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I

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MANUEL DES DIVINS OFFICES

DE

GUILLAUME DURAND,

ÉVÊQUE DE MENDE AU TREIZIÈME SIÈCLE,

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Tout volume qui ne serait pas revêtu de la signature du traducteur annotateur, sera réputé contrefait.

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DIJON , PRESSES MÉCANIQUES DE LOIREAU-FEUCHOT, place Saint-Jean, 1 ot 3.

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I

RATIONAL

OU

MANUEL DES DIVINS OFFICES

DE

GUILLAUME DURAND,

Évêque de Mende au treizième siècle , OU

RAISONS MYSTIQUES ET HISTORIQUES

f ;> '■* r ^

DE LA LlTtTRGIE CATHOLIQUE;

TRADUIT POUR LA PREMIERE FOIS , DU LATIN EN FRANÇAIS,

Far M. CHAILI.ES BARTHÉIiEMlT (de Fans),

Membre de la Société des Antiquaires de Picardie, Correspondant du Ministère de l'Instruction publique pour les Travaux historiques;

PRÉCÉDÉ

. D'UNE NOTICE HISTORIQUE SUR LA VIE ET SUR LES ÉCRITS DE DURAND DE MENDÊ.

suivi

d'une bibliographie chronologique des principaux ouvrages qui traitent

DE LA liturgie CATHOLIQUE, AVEC UN GRAND NOMBRE DE NOTES A LA SUITE DE CHAQUE VOLUME.

Littera enim occidit, spiritus autem vivificat. La lettre tue , c'est l'esprit seul qui vivifie. (S. Paul, II ad Cor., m, 6.)

TOME DEUXIÈME.

PARIS LOUIS VIVES, LIBRAIRE-ÉDITEUR,

rue Cassette, n» 23. i854

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OCT

i^., w-*

1944

»X1 82.

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RATION AL

OU

MANUEL DES DIVINS OFFICES

DE

GUILLAUME DURAND,

ÉVÉQUE DE MENDE AU TREIZIÈME SIÈCLE.

LIVRE QUATRIÈME,

LA MESSE.

CHAPITRE PREMIER,

DE LA MESSE, ET DE TOUT CE QUI A LIEU PENDANT LA MESSE.

I. Entre tous les mystères [sacramenta) de l'Eglise, il est constant que celui qui tient le premier rang est celui que l'on célèbre pendant l'office de la messe sur la table du très-saint autel; mystère qui représente ce festin de l'Eglise pour lequel le père tue le veau gras afin de fêter le retour de son fils, et oii il lui offre le pain de vie et le vin mixtionné de la sagesse.

II. Or, c'est le Christ lui-même qui a institué cet office, lorsqu'il termina le Nouveau-Testament, en partageant son royaume à ses héritiers, comme son Père en avait disposé pour lui-même, afin qu'ils mangent sur sa table et boivent dans son royaume, ce que l'Eglise a consacré ; car, comme ils soupaient, Jésus prit le pain, et, rendant grâces, le bénit et le brisa, et le

Tome II. 1

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donna à ses disciples en disant : « Recevez et mangez; ceci est <( mon corps qui, pour vous, sera livré ; faites ceci en commé- « moration de moi. » Donc, les apôtres^ formés par cet en- seignement, commencèrent à offrir fréquemment le très-saint mystère pour la cause que le Christ avait indiquée expressé- ment , conservant la même forme dans les paroles et la même matière dans les espèces {in rehus), ainsi que l'Apôtre le déclare aux Corinthiens, quand il leur dit : « J'ai appris du (( Seigneur ce que je vous ai appris à mon tour, à savoir : que « le Seigneur Jésus, dans cette nuit où il devait être livré, prit « du pain , et , rendant grâces , le rompit et dit : a Prenez et (( mangez, ceci est mon corps, etc. » Donc, l'office de la messe est plus digne et plus solennel que le reste des divins offices. Voilà pourquoi on doit parler dans cette quatrième partie de lui avant les autres offices, partie dans laquelle nous consulte- rons le Spéculum du pape Innocent III, touchant quelques mys- tères et quelques points attaqués par les hérétiques.

m. Assurément (comme on Fa dit plus haut), le Seigneur Jésus, prêtre selon l'ordre de Melchisédech , institua la messe quand il transmua ( transmutavit) le pain et le vin en son corps et en son sang, en disant : « Ceci est mon corps, cela est mon <( sang ; » ajoutant aussitôt : « Faites cela en commémoration <( de moi. y)

IV. Et les apôtres ont ajouté à cette messe, en disant non- seulement les susdites paroles, mais même en y joignant en sus rOraison dominicale.

V. D'où vient que l'on dit que le bienheureux Pierre, le pre- mier, célébra ainsi la messe dans les pays d'Orient, où, après la passion du Seigneur , il occupa pendant quatre ans la chaire sacerdotale ; et ensuite il prit la chaire d'Antioche, où il ajouta trois oraisons à la messe. Or, dans l'origine de la naissante Eglise , on disait autrement la messe qu'à présent , comme on le dira dans la sixième partie, au chapitre de la Paras- cève ou Vendredi saint, et, par la suite du temps, la seule réci-

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tation de l'épître et de l'évangile constitua la célébration de la messe.

VI. Ensuite^ le pape Célestin établit qu'on chanterait l'/nfroiï avant la messe, comme on le dira au chapitre de V Introït. On lit que les autres parties de la messe y furent , en divers temps, ajoutées parles autres papes, comme Gélase^ Céles- tin et Grégoire, et d'autres , autant que le culte de la religion chrétienne croissant^ il parut qu'elles conviendraient davan- tage pour la décence. On parlera de cela dans la préface de la sixième partie.

VII. On lit dans le canon [De.cons., d. i, Jacobus) que Jac- ques^ frère du Seigneur, évêque de Jérusalem (a), et Basile, évêque de Césarée, nous ont transmis dans leurs écrits la manière de célébrer la messe [ordinem celehrandi missam). On dit encore que ce fut Jacques, fils d'Alphée, qui, le pre- mier entre les apôtres, célébra la messe ; car, à cause de l'excellence de sa sainteté , les apôtres lui firent cet bon-, neur, qu'après l'ascension du Seigneur le premier d'entre eux il célébra la messe à Jérusalem (6), même avant d'avoir été ordonné évêque; ou peut-être on dit que le premier il Fa célébrée , parce que l'on assure que le premier il l'a dite revêtu des ornements pontificaux ; et ainsi Pierre^ après lui. le premier célébra la messe à Antioche, et Marc à Alexandrie.

VIII. Mais certains hérétiques perfides nous reprennent de ce que nous lisons à la messe les évangiles lacérés en petites parties, et de ce qu'à la messe primitive, c'est-à-dire outre l'oraison dominicale, nous ajoutons quelque chose en sus; car il est écrit : (( Si quelqu'un ajoute à cela. Dieu enverra sur lui les plaies (( écrites dans ce livre. » Ils nous reprennent aussi de ce qu'en sus du Nouveau-Testament et des préceptes des apôtres , nous

(a) S. Jacques-le-Mineur.

(6) A cause de quoi il est appelé par S. Epiphane le Chef du sacrifice, et communément le Liturgique, comme qui dirait le Sacrificateur par excellence : aussi dit-on qu'il composa la première liturgie, que nous avons encore.

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avons encore établi d'autres règles et le nouvel enseignement des docteurs, et de ce que nous les observons contre ce que le Christ a dit : « Vraiment, vous avez rendu inutile le com- c( mandement de Dieu pour conserver votre tradition. » Et ail- ce leurs : « Toute plantation que n'aura pas plantée mon Père, <i qui est dans les cieux, sera arrachée. » Et l'Apôtre : « Ne a veuillez point vous laisser entraîner à des doctrines diverses <( et étrangères. » Et encore : « Personne ne peut poser d'autre (c fondement que celui qui a été posé, qui est le Christ. »

IX. Ils disent encore que l'Eglise du Christ n'a chanté ni messe ni matines , que ni le Christ ni les apôtres ne l'ont insti- tuée, et qu'on ne la chantait point dans le temps des apôtres , et que l'on n'entendait pas alors parler de messe dans le monde, et qu'on ne trouvait rien d'écrit sur ce sujet; mais que ce que la messe représente est appelé la Cène par les évangélistes, et que ni dans l'Eglise au commencement, ni les apôtres ne la chantaient avec l'orgue, instrument de musique, ni à haute ou basse voix [alta nec dulci voce cantabant), nous reprenant de ce que nous faisons ces choses , et de ce que nous disons les noc- turnes et les autres heures canoniques, en induisant fausse- ment contre nous cette parole du prophète Amôs : a Je change- ce rai vos festivités en deuil, et tous vos cantiques en gémisse- cc ments. » Et cette parole du prophète [Ezéchiel] : ce Ils en- ce tendent tes paroles et ne les pratiquent pas, parce qu'ils les ce changent en un cantique qu'ils repassent dans leur bouche ce pendant que leur cœur suit son avarice, et tu leur es comme ce un air de musique que l'on chante d'une manière douce et ce agréable. » .

X. Cependant, leur erreur est très-évidemment réfutée et tourne à leur confusion, d'après ce qui sera dit dans la préface de la cinquième partie. Encore, dans la primitive Eglise, les divins mystères étaient célébrés en hébreu ; mais, au temps de l'empereur Adrien I", on commença d'abord à les célébrer en grec dans l'Eglise orientale des chrétiens.

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XT. Certes ! on trouve que l'office de la messe a été éta- bli d'une manière si providentielle , qu'il contient en grande partie ce qui a été fait par le Christ et dans le Christ depuis le moment où il descendit du ciel jusqu'à celui où il y monta , et qu'il les représente d'une admirable manière, tant dans les pa- roles que dans les signes.

XIÏ. Et cet office même se renferme en quatre parties, à savoir : les personnes , les œuvres, les paroles elles choses. Il y a trois ordres de personnes , à savoir : les célébrants , les ministres ou aides, et les assistants. Il y a trois espèces d'œu- vres, à savoir : les gestes, les actes et les mouvements. Il y a aussi trois variétés de paroles : les oraisons, les modulations et les leçons ou lectures. Semblablement , il y a trois manières de choses , à savoir : les ornements , les instruments et les élé- ments ; car toutes ces choses sont pleines de divins mystères , comme on l'a dit dans la préface de cet ouvrage.

XIII . En effet, autrefois le temple était divisé en deux par- ties et partagé par un voile. La première partie était appelée la sainte ou le saint, et la seconde (ou intérieure) la sainte des saints ou le saint des saints. Or, tout ce qui a lieu pendant l'of- fice de la messe avant la secrète est en quelque sorte dans la première partie de l'édifice sacré; mais ce qui a lieu pendant la secrète est au dedans du saint des saints. Or, il y avait au de- dans du saint des saints des autels d'encens , l'arche du Testa- ment et la table sur l'arche, comme on l'a dit dans la pre- mière partie, aux chapitres de l'Eglise et de l'Autel, et comme on le trouve dans l'Exode ; et, sur la table, les deux chérubins de gloire en regard l'un de l'autre. Là entrait seul le pontife, une seule fois dans l'année. Il avait, en cette occasion, les noms des pères ou patriarches écrits sur le rational et sur le surhuméral, et portait le sang et les charbons, qu'il mettait tous, en priant, avec le parfum, dans l'encensoir, jusqu'à ce que la fumée l'environnât comme d'une ombre. Ensuite , il asper- geait de sang la table et l'autel ; puis il sortait devant le peuple

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et lavait ses vêtements : car il n'était pas réputé pur avant le soir, après l'immolation du veau roux.

XIV. Jadis, ces choses furent des signes ; mais elles s'éva- nouirent après que leurs significations furent arrivées. Car la première partie de l'édifice sacré signifie la présente Eglise^ le saint des saints le ciel, le pontife le Christ, le sang sa passion, les charhons la charité du Christ, l'encensoir sa chair même, l'encens brûlé la bonne odeur des prières , l'autel les cohortes du ciel , l'arche le Christ selon l'humanité , la table Dieu le Père, les deux chérubins les deux Testaments qui se regardent à l'envi mutuellement parce qu'ils s'accordent ensemble , le vêtement qu'on lave signifie l'homme, le soir de l'homme symbolise ce vêtement. Compare doaç ce qui avait lieu jadis et ce que le Christ a fait, et considère avec attention comment le ministre de l'Eglise représente et reproduit ces choses pen- dant l'office de la messe. Il sera encore touché un mot de la signification de ces choses au Canon de la messe, au commen- cement d'une de ses parties. Par l'arche, on entend aussi l'hu- milité du Christ, de laquelle tout bien nous est advenu par sa miséricorde.

XV. Et remarque que, de même qu'on lit dans l'Exode (cap. XXV et xxxvii) qu'on fit au-dessus de l'arche un propitia- toire d'or, c'est-à-dire une table d'or, de la même longueur et de la même largeur que celles de l'arche , afin qu'elle fût suf- fisante pour la couvrir. Et on appelait cela l'oracle [oraculum), parce que le Seigneur donnait de ce lieu des réponses à ceux qui le priaient [orantihus). On l'appelait aussi propitia- toire, parce qu^ lorsque le Seigneur parlait de cet endroit il était rendu propice au peuple, ou parce qu'au jour de pro- pitiation on voyait toujours la gloire du Seigneur descendre en ce lieu. Et de là vient que le tabernacle ou lieu placé sur la partie postérieure de l'autel , dans lequel le Christ, notre propitiation, c'est-à-dire l'hostie consacrée, est gardée aujour- d'hui, s'appelle propitiatoire, etc. Or, de l'une et de l'autre

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parties de l'oracle, savoir, dans les deux angles antérieurs, on plaça deux chérubins d'or, qui sont, selon Josèphe , deux ani- maux volatiles, ayant une figure comme jamais aucun homme n'en a vu. Moïse dit qu'il les aperçut figurés sur le trône de Dieu. Un chérubin regardait l'autre ; ils avaient cependant le visage tourné vers le propitiatoire, et, les deux ailes étendues par derrière et se touchant mutuellement, ils voilaient l'ora- cle et couvraient le propitiatoire. Or, le propitiatoire figure le Seigneur incarné, dont [saint] Jean dit : ce II est propitiateur a pour nos péchés. » Les deux chérubins sont les deux Testa- ments, à savoir, le Nouveau et l'Ancien. Or, comme ils ne sont pas en désaccord, mais qu'ils racontent d'accord ensemble le mystère de l'incarnation du Christ, l'un en prophète, l'autre en témoin qui assure , ils dirigent sur le propitiatoire le visage de leur intention, et se regardent mutuellement.

XVI. Il y a encore trois sacrifices de l'Eglise qui, dans l' An- cien-Testament , sont symbolisés par le propitiatoire , l'encen- soir et l'autel ; ce sont le sacrifice de la. pénitence, de la jus- tice et de l'eucharistie. Touchant le premier, il est dit : « Un « esprit brisé de douleur est un sacrifice digne- de Dieu. Tu (( ne mépriseras pas, ô Dieu! un cœur contrit et humilié. » Touchant le second : a Alors tu recevras le sacrifice de la jus- ce tice. » Touchant le troisième : a Je te sacrifierai une hostie c( de louange. » Sur l'autel du corps, la chair est immolée par la contrition ; dans l'encensoir du cœur (c) , la dévotion est le

{c) Li cuers doit estre

Semblans à Tencensier Tous clos envers la terre, Et overs vers le ciel.

« Le cœur doit être semblable à l'encensoir, entièrement fermé du côté de la la terre et ouvert vers le ciel. »

Le Séraphin, poème Mss. de la Bibl. imp., n» 1862. « Ce poème inconnu, dit M. le comte de Montalembert, semble avoir ainsi devancé la magnifique ex- pression deBossuet, lorsqu'il dit du cœur de Mi"« de La Vallière qu'il ne respi- rait plus que du côté du ciel. » (V. Introd. de l'Histoire de S. Elis, de Hongrie, p. xc, note 2.)

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feu qui brûle Tencens ; dans le propitiatoire de Dieu le Père, le sang est offert par la rédemption. Or, le prêtre off"re ces trois sacrifices pendant la messe : le premier au Confiteor^ le second à la préface , le troisième à l'action [d) de grâces ( ou consécra- tion). Car voici les trois choses que, selon le Prophète, Dieu regarde favorablement dans l'homme, et requiert de lui : chérir la miséricorde, faire justice, et marcher attentivement avec Dieu. Qu'il chérisse donc la miséricorde celui qui veut offrir le sacrifice de la pénitence. Qu'il fasse justice celui qui veut offrir le sacrifice de la justice. Qu'il marche attentivement avec Dieu celui qui veut offrir le sacrifice de l'eucharistie.

XVII . Voilà pourquoi le bienheureux Bernard dit : « Mes c( frères , en immolant l'hostie de gloire , joignons la parole « aux paroles , le sens au sens , l'affection à l'affection , l'élé- « vation à l'élévation , la perfection à la perfection , l'humilité c( à l'humilité, la liberté à la liberté. )) Donc, que celui qui doit célébrer la messe offre au Très-Haut ce sacrifice dont le Psalmiste dit : « Un esprit brisé de douleur est un sacrifice (( digne de Dieu. » Et ailleurs : « Immole à Dieu un sacrifice « de louange. » Et l'Apôtre : « Offrez vos corps, comme une « hostie vivante, sainte, agréable à Dieu, afin que votre obéis- « sance soit raisonnable ; mortifiez donc , sur l'autel de votre c( cœur, vos membres , qui sont sur la terre l'impureté , la dé- « bauche, la mauvaise concupiscence et l'avarice, afin que c( vous puissiez vous sacrifier vous-mêmes à Dieu_, avec un « cœur pur et un corps chaste. »

XVIII. Or, dans le sacrement du corps du Christ, selon [saint]

(d) [Actio, dit Du Gange, Canon missae, sic dictus, quia in eo sacramenta conficiuntur dominica , inquit Walafrid Strabon (lib. de Reb. eccles., cap. 22)]. Actio, c'est le canon de la messe, Honoré d'Autun (lib. 1, cap. 8). [Missa quoddam judicium imitatur; unde et Canon Actio vocatur. Actio autem est causa, quae in publico conventu coram judicibus agitatur. ] Intenter une action, comme Ton dit de nos jours. Le même auteur (cap. 103) : [Canon dicitur Ré- gula, quia per eum regulariter fit sacramentorum confectio. Hic etiam Actio dicitur, quia causa populi in eo cum Deo agitur]. (V. Hugues de Saint Victor, 1. 2, De Ofific. eccles., cap. 29 ;— Bernon Aug., cap. 1, et le Micrologue, c. 12.)

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Augustin, (( le prêtre ne parfait rien, plus en bien qu'en mal , « pourvu qu'il demeure avec les autres dans l'arche et observe (c la forme révélée par la colombe , parce que ce n'est pas « par le mérite du prêtre, mais par la parole du Créateur, (c que se consomme ce sacrement. » Car l'or est également véritable dans le coffre du voleur comme dans le trésor du roi. D'où vient que le pontife Caïphe, persécuteur du seul et très -véritable grand-prêtre (bien qu'il ne fût pas sincère, lui), cependant le conseil qu'il donna fut vrai; [mais] il ne donna pas le sien, mais celui de Dieu, et pareille chose a lieu de la même manière dans l'Eglise. Donc, l'iniquité du prêtre n'empêche pas l'effet du sacrement, pas plus que l'in- firmité du médecin n'empêche la vertu de la médecine. Or, quoique Vopus operans (l'œuvre opérante) soit parfois impure, cependant Vopus operatum ( l'œuvre opérée ) est toujours pure. Et de même que tout est pur pour ceux qui sont purs, ainsi tout est impur pour ceux qui sont impurs. Donc, quand un méchant reçoit la vie, il encourt la mort. De même, au contraire, lorsque le bon souffre la mort, il acquiert la vie. Car celui qui mange indignement le corps du Christ mange son jugement. Mais ce que disent de ces hommes le Pro- phète : (( Je maudirai vos bénédictions , » et Grégoire : a Leur c( bénédiction se change en malédiction , et leur prière en c( péché , » s'entend des hommes retranchés de l'Eglise et qu'elle ne peut plus souffrir , ou qui sont connus pour tels , dont la bénédiction doit, en tant qu'aux évêques , être réputée à l'égal d'une malédiction, parce que, selon [saint] Augustin (1'^ question) : a Pour le mal qui est en eux en telle ou « telle proportion, on dit qu'ils souillent les sacrements, lors- « que , cependant, ils restent immaculés ; car ils sont aux « bons le chemin de la récompense , aux réprouvés celui du « jugement. » D'où vient que [saint] Augustin dit : « Si la « vertu du sacrement est spirituelle, elle est reçue comme « une pure Inmière par ceux qui doivent en être illuminés

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« pour leur salut; mais, en passant par ces ministres impurs (( comme par un canal , elle n'est pas souillée. »

XIX. Cependant les sectateurs d'Arnauld , hérétiques per- fides, disent qu'on ne lit nulle part que le Christ ait livré l'E- ghse, son épouse, en garde à des ministres impurs et luxurieux^ ou leur ait donné le pouvoir de célébrer les sacrés mystères^ ou leur ait donné les clefs de son royaume ou le pouvoir de lier et de délier, « parce qu'eux seuls (comme dit Grégoire), c< les justes placés dans cette chaire, ont le pouvoir de lier et (c de délier comme les apôtres, eux qui gardent avec la doc- « trine de ces hommes leur vie et leur foi. » D^oh vient, comme ils disent , que les sacrements donnés par de pareils hommes n'ont aucune valeur et ne profitent pas pour le salut. Car on lit dans le livre des Nombres : « Tout ce qu'un « homme impur aura touché , il le rendra impur. » Et le Christ : « Un arbre mauvais ne peut produire de bons fruits. » Dieu dit àDavid^ pécheur : « Pourquoi racontes-tu ma jus- ce tice , et fais-tu passer mes louanges par ta bouche ? » Et l'Apôtre : a Tout est pur pour ceux qui sont purs ; mais rien « n'est pur pour ceux qui sont souillés et pour les infidè- c( les. » Et [saint] Grégoire [In Pastorali/\. I, cap. x et (( xcix, dist. § i) : « Lorsqu'un homme qui déplaît est en- ce voyé pour intercéder, l'ame de l'homme irrité est provoquée c( aux dernières extrémités. » Aussi, dans le même ouvrage (1. III, cap. xu) : ce II est nécessaire que sa main soit pure, cette ce main qui a soin de laver les souillures, de peur que, sale elle- cc même, elle ne souille davantage tout ce qu'elle aura à tou- c< cher, qui l'est déjà. »

XX. Or, on célèbre la messe à la troisième, à la sixième et à la neuvième heures (e) : à la troisième heure^ parce que, selon [saint] Marc, le Christ à cette heure fut élevé en croix et cru- cifié par les langues des Juifs, qui criaient : ce Crucifie-le! »

{e) [Hora tertia, sexta et nona.] L'heure de tierce , de sexte et de none.

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et parce qu'à cette heure TEsprit saint descendit sur les apô- tres y en langues de feu (/) ; à la sixième heure , parce qu'à cette heure , selon [saint] Mathieu, le Christ fut vraiment cru- cifié et immolé ; et à la neuvième heure, parce qu'à cette heure, suspendu à la croix , il rendit l'esprit. Le pape Télesphore établit que la messe ne serait pas dite avant la troisième heure, ce qu'on doit entendre des messes publiques et populaires, parce que, comme dit [saint] Augustin, « ces choses ne devraient « pas être faites en public , de peur que le peuple ne se retire c( des messes publiques que l'on dit à la troisième heure. » Or, on la chante les jours de dimanche, de fêtes et aux veilles des fêtes , à la troisième l-.eure ; à la sixième heure, pendant le Ca- rême ; à la neuvième heure, les jours de jeûnes, et aussi, d'a- près l'institution du pape Pelage et des autres, les jours des jeûnes, non pas cependant de tous. Mais les samedis des Qua- tre-Temps elle peut être célébrée tard [sero]^ à cause des or- dres sacrés que l'on sait appartenir au dimanche suivant. Et, comme la messe doit être dite à jeun, voilà pourquoi, afin qu'on ne jeûne pas moins , on la commence après vêpres, et ainsi le jeûne est prolongé jusqu'à la nuit ; ce dont on parlera dans la sixième partie, à l'article du Samedi de Pâques. Mais de ce que la messe est parfois chantée de très-grand matin [summo mane) , il faut en conclure que cela est de coutume et non d'or ire. Cependant le pape Léon montait à l'autel, pour célé- brer la messe, au point du jour ou à la première partie du jour; je ne sais si c'était par nécessité ou par règle , ou bien s'il usait seulement en cela du pouvoir apostolique, ou s'il faut entendre cela d'une messe particulière. Mais ceux qui, par né- cessité, commencent avant la troisième heure, ou offrent le saint sacrifice après la sixième heure ou la neuvième, par amour de Dieu , afin que le jour ne se passe pas pour eux sans sacrifice, peuvent être excusés avec les disciples qui arrachaient

{f) C'est en mémoire de cela que le Veni Creator Spiritus se chante toujours avant la messe et à l'heure de tierce ou troisième heure [hora tertia).

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des épis le jour du sabbat, et avec Dayid qui mangeait les pains de proposition ; ou parce qu'à la messe on fait mémoire de la passion , de la mort , de la sépulture, de la résurrection et de l'ascension. Voilà pourquoi on la chante à tant d'heures diverses : à la troisième heure, en mémoire de la passion et de l'ascension ; après la sixième heure_, en mémoire delà mort; après la neuvième heure , en mémoire de la sépulture ; au matin, peut-être en mémoire delà résurrection. Quelques-uns assurent encore que le Seigneur fut crucifié au milieu des heu- res {inmeditulio horarum , midi) ; et voilà pourquoi tantôt on prend une heure, tantôt l'autre. D'où vient que FEglise célè- bre la messe entre une heure et l'autre.

XXI. Mais le jour de la naissance du Seigneur on chante la première messe de nuit [à minuit] comme on le dira à l'ar- ticle même de cette fête. Au reste, si dans le Carême deux offi- ces se rencontrent, que nous appelons jours doubles ( dies du- plices), on dit la messe de la fête à la troisième heure et sans génuflexion ; mais l'office du jeûne se dit à la neuvième heure et avec génuflexion. Aussi, dans le temps de l'Avent la messe doit, dans les festivités des saints , être célébrée à la troisième heure. Mais nul ne doit, selon les règles, célébrer le même jour plusieurs messes, parce que le Christ a souffert une seule fois, et il est on ne peut plus heureux celui qui peut aussi cé- lébrer dignement une messe.

XXII. Personne ne peut célébrer deux messes avec un seul sacrifice , ou une seule messe avec deux sacrifices ; cependant on peut, dans un seul canon, consacrer plusieurs hosties. Car, en effet, le prêtre doit toujours avoir une hostie prête pour les malades.

XXIII. Le prêtre peut aussi célébrer une seule messe avec le sacrifice , et une autre sèche ( missam siccam ) [g) . On dit

[g) « Cette sorte de messe , qui vulgairement est appelée messe sèche ou

messe de navigation , encore aujourd'hui est usitée en quelques endroits pour

marque d'une singulière dévotion envers la messe. On la nomme sèche , parce

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messe sèche, parce que, si le prêtre ne peut pas consacrer, parce que peut-être il a déjà célébré, ou pour une autre cause, il peut , après avoir pris l'étole , lire l'épître et l'évangile , dire l'oraison dominicale et donner la bénédiction : de plus, si par dévotion et non par superstition, il veut dire tout l'office de la messe sans offrir le sacrifice, qu'il prenne tous les vêtements sacerdotaux et qu'il célèbre la messe dans son ordre, jusqu'à la fin de l'offrande^ passant outre la secrète, qui appartient au sacrifice. Mais il peut dire la préface , quoiqu'on paraisse y appeler les anges à la consécration du corps et du sang du Christ. Cependant, qu'il ne dise rien du canon , mais qu'il ne passe pas outre Foraison dominicale et ne dise pas ce qui suit, qu'on doit dire à voix basse et en silence ; qu'il n'aie ni calice, ni hostie, et qu'il ne dise ni né fasse rien de ce qui se dit ou se fait sur le calice ou sur l'eucharistie. Il peut dire encore : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous » [Pax Do- mini sit semper vohiscum). Et à partir de là, qu'il poursuive et achève l'office de la messe selon son ordre ordinaire. Il est mieux cependant d'omettre le reste,.

qu'elle est célébrée sans consécration et communion , avec le simple récit des autres prières qui la composent. On l'appelle aussi de navigation, parce que, comme il n'est pas permis de dire la messe sur mer dans un vaisseau , pour le danger qu'il y a de répandre le sang qui est dans le calice , à cause des fréquen- tes agitations des vagues, ceux qui sont sur mer, ne pouvant mieux faire, se consolent au moins par cette sorte de messe, laquelle se dit en cette manière : Le prêtre, étant revêtu d'un surplis seulement et d'une étole, sans autre chose, et ne mettant sur l'autel ni l'hostie ni le calice, prend le Missel en ses mains, dans lequel il lit l'épître, l'évangile et le Pater; après quoi il donne la bénédic- tion au peuple Mathieu Galenus assure que telles messes sont fort usitées

en Flandre. La pratique encore en est commune en quelques diocèses de France, et on s'en sert en certains endroits aux enterrements qui se font l'après-dînée, ou lorsqu'il n'y a qu'un prêtre en ces lieux-là qui a déjà célébré la messe , et qu'il survient quelque nécessité qui oblige de recourir à Dieu par l'entremise des personnes qui sont spécialement vouées à son service. » Bocquillot fait remon- ter l'antiquité de cette sorte de messe au IX^ siècle: « L'on ne peut douter, dit-il, que Prudence, évêque de Troyes (en Champagne), ne l'ait trouvée en usage de son temps , ou ne l'ait introduite en faveur des malades qu'on allait com- munier en viatique; car il la décrit dans un Pontifical Mss. qu'on a de lui. » (V. Bocquillot, Traité hist. de la Liturgie ou de la Messe, l. 2, chap. 7, p. 394; — Grimaud, la Liturgie sacrée, partie 1, chap. 10, p. 59 et 60. — V. Du Gange, Missasicca; etD. Garpentier, Supplem. ad Gloss. Du Gange , v» Missaficta.)

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XXIV. Mais il y en a qui commencent la messe du jour, la célébrant dans son ordre jusqu'à l'offrande ; ensuite, ils com- mencent une autre messe et la chantent jusqu'au même en- droit , et ils font la même chose plusieurs fois s'ils le veulent ; et, après avoir commencé la messe des vivants, ils commencent parfois la messe des morts, la poursuivant jusqu'au même en- droit [h), et ensuite, continuant de là, ils disent autant de se- crètes [i) qu'ils ont commencé de messes , disant seulement une fois le canon et consacrant ; et à la fin ils disent autant d'orai- sons qu'ils ont commencé d'offices de la messe. Mais nous ré- prouvons cela comme une chose détestable.

XXV. Cependant le prêtre peut parfois célébrer plusieurs messes dans un seul jour. Premièrement, à la fête de la nais- sance du Seigneur, comme on le dira dans la sixième partie, à l'article de cette fête. Secondement, lorsque la nécessité l'exige; par exemple, si quelqu'un meurt. Cependant le Con- cile de Carthage dit « que si l'évêque ou une autre personne <( meurt après la troisième heure, sa commémoration doit être

{h) Pierre-le-Chantre, de Paris, écrivain du Xlle siècle, donne de cette bi- zarre coutume une explication curieuse ; c'est dans le chapitre 27 de son Ver- bum abbreviatum qu'elle se trouve. Ce docteur, parlant des prêtres qui célé- braient de son temps des messes à double face par esprit d'intérêt, c'est-à-dire qui disaient une messe jusqu'au temps de l'offrande , et , voyant que personne ne venait rien apporter à l'endroit de l'offertoire, recommençaient une autre messe, et ainsi jusqu'à trois et quatre fois, et ne continuaient ensuite le sacrifice que lorsqu'ils avaient reçu des offrandes; après, dis-je, avoir décrit cet abus en des termes énergiques, il dit : [Hi similes sunt cantantibus fabulas et gesta; qui , videntes cantilenam de Landrico non placere auditoribus, statim incipiunt de Narcisso cantare : quod si nec placuerit, cantant de alio] ; «Ils sont sembla- bles aux chanteurs de contes et de chansons de gestes, qui , voyant que la chan- son de Landri ne plaît pas aux auditeurs , commencent aussitôt celle de Nar- cisse, et, si elle ne plaît pas, ils en chantent une autre. » Pierre-le- Chantre mourut vers 1197; il est curieux de voir, environ un siècle après (1284), se continuer une pratique dont le pieux théologien nous fait connaître la source et les abus.

{i) Secretelas. [Secretella, oratio quse etiamnum Sec^e^a appellatur, quam subsequitur Praefacio. ] Les Statuts Mss. d'Augerius', évêque de Gonserie (en Ir- lande), anno [1280], exphquent ainsi ce mot: [Deinie respiciens librum, ma- nibus ut prius ante humeros elevatis dicit Secretellas , et in fine ultimae Secre- tellœ dicens, Peromnia sœcula sœculorum..., Sursum corda, etc.] (V. du Gange, Secretella. )

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« faite seulement par des prières et sans qu'on célèbre la « messe pour lui. » Troisièmement, par honnêteté ou par honneur^ comme si quelque grand personnage survenant veut ouïr la messe. Quatrièmement, selon quelques-uns, pour cause d'utilité ; par exemple , pour les pèlerins , pour les étrangers, pour les voyageurs, pour les malades , pour les fiancés ( spon- sos), et à cause de la rareté des clercs, et à cause de la pau- vreté des églises, qui n'ont pas de prêtres attitrés (proprios). Cinquièmement, comme dit Richard, évêque de Crémone [in Mitrali) : « Lorsque deux festivités se rencontrent, on peut « aussi en célébrer trois , tant parce que cela a lieu licitement (( lors de la Noël , que parce que la passion du Christ est tri- ce partite ou partagée en trois parties. Car il souffrit des lan- ce gués de ceux qui l'insultaient, des mains de ceux qui le frap- cc paient et des clous de ceux qui le crucifiaient. Il fut aussi ce immolé par les patriarches dans leurs actions (j) , sacrifié c( parles prophètes dans leurs paroles, et réellement offert par ce son Père et par lui-même. » Sixièmement, pour la même raison, si , dans un jour de jeûne, il se rencontre quelque fête sdennelle, le prêtre peut célébrer une messe de la fête et l'autre du jeûne, si un autre prêtre ne se trouve pas là.

XXVI. On lit aussi que le pape Léon célébra souvent sept fois et parfois neuf fois la messe dans le même jour. Cependant le prêtre qui doit célébrer une autre messe le même jour pren- dra seulement dans la dernière la perfusion ou ablution (|?er- fusionem) (/e), parce que, s'il la prenait dans la première, il ne serait pas à jeun, et ainsi il serait empêché de célébrer une

[j] Par exemple , le sacrifice d'Abraham figure de la passion du nouvel Isaac, le Christ, fils de Dieu.

(k) Perfusio a le sens ^Ablution dans les auteurs liturgiques. « Gum scili- cet sumptis sacrée Eucharistiee speciebus, sacerdoti vinum et aqua infunduntur ut digitos abluat, ditDu Gange, verbo Perfusio. » Statuta Ord. Praemonstrat., dist. 1, cap. 1. [Gum aliquis in Natah Domini vel ahas de necessitate duas mis- sas debuerit celebrare, post primam missam, sumpto sacramento Eucharis- tiae , vinum perfusionis , sive ablutionis non sumat , sed ahi ad sumendum tra- dat.] (V. ibid., Super fusio, Profusio.)

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autre messe ; mais ailleurs [alias), autant de fois qu'il célèbre, autant de fois il prend le corps du Christ et aussi la perfusion ou ablution.

XXVII. Mais est-ce qu'il consacre après avoir dîné? Je ré- ponds ainsi : Cela est permis , mais il ne doit pas le faire. En effet, le jeûne n'est pas d'absolue nécessité, comme saint Au- gustin le témoigne clairement dans le canon inD. c; autre- ment le Seigneur n'eut pas consacré. Cependant maître Hu- gues [l) dit le contraire.

XXVIII. Or, dans les anciens temps, lorsque les hérésies pullulaient et attaquaient la Trinité, d'après l'institution d'Al- cuin, maître de Charles (Charlemagne), à la demande de Bo- niface, archevêque de Mayence, il fut établi par ce prélat qu'à la première férié { le dimanche ) (m) on dirait la messe de la Trinité ; à la deuxième férié, celle de la sagesse ; à la troisième férié, de l'Esprit saint ; à la quatrième, de la charité ; à la cin- quième férié, des anges ; à la sixième, de la croix ; à la septième, de la bienheureuse Vierge. Mais cette cause venant à cesser, cette pratique cessa, et l'office du dimanche ayant été réglé, il fut établi que la première férié aurait son office , à savoir : de la Trinité; la seconde des anges , parce qu'ils furent créés ce jour-là , premièrement dans la possession des biens gratuits ; et ensuite la lumière fut séparée des ténèbres , c'est-à-dire les bons anges des mauvais, parce qu'alors les mauvais tombèrent, mais les bons furent affermis et confirmés.

XXIX. Et, dans la première férié, les anges furent créés avant les biens de la nature. On chante aussi la messe pour les morts dans la seconde férié , afin que nous leur appliquions les mé- rites des anges. Et parce que, comme disent quelques-uns dans la première férié, ceux qui sont dans le purgatoire ont du ra- fraîchissement, et aussitôt, à la seconde férié , ils retournent à leurs peines et à leur labeur,

(l) Hugues de Saint- Victor, (m) V. Du Gange, verbo Feriœ.

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XXX. Voilà pourquoi , afin que nous leur venions en aide dans leurs douleurs , on célèbre la messe pour eux dans la se- conde férié. Dans la troisième férié , pour les péchés; dans la quatrième , pour la paix ; dans la cinquième, pour la tribula- tion : et dans la troisième férié on doit répéter Yintroït de la messe du dimanche. Il a été aussi établi qu'on jeûnerait dans la quatrième férié (le mercredi), et que, semblablement en ce jour, on doit dire la messe du dimanche, à moins qu'on n'en soit empêché par une festivité. Dans la cinquième férié, on doit de même répéter l'office du dimanche, Vintro'il, Fépître et l'évangile, parce qu'on dit que le jeudi [dies lovis) est cousin du dimanche [n] [cognata diei Dominicœ), comme on le dira au chapitre de l'Entrée du Pontife à l'autel. Dans la sixième férié, de la croix; en effets ce jour est propre au Christ et à la croix, parce qu'il voulut être crucifié et mourir dans ce jour (le vendredi) pour le salut du genre humain.

