république Argentine ', mais on ignore depuis quelle époque. D'après l'emploi ancien de la plante et la patrie des espèces les \0378 lus analoeues, les probabilités sont en faveur d'une origine du [exique, du Texas ou de Californie. \037Plusieurs botanistes, même des Américains, ont cru l'espèce de l'ancien monde. G'est bien certainement une erreur, quoique la plante se répande çà et là, même dans nos forêts et quelque- fois en abondance ', à la suite des cultures. Les auteurs du XVI* siècle en ont parlé comme d'une plante étrangère, in- troduite dans les jardins et qui en sortait quelquefois ^. On la trouve dans quelques herbiers sous les noms de N. tatarica^ turcica ou sibirica^ mais il s'agit d'échantillons cultivés dans les jardins, et aucun botaniste n'a rencontré l'espèce en Asie ou sur les confins de l'Asie, avec l'apparence qu'elle ftit spontanée. \037Geci me conduit à réfuter une erreur plus générale et plus tenace, malgré ce que j'ai démontré en 1855, ceUe de considérer quelques espèces mal décrites d'après des échantillons cultivés, comme originaires de l'ancien monde, en particulier d'Asie. Les preuves de l'origine américaine sont devenues si nombreuses et si bien concordantes que, sans entrer dans beaucoup de détails, je puis les résumer de la manière suivante : \037A. Sur une cinquantaine d'espèces du genre Nicotiana trouvées à l'état sauvage, deux seulement sont étrangères à l'Amérique, savoir : 1" le ïv. suaveolens^ de la Nouvelle-Hollande, auquel on réunit maintenant le iV. rotundifolia du même pays, et celui que Ventenat avait appelé par erreur N, undulata; 2^ le N. fragrans Hooker {Bot. mag., t. 4865), de l'île des Pins, près de la Nou- A^elle-Galédonie, qui diffère bien peu du précédent. \037B. Quoique les peuples asiatiques soient très amateurs de tabac et que dès une époque reculée ils aient recherché la fumée de certaines plantes narcotiques, aucun d'eux n'a employé le Tabac antérieurement à la découverte de l'Amérique. Tiedemann Ta très bien démontré par des recherches approfondies dans les écrits des voyageurs du moyen âge *. Il cite même pour une époque moins ancienne et qui a suivi de près la découverte de TAmé- rique, ceHe de 1540 à 1603, plusieurs voyageurs dont quelques- \0371. Asa Gray, Synoptical flora ofN, A, (1878), p. 241. \0372. Martin de Moussy, Descript. de larép. Argentine, 1, p. 196. \0373. Bùlliard, l. c. \0374. Cœsalpinus, lib. VIII, cap. 44; Batihin, Hist., 3, p. 630. \0375. Tiedemann, Geschichte des Tabaks (1854), p. 208. Deux ans aupara- vant, Volz, Beitrage zur CuUurgeschichtâ, avait réuni déj& un très grand nombre de faits sur Fintroduction da Tabac dans divers pays. \037De Candolle. 8 \037\035\013

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114 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037uns étaient des botanistes, tels que Belon et Rauwolf, qui ont parcouru l'empire turc et la Perse, observant les coutumes avec beaucçup d'attention, et qui n'ont pas mentionné une seule fois le Tabac. Evidemment il s'est introduit en Turquie au commen- cement du XVII® siècle, et les Persans l!ont reçu très vite par les Turcs. Le premier Européen qui ait dit avoir vu fumer en Perse est Thomas Herbert, en 1626. Aucun des voyageurs suivants n'a oublié de mentionner l'usage du narguilé comme bien établi. Olearius décrit cet appareil, qu'il avait vu en 1633. La première mention du Tabac dans l'Inde est de 1605 \ et il est probable que l'introduction en est venue par les Européens. Elle com- mençait à Arracan et au Pégu en 1619, d'après le voyageur Methold '. Il s'est élevé quelques doutes à l'égard de Java, parce que Rumphius, observateur très exact, qui écrivait dans la seconde moitié du xvn« siècle, a dit ' que, selon la tradition de quelques vieillards, le tabac était employé comme médica- ment avant l'arrivée des Portugais en 1496, et que l'usage de fumer avait seul été communiqué par les Européens. Rum- phius ajoute, il est vrai, que le nom Tabaco ou Tambuco, ré- pandu dans toutes les localités, est d'origine étrangère. Sir Stamford Raffles * , à la suite de nombreuses recherches histo- riques sur Java, donne au contraire Tannée 1601 pour la date de l'introduction du tabac à Java. Les Portugais avaient bien découvert les côtes du Brésil de 1500 à 1504; mais Vasco de Gama et ses successeurs allaient en Asie par le Gap ou la mer Rouge, de sorte qu'ils ne devaient guère établir des communica- tions fréquentes ou directes entre l'Amérique et Java. Nicot avait vu la plante en Portugal en 1560; ainsi les Portugais l'ont portée en Asie probablement dans la seconde moitié du xvi® siècle. Thunberg affirme * que l'usage du Tabac a été introduit au Japon par les Portugais, et, d'après d'anciens voyageurs que cite Tiedemann, c'était au commencement du xvii® siècle. Enfin les Ghinois n'ont aucun signe original et, ancien pour indiquer le Tabac; leurs dessins sur porcelaines, dans la collection de Dresde, montrent fréquemment depuis l'année 1700 et jamais auparavant des détails relatifs au Tabac ^ ; enfin les sinologues s'accordent à dire que les ouvrages chinois ne mentionnent pas cette plante avant la fin du xvi* siècle '. Si Ton fait attention à la rapidité avec la(|uelle l'usage du tabac s'est répandu partout où il a été introduit, ces renseignements sur l'Asie ont une force incontestable. \0371. D'après iin auteur anonyme indien, cité par Tiedemann, p. 229. \0372. Tiedemann, p. 234. \0373. RumphiuB, Herb, Amboin,, 5, p. 225. \0374. Raffles, Description of Java, p. 85. \0375. Thunberg, Flora jaj^nica, p. 91. \0376. Klemm, cité dans Tiedemann, p. 256. \0377. Stanislas Julien, dans de Gandolle, Géographie bot. rais., p. 851 ; Bret- Schneider, Study and value ofchinese botanical works, p. 17. \037\035\013

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TABAC 115 \037C. Les noms vulgaires du Tabac coiifirment une origine améri- caine. S'il Y avait eu des espèces indigènes dans l'ancien monde, il existerait une infinité de noms différents; mais au contraire les noms chinois, japonais, javanais, indiens, persans, etc., dérivent des noms américains Petum^ ou Tabak^ Tahok, Tamboc, légèrement modifiés. Piddington, il est vrai, cite des noms sanscrits, Dhumrapatra et Tamrakouta * ; mais je tiens d'Adolphe Pictet que le premier de ces noms, qui n'est pas dans le diction- naire de Wilson, signide feuille à fumer et paraît d'une compo- sition moderne, tandis que le second n'est probablement pas plus ancien et semble quelque modification moderne des noms américains. Le mot arabe Docchan veut dire simplement fumée *. \037Enfin nous devons chercher ce que signifient deux Nicotiana qu'on prétend asiatiques. L'une, appelée par Lehmann Nicotiana chinensis^ venait du botaniste russe Fischer; qui la disait de Chine. Lehmann l'avait vue dans un jardin; or on sait à quel \037Îioint les origines des plantes cultivées par les horticulteurs sont réquemment erronées, et d'ailleurs, d'après la description, il semble que c'était simplement le N. Tabacum^ dont on avait reçu des graines, peut-être de Chine '. La seconde espèce est le N.perstcUy de Lindl^y, figurée sans le Botanicalregister (pi. 1592), dont les graines avaient été envoyées d'Ispahan à la Société d'horticulture de Londres comme celles du meilleur Tabac cultivé en Perse, celui de Schiraz. Lindley ne s'est pas aperçu que c'était exactement le N. alata, figuré trois ans auparavant par Link et Otto * d'après une plante du jardin de BerUn. Celle-ci venait de graines du Brésil méridional, envoyées par Sello. C'est une espèce certainement brésilienne , à coroUe blanche, fort allongée, voisine du N. suaveolens de la Nouvelle- Hollande. Ainsi le Tabac cultivé quelquefois en Perse, concur- remment avec l'ordinaire et qu'on a dit supérieur pour le parfum, est d'origine américaine, comme je l'avais prévu dans ma Géographie botanique en 1855. Je ne m'explique pas com- ment cette espèce a été introduite en Perse. Ce doit être par des ^graines tirées d'un iardin ou venues, par hasard, d'Amérique, et il n'est pas probable que la culture en soit habituelle en Perse, car Olivier et Bruguière, ainsi que d'autres naturalistes qui ont vu les cultures de Tabac dans ce pays, n'en font aucune mention. Par tous ces motifs, il n'existe point d'espèce de Tabac \0371. Piddington, Index, \0372. Forskal, p. 63. \0373. Lehmann, Historia Nicotinarum, p. 18. L^expression de suffruticosa 'est une exagération appliquée aux Tabacs, qui sont toujours annuels. J'ai déjà dit que le N. suffruticosa des auteurs est le N. Tahacum. \0374. Link et Otto, Icônes plant, rar. horti ber., in-4, p. 63, t. 32. Sen- dtner, dans Flora brasil.^ vol. 10, p. 167, décrit la môme plante de Sello, à ce qu'il semble, d'après des échantillons envoyés par ce voyageur, et Grisebacb, Symbole fl, argent, ^ p. 243, mentionne le N, alata dans la province dJEntrerios de la république Argentine. \037\035\013

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116 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037originaire d'Asie. Elles sont toutes d'Amérique, excepté les If. iuaveolens, de la Nouvelle Hollande, et N. fragrans, de l'Ile des Pins, au sud de la Nouvelle-Calédonie. \037Plusieurs Nkotinna, auires que les Tabacum et rusiica, ont été cultivés çà et là par des sauvages ou, comme curiosité, par des Européens. II est singulier qu'on s'occupe ai rarement de ces essais, au moyen desquels on obtiendrait peut-être des tabacs très \037Earticulîers, Les espèces à fleura blanches donneraient proba- lement des tabacs légers et parfumés, et comme certains fumeura recherchent les tabaca les plus forts, les plus désagréa- bles poasible aux personnes qui ne fument pas, je leur recom- manderai le rficotiana angustifolia, du Chili, que les indigènes appellent Tabaco del Diafîlo ', \037Canneller. — Cinnamomum zeylaniewn, Breyn. \037Le petit arbre, de la famille des Lauracées, dont l'écorce des jeunes rameaux est la cannelle du commerce, existe en grande quantité dans les forêts de Ceylan. Certaines formes qui se trouvent sauvages dans l'Inde continentale étaient regardées autrefois comme autant d'espèces distinctes, mais les botanistes anglo-indiens s'accordent à les réunir avec celle de Ceylan î. \037Les écorces du Cannelîer et d'autres Cinnomomum non cul- tivés, oui produisent le caasia ou cassia de Chine, ont été l'objet a'un commerce important dès les temps les plus reculés, MM. Pliickiger et Hanbury ' ont traité ce point historique avec une érudition si complète que nous devons simplement renvoyer à leur ouvrage. Ce qui noua importe, à notre point de vue, c'est de constater combien la culture du cannelier est moderne relati- vement à l'exploita tien de l'espèce. C'est seulement de 176& à 1770 qu'un colon de Ceylan, appelé de Koke, soutenu par le gouverneur de l'ile, Falck, fit des plantations qui réussirent à merveille. Elles ont diminué depuis quelques années à Ceylan;. mais on en a fait ailleurs, dans les pays tropicaux de l'ancien et du nouveau monde. L'espèce se naturalise facilement hors des cultures ', parce que les oiseaux en recherchent les fruits- avec avidité et sèment les graines dans les forêts. \037Bamlé. — Ckina grass, des Anglais, — Boekmena nivea; Hooker et Arnott. \037La culture de cette précieuse Urticacée a été introduite dai le midi des Etats-Unis et de la France, depuis une trentaine d'années; mais le commerce avait fait connaître auparavant]Ia \037\035\013. FlBckiger et Hanbui% Hiiloire des drogues d'oriffine végétale, trid. \037\035\013

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GANNELIER, RAMIÉ, CHANVRE 117 \037valeur extraordinaire de ses fibres, plus tenaces que le chanvre et, dans certains cas, flexibles comme la soie. On peut lire dans plusieurs ouvrages des détails intéressants sur la manière de cultiver la plante et d'en extraire les fils *. Je me bornerai à préciser ici, le mieux que je pourrai, Torigine géographique. \037Dans ce but, il ne faut pas se fier aux phrases assez vagues de la plupart des auteurs, ni aux étiquettes des échantillons dans les herbiers, car il est arrivé souvent qu'on n'a pas distingué les pieds cultivés , échappés des cultures ou véritablement sauvages, et qu'on a oubué aussi la diversité des deux formes Boehrneria nivea [Urtica nivea, Linné, et Boehmeria ienacissima^ Gaudichaud, ou B. candicans, Hasskarl), qui paraissent deux variétés d'une même espèce, à cause des transitions notées par quelques botanistes. Il y a même une sous-variété, à feuilles vertes des deux côtés, cultivée par les Américains et par M. de Malartic dans le midi de la France. \037La forme anciennement connue (Urtica nivea L.), à feuilles très blanches en dessous, est indiquée comme croissant en Chine et dans quelques pays voisins. Linné dit qu'elle se trouve sur les murs en Chine, ce qui s'appliquerait à une plante des décombres, originaire des cultures ; mais Loureiro ' dit : Habitat, et abundanter colitur in Cochinchina et China, et, selon M. Ben- tham ^, le collecteur Champion l'a trouvée, en abondance, dans les ravins de l'île de Hong-Kong. D'après MM. Franchet et Savatier *, elle existe au Japon, dans les taillis et les haies [in fruticetis umbrosis et sepibus). Blanco * la dit commune aux îles Philippines. Je ne trouve aucune preuve qu'elle soit spontanée à Java, Sumatra et autres îles de l'archipel Indien. Rumphius ' ne la connaissait que comme plante cultivée. Roxburgh ^ la croyait native de Sumatra, ce que Miquel * ne confirme pas. \037Les autres formes n'ont été trouvées nulle part sauvages, ce qui appuie l'idée que ce sont des variétés survenues dans les cultures. \037Chanvre. — Cannabis saliva^ Linné. \037Le chanvre est mentionné, avec ses deux états, mâle et femelle, dans les plus anciens ouvrages chinois^ en particulier dans le Shu-King, écrit 500 ans avant Jésus-Christ *. Il a des \0371. Comte de Malartic, Journal d'aoric, pratique, 7 déc. 1871, 1872, v. 2, ji« 31 ; de La Rogue, ibid,, n. 29, Bull, Soc, d'acclimat,, juiUet 1872, p. 463; Vilmorin, Bon jardinier, 1880, part. 1, p. 700; Vetillart, Etudes sur les fibres végét. textiles , p. 99, d1. 2. \0372. Loureiro, Flora cochincn,, 2, p. 683. \0373. Bentham, Flora Hongkong:, p. 331. \0374. Franchet et Sa.va.iJer'y Enum, plant , Jap,, 1, p. 439. \0375. Blaùco, Flom de Filip.y éd. 2, p. 484. \0376. Rumphius^ Âmboin., 5, p. 214. \0377. Roxburgh, FL ind,, 3, p. 590. \0378. Miqael, Sumatra, éd. ailem., p. 170. \037^. Bretschneider, Value ofchinese botanical works, p. 5, 10, 48. \037\035\013

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118 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037noms sanscrits, Banga et Gangika * orthographiés Bhanga et Gunjika par Piddington *. La racine de ces noms ang ou an se retrouve dans toutes les langues indo-européennes et sémitiques modernes : Bang en hindou et persan, Gang a en bengali ', Hanf en allemand, Memp en anglais, Kanas en celtique et bas-breton moderne *, Cannabis en grec et en latin, Cannab en arabe-^. \037D'après Hérodote (né en 484 avant Jésus-Christ), les Scythe» employaient le Chanvre, mais de son temps les Grecs le connais- saient à peine *. Hiéron II, roi de Syracuse, achetait le chanvre de ses cordages pour vaisseaux dans la Gaule, et Lucilius est le premier écrivain romain qui ait parlé de la plante (100 ans avant Jésus Christ). Les livres hébreux ne mentionnent pas le Chanvre ^. Il n*entrait pas dans la composition des efnveloppes de momies chez les anciens Egyptiens. Même à la fin du xviif siècle, on ne cultivait le Chanvre, en Egypte, que pour le hachich, matière enivrante ^. Le recueil des lois judaïques appelé Mischna, fait sous la domination romaine, parle de fees propriétés textiles comme d'une chose peu connue *. Il est assez probable que les Scythes avaient transporté cette plante de l'Asie centrale et de la Russie à l'ouest, dans leurs migrations, qui ont eu lieu vers l'an 1500 avant Jésus-Christ, un peu avant la guerre de Troie. Elle aurait pu s^introduire aussi par les invasions anté- rieures des Aryens en Thrace et dans l'Europe occidentale ; mais alors ritalie en aurait eu connaissance plus tôt. On n*a pas trouvé le Chanvre dans les palafittes des lacs de Suisse " et du nord de l'Italie ". \037Ce qu'on a constaté sur l'habita tion du Cannabis sativa con- corde bien avec les données historiques et linguistiques. J'ai eu» l'occasion de m'en occuper spécialement dans une des mona- graphies du Prodromus^ en 1869 *^. \037L'espèce a été trouvée sauvage, d'une manière certaine, au midi de la mer Caspienne *', en Sibérie, près de l'Irtysch, dans le désert des Kirghiz, au delà du lac Baical, en Daourie (gouver- nement d'Irkutsk). Les auteurs l'indiquent dans toute la Russie méridionale et moyenne, et au midi du Caucase^*, mais la qualité \0371. Roxburgh, Flora indica, éd. 2, vol. 3, p. 772. \0372. Piddington, Index. \0373. Roxburgh, ibid, \0374. Reynier, Economie des Celtes, p. 448; Legonidec, Dictionn. bas-breton, \0375. J. Humbert, autrefois professeur d'arabe à Genève, m'a indiqué Kan- nab, Kon-mab, Hon-nab, Hen-nab, Kanedir, selon les locdités. \0376. Athénée, cité par Hehn, Culturpflanzen, p. 168. \0377. Rosenmûller, Handb. bibL Alterk, \0378. Forskal, Flora; Delile, Flore d'Egypte, \0379. Reynier, Economie des Arabes, p. 434. \03710. Heer, Ueber d, Flachs, p. 25. \037U. Sordelli, Notizie sulL staz, di Lagozza, 1880. \03712. Vol. XVI, sectio 1, p. 30. \03713. De Bunge, Bull. Soc, bot, de Fr,, 1860, p. 30, \03714. Ledebour, F/ora rowîca, 3, p. 634. \037\035\013

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MURIER BLANC 119 \037spontanée y est moins sûre, attendu que ces pays sont peuplés et que les graines de Chanvre peuvent se répandre aisément hors iardins. L'ancienneté de la culture en Chine me fait croire que rhabitation s'étend assez loin vers Test, quoique les botanistes ne raient pas encore constaté *. M. Boissier indique Fespèce en Perse comme « presque spontanée ». Je doute qu'elle y soit indigène, parce que les Grecs et les Hébreux l'auraient connue plus tôt si elle l'était. \037Mûrier blanc. — Morus alba, Linné. \037Le Mûrier dont on sert le plus communément en Europe pour Téducatioil des vers à soie est le Morus alba. Ses variétés, très nombreuses, ont été décrites avec soin par Seringe * et plus récemment par M. Bureau '. La plus cultivée dans llnde, le Morus indica^ Linné [Morus alba, v&r. indica, Bureau), est sauvage dans le Punjab et à Sikim, d'après Brandis, inspecteur général des forêts de l'Inde anglaise *. Deux autres variétés, serrata et cuspidata, sont aussi indiquées comme sauvages dans diverses provinces de Tlnde septentrionale ^. L'abbé David a trouvé en Mongolie une variété parfaitement spontanée, décrite sous le nom de Mongolica par M. Bureau, et le D^'Bretschneider ® cite un nom Yen, d'anciens auteurs chinois, pour le Mûrier sauvage. Il ne dit pas, il est vrai, si ce nom s'applique au Mûrier blanc : Pe (blanc)-iSan^ (Mûrier), des cultures chinoises '. L'ancienneté de la culture en Chine * et au Japon, ainsi que la quantité de formes différentes qu'on y a obtenues, font croire que la patrie primitive s'étendait à l'est jusqu'au Japon, mais on connaît peu la flore indigène de la Chine méridionale, et les auteurs les plus dignes de confiance pour les plantes japonaises n'affirment pas la qualité spontanée. MM. Franchet et Savatier ' disent : « cul- tivé depuis un temps immémorial et devenu sauvage çà et là. » Notons aussi que le Mûrier blanc paraît s'accommoder surtout des pays montueux et tempérés, par où Ton peut croire qu'il aurait été jadis introduit du nord de la Chine dans les plaines du midi. On sait que les oiseaux recherchent ses fruits et en portent les graines à de grandes distances dans des localités incultes, ce qui empêche de constater les habitations vraiment anciennes. \0371. M. de Bunge a trouvé le Chanvre dans le nord de la Chine, mais dans des décombres {Enum., b? 338). \0372. Seringe, Description et culture des Mûriers, \0373. Bureau, dans de Candolle, Prodromxis, 17, p. 238. \0374. Brandis, The forest flora of north-west and central India, 1874, p» 408. Cette variété a le iruit noir, comme le Morus nigra. \0375. Bureau, l, c, d'après des échantillons de divers vovageurs. \0376. Bretschneider, Study and value of chinese bot. v}orks, p. 12. \0377. Ce nom est dans le Pent-sao, d'après Ritter, Erdkunde, 17, p. 489. \0378. D'après Platt, Zeitschrift d. Gesellsch. Erdkunde, 1871, p. 162, la cul- ture remonte & 4000 ans avant J.-C. \0379. Franchet et Savatier, Enumeratio plantarum Japoniœ, 1, p, 433. \037\035\013

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120 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES 00 FEUILLES \037Cette facililé de naluralisalion explique sans doute la présence, à des époques successives, du Mûrier blanc dans l'Asie occi- dentale et le midi de l'Europe. Elle a dû agir surtout depuis que des moines eurent apporté le ver à soie à. Constantînople, sous Justinieu, dans le vi" siècle, et que graduellement la sériculture s'est propagée vers l'ouest. Cependant Targioni a constaté que le mûrier noir, M. nigra, étail seul connu en Sicile et en Italie, lorsque l'industrie de la soie s'est introduite en 1148 en Sicile et deux siècles plus tard en Toscane '. D'après le même auteur, l'inlroduclion du Mûrier blanc en Toscane date, au plus tôt, de l'aDuêc 1340. De la même manière, l'indualrie de la soie peut avoir commencé en Chine, parce que le ver à soie s'y trouvait Daturellement; mais il est Irès probable que l'arbre existait aussi dans l'Inde septentrionale, où tant de voyageurs l'ont trouvé à l'état sauvage. En Perse, en Arménie et dans l'Asie Mineure, \e le crois plutôt naturalisé depuis une époque ancienne, contrai- rement à l'opinion de Griscbach, qui le regarde comme origi- naire de la région de la mer Caspienne {Végét. du globe, trad, française, 1, p. 424). M. fioissier ne le cite pas comme spontané dans ces pays '. M. Buhse " l'a trouvé en Perse, près a'Brivan et de Baschnaruschin, et il ajoute : u naturalisé en abondance dans le Gbilan et le Masenderan. s La flore de Russie par Ledebour * indique de nombreuses localités autour du Caucase, sans parler de spontanéité, ce qui peut signifier une espèce na- turalisée. En Crimée, en Grèce et en Italie, il est seulement à l'état de culture '. Une variété lalarica, souvent cultivée dans le midi de la Russie, s'est naturalisée près du Volga '. \037Si. le Mûrier blanc n'existait pas primitivement en Perse et vers la mer Caspienne, il doit y avoir pénétré depuis longtemps. Je citerai pour preuve le nom de 7'ut, Tuth, Tula, qui est persan, arane, turc et lartare. Il y a un nom sanscrit, Tuta ', qui doit se rattacher à la même racine que le nom persan; mais on ne connaît pas de nom hébreu, ce qui vient à l'appui de l'idée d'une extension successive vers l'Asie occidentale. \037Ceux de mes lecteurs qui désirent des renseignements plus détaillés sur l'introduction des Mûriers et des vers à soie les trouveront surtout dans les savants ouvrages de Targioni et de Hilter que j'ai cités. Les découvertes faites récemment par divers botanistes m'ont permis d'ajouter des données plus \0371. Ant. TarKioni, Cenni stot-ici suUa iittrod. di varie piaule nelV agncoU . toscana, p. 188. \037%. BoUaier, Flora orient., 4, p. 1153. \0373. Buhfle, Aufzàklung der Ti-anseaucasien und Periien Pflanzea, p. 203. \037i. Ledebour, FL ros3., 3, p. 643. \037B. Sleven, Verzeiehniss d. tawùch. Malbinn, p. 313; Ueldreich, Pflanien des attUt/ten Ebene, p. 508; Bertoloni, PI. iiai., 10, p. (77; Carnel, Fl. Tôt- fana, p. Ht. \0376. Bureau, l. c. \0377, Boibargb, Fl. ind.; Piddington, Index, \037\035\013

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MURIER NOIR 121 \037précises que celles de Ritter sur roriçine, et, s'il y a quelques contradictions apparentes entre nos opinions sur d'autres points, cela vient surtout de ce que Fillustre géographe a considéré une foule de variétés comme des espèces, tandis que les botanistes les ont réunies après un examen attentif. \037Mûrier noir. — Monts nigra^ Linné. \037Il est plus recherché pour ses fruits que pour ses feuilles, et, d'après cela, je devrais Ténumérer dans la catégorie des arbres fruitiers. Cependant on ne peut guère séparer son histoire de celle du Mûrier blanc. D'ailleurs on emploie sa feuille dans beaucoup de pays pour l'élève des vers à soie, sans se laisser arrêter par la qualité inférieure du produit. \037Le Mûrier noir se distingue du blanc par plusieurs caractères, indépendamment de la couleur noire du fruit, qui se trouve également chez certaines variétés du M. alba *. Il n'a pas une infinité de formes comme celui-ci, ce. qui peut faire présumer une culture moins ancienne, moins active, et une patrie primi- tive moins étendue. \037Les auteurs grecs et latins, même les poètes, ont souvent mentionné le Morus nigra, qu'ils comparaient au Fictis Syco- morus^ et (ju'ils confondaieat même dans l'origine avec cet arbre égyptien. Les commentateurs répètent depuis deux siècles une foule de passages qui ne laissent aucun doute à cet égard, mais ne présentent guère d'intérêt en eux-mêmes '. Ils ne four- nissent aucune preuve sur l'origine de l'espèce, qu'on présume de Perse, à moins de prendre au sérieux la fable de Pyrame ei Thisbé, dont la scène était en Babylonie, d'après Ovide. \037Les botanistes n'ont pas constaté d'une manière bien certaine rindigénat en Perse. M. Boissier, qui possède plus de matériaux que personne sur l'Orient, se contente de citer Hohenacker comme ayant trouvé le M, nigra dans les forêts de Lenkoran, sur la côte méridionale de la mer Caspienne, et il ajoute : « pro- bablement spontané dans la Perse septentrionale vers la mer Caspienne ^ ». Avant lui, Ledebour, dans sa flore de Russie, indiquait, d'après divers voyageurs, la Crimée et les provinces au midi du Caucase *; mais Steven nie que l'espèce existe en Crimée autrement qu'à l'état de culture ^. M. de Tchihatcheff et C Koch ^ ont trouvé des pieds de Mûrier noir dans des localités \0371 . Reichenbacb a publié de bonnes figures des deux espèces dans ses icônes florx germ,, t. 657 et 658. \0372. Fraas, Synopsis fl, class., p. 236; Lenz, Botanik d. alten Griechen und /Rœwer, p. 419; Kitter, Erâkunde, 17, p. 482; Hehn, Culturpflanzen, éd. 3, p. 336, sans parler d'auteurs plus anciens. \0373. Boissier, Flora orient, y 4, p. H53 (publiée en 1879). \0374. Ledebour, Fl. ross.y 3, p. 641. \0375. Steven, Verzeichniss d. taurischen Halbins, Fflanzen, p. 313. \037j6. Tchihat«beff, traduction de Grisebach, Végétation du globe, 1, p. 424. \037\035\013

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122 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037élevées et sauvages d'Arménie. II est bien probable que, dans la région au midi du Caucase et de la mer Caspienne, le Morus nigra est spontané, originaire, plutôt que naturalisé. Ce qui me le fait croire, c'est : i** qu'il n'est pas connu, même à l'état cul- tivé, dans llnde, en Chine ou au Japon; 2® qu'il n'a aucun nom sanscrit; 3° qu'il s'est répandu de bonne heure en Grèce, pays dont les communications avec l'Arméme ont été anciennes. \037Le Monts nigra s'était si peu propagé au midi de la Perse qu'on ne lui connaît pas, d'une manière certaine, un nom hébreu ni même un nom persan distinct de celui du Morus alba. On le cultivait beaucoup en Italie, jusqu'à ce qu'on eût reconnu la supériorité du Mûrier blanc pour la nourriture des vers à soie. En Grèce, le Mûrier noir est encore le plus cultivé *. Il s'est na- turalisé çà et là dans ces pays et en Espagne *. \037I \037Maguey. — Agave americana, Linné. \037Cette plante ligneuse, de la famille des Amaryllidées, est cultivée, depuis un temps immémorial, au Mexique, sous les noms de Maguey ou Metl^ pour en extraire, au moment où se développe la tige florale, le vin dit pulque, Humboldt a décrit clairement cette culture ^ et il nous dit ailleurs ^ que l'espèce croit dans toute l'Amérique méridionale, jusqu'à 1600 toises d'élévation. On la cite ^ dans la Jamaïque, à Antigua, à la Domi- nique, à Cuba;mais il faut remarquer qu'elle se multiplie facile- ment de drageons et qu'on la plante volontiers loin des habitations, pour en former des haies ou en tirer le fil appelé pite, ce qui em» pèche de savoir dans quel pays elle existait primitivement. Transportée depuis longtemps dans la région de la mer Médi- terranée, on la rencontre avec toutes les apparences d'une espèce indigène, quoique son origine ne soit pas douteuse ®. Probable- ment, d'après les emplois variés qu'on en faisait au Mexique avant l'arrivée des Européens, c'est de là qu'elle est sortie. \037Canne à sucre. — Saccharum officinarum^ Linné. \037Les origines de la Canne à sucre, de sa culture et de la fabri- cation du sucre ont été l'objet d'un travail très remarquable du géopraphe Karl Ritter ^ Je n'ai pas à le suivre dans les détails \0371. Heldreich. Nutzpflanzen Ch^iechenlands, p. 19. \0372. Bertoloni, F/ora ital., 10, p. 179; Visiani, FI. dalmat.^ i, p. 220; Will- komm et Lange^ Prodr. fl. hisp,, 1, p. 250. \0373. De Humboldt, Nouvelle-Espagne, éd. 2, p. 487. \0374. De Hnmboîdt, dans Kuntn, Nova Gênera, 1, p. 297. \0375. Grisebach, Flora ofbrit. W. India, p. 582. \0376. Alph. de CandoUe, Géogr. bot. raisonnée, p. 739; H. Hoffmann, dans Regel, Garienflora, 1875, p. 70. \0377. K. Ritter, Ueber die geographische Verbreitung des Zuckerrohrs, 1840, in-4, 108 pag. (d'après Pritzel, Tnes. lit. bot.); Die cultur des Ztickerr^hrs]. Saccharum, in Asien^ Geoar. Verbi^eitung, etc., etc., in-8^, 64 pages, 8€Uis date. C'est une monographie pleine d'érudition et de jugement, digne de \037\035\013

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AGAVE, CANNE A SUCRE 123 \037uniquement agricoles et économiques; mais pour l'habitation primitive de l'espèce, qui nous intéresse particulièrement, c'est le meilleur guide, et les faits observés depuis quarante ans ap* puient, en générai, ou confirment ses opinions. \037La Canne à sucre est cultivée aujourd'hui dans toutes les régions chaudes du globe, mais il est démontré par une foule de témoir gnaçes histëriques qu'elle a été employée d'abord dans l'Asie méridionale, d'où elle s'est répandue en Afrique et plus tard en en Amérique. La question est donc de savoir dans quelles parties du continent, ou des îles du midi de TAsie, la plante existe ou existait quand on a commencé à s'en servir. \037Ritter a procédé selon les bonnes méthodes pour arriver à une solution. \037Il note d'abord que toutes les espèces connues à l'état sau- vage et rapportées, avec sûreté, au genre Saccharum, croissent dans l'Inde, excepté une qui est en Egypte *. On a décrit depuis cinq espèces des îles de Java, la Nouvelle-Guinée, Timor ou les Philippines *. La probabilité est toute en faveur de l'origine en Asie si l'on part des données de la géographie botanique. \037Malheureusement aucun botaniste n'avait trouvé à l'époque de Ritter et n'a encore trouvé le Saccharum ofûcinarum sauvage dans l'Inde, dans les pays adjacents ou dans l'Archipel au midi de l'Asie. Tous les auteurs anglo-indiens, Roxburgh, Wallich, Royle, etc. , et plus récemment Aitchison ' ne mentionnent la plante que comme cultivée. Roxburgh, qui a herborisé si long- temps dans l'Inde, dit expressément : « Where wild I do not know. » La famille des Graminées n'a pas encore paru dans \^ flore de sir J. Hooker. Pour l'île de Ceylan, Thwaites a si peu trouvé l'espèce spontanée qu'il ne l'énumère pas même comme plante cultivée *. Rumphius, qui a décrit soigneusement la culture dans les possessions hollandaises, ne dit rien sur la patrie de l'espèce. Miquel, Hasskarl, Blanco (FL Filip.) ne parlent d'aucun échantillon sauvage dans les îles de Sumatra, Java ou les Phi- lippines. Grawfurd aurait voulu en découvrir et n'y est pas par- venu ^. Lors du voyage de Cook, Forster ne trouva la Canne à sucre qu'à l'état de plante cultivée dans les petites îles de la mer Pacifique *. Les indigènes de la Nouvelle Calédonie cultivent une quantité de variétés de la Canne et en font un usage cou- la belle épocfue de la scieDce allemaDde, lorsque les ouvrages anglais ou français étaient cités par tous les auteurs, avec le même soin que. les allemands. \0371. Kunth, Enumei^atio plantarum (1838), vol. 1, p. 474. Il n'existe pas de travail descriptif moins ancien pour la famille des Graminées, ni pour le genre Saccharum. \0372. Miquel, Flora India hatavm (1855) vol., 3, p. 511. \0373. Aitchison, Catalogue of Punjab and Sindn plants, 1869, p. 173. \0374. Thwaites, Enum. Ceylonix. \0375. Grawfurd, Indian archip,, 1, p. 475. \0376. Forster, Planta çsculentœ. \037\035\013

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■124 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037tiauel en suçant la matière sucrée; mais Vieillard ' a eu soin de dire : «De ce qu'on rencontre fréquemment au milieu des brous- sailles et même sur les montagnes des pieds isolés de Saccharum officinarum, on aurait Lort d'en conclure que cette plante est indigène, car ses pieds, faibles et rachitiques, accusent simple- ment d'anciennes plantations, ou proviennent de fragments de Cannes oubliés par les naturels, qui voyagent rarement sans avoir un morceau de canne à sucre à la main. » En 1861, M. fien- tham, qui avait à sa disposition les riches herbiers de Kew, s'exprimait ainsi dans la Dore de l'île de Hongkong ; » Nous n'avons aucune preuve authentique ef certaine d'une localité où la Canne à sucre ordinaire soit spontanée, n \037Je ne sais cependant pourquoi Rilter et tout le monde a négligé une assertion de Loureiro dans la flore de Cochinchine * : <( Habitat, et colitur abundantissime in omnibus provinciis regni Gochinchinensis : simul in aliquibus imperii sinensis, sed miuori 'ïopia. » Le mot habitat, séparé du reste par une virgule, est bien afârmatif. Loureiro n'a pas pu se tromper sur le Saccharum officinartim, qu'il voyait cultivé autour de lui et dont il ënumëre les principales variétés. Il doit avoir vu des pieds spontanés, au moins en apparence. Peut-être venaient-ils de quelque culture du voisinage, mais je ne connais rien qui rende invraisemblable la spontanéité dans cette partie chaude et humide du continent asiatique. \037Forskal * a cité l'espèce comme spontanée dans les montagnes de l'Arabie Heureuse, sous un nom qu'il croit indien. Si elle était d'Arabie, elle se serait répandue depuis longtemps en Egypte, et les Hébreux l'auraient connue. \037Hoxhurghavait reçu au jardin botanique de Galculta, en 1796, et avait introduit dans les cultures du Bengale, un Saccharum qu'il a nommé S. sinense et dont il a publié une ûgure dans son grand ouvrage des Planta Coromandelianœ fvol. 3, pi, 232). Ce n'est peut-être qu'une forme du S. officinarum, et Jailleurs, l'omme elle n'est connue qu'à l'état cultivé, elle n'apprend rien sur la patrie soit de cette l'orme, soit des autres. \037Quelques botanistes ont prétendu que la canne à sucre fleurit plus souvent en Asie qu'en Amérique ou en Afrique, et même que sur les bords du Gange elle donne des graines *, ce qui se- rait, d'après eux, une preuve d'indigénat. Macfadyen le dit sans fournir aucune preuve. C'est une assertion qu'il a reçue, à la Jamaïque, de quelque voyageur; mais sir W. Hooker a soin d'ajouter en note ; « Le D' Roxburgh, malgré sa longue rési- dence au bord du Gange, n'a jamais vu de graines de la canne à \037). VieiLiard, Ann. des ic. nat., iérie *, vol. )6, p. 32, \0372. Loureiro, FI. Cochinch., éd. a, voL d, p. 66. \0373. Forakal, Fi. Mgypto-arabim, p, 103. \0374. Macfadyun, On thi- botanical characters of ihe sugar cane, dans Hooker Bot. mifcell. I, p. 101; Mayoûck, Fi. Barbad., p. 50: \037\035\013

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CANNE A SUCRE 135 \037sucre. » Elle fleurit et surtout fructifie rarement, comme en gé- néral les plantes qu'on multiplie par boutures ou drageons, et, si quelque variété de la canne était disposée à donner des graines, elle serait probablement moins productive de sucre, et bien vite on Tabondonnerait. Rumphius, meilleur observateur que beau- coup de botanistes modernes et qui a si bien décrit la canne cultivée dans les îles hollandaises, fait une remarque intéres- sante ^ « Elle ne produit jamais de fleurs ou de graines, à moins qu'elle ne soit restée pendant quelques années dans un endroit pierreux. » Ni lui, ni personne, à ma connaissance, n'a décrit ou figuré la graine. Au contraire, les fleurs ont été souvent figu- rées, et j'en ai un bel échantillon de la Martinique '. Schacht est le seul qui ait donné une bonne analyse de la fleur, y compris le pistil ; il n'a pas vu la graine mûre *. De Tussac *, qui adonné une analyse fort médiocre, parle de la graine, mais il ne Ta vue que jeune, à l'état d'ovaire. \037A défaut de renseignements précis sur l'indigénat, les moyens accessoires, historiques et linguistiques, de prouver l'origine asiatique, ont de l'intérêt. Ritter les donne avec soin. Je me con- tenterai de les résumer. \037Le nom de la canne à sucre en sanscrit était Ikshu, Ikshura ou Ikshava ; mais le sucre se nommait Sarkara ou Sakkara^ et tous les noms de cette substance dans nos langues européennes d'origine aryenne, à partir des anciennes comme le grec, en sont clairement dérivés. C'est un indice de l'origine asiatique et de Tancienneté du produit de la canne dans les régions méri- dionales de TAsie avec lesquelles le pleuple parlant le vieux sanscrit pouvait avoir eu des rapports commerciaux. Les deux mots sanscrits sont restés en bengali sous la forme de IkeiAkh^, Mais dans les autres langues, au delà de Tlndus, on trouve une variété singulière de noms, du moins quand elles ne descendent pas de celle des Aryens, par exemple : Panchadara en telinga, Kyam chez les Birmans, A/ta en Gochinchinois, Kan et Tche ou Tsche en chinois, et plus au midi, chez les peuples malais, Tubu ou Tabu^ pour la plante, et Gw/a, pour le produit. Cette diver- sité montre une ancienneté très grande de la culture dans les régions asiatiques, où déjà les indications botaniques font pré- sumer l'origine de l'espèce. \037L'époque d'introduction de la culture en divers pays concorde avec ridée d'une origine de l'Inde, de la Gochinchine ou de l'archipel Indien. \037En effet, les Chinois ne connaissent pas la canne à sucre depuis un temps très reculé, et ils l'ont reçue de l'ouest. Ritter contredit \0371. Rumphias, Amboiny vol. 5, p. 186. \0372. Hahn, n" 480. \0373. Schacht, Madeira und Teneriffe, t. 1. \0374. Tussac (de), Flcrre des Antilles^ 1, p. 153, pi. 23. \0375. Piddingtoû, Index. \037\035\013

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126 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES \037les auteurs qui avaient admis une culture très ancienne, et j'en vois la confirmation la plus positive dans l'opuscule du D*' Bret- schneider, rédigé àPéking avec les ressources les plus complètes sur la littérature chinoise *. «Je n'ai pu découvrir, dit-il, aucune allusion à la canne à sucre dans les plus anciens livres chinois (les cinq classiques^. » Elle paraît avoir été mentionnée pour la première fois par les auteurs du ii* siècle avant J.-G. La pre- mière description se trouve dans le Nan-fang-tsao-mu-chuang, au rv® siècle : « Le Chê-chê^ Kan-chê {Kan^ doux; chê, Bambou) croît, dit-il, en Gochinchine {Kiaochi). Il a plusieurs pouces de circonférence et ressemble au Bambou. La tige, rompue par fragments, est mangeable et très douce. Le jus qu'on entire est séché au soleil. Après quelques jours, il devient du sucre (ici un caractère chinois composé), qui se fond dans la bouche.... Dans l'année 286 (de Père chrétienne), le royaume de Funan (dans llnde, au delà du Gange) envoyait du sucre en tribut. » Selon le Pent-sao, un empereur qui a régné dans les années 627 à 650 de notre ère avait envoyé un homme dans la province indienne de Bahar, pour apprendre la manière de fabriquer le sucre. \037Il n'est pas question dans ces ouvrages de spontanéité en Ghine, et au contraire l'origine cochinchinoise , indiquée par Loureiro, se trouve appuyée d'une manière inattendue. L'habi- tation primitive la plus probable me parait avoir été de la Go- chinchine au Bengale. Peut-être s'étendait-elle dans les îles de la Sonde et les Moiuques, dont le climat est très semblable ; mais il y a tout autant de raisons de croire à une introduction an- cienne venant de Gochinchine ou de la péninsule jni alaise. \037La propagation de la canne à sucre à l'occident de l'Inde est bien connue. Le monde gréco-romain avait une notion approxi- mative duroseau (calamus), que les Indiens se plaisaient à sucer et duquel ils obtenaient le sucre *. D'un autre côté, les livres hébreux ne parlent pas du sucre ^, d'où l'on peut inférer que la culture de la canne n'existait pas encore à l'ouest de l'Indus à l'époque de la captivité des Juifs àBabylone. Ge sont les Arabes, dans le moyen âge, qui ont introduit cette culture en Egypte, en Sicile et dans le midi de l'Espagne *, où elle a été florissante, jusqu'à ce que l'abondance du sucre des colonies ait obligé d'y renoncer. Don Henrique transporta la canne à sucre de Sicile à Madère, d'où elle fut portée aux îles Ganaries en 1503 ^. De ce \0371. Bretschneider, On the study and value of chinese botan, works* etc.. p. 45-47. \0372. Voir les citations de Strabon, Dioscoride, Pline, etc., dans Lenz, Botanik der G^Hechen und Rômer, 1859, p. 267; Fingerhut, dans Flora, 1839, vol. 2, p. 529 ; et beaucoup d'autres auteurs. \0373. Rosenmûller, Handbuch bibl. Alterk. \0374. Calendrier rural de Harib, écrit dans le x« siècle pour TEspagne, tra- duit par Dureau de La Malle, dans sa Climatologie de l'Italie et de l'Anda- lousie y p. 71. \0375. Von Buch, Canar. Insein, \037\035\013

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CANNE A SUCRE 127 \037point, elle fut introduite au Brésil dans le commencement du XVI® siècle *. Elle a été portée à Saint-Domingue vers Tan 1520 et peu après au Mexique * ; à la Guadeloupe en 1644, à la Mar- tinique vers 1650, à Bourbon dès Torigine de la colonie ^. La va- riété dite d'O'taîti — qui n'est point spontanée dans cette île — et qu'on appelle aussi de Bourbon, a été introduite dans les colonies françaises et anglaises à la fin du siècle dernier et au commencement du siècle actuel *. \037Les procédés de culture et de préparation du sucre sont dé- crits dans un très grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels on peut recommander les suivants : en français : de Tussac, Flore des Antilles, 3 vol. in-folio, Paris, 1808, vol. 1, p. 151-182; en anglais : Macfadyen, dans Hooker, Botanical miscellanies, in-8% 1830, vol. 1, p. 103-116. \0371. Piso, Brésil, y, 49. \0372. Humboldt, Nouv .-Espagne, éd. 2, vol. 3, p. 34. \0373. Notices sfatistiq. sur les colonies françaises^ 1, p. 207, 29, 83. \0374. Macfadyen, dans Hooker, Jlft^oe^/., 1, p. 101; Maycock, FI. Barbad,, p. 50. \037\035\013

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CHAPITRE III \037PLANTES CULTIVÉES POUR LES FLEURS OU LES ORGANES \037QUI LES ENVELOPPENT \037\035\013Giroflier. — Caryophyllus aromaticus, Linné. \037La partie de cette Myrtacée qu*on emploie dans Téconomie domestique sous le nom de clou de girofle est le calice, surmonté du bouton de la fleur. \037Quoique la plante ait été souvent décrite et très bien figurée, d'après des échantillons cultivés, il y a du doute sur sa nature à 1 état sauvage. J*en ai parlé dans ma Géographie botanique raisonnée en 1855, mais il ne paraît pas que la question ait fait le moindre progrès depuis cette époque , ce qui m'engage à reproduire simplement ce que j'avais (fit. \037« Le Giroflier doit être originaire des Moluques, ainsi que le dit Rumphius ^ car la culture en était limitée il y a deux siècles à quelques petites îles de cet archipel. Je ne vois cependant aucune preuve qu'on ait trouvé le véritable Giroflier, à pédon- cules et boutons aromatiques, dans un état spontané. Rum- phius regarde comme la même espèce une plante qu'il décrit et figure * sous le nom de Caryophyllum sylvestre et qui se trouve spontanée dans toutes les Moluques. Un indigène lui avait dit que les Girofliers cultivés dégénèrent en cette forme, et Rumphius lui-même avait trouvé un de ces Girofliers sylvestres dans une ancienne plantation de Girofliers cultivés. Cependant sa planche 3 diffère de la planche 1 du Giroflier cultivé, par la forme des. feuilles et des dents du calice. Je ne parle pas de la planche 2, qui paraît une monstruosité du Giroflier cultivé. Rumphius dit que le Giroflier sylvestre n'a aucune qualité aromatique (p. 13) ; or, en général, les pieds sauvages d'une espèce ont les propriétés aromatiques plus développées que celles des pieds cultivées. Sonnerat ' publie aussi des figures du vrai Giroflier et d'un faux \0371. II, p. 3. \0372. II, tab. 3. \0373. Sonnerat, Voy, Nouv,'Guinée, tab. 19 et 20. \037\035\013