XXXI. Dans la septième férié (samedi), de la bienheureuse Vierge ; ce qui prit son origine et son commencement de ce' que jadis, dans une église de la cité de Constantinople , il y avait une image de la bienheureuse Vierge devant laquelle était suspendu un voile qui la couvrait tout entière ; mais ce voile_, dans la sixième férié après vêpres , s'écartait de l'image sans que personne y touchât , et par le seul miracle de Dieu, comme s'il était emporté dans le ciel, afin que l'image pût être parfaitement vue par le peuple. Et après la célébration des vêpres, le samedi , le même voile descendait devant le même portrait ou image, et y demeurait jusqu'à la sixième férié. Lors-

(n) Guillaume Durand donne de ce proverbe d'écolier une explication pure- ment liturgique (V. § 20, chap. 6, lib. 4) ; nous croyons cependant que la plus naturelle est celle-ci. Voici à quelle origine on rapporte le motif de la célébra- tion du j eudi observé par les écoliers : Diogène Laërce (Vies des Philosophes) raconte que Anaxagoras étant prêt d'expirer, les principaux de la ville de Lampsaque, où il mourut, lui demandèrent s'il ne leur voulait rien ordonner. Il leur com- manda de donner tous les ans congé aux enfants et de leur permettre déjouer à pareil jour que celui de sa mort. Cette coutume s'est toujours conservée de- puis, bien qu'on ne s'en rappelle guère l'origine.

Tome II. 2

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qu'on vit ce miracle, on arrêta que toujours, dans cette férié, on chanterait la messe de la bienheureuse Vierge.

XXXII . Il y a aussi une autre raison : c'est que , lorsque le Seigneur eut été crucifié et fat mort , que ses disciples s'en- fuyaient et désespéraient de sa résurrection , en elle seule de- meura toute la foi, en ce samedi; car elle savait comment elle l'avait porté sans fatigue et enfanté, et voilà pourquoi elle était certaine qu'il était le Fils de Dieu et qu'il devait ressusciter le troisième jour d'entre les morts. Et c'est là la raison pour la- quelle le jour du samedi, plus que tout autre jour, est propre à la bienheureuse Marie.

XXXIII. La troisième raison, c'est que le samedi est la porte et l'entrée au jour du dimanche. D'où vient que, lorsque nous sommes au samedi, nous sommes près du dimanche. Or, le jour du Seigneur est le jour du repos, et symbolise la vie éter- ternelle. De là vient que lorsque nous sommes dans la grâce de notre Seigneur nous sommes en quelque sorte devant la porte du paradis. Donc, comme la bienheureuse Vierge elle- même est pour nous la porte qui conduit au royaume des cieux, que symbolise le dimanche, voilà pourquoi nous solen- nisons sa mémoire dans la septième férié qui précède le di- manche.

XXXIV. Quatrièmement, afin que la solennité de la Mère soit continuée par celle du Fils. Cinquièmement, afin qu'une festivité ait lieu dans le jour où Dieu s'est reposé de tout ou- vrage.

XXXV. Il est encore à remarquer que, dans l'office de la messe où l'on représente la passion du Christ, nous nous ser- vons de trois espèces de langues, savoir : la grecque, l'hé- braïque et la latine , pour rappeler que le titre de la croix du Christ fut écrit en ces trois langues (S. Jean, xix), et pour marquer que toute langue, que l'on entend par cette triplicité, doit louer et confesser Dieu, parce que N. S. J.-C. est dans la gloire de Dieu le Père ; car, quoiqu'il y ait beaucoup de sortes

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de langues, celles-là cependant sont les principales. L'hé- braïquC;, à cause de l'ancienne loi, et parce qu'elle est la mère des autres. La grecque, à cause de la philosophie [sapientiam), La latine^ à cause de la noblesse et de la domination de l'em- pire romain. Les paroles latines, ce sont les épîtres^ les évan- giles, les oraisons et les cantiques [cantus). Les grecques sont : Kûpis èXé-fldov, X^iavi tlinaov ct ùpiaç. Lcs hébraïques sont : Alléluia, amen, sabaoth et osanna. Delà vient encore qu'à la messe du pontife romain, dans les principales solennités, on lit l'évan- gile et l'épître non-seulement en latin , mais aussi en grec, pour marquer l'union étroite des deux peuples sous une seule et même foi, ou bien parce que l'Eglise est composée non- seulement des Latins, mais encore des Grecs ; et vois cela dans la sixième partie, au chapitre de la Parascève ou Vendredi saint.

XXXVL Mais on demande si le prêtre doit célébrer la messe en présence de moins de deux personnes? Et il semble que non; car le pape Sothcr a aussi établi que nul ne s'ima- gine de célébrer solennellement la messe , si ce n'est en pré- sence de deux personnes , et ayant avec lui une troisième per- sonne qui lui réponde avec les autres. En effet, quand le prêtre dit : Dominus vohiscum ( Que le Seigneur soit avec vous ) , et à la secrète : Orale pro me (Priez pour moi), il convient que plusieurs voix répondent à son salut et à son invitation. Mais il y a [encore] un autre point, qui est celui de la néces- sité, dans lequel il peut célébrer en présence d'une seule per- sonne , et dans un autre cas , qui est celui du mépris de la re- ligion.

XXXVII. Il faut croire pieusement aussi, et cela est prouvé par des autorités certaines, que les anges de Dieu assistent en qualité de compagnons ceux qui prient et se tiennent auprès d'eux, selon cette parole du Prophète : « Je chanterai à ta « louange en présence des anges. » Et l'Ange dit à Tobie : « Quand tu priais avec larmes, moi j'ai présenté ta prière au

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c( Seigneur. » Mais dans le canon [même] de la Messe sont contenues ces paroles : « Nous te supplions et nous te prions, (( Dieu tout-puissant, d'ordonner que ces choses soient por- c( tées par les mains de ton saint ange sur ton sublime autel. » De plus , chaque homme a son ange attitré pour le garder. De là vient que le Seigneur, dans l'Evangile, parlant des petits enfants, dit : « Leurs anges voient toujours la face de mon Père. » Donc, nous les avons comme participants dans la prière , eux qui seront nos coassociés dans la gloire éternelle. Cependant le prêtre seul ne peut célébrer le divin office sans l'aide d'un ministre ou servant , comme cela a été prévu d'avance dans la Constitution d'Alexandre. Le XIP canon (quœst. i) du Concile de Tolède a encore établi ceci, à savoir : qu'en quel temps ou qu'en quel lieu où il y a peu de prêtres , on offre le saint sacrifice ; que tout prêtre qui sacrifie à Dieu ait derrière lui l'aide d'un secours pro- chain , afin que si , par un cas quelconque , celui qui monte à l'autel pour y célébrer les divins offices tombe à terre troublé ou blessé, il ait toujours derrière lui quelqu'un qui prenne in- trépidement sa place. Si, toutefois^ on dit la messe en un temps de paix ; s'il n'y a pas de guerre en ce lieu ; si l'Eglise est riche en clergé , et si elle a beaucoup de clercs [ on agit alors autre- ment ] .

XXXVIU. Mais, généralement, on doit dire que c'est la messe ordinaire à laquelle assistent les prêtres , à laquelle on répond, on fait l'offrande et l'on communie , ainsi que la composition elle-même des prières le démontre par une règle manifeste.

XXXIX. L'introït se rapporte au chœur des prophètes, parce que, selon [saint] Augustin, « Moïse fut le ministre de l'Ancien- c( Testament, et les prophètes sont les ministres du Nouveau. » Kupte èXsvicov se rapporte à ces prophètes qui vivaient près de l'avènement du Seigneur , desquels furent Zacharie , et Jean- Baptiste son fils. Gloria in excelsis appartient au ciel, qui de- vait annoncer aux bergers la joie qu'éprouvèrent les anges de

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la nativité du Seigneur. La première collecte se rapporte à ce que le Seigneur faisait environ Fàge de douze ans^ savoir, lors- quO;, montant à Jérusalem, il s'asseyait au milieu des docteurs , écoutant et interrogeant. L'épître appartient à la prédication de [saint] Jean. Le répons se rapporte à la bonne volonté des apôtres , savoir, comment ils furent appelés par le Seigneur et comment ils le suivirent. Allelu-Ia appartient à l'allégresse de leur ame , qu'ils avaient à la suite de ses promesses et de ses miracles, quïl faisait ou qu'ils faisaient par son nom. L'é- vangile regarde le temps depuis sa prédication jusqu'au temps prédit [de sa mort] . Et ce qui a ensuite lieu pendant Toffice de la messe se rapporte à ce temps qui est depuis le dimanche, quand les enfants des Hébreux allèrent au-devant de lui, jus- qu'au jour de son Ascension ou de la Pentecôte. L'oraison dite secrète (la secrète), jusqu'à Nohis quoque peccatorihus^ désigne cette oraison à laquelle Jésus s'exerçait sur le mont des Oliviers. Et ce qui a lieu après signifie ce temps pendant lequel le Sei- gneur fut couché dans le sépulcre. Quand on met le pain dans le vin, cela montre que l'ame de Dieu retourne dans son corps. La salutation qui suit signifie les saints faits ensuite par le Christ aux disciples. La fraction du pain [oblatœ) (o) figure la fraction

(o) Oublies. Les hosties, ou pain à chanter (la messe), que les prêtres consa- crent à l'autel, étaient appelées ohlatœ. Fulbert, évêque de Chartres (ep. 1), dit : [Multae oblatœ propter vota offerentium , unus panis est propter unitatem cor- poris Ghristi]. Le 5e Concile d'Arles (can. 1) : [Ut oblatœ quae in sacro offeruntur altari a comprovincialibas episcopis, non aliter nisi ad formam Arelatensis offe- rantur ecclesiaî]. Et parce que les oublies de cuisine et de pâtisserie sont faites de la même façon, elles furent aussi appelées oblatœ, comme le prouve ce pas- 'sage de Geoffroy, abbé de Vendôme, qui (lib. 1 ) en décrit ainsi la confection : [Hispanibus, quos oblatas appellant, conlîciendis pariter et coqaendis exhibe- bat ministerium. Cumque ille instrumentum ferreum, ut sœpe vidistis , hu- jusmodi panibus coquendis Cdlefecisset, et illas ferri patenas, quae sibi concate natee artificiosa diligentia nunc aperiuntur, nunc relaxantur , suscipiendis quae coquenda erant , aperuisset]. On ne peut mieux décrire l'outil employé encore aujourd'hui à la fabrication des oublies, des hosties et des pains à cacheter. En- fin, I&on (De miraculisS. Othmari, 1. 1, c. 3) dit que les oublies d'autel étaient de forme ronde : [Quaedam panis rotulœ , quae vulgo oblatœ dicuntur]. On donnait le nom d'oublieurs à ceux qui, au moyen-âge, se livraient exclusive- ment à la confection de cette sorte de pâtisserie ; aujourd'hui , il n'est resté

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du pain faite par le Seigneur aux disciples dans Emmaûs. Ces choses seront dites plus complètement en leurs lieux. On par- lera, dans la septième partie, de la messe pour les morts et de leur office.

XL. Jusqu'à présent, la messe ne doit être dite, à moins d'une grande nécessité, que dans les lieux consacrés à Dieu, c'est-à-dire dans les sanctuaires [in tahernaculis) consacrés par les prières qu'adressent à Dieu les pontifes. Donc, il ne faut pas dire la messe dans les maisons profanes , sans la permis- sion de révêque , parce qu'il est plus saint de ne pas chanter ou de ne pas entendre la messe que de faire cela dans les lieux où il ne le faut pas. D'où vient qu'il est écrit : ce Vois à ne pas « offrir tes holocaustes en tout lieu que tu trouveras; mais en c( tout lieu dont le Seigneur, ton Dieu, aura fait élection. »

qu'à ceux qui la vendent par les rues. — Amalaire (ap. Baluze, t. 2, capit., col. 1364) dit, en parlant de la fraction deThostie en trois parts, qu'elle repré- sente cette fraction du pain que notre Seigneur fit aux deux disciples dans Em- maûs, et que c'est en mémoire des trois parts qu'il en fit alors que le prêtre observe de briser l'hostie en trois parties. — Arnulphus Roffensis (ep. 2, in Spi- cil. d'Acheri, t. 2, p. 434) dit que , dans la primitive Eglise, toutes les hosties avaient la forme et l'épaisseur d'une pièce de monnaie {in forma nummi). — Raymond (m Summula) rapporte, à propos de la confection de l'hostie, de la quaUté de la farine, etc., six vers que nous transcrivons ici :

1

Munda sit oblata, nunquam sine lumine cantes.

2 Hostia sit modica, sic Presbyteri faciant hanc.

3 4 5 6 7

Candida , bHticea , tenuis , non magna, rotunda,

12

Expers frumenti, non salsa sit hostia Christi.

3 4

Spernitur oblata duplex^ vel a terra levoia

5 6 7

Facta, v^l inflata, vel discolor, aut maculata ;

où l'on voit les sept qualités et les sept défauts du pain à chanter. — Nous voyons, par la Vie de S. Cutbert et par le premier livre des Miracles de S. Omer (Othmarus), que les chrétiens d'Occident avaient coutume d'ensevelir leurs morts avec des hosties non consacrées sur la poitrine. (V. plus loin la note que nous avons faite sur les nos 5 et 6 du chap. 30 du liv. 4 du Rational , qui a pour titre : [De la Confection des Hosties, dites pains d'autel ou pains à chanter] ; — Du Gange, verbo Oblata. )

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On parlera de cela dans la préface de la cinquième partie. Mais il peut y avoir nécessité , comme de la dire dans un navire ou dans une armée, sous un pavillon [suh papillione), ou sous le ciel [suh dio) si l'on ne peut avoir un pavillon; mais, alors, avec une table ou un autel portatif [altari viatico). Et le prêtre ne doit pas célébrer la messe , sans la permission de Févêque , sur l'autel oii l'évêque l'a célébrée le même jour.

XLI. Toutefois, le pape Sixte a statué qu'on ne célébrerait pas la messe ailleurs que sur un autel [stable]. Le pape Fé- lix P a établi qu'on célébrerait la messe sur les tombeaux ou monuments élevés à la mémoire des martyrs [memorias mar- tyrum) (p). Le pape Boniface II a établi que pendant la célé- bration de la messe les clercs seraient séparés des laïques. Le pape Martin statua qu'on chanterait la messe à haute voix [alta voce) . Le pape Vigile établit qu'on la dirait dans la partie orien- tale de l'église.

XLII. Il faut aussi remarquer que pendant la messe on représente le combat et la victoire du prêtre contre l'antique ennemi. Nous parlerons de la marche [processus, procession)

(p) iiMemoria, dit Du Gange, monumentum, sepulcrum, fAv-Ajuisiov. » Monu- ment, tombeau, et en grec souvenir, tels sont les sens attachés au mot Memoria par les auteurs ecclésiastiques ; mais on donnait surtout le nom de Memoriœ aux oratoires bâtis sur les corps des saints ou qui renfermaient leurs reliques. Cette désignation devint plus tard commune à toute église ou édifice sacré : aux au- tels (1), aux châsses (2), à tout ce qui avait servi à un saint (3) , au jour anni- versaire de sa fête (4), enfin aux funérailles de tout chrétien (5). — Exemples: (1) Vita S. Bertulfi, saec. 5 Bened., part. 1, p. 59 : [In Blandiniensi namque ecclesia Memoriam tidelium defunctorum construxit fidelium vivorum indus- tria]. — (2) Miracula S. Landeberti, ssec. 3 Bened., part. 1, p. 80 : [Dignam ^ei praeparaverunt mansiunculam, quœ opère artificum mirabili et copiosa mole auri et argenti et gemmarum et lapidum pretiosorum... fabricata est... Ibique, ut decebat , urbana et venerabilis mirifica Memoria haec praegrandi ecclesia composita est], —(3) Translat. S. Launomari, saec. 4 Bened., part. 2, p. 248 :

[Missi eo monachi secum deferunt gloriosi baculum confessoris At ne quis

ignoraret istam sancti Memoriam suae inesse ecclesiae, superpositus altari rei fi- dem exhibebat]. — (4) Joannes Hierosolymitanus, 1. 3, in Stratagemata B. Job : [ Propterea et Memorias sanctorum facimus , et parentum nostrorum vel ami- corum in fide morientium dévote Memoriam agimus , etc. ] . — (5) Provinciale Gantuar. Eccl., 1. 3., tit. 14 : [Peractis a viris ecclesiasticis mortuorum Memo- riis, etc.].

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à ce combat , au chapitre de TEntrée du Pontife à l'autel , sur la fin. Nous avons montré, dans la préface de la troisième par- tie, quels sont les armes et le combat du prêtre.

XLIII. La messe imite encore en quelque sorte un jugement. D'où vient aussi que le canon s'appelle [actio) action. Or, l'ac- tion c'est la cause produite en justice ; mot à mot, cela signi- fie le barreau. En effet, pendant la messe il s'agit de notre cause ; le sanctuaire est le prétoire, Dieu est le juge , le diable l'accusateur, les ministres ou servants les témoins , le prêtre l'avocat et le défenseur. Il est Moïse, qui portait la cause du peuple devant le Seigneur, lui par le patronage duquel la ruse et la fausseté sont confondues, notre innocence entière- ment prouvée, nous sommes absous, la colère du juge est apaisée, et la faute remise par sa miséricorde. Au reste, la messe est appelée un mystère, parce qu'elle se produit au dehors^ et un sacrifice, parce qu'on l'offre devant tous et pour tous.

XLIV. Et l'office de la messe est surtout divisé en deux parties , savoir : la messe des cathécumènes et la messe des fidèles.

XLV. La messe des catéchumènes, c'est depuis l'introït jusqu'à l'offertoire. Cette messe [missa) tire son nom de emit- tere, mettre dehors, renvoyer, parce que quand le prêtre commence à consacrer l'eucharistie on renvoie les catéchu- mènes hors de l'église. D'où vient que, très-anciennement, après la lecture de l'évangile , le diacre avait coutume de crier à haute voix, dans le jubé [supra pulpitum) : « S'il y a ici « quelque catéchumène, qu'il sorte dehors, » comme on le dira dans la sixième partie, à l'article de la Quatrième Férié ( mercredi) du quatrième Dimanche de Carême. Ce qui avait lieu parce que, quoique les catéchumènes, fussent instruits et fortifiés ( instructi) dans la foi, cependant ils n'avaient pas en- core pris la seconde naissance ou le baptême, et voilà pourquoi ils n'étaient pas encore du corps de l'Eglise , pas plus que les

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Juifs et les Gentils. C'est pourquoi ils ne devaient pas assister aux sacrés mystères de Tautel, que l'on ne confie qu'aux fidèles baptisés, et parce qu'on ne doit pas montrer les trésors de l'Eglise à ses ennemis. D'où vient qu'il est écrit touchant quelques-uns qui représentaient le type ou la figure de caté- chumènes, et n'ayant pas encore pris une seconde naissance : « Or^ Jésus ne se confiait pas à eux , sachant ce qu'il y avait (c dans l'homme. » De là vient encore qu'il est dit dans le ca- non du Concile de Carthage (De consecratione ^ distinct, i, Episcopus) que « l'on empêche le Gentil, l'hérétique et le Juif « d'entrer dans l'église et d'ouïr la parole de Dieu jusqu'à la « fin de la messe des cathécumènes^ et aussi les incestueux » (XXXV, dist. III, De incest., et cap. seq.).

XLVI. Mais la messe des fidèles a lieu depuis Foffertoire jusqu'à la postcommunion, et cette messe [missa) tire son nom de dimiltere^ congédier, parce que lorsqu'elle est ache- vée on congédie chaque fidèle à sa demeure.

XLVII. Or, parfois messe [missa) est un nom collectif, parce que tantôt on l'appelle messe depuis l'introït jusqu'à l'offertoire, et tantôt depuis l'introït jusqu'à Vite missa est (Al- lez, la messe est dite) , et cela avec plus de vérité , parce qu'a- lors l'hostie est achevée, la victime est consommée. Parfois, ce qui est plus usité, on appelle messe tout l'office, depuis l'introït jusqu'à Vite missa est^ ou l'invocation du nom du Sei- gneur que fait le prêtre sur l'autel, invocation en quelque sorte transmise, d'autant plus que le peuple fidèle transmet ses prières, ses supplications et ses vœux au Très-Haut , par le ministère sacré du prêtre , qui tient la place de médiateur en- tre Dieu et les hommes , c'est-à-dire celle du Christ. Parfois, cependant, ce nom signifie l'office que l'on dit à voix basse^, et parfois seulement les paroles avec lesquelles on consacre le corps du Seigneur.

XLVIII. Parfois messe (missa) est un nom propre, parce qu'il signifie le Christ qui fut envoyé (missus) par le Père en

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ce monde. Il signifie aussi Fange qui est envoyé [mittitur) afin que , par ses mains , l'hostie soit offerte sur le sublime autel du Seigneur. Or, le sacrifice même, c'est-à-dire l'hostie est appelée messe [missa) (1), comme en quelque sorte si l'on di- sait [transmissa) qu'elle est transmise, savoir : d'abord, par le Père à nous, afin qu'elle habitât avec nous ; ensuite, par nous au Père, afin qu'elle intercède à son tour pour nous auprès de lui. Elle est encore transmise : premièrement, à nous, par Dieu le Père, par l'incarnation du Christ, son Fils, qui fut envoyé du ciel, et ensuite au Père par nous, par sa passion ; de même, dans le sacrement de l'autel , elle est transmise à nous : pre- mièrement, par le Père, en vertu de la sanctification par la- quelle il commença à être avec nous ; ensuite , au Père par nous , en vertu de l'oblation par laquelle il intercède pour nous auprès du Père. Car cette mission ou légation est seule suffi- sante et capable pour délier les inimitiés et les offenses qui sont entre Dieu et les hommes. Quand donc le diacre dit à la fin de la messe : c( Ite, missa est y » c'est la même chose que s'il disait : a Retournez chez vous, » ou « Suivez le Christ, » parce que la messe ou l'offrande, c'est l'hostie du salut placée entre nos mains pour apaiser Dieu le Père.

XLIX. On peut aussi, et d'une autre manière, diviser la messe en quatre parties, selon l'Apôtre dans la P^ épître à Timothée, chap. n. Le canon du Concile de Tolède la fait aussi consister et se renfermer en supplications, en oraisons, en demandes et en louanges ou actions de grâces , dont on expliquera les formules dans la cinquième partie, à l'article de Tierce. La première partie s'étend - depuis l'introït jusqu'à l'offertoire, et on lui donne le nom de supplications, c'est-à-dire prédications qui ont lieu avant que l'on commence à bénir les espèces [species). La seconde , jusqu'à la fin de l'oraison dominicale , savoir, à cet endroit : Libéra nos, quœsumus , Domine, etc. (Délivre- nous, nous t'en supplions. Seigneur, etc.). La troisième, jus- qu'à la communion , à savoir, selon [saint] Augustin, les orai-

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sons que Tévêque dit après la communion (la postcommunion). La quatrième, jusqu'à la fin, à savoir, selon [saint] Augustin, quand, après Vite missa est ou Benedicamus Domino (Bénis- sons le Seigneur), le peuple répond : Deo grattas (Grâces soient rendues à Dieu). Mais, selon les autres, la première partie s'étend depuis l'introït jusqu'à Te igitur; la seconde, jusqu'à Oremus prœceptis salutarihus, etc.; la troisième, jus- qu'aux collectes [collectas) [q) ; la quatrième, jusqu'à Vite missa est. Encore, parce que le Christ a versé son sang par cinq parties de son corps, voilà pourquoi l'office de la messe, de- puis l'offertoire et auparavant, est subdivisé en cinq parties, comme on le dira en son lieu, etc. Et aussi, parce que sur la croix seule eut lieu l'efïusion du sang en cinq jets, voilà pour- quoi aussi le seul canon est subdivisé en cinq parties : la pre- mière jusqu'à Pridie. la seconde jusqu'à Mémento^ la troisième, jusqu'à Prœceptis , la quatrième jusqu'à Vemholis (r), la cin- quième jusqu'aux collectes, etc. (.s).

(q) Ce mot a deux sens : [Collecta, Sûva^tç (Synaxe), sacrum missse sacrifi- cium, ad quod christiani coire et colligi soient : populi ad sacra ecclesiarum officia peragenda conventus , atque adeo quodvis officium ecclesiasticum]. Voilà pour le premier sens, exemple : [Collecta, ditPapias, dicitur eo quod colligatur po- pulus in unum, ut ostendat Christum in Evangelio venturum]. — Collecta dans le second sens : [ Oratio, quam is qui clero vel monachis prseest, fmito et expleto quolibet canonico ofticio , velut omnium astantium vota et preces in unum colligens, publiée et voce altiori récitât; sic dicta, inquit Micrologus, de Observât. Eccles., cap. 3, eo quod sacerdos, qui legatione fungitur pro po- pulo, ad Dominum omnium petitiones ea oratione colligat atque concludat.] (V. Rupert, lib. 1 de divin. Offic, cap. 19 : [Collectœ, dit-il, quae dicuntur ad complendum, orationes sedentis in cœlo capitis nostri Josu Christ signant]. Et Alcuin, lib. de divin. Offic. : [Collecta dicta est a collectione, eo quod ex auc- toritate divinarum Scripturarum sic collecta, quae in Ecclesia leguntur]. Du Gange, Gloss. , vocibus Collecta, nos e et 8.

(r) Dans l'édition du Rational de Lyon, en 1592, on lit embolismum ; mais c'est une faute. ( V. Du Cange , Embolismus.) C'est embolis ou emholum qu'on aurait dû mettre. Ce mot, chez les auteurs ecclésiastiques, signifie cette partie qui termine l'oraison dominicale, savoir : Sed libéra nos a malo. Amen, parce que, comme dit S. Cyprien (Serm. 6, et, après lui, Amalaire, 1. 3 de Eccl. Offic, cap. 29) :[In consummatione orationis venit clausula, universas petitiones et preces nostras collecta brevitate concludens]. L'Ordre romain: [Sequitur in altum prsefatio dominicae Orationis, et Oratio dominica cum emboli sua, in qua très articuli orationis inveniuntur ] . (V. Bona, lib. 2, Rer. liturgie, c. 15, n» 2.)

[s] La messe était anciennement divisée en messe des catéchumèmes et messe

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CHAPITRE II.

DES CINQ PSAUMES QUE LE PONTIFE DIT AVANT DE CÉLÉBRER LES SAINTS MYSTÈRES.

I. Le pontife qui doit célébrer les cérémonies de la messe dit d'abord certains psaumes et certaines oraisons , suivant la règle donnée par [le pape] Célestin 1". Il les dit pendant qu'il met les chausses et les sandales, pour se conformer à cette exhortation du Psalmiste : « Hâtons-nous de nous présen- « ter devant lui pour célébrer ses louanges, et chantons sur (( les instruments des cantiques à sa louange. )> Ces psaumes sont au nombre de cinq^ savoir : Quam dilecta tahernacula i tua, Benedixisti y Inclina ^ Credidi, et De profundis. Et il les récite afin de laver, par la prière de ces cinq psaumes , toutes les souillures qu'a fait contracter à son ame la désobéissance des cinq sens. Chacun de ces psaumes contient, en effet, cer- taines choses qui se rapportent parfaitement à ceux qui doivent célébrer le mystère de l'autel et le sacrement de Feucharistie. Or , les oraisons que le pontife dit ont clairement pour but d'obtenir la force et la pureté du cœur et du corps. Il dit donc le psaume Quam dilecta tahernacula ^ et les autres , pour mar- quer la plénitude des vertus qui réside dans le Christ , dont il est la figure.

II. Et remarque que le religieux auquel son ordre fait une

des fidèles. Dans la suite, divers auteurs ont fait d'autres divisions arbitraires. Nous la divisons, d'après le P. Lebrun [Explication... de la messe , t. 1, p. 7), en six parties, qui se distinguent. facilement. La première est la préparation publique qui se fait au bas de l'autel; la seconde commence à l'introït et con- tient les instructions et les prières qui se font à l'autel jusqu'à l'oblation; la quatrième est le canon ou la règle de la consécration ; la cinquième , qui com- mence au Pater, renferme la préparation à la communion et la communion même ; la sixième est l'action de grâces.

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loi d'aller déchaussé, doit mettre une chaussure lorsqu'il va dire la messe , selon ce précepte de l'Apôtre aux Ephésiens : « Tenez-vous les pieds chaussés pour vous disposer à suivre (( l'Evangile de paix. » En effet, par les souhers [calciamenta) faits de peaux des bêtes mortes , on foule aux pieds ( calcant ) la terre ; et ils sont fermés par-dessous et ouverts par-dessus , pour signifier que le prêtre doit être mort au monde et doit avoir le cœur fermé pour les choses terrestres , les fouler aux pieds comme dangereuses, les mépriser au dernier point, et avoir le cœur ouvert pour voir et désirer les biens célestes.

CHAPITRE III.

LE CELEBRANT SE PEIGNE LES CHEVEUX ET SE LAVE LES MAINS.

I. Le pontife, aussi bien que le prêtre, ayant mis ses chausses et ses sandales, se peigne la tête et se lave les mains et le vi- sage. Or, dans l'ancienne loi le prêtre qui se disposait à of- frir le sacrifice se lavait d'abord les mains et les pieds, puis mettait une chaussure appelée manastasis, dont aujourd'hui les sandales tiennent lieu; nous avons parlé du manastasis dans la troisième partie , au chapitre des Vêtements de l'an- cienne loi.

II. Donc, le prêtre se peigne la tête et se lave la figure : Pre- mièrement, pour suivre l'exemple de Marie, qui, pour figurer la future passion du Christ, oignit sa tête d'huile; et, en effet, l'office de la messe est la représentation de la passion du Christ. Deuxièmement, c'est pour obéir au commandement du Christ, qui dit : « Pour toi, quand tu jeûnes, oins ta tête et lave ta (( figure, » marquant ainsi que dans nos œuvres pies nous devons écarter de nous tout mensonge et toute dissimulation.

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Troisièmement , le prêtre se peigne la tête , car les cheveux signifient les pensées superflues et la curieuse sollicitude des choses terrestres ; la tête , c'est l'esprit ( mens) et l'intention qui domine tous les actes de l'ame, comme la tête est au-dessus de tous les autres membres. Donc, les cheveux sont convenable- ment lissés par le peigne et mis en ordre, et ceux qui tombent sont relevés, pour marquer que, surtout au moment de s'appro- cher de l'autel, le prêtre doit ranger ses mœurs et chasser loin de lui les pensées superflues , selon cette parole du Prophète : c( Débarrassez-vous du mauvais fardeau de vos pensées, » et que son esprit doit, par un discernement prévoyant , être séparé, tranquillisé et purgé à l'égard des soins de la terre et être orné par les vertus.

III. Or, le peigne, à cause de ses dents symétriquement tail- lées et disposées en rang, marque la discrétion qui doit servir à la parure de l'intention de l'ame , comme le peigne sert à accommoder les cheveux sur la tête.

IV. Le prêtre lave aussi ses mains, par respect pour un si grand sacrement et afin de s'en approcher avec une très-grande- pureté, ce qui a fait dire à [saint] Grégoire (in Pastoral. ^ lib. I, cap. XII ) : « Il est nécessaire que celui dont la charge est <( de nettoyer ce qui est sale s'applique à avoir la main propre. » Il lave donc ses mains, selon le sens corporel, pour purifier ses actions au point de vue spirituel, selon ce que dit ce psaume : Lavabo inter innocentes manus meas, etc., pour qu'on ne le voie pas s'approcher de la table céleste avec des mains sales ; non pas que la saleté des mains souille les divins sacrements, mais c'est que celui qui mange et boit sans en être digne, mange et boit son jugement. Voilà pourquoi nous lisons dans l'évangile de [saint] Mathieu : a Manger avec les mains sales <( ne souille pas l'homme , mais ce qui sort de la bouche et du c( cœur, savoir : les mauvaises pensées; les homicides, et les <( adultères et autres crimes de cette espèce, voilà ce qui souille « l'homme. » Il faut donc s'efforcer, avec un grand soin, de

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nettoyer non pas tant les souillures extérieures des mains que les souillures intérieures de l'esprit.

V. Le lavement des mains tire son origine de l'ancienne loi, comme on Fa dit ci-devant, car on lit dans les chap. xxx, XXXVIII et XL de l'Exode , que Moïse fît un bassin d'airain avec les miroirs des femmes , dans lequel se lavaient les prêtres à l'entrée du tabernacle du Témoignage , lorsqu'ils devaient aller devant l'autel. Or, le bassin d'airain retentissant marque la confession des péchés , l'autel d'or l'amertume de l'ame , les miroirs des femmes la méditation de la vie des saints.

VI. Que le prêtre donc, avant de venir à l'autel, se lave par la confession ou dans les larmes de la pénitence ; qu'il se purifie [se purget) par l'amertume de l'esprit; qu'il se réforme parla méditation de la vie des saints. Touchant le premier de ces devoirs , il est dit : « Soyez purs , vous qui portez les vases du (( Seigneur. » Pour le second : « Purgez-vous du vieux levain, a etc. y) Pour le troisième : « A la lumière qui marche devant « nous, déposons tout pesant fardeau et fuyons le péché qui nous <( environne. » Le prêtre doit agir ainsi afin de se mettre du nombre des innocents , qui disent, là tête et la voix en haut : « Juge-moi, Seigneur, parce que j'ai marché dans mon inno- c( cence, etc. yy Et plus bas : « Je laverai mes mains dans la com- (( pagnie des innocents, et je me tiendrai^ Seigneur^ autour de ce ton autel. » Ensuite le prêtre s'essuie les mains avec une ser- viette , parce qu'après avoir versé les larmes de la contrition il doit abhorrer le péché et le détruire par les œuvres satisfac- toires. Le lin, dont la serviette est faite , arrive à sa blancheur par le travail qu'il subit, et les pénitents arrivent à la gloire éternelle par la satisfaction. La toilette des cheveux^ des mains et de la figure n'est pas un raffinement de la volupté ; mais le Seigneur même en a donné l'injonction aux prêtres de l'an- cienne loi, et elle est toute symbolique (a).

(a) Gomme le prouve, entre autres exemples, la prière qu'on trouve dans l'an- cien Pontifical de Paris, et que devait réciter le célébrant en se peignant : Mus

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CHAPITRE IV.

DE LA CONSÉCRATION ET DE L'ASPERSION DE L'EAU BÉNITE (2).

I. Le prêtre qui doit célébrer les dimanches se pare d'abord de l'aube et de l'étole avant de revêtir la chasuble {planetam), afin d'être plus libre dans ses mouvements ; en cet état^ il bénit l'eau , conformément à la règle donnée par le pape Alexan- dre P% et il asperge d'eau bénite l'autel, l'église et le peuple, afin de chasser au loin toute impureté des esprits immondes, tant de la demeure que des cœurs des fidèles. Cette vertu est inhérente à Feau exorcisée , et aussi parce que tout le peuple des chrétiens , qui a pris une seconde naissance dans le sacre- ment du baptême, lave ainsi, par le moyen de l'eau, les corps ' déjà lavés de ceux qui ont pris une seconde naissance, de même que le sang de l'agneau était mis sur les portes de ses maisons par l'ancien peuple [de Dieu], pour en écarter l'ange extermi- nateur.

II. Delà vient qu'on lit dans la règle ou le canon [in canone) du pape Alexandre P^ : (c Nous bénissons pour les peuples l'eau mêlée de sel, afin que tous ceux sur qui elle se répand soient sanctifiés et purifiés , et nous voulons que tous les prêtres fas- sent cette aspersion. Car si la cendre de la génisse, répandue sur le peuple, le sanctifiait et le purifiait, savoir : des fautes vé- nielles , combien plus l'eau mêlée de sel et consacrée par les prières qu'on adresse à Dieu sanctifie le peuple et le purifie de ses fautes vénielles. Et si, en y jetant du sel, Elisée fit cesser la stérilité de l'eau^ combien plus le sel, consacré par les prières

exteriusque caput nostrum totumque corpus et mentem meam , tuus , Domine, purget et mundet Spiritus almus; « Que ton Esprit saint, ô Dieu! purifie inté- rieurement et extérieurement notre tête, mon corps, et mon ame tout entière. »

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qu'on adresse à Dieu, détruit -il la stérilité des choses hu- maines, sanctifie-t-il et purifie-t-il ceux qui sont souillés, mul- tiplie-t-il les autres biens, et détourne-t-il les pièges du diable, et défend-il, enfin, les hommes des fantômes mensongers ! » Le prêtre juste asperge encore le tabernacle, lorsqu'il implore la miséricorde de Dieu.

III. Le pape Cyprien dit aussi qu'on asperge les hommes d'eau bénite, parcs qu'elle a le pouvoir de les sanctifier; d'où vient qu'on lit dans l'Ecriture cette parole d'Ezéchiel : « Je ré- « pandrai sur vous de l'eau pure,, et vous serez purifiés de toutes (( vos souillures , et je vous donnerai un cœur nouveau , et je « mettrai un esprit nouveau au milieu de vous. y> On lit aussi dans le livre des Nombres : « Celui qui, pour avoir touché le « corps mort d'un homme ou d'un animal, en demeurera (( impur durant sept jours, recevra l'aspersion de cette eau le « troisième et le septième jours, et il sera ainsi purifié du péché. (( Que s'il ne reçoit point cette aspersion le troisième jour, il « ne pourra être purifié le septième. » Et encore : « Celui qui « n'aura point reçu l'aspersion de cette eau ainsi mêlée souil- cc lera le tabernacle ; » c'est-à-dire que , comme un homme impur, il n'entrera pas avec les autres dans le tabernacle, c'est-à-dire au dedans de lui-même , qui fait partie du taber- nacle du Seigneur, qui est FEghse, « et il périra du milieu d'Is- « raël. » Encore : (c Celui qui n'aura point été purifié par Tèau « d'expiation sera impur, et son impureté demeurera sur lui. » Et encore : ce Tu purifieras les lévites en les aspergeant avec (( l'eau de purification. » — « L'eau dont on se sert pour l'as- « persion est une purification, » On voit par ces citations que l'aspersion de l'eau est comme un bain sacré. Cependant cer- tains auteurs rapportent les paroles précitées à l'eau du bap- tême.

IV. Tous les dimanches on bénit l'eau en mémoire du bap- tême, comme on le dira dans la sixième partie, à l'article de l'Ascension, excepté cependant les dimanches de Pâques et de

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la Pentecôte, parce que, les samedis qui précèdent ces diman- ches, on met à part l'eau bénite dont nous aspergeons nos per- sonnes et nos maisons, et cela avant l'infusion du chrême dans les fonts bénits^ comme on le voit dans le canon Cautum, etc. Donc, avec l'eau bénite nous aspergeons nos corps et tous lieux, en témoignage du baptême. On ne nous asperge pas pour que nous soyons rebaptisés , mais pour que nous invo- quions la grâce du nom de Dieu en même temps que le souve- nir du baptême ; et , quoique pendant les deux dimanches de Pâques et de la Pentecôte on asperge Tautel, pourtant on ne chante pas alors l'antienne Asperges me, Domine^ etc.^ parce qu'alors nous devons plutôt pleurer lorsque nous nous rappe- lons que nous avons été purifiés par le Christ , par le supplice de sa passion, selon cette parole : « Je repasserai toujours ces (( choses dans ma mémoire ;, et mon ame s'anéantira en elle- « même. » Donc, les dimanches avant la messe et devant le grand autel seulement on asperge tout le peuple, quoique aux nocturnes et aux vêpres on encense tous les autels ou au moins les principaux.

V. Sur quoi il faut considérer que cette aspersion se fait pour une autre raison sur le peuple et sur les autels, parce que Dieu a mis tous les hommes sous le joug du péché, au moins du péché véniel , car le juste tombe sept fois par jour. C'est pourquoi le peuple , entrant dans l'église pour assister aux divins mystères, est aspergé de cette eau sanctifiée, qui est pour effacer les fautes de chaque jour, comme la cendre de la génisse dans l'Ancien -Testament. D'après cela, celui qui est immonde était tenu à l'écart de l'assemblée du peuple [ecchsiam], jusqu'à ce qu'il fût lavé par l'eau. On asperge l'autel par respect pour le sacrement qu'on y doit consacrer, afin d'en écarter tous les malins esprits. Et, comme le Christ est symbohsé par l'autel , qui doit être de pierre , selon cette parole de l'Apôtre : « Le Christ était la pierre , » et notre foi est en un seul Christ et non en plusieurs, voilà pourquoi, afin

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que le signe réponde à la chose signifiée;, on asperge un seul autel et tout le peuple, parce que c'est le Christ seul qui porte les péchés du monde.

VI. L'encensement représente quelquefois l'effusion des di- verses grâces spirituelles; et, comme la grâce se trouve non- seulement dans le chef {in capite) , mais aussi dans ceux qui sont soumis au chef, c'est avec juste raison qu'après le pre- mier autel on a coutume d'encenser les autres, qui symboli- sent les divers degrés des saints. L'encens dans l'encensoir signifie le cœur enflammé du feu de l'oraison, parce que notre prière doit seulement s'adresser principalement à Dieu et au Christ, notre médiateur ; c'est pourquoi on a coutume d'encen- ser l'autel et le crucifix. Dans le temps de Pâques, nous chan- tons pour l'aspersion Vidi aquarriy paroles tirées d'Ezéchiel, chapitre xlvii. Le Seigneur lui montra la cité bâtie sur un mont qui s'étendait vers le midi, et dans laquelle était un tem- ple admirable. Cette cité, c'est l'Eglise, dont il est dit : « Une ce cité posée sur une montagne ne peut être cachée. » Le tem- ple , c'est le corps du Christ, dont il est dit : a Détruisez ce (( temple, et je le réédifierai dans trois jours. >? L'eau qui sort du temple est la fontaine du baptême qui coule du côté du Christ.

VII. Mais, puisque le Christ a été percé d'une lance au côté gauche , pourquoi dit-on ici que cette eau sort du côté droit? Je réponds : Il y a deux côtés du Christ, le droit et le gau- che. Le droit est sa divinité, et le gauche son humanité. Donc, l'eau est sortie du côté droit ^ parce que de la nature divine du Christ l'eau invisible de l'Esprit saint s'est épan- chée, et il a donné à cette eau invisible qui jaillit du côté gau- che, c'est-à-dire de l'humanité du Christ percée d'un coup de lance , la vertu du salut. C'est donc à juste titre qu'à la pro- cession du jour de Pâques nous chantons ces paroles à la louange de ce fleuve, dans l'inondation duquel nous avons pris une seconde vie par la mort du Christ. Mais après l'Octave

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de la Pentecôte, les dimanches, pendant l'aspersion, on chante l'antienne Asperges me. Domine, etc., qui, depuis Pâques jus- qu'alors , était omise parce que le Prophète avait prédit tout ce qui se rattache à la foi de la passion et à l'humilité du bap- tême.

YIII. Enfin, lorsqu'on bénit l'eau on y mêle du sel, pra- tique qui tire son origine d'Elisée; et cela a lieu pour marquer que le peuple, symbolisé par l'eau, est imbu de la parole de Dieu par la voix du prêtre, afin de pouvoir se sanctifier, et le sel symbolise la parole de Dieu. On fait trois signes de croix sur l'eau et sur le sel, pour apprendre au peuple à rendre grâces à la sainte Trinité pour l'instruction et la rédemption dont il lui est redevable. L'eau marque aussi la confession, et le sel signifie l'amertume du repentir. De cette eau mêlée pro- cède un double enfantement^ la division ou le partage des fau- tes, et l'origine des vertus et des bonnes œuvres.

IX. Mais pourquoi bénit-on le sel avant l'eau? Je réponds : Par le sel on entend l'amertume de la pénitence , et par l'eau le baptême ; donc, comme la contrition du cœur doit précéder l'absolution ;, voilà pourquoi on bénit le sel avant l'eau. Et re- marque qu'il y a quatre sortes d'eau bénite :

X. La première, dans laquelle se fait le jugement dit de purgation , qui n'est plus en usage. La seconde est celle qui sanctifie lors de la dédicace de l'église et de l'autel, cérémonies dont il a été parlé dans la première partie, chapitres de la Con- sécration de l'Eglise et de l'Autel. La troisième est celle dont on nous asperge dans l'église , et dont il est ici question. La quatrième est l'eau du baptême, dont il sera parlé dans la sixiè- me partie, à l'article du Samedi saint. On avait coutume d'en arroser les hommes avant que de les oindre du chrême, et cela a lieu encore dans certains lieux; mais l'usage en est interdit de nos jours. Ils pensaient que cette aspersion les lavait une seconde fois de leurs péchés, quoique cependant il soit cons- tant que personne ne peut être baptisé deux fois. Et, comme ce

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qui est plus digne attire à soi ce qui est moins digne , si une eau non bénite est mêlée à de Feau bénite elle devient eau bé- nite par le fait même du mélange.

CHAPITRE V.

DE L'OFFICE (a) OU DE L'INTROIT DE LA MESSE.

1. La première partie de la messe commence à l'introït. Et il faut savoir que les saints pères et les prophètes , avant l'avé- nement du Christ , soupiraient après ce temps, et le prédi- saient : ils lui offrirent alors, bien avant sa venue, leurs désirs, leurs œuvres, leurs louanges et leurs prières, toutes choses que figure la messe. Car l'introït, c'est-à-dire l'antienne même qui porte ce nom , exprime les prédictions poétiques des prophè- tes et le désir des saints pères dans l'attente de l'avènement du Fils de Dieu et de l'incarnation d'un Dieu même. En signe de quoi, le premier dimanche de l'Avent, l'Eglise chante cet in- troït : «Vers toi j'ai levé mes yeux. » Donc> le chœur des clercs chantres , qui signifie le chœur des prophètes et la multitude des saints, dans l'attente de l'avènement du Christ dilate son ame et chante le chœur avec acclamation , parce que les pro- phètes, les patriarches, les rois, les prêtres et tous les fidèles attendaient la venue du Christ pleins de désir, criant et l'implo- rant en ces termes : « Seigneur, envoie l'Agneau qui doit do- « miner sur la terre, etc. » — « Viens, Seigneur, et ne veuille « pas tarder, etc. » C'est aussi pourquoi le vieillard Siméon, ce juste par excellence, bénit Dieu en disant : « Maintenant, tu <( laisseras aller ton serviteur. Seigneur, etc...., parce que « mes yeux ont vu. » Et l'Evangéliste : « Un grand nombre de

(a) On appelle l'introït offi.ce, parce que c'est par là que le chœur commence l'office de la messe.

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RATIONAL

« rois et de prophètes ont voulu voir ce que vous voyez , et ils « ne l'ont pas vu. » On remplit leur personnage, en chantant l'introït; car c'est par eux que le Christ est entré dans le monde , selon cette parole : « Et lorsqu'il introduit son pre- « mier-né dans le monde , il dit : Que tous les anges de Dieu ce l'adorent. » Suit le petit verset [versiculus] tiré, des psaumes ou le psaume même, qui marque qu'on arrive au but tant dé- siré. On l'appelle aussi verset [versus) , parce que par lui nous revenons [revertîmur] à l'introït, qui symbolise les œuvres et les prédictions des saints de l'ancienne loi.

II. En conséquence de l'institution du pape Damase, on dit le Gloria Patrl, etc. , qui signifie la louange, parce qu'après les grandes actions vient la gloire , comme un don et une ré- compense. On dit aussi le Gloria, pour montrer que le Père , le Fils et l'Esprit saint ont une égale gloire et une majesté co- éternelle dans le principe, et maintenant, et toujours, et dans tous les siècles des siècles , c'est-à-dire dans le passé, le pré- sent et le temps à venir. L'interposition du Gloria entre le pre- mier chant et la répétition de l'introït marque la recherche de la bonté suprême. Car, pour obtenir plus facilement ce qu'ils demandaient, les justes criaient à toute la Trinité, en la glorifiant du cœur et de la voix : « Seigneur , montre-nous ta c( miséricorde, et donne-nous ton Sauveur. Toi qui es assis (( sur les chérubins, apparais, etc. » Enfin, l'Esprit saint, écoutant leur clameur, oignit le Sauveur de l'huile de l'allé- gresse par- dessus tous les hommes, ses frères selon la chair, et le destina à annoncer la bonne nouvelle [evangelisandum) aux pauvres, ainsi que le Fils même de Dieu l'atteste par le Prophète , lorsqu'il dit : « L'esprit du Seigneur est sur moi ; « c'est pour cela qu'il m'a oint et qu'il m'a envoyé évangéliser c( les pauvres. » Ensuite on répète l'antienne même ou introït, pour exprimer d'une manière plus claire le désir des anciens patriarches ou sa réitération , la multiplicité de leurs soupirs et de leurs cris. D'où vient que le Prophète dit : « Annonce,

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c( répète ;, attends, attends toujours, encore un peu, encore un c( peu ; s'il tarde^ attends-le, parce qu'il viendra et qu'il ne tar- « dérapas. » L'introït, cependant, ne représente pas toujours ce désir des anciens par les termes mêmes, mais par la vigueur du chanl.

III. Les veilles des fêtes on chante deux fois l'introït à la louange de la nature divine et de la nature humaine, qui sont unies dans la personne du Fils de Dieu. Et, dans certaines égli- ses, aux principales festivités, on répète trois fois l'introït à la louange et en l'honneur de la Trinité , comme si l'on sautait en cadence devant elle {quasi ei tripudiemus) (6) . C'est en mé- moire de la Trinité que nous chantons la messe , et que Ton dit une fois Gloria Patri en l'honneur de l'incarnation. Par- fois on commence l'introït à mi-voix , pour marquer l'humi- lité; ensuite on reprend à voix haute , et cette exaltation de la voix signifie qu'on secoue le sommeil du péché exprimé par la voix basse. L'Apôtre dit : « L'heure est venue pour nous de c( sortir du sommeil. » On peut aussi dire l'introït d'une au- tre manière, comme on le verra pour l'invitatoire, dans la cin- quième partie, au chapitre des Nocturnes ; cependant on le ré- pète toujours en entier, pour symboliser une parfaite allégresse. Certaines églises disent d'abord l'introït tout entier [perfecte)^ parce que l'Eglise loue Dieu d'une manière parfaite ; ensuite à moitié (imper fecte) , parce que toute louange est imparfaite en ce monde; troisièmement, en entier {perfecte), parce que l'éloge de la patrie céleste est parfait.

IV. L'introït s'appelle ainsi , parce que pendant qu'on le chante le prêtre qui doit célébrer les saints mystères entre à l'autel , ou parce que cette antienne est l'entrée de l'office di- vin ; on appelle aussi l'introït office [officium)^ comme on le dira dans la préface de la cinquième partie. Le pape Célestin

(h) Tnpudialis, dans Du Gange, a le sens de lœtus , jucundus. La danse est, en effet, la plus vive expression de la joie et de la gaieté. — Voyez la note 3, à la fin du volume.

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ordonna que les cent cinquante psaumes de David seraient chantés à l'introït de la messe, ayant le sacrifice, avec une an- tienne, ce qui n'avait pas lieu auparavant. On lisait seulement les épîtres de [saint] Paul et l'évangile, et ensuite on célébrait la messe.

V. De ces psaumes furent tirés tous les introïts réguliers, les graduels, les offertoires et les communions, que l'on com- mença alors de chanter en mesure à la messe dans l'Eglise romaine. [Saint] Grégoire mit en musique l'introït de la messe, et mit à part un verset du psaume qu'on chantait. Les introïts irréguliers sont ceux] qui ont été institués selon la variété des solennités^ tels que : Puer natus est nohis^ etc., et Spirilus Domini replevit, etc., et oii l'on trouve en outre ces versets : Viri Galilœi, et Nunc scio vere, quia misit, etc., et certains autres, selon quelques éghses. Et il est à remarquer que quand l'introït est tiré du psaume, si la première phrase de ce psaume compose l'introït, quelqu'une des phrases suivantes du même psaume sera le verset de cet introït, comme on le voit clai- rement par l'introït de la troisième férié de la première se- maine de Carême , qui commence ainsi : Domine^ refugiuniy dont le verset est : Priusquam montes fièrent. Si, par con- traire, ce n'est pas la première phrase d'un psaume^ mais quelqu'autre des suivantes qui composent l'introït , alors la première phrase de ce psaume sera le ver-iet de l'introït, comme pour celui du jour de Noël : Dominus dixit ad me, etc., dont le verset est : Quare fremuerunt gentes ; de même pour la fête de Innocents, dont l'introït est : Ex ore infantium, etc., le verset est : Domine, Deus noster, etc. , et ainsi des autres. Ce qui se fait pour marquer l'union et la connexion du chef et des membres. Parfois le verset est double, parfois il est simple, parfois il est partagé : on parlera de tout cela dans la sixième partie , à l'article du Samedi de la troisième semaine de Ca- rême. Pendant le chant de l'introït, on ne s'asseoit pas, parce que cette partie de la messe aVapport à l'œuvre et à la prédic-

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tioii du Christ, afin que les prédestinés soient appelés au vrai

ulte de Dieu. Dans certaines églises^ on dit des tropes [tropi),

m lieu des psaumes , selon l'ordre établi par le pape [saint] Grrégoire, pour marquer une plus grande joie de ra\énement 3u Christ.

VI. Le trope est^ à proprement parler, un petit verset qu'aux principales festivités on chante immédiatement avant ['introït, dont il est comme le préambule et comme la conti- nuation. Exemple : à la fête de Noël, avant l'introït Puer na- ins est y etc., on chante ce trope : Ecce adesty de quo Prophetœ ^ecinerunty dicentes : Puer natus est y etc. Le trope tire son ori- gine de l'ancienne loi. On lit, en effet, dans les Nombres, cha- pitre X, que pendant qu'on enlevait l'arche on chantait : c( Lève-toi , Seigneur ; » et pendant qu'on la portait : « Re- « viens. Seigneur, à ta grande armée. »

VU. Le mot trope vient de rpoTroç, conversion y parce qu'on s'en sert ordinairement pour revenir à l'introït , d'où vient que [[uelquefois on l'appelle d'abord verset {versus), et ensuite

yàaov (c). Et de là aussi le trope est appelé ceinture {zona) y

juœ couver titur ah umhilico ad umhilicum, eum cir'cumeundo,

VIII. On peut aussi l'appeler autrement, parce que l'introït ^st la louange que l'Eglise donne à Dieu pour la conversion les Juifs. Le trope contient donc trois choses , savoir : l'an- tienne, le verset et le Gloria. Et cela à cause des trois ordres ies fidèles , qui , dans la langue hébraïque , sont désignés ainsi : [es patriarches, les prophètes et les apôtres. L'introït ou l'an- denne , c'est l'ordre des patriarches , le verset celui des pro- phètes, le Gloria celui des apôtres. La répétition de l'antienne,

'est l'identité et la confirmation de la prédication ; comme si,

m quelque sorte , le prophète avait prédit et l'apôtre évangé- [isé ce que longtemps auparavant le patriarche avait figuré par ses actions. Et, relativement à cette conversion, il faut

(c) Qui éveille, excite, anime, de éyetpw.

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aussi remarquer que les tropes solennels sont greffés en quel- que chose sur l'introït, puisque les louanges qu'ils contiennent peuvent se souder à l'introït lui-même. TpoTcoç en grec se tra- duit par conversio en latin, comme on l'a dit plus haut.

CHAPITRE VI.

DE L'ARRIVÉE DU PRÊTRE ET DU PONTIFE A L'AUTEL, ET DE LA PROCESSION.

I. Pendant qu'on chante l'introït, le pontife ou le prêtre, paré et orné des sacrés vêtements, sort de la sacristie [de sa- cra œde) et s'avance vers l'autel, pour marquer que le Christ, attente des nations, ayant tiré sa très-sainte chair de la chair sans corruption d'une vierge, sortit, pour venir dans le monde, de l'impénétrable demeure des cieux ou de sa secrète retraite, c'est-à-dire du sein virginal, comme un époux de son lit nup- tial. Et Tévêque ou le prêtre s'avance de la sacristie à l'autel entre deux personnes, savoir : un prêtre et un diacre ; ce der- nier est précédé du sous-diacre portant le livre des évangiles fermé. Devant lui marchent deux portes-cierges, précédés eux- mêmes d'un clerc qui porte l'encensoir et l'encens. Enfin, l'é- vêque ou le prêtre , en arrivant à l'autel , ôte sa mitre , dit le Confiteor, ouvre le livre et le baise. Le prêtre ou l'évêque re- présente le grand-prêtre par excellence, qui est le Christ, dont l'Apôtre dit :.« Le Christ, pontife des biens futurs, etc. » Le prêtre et le diacre qui l'accompagnent figurent la loi et les pro- phètes, selon ce que le Seigneur lui-même établit dans la pa- rabole du Samaritain blessé : « Un prêtre, dit-il, passa par le « chemin, et, ayant vu le blessé, il passa outre ; un lévite passa (( et fit de même. » Moïse et Elie , pour figurer la loi et les prophètes , apparurent sur le Thabor, s'entretenant avec le

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[Ihrist ; et le prêtre et le diacre conduisent l'évêque, parce que la loi et les prophètes annoncèrent et promirent le Christ au monde . De là vient que Moïse dit : « Dieu vous suscitera un [( prophète du milieu de vos frères^ et vous l'écouterez comme [( moi-même. » Et Isaïe : « Voici qu'un grand prophète vien- ne dra, et il renouvellera Jérusalem. »

II. L'évêque ou le prêtre, marchant entre les deux personnes jusdites, symbolise le Christ entre l'Ancien et le Nouveau-Tes-

ament. Le Christ est, en efïet, hautement annoncé au monde

3ar les deux Testaments, par les prophètes et par les apôtres. Et comme le Christ, qui devait venir dans le monde, a envoyé levant lui les prophètes , les sages et les scribes ; ainsi , pour

enir lieu des scribes , le pontife ou le prêtre est précédé du

50us-diacre qui porte les Ecritures, et qui est apte [sapiens) à ipprêter les vases sacrés pour la messe des dimanches. Par- 'ois un archidiacre et un prêtre accompagnent le pontife, que jrécèdent immédiatement le diacre et le sous-diacre, symboles les apôtres et des disciples que le Christ envoya devant lui ; et încore chaque jour des prédicateurs et des évoques de l'Eglise

ont envoyés pour préparer, dans un sens spirituel, la voie de-

rant le Seigneur. Le sous- diacre qui précède le pontife mar- jue encore saint Jean-Baptiste , qui , avec l'esprit et la vertu i'Elie , fut le précurseur destiné à préparer au Seigneur un peuple parfait ; et le sous-diacre porte devant le pontife le li- vre des évangiles , parce que Jean commença avant le Christ la prédication de l'Evangile en disant : « Faites pénitence , car [( le royaume des cieux est proche. » Quant au diacre, il re- présente les prophètes qui annoncèrent la vie future, enseignée 3t promise par l'Evangile. L'évêque suit l'évangile pour mar- quer qu'il doit toujours y fixer ses yeux et l'avoir présent à son 5sprit; et on le porte devant lui, parce que c'est la doctrine de ['Evangile qui prépare la voie au Christ, qui est la vie.

m. On peut dire aussi que parle sous -diacre qui porte le livre des évangiles et par le diacre qui en est le hérault , sont

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désignés les saints du Nouveau-Testament. Le livre des évan- giles symbolise le Nouveau-Testament ; les porte-cierges et les thuriféraires , les saints qui ont ouvert les voies au Nouveau- Testament ; et les deux chandeliers, avec leurs cierges allumés, rappellent la loi et les prophètes, qui annonçaient le Christ, lu- mière du monde.

IV. Or, on ne doit pas sacrifier sans feu (Extra i)e celeh. miss., cap. Si) y selon cette parole du Lévitique, chap. vu : « Le feu «brûlera toujours sur mon autel. » On a dit, dans la première partie , au chapitre des Peintures , ce que signifient et la lu- mière et les chandeliers. On porte les cierges sur des chande- liers, lesquels désignent un fondement, parce que la lumière des prédicateurs doit briller devant les hommes sur le fonde- ment de l'Evangile. C'est donc par une magnifique raison que le diacre et le sous-diacre suivent les chandeliers qui précèdent l'évangile , parce que la loi et les prophètes précédèrent la loi de grâce. Dans certaines églises, il y a trois cierges, dont celui du milieu se rapporte à cette parole : a Partout où deux ou « trois personnes seront assemblées en mon nom , je serai au (( milieu d'elles. » Dans d'autres églises, il y a sept cierges (4), parce que les sept dons du Saint-Esprit illuminent toute l'E- glise. Nous parlerons de cela ailleurs, à l'article de FEvangile.

V. Le thuriféraire marche devant les porte-cierges et les autres, pour marquer que la mystique de l'encens est la même dans le Nouveau que dans l' Ancien-Testament, et que dans tous deux elle figure les saints. L'encensoir marque clairement le cœur humain, qui doit être ouvert par le haut pour recevoir, et fermé par le bas pour garder et retenir : il doit contenir le feu de la charité et l'encens de la dévotion, ou d'une très-suave oraison , ou des bons exemples qui tendent en haut , ce que marque la fumée odorante qui monte de l'encensoir. Or, de même que l'encens exhale un parfum suave dans le feu de l'encensoir et monte en haut, ainsi la bonne œuvre ou la prière qui procède de la charité embaume par-dessus tous les par-

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fums. L'encensoir garni d'encens désigne encore le corps du Christ plein de suavité ; les charbons figurent l'Esprit saint ; l'encens, l'odeur de la bonne œuvre. On parlera aussi de cela dans la cinquième partie , au chapitre de Matines et de Lau- des > et plus bas, au chapitre de l'Encensement.

VI. Quand on est arrivé à l'autel , les cierges qui avaient marché devant sont mis de côté, pour désigner l'enseignement avant la naissance du Christ, et la lumière qui suivit cet événe-

1 ment. Les acolytes tiennent à la main les chandeliers jusqu'au commencement du Kyrie, eleison, pour marquer que celui qui enseigne doit mettre en pratique les leçons qu'il donne, et qu'il ne doit pas abandonner le peuple ignorant avant qu'il sache dire : « Seigneur, aie pitié de nous. » Quand le Kyrie est com- mencé , les acolytes mettent quelquefois les chandeliers sur le pavé, autant parce qu'après avoir fait de bonnes actions nous devons nous humilier et reconnaître que nous sommes pous- sière, que parce que les docteurs, au milieu des bonnes œuvres et de la prédication, doivent reconnaître qu'ils ne sont que de la boue. Mais quand l'office commence, on doit les soulever de terre, parce que chacun, et surtout le prélat, doit s'élever par les bonnes œuvres, afin qu'à cette vue les autres glorifient leur Père qui est dans les cieux. En arrivant à l'autel, le pontife ôte sa mitre, comme on l'a dit dans la troisième partie, au chapitre de la Mitre ; puis il dit le Confileor .

VII. Pendant le Confiteor^ le sous-diacre tient le livre des évangiles fermé devant la figure du pontife, à gauche. Il se tient à gauche , parce qu'il tient en quelque sorte la place des prophètes, que tu lis souvent dans l'église; il tient le livre de- vant les yeux du pontife, afin qu'il ait toujours présent à la mé- moire la prédication de FEvangile ; et ce livre est tenu fermé, parce que la loi de l'Evangile est contenue et mystiquement enfermée dans les prophètes. Le Con^^eor étant achevé, le prê- tre ouvre le livre et le baise, comme on le dira au chapitre du Baisement de l'Autel.

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VIII. Selon le pape Innocent III, le pontife romain, lorsqu'il célèbre une solennité dite de station [stationalis (a) solemni- las), il va en procession , de la sacristie ou du lieu où il s'est habillé et paré, à l'autel, pour marquer que le Christ est sorti de son Père et est venu dans le monde ; et il est assisté de six ordres de clercs dont on a parlé dans la préface de la seconde partie. Cet ordre de procession représente l'ordre de la géné- ration du Christ , que saint Mathieu l'évangéliste a décrit , et dans laquelle on trouve six ordres de personnes, desquelles, selon la chair, le Christ tire son origine , et par la génération de qui il est venu dans le monde : ce sont les patriarches, les prophètes, les rois, les princes, les pasteurs et les chefs [du- ces) , le patriarche Abraham, le prophète Da\id, le roi Sa- lomon, le prince Salomon, le pasteur Judas et le chef Zoro- babel.

IX. Les deux diacres qui accompagnent le pontife repré- sentent Abraham et David, qui reçurent deux fois la promesse de l'incarnation du Christ. Au premier il fut dit : (c Dans ta « race toutes les nations seront bénies. » Au second il fut dit : <( Je placerai quelqu'un de ta postérité sur ton trône. » Et voilà pourquoi l'évangéliste met figurativement en tête de la généalogie du Christ ces deux personnages, en disant : ce Livre (( de la génération de notre Seigneur Jésus-Christ, fils de Da- (( vid , fils d'Abraham. » Ce sont les deux colonnes que l'an- cien pontife plaça dans le vestibule du temple, devant la porte, et que réunit un cordon de douze coudées, c'est-à-dire que la foi des douze apôtres embrasse , par le moyen desquels la porte du Christ est ouverte à ceux qui croient.

X. Quatre ministres portent au-dessus de la tête du pontife un voile [mapulam) dont les quatre extrémités s'appuient sur quatre bâtons, ce qui leur a fait donner le nom de mapularii. Ce voile, qui est orné de diverses figures et images, désigne la

(a) V. fes diverses acceptions du mot station dans le Glossaire de Du Gange, au mot Statio.

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sainte Ecriture , qui est ornée richement d'un grand nombre de mystères divers. On porte ce voile étendu sur la tête du pontife, au moyen de quatre bâtons , parce que la sainte Ecri- ture se rapporte de quatre manières au Christ ; car on peut l'ex- poser historiquement , allégoriquement , anagogiquement et tropologiquement , comme on l'a dit dans la préface du pre- mier livre. C'est le fleuve qui arrosait le paradis terrestre, parce qu'elle sort , comme lui^ de quatre sources ; c'est la table de Proposition, qui se dressait sur quatre pieds. On porte donc ce voile étendu sur le pontife _, pour montrer que celui dont la loi et les prophètes avaient parlé est venu. Car le Christ, en com- mençant par Moïse et les prophètes, était l'objet de l'interpré- tation de toutes les Ecritures^ qui parlaient de lui, et c'est pour- quoi il est dit ailleurs : « Si vous croyiez à Moïse, vous croiriez « aussi à moi, car c'est de moi qu'il a écrit. ?>

XI. Les quatre ministres porteurs du voile sont les quatre évangélistes qui proclament la sainte Ecriture et exaltent la foi. D'où vient qu'on place leurs images au haut des bâtons, et qu'on porte devant ce dais deux flambeaux" et l'encens, parce que la loi et les prophètes ont, avec les psaumes, annoncé par avance Favénement du Christ, comme le Christ même l'atteste lorsqu'il dit : « Il est nécessaire que soit accompli tout ce qui (( a été écrit touchant ma personne dans la loi de Moïse^ dans c( les prophètes et dans les psaumes. » Dans les fêtes majeures [majorihus solemnitatibus), on porte sept chandeliers devant le pontife , en mémoire de ce que décrit saint Jean dans l'A- pocalypse : (( M'étant retourné (dit-il), je vis sept chandeliers « .d'or, et au milieu quelqu'un de semblable au Fils de l'Hom- « me, vêtu d'une longue robe comme lui. » Par là on montre qu'il est arrivé Celui sur qui l'esprit de grâces aux sept formes s'est reposé , selon cette prophétie d'Isaïe : « Une tige sortira « de la racine de Jessé, et la fleur de cette racine montera, et « sur elle reposera l'esprit du Seigneur, etc. »

XII. Dans certaines basiliques aussi, vers le milieu du chœur,

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on suspend une poignée d'étoupe à laquelle le pontife met le feu quand il passe pour aller à l'autel, afin qu'à l'instant même elle soit réduite en cendre à la vue du peuple ; et ceci a lieu en commémoration du second avènement , dans lequel le Christ jugera par le feu les vivants et les morts et le siècle entier. Car le feu brûlera toujours en sa présence (Levit., vi), et une tempête violente Fenvironnera (Psal. xlix), pour que per- sonne ne reste dans une mauvaise sécurité. Doux et bon dans le premier avènement, le Christ sera terrible dans le second ; il est venu d'abord pour être jugé , et il reviendra pour juger. Cette cérémonie a lieu aussi afin que le pontife , en mettant le feu à l'étoupe, considère que lui-même doit être réduit en cen- dre^ et que ses ornements doivent être mis en poudre, et que, de même que l'étoupe est facilement brûlée^ de même aussi fa- cilement et en un moment le monde passe avec sa concupis- cence. Car (selon l'apôtre saint Jacques) « notre vie est une c( vapeur qui paraît un instant. » Que celui donc qui est plein de gloire ne se délecte pas dans les honneurs du temps , car c( toute chair est de Fherbe , et toute sa. gloire est comme la c( fleur des champs. » Lorsque le pontife est proche de l'autel^ le primicier , revêtu de la robe des chantres , baise l'épaule droite du pontife en présence des assistants, parce que_, quand le Christ vint au monde. Fange qui faisait partie de la multi- tude de la milice céleste qui louait Dieu annonça aux bergers la naissance de Celui dont le Prophète dit : « Un petit enfant c( nous est né, et un fils nous a été donné;, et il portera sur son ce épaule la marque de sa principauté. » Enfin, les trois prêtres qui viennent avec respect au-devant du pontife qui marche à Fautel, et qui s'inclinent et lui donnent un baiser sur la bouche et sur la poitrine ., symbolisent ces trois mages qui vinrent à Jérusalem en disant : « Oii est le roi des Juifs qui est nouvelle- (( ment né? » et qui_, tombant à terre, Fadorèrent, et, ouvrant leurs trésors, lui offrirent en dons de For, de Fencens et de la myrrhe. Le double baiser est une proclamation de la double

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nature du Christ, la divine et Thumaine : la divine , qui est comme cachée dans la poitrine; l'humaine, qui s'épanouit sur les lèvres. Ces deux natures furent aussi figurées d'une ma- nière mystique par les présents des Mages. Or, le baiser est le signe du respect, comme on le dira au chapitre du Baiser de paix.

XIII. La procession rappelle, par sa disposition, une armée rangée en bataille (5). Car les plus grands et les plus forts, comme l'avant et l'arrière-garde , l'ouvrent et la ferment ; les ordres mineurs, comme des soldats plus faibles, sont rassem- blés au milieu. Les évêques marchent devant, elles prêtres les suivent immédiatement, puis viennent le pontife et les diacres. Au milieu, on place les sous-diacres et les acolytes ; quant aux chantres, comme les trompettes, ils marchent en tête de l'ar- mée pour l'enflammer et la pousser au combat contre les dé- mons. L'Apôtre dit, en parlant de cette bataille : « Nous avons « à combattre non contre des hommes de chair et de sang, c< mais contre les esprits de malice répandus dans Tair. » — ce C'est pourquoi sonnez de la trompette en ce premier jour du « mois , au jour célèbre de votre grande solennité. »

XÏV. Nous avons d'abord parlé de la procession du Souve- rain-Pontife ; prenons-en occasion de dire quelque chose aussi des autres processions. Sur quoi il faut remarquer, en général, que , de même que dans la messe est figurée l'ambassade du Christ en notre faveur sur la terre, de même dans nos proces- sions nous représentons notre retour à notre patrie , dont la solennité imite presque en tous points la sortie des Israélites de l'Egypte. Or, de même que ce peuple fut arraché par Moïse aux mains de Pharaon , ainsi le peuple de Dieu a été délivré par le Christ de la gueule du lion. Et, de même que les tables du Témoignage furent reçues par Moïse sur le mont Sinaï et portées devant le peuple (Exod., cap. xxxiv et xlv), ainsi le livre des évangiles est pris de dessus l'autel et porté en proces- sion. Une colonne de feu précédait les Israélites, et la flamme Tome IL 4

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du cierge marche devant nous. Devant leurs tribus on portait des étendards ; nous nous faisons précéder de croix et de ban- nières. Là, des prodiges s'opéraient, et chez nous les miracles ne cessent jamais. Là, les lévites portaient le tabernacle de l'Al- liance , et nos diacres et nos sous-diacres portent des paix et des châsses. Là, l'arche du Seigneur était portée par les prê- tres, et chez nous le coffre ou la fierté, remphe de reliques, est portée par les prêtres. Chez eux, Aaron, le grand-prêtre, sui- vait paré de ses habits sacerdotaux ; et chez nous l'évêque , la mitre en tête. Chez eux. Moïse portait sa baguette ; chez nous le roi suit la procession, sceptre en main, et l'évêque appuyé sur sa crosse. Là, résonnait le fracas des trompettes; chez nous re- tentissent les cloches. Là , le peuple était en armes ; ici , le clergé se pare des saints vêtements, et le peuple de ses vertus. Là, le peuple recevait une aspersion de sang ; ici, l'eau bénite avec le sel sert à l'asperger. Amalech, altéré de sang, venait à leur rencontre ; la troupe des démons nous tend, à nous, d'in- cessantes embûches. Leur vainqueur était Josué, et notre Jésus nous a obtenu la \ictoire. Lorsque nous allons processionnel- lement à quelque église, c'est comme si nous portions nos pas vers la Terre de promission. Lorsque nous entrons dans l'église en chantant, c'est comme si, pleins de joie, nous étions arrivés à la patrie. Lorsque nous portons autour de l'église la fierté [h) au son des cloches, c'est comme si, avec l'arche, le son des trom- pettes et les cris du peuple, nous entourions Jéricho. Jéricho s'é- croule et est détruite , quand la concupiscence est vaincue en nous. Et quand nous allons du chœur à un autel, et que nous y faisons une station, cela signifie que nos âmes vont au Christ et désirent être associées aux troupes angéliques.

XV. En second lieu, c'est aussi David et Salomon qui nous ont formés aux processions, lorsque tous deux portèrent l'arche de Dieu, le premier dans le tabernacle, le second dans le tem-

(b) Châsse en forme de cercueil, contenant le corps entier d'un saint [Fere- rum).

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pie, au chant des hymnes et des cantiques , et qu'ils la mirent sous les ailes des chérubins ; ainsi l'humanité du Christ s'élève de la terre et entre au ciel, où les anges l'adorent éternellement et où Tame fidèle l'accompagne. Troisièmement, aussi^ la pro- cession nous fait souvenir que le Christ est venu du sein de son Père dans le monde ; de la crèche au temple, et de Béthanie à Jérusalem^ et de Jérusalem sur la montagne, où nous désirons retourner de ce monde à la patrie et d'une Eglise à l'autre, c'est-à-dire de la militante à la triomphante , en suivant la croix, c'est-à-dire les traces du Crucifié, et en crucifiant en nous nos vices et nos concupiscences ; en suivant aussi les tra- ces des saints, les préceptes de l'Evangile, revêtus des vêtements sacrés, qui sont la cuirasse de la justice, le ceinturon de la con- tinence , le bouclier de la foi et le casque du salut éternel. Le prêtre qui doit célébrer les saints mystères se revêt des vête- ments sacrés comme d'une armure pour combattre « contre « les esprits de malice répandus dans l'air, » comme nous l'a- vons dit dans la préface de la troisième partie.

XVI. Dans quelques églises , la procession est ainsi ordon- née : en tête marchent sept acolytes avec des flambeaux ; ils symbolisent tous ceux qui, par la grâce des sept dons de l'Es- prit saint, ont donné la lumière de la science aux fidèles. Ils sont suivis de sept sous-diacres portant des paix, et qui signi- fient ceux qui, par la même grâce, ont enseigné que la pléni- tude de la divinité devait habiter corporellement dans le Christ. Après ceux-ci viennent sept diacres représentant tous ceux qui, par la même faveur, ont eu l'intelligence spirituelle, c'est-à- dire celle que l'Evangile donne du Christ. Et, après eux, vien- nent douze prieurs y figurant tous ceux qui ont brillé par la foi en la sainte Trinité ou en trois personnes, ou parles œuvres des quatre vertus ; ces douze prieurs sont accompagnés de trois acolytes , avec encensoirs et navette , lesquels symbolisent les trois mages qui apportèrent des présents au Christ. Puis vient un sous-diacre qui porte le livre des évangiles ; il symbolise la

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loi , et il précède le pontife^ parce que la loi, qui contenait en elle le mystère de la Passion dont parle l'Evangile , a précédé Tavénement du Christ ; et il porte ce livre fermé , pour mar- quer que, sous la loi, il fut obscur avant que l'Agneau eût ou- vert les sceaux du septième livre. Ensuite le pontife est porté par deux personnes , comme dans un char, et il est accompa- gné de la feule qui prie et qui marque que le peuple suit le Christ dans le ciel. La suite du pontife se compose de dix or- dres, savoir : les portiers, les lecteurs, les exorcistes, les aco- lytes, les sous-diacres, les diacres, les prêtres, les chantres, les laïques, les hommes et les femmes, parce qu'il est dit que le char de Dieu est environné de plus de dix mille, pour marquer leur perfection. Et on compose principalement la procession des diacres^ des sous-diacres et des acolytes parés de leurs vê- tements , selon cette parole : « Voici que je vous envoie les ce prophètes, les sages et les scribes. » Les prophètes, ce sont les diacres ; les sages, les sous-diacres ; les scribes, les acolytes. Le vicaire du Christ , christ lui-même , est conduit par eux en public, comme par une troupe de jeunes filles jouant du tym- panon. Et lorsque les chantres, partagés en deux chœurs, re- çoivent avec des transports de joie ceux qui chantent l'introït, en leur répondant par le Gloria in excelsis , ces chantres ou clercs en aubes, qui se réjouissent, ce sont les anges qui reçu- rent le Christ lors de son ascension , avec gloire et louanges au plus haut des cieux. Les deux chœurs qui chantent ces louanges , ce sont les deux peuples , savoir, les Juifs et les Gentils, qui viennent au-devant du Christ en chantant ses louanges. La procession elle-même, c'est la voie qui mène à la céleste patrie. L'eau bénite qu'on porte en tête est la pureté de la vie. Les lumières sont les œuvres de miséricorde, selon cette parole : a Que vos reins soient ceints, et portez des lampes ar- ec dentés en vos mains, etc. » Donc le pontife ou le prêtre, qui est à peu près placé au milieu , entre le clergé et la croix qui marche devant lui, et le peuple qui le suit, offre en lui le type

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de médiateur de Dieu et des homraes. En outre, les premiers du chœur sont les derniers à la procession , parce que le salut s'opère par l'humilité. D'où vient que Zachée, prince des pu- blicains, étant monté sur un sycomore , parce qu'il était petit, pour voir passer Jésus, Jésus lui dit : ce Zachée^ descends, parce <( qu'aujourd'hui il faut que je m'arrête dans ta maison, yy Et Zacbée descendit^ et il reçut Jésus avec joie dans sa demeure. Les Juifs s'asseyaient sur des sièges élevés , et leurs maîtres avaient les premières places dans les synagogues.