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GIROFLIER — HOUBLON 129 \037Giroflier, d'une petite île voisine de la terre des Papous. 11 est aisé de voir que son faux Giroflier diff'ère complètement par les feuilles obtuses du vrai Giroflier et aussi des deux Girofliers de Rum- phius. Je ne puis me décider à réunir ces diverses plantes, sau- vages et cultivées, comme le font tous les auteurs *. Il est sur- tout nécessaire d'exclure la planche 120 de Sonnerat, qui est admise dans le Botanical Magazine, On trouve dans cet ouvrage, dans le Dictionnaire d'agriculture et dans les dictionnaires d'his- toire naturelle Texposé historique de la culture du Giroflier et de son transport en divers pays. \037S'il est vrai, comme le dit Roxburgh 2, que la langue sans- crite avait un nom, Luvunga^ pour le clou de girofle, le com- merce de cette épice daterait d'une époque bien ancienne, même en supposant que le nom fût plus moderne que le vrai sanscrit. Je doute de sa réalité, car les Romains auraient eu connaissance d'un objet aussi facile à transporter, et il ne paraît pas qu'on en ait reçu en Europe avant l'époque de la découverte des Molu- ques par les Portugais. \037Houblon. — Humulus Lupulus^ Linné. \037Le Houblon est spontané en Europe depuis l'Angleterre et la Suède jusque sur les montagnes de la région de la mer Méditer- ranée, et en Asie jusqu'à Damas, jusqu'au midi de la mer Caspienne et de la Sibérie orientale '; mais on ne l'a pas trouvé dans l'Inde, le nord de la Chine et la région du fleuve Amour. \037Malgré l'apparence tout à fait sauvage du Houblon en Europe, dans des localités éloignées des cultures, on s'est demandé quel- quefois s'il n'est pas originaire d'Asie '*. Je ne pense pas qu'on puisse le prouver, ni même que cela soit probable. La circonstance que les Grecs et les Latins n'ont pas parlé de l'emploi du Hou- blon pour la bière s'explique aisément par le fait qu'ils connais- saient bien peu cette boisson. Si les Grecs n'ont pas mentionné la plante, c'est simplement peut-être parce qu'elle est rare dans leur pays. D'après le nom italien, Lupulo, on soupçonne que Pline en a parlé, à la suite d'autres légumes, sous le nom de Lwpus sa- lictarius ^. Que l'usage de brasser avec le Houblon se soit répandu seulement dans le moyen âge, cela ne prouve rien, si ce n'est que l'on employait jadis d'autres plantes, comme on le fait encore dans certaines localités. Les Celtes, les Germains, d'autres peuples \0371. Thunberg, Diss., II, p. 326; de Candolle, Prodr., IIÏ, p. 262 ; Hooker, Bot, mag., tab. 2749 ; Hasskarl, Cat. h, Bogor, alt.y p. 261. \0372. Roxburgh, Flora indica^ éd. 1832, vol. 2, p. 494. \0373. Alph. de UandoUe, dans Prodromi^, vol. 16, sect. i, p. 29; Boissier, FI, orient,, 4, p. 1152; Hohenacker, Enum. plant. Talysch, p. 30 ; Buhse, Aufzàhlung Transcaucasien, d. 202. \0374. Hehn, Nutzpflanzen una Hausthiere in ihren ûbergang aits Asien, éd. 3, p. 415. \0375. Pline, Hist, 1. 21, c. 15. Il mentionne à cet endroit l'Asperge, et l'on sait que les jeunes pousses de Houblon se mangent de la même manière. \037De Candolle. 9 \037\035\013

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130 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FLEURS \037du Nord et même des peuples du Midi qui avaient la vigne fai- saient de la bière * soit d'orge, soit d'autres grains fermentes, avec addition, dans certains cas, de matières végétales diverses, par exemple d'écorce de chêne, de Tamarix^ ou de fruits du Myrica Gale *. Il est très possible qu'ils n'aient pas remarqué de bonne heure les avantages du Houblon et qu'après en avoir eu connaissance ils aient employé le Houblon sauvage avant de le cultiver. La première mention d'une houblonnière est dans l'acte d'une donation faite par Pépin, père de Gharlemagne, en 768 ^. Au XIV® siècle, c'était une culture importante en Allemagne, mais en Angleterre elle a commencé seulement sous Henri VIII *. Les noms vulgaires du Houblon ne fournissent que des indi- cations en quelque sorte négatives sur l'origine. Il n'y a pas de nom sanscrit ^, ce qui concorde avec l'absence de Pespèce dans la région de l'Himalaya et fait présumer que les peuples aryens ne l'avaient pas remarquée et utilisée. J'ai cité jadis ® quelques- uns des noms européens, en montrant leur diversité, quoique certains d'entre eux puissent dériver d'une souche commune. M. Hehn a traité de leur étymologie en philologue et a montré combien elle est obscure ; mais il n'a pas mentionné des noms tout à fait éloignés de Humle^ Hopf ou Hop et Chmeli, des lan- gues Scandinaves, gothiques et slaves, par exemple Apini en lette, Apwynis en lithuanien, Tapen esthonien,^/w5f en illyrien "'j qui ont évidemment d'autres racines. Cette diversité vient à l'appui de l'idée d'une existence de l'espèce en Europe antérieu- rement à l'arrivée des peuples aryens. Plusieurs populations différentes auraient distingué, nommé et utilisé successivement la plante, ce qui confirme l'extension en Europe et en Asie avant Pusage économique. \037Carthame. — Carthamus tinctorius^ Linné. \037La Composée annuelle appelée Carthame est une des plus anciennes espèces cultivées. On se sert de ses fleurs pour colorer en jaune ou en rouge, et les graines donnent de l'huile. \037Les bandes qui entourent les momies des anciens Egyptiens sont teintes de Carthame ^, et tout récemment on a trouvé des fragments de la plante dans les tombeaux découverts à Deir el Bahari ^. La culture doit aussi être ancienne dans l'Inde, puis- \0371. Tacite, Go^mania, cap. 25 ; Pline, i. 18, c. 7 ; Hehn, Kulturpflanzeny etc., éd. 3, p. 125-137. \0372. Volz, Èeitràge zur Culturgeschichte, p. 149. \0373. Volz, ihid. \0374. Beckmann, Erfindunqen, cité par Volz. \0375. Piddington, Index; Fick, Wôrterb. Indo-Gei'm. Sprachen^ 1, Ursprache. \0376. A. de Candolie, Géogr, bot. rais., p. 857. \0377. Dictionnaire manuscrit compilé d'après les flores, par Moritzi. \0378. Unger, Die Pflanzen des alten jEgyptens, p. 47. \0379. Schweinfurth, lettre adressée à M. Boissier, en 1882. \037\035\013

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CARTHAME — SAFRAN 131 \037qu 'on indique deux noms sanscrits, Cusumbha et Kamalottara, dont le premier a laissé plusieurs descendants dans les langues actuelles de la péninsule *. Les Chinois ont reçu le Garthame seulement au ii« siècle avant Jesus-Christ. C'est Chang-kien qui le leur a apporté de la Bactriane ^. Les Grecs et les Latins ne l'ont probablement pas connu, car il est très douteux que ce soit la plante dont ils ont parlé sous le nom de Cnikos ou •Cnicus ^. Plus tard, les Arabes ont beaucoup contribué à ré- pandre la culture du Garthame, qu'ils appellent Qorton, Kurtum, •d'où Carthame, ou Usfur, ou Ihridh^ ou Morabu *, diversité qui indique une existence ancienne dans plusieurs contrées de l'Asie occidentale ou de TAfrique. Les progrès de la chimie me- nacent cette culture, comme beaucoup d'autres ; mais elle sub- siste encore dans le midi de l'Europe, en Orient, dans l'Inde et •dans toute la région du Nil ^. \037Aucun botaniste n'a trouvé le Garthame dans un état vrai- ment spontané. Les auteurs l'indiquent avec doute comme ori- ginaire ou de rinde ou d'Afrique, en particulier d'Abyssinie ; mais ils ne l'ont vu absolument qu'à l'état cultivé ou avec l'apparence d'être échappé des cultures ®. M. Glarke ^ ancien directeur du jardin de Calcutta, qui a revu depuis peu les Com- posées de l'Inde, admet l'espèce à titre de cultivée seulement. Le résumé des connaissances actuelles sur les plantes de la région du Nil, en y comprenant l'Abyssinie, par MM. Schwein- furth et Ascherson ^, indique également l'espèce comme cultivée, et les listes de plantes du voyage récent de Rohlfs n'indiquent pas non plus le Garthame spontané ®. \037L'espèce n'ayant été trouvée sauvage ni dans l'Inde ni en Afrique et sa culture ayant existé cependant depuis des mil- liers d'années dans ces ceux pays, j'ai eu l'idée de chercher l'ori- gine dans la région intermédiaire. Ce procédé m'a réussi dans 3' autres cas. \037Malheureusement, l'intérieur de TArabie est presque inconnu, et Forskal, qui a visité les côtes du Yemen, n apprend rien sur le Garthame. Il en est de même des opuscules publiés sur les plantes de Botta et de Bové. Mais un Arabe, AbuAnifa, cité par Ebn Baithar, auteur du xiii® siècle, s'est exprimé comme suit ^^ : \0371. Piddington, Index. \0372. Bretschneider, Study and value, etc., p. 15. \0373. Voir Targioni, Cenni storici, p. 108. \0374. Forskal, Flora segypt., p. 73; Ebn Baithar, trad. allemande, 2, p. 196, -293; 1, p. 18. \0373. Voir Gasparin, Cours d'agriculture ^ 4, p. 217. \0376. Boissier, FI. orient., 3, p. 710 ; Oliver, Flora of tropical Africa^ ■ i, p. 439. \0377. Clarke, Compositx indicœ, 1876, p. 244. \0378. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlung, p. 283. 0. Rohlfs, «"w/ra, in-8, 1881. \03710. Ebn Baithar, 2, p. 106. \037\035\013

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132 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FLEURS \037« f/5^Mr. Cette plante fournit des matériaux pour la teinture. Il y en a de deux sortes, une cultivée et une sauvage, qui crois- sent toutes les deux en Arabie et dont on appelle les graines Elkurthum. » Abu Anifa peut bien avoir eu raison. \037Safi:*an. — Crocus sativus, Linné. \037La culture du Safran est très ancienne dans l'Asie occidentale. Les Romains vantaient le Safran de Cilicie ; ils le préféraient à celui cultivé en Italie *. L'Asie Mineure, la Perse et le Cachemir sont depuis longtemps les pays qui en exportent le plus. Llnde le reçoit aujourd'hui du Cachemir*. Roxburgh et Wallich ne l'indiquent pas dans leurs ouvrages. Les deux noms sanscrits mentionnés par Piddington 3 s'appliquaient probablement à la substance du Safran importé de l'ouest, car le nom Kasînira- jamma semble indiquer le pays d'origine, Cachemir. L'autre nom est Kunkuma. On traduit ordinairement le mot hébreu Karhom par Safran, mais il doit s'appliquer plutôt au Garthame, d'après le nom actuel de cette dernière plante en arabe. D'ail- leurs, on ne cultive pas le Safran en Egypte ou en Arabie \ Le nom grec est ^ Krokos, Safran, qui se retrouve dans toutes nos langues modernes d'Europe, vient de l'arabe Sahafaran ®, Zafran '. Les Espagnols, plus près des Arabes, disent Azafran, Le nom arabe lui-même vient de Assfar, jaune. \037De bons auteurs ont indiqué le C. sativus comme spontané en Grèce % et en Italie, dans les Abruzzes ®. M. Maw, qui prépare une monographie du genre Crocus, basée sur de longues obser- vations dans les jardins et les herbiers, rapporte au C. sativus six formes spontanées dans les montagnes, a'îtalie au Kurdistan. Aucune, selon lui *^, n'est identique avec la plante cultivée; mais certaines formes, décrites sous d'autres noms (C. Orsimi, C, Cart- wrightianus, C. Thomasii) en diffèrent à peine. Elles sont dltalie et de Grèce. \037La culture du Safran, dont les conditions sont exposées dans le Cours d'agriculture de Gasparin et dans le Bulletin de la So- ciété d^ acclimatation de 1870, devient de plus en plus rare en Europe et en Asie ". Elle a eu quelquefois pour effet de natu- raliser, au moins pendant quelques années, l'espèce dans des localités où elle semble sauvage. \037\. Pline, L 21, c. 6. \0372. Royle, ///. Him., p. 372. \0373. Index, p. 25. \0374. D'après Forskal, Delile, Reynier, Scliweinfurtli et Ascherson [Aufzàhlung). \0375. Théophraste, Hist.* \. 6, c. 6. \0376. J. Bauhin, Hist., H, p. 637. \0377. Royle, L c. \0378. Sibthorp, Prodr.; Fraas, Syn. fl. class., p. 292. \0379. J. Gay, cité par Babington, Af«n. Brit. ft. \03710. Maw, dans Gardeners' chronicle^ 1881, vol» 16. \03711. Jacquemont, Voy., HT, p. 238. \037\035\013

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CHAPITRE IV \037\035\013PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS * \037\035\013Pomme Ganelle. — Anona squamosa^ Linné. — En anglais Sweet sopy Sugar apple *. \037La patrie de cette espèce et d'autres Anona cultivés a suscité des doutes qui en font un problème intéressant. Je me suis efforcé de les résoudre en 1855. L'opinion à laquelle je m'étais arrêté alors se trouve confirmée par les observations des voya- geurs faites depuis, et, comme il est utile de montrer à quel point des probabilités basées sur de bonnes méthodes condui- sent à des assertions vraies, je transcrirai ce que j'ai dit '; après quoi je mentionnerai ce qu'on a trouvé plus récemment. \037« Robert Brown établissait en 1818 le fait que toutes les espèces du genre Anona, excepté VAnona senegalensis, sont d'Amérique et aucune d'Asie. Aug. de Saint-Hilaire * dit que, d'après Vellozo, TA. squamosa a été introduit au Brésil, qu'il y est connu sous le nom de Pinha, venant de la ressemblance avec les cônes de pins, et d'Ata, évidemment emprunté aux noms Attoa et Atis, qui sont ceux de la même plante en Asie et qui appartiennent aux langues orientales. Donc, ajoute de Saint-Hilaire, les Portugais ont transporté VA . squamosa de leurs possessions de l'Inde dans celles d'Amérique, etc. » Ayant fait en 1832 une revue de la famille des Anonacées ^, je fis re- marquer combien l'argument botanique de M. Brown devenait \0371. Le mot fruit est employé ici .dans le sens vulgaire, pour toute {)artie charnue qui grossit après la floraison. Dans le sens strictement botanique, les Anones, Fraises, Pommes d'Acajou, Ananas et le fruit de l'Arbre à pain ne sont pas des fruits. \0372. Dans l'Inde anglaise Ctistard apple; mais c'est le nom de VAnona mu- ricata en Amérique. VA squamosa est figuré dans Descourtilz, Flore des Antilles^ 2, pi. 83 ; Hooker, Botanical magazine, t. 3095, et Tussac, Flore des Antilles, 3, pi. 4. \0373. A. de GandoUe, Géographie botanique raisonnée, p. 859. \0374. Aug. de Saint-Hilaire, Plantes usuelles des Brésiliens, 6« livr., p. 5. \0375. Alpn. de CandoUe, dans Mém, Soc. phys. et d*hist, nat. de Gemve. \037\035\013

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134 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037de plus en plus fort, car, malgré Taugmentation considérable des Anonacées décrites, on ne pouvait citer aucun Anona et même aucune Anonacée à ovaires soudés qui fût originaire d'Asie. J'admettais * la probabilité que l'espèce venait des Antil- les ou de la partie voisine du continent américain; mais par inattention j'attribuai cette opinion à M. Brown, qui s'était borné à revendiquer une origine américaine en général ^. \037« Depuis, des faits de diverse nature ont confirmé cette ma- nière de voir. \037« V Anona squamosa a été trouvé sauvage en Asie, avec l'ap- parence plutôt d'une plante naturalisée; en Afrique, et surtout en Amérique, avec les conditions d'une plante aborigène. En effet, d'après le D^ Royle ^, cette espèce a été naturalisée dans plusieurs localités de l'Inde ; mais il ne Ta vue, avec l'appa- rence d'une plante sauvage, que sur les flancs de la montagne où est le fort de Adjeegurh, dans le Bundlecund, parmi des pieds de Teck. Lorsqu'un arbre aussi remarquable, dans un pays aussi exploré par les botanistes, n'a été signalé que dans une seule localité hors des cultures, il est bien probable qu'il n'est pas originaire du pays. Sir Joseph Hooker l'a trouvé dans l'île de Santiago, du Cap-Vert, formant des bois sur le sommet des col- lines de la vallée de Saint-Dominique *. Comme l'A. squamosa n'est qu'à l'état de culture sur le continent voisin *^; que même il n'est pas indiqué en Guinée par Thonning ^, ni au Congo \ ni dans la Sénégambie ^, ni en Abyssinie ou en Egj'pte, ce qui montre une introduction récente en Afrique; enfin, comme le& îles du Gap- Vert ont perdu une grande partie de leurs forêts primitives, je crois dans ce cas à une naturalisation par des graines échappées de jardins. Les auteurs s'accordent à dire l'espèce sauvage à la Jamaïque. On a pu autrefois négliger l'as- sertion de Sloane ^ et de P. Brown *°, mais elle est confirmée par Mac-Padyen ". De Martius a trouvé l'espèce dans les forêts de Para ^% localité assurément d'une nature primitive. Il dit même : « Sylvescentem in nemoribus paraënsibus inveni, » d'où l'on peut croire que les arbres formaient à eux seuls une forêt. Splitgerber *^ l'avait trouvée dans les forêts de Surinam, mais il \0371. Mém. Soc. phy. et d'hist. nat. de Genève^ p. 19 du mém. tiré à part. \0372. Voyez Botany of Congo et la traduction allemande "des œuvres de Brown, qui a des tables alphabétiques. \0373. Royle, III. Himal., p. 60. \0374. Webb, dans FI. Nigr., p. 97. \0375. Ibid., p. 204. \0376. Thonning, PL Guin. \0377. Brown, Congo, p. 6. \0378. Guillemin, Perrottet et Richard, Tentamen fl. Seneg. \0379. Sloane, Jam., II, p. 168. 10; P. Brown, Jam,, p. 257. \03711. Mao-Fadyen, Fl. Jam., p. 9. \03712. De Martius, Fl. Bras., fesc. 2, p. 15. \03713. Splitgerber, Nede7^l. Kruidk. Arch.y 1, p. 230. \037\035\013

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POMME GâNELLE 135 \037dit an spontanea ? Le nombre des localités dans cette partie de l'Amérique est assez significatif. Je n'ai pas besoin de rappeler qu'aucun arbre, pour ainsi dire, vivant ailleurs que sur les côtes, n'a été trouvé véritablement aborigène à la fois dans l'Asie, l'Afrique et l'Amérique intertropicales *. L'ensemble de mes re- cherches rend un fait pareil infiniment peu probable, et, si un arbre était assez robuste pour ofî'rir une telle extension, il serait excessivement commun dans tous les pays intertropicaux. \037« D'ailleurs les arguments historiques et linguistiques se sont aussi renforcés dans le sens de l'origine américaine. Les détails donnés par Rumphius ^ montrent que VAnona squamoso. était une plante nouvellement cultivée dans la plupart de îles de l'archipel Indien. Forster n'indique aucune Anonacée comme cultivée dans les petites îles de la mer Pacifique '. Rheede * dit l'A. squamosa étranger au Malabar, mais transporté dans l'Inde, d'abord par les Chinois et les Arabes, ensuite par les Portugais. Il est certain qu'il est cultivé en Chine et en Gochin- chine ^, ainsi qu'aux Philippines ®; mais depuis quelle époque? C'est ce que- nous ignorons. Il est douteux que les Arabes le cultivent ^ Dans llnde on le cultivait du temps de Roxburgh *, qui n'avait pas vu l'espèce spontanée, et qui ne mentionne qu'un seul nom vulgaire de langue moderne (bengali), le nom Ata, qui est déjà dans Rheede. Plus tard, on a cru reconnaître le nom Gunda-Gatra comme sanscrit*; mais le D*" Royle ** ayant consulté le célèbre Wilson, auteur du dictionnaire sans- crit, sur l'ancienneté de ce nom, il répondit qu'il avait été tiré du Sabda chanrika, compilation moderne comparative- ment. Les noms de Ata^ Ati se trouvent dans Rheede et Rum- phius **. Voilà sans doute ce qui a servi de base à l'argumenta- \0371. A. de Candolle, Géogr, bot, raisonnée, chap. X. \0372. Rumphius, 1, p. 139. \0373. Forster, Plantœ esculentœ. \0374. Rheede, Malah,^ lïl, p. 22. \0375. Loureiro, FL coch., p. 427. \0376. Blanco, FI. Filip, \0377. Gela dépend de l'opinion qu'on se formera sur I'^. glabra^ Forsk. (A.asiatica B. Dun., Anon., p. 71 ; A, Forskalii, D C, Syst^. 1 , p. 472), qui était cultivé quelquefois dans les jardins de l'Egypte, lorsque Forskal visita ce pays, sous le nom de Keschta, c'est-à-dire lait coagulé. La rareté de sa cul- ture et le silence des anciens auteurs montrent que c'était une introduction moderne en Egypte. Ebn Baithar (trad. allem. de Sontheimer, 2 vol., 1840) médecin arabe du xm' siècle, ne parle d'aucune Anonacée et ne mentionne pus de nom de Keschta. Je ne vois pas comment la description et la figure de Forskal {Descr,, p. 102, ic. tab. 15) diffèrent de l'-^. squamosa. L'échan- tillon de Coquebert, cité dans le Sysiema, concorde assez avec la planche de Forskal ; mais, comme il est en fleur et que la planche donne le fruit, l'identité ne peut être bien prouvée. \0378. Roxburgh, FI. Ind., éd. 1832, v. 2. p. 657 \0379. Piddington Index, 6 p. \03710. Royle, ///. Him., p. 60. \03711. Rheede et Rumphius, 1, p. 139. \037\035\013

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136 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037tion de Saint-Hilaire ; mais un nom bien voisin est donné au Mexique à VAnona squamosa. Ce nom est Ate^ Ahate de Pa- nucho, qui se trouve dans Hernandez * avec deiix figures assez semblables et assez médiocres, qu'on peut rapporter ou à VA, squamosa, avecDunal *, ou à TA. Cherimolia, avec de Martius ^. Oviedo emploie le nom de Anon *. Il est très possible que le nom de Ata soit venu au Brésil du Mexique et des pays voisins. Il se peut aussi, je le reconnais, qu'il vienne des colonies portu- gaises des Indes orientales. De Martius dit cependant l'espèce importée des Antilles *. Je ne sais s'il en a eu la preuve ou si elle résulte de l'ouvrage d'Oviedo, qu'il cite et que je ne puis consulter. L'article d'Oviedo, transcrit dans Marcgraf ^, décrit l'A. squamosa sans parler de son origine. \037« L ensemble des faits est de plus en plus favorable à l'origine américaine. La localité où l'espèce s'est montrée le plus spon- tanée est celle des forêts de Para. La culture en est ancienne en Amérique , puisque Oviedo est un des premiers auteurs (1535) \0372ui aient écrit sur ce pays. Sans doute la culture est aussi d'une ate assez ancienne en Asie, et voilà ce qui rend le problème curieux. Il ne m'est pas prouvé cependant qu'elle soit antérieure à la découverte de l'Amérique, et il me semble qu'un arbre fruitier aussi agréable se serait répandu davantage dans l'an- cien monde, s'il y avait existé de tout temps. On serait d'ailleurs fort embarrassé d'expliquer sa culture en Amérique au com- mencement du xvi« siècle en supposant une origine de l'ancien monde. \037Depuis que je m'exprimais ainsi , je remarque les faits sui- vants publiés par divers auteurs. \0371° L'argument tiré de ce qu'aucune espèce du genre Anona n'est asiatique est plus fort que jamais. L'A. asiatica, Linné, reposait sur des erreurs (voir ma note, dans Géogr. bot.^ p. 862). L'A. obtusifoUa, Tussac, FI. des Antilles, \, p. 191, pi. 28, cultivé jadis à Saint-Domingue, comme d'origine asia- tique, est peut-être fondé sur une erreur. Je soupçonne qu'on a dessiné la fleur d'une espèce (A. muricata) et le fruit d'une autre* (A. squamosa). On n'a point découvert d 'Anona en Asie, mais on en connaît aujourd'nui quatre ou cinq en Afrique, au lieu d'une ou deux % et un nombre plus considérable qu'autrefois en Amérique. \0371. Hernandez, p. 348 et 454. \0372. Dunal, Mém. Anon., p. 70. \0373. De Martius, FI. bras., fasc. 2, p. 15. \0374. De là vient le nom de genre Anona^ que Linné a changé en Annona, (provision), parce qu'il ne voulait aucun nom des langues barbares et qu'il ne craignait pas les jeux de mots. \0375. De Martius, /. c. \0376. Marcgraf, Brasil, p. 94. \0377. Voir Baker, Flora of Mauritius, p. 3. L'identité admise par M. Oliver, Flora oftrop. Africa, 1, p. 16, de Y A. palustris d'Amérique avec celui de \037\035\013

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COROSSOL 137 \0372^ Les auteurs de flores récentes d'Asie n'hésitent pas à con- sidérer les Anona, en particulier VA. squamosa, qu'on rencontre çà et là avec l'apparence spontanée, comme naturalisés autour des cultures et des établissements européens *. \0373° Dans les nouvelles flores africaines déjà citées, l'A. squa- mosa et les autres, dont je parlerai tout à l'heure, sont indiqués toujours comme des espèces cultivées. \0374** L'horticulteur Mac Nab a trouvé VA. squamosa dans les plaines sèches de la Jamaïque ^, ce qui confirme les anciens auteurs. Eggers * dit celle espèce commune dans les taillis (thickets) des îles Saint-Croix et Vierges. Je ne vois pas qu'on l'ait trouvée sauvage à Cuba. \0375** Sur le continent américain, on la donne pour cultivée *. Cependant M. André m'a communiqué un échantillon, d'une localité pierreuse de la vallée de la Magdelena, qui paraît ap- partenir à cette espèce et être spontané. Le fruit manque, ce qui rend la détermination douteuse. D'après la note sur Téti- quette, c'est un fruit délicieux, analogue à celui de l'A. squa- mosa. M. Warming ^ cite l'espèce comme cultivée à Lagoa- Santa, du Brésil. Elle parait donc plutôt cultivée ou naturalisée à Para, à la Guyane et dans la Nouvelle-Grenade, par un eff'et des cultures. \037En définitive, on ne peut guère douter, ce me semble, qu'elle ne soit d'Amérique et même spécialement des Antilles. \037GorossoL — Anona muricata, Linné . — En Anglais Sour sop. \037Cet arbre fruitier ^, introduit dans toutes les colonies des pays tropicaux, est spontané aux Antilles; du moins, on a cons- taté son existence dans les îles de Cuba, Saint-Domingue, la Jamaïque et dans plusieurs des petites îles ^ Il se naturalise \0373uelquefois sur le continent de l'Amérique méridionale, près es habitations ^. M . E. André en a rapporté des échantillons \037Sénégambie, me paraît très extraordinaire, quoiqu'il s'agisse d'une espèce croissant dans des marais, c'est-à-dire offrant peut-être une habitation vaste. \0371. Booker, Flom of brit. India^ 1, p. 78 ; Miquel, Flora indo-batava, 1, part. 2, p. 33; Kurz, forest flora of brit. Burma, 1, p. 46; Stewart et Brandis, Foresl of India, p. 6. \0372. Grisebach, Flora of brit. W. India^ p. 5. \0373. Eggers, Flora of St-Croix and Virgin islands^ p. 23. \0374. Triana et Planchon, Prodr. fl. novo-granatensiSy p. 29 ; Sagot, Journ. soc. d^hortic.j 1872. \0375. Warming, Symbole ad fl. bras.. 16, p. 434. \0376. Figuré dans Descourtilz, Fl. méd. des Antilles, 2, pi. 87, et dans Tussac, Fl. des Antilles, 2, pi. 24. \0377. Richard, Plantes vasculaires de Cuba, p. 29; Swartz, Obs., p, 221 : P. Brown, Jamaïque, p. 255; Mac-Fadyen, Fl. Jamaïq., p. 7; Eggers^ Fl. of Sainte-Croix, p. 23 ; Grisebach Fl. brit. W. India, p. 4. \0378. Martius, Fl. brasil., fasc. 2, p. 4; Splitgerber, Plant, de Surinam, dans JNederl. Kruidk. Arch., 1, p. 226. \037\035\013

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138 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037de la région de la Gauca, dans la Nouvelle-Grenade, mais il n'affirme pas qu'ils soient spontanés, et je vois que M. Triana (Prodr. fl. granat.) le mentionne comme cultivé seulement. \037Cœur de bœuf. — Anona reticulata^ Linné. — En anglais Cus- tard apple (dans les Antilles), Bullocks* heart (dans l'Inde). \037Cet Anona^ figuré dans Descourtilz, Flore médicale des An- tilles, 2, pi. 82 et dans le Botanical magazine, pi. 2912, est spon- tané aux Antilles, par exemple dans les îles de Cuba, la Jamaïque, Saint-Vincent, la Guadeloupe, Saint-Croix, les Bar- bades * et encore dans l'île de Taboga, de la baie de Panama ^ et dans la province d'Antioquia, de la Nouvelle-Grenade '. Si dans ces dernières localités il est aussi sauvage que dans les Antilles, son habitation s'étend probablement dans plusieurs des Etats de l'Amérique centrale et de la Nouvelle-Grenade. \037Quoique le fruit du Cœur de bœuf soit peu estimé, on a intro- duit l'espèce dans la plupart des colonies des régions tropicales. Rheede et Rumphius l'avaient vu déjà dans les plantations de l'Asie méridionale. D'après Welwitscn, il se naturalise, hors des jardins, dans le pays d'Angola, de l'Afrique occidentale *, ce qui est arrivé aussi dans l'Inde anglaise ^ . \037Cherimolia. — Anona Cherimolia, Lamarck. \037Le Cherimolia^ ou Chirimoya, n'est pas cultivé dans les colo- nies aussi généralement que les espèces précédentes, malgré l'excellence de son fruit. C'est probablement ce qui fait qu'on n'a pas encore publié du fruit même une figure moins mauvaise que celle de Feuillée {Obs. 3, pi. 17), tandis que la fleur est bien représentée dans la planche 2011 du Botanical magazine^ sous le nom d'A. tripetala. \037Voici comment je m'exprimais en 1855 sur l'origine de l'es- pèce ^ : \037« Le Cherimolia est indiqué, par de Lamarck et Dunal, comme croissant au Pérou ; mais Feuillée, qui en a parlé le premier ^, le mentionne comme cultivé. Mac-Fadyen ^ le dit abondant sur les montagnes de Port-Royal, de la Jamaïque ; mais il ajoute qu'il est originaire du Pérou et doit avoir été introduit depuis longtemps, d'où il semble que l'espèce est cultivée dans les plantations des parties élevées plutôt que spontanée. Sloane n'en \0371. Richard, /. c. ; Mac-Fadyen, /. c; Grisebach, /. c. ; Eggers, /. c. ; Swartz, Obs,, p. 222 ; Maycock, Fl. Barbad., p. 233. \0372. Seeman, Botany of Herald, p. 75. \0373. Triana et Planchon, Prodr. Fl. Novo-granatensis, p. 29. \0374. Oliver, Flotta of tropical Africa, 1, p.' 15. \0375. Sir J. Hooker, Flora brit. India, 1, p. 78. \0376. De Candolle, Géogr. bot. rais., p. 863. \0377. Fenillée, Obs., III, p. 23, t. 17. \0378. Mac-Fadyen, Fl. Jam., p. 10. \037\035\013

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ORANGERS ET CITRONNIERS 139 \037parle pas. MM. de Humboldt et Bonpiand Tont vu cultivé dans le Venezuela et la Nouvelle-Grenade ; de Martius au Brésil *, où les graines en avaient été obtenues du Pérou. L'espèce est cultivée aux îles du Cap- Vert et sur la côte de Guinée ^ ; mais il ne parait pas qu'on Fait répandue en Asie. Son origine américaine est évidente. Je n'oserais pourtant pas aller plus loin et affirmer qu'elle est du Pérou, plutôt que de la Nouvelle-Grenade ou même du Mexique. On la trouvera probablement sauvage dans une de ces régions. Meyen ne Ta pas rapportée du Pérou '. » \037Mes doutes sont dimmués aujourd'hui, grâce à une communi- cation obligeante de M. Ed. André. Je dirai d'abord que j'ai vu des échantillons du Mexique, recueillis par Botteri et par Bour- geau, et que les auteurs indiquent souvent l'espèce dans cette région, aux Antilles, dans l'Amérique centrale et la Nouvelle- Grenade. Ils ne disent pas, il est vrai, qu'elle y soit sauvage. Au contraire, ils notent qu'elle est cultivée, ou qu'elle s'échappe des jardins et se naturalise *. Grisebach affirme qu'elle est spon- tanée du Pérou au Mexique, sans en donner la preuve. M. André a récolté, dans une vallée du sud-ouest de l'Equateur, des échantillons qui se rapportent bien à l'espèce, autant qu'on peut l'affirmer sans voir les fruits. Il ne dit rien de la qualité spontanée, mais le soin avec lequel il indique dans d'autres cas les plantes cultivées ou venant peut-être des cultures me fait croire qu'il a regardé ses échantillons comme spontanés. Claude Gay dit que l'espèce est cultivée au Chili depuis un temps immé- morial ^. Cependant Molina, qui mentionne plusieurs arbres fruitiers des anciennes cultures du pays, n'en parle pas ^. \037En résumé je regarde comme très probable que l'espèce est indigène dans l'Equateur et peut-être, dans le voisinage, au Pérou. \037Orangers et citronniers. — Citrus^ Linné. \037Les différentes formes de citrons, limons, oranges, pample- mousses, etc., cultivés dans les jardins ont été l'objet de travaux remarquables de quelques horticulteurs, parmi lesquels il faut citer en première ligne Gallesio et Risso \ Les difficultés étaient très grandes pour observer et classer tant de formes. On avait obtenu d'assez bons résultats, mais il faut convenir que la mé- thode péchait par la base, puisque les végétaux observés étaient \0371. De Martius, FI. brasil.^ fasc. 3, p. 15. \0372. Hooker, FL Nigr., p. 205. \0373. Nov, act. nat. cur., XIX, suppl. 1. \0374. Richard, Plant, vase, de Cuba ; Grisebach, FI. bint. W. Ind. islanda; Uemsley, Biologia centrali-amer.^ p. H8; Kunth, in Humb. et Bonpiand. Nova Gen., 5, p. 57 ; Triana et Planchon., Prodr. fl, Novo-Granat., p. 28. \0375. Gay, Flora chil.j 1, p. 66.. \0376. Molina, traduction française. \0377. Gallesio, Traité du Citinis, in-8, Paris, 18H ; Risso et Poiteau, Histoire naturelle des Orangers, 1818, in-folio, 109 planches. \037\035\013

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140 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037uniquement cultivés , c'est-à-dire plus ou moins factices et \037E eut-être, dans certains cas, hybrides. Les botanistes sont plus eureux maintenant. Grâce aux découvertes des voyageurs dans rinde anglaise, ils peuvent distinguer des espèces spontanées, par conséquent réelles et naturelles. D'après sir Joseph Hooker \ qui a lui-même herborisé dans l'Inde, c'est à Brandis * qu'on doit le meilleur travail sur les Citrus de cette région. Il le suit dans sa flore. Je ferai de même, à défaut d'une monographie du genre , et en remarquant aussi qu'il reste à rapporter le mieux possible aux espèces spontanées la multitude des formes qui ont été décrites dans les jardins et figurées depuis deux siècles ^. \037Les mêmes espèces, et d'autres peut-être, existent probable- ment à l'état sauvage en Gochinchine et en Chine ; mais on ne l'a pas encore constaté sur place ni au moyen d'échantillons examinés par des botanistes. Peut-être les ouvrages importants de M. Pierre, qui commencent à paraître, nous feront-ils savoir ce qu'il en est pour la Gochinchine. Quant à la Ghine, je citerai le passage suivant du D"" Bretschneider *, qui a de l'intérêt, vu les connaissances spéciales de l'auteur : « Les oranges, dont il y s. une grande variété en Ghine, sont comptées par les Ghinois dans le nombre des fruits sauvages. On ne peut pas douter que la plupart ne soient indigènes et cultivées depuis des temps an- ciens. La preuve en est que chaque espèce ou variété porte un nom distinct, est en outre représentée le plus souvent par un <;aractère particulier, et se trouve mentionnée dans les Shu-king, Rh-ya et autres anciens ouvrages. » \037Les hommes et les oiseaux dispersent les graines d'Aurantia- €ées, d'où résultent des extensions d'habitation et des naturali- sations dans les régions chaudes des deux mondes. On a pu le remarquer en Amérique dès le premier siècle après la con- quête ^, et maintenant il s'est formé des bois d'orangers même dans le midi des Etats-Unis. \037Pompelmouse. — Citrus decumana, WilJdenow. — Skad- dock^ des Anglais. \037Je parlerai d'abord de cette espèce, parce qu'elle a un carac- tère Dotanique plus distinct que les autres. Elle devient un \0371. Hooker, Flora ofbritish India^ 1, p. 515. \0372. Stewart et Brandis, The forest of north-west and central India^ 1 vol. iii-8, p. 50. \0373. Pour arriver à un travail de ce genre, le premier pas serait de publier de bonnes figures des espèces spontanées, montrant en particulier leurs fruits, qu'on ne voit pas dans les herbiers. On pourrait alors dire quelles \037sont, dans les. planches de Risso, de Duhamel et autres, celles qui s'appro- chent le plus des types sauvages. \0374. Bretschneider, On the stuay and value ofchinese botanical works, p. 55. .). Acosta, Hist. nat. des Indes, traduction française, 1598, p. 187. \037\035\013

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CÉDRATIER, CITRONNIER, LIMONIER Ui \037plus grand arbre, et elle est seule à avoir les jeunes pousses et le dessous des feuilles pubescents. Le fruit est sphérique ou à peu près, plus gros qu'une orange, quelquefois même aussi gros qu'une tête d'homme. Le jus est d'une acidité modérée, la peau remarquablement épaisse. On peut voir de bonnes figures du fruit dans le nouveau Duhamel, 7, pi. 42, et dans Tussac, Flore des Antilles, 3, pi. 17, 18. \037Le nombre des variétés dans l'archipel du midi de l'Asie in- dique une ancienne culture. On ne connaît pas encore d'une manière bien précise le pays d'origine, parce que des pieds qui paraissent indigènes peuvent venir de naturalisations, suites d'une culture fréquente. Roxburgh dit qu'à Calcutta on avait reçu l'espèce de Java *, et Rumphius * la croyait originaire du midi de la Chine. Ni lui ni les botanistes modernes ne l'ont vue à l'état sauvage dans l'archipel Indien '. En Chine, l'espèce a un nom simple, Yu ; mais le signe caractéristique * paraît trop com- pliqué pour une plante véritablement indigène. Selon Loureiro, cet arbre est commun en Chine et en Cochinchine, ce qui ne veut pas dire qu'il y soit spontané ^. C'est dans les îles à 1 est de l'archipel Indien qu'on trouve le plus d'indices d'une exis- tence sauvage. Forster ^ disait déjà autrefois de cette espèce : « très commune dans les îles des Amis. » Seemann ' est plus affirmatif pour les îles Fidji : « Extrêmement commune, dit-il, et couvrant le bord des rivières. » \037Il serait singulier qu'un arbre aussi cultivé dans toute l'Asie méridionale se fût naturalisé à ce point dans certaines îles de la mer Pacifique, tandis que cela n'a guère été vu ailleurs. Il en est probablement originaire, ce qui n'empêche pas qu'on le trouvera peut-être sauvage dans d'autres îles plus rapprochées de Java. \037Le nom de Pompelmouse est hollandais (Pompelmoes), Celui de S haddock vient de ce qu'un capitaine de ce nom avait ap- porté le premier l'espèce aux Antilles ^. \037Cédratier, Citronnier^ Limonier. — Citrus medica, Linné. \037Cet arbre, de même que l'Oranger ordinaire, est glabre dans toutes ses parties. Son fruit, plus long que large, est surmonté, dans la plupart des variétés, par une sorte de mamelon. Le sue est plus ou moins acide. Les jeunes pousses et les pétales sont \0371. Roxburgh, Floj^a indica, éd. 1532, 3, p. 393. \0372. Rumphius, Hortus amboinensis, 2, p. 98. \0373. Miquel, Fhra indo-batava, 1, part. 2, p. 526. \0374. Bretschneider, /. c. \0375. Loureiro, FL Cochinch., 2, p. 572. Pour une autre espèce du genre il sait bien dire qu'elle est cultivée et non cultivée, p. 569. \0376. Forster, Deplantis esculentis oceani australis, p. 35. \0377. Seemann, Flora Vitiensis, p. 33. \0378. Plukenet, Almagestes, p. 239; Sloane, Jamaïque, l, p. 41. \037\035\013

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142 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037«  \037fréquemment teintés de rouge. La peau du fruit est souvent bos- selée, très épaisse dans certaines sous-variétés *. \037Brandis et sir Joseph Hooker distinguent quatre variétés cul- tivées : \037\035\013!• CitrtLS medica proprement dit (Cédratier des Français ; Citron des Anglais; Cedro des Italiens); à gros fruit non sphérique, dont la peau, très aromatique, est couverte de bosselures, et dont le suc, peu abondant, n'est pas très acide. D'après Brandis, il se nommait Vijapûra en sanscrit. \0372" Citrus medica Limonum (Citronnier des Français ; Lemon des Anglais) ; à fruit moyen, non sphérique, et suc abondant, acide. \03730 C. medica acida [C. acida Roxburgh) ; à petites fleurs, fruit ordinaire- ment petit, de forme variable, et suc très acide. D'après Brandis, il se nommait Jambira en sanscrit. \0374« Citrus medica Limetta (C. Limetta et C. Lumia de Risso); à fteurs semblables à celles de la variété précédente, mais à fruit sphérique et suc doux, pas aromatique. Dans rinde, on le nomme Sweet Lime, c est-à-dire Limon doux. \037\035\013Le botaniste Wight affirme que cette dernière variété est tsauvage dans les monts Nilghiris, de la péninsule indienne. D'autres formes, qui se rapportent plus ou moins exactement aux trois autres variétés, ont été trouvées par plusieurs bota- nistes anglo-indiens *, à l'état sauvage, dans les régions chaudes au pied de l'Himalaya, du Garwal au Sikkim, dans le sud-est à Ghittagong et Burma, enfin au sud-ouest dans les Ghats occiden- taux et les monts Satpura. Il n'est pas douteux, d'après cela, que l'espèce ne soit originaire de l'Inde, et même sous diflfé- rentes formes, dont l'ancienneté se perd dans la nuit des temps préhistoriques. \037Je doute que sa patrie s'étende vers la Chine ou les îles de l'archipel asiatique. Loureiro mentionne le Citrus medica^ en Cochinchine, seulement comme cultivé, et Bretschneider nous apprend que le Lemon a des noms chinois qui n'existent pas dans les anciens ouvrages et qui ont des signes compliqués dans l'écriture, ce qui indique une espèce plutôt étrangère. Il peut, dit-il, avoir été introduit. Au Japon, l'espèce est seulement cultivée '. Enfin plusieurs des figures de Rumphius montrent des variétés cultivées dans les îles de la Sonde, mais dont aucune n'est considérée par l'auteur comme vraiment sauvage et ori^- naire du pays. Pour indiquer la localité, il se sert quelquefois de l'expression in hortis sylvestribus^ qu'on peut traduire par « les bosquets ». En parlant de son Lemon Sussu fvol. 2, pi. 25), qui est un Citrus medica à fruit ellipsoïde acide, il dit qu'on l'a introduit à Amboine, mais qu'il est plus commun à Java : « le \0371. Cédrat à sros fruit du nouveau Duhamel, 7, p. 68, pi. 22. \0372. Royle, III, Hitnalaya, p. 129 ; Brandis, Forest flora, p. 52 ; Hooker, Flora ofbrit. India, 1, p. 514. \0373. Franchet et Savatier, Enum, plant, Japonix, p. 129. \037\035\013

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CÉDRATIER, CITRONiNIER, LIMONIER 143 \037plus souvent dans les forêts. » Ce peut être Teffet d'une natura- lisation accidentelle, par suite des cultures. Miquel, dans sa flore moderne des Indes hollandaises *, n'hésite pas à dire que les C. medica et Limonum sont seulement cultivés dans TArchipel. \037La culture des variétés plus ou moins acides s'est répandue de bonne heure dans TAsie occidentale, du moins dans la Méso- potamie et la Médie. On ne peut guère en douter, puisque deux formes avaient des noms sanscrits, et que d'ailleurs les Grecs ont eu connaissance du fruit par les Mèdes, d'où est venu le nom de Citrus medica, Théophraste * en a parlé le premier, sous le nom de Pomme de Médie et de Perse, dans une phrase souvent répétée et commentée depuis deux siècles ^. Elle s'ap- plique évidemment au Citrus medica; mais, tout en expliquant de quelle manière on sème la graine dans des vases, pour les transplanter ensuite, l'auteur ne dit pas si cela se pratiquait en Grèce ou s'il décrivait un usage des Mèdes. Probablement, les Grecs ne cultivaient pas encore le Cédratier, car les Romains ne l'avaient pas dans leurs jardins au commencement de l'ère chrétienne. Dioscoride , né en Gilicie et qui écrivait dans le i®"" siècle, en parle * à peu près dans les mêmes termes que Théophraste. On estime que l'espèce a été cultivée en Italie dans le m® ou le iv® siècle, après des tentatives multipliées *. Palladius, dans le v« siècle, en parle comme d'une culture bien établie. \037L'ignorance des Romains de l'époque classique au sujet des plantes étrangères à leur pays les a fait confondre, sous le nom de lignum citreum, le bois du Citrus, avec celui du Cedrus, dont on faisait de fort belles tables, et qui était un Cèdre ou un Thuya, de la famille toute différente des Conifères. \037Les Hébreux ont dû avoir connaissance du Cédratier avant les Romains, à cause de leurs rapports fréquents avec la Perse, la Médie et les contrées voisines. L'usage des Juifs modernes de se présenter à la synagogue, le jour des Tabernacles, un cé- drat à la main, avait fait croire que le mot Hada}) du Lévitique signifiait citron ou cédrat ; mais Risso a montré, par la compa- raison des anciens textes, que ce mot signifie un beau fruit ou le fruit d'un bel arbre. Il croit même que les Hébreux ne connais- saient pas le Citronnier ou Cédratier au commencement de notre ère, parce que la version de Septante traduit Hadar par fruit d'un très bel arbre. Toutefois les Grecs ayant vu le Cédratier en Médie €t en Perse du temps de Théophraste, trois siècles avant Jésus - €hrist, il serait singulier que les Hébreux n'en aient pas eu \0371. Miquel, Flora indo-hat., 1, part. 2, p. 528. \0372. Theophrastes, 1. 4, c. 4. \0373. Bodœus dans Theophrastes, éd. 1644, p. 322, 343; Risso, Traité du Citrus, p. 198 ; Targioni, Cenni storici, p. 196. \0374. Dioscorides, 1 , p. 166. \0375. Targioni, /. c. \037\035\013