XVII. Or, la croix passe la première dans les processions, comme un étendard royal et un signe triomphal : Première- ment^ pour c( que ceux qui la haïssent fuient de devant sa

[ face )) (Psal. lxvii). Elle est, en effet . le signe de la victoire du Christ , selon cette parole : « Les étendards du roi s'avan- ft cent, etc. » Par lui les démons sont vaincus; car, à sa vue, ils tremblent et fuient. Et pour cette raison , en certains lieux , on oppose la croix aux tempêtes de l'air, afin de mettre en fuite les démons et de leur faire cesser le trouble qu'ils répan- dent dans l'air. Le mystère de la sainte croix est, en effet, notre signe de ralliement et notre drapeau ; ce qui à fait dire à Isaïe : « Aussitôt que ce signe de ralliement aura été « dressé, les peuples lui adresseront leurs supplications, et son « tombeau sera glorieux. )> En second lieu, le drapeau de la croix va devant, parce que , comme le dit l'Apôtre aux Ga- lates, c( loin de nous la pensée de nous glorifier, si ce n'est « dans la croix de notre Seigneur Jésus -Christ, par qui le (( monde doit être crucifié avec nous et nous avec le monde.)) On parlera encore de ceci au chapitre de l'Evangile. Parfois aussi, les bannières marchent en tête de la procession, comme on le dira dans la sixième partie, au chapitre des Rogations.

XVIII. C'est avec raison, comme on l'a vu plus haut, que pendant la procession on sonne les cloches. Car, de même que les rois de la terre ont dans leur armée des signaux d'or- donnance , tels que les trompettes et les drapeaux , ainsi le

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Christ, roi éternel dans son Eglise militante, a les cloches, qui lui tiennent lieu de trompettes, et des croix, qui sont ses éten- dards ; et on a parlé de cela dans la première partie , au cha- pitre des Cloches. Le son retentissant des cloches représente encore les prophètes, qui annoncèrent d'avance, et d'une ma- nière figurative , Favénement du Christ. De plus, des draps et autres ohjets sont tendus dans les endroits par où doit passer la procession et oii elle doit s'arrêter pour chanter^ selon cette parole de Tobie , vers la fm : « Ses places seront pavées d'or (( pur et luisant, et dans ses rues on chantera Alléluia. »

XIX. Et sachez qu'il y a quatre processions solennelles, sa- voir : celle de la Purification de la bienheureuse vierge Ma- rie, celle des Rameaux ou des Palmes, celle de Pâques. Il sera parlé de ces trois processions en leurs lieux. La quatrième a lieu le jour de l'Ascension du Seigneur, pour représenter la dernière marche que les disciples firent à la suite du Seigneur^ le jour de son ascension dans le ciel, en venant avec lui au mont des Oliviers, d'oij il fut enlevé à leurs yeux; et c'est pour figurer cette marche qu'on fait la procession tous les di- manches.

XX. Sachez aussi que la primitive Eglise solennisait le di- manche comme nous le faisons aujourd'hui, et que ce jour- là elle faisait la procession en mémoire de la résurrection ; elle observait aussi la cinquième férié (le jeudi), et ce jour-là elle faisait une procession en mémoire de l'ascension du Seigneur; mais, les festivités des saints se multipliant de jour en jour, on supprima la solennité de la cinquième férié, et la procession qu'on faisait ce jour-là fut reportée au dimanche par le pape Agapet, afin qu'elle pût être faite solennellement avec le con- cours du peuple, qui se rend ce jour-là à l'église. La cinquième férié, à cause de cela, a retenu le nom vulgaire de jeudi [dies Jovis ) , qu'elle partageait , dès la plus haute antiquité , avec le dimanche. Donc, en faisant la procession les dimanches, nous rappelons la mémoire de la résurrection du Seigneur, puisque

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nous représentons la marche faite par les disciples à la suite du Seigneur^ non pas cependant qu'ils l'aient faite un diman- che, comme on Fa dit ci-dessus. En sortant et en rentrant, nous retournons en quelque sorte de Jérusalem à Jérusalem, comme ils firent, et nous suivons la croix, comme eux suivi- rent le Crucifié ; et, quoiqu'ils revinrent sans Jésus, nous reve- nons pourtant avec la croix , parce qu'il a dit lui-même : ce Je c( suis avec vous jusqu'à la consommation du siècle. » Cette procession doit se faire avant qu'on dise tierce , comme on le dira dans la sixième partie, à l'article de l'Ascension.

XXI. Il ne faut pas non plus oublier de dire qu'aux pro- cessions des dimanches nous devons seulement chanter quel- que chose du Nouveau-Testament, et saluer la Vierge, enchan- tant quelque chose qui ait particulièrement rapport à sa gloire. De là aussi s'est implantée l'habitude où l'on est de construire dans les cloîtres un oratoire de la Vierge , qu'on salue le pre- mier dans la station, selon l'usage primitif.

XXII. Quoiqu'il soit dit que le Christ, en; ressuscitant, appa- rut d'abord à Madeleine , cependant il est plus vrai de croire qu'il se montra à sa Mère avant toutes autres personnes ; mais il n'appartenait pas aux évangélistes de dire cela, parce que leur office était de produire des témoins de la résurrection , et qu'il ne convenait pas de produire une mère en témoignage pour son fils. Or donc, si les paroles des femmes étrangères paraissent un effet du délire aux incrédules, combien plus au- raient-ils cru au délire d'une mère aimant tendrement son fils 1 Et l'Eglise romaine semble penser ainsi , car, le premier jour après la résurrection , savoir, le jour de Pâques , elle fait une station dans Sainte-Marie-Majeure, mettant ainsi en quelque sorte au premier rang Jérusalem, c'est-à-dire la Vierge, qui a vu la paix (c) avant les autres , et qui a eu les prémices de son allégresse. Et c'est pourquoi, dès le premier jour, nous avons

(c) Allusion au nom de Jérusalem, qui signifie vision de la paix.

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recours à sa miséricorde, en allant à Sainte-Marie-Majeure; de même, en son honneur, nous lui consacrons la première station aux processions des dimanches, afm qu'en la comblant de louanges et nous pressant à son oratoire, nous paraissions dire avec l'Epoux : ce J'irai au mont qui produit la myrrhe (( et à la colline qui porte l'encens. » Le mont, c'est cette chaste Vierge à laquelle son Fils ressuscité vint en lui appa- raissant, et à qui nous allons en l'adorant. Mais il n'est pas nécessaire de dire : Quia nunquam disparuity et quod semel me- lius est y etc.; mais on le dit ainsi à cause des ignorants, et seu- lement pour ceux qui sentent, mais qui ne comprennent pas. Enfin, il est à remarquer que, dans certaines églises , .après la procession, tous les clercs viennent s'incliner devant le crucifix et lui dire : « Salut, notre Roi béni. » Et ceux qui ont porté le pluvial [d) ou autres vêtements de fêtes les déposent devant l'autel : premièrement, pour montrer que les fils des Hébreux jetaient leurs vêtements par terre sur le chemin par où pas- sait le Christ , dans l'entrée qu'il fit à Jérusalem ; deuxième- ment, pour montrer que ceux qui sont appelés à s'acquitter de l'office divin doivent rejeter loin de leur esprit toutes les super- fluités de ce monde.

CHAPITRE VII.

DE LA CONFESSION QUE L'ON DOIT FAIRE A LA MESSE, - OU DU CONFITEOR.

I. Le prêtre- OU l'évêque, avant de monter les marches de l'autel et avant de se préparer à offrir le saint sacrifice , ren-

[d] Sorte de chape. — Anciennement , comme les processions qu'on faisait aux mémoires ou oratoires éloignés des églises étaient assez fréquentes, on se munissait d'un manteau que les anciens Sacramentaires et Rituels nomment pluviale, pluvial. C'était donc uniquement pour se garantir de la pluie. Parla suite , on employa à la confection de ce vêtement, qui, dans l'origine, était en étoffe grossière et forte, le tissu moelleux de la soie, orné de fleurs brochées ou brodées en couleurs ou en or, et parfois en or et en diverses nuances.

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trant en lui-même , s'incline devant l'autel , pour symboliser l'abaissement du Christ, qui abaissa les cieux et descendit (Psal. XVII ), pour se réduire à néant, en prenant la forme d'un esclave. Le prêtre considère alors que, comme le dit Salomon, le juste s'accuse lui-même le premier, et, confiant en cette pa- role de consolation du Prophète : « J'ai dit : Je déclarerai au « Seigneur et confesserai contre moi-même mon injustice; et (c tu m'as aussitôt remis l'impiété de mon péché )> [De pœn., dist. I, Dixi)f il se confesse de tous ses péchés en général avec les assistants. Il dit d'abord, à cet effet, comme l'a ordonné le pape Célestin (I, q. i), un psaume qui se rapporte parfaite- ment à sa confession, et qui commence ainsi : « Juge-moi, c( ô Dieu! etc., » afin que, séparé de la race impie et délivré de l'homme inique, il puisse être trouvé digne de monter à l'autel. Il demande d'être délivré de la tentation et d'être illuminé de la grâce, comme on le voit dans ce même psaume. Il demande aussi à Dieu de lui donner ce qu'il va offrir , c'est-à-dire son Fils; car, s'il ne lui donnait pas une victime comme il en en- voya une à Abraham, il n'aurait rieh à lui présenter.

II. Il fait sa confession pour devenir plus pur et pour monter à l'autel sans souillure. Sur quoi il est à remarquer qu'il ne faut pas blesser les consciences des auditeurs (comme le font quelques-uns avec trop peu de soin), mais confesser ses péchés en général, parce que cet aveu n'est pas secret, mais manifeste et public , comme quand les prêtres disaient , dans le temple consacré à Dieu par Salomon : « Confessez le Seigneur, parce (c qu'il est bon, parce que sa miséricorde éclate dans tous les « siècles. » Alors une nuée remplit la maison du Seigneur et voila la face des prêtres, de telle manière qu'ils ne pouvaient se voir l'un l'autre. Et Salomon dit : « Le Seigneur a dit qu'il « habitait dans les nuées, et il l'a prouvé ; car, sur le mont Si- ce naï, il apparut dans une nuée ; il marcha devant Israël dans <( une nuée, et il passa dans u:ie nuée devant Moïse, qui était <( entré dans une caverne. »

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III. Nous nous frappons lu poitrine lorsque nous confessons nos péchés, à l'exemple du publicain^ qui frappait la sienne en disant : a Seigneur, sois-moi propice, parce que je suis un pé- (c cheur. » Dans l'action de se frapper la poitrine il y a trois choses : le coup, le son et le toucher, qui symbolisent elles- mêmes les trois qualités qui sont nécessaires pour avoir un vrai repentir, savoir : la contrition du cœur, la confession orale et les œuvres satisfactoires; car nous péchons de trois manières : de cœur, de bouche et d'action. Ensuite, le prêtre prie pour ceux qui l'entourent, en implorant le pardon de leurs péchés; car le Christ , en venant du sein de son Père au monde, et de celui d'une Vierge vers les patriarches, dont les soupirs multi- pliés l'appelaient ici-bas, entra à Jérusalem pour souffrir à notre intention. Il s'inclina sur la montagne des Oliviers, remettant à Dieu sa cause pour qu'il la défendît contre l'homme rusé et inique, et il se confessa à son Père , en disant : a Père du ciel, ce je te confesse, etc. » Lui aussi, plein d'indulgence pour nous, il a pris et porté sur son propre corps le fardeau de nos péchés.

IV. C'est avec raison que, devant l'autel, le diacre met le manipule au pontife qui doit faire sa confession (a). Première- ment, pour marquer qu'il doit recevoir et administrer les char- ges temporelles qui lui sont accordées par une main étrangère,

(«) La Rubrique du Missel marque que Tévêque qui dit la messe prend le manipule après la formule : Indulgentiam , absolutionem, etc. , qui termine le Confiteor du peuple. C'est un reste de l'ancien usage qui était observé non-seu- lement par les évèques, mais encore par les prêtres. La raison de cet usage est qu'autrefois les chasubles, n'étant pas échancrées comme à présent, elles couvraient tout le corps; et l'on allait ainsi à l'autel , tout le corps enveloppé comme dans un sac, sans que les bras parussent. Mais avant ou après le Confi- teor (Ordo rom., xiv, p. 294 et 296 ), avant que de monter à l'autel , on retrous- sait la chasuble sur le haut des bras à l'évèque ou au prêtre, afin qu'il pût agir librement ; et alors on lui mettait sur le bras gauche le manipule , qui aurait été inutile et embarrassant auparavant. Les évêques ont conservé cet usage. Il semble qu'ils pourraient prendre présentement le manipule, comme les prêtres, après l'aube et la ceinture, parce que toutes les chasubles sont également échan- crées ; mais lorsqu'ils officient pontificalement , le manipule pourrait s'embar- rasser dans les manches de la tunique et de la dalmatique, qu'ils prennent alors avant que de revêtir la chasuble.

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comme celle du sous-diacre ou d'un autre, et non par sa propre main. Secondement, pour indiquer que la confession de bou- che est insuffisante si elle n'est suivie du fruit des bonnes œu- vres, que représente le peuple. Troisièmement, afin que, se voyant parer pendant la fonction la plus basse du ministère, il soit humble d'esprit. Le pontife ne met pas le manipule avant la chasuble, mais après ^ parce que le Christ, dont il offre le type, n'a pas recueilli les gerbes [manipulos) , récompense de ses labeurs, que désigne le manipule {manipulus), avant d'avoir mené la vie du ciel que figure la chasuble, comme on l'a dit dans la troisième partie, à l'article de la Dalmatique. Le prê- tre, au contraire, met le manipule avant la chasuble, parce qu'il ne peut atteindre la vie du ciel avant d'avoir joui du fruit des œuvres des saints. Le pontife, avant de monter à l'autel, re- çoit le manipule, pour marquer que nous ne recevrons enfin la récompense réelle des bonnes œuvres que lorsque nous aurons paru devant le tribunal du juge éternel.

Y. Le prêtre, pendant la récitation du Confiteory et souvent pendant la célébration de la messe, joint ses mains, action qui est le symbole de la dévotion. Et , comme la dévotion est plus grande dans l'un et moindre dans l'autre , on n'a pas déter- miné d'une manière certaine le nombre de fois qu'on doit joindre les mains. Les mains jointes signifient encore _, de la part du prêtre , l'union et l'harmonie de tous les biens qui coulent de Dieu en lui. Et, parce que ces biens infinis peuvent procéder de Dieu de façons infinies et indéterminées, voilà pourquoi l'on n'a pas déterminé le nombre de fois que le prê- tre doit joindre ses mains.

VL Quant aux inclinaisons du prêtre pendant la célébration de la messe , elles sont restreintes à un nombre certain , d'a- près l'usage de quelques églises; car, régulièrement, le prêtre s'incline huit fois profondément devant l'autel , et treize fois légèrement sur l'autel même. Les huit profondes inclinaisons devant l'autel sont pour rendre grâces au Christ des huit choses

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principales qu'il fit avant son immolation, que le prêtre figure par la célébration de la messe. La première fut son admirable incarnation. La seconde, la vocation gratuite de ses disciples. La troisième, la défaite du démon dans les tentations. La qua- trième ;, l'opération des miracles. La cinquième, la guérison des malades. La sixième, la résurrection des morts. La sep- tième , la résolution de toutes les questions et de toutes les pro- positions par sa sagesse. La huitième, l'instruction des peuples, pour leur apprendre à faire leur salut. Tout ce qu'il fit avant son immolation paraît se rapporter à ces huit choses , selon [saint] Bernard.

VIL Pour ce qui est des treize moindres inclinaisons que le prêtre fait sur Fautel, elles se rapportent aux treize actions que le Christ fit sur Fautel de la croix, lorsqu'il en prit possession pour tout le temps de sa passion , qui commence à l'heure où il fut pris. La première, ce fut la douce réprimande qu'il adressa au traître, en lui disant : ce Judas, tu trahis et tu livres le Fils (( de l'homme par un baiser? » La seconde fut lorsqu'il se li- vra lui-même prisonnier , en disant aux soldats : « Qui cher- ce chez-vous? — Jésus de Nazareth. — C'est moi. » La troi- sième fut sa réponse pleine de mansuétude aux faux témoins et aux rois. La quatrième, le support des crachats et des coups sans murmurer. La cinquième, en ce qu'il vit et qu'il enten- dit, sans se troubler lui-même et sans troubler les autres. La sixième, le pardon de la faute du disciple qui l'avait renié trois fois. Les sept autres sont énumérées par [saint] Ambroise, commeayant été accomplies sur l'arbre de la croix. Ce saint docteur dit : ce L'auteur de la miséricorde, suspendu à la croix, <c y faisait le partage des charges et des offices ; il léguait la « persécution à ses apôtres , la paix à ses disciples, son corps «c aux Juifs, son esprit à son Père, un protecteur à la Vierge, (( le paradis à un larron , et l'enfer à un pécheur. » Les bai- sers sont aussi fixés à un nombre réglé , comme on le dira à l'article de la quatrième particule du Canon.

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CHAPITRE VIII.

DE LA BÉNÉDICTION DE L'ENCENS, ET DE LA GARNITURE DE L'ENCENSOIR.

I. Le Confiteor étant achevé et l'absolution donnée _, le pon- tife ou le prêtre, avant de dire : Deus^ tu conversus, etc., bénit l'encens et le met dans l'encensoir qu'on lui présente ;, parce que le grand-prêtre de l'ancienne loi, couvert du sang des vic- times, remplissait d'encens l'encensoir, afin que, pendant sa prière, la vapeur parfumée le couvrît d'un nuage, comme il a été dit dans la préface de cette partie. C'est aussi pour rappe- ler qu'un ange vint et se tint debout devant l'autel , portant en ses mains un encensoir d'or qu'il remplit du feu de l'autel, et il lui fut donné beaucoup d'encens, qui. était le résultat des prières des saints. Cet ange, c'est le Christ; Fencensoir d'or^ c'est son corps immaculé; l'autel, c'est l'Eglise; le feu, la charité; l'encens, la prière, selon cette parole du Prophète : (( Que ma prière s'élève vers toi comme la fumée de l'encens. » L'Ange, c'est-à-dire le Christ, est donc venu ; il s'est tenu de- vant l'autel, c'est-à-dire en présence de l'Eglise, ayant un en- censoir d'argent, c'est-à-dire un corps sans tache, plein de feu, c'est-à-dire de charité _, et il a reçu beaucoup d'encens des fidèles, c'est-à-dire leurs prières, afin d'offrir, c'est-à-dire de fïiire valoir auprès de son Père les prières des saints.

II. Et remarque que le célébrant ne dit pas toutes les orai- sons : le Christ, en effet, n'exauce pas toutes les prières ; mais il en dit quelques-unes , savoir, de celles qui se rapportent au sa- lut. D'où vient que Paul ayant demandé trois fois au Seigneur d'ôter de lui l'aiguillon de la chair, le Seigneur lui répondit : c( Ma grâce te suffit ; » car la vertu s'épure dans l'infirmité de

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ce monde. Donc, l'évcque ou le prêtre met l'encens dans l'en- censoir, parce que c'est le Christ qui inspire les prières à l'es- prit, afin qu'il offre un encens d'odeur suave. Et le prêtre as- sistant offre l'encens à l'évoque ;, ou le diacre au prêtre^ parce que l'ancienne loi a adopté ce précieux parfum , qu'il offre en odeur très-agréable au Très-Haut. Touchant ce parfum, le Seigneur dit, dans le chapitre xxx de l'Exode : « Vous n'en « composerez point de semblable pour votre usage, parce qu'il (c est consacré au Seigneur^ et l'homme, quel qu'il soit, qui en (( fera de même pour avoir le plaisir d'en sentir l'odeur, périra (( du milieu de son peuple. » Et sur cette parole il y en a qui ont dit que si, après l'offrande de l'encens bénit sur l'autel, l'en- censoir passe aux mains des clercs ou des laïques, alors on doit le garnir d'encens non bénit et en parfumer ainsi tant les clercs que les laïques , le premier encens étant consacré au culte de latrie et le second au culte de dulie. Il est mieux cependant d'agir ainsi au point de vue de l'esprit que de la lettre , car la lettre tue et l'esprit vivifie. Et c'est pour la cause précitée qu'on ne fait pas respirer l'encens bénit dans l'église au fiancé et à la fiancée.

III. La consomption et la consécration de l'encens marquent que le prêtre doit prier avec ardeur et dévotion. Or^ l'encens a la vertu de monter, à cause de la légèreté de la fumée ; il a celle de se durcir, à cause de sa nature ; celle de se resserrer, à cause de sa résine ; il a celle de conforter, à cause de son arôme : ainsi, pendant que la prière monte dans le souvenir de Dieu, elle affermit l'ame en ce qui a rapport à la faute pas- sée, dont elle lui vaut le pardon; elle la resserre en ce qui touche la facilité qu'elle a à le commettre en ce monde ; elle la conforte pour la défense du moment. Nous avons aussi parlé de ces choses au chapitre de l'Arrivée du Pontife à l'autel, et nous en parlerons à l'article de l'Encensement. La navette ( navicula ) où l'on met l'encens marque que ^ par la prière, que symbolise l'encens, nous devons nous efforcer de naviguer

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sur la grande et vaste mer de ce monde, de manière à aborder à la céleste patrie. D'où vient qu'on lit dans les Proverbes ces paroles touchant la femme forte : « Elle est comme le vaisseau « d'un marchand qui apporte son pain de loin. » L'encensoir peut encore figurer le cœur de l'homme; le feu^ la ferveur de la dévotion ; l'encens, les prières que l'ange porte à Dieu. Les vaisseaux [vascula ) qui reçoivent le feu, ce sont les enfants qui imitent le cœur de leur père par la piété et la bonté^ et qui s'ef- forcent d'attirer dans leurs âmes la flamme du sacrifice céleste qu'ils aperçoivent dans l'ame de leur prochain. Les instru- ments dont on se sert pour porter le feu à l'autel , ce sont les prédicateurs qui, par les exemples des saints, propagent le feu de la charité et portent dans les cœurs des fidèles les sentiments qui les leur font considérer comme un père regarde ses fils. On dira ce que signifie l'encensoir au chapitre de l'Encen- sement de l'autel.

CHAPITRE IX.

LE PRÊTRE BAISE L'AUTEL ET LE LIVRE.

L Après avoir mis l'encens dans l'encensoir, le prêtre ou l'é- vêqué, ayant dit Deus tu conversus^ etc., baise l'autel consacré^ pour marquer l'accord avec les Juifs et pour indiquer que le Christ, en venant à nous, s'est uni la sainte Eglise , selon cette parole du divin épithalame : a Qu'il me donne un baiser de sa ce bouche. » En effet, dans le baiser la bouche s'unit à la bouche , et dans le Christ non -seulement l'humanité est unie à la divinité, mais l'épouse est étroitement liée à l'époux, selon 'cette parole du Prophète : a 11 m'a ornée d'une couronne « comme une fiancée^ et, comme elle, il m'a parée de colliers. » Quand le verset prophétique de l'introït est entonné par le

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chantre, le prêtre, en montant à l'autel, le baise Une seconde fois, parce que le Christ est venu au monde par le témoignage des prophètes et à la passion dont l'autel est le théâtre. Com- \\ bien de fois baise-t-on l'autel en célébrant la messe, et sur quel | endroit? Pourquoi y pose-t-on les mains ^ et pourquoi on im-| prime d'abord la figure de la croix aux places qu'on doit baiser ? Autant de questions qui seront traitées à l'article de la quatrième partie du Canon. Ici, l'autel signifie le peu- ple juif.

II. Le livre des évangiles indique le peuple gentil, qui a cru par l'Evangile ; voilà pourquoi l'évêque ou le prêtre baise l'é- |j vangile et l'autel, parce que le Christ a donné la paix au monde quand, devenu la pierre angulaire, il a fondu les deux peuples en un seul. On peut dire aussi que le sous-diacre offre à révê-|j que ou au prêtre le livre des évangiles que l'on portait fermé à la procession. En arrivant à l'autel , le célébrant ouvre l'E- vangile, pour montrer que personne n'est digne d'ouvrir le livre écrit au dedans et en dehors, scellé de sept sceaux, que le lion de la tribu de Juda , la clé de David; ce fut lui qui ou- vrit le livre et brisa les sept sceaux. L'autel symbolise l'Eghse, selon cette parole de l'Exode : « Si tu me fais un autel de c( pierre, tu ne le bâtiras point de pierres taillées. » Par la taille des pierres employées à la construction de l'autel, l'Eglise dé-j signe et réprouve la division de ses fils; elle craint pour eux ' qu'ils ne soient divisés par les hérésies et les schismes. L'évê- que ouvre donc le livre quand il arrive à l'autel, parce que, dès que le Christ eut rassemblé la primitive Eglise des Apôtres, en les enseignant et en leur prêchant , il leur révéla les mystères de l'Ecriture, en leur disant : «. Il vous a été donné de connaî- « tre le mystère du royaume de Dieu; mais les autres ne l'ap-: « prennent qu'en paraboles. » C'est pourquoi, après sa résur-j rection, « il leur ouvrit l'esprit, afin qu'ils comprissent les « Ecritures. » L'évêque fait bien plus encore et bien mieux, lorsqu'il ouvre le livre des évangiles, quoique le Christ ait

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éclairci les mystères des Ecritures par le moyen de ses minis- tres. Le livre étant ouvert, il le baise à gauche^ pour marquer que les prédicateurs ont réconcilié et offert les Gentils au Christ , car il ne les a pas prêches par lui-même , quoiqu'il ait lui-même prêché la paix dans l'Evangile , en disant : « Je vous (( donne ma paix, etc. » Et parce que le Christ, suspendu à la croix, a fait la paix, voilà pourquoi le célébrant, avant de pas- ser au côté droit de l'autel^ se signe du signe de la croix, parce que, comme dit l'Apôtre aux Ephésiens , « le Christ est notre (( paix; » de deux peuples il n'en a fait qu'un, enjoignant ensemble deux murailles différentes, c'est-à-dire deux peuples étrangers l'un à l'autre. Ensuite le livre des évangiles est posé fermé sur l'autel , et cela représente Jérusalem , comme on le dira à l'article de l'Evangile.

III. Ensuite le pontife romain (et certains autres aussi) se retourne et donne un baiser au diacre , pour montrer que la paix dont nous parlons est arrivée à l'avènement du Christ et telle que les prophètes l'avaient promise. David s'écrie : « La (( justice paraîtra de son temps avec une abondance de paix « qui durera autant que la lune. » Et un autre. Prophète : (( La paix régnera sur notre terre quand il sera venu. » C'est pourquoi , au moment de la naissance du Christ , la voix des anges entonna ce chant : « Et paix sur la terre aux hommes « qui veulent le bien. » Parfois le baiser signifie la paix, comme on le dira au chapitre du Baiser de paix. Le diacre, s'inclinant aussitôt^ baise la poitrine du Pape, pour marquer que c'est par l'inspiration de Dieu que les prophètes ont prédit l'avènement de la paix. Et Jean, en dormant sur la poitrine du Seigneur, but à longs traits à la source de l'Evangile, qui réside dans la poitrine du Seigneur (xciii d. Legimus).

IV. Dans quelques églises, l'évêque baise d'abord ses assis- tants, puis l'autel, ensuite l'Evangile, parce que le Christ a d'abord rapproché de sa personne les apôtres, puis les Juifs, ensuite les Gentils. Dans certains endroits encore, l'évêque

Tome II. 5

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apporte le baiser de paix aux chantres, accomplissant en quel- que sorte à rebours cette parole : « Je vous donne ma paix, je « vous laisse la paix. » 11 la donne à ceux qui sont présents, il la laisse à ceux qui sont absents. Les chantres ne disent pas le Gloria Patri avant d'avoir reçu le baiser de paix, parce que la foi en la Trinité n'a pas brillé avant que le Seigneur se fût in- cliné, qu'il nous eût réconciliés, et qu'il eût ordonné aux apôtres de prêcher la Trinité. C'est pourquoi l'évêque, après leur avoir donné le baiser de paix, leur fait signe de dire : ce Gloire au u Père^ et au Fils, et à l'Esprit saint^ comme dans le principe, (c maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi (( soit-il. » Voici ce que le chantre annonce, c'est que les cœurs des pères pardonnent à leurs fils. Abraham vit trois anges et en adora un. Ainsi donc, nous, ses fils , nous devons croire à la Trinité dans l'unité. Après que la paix lui a été donnée, le chantre rend gloire à la sainte Trinité ;, comme s'il disait : ce Rendons gloire à Dieu le Père , Fils et Esprit saint, parce c( qu'il a daigné, dans les derniers temps, nous montrer la (( paix qu'il avait prophétisée par la voix de ses saints pro- (( phètes. » Quand il dit : a Comme dans le principe, » les dia- cres s'avancent vers l'autel et reviennent de nouveau à l'évê- que, ce qui figure que les apôtres se livrèrent à la mort pour se réunir au corps du Christ. Au commencement de la messe, les évêques se tiennent inclinés devant l'autel; mais, lorsque ce verset commence, ils se lèvent , parce que le chœur des saints martyrs, avant la dernière tribulation , était dans la vallée des larmes ; mais ensuite, couronnés par le martyre, ils se tiendront toujours debout, comme des hommes libres et pleins d'assu- rance devant le Seigneur. Le baiser donné, les diacres prient de nouveau le pontife , comme s'ils lui disaient : « Seigneur, (( apprends-nous à prier. »

V. Dans certaines églises aussi, les diacres, deux à deux, baisent les côtés de l'autel intérieurement ou alternativement, parce que le Seigneur envoya les apôtres prêcher deux par

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deux, en leur disant : a En quelque maison que vous entriez, « dites : Paix à cette maison. )) Et ils revinrent trouver le Christ, comme les diacres l'évêque.

CHAPITRE X.

LE CÉLÉBRANT ENCENSE L'AUTEL (6).

I. Le baiser de paix donné, l'évêque ou le prêtre, recevant l'encensoir des mains du diacre^ encense l'autel consacré, parce que le Christ, qui a pris un corps par la génération des prophètes, et qui est né, selon la chair, du sang et de la race de David;, embrasse l'Eglise dans ses prières, selon celle qu'il fait dans l'Evangile : « Père saint, c'est pour eux que je prie, (( et pas pour eux seulement, mais encore pour ceux qui doi- (( vent croire par leur parole. » Quand le diacre reprend l'en- censoir pour encenser l'évêque ou le prêtre, il nous apprend, dans le sens moral, que si nous voulons offrir dignement l'en- cens de la prière, nous devons prendre l'encensoir de l'incar- nation , car, sans la foi au Médiateur, les hommes ne peuvent plaire à Dieu. Et, selon sa promesse même, s'ils demandent quelque chose avec foi^ en priant, ils le recevront. L'encensoir symbolise donc le Verbe incarné.

II. Car, de même que dans l'encensoir la partie supérieure el la partie inférieure sont unies par trois petites chaînes,

m. Ainsi dans le Christ il y a trois anneaux qui rattachent Tentre elles la divinité et l'humanité, la chair et l'ame, en unis- sant l'humanité à la chair, la divinité à l'ame. Il y en a qui indiquent un quatrième anneau, qui est celui de la divinité jointe à un être composé à la fois d'une ame et de chair; d'où vient que quelques encensoirs ont quatre chaînettes. Moïse parle aussi de cet encensoir à Aaron d'une manière spéciale : « Prends l'encensoir et du feu sur l'autel, puis tu jetteras des-

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« SUS de l'encens. » Il y a encore une autre considération à faire relativement à l'encensoir, comme nous en avons touché un mot dans le chapitre de l'Arrivée du Pontife à l'autel.

IV. L'évêque ou le prêtre encense une seconde fois l'autel déjà encensé, pour montrer que le Christ est en même temps autel et hostie, pontife et prêtre; c'est à lui qu'on offre le sacri- fice, parce qu'on l'adore, non-seulement en tant que Dieu, mais aussi en tant qu'homme. C'est pourquoi, dans certaines églises , après avoir encensé le pontife , le diacre encense tout le tour de Tautel , ce qui a fait dire au Psalmiste : « Seigneur, <( j'entourerai ton autel. » L'encensoir d'or signifie la sagesse, parce que tous les trésors de la sagesse de Dieu furent cachés dans le Christ. De là vient que l'ange se tint debout auprès de l'autel, ayant un encensoir d'or, et qu'on lui donna de l'encens pour le garnir; c'est-à-dire que le Christ, par sa résurrection, a pris pouvoir de la chair. L'argent signifie la chair du Christ, pure de toute faute, et brillante de chasteté ; le cuivre, sa fragi- lité et sa nature mortelle ; le fer, la force qui l'a fait ressusciter. Si l'encensoir a quatre chaînettes, il démontre que le Christ est composé de quatre éléments ou orné de quatre vertus, qui sont : la justice, la prudence, la force et la tempérance. La cinquième chaînette, qui passe au milieu des autres, désigne l'ame qui, pendant trois jours, se sépara de la chair. Si l'encensoir a trois chaînettes , il figure l'ame , la chair et le Verbe unis en une seule personne. La quatrième chaînette, qui sert de séparation, est la puissance qui a été donnée au Christ de donner sa vie pour ses brebis. Si l'encensoir n'a qu'une chaînette, il marque que seul le Christ est né d'une vierge, et que seul il n'a pas été soumis à l'esclavage de la mort. L'anneau, auquel se rattachent toutes ces chaînettes, c'est la divinité du Christ, qu'aucune limite ne clôt, qui contient et qui opère toutes choses.

V. En outre de la raison mystique, on encense aussi l'autel pour en écarter toute la malice des démons. Car on croit que lafumée de l'encens a le pouvoir de mettre en fuite les dé-

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mens. D'où vient que, quand Tobie interrogea l'Ange pour connaître combien de vertus curatives il y avait dans le pois- son qu'il lui avait ordonné de conserver, l'Ange lui répondit : (( Si tu mets sur les charbons une partie de son cœur, la fumée « qui en sort chasse toutes sortes de démons. »

VI. Le pape Sother (xxiii d. Sacratas) défendit aux reli- gieuses d'encenser le tour de l'autel.

CHAPITRE XL

GOMMENT L'ÉVÊQUE OU LE PRÊTRE ET SES MINISTRES DOIVENT SE TENIR DEVANT L'AUTEL.

I. Après avoir encensé l'autel, l'évêque ou le prêtre passe au côté droit de l'autel : là, il récite en union avec ses assistants tout ce qui a rapport à cette partie de l'office de la messe, et il dit le Kyrie eleison. Ce passage du milieu de l'autel au côté droit signifie le passage du Christ à la vie éternelle , de la pas- sion par la résurrection. En allant de gauche à droite, le célé- brant imite le Christ entrant dans le monde : en effet, le Christ a atteint le côté gauche lorsqu'il a pris la vie du temps, et il a passé à droite quand il éleva son corps jusqu'à la droite de Dieu.

IL Ce mouvement du célébrant, qui lui fait gagner la droite, signifie encore que l'Emmanuel promis dans l'ancienne loi vint d'abord aux Juifs avant d'aller aux Gentils. Les Juifs alors étaient à droite , à cause de la loi , et les Gentils en quelque sorte à gauche, parce qu'ils adoraient les idoles. Donc, le prê- tre, orné des sacrés vêtements, symbolise le Christ revêtu de la chair de notre humanité ; son arrivée à l'autel marque que le Christ est venu des cieux vers son peuple pour le sauver. Lors- que le célébrant passe à droite, il marque que le Christ, en ve-

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nantaii monde, alla d'abord vers les Juifs, au milieu desquels il voulut naître; car la bienheureuse Marie était juive. On par- lera de ce passage à droite, au chapitre du Changement de Place du Prêtre et de celle qu'il tient. Et remarque que, quand le seigneur Pape célèbre ou entend la messe, ses chapelains lisent l'introït, le £^ï/ne eleisotiyle Gloria in eœcehiSy le Credo, le Sanclus et ÏAgnus Dei ; ils ne lisent pourtant pas le gra- duel, VAUelu-ia, le trait, TofTertoire et la post-communion, parce que ces parties de la messe sont autant d'instructions et d'explications dont le Pape a lui-même besoin de se pénétrer. Il est à remarquer que le prêtre se tient debout et droit devant l'autel, pour montrer que le Christ est venu régir les siens par son invincible enseignement, et le prêtre se tourne vers Torient parce que le Christ n'a pas cherché à faire sa propre volonté, mais celle de son Père; il ne regarde pas derrière lui , autant parce que le Christ regarde toujours la face de son Père, selon cette parole : « Je sais d'où je viens et où je vais, » que parce que c( quiconque ayant mis la main à la charrue regarde derrière (( soi, n'est point propre au royaume de Dieu » (Extra De voto magnœ). Enfin, le prêtre tourne le dos au peuple, pour figurer ce que le Seigneur dit à Moïse : « Tu me verras par derrière, « mais tu ne pourras voir ma face » (Exod., cap. xxxni).

III. Cependant les évêques et les archevêques [superiores), lorsqu'ils célèbrent les saints mystères , ne restent pas devant l'autel, mais en sont un peu éloignés à droite, où ils demeu- rent jusqu'après le chant de l'offertoire, et cela a lieu d'abord pour représenter que c'est du côté du Christ que notre rédemp- tion a commencé à sortir.

IV. En second lieu, cela se fait non-seulement pour impri- mer une plus grande solennité à la messe et pour que l'évêque soit ainsi distingué des prêtres, ses inférieurs, mais encore parce qu'à la messe l'évêque figure non-seulement la dignité et l'excellence du Christ et son oblation, mais aussi son humi- lité et son obéissance dans sa propre offrande et consécration.

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Car le Christ est égal à son Père en dignité, et il siège à la droite de Dieu le Père , comme on le lit dans le Symbole ; ce que représente le prélat debout, avant l'offrande, à la droite de Fautel. Dans l'oblation de soi-même, le Christ s'est fait hostie pour nous, et voilà pourquoi le prélat, qui est son type, dès le moment de l'offrande doit s'attacher tout entier à cet au- tel, qui figure celui de la croix.

V. En troisième lieu, comme les actions des prélats doivent être soumises dans leurs vues à la doctrine divine, voilà pour- quoi l'évêque reste jusqu'à l'offrande à l'écart de Fautel, et à ce moment il s'approche de l'autel pour se laver les mains, encenser et sacrifier, afin de montrer ainsi que tout ce qui com- pose la première partie de la messe n'est que cérémonies et louanges [De cons., d. ii. Partis est). Mais au moment de l'of- frande il s'apprête à faire l'essence ou la substance même du saint sacrifice.

VI. Quatrièmement, il représente ainsi le pontife de l'an- cienne loi lorsqu'il entrait dans le saint des saints, portant des charbons et couvert de sang, comme nous en avons touché un mot dans la préface de cette partie. '

VII. Cinquièmement, c'est pour représenter ce que dit le Prophète : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à « ma droite, jusqu'à ce que je réduise tes ennemis à servir « d'escabeau à tes pieds. » Le prêtre, qui représente en effet le Christ, s'asseoit à la droite de l'autel (symbole, dans l'E- glise, de Dieu le Père) , jusqu'à ce qu'il y remonte pour consa- crer l'hostie par laquelle les portes de l'enfer sont brisées, et ses ennemis les démons vaincus et mis sous ses pieds comme un escabeau. Et les assistants de l'évêque, savoir, le diacre et le sous-diacre , par leur position un peu en arrière de lui en présence de l'autel (quoiqu'ils aient marché devant lui pour l'y conduire ) , représentent les témoins [martyres) de l'An- cien-Testament, qui furent couronnés, comme ils l'avaient mé- rité , après la naissance du Seigneur. Et chaque fois qu'il va

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d'un côté à Tautre de Tautel , ils le suivent par derrière, pour | montrer que l'admonition du Seigneur s'est accomplie, lors- • qu'il dit : « Celui qui me sert doit me suivre, etc. w Les assis- {- tants de Tévêque ont toujours les yeux fixés avec sollicitude '| sur tous ses mouvements , pour montrer que les fidèles , bien | que vivant de la vie de ce monde , tendent cependant toujours I à la vie éternelle en la compagnie du Christ. Dans certaines églises, lorsque Tévêque se tourne vers le peuple, ils se tour- nent aussi vers le peuple, et se retournent en même temps que l'évêque du côté de l'autel . Car le Christ, pendant sa vie mor- telle, quittait la prière pour la prédication, et parfois la prédi- cation pour la prière , ce que figure l'action de se tourner vers le peuple et de se retourner vers l'autel. En quoi le Christ doit être surtout imité par les prédicateurs, que désignent avec raison les assistants de l'évêque.

VIII. Le pape Anaclet [De cons., dist. i, Episcopiis) or- donna que l'évêque, lorsqu'il offrirait le saint sacrifice, aurait pour témoins les diacres, qu'on appelle ses yeux, les sous-dia- cres et autres assistants. Et il voulut que tous, revêtus des vêtements sacrés, se tinssent de front devant et derrière lui, et qu'il eut un prêtre de chaque côté , c'est-à-dire à droite et à gauche; que tous eussent le cœur contrit, l'esprit humble, le visage incliné, et qu'ils le gardassent des malveillants, et qu'ils prêtassent leur concours au saint sacrifice. Et, selon le pape Lucius [De consec, dist. i, Juhemus), les assistants n'abandon- neront pas l'évêque, parce qu'à cause des malveillants il faut qu'il reçoive un bon témoignage de la part de ceux qui sont dehors. Il fut encore établi que le célébrant aurait derrière lui un aide et un consolateur, comme on l'a dit dans la préface de cette partie. Et c'est pourquoi, dans certaines éghses, quelques diacres se tiennent debout derrière l'évêque , dans l'attitude de la prière , pour le suivre jusqu'à la mort et pour passer avec lui à la vie éternelle. Cependant, le plus grand nombre des assistants demeure à droite de l'autel, et la moindre partie

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à gauche , parce que l'Eglise demande deux bénédictions, la bénédiction temporelle et la bénédiction éternelle^ afin que nous passions par les biens de ce monde de telle façon que nous ne perdions pas ceux de l'éternité. En outre, les susdits assis- tants , qui se tiennent derrière l'évêque et la tête inclinée , res- tent dans cette position jusqu'à la fin de l'oraison dominicale, et représentent ces apôtres qui, pendant la passion du Seigneur, oppressés par une grande tristesse , n'osaient pas se lever de terre pour confesser qu'ils étaient les disciples du Christ. Ce- pendant ils étaient couchés sur la figure de la foi. Ensuite, les assistants se relèvent , comme on le dira à l'article de la deu- xième partie du Canon^ aux mots : Nohis quoque peccatoribus. Les assistants figurent encore à nos yeux le chœur des saints martyrs qui demeureront dans cette vallée de larmes jusqu'au moment de la dernière tribulation. Puis, les assistants se lè- vent, parce qu'après avoir rendu témoignage, les martyrs se relèvent couronnés, c'est-à-dire à l'abri de toute persécution. Les assistants qui se tiennent la face inclinée représentent les femmes qui , la tête baissée , se rendirent du cénacle au tom- beau , emportées dans leur course par l'ardeur de leur amour pour le Christ.

IX. Le prêtre assistant , pendant les instants de repos, met le missel sur un coussin moelleux, pour montrer que le cœur du chrétien doit être dévoué et tendre, et que pour recevoir facile- ment les divines impressions il doit se mettre sous le joug du Seigneur et des préceptes du ciel, selon cette parole du Sage : <c Que ton cœur reçoive mes paroles, etc. ; » afin que l'esprit du Seigneur repose en lui. On parlera encore de ce coussin (pulvinar) à l'article de l'Evangile.

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CHAPITRE XII.

DU KYRIE ELEISON (7).

I. Enfin, le passage de l'évêque ou du prêtre à la droite de l'autel signifie que le temps de la plénitude et Tannée de la bonté sont arrivés, comme l'avait prédit le Psalmiste : « Tu te (( lèveras, Seigneur, et tu auras pitié de Sion. » Et, comme le temps de la miséricorde est venu , le chœur loue et invoque à juste titre la Trinité, en répétant trois fois, pour chacune de ses personnes, Kyrie ^ eleison. Et l'on dit le Kyrie eleison après l'introït, parce que, avant de faire toute autre prière, il est né- cessaire que le prêtre implore la miséricorde du Seigneur. Or/1 Kyrie, eleison^ en grec, veut dire en latin : Seigneur, aie pitié ; car Kyrie veut dire Seigneur, et eleison , aie pitié : par con- séquent, Christs, eleisoUy signifie Christ, aie pitié. D'oii vient i que le Prophète dit : « Aie pitié de nous , car nous t'atten-

« dons. »

II. On dit Kyrie eleison neuf fois : premièrement, pour que le. l genre humain , réparé par un homme , soit associé aux neuf ordres des anges; deuxièmement, pour que l'assemblée des fidèles [ecclesia) arrive à jouir de la compagnie des neuf ordres des anges ; troisièmement , contre neuf espèces de I péchés.

ÏII. 11 y a le péché originel, le véniel et le mortel. Puis le< péché de pensée , de parole et d'action. Enfin, le péché de fragilité, de simplicité et de malignité : péché de fragilité par faiblesse, de simplicité par ignorance , de mahgnité par envie. Pécher ainsi, c'est pécher contre le Père, contre le Fils, contre l'Esprit saint. Voilà pourquoi encore on dit trois fois Kyrie eleison au Père , trois fois Christe eleison au Fils , et trois fois

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Kyrie eleison à l'Esprit saint ; au Père et à l'Esprit on donne e même titre , parce que tous deux sont d'une même nature ; nais le Fils en reçoit un autre, parce que le Fils, tout en ayant a même nature qu'eux , en a encore une autre , comme un ^éant né de deux substances. Voilà pourquoi on dit trois fois a même invocation au Père, au Fils et à FEsprit saint, pour îiarquer l'union du Père avec le Fils, du Fils avec le Père, et le l'Esprit avec les deux. On parlera de cela dans la cinquième Dartie, au chapitre de Prime. Et au milieu de ces neuf invo- cations on change Kyrie en Chrhte , pour marquer qu'il y a ieux natures dans le Christ. Trois fois Kyrie eleison, multi- plié par trois, signifie les prières des Pères de l'Ancien-Testa- nent, qui s'étaient multipliées à un tel point que la grâce de a souveraine Trinité les associa , par l'avènement du Christ, lux neuf légions des anges.

IV. Or, l'efficacité de ces mots est grande. Car on lit que le bienheureux Basile ayant crié : Kyrie, eleison, les portes de l'é- glise de Ticina, ou Pavie, s'ouvrirent toutes seules. On dit en- core que le bienheureux Geminianos ayant crié Kyrie^ eleison, nit cinq rois en fuite. Cela vient peut-être de ce que cette pa- role a un autre sens que celui de Seigneur, aie pitié, mais que aous ignorons. Dans certaines églises, aussitôt après le dernier Kyrie eleison on ajoute èmas^ mot grec qui en latin veut dire nous. Et le sens de Kyrie ^ eleison èmaSy est : Puissance divine, %ie pitié de nous. Le bienheureux Grégoire établit le chant neuf fois répété du Kijrie eleison par le clergé seulement et à la messe où tout le peuple assisterait. Le Kyrie ^ chez les Grecs, était chanté^, dans l'origine, par le clergé et le peuple à la fois. Ce fut le pape Sylvestre qui emprunta le Kyrie eleison aux Grecs.

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CHAPITRE XIII

DU GLORIA IN EXCELSIS (8).

I. Aussitôt que le Kyrie eleison est dit, le prêtre ou le pon-' tife, d'après la règle du pape Télesphore, commence le Gloria in eoccehis Deo^ qu'on entendit chanter par les anges, comme on le lit dans l'évangile de [saint] Luc. Cet hymne des anges rend témoignage à la nativité du Christ, par rapport au temps. Le prêtre, le premier, l'entonne seul, parce qu'il représente l'Ange du grand Conseil. Car ce fut cet ange seul, dont le prêtre reproduit le type, qui annonça le premier la naissance du Sauveur, comme on lit dans [saint] Luc : «Voici que je « vous annonce une grande joie pour tout le peuple : c'est « qu'aujourd'hui il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le « Seigneur. » Et le prêtre, en entonnant ce cantique, se tient au milieu de l'autel , pour nous rappeler que pendant que le silence dominait sur toute la nature, au milieu du monde, c'est-à-dire pour le salut des hommes, naquit le Messie que les prophètes avaient prédit. Cette position du prêtre représente encore celle de l'Ange lorsqu'il annonça la nativité du Christ aux bergers ; et , en commençant le Gloria in excelsis _, le prêtre élève les mains pour les raisons que nous dirons à la fin du chapitre suivant. En commençant cet hymne, il se tourne aussi vers l'orient, autant parce que l'Ange vint de l'orient à Bethléem , que parce que nous avons coutume d'adorer le Seigneur du côté de l'orient. Troisièmement, en commençant le Gloria le prêtre se tient au milieu de l'autel pour marquer que le Christ fut médiateur entre nous et Dieu (x dist.), et c'est par sa médiation que nous avons fait la paix avec Dieu. Le chœur, qui répond en chantant, représente cette multitude

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ont parle l'Evangile : ce Au même instant il se joignit à l'Ange une grande troupe de l'armée céleste, louant Dieu et disant: Gloire à Dieu au plus haut des deux, et paix sur la terre

aux hommes qui veulent le bien, etc. » [De consec, dist. i,

(octe). Cet hymne n'est pas tant celui des anges que celui des Lommes se félicitant entre eux de ce que la femme qui avait •erdu sa dixième drachme et qui avait allumé sa lampe pour a chercher l'avait trouvée, et de ce que le berger ayant bandonné ses quatre-vingt-dix-neuf brebis dans le désert ve- lait d'arriver pour chercher la centième, qui s'était égarée.

II. Or, avant la naissance du Christ il y avait trois murailles ['inimitiés : la première , entre Dieu et les hommes ; la secon- ie , entre l'ange et l'homme ; la troisième , entre l'homme et 'homme. L'homme, en effet, par sa désobéissance avait offensé e Créateur, et par sa chute avait empêché la restauration des an- jes, enfin par ses diverses religions il s'était séparé de l'hom- ne. Le Juif avait ses cérémonies, le Gentil exerçait l'idolâtrie ; nais notre paix est venue, elle a fait un seul peuple des deux, et i détruit ces trois murailles. Elle a enlevé le péché et réconcilié 'homme à Dieu; elle a réparé la chute et réconcilié l'homme xvec l'ange ; elle a détruit les divers cultes et réconcilié l'homme avec l'homme, a Le Christ a donc, selon l'Apôtre, restauré tout (( ce qui est dans les cieux et tout ce qui est sur la terre ; » et voi- là pourquoi cette grande troupe de la milice céleste chantait : (( Gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux î » qui sont les an- ges, lesquels n'ont jamais péché et ont toujours été d'accord avec Dieu. Et, sur la terre, la paix a été donnée par le Christ aux hommes, c'est-à-dire aux Juifs et aux Gentils de bonne volonté, qui jusqu'à la naissance du Christ avaient été en désaccord avec Dieu et avec les anges, à cause de leurs péchés. Voilà aussi pourquoi l'Ange parle aux bergers et se réjouit avec eux, parce que la paix s'est reformée entre les anges et les hommes. Un Dieu-homme naît, parce que la paix est rétablie entre Dieu et l'homme ; il naît dans la mangeoire du bœuf et de l'âne, par-

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ce que la paix a été réparée entre les hommes et les hommes Le hœuf représente le peuple juif, l'âne les Gentils, selon cett( parole : a Tu ne laboureras pas avec le bœuf et Tâne^ » c'est- à-dire le Juif et le Gentil. Et ailleurs : « Le bœuf connaît sor a maître , et l'âne la mangeoire de son possesseur. »

III. Et l'on chante donc cet hymne, parce que les hommeji vénèrent sur la terre Celui que les anges vénèrent dans les cieux. Ces paroles: Gloria in excelsis, etc., représentent la tristesse des anciens patriarches, qui attendaient depuis si long- temps l'incarnation du Seigneur (Esa.^ xxvni : Expectate Deum, etc.) , et l'on chante aussi Allelu-ia, parce qu'ils espé- raient en un libérateur ; ce qui a fait dire au Psalmistc : a Ils a ont espéré, et tu les as délivrés. » Cette hymne marque aussi l'espoir que l'Eglise nourrit de chanter avec les anges, d'où vieni que déjà elle leur emprunte leur cantique. Vient la phrase : Laudamus te, ce Nous te louons , » c'est-à-dire nous louons tej œuvres ineffables en les prêchant au monde.

lY. Ces paroles et les suivantes sont , comme on le croit, l'œuvre du bienheureux Hilaire de Poitiers. Anciennement or ne disait à la messe que les paroles rapportées par l'Evangile : Gloria in excelsis... honœ voluntatis Cependant Innocent III dil que ces paroles ont été ajoutées parle pape Télesphore. D'au- tres les attribuent au pape Symmaque.

V. Le pape Symmaque établit que, tant les dimanches qu'aux fêtes des martyrs , le Gloria in excelsis serait chanté à la messe, parce qu'il rappelle que les saints ont été associés s la gloire des anges par la résurrection du Seigneur. On le chante aussi aux fêtes des apôtres et des confesseurs en l'hon- neur de qui une église est dédiée _, et généralement aux fêtes qui nous représentent la fête éternelle du ciel. Mais dans les jours de deuil et de jeûnes on ne dit pas le Gloria ^ excepte aux deux samedis solennisés par des ordinations particulières, selon cette parole : « Chantez au Seigneur un cantique non- ce veau, » comme on l'a dit dans la préface de cette partie.

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Le pape Télesphore, déjà nommé, recommanda de chanter ie Gloria à la messe de la nuit de la naissance du Seigneur, ju'il institua. Il y en a qui disent qu'il ne faut chanter la messe qu'à l'heure de tierce , parce ce fut alors que l'Esprit 5aint descendit sur les apôtres et les remplit de gloire et d'al-

legresse.

VI. Innocent III établit que quand, les jours ouvrables, on célèbre une solennité en l'honneur de la bienheureuse Vierge, )u de l'Esprit saint, ou de la sainte Croix, on ne doit dire ni 'hymne angélique, ni le symbole, ni même le Te Deum lau- îamus, à laudes et à matines. Dans l'Avent ou à la Septua- ^ésime, on ne chante pas le Gloria ^ comme on le dira dans a sixième partie et au chapitre de la Semaine de Pâques.

VII. Cependant l'évêque de Bethléem, par suite d'un abus ex ahusu), chante le Gloria in excelsis tous les jours, à toutes es messes, même des morts ^ parce que, au témoignage de saint] Luc lui-même , cet hymne fut d'abord chanté dans le 3ays qui environne Bethléem.

CHAPITRE XIV.

LE CÉLÉBRANT SALUE LE PEUPLE.

I. L'hymne angélique étant terminé, le prêtre se tourne i^ers le peuple et le salue, en disant : Dominus vobiscum, « Que e Seigneur soit avec vous ; » paroles tirées du livre de Ruth, chapitre ii. On y lit que c'est ainsi que Booz salua ses mois- sonneurs ; et le Prophète (dans les Paralipomènes), le roiAsa ît tous ceux qui étaient avec lui ; et l'Ange , en saluant Gédéon, ui dit : c( Que le Seigneur soit avec toi. » Booz, qui épousa ?{uth la Moabite, exprima une des figures du Sauveur. Ce

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I

salut marque celui que le Christ fit aux apôtres après la résur^- rection, et on en parlera dans la cinquième partie, au chapitre de Prime.

II. Le prêtre fait précéder toutes les oraisons de la messe de ce salut : Dominus vohiscum, excepté celles qu'on dit avant les prophéties ou les prières que l'on fait sur le peuple en Carême ; il ne fait pas non plus ce salut avant les oraisons qui suivent immédiatement la première oraison, et dans celles que l'on dit le Vendredi saint. Mais ce jour-là on ne dit pas la messe, quoique le prêtre communie. Or, comme par ce salut on souhaite que le Seigneur soit avec le peuple , qui est en lui par l'Esprit de grâce aux sept manifestations, voilà pourquoi l'Eglise a établi qu'on saluerait sept fois seulement le peuple à la messe , comme on va le dire dans un moment. C'est aussi pourquoi , dans les oraisons énumérées plus haut , on ne fait ce salut qu'une fois.

III. On fait cependant précéder les autres oraisons d'une ex- hortation à l'humilité, par ces mots : Flectamus genua, a Piè- ce chissons les genoux ; » ou par ceux-ci : Humiliale capita vestra Deo, a Humihez vos fronts devant Dieu ; » parce que la prière qui doit être unie au jeûne pour chasser un démon violent n'a de valeur qu'autant que l'humilité la précède.

IV. Dans les jours de jeûnes , l'Eglise figure le temps de la captivité de Babylone. Donc, c'est avec raison que le prêtre ne salue pas le peuple, puisqu'en effet il est absent, et ne se tourne pas vers lui ; mais il commence comme s'il était seul, en disant : Oremus^ « Prions ». Il insinue par là qu'il faut prier pour lui ; et, parce que l'oraison doit être faite avec force, il ajoute aussitôt : Flectamus yenua , ou bien : Humiliate capi- ta vestra Deo. Cela représente encore le temps de la passion du Seigneur, qui commença surtout après la cène qu'il fit avec ses disciples ; et, comme pendant ce temps-là le Seigneur ne salua pas ses disciples, mais les exhorta plusieurs fois à prier^ c'est pourquoi le prêtre ne salue pas alors le peuple, mais lui

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donne le conseil de prier. Et parce qu'en ce temps-là le Christ fléchit les genoux pour prier, c'est pourquoi le prêtre invite aussitôt les fidèles à s'agenouiller. Il dit : Flectamus germa , en la personne de tous les fidèles de la terre , comme étant en quelque sorte le délégué qui les représente tous en soi-même ; et c'est pourquoi il parle à la première personne , s'excitant lui- même et excitant tous les autres à prier humblement et dévo- tement ; mais bientôt il se relève dans la personne d'un autre que lui , dans la personne même du Christ , dont il est le type en célébrant la messe , et alors il parle à la seconde personne et avec un chant tout autre, comme si le Christ lui-même di- sait : (( Levez-vous, car je vois votre foi et votre dévotion; » et alors le prêtre parle ou prie au nom de tous. On dira dans la sixième partie , à l'article de la Quatrième Férié , en tête des Jeûnes, ce que signifient les collectes que l'on dit après la for- mule Flectamus genua, et celle Humiliate capita vestra Deo. Les autres jours, l'Eglise représente le temps d'allégresse et d'abondance qui commença principalement après la résurrec- tion du Christ, et alors le prêtre, qui représente le Christ, sa- lue le peuple, comme il a été dit plus haut, parce que le Sei- gneur salua ses disciples après la résurrection. Le prêtre fait précéder ses oraisons de Dominus vohiscum, pour rendre le peuple attentif, et pour qu'il élève son esprit à Dieu et s'unisse à lui par une active intention. Le sens de : « Que le Seigneur <( soit avec vous » est celui-ci : ce Que le Seigneur habite en « vous, et vous récompense par le prix de la vie éternelle; <( qu'il accorde à vos demandes l'effet ou la grâce que vous «implorez de lui, et la persévérance dans cette grâce même. » V. Le chœur et le peuple répondent : Et cum spiritu tuo, <( Et avec ton esprit; » ce qui est tiré de la seconde épître à Timothée, vers la fin_, où l'Apôtre lui dit : « Que le Seigneur c( Jésus-Christ soit avec ton esprit. » Les salutations de cette sorte montrent que le prêtre et le peuple doivent être unis dans une seule et même affection, dans un désir unique. Voici le Tome IL 6

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sens de El cum spiritii tuo : a Tu vas prier le Seigneur pour « nous, et, parce que le Seigneur Dieu n'approuve et n'exauce (( que les prières qui procèdent d'un bon cœur, nous prions « aussi pour toi, afin que Celui sans qui il n'y a aucun bien « soit avec ton esprit; afin que ce qui est dans ta bouche passe « dans ton cœur, et demeure en toi. » Alors cesse l'hésitation de ceux qui demandent , car le peuple répond : « Et avec ton « esprit, » au souhait que le prêtre a fait pour lui, que le Sei- gneur soit avec lui, en disant : Dominus vabiscum, non-seule- ment en esprit, mais aussi corporellcment ; car tel est le désir que forme le peuple par sa réponse , comme on l'a vu plus haut. On peut dire encore que par cette réponse le peuple se joint seulement au sacrifice auquel procède le prêtre, et dans la per- pétration duquel il doit s'élever totalement au-dessus de la terre en esprit, et se débarrasser entièrement de tout lien terrestre. Après que le chœur a répondu, le prêtre se retourne devant l'autel, savoir, à l'orient, comme on le dira dans la préface de la cinquième partie; et, comme se confiant peu en sa propre bonté , il s'unit l'Eglise universelle, en disant^ comme le délé- gué de tous les fidèles : OremuSy « Prions, » c'est-à-dire : « Priez a tous avec moi, afin que nous obtenions plus tôt ce que nous « demandons , parce qu'il est impossible que la multitude ne (( soit pas exaucée. » Puis il dit l'oraison ; donc, en disant Ore- mus il exhorte les autres à prier^ parce que le Christ même a averti ses disciples de prier, en disant : (( Priez, pour ne pas « être tentés ; » et ensuite il prie, parce qu'après avoir dit les paroles précitées, le Christ pria. Le Christ agit et enseigna. La formule Oremm nous vient des anciens, qui la disaient pour s'inviter mutuellement à prier en commun. Le prêtre dit Ore- mus, en se tenant debout devant le milieu de l'autel, pour les raisons établies dans le précédent chapitre. La prière qu'il prononce signifie l'indulgence que le Seigneur a promise ; et ensuite il passe à la droite 3e l'autel , comme on le dira dans le chapitre suivant.

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VI. L'oraison étant terminée, le chœur répond : Amen. C'est un mot hébreu qui veut dire : « Que cela soit^ qu'il soit « selon ta prière , » ou « Que ta prière soit heureuse , qu'elle « soit exaucée. » Il est pris de l'Apocalypse, chapitre x. [Saint] Ambroise explique Amen par « C'est vrai;, que l'effet réalise ce « que demande la parole » [De consec, à. ii^ Rêvera ^ in fin. ; XXXVIII, d. SedulOf III, q. v) ; et ce mot s'emploie parfois pour dire : « Vraiment, c'est vrai, en vérité, » comme ici : « En « vérité [amen), en vérité, je vous le dis )) (Extra De jure jur.^ et Si Christus), comme on le dira au chapitre de l'Oraison. Et remarque que cette salutation préalable : Dominus vahiscum, s'adresse aux prêtres d'un ordre inférieur^ moins parfaits et ignorants. L'évêque ou son supérieur, qui doit être parfait, et qui porte gravée la ressemblance du Christ , pour se montrer son vicaire , lorsqu'il s'apprête à prier pour la première fois se sert de cette parole du Seigneur (Joan.^ xx) : « Paix à vous. »

VII. Ce fut la première parole du Seigneur à ses disciples, quand il leur apparut après la résurrection, comme s'il leur di- sait : « A présent, que la paix du temps vous soit donnée , et <c dans l'avenir vous recevrez celle de l'éternité. » Sur ces deux paix^ voyez [saint] Jean, chapitre xiii : « Je vous laisse la paix, « je vous donne ma paix. » Joseph se servit de cette expression en parlant à ses frères. Ensuite l'évêque dit, comme les au- tres prêtres : Dominus vohiscum^ pour montrer qu'il est un d'eux (xcv, à. Olim^ et c. seq. in fin.). Et il faut remarquer que l'on ne dit Pax vohis que quand on chante le Gloria in excelsiSy et cela parce qu'il y a une correspondance avec cette phrase : Et in terra pax hominihus honœ voluntatis. En outre, cette salutation ayant été faite par le Christ à ses disciples dans un temps de joie et d'allégresse, c'est-à-dire après la résurrec- tion, elle doit correspondre au cantique d'allégresse Gloria in excelsis. 11 y en a aussi qui disent que le pontife, célébrant so- lennellement aux jours où l'on dit le Gloria in excelsis^ repré- sente le Christ après sa résurrection ou la joie de la résurrec-

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tion, temps auquel le Christ salua souvent ainsi ses disciples; et c'est pour l'imiter (jue le pontife dit Pax vohis dans les pre-' miers jours de la semaine de Pâques. Aux messes qu'il dit les autres jours ou dans les autres temps, ou qui sont dites par ses inférieurs, on figure la passion du Christ, et il convient d'y ré- pandre les gémissements et l'affliction. C'est pourquoi l'on n'y dit pas Pax vohis, pour ne pas mêler la joie avec la douleur. On peut dire encore que la paix a été faite par le Christ entre Dieu et l'homme, et entre les anges et les hommes, ce que dé- clara l'Ange quand, à la nativité du Christ, il chanta : « Gloire ce à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hom- « mes. » Or, c'est le Christ qui a proclamé la paix entre Dieu et les hommes, quand , après la résurrection , il a dit aux apô- tres : c( Paix à vous. » Ces choses sont figurées dans la messe : Premièrement, par quel prêtre que ce soit qui peut chanter Gloria in excelsis y en figurant ainsi l'Ange. Deuxièmement, par l'évêque , qui seul dit : ce Paix à vous , » figurant ainsi le Christ, qui, dans la personne de l'Eglise, dit aux apôtres : ce Paix à vous. » Et l'évêque, quand il célèbre solennellement, dit ces deux paroles, parce qu'il représente à la fois le Christ et l'Ange. 11 est vicaire plus particulier du Christ que le simple prêtre, parce que, lorsqu'il omet l'office de l'Ange aux époques où les cantiques d'allégresse, tels que le Te Deum laudamus et le Gloria in excelsis se taisent un peu, il omet aussi l'office du Christ, en ne disant pas : ce Paix à vous , » mais : ce Que le Sei- ce gneur soit avec vous, » comme le simple prêtre. Or, l'évê- que, qui représente le Christ et l'Ange, n'annonce pas une paix sans l'autre. Il en est de même pour Vite missa est^ qu'on ne dit qu'autant qu'on chante le Gloria in excelsis.

VIII. Le diacre ne dit pas Dominus vohiscum aux heures, parce qu'il n'est pas la figure du Christ^ qui, par la bouche de Booz, employa ce salut , comme le prêtre l'emploie en la per- sonne du Christ. Cependant, lorsqu'il lit l'évangile il dit ce salut, parce qu'alors il rempUt l'office de prédicateur , et, en

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cette qualité , annonce la doctrine promulguée par le Christ même immédiatement ; et il fait aussi ce salut en bénissant le cierge pascal , parce qu'alors il représente la résurrection du Christ. 11 y en a cependant qui disent que dans les divins of- fices qu'on est tenu de dire , on peut licitement faire ce salut, car on ne lit pas que cela soit défendu. Cette opinion est con- tredite par l'usage général de l'Eglise, puisqu'ils se reconnais- sent inférieurs aux prêtres.

ÏX. Et il est à remarquer que le peuple est salué sept fois pendant la messe , afin qu'excluant les sept péchés capitaux de son cœur, il reçoive la grâce aux sept formes; car le mystère de la messe se rapporte aux sept dons de l'Esprit saint : Pre- mièrement, au commencement même de la messe, avant la collecte. Deuxièmement, avant l'évangile. Troisièmement, après l'évangile ou après le symbole, savoir, avant l'ofFer- toire. Quatrièmement^ avant la préface, quand le prêtre dit : (c Dans tous les siècles des siècles , » et ensuite : ce Le Seigneur « soit avec vous. » Cinquièmement, avant le baiser de paix, quand il dit : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec « vous. )) Sixièmement, avant la première postcôminunion. Septièmement, quand le neume est terminé^ après la commu- nion. Par le premier salut on entend l'esprit de sagesse , parce que la science est entrée en ce monde pour nous sauver. Le second figure l'esprit d'intelligence^ parce qu'il a prêché pour nous instruire. Le troisième, c'est l'esprit de conseil : c'est par un secret dessein de Dieu que le Christ s'est soumis à la passion pour nous racheter. Le quatrième, c'est l'esprit de force, parce que, suspendu à la croix, le Christ a combattu le diable pour nous racheter. Le cinquième, c'est l'esprit de science, parce qu'étant ressuscité, il a salué ses disciples et leur a ouvert l'esprit pour qu'ils nous instruisissent. Le sixième est l'esprit de miséricorde , parce que par la seule miséricorde il a élevé au plus haut des cieux l'humaine nature pour nous exalter. Le sep- tième, c'est l'esprit de crainte , parce que les anges tremble-

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ront quand il viendra nous juger pour nous glorifier. Au reste, à chaque salut la messe prend un autre caractère , et d'une partie passe à l'autre. C'est pourquoi on met en tête de chacune de ces parties un salut; car, lorsque nous entrons pour la pre- mière fois dans une corporation d'ouvriers, nous avons cou- tume de leur donner la bien -venue [salutaire eos), et c'est d'a- près ce principe qu'il y a huit parties dans la messe. Le prêtre salue le peuple une huitième fois, comme le veulent quelques- uns, savoir, après l'offertoire et avant la secrète (secretellam) ; car, au moment où il se tourne vers le peuple pour dire Orate, fratres^ etc., il doit prononcer tout bas le Dominus vohiscum. X. Mais quoique, selon la règle ordinaire, nous présentions notre figure à ceux que nous saluons, pourtant le prêtre ne se tourne vers le peuple qu'en cinq des saints précités. Car dans le salut qui précède l'évangile il ne se tourne pas, parce qu'il s'emploie tout entier à annoncer la parole de Dieu ; il ne se tourne pas non plus en faisant le salut qui est avant la pré- face, parce que toute son attention est absorbée dans l'offrande du sacrifice ; il ne se tourne pas non plus en faisant le salut qui précède le baiser de paix, parce qu'il tient le corps du Christ entre ses mains, et qu'il a élevé son cœur vers Dieu. Et il est tout-à-fait attentif à manier ce corps divin avec révé- rence; car tout homme qui, ayant la main à la charrue, re- garde en arrière, n'est pas digne du royaume de Dieu (Extra De vo. magnœ). En outre, le cinquième salut que le prêtre fait au peuple , en disant : Dominus vohiscum , et en se tournant vers lui, symbolise les cinq apparitions du Christ à ses disciples au jour de sa résurrection. La première, à Marie-Madeleine (saint Jean , xx, et saint Mathieu, à la fin). La seconde, à la même et aux autres femmes, lorsqu'elles s'en revenaient du sépulcre, quand il leur dit : « Salut » (saint Mathieu, à la fin). La troisième, à Pierre. La quatrième, aux deux disciples qui allaient à Emmaûs. La cinquième, dans la maison aux dix dis- ciples, en l'absence de [saint] Thomas (saint Jean, xx). Mais,

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comme une de ces apparitions ne fut pas manifeste, savoir, quand il se montra d'abord à Marie-Madeleine , ou , selon les autres, à Pierre ; comme on ne sait ni quand, ni en quel en- droit, Yoilà pourquoi le prêtre, au moment de dire, avant la secrète : Orate, fratre^y dit d'abord tout bas : Dominus vohis- cum; mais il dit hautement, comme le Christ aux apôtres : Or aie, « Priez, afin de ne pas être tentés. » Il y a eu encore d'autres apparitions dont nous ne dirons rien maintenant.

Xi. Il ne faut pas omettre aussi de remarquer que le prêtre se tourne toujours vers le peuple, en appuyant sur la droite, et qu'il se retourne de la même manière vers l'autel, comme si, en agissant ainsi, il disait : a La droite du Seigneur a fait écla- « ter sa puissance ; la droite du Seigneur m'a élevé ; la droite <c du Seigneur a fait éclater sa puissance. » Secondement, c'est pour désigner que dans le sépulcre du Seigneur l'Ange était assis à droite. Troisièmement, afin que, parla, le prêtre fasse entendre qu'il a une droite et profonde intention , pour lui et pour le peuple , d'arriver à la céleste patrie , que symbo- lise le côté droit, selon cette parole du Cantique des cantiques : tt II m'embrassera avec sa main droite. » Quatrièmement, parce qu'en se tournant pour saluer le peuple , et en se retournant pour dire : « Prions, » il s'exhorte, autant lui que le peuple, à prier. Et sa prière doit être faite en vue des biens éternels, figurés par le côté droit, d'où vient qu'il est dit que le Christ est assis à la droite du Père. C'est donc à juste titre que le prêtre se tourne et se retourne du côté droit; car il porte en lui l'i- mage du Christ, qui est parfait dans les saints et les prières qui se font à droite. Mais cependant, après avoir dit : Orate, fra- treSy etc., le prêtre se retourne du côté gauche, selon cette pa- role du Psalmiste : « J'ai fait plusieurs tours , et j'ai immolé <c dans son tabernacle une hostie, etc. » Donc, lorsqu'il se prépare à consommer le sacrifice^ il fait un tour, et se tourne alors vers le côté gauche , qui est plus imparfait et plus faible, pour marquer l'imperfection de tout prêtre, le Christ seul

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excepté. C'est aussi parce qu'en disant les paroles précitées il supplie comme un homme imparfait et pécheur, et manquant du secours qu'ont les autres, à qui il demande ce secours ou le bienfait de leur prière. Deuxièmement, il se retourne encore alors à gauche, pour marquer, par ce mouvement, la tris- tesse de la passion du Christ, qu'il s'applique aussitôt à repré- senter. Or, le côté gauche figure bien la tristesse, selon cette parole de l'Apôtre : a A droite et à gauche , par la gloire et « l'ignominie, par l'infamie et la bonne renommée. » Ces tours et retours doivent se faire devant le milieu de l'autel, se- lon cette parole : ce La Sagesse lui a ouvert la bouche au milieu ce de l'assemblée, etc. » Ces mouvements nous rappellent que notre Rédempteur , selon Salomon , a brisé son corps par la charité qui y résidait [média), à cause des filles de Jérusalem. Et remarque qu'il y a des prêtres qui, après avoir dit Domi- nus vohiscum en se tournant de l'autel vers le peuple, disent ' Oremus en se tenant au milieu de l'autel, insinuant par là qu'ils sont en un lieu manifeste et où il convient au peuple de prier, c'est-à-dire au milieu de l'autel, parce que le peuple doit faire monter ses prières à Dieu du milieu de son cœur. D'au- tres, au contraire , disent Oremus au côté droit de l'autel , oii ils doivent réciter l'oraison, afin qu'ainsi, entre le symbole et la prière, aucune action ne vienne s'interposer, et afin que le symbole parte de l'endroit même où doit s'exécuter la prière, et où il convient que le peuple dirige son intention en priant.

CHAPITRE XV.

DE L'ORAISON OU COLLECTE.

I. Après avoir dit la salutation, on récite des oraisons, parce que toute notre prière, commençant par Dieu, doit se terminer à lui comme un cercle ; et c'est pourquoi la messe commence

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par une oraison et se termine par une action de grâces. C'est ici le lieu de voir qui doit dire les oraisons, comment et pour quelles personnes ou quelles choses on doit prier, ce que c'est que la prière, et quand, où et de quel côté on doit dire les orai- sons. Il nous faut parler du changement du prêtre d'une par- tie de l'autel à l'autre, d'oii vient le nom à' oraisons ^ et quelle est leur origine, comment on doit entendre leurs termes, com- ment elles se terminent, pourquoi on les appelle collectes ^ quelles sont les oraisons et en quel nombre on doit en dire , quels sont ceux qui les ont imaginées, commment le pontife ou le prêtre doit se tenir en les disant.

II. Touchant la première question, ainsi formulée ; Qui doit dire les oraisons? il est à remarquer que les prêtres , qui sont les médiateurs entre Dieu et le peuple , disent seulement celle par laquelle le peuple se met immédiatement en rapport avec Dieu. Parmi ces prières, certaines sont récitées publiquement, qui s'appliquent à tout le peuple, que le prêtre seul, comme représentant du peuple, offre à Dieu ; ce sont, par exemple, les prières et les actions de grâces. Il est certaines prières qui ont trait seulement au saint ministère , telles que les consécrations et oraisons de ce genre que le prêtre fait pour le peuple , sans cependant prier dans la personne du peuple ; et dans toutes ses prières il commence par Dominus vohiscum , afin que l'esprit du peuple s'unisse à Dieu, et parce que le peuple, dans ces prières qui se rapportent à Dieu , a pour guide et pour chef le prêtre : voilà pourquoi à la fin de chacune de ses prières le peuple donne son assentiment, en répondant : Amen^ comme cri le dira tout-à-l'heure , parce que toute oraison se termine à voix haute, lors même qu'elle serait faite en particulier.