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144 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037connaissance lors de leur captivité à Babylone. D'ailleurs This- torien Josèphe dit que, de son temps, les Juils portaient à leur fête des pommes de Perse, mahim persicum, et c'est on des noms du cédrat chez les Grecs. \037Les variétés à fruit très acide, comme le Limonum et Vacida^ n'ont peut-être pas attiré l'attention aussi promptement que le Cédratier, cependant l'odeur aromatique intense, dont parlent ThéophrasteetDioscoride, parait les indiquer. Ce sont les Arabes qui ont étendu beaucoup la culture du Limonier ^Citronnier des Français) en Afrique et en Europe. D'après Gallesio, ils l'ont portée, dans le x« siècle de notre ère, des jardins de l'Oman en Palestine et en Egjpte. Jacques de Vitrj', dans le xin« siècle, décrit très bien le limon, qu'Û avait vu en Palestine. Un auteur, appelé Falcando, mentionne, en 1260, des c Lumias » très aci- des, qu'on cultivait autour de Païenne, et la Toscane les avait aussi à la même époque * . \037OraDgr^r. — Citi^s Aurantwm, Linné (excl. var. y). Cih^s Aurantium Risso. \037Les Orangers se distinguent des Pompelmouses (C decumana) par l'absence complète de poils sur les jeunes pousses et sur les feuilles, par un fruit moins gros, toujours de forme sphérique, par la peau de ce fruit moins épaisse ; et des Cédratiei^ (C. me- dica) parles fleurs entièrement blanches, le fruit jamais allongé, sans mamelon au sommet, à peau peu ou point bosselée, mé- diocrement adhérente avec la partie juteuse. \037Ni Risso dans son excellent traité du Citrus, ni les auteurs mo- dernes, comme Brandis et sir Joseph Hooker, n'ont pu indiquer un autre caractère que la saveur pour distinguer l'Oranger à fruits plus ou moins amers, soit Bigaradier, de YOrangerpro- prement dit, à fruit doux. Cette diflerence me paraissait si peu de chose, au point de vue botanique, lorsque j'ai étudié la ques- tion d'origine en 1855, que j'inclinais à considérer, avec Risso, les deux sortes d'Orangers comme de simples variétés. Les au- teurs actuels anglo-indiens font de même. Ils ajoutent une troisième variété, qu'ils nomment Bergamia, i^out Isl Bergamote, dont la fleur est plus petite et le firuit sphérique ou pyriforme, plus petit que l'orange commune , aromatique et légèrement acide. \037Cette dernière forme n'a pas été trouvée sauvage et me parait plutôt un produit de la culture. \037On demande souvent si les oranges douces donnent quand on les sème des oranges douces, et les bigarades des oranges amè- res. C'est assez indifi'érent au point de vue de la distinction en espèces ou variétés, car nous savons que, dans les deux règnes, tous les caractères sont plus ou moins héréditaires, que certaines \0371. Targioni, /. c, p. 217. \037\035\013

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ORANGER 145 \037variétés le sont si habituellement qu'il faut les nommer des races et que la distinction en espèces doit, par conséquent, se baser sur d'autres considérations, comme l'absence de formes intermédiaires ou le défaut de fécondation croisée donnant des produits eux-mêmes féconds. La question ne manque cependant pas d'intérêt dans le cas actuel, et je répondrai que les expé- riences ont donné des résultats parfois contradictoires. \037Gallesio, excellent observateur, s'exprime de la manière sui- vante : « J'ai semé pendant une longue suite d'années des pépins d'orange douce, tantôt pris sur des arbres francs, tantôt sur des orangers greffés sur bigaradier ou sur limonier. J'ai tou- jours eu des arbres à fruits doux. Ce résultat est constaté depuis plus de soixante ans par tous les jardiniers du Finalais. Il n'y a pas un exemple d'un bigaradier sorti de semis d'orange douce, ni d'un oranger à fruits doux sorti de la semence de bigara- dier En 1709, la gelée ayant fait périr les orangers de Finale, \037on avait pris l'habitude d'élever des orangers à fruits doux de semences ; il n'y eut pas une seule de ces plantes qui ne portât des fruits à jus doux *. » \037Mac-Fadyen dit, au contraire, dans sa flore de la Jamaïque : « C'est un fait établi, familier à tous ceux qui ont vécu quelque temps dans cette île, que la graine des oranges douces donne très souvent des arbres à fruits amers (bitter), ce dont des exem- ples bien prouvés sont arrivés à ma connaissance personnelle. Je n'ai pas ouï dire cependant que des graines d'orange amère aient jamais donné des fruits doux Ainsi, continue judi- cieusement l'auteur, l'oranger amer était le type primitif*. » Il prétend que dans les sols calcaires l'oranger doux se conserve de graines, tandis que dans les autres sols, à la Jamaïque, il donne 4es fruits plus ou moins acides (sour) ou amers (bitter). Duchas- saing dit qu'à la Guadeloupe les graines d'oranges douces donnent souvent des fruits amers ', tandis que, d'après le D"* Ernst, à Caracas, elles donnent quelquefois des fruits acides, mais non amers *. Brandis raconte qu à Khasia, dans l'Inde, autant qu'il a pu le vérifier, les vergers très étendus d'orangers doux vien- nent de graines. Ces diversités montrent le degré variable de rhérédité et confirment l'opinion qu'il faut voir dans les deux sortes d'orangers deux variétés, non deux espèces. \037Je suis obligé cependant de les énumérer l'une après l'autre, pour expliquer leur origine et l'extension de leur culture à di- verses époques. \0371® Bigaradier , Arancio forte des Italiens , Pomeranze des Allemands. — Citrus vulgans, Risso — C. Aui^antium var. Biga- radia^ Brandis et Hooker. \0371. GaUesio, Traité du Citrus, p. 32, 67, 355, 357. \0372. Mac-Fadyen, Flora of Jamaica^ p. 129 et 130. \0373. Cité dans Grisebach, Veget, Karaiben, p. 34. \0374. Emst, dans Seeman, Jouim, of bot., 1867, p. 272. \037De Candolle. ' 10 \037\035\013

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146 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037Il était inconnu aux Grecs et aux Romains, de même que l'oranger doux. Comme ils avaient eu des relations avec Tlnde et Ceyian, Gallesio présume que ces arbres n'étaient pas culti- vés de leur temps dans la partie occidentale de l'Inde. Il a étudié, sous ce point de vue, les anciens voyageurs et géogra- phes, tels que Diodore de Sicile, Néarque, Arianus, et n'a trouvé chez eux aucune mention des orangers. Cependant le sanscrit avait un nom pour l'orange, Nagarunga^ Nagrunga^, C'est même de là qu'est venu le mot Orange, car les Hindous en ont fait Narungee (prononcez Naroudjï) d'après Royle, Nerunga d'après Piddington, les Arabes Narunj, d'après Gallesio, les Ita- liens ]\aranzi, Arangi, et dans le moyen âge on a dit en latin Arancium^ Arangium, puis Aurantium ^. Mais le nom sanscrit s'appliquait-il à l'orange amère ou à l'orange douce? Le philo- logue Adolphe Pictet m'a donné jadis un renseignement curieux sur ce point. Il avait cherché dans les ouvrages sanscrits les noms significatifs donnés à l'orange ou à l'oranger et en avait trouvé 17, qui tous font allusion à la couleur, l'odeur, la qualité acide (dantacatha, nuisible aux dents), le lieu de croissance, etc., jamais- à une saveur douce ou agréable. Cette multitude de noms ana- logues à des épithètes montre un fruit anciennement connu ^ mais d'une saveur bien différente de l'orange douce. D'ailleurs les Arabes, qui ont transporté les orangers vers l'Occident, ont connu d'abord l'orange amère, lui ont appliqué le nom Narunj % et leurs médecins, dès le x^ siècle, ont prescrit le suc amer du Bigaradier *. Les recherches approfondies de Gallesio montrent que l'espèce s'était répandue depuis les Romains du côté du golfe Persique, et à la fin du ix® siècle en Arabie, par l'Oman, Bas- sora, Irak et la Syrie, selon le témoignage de l'auteur arabe Massoudi. Les croisés virent le Bigaradier en Palestine. On le cultivait en Sicile dès l'année 1002, probablement à la suite des incursions des Arabes. Ce sont eux qui l'ont introduit en Espagne, et vraisemblablement aussi dans l'Afrique orientale. Les Portugais le trouvèrent établi sur cette côte lorsqu'ils dou- blèrent le Cap, en 1498 ^ \037Rien ne peut faire présumer que l'orange amère ou douce existât en Afrique avant le moyen âge, car la fable du jardin, des Hespérides peut concerner une Aurantiacée quelconque, et chacun peut la placer où il veut, l'imagination des anciens étant d'une fertilité singuHère. \0371. Roxburgh, FI. ind., éd. 1832, v. 2, p. 392 ; Piddington, Index. \0372. Gallesio, p. 122. \0373. Dans les langues modernes de Tlnde, le nom sanscrit a été appliqué à l'orange douce, selon le témoignage de Brandis, par une de ces transpo- sitions qui sont fréquentes dans le langage populaire. \0374. Gallesio, p. 122, 247, 248. \037o. Gallesio, p. 240. M. Goeze, Beitrag zur Kenntniss der OrangengewachsCy 80, 1874, p. 13, cite d'anciens voyageurs portugais pour le même fait. \037\035\013

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ORANGER Ul \037Les premiers botanistes anglo-indiens tels que Roxburgh, Royle, Griffith, Wight, n'avaient pas rencontré le Bigaradier sauvage ; mais toutes les probabilités indiquaient la région orien- tale de rinde comme sa patrie primitive. Le D' Wallich a men- tionné la localité de Sillet \ sans affirmer la spontanéité. Après lui, sir Joseph Hooker * a vu l'oranger amer bien certainement spontané dans plusieurs districts au midi de l'Himalaya, de Garwal et Sikkim à Khasia. Son fruit était sphérique ou un peu déprimé, de deux pouces de diamètre, très coloré, non mangeable, d'une saveur (si je me souviens bien, dit l'auteur) dégoûtante (mawkish) et amère. Le Citrus fusca, de Loureiro ^, semblable, a'aprèslui, à la planche 23 de Rumphius, et spontané en Cochinchine et en Chine, pourrait bien être le Bigaradier, dont l'habitation s'étendrait vers l'est. \0372° Oranger à fruit doux, Arancio dolce des Italiens, Apfekine des Allemands — Citrus Auraritium sinense, Gallesio, \037Selon Royle *, il existe des oranges douces, sauvages, à Sillet et dans les Nilghiries, mais l'assertion n'est pas accompagnée de détails qui permettent de lui donner de l'importance. D'après le même auteur, l'expédition de Turner avait cueilli des orange» sauvages « délicieuses » à Buxedwar, localité au nord-est de Rungpoor, dans le Bengale. D'un autre côté, les botanistes Brandis et sir Joseph Hooker ne mentionnent pas l'oranger doux comme spontané dans l'Inde anglaise. Ils le disent seule-, ment cultivé. Kurz n'en parle pas du tout dans sa flore fores- tière du pays Burman anglais. Plus à l'est, en GochinchinCy Loureiro ^ a décrit un C Aurantium à pulpe moitié acide moitié douce (acido-dulcis), qui parait être l'oranger à fruits doux et qui « habite à l'état cultivé et non cultivé en Cochin- chine et en Chine ». Je rappelle que les auteurs chinois consi- dèrent les orangers, en général, comme des arbres de leur pays; mais on manque d'informations précises sur chaque espèce ou variété, au point de vue de Tindigénat. \037D'après l'ensemble de ces documents, l'oranger à fruit doux parait originaire de la Chine méridionale et de la Cochinchine^ avec une extension douteuse et accidentelle, par un effet de» semis, dans la région de l'Inde. \037Cherchons dans quels pays sa culture a commencé et com- ment elle s'est propagée. Il en résultera peut-être plus de lu- mière sur l'origine et sur la distinction des Orangers propre- ment dits d'avec les Bigaradiers. \037Un fruit aussi gros et aussi agréable au goût que l'orange \0371. Wallich, List, n* 6384. \0372. Hooker, FI. of brit. India, 1, p. 515. \0373. Loureiro, FL cochinch.j p. 571. \0374. Royle, lllustr. of Himalaya, p. 160. Il cite Turaer, Voyage au Thibet. p. 20 et 387. \0375. Loureiro, FL cochinch, p. 569. ' \037\035\013

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148 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037douce n'a guère pu exister dans une région sans que Thomme ail essayé de le cultiver. Les semis en sont faciles et donnent presque toujours la même qualité recherchée. Les anciens voya- geurs ou historiens ne peuvent pas non plus avoir négligé Timpor- tation d'un arbre fruitier aussi remarquable. Sur ce point histo- rique, les études faites par Gallesio, dans les anciens ouvrages, ont donné des résultats extrêmement intéressants. \037Il prouve d'abord que les orangers apportés de l'Inde, par les Arabes, en Palestine, en Egypte, dans le midi de l'Europe et sur la côte orientale de l'Afrique, n'étaient pas l'oranger à fruit doux. Jusqu'au xv* siècle, les ouvrages arabes et les chroniques ne parlent que d'oranges amères ou aigres. Cependant, lorsque les Portugais arrivèrent dans les îles de l'Asie méridionale, ils trou- vèrent des orangers à fruits doux, et ce ne fut pas pour eux, à ce qu'il semble, une nouveauté. Le Florentin qui accompagnait Vasco de Gama et qui a publié la relation du voyage dit : c Sonvi melarancie assai^ ma tutte dolci » (Il y a beaucoup d'oranges, mais toutes douces). Ni ce voyageur ni ceux qui suivirent ne témoignèrent de la surprise en goûtant un fruit aussi agréable. Gallesio en infère que les Portugais n'ont pas été les premiers à rapporter les oranges douces de l'Inde, où ils arrivèrent en 1498, ni de Chine, où ils parvinrent en 1518. D'ailleurs une foule d'écrivains du commencement du xvi* siècle parlent de l'orange .douce comme d'un fruit déjà cultivé en Italie et en Espagne. Il y a plusieurs témoignages pour les années 1523 et 1525. Gallesio s'arrête à l'idée que l'orange douce a été introduite en Europe vers le commencement du xv® siècle * ; mais Targioni cite, d'après Valeriani, un statut de Fermo, du xiv® siècle, dans lequel il est question de cédrats, oranges douces^ etc. ^, et les renseignements recueillis récemment sur l'introduction en Espagne et dans le Portugal par M. Goeze ', d'après d'anciens auteurs, concordent avec cette même date. Il me parait donc probable que les oran- ges reçues plus tard, de Chine, par les Portugais, étaient seule- ment meilleures que celles connues auparavant en Europe, et que les noms vulgaires d'oranges de Portugal et de Lisbonne sont dus à cette circonstance. \037Si l'orange douce avait été cultivée très anciennement dans l'Inde, elle aurait eu un nom spécial en sanscrit, les Grecs en au- raient eu connaissance dès l'expédition d'Alexandre, et les Hé- breux l'auraient reçue de bonne heure par la Mésopotamie. On aurait certainement recherché, cultivé et propagé ce fruit dans l'empire romain, de préférence au Limonier, au Cédratier et au \0371. Gallesio, p. 321. \0372. La date de ce Siatuto est donnée par Targioni à la page 205 des Cenni storici comme étant l'année 1379, et à la page 213 comme 1309. L'errata ne dit rien sur cette différence. \0373. Goeze, Ein Beitrag zur Kenntniss der Orangengewàchse, Hambourg, 1874, p. 26. \037\035\013

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mângostân 149 \037Bigaradier. Son existence dans Flnde doit donc être moins an- cienne. \037Dans Tarchipel Indien, l'oranger doux était considéré comme venant de Chine *. Il se trouvait peu répandu dans les îles de la mer Pacifique à Tépoque du voyage de Gook *. \037Nous revenons ainsi, par toutes les voies, à Tidée que la va- riété douce de l'oranger est sortie de Chine et de Cochinchine, et qu'elle s'est répandue dans l'Inde peut-être vers le commen- cement de l'ère chrétienne . A la suite des cultures, elle a pu se naturaliser dans beaucoup de localités de l'Inde et dans tous les pays tropicaux, mais nous avons vu que les semis ne don- nent pas toujours l'oranger à fruit doux. Ce défaut d'hérédité, dans certains cas, est à l'appui d'une dérivation du Bigaradier en Oranger doux, qui serait survenue, à une époque lointaine, en Chine ou en Cochinchine , et aurait été propagée soigneuse- ment à cause de sa valeur horticole. \037Mandarines. — Citrus nobilis, Loureiro. \037Cette espèce, caractérisée par son fruit plus petit que l'orange ordinaire, bosselé à la surface, sphérique, mais déprimé en dessus, et d'une saveur particulière, est maintenant recherchée en Europe, comme elle l'a été dès les temps les plus anciens en Chine et en Cochinchine. Les Chinois la nomment Kan ^. Rum- phius l'avait vue cultivée dans toutes les îles de la Sonde * et dit qu'elle venait de Chine, mais elle ne s'était pas répandue dans l'Inde. Roxburgh et sir Joseph Hooker ne la mentionnent pas, mais M. Clarke m'apprend que sa culture a pris une grande extension dans le district de Khasia. Elle était nouvelle dans les jardins d'Europe, au commencement du xix^ siècle, lorsque Andrews en publia une bonne figure dans le Botanist repository (pi. 608). \037D'après Loureiro '*, cet arbre, d'une taille moyenne, habite en Cochinchine, et aussi, ajoutjB-t-il, en Chine, bien qu'il ne l'ait pas vu à Canton. Ce n'est pas une information précise sous le rapport de la qualité spontanée, mais on ne peut pas supposer une autre origine. Selon Kurz *, l'espèce est seulement cultivée dans la Birmanie anglaise. Si cela se confirme, la patrie serait bornée à la Cochinchine et à quelques provinces de la Chine. \037Mangostan. — Garcinia Mangostana, Linné. \037Le Botanical magazine a publié une bonne figure (pi. 4847) \0371. Rumphius, Amboin., 2, c. 42. \0372. Forster, Plantse esculentâe, p. 35. \0373. Bretschneider, On the value of chinese bot, works, p. 11. \0374. Rumphius, Amboin., 2, pi. 34, 35, où cependant la forme du fruit n'est pas ceUe de notre Mandarine. \037\035\0135. Loureiro, FI. cochinch., p. 570. \0376. Kurz, Forest flora of britUh Burma. \037\035\013

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480 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037de cet arbre, de la famille des Gultifères, dont le fruit est consi- déré comme un des meilleurs qui existent. Il exige un climat très chand, car Roxburgh n'a pas pu l'obtenir au delà du 23* 1/2 degré de latitude dans l'Inde % et transporté à la Jamaïque, il n'a donné que des fruits médiocres *. On le cultive dans les îles de la Sonde, la péninsule malaise et à Geylan. \037L'espèce est certainement spontanée dans les forêts des îles de la Sonde ^ et de la péninsule malaise *. Parmi les plantes cuir tivées, c'est une des plus locales, soit pour l'habitation originelle, soit dans la culture. Il est vrai qu'elle appartient à l'une de ces familles où l'aire moyenne des espèces est le plus restreinte. \037Abricotier d'Amérique. — Mammea americana, Jacquin. \037De la famille des Guttifères, comme le Mangostan, cet arbre exige aussi beaucoup de chaleur. Les Anglais l'appellent Mamey ou Mammee, Quoique fort cultivé dans les Antilles et dans les parties les plus chaudes du Venezuela ^, on ne l'a guère trans- porté ou il n'a pas réussi en Asie et en Afrique, si l'on en juge par le silence de la plupart des auteurs. \037Il est certainement indigène dans les forêts de la plupart des Antilles ^. Jacquin l'indique aussi sur le continent voisin, mais je n'en vois pas de confirmation chez les auteurs modernes. \037La meilleure figure publiée est celle de la Flore des Antilles de Tussac, 3, pi. 7, à l'occasion de laquelle l'auteur donne beau- coup de détails sur l'emploi du fruit. \037Gombo. — Hibiscus esculentus, Linné. \037Les fruits, encore jeunes, de cette Malvacée annuelle sont un des légumes les plus délicats des pays tropicaux. La Flore des Antilles de Tussac contient une Délie planche de l'espèce et donne tous les détails qu'un gourmet peut désirer sur la ma- nière de préparer le caloulou^ si cher aux créoles des îles fran- çaises. \037Lorsque j'ai essayé autrefois "^ de comprendre d'où vient cette plante, cultivée dans l'ancien et le nouveau monde, l'absence de tout nom sanscrit et le fait que les premiers auteurs sur la flore indienne ne l'avaient pas vue spontanée m'avaient fait écarter Thypothèse d'une origine asiatique. Cependant la flore moderne \0371. Royle, ///. Himalaya, p. 133, et Roxburgh, Flora indica, 2, p. 6l8. \0372. Mac-Fadyen, Floi^a of Jamaïca, p. 134. \0373. Rumphius, Amboin., 1, p. 133; Miquel, Plantée Junghun., 1, p. 290; Flora indO'batava, 1, part. 2, p. 506. \0374. Hooker, FI. ofbrUish India, 1 p. 260. \0375. Emst, dans Seemann, Journal of botany, 1867, p. 273 ; Triana et Plan- chon, Prodr, il. Novo-Granat., p. 285. \0376. Sloane, /amatca, 1. p. 123: Jacquin, Amer., p. 268; Grisebach, FI. of brit. W. India, p. 118. \0377. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 768. \037\035\013

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VIGNE 151 \037de l'Inde anglaise * Tayant indiquée comme « probablement native d'origine », j*ai dû faire de nouvelles recherches. \037Quoique l'Asie méridionale ait été bien explorée depuis trente ans, on ne cite aucune localité dans laquelle le Gombo serait spontané ou quasi spontané. Il n'y a même pas d'indice d'une eulture ancienne en Asie. C'est donc entre l'Afrique et l'Amé- rique qu'il faut hésiter. \037La plante a été vue spontanée aux Antilles par un bon obser- vateur *, mais je ne découvre aucune assertion semblable venant d'un autre botaniste, soit pour les îles, soit pour le continent américain. Le plus ancien auteur sur la Jamaïque, Sloane ^, n'avait vu l'espèce qu'à l'état de culture. Marcgraf * l'avait observée dans les plantations du Brésil, et comme il mentionne un nom du Congo et d'Angola, Qulllobo, dont les Portugais avaient fait Quingomho^ l'origine africaine se trouve par cela même indiquée. \037MM. Schweinfurth et Ascherson ^ ont vu la plante spontanée dans la région du Nil, en Nubie, Kordofan, Sennaar, Abyssinie et dans le Bahr-el-Abiad, où on la cultive,- il est vrai. D autres voyageurs sont mentionnés pour des échantillons recueillis en Afrique ^, mais on ne dit pas si les plantes étaient cultivées ou spontanées et loin des habitations. Nous serions toujours dans le doute si MM. Flûckiger et Hanbury ^ n'avaient fait une décou- verte bibliographique qui tranche la question. Les Arabes appel- lent le Gombo Bamyah ou Bâmiaty et Abul-Abbas-Elnabati, qui avait visité l'Egypte bien avant la découverte de l'Amérique, en 1216, a décrit très clairement le Gombo, cultivé alors par les Egyptiens. \037Malgré Torigine, certainement africaine, il ne semble pas que l'espèce ait été cultivée dans la basse Egypte avant l'époque de a domination arabe. On n'en a pas trouvé de preuve dans les monuments anciens, quoique Rosellini ait cru reconnaître la iplante dans une figure, qui en est bien différente, selon Unger *. L'existence d'un seul nom dans les langues modernes de l'Inde, d'après Piddington , appuie l'idée d'une propagation vers J'Orient depuis Tère chrétienne. \037Vigne. — Vitis vinifera^ Linné. \037La vigne croît spontanément dans l'Asie occidentale tempérée, \0371. Flora of british India, 1, p. 343. \0372. Jacquin, Observationes, 3, p. 11. \0373. Sloane, Jamaica, 1, p. 223. \0374. Marcgraf, Hist. plant., p. 32, avec figures. \0375. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlung, p. 265, sous le nom d'Abel* moschus. \0376. Oliver, Flora of tropical A frica, 1, p. 207. \0377. Flûckiger et Hanbury, Drogues, trad. franc., 1, p. 182. La description est dans Ebn Baithar, trad. de aondtheimer, 1, p. 1J8. \0378. Unger, Die Pflanzen des alten JSgyptem, p. 50. \037\035\013

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152 PLANTES X2ULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037TEurope méridionale, TAlgérie et le Maroc *. C'est surtout dans le Pont, en Arménie, au midi du Caucase et de la mer Caspienne, qu'elle présente l'aspect d'une liane sauvage, qui s'élève sur de grands arbres et donne beauconp de fruits, sans taille ni cul- ture. On mentionne sa végétation vigoureuse dans l'ancienne Bactriane, le Caboul, le Cachemir et même dans le Badak- chan, situé au nord de l'Indou-Kousch *. Naturellement, on se demande là, comme ailleurs, si les pieds que l'on rencontre ne viennent pas de graines transportées des plantations par les oiseaux. Je remarque cependant que les botanistes les plus dignes de confiance, ceux qui ont le plus parcouru les provinces transcaucasiennes de la Russie, n'hésitent pas sur la spontanéité et l'indigénat de l'espèce dans cette région. C'est en s' éloignant vers llnde et l'Arabie, l'Europe et l'Afrique septentrionale qu'on trouve le plus souvent dans les flores l'expression que la vigne est « subspontanée », peut-être sauvage, ou devenue sauvage (verwildert, selon le terme expressif des Allemands). \037La dissémination par les oiseaux a dû commencer de très bonne heure, dès que les baies de l'espèce ont existé, avant la culture, avant la migration des plus anciens peuples asiatiques^ peut-être avant qu'il existât des nommes en Europe et même en Asie. Toutefois la fréquence des cultures et la multitude des formes de raisins cultivés ont pu étendre les naturalisations et introduire dans les vignes sauvages des diversités tirant leur origine de la culture. A vrai dire, les agents naturels, comme le& oiseaux, le vent, les courants, ont toujours agrandi les habita- tions des espèces, indépendamment de l'homme, jusqu'aux limites qui résultent, dans chaque siècle, des conditions géogra- phiques et physiques et de l'action nuisible d'autres végétaux et d'animaux. Une habitation absolument primitive est plus ou moins un mythe ; mais des habitations successivement étendues ou restreintes sont dans la force des choses. Elles constituent des patries plus ou moins anciennes et réelles, à condition que l'espèce s'y soit maintenue sauvage, sans l'apport incessant de^ nouvelles graines. \037Pour ce qui concerne la vigne, nous avons des preuves d'une ancienneté très grande en Europe, comme en Asie. \037Des graines de vigne ont été trouvées sous les habitations lacustres de Castione, près de Parme, qui datent de l'âge du bronze ^, dans une station préhistorique du lac de Varèse *, et \0371. Grisebach, La végétation du globe, traduct. française par de Tchihat- cheft, 1, p. 162, 163, 442; Miinby, Catal. Alger, \ Bail, FI. maroccanx spici- legium, p. 392. \037' 2. Adolphe Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. l,p. 295, cite plusieurs voyageurs pour ces régions, entre autres Wood, Journey ta the- sources of the Oxus. \0373. Elles sont figurées dans Heer, Die Pflanzen der Pfahlbauten, p. 24, f. 11. \0374. Ragazzoni, dans Rivista arch. délia pi^ov. di Como, 1880, fasc. 17, p. 30 et suivantes. \037\035\013

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VIGNE 183 \037dans la station lacustre de Wangen, en Suisse, mais dans ce der- nier cas à une profondeur incertaine ^ Bien plus! Des feuilles de vigne ont été trouvées dans les tufs des environs de Mont- pellier, où elles se sont déposées probablement avant Tépoque historique *, et dans ceux de Meyrargue, en Provence, certaine- ment préhistoriques, quoique postérieurs à Fépoque tertiaire des géologues '. \037Dans le pays qu^on peut appeler le centre et qui est peut-être le plus ancien séjour de Tespèce, le midi du Caucace, un bota- niste russe, Kolenati *, a fait des observations très intéressantes sur les différentes formes de vignes, soit spontanées, soit culti- vées. Je regarde son travail comme d'autant plus significatif que l'auteur s'est attaché à classer les variétés suivant les carac- tères de la pubescence et de la nervation des feuilles, choses absolument indifférentes aux cultivateurs et qui doivent repré- senter, par conséquent, beaucoup mieux les états naturels de l'espèce. D'après lui, les vignes sauvages, dont il a vu une im- mense quantité entre la mer Noire et la mer Caspienne, se grou- pent en deux sous-espèces, qu'il décrit, qu'il assure pouvoir reconnaître à distance, et qui seraient le point de départ des vignes cultivées, au moins en Arménie et dans les environs. 11 les a reconnues autour du mont Ararat, dans une zone où l'on ne cultive pas la vigne, où même on ne pourrait pas la cultiver. D'autres caractères, par exemple la forme et la couleur des rai- sins, varient dans chacune des deux sous-espèces. Nous ne pou- vons entrer ici dans les détails purement botaniques du mé- moire de Kolenati, non plus que dans ceux du travail plus récent de Regel sur le genre Vitls ^ ; mais il est bon de constater qu'une espèce cultivée depuis un temps très reculé et qui a maintenant peut-être 2000 formes décrites dans les ouvrages offre, quand elle est spontanée dans la région où elle est très ancienne, et a probablement offert avant toute culture, au moins deux formes principales, avec d'autres d'une importance moin- dre. Si l'on étudiait avec le même soin les vignes spontanées de la Perse et du Cachemir, du Liban et de Grèce, on trouverait peut-être d'autres sous-espèces d'une ancienneté probablement préhistorique. \0371. Heer, l. c, \0372. Planchon, Etude sur les tufs de Montpellier, 1864, p. 63. \0373. De Saporta, La flore des tufs quaternaires de Provence, 1867, p. 15 et 27. \0374. Kolenati, dans Bulletin de la Société impériale des naturalistes dp Moscou, 1846, p. 279. \0375. Regel, dans Acta horti imp. petrop., 1873. Dans cette revue abrégée du \037genre, M. Regel énonce l'opinion que les Vitis vinifera sont le produit ybride et altéré par la culture de deux espèces sauvages, F. vulpina et F. Labrusca; mais il n'en donne pas de preuves, et ses caractères pour les deux espèces sauvages sont bien peu satisfaisants. U est fort à désirer que les vignes d'Asie et d'Europe, spontanées ou cultivées, soient compa- rées dans leurs graines, qui fournissent d'excellentes distinctions, d'après les travaux d'Engelmann sur les Vignes d'Amérique. \037\035\013

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154 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037L'idée de recueillir le jus des raisins et de profiter de sa fer- mentation a pu naître .chez différents peuples, principalement dans l'Asie occidentale, où la Vigne abondait et prospérait. Adolphe Pictet *, qui a discuté, après de nombreux auteurs, mais d'une manière plus scientifique, les questions d'histoire, de lin- guistique et même de mythologie concernant la Vigne chez les peuples de l'antiquité, admet que les Sémites et les Aryas ont également connu l'usage du vin, de sorte qu'ils ont pu l'intro- duire dans tous les pays où ils ont émigré, jusqu'en Egypte, dans l'Inde et en Europe. Ils ont pu le faire d'autant mieux qu'ils trouvaient la plante sauvage dans plusieurs de ces contrées. \037Pour l'Egypte, les documents sur la culture de la Vigne et la vinification remontent à 5 ou 6000 ans *. Dans l'ouest, la propa- gation de la culture par les Phéniciens, les Grecs et les Romains est assez connue ; mais, du côté oriental de l'Asie, elle s'est faite tardivement. Les Chinois, qui cultivent à présent la Vigne dans leurs provinces septentrionales, ne la possédaient pas antérieu- rement à l'année 122 avant notre ère ^. On sait qu'il existe plu- sieurs Vignes spontanées dans le nord de la Chine, mais je ne puis admettre avec M. Regel que la plus analogue à notre Vigne, le Vitis Amurensis^ de Ruprecht, appartienne à notre espèce. Les graines dessinées dans le Gartenfbra, 1861, pi. 33, en sont trop différentes. Si le fruit de ces vignes de l'Asie orientale avait quelque valeur, les Chinois auraient bien eu l'idée d'en tirer parti. \037Jujubier commun. — Zizyphtisvulgarisjhamsirck. \037D'après Pline *, le Jujubier aurait été apporté de Syrie à Rome, par le consul Sextus Papinius, vers la fin du règne d'Au- guste. Les botanistes remarquent cependant que l'espèce est <îommune dans les endroits rocailleux d'Italie ^ et que d'ailleurs — chose singulière — on l'a pas encore trouvée sauvage en Syrie, bien qu'elle y soit cultivée, de même que dans toute la région qui s'étend de la mer Méditerranée à la Chine et au Japon ®. \037La recherche de l'origine du Jujubier, comme arbre spon- tané, vient à l'appui du dire de Pline, malgré les objections que je viens de mentionner. D'après les collecteurs de plantes et les \0371. Ad. Pictet, Les origines indo-européennes., édition 2, vol. 1, p. 298 à. 321. \0372. M. Delchevaierie, dans VlUustration horticole, 1881, p. 28. Il men- tionne surtout le tombeau de Phtah-Hotep, qui vivait à Memphis, quatre mille ans avant Jésus-Christ. \0373. Bretschneider, On the value and study of chinese botanical works, p. 16. \0374. Pline, Hist., 1. 15, c. U. \0375. Bertoioni, FL ital.y 2, p. 665; Gussone, Synopsis FI. sicul«, 2 p. 276. \0376. Willkomm et Lange, Prodr. FI. hispanicse, 3 p. 480 ; Desfontaines, FI. Allant., 1, p. 200; Boissier, FL orient., 2, p. 12; J. Hooker, FI. of brit. India, 1, p. 633; Bunge, Enum. plant, chin., p. 14; Franchet et Savatier, Enum. plant. Japon., 1, p. 81. \037\035\013

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JUJUBIER COMMUN 155 \037auteurs de flores l'espèce paraît plus spontanée et anciennement cultivée à Test qu'à l'ouest de sa grande habitation actuelle. Ainsi, pour le nord de la Chine, M. de Bunge dit qu'elle est « très commune et très incommode (à cause de ses épines) dans les endroits montueux. » Il a vu la variété sans épines dans les jardins. Le'D Bretschneider * mentionne les jujubes comme un des fruits les plus recherchés par les Chinois, qui appellent l'espèce du nom simple de Tsao, Il indique aussi les deux formes, épi- neuse et non épineuse ; la première sauvage ^. L'espèce manque au midi de la Chine et dans l'Inde proprement dite , à cause de la chaleur et de Thumidité du climat. On la retrouve sauvage dans le Punjab au nord-ouest de l'Inde anglaise, puis en Perse «t en Arménie. \037Brandis ' énumère sept noms différents du Jujubier commun (ou de ses variétés ?) dans les langues modernes de l'Inde, mais on ne connaît aucun nom sanscrit. D'après cela, l'espèce a peut- être été introduite de Chine dans l'Inde, à une époque pas très éloignée, et des cultures elle serait devenue sauvage dans les provinces très sèches de l'ouest. Le nom persan est Anob^ chez les Arabes Unab, On ne connaît pas de nom hébreu, nouvel in- dice que l'espèce n'est pas très ancienne dans l'Asie occidentale. \037Les anciens Grecs n'ont pas parlé du Jujubier commun, mais seulement d'une autre espèce, Zizyphus Lotus. C'est du moins l'opinion du commentateur et botaniste moderne Lenz *. Il faut convenir que le nom grec moderne, Pritzuphuia^ n'a aucun rapport avec les noms attribués jadis dans Théophraste ou Dios- coride à quelque Zizyphus, mais approche du nom latin Zizy- />Aw5 (le fruit Zizyphum) de Pline, qui n'est pas dans les auteurs plus anciens et semble d'une nature orientale plus que latine. M. de Heldreich ^ n'admet pas que le Jujubier soit spontané en Grèce, et d'autres le disent « naturalisé, subspontané, » ce qui confirme l'hypothèse d'une existence peu ancienne. Les mêmes motifs s'appliquent à l'Italie. L'espèce peut donc s'y être natu- ralisée depuis l'introduction dans les jardins dont PUne a parlé. \037En Algérie, le Jujubier est seulement cultivé ou « subspon- tané ^ ». De même en Espagne. Il n'est pas mentionné dans le Maroc, ni aux îles Canaries, ce qui fait supposer une existence peu ancienne dans la région de la mer Méditerranée. \037Il me paraît donc probable que l'espèce est originaire du nord de la Chine; qu'elle a été introduite et. s'est naturalisée dans TAsie occidentale après l'époque de la langue sanscrite, il y a peut-être 2500 ou 3000 ans; que les Grecs et les ïlomains \0371. Bretschneider, On the studv, etc., p. 11. \0372. Le Zizyphus chinensis de juasieurs auteurs est la même espèce. \0373. Brandis, Fore5< flora of brit. India, p. 84. \0374. Lenz, Botanik der Alten, p. 651. \0375. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands, p. 57. \0376. Munby, Catal., éd. 2, p. 9. \037\035\013

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156 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037Font reçue au commencement de notre ère, et que ces derniers Tout portée en Barbarie et en Espagne, où elle s'est naturalisée partiellement, d'une manière souvent douteuse, à la suite des^ cultures. \037Jujubier Lotus. — Zizyphus Lotus ^ Desfontaines. \037Le fruit de ce Jujubier ne mérite pas d'attirer l'attention, si ce n'est au point de vue historique. C était, dit-on, la nourriture des Lotophages, peuple de la côte de Lybie, dont Homère et Hérodote * ont parlé avec plus ou moins d'exactitude. H fallait qu'on fût bien pauvre ou bien sobre dans cette contrée, car une baie de la grosseur d'une petite cerise, fade ou médiocrement sucrée, ne contenterait pas des hommes ordinaires. \037Rien ne prouve que les Lotophages eussent l'habitude de cul- tiver ce petit arbre ou arbuste. Hs en recueillaient sans doute les fruits dans la campagne, car l'espèce est assez commune dans l'Afrique septentrionale. Une édition de Théophraste porte cependant qu'il y avait des Lotos sans noyaux, ce qui suppose une culture 2. On les plantait dans les jardins, comme cela se fait encore de nos jours en Egypte '; mais il ne semble pas que l'usage en ait été fréquent, même chez les anciens. \037Du reste, il a été émis des opinions très différentes sur le Lotos des Lotophages *, et il ne faut pas insister sur un point aussi obscur, où l'imagination d'un poète et Tignorance popu- laire ont pu jouer un grand rôle. \037Le Jujubier Lotus est sauvage maintenant^ dans les localités arides, depuis l'Egypte jusqu'au Maroc, dans le midi de l'Espa- gne, àTerracine et autour de Palerme ^ Dans ces localilés ita- liennes isolées, c'est le résultat probablement de cultures. \037Jujubier de l'Inde ^. — Zizyphus Jujuba^ Lamarck. — Ber^ des Hindous et Anglo-Indiens. — Masson, à l'île Maurice. \037Ce Jujubier est cultivé plus au midi que le commun^ mais dans une étendue de pays non moins grande. Le fruit ressemble tantôt à une cerise avant maturité, tantôt à une olive, comme on peut le voir dans la planche publiée par Bouton dans Hooker, Journal of botany^ 1, pi. 140. Le nombre des variétés \0371. Odyssée, \. 1, r. 84; Hérodote, 1. 4, p. 177; traduits dans Lenz, Botanik der Alten, p. 653. \0372. Théopbraste, Uist,, 1. 4, c. 4, éd. de 1644. L'édition de 1613 ne con- tient pas les mots relatifs à ce détail. \0373. Schweinfurth et Ascherson, Beitr., zur Flora ^Ethiopiens, p. 263. \0374. Voir l'article sur le Caroubier. \0375. Desfontaines, FI. atlant., 1, p. 200; Munby, Calai. Alger., éd. 2. p. 9; BaU, Spicil. FI. Maroc, p. 301 ; Willkomm et Lange, Prodr, fl. hisp., 3, p. 481 ; Bertoloni, Fl. ital., 2. p. 664. \0376. Ce nom, peu usité, est a^à dans Bauhin, sous la forme de Jujuba indica. \037\035\013

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JUJUBIER DE L'INDE 187 \037connues indique une très ancienne culture. Celle-ci s'étend au- jourd'hui de la Chine méridionale, de l'archipel indien et de Queensland en Australie, par TArabie et l'Egypte, jusqu'au Maroc et même au Sénégal, en Guinée et dans l'Angola *. Elle se voit également à l'île Maurice, mais il ne paraît pas qu'on l'ait introduite jusqu'à présent en Amérique, si ce n'est au Brésil, d'après un échantillon de mon herbier*. Le fruit est préférable à la jujube ordinaire, d'après ce que disent les auteurs. \037Quelle était l'habitation de l'espèce avant toute culture? Ce n'est pas aisé à savoir, parce que les noyaux se sèment facile- ment et naturalisent la planté hors des jardins ^. \037Si nous nous laissons guider par la fréquence à l'état sau- vage, il semble que le pays des Burmans et l'Inde anglaise seraient la* patrie ancienne. Je possède dans mon herbier plu- sieurs échantillons recueillis par Wallich dans le royaume bur- man, et Kurz l'a vue fréquemment dans les forêts sèches de ce pays, autour d'Ava et de Prome *, Beddone admet l'espèce comme spontanée dans les forêts de l'Inde anglabe, mais Brandis l'a trouvée seulement dans des localités de ce genre où il y avait eu des établissements d'indigènes *. Avant ces auteurs, dans le XVII® siècle, Rheede * décrivait cet arbre comme spontané au Malabar, et les botanistes du xvi« siècle l'avaient reçu du Bengale. \037A l'appui de cette origine indienne, il faut mentionner l'exis- tance de trois noms sanscrits et de onze autres noms dans les langues indiennes modernes . \037L'introduction à Amboine, dans la partie orientale de l'Ar- chipel, était récente lorsque Rumphius y séjournait ^, et il dit lui-même que l'espèce est indienne. Peut-être était-elle ancien- nement à Sumatra et dans d'autres îles rapprochées de la péninsule malaise. Les anciens auteurs chinois n'en ont pas parlé ; du moins Bretschneider ne l'a pas connu. L'extension et les naturalisations au midi et à l'est du continent indien parais- sent donc peu anciennes. \037En Arabie et en Egypte, l'introduction doit être encore plus récente. Non seulement on ne connaît aucun nom ancien, mais Forskal, il y a cent ans, et Delile, au commencement du siècle actuel, n'ont pas vu l'espèce, dont Schweinfurth a parlé récem- ment comme cultivée. Elle doit s'être répandue d'Asie à Zan- \0371. Sir J. Hooker, Flora of brit, India, 1, p. 632 ; Brandis, Forest fiora of India, l,p. 87; Bentham, F/, austral., 1, p. 412; Boissier, FL orient,, 2, p. 13; Oliver, FI, of tropical Africa, 1, p. 379. \0372. Venant de Martius, n- 1070, du Cabo frio. \0373. Bouton, /. c. ; Baker, FI, of Mauritim, p. 61 ; Brandis, /. c, \0374. Kurz, Forest flora of Burma, 1^ p. 266. \0375. Beddone, Forest flora of Indta, 1, pi. 149 (représentant le fruit sau- vage, plus petit que le cultivé) ; Brandis, l, c. \0376. Bteede, 4, pi. 141. \0377. Piddin^ton, Index, \0378. Rumphius, Amb,, 2, pi. 36. \037\035\013

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188 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037guebar, et de proche en proche au travers de l'Afrique ou par la navigation des Européens jusqu'à la côte occidentale. Ce serait même assez récent , puisque Robert Brown {Bot. of Congo) et Thonning n'ont pas eu connaissance de l'espèce en Guinée *. \037\035\013Pommier d'Acajou. — Anacardium occidentale, Linné. — CasheWy des Anglais. \037Les assertions les plu» fausses ont été émises autrefois sur l'origine de cet arbre ^, et, malgré ce que j'en ai dit en 1855 ^, je les vois reproduites çà et là. \037Le nom français de Pommier d'Acajou est aussi ridicule que possible. 11 s'agit d'un arbre de la famille des Térébintacées (soit Anacardiacées), très différente des Rosacées et des Méliacées auxquelles appartiennent les Pommiers et l'Acajou. La partie que Ton mange ressemble plus à une poire qu'aune pomme, et, Dotaniquement parlant, ce n'est pas un fruit, mais le pédoncule ou support du fruit, lequel ressemble à une grosse fève. Les deux noms, français et anglais, dérivent d'un nom des indi- gènes du Brésil, Acajù, Acajaiba, cité par d'anciens voyageurs *. \037L'espèce est certainement spontanée dans les forêts de l'Amé- rique intertropicale et même dans une grande étendue de cette région, par exemple au Brésil, à la Guyane, dans Tisthme de Panama et aux Antilles ^. Le D' Ernst ^ la croit originaire seulement de la contrée voisine du fleuve des Amazones, bien qu'il la connaisse aussi de Cuba, Panama, l'Equateur et la Nou- velle-Grenade. Il se fonde sur ce que les auteurs espagnols du temps de la conquête n'en ont pas parlé, preuve négative, qu'il faut prendre pour une simple probabilité. \037Rheede et Rumphius avaient aussi indiqué cet arbre dans l'Asie méridionale. Le premier le dit commun au Malabar '. L'existence d'une même espèce tropicale arborescente en Asie et en Amérique était si peu probable qu'on a soupçonné d'abord quelque différence spécifique ou au moins de variété, qui ne s'est pas confirmée. Divers arguments, historiques et linguisti- ques, m'avaient démontré une origine étrangère à l'Asie. D'ail- leurs Rumphius, toujours exact , parlait d'une introduction \0371. Le Zizyphus abt/ssinicus, Hochst., paraît une espèce dififérente. \0372. Tiissac, Flore aes Antilles, 3, p. 55 (où se trouve une excellente figure, pi. 13), dit que c'est une espèce des Indes orientales, aggravant ainsi l'erreur de Lmné, qui l'avait crue d'Amérique et d'Asie. \0373. Géographie botanique raisonnée, p. 873. \0374. Pisô et Marcgraf, nistoria rerum naturalium Brasilise, 1648, p. 57. \0375. Voir Piso et Marcçraf, /. c. ; Aublet, Guyane, p. 392 ; Seeman, Botany ofthe Herald, p. 106 ; jacquin, Amérig,, p. 124 ; Mac Fadyen, PI. Jamaïc.^ p. 119 ; Grisebach, FI. of brit. W. India, p. 176. \0376. Ernst, dans Seemann, Journal ofàot., 1867, p. 273. \0377. Rheede, Malabar, 3, pi. 54. \037\035\013

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MANGUIER 189 \037ancienne, par les Portugais, d'Amérique dans l'archipel asiati- que *. Le nom malais qu'il cite, Cadju^ est américain; celui usité à Amboine signifiait friiit de Portugal ; celui de Macassar était tiré d'une ressemblance avec le fruit du Jambosa. L'es- pèce, dit Rumphius, n'était pas très répandue dans les îles; Garcia ab Orto ne l'avait pas trouvée à Goa en 1550, mais Acosta l'avait vue ensuite à Couchin, et les Portugais l'avaient multipliée dans l'Inde et l'Archipel indien. D'après Blume et Miquel, l'espèce est seulement cultivée à Java. Rheede dit, il est vrai, qu'elle abonde au Malabar (provenit ubique), mais il cite un seul nom qui paraisse indien, Kapa-rnava, et les autres dérivent du nom américain. Piddington n'indique aucun nom sanscrit. Enfin les botanistes anglo-indiens, après avoir hésité sur l'origine, admettent aujourd'hui l'importation d'Amérique à une époque déjà ancienne. Ils ajoutent que l'espèce s'est natu- ralisée dans les forêts de l'Inde anglaise '. \037L'indigénat en Afrique est encore plus contestable, et il eàt aisé d'en montrer la fausseté. Loureiro ' avait vu l'espèce sur la côte orientale de ce continent, mais il la supposait d'origine américaine. Thonningne l'a pas vue en Guinée, et Brovv^n ne l'indiquait pas au Congo *. Il est vrai que l'herbier de Kew a \037\035\013reçu des échantillons de ce dernier pays et des îles du golfe de Guinée, mais M. Oliver parle de l'espèce comme cultivée ^. Un \037\035\013\013'Afrique intertropicale était indigène dans cette partie du monde. \037Mangaier. — Mangifera indica^ Linné. \037De la même famille que le Pommier d'Acajou, cet arbre donne cependant un véritable fruit, de la forme et de la couleur à peu près de l'abricot ^. \037On ne peut douter qu'il ne soil originaire de l'Asie méri- dionale ou de l'archipel indien auand on voit la multitude des variétés cultivées dans ces pays, la quantité des noms vulgaires anciens, en particulier un nom sanscrit ', et l'abondance dans les jardins du Bengale, de la péninsule indienne et de Ceylan,^ même à l'époque de Rheede. Du côté de la Chine la culture en était moins répandue, car Loureiro la mentionne seulement en Gochinchine. D'après Rumphius *, elle avait été introduite, de \0371. Rumphius, Herb. Amboin., 1, p. 177, 178. \0372. Beddone, Flora sylvatica^ t. 163 ; Hooker, Flora ofbrit, India, 2, p. 20. \0373. Loureiro, FI. cocfiinch., p. 304. \0374. Brown, Congo, p. 12 et 49. \0375. Oliver, Flora of tropical Africa, 1, p. 443. \0376. Voir la planche 4510 du Botanical magazine. \0377. Roxbur^h, Flora indica, éd. 2, vol. 2, p. 435; Piddington, Ijidex. \0378. Rumphius, Herb. Amboin., 1, p. 95. \037\035\013