III. On doit prier en peu de mots et non avec une grande abondance de phrases, comme on le dira bientôt (xiid., Omnia; xuii d., Sit rector.y prope fin.). D'oii vient que les Grecs prient peu et souvent, mais c'est avec larmes et le cœur pur; non en élevant la voix et jetant des cris; mais c'est avec une ferme in-

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tention et componction qu'il faut que nous soyons en présence de la divine majesté et des anges, afin que notre esprit soit à Tunisson de nos paroles, selon cette parole du Psalmiste : «Le c( Seigneur a exauce la voix de mes larmes ; » et encore : « Un (( esprit brisé de douleur est un sacrifice digne de Dieu , etc. » La prière doit aussi être dévote, car on doit supplier avec dé- votion le Créateur de toutes choses. Et pendant que le prêtre dit à voix haute l'oraison, les assistants ne doivent pas la réci- ter, mais la suivre attentivement et y répondre :Amen. Pour qui ou pourquoi doit-on prier? On dira cela dans la sixième par- tie, au chapitre du Vendredi saint. Qu'est-ce que la prière; à quelle heure et en quel lieu les Heures canoniales doivent- elles être dites, et de quel côté doit^on prier? On répondra à toutes ces questions dans la préface de la cinquième partie. Que signifie l'oraison qu'on dit avant l'épître? On le saura au chapitre où l'on parle de la manière dont s'asseoit le pontife. Or, pendant que le prêtre prie, il se tient à la droite de l'autel, selon cette parole de l'Exode : ce Aaron priera une fois l'an sur (( les cornes de l'autel , et cette expiation continuera toujours « parmi vous de race en race. » Cette position du prêtre à la droite de l'autel figure ce qui avait été prophétisé, savoir, que Dieu viendrait du côté du midi. Car le Christ a enseigné les Juifs, vers qui il avait été envoyé par son Père, parce que le ' côté droit figure les Juifs et le côté gauche les Gentils ; et comme l'allégresse est symbolisée par la droite , et la tristesse par la ( gauche , voilà pourquoi le prêtre va d'abord au côté droit de l'autel, pour montrer la joie que causa au monde la naissance du Seigneur. Ensuite , quand il va dire l'évangile il se tourne du côté gauche, pour marquer la tristesse de la passion. Mais il revient encore à droite, pour annoncer la joie de la résurrec- tion ; on parlera autrement de cela au chapitre du Changement de Place du prêtre. Et quand le pontife romain va prier, il se rend à son siège, élevé derrière l'autel ; et pour ce qui est d'un autre évêque, il monte au coin de l'autel, et, s'y tenant debout,

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prononce la collecte^ qu'il lit dans le livre ouvert ; et ensuite il ^a s'asseoir, parce que, comme l'atteste l'évangéliste , Jésus itaiit venu à Nazareth, où il avait été élevé, il entra, selon sa

outume, le jour du sabbat, dans la synagogue , et il se leva

pour lire. On lui présenta le livre du prophète Isaïe, et, l'ayant 3uvert, il trouva le lieu où ces paroles étaient écrites : « L'es- c( prit du Seigneur s'est reposé sur moi; c'est pourquoi il m'a c( consacré par son onction ; » et, ayant fermé le livre , il le rendit au ministre et s'assit. Le pcntife, s'étant assis à côté de ['autel, y demeure jusqu'à ce qu'on chante l'offertoire, comme 3n l'a dit au chapitre qui a pour titre : Comment l'Evêque ou ie Prêtre et ses Ministres doivent se tenir devant l'autel.

IV. Voyons maintenant, en poursuivant, d'où l'oraison tire îon nom, et d'où les oraisons ont pris leur source. Oraison vient ie orare, prier ; en effet, c'est par la prière que le peuple de- mande les biens du corps et de l'ame. Car, quoique Dieu sache

e dont nous avons besoin, nous devons cependant prier, comme

3n le dira à l'article de l'Oraison dominicale; or, le prêtre prie pour les bons, afin de les inviter à s'approcher de Dieu, et pour [es méchants, afin qu'ils s'éloignent de sa face. Dans l' Apoca- lypse, les prières sont désignées par la fumée des parfums qui monta des mains de l'Ange en la présence du Seigneur. Le Christ vraiment fait homme s'est livré pour nous à la passion, en disant : « Tu n'as point demandé d'holocauste ni de sacri- (c fice pour le péché, et j'ai dit alors : Me voici, je viens. » Le Christ priait toujours pour nous , parce que, selon l'Apôtre, (( il a été exaucé en toutes choses, à cause de son humble res- « pect pour son Père. »

V. Voyons comment on doit entendre les termes des prières. Or, ce que disent certains livres peut servir à cette intelli- gence ; et la prière , qui s'adresse au Saint par excellence , et qui est toute à sa gloire et à son honneur, a pour objet de le faire glorifier de plus en plus par les infidèles , et de le faire honorer par eux sur la terre (Extra De celeh. mis. cum Mar-

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thœ^ prope fin.). El, comme les saints sont parfaitement heu- reux, et que tout, dans les cieux, se rend à leur désir, ils n'ont pas besoin que nous priions pour eux. Ce serait même faire in- jure à un martyr que de prier pour lui, quoique plusieurs au- teurs pensent que la gloire des saints peut, par ces prières, être accrue jusqu'au jour du jugement; et c'est pourquoi l'on sou- haite, à juste titre, que l'Eglise s'efforce d'augmenter leur gloire. En ajoutant, à la fin de l'oraison, la formule : « Par « notre Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu, » on marque ce que le Christ lui-môme dit dans l'Evangile : « Quoi que vous « demandiez à mon Père en mon nom, cela vous sera ac- « cordé. » Le prôire prie Dieu le Père, afin que, par son Fils, qui est également notre Seigneur, comme son Père, sa prière soit exaucée.

VI. C'est pourquoi toute prière, en général, est adressée au Père et se termine au nom du Fils. Nous ne pouvons, en effet, arriver aux bienfaits éternels de Dieu par une voie autre que lui, qui est le médiateur de Dieu et des hommes, homme lui-même. Christ Jésus (x d., Quoniam) ; de même que, par le moyen d'un cristal, on met le feu à un combustible placé loin du soleil (a). Cet usage de terminer les oraisons en invoquant le nom du Christ est pris de l'épître aux Romains, oii il est dit : « Nous nous glorifierons en Dieu par notre Seigneur Jésus- ce Christ. » Le Christ a dit : « Personne ne vient à mon Père (( que par moi. » Et ailleurs : a Si vous demandez quelque (c chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. »

VII. Et remarque que Jésus est proprement le nom du (Christ, comme on l'a dit dans la préface de la seconde partie. Ce qui

(a) Sicut per mediantem crystallura mittitur ignis in escam superpositam a sole longinquo. — Allusion au miroir ardent d'Arohimèdc, et dont cet homme illustre se servit pour détruire successivement la flotte des Romains. Les expé- riences de Bufîon ont rendu à cette découverte, dans le XVIIle siècle, tout l'honneur qu'elle méritait et la croyance qui lui était refusée. Il paraîtrait qu'au XlIIe siècle on avait renouvelé la découverte d'Archimède ; mais l'appliquait- on à la guerre ? c'est ce que nous ignorons jusqu'à présent.

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[lit, c'est-à-dire la formule : (c Qui vit et règne avec toi dans

l'unité de l'Esprit saint, etc., » peut s'interpréter ainsi :

Dans l'unité de l'Esprit saint , » c'est-à-dire qui ne forme

u'un avec l'Esprit saint, car le Père, le Fils et l'Esprit saint

Dnt un ; ou : « Dans l'unité de l'Esprit saint, » c'est-à-dire dans

Esprit saint, qui est l'union du Père et du Fils , l'amour et la

onnexion de l'un et de l'autre. On peut encore expliquer de

i manière suivante les paroles précitées : «Par notre Seigneur

Jésus-Christ, etc., » en leur donnant ce sens : « Père!

exauce-nous par ton Fils , qui le veut et le peut ; il le veut,

parce qu'il a la vie ; il le peut, parce qu'il est roi ; il vit, dis-je,

et règne avec toi dans l'unité de l'Esprit saint, et il vit et

règne non comme un tyran plein de l'esprit d'iniquité, mais

il vit et règne comme un Dieu plein de l'esprit de bonté. »

e qui suit : « Dans tous les siècles des siècles , » peut s'en-

îiidre , ou bien consécutivement, ou bien personnellement

onsecutive , vel antonomastice ) ; consécutivement , comme

les générations des générations, » et comme si le prêtre di-

lit : « Dans tous les siècles des siècles qui se succéderont l'un

à l'autre. »

VIII. On dit, en effet, les siècles [seculâ], parce qu'ils suivent juia sequuntur)y car lorsque l'un finit, l'autre suit. On em- loie cette formule personnellement , comme dans le Cantique es cantiques , et en voici le sens : ce De même qu'avant tous

les siècles le Fils, avec le Père, dans l'unité de l'Esprit saint, vit et a vécu dans la divinité , ainsi il vit à présent et dans l'avenir, où les justes habiteront éternellement avec les an- ges, et les méchants seront torturés avec les diables. » On roit également qu'il vit avec le Père et l'Esprit saint, et que îur union, qui est sans bornes, n'aura jamais de fin.

IX. Suit : Amen, qui est un terme de souhait ou d'affirma- on , qui montre le désir ou le consentement , comme on l'a it ci-devant. En effet, le peuple donne son assentiment aux aroles du prêtre, qui vient de dire : ce Dans tous les siècles

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« des siècles. » Il donne son assentiment à ces mots, parce que le siècle a été créé par le Christ. D'où vient qu'à la fin des psaumes oii nous disons : Fiat^ ftat^ l'hébreu dit : Amen^ amen* Et le Christ, dans l'Evangile^ dit souvent : Amen y amen^ ou : « Je vous le dis^ en vérité. » Cette formule se rapporte donc bien à la forme de l'oraison pour qu'il arrive ce qu'on demande; ou bien elle est une sorte de conclusion, pour affirmer ce qui vient d'être dit : par exemple, quand le prêtre dit, en priant : (c Accorde-nous, nous t'en supplions^ Seigneur, le salut de c( l'ame et du corps, » le peuple répond : Amen, c'est-à-dire ; « Que cela arrive, fiât ; » et quand le prêtre conclut en ces termes : « Qui avec toi vit et règne dans l'unité de l'Esprit « saint, étant Dieu. Dans tous les siècles des siècles, » le peu-: pie répond avec affirmation : Amen, c'est-à-dire : « C'est vrai. y> Amen, c'est vérité; et dans l'Apocalypse, Jean, ce témoin fidèle, dit Amen dans ce sens. On a parlé de cela dans le pr^] cèdent Traité.

X. Pour ce qui est de la terminaison des collectes , il est à remarquer qu'on y adresse quelquefois la parole au Père, quelquefois au Fils, quelquefois à l'Esprit saint, et parfois à toute la Trinité. Si l'on adresse la parole au Père seul, sans faire mention du Fils ni de l'Eprit saint , alors on dira en ter- minant : c( Par notre Seigneur Jésus-Christ, ton Fils, qui avec « toi vit et règne dans l'unité de l'Esprit saint, étant Dieu. (( Dans tous les siècles des siècles, » sans dire « par le même » et « du même » [jper eumdem et ejusdem), comme dans cette oraison : Protector in te sperantium^ etc. Mais si l'on fait men- tion du F'ûs ou de TEsprit saint, on place cette mention soit avant la fin ou à la fin de l'oraison. Si, par contraire , on s'a- dresse au Père, en faisant mention du Fils avant de terminer, alors on dit à la fin : Per eumdem Dominum nostrum^ etc.,| comme dans cette oraison : Deus^qui deheatœMariœvirginis^^ etc. Si c'est à la fin, alors on ajoute immédiatement : qui te^ cum^ sans j5er eumdem et ejusdem^ comme dans cette collecte

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de saint Etienne : Omnipotens sèmpiterne Deus , qui primitias martyrum , et dans cette autre : Deiis qui salutis œternœ; ou Dominum nostrum Jesum ChristurUy sans per^ comme dans cette collecte : Deus, qui nos redemptione , que l'on dit la veille de Noël, et dans cette autre : Illumina quœsiimus^ que l'on dit le jour de l'Epiphanie; ou Jésus Christus Dominus noster, comme dans celle-ci : Deus, qui ad œternam, que l'on dit dans la troisième férié après Pâques, et dans cette secrète : Ipsi tihi^ du Jeudi saint [in Cœna Domini). Et si, dans l'oraison qu'on adresse au Père, il est fait mention de l'Esprit saint, on dit en terminant : Per Dominum nostrum^ en ajoutant alors in uni- tate ejusdem Spiritus sancti Deus, comme dans celle-ci : Deus qui corda fdelium, et dans cette autre : Adsit nohiSy quœsumus^ virtus Spiritus sancti ^ etc. Que si l'on fait mention de l'Esprit saint et ensuite du Fils, alors on ajoute à la fin, immédiate- ment, qui tecum, comme dans cette oraison : Mentes nostras quœsumus Domine Parade tus, et dans celle-ci : Ure igné , etc. Encore, quand nous adressons la parole au Père pour le prier de nous donner l'esprit de vie ou tout autre don, nous disons alors : Per Dominum, sans per eumdem ou ejusdem ^ comme dans cette oraison que l'on dit à la bénédiction des cendres : Deus^qui humiliatione , etc., et dans cette autre : Omnipotens sèmpiterne DeuSy respice, etc. Mais, si Ton adresse la parole au Fils, comme dans cette prière : Excita, Domine, potentiam tuam, et veni, et semblablement dans les autres collectes de r Avent , et dans celle-ci : Deus , qui virginalem aulam _, alors on dit en terminant : Qui vivis et régnas cum Deo Pâtre in unitate Spiritus sancti Deus, etc. Et si l'on y fait mention du Père, alors on dit : Qui cum Deo Pâtre, etc., comme dans cette oraison du canon : Domine Jesu Christe, Fili Dei, etc. Et si la parole s'adresse à l'Esprit saint, il y en a qui disent qu'alors on prononce en terminant cette fornmle : Qui cum Pâtre et I Filio vivit, et régnât Deus, etc.

XI. Mais, cependant, toute prière s'adresse au Père ou au

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Fils, et aucune n'est adressée a l'Esprit saint, parce que ce der- nier est le don, et qu'on ne demande pas un don au don , mais plutôt à celui qui peut accorder ce don ; on le demande donc au Père et au Fils, et c'est à eux qu'on adresse la parole^ comme aux donateurs, et non à l'Esprit saint, qui est le don, et qui procède également de l'un et de l'autre. Mais, si on adresse la parole à toute la Trinité, alors on dit en terminant : Per Do- minumy sans 'per eumdem ou ejusdem, comme dans cette orai- son du canon : Suscipe^sancta Trinitas, et dans cette autre, que l'on dit à la fin de la messe : Placeat tihi sancta Trinitas ^ où l'on emploie la formule : Per Christum Dominum noslrum, pour abréger. De même , dans la prière qu'on adresse à Dieu le Père, il en sera fait mention , comme dans celle-ci : Omni- potens sempiterne Deus^ qui dedisti famulis tuis; il y en a qui disent alors : Qui vivis et régnas Deus, per omnia secuîa secu- lorum. D'autres, par contraire, comprenant que cette prière môme s'adresse à Dieu le Fils, disent alors : Qui vivis et régnas in unitale Spiritus sancti Deus, per omnia secula seculorum^ et dans cette oraison : Fidelium Deus omnium conditor; car la Trinité tout entière est créateur et rédempteur, quoique le Christ soit, à proprement parler, le rédempteur. On peut aussi dire que la prière qu'on adresse à la Trinité se termine sans distinction de personnes; exemple : Qui vivis et régnas Deus per omnia secula seculorum. Que celui qui prie s'applique la prière ou la dise pour le peuple la Trinité daignera lui accor- der ce qu'il demande, et ainsi encore les prières sont accompa- gnées de bénédictions. Dans la prière oii l'on adresse la parole au chef ( caput ) de l'Eglise , il semble qu'on doit s'exprimer ainsi : Qui vivis et régnas^ puisque le Christ est le chef de l'E- glise (Extra De sacra unct., cap. i); mais il n'en est pas ainsi, car la Trinité tout entière est le chef de l'Eglise ; c'est pour- quoi l'on doit dire : Per Dominum noslrum.

XII. Dans les exorcismes pour chasser le démon, on se sert d'une autre formule, car, en bénissant l'eau, on dit : ce Par

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(( Celui qui doit venir juger les vivants et les morts, et le « monde par le feu. » De même, dans les instructions préli- minaires [in catechismis) , on dit aussi : Qui venturus est ^ etc. Et aussitôt que le diable entend dire que le Christ doit venir juger le siècle par le feu, il s'enfuit, redoutant le juge- ment du feu, parce qu'il sait qu'il doit être précipité dans le feu éternel après le dernier jugement. C'est pour la même rai- son que maître Gilbert dit qu'aux obsèques des morts les orai- sons doivent se terminer de la même façon; cependant l'usage général de l'Eglise est de dire : Per Dominum nostrum^ etc. Pourtant, dans cette oraison : Fidelium Deus omnium con- ditor, etc., on doit dire : Qui vivis et régnas ^ etc., comme on l'a indiqué ci-devant. Et remarque que les oraisons à laudes , à la 'messe et aux vêpres sont dites sur un ton uni- forme et plus solennel , parce que ces heures sont célébrées dans l'Eglise avec plus de solennité et d'allégresse. Aux autres heures et offices on observe un ton moins solennel, tant parce qu'on les dit moins solennellement que parce qu'on peut leur donner une autre signification. Mais, quoique dans toutes les prières ^ excepté dans celles qui servent aiix exorcis- mes , on dise d'abord : Oremus, cependant on ne dit pas tou- jours avant : Dominus vahiscum^ comme on l'a fait observer dans le chapitre précédent.

XIII. Il reste à voir pourquoi l'on appelle collectes les orai- sons qu'on dit au commencement de la messe. C'est parce que le prêtre, qui remplit auprès de Dieu les fonctions de délégué du peuple, en faisant ces prières, réunit [colligit) en une seule toutes les demandes et en fait un faisceau pour les offrir au Seigneur. Cependant on appelle ces prières proprement col- lectes , parce qu'elles sont dites pour le peuple assemblé [col- lectum) y soit dans les processions, ou lorsqu'on réunit le peu- ple [colligitur) pour faire une station , pour aller d'une église à un autel (uv dist., Quoniam de consec; dist. v, Convenit). Car, dans une ville , toute église dite de station a une autre église Tome IT. 7

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dans son voisinage où l'on réunit [colligitur] le peuple au jour de la station, et oii l'on dit la collecte [collecta) sur ce peuple assemblé (collectum), et de là tous se rendent ensemble à l'é- glise où a lieu la station. D'où vient qu'au Concile d'Agde (De cons., dist. v^ Convenity in fine) il fut dit que le peuple rassem- blé [collecta) pour prier à vêpres serait congédié par l'évêque avec sa bénédiction. Cet usagé est pris du Lévitique^ où la Sce- nopegia [b) , qui est la dernière des fêtes de l'ancienne loi , est appelée collecte, parce qu'elle avait lieu lorsqu'on cueillait [collectione) les fruits; et elle figurait la récolte [collectam) future de nos œuvres, alors qu'on dira : « Voici l'homme et (( toutes ses œuvres avec lui. »

XIV. Les collectes ont eu divers, auteurs ; le nombre et la variété de ces oraisons s'accroissaient tellement chaque jour, que le VIII° concile d'Afrique statua qu'on ne dirait aucunes prières^ oraisons, messes, préfaces, recommandations ou impositions des mains, que celles qui auraient été approuvées par le concile. Et l'on dit que le pape Gélase mit en vigueur les prières composées tant par lui que par ses prédécesseurs. Le bienheureux Grégoire, ayant retranché celles qui lui parais-' saient trop longues ou inconvenantes , rassembla en un seul corps celles qui étaient selon les règles de la raison, en y ajoutant beaucoup de choses convenables et non moins néces- saires.

XV. Mais il y en a qui, dépassant la forme et le nombre des prières, les multiplient tellement, qu'elles n'inspirent à ceux qui les entendent qu'ennui et fatigue ; ils croient donc que Dieu et l'homme peuvent être apaisés par la multitude des pa- roles, comme on l'a dit ci-devant [De consec, dist. v^ Non me- diocriter) , tandis qu'au contraire Isaïe dit : « Lorsque vous « multiplierez vos prières , je ne vous écouterai point. » Et le

(6) De (jx-Tivri, lente, et de Tcr/yv^w, assembler; c'était la fête des Tabernacles chez les Juifs.

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Seigneur dit dans l'Evangile : « N'affectez pas de parler beau- ce coup dans vos prières , comme les païens , qui s'imaginent « que c'est par la multitude des paroles qu'ils méritent d'être (( exaucés. » Et les apôtres lui ayant dit : c( Seigneur, apprends- (( nous à prier ^ » il leur enseigna cette courte prière : Vaier noster, etc. Donc^ en restant fidèles à cette manière de prier, les prêtres ne disent pas plus de sept oraisons dans le cours de la messe. Le Christ, en effet, comme on le dira à l'article du PaieVy a réuni dans les sept demandes de cette prière les choses qui sont nécessaires pour le corps et pour l'ame. Et, comme Dieu aime le nombre impair, quelques-uns observent que l'on dit un nombre impair d'oraisons pendant la messe, ou une seule ^ de même qu'on dit une seule épître et un seul évangile, et le nombre ordinaire des oraisons est de trois, cinq sept. Un, pour marquer l'unité de la foi ou le mystère d'un seul Dieu. Trois signifie le mystère de la Trinité, et que le Christ a prié trois fois pendant sa passion, en disant : « Père, (( si cela peut se faire , que ce calice s'éloigne de moi. » Cinq est la figure des cinq plaies du Christ , ou les cinq par- ties de sa passion. Sept marque l'esprit de grâce aux sept for- mes, ou les sept dons de l'Esprit saint. Dieu déteste la divi- sion et le désaccord. D'où vient qu'ayant béni ses œuvres de tous les jours de la création^ on ne lit pas qu'il ait béni celles du deuxième, parce que le nombre deux s'éloignait de l'unité, et que c'est de lui que la division des autres nombres tire son origine; le nombre impair est pur (XXXII, q. i, Nuptiœ). XYI. Et remarque que dans les plus grandes fêtes on dit une seule collecte, à moins que par hasard une autre fête se rencontre le même jour. Il faut aussi savoir qu'on doit dire autant de collectes et dans le même ordre à la secrète qu'a- près la communion , qu'on en a dit avant l'épître , au com- mencement de la messe , ni plus ni moins ; car la fin doit se rapporter à son principe , et les collectes d'après la commu- nion à celles qui ont précédé la secrète. Il faut prendre garde

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aussi de ne pas faire entrer la secrète pour les morts dans la messe qu'on dit pour les vivants. Il ne faut pas la dire à la fin, mais presque à la fin ou avant la fin, parce que la fin doit retourner à son principe (De comec, dist. i, Episcopm). On doit toujours faire mémoire des morts, comme on le dira à l'article de la dixième partie de la secrète , au mot Mémento etiarriy Domine^ etc., parce qu'on a besoin du secours des vi- vants et des saints qui vivent de la vie glorieuse, en l'honneur desquels l'on célèbre le divin sacrifice. Mais dans la messe pour les défunts on ne doit pas introduire la collecte pour les vivants, quoiqu'il y en ait qui disent que la collecte Deus qui vivorum dominaris ^ etc., est commune aux vivants et aux morts. [Saint] Augustin Ta composéepour marquer que les dé- funts ne peuvent aider ceux qui vivent en ce monde, ni implo- rer pour eux la vie éternelle, quoiqu'ils puissent s'aider les uns les autres. Cependant on peut, dans la messe pour les défunts, comme certains auteurs le disent , insérer une avant-dernière collecte des saints, et réciproquement. Le pape Innocent I" composa quatre collectes pour le mois de septembre. Inno- cent III est auteur de celle-ci : A cunctis nos^ quœsumuSy Do- mine , mentis et corporis défende^ etc.

XVII. Dans l'église deLatran jamais on ne dit d'oraison ; seulement à la messe et dans toutes les heures canoniales , au lieu d'oraison on prononce à voix haute l'oraison dominicale, qui fut la première prière du Nouveau -Testament. Dans la primitive Eglise on en agissait de même.

XVIII. Le pontife ou le prêtre, lorsqu'il commence à prier ou à dire une oraison élève ses mains et les étend, selon cette parole de saint Paul aux Hébreux , chapitre xii : « Elevez vos « mains que vous teniez baissées , et affermissez vos genoux (( chancelants ; » et dans beaucoup d'églises les assistants sou- tiennent les mains élevées du pontife romain , et aussi celles des autres évêques. Cette élévation des mains tire son origine de l'ancienne loi. On lit, en effet, dans l'Exode, chapitre xvi

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et ( XXXVI dist.. Si qiiis) que pendant qu'Israël combattait contre Amalech dans le désert. Moïse monta sur le sommet d'une colline, et lorsqu'il levait les mains Israël était vain- queur, tandis que quand il les laissait aller quelque peu Ama- lech faisait plier le peuple de Dieu. Mais Aaron et Hur se mirent des deux côtés pour lui soutenir 4es mains. On lit aussi dans le troisième livre des Rois , chapitre viii , que Salomon se tint debout devant l'autel du Seigneur, en présence de toute l'assemblée d'Israël, et qu'il étendit ses mains vers le ciel en priant pour le peuple ; et dans la Genèse , chapitre iv : « Je (( lève ma main vers le Seigneur Dieu Très-Haut. » Cette élé- vation des mains représente le Christ montant au ciel, les mains étendues. Ou bien encore le prêtre élève ses mains comme le Sauveur attaché à la croix. D'où vient qu'on lit : <c Que l'élévation de mes mains te soit agréable comme le sa- (( crifice du soir. » Le prêtre étend encore ses mains, parce que le Christ, après avoir étendu les siennes sur la croix, pria pour ses bourreaux, en disant : « Mon Père, pardonne-leur, parce « qu'ils ne savent ce qu'ils font. » Le prêtre fait ainsi com- prendre, dans le sens moral , que le Christ est toujours prêt à ouvrir ses bras au repentir , selon cette parole et cette pro- messe de lui : « Je ne jetterai point dehors tout homme qui « vient à moi. » Cependant certains hérétiques perfides tour- nent en dérision cette extension des mains, se fondant sur cette parole d'Isaïe : et Lorsque vous étendrez vos mains vers moi, c( je détournerai mes yeux de vous. »

CHAPITRE XVI.

DE L'ÉPITRE.

L L'oraison finie, on dit l'épître, qui signifie la doctrine des apôtres ; et c'est avec convenance qu'elle est précédée d'une

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oraison, parce qu'on lit en [saint] Luc, chapitre x : a Priez a le maître de la moisson d'envoyer ses ouvriers pour couper (( son blé. » Epistola\ienidu grec, et veut dire en latin ajout ou surérogation ; ce mot se compose d'èm, sur, dessus, et de oo).ov, mission, envoi. L'épître, en efïet, a été mise par les apô- tres en surplus de la Ipi de Moïse , en surplus du Psalmiste et des Prophètes^ en surplus de l'Evangile, comme les prophéties étaient en surplus de la loi. D'où vient que les lettres qu'échan- gent deux personnes de l'une à l'autre et qu'elles s'envoient sont nommées épîtres, comme qui dirait surmises ou mises sur, ou ajout, addition, supplément à ce que le messager dit de vive voix, comme l'Apôtre, quand il dit aux Ephésiens, aux Corinthiens et autres fidèles qu'il leur envoyait des épîtres.

II. Selon maître Pierre d'Auxerre, on doit lire l'épître à droite dans l'église , parce que le Christ est d'abord venu aux Juifs, qu'on désignait par le côté droit. Cependant il est mieux de faire cette lecture au milieu de l'église , parce que [saint] Jean-Baptiste sépara les apôtres des prophètes, comme on le dira bientôt. On dit aussi l'épître dans un lieu bas et après l'avoir posée sur un drap, dont on parlera à l'article de l'Evan- gile.

III. On dit l'épître avant l'évangile, parce que l'épître dé- signe la mission que remplit Jean avant le Christ , en mar- chant devant le Seigneur pour lui préparer les voies , comme lui-même l'atteste : « Je suis la voix de celui qui crie dans le « désert : Préparez la voie du Seigneur. » Donc Jean est en quelque sorte le sous-diacre et l'assistant de Celui qui a dit de lui-même : ce Je ne suis pas venu pour être servi. » Or, de même que la prédication de Jean a précédé celle du Christ , ainsi l'épître précède l'évangile. L'épître est encore la figure de la loi et des prophètes, qui précédèrent l'avènement du Christ, comme elle-même précède l'évangile. La loi a précédé l'Evangile comme l'ombre la lumière , comme la crainte Ta- mour, et comme le commencement la fin.

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IV. Un seul acolyte accompagne le sous-diacre quand il va lire l'épître , parce que peu d'hommes suivirent la prédication de Jean, parce que la loi ne conduit personne à la perfection. Au contraire, les sous-diacres, les acolytes et autres accom- pagnent le diacre qui va lire l'évangile, parce qu'un grand nombre d'hommes ont reçu la prédication de l'Evangile, qui enfante la perfection. On peut encore dire que la marche du sous-diacre et du diacre, lorsqu'ils vont lire, signifie la dou- ble manifestation du Christ par son double avènement , dont le premier n'a eu qu'un seul précurseur, savoir, Jean, figuré par le sous-diacre qui précède le diacre quand il va pour lire l'évangile. Dans le second avènement, il aura deux précur- seurs , savoir, Enoch et Elie , ce que figure le diacre précédé de deux ou plusieurs clercs quand il va lire l'évangile.

V. Celui qui lit l'épître doit avoir le visage tourné en face de l'autel, symbole du Christ, parce que la prédication de Jean le conduisait, lui et les autres, au-devant du Christ, de la face duquel procèdent le jugement et l'équité (Extra De eccl. hen. ut nostrum). Celui qui précède le sous-diacre quand il va lire l'épître ne tourne pas sa figure du côté du lecteur, parce que Jean ne se tournait pas vers ses auditeurs , mais plu- tôt vers le Christ ; tandis que ceux qui précédent le diacre allant lire l'évangile se tournent vers l'évangile et regardent le visage de celui qui le lit : Premièrement, pour que, par leurs mutuels regards , ils fassent connaître l'amour et la charité du Christ que l'évangile annonce. Deuxièmement, c'est pour mon- trer qu'ils sont tous ensemble les témoins de la doctrine évan- gélique, comme on le lit dans Isaïe : « Vous êtes témoins de (( ce que je dis , » dit le Seigneur. Et Jean fut la limite placée entre l'Ancien et le Nouveau-Testament ; il est au milieu , en- tre les apôtres et les prophètes. Car la loi et les prophètes vien- nent jusqu'à Jean , et à partir de lui le royaume de Dieu a été évangélisé. C'est pourquoi l'épître n'est pas toujours tirée des prophètes ou des apôtres , mais parfois prise de l'Ancien-Tes-

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tament et parfois du Nouveau. Or, Jean, dont l'épître figure la voix, a prédit avec les anciens la venue du Christ, quand il a dit : « Celui qui doit venir après moi m'a été préféré; » et il a montré le Christ présent avec les modernes, en disant ; (c Voici l'Agneau de Dieu qui porte les péchés du monde. » Donc, parfois l'épître est tirée des apôtres, parce^que, quoi- que leur enseignement n'ait pas précédé l'évangile, cependant il se rapporte à la vie éternelle, comme la loi et les prophéties ; et parfois l'épître se tire de l'Ancien -Testament, rarement pourtant, parce que le voile du temple fut déchiré et qu'on ne doit pas mettre de rideau devant les yeux. Cependant l'épître ne se prend pas dans les cinq livres de Moïse , parce qu'ils ne contiennent que des promesses temporelles ; en signe de quoi les leçons qu'on leur emprunte se terminent par un chant grave, comme on le dira bientôt.

VI. Il faut considérer que, quand la leçon [lectio) ou l'épître est prise des livres de Moïse ou de Salomon , on prononce leur nom , comme on le dira dans la préface de la sixième partie. Dans les épîtres qui sont tirées des Prophètes , des Actes des apôtres ou de l'Apocalypse, on dit au commencement cette oraison : In diebus illis ^ et à la fm : Ait Dominus omnipotens^ parce qu'on rencontre souvent ces formules dans ces livres. Pour la même raison on dit dans les épîtres de [saint] Jacques et de [saint] Pierre : Charissimi , et dans les épîtres de [saint] Paul : Fratres et In Christo Jesu Domino nostro. Cependant, dans l'épître aux Hébreux il y en a qui disent qu'on ne doit pas mettre cette formule : Fratres, parce que l'Apôtre était suspect aux Hébreux ; mais il est mieux de s'en servir, parce qu'il y en avait de bons parmi eux , que Paul lui-même appelle frères dans un endroit de la même épître. Pour la même rai- son précitée, on dit avant l'évangile : In illo tempore. Cepen- dant, à proprement parler, aucune épître n'est tirée de l' An- cien-Testament ; mais ces dernières reçoivent le nom de leçons [lectiones). Enfin, quoique dans les épîtres tirées de l'Apoca-

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lypse on dise : Lectio libri Apocalypsis beati Joannis apos- toliy cependant dans certaines églises on ne dit pas ce mot : beati... apostoli; car on sait avec certitude qu'entre tous les apôtres le bienheureux Jean fut principalement chéri par le Christ. Et l'amour de Dieu nous rend bons, car, « heureux (( celui que tu as choisi et pris à ton service. » Donc, à cause de cette considération , il est superflu de lui donner le titre de saint comme aux autres bienheureux , ce qui serait en quelque sorte porter de la lumière au soleil (YI, q. i, cap. Omnia), puisque Dieu, dans son amour. Fa évidemment distingué des autres , et lui a ainsi décerné de sa main un titre patent de sainteté.

VII. Au reste, personne ne doit lire solennellement Fépître dans l'église s'il n'est pas sous-diacre ; si l'on n'avait pas de sous-diacre, ce serait au diacre à la lire, comme nous l'avons dit dans la seconde partie , au chapitre du Sous-Diacre et du Dia- cre. En l'absence du diacre, c'est au prêtre à lire l'épître : car il est mieux que le prêtre , même quand il chante la messe, lise l'épître que de confier ce soin à un acolyte ou à un autre clerc d'un ordre inférieur. Sur quoi il faut remarquer qu'on instruit le peuple par la parole de Dieu , laquelle est transmise de Dieu par la bouche de ses ministres au peuple ; et voilà pourquoi ce qui a rapport à l'instruction du peuple n'est pas l'office du prêtre, mais de ses assistants.

VIII. Le ministère de la parole de Dieu est triple. C'est , en premier lieu, un ministère d'autorité, et il appartient au Christ, qui est appelé ministre dans l'évangile (S. Math., chap. vu) : «Il les instruisait comme ayant autorité. » Deuxièmement, c'est un ministère de manifeste vérité , et il appartient aux prédicateurs du Nouveau-Testament. Il en est parlé dans la deuxième épître aux Corinthiens, chapitre m, en ces termes: « C'est le Christ aussi qui nous a rendus capables d'être les (( ministres de la nouvelle alliance. » Troisièmement, c'est un ministère figuratif, et il appartient aux prédicateurs de

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rAncicn-Tcstamont ; voilà pourquoi le diacre propose rensei- gnement du Christ. Pour l'enseignement des prédicateurs de l'Ancien -Testament, il est exposé par les sous-diacres. Et rien ne s'oppose à ce que quelquefois ils lisent, au lieu de l'épître, quelque chose de l' Ancien-Testament , parce que les prédica- teurs du Nouveau-Testament prêchent aussi l'Ancien. Mais on ne lit pas toujours la doctrine des prédicateurs del'Ancien- Testament, et cette lecture n'a lieu qu'aux jours où l'on indi- que la ressemblance qui existe entre le Nouveau et l'Ancien- Testament, comme aux jeûnes des Quatre-Temps, et lorsqu'on célèbre quelque objet dont la figure est dans l' Ancien-Testa- ment, comme la passion du Christ , sa nativité, son baptême et autre événement de ce genre. Et parce que cet enseigne- ment partage en deux classes ceux qui allaient devant le Christ et ceux qui le suivaient , voilà pourquoi l'enseignement du Christ ne vient qu'après et comme à la fin de la marche. Lors- ^ qu'on dit l'épître , nous ne fléchissons pas les genoux , parce qu'il se rapporte au Nouveau-Testament ; mais nous nous as- seyons, parce que la doctrine doit être écoutée dans le silence et le repos.

IX. La coutume de s'asseoir vient de l' Ancien-Testament , comme on le lit dans E^dras. Cependant les chevaliers ont la coutume de se tenir debout pendant la lecture des épîtres de [saint] Paul , pour lui faire honneur, parce qu'il fut un guer- rier ( et c'est pour figurer son premier état qu'on le représente une épée à la main), ou parce qu'il a donné le nom d'évan- gile à sa prédication. Et sachez qu'on ne lit jamais d'épître de [saint] Paul pendant le Carême , excepté le Jeudi saint , parce que ce jour a rapport au Nouveau-Testament.

X. On ne sait pas très-bien quel est celui qui le premier a établi qu'on devrait lire les épîtres et les évangiles avant le saint sacrifice. On croit pourtant que ce sont les premiers suc- cesseurs des apôtres, parce que cet usage est indiqué chez eux.

XL On demande pourquoi nous finissons la lecture des pro-

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phéties en laissant tomber la voix plus bas^ tandis que nous terminons l'évangile et l'épître en élevant la voix? Je réponds que c'est parce que , par les prophéties contenues dans FAn- cien-Testament, on représente la synagogue qui s'inclina et tomba ^ et voilà pourquoi on finit de lire les prophètes en bais- sant la voix et en la laissant en quelque sorte tomber. C'est aussi pour cette raison que Ton représente la synagogue s'ap- puyant sur un étendard dont la lance est brisée. Mais l'évan- gile et l'épître représentent l'Eglise militante, qui a été exaltée, et c'est pourquoi on termine à voix haute l'épître et l'évangile. En outre , dans l'Ancien-Testament il n'y a que des promesses temporelles et caduques, et c'est pour les figurer qu'on finit les leçons d'une voix basse ; tandis que dans le Nouveau-Tes- tament les promesses sont spirituelles et éternelles : pour les symboliser, on termine d'une voix haute l'évangile et l'épître. Cependant on termine sur un ton élevé certaines leçons tirées de l'Ancien-Testament, qu'on lit souvent à la messe pour rem- placer les épîtres , et on les lit sur le même ton que l'épître , parce qu'alors elles en tiennent lieu ; et cela est convenable , parce qu'elles doivent reproduire le nom et la forme de l'é- pître.

CHAPITRE XVII.

DE LA REVERENCE QUE L'ON DOIT FAIRE APRES LA LECTURE

DE L'épître.

I. Après la lecture de l'épître ;, le sous-diacre, accompagné d'un acolyte, s'avance vers le prêtre, pour faire entendre (saint Math., chap. ii) que quand Jean eut appris , dans son cachot, les miracles opérés par le Christ^ il lui envoya deux de ses disciples qui ne croyaient pas que le Christ fût le Messie, pour lui adresser cette question : c( Es-tu celui qui doit venir, ou

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« devons-nous en attendre un autre? Et Jésus leur répondit : « Allez raconter à Jean ce que vous avez entendu et ce que « vous avez vu : les aveugles voient^ les boiteux marchent, (( les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts res- « suscitent, l'Evangile est annoncé aux pauvres, » comme on le dira dans la sixième partie, à l'article du Troisième Diman- che de l'Avent. Et, ayant vu les miracles opérés parle Christ, ils connurent qu'il était Celui que leur maître avait prédit en ces termes : « Celui qui doit venir après moi m'a été préféré , « et je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses chaus- « sures. )) C'est pourquoi le sous-diacre se penche et baise la mule du pontife romain.

II. En outre, parce que a la droite du Seigneur a fait écla- « ter sa puissance, » le sous -diacre, dans certaines églises, baise le côté droit de l'autel. Après avoir lu l'épître, le sous- diacre encore présente le livre fermé à l'évêque ; celui-ci pose dessus sa main, que le sous-diacre baise : car l'évêque est la figure du Christ, et le livre lui est présenté fermé, pour marquer que seul le Christ a pu ouvrir le livre et briser ses sceaux.] Dans ce livre avaient été renfermés le Christ même et ses mystères, jusqu'au jour où le Christ lui-même commença à l'ouvrir par la prédication de l'Evangile. Et le Christ accom- plit la loi dans le cercle de laquelle ses actions l'enfermaient, car il ne vint pas pour détruire la loi , mais pour la remplir ; ce que marque l'imposition de la main sur le livre. La main, en effet, symbolise les œuvres, et son imposition signifie le désir et la promesse de croire et de pratiquer ce qui vient d'être lu. Mais , comme personne ne reçoit la bénédiction promise dans la loi s'il n'a l'amour que désigne le baiser et s'il ne pra- . tique pas ce qu'il enseigne aux autres, voilà pourquoi le sous- diacre , pour se préparer à recevoir la bénédiction , baise la main de l'évêque.

III. Et, parce que le pontife (comme on l'a dit ci-dessus) re- présente le Christ, le sous-diacre et les autres assistants doivent

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ui subordonner humblement leurs actions et lui demander la yrâce de sa bénédiction. D'où vient qu'on lit dans l'Evangile : X Quand vous aurez bien fait toutes vos actions, dites : Nous c( sommes des serviteurs inutiles , nous avons fait ce que nous K devions faire. » Et ensuite l'évêque ou le prêtre bénit le sous- iiacre , parce que le Christ loua Jean , en disant : « Qu'êtes- (( vous allé voir dans le désert? Un prophète? Oui, je vous le « dis, et plus qu'un prophète. En vérité, en vérité, je vous le « dis, qu'entre ceux qui sont nés des femmes il n'y en a point (( eu de plus grand que Jean-Baptiste. » Donc, le sous-diacre après avoir terminé l'épître , et le diacre avant de commencer à lire l'évangile, s'approchent du prêtre et lui font la révé- rence, parce que la loi a fini au Christ et que l'Evangile a com- mencé à partir de lui ; car la loi et les prophètes vont jusqu'à Jean, et l'Evangile du Christ et les épîtres viennent après Jean. A la messe pour les défunts, le sous-diacre , après la lecture de l'épître , ne vient pas baiser la main du célébrant, tant parce qu'en cette circonstance la raison susdite est suspendue , que parce qu'on retranche quelques cérémonies solennelles de cette messe.

CHAPITRE XVIII.

LE PRÊTRE OU L'ÉVÊQUE ET SES ASSISTANTS S'ASSEOIENT.

I. L'oraison finie, le prêtre ou l'évêque s'asseoit. Il est à re- marquer que dans la célébration de la messe le prêtre s'as- seoit à trois moments : d'abord pendant la lecture de l'épître. On parlera de cette première fois au chapitre du Changement de Place du prêtre. Ces trois moments signifient les trois jours que le Seigneur demeura dans le temple de Jérusalem , au mi- lieu des docteurs^ les écoutant et les interrogeant. Le prêtre, en s'asseyant, se tient tourné vers le peuple, pour montrer la

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puissance qui lui a été donnée par Dieu, et pour pouvoir consî-' dérer ceux qui se tiennent liumblement debout dans l'église et dominer ceux qui s'y tiennent orgueilleusement ; car leurs âmes lui ont été confiées , et il doit en rendre compte à Dieu. Il doit encore être placé sur un siège élevé, afin que, comme le maître d'une vigne, il veille sur son bien et ait la haute main sur le peuple ; car le Seigneur , assis sur son trône dans les hauteurs des cieux, garde sa cité. Enfin, l'oraison qui précède l'épître, et que l'on dit avant que le prêtre s'asseoie, marque surtout le temps auquel le Christ, prêt à monter au ciel, bénit ses disciples. Quand il s'asseoit ensuite , cela signifie le repos du Christ à la droite de son Père , après son ascension ; s'asseoir, c'est un signe de victoire. Voilà pourquoi le prêtre, en s'asseyant, figure la victoire du Christ , comme on le dira au chapitre du Changement de Place du prêtre.

II. Quand les assistants s'asseoient, cela figure ce que dit le Christ : ce Vous serez aussi assis sur des trônes et vous jugerez « les douze tribus d'Israël; » et ils représentent les justes qui régnent déjà dans les cieux. Ceux qui vont et viennent dans le chœur représentent ceux qui accomplissent encore leur pèle- rinage en ce monde. C'est pourquoi les chantres elles lecteurs^ lorsqu'ils se lèvent pour remplir leur office , font l'œuvre de Dieu; c*est à eux qu'il a été dit : « Faites profiter cet argent a jusqu'à ce que je revienne. » Donc, quelques-uns des assis- tants s'asseoient avec l'évêque, pour symboliser les membres du Christ qui reposent déjà dans la paix^ et dont l'Apôtre dit : « Il nous a fait asseoir dans le ciel en Jésus-Christ. » Ils re- présentent encore ceux qui jugeront les douze tribus d'Israël. Les autres se tiennent debout pour figurer les membres du Christ qui combattent encore. Dans certaines églises, pendant que le pontife est assis on change les chandeliers de place et on les met en rang sur une seule ligne, en commençant par le premier jusqu'à l'autel, pour marquer que nous avons tous reçu de la plénitude du Christ l'unité de son esprit, mais aussi

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la variété de ses grâces ; car les grâces se divisent , mais l'Es- prit reste le même [De consec.^ d. iv, Cum omni). Or, l'Esprit, figuré par le premier cierge debout ou premier chandelier, c'est-à-dire le Christ, qui découle de lui, et qui va jusqu'à l'autel, c'est-à-dire jusqu'aux cœurs des élus , varie les dons de ses grâces alternativement dans chacun des membres du Christ. Et rappelle-toi que les acolytes mettent leurs chandeliers par terre, parce que les prédicateurs, après avoir achevé de prê- cher , reconnaissent humblement qu'ils sont poussière et cen- dre, comme dit Abraham : « Je parlerai au Seigneur, quoique « je ne sois que poussière et que cendre. »

III. On lit dans l'Ordre romain que le pontife ne doit pas s'asseoir avant que Y Amen n'ait été dit à la fin de la première oraison. Il ne doit pas s'asseoir jusqu'à la lecture de l'épître, parce que la partie de la messe qui précède ce moment est consacrée à la joie causée par l'avènement et les miracles du Christ. Or, l'évêque figure le Christ venant et agissant en ce monde, et les autres assistants représentent ceux qui allaient devant, derrière le Christ et à sa rencontre lorsqu'il fit son en- trée à Jérusalem. •

CHAPITRE XIX.

DU GRADUEL.

1. Après l'épître, on chante le graduel ou répons, qui a trait aux œuvres de la vie active, pour marquer que nous met- tons en pratique ce que nous avons entendu lire , c'est-à-dire la prédication. C'est aussi parce que Jean prêchait la pénitence, en disant : ce Faites pénitence , car le royaume de cieux est pro- (( che ; » et encore : « Faites de dignes fruits de pénitence. » C'est avec raison que l'épître est suivie du graduel, qui ex-

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prime les lamentations de la pénitence. Voilà pourquoi on le ' supprime de Toffice de la Pentecôte, comme on le dira bientôt. Troisièmement, Tépître est suivie du graduel , parce qu'après avoir ouï la prédication de Jean , ses disciples suivirent le Christ, comme le montre [saint] Jean l'évangéliste. Jean (dit- il) était avec deux de ses disciples, et, regardant Jésuç qui ve- nait à lui, il dit : « Voici l'Agneau de Dieu ; )> ce que lui ayant entendu dire ses deux disciples , ils suivirent Jésus. Ce chant suitl'épître, parce qu'à la suite des discours des prédicateurs l'Eglise se réjouit^ Dieu est loué^ et ceux qui reviennent à la foi célèbrent leur conversion. Le graduel figure la conversion des Juifs, le verset celle des Gentils, Vallelu-ia la joie des deux peuples unis par la même croyance ; enfin, la prose ou séquence symbolise le chant de victoire de l'Eglise. On en donnera encore une autre raison au chapitre du Trait.

II. Cependant, dans certaines églises on chante le graduel avant l'épître , pour marquer que le prédicateur doit d'abord enseigner par ses œuvres et ensuite par sa parole.

III. Le graduel ou gradal est ainsi appelé à cause des de- grés ( a gradihus ) , savoir^ ceux d'humilité , et il signifie que nous devons monter de vertu en vertu ^ comme les fils d'Israël s'avançaient d'étape en étape , afin de voir enfin le Dieu des dieux dans Sion. D'oii vient qu'on lit dans le Deutéronome : « Notre pays est extraordinaire. » Ce pays^ c'est la céleste Jé- rusalem, dont l'on prend possession par les pensées célestes. Le graduel se rapporte non à celui qui monte de vertu en vertu ;, mais qui est encore dans la vallée des larmes, et qui cependant rumine déjà dans son cœur de gravir la montagne.^

IV. On fait donc mieux de chanter le graduel simple- ment et sans modulations, comme une mélodie grave, sévère, simple et lamentable. Cependant on chante le répons comme d'habitude^ parce qu'il figure le Nouveau-Testament ; et on le chante plus haut que la leçon et l'épître, qui symbo- lisent la prédication de l'Ancien-Testament , afin que si par

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hasard il est un homme dont les oreilles du cœur, endurcies, ne sont pas réveillées par les avertissements de l'Ancien -Testa- ment, au moins elles soient touchées par le chant élevé du Nou- veau. Mais, cependant, le lecteur et le chantre qui s'apprêtent à remplir leur charge montent d'un ton [gradum) , parce que celui qui enseigne doit surpasser la foule du peuple par la per- fection de sa vie (iv d., Staluimus). On peut dire encore que répître figure la prédication de Jean, et le graduel celle des apôtres ; Vallelu-ia est le symbole de la dévotion et de l'allé- gresse. La lecture indique l' Ancien-Testament , et le chant le Nouveau. Ainsi donc, le chant est plus doux que là lecture, comme le Nouveau-Testament est plus doux que l'Ancien.

V. Deuxièmement, le graduel tire son nom des degrés (a gradibus) de Tautel, parce que dans les jours de fêtes on le chante, ainsi que Yallelu-ia^ sur les degrés ou marches de l'au- tel, pour marquer les degrés [gradus] précités des vertus. Les jours ouvrables , on le chante au milieu du chœur , au bas des marches de l'autel , pour indiquer que nous devons jeter dans notre cœur (qui est au milieu du corps) les bases des de- grés précités des vertus. Troisièmement, le graduel s'appelle ainsi, parce que les apôtres marchaient et s'élevaient ( gradie- hantur) à la suite du Seigneur, comme on le dira tout-à- l'heure.

VI. On donne encore au graduel le nom de répons, parce qu'il doit correspondre à un verset de psaume ou à une épître; de sorte que si dans l'épître on parle de joie, la joie se reflète dans le répons , et si c'est de tristesse , que le répons exprime le même sentiment, pour qu'on ne puisse pas nous faire le re- proche que Dieu formule en ces termes : a Nous avons chanté c< devant vous, et vous n'avez point dansé ; nous avons dit des c( airs lugubres , et vous n'avez point pleuré. » Et l'Apôtre ajoute : a Soyez dans la joie avec ceux qui sont dans la joie» « et pleurez avec ceux qui pleurent. » On appelle aussi le gra- duel répons, parce que quand on le chante le chœur répond à

Tome II. 8

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ceux qui l'ont commencé, et aussi parce qu'il marque la vie ac- tive, dans laquelle les saints s'exhortent mutuellement à tendre de tous leurs efforts à la vie éternelle. On peut cependant rap- porter le répons à la réponse que firent les apôtres au Christ , quand il les appela à lui, en leur disant : a Venez à ma suite. » Ils répondirent à cette invitation non-seulement de bouche, mais d'action; car, ayant tout abandonné, ils le suivirent et marchaient après le Seigneur comme des disciples à la suite de leur maître. On parlera de cela dans la préface de la cin- quième partie.

VII. Le graduel ou répons est le symbole de ceux qui sont livrés au travail en cette vie , et c'est pourquoi on ne le dit pas dans les octaves de Pâques et de la Pentecôte, qui figurent l'éternel repos [octavœ) après notre résurrection, quand nous serons exempts de tout labeur, ce Dieu essuiera toutes les lar- c( mes des yeux de ses saints. » C'est pourquoi dans le graduel nous semons, et dans VAllelu-ia nous recueillons. Le verset du répons s'appelle ainsi, parce qu'il ramène [fit reversio) au ré- pons, comme on le dira au chapitre de VAllelu-ia. Le graduel signifie aussi la bonne œuvre et la vie présente, pendant la- quelle nous semons et nous errons, en étrangers, loin du Sei- gneur, et le verset marque l'aide que le Seigneur nous donne.

VIII. On chante le verset après le graduel, parce que nous avons besoin d'aide aussi longtemps que nous serons retenus dans cette prison d'esclaves. Le graduel commence lentement (plane) , afin que le verset ne monte pas trop, et cela marque ceux qui redoutent d'entrer en religion à cause de son aus- térité ; le verset qui monte haut désigne ceux qui s'élèvent en jeûnant, en priant et en faisant d'autres bonnes œuvres, sans redouter la chair, qu'ils mortifient avec ses vices et ses mau- vais désirs. Ensuite, une seule voix chante le verset, pour aver- tir que chacun traîne [iractet) après lui sa fragilité. Et, quoi- que le verset soit chanté par un ténor, il ne s'entonne pas à voix haute ; ce qui signifie encore ceux qui, considérant leur

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propre fragilité, font humblement tout ce qu'ils font. Le verset terminé, la voix s'élève avec confiance, pour marquer que, confiants en la miséricorde de Dieu , ils s'appliquent en paix à toutes leurs actions.

IX. Le graduel est chanté par des hommes mûrs , comme on le dira au chapitre suivant. Entîn , on ne répète ni en en- tier ni en partie le répons qu'on chante à la messe, et on n'y ajoute pas la formule : Gloria Patri, ce qui se fait cependant pour le répons des autres heures canoniales. Sur quoi il faut faire attention que les autres heures canoniales ont été insti- tuées pour rendre à Dieu les louanges qui lui sont dues pour les divers bienfaits qu'on a reçus de lui à ces heures. C'est pourquoi on y dit d'abord une leçon , qui marque le bienfait ou la partie du bienfait accordé à cette heure ; ensuite on chante le répons , dans lequel la louange se rapporte au bienfait, parce que la louange doit être répétée , selon cette parole de l'Apôtre : ce Réjouissez- vous sans cesse dans le Sei- « gneur; je le dis encore une fois, réjouissez-vous, » c'est-à- dire : « Louez Dieu. » Voilà pourquoi l'on répète ainsi le ré- pons. Mais, comme tout homme est lié à son bienfaiteur, nous ne pouvons rien faire autre chose vis-à-vis de Dieu que de lui offrir gloire et honneur. C'est pourquoi, à la fin du répons et à chaque nocturne ^ dès que nous trouvons dans les leçons le souvenir de quelque bienfait entier ou en partie , nous ren- dons gloire et grâce à la Trinité. Le répons qu'on chante à la messe désigne la grâce , et on a dit ci-dessus que c'est la ré- ponse [responsorium) que firent les apôtres au Christ qui les appelait, en quittant tout. Et, comme ils ne gardèrent rien dont la possession eût pu obliger à les rappeler, voilà pourquoi ce répons ne se répète d'aucune manière et ne se termine pas même par Gloria Patri^ parce qu'ils furent appelés non à la gloire du siècle, mais à son deuil, selon cette parole du Sei- gneur, en saint Jean : « Comme mon Père m'a envoyé , je « vous envoie aussi de même.»

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X. Et remarque que Grégoire, Anibroise et Gélase compo- sèrent des graduels, des traits et des aUelu-ia, et établirent qu'on les chanterait pendant la messe. En outre, on chante parfois à la messe un seul répons, parfois aussi un seul allélu- ia, parfois un répons avec alklu-îa, parfois avec le trait, par- fois allelu-ia avec le trait. Et l'on parlera de cela dans la sixième partie, au chapitre des Sept Jours ou de la Semaine de Pâques.

CHAPITRE XiL.

DE VALLELU-IA.

I. Et comme la consolation suit la tristesse, « car bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés, » c'est pourquoi après le graduel on chante V Allelu-ia y qui est un cantique d'al- légresse qu'on entendit chanter aux anges, ainsi qu'on le lit dans l'Apocalypse , chap. xix. Et comme aussi l'ascension de vertu en vertu, que nous avons dit être symbolisée par le gra- duel, serait souvent ennuyeuse s'il ne s'y mêlait pas de la joie, comme dans le voyage des enfants d'Israël, qui coururent de grands périls d'étape en étape , c'est pourquoi après le gra- duel on chante Y Allelu-ia. On lit au livre de Tobie, vers la fin : c( Tes places seront pavées d'un or pur et brillant , et le « long de tes rues on chantera Allelu-ia. »

II. Or, V Allelu-ia est le chant de louange des anges; c'est une courte phrase qui renferme une grande joie ou qui invite à l'allégresse. Or, l'Eglise pousse de grands cris, parce qu'elle sait qu'il reste encore une longue route à fournir jusqu'à la montagne de Dieu, appelée Oreb, qui veut dire table; car elle craint que les fidèles s'endorment dans la foi et fondent un veau d'or, c'est-à-dire se laissent corrompre par les biens du temps.

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llï. Alléluia est un mot hébreu qui symbolise plutôt qu'il n'exprime l'ineffable joie qu'éprouvent ceux qui sont pèlerins en cette vie , joie qui est celle des anges et des hommes déjà placés dans le bonheur éternel que l'œil n'a point vu , que l'o- reille n'a pas entendu , et que le cœur de l'homme n'a jamais ressenti. Selon Innocent III (lib. ii, cap. xxxi), l'explication de ce mot est contenue dans le psaume cxii, qui a pour titre : Al- lelu-ia, et qui commence par ces mots : Laudate, pueri, Domi- num; et selon lui Allelu-ia veut dire : « Enfants, louez le Sei- gneur. »

IV. Augustin l'explique ainsi : Al sauf, le moi, lu fais, ia Seigneur : ce Seigneur^ sauve-moi ; » salvum me fac, Domine. Selon Jérôme , Allelu-ia vient de aile chanter, lu louange, Ta au Seigneur : « Chanter les louanges du Seigneur. » Grégoire traduit ainsi : Alle\e Père, lu le Fils, la l'Esprit saint ; ou bien : AlleldL lumière, lu la vie, ia le salut. Maître Pierre d'Auxerre : Al Très-Haut [Altisslmus), le il fut élevé sur la croix, ?u les apôtres pleuraient [lugehant), ia il est déjà ressuscité. Pierre Comestor dit, sur App. et Augustin,, dans sa Glose du Psautier ou des Psaumes [psalterii], qu allelu-ia est un verbe au temps de l'impératif, et qu'il signifie allelu louez, la l'Universel, ou la l'Invisible, c'est-à-dire Dieu, comme si l'on disait : « Lou- ange du Dieu invisible. » Et parce qn' Allelu-ia est en quel- que sorte le nom propre de la future béatitude , on le dit à juste titre plus particulièrement et plus fréquemment au temps de Pâques, où le Christ, en ressuscitant , nous a donné l'espé- rance et la promesse de la béatitude , comme on le dira bien- tôt.

Y. Jadis ce n'était pas la coutume de l'Eglise romaine de chanter Y Allelu-ia à la messe en d'autres temps ; mais cet usage fut établi ou plutôt rétabli par le bienheureux Grégoire. Car cette coutume , qui remontait au temps du pape Damase, était tombée en désuétude. Saint Jérôme dit que V Allelu-ia que l'on chante à la messe a été emprunté à l'Eglise de Jérusalem.

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Nous chantons donc VAllelu-ia après le graduel, comme un cantique d'allégresse après le deuil de la pénitence, en faisant tous nos efforts pour exprimer la grandeur de la consolation qui est préparée pour ceux qui pleurent , selon cette parole : (( Bienheureux ceux qui pleurent , parce qu'ils seront conso- « lés. » On crie YAllelu-ia plutôt qu'on ne le chante, et nous prolongeons en plusieurs neumes une courte syllabe qui est à elle seule une belle instruction, afin que l'ame étonnée soit rem- plie de ces sons agréables et soit ravie jusqu'au lieu où elle aura toujours une vie sans mort et un jour sans nuit.

VI. Allelu-ia est peu de chose en paroles et long en neume (a), parce que la joie éternelle est trop étendue pour qu'on puisse trouver assez de termes pour la développer. Le neume

(a) In jmeuma; rieuma ou pneuma est un mot grec qui signifie le souffle, la respiration, une suite ou un port de voix; et quand on soutient la voix pour ex- primer quelques sentiments de joie, cela s'appelle, parmi lesLatins, jubilatio : car (( la jubilation, dit S. Augustin, n'est autre chose qu'un son de joie sans paroles ("). — Ceux qui se réjouissent aux champs, en recueillant une abondante moisson ou en faisant une copieuse vendange, chantent, et quittent souvent les paroles pour ne faire retentir que des sons » (**). L'assemblée des Juifs et des chrétiens s'est aussi répandue souvent à l'égard de Dieu en cette espèce de ju- bilation, qui fait entendre qu'on voudrait produire au dehors ce qu'on ne peut exprimer par des paroles. C'est un langage ineffable ; et « à qui peut-on plus proprement adresser un tel langage qu'à Dieu, qui est ineffable? Il faut le louer: les paroles nous manquent. Que nous reste-t-il donc que de nous laisser aller à la jubilation, afin que le cœur se réjouisse sans paroles, et que l'étendue de la charité ne soit pas restreinte par des syllabes? » (***).

L'Ordre romain et Amalaire nous apprennent que cette jubilation ou ces notes redoublées sur le dernier a de Valleluia s'appellent sequentia, c'est-à-dire suite de Valleluia {*"**). Amalaire C*'^*'), Etienne d'Autun (**»***) et l'abbé Ru- pert (**»♦♦*») remarquent que cette jubilation sans parole nous rappelle l'é- tat bienheureux du ciel, oij nous n'aurons plus besoin de paroles , mais oij la seule pensée fera connaître ce qu'on a dans l'esprit.

(*) Sonus quidam est Isetitiae sine verbis (S. Augustin, in psalm. 99, n<'4).

(**) Maxime jubilant qui aliquid in agris operantur copia fructuum jocundati, etc. (S. Au- gustin, ibid.).

(•**) Quem decet ista jubilatio, nisi ineffabilem Deum? Ineffabilis enim est quem fari non potest, et tacere non debes ; quid restât, nisi ut jubiles, ut gaudeat cor sine verbis et immensa latitudo grandiorum metas non habeat syilabaram (S. Augustin, in psalm. 32, n» 8).

(****) Sequitur jubilatio quam sequentiara vocant (Ordo rom.).

(***♦♦) Lib. 3, cap. 16.

(******) De Sacram. altaris, cap. 12.

(•**•*") Offic, divin., lib. 1, cap. 33.

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(pneunia) ou cri de joie qui termine VAllelu-îa exprime la joie et l'amour des fidèles^ et la grandeur de l'allégresse et de la louange qui ont été les conséquences de Faudition de la parole de Dieu et de la foi en sa prédication , selon cette parole : « Sion a entendu^ et elle s'est réjouie, etc. ; » et dans les canti- ques : « Nous tressaillerons et nous nous réjouirons en toi. » On dira, dans la préface de la cinquième partie, ce que c'est que le neume. Quand on doit chanter la séquence, on ne dit pas le neume doives V Allelu-iay comme on le verra au chapitre de la Séquence. UAllelu-ia peut encore se rapporter à l'en- thousiasme de ceux qui se réjouissaient des miracles du Christ, louant le Seigneur et disant : « Nous avons vu aujourd'hui des c( choses prodigieuses, et le Seigneur a visité son peuple. » Alors, en effet, on chantait hautement Allelu-ia, parce que le peuple ayant vu , loua Dieu et se réjouissait de tout ce que le Christ faisait de glorieux. D'où vient qu'on ne chante pas VAllelu-ia depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques , parce que dans le temps de la tristesse on ne doit pas chanter un chant d'allé- gresse, comme on le dira dans la prçface de la sixième partie. Quand on répète YAllelu-ia en y intercalant un verset et qu'on le dit ainsi deux fois à la messe , cela désigne la joie de la vie éternelle, et que les saints, au milieu de leurs transports d'allé- gresse , reçoivent deux robes de gloire, l'une pour leur ame, l'autre pour leur corps. Car c'est à cause de la robe de l'ame que les saints seront dans la joie, se voyant comblés de gloire, et qu'ils se réjouiront dans le repos de leurs lits ; et par rap- port à la robe de leur chair ils brilleront et étincelleront comme des feux qui courent au travers des roseaux. On parlera de cela dans la sixième partie, à l'article du Samedi in alhis (6). Donc, le verset ne doit avoir rien de sinistre ou de triste, mais résonner tout entier comme un chant agréable et doux, comme, par exemple : c( Le Seigneur a régné, et a été revêtu de gloire

(6) C'est le samedi de la semaine de Pâques,

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<( cl de majesté. — Que la terre tressaille de joie , que toutes (( les îles se réjouissent. — Chantez dans de saints transports à c( la gloire de Dieu, vous tous habitants de la terre, etc. — Le « juste fleurira comme le palmier, etc. — Dieu essuiera toutes <( les larmes de leurs yeux, et il n'y aura plus aussi là ni pleurs, « ni cris, ni afflictions. »

Vil. Le verset s'appelle ainsi du verbe rêver tere^ retourner, revenir, parce que c'est par lui que nous retournons à VAlle" lu'ia, et qu'il est ensuite suivi d'un autre Allelu-ia ; et il signi- fie qu'on doit joindre les œuvres aux paroles de louange, parce que celui qui cesse de faire bien ne loue pas bien Dieu. La ré- pétition de VÀllelu-ia avec le neume symbolise la louange et la joie ineffable de la patrie. En quelques églises, VAllelu-ia est chanté par des enfants, et le graduel par des hommes , pour marquer que Dieu tire sa plus parfaite louange de la bouche des enfants, es qui a fait dire au Psalmiste : <c Enfants, louez' « le Seigneur, » dans un psaume qui a pour titre : Allelu-ia. Or, ceux qui sont enfants louent dignement le Christ , et ceux qui sont forts dans la foi et dans le support des adversités, qui peuvent combattre contre les Amalécites, ceux-là doivent chan- ter le graduel.

Vlll. Sur quoi il est à noter que ce sont d'autres chantres qui dirigent les chants du chœur avec leur grande voix ; ils re^ présentent les gouverneurs de TEglise , qui louent Dieu et in- vitent les autres de la voix et de l'exemple à le louer ; ces au- tres, ce sont les enfants qui chantent le graduel sur les degrés de l'autel ou en élevant successivement la voix [in gradihus). Les premiers marchent à grands pas de vertu en vertu , gra- vissant les degrés [gradihus] de la charité, et invitant les au- tres à la componction. En chantant le verset ils brûlent les pensées qui reviennent les assaillir, et en le terminant ils font entendre qu'ils ont combattu un bon combat et qu'ils ont achevé leur course. Dans d'autres églises, ce sont des hommes d^un âge mûr qui chante-nt ensemble VAllelu-ia ou le trait au

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pupitre ; ils représentent les contemplatifs , qui affligent leur chair et qui châtient leur ame, et dont la vie, qui est aux cieux, n'est pas la vie des hommes, mais celle des anges. Mais ils ne chantent pas seuls la séquence : tout le chœur réuni la dit à pleine et joyeuse voix, parce qu'une joie éternelle et ineffable sera commune aux anges et aux hommes. On devrait aussi chanter VÂllelu-ia sur les marches de l'autel et dans la direc- tion de l'orient ; et comme VAllelu-ia est le symbole de la vie contemplative, on doit le chanter en un endroit plus élevé que le répons, qui désigne la vie active. Dans certaines églises, ce- lui qui chante VAllelu-ia tient quelque chose à la main pour montrer qu'il loue Dieu , non-seulement de bouche , mais en- core d'action ; ou bien il bat la mesure en frappant ses mains l'une contre l'autre , selon cette parole du Psalmiste : « Na- (( lions, frappez des mains toutes ensemble ; chantez la gloire (( de Dieu par des cris d'allégresse. » Dans la plupart des égli- ses aussi^ on chante trois fois VAllelu-ia en l'honneur de la Tri- nité , les dimanches , avec ces paroles : Benedictus ou Qualis Pater, afin d'arriver, par une joyeuse profession de foi, au ciel, terme de l'espérance. Et remarque que souvent nous omettons VAllelu-ia du dimanche, depuis la Pentecôte jusqu'à l'Avent, parce que les graduels sont à cette époque disposés dans un autre ordre que dans le reste de l'année ; et voilà pourquoi un chantre soigneux fera attention à cette différence, et assignera à chaque office les Allelu-ia qui s'y rapportent.

CHAPITRE XXI.

DU TRAIT.

I. Depuis le dimanche de la Septuagésime jusqu'à la veille de Pâques, qui sont des jours et des offices de deuil, comme on ne fait pas entendre alors de chant d'allégresse, au lieu de 1'^/-

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Iclu-ia, qui signifie le tressaillement de joie que nous donne l'es- pérance des biens éternels, on dit le trait, dont l'institution re- monte au pape Télesphore. Le trait s'appelle ainsi de trahere^ tirer, traîner, parce qu'on le chante en traînant [traclim), d'une voix dure, et en pesant sur les mots. Cela figure la misère et le labeur du présent exil , dont le Psalmiste dit : « Que je c( suis malheureux de ce que le temps de mon exil est si long ! » En etfet^ le trait représente la longue attente des saints patriar- ches, et la tristesse et l'affliction des Juifs captifs, qui, pendant la captivité de Babylone, assis sur le bord de l'Euphrate, pleu- raient et suspendaient leurs instruments de musique aux bran- ches des saules. Cette captivité est représentée par l'Eglise, lorsque, à partir de la Septuagésime, elle suspend le cours des cantiques d'allégresse et dit le trait.

II. Or, il y a autant de difi'érence entre YAllehi-ia et le trait qu'entre l'allégresse et la tribulation. Il y a encore autant de différence entre le répons, auquel tout le monde répond, et le trait , auquel personne ne répond , qu'entre la vie active et la vie contemplative. Le trait tient le milieu entre le répons et YAllelu-ia, comme on le dira dans la sixième partie, au chapitre de la Semaine après Pâques. Enfin, le trait, qui exprime les gémissements et les chants mêlés de pleurs, représente les lar- mes qu'ont répandues les saints , soit dans la vie active , soit dans la vie contemplative.

III. D'où vient qu'on l'appelle trait [tractus] , parce que les saints qui soupirent tirent (tractant) leur gémissement du fond de leurs poitrines; car, bien qu'ils se réjouissent, comme VAl- lelu-ia les en. avertit, cependant, demeurant dans cette vallée de larmes, ils sont arrosés en haut et en bas, ce que le trait in- dique d'une manière mystique. Il gémit, en effet, comme s'il pleurait à cause de l'amour de la béatitude d'en haut : comme les Juifs, assis sur les bords de l'Euphrate^ à Babylone, au sou- venir de leur patrie , et qui répandaient des larmes cependant aussi à cause de leur misère et de celle des autres, parce que t

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dans le voisinage du fleuve de Babylone ils se voient , eux , souvent arrosés^ et les autres entièrement inondés et emportés en bas par la rapidité du fleuve. Mais^ parce que ces pleurs sont parfois causés par la vue de la joie d'en haut, et parfois par la vue de notre misère ici-bas , de même le trait est parfois un chant d'allégresse pour remercier Dieu de Teau d'en haut, comme De profundis et autres traits de ce genre. Grégoire parle de ces deux arrosages dans le troisième livre de ses Dia- logues, chapitre xxxiii.

IV. Et il faut remarquer qu'après deux traits exprimant la tribulation suit un trait qui ressent l'allégresse, comme on peut le voir au dimanche de la Septuagésime et aux suivants, et cela parce qu'après les deux jours de la sépulture du Seigneur le troisième vit sa résurrection, et qu'ici-bas la joie n'est pas entière et continue, mais qu'elle est souvent interrompue. Voilà pourquoi l'Eglise interpose parfois le trait^ comme au temps de la Septuagésime , et lorsque le samedi de Pâques elle fait suivre les autres chants d'un trait , parce que la joie d'ici-bas ne doit pas être sans larmes. Cependant le samedi in albis on double r.4//e^w-m^ parce que dans l'éternelle vie la joie sera parfaite, la chair et l'ame étant également glorifiées, et la résurrection des saints ayant complété celle du Christ.

V. Depuis le dimanche de la Septuagésime jusqu'au mer- credi des Cendres, on dit seulement le trait les dimanches, parce qu'alors le peuple vient plus assidûment à l'église , con- duit par le besoin d'apprendre comment il doit déplorer la captivité du diable, figurée par celle de Babylone.

VI. Car le trait représente le temps de la captivité de Baby- lone ; mais, après le mercredi des Cendres , où commence le jeûne, nous sommes plus fréquemment rassemblés dans l'é- glise, parce que c'est alors une époque de tristesse et d'afflic- tion, et établie particulièrement pour secouer le joug de la cap- tivité du diable par la douleur de la contrition^ l'humilité de la confession et l'énergie de la satisfaction, qui se retrempent

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fortement, surtout dans le jeûne. Mais, quoique le dimanche figure la résurrection, cependant les dimanclies de la Septua- gcsime on suspend les cantiques d'allégresse et Ton dit des traits, parce que les Juifs, pendant les soixante-dix années de la captivité de Babylone, furent continuellement affligés, et que nous, pendant les soixante-dix ans de cette vie, qui s'ac- croît de sept en sept ans , et qui, par conséquent, nous mène jusqu'à soixante-dix ans , nous avons sans cesse des douleurs et des misères, jusqu'à ce que nous arrivions au repos éternel (octavam) [a) de la vraie, parfaite et non figurative résurrection, par la miséricorde du Christ.

VII. Enfin , il faut considérer que les versets des séquences se disent deux par deux , sur un même chant , ce qui a lieu parce que (la plupart du temps) ces versets sont placés deux à deux pour le même rhythme, sous un pareil nombre de syllabes; ce qui ne se rencontre pas dans les versets des traits, qui, poui la plupart, sont pris de la sainte Ecriture, et voilà pourquoi on ne peut pas les accoupler aussi bien. Les séquences sont com- posées sur un chant unique, pour marquer que le transport de la vraie charité est parfait en Dieu seul , car la séquence dé- signe le transport, et l'accouplement de ses strophes la cha- rité. Mais on chante un à un les versets des traits, parce qu'ils marquent la douleur, selon cette parole du Psalmiste : « Pour « moi, je suis seul jusqu'à ce que je passe. » Et Jérémie (II, q. I, Quando) : (( J'étais seul et assis à l'écart, parce que j'étais (( rempli d'amertume. » Il ne faut pas non plus oublier que régulièrement le graduel o\xV Allelu-ia suivent immédiatement l'épître, pour que nous ne soyons pas exposés au reproche ex- primé en ces termes par le musicien dont parle le Christ en ces mots : « Nous avons chanté, et vous n'avez point dansé; « nous avons chanté des airs lugubres , et vous n'avez point <( pleuré. » Car on chante V Allelu-ia pour exprimer un mou-

(a) Apud Du Gange, Gloss., verbo Odava, i.

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vement de danse , et le graduel comporte avec lui les krmes de la pénitence. Cependant VAUelu-ia ne se fait pas entendre les samedis des Quatre-Temps, non plus que le mercredi et le vendredi de la grande Semaine^, ni les jours où le Irait suit im- médiatement l'épître, et cela parce qu'en ces jours-là nous n'a- vons pas avec nous le musicien dont parle le Christ. On le vend le mercredi, on le crucifie le vendredi , ce que l'on représente en quelque façon les samedis des Quatre-Temps , et c'est pour marquer un plus grand deuil que ces samedis-là le trait suit immédiatement l'épître. Le trait indique un plus grand deuil [jue le graduel, pour nous faire entendre qu'on ne le chante jamais avec YAllelu-ia^ excepté, pour une raison particulière, le samedi de Pâques.

CHAPITRE XXII.

DE LA PROSE OU SÉQUENCE {a).

I. Après VAllelu-ia on dit la prose ou séquence , qui est aussi m chant de joie, pour marquer les deux robes de gloire que [es saints recevront, comme on l'a dit plus haut. Tous ensemble chantent la séquence en chœur, pour symboliser l'accord par- fait de la charité ; car c'est la louange qui plaît à Dieu, selon

ette parole du Cantique des cantiques : a Tu as blessé mon

c( cœur, ma sœur^ma fiancée, par l'un de tes yeux. » L'époux iit Xi par un, » pour marquer que l'accord et la volonté sont uniformes, car une louange ainsi formulée est le mets le plus igréable à Dieu; c'est là cette tunique sans couture que Dieu l'a pas souffert qu'on divisât (XYl, q. xi), comme on le dira

(a) Voir, à la fin de ce volume, Appendice n» 1 , un travail sur les proses du moyen -âge, comprenant tout ce qui nous reste en ce genre du célèbre Adam, îhanoine de Saint-Victor, au XII^ siècle. Ces pièces, au nombre de trente-huit, iont suivies de diverses autres séquences rares et curieuses.

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dans la préface de la cinquième partie , où l'on parle des an** 1 tiennes.

II. Notker^ abbé de Saint-Gall, en Allemagne, fut le pre-j mier qui composa des séquences pour remplacer les neumes | dont on faisait suivre VAUelu-ia, et le pape Nicolas permit de les chanter h la messe. Hermann Contracta allemand, inventeur de l'astrolabe, composa les séquences suivantes : Rex omnipo- tens et sancti Spirilus, etc., et Ave Maria gratia, et l'antienne Aima Redemptoris mater, et Simon Bar-Jona.

m. Pierre, évêque de Composielle, fît cette antienne : Salve, regina misericordiœ , vita, dulcedo et spes nostra, salve : ad te clamamus. Un roi de France, nommé Robert, composa la séquence suivante : Veni^ sancte Spiritus, et l'hymne Cho- rus novœ Hierusalem. Anciennement, on avait coutume de toujours chanter VAllelur-ia avec un neume; mais le pape Nicolas ordonna qu'à la place du neume ^ aux principales fêtes , on chanterait des séquences. Quand donc on ne dit pas YAllelu-ia, il ne convient pas de chanter la séquence, qui tient lieu du neume, lequel signifie que la joie et les délices de l'éternelle vie ne peuvent s'exprimer par aucune parole; eti voilà pourquoi on se sert du neume, qu'on peut appeler un son de voix vague, indéterminé et n'ayant aucun sens. De là vient aussi que quelques antiques séquences renferment habituelle- ment des mots nouveaux, inconnus et hors d'usage, tant parce que les joies du ciel sont cachées et inconnues aux mortels, que parce que nous ignorons la manière dont on loue Dieu dans l'éternelle patrie , et tant parce que le cri du cœur n'est pas bien connu dans la vie d'à présent , que parce que tout ce qui est nouveau a le prestige de la beauté (6), selon une expression de la préface du Digeste. Mais aujourd'hui on dit les séquences

(6) Omnia nova sunt pulchritudine decomta; c'est notre proverbe : « Tout ce qui est nouveau est beau. » C'est bien le cas de dire :

On ne s'attendait guère

A voir le Digeste en cette affaire.