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160 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037mémoire d'homme, dans certaines îles de l'archipel asiatique. Porster ne la mentionne pas dans son opuscule sur les fruits des îles de la mer Pacifique, lors de l'expédition de Gook. Le nom vulgaire aux Philippines, Manga *, montre une origine étran- \037gère, car c'est le nom malais et espagnol. Le nom vulgaire à eylan est Ambe, analogue au sanscrit Amra et d'où viennent les noms persan et arabe Amb *, les noms modernes indiens, et peut-être les noms malais Mangka^ Manga^ Manpelaan^ indiqués par Rumphius. U y a cependant d'autres noms usités dans les îles de la Sonde, des Moluques et en Cochinchine. La variété de ces noms fait présumer une introduction ancienne dans l'ar- chipel Indien, contrairement à Topinion de Rumphius. \037Les Mangifera que cet auteur avait vus sauvages dans Tîle de Java et le Mangifera sylvatica que Roxburgh avait découvert à Sillet sont d'autres espèces; mais le véritable Manguier est indiqué par les auteurs modernes comme spontané dans les forêts de Geylan, les districts au pied de THimalaya, surtout vers l'est, dans l'Arracan, le Pégu et les lies Andaman '. Mic[uel ne l'indique comme sauvage dans aucune des îles de l'archipel malais. Malgré l'habitation à Geylan et les indications moins affirmatives, il est vrai, de sir J. Hooker, dans la Flore de l'Inde anglaise, l'espèce est probablement rare ou seulement natura- lisée dans la péninsule indienne. La grosseur des graines est telle que les oiseaux ne peuvent pas les transporter, mais la fréquence de la culture amène une dispersion par l'homme. Si le Manguier est seulement naturalisé dans l'ouest de l'Inde anglaise, ce doit être depuis longtemps, vu l'existence d'un nom sanscrit. D'un autre côté les peuples de l'Asie occidentale doi- vent l'avoir connu assez tard, puisqu'ils n'ont pas transporté l'espèce en Egypte ou ailleurs vers l'ouest. \037Aujourd'hui, on la cultive dans l'Afrique intertropicale et même aux îles Maurice et Seychelles, où elle s'est un peu natu- ralisée dans les forêts *. • \037L'introduction en Amérique a eu lieu d'abord au Brésil, car c'est de là qu'on fit venir des graines à la Barbade dans le milieu du siècle dernier ^. Un vaisseau français transportait des pieds de cet arbre de Bourbon à Saint-Domingue, en 1782, lorsquil fut pris par les Anglais, qui les portèrent à la Jamaïque, où il réussit à merveille. Quand les plantations de café furent aban- données, lors de l'émancipation des esclaves, le Manguier, dont \0371. Blanco, FI. filip., p. 181. \0372. Rum];)hiu3, /. c. ; Forskal, p. cvii. \0373. Thwaites, Enum. plant. Ceyl.y p. 75 ; Stuart et Brandis, Forest flora, p. 126 ; Hooker, Flora of brit. India, 2 p. 13 ; Kurz, Forest flora of brit. Burma, 1, p. 304. \0374. Oliver, Flora of tropical Africa, 1, p. 442 ; Baker, Flora of Mauritius and Seychelles, p. 63. \0375. Hughes, Barbadoes, p. 177. \037\035\013

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FRAISIER 161 \037les nègres jetaient partout des noyaux, forma dans cette île des forêts, qui sont devenues une richesse à cause de leur ombrage et comme moyen de nourriture *. 11 n'était pas encore cultivé à Gayenne dans le temps d'Aublet, à la fin du xviii* siècle, mais actuellement il y a des mangues de première qualité dans cette colonie. Elle sont greffées et Ton observe que leurs semis don- nent des fruits meilleurs que ceux tirés des pieds francs *. \037Evi. — Spondias dulcis, Forster. \037Arbre de la famille des Anacardiacées, indigène dans les îles de la Société, des Amis et Fidji '. Les naturels faisaient une grande consommation de ses fruits à Tépoque de l'expédition du capitaine Cook. Ils ressemblent à un gros pruneau, couleur de pomme, et contiennent un noyau hérissé de longues pointes crochues *. Le goût en est excellent, disent les voyageurs. Ce n'est pas un des arbres fruitiers le plus répandus dans les co- lonies tropicales. On le cultive pourtant aux îles Maurice et Bourbon, sous le nom primitif polynésien Bvi ou Bévi ^, et aux Antilles. Il a été introduit à la Jamaïque, en 1782, et de là à Saint-Domingue. L'absence dans beamcoup de contrées chaudes d'Asie et Afrique tient probablement à ce que l'espèce a été dé- couverte seulement il y a un siècle, dans de petites îles sans communications avec l'étranger. \037Fraisier. — Fragaria vesca, Linné. \037Notre Fraisier commun est une des plantes les plus répandues dans le monde, en partie, il est vrai, grâce à la petitesse de ses graines que les oiseaux, attirés par le corps charnu sur lequel elles se trouvent, transportent à de grandes distances. \037Il est spontané en Europe, depuis les îles Shetland et la La- ponie ^ jusque dans les parties montueuses du midi : à Madère, en Espagne, en Sicile et en Grèce '. On le trouve aussi en Asie, depuis la Syrie septentrionale et l'Arménie ^, jusqu'en Daourie. Les fraisiers de l'Himalaya et du Japon *, que divers auteurs ont rapportés à cette espèce, n'en sont peut-être pas *°, et cela me \0371. Mac-Fadyen, F/ora ofJamaïca^ p. 221 ; sir J. Hooker, Discours à V Insti- tution royale, traduit dans Ann. se. nat., série 6, vol. 6, p. 320. \0372. Sagot^ Jovimal de la Soc. centr. d*agric. de France, 1872. \0373. Forster, De plantis esculentis insularum oceani australis, p. 33 ; See- mann, Flora Vitiensis, p. 51 ; Nadaud, Enum. des plantes de Taïti, p. 75. \0374. Voir bonne figure coloriée, dans Tussac, Flore des Antilles, 3, pi. 28. \0375. Bojer, Hortus mauritianus, p. 81. \0376. H.-C. Watson, Compendium Cybele brit., 1 p. 160 ; Fries, Summa veg. Scand., p. 44. \0377. Lowe, Manual fl. of Madeira, p. 246 ; Willkomm et Lange, Prodr. fl. hiw. 3, p. 224 ; Moris, Fl. sardoa, 2, p. 17. \0378. Boissier, /. c. \0379. Ledebour, Fl. rossica, 2, p. 64. \03710. Gay, ibia. ; Hooker, Fl. brit. India, 2, p.^344 ; Franchet et Savatier, Enum. pi. Japon., 1, p. 129. . j \037De Candollk. |li \037\035\013

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162 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037fait douter de l'habitation en Chine donnée par un mission- naire *. II est spontané en Islande *, dans le nord -est des États- Unis ', autour du fort Gumberland et sur la côte nord-ouest *, peut-être même dans la Sierra Nevada de Californie ^. L'habita- tion s'étend donc autour du pôle arctique, à l'exception de la Sibérie orientale et de la région du fleuve Amour, puisque l'espèce n'est pas citée par M. Maximowicz dans ses Primitiœ florœ amu- rensis. En Amérique l'habitation se prolonge sur les hauteurs du Mexique, car le Fragaria mexicana, cultivé au Muséum et exa- miné par J. Gay, est le F. vesca. Il existe aussi autour de Quito, d'après le même botaniste, très compétent dans la question *. \037Les Grecs et les Romains n'ont pas cultivé le fraisier. C'est probablement dans le xv*' ou le xvi« siècle que la culture s'en est introduite, Champier, au xvi® siècle, en parlait comme d'une nouveauté dans le nord de la France ', mais elle existait déjà dans le midi et en Angleterre ^. \037Transporté dans les jardins des colonies, le fraisier s'est natu- ralisé dans quelques localités fraîches, loin des habitations. C'est arrivé à la Jamaïque ®, dans l'île Maurice *^, et plus encore dans l'île de Bourbon, où dès pieds avaient été mis par Com- merson dans la plaine élevée dite des Cafres. Bory Saint- Vin- cent raconte qu'en 1801 il y avait trouvé des espaces tout rouges de fraises et qu'on ne pouvait les traverser sans se teindre les pieds d'une véritable marmelade, mêlée de fange volcanique ". Il est probable qu'en Tasmanie, à la Nouvelle-Zélande et ail- leurs on verra des naturalisations semblables. \037Le genre Fragaria a été étudié avec plus de soin que beau- coup d'autres par Duchesne fils, le comte de Lambertye, Jacques Gay et surtout Mme Eiisa Vilmorin, dont l'esprit d'observation était si digne du nom qu'elle portait. Un résumé de leurs tra- vaux, avec d'excellentes planches coloriées, se trouve dans le Jardin fruitier du Muséum ^ par M. Decaisne. De grandes diffi- cultés ont été surmontées par ces auteurs pour distinguer les variétés et les hybrides qu'on multiplie dans les jardms^ des véritables espèces, et pour établir celles-ci sur de bons carac- \0371. Perny, Propag. de la foi, cité dans Decaisne, Jardin fruitier du Mus., p. 27 ; J. Gay, ihid., p. 27, n'indique pas la Chine. \0372. Babington, Journal of Linn. soc, 11, p. 303 ; Gay, /. c. \0373 A. Gray, Botany oftne northeim States, éd. 1868, p. 15Ô. \0374. Sir W. Hooker, FI. bor. amer., 1, p. 184. \0375. A. Gray, Bot. of California, 1, p. 176. *' \0376. J. Gay, dans Decaisne, Jardin fruitier du Muséum, Fraisier,' p. 30. \0377. Le Grand d'Aussy, Histoire de la vie privée des Français, 1, p. 233 et 3. \0378. Olivier de Serres, Théâtre dagric., p. 511 ; Gerara, d'après Phillips, Pomarium britannicum, p. 334. \0379. Purdie, dans Hooker, London journal of botany, 1844, p. 515. \03710. Bojer, Hortus mauntianus, p. 127. \03711. Bory Saint-Vincent, Comptes rendus de VAcad, des se. 1836, sem, 2, p. 109. \037\035\013

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CERISIER DES OISEAUX 163 \037tères. Quelques Fraisiers dont les fruits étaient médiocres ont été abandonnés, et les plus beaux maintenant sont le résultat du croisement des espèces de Virginie et de Chili, dont je vais parler. \037Fraisier de Virginie. — Fragaria virginiana^ Ehrahrt. — Fraisier écarlate des jardins français. \037Cette espèce, indigène au .Canada et dans les États-Unis orientaux, et dont une variété s'étend vers l'ouest jusqu'aux montagnes Rocheuses, peut-être même jusqu'à l'Orégon *, a été introduite dans les jardins anglais en 1629 ^. On la cultivait beaucoup en France dans le siècle dernier; mais ses hybrides avec d'autres espèces sont maintenant plus estimés. \037Fraisier du Chili. — Fragaria CAi/omsis, Duchesne. \037Espèce commune dans le Chili méridional, à Conception, Val- divia et Chiloe *, et souvent cultivée dans ce pays. Elle a été apportée en France, par Frezier, dans l'année 1715. Cultivée alors au Muséum d'histoire naturelle de Paris, elle s'est ré- pandue bientôt en Angleterre et ailleurs. Grâce à ses fruit» énormes, d'une saveur excellente, on a obtenu par divers croise- ments, surtout avec le F. virgïniana, les fraises Ananas, Victoria, Trollope, Rubis^ etc., si recherchées à notre époque. \037Cerisier des oiseaux. — Prunus avium, Linné. — Sûss- A:ir5cA6aMm des Allemands. \037J'emploie le mot Cerisier parce qu'il est usuel et sans incon- vénient pour les espèces ou variétés cultivées, mais l'étude des •espèces voisines non cultivées confirme l'opinion de Linné que les Cerisiers ne peuvent pas être séparés, comme genre, des Pru- niers. \037Toutes les variétés de Cerisiers cultivés se rapportent à deux espèces, qu'on trouve à l'état sauvage, savoir : 1® Prunus avium, Linné, d'une taille élevée, à racines ne poussant pas de reje- tons, ayant le dessous des feuilles pubescent, le fruit d'une saveur douce ; 2° Prunus Cerasus, Linné, moins élevé, poussant des rejetons sur les racines, à feuilles entièrement glabres et fruit plus ou moins acide ou amer. \037La première de ces espèces, de laquelle on pense que les Bi- garreautiers et Merisiers sont provenus, se trouve sauvage en Asie : dans les forêts du Ghilan (nord de la Perse), des pro- \037\035\0131. Asa Gray, Manual ofboL of the northm States, éd. 1868, p. 155; Botany of Califomiay 1, p. 177. \0372. Phillips, Pomarium brit., p. 335. \0373. Cl. Gay, Hist. Chili, Botanica, 2, p. 305. \037\035\013

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164 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037vinces russes du midi du Caucase et de TArménie * ; en Europe : dans le midi de la Russie, et généralement depuis la Suède méridionale jusque dans les parties montueuses de la Grèce, de ritalie et de l'Espagne '. Elle existe même en Algérie ^ . \037A mesure qu'on s'éloigne de la région située au midi de la mer Caspienne et de la mer Noire, l'habitation du Cerisier des oiseaux paraît moins fréquente, moins naturelle et déterminée davantage, peut-être, par les oiseaux qui recherchent avidement ses fruits et les portent de proche en proche *. On ne peut pas douter qu'elle s'est naturalisée de cette manière, à la suite des cultures, dans le nord de l'Inde ^^ dans beaucçup de plaines du midi de l'Europe, à Madère ^, et çà et là aux États-Unis '; mais il est probable que pour la plus grande partie de l'Europe cela est arrivé dans des temps anciens, préhistoriques, attendu que les oiseaux agissaient avant les premières migrations des peu- ples, avant même qu'il y eût des hommes en Europe. L'habita- tion se serait étendue dans cette région lorsque les glaciers ont diminué. \037Les noms vulgaires dans les anciennes langues ont été l'objet d'un savant article d'Adolphe Pictet ®, mais on ne peut rien en déduire sous le rapport de l'origine, et d'ailleurs les diverses espèces ou variétés ont été souvent confondues dans la nomen- clature populaire. Il est bien plus important de savoir si l'ar- chéologie nous apprend quelque chose sur la présence du Ceri- sier des oiseaux en Europe, dans les temps préhistoriques. \037M. Heer a figuré des noyaux du Prunus avium dans son mémoire sur les palafîttes de la Suisse occidentale '. D'après ce qu'il a bien voulu m'écrire, en date du 14 avril 1881, ces noyaux venaient d'une tourbe au-dessus des anciens dépôts de l'âge de pierre. M. de Mortillet *° a constaté des noyaux semblables dans les habitations palafittes du lac de Bourget d'une époque peu reculée, postérieure à l'âge de pierre. M. le D»* Gross nren a communiqué de la station, également peu ancienne, de Cor- celette, dans le lac de Neuchâtel, et MM. Strobel et Pigorini en ont découvert dans la c terramare » de Parme **. Ce sont toujours des stations moins anciennes que l'âge de pierre et \0371. Ledebour, FL ross., 2, p. 6; Boissier, FL orient., 2, p. 649. \0372. Ledebour, l c. ; Fries, Summa Scandiv. p. 46 ; Nyman, Conspecttts fl. europ. p. 213 ; Boissier, /. c; Willkomm et Lange, Proar. fL hisp,, 3, p. 245. \0373. Monby, Catal. Alg,, éd. 2, p. 8. \0374. Gomme les cerises mûrissent après la saison où les oiseaux émigrent, c'est surtout dans le voisinage des plantations qu'ils dispersent les- noyaux. \0375. Sir J. Hooker, FL of brit. India. \0376. Lowe, Manual of Madeira, p. 235. \0377. Darlington, FL cestrica, éd. 3, p. 73. \0378. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 281. \0379. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 24, fig. 17, 18, et p. 26. \03710. Dans Perrin, Etudes préhistoriques sur ta Savoie, p. 22. il. Atti Soc. itaL se. nat., vol. 6. \037\035\013

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CERISIER COMMUN OU GRIOTTIER 168 \037peut-être d'un temps historique. Si Ton ne découvre pas des noyaux plus anciens de cette espèce en Europe, il deviendra vraisemblable que la naturalisation n'est pas antérieure aux migrations des Aryas. \037Cerisier commun ou Griottier. — Prunus Cef^asus, Linné — Cerasus vulgaris^ Miller. — Baumweichsel, Sauerkirschen, des Allemands. Sour cherry, des Anglais. \037Les Cerisiers de Montmorency, les Griottiers et quelques autres catégories des horticultures proviennent de cette espèce *. \037Hohenacker * a vu le Prunus Cerasus à Lenkoran, près de la mer Caspienne, et C. Koch ^ dans les forêts de l'Asie Mineure, ce qui veut dire, d'après le pays qu'il a parcouru, dans le nord- est de cette contrée. D'anciens auteurs l'ont trouvé à Elisa- bethpol et Erivan, d'après Ledebour *. Grisebach ^ l'indique au mont Olympe de Bithynie et ajoute qu'il est presque spontané dans les plaines de la Macédoine. L'habitation vraie et bien ancienne paraît s'étendre de la mer Caspienne jusqu'aux envi- rons de Constantinople ; mais, dans cette contrée même, on ren- contre plus souvent le Prunu>s avium. En effet, M. Boissier et M. de Tchihatcheff ne paraissent pas avoir vu le Prunus Ce- rasus même dans le Pont, quoiqu'ils aient reçu ou rapporté plusieurs échantillons du Pr. avium ^. \037Dans l'Inde septentrionale, le Pr, Cerasus est seulement à l'état cultivé '. Les Chinois ne paraissent pas avoir eu connais- sance de nos deux Cerisiers. On peut croire, d'après cela, que l'introduction dans l'Inde n'est pas fort ancienne, et ce qui le confirme, c'est l'absence de nom sanscrit. \037Nous avons vu que le Pr, Cerasus est presque spontané ea Macédoine, d'après Grisebach. On l'avait dit spontané en Crimée, mais Steven * ne l'a vu que cultivé, et Rehmann * ne mentionne dans la Russie méridionale comme spontanée que l'espèce voisine appelée Pr. chamœcerasus^ Jacquin. Je doute beaucoup de la qualité spontanée dans toute localité au nord du Caucase. Même en Grèce, où Fraas disait avoir vu cet arbre sauvage, M. de Heldreich le connaît seulement comme cultivé*^. En Dalmatie ", \0371. Pour les variétés si nombreuses et qui ont des noms vulgaires si variables selon les provinces, on peut consulter le nouveau Duhamel, vol. o, où se trouvent de bonnes figures coloriées. \0372. Hohenacker, Plantée Talysch., p. 128. \0373. Koch, Dendrologie, 1, p. 110. \0374. Ledebour, FI. ross.y 2, p. 6. \0375. Grisebach, Spicilegium fi, rumelicse, p. 86. \0376. Boissier, FI. orientalis, 2, p. 649 ; Tchihatcheff, ^5 2e Mineure, Bot,,^, 198. \0377. Sir J. Hooker, FI. of brit. India, 2, p. 313. \0378. Steven, Verzeichniss Halbinselm, etc., p. 147. \0379. Rehmann, Verhandl. Nat. Ver. Brunn, X, 1871. \03710. Heldreich, Niitzpflanzen Gtiechenlands, p. 69; Pflanzen d, attisch. EbenCy p. 477. \037U. Visiani, FI, Dalmat., 3, p. 258. \037\035\013

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166 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037on trouve, à Tétat bien spontané, une variété particulière ou espèce voisine, le Prumus Marasca, dont le fruit sert à fabriquer le marasquin. Le Pr. Cerasus est sauvage dans les districts mon- tueux de l'Italiç * et dans le centre de la France ^ ; mais plus loin, dans Touest, le nord et en Espagne, on ne cite plus l'es- pèce que comme cultivée, se naturalisant çà et là sous la forme souvent de buisson. Evidemment l'apparence en Europe est — plus que pour le Cerisier des oiseaux — celle d'un arbre d'origine étrangère médiocrement établi. \037En lisant les passages de Théophraste, Pline et autres anciens auteurs souvent cités ^, aucun ne parait s'appliquer au Prunus^ Cerasus, Le plus significatif, celui de Théophraste, convient au Prunus avium , à cause de la grandeur de l'arbre, caractère distinctif d*avec le Prunus Cerasus *. Kerasos étant le nom du Cerisier des oiseaux dans Théophraste , comme aujourd'hui Kerasaia chez les Grecs modernes, je remarque un signe lin- guistique d'ancienneté du Prunus Cerasus : les Albanais, des- cendants des Pélasges, désignent celui-ci sous le nom de Vyssiney ancien nom qui se retrouve dans l'allemand Wecksel et l'italien Visciolo ^ Gomme les Albanais ont aussi le nom Kerasie^ pour le Pr, avium ^ on peut croire que leurs ancêtres ont distingué et nommé les deux espèces depuis longtemps, peut-être avant l'arrivée des Hellènes en Grèce. \037Autre signe d'ancienneté : Virgile dit en parlant d'un arbre : \037Pullulât ab radice aliis densissima sylva Ut cerasis ulmisque. {Georg., II, 17.) \037Ce qui s'applique au Pr, Cerasus, non au Pr, avium. \037On a trouvé à Pompeia deux peintures de Cerisier, mais il ne paraît pas qu'on puisse savoir exactement si elles s'appliquent à Tune ou à l'autre des deux espèces ^. M. Comes les indique sous le titre du Prunus Cerasus. \037Quelque découverte archéologique serait plus probante. Le& noyaux des deux espèces présentent une différence dans le sillon qui n'a pas échappé à la sagacité de MM. Heer et Sordelli, Malheureusement, on n'a trouvé dans les stations préhistoriques dltalie et de Suisse qu'un seul noyau, attribuable au Prunus \0371. Bertoloni, FI. it,, 5, p. 131. \0372. Lecoq et Lamotte, Catal. du plateau central de la France, p. 148. \0373. Theophrastes, Hist. plant. y 1. 3, c. 13 ; Pline, 1. 15, c. 25, et autres cités dans Lenz, Botanik der Alten, p. 710. \0374. Une partie des expressions qui suivent dans Théophraste résulte d'une confusion avec d'autres arbres. 11 dit en particulier que le noyau est mol. \0375. Ad. Pictet, /. c, cite des formes du même nom en persan, turc, russe, et fait dériver de là notre nom français de Guigne, transporté à des variétés^ \0376. Schouw, Die Erde, p. 44 ; Cornes, ///. deïle piante, etc.. in-4, p. 56. \037\035\013

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CERISIER COMMUN OU GRIOTTIER 167 \037Cerasus, et encore la couchç de laquelle on Ta sorti n'a pas été suffisamment constatée. 11 parait que c'était une couche non archéologique *. \037D'après l'ensemble de ces données, un peu contradictoires et * assez vagues, je suis disposé à admettre que le Prunus Cerasus était connu et se naturalisait déjà au commencement de la civi- lisation grecque, et un peu plus tard en Italie, avant l'époque à laquelle LucuUus apporta un Cerisier de l'Asie Mineure. \037On pourrait écrire des pages en citant les auteurs , même modernes, qui attribuent, à la suite de Pline, l'introduction du Cerisier en Italie à ce riche Romain, l'an 64 avant l'ère chré- tienne. Puisque l'erreur se perpétue, grâce à sa répétition inces- sante dans les collèges classiques, il faut dire encore une fois qu'il y avait des Cerisiers — au moins celui des oiseaux — en Italie avant LucuUus, et que l'illustre gourmet n'a pas dû recher- cher l'espèce à fruits acides ou amers. Je ne doute pas qu'il n'ait gratifié les Romains d'une bonne variété cultivée dans le Pont et que les cultivateurs ne se soient empressés de la propager par la greffe, mais c'est à cela que s'est borné le rôle de Lu- cuUus. \037D'après ce qu'on connaît maintenant de Gérasonte et des an- ciens noms des Cerisiers, j'oserai soutenir, contrairement à l'opinion commune, qu'il s'agissait d'une variété du Cerisier des oiseaux, comme, par exemple, le Bigarreau tier ou le Merisier, dont le fruit charnu est de saveur douce. Je m'appuie sur ce que Kerasos, dans Théophraste, est le nom du Prunus aviuin, lequel est de beaucoup le plus commun des deux dans l'Asie Mineure. La ville de Cerasonte en avait tiré son nom, et il est probable que l'abondance du Prunus avium dans les forêts voi- sines avait engagé les habitants à chercher les arbres qui don- naient les meilleurs fruits, pour les planter dans leurs jardins. Assurément, si LucuUus a apporté de beaux bigarreaux, ses compatriotes, qui connaissaient à peine de petites cerises sau- vages, ont pu s'exclamer et dire : « C'est un fruit que nous n'avions pas. » Pline n'a rien affirmé de plus. \037Je ne terminerai pas sans énoncer une hypothèse sur les deux Cerisiers. Us diffèrent peu de caractères, et, chose bien rare, le» deux patries anciennes le mieux constatées sont semblables (de la mer Caspienne à l'Anatolie occidentale). Les deux espèces se sont répandues vers l'ouest, mais inégalement. Celle qui est la plus commune dans le pays d'origine et la plus robuste {Pr, avium) a été plus loin, à une époque plus ancienne, et s'est mieux natu- ralisée. Le Prunus Cei^asus est donc peut-être une dérivation de l'autre, survenue dans un temps préhistorique. J'arrive adnsi,. par une voie différente, à une idée émise par M. Caruel ^ ; seu- \0371. Sordelli, Plante delta torbiera di Lagozza^ p. 40. \0372. Caruel, Flora toscana, p. 48. \037\035\013

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168 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037lement, au lieu de dire qu'on ferait, peut-être bien de réunir les deux espèces , je les vois actuellement distinctes et me con- tente de présumer une descendance, que du reste on ne pourra pas facilement démontrer. \037Pruniers cultivés. \037Pline parle de Timmense quantité de prunes qu'on connaissait à son époque. « Ingens turba prunorum *. » Aujourd'hui, les hor- ticulteurs en comptent plus de trois cents. Quelques botanistes ont essayé de les rapporter à des espèces sauvages distinctes, mais ils ne sont pas toujours d'accord, et surtout, d'après les noms spécifiques, ils semblent avoir des idées très différentes. La diversité roule sur deux points : tantôt sur la descendance probable de telle ou telle forme cultivée, et tantôt sur la dis- tinction des formes spontanées en espèces ou variétés. \037Je n'ai pas la prétention de classer les innombrables formes cultivées, et je crois ce travail assez inutile au point de vue des questions d'origine géographique, car les différences existent surtout dans la forme, la grosseur, la couleur et le goût du fruit, c'est-à-dire dans des caractères que les horticulteurs ont eu intérêt à propager quand ils se sont présentés et même à créer autant qu'ils ont pu le faire. Mieux vaut s'attacher aux distinc- tions des formes observées dans l'état spontané, surtout à celles dont les hommes ne tirent aucun avantage et qui sont restées probablement ce qu'elles étaient avant qu'il y eût des jardins. \037C'est depuis une trentaine d'années seulement que les bota- nistes ont donné des caractères vraiment comparatifs pour les trois espèces ou races qui existent dans la nature *. On peut les résumer de la manière suivante : \037\035\013Prunus domestica, Linné; arbre ou arbuste élevé, non épineux; jeunes rameaux glabres ; fleurs naissant en même temps que les feuilles, à pédi- celles ordinairement pubescents ; fruit penché, oblong, d'une saveur douce. \037Prunus insititia, Linné ; arbre ou arbuste élevé, non épineux ; jeunes rameaux pubescents veloutés; fleurs naissant en même temps que les feuilles, à pédicelles finement pubescents ou glabres; fruit penché, glo- buleux ou légèrement ellipsoïde, d'une saveur douce. \037Prunus spinosaj Linné ; arbuste très épineux, à rameaux étalés à angle droit ; jeunes rameaux pubescents ; fleurs épanouies avant la naissance des feuilles ; pédicelles glabres ; fruit dressé, globuleux, de saveur acerbe. \037Evidemment, cette troisième forme, si commune dans nos haies, s'éloigne des deux autres. Aussi, à moins de vouloir interpréter, par hypothèse, ce qui a pu arriver avant toute ob- \0371. Pline, mst.j 1. 15, c. 13. \0372. Koch, Synopsis fl. gemi., éd. 2, p. 228 ; Cosson et Germain, Flore des environs de Pans, 1, p. 165. \037\035\013

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PRUNIER DOMESTIQUE 169 \037servation, il me paraît impossible de considérer les trois formes comme constituant une seule espèce, à moins qu'on ne montre des transitions de Tune à Tautre dans les organes que la culture n'a pas altérés, ce qu'on n'a pas fait jusqu'à présent. Tout au plus peut-on admettre la fusion des deux premières catégories. Les deux formes à fruit naturellement doux se présentaient dans quelques pays. Elles ont dû tenter les cultivateurs, plus que le Prunus spinosa, dont le fruit est acerbe. C'est donc à elles qu'il faut s'efforcer de rapporter les Pruniers cultivés. Je vais en parler, pour plus de clarté, comme de deux espèces * . \037Prunier domestique. — Prunus domestica^ Linné. — Zwet- chen des Allemands. \037Plusieurs botanistes ^ l'ont trouvé, à l'état sauvage, dans toute TAnatolie, la région au midi du Caucase et la Perse septentrio- nale, par exemple autour du niont Elbrouz. \037Je ne connais pas de preuve pour les localités du Cachemir, du pays des Kirghis et de Chine, dont il est question dans quel- ques flores. L'espèce en est souvent douteuse, et il s'agit plutôt du Prunus insititia; dans d'autres cas, c'est la qualité de plante spontanée, ancienne, qui est incertaine, car évidemment des noyaux ont été dispersés à la suite des cultures. La patrie ne paraît pas s'étendre jusqu'au Liban, quoique les prunes culti- vées, à Damas aient une réputation qui remonte au temps de Pline. On croit que Dioscoride ' a désigné cette espèce sous le nom de Coccumelea de Syrie ^ croissant à Damas. Karl Koch raconte que des marchands des confins de la Chine lui ont affirmé la fréquence de l'espèce dans les forêts de la partie occi- dentale de l'empire. Les Chinois cultivent, il est vrai, divers Pruniers depuis un temps immémorial, mais on ne les connaît pas assez pour en juger, et l'on ignore s'ils sont vraiment indi- gènes. Aucun de nos Pruniers n'ayant été trouvé sauvage au Japon ou dans la région du fleuve Amur, il est assez probable que les espèces vues en Chine sont diff'érentes des nôtres. Cela paraît aussi résulter de ce que dit Bretschneider *. \037L'indigénat du Pr, domestica est très douteux pour l'Europe. Dans les pays du Midi, où il est mentionné, on le voit surtout dans les haies, près des habitations, avec les apparences d un arbre à peine naturalisé, maintenu çà et là par un apport inces- sant de noyaux hors des plantations. Les auteurs qui ont vu l'espèce en Orient n'hésitent pas à dire qu'elle est subspontanée. \0371. HudsoQ, Flora anglica (1778), p. 212, les réunit sous le nom de Prumts communis. \0372. Ledebour, FI. ross.y 2, p. 5 ; Boissier, FI. orient y 2, p. 652 ; K. Koch, Dendrologie, 1, p. 94 ; Boissier et Buhse, Aufzœhl Transcaucas., p. 80. \0373. Dioscorides, /. c, 174 ; Fraas, FI, class.^ p. 69. \0374. Bretschneider, On the study^ etc. y p. 10. \037\035\013

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170 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037Praas *■ affirme qu'elle n'est pas sauvage en Grèce, ce qui est confirmé par M. de Heldreich ^ pour l'Attique ; Steve» l'affirme également pour la Grimée ^ SU en est amsi près de l'Asie Mineure, à plus forte raison faut-il l'admettre pour le reste de l'Europe. \037Malgré l'abondance des Pruniers cultivés jadis par les Ro- mains, les peintures de Pompeia n'en indiquent aucune sorte *. \037Le Prunus domestica n'a pas été trouvé non plus dans le& restes des palafittes d'Italie, de Suisse et de Savoie, où Ton a rencontré cependant des noyaux des Prunus insititia et spinosa. \037De ces faits et du petit nombre de mots attribuables à l'espèce dans les auteurs grecs, on peut inférer que sa demi-naturalisa- tion ou quasi-spontanéité en Europe a commencé tout au plu& depuis 2000 ans. \037On rattache au Prunier domestique les pruneaux, prunes Damas et formes analogues. \037Prunier proprement dit. — Prunus insititia ^ Linné ^. — Pflauenbaum et Haferschlehen des Allemands. \037Il existe, à l'état sauvage, dans le. midi de l'Europe ®. On Ta trouvé également en Gilicie, en Arménie, au midi du Gaucase et dans la province de Talysch, vers la mer Gaspienne ^ G 'est sur- tout dans la Turquie d'Europe et au midi du Gaucase qu'il parait bien spontané. En Italie et en Espagne il l'est peut-être moins, quoique de bons auteurs, qui ont vu la plante sur place, n'en doutent pas. Quant aux parties de l'Europe situées au nord des Alpes, jusqu'en Danemark, les localités indiquées sont pro- bablement le résultat de naturalisations à la suite des cultures. L'espèce s'y trouve ordinairement dans les haies, non loin des habitations, avec une apparence peu spontanée. \037Tout cela s'accorde assez bien avec les données historiques et archéologiques. \037Les anciens Grecs distinguaient les Coccumelea de leur pays d'avec ceux de Syrie % d'où l'on a inféré que les premiers étaient les Prunus insititia. C'est d'autant plus vraisemblable que les Grecs modernes l'appellent Coromeleia ^. Les Albanais disent \0371. Fraaa, Syn, fl. class.^ p. 69. \0372. Heldreich, Pflanzen attischen Eàene. \0373. Steven, Verzeichniss Halbinseln, 1, p. 472. \0374. Cornes, ///. plante pompeiane. \0375. Insititia veut dire étranger. C'est un nom bizarre, puisque toute plante est étrangère ailleurs que dans son pays. \0376. Wilkomm et Lan^e, Prodr. fl. hisp., 3, p. 244 ; Bertoloni, Fl. ital. 5, p. 135; Grisebach, Sptcilegium fl. Rumel.^ p. 85; Heldreich, J^utzpfL Grie- chenlands, p. 68. \0377. Boissier, FL orient.^ 2, p. 651 ; Ledebour, Fl. ross., 2, p. o; Hoheua- cker, Plantx Talysch, p. 128 \0378. Dioscorides, /., c, 173; Fraas, /. c. \0379. De Heldreich, Nutzpflanzeii Grieche?il., p. 68. \037\035\013

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ABRICOTIER 171 \037Coromhilé *, ce qui fait supposer une ancienne origine venant des Pélasges. Du reste, il ne faut pas insister sur les noms vul- gaires des Pruniers que chaque peuple a pu donner à l'une ou à Fautre des espèces, peut-être aussi à telle ou telle variété cultivée, sans aucune règle. En général, les noms sur lesquels on a beaucoup écrit dans les ouvrages d*érudition me paraissent s'appliquer à la qualification de prune ou prunier, sans avoir un sens bien précis. \037On n'a pas encore trouvé des noyaux de Prunus insititia dans les « terramare » d'Italie, mais M. Heer en a décrit et figuré qui proviennent des palafittes de Robenhausen *. Aujourd'hui^ dans cette partie de la Suisse, l'espèce ne semble pas indigène, mais nous ne devons pas oublier que, d'après l'histoire du lin, les lacustres du canton de Zurich à l'époque de la pierre entre- tenaient des communications avec l'Italie. Ces anciens Suisses n'étaient pas difficiles sur le choix de leur nourriture, car ils récoltaient aussi les baies du Prunellier [Prunus spinosa)^ qui nous paraissent immangeables. Probablement ils les faisaient cuire, en marmelade. \037\035\013Abricotier. — Prunus Armeniaca^ Linné. — Armeniaca vul- g arts ^ Lamarck. \037Les Grecs et les Romains ont reçu l'Abricotier au commence- ment de l'ère chrétienne. Inconnu du temps de Théophraste,. Dioscoride ^ le mentionne sous le nom de mailon armeniacon. Il dit que les latins l'appelaient Praikokion. C'est effectivement un des fruits mentionnés brièvement par Pline * sous le nom de Prœcocium, motivé par la précocité de Tespèce ^. L'origine arménienne était indiquée par le nom grec, mais ce nom pou- vait signifier seulement que l'espèce était cultivée en Arménie. Les botanistes modernes ont eu, pendant longtemps, de bonnes raisons pour la croire spontanée dans ce pays. Pallas, Gùl- denstaedt et Hohenacker disaient l'avoir trouvée autour du Caucase, soit au nord, sur les rives du Terek, soit au midi, entre la mer Caspienne et la mer Noire ®. M. Boissier ^ admet ces localités, sans s'expliquer sur la spontanéité. Il a vu un échantillon recueilli par Hokenacker près d'Elisabethpol. D'un \0371. De Heldreich, /. c. \0372. Heer, Pflanzen der Pfahlbauieriy p. 27, fig. 16, c. \0373. Dioscoride?, 1. 1, c. 165. \0374. Pline, 1. 2, c. 12. \0375. Le nom latin a passé dans le erec moderne {Pinkokkia). Les noms espagnol {Albaricoque) , français {Aoricot)y etc., paraissent venir d'arbor prsecox ou Prœcociuniy tandis que les mots vieux français, Armègne, ita- lien Armenillij etc., viennent de Mailon armeniacon. Voir d'autres détails sur les noms de l'espèce dans ma Géographie bot. raisonnée, p. 880. \0376. Ledebour, FI. ro55., 2, p. 3. \0377. Boissier, FI, orient.^ 2, p. 652, \037\035\013

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172 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037autre côté, M. de Tchihatcheff *, qui a traversé l'Anatolie et FArménie à plusieurs reprises, ne parait pas avoir vu l'Abricotier sauvage, et ce qui est plus significatif encore, Karl Koch, qui a parcouru la région au midi du Caucase avec l'intention d'ob- server ce genre de faits, s'exprime de la manière suivante * : « Patrie inconnue. Du moins, pendant mon séjour prolongé en Arménie, je n'ai trouvé nulle part l'Abricotier sauvage, et même je ne l'ai vu cultivé que rarement. » \037Un voyageur, W.-J. Harailton ^, disait bien l'avoir trouvé spontané près d'Orgou et d'Outch Hisar, en Anatolie ; mais cette assertion n'a pas été vérifiée par un botaniste. \037Le prétendu Abricotier sauvage des ruines de Balbeck, décrit par Eusèbe de Salle *, est absolument différent de l'Abricotier ordinaire d'après ce qu'il dit de la feuille et du fruit. M. Boissier et les divers collecteurs qui lui ont envoyé des plantes de Syrie et du Liban ne paraissent pas avoir vu l'espèce. Spach ^ prétend qu'elle est indigène en Perse, mais sans en donner aucune preuve. MM. Boissier et Buhse ^ n'en parlent pas dans leur énu- mération des plantes de la Transcaucasie et cfe Perse. \03711 est inutile de chercher l'origine en Afrique. Les Abricotiers que Reynier ^ dit avoir vus « presque sauvages » dans la Haute Egypte devaient venir de noyaux jetés hors des cultures, comme cela se voit en Algérie *. MM. Schweinfurth et Ascherson ®, dans leur catalogue des plantes d'Egypte et Abyssinie,ne mentionnent l'espèce que comme cultivée. D'ailleurs, si elle avait existé jadis dans le nord de l'Afrique, les Hébreux et les Romains en auraient eu connaissance de bonne heure. Or il n'y a pas de nom hébreu, et Pline dit que l'introduction à Rome datait de trente années lorsqu'il écrivait son livre. \037Poursuivons notre recherche du côté de l'Orient. \037Les botanistes anglo-indiens *^ s'accordent à dire que l'Abri- cotier, généralement cultivé dans le nord de l'Inde et au Thibet, n'y est pas spontané ; mais ils ajoutent qu'il tend à se naturaliser ou qu'on le trouve sur l'emplacement de villages abandonnés. MM. Schlagintweit ont rapporté plusieurs échantillons du nord- ouest de l'Inde et du Thibet, que M. A. Wesmael ** a vérifiés; \0371. Tchihatcheff, Asie Mineure^ Botanique, vol. 1. \0372. K. Koch, Dendrologie, 1, p. 87. \0373. Nouv. ann. des voyages, févr. 1839, p. 176. \0374. E. de Salle, Voyage, i, p. 140. \0375. Spach, Hist. des vég. phanérog., 1, p. 389. \0376. Boissier et Buhse, Aufzàhlung der aufeine Reise, etc, iii-4, 1860. \0377. Reynier, Economie des Egyptiens, p. 371. \0378. Munby, CataL, FI. d Algérie, p. 49 ; éd. 2. \0379. Schweinfurth et Acherson, Beitrœge zur flora éthiopiens, in-4, 1867, p. 259. \03710. Royle, ///. of Himalaya, p. 205 ; Aitchison, Catal. of Punjab and Sindh, p. 56 ; sir J. Hooker, FI. of bvit, India, 2, p. 313 ; Brandis, For^st flora of N. W. and central India, 191. \03711. Wesmael, dans Bull. Soc. bot. Belgiq., 8, p. 219. \037\035\013

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ABRICOTIER 173 \037mais, d'après ce qu'il a bien voulu m'écrire, il ne peut pas affimer la qualité spontanée, l'étiquette des collecteurs ne don- nant aucune information à cet égard. \037Roxburgh ^, qui ne négligeait pas les questions d'origine, dit en parlant de l'Abricotier ; « natif de Chine aussi bien que de l'ouest de l'Asie. » Or je lis dans le curieux opuscule du D' Bret- schneider', rédigé à Pékin, le passage suivant, qui me paraît tran- cher Ja question en faveur de l'origine chinoise ; Sing^ comme on le sait bien, est l'abricot {Prunus Armeniaca) , Le caractère (un signe chinois imprimé p. 10) n'existe, comme indiquant un fruit, ni dans le Shu-King ou les Shi-King, Gihouli, etc. ; mais le Shan-hai King dit que plusieurs Sing croissent sur les collines (ici un caractère cninois). En outre, le nem de l'abricot est représenté par un caractère particulier, ce qui peut démontrer qu'il est indigène en Chine. » Le Shan-hai-King est attribué à l empereur Yû, qui vivait en 2205-2198 avant Jésus-Christ. De- caisne ^, qui a soupçonné le premier l'origine chinoise de l'abri- cot, avait reçu récemment du Dr Bretschneider des échantillons accompagnés de la note suivante : « N" 24, Abricotier sauvage des montagnes de Peking, où il croît en abondance. Le fruit est petit (2 cent. 1/2 de diamètre). Sa peau est jaune et rouge; sa chair est jaune rougeâtre, d'une saveur acide, mais mangeable. — No 25, noyaux de l'Abricotier cultivé aux environs de Peking. Le fruit est deux fois plus gros que le sauvage *. » Decaisne ajou- tait dans la lettre qu'il avait bien voulu m'écrire : « La forme et la surface des noyaux sont absolument semblables à celles de nos petits abricots; ils sont lisses et non rugueux. » Les feuilles qu'il m'a envoyées sont bien de l'Abricotier. \037On ne cite pas l'abricotier dans la région du fleuve Amur, ni au japon ^ Peut-être le froid de l'hiver y est-il trop rigoureux. Si l'on réfléchit au défaut de communications, dans les temps anciens, entre la Chine et l'Inde, et aux assertions de Findigénat de l'espèce dans ces deux pays, on est tenté de croire au premier aperçu que la patrie ancienne s'étendait du nord-ouest de l'Inde à la Chine. Cependant, si l'on veut adopter cette hypo- thèse, il faut admettre aussi que la culture de l'Abricotier se serait répandue bien tard du côté de l'ouest. On ne lui connaît en efl"et aucun nom sancrit ni hébreu, mais seulement un nom hindou, Zard-alu, et un nom persan, Mischmisch^ qui a passé dans \037\035\0131. Roxburgh, FL ind.y éd. 2, v. 2, p. 501. \0372. Bretschneider , On the study and value of chinese works of botany^ p. 10 et 49. \0373. Decaisne, Jardin fruitier du Muséum, vol. 8, article Abricotier. \0374. Le D' Bretschneider confirme ceci dans son opuscule récent : Notes on àotanical questions, p. 3. \0375. Le. Prunus At^mentaca de Thunber^ est le Pr. Mume de Sieboid et Zuccarini. L'Abricotier n'est pas mentionné dans VEnumeratio, etc, de Franchet et Savatier. \037\035\013

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174 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037l'arabe *. Comment supposer qu'un fruit aussi excellent et qui s'obtient en abondance dans l'Asie occidentale se serait répandu si lentement du nord-ouest de Tlnde vers le monde gréco- romain? Les Chinois le connaissaient deux ou trois mille ans avant l'ère chrétienne. Chang-Kien était allé jusqu'en Bactriane, un siècle avant cette ère, et il est le premier qui ait fait con- naître l'Occident à ses compatriotes *. C'est peut-être alors que l'Abricotier a été connu dans l'Asie occidentale et qu'on a pu le cultiver et le voir se naturaliser, çà et là, dans le nord-ouest de l'Inde et au pied du Caucase, par l'effet de noyaux jetés hors des plantations. \037Amandier. — Amygdalus commwwis, Linné. — Pininispecies, Bâillon. — Pruntts Amygdalus, Hooker fils. \037L'Amandier se présente, avec l'apparence tout à fait spontanée ou quasi spontanée, dans les parties chaudes et sèches de la région méditerranéenne et de l'Asie occidentale tempérée. Comme les noyaux sortis des cultures naturalisent facilement l'espèce, il faut recourir à des indications variées pour deviner la patrie ancienne. \037Ecartons d'abord l'idée d'une origine de l'Asie orientale. Les flores japonaises ne parlent pas de l'amandier. Celui que M. de Bunge a vu cultivé dans le nord de la Chine, était le Persica Davidiana ^, Le D"^ Bretschneider *, dans son opuscule classique, nous apprend gu'il n'a jamais vu l'Amandier cultivé en Chme, et que la compilation publiée sous le nom de Pent-sao, dans le x« ou XI® siècle de notre ère, le décrit comme un arbre du pays des Mahométàns, ce qui signifie le nord-ouest de l'Inde ou la Perse. \037Les botanistes anglo-indiens ^ disent que l'Amandier est cultivé dans les régions fraîches de l'Inde, mais quelques-uns ajoutent qu'il n'y prospère pas et qu'on fait venir beaucoup d'amandes de Perse ^. On ne connaît aucun nom sanscrit, ni même des langues dérivées du sanscrit. Evidemment, le nord-ouest de l'Inde est hors de la patrie originelle de l'espèce. \037Au contraire, de la Mésopotamie et du Turkestan jusqu'en Algérie, il ne manque pas de localités dans lesquelles d'excel- lents botanistes ont trouvé l'Amandier tout à fait sauvage. M. Boissier "^ a vu des échantillons recueillis dans les rocailles en \037\035\0131. Piddington, /wo^a: ; Roxburgh, FL ind.,\. c. ;Forskal, FI. Bgypt, ; De- lile, ///. Egypt. \0372. BretschDeider, On the study and value of chinese botanical works, \0373. Bretschneider, Early european researches. p. 149. \0374. Bretschneider, Study and value^ etc.,]a. 10, et Early researches^ p. 149. \0375. Brandis, Fo?^€st flora ; sir J. Hooker, FI. of brit India, 3, p. 313. \0376. Roxburgh, FI. tnd., éd. 2, vol. 2, p. 500; Royle, ///. HimaL, p. 204. \0377. Boissier, FI. or,, 3, p. 641. \037\035\013

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AMANDIER 175 \037Mésopotamie, dans TAderbijan, le Turkestan, le Kurdistan et dans les forêts de TAntiliban. Karl Koeh * ne l'a pas rencontré à l'état sauvage au midi du Caucase, ni M. de Tchihatcheff en Asie Mineure. M. Gosson * a trouvé des bois naturels d'Aman- diers près de Saïda, en Algérie. On le regarde aussi comme sauvage sur les côtes de Sicile et de Grèce '; mais là, et plus encore dans les localités où il se montre en Italie, en France ou en Espagne, il est probable ou presque certain que c'est le résultat de noyaux dispersés par hasard à la suite des cul- tures. \037L'ancienneté d'existence dans l'Asie occidentale est prouvée par le fait de noms hébreux, Sckaked, Luz ou Lus (qui est encore le nom arabe Louz), et de Schekedim, pour l'amande *. Les Persans ont un autre nom, Badam, dont j'ignore le degré d'ancienneté. Théophraste et Dioscoride ^ mentionnent l'Aman- dier sous un nom tout différent, Amugdalai^ traduit par les latins en Amygdalus, On peut en inférer que les Grecs n'avaient pas reçu l'espèce de l'intérieur de l'Asie, mais l'avaient trouvée chez eux ou au moins dans l'Asie Mineure. L'Amandier est figuré plusieurs fois dans les peintures découvertes à Pom- peia *. Pline ^ doute que l'espèce fût connue en Italie du temps de Caton, parce qu'elle était désignée sous le nom de noix grecque. Il est bien possible que l'Amandier eut été introduit des îles de la Grèce à Rome. On n'a pas trouvé d'amandes dans ies « Terramare » du Parmesan, même dans les couches supé- rieures. \037J'avoue que le peu d'ancienneté de l'espèce chez les Romains et l'absence de naturalisation hors des cultures en Sardaigne et en Espagne * me font douter de l'indigénat sur la côte septen- trionale d'Afrique et en Sicile. Ce sont plutôt, à ce qu'il semble, des naturalisations remontant à quelques siècles. A l'appui de cette hypothèse, je remarque le nom berbère de l'amande Talouzet ', qui se rattache évidemment à l'arabe Louz^ c'est-à- dire à la langue des conquérants venus après les Romains. Au contraire, dans l'Asie occidentale et même dans certains points de la Grèce, on peut regarder l'indigénat comme préhistorique, \037\035\0131. K. Koch, Detidrologie, 1, p. 80 ; Tchihatcheff, Asie Mineure, Bota- nique, 1, p. 108. \0372. Ann, des se. nat., 8érie 3, vol. 19, p. 108. \0373. Gussone, Synopsis fl, siculse^ 1, p. 552 ; de Heldreich, Nutzpflanzen Oriechenland'Sf p. 67. \0374. Hiller, Hierophyton^ 1, p. 215 ; RosenmûUer, Handb. bibl, Alterk,, 4, p. 263. \0375. Théophrastes, Hist, 1. 1, c. U, 18, etc. ; Dioscorides, 1. 1, c. 176. \0376. Schouw, Die Erde, etc.; Cornes, ///. piante nei dipinti pompeiani. p. 13.' \0377. Pline, Hist., 1. 16, c. 22. \0378. Moris, Flora Sardoa, 2, p. 5; WiUkomm et Lauge, Prodr. Fl. Jiisp., 3, p. 243. \0379. Dictionnaire français-berbère^ 1844. \037\035\013

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476 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037je ne dis pas primitif, car tout a été précédé de quelque chose. \037Notons, en terminant, que la différence des amandes douces et amères était déjà connue des Grecs et même des Hé- breux. \037\035\013Pêcher. — Amygdalus Perslca, Linné. — Persica vulgarisy Miller. — Pj^nus Persica , Bentham et Hooker. \037Je citerai Farticle * dans lequel j'avais naguère indiqué la pêche comme originaire de Chine, contrairement à l'opinion qui régnait alors et que des personnes, peu au courant de la science, continuent à reproduire. Je donnerai ensuite les faits découverts depuis 1855. \037« Les Grecs et les Romains ont reçu le Pécher à peu près au commencement de l'ère chrétienne. » Les noms de Persica^ Ma- lum persicum indiquaient d'où ils l'avaient tiré. Je ne reviens pas sur ces faits bien connus ^. \037On cultive aujourd'hui divers Pêchers dans le nord de l'Inde ^; mais, chose remarquable, on ne leur connaît aucun nom sans- crit * : d'où l'on peut inférer une existence et une culture peu anciennes dans ces régions. Roxburgh, ordinairement si explicite pour les noms indiens modernes, ne mentionne que des noms arabes et chinois. Piddington n'indique aucun nom indien, et Royle donne seulement des noms persans. \037Le Pêcher ne réussit pas ou exige de très grands soins pour réussir dans le nord-est de l'Inde ^. En Chine, au contraire, sa culture remonte à la plus haute antiquité. Il existe dans ce pays une foule dldées superstitieuses et de légendes sur les pro- priétés de diverses variétés de pêches * ; le nombre de ces va- riétés est très considérable ^; en particulier, on y trouve la \0371. Alph. de Candolle, Géogr, bot. rais,, p. 881. \0372. Theophrastes, H/«^., IV, c. IV; Dioscorides, L 1, c. CLXIV; Pline, édit. de Genève, 1. XV, c. XIII. \0373. Royle, ///. Him., p. 204. \0374. Roxburgh, FL Ina., 2» édit., II, p. 500; Piddington, Index; Royle, /. c. \0375. Sir Jos. Hooker, Joum, of bot,, 1850, p. 54. \0376. Rose, chef du commerce nuançais à Canton, les avait recueillies d'après des manuscrits chinois, et Noisette {Jard, fruit., 1, p. 76) a transcrit textuellement une partie de son mémoire. Ce sont des mits dans le genre de ceux-ci : Les Cfhinois considèrent les pêches allongées en pointe et bien rouges d'un côté comme le symbole d'une longe vie. Eji consé- quence de cette antique persuasion, ces pêches entrent dans tous les or- nements, en peinture et en sculpture, et siu'tout dans les présents de congratulations, etc. Selon le livre de Chin-noug-king, la pêche Yu prévient la mort ; si Ton n'a pas pu la manger à temps, elle préserve au moins le corps de la corruption jusqu'à la fin du monde. On cite toigours la pêche dans les fruits d'immortalité dont on a bercé les espérances de Tsmchi-Hoang, de Vouty, des Han et autres empereurs qui prétendaient à l'immortalité, etc. \0377. Lindley, Trans. hort, soc, V, p. 121. \037\035\013

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PÉCHER 177 \037forme singulière de la pêche déprimée *, qui parait s'éloigner plus qu'aucune autre de l'état naturel de l'espèce; enfin, un nom simple, celui de 7b, est donné à la pêche ordinaire *. \037« D'après cet ensemble de faits, je suis porté à croire que le Pécher est originaire de Chine plutôt que de l'Asie occidentale. S'il avait existé de tout temps en Perse ou en Arménie, la con- naissance et la culture d'un arbre aussi agréable se seraient répandues plus tôt dans l'Asie Mineure et la Grèce. L'expédition d'Alexandre est probablement ce qui l'avait fait connaître à Théophraste (322 avant J.-C.) , lequel en parle comme d'un fruit de Perse. Peut-être cette notion vague des Grecs remonte- t-elle à la retraite des Dix mille (401 avant J.-G.) ; mais Xéno- phon ne mentionne pas le Pêcher. Les livres hébreux n'en font aussi aucune mention. Le Pêcher n'a pas de nom en sanscrit, et cependant le peuple parlant cette langue était venu dans l'Inde du nord-ouest, c'est-à-dire de la patrie ordinairement pré- sumée pour l'espèce. En admettant cette patrie, comment expli- quer que ni les Grecs des premiers temps de la Grèce, ni les Hébreux, ni le peuple parlant sanscrit, qui ont tous rayonné de la région supérieure de l'Euphrate ou communiqué avec elle, n'auraient pas cultivé le Pêcher ? Au contraire, il est .très possi- ble que des noyaux d'un arbre fruitier cultivé de toute ancien- neté en Chine aient été portés, au travers des montagnes, du centre de l'Asie en Cachemir, dans la Bouckarie et la «Perse. Les Chinois avaient découvert cette route depuis un temps très reculé. ^L'importation aurait été faite entre l'époque de l'émi- gration sanscrite et les relations des Perses avec les Grecs. La culture du Pêcher, une fois établie dans ce point, aurait mar- ché facilement, d'un côté vers l'occident, de l'autre, par le Caboul, vers le nord de l'Inde, où elle n'est pas très ancienne. \037« A l'appui de l'hypothèse d'une origine chinoise, on peut ajouter que le Pêcher a été introduit de Chine en Cochinchine ^, et que les Japonais donnent à la pêche le nom chinois de Tao *. M. Stanislas Julien a eu l'obligeance de me lire en français quelques passages de V Encyclopédie japonaise (liv. LXXXVI, p. 7), où le Pêcher Tao est dit un arbre des contrées occidentales, chose qui doit s'entendre des parties intérieures de la Chine, rela- tivement à la côte orientale, puisque le fragment est tiré d'un auteur chinois. Le Tao est déjà dans les livres de Confucius, au V® siècle avant l'ère chrétienne, et même dans le Rituel, du x« siècle avant Jésus-Christ. La qualité de plante spontanée \037i. Trans. horU soc. Lond., IV, p. 512, tab. 19. \0372. Roxburgh, /. c. \0373. Loureiro, FL coch,, p. 386. \0374. Kœmpfer, Amoen., p. 798 ; Thunber^, FI. Jap,, p. 199. \037Kœmpfer et Thunberg indiquent aussi le nom de Momu, mais M. de Siebola (F/. Jap., i, p. 29) attribue un nom assez semblable, Mume^ à an Prunier, Prunus Mume, Sieb. et Z. \037De Gândolle. 12 \037\035\013

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178 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037n'est pas spécifiée dans V Encyclopédie dont je viens de parler; mais, à cet égard, les auteurs chinois sont peu attentifs. \037Après quelques détails sur les noms vulgaires de la pêche dans diverses langues, je disais : « L'absence de noms sanscrits et hébreux reste le fait le plus important, duquel on peut inférer une introduction dans l'Asie occidentale venant de plus loin, c'est-à-dire de Chine. » \037« Le Pécher a été trouvé spontané dans plusieurs points de l'Asie; mais on peut toujours se demander s'il y était d'origine primitive, ou par le fait de la dispersion des noyaux provenant de pieds cultivés . La question est d'autant plus nécessaire que ces noyaux germent facilement et que plusieurs des modifica- tions du Pêcher sont héréditaires **. Des pieds en apparence spontanés ont été trouvés fréquemment autour du Caucase. Pallas * en a vu sur les bords du Terek, où les habitants lui donnent un nom qu'il dit persan, Scheptala^. Les fruits en sont velus, âpres (austeri), peu charnus, à peine plus gros que ceux du Noyer; la plante petite. Pallas soupçonne que cet arbuste provient de Pêchers cultivés. Il ajoute qu'on le trouve en Crimée, au midi du Caucase et en Perse; mais Marshall Bieberstein, C.-A. Meyer et Hohenacker n'indiquent pas de Pécher sauvage autour du Caucase. D'anciens voyageurs, Gmelin, GûldenstaBdt et Georgi, cités par Ledebour, en ont parlé. C. Koch * est le seul botaniste moderne qui dise avoir trouvé le Pêcher en abondance dans les provinces caucasiennes. Ledebour ajoute cependant avec prudence : Est-il spontané? Les noyaux que Bruguière et Olivier avaient apportés d'Ispahan, qui ont été semés à Paris et ont donné une bonne pêche Velue, ne venaient pas, comme le disait Bosc ^, d'un Pêcher sauvage en Perse, mais d'un arbre des jardins d'Ispahan ®. Je ne connais pas de preuves d'un Pé- cher trouvé sauvage en Perse, et, si des voyageurs en indiquent, on peut toujours craindre qu'il ne s'agisse d'arbres semés. Le docteur Royle ^ dit que le Pêcher croît sauvage dans plusieurs endroits du midi de l'Himalaya, notamment près de Mussouri; mais nous avons vu que^dans ces régions la culture n'en est pas ancienne, et ni Roxburgh ni le Flora nepalensis de Don n'indi- quent de Pêcher sauvage. M. Bunge • n'a trouvé dans le nord de la Chine que des pieds cultivés. Ce pays n'a guère été exploré, et les légendes chinoises semblent indiquer quelquefois des Pé- \037\035\0131. Noisette, Jard. fr., p. 77 ; Trans. Soc, hort. Lond., IV, p. 513. \0372. Pallas, FI. ross., p. 13. \0373. Shuft-aloo (prononcez Schouft-alou), est le mot persan de la pêche lisse, d'après Royle (///. Him., p, 204). \0374. Ledebour, fV. ross, 1, p. 3. Voir, p. 18J, l'opinion subséquente de Koch. \0375. Bosc, Dict, d'agr., IX, p. 481. \0376. Thouin, Ann. Mus,, VUl, p. 433. \0377. Royle, IlL Him., p. 204. \0378. Bunge, Enum, plant, chin., p. 23. \037\035\013

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PÉCHER 179 \037chers spontanés. Ainsi, le Ckou-y-ki, d'après l'auteur cité pré- cédemment, porte : « Quiconque mange des pêches de la mon- tagne de Kouoliou obtient une vie éternelle. » Pour le Japon, Thunberg * dit ; « Grescit ubique vulgaris, praecipue juxta Nagasaki. In omni horto colitur ob elegantiam florum. » Il semble, d'après ce passage, que l'espèce croît hors des jardins et dans les jardins: mais peut-être il s'agit seulement, dans le premier Cas, de Pêchers cultivés en plein vent. \037« Je n'ai rien dit encore de la distinction à établir entre les dif- férentes variétés ou espèces de Pêchers. C'est que la plupart sont cultivées dans tous les pays, du moins les catégories bien tran- chées que l'on pourrait considérer comme des espèces botani- ques. Ainsi la grande distinction des pêches velues et des pèches lisses, sur laquelle on a proposé deux espèces (Persica vulgaris, Mill, et P, lœvis^ D G.) se trouve au Japon * et en Europe, ainsi que dans la plupart des pays intermédiaires^. On accorde moins d'importance aux distinctions fondées sur l'adhérence ou non- adhérence de la peau superficielle, sur la couleur blanche, jaune ou rouge de la chair, et sur la forme générale du fruit. Les deux grandes catégories de pêches, velues et lisses, offrent la plupart de ces modifications, et cela en Europe, dans l'Asie occidentale et probablement en Chine. Il est certain que dans ce dernier pays la forme varie plus qu'ailleurs, car on y voit, comme en Europe, des pèches allongées, et de plus des pêches dont je parlais tout à l'heure, qui sont entièrement dépri- mées, où le sommet du noyau n'est pas même recouvert de chair*. La couleur y varie aussi beaucoup ^. En Europe, les variétés les plus distinctes , en particulier les pêches lisses et velues, à noyau adhéreat ou non adhérent, existaient déjà il y a trois siècles, car J. Bauhin les énumère avec beau- coup de clarté ^, et avant lui Dalechamp, en 1587, indiquait aussi les principales '. A cette époque, les pêches lisses étaient appelées Nucipersica^ à cause de leur ressemblance de forme, de grosseur et de couleur avec le fruit du Noyer. C'est dans le même sens que les Italiens les appellent encore Pescanoce, \037« J'ai cherché inutilement la preuve que cette pêche lisse existât chez les anciens Romains. Pline *, qui mélange dans sa compilation des Pêchers, des Pruniers, le Laurus Persea et d'autres arbres peut-être, ne dit rien qui puisse s'entendre d'un \0371. Thunberg, FI. Jap., p. 199. \0372. Thunberg, FL Jap,,^. 199. \0373. Les relations sur la Chine, que j'ai consultées, ne parlent pas de la pêche lisse ; mais^ comme elle existe au Japon, il est infiniment probable qu'elle est aussi en Chine. \0374. Noisette, /. c; Trans, Soc, hort,, IV, p. 512, tab. 19. \0375. Lindley, Trarts. hort. Soc, V, p. 122. Q. J. Bauhin, Hist., 4, p. 162 et 163. \0377. Dalechamp, Hist., 1, p. 295. \0378. Pline, 1. XV, ch. 12 et 13. \037\035\013

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180 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037fruit pareil. On a cru quelquefois le reconnaître dans les Tuberes dont il parle *. C'était un arbre apporté de Syrie du temps d'Au- guste. 11 y avait des Tuberes blanches et des rouges. D'autres (Tuberes? ou Mala?) des environs de Vérone étaient velues. Le reste du chapitre paraît concerner les Mala seulement. Des vers élégants de Pétrone, cités par Dalechamp 2, prouvent clairement que les Tuberes des Romains du temps de Néron étaient un fruit glabre; mais ce pouvait être le Jujubier (Zizyphus), le Diospyros^ ou quelque Crataegus, aussi bien que le Pêcher à fruit lisse. Cha- que auteur, à l'époque de la Renaissance, a eu son opinion à cet égard ou s'est mis à critiquer l'assertion des autres ^. Peut-être y avait- il des Tuberes de deux ou trois espèces, comme le dit Pline, et Tune d'elles, qui se greffait sur les Pruniers *, était-elle la pêche lisse? Je doute qu'on puisse jamais éclaircir cette ques- tion ^, \037« En admettant même que le Nuciperslca eût été introduit en Europe seulement au moyen âge, on ne peut se refuser à cons- tater le mélange dans les cultures européennes depuis plusieurs siècles, et au Japon depuis un temps inconnu, de toutes les qua- lités principales de pêches. Il semble que ces qualités diverses se soient produites partout au moyen d'une espèce primitive, qui aurait été la pêche velue. S'il y avait eu d'origine deux espèces, ou elles auraient été dans des pays différents, et leur culture se serait établie séparément, ou elles auraient été dans le même pa^'s, et dans ce cas il est probable que les anciens transports auraient introduit ici une des espèces, ailleurs l'autre. » \037J'insistais, en 1855, sur d'autres considérations pour appuyer l'idée que la pèche lisse ou Brugnon (Nectarine des Anglais) est issue du Pêcher ordinaire; mçiis Darwin a cité un si grand nombre de cas dans lesquels une branche de Nectarine est sortie tout à coup d'un Pêcher à fruit velu, qu'il est inutile d'en parler davantage. J'ajouterai seulement que le Rrugnon a toutes les apparences d'un arbre factice. Non seulement on ne l'a cas trouvé sauvage, mais il ne se naturaUse pas hors des jardins, et chaque pied dure moins que les Pêchers ordinaires. C'est une forme affaiblie. \037« La facilité, disais-je, avec laquelle nos Pêchers se sont mul- tipliés de semis en Amérique et ont donné, sans le secours de la greffe, des fruits charnus, quelquefois très beaux, me fait croire que l'espèce est dans un état naturel, peu altéré par une \0371. Pline, Dediv. gen, maloimm, 1. 2, c. 14. \0372. Dalechamp, Hist., 1, p. 358. \0373. Dalechamp, /. c; Malthioli, p. 122; Cflesalpinua, p. 107; J. Bauhin, p. 163, etc. \0374. PJine, 1. 17, c. 10. \0375. Je u'ai pas pu découvrir un nom italien de fruit glabre ou autre qui dérive de tuber ou tuberes. C'est une chose singulière, car, en général,, les anciens noms de fruits se sont conservés sous quelque forme. \037\035\013

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PÊCHER 181 \037longue culture ou par des fécondations hybrides. En Virginie et dans les Etats voisins, on a des pêches provenant d'arbres semés, non greffés, et leur abondance est si grande qu'on est obligé d'en faire de Teau-de-vie *. Sur quelques pieds, les fruits sont magnifiques *. A Juan-Fernandez, dit Bertero ', le Pêcher est si abondant, qu'on ne peut se faire une idée de la quantité de fruits qu'on en récolte ; ils sont en général très bons, malgré l'état sauvage dans lequel ils sont retombés. D'après ces exemples, il ne serait pas surprenant que les Pêchers sau- vages, à fruits médiocres, trouvés dans l'Asie occidentale, fus- sent tout simplement des pieds naturalisés sous un climat peu favorable, et que l'espèce fût originaire de Chine, où la culture paraît la plus ancienne. » \037Le Dr Bretschneider *, entouré à Peking de toutes les res- sources de la littérature chinoise, après avoir lu ce qui précède, s'est contenté de dire : « Tao est le Pêcher. De Candolle pense que la Chine est le pays natal de la Pêche. Il peut avoir raison (He maybe right). » \037L'ancienneté d'existence et la spontanéité de l'espèce dans l'Asie occidentale sont devenues plus douteuses qu'en 1855. Les botanistes anglo-indiens parlent du Pêcher comme d'un arbre uniquement cultivé % ou cultivé et se naturalisant dans le nord- ouest de l'Inde, avec une apparence spontanée ®. M. Boissier ' cite des échantillons recueillis dans le Ghilan et au midi du Caucase, mais il n'affirme rien quant à la qualité spontanée, et Karl Koch *, après avoir parcouru cette région, dit en parlant du Pêcher : « Patrie inconnue, peut-être la Perse. » M. Boissier a vu des pieds qui se sont établis dans les gorges du mont Hymette, près d Athènes. \037Le Pêcher se répand avec facilité dans les pays où on le cul- tive, de sorte qu'on a de la peine à savoir si tel individu est d'origine naturelle, antérieure à la culture, ou s'il est naturalisé; mais c'est en Chine qu'on a certainement commencé à le planter; c'est là qu'on en a parlé deux mille ans avant l'introduction •dans le monde gréco-romain, un millier d'années peut-être avant l'introduction dans les pays de langue sanscrite. \037Le groupe des Pêchers (genre ou sous-genre) se compose maintenant de cinq formes, que Decaisne ^ considérait comme -des espèces, mais que d'autres botanistes appelleront volontiers \0371. Braddick, Trans. hort. Soc, Lond,y 2, p. 205. \0372. Ibid., pi. 13, \0373. Bertero, dans Ann. se. nat., XXI, p. 350. \0374. Bretschneider, On the study and value of chinese botanical work., sp. 10. \0375. Sir J. Hooker, FL ofbrit. India, 2, p. 313. \0376. Brandis, Forest flora, etc., p. 191. \0377. Boissier, Flora orientalis, 2, p. 640. \0378. K. Koch, Dendrologie, 1, p. 83. \037"9. Decaisne, Jardin fruitier au Muséum, Pêchers, p. 42. \037\035\013

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182 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037des variétés. L'une est le Pécher ordinaire, la seconde est le Pécher à fruit lisse, que nous jsavons être issu du premier; la troisième est le Pécher à fruit déprimé {P . platycarpa^ Decaisne). cultivé en Chine, et les deux dernières sont indigènes en Chine {P. Simonii^ Decaisne, et P, ûavidii^ Carrière) ; c'est donc un groupe essentiellement de Chine. \037Il est difficile, d'après cet ensemble de faits, de ne pas ad- mettre pour le Pécher ordinaire l'origine chinoise que j'avai& supposée jadis d'après des documents moins nombreux. L'ar- rivée en Italie au commencement de Tère chrétienne est con- firmée aujourd'hui par Tabsence de noyaux de pêches dans le& terramare, ou habitations lacustres de Parme et de Lombardie, et par la présence du Pêcher dans les peintures des maison» riches de Pompeia *. \037lime reste à parler d'une opinion émise autrefois par A. Knight et soutenue par plusieurs horticulteurs, que le Pécher serait une modification de l'Amandier. Darwin ^ a réuni les documents à l'appui de cette idée, sans oublier d'en citer un qui lui a paru contraire. Cela se résume en : 1° une fécondation croisée, qui a donné à Knight des résultats assez douteux; 2° des formes intermédiaires, quant à l'abondance de la chair et au noyau, obtenues de semis de pêches ou, par hasard, dans les cultures, formes dont la pêche-amande est un exemple connu depuis longtemps. Decaisne ^ signalait des différences entre l'Aman- dier et le Pêcher dans la taille et dans la longueur des feuilles, indépendamment des noyaux. Il traite l'idée de Knight de « sin- gulière hypothèse ». \037La géographie botanique est contre cette hypothèse , car l'Amandier est un arbre originaire de l'Asie occidentale, qui n'existait pas autrefois dans le centre du continent asiatique et dont l'introduction en Chine, comme arbre cultivé, ne remonte pas au delà de l'ère chrétienne. Les Chinois, de leur côté, possé- daient, depuis des milliers d'années, différentes formes du Pêcher ordinaire et en outre les deux formes spontanées dont j'ai parlé. L'Amandier et le Pêcher étant partis de deux régions très éloignées l'une de l'autre, on ne peut guère les considérer comme une même espèce. L'un était cantonné en Chine, l'autre en Svrie et Anatolie. Le Pêcher, après avoir été transporté de Chine dans l'Asie centrale et, un peu avant l'ère chrétienne, dans l'Asie occidentale, ne peut pas avoir produit alors l'Amandier, puisque ce dernier arbre existait déjà dans le pays des Hébreux. Et, si l'Amandier de l'Asie occidentale avait produit le pêcher, com- ment celui-ci se serait-il trouvé en Chine à une époque très reculée, tandis qu'il manquait au monde gréco-romain? \0371. ComeSf Illustr, piante nei dipinti Pompeiani, ])» 14. \0372. Darwin, On variationSy etc, 1, p. 338. \0373. Decaisne, /. c, p. 2. \037\035\013

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POIRIER COMMUN 183 \037' Poirier coQimun. — Pyrus communis Linné. \037Le Poirier se montre à Tétat sauvage dans toute l'Europe tempérée et dans TAsie occidentale, en particulier en Anatolie, au midi du Caucase et dans la Perse septentrionale *, peut-être même dans le Gachemir, mais ceci est très douteux ^. Quelques vauteurs admettent que l'habitation s'étend jusqu'en Chine. Gela tient à ce qu'ils considèrent le Pyrus sinensis, Lindley, comme appartenant à la même espèce. Or l'inspection seule des feuilles, où les dentelures sont terminées par une soie fine, m'a convaincu de la diversité spécifique des deux arbres ^. \037Notre Poirier sauvage ne diffère pas beaucoup de certaines variétés cultivées. Il a un fruit acerbe, tacheté, de forme amincie dans le bas ou presque sphérique, sur le même pied *. Pour beaucoup d'autres espèces cultivées, on a de la peine à distinguer les individus venant d'une origine sauvage de ceux que le hasard des transports de graines a fait naître loin des habitations. Dans le cas actuel, ce n'est pas aussi difficile. Les Poiriers se trouvent souvent dans les forêts, et ils atteignent une taille élevée, avec toutes les conditions de fertilité d'une plante indigène ^. Voyons cependant si, dans la vaste étendue qu'ils occupent, on peut soup- çonner une existence moins ancienne ou moins bien établie dans certaines contrées que dans d'autres. \037On ne connaît aucun nom sanscrit pour la poire, d'où il est permis d'affirmer que la culture dans le nord-ouest de l'Inde date d'une époque peu ancienne, et que l'indication, d'ailleurs trop vague, de pieds spontanés dans le Gachemir, n'a pas d'impor- tance. Il n'y a pas non plus de noms hébreux ou araméens ^, mais cela s'explique par le fait que le Poirier ne s'accommode pas des pays chauds dans lesquels ces langues étaient parlées. \037Homère , Théophraste et Discoride mentionnent le Poirier sous les noms d'Ocknai, Apios ou Ackras, Les Latins l'appelaient Pirus ou Pyrus ^, et ils en cultivaient un grand nombre de \0371. Ledebour, FI. ross., 2, p. 94; et surtout Boissier, FI, orient, , 2, p. 653, qui a vérifié plusieurs échRUtillons. • \0372. Sir J. Hooker, FI. brit. India, 2, p. 374. \0373. Le P. sinensis décrit par Lindley est mal figuré quant aux dentelures des feuilles dans la planche du Botamcal register^ et au contraire parfîûtement bien dans celle du Jardin fruitier du Muséum, de Decaisne. G est la même espèce que le P. ûssuriehsis, Maximowicz, de l'Asie orientale. \0374. 11 est figuré très bien dans le nouveau Duhamel, 6, pi. 59, et dans Decaisne, Jardin fruitier du Muséum, pi. \, fig. B et G. Le P. Balansx, pi. 6, du môme ouvrage, paraît semblable, selon l'observation de M. Bois- sier. \0375. G'est le cas, par exemple, dans les forêts de la Lorraine, d'après les observations de Godron, De l'origine probable des Poiriers cultivés, br. in-^ 8% 1873, p. 6. \0376. RosenmûUer, Bibl, Altertk.^Lb-w, Àramaeische Pflanzennamen, 1881. \0377. L'orthographe Pyrus, adoptée par Linné, se trouve dans Pline, ffis' toria, ed, 1631, p. 301. Quelques botanistes ont voulu raffiner en écrivant Pirus, et il en résulte que, pour une recherche dans un livre moderne, il faut consulter l'index dans deux endroits, ou risquer de croire que les \037\035\013

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184 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037variétés, du moins à l'époque de Pline. Les peintures murales de Pompeia montrent souvent cet arbre avec son fruit *. \037Les lacustres de Suisse et d'Italie récoltaient les pommes sauvages en grande quantité , et dans ces provisions il s'est trouvé quelquefois, mais rarement, des poires. M. Heer en a figuré une des stations de WangenetRobenhausen, sur laquelle on ne peut se méprendre. C'est un fruit aminci dans le bas, ayant 28 millimètres de long et i 9 de large, coupé longitudinalement de manière à montrer une chair fort peu épaisse autour de la partie cartilagineuse centrale ^. On n'en a pas trouvé dans les stations du lac du Bourget, en Savoie. Dans celles de Lombardie, le professeur Ragazzoni ' a trouvé une poire, coupée en long, ayant 25 millimètres sur 16. Elle était à Bardello, dans le lac de Varèse. Les poires sauvages figurées dans le Nouveau Duhamel ont 30-33 millimètres, sur 30-32, et celles du Laristan, figurées dans le Jardin fruitier du Muséum sous le nom de P, Balansae^ qui me paraissent de la même espèce et d'origine bien spontanée, ont 26-27 millimètres sur 24-25. Dans ces poires sauvages ac- tuelles la chair est un peu plus épaisse, mais les anciens lacus- tres avaient fait sécher leurs fruits après les avoir coupés en long, ce qui doit en avoir diminué l'épaisseur. Les stations indiquées n'accusent la connaissance ni des métaux ni du chanvre ; mais, vu leuréloignement de localités plus civilisées des temps anciens, surtout lorsqu'il s'agit de la Suisse, il est possible que les restes découverts ne soient pas antérieurs à la guerre de Troie ou à la fondation de Rome. \037J'ai cité trois noms de l'ancienne Grèce et un nom latin, mais il y en a beaucoup d'autres : par exemple, en arménien et géorgien, Pauta; en hongrois, Vatzkor; dans les langues slaves, Gruscha (russe), Brusska (bohème), Ki^uska (illyrien). Des noms analogues au Pyrus des Latins se trouvent dans les langues celtiques :Feir ^irlandais), Per (cymrique et armoricain) *. Je laisse les linguistes laire des conjectures sur l'origine plus ou moins aryenne de plu- sieurs de ces noms et du Bim des Allemands, mais je note leur diversité et multiplicité comme un indice d'existence fort ancienne de l'espèce depuis la mer Caspienne jusqu'à l'Atlantique. Les Aryas n'ont sûrement pas emporté dans leurs migrations vers l'ouest des poires ou des pépins de poires ; mais, s'ils ont retrouvé en Europe un fruit qu'ils connaissaient, ils lui auront donné le nom ou les noms usités chez eux, tandis que d'autres noms an- Poiriers ne soDt pas dans Touvrage. £a tout cas le nom des anciens est un nom vulgaire, mais le nom vraiment botanique est celui de Linné, fon- dateur de la nomenclature adoptée, et Linné a écrit Pyrus. \0371. Comès, ///. piante dipinii Pompeiani, p. 59. \0372. Heer, Pfahlbauten, p. 24, 26, fig. 7. \0373. Sordelli, Notizie staz. lacustre ai Lagozza, p. 37. \0374. Nemnich, Polyglott. Lexicon Naturgesch.; Ad. Pictet, Origines indo-euro» péennes, 1, p. 277; et mon Dictionnaire manuscrit de noms vulgaires. \037\035\013

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POIRIER SAUGER 188 \037térieurs ont pu continuer dans quelques pays. Comme exemple de ce dernier cas, je citerai deux noms basques du Poirier, Udarea et Madaria *, qui n'ont aucune analogie avec les noms asiatiques ou européens déjà connus. Les Basques étant proba- blement des Ibères subjugués et refoulés vers les Pyrénées par les Celles, l'ancienneté de leur langue est très grande, et, pour l'espèce en question, il est clair qu'ils ri'ont pas reçu les noms des Celtes ou des Romains. \037En définitive, on peut regarder l'habitation actuelle du Poirier de la Perse septentrionale à la côte occidentale de l'Europe tem- pérée , principalement dans les régions montueuses , comme préhistorique et même antérieure à toute culture. Il faut ajouter néanmoins que dans le nord de l'Europe et dans les îles britan- niques la fréquence des cultures a dû étendre et multiplier des naturalisations d'une époque relativement moderne, qu'on ne peut guère distinguer maintenant. \037Je ne saurais me ranger à l'hypothèse de Godron , que les nombreuses variétés cultivées proviennent d'une espèce asiatique inconnue *. Il semble qu'elles peuvent se rattacher, comme le dit Decaisne, au P. communis ou au P. nivalis^ dont je vais parler, en admettant les effets de croisements accidentels, de la culture et d'une longue sélection. D'ailleurs on a exploré l'Asie occi- dentale assez complètement pour croire qu'elle ne renferme pas d'autres espèces que celles déjà décrites. \037Poirier Sauger. — Pyrus nivalis, Jacquin. \037On cultive en Autriche, dans le nord de l'Italie et dans plusieurs départements de l'est et du centre de la France, un Poirier qui a été nommé par Jacquin Pyrus nivalis ^, à cause du nom allemand Sckneebirn, motivé par l'usage des paysans autrichiens d'en consommer les fruits quand la neige couvre les montagnes. On le nomme en France Poirier Sauger^ parce que les feuilles ont en dessous un duvet blanc qui les fait ressembler à la Sauge. Decaisne * regardait toutes les variétés de Saugers comme dérivant du Pyrus Kotschyana , Boissier ^ , qui croît spontanément dans l'Asie Mineure. Celui-ci prendrait alors le nom de nivalisy qui est le plus ancien. \037Les Saugers cultivés en France pour faire du poiré sont de- venus sauvages, çà et là, dans les forêts ^ Ils constituent la \0371. D'après une liste de noms de plantes communiquée par M. d'Abadie à M. le professeur Clos, de Toulouse. \0372. Godron, l. c, p. 28. \0373. Jacquin, tlora austriaca, 2, p. 4, pi. 107. \0374. Decaisne, Jardin fruitier du Muséum, Poiriers, pi. 21. \0375. Decaisne, ibid.^ pi. 18, et introduction, p. 30. Plusieurs variétés de Saugers, dont quelques-unes ont de gros fruits, sont figurées dans le même ouvrage. \0376. Boreau, Flore du centre de la France, éd. 3, v. 2, p. 236. \037\035\013

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186 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037masse des Poiriers dits à cidre, qui se distinguent par la saveur acerbe du fruit, indépendamment des caractères de la feuille. \037Les descriptions des Grecs et des Romains sont trop impar^ faites pour qu'on puisse constater s'ils possédaient cette espèce. On peut le présumer cependant, puisqu'ils faisaient du cidre K \037Poirier de Chine. — Py rus sinensls JÂndley *. \037J'ai déjà mentionné cette. espèce, voisine du Poirier commun, qui est sauvage en Mongolie et Manchourie ' et qu'on cultive soit en Chine soit en Japon. \037Son fruit, plus beau que bon, est employé pour compotes. Il est trop nouveau dans les jardins européens pour qu'on' ait cher- ché à le croiser avec nos espèces, ce qui arrivera peut-être sans qu'on le veuille. \037Pommier. — Pyrus Malus, Linné. \037Le Pommier se présente à l'état sauvage dans toute l'Europe (à l'exception de l'extrême nord), dans l'Anatolie, le midi du Caucase et la province persane de Ghilan *. Près de Trébizonde, le botaniste Bourgeau en a vu toute une petite forêt ^. Dans les montagnes du nord-ouest de l'Inde, il parait sauvage (appa- rently wild), selon l'expression de sir J. Hooker, dans sa flore de l'Inde anglaise. Aucun auteur ne le mentionne en Sibérie, en Mongolie ou au Japon ^. \037En Allemagne, on trouve deux formes spontanées, l'une à feuilles et ovaires glabres, l'autre à feuilles lameuses en dessous, et Koch ajoute que cette pubescence varie beaucoup '. En France, des auteurs très exacts signalent aussi deux variétés spontanées^ mais avec des caractères qui ne concordent pas complètement avec ceux de la flore d'Allemagne ^ Cette diversité s'expliquerait si les arbres spontanés dans certaines provinces proviennent dé variétés cultivées, dont les pépins auraient été dispersés. Là question qui se présente est donc de savoir jusqu'à quel degré \0371. Palladius, De re imstica^ L 3, c. 25. On employait pour cela « Pîra sylvestria, vel asperi generis. » \0372. Le Goignassier de Chine avait été appelé par Thouin Pyrus sinensis. Malheureusement Lindley a donné le même nom à un véritable Pyrus. \037^ 3. Decaisne [Jardin fruitier du Muséum^ Poiriers, pi. 5) a vu des échan- tillons de ces deux pays. MM. Franchet et Savatier rindiquent, au Japoo^ seulement comme cultivé. \0374. Nyman, Conspectus florx europesp, p. 240; Ledebour, Flora ro$sicay. 2, p. 96; Boissier, Flora orient. ^ 2, p. 656; Decaisne, Nouvelles Arch. Mus, 10, p, 153. \0375. Boissier, /. c. \0376. Maximowicz, Primitix ussur. ; Regel, Opit florin etc, sur les plantes de rUssuri, de Maak; Schmidt, Reisen Amur; Franchet et Savatier, Enum. Jap., n'en parlent pas. Bretschneider cite un nom chinois qu'il dit s'appli- quer à d'autres espèces. \0377. Koch, Synopsis fl. germ,^ 1, p. 261. \0378. Boreau, Flore du centre de la France , éd. 3, vol. 2, p, 23t>. \037\035\013

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POMMIER 187 \037respèce est probablement ancienne et originelle en divers pays, et s il n'y a pas une patrie plus ancienne- que les autres, étendue graduellement par des semis accidentels de formes altérées par des croisements et par la culture. \037Si l'on demande dans quel pays on à trouvé le Pommier avec l'apparence la plus indigène, c'est la région de Trébizonde au Ghilan qu'il faut citer. La forme qu'on y rencontre sauvage est à feuilles laineuses en dessous, à pédoncule court et fruit doux *, qui répond au Malus communis de France, décrit par Boreau. Voilà un indice que la patrie préhistorique s'étendait de la mer Caspienne jusque près de TEurope. \037Piddington citait, dans son Index, un nom sanscrit pour le Pommier, mais Adolphe Pictet * nous apprend que ce nom^ S^ba, est industani et provient du persan Sêb, Sêf, L'absence de nom plus ancien dans l'Inde fait présumer que la culture^ actuellement fréquente, dans le Cacnemir et le Thibet, et sur- tout celle dans les provinces du nord-ouest ou du centre de l'Inde sont plus anciennes. Le Pommier n'était probablement connu que des Aryas occidentaux. \037Ceux-ci ont eu, selon toute probabilité, un nom basé sur Aô, Af^ Av, Ob, car on remarque ce radical dans plusieurs langues européennes d'origine aryenne. Ad. Pictet cite : en irlandais Abatl, Ubhal;en cymrique, Afal; en armoricain, Aval; en ancien allemand, Aphal; en anglo-saxon, Appel; en Scandinave, Apli% en lithuanien, Obolys;en ancien slave, Iabluko;en russe, /aô/oA:o. Il semble, d'après cela, que les Aryas occidentaux, ayant trouvé le Pommier sauvage ou déjà naturalisé dans le nord de l'Europe, auraient conservé le nom sous lequel ils le connaissaient. Les Grecs ont dit Mailea ou Maila, les Latins Malus, Malum^ mots d'une origine fort incertaine, dit Ad. Pictet. Les Albanais, qui remontent aux Pélasges, disent Mole ^. Théophraste * mentionne des Maila sauvages et cultivés. Je citerai enfin un nom tout par- ticulier des Basques (anciens Ibères?), Sagara, qui fait supposer une existence en Europe antérieure aux invasions aryennes. \037Les habitants des « terramare » de Parme et des palafittes des lacs de Lombardie, de Savoie et de Suisse faisaient grand usage des pommes. Ils les coupaient toujours en long et les con- servaient desséchées, comme provisions pour l'hiver. Les échan- tillons sont souvent carbonisés, à la suite d'incendies, mais on reconnaît d'autant mieux alors la structure interne du fruit. M. Heer ^, qui a montré une grande sagacité dans l'observation de ces détails, distingue dans les pommes des lacustres suisses, d'une époque où ils n'avaient pas de métaux, deux variétés \0371. Boissier, l, c. \0372. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, 1, p. 276. \0373. De Heldreich, Nutzpflanzen GriechenlanS^ p. 64 \0374. Théophraste, De causis, 1. 6, cap. 24. \0375. Heer, Pfahlbauten, p. 24. f. 1-7. \037\035\013

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188 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037quant à la grosseur. Les plus petites ont un diamètre longitu- dinal de 15 à 24 millimètres et environ 3 millimètres de plus en travers (à Tétat séché et carbonisé) ; les plus grosses, 29 à 32 millimètres sur 36 de large (à Tétat séché, non carbonisé). Ces dernières répondent à une pomme des vergers de la Suisse aile* mande appelée aujourd'hui Campaner. Les pommes sauvages en Angleterre, flgurées dans YEnglish botany^ pi. 179, ont 17 milli- mètres de hauteur sur 22 millimètres de largeur. Il est possible que les petites pommes des lacustres fussent sauvages ; cependant leur abondance dans les provisions peut en faire douter. M. le D"^ Gross m'a communiqué deux pommes des palafittes moins anciens du lac de Neuchâtel, qui ont (à Fétat carbonisé) Tune 17, Tautre 22 millimètres de diamètre longitudinal. A Lagozza, en Lombardie, M. Sordelli * indique pour une pomme 17 milli- mètres de long sur 19 de large, et pour une autre 19 sur 27. Dans un dépôt préhistorique du lac de Varèse, à Bardello, M. Ragazzoni a trouvé une pomme un peu plus grosse que les autres parmi celles d'une provision. \037D'après l'ensemble de ces faits, je regarde l'existence du Pom- mier en Europe, à l'état sauvage et à l'état cultivé, comme pré- historique. Le défaut de communications avec l'Asie avant les invasions aryennes fait supposer que l'arbre était aussi indigène en Europe que dans l'Anatolie, le midi du Caucase et la Perse septentrionale, et que la culture a commencé partout ancien- nement. \037Cognassier. — Cydonia vulgaris^ Persoon. \037Il est spontané, dans les bois, au nord de la Perse, près de la mer Caspienne, dans la région au midi du Caucase et en Anato- lie ^.Quelques botanistes Pont recueilli aussi en Crimée et dans le nord de la Grèce, avec des apparences de spontanéité ', mais on peut déjà soupçonner d'anciennes naturaUsations dans ces parties orientales de l'Europe, et plus on avance vers l'Italie, surtout vers le sud-ouest de l'Europe et l'Algérie, plus il est probable que l'espèce y est naturalisée, d'ancienne date, autour des villages, dans les haies, etc. \037On ne connaît pas de nom sanscrit pour le Cognassier, d*où Ton peut inférer que l'habitation ne s'étendait pas vers le centre de TAsie. 11 n'y a pas non plus de nom hébreu, quoique l'espèce soit sauvage sur le mont Taurus *. Le nom persan est Haivah ^, mais je ne sais s'il remonte au zend. Le même nom existe en russe, Aiva^ pour le Cognassier cultivé, tandis que le nom de la \0371. Sordelli, Sulle piajite délia stazione délia Lagozza^ p. 35. \0372. Boissier, FI. onent., 2, p. 656; Ledebour, FI. ross., 2, p. 55. \0373. Steven, VerzeicUniss Taurien, p. 150; Sibthorp, Prodr. fl, grsecx^ 1, p. 344. \0374. Boissier, l. c. \0375. Nemnich, Polygl. Lexicon. \037\035\013

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GRENADIER 189 \037plante sauvage est Armud^ qui vient de l'arménien Armuda *. Les Grecs avaient greffé sur une variété commune, Strution, une qualité supérieure venant de Cydon, dans Tile de Crète, d'où est venu le nom de xuSwviov {kudônion), traduit par Malum cotoneum des Latins, par Cydonia et tous les noms européens tels que Codogno en italien, Coudougner et plus tard Coing en français, Quitte en allemand, etc. 11 y a des noms polonais, Pigwa^ slave, Tunja ^, et albanais (pélasge?) Ftua ', qui diffèrent tota- lement des autres. Cette variété de noms fait présumer une connaissance ancienne de l'espèce à l'ouest de sa patrie origi- nelle, et le nom albanais peut même indiquer une existence antérieure aux Hellènes. \037Pour la Grèce, l'ancienneté résulte aussi des superstitions ,^ mentionnées par Pline et Plutarque, que le fruit du <]ognassier éloignait les mauvaises influences, et de ce qu'il entrait dans les rites du mariage prescrits par Solon. Quelques auteurs ont été jusqu'à soutenir que la pomme disputée par Junon , Vénus et Minerve était un coing. Les personnes que ces questions peuvent intéresser trouveront des indications détaillées dans le mémoire de M. Comès sur les végétaux figurés dans les peintures de Pom- peia *. Le Cognassier y est représenté deux fois. Ce n'est pas surprenant puisque cet arbre était déjà connu du temps d& Caton ^. \037La probabilité me paraît être une naturalisation dans l'Europe orientale avant l'époque de la guerre de Troie. \037Le coing est un fruit que la culture a peu modifié. Il est aussi acerbe et acide à l'état frais que du temps des anciens Grecs. \037Grenadier. — Punica Granatum, Linné. \037Le Grenadier est sauvage dans les endroits rocailleux de la Perse, du Kurdistan, de l'Afghanistan et du Béloutchistan ^. Burnes en a vu des bois entiers dans le Mazanderan, au midi de la mer Caspienne '. Il parait également spontané au midi du Caucase ^. Vers l'ouest, c'est-à-dire dans l'Asie Mineure, la Grèce, en général dans la région de la mer Méditerranée, dans l'Afrique septentrionale et à Madère, l'apparence est plutôt que l'espèce se serait naturalisée à la suite des cultures et de la dis- persion des pépins par les oiseaux. Beaucoup de flores du midi de l'Europe en parient comme d'une espèce « subspontanée » \0371. Nemnich, Polygl. Lexicon. \0372. Nemnich, /. c. \0373. De Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands^ p. 64. \0374. In-4% Napoli, 1879. \0375. Cato, De re imstica, 7, c. 2. \0376. Boissier, FI. orient. j 2, p. 737; sir Joseph Hooker, FI. of british Indiay 2, p. 581. \0377. Cité d'après Royle, III. Himal., p. 208. \0378. Ledebour, FI, rossicay 2, p. 104. \037\035\013

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490 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037OU « naturalisée ». Desfontaines, dans sa Flore atlantique, l'in- diquait comme spontanée en Algérie, mais les auteurs subsé- quents la disent plutôt naturalisée *. Je doute de la qualité spontanée dans le Béloutchistan, où le voyageur Stocks Ta récoltée ^, car les botanistes anglo-indiens n'admettent pas comme certain Tindigénat à l'est de llndus, et je remarqjie rsJîsence de l'espèce dans les collections du Liban et de la Syrie - que M. Boissier cite toujours avec soin. \037En Chine, le Grenadier n'est qu'à l'état cultivé. Il y a été introduit, de Samarkande, par Ghang-Kien, un siècle et demi avant l'ère chrétienne ^ \037La naturalisation dans la région de la mer Méditerranée est si commune qu'on peut l'appeler une extension de l'ancienne habitation. 'Probablement elle date d'un terme reculé, car la culture de l'espèce remonte à une époque très ancienne dans l'Asie occidentale. ' . . • \037Voyons si les documents historiques et linguistiques peuvent apprendre quelque chose à cet égard. \037Je note d'abord l'existence d'un nom sanscrit, Darimba^ d'où viennent plusieurs noms de llnde moderne *. On peut en conclure que l'espèce était connue depuis longtemps dans les pays qui ont été traversés par les Aryas, lors de leur marche vers l'Inde. \037Le Grenadier est mentionné plusieurs fois dans l'Ancien Testa- ment sous le nom de Rimmon ^, qui est l'origine du nom arabe jRummân ou Rumân, C'était un des arbres fruitiers de la Terre promise, et les Hébreux l'avaient apprécié dans les jardins d'Egypte. Beaucoup de localités de la Palestine avaient reçu leur nom de cet arbuste, mais les textes n'en parlent que comme d'une espèce cultivée. Les Phéniciens faisaient figurer la fleuret le fruit du Grenadier dans leurs cérémonies religieuses, et la déesse Aphrodite l'avait planté elle-même dans l'île de Chypre*^, ce qui fait supposer qu'il ne s'y trouvait pas alors. Les Grecs avaient connaissance de l'espèce déjà à l'époque d'Homère. Il en est question deux fois dans VOdyssée^ comme d'un arbre des jardins des rois de Phseacie et Phrygie. Ils l'appelaient Roia ou Roa^ que les érudits disent venir du nom syriaque et hébreu ^, et aussi Sidai ®, qui paraît venir des Pelasges, car le nom albanais actuel est Sège ®. Rien ne peut faire supposer que l'espèce fut \037\035\0131. Munby, FI. d'Alger, p. 49; Bail, Spicilegium florx maroccanse, p. 458. \0372. Boissier, l. c. \0373. Bretschneider, On study, etc., p. 16. \0374. Piddington, Index. \0375. RoseDmûlIer, Biblische Naturgeschichte, 1, p. 273; Hamilton, La bota- nique de la Bible, Nice, 1871, p. 48. \0376. Hehn, Culiur und Hatisthiere aus Asien, éd. 3, p. 106. \0377. Hehn, ibid. \0378. Lenz, Botanik d. alten Griechen und Rcpmer, p. 681. \0379. De Heldreich, Die Nutzpflanzen Griechenlands, p. 64. \037\035\013

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POMME ROSE 191 \037spontanée en Grèce, où maintenant Fraas et Heldreich affirment qu'elle est uniquement naturalisée *. \037Le Grenadier entrait aussi dans les légendes et les cérémonies du culte des plus anciens Romains *. Caton parle de ses pro- priétés vermifuges. Selon Pline ', les meilleures grenades étaient de Carthage. Le nom de Malum punicum en avait été tiré ; mais on n'aurait pas dû croire, comme cela est arrivé, que l'espèce fût originaire de l'Afrique septentrionale. Très probablement les Phéniciens l'avaient introduite à Carthage, longtemps avant les rapports des Romains avec cette ville, et sans doute elle y était cultivée, comme en Egypte. \037Si le Grenadier avait été jadis spontané dans l'Afrique septen- trionale et le midi de l'Europe il aurait eu chez les Latins des noms plus originaux que Granatum (venant de granum?) et Malum punicum. On aurait peut-être à citer quelques noms lo- caux, dérivés d'anciennes langues occidentales, tandis que le nom sémite Rimmon a prévalu soit en grec, soit en arabe, et se trouve même, par l'influence arabe, chez les Berbères *. Il faut admettre «que l'origine africaine est une des erreurs causées par les mauvaises désignations populaires des Romains. \037On a trouvé dans le terrain pliocène des environs de Meximieux des feuilles et fleurs d'un Grenadier que M. de Saporta ^ décrit comme une variété du Punica Granatum actuel. Sous cette forme, l'espèce a donc existé, antérieurement à notre époque, avec plusieurs espèces les unes éteintes , les autres existant encore aujourd'hui dans le midi de l'Europe et d'autres enfin restées aux îles Canaries, mais la continuité d'existence jusqu'à nos jours n'en est pas pour cela démontrée. \037En résumé, les arguments botaniques, historiques et linguis- tiques s'accordent à faire considérer l'espèce actuelle comme originaire de la Perse et de quelques pays adjacents. La culture en a commencé dans un temps préhistorique, et son extension dans l'antiquité, vers l'occident d'abord et ensuite en Chine, a causé des naturalisations qui peuvent tromper sur la véritable origine, car elles sont fréquentes, anciennes et durables. \037J'était arrivé à ces conclusions en 1855 ^, ce qui n'a pas em- pêché de reproduire dans quelques ouvrages Terreur de l'origine africaine. \037Pomme rose. — Eugenia Jambos^ Linné. — Jambosa vul- garisy de Candolle Petit arbre, de la famille des Myrtacées. Il est cultivé au- \0371. Fraas, FL class,y p. 79; Heldreich, l. c. \0372. Helm, /. c. \0373. Pline, 1. 13, c. 19. \0374. Dictionnaire français-berbère^ publié par le gouvemement français. \0375. De Saporta, BulL soc, géol. de France du 5 avril 1869, p. 767, 769L \0376. Géogr. bot, tHiisonnée, p. 891. \037\035\013

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192 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037jourd'hui dans les régions tropicales de l'ancien et du nouveau monde pour l'élégance de son feuillage, autant peut-être que pour son fruit, dont la chair, qui sent la rose, est par trop mince. On peut en voir une figure excellente et une bonne des- cription dans le Botanical magazine, pi. 3356. La graine renferme une matière vénéneuse K \037Gomme la culture de cette espèce était ancienne en Asie, on jie pouvait pas douter qu'elle ne fût asiatique, mais on ne savait pas bien où elle existe à l'état sauvage. L'assertion de Loureiro, qui la disait habiter en Gochinchine et dans plusieurs localités de llnde, méritait confirmation. Quelques documents modernes viennent à l'appui *. Le Jambos est spontané à Sumatra et ailleurs dans les îles hollandaises de l'archipel Indien. Kurz ne l'a pas rencontré dans les forêts de la Birmanie anglaise, mais lorsque Rheede vit cet arbre dans les jardins du Malabar il remarqua (^u'on l'appelait Malacca-Schambu, ce qui montre bien une origine de la péninsule malaise. Enfin Brandis le dit spontané dans le Sikkim, au nord du Bengale. L'habitation naturelle s'étend probablement des îles de l'archipel Indien à la Gochinchine, et même au nord-est de l'Inde, où cependant il s'est peut-être naturalisé à la suite des cultures et par l'action des oiseaux. La naturalisation s'est en effet opérée ailleurs, par exemple à Hong-Kong, dans les îles Seychelles, Maurice et Rodriguez, ainsi que dans plusieurs des îles Antilles '. \037Jamalac ou Jambosier de Malacca. Eugenia malaccensis^ Linné. — Jambosa malaccensis, de Gandolle. \037Espèce voisine de V Eugenia Jambos, mais différente par la disposition de ses fleurs et par son fruit obovoïde, au heu d'être ovoïde, c'est-à-dire ayant la partie la plus étroite près de son point d'attache, comme serait un œuf sur son petit bout. Le fruit est plus charnu et sent aussi la rose, mais on l'estime beau- coup *, ou assez peu % suivant les pays et les variétés. Celles-ci sont nombreuses. Elles diffèrent par la couleur rosée ou rouge des fleurs et la grosseur, la forme et la couleur des fruits. \037Gette multiplicité de variétés montre une ancienne culture dans 'l'archipel Indien, d'où l'espèce est originaire. Gomme confirmation, il faut noter que Forster la trouva établie dans les îles de la mer Pacifique, de Taïti aux Sandwich, lors du voyage de Gook ^. \0371. Descourtilz, Flore médicale des Antilles, 5, pi. 315. \0372. Miquel, Sumatra, p. 118; Flora Indiœ batavse, 1, p. 425; Blume, Mu- séum Lugd.-Bat., 1, p. 93. \0373. Hooker, Flora of brit, India, 2, p. 474 ; Baker, Flora of Mauritius, etc. p. 115; Grisebach, FI. ofbrit, W. Indian islands, p. 235. * \0374. Rumphius, Jm6o//i., 1, p. 121, t. 37. \0375. Tussac, Flore des Antilles, 3, p. 89, pi. 25. \0376. Forster, Plantée esculentée, p. 36. \037\035\013

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GOYAVIER 193 \037Le Jambosier de Malacca est spontané dans les forêts de l'ar- chipel asiatique et de la presqu'île de Malacca * . \037D'après Tussac, il a été apporté de Taïti à la Jamaïque en 1793. Maintenant il s'est répandu et naturalisé dans plusieurs des îles Antilles, de même qu aux îles Maurice et Seychelles *. \037Goyavier. — Psidium Guayava, Raddi. \037Les anciens auteurs, Linné et après lui quelques botanistes ont admis deux espèces dans cet arbre fruitier de la famille des Myrtacées, l'une ayant les fruits ellipsoïdes ou sphériques à chair rouge, Psidium. pomiferum; l'autre à fruit pyriforme et chair blanche ou rosée, plus agréable au goût. De semblables diversités sont analogues à ce que nous voyons dans les poires, les pommes et les pêches; aussi a-t-on soupçonné de bonne heure qu'il valait mieux considérer tous ces Psidium comme une ^eule espèce. Raddi a pour ainsi dire constaté l'unité lorsqu'il a vu, au Brésil, des fruits pyriformes et d'autres presque ronds sur le même arbre '. Aujourd'hui, la majorité aes botanistes, surtout de ceux qui ont observé les Goyaviers dans les colonies, suit l'opinion de Raddi *, vers laquelle j'inclinais déjà, en 1855, par des raisons tirées de la distribution géographique '. \037Low •, qui a conservé dubitativement, dans sa flore de Ma- dère, la distinction en deux espèces, assure que chacune se conserve par les graines. Ce sont, par conséquent, des races, comme dans nos animaux domestiques et dans beaucoup de plantes cultivées. Chacune de ces races comprend des variétés '. \037Les Goyaviers, lorsqu'on veut étudier leur origine, présentent au plus haut degré une difficulté qui existe dans beaucoup d'arbres fruitiers de cette nature : leurs fruits charnus, plus ou moins aromatiques, attirent les animaux omnivores, qui rejet- tent leurs graines dans les endroits les plus sauvages. Celles des tîoyaviers germent rapidement et fructifient dès la troisième ou quatrième année. La patrie s'est donc étendue et s'étend encore par des naturalisations, principalement dans les contrées tropicales qui ne sont pas très chaudes et humides. \037«  \0371. Blume, Muséum Lugd.-Bat., 1, p. 91; Miquel, FL Indue hatavx^ 1, p. 411 ; Hooker, FI. brit, India, 2, p. 412. \0372. Grisebach, FI, of brit W. India, p. 235 ; Baker, FL of Mauritius, j?. 115. \0373. Raddi, Di alcune specie di Pero indiano, m-4, Bologna, 1821, p. 1. \0374. Martius, Syst. mat. medicx bras., p. 32; Blume, Muséum Lugd.-Bat,, 1, p. 71 ; Hasskarl, dans Flora, 1844, p. 589 ; sir J. Hooker, Flora of brit, India, 2, p. 468. \0375. Géogr. bot. raisonnée, p. 893. \0376. Low, A manual flora of Madeira, p. 266, \0377. Voir Blume, /. c; Descourtilz, Flore médicale des Antilles, 2, p. 20, où se trouve une figure du Goyavier pvriforme; Tussac, Flore des An- tilles, 2, p. 92, qui contient une bonne planche de la forme arrondie. Ces "deux derniers ouvrages renferment des détails intéressants sur la manière 4'employer les goyaves, sur la végétation de Fespèce, etc. \037De Candolle. 13 \037\035\013

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194 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037Pour simplifier la recherche des origines, j'éliminerai d'abord l'ancien monde, car il est assez évident que les Goyaviers sont venus d'Amérique. Sur une soixantaine d'espèces du genre Psidium, toutes celles qu'on peut regarder comme suffisamment étudiées sont américaines. Les botanistes, depuis le xvi« siècle, ont trouvé, il est vrai, des Psidium Guayava (variétés pomiferum et pyriferum)^ plus ou moins spontanés dans les îles de TArchipel Indien et l'Asie méridionale \ mais tout fait présumer que c'était le résultat de naturalisations peu anciennes. On admet- tait pour chaque localité une origine étrangère; seulement on hésitait sur la provenance asiatique ou américaine. D'autres considérations justifient cette idée. Les noms vulgaires en ma- lais sont d,érivés du mot américain Guiava, Les anciens auteurs chinois ne parlent pas des Goyaviers, bien que Loureiro les ait dits sauvages en Gochinchine il y a un siècle et demi. Forster ne les mentionne pas comme cultivés dans les îles de la mer Pacifique lors du voyage de Cook, ce qui est assez significatif quand on pense à la facilité de cultiver ces arbres et à leur dis- persion inévitable. Aux îles Maurice et Seychelles, personne ne doute de leur introduction et naturalisation récentes '. \037Nous aurons plus de peine à découvrir dé quelles parties de l'Amérique les Goyaviers sont sortis. \037Dans le siècle actuel, ils sont certainement spontanés, hors des cultures, aux Antilles, au Mexique, dans l'Amérique cen- trale, le Venezuela, le Pérou, la Guyane et le Brésil ', mais depuis quelle époque? Est-ce depuis que les Européens en ont répandu la culture? Est-ce antérieurement, à la suite des trans- ports par les indigènes et surtout par les oiseaux? Ces ques- tions ne paraissent avoir fait aucun progrès depuis que j'en ai parlé en 1855 *. Cependant, aujourd'hui, avec un peu plus d'expérience dans ces sortes de problèmes, et Tunité spécifique des deux Goyaviers étant reconnue, j 'essayerai d'indiquer ce qui me paraît le plus vraisemblable. \037J. Acosta^, un des premiers auteurs sur l'histoire naturelle du nouveau monde, s'exprime sur le Goyavier pomiforme de la manière suivante : « Il y a en Saint-Domingue et es autres îles, des montagnes toutes pleines de Goyavos, et disent, qu'il n'y avait point de telle sorte d'arbres avant que les Espagnols y arrivassent, mais qu'on les y a apportés de je ne sais où. » Ce serait donc plutôt du continent que l'espèce serait originaire. Acosta dit bien qu'elle croit en terre ferme, et il ajoute que les goyaves du Pérou ont une chair blanche bien préférable à \0371. Riimphiiis, Amhoin., 1, p. 141, 142; Rheede, HorL malab,, 3, t. 34. \0372. Bojer, Hortus mauritianits ; Baker, Flora of Mauritius, p. 112. \0373. Toutes les flores, et Berg, dans Flora brastliensis^ vol. 14, p. 196. \0374. Géogr, bot. raisonnée, p. 894 et 895. \0375. Acosta, Hist. nat, et morale des Indes orient, et occid,, traduction fran- çaise, 1598, p. 175, au verso. \037\035\013

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GOURDE, GOUGOURDE, CALEBASSE 195 \037celle des fruits rouges. Ceci fait présumer une culture ancienne sur le continent. Hernandez * avait vu les deux formes sponta- nées au Mexique, dans les endroits chauds des plaines et des montagnes, près de Quauhnaci. 11 donne une description et une figure très reconnaissable du Ps. pomiferum, Pison et Marcgraf* avaient aussi trouvé les deux Goyaviers sauvages au Brésil dans les plaines; mais ils notent qu'ils se répandent facilement. Marc- graf dit qu'on les croyait originaires du Pérou, ou de TAmé- rique septentrionale, ce qui peut s'entendre des Antilles ou du Mexique. Evidemment l'espèce était spontanée dans une grande partie du continent lors la découverte de l'Amérique. Si l'habi^ tation a été une fois plus restreinte, il faut croire que c'était à une époque bien plus ancienne. \037Les noms vulgaires différaient chez les peuples indigènes. Au Mexique, on dx^BÎi Xalxocotl ; au Brésil, l'arbre s'appelait Âraca- Iba et le fruit Araca-Guaeu; enfin le nom Guajavos ou Guajava est cité par Acosta et Hernandez à l'occasion des Goyaviers du Pérou et de Saint-Domingue, sans que l'origine en soit indiquée exactement. Cette diversité de noms confirme l'hypothèse d une très ancienne et vaste habitation. \037D'après ce que disent les premiers vovageurs. d'une origine étrangère à Saint-Domingue et au Brésif, — assertion dont il est permis cependant de douter, — je soupçonne que l'habita- tion la plus ancienne était du Mexique à la Colombie et au Pérou, et qu'elle s'est peut-être agrandie du côté du Brésil avant la découverte de l'Amérique, et dans les îles Antilles après cette époque. L'état de l'espèce le plus ancien, qui se montre le plus à l'état sauvage, serait la forme à fruit sphérique, âpre et fortement coloré. L'autre forme est peut-être un produit de la culture . \037Gourde ^, Gougrourde, Calebasse. — Lagenaria vulgaris, Seringe. — Cucurbita lagenaria^ Linné. \037Le fruit de cette Cucurbitacée a pris différentes formes dans les cultures; mais, d'après l'ensemble des autres parties de la plante, les botanistes n'admettent qu'une espèce, divisée en plusieurs variétés *. Les plus remarquables sont la Gourde des pèlerins^ en forme de bouteille; la Cougourde, dont le goulot est allongé; la Gourde massue ou trompette, et la Calebasse, ordinairement grande et peu étranglée. D'autres variétés moins répandues ont le fruit turbiné ou déprimé et fort petit, comme \0371. Hernandez, Novse Hispaniœ Thesaurits, p. 85. \0372. Pison, Hist, hrasiL, p. 74; Marcgraf, ihid,, p. 105. \0373. En anglais, le mot Gourd s'applique au Potiron (Cucurbita maxima). C'est un des exemples de la confusion des noms vulgaires, et de la préci- sion supérieure des noms scientifiques. \0374. Naudin, Annales des se, nat.j série 4; vol. 12, p. 91; Cogniaux, dans nos Mon, Phan,, 3, p. 417. \037\035\013

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196 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037la Gourde tabatière. On reconnaît toujours Tespèce à sa fleur blanche^ et à la dureté de la partie extérieure du fruit, qui permet de l'employer comme vase pour les liquides ou réservoir d'air, propre à soutenir les nageurs novices. La chair intérieure est tantôt douce et mangeable, tantôt amère et même purgative. \037Linné * disait l'espèce américaine. De Gandolle * J'a considérée comme probablement d'origine indienne, et la suite a confirmé cette opinion. \037On a trouvé, en effet, le Lagenaria vulgaris sauvage au Ma- labar et dans les forêts humides de Deyra Doon '. Roxburgh * le considérait bien comme spontané dans l'Inde, quoique les flores subséquentes l'aient dit seulement cultivé. Enfin Rum- phius ^ indique des pieds sauvages, sur le bord de la mer, dans une localité des îles Moluques. Les auteurs mentionnent ordinai- rement la pulpe comme amère dans ces individus sauvages, mais elle l'est quelquefois aussi dans les formes cultivées. La langue sanscrite distinguait déjà la Gourde ordinaire, Ulavou, et une autre, amère, Kutou-Toumbi, à laquelle A. Pictet attribue aussi le nom Tiktaka ou Titkikâ *. Seemam ^ a vu l'espèce « cul- tivée et naturalisée » aux îles Fidji. Thozet l'a recueillie sur la côte de Queensland, en Australie *, mais c'était peut-être le résultat de cultures dans le voisinage. Les localités de llnde continentale paraissent plus sûres et plus nombreuses que celles des îles du midi de l'Asie. \037L'espèce a été trouvée, également sauvage, en Abyssinie, dans la vallée de Hieha, par Dillon, et parmi des buissons et des rocailles d'une autre localité, par Schimper ®. \037De ces deux régions de l'ancien monde, elle s'est répandue dans les jardins de tous les pays tropicaux et des pays tempérés ayant une chaleur estivale suffisante. Parfois elle s'est natu- ralisée hors des cultures, comme on l'a observé en Amérique *®. \037Le plus ancien ouvrage chinois mentionnant la Gourde est celui de Tchong-tchi-chou, du i«' siècle avant Jésus-Ghrist, cité dans un ouvrage du v® ou vi» siècle, selon le D«* Bretschn^ider **. \0371. Linné, Species plantarum, p. 1434, sous Gucurbita. \0372. A. P. de Gandolle, Flore française (1805), vol. 3, p. 692. \0373. Rheede, Malabar, 8, pi. 1, 5; Royle, ///. Himal., p. 218. \0374. Roxburgh, Flora indica, éd. 1832, v. 3, p. 719. \0375. Rumphius, Amboin.y vol. 5, p. 397, t. 144. \0376. l^iddmgton, Index, au mot Gucurbita lagenaria (en changeant la cacographie anglaise) ; Ad. Pictet, Origines indo-europ., éd. 3, vol. 1, p. 386. \0377. Seemann, Flora Vitiensis, p. 106. \0378. Bentham, Flora australiensiSy 3, p. 316. \0379. Décrite - d'abord sous le nom de Lagenaria idolatnca, A. Richard, Tentamen fl. abyss,, i, p. 293, et ensuite Naudin et Gogniaux ont reconnu l'identité avec le L. vulgaris. \03710. Torrey et Gray, Flora of North America, 1, p. 543; Grisebach, Flora ofbritish W. India islandSy p. 288. \03711. Bretschneider, lettre du 23 août 1881. \037\035\013

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GOURDE, COUGOURDE, CALEBASSE 197 \037Il s'agit dans ce cas de plantes cultivées. Les formes actuelles des jardins de Peking sont la Gourde massue, qui est mangeable, et la Gourde bouteille. \037Les auteurs grecs n'ont pas mentionné cette plante, mais les Romains en ont parlé depuis le commencement de Tempire. Elle est assez clairement désignée par des vers souvent cités * du livre X de Columelle. Après avoir décrit les différentes formes du fruit : \037dabit illa capacem, \037Nariciœ picis. aut Actsei mellis Hymetti, \037Aut hd)iiem lymphis hamulam, Bacchove lagenam, \037Tum pueros eadem fluviis innare docebit. \037Pline ' parle d'une Gucurbitacée dont on faisait des vases et des barriques pour le vin, ce qui ne peut s'appliquer qu'à celle-ci. \037Il ne parait pas que les Arabes en aient eu connaissance de bonne heure, caribn Alawâm et Ibn Baithar n'en ont rien dit '. Les commentateurs des livres hébreux n'ont pu attribuer aucun nom d'une manière positive à cette espèce, et cependant le climat de la Palestine était bien de nature à populariser Tusage des Gourdes, si on les avait connues^Il me parait assez douteux, d'après cela, que les anciens Egyptiens aient possédé cette plante, malgré une figure unique de feuilles, vue dans une tombe, qui lui a été attribuée quelquefois *. Alexandre Braun, Ascherson et Magnus, dans leur savant mémoire sur les restes de plantes égyptiennes du musée de Berlin ^, indiquent plu- sieurs Gucurbitacées sans mentionner celle-ci. Les premiers voyageurs modernes, comme Rauv^olf *^, en 1574, l'ont vue dans les jardins de Syrie, et la Gourde dite des pèletHnSy figurée, en 1539, par Brunfels, était probablement connue dès le moyen âge en Terre sainte. \037Tous les botanistes du xvi« siècle ont donné des figures de cette espèce, plus souvent cultivée alors, en Europe, qu'elle ne Test aujourd'hui. Le nom ordinaire dans ces vieux ouvrages était Cameraria, et l'on distinguait trois formes de fruits. A la couleur blanche de la fleur, toujours mentionnée, on ne peut douter de l'espèce. Je remarque aussi une figure, très mauvaise, il est vrai, où la fleur manque, mais où le fruit est exactement \037\035\0131. Tragus, Stirp.y p. 285; Ruellius, De natura stirpium, p. 498; Naudin, /• c. \0372. Pline, Hisi, planU, 1. 19, c. 5. \0373. Ibn Alawâm^ d'après E. Meyer, Geschichte der Botanik, 3, p. 60; Ibn Baithar^ trad. de Sondtheimer. \0374. Unger, Pflanzen des alten JEgyptens, p. 59 ; Pickering, Chronol, arran^ g entent, p. 137. \0375. In-8, 1877, p. 17. \0376. Rauwolf, Flora orient., p. 125. \037\035\013

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198 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037la gourde des pèlerins, qui présente ce grand intérêt d'avoir paru avant la découverte de l'Amérique. C'est la planche 46 de VHerbarius Patavias impressus, in-4o, 1485, ouvrage rare. \037Malgré certains synonymes des auteurs, je ne crois pas que la Gourde ait existé en Amérique avant l'arrivée des Européens. Le Taquera de Piso * et le Cucurbita lagende forma de Marc- graf * sont peut-être bien le Lagenaria vulgaris, comme le disent les monographes ^, et les échantillons du Brésil cités par eux doivent être certains, mais cela ne prouve pas que l'espèce fût dans le pays avant le voyage d'Americ Vespuce, en 1504. Depuis lors jusqu'aux voyages de ces deux botanistes, en 1637 et 1638, il s'est écoulé un temps bien plus long qu'il ne faut le supposer pour l'introduction et la diffusion d'une espèce annuelle^ cu- rieuse de forme, facile à cultiver et dont les graines conservent longtemps la faculté de germer. Elle peut même s'être natura- lisée à la suite des cultures, comme cela s'est vu ailleurs. A plus forte raison le Cucurbita Siceratia Molina, attribué tantôt à l'espèce actuelle et tantôt au Cucurbita maxima *, peut-il avoir été introduit au Chili, entre 1538, époque de la découverte de ce pays, et 1787, date de l'édition en italien de Molina. Acosta ^ parle aussi de Calebasses dont les Péruviens se servaient comme de coupe ou de vase, mais l'édition espagnole de son livre est de 1591, plus de cent ans après la conquête. Parmi les naturalistes ayant indiqué l'espèce le plus rapprochée de la découverte de l'Amérique (1492) estOviedo ^, qui avait visité la terre ferme et, après un séjour à Vera-Paz, était revenu en Europe en 1815, mais était retourné à Nicaragua en 1539 ^ D'après la compila- tion de Ramusio ®, il a parlé de zuccke, cultivées en quantité aux Antilles et à Nicaragua à l'époque de la découverte de l'Amérique et dont on faisait usage comme de bouteilles. Les auteurs de flores de la Jamaïque, au xvii^ siècle, ont dit l'espèce cultivée dans cette île. P. Brov^ne ^ cependant indique une grande Gourde cultivée et une petite, sauvage, ayant une pulpe amère et purgative. \037Enfin, pour les Etats-Unis méridionaux, EUiott *® s'exprimait ainsi en 1824 : « Le L. vul^afis se trouve rarement dans les bois et n'est certainement pas mdigène. Il paraît avoir été apporté par les anciens habitants de notre pays d'une contrée plus \0371. Piso, Indix utriusoue. etc., éd. 1658, p. 264. \0372. Marcgraf. Hist nai. ÉrasUix, 1648, p. 44. \0373. Naudin, /. c. ; Gogniaux, dans Flora brasiL, fasc, 78, p. 7, et dans de CandoUe, Monoqr. Phaner., 3, p. 418. \0374. Cl. Gay, Flora Chilena, 2, p. 403. \0375. los, Acosta, trad. française, p. 167. \0376. Pickering, Chronol, arrang., p. 861. \0377. Pickering, /. c. \0378. Ramusio, vol. 3, p. 112. \0379. P. Brown, Jamaica, éd. 2, p. 354. \03710. EUiott, Sketch of the botany of S. Carolina and Georgia, 2, p. 663. \037\035\013

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POTIRON 199 \037chaude. Maintenant, l'espèce est devenue spontanée autour des habitations, particulièrement dans les îles de la mer. » L'expres- sion : habitants de notre pays, aTair de signifier les colons plutôt ■que les indigènes. Entre la" découverte de la Virginie, par Cabot «n 4497, ou les voyages de W. Raleigh en 4584, et les flores des botanistes modernes, il s'est écoulé plus de deux siècles, et les indigènes auraient eu le temps de répandre la culture de l'espèce, s'ils l'avaient reçue des Européens. Mais le fait même de la culture par les Indiens à Tépoque des premières relations sur leur compte est douteux. Torrey et Gray * l'avaient men- tionné comme certain dans leur flore, publiée en 1830-40, et plus tard le second de ces habiles botanistes *, dans un article sur les Gucurbitacées connues des indigènes, ne cite pas le Ca- labash ou Lagenaria. Je remarque la même omission dans un autre article spécial, sur le même sujet, publié plus récem- ment ^. \037Potiron. — Cucurbita maxima, Duchesne. \037En commençant l'énumération des espèces du genre Cucur- àita, je dois expliquer que la distinction, autrefois très difficile, des espèces, a été fondée par M. Naudin * d'une manière scienti- fique, au moyen d'une culture assidue des variétés et d'expé- riences sur leur fécondation croisée. Il nomme espèces les groupes de formes qui ne peuvent pas se féconder mutuellement ou dont les produits n'ont pas été féconds et stables, et races ou variétés les formes qui se croisent entre elles et donnent des produits féconds et variés. La suite des expériences ^ l'a averti que l'établissement des espèces sur cette base n'est pas sans exceptions, mais dans le genre Cucurbita les faits physiologi- ques concordent avec les différences extérieures. M. Naudin a établi les véritables caractères distinctifs des Cucurbita maximd et C. Pepo, La première a les lobes de la feuille arrondis, les pédoncules à surface unie et les lobes de la corolle recourbés 'a l'extérieur ; la seconde a les lobes de la feuille aigus, les pé- doncules marqués de côtes et sillons, la corolle rétrécie à la base, avec les lobes presque toujours dressés. \037Les principales formes du Cucurbita maxima sont le Potiron jaune^ qui atteint quelquefois un poids énorme ^, le Potiron turban ou Giraumon, le Courgeron^ etc. \037Les noms vulgaires et des anciens auteurs ne cadrant pas avec les définitions botaniques, il faut se défier des assertions \0371. Torrey et Gray, Flora ofN. America^ 1, p. 544. \0372. A. Gray, dans American journal of science, 1857, vol. 24, p. 442. \0373. TrumbuU, dans Bulletin ofthe Torrey club of botany, vol. 6, ann. 1876, p. 69. \0374. Naudin, dans Annales des se, nat.^ série 4, vol. 6, p. 5; vol. 12, p. 84. \0375. Ann, se. nat., série 4, vol. 18, p. 160, vol. 19, p. 180. \0376. Jusqu'à 100 kilogr., d'après Le bon jardinier , 1850, p. 180. \037\035\013

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200 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037répandues autrefois sur les origines et sur Tintroduction de la culture de telle ou telle courge à certaine époque ou dans cer- taines contrées. C'est une des raisons pour lesquelles, quand je me suis occupé du sujet, en 1855, la patrie de ces plantes était restée pour moi inconnue ou très douteuse. Aujourd'hui, on peut scruter mieux la question. \037D'après sir Joseph Hooker *, le Cucurbita maxima a été trouvé par Barter sur les bords du Niger, en Guinée, « avec l'appa- rence indigène » (apparently indigenous) , et par Welwitsch dans TAngola, sans aifirmation de la qualité spontanée. Je ne vois aucune indication de spontanéité dans les ouvrages sur TAbyssinie, l'Egypte ou autres pays africains dans lesquels on cultive communément l'espèce. Les Abyssins se servent du mot Dubba, qui s'applique, en arabe, aux Courges, dans un sen& très général. \037Longtemps on a soupçonné une origine indienne, en s'ap- puyant sur des noms tels que Courge dmde^ donnés par des bo- tanistes du XVI® siècle, et, en particulier, sur le Pepo maximus indiens^ figuré par LobeP, qui rentre bien dans l'espèce actuelle ; mais c'est un genre de preuve bien faible, car les indications vulgaires d'origine sont souvent fausses. Le fait est que si les Potirons sont cultivés dans l'Asie méridionale, comme ailleurs entre les tropiques, on n'a pas rencontré la plante à l'état sau- vage '. Aucune espèce semblable ou analogue n'est indiquée dans les anciens ouvrages chinois, et les noms modernes des Courges et Potirons cultivés actuellement en Chine montrent une origine étrangère méridionale *. Il est impossible de savoir à quelle espèce s'appliquait le nom sanscrit Kurkarou, attribué par Roxburgh au Cucurbita Pepo, et l'incertitude n'est pas moins grande au sujet des Courges, Potirons et Melons cultivés par les Grecs et les Romains. On n'a pas constaté la présence d'un Po- tiron dans l'ancienne Egypte. Peut-être en cultivait-on dans ce pays et dans le monde gréco-latin? Les Pepones dont Charle- magne ordonnait la culture dans ses fermes ^ étaient ou l'espèce actuelle ou le Cucurbita Pepo ; mais aucune figure ou descrip- tion reconnaissable de ces plantes n'a été donnée avant le XVI® siècle. \037Ceci pourrait faire présumer une origine américaine. L'exis- tence, à l'état spontané, en Afrique, est bien une objection, car les espèces de la famille des Cucurbitacées sont très locales ; mais il y a des arguments en faveur de l'Amérique, et je dois les \0371. Hooker, Floy^a of tropical Africa^ 2, p. 555. \0372. Lobel, Icônes, t. 641. La figure est reproduite dans Dalecbamp , Hist., 1, p. 626. \0373. Clarke. dans Hooker, Flora of british India, 2, p. 622. \0374. Bretscnneider, lettre du 23 août 1881 \0375. La Uste est dans E. Meyer, Geschichte dei" Botanik, 3, p. 401. Les Cu- curbita dont il parle également devaient être la Gourde, Lagenarîa, \037\035\013

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POTIRON 201 \037examiner avec d'autant plus de soin qu'on m'a reproché aux Etats-Unis de n'en avoir pas tenu suffisamment compte. \037D'abord, sur dix espèces connues du genre Cucurbita, six sont certainement spontanées en Amérique (au Mexique ou en Cali- fornie), mais ce sont des espèces vivaces, tandis que les Courges cultivées sont annuelles. \037La plante nommée Jurumu par les Brésiliens, figurée par PisonetMarcgraf *, est rapportée par les modernes au Cucurbita maxima. La planche et les courtes explications des deux auteurs conviennent assez, mais il parait que c'était une plante cultivée. Elle peut avoir été apportée d'Afrique ou d'Europe par les Européens, entre la découverte du Brésil, en 1504, et les voyages des auteurs sus-mentionnés, qui ont eu lieu en 1637 et 1638. Personne n'a trouvé l'espèce sauvage dans l'Amérique méridio- nale ou septentrionale. Je ne rencontre dans les ouvrages sur le Brésil, la Guyane, les Antilles aucun indice de culture ancienne ou d'existence spontanée, soit d'après les noms, soit d'après des traditions ou opinions plus ou moins précises. Aux Etats-Unis, les savants qui connaissent le mieux les langues et les usages des indigènes, par exemple le D"^ Harris autrefois, et M. Trum- bull plus récemment *, ont soutenu que les Gucurbitacées appe- lées Squash par les Anglo-Américains et Macock ou Cashaw, Cushaw par d'anciens vojrageurs en Virginie, répondent à des Courges. M. Trumbull dit que Squash est un mot indien. Je n'en doute pas, d'après son assertion, mais ni les plus habiles linguistes ni les voyageurs du xvii® siècle ' qui ont vu les indigènes pourvus de fruits appelés dans leurs livres Citrouilles, Courges, Pompions^ Gourdes^ n'ont pu donner la preuve que ce fût telle ou telle des espèces reconnues distinctes aujour- d'hui par les botanistes. Cela nous apprend seulement que les indigènes, un siècle après la découverte de la Virgime, vingt à quarante ans après la colonisation par W. Raleigh, faisaient usage de certains fruits de Cucurbitacées. Les noms vulgaires sont encore si confus aux Etats-Unis que le D' Asa Gray, en 1868, indique Pumpkin et Squash comme répondant à des espèces de Cucurbita *, tandis que Darlington * attribue le nom de Pumpkin à la Courge ordmaire {Cucurbita Pepo), et celui de Squash aux variétés de celle-ci qui rentrent dans les formes Melopepo des anciens botanistes. Ils n'attribuent pas un nom vulgaire, particulier et certain, au Potiron {Cucuroita maxima). \037En définitive, sans ajouter une foi implicite à l'indigénat sur les \0371. Piso, Brasil., éd. 1658, p. 264; Marcgraf, éd. 1648, p. 44. \0372. Harris, American Journal, 1857, vol. 24, p. 441; Trumbull, Bull, of To)-re\\*s Club^ 1876, vol. 6, p. 69. \0373. Champlam, en 1604; btrachey, en 1610; etc. \0374. Asa Gray, Botany of the northem states, éd . 1868, p. 186. \0375. Darlington, Flora cestrica, 1853, p. 94 . \037\035\013

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202 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037bords du Niger, fondé sur le dire d'un seul voyageur, je persiste à croire l'espèce originaire de l'ancien monde et introduite en Amérique par les Européens. \037Courge Pépon. — Citrouille. — Cucurbita Pepo et C, Melo- pepo, Linné. \037Les auteurs modernes comprennent dans le Cucurbita Pepo la plupart des formes désignées sous ce nom par Linné et en outre celles qu'il nommait C Melopepo. Ces formes sont excès : sivement variées quant aux fruits, ce qui montre une très an- cienne culture. On remarque dans leur nombre : la Courge ou Citrouille des Patagons^ à fruits cylindriques énormes ; la Courge sucrière, dite du Brésil; la Courge à la moelle ou Vegetaàle marrow des Anglais, à petits fruits allongés ; les Barbérines, à fruits bosselés; le Pâtisson ou Bonnet d'électeur, à fruit conique, surbaissé et lobé d'une manière bizarre, etc. Il ne faut attacher aucune valeur aux noms de pays dans ces désignations de va- riétés, car nous avons vu souvent qu'ils expriment autant d'er- reurs que de vérités. Les noms botaniques rapportés à l'espèce par M. Naudin et M. Gogniaux sont nombreux, par suite de la mauvaise habitude qui existait il n'y a pas longtemps de décrire comme espèces des formes uniquement de jardins, sans tenir compte des effets prodigieux de la culture et de la sélection sur l'organe pour lequel on cultive une plante. \037La plupart des variétés existent dans les jardins des régions chaudes ou tempérées de l'ancien et du nouveau monde. L'ori- gine de l'espèce est regardée comme douteuse. J'hésitais, en 185S *, entre l'Asie méridionale et la région de la mer Médi- terranée. MM. Naudin et Gogniaux ^ admettent comme probable l'Asie méridionale, et les botanistes des Etats-Unis, de leur côté, ont donné des motifs pour croire à une origine américaine. La question mérite d'être examinée d'une manière précise. \037Je chercherai d'abord quelles formes, rapportées aujourd'hui à l'espèce, ont été indiquées comme croissant quelque part à l'état spontané. \037La variété ovee, Cucurbita ovifera^ Linné, avait été recueillie^ jadis par Lerche, près d'Astrakhan; mais aucun botaniste du siècle actuel n'a confirmé ce fait, et il est probable qu'il s'agis- sait d'une plante cultivée. D'ailleurs Linné n'affirme pas la qua- lité spontanée. J'ai consulté toutes les flores asiatiques et afri- caines sans trouver la moindre indication d'une variété qui fût sauvage. De l'Arabie, ou même de la côte de Guinée au Japon, l'espèce ou les formes qu'on lui rapporte sont toujours dites cul- tivées. Pour l'Inde, Roxburgh l'avait remarqué jadis, et ce n'est \0371. Géogr, bot, raisonnée^ p. 902. \0372. Naudin, Ann, se. nat., série 5, vol. 6, p. 9; Gogniaux, dans de Can- dolle, Monogr, Phaner., 3, p. 546. \037\035\013

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COURGE PÉPON 203 \037sûrement pas sans de bons motifs que M. Glarke, dans la flore récente de l'Inde anglaise, n'indique aucune localité hors des cultures. \037Les faits sont tout autres en Amérique. \037Une variété texana^ Cucurbita texana, Asa Gray *, très voi- sine de Vovata, d'après cet auteur, et qu'on rapporte sans hésita- tion aujourd'hui au C. Pepo, a été trouvée par Lindheimer « au bord des fourrés et dans les bois humides , sur les rives du Guadalupe supérieur, avec les apparences de plante indigène. » Le D"^ Asa Gray ajoute que c'est peut-être un effet de naturalisa- tion. Cependant, comme il existe plusieurs espèces du genre Cucurbita sauvages au Mexique et dans le sud-ouest des Etats- Unis, on est amené naturellement à tenir, l'assertion du collec- teur pour bonne. Il ne paraît pas que d'autres botanistes aient trouvé cette plante au Mexique ou aux Etats-Unis. Elle n'est mentionnée ni dans la Biologia centrali-americana de Hemsley, ni dans la flore récente de la Californie du D' Asa Gray. \037Quelques synonymes ou échantillons de l'Amérique méridio- nale, attribués au C. Pepo, me paraissent bien douteux. Il est impossible de savoir ce que Molina ^ a entendu sous les noms de C Siceratia et C, mammeata^ qui paraissent d'ailleurs avoir été des plantes cultivées. Deux espèces décrites brièvement dans le voyage de Spix et Martius f2, p. 536) et rapportées aussi au €. Pepo ^, sont indiquées, à l'occasion de plantes cultivées, sur les bords du Rio Francisco. Enfin Téchantillon de Spruce, 2716, du Rio Uaupès, affluent du Rio Negro, que M. Çogniaux * ne dit pas avoir vu et qu'il a rapporté d'abord au C. Pepo^ ensuite au C, moschata^ était peut-être cultivé ou naturalisé à la suite de quelque transport ou culture, malgré la rareté des habitants de cette contrée. \037Les indications botaniques sont donc en faveur d'une origine mexicaine ou du Texas. Voyons si les documents historiques sont conformes ou contraires à cette idée. \037Il est impossible de savoir si tel nom sanscrit, grec ou latin ■de Courge, s'applique à l'une des espèces plutôt qu à une autre. La forme du fruit est souvent la même, et les caractères distinc- tifs ne sont jamais mentionnés par les anciens. \037Aucune Courge n'est figurée dans ïHerbarius Pataviae impressus, de 4485, antérieur à la découverte de l'Amérique; mais les auteurs du xvi* siècle ont publié des planches qui s'y rapportent. Je citerai les trois formes de Pepones figurées à la page 406 de Dodoens, édition de 1557. Une quatrième, Pepo rotundus major, ajoutée dans l'édition de 1616, me paraît ren- trer dans le C maxitna. Dans la figure du Pepo oolongus de \037\, A. Gray, Plantss Lindheimerianœ, part. 2, p. 193. \0372. Molina, Hist, nat, du Chiliy p. 377. \0373. Çogniaux, /. c, et Flora brasiL, fasc. 78, p. 21. \0374. Çogniaux, FI. bras, et Monogr. Phan,, 3, p. 547. \037\035\013

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204 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037Jjohel j Icônes ^ 641, le caractère du pédoncule est nettement accusé. Les noms donnés à ces plantes expriment une origine étrangère ; mais les auteurs ne pouvaient rien affirmer à cet égard, d'autant plus que le nom Inde signifiait ou FAsie méri- dionale ou r Amérique. \037Ainsi les données historiques ne contredisent pas l'opinion d'une origine américaine, sans l'appuyer cependant. \037Si l'habitation spontanée se confirme en Amérique, on pourra dire désormais que les Courges cultivées par les Romains et dans le moyen âge étaient le Cucurbita maxima et celles des indigènes de l'Amérique du Nord, dans le xviP siècle, vues par divers voyageurs, le Cucurbita Pepo, \037Courge masquée, ou melonnée. — Cucurbita moschata, Duchesne. \037Le Bon jardinier cite comme principales formes de cette espèce les Courges muscade de Provence^ pleine de Napks et de Barbarie. Il va sans dire que ces noms ne signifient rien pour l'origine. L'espèce est facile à reconnaître par sa pubescence légère et douce, le pédoncule du fruit pentagone, épaté au sommet, le fruit plus ou moins couvert d'une efflorescence glauque, à chair copieuse, plus ou moins musquée. Les lobes du calice sont souvent terminés par un limbe foliacé *. Cultivée dans tous les pays tropicaux, elle s'avance moins que les autres Courges dans les pays tempérés. \037M. Cogniaux * soupçonne qu'elle est du midi de l'Asie, sans en donner la preuve. J'ai parcouru les flores de l'ancien et du nouveau monde et n'ai pu découvrir nulle part la mention d'un état vraiment spontané. Les indications qui en approchent le plus sont : i* en Asie, dans l'île de Bangka, un échantillon vérifié par M. Cogniaux et que Miquel ^ ne dit pas cultivé ; 2® en Afrique , dans l'Angola , des échantillons que Welwitsch dit tout à fait spontanés, mais « à la suite probablement d'une introduction * » ; 3° en Amérique, cinq échantillons du Brésil, de la Guyane ou de Nicaragua, mentionnés par M. Cogniaux, sans qu'on sache s'ils étaient cultivés, naturalisés ou spontanés. Ce sont des indices tout à fait légers, et l'opinion des auteurs le confirme. Ainsi, pour l'Asie, Rumphius, Blume, Clarke fdans Flora of brit, India)^ et, pour l'Afrique, Schweinfurth (dans Baker, Tropical flora), n'ont vu la plante absolument que cul- tivée. En Chine, la culture n'est pas ancienne '. En Amérique, les flores mentionnent très rarement l'espèce. \0371. Voir l'excellente planche de Wight, Icônes, t. 507, aoua le nom faux de Cucurbita maxima, \0372. Cogniaux, dans Monogr. Phaner., 3, p. 547. \0373. Miquel, Sumatra, aoiis le nom de Gymnopetalum, p. 332. \0374. Cogniaux, Ibid. \0375. Bretschneider, lettre du 23 août 1881. \037\035\013

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MELON â05 \037On ne connaît aucun nom sanscrit, et les noms indiens, malais \037\035\013\013bonne planche (vol. 8, pi. 2). Il ne paraît pas que les botanistes du xvi® siècle aient connu \037\035\013cette espèce, car la figure de Dalechamp {Hist., 1, p. 616), que Seringe lui a attribuée, n*en a pas les caractères, et je ne puis découvrir aucune autre figure qui lui ressemble. \037Courge à feuilles de figuier. — Cucurbita ficifoliay Bouché. — Cticurbita melanosperma, Braun. \037Il s'est introduit, depuis une trentaine d'annéejs, dans les jar- dins, une Courge à graines noires ou quelquefois brunes, qui diffère des autres espèces cultivées en ce qu elle est vivace. On l'appelle quelquefois Melon de Siam. Le Bon jardinier dit qu'elle vient de Chine. Le D»- Bretschneider ne m'en a pas parlé dans la lettre de 4881, où il énumère les Courges cultivées par les Chinois. \037Jusqu'à présent, aucun botaniste ne l'a trouvée à l'état spon- tané. Je doute beaucoup qu'elle soit originaire d'Asie, car toutes les espèces connues de Cucurbita vivaces sont du Mexique ou de Californie. \037Melon. — Cucumis Melo, Linné. \037La question de Torigine du Melon a changé complètement depuis les travaux de M. Naudin. Le mémoire qu'il a publié, 6n 1859, dans les Annales des sciences naturelles, série 4, vo- lume 11, sur le genre Cucumis, est aussi remarquable que celui 5ur le genre Cucurbita, Il rend compte d'observations et d'ex- périences, suivies pendant plusieurs années, sur la variabilité des formes et la fécondation croisée d'une multitude d'espèces, races ou variétés venant de toutes les parties du monde. J'ai parlé ci-dessus (p. 199) du principe physiologique sur lequel il croit pouvoir distinguer des groupes de formes qu'il nomme des espèces, quoique certaines exceptions se soient manifestées et rendent le critère de la fécondation moins absolu. Malgré ces cas exceptionnels, il est évident que si des formes voisines se croisent facilement et donnent des produits féconds, comme cela se voit, par exemple, dans l'espèce humaine, on est obligé de les regarder comme constituant une seule espèce. \037Dans ce sens, le Cucumis Melo, d'après les expériences et observations faites par M. Naudin sur environ deux mille indi- vidus vivants, constitue bien une espèce, laquelle comprend un nombre extraordinaire de variétés et même de races, c'est-à-dire de formes qui se conservent par hérédité. Ces variétés ou races peuvent se féconder entre elles et donnent des produits variés et \037\035\013

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206 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037variables. Elles sont classées par l'auteur dans dix groupes^ qu'il appelle Cantaloups^ Melons brodés^ Sucrins, Melons d'hiver^ serpents^ forme de concombre, Chito^ Dudaïm, rouges de Perse et sauvaaes, chacun contenant des variétés ou races voisines les unes aes autres. Celles-ci ont été nommées de 25 à 30 manières différentes par des botanistes qui, sans s'inquiéter des transi- tions de forme, de la faculté de croisement ou du peu de fixité dans la culture, ont désigné comme espèces tout ce qui diffèi'e plus ou moins dans un temps et un lieu donnés. \037Il résulte de là que plusieurs formes qu'on avait trouvées à Tétat sauvage et qu'on décrivait comme espèces doivent être les types ou souches des formes cultivées, et M. Naudin fait la réflexion très juste que ces formes sauvages plus ou moins diffé- rentes l'une de l'autre ont pu donner des produits cultivés diffé- rents. C'est d'alitant plus probable qu'elles habitent quelquefois des pays assez éloignés, comme l'Asie méridionale et l'Afrique tropicale, de sorte que les diversités de climat, combinées avec l'isolement, ont pu créer et consolider les différences. Voici les formes que M. Naudin énumère comme sauvages : 1** Celles de l'Inde, qui ont été nommées par Willdenow Cm- cumis puhescens, et par Roxburgh C. turbinatus ou C, Maderas^ patanus. Leur habitation naturelle est l'Inde anglaise dans toute son étendue et le Belouchistan. La qualité spontanée est évi- dente, même pour des voyageurs non botanistes *. Les' fruits varient de la grosseur d'une prune à celle d'un citron. Ils sont unis, rayés ou bariolés à l'extérieur, parfumés ou sans odeur. La chair en est sucrée, fade ou aigrelette, différences qui rap- pellent beaucoup celles des Cantaloups cultivés. D'après Rox- burgh, les Indiens récoltent les fruits du turbinatus et du Made- raspatanuSy qu'ils ne cultivent pas, mais dont ils aiment la saveur. Si l'on consulte la flore la plus récente de l'Inde anglaise, où M. Clarke a décrit les Cucurbitacées (2, p. 619), il semble que cet auteur ne s'accorde pas avec M. Naudin sur les formes m- diennes spontanées, quoique tous deux aient examiné les nom- breux échantillons de l'herbier de Kew. La différence d'opinion, plus apparente que réelle, tient à ce que l'auteur anglais rapporte à une espèce voisine, Cucumis trigonus, Roxburgh, certainement sauvage, les formes que M. Naudin classe dans le Cucumis Melo. M. Cogniaux ^, qui a vu depuis les mêmes échan- tillons, attribue seulement le C. turbinatus au trigonus. La dis- tinction spécifique des C, Melo et C, trigonus est mcdheu- reusement obscure, d'après les caractères donnés par les trois auteurs. La principale différence est que le Melo est annuel, l'autre vivace, mais cette durée ne parait pas bien constante. \0371. Gardener's chronide^ articles signés : J. H. H., 1857, p. 153 : 1858, p. 130. \0372. Cogniaux, dans Monogr, Phaner,, 3, p. 485. \037\035\013

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MELON 207 \037M. Glarke lui-même dit que le C Melo est peut-être dérivé par la culture du C. trlgonus^ c'est-à-dire, selon lui, des formes attribuées par Naudin au C, Melo, \037Les expériences faites pendant trois années consécutives par M. Naudin * sur des produits du Cucumis trigonus fécondé par le Melo paraissent appuyer lopinion d'une diversité spécifique admissible, car, si la fécondation a eu lieu, les produits ont été divers de formes et sont revenus souvent à Tun des ancêtres primitifs. \0372* Les formes africaines. M. Naudin n'a pas eu des échantil- lons en assez bon état et assez certains sous le rapport de la spontanéité, pour affirmer d'une manière positive r habitation en Afrique. Il l'admet avec hésitation. Il attribue à l'espèce des formes cultivées ou d'autres spontanées, dont il n'a pas vu les fruits. Après lui, sir Joseph Hooker * a eu des échantillons plus probants. Je ne parle pas de ceux de la région du Nil, qui sont probablement cultivés ', mais de plantes recueillies par Barter, en Guinée, dans les sables au bord du Niger. Thonning * avait déjà trouvé dans les sables, en Guinée, un Cucumis, qu'il avait nommé arenanus^ et M. Gogniaux ^, après avoir vu un échantillon rapporté par ce voyageur, l'a classé dans le C. Melo^ comme le pensait sir Joseph Hooker. Les nègres mangent le fruit de la plante recueillie par Barter. L'odeur est celle d'un melon vert frais. Dans la plante de Thonning, le fruit est ovoïde, de la grosseur d'une prune. Ainsi, en Afrique, comme dans rinde, l'espèce a des petits fruits à l'état spontané, ce qui n'est pas extraordinaire. Le Dudaïm s'en rapproche, parmi les va- riétés cultivées. \037La majorité des espèces du genre Cucumis est en Afrique ; une faible minorité se trouve en Asie ou en Amérique. D'autres espèces de Gucurbitacées sont disjointes entre l'Asie et l'Afrique, quoique les habitations soient ordinairement dans cette famille continues et restreintes. Le Cucumis Melo a peut-être été une fois spontané de la côte occidentale d'Afrique jusque dans llnde, sans intervalle, comme la Coloquinte [Citrullus Colocynthis), de la même famille. \037J'ai parlé jadis de la spontanéité douteuse du Melon au midi du Gaucase, d'après d'anciens auteurs. Les botanistes subsé- quents ne l'ont pas confirmée. Hohenacker, qui avait trouvé, disait-on, l'espèce autour d'Elisabethpol, n'en fait aucune men- tion dans son opuscule sur les plantes de la province de Ta- lysch. M. Boissier n'admet pas le Cucumis Melo dans sa flore orientale. Il dit seulement qu'il se naturalise avec facilité dans \0371. Naudin, Ann. se. nat., série 4, vol. 18, p. 171. \0372. Hooker, dans Flora of tropical AfHca, 2, p. 546. \0373. Schweinfurth et Ascherson, Aufzxhlung, p. 267. \0374. Schumacher et Thonning, Guineiske plantenj p. 426. \0375. Cogniaux, l. c, p. 483. \037\035\013

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208 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037les décombres et les terrains abandonnés. La même chose a été observée ailleurs, par exemple dans les sables de TUssuri, dans l'Asie orientale. Ce serait une raison pour se défier de la localité des sables du Niger, si la petitesse des fruits dans cet endroit ne rappelait les formes spontanées de Tlnde. \037La culture du Melon, ou de diverses variétés du Melon, a pu commencer séparément dans Tlnde et en Afrique. \037Son introduction en Chine parait dater seulement du viii« siècle de notre ère, d'après l'époque du premier ouvrage qui en ait parlé *. Comme les relations des Chinois avec la Bactnane et le nord-ouest de l'Inde, par l'ambassade de Chang-Kien, remontent au ip siècle avant Jésus-Christ, il est possible que la culture de l'espèce ne fût pas alors très répandue en Asie. La petitesse du fruit spontané n'encourageait pas. On ne connaît aucun nom sanscrit, mais un nom tamoul, probablement moins ancien, Molam 2, qui ressemble au nom latm Melo. \037Il n'est pas prouvé que les anciens Egyptiens aient cultivé le Melon. Le fruit figuré par Lepsius • n'est pas reconnaissable. Si la culture avait été usuelle et ancienne dans ce pays, les Grecs et les Romains en auraient eu connaissance de bonne heure. Or il est douteux que le Sikua d'Hippocrate et de Théophraste, ou le Pepôn de Dioscoride, ou le Melopepo de Pline fussent le Melon. Les textes sont brefs et insignifiants; Galien * est moins obscur, lorsqu'il dit qu'on mange l'intérieur des Melopepones^ mais non des Pepones, On a beaucoup disserté sur ces noms *, mais il faudrait des faits plutôt que des mots. La meilleure preuve que j'aie pu découvrir de l'existence du Melon chez les Romains est un fruit figuré très exactement dans la belle mo- saïque des fruits au musée du Vatican. Le D»* Comes certifie, en outre, que la moitié d'un Melon est représentée dans un dessin d'Herculanum ®. L'espèce s'est introduite dans le monde gréco- romain probablement à l'époque de l'empire, au commence- ment de l'ère chrétienne. La qualité en était, je suppose, mé- diocre, vu le silence ou les éloges modérés des auteurs, dans un pays où les gourmets ne manquaient pas. Depuis la Renaissance, une culture plus perfectionnée et des rapports avec l'Orient et l'Egypte ont amené de meilleures variétés dans les jardins. Nous savons cependant qu'elles dégénèrent assez souvent, soit par des intempéries ou de mauvaises conditions du sol, soit par un croisement avec des variétés inférieures de l'espèce. \0371. Bretschneider, lettre du 26 août 1881. \0372. PiddingtOD^ Index. \0373. Voir la copie dans Unger, Pflanzen des alten Mgyptens, fig. 25. \0374. Galien, De alimentiSj 1. 2, c. 5. \0375. Voir toutes les Flores de Virgile, et Naudin, Ann. se, nat., série 4 yol. 12, p. 111. ' \0376. Comes, ///. mante nei dipinti pompeianij in-4, p. 20, d'après Museo nazion.j vol. 3, pi. 4. \037\035\013

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PASTÈQUE 209 \037F^astèqne. — Citrutlus vulgaris , Schrader — Cucurbita Citrullus, Linné. \037L'origine de la Pastèque^ appelée aussi Melon cTeau, a été longtemps méconnue ou inconnue. D'après Linné, c'était une plante du midi de Tltalie ^ L'assertion était tirée de Matthiole, sans faire attention que cet auteur disait l'espèce cultivée. Seringe *, en 1828, la supposait d'Afrique et de l'Inde, mais il n'en donnait aucune preuve. Je l'ai crue de l'Asie méridionale, à cause de sa culture très commune dans cette région. On ne la connaissait pas à l'état spontané. Enfin on Ta trouvée indigène dans l'Afrique intertropicale, en deçà et au delà de l'éguateur •, ce qui tranche la question. Livingstone * a vu des terrains qui en étaient littéralement couverts. L'homme et plusieurs espèces d'animaux recherchaient ces fruits sauvages avec avidité. Ils sont ou ne sont pas amers, sans que rien le montre à l'extérieur. Les nègres frappent le fruit avec une hache et goûtent le suc pour savoir sll est bon ou mauvais. Cette diversité dans des plantes sauvages, végétant sous le même climat et dans le même sol, est propre à faire réfléchir sur le peu de valeur du caractère dans les Gucurbitacées cultivées. Du reste, l'amertume fréquente de la Pastèque n'a rien d'extraordinaire, puisque l'espèce la plus voisine est la Coloquinte {CitruUus Colocynthis), M. Naudin a obtenu des métis féconds d'un croisement entre une Pastèque amère, spontanée au Gap, et une Pastèque cultivée, ce qui con- firme l'unité spécifique accusée par les formes extérieures. \037On n'a pas trouvé l'espèce sauvage en Asie. \037Les anciens Egyptiens cultivaient la Pastèque. Elle est figurée dans leurs dessins *. C'est déjà un motif pour croire que les Israélites connsdssaient l'espèce et l'appelaient Abbatitchim^ comme on le dit; mais en outre le mot arabe Battich, Batteca^ qui dérive évidemment du nom hébreu, est le nom actuel de la Pastèque. Le nom français vient de l'hébreu, par l'arabe. Une preuve de l'ancienneté de la plante dans la culture du nord de l'Afrique est le nom berbère, Tadellaàt ^, trop différent du nom arabe pour n'être pas antérieur à la conquête. Les noms espa- gnols Zandria^ Cindria et de l'île de Sardaigne Sindria ^, que je ne puis rapprocher d'aucun autre, font présumer aussi une an- cienne culture dans la région méditerranéenne occidentale. En Asie, la culture s'est répandue de bonne heure, car on connaît un \037\035\0131. Habitat in Apulia, Calabria, Sicilia. (Linné, Species, éd. 1763, p. 1435.) \0372. Seringe, dans Prodromus, 3, p. 301. \0373. Naudin, Ann, se, nat, , série 4, vol. 12, p. 101 ; sir J. Hooker, dans Oliver, Flora of tropical Africa. 2, p. 549. \0374. Traduction française, p. 56. \0375. Unger a copié les fifi^res de Fouvrage de Lepsins, dans son mémoire Die Pflanzen des alten JEçyptens, fig. 30, 31, 32. \0376. Dictionnaire français-berbère ^ au mot Pastèque. \0377. Moris, Flora saraoa. \037De Candolle. 14 \037\035\013

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210 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037nom sanscrit, Chaya-jmla ^ mais les Chinois n*ont reçu la plante qu'au x® siècle de Tère chrétienne. Ils la nomment Si kua, qui veut dire melon de l'ouest '. \037La Pastèque étant annuelle mûrit, au delà des tropiques, dans les pays où Tété est suffisamment chaud. Les Grecs modernes la cultivent beaucoup et la nomment Carpousea ou Carpousia ^, mais on ne trouve pas ce mot dans les auteurs de Tantiquité, ni même dans le grec de la décadence et du moyen âge ^. C'est un mot commun avec le Karpus des Turcs de Constantinople ^, qui se trouve aussi en russe sous la forme de Arbus * et en bengali et hindoustani sous celle de Tarbuj^ Turbouz '. Un autre nom de Constantinople, cité par Forskal, Chimonico, se trouve en alba- nais, Chimico ^. L'absence d'un ancien nom grec qu'on puisse attribuer avec sûreté à l'espèce fait présumer qu'elle s'est intro- duite dans le monde gréco-romain à peu près au commencement de l'ère chrétienne. Le poème Copa^ attribué à Virgile et Pline, en a peut-être parlé (livre 49, cap. 5), comme le présume Naudin, mais c'est douteux. \037Les Européens ont transporté le Melon d'eau en Amérique, où maintenant on le cultive du Chili jusqu'aux Etats-Unis. Le Jacé des Brésiliens, figuré dans Pison et Marcgraf, est évidem- ment introduit, car le premier de ces auteurs dit la plante cul- tivée et quasi naturalisée ^. \037Concombre. — Cucumis sativus, Linné. . Malgré la différence bien visible du Melon et du Concombre, ou Cornichon^ qui appartiennent tous deux au genre CucumiSy les cultivateurs supposent que des croisements de ces espèces peuvent avoir lieu et nuisent quelquefois aux qualités du Melon. M. Naudin *• s'est assuré par expérience que cette fécondation n'est pas possible, et il a montré ainsi que la distinction des deux espèces est bien fondée. \037Le pays d'origine du Cucumis sativus était réputé inconnu par Linné et de Lamarck. En 1805, Willdenow " a prétendu que c'était la Tartarie et l'Inde, sans en fournir aucune preuve. Les botanistes subséquents n'ont pas confirmé cette indication. \037\ . Piddington, Index, \0372. Bretschneider, Study and value , etc^ p. 17. \0373. Heldreich, Pflanzen d. attischen Ebene, p. ^9i ; Nutzpflanzen Gnechen- lancTs, p. 50. \0374. Lançkavel. Botanik der spateren Griechen, \0375. Forskal, Flora œgypto-arabica, part. 1, p. 34. \0376. Nemnich, PolygL Lexicon, 1, p. 1309. \0377. Piddington, Index; Pickering, Chronological arrangement, p. 72. \0378. Heldreich, Nutzpflanzen, p. 50. \0379. tt Sativa planta et tractu temporis quasi nativa facta, » (Piso, éd. 1658, p. 233.) \03710. Naudin, dans Ann» se. nat,, série 4, vol. 11, p. 31. \03711. Willdenow, Species, 4, p. 615. \037\035\013

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CONCOMBRE âll \037Lorsque j'ai examiné la question, en 1855, on n'avait trouvé l'es- pèce sauvage nulle part. D'après divers motifs, tirés de son ancienne culture en Asie et en Europe, et surtout de l'existence d'un nom sanscrit, Soukasa ^ je disais : « La patrie est probable- ment le nord-ouest de l'Inde, par exemple le Caboul ou quel- que pays adjacent. Tout fait présumer qu'on la découvrira un jour dans ces régions encore mal connues. » \037C'est bien ce qui s'est réalisé, si l'on admet, avec les auteurs actuels les mieux informés, que le Cucumis Hardwickii, Royle rentre dans les formes du Cucumis sativus. On peut voir dans l'ouvrage intitulé Illustrations of Himalayan plants de Royle, p. 220, pi. 47, une figure coloriée de ce Concombre récolté au pied des monts Himalaya. Les tiges, feuilles et fleurs sont tout à fait celles du C sativus. Le fruit, ellipsoïde et lisse, aune saveur amère; mais dans le Concombre cultivé il y a des formes analo- gues, et l'on sait que dans d'autres espèces de la famille, par exemple dans la Pastèque, la pulpe est douce ou amère. Sir Josepn Hooker, après avoir décrit la variété remarquable de Concombre dite de Sikkim ^, ajoute que la forme Hardwickiiy spontanée de Kumaon à Sikkim, et dont il a recueilli des échan- tillons, ne diffère pas plus des plantes cultivées que certaines variétés de celles-ci ne diffèrent les unes des autres, et M. Go- gniaux, après avoir vu les plantes de Therbier de Kew, adopte cette opinion '. \037Le Concombre, cultivé depuis au moins trois mille ans dans l'Inde, a été introduit en Chine seulement au deuxième siècle avant Jésus-Christ, lors du retour de Chang-Kien, envoyé en Bactriane *. Du côté occidental, la propagation de l'espèce a marché plus vite. Les anciens Grecs cultivaient le Concombre sous le nom de Sikuos ^j qui est resté dans la langue moderne, sous la forme de Sikua, Les Grecs actuels disent aussi Aggouria, d'une ancienne racine des langues aryennes, appliquée quelque- fois à la Pastèque, et qui se retrouve pour le Concombre dans le bohème Agurka, l'allemand Gurke, etc. Les Albanais (Pélasges?) ont un tout autre nom, Kratsavets ^, qu'on reconnaît dans le slave Krastavak, Les Latins appelaient le Concombre Cucumis. Ces noms divers montrent l'ancienneté de l'espèce en Europe. Je citerai même un nom esthonien, Uggurits^ Ûkkurits^ Urits '. 11 ne semble pas finnois, mais plutôt emprunté à la mèrre racine aryenne que Aggouria, Si le Concombre était parvenu €n Europe \037i. Piddiûgton, Index. \0372. Botanical magazine, pi. 6206. \0373. Cogûiaux, dans de uandolle, Monogr. Phanér., 3, p. 499. \0374. Bretschneider, lettres des 23 et 26 août 1881. \0375. Theophrastes, Hist., 1. 7, c, 4; Lenz, Botanik der alten Griechen und Roemer^ p. 492. \0376. De Heldreich, Nutzpflanzen Griechenland's, p. 50. \0377. Nemnich, Polygl. Lexicon, 1, p. 1306. \037\035\013

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212 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037avant les Aryens on aurait peut-être quelque nom particulier dans la langue basque, ou Ton aurait trouvé des graines dans les habitations lacustres de Suisse et Savoie, mais cela ne s'est pas présenté. Les peuples voisins du Caucase ont des noms tout différents du grec : en tartare Kiar, en Kalmouk Chaja^ en arménien Karan *. Le nom Chiar existe aussi en arabe pour quelque variété de Concombre *. Ce serait donc un nom touranien, antérieur au sanscrit, par où la culture dans l'Asie occidentale aurait plus de 3000 ans. \037On dit communément que le Concombre était le Kischsckuim, un des fruits d'Egypte regrettés par les Israélites dans le désert ^. Je ne vois cepenoant aucun nom arabe, parmi les trois cités par Forskal, qui se rattache à celui-ci, et jusqu'à' présent on n'a pas trouvé d'indication de la présence du Concombre dans l'ancienne Egypte. \037Concombre Angoria. — Cucumis Anguria, Linné. \037Cette petite espèce de Concombre est désignée dans le Bon jardinier sous le nom de Concombre Arada. Le fruit, de la gros- seur d'un œuf, est très épineux. On le mange cuit ou conservé au vinaigre. Comme la plante est productive, sa culture est fré- quente dans les colonies américaines. Descourtilz et sir J. Hooker en ont publié de bonnes figures coloriées, et M. Cogniaux une planche contenant des analyses détaillées de la fleur *. \037L'indigénat aux Antilles est affirmé par plusieurs botanistes. P. Browne', dans le siècle dernier, appelait la plante Petit Con- combre sauvage (à la Jamaïque). Descourtilz s'est servi des expressions suivantes : « Le Concombre croit partout naturelle- ment, et principalement dans les savanes sèches et près des rivières dont les rives offrent une riche végétation. » Les habi- tants l'appellent Concombre marron. Grisebach ® a vu des échantil- lons de plusieurs autres îles Antilles et parait admettre leur qua- lité spontanée. M. E. André a trouvé 1 espèce sur le bord de la mer, dans les sables, à Porto-Cabello, et Burchell, dans le même genre de stations, au Brésil, dans une localité non désignée, ainsi que Riedel, près de Rio-de-Janeiro ^. Pour une infinité d'autres échantillons recueillis dans l'Amérique orientale, du Brésil à la Floride, on ne sait s'ils étaient spontanés ou cultivés. \037Une plante spontanée, du Brésil, fort mal dessinée dans Piso *, \0371. Nemùich, ibid, \0372. Forskal, Flora x^ypt., p. 76. \0373. Rosenmûller, Biblische Alterthunskunde^ \, p. 97; Hamilton, Bota- nique de la Bible, p. 34. \0374. Descourtilz, FÎortf médicale des Antilles^ 5, pi. 329; Hooker, Botanical magazine, t. 5817; Cogniaux, dans Flora brasiliensis, fasc. 78, pi. 2. \0375. Browne, Jamaïca, éd. 2, p. 353. \0376. Grisebach, Flora of british W. India islands, p. 288. \0377. Cogniaux, L c. \0378. Guanerva-oba, dans Piso, BrasiL, éd. 1658, p, 264; Marcgraf, éd. \037\035\013

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y^ BENINGASÂ 213 \037est citée comme appartenant à Tespèce, mais j'en doute beau- coup. \037\035\013\013sidéré de \037tous ,^ _,- \037d'Afrique. Il s'est demandé si celui-ci n'aurait point été intro- duit en Amérique par les nègres, comme beaucoup d'autres plantes qui s'y sont naturalisées. Cependant, n'ayant pu trouver aucune plante africaine qui fût semblable, il s'est rangé à l'opi- nion des auteui's. Sir Joseph Hooker, au contraire, incline à croire le C, Anguria une forme cultivée et modifiée de quelque espèce africaine voisine des C. prophetarum et C. Figarei^ bien que ceux-ci soient vivaces. En faveur de cette hypothèse, j'ajou- terai que : 4" le nom de Concombre marron^ donné dans les Antilles françaises, indique une plante devenue sauvage, car tel est le sens pour les nègres marrons; 2® la grande extension en Amérique, du Brésil aux Antilles, toujours sur la côte où la traite des nègres a été le plus active, parait un indice d'origine étrangère. Si l'espèce était américaine, antérieure à la décou- verte, avec une habitation d'une pareille étendue elle se serait trouvée aussi sur la côte occidentale d'Amérique et dans l'inté- rieur, ce qui n'est pas. \037La question ne sera résolue que par une connaissance plus complète des Cucumis d'Afrique, et par des expériences de fécon- dation, si quelqu'un a la patience et l'habileté nécessaires pour opérer sur le genre Cucumis comme M. Naudin sur les Cucur- bita. \037En terminant, je ferai remarquer la bizarrerie du nom vul- gaire des Etats-Unis pour l'Anguria : Jérusalem Cucumber, Con- combre de Jérusalem '. Prenez ensuite les noms populaires pour guide dans la recherche des origines I \037Beninoasa. — Benincasa hispida, Thunberg. — Benincasa cerifera^ Savi. \037Cette espèce, qui constitue à elle seule le genre Benincasa, ressemble tellement aux Courges que d'anciens auteurs l'avaient prise pour la Courge Pépon *, malgré l'efflorescence cireuse de la surrace du fruit. Elle est d'une culture générale dans les pays tropicaux. On a peut-être eu tort de la négliger en Europe après l'avoir essayée, car M. Naudin et le Bon jardinier s'accordent à la recommander. \037\035\0131648, p. 44, sans figure, en parle sous le nom de Cucumis sylvestris Bra- silix, \0371. Naudin, Ann, se, nat.^ série 4, vol. H, p. 12. \0372. Darlington, Agricultural botany, ç. 58. \0373. C'est le Cucurbita Pepo de Loureiro et de Roxburgh. \037\035\013

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214 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037C'est le Cumbalam de Rheede, le Camolenga de Rumphius, qui l'avaient vue au Malabar et dans les îles de la Sonde seu- lement cultivée, et en avaient donné des figures. \037D'après plusieurs ouvrages, même récents*, on pourrait croire que jamais elle n'a été trouvée à l'état spontané ; mais, si Ton fait attention aux noms divers sous lesquels on Fa décrite, il en est autrement. Ainsi les Cucurbita hispida^ Thunberg, et Lagenaria dasystemoriy Miquel, d'après des échantillons authentiques vus par M. Gogniaux ^, sont des synonymes de l'espèce, et ce sont des plantes sauvages au Japon ^, Le Cucurbita litt07*aiis^ Hasskarl *, trouvé dans des broussailles au bord de la mer, à Java^ et le Gymnopetatum septemlobum^ Miquel, aussi à Java, sont le Benin- casa, d après M. Gogniaux. De même le Cucurbita vacua, Mueller * et le Cucurbita pruriens^ Forster, dont il a vu des échantillons authentiques trouvés à Rockhingham , en Australie et aux îles de la Société. M. Nadeaud ® ne parle pas de cette dernière. On peut soupçonner des naturalisations temporaires dans les îles de la mer Pacifique et le Queensland, mais les localités de Java et du Japon paraissent très certaines. Je crois d'autant plus à cette dernière que la culture du Benincasa en Chine remonte à une haute antiquité '. \037Luffa cylindrique. — Momordica cylindrica, Linné. — Luffa cylindrica^ Rœmer. \037M. Naudin • s'exprime ainsi : « Le Luff'a cylindrica^ auauel on a conservé dans quelques-unes de nos colonies le nom indien de Pétole^ est probablement originaire de l'Asie méridionale, mais peut être il l'est aussi de l'Afrique, de l'Australie et des îles de rOcéanie. On le trouve cultivé par la plupart des peuples des pays chauds, et il paraît s'être naturalisé dans beaucoup de lieux où sans doute il n'existait pas primitivement. » M. Go- gniaux ' est plus affirmatif. « Espèce indigène, dit-il, dans toutes les régions tropicales de l'ancien monde ; souvent cultivée et subspontanée en Amérique, entre les tropiques. » \037En consultant les ouvrages cités par ces deux monographes et les herbiers, on trouve la qualité de plante sauvage certifiée quelquefois d'une manière positive. \0371. Clarke, daDS Flora ofbritish India^ 2, p. 616. \0372. Gogniaux, dans de CandoUe, Monogr, Planer,, 3, p. 513. \0373. Thunberg, FI, jap„ p. 322; Franchet et Savatier, Enum. plant. Jap,^ 1, p. 173. \0374. Hasskarl, Catal. horti bogor.. aller, p. 190; Miquel, Flora indo-batava. \0375. Mueller, Fragm., 6, p. 1*86; Forster, Prodr. (sans descr,); Seemann, Journal of bolany, 2, p . 50. \0376. Nadeaud, Plantes usuelles des Tahitiens ; Enumération des plantes indu gènes à Tatti. \0377. Breitschneider, lettre du 26 août 1881. \0378. Naudin, dans Ann. se. nat., série 4, vol. 12, p. 121, \0379. Gogniaux, dans Monogr. Phanewg., 3, p. 458. \037\035\013

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LUFFA ANGULEUX 215 \037En ce qui concerne TAsie *, Rheede Fa vue dans les sables, les forêts et autres lieux du Malabar ; Roxburgh la dit spontanée dans l'Hindoustan, Kurz dans les forêts du pays des Birmans ; Thwaites à Geylan. J'en possède des échantillon&de Geylan et de Khasia. On ne connaît aucun nom sanscrit, et le D"" Bretschneider, dans son opuscule On the study^ etc.j et dans ses lettres ne mentionne aucun Luffa cultivé ou spontané en Chine. Je présume par con- séquent que la culture n est pas ancienne, même dans Tlnde. \037En Australie , Tespèce est spontanée au bord des rivières du Queensland *, et d'après cela il est probable qu'on la trouvera spontanée dans l'archipel asiatique, où Rumphius, Miquel,etc., en parlent seulement comme d'une plante cultivée. \037Les herbiers renferment un grand nombre d'échantillons re- cueillis dans l'Afrique tropicale, de Mozambique à la côte de Guinée, et jusqu'au pays d'Angola, mais les collecteurs ne pa- raissent pas avoir indiqué si c'étaient des échantillons spon- tanés ou cultivés. Dans l'herbier Delessert, Heudelot a inaiqué les environs de Galam , dans les terrains fertiles. Sir Joseph Hooker ^ les cite, sans rien affirmer. MM. Schweinfurth et As- cherson *, toujours attentifs à ces questions, donnent l'espèce pour uniquement cultivée dans la région du Nil. Geci est assez curieux, parce que la plante ayant été vue, dans le xvii* siècle, dans les jardins d'Egypte, sous le nom arabe de Luff ^, on a nommé le genre Luffa et l'espèce Luff^a aegyptiaca. Les monu- ments de 1 ancienne Egypte n en ont ofifert aucune trace. L'ab- sence de nom hébreu est encore une raison de croire que la culture s'est introduite en Egypte au moyen âge. On la pratique aujourd'hui dans le Delta, non seulement pour le fruit, mais encore pour expédier les graines, dites de courgettes, dont la décoction sert à adoucir la peau. \037L'espèce est cultivée au Brésil, à la Guyane, au Mexique, etc. ; mais je n'aperçois aucun indice qu'elle soit indigène en Améri- que. Il paraît qu'elle s'est naturalisée çà et là, par exemple dans le Nicaragua, d'après un échantillon de Levy. \037En résumé l'origine asiatique est certaine, l'africaine fort dou- teuse, celle d'Amérique imaginaire, ou plutôt l'effet d'une natu- ralisation . \037Luflà angruleux. — Papengay. — Luffa acutangula , Roxburgh. L'origine de cette espèce, cultivée, comme la précédente, dans \0371. Rheede, Hort. malabar., 8, p. 15, t. 8; RoxburgU, FI. ind.j 3, p. 714, 715, sous le nom deL. clavata; Kurz, Contrib.,2, p. 100; Thwaites, Enum, \0372. Mueller, Fragmenta^ 3, p. 107; Bentham, Flora austral., S, p, 317, sous des noms synonymes de L. cylindrica d'après Naudin et Cogniaux. \0373. Hooker, dans Flora of tropical Africa, 2, p. 530. \0374. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlungt p. 268. 0. Forskal, FL œgypt., p. 75. \037\035\013

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216 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037tous les pays tropicaux, n'est pas bien claire, d'après MM. Nau- din et Gogniaux '. Le premier indique le Sénégal, le second \037\035\013\013par M. Glarke, dans la flore de sir J. Hooker. Rheede ' avait vu la plante autrefois dans les sables du Malabar. L'habitation naturelle parait limitée, car Thwaites à Geylan, Kurz dans la Birmanie anglaise et Loureiro pour la Gochinchine et la Ghine ^, ne citent l'espèce que comme cultivée, ou venant dans les dé- combres, près des jardins. Rumphius ^ l'appelle une plante du Bengale. Aucun Lufia n'est cultivé depuis longtemps en Ghine^ d'après une letttre du D^ Bretschneider. On ne connaît pas de nom sanscrit. Ge sont autant d'indices d'une mise en culture pas très ancienne en Asie. \037Une variété à fruit amer est commune dans l'Inde anglaise ^ à l'état spontané, car on n'a aucun intérêt à la cultiver. Elle existe aussi dans les îles de la Sonde. G'est le Luffa amaruy Roxburgh, et le L. sylvestris, Miquel. LeZ. subangulata, Miquel, est une autre forme, croissant à Java, que M. uogniaux réunit également, sur la vue d'échantillons certains. \037M. Naudin n'explique pas d'après quel voyageur la plante serait sauvage en Sénégambie ; mais il dit que les nègres l'appel- lent Papenaaye^ et, comme ce nom est celui des colons de l'île de France \ il est probable qu'il s'agit au Sénégal d'une plante cultivée, peut-être naturalisée autour des habitations. Sir Joseph Hooker, dans le Flora of tropical A frica, indique l'espèce, sans donner la preuve qu'elle soit spontanée en Afrique, et M. Go- gniaux est encore plus bref. MM. Schw^einfurth et Ascherson* ne l'énumèrent pas, soit comme spontanée, soit comme cultivée, , dans la région de l'Egypte , la Nubie et l'Abyssinie. Il n'y a aucune trace d'ancienne culture en Egypte. \037L'espèce a été envoyée souvent des Antilles, de la Nouvelle- Grenaae, du Brésil et autres localités d'Amérique ; mais on n'a pas d'indice qu'elle y soit ancienne, ni même qu'elle s'y trouve à distance des jardins, dans un état vraiment spontané. \037Les conditions ou probabilités d'origine et de date de culture sont, comme on voit, semblables pour les deux Luffa cultivés. A l'appui de l'hypothèse que ces derniers ne sont pas originaires \0371. Naudin, Ann, se, nat,, sér. 4, y. 12, p. 122; Cogniaux, dans Monogn Phaner,f 3, p. 459. \0372. Linné, Species, p. 1436, sous le nom de Cucumis acutangulus. \0373. Rheede, Hort, malab,^ 8, p. 13, t. 7. \0374. Thwaites, Enum, Ceylan., p. 126; Kurz, Contrib,, 2, p. 101; Loureiro,, FI. Cochinch.y p. 727. \0375. Rumphius, Amboin.y 5, ç. 408, t. 149 \0376. Clarke, dans Flora of hriiish India, 2, p. 614. \0377. Bojer, Horitis mauritianus, \0378. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlungj p. 268. \037\035\013

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CHAYOTE 217 \037d'Afrique, je dirai que les quatre autres espèces du genre sont ou asiatiques ou américaines, et, comme indice de plus que la culture des LufTa n'est pas très ancienne, j'ajoute que la forme du fruit a varié beaucoup moins que dans les autres Gucurbi- tacées cultivées. \037Trichosantlies serpent. — Trlchosanthes anguina, Linné. \037Gucurbits^cée annuelle, grimpante, remarquable par sa corolle frangée. On l'appelle dans l'Ile Maurice Petole, d'un npm usité à Java. Le fruit, allongé en quelque sorte comme un légume charnu de Légumineuse , est recherché dans l'Asie tropicale pour être mangé cuit, comme des concombres. \037Les botanistes du xvii® siècle l'ayant reçu de Chine, se sont figurés que la plante y est indigène, mais elle y était probable- ment cultivée. Le D^ Bretschneider * nous apprend que le nom chinois, Mankua^ signifie Concombre des barbares au sud. La patrie doit être l'Inde ou l'archipel indien. Aucun auteur cepen- dant n'affirme l'avoir trouvée dans un état clairement spontané. Ainsi M. Clarke se borne à dire dans la flore de l'Inde anglaise (2, p. 610^ : « Inde, cultivé. » M. Naudin ', avant lui, disait : « Habite 1 Inde orientale, où on la cultive beaucoup pour ses fruits. Elle se présente rarement à l'état sauvage. » Rumphius ^ n'est pas plus afflrmatif pour Amboine. Lourelro et Kurz en ce qui concerne la Cochinchine et le pays des Birmans, filume et Miquel pour les îles au midi de l'Asie, n'ont vu que la plante cultivée. Les 39 autres espèces du genre sont toutes de l'ancien monde, entre la Chine ou le Japon, l'Inde occidentale et l'Aus- tralie. Elles sont surtout dans l'Inde et l'archipel. Je regarde l'origine indienne comme la plus probable. \037L'espèce a été portée à l'île Maurice, où elle se sème autour des cultures. Ailleurs elle s'est peu répandue. On ne lui connaît aucun nom sanscrit. \037Ghayote. — Sechium eduk, Swartz. \037On cultive cette Cucurbitacée, dans l'Amérique intertropi- cale, pour ses fruits, qui ont une forme de Poire et le goût d'un Concombre. Ils ne contiennent qu'une graine, de sorte que la chair est abondante. \037L'espèce constitue à elle seule le genre Sechium. On en trouve des échantillons dans tous les herbiers, mais ordinairement les collecteurs n'ont pas indiqué s'ils étaient cultivés, naturalisés ou vraiment spontanés^ avec l'apparence d'être originaires du pays. Sans parler d'ouvrages dans lesquels on prétend que cette plante vient des Indes orientales, ce qui est tout à fait faux, plusieurs des plus estimés mentionnent pour origine la \0371. Bretschneider, On study, etc., p. 17. \0372. Naudin, Ann, se, nat., série 4, vol. 18, p 190. \0373. Rumphius, Amboin,, 5, pi. 148. \037\035\013

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218 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037Jamaïque *. Cependant P. Browne*, dans le milieu du siècle dernier, disait positivement qu'elle y est à Tétat de culture, et avant lui Sloane n'en a pas parlé. Jacquin ® dit qu'elle « habite et qu'on la cultive à Cuba )», et Richard a copié cette phrase dans la flore de R. de La Sagra, sans ajouter quelque preuve. M. Naudin * a dit : « Plante du Mexique », mais il ne donne pas les motifs de son assertion. M. Gogniaux ^, dans sa ré- cente monographie, cite un grand nombre d'échantillons re- cueillis du Brésil aux Antilles, sans dire qu'il en ait vu aucun qualifié de spontané. Seemann ® a vu la plante cultivée à Pa- nama, et il ajoute une remarque importante, si elle est exacte : c'est que le nom de Chayote, usité dans l'isthme, est une cor- ruption d'un nom atztec, Chayotl. Voilà un indice d'ancienne existence au Mexique, mais je ne trouve pas ce nom dans Her- nandez, l'auteur classique sur les plantes mexicaines antérieures à la conquête. La Chayote n'était pas encore cultivée à Cayenne il y a dix ans '. Au Brésil, rien ne fait présumer une ancienne culture. L'espèce n'est pas mentionnée dans les anciens auteurs, tels que Piso et Marcgraf, et le nom Chuchu^ donné comme bré- silien ', me paraît venir de Chocko, usité à la Jamaïque, lequel est peut-être une corruption du mot mexicain. \037Les probabilités sont, en résumé : 1® une origine du Mexique méridional et de l'Amérique centrale; 2® un transport aux Antilles et au Brésil à peu près dans le xvni« siècle. \037On a introduit plus tard l'espèce dans les jardins de Tile Maurice et récemment en Algérie, où elle réussit à merveille ^. \037Opuntia Figue d'Inde. — Opuntia Ficus indica^ Miller. \037La plante grasse, de la famille des Cactacées, sur laquelle vient le fruit appelé dans le midi de l'Europe Figue d^Inde^ n'a aucun rapport avec les Figuiers , ni le fruit avec la figue. Il n'est pas originaire de l'Inde, mais d'Amérique. Tout est faux et ridicule dans ce nom vulgaire. Cependant Linné en ayant fait un nom botanique. Cactus Ficus indica^ rapporté ensuite au genre Opuntia^ il a fallu conserver le nom spécinque, pour éviter les changements, sources de confusion, et rappeler la dénomina- tion populaire. Les formes épineuses et plus ou moins dépour- vues d'épines ont été désignées par quelques auteurs comme des espèces distinctes, mais un examen attentif porte à les réunir ". \0371. Grisebach, Flora ofbrit, W. India IslandSy p. 286. \0372. Browne, jamaica, p. 355. \0373. Jacquin, Stirp. amer, hist,, p. 259. \0374. Naiidin, Ann. se, nat.j série 4, vol. 18, p. 205. \0375. Dans Monogr. Phanev., 3. p. 902. \0376. Seemann, Bot, ofHerala, p. 128. \0377. Sagot, Journal de la Soc, a*hwHic, de France, 1872. \0378. Gogniaux, Flora brasil., fasc. 78. \0379. Saffot, l. c, 19. \03710. Webb et Berthelot, Phytographia canariensis, sect. I, p. 208. \037\035\013

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GROSEILLIER À MAQUEREAUX 219 \037L'espèce existait, à l'état spontané et cultivé, au Mexique, avant l'arrivée des Espagnols. Hernandez * en décrit neuf va- riétés, ce qui montre l'ancienneté de la culture. L'une d'elles, à peu près sans épines, paraît avoir nourri plus spécialement que les autres l'insecte appelé cochenille, qu'on a transporté avec la plante aux îles Canaries et ailleurs. On ne peut pas savoir jusqu'où s'étendait l'habitation en Amérique avant que l'homme eût transporté les fragments de la plante, en forme de raquette, et'les fruits^ qui sont deux moyens faciles de propagation. Peut- être les individus sauvages dans la Jamaïque et autres îles Antilles dont parlait Sloane *, en 1725, étaient-ils le résultat d'une introduction par les Espagnols. Assurément Tespèce s'est naturalisée dans cette direction aussi loin que le climat le lui per- met, par exemple jusqu'à la Floride méridionale ^. • \037C'est une des premières plantes que les Espagnols aient trans- portées dans le vieux monde, soit en Europe, soit en Asie. Son apparence singulière frappait d'autant plus l'attention qu'au- cune espèce de la famille n'avait encore été vue *. Tous les botanistes du xvi« siècle en ont parlé, et en même temps la plante s'est naturalisée dans le midi de l'Europe et en Afrique à mesure qu'on se mettait à la cultiver. C'est en Espagne que rOpuntia a d'abord été connu sous le nom américain de Tm%a^ et probablement se sont les Maures qui l'ont porté en Barbarie, quand on les a chassés de la Péninsule. Ils le nommaient Figue de chrétien ^. L'usage d'entourer les propriétés de Figuiers d'Inde, comme clôture, et la valeur nutritive des fruits, assez fortement sucrés, ont déterminé l'extension autour de la mer Méditerranée et en général dans les pays voisins des tropic^ues. \037L'élève de la cochenille, qui nuisait à la production des fruits ^, est en pleine décadence depuis la fabrication des matières colo- rantes par des procédés chimiques. \037Groseillier & maquereaux. — Rxhes Grossularia et R. Vva- crispUy Linné. \037Les formes cultivées présentent ordinairement un fruit lisse ou qui porte quelques gros poils raides, tandis que le fruit de la forme sauvage (R. Uva-crispa) a des poils mous et moins longs ; mais on a constaté souvent des intermédiaires, et il a été prouvé, par expérience, qu'en semant des graines du fruit cultivé on obtient des pieds ayant des poils ou sans poils '. Il n'y a, par conséquent, qu'une seule espèce, qui a donné par la culture une \0371. Hernandez, Thésaurus Novœ Hispanise, p.78. \0372. Sloane, Jamaica^ 2, p. 150. \0373. Chapman, Flora of south. United states, p. 144. \0374. Le Cactos des Grecs était tout autre chose. \0375. Steinheil, dans Boissier, Voyage bot, en Espagne ^ 1, p. 25. \0376. WeJbb et Berthelot, Phyt, canar, \0377. Robson, cité dans English botany, planche 2057. \037\035\013

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220 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037variété principale et plusieurs sous- variétés quant à la grosseur, la couleur ou la saveur du fruit. \037Ce Groseillier croît spontanément dans toute l'Europe tem- pérée, depuis la Suède méridionale jusque dans les parties mon- tueuses de TEspagne centrale, de l'Italie et de la Grèce *. On le mentionne aussi dans l'Afrique septentrionale, mais le dernier catalogue* publié des plantes d'Algérie ^ l'indique seulement dans les montagnes d'Aurès, et M. Bail en a trouvé une variété assez distincte dans l'Atlas du Maroc ^. Il existe dans le Cau- case * et, sous des formes plus ou moins différentes, dans l'Hima- laya occidental ^. \037Les Grecs et les Romains n'ont pas parlé de cette espèce, qui est rare dans le midi et qu'il ne vaut guère la peine de planter là où les raisins mûrissent. C'est surtout en Allemagne , en Hollande et en Angleterre qu'on l'a cultivée, depuis le xvi* siè- cle ®, principalement pour assaisonnement, d'où viennent les noms de Gooseberry en anglais et de Groseille à mciquereaux en français. On en fait aussi une sorte de vin. \037La fréquence de la culture dans les îles Britanniques et les lieux où on le trouve, qui sont souvent près des jardins, ont fait naître chez plusieurs botanistes anglais l'idée d'une naturalisa- tion accidentelle. C'est assez probable pour l'Irlande  ; mais, comme il s'agit d'une espèce essentiellement européenne, je ne vois pas pourquoi en Angleterre, où la plante sauvage est plus commume, elle n'aurait pas existé depuis l'établissement de la plupart des espèces de la flore britannique, c'est-à-dire depuis la fin de l'époque glaciaire, avant la séparation de l'île d'avec le continent. Phillips cite un vieux nom anglais tout particulier, Feaherry ou Feaôes, qui vient à l'appui d'une ancienne exis- tence, de même que deux noms gallois *, dont je ne puis cepen- dant pas attester l'originalité. \037Groseillier rouge. — fiibes rubrum, Linné, \037Le Groseillier ordinaire, rouge, est spontané dans l'Europe septentrionale et tempérée, de même que dans toute la Sii>érie ^ jusqu'au Kamtschatka, et en Amérique du Canada et du Ver- mont à l'embouchure de la rivière Mackensie *®. \037Comme le précédent, il était inconnu aux Grecs et aux Ro- \0371. Nyman, Conspecttis fl. europex, p. 266 ; Boissier, FI. or., 2, p. 815. \0372. Miinby, Catal., éd. 2, p. 15. \0373. Bail, Spicilegium fl, marocc, p. 449. \0374. Ledebour, Fl. ross., 2, p. 194 ; Boissier, /. c. \0375. Clarke, dans Hooker, FÎ. brit. India, 2, p. 410. \0376. Phillips, Account of fi^its, p. 174. \0377. Moore et More, Contrib, to the Cybebe hibernica, p. 113. \0378. Davies, Welsh botanology, p. 24. \0379. Ledebour, Fl. ross., 2, p. 199. \03710. Torrev et Gray, Fl. N. Am.y 1, p. 150. \037\035\013

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GROSEILLIER ROUGE 221 \037mains, et la culture s'en est introduite dans le moyen âge seule- ment. La plante cultivée diffère à peine de la plante sauvage. L'origine étrangère pour le midi de l'Europe est attestée par le nom Groseille a outremer^ donné en France % au xvi« siècle. A Genève, la Groseille se nomme encore vulgairement Raisin de mare^ et, dans le canton de Soleure, Meertrûbli. Je ne sais pour- quoi on s'est imaginé, il y a trois siècles, que l'espèce venait d'ou- tremer. Peut-être doit-on l'entendre dans ce sens, qu'elle aurait été importée par les Danois et les Normands, ou que ces peuples du nord, venus par mer, en auraient introduit la culture. J'en doute, cependant, car le Ribes rubrum est spontané dans presque toute la Grande-Bretagne * et en Normandie • ; les Anglais, qui ont eu des rapports fréquents avec les Danois, ne le cultivaient pas encore en 1557, d'après une liste des fruits de cette époque rédigée par Th. Tusser et publiée par Phillips *, et même du temps de Gerarde, en 1597 *, la culture en était rare et la plante n'avait pas de nom particulier ® ; enfin, il y a des noms français et bretons qui font supposer une culture antérieure aux Normands dans l'ouest de la France. \037Les vieux noms de cette contrée nous sont indiqués dans le Dictionnaire de Ménage. Selon lui, on appelait les groseilles rouges, à Rouen Gardes^ à Caen Grades^ dans la basse Nor- mandie Gradilles^ et dans son pays, en Anjou, Castilles, Ménage fait venir tous ces noms de rubius, rubicus, etc., par une suite de transformations imaginaires, du mot ruber, rouge. Legonidec ' nous apprend que les Groseilles rouges se nomment aussi Kas- tilez (avec / mouillée) en Bretagne, et il fait venir ce nom de Castille, comme si un fruit fort peu connu en Espagne et abon- dant dans le nord pouvait venir de la péninsule. Ces mots, répandus à la fois en Bretagne et hors de Bretagne, me semblent d'une origine celte, et à l'appui je dirai que, dans le Dictionnaire de Legonidec lui-même, gardiz signifie en breton rude, âpre, piquant, aigre, etc., ce qui fait deviner l'étymologie. Le nom générique Ribes a donné lieu à d'autres erreurs. On avait cru reconnaître une plante appelée ainsi par les Arabes ; mais ce mot vient plutôt d'un nom très répandu dans le nord pour le Gro- seillier, Ribs en danois ^, Risp et Resp en suédois •. Les noms slaves sont tout différents et assez nombreux. \037\035\0131. Dodoneus, p. 748. \0372. Watson, Cybele brit, \0373. Brebisson, Flore de Normandie^ p. 99. \0374. Phillips, Account of fruits, p. 136. \0375. Gérard, Herbal, p. 1143. \0376. Celui de Currant est venu plas tard, par suite de Tanalogie avec les raisins de Gorinthe (Phillips, ib.), \0377. Legonidec, Diction, celto- breton. \0378. Moritzi, Dict, inéd, des noms vulgaires, \0379. Linné, Flora suecica, n. 197. \037\035\013

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222 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037Groseillier noir. — Cassis. — Bibes nigmm, Linné. \037Le Cassis existe à l'état spontané dans l'Europe septentrionale, depuis l'Ecosse et la Laponie jusque dans le nord de la France et de l'Italie ; en Bosnie S en Arménie *, dans toute la Sibérie, et la région du fleuve Amour, et dans THimalaya occidental '. Il se naturalise souvent, par exemple, dans le centre de la France *. \037Les Grecs et les Romains ne connaissaient pas cet arbuste^ qui est propre à des pays plus froids que les leurs. D'après la diversité de ses noms dans toutes les langues, même antérieures aux Aryens, du nord de l'Europe, il est clair qu'on en recher- chait les fruits à une époque ancienne, et qu'on a probablement commencé à le cultiver avant le moyen âge. J. Bauhin ^ dit qu'on le plantait dans les jardins en France et en Italie, mais la plupart des auteurs du xvi® siècle n'en parlent pas.- On trouve dans V Histoire de la vie privée des Français, par Le Grand d'Aussy , publiée en 1782, vol. 1, p. 232, cette phrase assez curieuse : « Le Cassis n'est guère cultivé que depuis une quarantaine d'années, et il doit cette sorte de fortune à une brochure intitulée Cultvre du cassis, dans laquelle l'auteur attribuait à cet arbuste toutes les vertus imaginables. » Plus loin (vol. 3, p. 80), l'auteur revient sur l'usage fréquent du ratafia de cassis depuis la brochure en Question. Bosc, toujours exact dans ses articles du Dictionnaire a' agriculture, parle bien de cet engouement, au nom Groseillier, mais il a soin de dire : c On le cultive de très ancienne date, pour son fruit, qui a une odeur particulière, agréable aux uns, désa- gréable aux autres et passe pour stomachique et diurétique. » Il est employé dans la fabrication des liqueurs appelées ratafia et cassis K \037Olivier. — Oka europsea, Linné. \037L'Olivier sauvage, désigné dans les livres de botanique comme variété sylvestris ou Oleaster, se distingue de l'arbre cultivé par un fruit plus petit, dont la chair est moins épaisse. On obtient \0371. Watson, Compend, Cybele, 1, p. 177; Pries, Summa veg. Scandinaxix, p. 39 ; Nyman, Conspectus flot'ée europeœ, p. 266. \0372. Boissier. FL o?*., 2, p. 815. \0373. Ledebour, FI, ross,, p. 200 ; Maximovicz, Primitiœ fl. Amur, p. 119 ; Clarke, dans Hooker, FL hrit, India, 2, p. 411. \0374. Boreau, Flore du centre de la France, éd. 3, p. 262. \0375. Bauhin, Hist. plant., 2, p. 99. \037\035\013\013qu \037pas Forigine. Je De l'ai pas trouvé dans les livres de bôtaniqi \037milieu du xviii*' siècle. Mon recueil manuscrit de noms vulgaires ne pré- sente pas, sur pins de quarante noms de cette espèce dans différentes lan- gues ou patois, un seul nom analogue. Buchoz, dans son Dictionnaire des plantes, 1770, 1, p. 289, appelle la plante le cassis ou cassetier des Poi- tevins. L'ancien nom français était poivrier ou groseillier noir. Le Diction- naire de Larousse dit gu'on fabriquait des liqueurs estimées à Cassis, en Provence. Serait-ce Torigine du nom? \037\035\013

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OLIVIER 323 \037de meilleurs fruits par le choix des graines, les boutures ou les greffes de bonnes variétés. \037L'Okaster existe aujourd'hui dans une vaste région à Test et à Touest de la Syrie, depuis le Punjab et le Belouchistan \ jusqu'en Portugal et même à Madère, aux lies Canaries et au Maroc ^; et, dans la direction du midi au nord, depuis FAtlas jusqu'au midi de la France, l'ancienne Macédoine, la Grimée et le Caucase ^. Si l'on compare ce que disent les voyageurs et les auteurs de flores, il est aisé de voir que sur les frontières de cette habitation on a souvent des doutes à l'égard de la qualité spontanée et indigène , c'est-à-dire très ancienne , de l'espèce. Tantôt, elle se présente à l'état de buissons, qui fructi- fient peu ou point, et tantôt, par exemple en Crimée, les pieds sont rares, comme s'ils avaient échappé, par exception, aux effets destructeurs d'hivers trop rigoureux qui ne permettent pas un établissement déOnitif. En ce qui concerne l'Algérie et le midi de la France, les doutes se sont manifestés dans une discussion, entre des hommes très compétents, au sein de la Société bota- nique ^. Ils reposent sur le fait incontestable que les oiseaux transportent fréquemment les noyaux d'olives dans les endroits non cultivés et stériles, où la forme sauvage de VOleaster se produit et se naturalise. \037La question n'est pas bien posée lorsqu'on se demande si les Oliviers de telle ou telle localité sont vraiment spontanés. Dans une espèce ligneuse qui vit ^ussi longtemps et qui repousse du pied guand un accident l'a atteinte, il est impossible de savoir l'origine des individus qu'on observe. Ils peuvent avoir été semés par l'homme ou les oiseaux à une époque très ancienne^ car on connaît des Oliviers de plus de mille ans. L'effet de ces semis est une naturalisation, qui revient à dire une extension de l'ha- bitation. Le point à examiner est donc de savoir quelle a été la patrie de l'espèce dans les temps préhistoriques très anciens, et comment cette patrie est devenue de plus en plus grande à la suite des transports de toute nature. Ce n'est pas la vue des Oliviers actuels qui peut résoudre cette question. 11 faut chercher dans quels pays a commencé la culture et comment elle s'est propagée. Plus elle a été ancienne dans une région, plus il est probable que l'espèce s'y trouvait à l'état sauvage depuis les événements géologiques antérieurs aux faits de l'homme pré- historique. \037\035\0131. Aitchison, Catalogue^ p. 86. \0372. Lowe, Manual flora of Madeira, 2, p. 20 ; Webb et Berthelot, Hist, nat. des Canaries, Géogr. bot., p. 48 ; Bail, Spicilegium florœ maroccanx^ \037p. 565. \0373. Gosson, Bull, Soc. bot. France, 4, p. 107, et 7, p. 31 ; Grisebach, Spi- cilegium florœ rumelicœ, 2, jp. 71 ; Steven, Verzeichniss d. taurischen Hal- binseln, p. 248 ; Ledeboar, fl. ross., p. 38. \0374. Bulletin, 4, p. 107. \037\035\013

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334 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037Les plus anciens livres hébreux parlent de roiivier, Sait ou Zeit^ sauvage et cultivé *. C'était un des arbres promis de la terre de Canaan. La plus ancienne mention est dans la Genèse, où il est dit que la colombe lâchée par Noé rapporta une feuille d'Olivier. Si Ton veut tenir compte de cette tradition accompa- gnée de détails miraculeux, il faut ajouter que, d'après les dé- couvertes de Térudition moderne, le mont Ararat de laBible devait être à Torient du mont Ararat actuel d'Arménie, qui s'appelait anciennement Masis. En étudiant le texte de la Genèse, François Lenormand ' reporte la nlontagne en question jusqu'à THindou- kousch, et même aux sources de llndus. Mais alors il la suppose près du pays des Aryas, et cependant l'Olivier n'a pas de nom sanscrit, pas même du sanscrit dont les langues indiennes sont dérivées '. Si l'Olivier avait existé dans le Punjab, cemme main- tenant, les Aryo-Indiens, dans leurs migration^ vers le midi, l'au- raient probablement nommé, et s'il avait existé dans le Mazan- déran, au midi de la mer Caspienne, comme aujourd'hui, les Aryens occidentaux l'auraient peut-être connu. A ces indices négatifs, on peut objecter seulement que l'Olivier sauvage n'attire pas beaucoup l'attention et que l'idée d'en extraire de l'huile est peut-être venue tardivement dans cette partie de l'Asie. \037D'après Hérodote *, la Babylonie ne produisait pas d'Oliviers et ses habitants se servaient d'huile ae Sésame. Il est certain qu'un pareil pays, souvent inondé, n'était pas du tout favorable à l'Olivier. Le froid l'exclut des plateaux supérieurs et des montagnes du nord de la Perse. \037J'ignore s'il existe un nom zend, mais le nom sémitique Sait doit remonter à une grande ancienneté, car il se retrouve à la fois en persan moderne, Seitun *, et en arabe, Zeitun^ Sj'etun • ; il est même dans le turc et chez les Tartares de Crimée, Seitun ^, ce qui pourrait faire présumer une origine touranienne ou de l'époque très reculée du mélange des peuples sémitiques et tou- raniens. \037Les anciens Egyptiens cultivaient l'Olivier, qu'ils appelaient Tat *. Plusieurs botanistes ont constaté la présence de rameaux ou de feuilles d'Olivier dans les cercueils de momies *. Rien \037\035\013\. Rosenmûller^ Handbuch der bihlischen Âlterthitmskunde, y oL 4, p. 2o8, et Hamilton, Botanique de la Bible^ p. 80, où les passages sont iacuqués. \0372. Fr. Lenormand, Manuel de P histoire ancienne de l*Orient, i%G9, voL 1, p. 31. \0373. Fick, Wôrterôuch. — l^iddingion, Index, ne mentionne qa*un nom hin- doustani^ Julpai. \0374. Hérodote, Hist,, 1. 1, c. 193. \0375. Boissier, Flora or,, 4, p. 36. \0376. Ebn Balthar/trad. allem., p. 569; Forskal, Plant, Egypt., p. 49. \0377. Boissier, Z. c. ; Steven, /. c. \0378. Unger, Die Pflanzen d. alten jEgyptens, p. 45. \0379. De CandoUe, PhysioL végét,, p. 696; Al. Braun, l. c, p. 12; Pl^yte, cité par Braun et par Ascherson, Sitzber. Naturfor, Ges,, 15 mai iZTJ. \037\035\013

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OLIVIER 225 \037n'est plus certain, quoique M. Hehn ait dit récemment le con- traire, sans alléguer aucune preuve à l'appui de son opinion *. Il serait intéressant de savoir sous quelle dynastie avaient été déposés les cercueils les plus anciens dans lesquels on a trouvé des rameaux d'Olivier. Le nom égyptien, tout différent du nom sémite, indique une existence plus ancienne que les pre- mières dynasties. Je citerai tout à Tiieure un fait à l'appui cle cette grande antiquité. \037Selon Théophraste *, il y avait beaucoup d'Oliviers et l'on récoltait beaucoup d'huile dans la Gyrénaïque, mais il ne dit pas que l'espèce y fût sauvage, et la circonstance qu'on récoltait beaucoup d'huile fait présumer une variété cultivée. La contrée basse et très chaude entre l'Egypte à l'Atlas n'est guère favorable à une naturalisation de l'Olivier hors des plantations. M. Krahk, botaniste très exact, dans son voyage à Tunis et en Egypte, ne l'a vu nulle part à l'état sauvage ^ bien qu'on le cultive dans les oasis. En Egypte, il est seulement cultivé, d'après MM. Schwein- furth et Ascherson, dans leur résumé de la flore de la région du Nil*. \037La patrie préhistorique s'étendait probablement de la Syrie vers la Grèce, car l'Olivier sauvage est très commun sur la côte méridionale de l'Asie Mineure. Il y forme de véritables forêts *. C'est sans doute là et dans l'Archipel que les Grecs ont pris de bonne heure connaissance de cet arbre. S'ils ne l'avaient pas vu chez eux, s'il l'avaient reçu des peuples sémites, ils ne lui au- raient pas donné un nom spécial, Flaia, dont les Latins ont fait Olea, L'Iliade et \ Odyssée mentionnent la dureté du bois d'Oli- vier et l'usage de s'oindre le corps avec son huile. Celle-ci était d'un emploi habituel pour la nourriture et l'éclairage. La my- thologie attribuait à Minerve la plantation de l'Olivier dans l'Attique, ce qui signifie probablement l'introduction de variétés cultivées et de procédés convenables pour l'extraction de l'huile. Aristée avait introduit ou perfectionné la manière de presser le fruit. \037Ce même personnage mythologique, du nord de la Grèce, avait porté, disait-on, l'Olivier en Sicile et en Sardaigne. Les Phéniciens, à ce qu'il semble, ont pu s'en acquitter comme lui et de très bonne heure, mais, à l'appui de l'introduction de l'espèce ou d'une variété perfectionnée par les Grecs, je dirai que dans les îles de la Méditerranée le nom sémite Zeit n'a laissé aucune trace. C'est le nom gréco-latin qui existe comme en Italie ^, tandis que sur la côte voisine d'Afrique et en Espagne ce sont \0371. Hehn, Kulturpflanzen, éd. 3, p. 88, ligne 9. \0372. Theophrastes^ Hist. plant. ^ 1. 4, c. 3, a la fin. \0373. Kralik, dans Bull, Soc. bot, Fr.y 4, p. 108. \0374. Schweinfurth et Ascherson, Beiiràge zur flora éthiopiens y p. 281. \0375. Balansa. BulL Soc. bot. de France, 4, p. 107. \0376. Moris, Flora sardoa, 3, p. 9 ; Bertoloni, Flora ital., 1, p. 46. \037De Cândolle. 15 \037\035\013

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3S6 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037des noms égyptien ou arabe, comme je rexpUqaerai dans un instant. \037Les Romains ont connu TOlivier plus tard que les Grecs. D*après Pline \ ce serait seulement à l*époqae de Tarquin rAncien, en 627 avant J.-G., mais probablement Fespèce exis- tait déjà dans la Grande Grèce, comme en Grèce et en Sicile. D^ailleurs Pline voulait parler peut-être de TOlivier cultivé. \037Un fait assez singulier, qui n'a pas été remarqué et discuté \037{>ar les philologues, est que le nom berbère de l'Olivier et de 'olive a pour racine Taz ou Tas, analogue au Tat des anciens E^ptiens. Les Kabaïles de la division d'Alger, d'après le Dic- tionnaire français-berbère, publié par le gouvernement français, appellent TOlivier sauvage Tazebboujt^ Tesettka Ou' ZebbouJ et rOlivier greffé Tazemmourty Tasettka Ou' zemmour. Les Touaregs, autre peuple berbère, disent Tamahinet*. Ce sont bien des indices d'ancienneté de l'Olivier en Afrique. Les Arabes ayant conquis cette contrée et refoulé les Berbères dans les montagnes et le désert, avant également soumis l'Espagne à l'exception du pays basque, les noms dérivés du sémitique Zeit ont prévalu même dans l'espagnol. Les Arabes d'Alger disent Zenboudje pour l'Olivier sauvage, Zitoun pour l'olivier cultivé ', Zit pour Thuile d'olive. Les Andalous appellent l'olivier sauvage Azebucke et le cultivé Aceytuno ^. Dans d'autres provinces, on emploie concuremment le nom d'origine latine, OHuio^ avec les noms arabes ^. L'huile se dit en espagnol aceyte^ oui est presque le nom hébreu; mais les hmles saintes s^ppellent oUoê santoi^ parce qu'elles se rattachent à Rome. Les Basques se servent du nom latin de l'Olivier. \037D'anciens voyageurs aux îles Canaries, par exemple Bontier, en 1403, mentionnent l'Olivier dans cet archipel, oii les botanistes modernes le regardent comme indigène ^. Il peut avoir été inbtH duit par les Pnéoiciens, s'il n'existait pas antérieurement. On ignore si les Guanches avaient des mots pour olivier et huile. Webb et Berthelot n'en indiquent pas dans leur savant chapitre sur la langue des aborigènes \ On peut donc se livrer à diffé- rentes conjectures. Il me semble que l'huile aurait joué un rôle important chez les Guanches s'ils avaient possédé l'Olivier, et qu^l en serait resté quelque trace dans la langue actuelle popu- laire. A ce point de vue, la naturaUsation aux Canaries n'est peut-être pas aussi ancienne que les voyages des Phéniciens. Aucune feuille d'Olivier n'a été trouvée jusqu'à présmit dans \0371. Pline, /Tw^, 1. 15, c. 1. \0372. Uuveyrier. Les Touaregs du nord (1864), p. 17». \0373. Munby, Flore de V Algérie, p. 2 ; Debeaux, Catal. Boghêr^ p. 68. \0374. Boissier, Voyage bot. en Espagne , éd. 1, 2, p. 407. \0375. Willkomm et Lange, ?rodr, fl. hùpan,, 2, p. 672. \0376. Webb et Bertbelot, Hist, nat. des Canaries f Géog, bot., p. 47 «t 48. \0377. Webb et Berthelot, Ibid,, Ethnographie, p. 18S. \037\035\013

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CAÏNITIBR 2S7 \037les tufs de la France méridionale, de la Toscane et de la Sicile, où Ton a constaté le laurier, le myrte et autres arbustes actuelle* ment vivants. C'est un indice, jusqu'à preuve contraire, de natu- ralisation subséquente. \037L'Olivier s'accommode bien des climats secs, analogues à celui de la Syrie ou de l'Algérie. Il peut réussir au Gap, dans plusieurs régions de TAmérique, en Australie, et sans doute il y deviendra spontané quand on le plantera plus souvent. La lenteur de sa croissance, la nécessité de le greffer ou de choisir des rejetons d'une bonne variété, surtout la concurrence d'autres espèces oléifères ont retardé jusqu'à présent son expansion, mais un arbre qui donné des produits sur les sols les plus ingrats ne peut pas être négligé indéfiniment. Même dans notre vieux monde, où il existe depuis tant de milliers d^années, on doublera sa production quand on voudra prendre la peine de greffer les pieds sauvages, à l'imitation des Français en Algérie. \037Galnltier. — Chrysophyllum Caînito^ Linné. \037Le Gaïnitier ou Ciàimitier , Star apple des Anglais , ap- partient à la famille des Sapotacées. il donne un fruit assez estimé dans l'Amérique tropicale, quoique les Européens ne l'aiment pas beaucoup. Je ne vois pas qu'on se soit occupé de l'introduire dans les colonies d'Afrique ou d'Asie. De Tussac en a donné une bonne figure dan^ sa flore des Antilles, vol. 2, pi. 9. \037Seemann ^ a vu le Chysophyllum Caïnito sauvage dans plu- sieurs endroits de Pisthme de Panama. De Tussac^ colon de Saint-Domingue, le regardait comme spontané dans les forêts des Antilles, et Grisebach ' le dit spontané et cultivé à la Jamaï- que, Saint-Domingue, Antigoa et la Trinité. Avant lui, Sloane le considérait comme échappé des cultures à la Jamaïque, et Jacquin s'iest servi d'une expression vague en disant : « Habite à la Martinique et à Saint-Domingue '. » \037Galmito. — Lucuma Caîmito, Alph. deCandoUe. \037Il ne faut pas confondre ce Caîmito, du Pérou, avec le Chry- sophyllum Caïnito des Antilles. Tous deux appartiennent à la famille des Sapotacées, mais leurs fleurs et leurs graines diffè- rent. Celui-ci est figuré dans Ruiz et Pavon, Flora peruviana^ vol. 3, pi. 240. \037Cultivé au Pérou on l'a transporté à Ega, sur le fleuve des Amazones, et à Para, où communément on le nomme Abi ou Abiu *. \037D'après Ruiz et Pavon, il est sauvage dans les parties chaudes du Pérou, au pied des Andes. \0371. Seemann, Bofany of Herald, jp, 166. \0372. Grisebach. Flora of briHsh W. Ind. uiand», p. 398. \0373. Sloane, Jamaïqwe, 2, p. 170 ; Jacquin, Amer,, p. 52. \0374. Flora brasil., vol. 7, p. 88. \037\035\013

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228 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037Mammei ou Mammei-Sapote. — Lucuma mammosa, Gsertner. \037Cet arbre fruitier, de l'Amérique tropicale et de la famille des Sapotacées, a donné lieu dans les ouvrages de botanique à plu- sieurs méprises *. Il n'a pas encore été figuré d'une manière complète et satisfaisante, parce que les colons et les voyageurs le croient trop connu pour en envoyer des échantillons bien choisis, qu'on puisse décrire dans les herbiers. C'est du reste une négligence assez fréquente lorsqu'il s'agit de plantes cultivées. \037Le Mamnaei est cultivé aux Antilles et dans certaines régions chaudes du continent américain. M. Sagot nous dit qu'il ne Test pas à Cayenne, mais bien dans le Venezuela *. Je ne vois pas qu'on Tait transporté en Afrique ou en Asie, si ce n'est aux îles Philippines ^. C'est à cause, probablement, de la saveur trop fade de son fruit. \037Humboldt et Bonpland l'ont trouvé sauvage dans les forêts des missions de l'Orénoque "*. Tous les auteurs l'indiquent dans les Antilles, mais comme cultivé, ou sans affirmer qu'il soit spontané. Au Brésil il est uniquement dans les jardins. \037Sapotillier — Sapota Achras, Miller. \037Le' fruit du Sapotiller est le plus estimé de la famille des Sa- potacées et l'un des meilleurs des régions intertropicales. Une Sapotille plus que mûre, dit Descourtilz dans sa flore des An- tilles, est fondante et ofire les doux parfums du miel, du jasmin et du muguet. L'espèce est très bien figurée dans le Botanical Magazine^ pi. 3111 et 3112, ainsi que dans Tussac, Flore des An- tillesy 1, pi. 5. On Ta introduite dans les jardins de l'île Maurice, de l'archipel asiatique et de Hnde, depuis l'époque de Rum- phius et Rheede, mais personne ne doute de son origine améri- caine. \037Plusieurs botanistes Pont vue à l'état spontané dans les forêts de l'isthme de Panama, de Gampêche ^, du Venezuela ® et peut- être de la Trinité ^. A la Jamaïque, du temps de Sloane, elle existait seulement dans les jardins ^. Il est bien douteux qu'elle soit sauvage dans les autres Antilles , quoique peut-être des graines jetées çà et là l'aient naturalisée jusqu'à un certain de- gré. Dans les plantations, les jeunes pieds ne sont pas faciles à élever, d'après Tussac. \0371. Voir la synonymie dans Flora brasiliensis^ vol. 7, p. 66. \0372. Sagot, dans Journal Soc. d'hort. de France^ 1872, p. 347. \0373. Blanco, FI. de Filipinas, sous le nom d'Achras Lucuma. \0374. Nova gênera, 3, p. 240. \0375. Dampier et Liissan, dans Sloane, Jamaïca, 2, p. 172; Seemann, Bol. of Herald, p. 166. \0376 Jacquin, Amer., p. 59; Humboldt et Bonpland, Nova gênera, 3, p. 239. \0377. Grisebach, Flora of brit W. Ind,, p. 399. \0378. Sloane, L c. \037\035\013

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AUBERGINE. — PIMENTS 229 \037Aubergine. — Solarium Melongena, Linné. — Solarium escu- lentum^ Dunal. \037L'Aubergine a un nom sanscrit, Vartta^ et plusieurs noms que Piddington, dans son Index ^ regarde comme à la fois sanscrits et bengalis, tels que Bong, Bartakou, Mahoti^ Hingoli, Wallich, dans son édition de la flore indienne de Roxburgh, indique Vartta^ Varttakou, Yarttaka^ Bunguna^ d'oùrindustanii&î/n^an. \037On ne peut douter, d'après cela, que l'espèce ne fût connue dans l'Inde depuis un temps très reculé. Rumphius Tavait vue dans les jardins des îles de la Sonde et Loureiro dans ceux de la Gochinchine. Thunberg ne la mentionne pas au Japon, quoique maintenant on en cultive plusieurs variétés dans ce pays. Les Grecs et les Romains n^en avaient pas connaissance, et aucun botaniste n'en a parlé en Europe avant le commence- ment du xvu* siècle *, mais la culture a dû se propager vers l'Afrique avant le moyen âge. Le médecin arabe Ebn Baithar *, qui écrivait au xiii® siècle, en a parlé, et il cite Rhasès, qui vivait dans le ix« siècle. Rauwolf ' avait vu la plante dans les jardins d'Alep, à la fin du xvi® siècle. On l'appelait Melanzana et Beden- giam. Ce nom arabe, que Forskal écrit Badindjan, est commun avec rhindustani Badanjan^ donné par Piddington. Un indice d'ancienneté dans l'Afrique septentrionale est l'existence chez les Berbères ou Kabyles de la province d'Alger * d'un nom, Tabend- Jalts, qui s'éloigne asssez du nom araoe. Les voyageurs mo- dernes ont trouvé l'Aubergine cultivée dans toute la région du Nil et sur la côte de Guinée ^. On l'a transportée en Amérique. \037La forme cultivée du Solarium Melongena n'a pas été trouvée jusqu'à présent à l'état sauvage, mais les botanistes sont assez d'accord pour considérer les Solarium insanum, Roxburgh^ et S, incanum, Linné, comme appartenant à la môme espèce . On ajoute même d'autres synonymes, conformément à une étude faite par Nées d'Esenbeck sur de nombreux échantillons ^. Or le S, msanum parait avoir été trouvé sauvage dans la province de Madras et à Tong-Dong, chez les Birmans. La publication prochaine des Solanées dans la flore de l'Inde anglaise de sir J. Hooker donnera probablement sur ce point des détails plus précis. \037Piments. — Poivre de Gayenne. — Capsicum, Le genre Capsicum, dans les meilleurs ouvrages de botanique, est encombré d'une multitude de formes cultivées, qu'on n'a \0371. Dunal, Histoire des Solarium, p. 209. • \0372. Ebû Baithar, trad. allemande, 1, p. 116. \0373. Rau'wolf, Flora orient., édit. Groningue, p. 26. \0374. Dictionn, français- berbère, publié par le gouYemement français. \0375. Thonning, sous le nom de S. edule ; Hooker. Niger Flora, p. 473 \0376. Transactions of the Linnean society, 17, p. 48 ; Baker, Flora of Mauri- tins, p. 215. \037\035\013

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230 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037\035\013f. \037\035\013as vues à Tétat sauvage et qui diffèrent surtout par la durée de a tige — chose assez variable — ou par la forme du fruit, carac- tère de peu de valeur dans des plantes cultivées précisément pour les fruits. Je parlerai des deux espèces le plus souvent cul- tivées, mais je ne puis m^empècher d émettre Topinion qu'au- cun Gapsicum n'est originaire de l'ancien monde. Je les crois tous d'origine américaine, sans pouvoir le démontrer d'une ma- nière complète. Voici mes motifs. \037Des fruits aussi apparents, aussi faciles à obtenir dans les jar- dins, et d'une saveur si agréable aux habitants des pays chauds se seraient répandus très vite dans l'ancien monde s'us avaient existé au midi de l'Asie, comme on le suppose quelquefois. Us auraient des noms dans plusieurs des langues anciennes. Cepen- dant les Romains, les Grecs et même les Hébreux n'en avaient pas connaissance. Ils ne sont pas mentionnés dans les anciens livres chinois ^ Les insulaires de la mer Pacifique ne les culti- vaient pas lors du voyage de Gook ', malgré leur proximité des îles de la Sonde, où Rumphius mentionnait leur emploi très habituel. Le médecin araoe Ebn Baithar, qui a recueilli au xin* siècle tout ce que les Orientaux avaient dit sur les plantes officinales, n'en parle pas. \037Roxburgh ne connaissait aucun nom sanscrit pour les Gapsi- cum. Plus tard, Piddington a cité pour le C. frutescens un nom, Bran-maricha^ qu'il dit sanscrit ^ ; mais ce nom, qui roule sur comparaison avec le poivre noir (Muricha^ Murichung)^ est^i vraiment ancien? Gomment n'aurait-il laissé aucune trace dans les noms des langues indiennes dérivées du sanscrit *? \037La qualité spontanée, ancienne, des Gapsicum est toujours incertaine, à cause de la fréquence des cultures; mais elle me parait plus souvent douteuse en Asie que dans l'Amérique méri- dionale. Les échantillons indiens décrits par les auteurs les plus dignes d'attention viennent presque tous des herbiers de la com- pagnie des Indes, dans lesquels on ne sait jamais si une plante paraissait vraiment sauvage, si elle était loin des habitations, dans les forêts, etc. Pour les localités de l'archipel asiatique, les auteurs indiquent souvent les décombres, les haies, etc. \037Examinons de plus près chacune des espèces ordinairement cultivées. \037Piment annueL — Capsicum anmium, Linné. \037Gette espèce a reçu dans nos langues européennes une infinité de noms différents 5, qui indiquent tous une origine étrangère et la ressemblance de saveur avec le poivre. En français, on dit \037i. Bretschneider, On the study, etc., p. 17. \0372. For»ter, De plantis escukniis imutarum, etc. \0373. Piddington, Index. \0374. Piddington, au mot Capsicum. \0375. Nemnicn, Lexicon^ indique douze noms firançais et huit allemands. \037\035\013

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PUENT. — TOIATE tH \037souvent Poivre de Gainée , mais aussi Poivre du Brésil , dinde, etc., dénominations auxquelles il est impossible d'attri- buer de l'importance. La culture s'en est répandue en Europe dès le XTi® siècle. G*est un des Piments que Piso et Marcgraf ^ avaient vus cultivés au Bré^ sous le nom de Quija ou Quiya. lis ne disent rien sur sa provenance. L'espèce paraît avoir été cultivée d'ancienne date aux Antilles, où elle est désignée par plusieurs noms caraïbes *. \037Les botanistes qui ont le plus étudié les Gapsîcums^ ne parais- sent pas avoir rencontré dans les herbiers un seul échantillon qu'on puisse croire spontané. Je n'ai pas été plus heureux. \037Selon les probid>Uités, la pairie originaire est le Brésil. \037Le C, gros9um Willdenow paraît one forme de la méiae es- pèce. On le cultive dans l'Inde, sous le nom de Kafree^murick et Kaffree^ilbf, mais Roxburgh ne le regardait pas comme d'origine indienne *. \037Piment arbrteseaxi. — Capitcum fruiescens, Willdenovr. \037Cette espèce, plus élevée et plus ligneuse à la base que le C annuunty est généralement cultivée dans les régions cfaandes du nouveau et de l'ancien monde. On en tire la glus grande partie du Poivre de Caymme à l'usage des Anglus, ma» oe nom s'étend quelquefois aux produits d'autres Piments. \037L'auteur le plus attentif à l'origine des plantes indiennes, Rox- burgh, ne le donne point pour spontané dans llnde. Selon Blume, il s'est naturalisé dans l'archipel indien, dans les haies ^. \037Au contraire, en Amérique, où la culture est ancienne, on Ta trouvé plusieurs fois dans des forêts, avec l'apparence indigène. De Martius Ta apporté des bords de l'Amazone, Pœppig de la province de Maynas du Pérou orientai, et Blanchet de la pro- vince de Bahia *. Ainsi la patrie s'étend de Bahia au Pérou oriental, ce qui explique la diffusion dans l'Amérique méri- dionale en général. \037Tomate. — Lycopersicum esctUentum, Miller. \037La Tomate ou Pomme d'amour appartient à un genre de Solanées dont toutes les espèces sont américaines ^. Elle n'a point de nom dans les anciennes langues d'Asie, ni même dans les langues modernes indiennes '. Elle n'était pas encore cul- tivée au Japon du temps de Thunberg, c'est-à-dire il y a un \0371. Piso, p. 107 ; Marcgraf, p 39. \037â. Oescoortilc, Fiore médicale des Antilles, 6, pi. 423. \0373. Fingerliatti, Mùnographia gen. Capsici, p. 12 ; Seadtner, dans Flora 6ftMtl., vol. 16, p. 147. \0374. Roxburgh. FL ind., éd. Wall., 2, p. 260 ; éd., 1W2, 2, p. 574. \0375. Blume, Byrfr. 2, p. 704. \0376. Sendtner, dans Flora bras,, 10, p. 143. \0377. Alph. de Candolle. Prodr., 13, s. 1. p. 26. \0378. Roxburgh, FI. Jndica, éd. 1832, vol. 1, p. 565 ; Piddington, index. \037\035\013

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232 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037siècle, et le silence des anciens auteurs sur la Chine montre que rintroduction y est moderne. Rumphius * Tavait vue dans les jardins de Tarchipel asiatique. Les Malais l'appelaient Tomatte; mais c'est un nom américain, car C. Bauhin désigne l'espèce comme Tumatle Americanorum. Rien ne fait présumer qu elle fût connue en Europe avant la découverte de T Amérique. \037Les premiers noms donnés par les botanistes, au xvi® siècle, font supposer qu'on avait reçu la plante du Pérou *. Elle a été cultivée sur le continent américain avant de l'être aux Antilles, car Sloane ne la mentionne pas à la Jamaïque, et Hughes ' dit qu'elle a été apportée du Portugal à la Barbade, il n y a guère plus d'un siècle. Humboldt regardait la culture des Tomates comme ancienne au Mexique *. Je remarque cependant que le premier ouvrage sur les plantes de ce pays (Hernandez, Historia) n*en fait pas mention. Les premiers auteurs sur le Brésil, Piso et Marcgraf, n'en parlent pas non plus, quoique l'espèce soit aujourd'hui cultivée dans toute l'Amérique intertropicale. Nous revenons ainsi, par exclusion, à l'idée d'une origine péruvienne, au moins pour la culture. \037De Martius ^ a trouvé la plante spontanée dans les environs de Rio-de- Janeiro et de Para, mais échappée peut-être des jar- dins. Je ne connais aucun botaniste qui Tait trouvée vraiment sauvage, dans l'état que nous connaissons, avec ses fruits plus ou moins gros, bosselés et à côtes renflées ; mais il n'en est pas de même de la forme à petits fruits sphériques, appelée L. cera- si forme dans certains ouvrages de botanique et considérée, ce me semble ®, avec raison, dans d'autres ouvrages, comme apparte- nant à la même espèce. Celle-ci est sauvage sur le littoral du Pérou % à Tarapoto, dans le Pérou oriental ® et sur les confins du Mexique et des Etats-Unis vers la Californie ®. Elle se natu- ralise quelquefois dans les déblais, près des jardins ***. C'est ainsi probablement que l'habitation s'est étendue, du Pérou, au nord et au midi. \037Avocatier. — Persea aratissima^ Gaertner. \037L'Avocat, Alligator pear des Anglais, est un des fruits les plus \0371. Rumphius, Amboin., 5, p. 416. \0372. Mala peruviana, Pomi ael Peru, dans Bauhin, Hist,^ 3, p. 621. \0373. Hughes, Barbadoes, p. 148. \0374. Humboldt, Nouv.-Espagne, éd. 2, vol. 2, p. 472. \0370. Floj'a brasil.^ vol. 10, p. 126. \037T ^1 J-. __ •-- -. j- 1. ,1 . 1 * ^ dans \037Hum- \037trouvée \037sauvage dans le Venezuela. \0377. Ruiz et Pavon, Flov. pefniv.^ 2, p. 37. \0378. Spruce, n. 4143, dans YHerbiev Boissier. \0379. Asa Gray, Bot, of Califomia, 1, p. 538. \03710. Baker, Flora of Mauritius, p. 216. \037\035\013\013

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AVOCATIER. — PAPAYER 233 \037estimés dans les pays tropicaux. Il appartient à la famille des Lauracées. Son apparence est celle d une poire contenant un gros noyau, comme cela se voit bien dans les figures de Tussac, Flore des Antilles^ 3, pi. 3, et du Botanical Magazine, pi. 4580. \037Rien de plus ridicule que les noms vulgaires. Celui d'Alligator vient on ne sait d'où. Celui d'Avocat est une corruption d'un nom mexicain, Ahuaca ou Aguacate. Le nom botanique Persea n'a rien de commun avec le Persea des Grecs, qui était un Cordia, \037D'après Glusius *, en 1601, l'Avocatier était un arbre fruitier d'Amérique, introduit en Espagne, dans un jardin; mais, comme il s'est beaucoup répandu dans les colonies de l'ancien monde et que parfois il devient presque spontané ^, on peut se tromper sur 1 origine. Cet arbre n'existait pas encore dans les jardins de l'Inde anglaise au commencement du xix® siècle. On l'avait apporté dès le milieu du xviiie dans l'archipel de la Sonde % et en 1750 aux îles Maurice et Bourbon *. \037En Amérique, l'habitation actuelle, à l'état spontané, est sin* gulièrement vaste. On a trouvé l'espèce dans les forêts, au bord des fleuves et sur le littoral de la mer depuis le Mexique et les Antilles jusqu'à la région des Amazones '^. Elle n'a pas toujours eu cette grande extension. P. Browne dit formellement que l'Avocatier a été introduit du continent à la Jamaïque, et Jac- quin pensait de même pour les Antilles en général ®. Piso et Marcgraf ne l'ont pas mentionnée au Brésil, et de Martius n'in- dique aucun nom brésilien. \037Lors de la découverte de l'Amérique, l'Avocatier était certai- nement cultivé et indigène au Mexique, d'après Hernandez. Au Pérou, d'après Acosta ', on le cultivait sous le nom de Palto, qui était celui d'un peuple du Pérou oriental, chez lequel il abondait *. Je ne connais pas de preuve qu'il fût spontané sur le littoral péruvien. \037Papayer. — Carica Papaya, Linné. — Papaya vulgaris, de GandoUe. \037Le Papayer est une grande espèce vivace, plutôt qu'un arbre. 11 a une sorte de tronc juteux, terminé par une touff'e de \0371. Glusius, Historitty'^. 2. \0372. Par exemple à Madère, d'après Grisebach, FI. ofbriL W. India, p. 280; aux îles Maurice, Seychelles et Rodriguez, d'ajprès Baker, Flora, p. 290. \0373. 11 n'est pas dans Rumphius. \0374. Aublet, Guyane, 1, p. 364. \0370. Meissner, dans Prodromus, vol. 15, sect. 1, p. 52, et Flora brasil., vol. 5, p. 158. Pour le Mexique : Hernandez, p. 89. Pour le Venezuela et Para : Nées, Laurineœ, p. 129. Pour le Pérou oriental : Pœppig, Exsicc, TU par Meissner. \0376. P. Browne, Jamaïca, p. 214 ; Jacquin, Obs.y 1, p. 38. \0377. Acosta, Hist. nat. des Indes, édit. 1598, p. 176. \0378. Laet, Hist nouv. monde, 1, p. 325; 341. \037\035\013

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S34 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS \037feuilles dans le genre des choux-cavaliers, et les fruits, qui res- semblent aux melons, sont suspendus au-dessous des feuilles ^ On le cultive maintenant dans tous les pays tropicaux, même jusqu'aux 3(K32^ degrés de latitude. Il se natundise facilement hors des plantations. C'est une des causes pour lesquelles on Ta dit et on persiste à le dire originaire d'Asie ou d'Afrique, tan- dis que Rooert Brown et moi avons démontré, en 1818 et 1855, son origine américaine '. Je répéterai les arguments contre l'ori- gine supposée de l'ancien monde. \037L'espèce n'a pas de nom sanscrit. Dans les langues mo- dernes de l'Inde, on la nomme d'après le nom américain Pctnaya^ qui dérive du nom caraïbe Ababat '. D'après Rumphius \ les ha- bitants de Tarchipel indien la regardaient comme d'origine exotique, introduite par les Portugais, et lui donnaient des noms exprimant l'analogie avec d'autres plantes ou une importation de l'étranger. Sloane ^, au commencement du xvm« siècle, cite plusieurs de ses contemporains d'après lesquels on t'avait trans- portée des Indes occidentales en Asie et en Afrique, Forster ne l'avait pas aperçue dans les plantations des lies de la mer Paci- fique lors du voyage de Gook. Loureiro ^, au milieu du xvui* siè- cle, l'avait vue aans les cultures de la Ghine, de la Gochinchine et du Zanguebar. Une plante aussi avantageuse et aussi particulière d'aspect se serait répandue depuis des milliers d'années dans l'ancien monde si elle y avait existé. Tout porte à croire au'elle a été introduite sur les côtes occidentales et orientales a' Afri- que et en Asie, depuis la découverte de l'Amérique. \037Toutes les espèces de la famille sont américaines. Celle-ci doit avoir être cultivée du Brésil aux Antilles et au Mexique avant l'arrivée des Européens, puisque les premiers auteurs sur les productions du nouveau monde en ont parlé ^ \037Marcgraf avait vu souvent des pieds mâles (toujours plus nom- breux que les femelles) dans les forêts du Brésil, tanois que les pieds femelles étaient dans les jardins. Glusius, qui a donné le premier une figure de la plante ^, dit qu'elle avait été dessinée en 1607 à la < baie des Toaos Santos » (province de Bcdiia). Je ne connais pas d'auteur moderne qui ait confirmé l'habitation au \037\035\0131. Voir les belles planches de Tussac, Flore des Antilles, 3, p. 45, pi. 10 et 11. Le Papayer appartient à la petite famiUe des Paptyacéea, réninie par oaelqoes Botanistes anx Passiflorées et par d'autres aox Bizaoées. \0372. R. Brown, BoUxMf of CongOj p. 52 ; A. de CandoUe, Géogr. M. rai- sonnée^ p. 917. \0373. Sagoty Journal de la Société centrale d'hùrticulture de France, 1872. \0374. Rumphius, Amàoin., i, p. 147. \0375. Sloane, JamaXca, p. 165. \0376. Loureiro, Flora Coch%ndi.y p. 772. \0377. Marcgraf, BrasiL, p. 103, et Fisc, p. 159, pour le Brésil; XioMiiea, dans Marcgraf et Hernandes, Thésaurus^ p. te, poar le Mexique ; ce dernier pour Saint-Domingue et le Mexique. \0378. Clusius, Curx posterioreSt p. 79, 80. \037\035\013

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FIGUIER 235 \037Brésil. De Martius ne mentionne pas l'espèce dans son diction- naire sur les noms de fruits en langue des Tupis ^ On ne la cite pas comme spontanée à la Guyane et dans la Colombie. P. Browne * affirme, au contraire, la qualité spontanée à la Jamaïque, et avant lui Ximenes et Hemandez Favaient affirmée pour Saint-Domingue et le Mexique. Oviedo * parait avoir vu le Papayer dans TAmérique centrale, et il cite pour Nicaragua le nom vulgaire Olocoton, Cependant MM. Correa de Mello et Spruce, dans leur mémoire important sur les Papayacées, après avoir beaucoup herborisé dans la région des Amazones, au Pérou et ailleurs, regardent le Papayer comme originaire des lies Antilles et ne pensent pas qu'il soit sauvage nuUe part sur le continent. J'ai vu * des échantillons rapportés des bouches de la rivière Manate en Floride, de Puebla au Mexique et de Colombie ; mais les étiquettes ne portent aucune remarque sur la qualité spontanée. Les indices, comme on voit, sont nombreux pour les bords du golfe du Mexique et les Antilles. L'habitation au Brésil, fort isolée, est suspecte. \037Figuier. — Ficus Carica, Linné. \037L'histoire du Figuier présente beaucoup d'analogie avec celle de l'Olivier en ce qui concerne l'origine et les limites géogra- phiques. Son habitation, comme espèce spontanée, a pu s'éten* dre par un effet de la dispersion des graines à mesure que la culture s'étendait. Cela parait probable, car les graines traver- sent intactes les organes digestifs de l'homme et des ani- maux. Cependant on peut citer des pays dans lesquels on cul- tive le figuier depuis au moins un siècle sans qu'il se soit naturalisé de cette manière. Je ne parle pas de l'Europe au nord des Alpes, où l'arbre exige des soins particuUers et mûrit mal ses fruits, même ceux de la première portée, mais par exemple de rinde, du midi des Etats-Unis, de l'Ile Maurice et du Chili, où, d'après le silence des auteurs de flores, les faits de quasi spontanéité paraissent rares. \037De nos jours, le Figuier est spontané ou presque spontané dans une vaste région dont la Syrie est à peu près le milieu, savoir de la Perse orientale ou même de l'Afghanistan, au travers de toute la région de la Méditerranée, jusqu aux îles Canaries ^. Du midi au nord, cette zone varie de âo à 40-42o de latitude environ, suivant les circonstances locales. En général, le Figuier \0371. Martius, Beitr. z. Ethnographe, 2, p. 418. \0372. P. Browne, Jamatca, éd. 2, p. 360. La première édition, que je n*ai pas vue, est de 1756. \0373. Le passage d*Oviedo est traduit en anglais par Correa de Mello et Spruce, dans leur mémoire. Journal of the proceedings of the Linnean Society, 10, p. 1. \0374. Prodr,, 15, s. 1, p» 414. \0375. Boissier, rlora orientalis, 4, p. 1154; Brandis, Forett flora of India^ p. 418; W^D et Berthelot, Bist. nat. des Canaries^ Botanique, 'S, p. 257. \037\035\013