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d'une voix bien articulée, pour marquer que dans cette grande solennité de la vie éternelle le chant de gloire sera tout-à-fait SU. Les séquences sont la figure mystique des louanges de la vie éternelle , selon cette parole : a Heureux ceux qui demeu- « rent dans ta maison . Seigneur ; ils te loueront dans les siè- c( des des siècles. » Les séquences, en effet, ont des termes d'où coule la louange, et leur chant est doux et suave, parce que dans la vie éternelle toutes choses porteront avec elles leur louange et auront une mélodie céleste , comme celle de l'orgue ; une allégresse d'où s'épanche la douceur coulera en abondance dans cette vie sans fin, qui sera habitée par un peuple d'heureux. Et parce que les expressions de la langue humaine ne peuvent pas rendre entièrement l'harmonie des louanges de l'éternité, dans certaines églises on soupire {pneu- malizant) à un point de vue mystique l'air des séquences, sans en prononcer les paroles , ou au moins quelques-unes de leurs strophes. Car on n'aura pas besoin de la parole dans la vie éter- nelle, où le livre de vie s'ouvrira devant tous, et où tous les cœurs pourront y lire l'un après l'autre ; là aussi la parole sera inutile pour se justifier contre le témoin accusateur et le Juge des juges (X, q. III, ^orwm). Et remarque que, selon [saint] Isidore, la prose est le produit d'une règle que la loi du mètre résout ; son nom de prose lui vient de son étendue {profusa) ; le terme de séquence vient de ce qu'elle suit [sequitiir) le neume de la joie. On applique aussi ce terme à l'évangile^ en disant : Sequentia evangeliiy « Suite de l'évangile ; » mais, dans ce cas, sequentia est employé au singulier.

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CHAPITRE XXIII.

DU CHANGEMENT DE PLAGE DU PRÊTRE.

I. Le prêtre se tiendra assis au côté droit de l'autel et sans parler, jusqu'à ce que Tépître soit lue et pendant que le chœur chante le graduel : c'est pour faire entendre que lorsque Jean prêchait, le Christ, en quelque sorte , se taisait , parce qu'il ne prêchait pas encore ouvertement. Mais le prêtre se lève quand il va dire l'évangile, parce que, comme l'Evangéliste nous l'apprend, lorsque Jean eut été mis en prison par Hérode, Jésus vint en Galilée pour prêcher la bonne nouvelle du royaume de Dieu [evangelium regni Dei). Et comme il n'est permis qu'au vainqueur de s'asseoir^ quand le prêtre s'asseoit il repré- sente à juste titre la victoire du Christ^ qui, après avoir jeûné, vainquit le diable^ qui, après l'avoir vainement tenté, le laissa, et en même temps les anges s'approchèrent de lui et ils le ser- vaient. Donc^ après le chant de la séquence le prêtre se lève et vient au côté gauche de l'autel , oii il lit l'évangile , pour marquer que le Christ n'est pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, comme il l'a dit lui-même dans l'Evangile : a Ce « ne sont pas ceux qui se portent bien , mais les malades qui (( ont besoin de médecin » ( II, quœst. i, Mullï) . Or, le côté droit marque les justes, et le côté gauche les pécheurs, et c'est pourquoi au jugement le Seigneur mettra les brebis à droite et les boucs à gauche , comme on l'a dit au chapitre de l'Orai- son ou Collecte.

II. Il en est cependant qui ont dit qu'au commencement de la messe le prêtre allait à droite de l'autel, lorsqu'il lit l'évan- gile il va à gauche, et que vers la fm il retourne encore à droite, parce que le culte de Dieu fut d'abord le partage du peuple

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juif, qui alors était à droite ; ensuite les Juifs, ayant perdu la foi et méprisant la parole de Dieu, dont ils étaient indignes, le culte de Dieu passa aux Gentils, chez qui les apôtres portèrent leurs pas, et alors les Juifs furent à gauche, et, vers la fin du monde, ce culte retournera aux Juifs , prêches par Enoch et Elie , qui réuniront les cœurs des pères avec leurs enfants, parce qu'en ces jours-là Juda sera sauvé et les restes d'Israël aussi, car le Christ, qui avait d'abord dit : « N'allez pas au milieu des (( Gentils , » fit ensuite cette recommandation à ses apôtres : (( Allez par tout l'univers. » Donc, parce que la parole de Dieu a été portée à ceux qui étaient placés à gauche , pendant que la rosée mouilla toute la terre , à l'exception de la toison de Gédéon, qui resta sèche, c'est avec raison qu'on lit l'évan- gile à gauche de l'autel, comme on le dira dans le chapitre suivant. Sur quoi l'on a fait ces vers :

(( Voici pour quelle raison le prêtre qui célèbre le saint sa- crifice , au commencement et à la fin se tient à droite de l'au- tel , et au milieu de la messe passe à gauche :

c( Le côté droit figure les Juifs ; le côté gauche les Gentils. (( Notre foi a commencé par eux , elle nous a été ensuite apportée.

(( Elle leur sera rapportée un jour, et alors tous les hommes auront une seule et même foi. ))

Et, comme le prêtre qui lit l'évangile représente la personne du Christ, qui n'a pas prêché aux Gentils, mais aux Juifs, selon ce qu'il dit lui-même dans l'Evangile : « Je n'ai été envoyé que « pour ramener les brebis d'entre Israël qui se sont égarées, » > que celui qui entend ces paroles en pèse prudemment le sens parfait. On a parlé de cela au chapitre qui a pour titre : Com- ment l'Evêque ou le Prêtre et ses Ministres doivent se tenir devant l'autel. A quelque partie de l'autel où le célébrant se transporte, ses assistants doivent le suivre par derrière, comme on l'a dit dans le chapitre précité.

Tome II. 9

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CHAPITRE XXIV.

DE L'ÉVANGILE.

I. Dans un des derniers chapitres, un peu ci-devant^ on a dit comment le prêtre , lorsqu'il ne célèbre pas une messe so- lennelle^ lit lui-même l'évangile. Mais quand l'évêque ou le prêtre célèbre le saint sacrifice en entier, dans toute sa pompe et entouré de ses assistants, alors, dans certaines églises^ comme à Rome, le diacre, après avoir baisé la main droite du pontife, prend sur l'autel le livre des évangiles , le passe ensuite au sous-diacre pour qu'il le porte, demande ensuite à l'évêque ou au prêtre sa bénédiction et la reçoit. Cependant, dans les au- tres églises le diacre demande d'abord la bénédiction avant que de prendre le livre sur l'autel. Après avoir reçu la béné- diction , le diacre va au pupitre placé à droite du chœur ; il est précédé du sous-diacre portant l'évangile, devant lequel on porte l'encensoir avec l'encens , que devancent les céroféraires avec leurs cierges allumés. Dans certaines églises, on porte en tête de la marche l'étendard de la croix, et c'est dans cet ordre que le diacre monte au pupitre et commence l'évangile, après la lecture duquel tous retournent ensemble devant l'é- vêque ou le prêtre. Nous examinerons Tune après l'autre "tou- tes ces particularités dans la suite de ce chapitre. Il est à remar- 1 quer qu'en certaines églises, aux principales festivités , lorsque le diacre veut aller lire l'évangile , il commence l'antienne qu'on dit à nocturne pour le psaume Benedictus , et que pen-| dant qu'il se rend au pupitre le chœur chante et finit cette antienne, pour marquer la charité; et on la dit sans neume, pour montrer que Dieu ne nous a recommandé que d'avoir la simple charité. Mais ce symbole est changé à l'heure qu'il est;

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car le diacre, qui d'abord représentait le Prophète, figure à présent Jean l'évangéliste , parce que la loi et les prophètes se sont arrêtés à Jean-Baptiste , et c'est à partir de lui que le royaume des cieux a été annoncé [evangelizatur). On lit donc l'évangile, afin que, comme le Christ a prêché lui-même après la loi, les prophéties et les psaumes^ de même, après l'épître, le répons et Vallelu-ia^ sa prédication est annoncée au peuple par l'évangile.

II. Evangileyeni dire bonne nouvelle, et se compose de deux mots grecs éy et ayyihov. L'Evaugilc, c'est la prédication du Christ et des apôtres; il annonce, en effet, la vie après la mort, le repos après la fatigue , la puissance après la servitude.

III. 11 faut savoir que, de même que la tête s'élève au-dessus de tous les autres membres du corps, et que tous dépendent d'elle, ainsi aussi , l'Evangile est le principe de tout ce qu'on dit à la messe et domine tout le saint sacrifice; tout ce qu'on chante et lit se rapporte à lui, qui en donne l'intelligence, comme on le dira dans la sixième partie, à l'article du Dimanche en général.

IV. Or, le diacre baise d'abord la, main droite du pontife, sans rien dire , parce que le prédicateur doit répandue l'Evan- gile en vue de la gloire éternelle, dont la fiancée dit dans le Cantique des cantiques : ce 11 m'embrassera de sa main droite.» Et l'ange qui venait annoncer la gloire de la résurrection du Christ était assis à droite dans le tombeau, et revêtu d'une

i robe blanche. Cependant, dans les autres églises il ne baise pas la main du célébrant, mais il s'incline seulement pour deman- der la bénédiction. Le sous-diacre ou le diacre ne baise pas les mains , mais les pieds du pontife romain , pour rendre au Sou- verain-Pontife un souverain respect , et pour montrer qu'il est le vicaire de Celui dont la femme pécheresse baisait les pieds. On doit adorer (adorandiim) l'escabeau de ses pieds, parce qu'il est saint, et quand le Christ fut ressuscité d'entre les morts, les femmes prirent ses pieds et les adorèrent. En géné- ral , personne ne doit baiser la main du Souverain-Pontife , à

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moins qu'il ne reçoive quelque chose de ses mains , ou quand il lui met quelque chose entre les mains, pour montrer que de deux manières nous devons rendre grâces à Celui qui donne toujours de ce qui lui appartient en propre, et qui ainsi ne reçoit jamais rien qui ne lui appartienne déjà. Nous dirons au chapitre des Oblations quelles sont les offrandes que reçoit le pontife romain.

V. Ensuite, le diacre prend sur l'autel le livre des évangiles, parce que « la loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur de (( Jérusalem. » Et il ne s'agit pas ici de la loi de Moïse, qui avait été tirée du mont Sinaï, mais de la loi de l'Evangile, dont le Prophète dit : te Voici que les jours sont arrivés, dit le Sei- (c gneur ; je consommerai le Nouveau-Testament avec la mai- ce son d'Israël et la maison de Juda. » On prend encore le livre de dessus l'autel, parce que les apôtres reçurent l'Evangile de l'autel, lorsqu'en le prêchant ils annonçaient la passion du Christ. Ou bien ici l'autel indique les Juifs, à qui le royaume de Dieu est ôté pour être donné à un peuple qui en produira les fruits. Prendre le livre de dessus l'autel signifie que l'E- vangile est la parole de Dieu, que symbolise l'autel, selon TExode, chapitre XX : ce Vous me dresserez un autel de terre.» Et, pour les raisons précitées, certains prêtres voulant dire à la fin de la messe l'évangile de saint Jean ou un autre , impri- ment d'abord le signe de la croix sur l'autel, et ensuite sur leur front.

VI. Le diacre prend le hvre, comme le veulent certains au- teurs, à droite de l'autel, parce que l'Eglise des Juifs, dont la nôtre a pris naissance anciennement, était à droite ; et il le met dans sa main gauche, en appuyant dessus sa main droite, selon cette parole : « Il met sa main gauche sous ma tête , et il m'em- (( brasse de sa main droite ; » et cela pour une triple raison. Premièrement , parce que l'Evangéliste nous enseigne à mettre les biens du ciel , figurés par la main droite, au-dessus des biens terrestres, représentés par la main gauche. Deuxièmement, le

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diacre abaisse le livre sur l'épaule gauche , pour marquer que la prédication du Christ passera des Gentils aux Juifs, selon cette parole d'Isaïe, chapitre xx : « En ces jours-là, Juda sera « sauvé. )) Troisièmement, parce que dans la vie du temps, designée parla gauche^ il est nécessaire de prêcher l'Evangile. Dans certaines églises, le livre des évangiles est orné à l'exté- rieur d'argent et de pierres précieuses , comme on Fa dit dans la troisième partie, au chapitre des Vêtements de l'ancienne loi. Ce livre, depuis l'entrée du prêtre à l'autel jusqu'à la lecture de l'évangile , reste sur l'autel pour figurer Jérusalem , parce que la doctrine de l'Evangile fut d'abord promulguée à Jéru- salem et y demeura depuis l'avènement du Seigneur jusqu'au moment de sa publication aux Gentils , selon cette parole : « La « loi sortira de Sion , et la parole du Seigneur de Jérusalem. » Or, Jérusalem est le théâtre de la passion, figuré par l'autel.

Vil. C'est avec raison que le diacre demande à être béni, parce que nul ne doit prêcher l'Evangile s'il n'en a reçu la mission , selon cette parole : « Comment prêcheront-ils , s'ils (( ne sont envoyés? » (Extra De hœred. cum ex injuncto). Et le Seigneur dit aux apôtres : « Priez le maître de la moisson qu'il <( envoie des ouvriers en sa moisson » (xxv d.. In novo). Et quand Isaïe entendit la voix du Seigneur qui disait : » Qui en- « verrai-je, et qui ira porter nos paroles? » il répondit : « Me « voici, envoie-moi. » Et le Seigneur lui dit : « Vas, et dis à « ce peuple : Ecoutez ce que je vous dis, etc. » (VIII, q. i, Sciendum) .

VIII. Moïse figura d'avance cette bénédiction, lorsque, mon- tant sur la montagne , il reçut les tables et la bénédiction du Seigneur, et transmit ses commandements au peuple. Le Sei- gneur a aussi béni l'ordre diaconat ; il lui a donné l'Esprit saint, et il l'a envoyé prêcher par tout l'univers. Voilà pourquoi le pontife ou le prêtre bénit d'une manière visible le diacre, qui doit lire l'évangile, ce qu'il n'a pas fait pour le sous-diacre, qui lit l'épître; parce que le Christ, demeurant invisible, envoya

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d'une manière invisible la loi et les prophéties figurées par l'é- pître ; mais , après qu'il se fut montré sur la terre et qu'il eut conversé avec les hommes , il instruisit et envoya d'une ma- nière visible les apôtres et les évangélistes. ce Et où vous irez c( (leur dit-il) prêchez, en disant que le royaume des cieux est c( proche. » Et, étant partis, ils allaient dans les bourgs, en prêchant la bonne nouvelle et opérant des guérisons. Le célé- brant envoie le diacre lire Févangile, pour marquer que le Christ envoya les apôtres pour annoncer le royaume de Dieu. IX. Puis le diacre, méditant ce que le célébrant lui a dit en le bénissant^ s'appliquera à avoir le cœur sans tache ^ la bou- che pure, et la chasteté dans ses actions, afin de pouvoir digne- ment annoncer le très-saint Evangile :, parce que la source des eaux vivantes, c'est-à-dire la'prédication de l'Evangile, ne coule avec impétuosité, c'est-à-dire librement, que du Liban, c'est- à-dire d'un cœur chaste et d'une bouche pure. En effet, la louange n'est pas belle sur les lèvres du pécheur; bien plus, Dieu lui a dit : « Pourquoi célèbres-tu ma justice et as- <( tu l'audace de me rendre témoignage par ta bouche? » (III, q. vm, § Quod testatur). Et c'est pourquoi le diacre se munit du signe de la croix ; puis , ayant obtenu son congé et la béné- diction qu'il demandait , et ayant fait le signe de la croix afin de marcher avec sécurité, il s'avance vers le pupitre, en si- lence, la tête inclinée, et sans rien porter, dans certaines égli- ses, à cause de la recommandation que le Seigneur lui-même fît aux apôtres, qu'il envoya pour prêcher le royaume de Dieu : « Vous ne porterez rien en voyage, et ne saluez personne dans le « chemin. » Cependant, dans d'autres églises le diacre porte le livre, comme on le dira tout-à-l'heure. Arrivé à l'ambon, il salue comme s'il entrait dans une maison et qu'il lui souhaitât la paix, comme on le dira plus bas ; et il passe de la droite du chœur à la gauche , pour que le livre des évangiles suive cette direction, selon cette parole : « La loi sortira de Sion, et lapa- « rôle du Seigneur de Jérusalem , » comme on l'a dit plus

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haut. En effet, la Judée ayant méprisé la parole de Dieu^ les apôtres allèrent des Juifs aux Gentils , figurés par la gauche , et leur prêchèrent cette parole divine. D'oia vient que F Apôtre dit aux Hébreux : ce Vous étiez les premiers à qui il fallait an- « noncer la parole de Dieu; mais^ puisque vous la rejetez et « que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éter- « nelle , nous nous en allons présentement chez les Gentils » (Extra Be renun. nid). On a parlé de cela ci-dessus, dans un des précédents chapitres.

X. Dans l'Eglise romaine et dans quelques autres, le sous- diacre ne suit pas le même chemin que le diacre pour aller au pupitre^ parce que tous les deux accroissent la somme de leur science d'une manière différente, celui-ci en enseignant, ce- lui-là en étudiant^ et parce qu'ils progressent dans la justice, le serviteur par le mérite de ses œuvres , et le prédicateur par celui de sa parole ; ce qui a fait dire au Psalmiste : ce Ta justice (( est comme les montagnes les plus élevées. » Us descendent cependant par le même chemin pour retourner au pontife, parce que c'est en persévérant jusqu'à la fin qu'on arrive à la récompense, comme le Seigneur l'a dit : a Celui-là sera sauvé (( qui persévérera jusqu'à la fin » [Depœnit.^ dist. n^ Aposto- lus y etc., multi). Et, comme la prédication sans les œuvres ne suffit pas , Jésus commença à faire et à enseigner ; c'est pour- quoi le prédicateur (le diacre) revient par le chemin qu'avait pris le serviteur (le sous-diacre) en allant. En outre^ celui qui doit lire l'évangile part et monte par un chemin, et revient et descend par un autre, pour rappeler cette parole de l'Evangé- lisle : ce Ils s'en retournèrent en leur pays par un autre che- « min ; » et parce que les apôtres prêchèrent d'abord les Juifs et ensuite les Gentils, selon cette parole de l'Apôtre déjà citée : « Vous étiez les premiers à qui il fallait annoncer la parole de (( Dieu ; mais^ puisque vous la rejetez et que vous vous jugez a vous-mêmes indignes de la vie éternelle, nous nous en al- « Ions présentement chez les Gentils. »

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13G RATIONAL

XI. C'est avec raison que le sous-diacre précède le diacre, parce que Jeaii-Bapliste et sa prédication précédèrent le Christ \ et sa parole ; de plus, en certaines églises, il porte un coussin pour mettre sous le livre. Le coussin qu'on met sous le livre pour l'y poser signifie la consolation de la vie ou les biens temporels, comme si l'on disait >: « Si donc nous avons semé c( parmi vous les biens spirituels , est-ce une chose surpre- « nante que nous recueillions un peu de vos biens lempo- « rels? » (I Cor.^ ix, 11, q. § i); car, selon l'Apôtre dans la première épître aux Corinthiens , « ceux qui servent à l'autel (( ont part aux oblations de l'autel )» (Extra De prœbe) , puis- \ que, selon le Christ, « celui qui travaille mérite qu'on le nour- | c( risse » (saint Mathieu, ch. x); et le Seigneur mit ce précepte dans la loi : « Tu ne fermeras pas la bouche au bœuf pendant (( qu'il foule le blé» (Extra De prœh. extirpandœ). On place ! encore un coussin sous l'évangile pour montrer que le joug du ^ Seigneur ou le fardeau de l'Evangile est doux à porter pour ceux qui veulent bien l'accepter. On lit en saint Mathieu : c( Mon joug est doux, et mon fardeau est léger. » — « Celui i (c qui s'est soumis [suhjicitur) à ce joug a tout subjugué [suh- j jecta hahet), » dit [saint] Augustin. Donc, le coussin c'est la | suavité et la douceur qui résident dans les commandements de l Dieu. C'est ce qui a fait dire au Prophète : « Tu t'es révélé au c( pauvre dans ta douceur^ ô Dieu ! » et encore : « Combien « sont doux à ma bouche tes enseignements , Seigneur ! » Ce- pendant, dans l'Eglise romaine le diacre marche le premier, en sa qualité de docteur, et le sous-diacre le suit, au titre d'au- diteur : le diacre marche le premier pour prêcher ; le sous-dia- cre le suit, pour remplir son emploi de serviteur. Mais, après la lecture de l'évangile , le sous-diacre , en quelque sorte suffi- samment instruit maintenant, précède le diacre en rapportant l'évangile , parce qu'il rapporte la récompense d'avoir servi la cause de l'Evangile, selon ce que le Seigneur même a promis dans l'Evangile ; c( Celui qui reçoit un prophète en quahté de

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ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 137

[ prophète recevra la récompense du prophète. » Et le diacre nvoie devant lui le sous-diacre au pontife , pour lui montrer [u'il rapporte le fruit de la prédication, touchant lequel le Sei-

neur avait ordonné ce qui suit : « Je vous ai établis, et je vous
ai établis , afin que vous marchiez , que vous rapportiez du
fruit, et que votre fruit demeure toujours. » Ajoutons à

ela que le sous-diacre , qui rapporte le livre et le coussin , aontre que le prédicateur doit offrir à Dieu sa vie ornée de lonnes œuvres. D'où vient que l'Apôtre dit aux Corinthiens :

Tout ce que vous faites ou en paroles ou en actions, faites-le

au nom du Seigneur Jésus-Christ» (XXVII, q. ult., Non hservetis) .

XII. Le diacre fait aussi marcher devant Févangile l'encen- oir et l'encens, parce que les œuvres du Christ précédèrent son nseignement, selon cette parole : « Jésus commença à faire

et à enseigner. » Et l'encensoir avec l'encens signifie la prière lite avec dévotion , que doivent surtout faire les fidèles alors u'ils se préparent à entendre la divine parole. Le diacre envoie ncore devant lui Fencensoir, parce que le prédicateur doit ex- aler de sa personne l'odeur d'une bonne réputation, selon ette parole de l'Apôtre : « INous sommes devant Dieu la bonne

odeur du Christ en tous lieux. » Car le mépris est réservé à i prédication de celui dont la vie est regardée sans respect Extra Be sac. une, ci).

Xin. Troisièmement, l'encensoir précède le diacre, afin que a prière monte vers le Seigneur comme la fumée de l'encens. )evant l'encensoir marchent deux porte-cierges avec des flam- leaux allumés, d'abord parce que le diacre doit allumer dans 3 cœur des auditeurs le désir et la joie d'entendre avec plaisir 'évangile et de lui obéir de plein gré. Cependant , dans cer- aines églises l'encensoir précède les cierges, parce que les )rières et les œuvres, toutes les vertus, en un mot, tirent leur lamme, leur lumière et leur éclat de la prière, figurée par Fen-

ens, selon cette parole 
ce Que votre lumière luise ; » et : (( Il

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138 RATIONAL I

« sortait de lui une vertu qui les guérissait tous. » Ensuite , le" prêtre ou l'évêque fait précéder le diacre de deux acolytes por- tant des cierges et de l'encens, pour montrer que le Christ en voyait devant lui deux par deux ses apôtres dans toute ville ou pays où il devait aller lui-même, portant devant lui l'éclat des miracles et le parfum des vertus. D'où vient qu'à leur retout ils lui dirent : « Seigneur, les démons se soumettent à nous enj, (c nous entendant prononcer ton nom. » C'est avec juste rai son que les apôtres sont représentés ici comme la face même du Christ , car ils montraient aux peuples le modèle de sa doc- trine; c'est pourquoi il leur disait : ce Qui vous reçoit me re- c( çoit. » Troisièmement, l'encensoir et les chandeliers précè- dent le livre des évangiles , parce que les vertus et la réputa- tion du Christ précédaient son enseignement , au rapport de l'évangéliste saint Luc : ce Jésus s'en retourna en Galilée plein c( de la force de l'Esprit saint, et sa réputation se répandit c( dans tout le pays d'alentour , et il enseignait dans leurs sy- (( nagogues. » Quatrièmement, à cause de ce qui a été dit dans la seconde partie, au chapitre de l'Acolyte. '

XIV. Les deux cierges allumés désignent encore les docteurs de l'Eglise, par qui l'Eghse est illuminée, et la science qu'ils doivent avoir de l'Ancien et du Nouveau-Testament. Et l'on décore aussi ces cierges, la plupart du temps, de lignes de di- verses couleurs , pour montrer que la très-sainte Ecriture est expliquée de diverses manières par ces mêmes docteurs, comme on l'a dit au commencement de ce livre. Quand ces lignes sont d'or ou d'argent, elles marquent que l'on trouve dans ces doc-i teurs l'or de la science [sapientiœ) et l'argent de l'éloquence. |

XV. Ces mêmes cierges désignent aussi les deux Testaments,f par lesquels le genre humain est illuminé ; ou bien la loi et les prophètes , que dans certaines églises , pendant la lecture de l'évangile , on met sur le pavé , parce que l'ombre de la loi et les énigmes des prophètes sont compris même par les plus pe-^ tits (humilibus) , avec le secours de la lumière de l'Evangile;

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car devant la doctrine évangélique la loi et les prophètes se sont réduits entièrement à la lettre. Cependant, en certaines églises, aux jours ouvrables, un enfant portant un seul cierge précède le diacre, pour marquer qu'un seul précurseur^ savoir^ Jean-Baptiste, qui fut la lumière [lucerna) du Verbe, précéda le premier avènement du Christ, qui fut humble et caché. MaiS;, aux jours de fêtes, deux cierges marchent devant le diacre, parce qu'au second avènement, qui sera solennel et manifeste, deux héraults, savoir, Elie et Enoch^ seront envoyés en héraults et en éclaireurs, et ils seront tués par l'Ante-Christ dans Jérusalem, ce que symbolise l'extinction des cierges. On a parlé ailleurs des chandeliers et aussi des cierges , dans la pre- mière partie, au chapitre des Peintures.

XVI. La croix marche devant : Premièrement, pour mon- trer que le diacre doit prêcher le Crucifié. Deuxièmement, parce que celui qui le regarde avec foi est guéri de la morsure le l'antique serpent, car le Christ en croix c'est le serpent même d'airain sur le pilier. Troisièmement, la croix précède l'évangile, pour montrer que le prédicateur doit suivre le Cru- cifié. D'oi^i vient que le Seigneur dit à Pierre : «Suis-moi)» ([saint] Jean, chap. xxi). Puis le diacre monte à l'ambon.

XVII. On appelle, en latin, amhOy amhonisy le pupitre sur lequel on lit l'évangile (9). Le nom d'ambon vient du verbe ambio, ambis^ aller à l'entour, parce que cet endroit est en- touré [ambitur) de degrés ou marches. Dans certaines églises il y a deux paires de degrés ou deux montées à l'ambon au mi- lieu du chœur, l'une à gauche, savoir , vers l'orient^ par oii l'on monte ; l'autre à droite , savoir , vers l'occident , par où l'on descend, comme il a été dit plus haut. Le diacre monte du côté du midi, car le Christ vint [ascendit] de Béthel ou Bethléem , qui est au midi, à Jérusalem. Et il est dit : « Dieu (( viendra du côté du midi. » Le diacre monte donc à l'ambon pour marquer que le Christ entoure de sa protection (amhit) tous ceux qui gardent la parole de l'Evangile , pour pouvoir

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être compris [ambiri) , et ainsi être mieux entendu par leS hommes.

XVIII. Le diacre monte aussi, pour, d'un lieu élevé et àl haute voix^ annoncer l'évangile, de manière à ce qu'il soit en- tendu partout et par tous , selon cette parole du Prophète i (( Monte sur une montagne élevée, toi qui annonces la honne (( nouvelle [evangelizas) à Sion ; emploie toute la force de ta c( voix. » Et le Seigneur dit dans l'Evangile : « Ce que je vous « dis dans les ténèbres, dites-le à la lumière, et ce que vous ce entendez à l'oreille, prêchez-le sur les toits » (Extra De hœ- red. cum ex injuncto), afin que nous imitions le Seigneur_, qui monta sur une montagne pour prêcher l'Evangile, et qui, ayant ouvert la bouche, instruisit ses disciples en ces termes : «c Bien- ce heureux les pauvres en esprit, etc. » La loi fut aussi donnée sur une montagne. Or, on lit l'évangile sur un endroit élevé et éminent, parce que la doctrine évangélique fut portée par toute la terre , selon cette parole : In omnem terram exivit so- nus eorum, etc. (ix d., Ita). On lit l'épître dans un endroil plus bas , parce que la loi et les prophètes , symbolisés par elle, furent renfermés en Judée, selon cette parole : «Dieu s'esl fait connaître dans la Judée, etc. » En outre, l'épître figure la prédication de l'Ancien-Testament, qui est terre à terre [humi- lior) ; tandis que par l'évangile on entend celle du Nouveau,' qui est plus élevée. En effet, la doctrine du Christ ou la loi évangélique surpasse celle des apôtres, et celle des apôtresl surpasse la doctrine de l'ancienne loi. Ce qui fait que l'Apôtre dit aux Hébreux, chap. vu : « La loi ne conduit personne à (( une parfaite justice , » tandis que l'Evangile sauve toul homme qui croit.

XIX. Mais à la messe pour les défunts on ne lit pas en un lieu éminent, mais près de l'autel, l'évangile et l'épître, pour marquer que les morts ne tirent aucun fruit des prédications que l'on fait publiquement aux vivants. Quand ces derniers manquent à l'église, on ne peut faire d'instructions publiques

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lU particulières, mais on prie plutôt pour eux le Christ, figuré >ar l'autel, pour qu'approchant de lui nous puissions obte- lir pour eux quelque révélation.

XX. On lit d'ordinaire l'évangile sur un aigle, selon cette larole du psaume xvii : « Il a volé sur les ailes des vents ; » et 'on couvre cet aigle ou l'endroit où on lit l'évangile les ours de fêtes, d'une étoffe de lin ou de soie, pour signifier la lexibilité des cœurs des chrétiens. Car le Seigneur a dit par a voix du prophète Ezéchiel : « Je vous donnerai un cœur de

chair, et j'écrirai ma loi dans vos cœurs. » Mais on ne cou-

re pas l'endroit sur lequel on lit l'épître, pour montrer la iureté des cœurs des Juifs.

XXI. Quand le diacre va lire l'évangile, il passe à gauche, omme on l'a déjà dit ci-dessus, au chapitre du Changement ie Place du prêtre, et il tourne sa figure vers l'aquilon ou lord-est, selon cette parole d'Isaïe, chap. xviii : « Je dirai à

l'aquilon : Donne-moi mes enfants, et au vent du midi : Ne
les empêche point de venir, » pour montrer que nous de-

ons nous armer de l'enseignement de l'Evangile et diriger pécialement la prédication du Christ contre celui qui a dit : c Je poserai mon trône contre l'aquilon, et je serai semblable

au Très-Haut ; » car, selon le Prophète, « c'est de l'aquilon

[ que tout mal se répandra sur les habitants de la terre. » On it aussi l'évangile vers l'aquilon , selon ce qu'on lit dans le ]antique des cantiques, chap. iv : « Que l'aquilon se retire, «  'est-à-dire que le diable s'enfuie, ce et que le vent du midi

vienne, » c'est-à-dire que l'Esprit saint s'approche. Or, c'est

vec raison qu'on lit l'évangile contre le diable pour le chas- er par sa vertu, car le diable ne hait rien tant que l'Evangile, i'aquilon , qui est un vent froid , signifie le diable , qui , par 3 souffle des tentations, refroidit et gèle les cœurs des hommes ar la crainte de Dieu. Comme donc la foi est renfermée dans Evangile , qui est notre armure contre le diable , selon cette arole : (c Résistez avec force au démon , » c'est avec raison

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qu'on lit révangile contre le diable. Parfois aussi on lit l'évan- gile en se tournant vers le midi, parce que la doctrine du Christ, qui fut d'abord enseignée aux Juifs, et qui l'est main- tenant aux Gentils , leur reviendra à eux à la fin des temps , et qu'ils y croiront. Ceux qui ont précédé le diacre pour aller à la recherche de l'évangile, se tournent vers l'évangile et en face de celui qui le lit, comme on l'a dit à l'article de l'Epître.

XXII. Ensuite, celui qui doit lire l'évangile salue le peuple pour le rendre attentif à écouter la parole de Dieu , en disant : « Le Seigneur soit avec vous. » Il montre aussi, par cette formule, qu'il prie afin que le Seigneur soit avec eux, et il observe ainsi cet ordre du Seigneur : « En quelque maison c( que vous entriez, dites d'abord : Que la paix soit dans cette c( maison. » Et le chœur et le peuple, rappelés en quelque sorte à l'ordre et à l'attention, se tournent vers le diacre et du côté où se lit l'évangile, parce qu'il a été dit à tous r (( Allez par tout le monde, prêchez l'Evangile à toutes les (( créatures , » c'est-à-dire à tous les hommes , pour qui tout ce qui est créé a été fait, ou qui participent en quelque chose avec toutes les créatures. Et ils répondront : « Et avec ton es- «c prit. » Ajoute à ces mots ceux-ci : « Afin que tu puisses (( dignement lire l'évangile , y) comme s'ils disaient : « Que le (( Seigneur soit avec toi pour le dire ; » et ils se saluent ainsi réciproquement, comme on le dira à l'article de la Préface.

XXIII. Or, c'est debout et non assis qu'on entend la lecture de l'évangile, d'après la règle établie à cet égard par le pape Anastase [De consec, c. i, Apostolica) , pour marquer quel'oa doit être prompt à marcher au combat pour défendre la foi du Christ. De là vient que [saint] Luc a]dit, chap. xxn : « QueJ « celui qui n'a pas d'épée vende sa tunique et en achète une (c épée. » Et parce que l'enseignement de l'Evangile dirige nos âmes vers Famour des biens du ciel , pour désigner cette promptitude dont nous venons de parler quelques-uns ôtent leurs manteaux pendant la lecture de l'évangile ; et c'est aussi

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pour montrer qu'il faut abandonner tous les biens temporels pour le Christ, selon cette parole de l'Evangile : « Quant à ce « qui est de nous, nous avons tout quitté et nous t'avons suivi. » D'après cela, il est manifeste que nous devons nous tenir de- bout, et non nous asseoir par terre (jacere) ou nous appuyer en écoutant la lecture de l'évangile. Donc, on quitte alors les sièges à dossier [reclinatoria], pour marquer que nous ne de- vons pas mettre notre confiance dans les princes, ni nous appuyer sur les choses de la terre , parce que l'Ecclésiaste a dit : ce Va- « nité des vanités, et tout est vanité, » excepté Dieu, sur le- quel nous devons reporter tous nos soins en ce monde. Et, se- lon l'ordre du même Anastase , nous devons nous tenir debout et inclinés , afin que la pose même de notre corps indique l'hu- milité que le Seigneur enseigne.

XXIV. On entend encore la lecture de l'évangile tête nue : Premièrement, pour montrer qu'on est attentif, et c'est aussi pour signifier la même chose qu'il y a certaines personnes qui alors tiennent dans leur main leur menton et leurs joues. Deu- xièmement, pour que les cinq sens soient largement ouverts, afin d'entendre. Troisièmement^ pour marquer que tout ce qui était contenu sous des voiles et des figures dans la loi et les prophè- tes, a été manifesté dans l'Evangile. Lors de la passion du Christ , le voile du temple se déchira en deux depuis le haut jusqu'en bas.

XXV. On met bas aussi alors les bâtons et les armes '(a) : Pre- mièrement, pour ne pas imiter les Juifs, qui portaient enpré-

(a) «' C'est une coutume qui a été pratiquée en certains lieux , et qui se pra- tique peut-être encore, que ceux qui ont des armes dans Téglise les mettent bas

durant le lecture de l'évangile, etc Cromer, historien de Pologne, rapporte

une coutume bien différente quant à ce point , qui est que , dès ausitôt qu'on commençait la lecture de l'évangile à la messe, les nobles polonais tiraient l'épée hors du fourreau, et la tenaient élevée jusqu'à la fin du même évangile, et les chevaliers de Malte pratiquent encore la même chose en pareille occa- sion , pour dire et faire voir qu'ils ne tirent l'épée que pour la cause de Dieu et pour soutenir l'Evangile. » (Gilbert Grimaud, la Liturgie sacrée, etc.; édit. de 1678, t. 2, p. 26.)

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sence du Crucifié des bâtons et des armes. Deuxièmement^ pour montrer que, lors de la prédication du Christ, toutes les observances de l'ancienne loi, symbolisées par les bâtons, furent mises de côté. Troisièmement, la mise à bas des bâ- tons et des armes montre l'humilité, et que le propre de la perfection chrétienne est de ne pas se venger, mais de confier le soin de sa vengeance au Seigneur, selon cette parole : ce C'est c( à moi que la vengeance est réservée , et c'est moi qui la « ferai, » dit le Seigneur. Et [saint] Mathieu, chap. v : ce Si « quelqu'un t'a frappé sur la joue droite, présente-lui encore c< l'autre » (XXIIÏ, q. i^ § i). On écoute aussi l'évangile en silence, parce que toutes les promesses contenues dans la loi et les prophètes ont été accomplies et tenues par l'Evangile. Et le pontife ou le prêtre, pendant qu'on lit l'évangile, tourne son visage dans cette direction , pour marquer que le Christ a toujours les yeux sur les prédicateurs de l'Evangile, pour leur venir aide; et il se tient sur le marche-pied de l'autel, pour montrer que toute puissance ennemie est battue en brèche par la prédication de l'Evangile et mise sous les pieds du Christ, et qu'ainsi s'accomplit cette parole du Psalmiste : « Jusqu'à ce « que je réduise tes ennemis à te servir de marche-pied [sca- c( hélium). »

XXVI. Le diacre, aussitôt qu'on lui a répondu : ce Et avec (( ton esprit, » afin de rendre tous les assistants dociles et bienveillants à ouïr la parole de l'Evangile, c'est-à-dire la bonne nouvelle qui annonce le royaume de Dieu, ajoute: (( Suite du saint évangile, » en encensant le livre et en le marquant du signe de la croix. Et même, en certains lieux, il baise le livre, comme s'il disait : « C'est le livre ou l'Evangile c( de Dieu ; c'est le livre du Crucifié que je prêche ; c'est le c( livre du Pacificateur, par qui nous avons reçu la réconci- (( liation; » ce qui a fait dire à l'Apôtre, P^ épître aux Corin- thiens, chap. I : « Nous vous prêchons le Christ crucifié. » La fumée de l'encens signifie l'odeur de la bonne prédication.

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XXVII. Ensuite il se signe au front, sur la bouche et sur la poitrine ou le cœur, pour que le diable, qui tend des pièges aux bonnes œuvres , ne lui ôte pas , par le respect humain , la dévotion du cœur ou le témoignage de la bouche. C'est comme si le diacre disait ( Rom., i ) : « Pour moi , je ne rougis point tt de la croix du Christ ; mais je la prêche de bouche et la crois <( de cœur; » car c'est de cœur que l'on croit à la justice , et de bouche qu'on la confesse pour être sauvé. L'Apôtre dit aux Co- rinthiens (I, chap. i) : ce Nous prêchons le Christ Jésus et le « Christ crucifié , qui est un scandale aux Juifs et une folie c( aux Gentils ; » et aux Galates, chap. vi : (c Mais, pour moi, <( à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la (( croix de notre Seigneur Jésus-Christ. » Le Seigneur dit aussi dans l'Evangile : ce Si quelqu^un rougit de moi et de mes pâ- te rôles , le Fils de Fhomme rougira aussi de lui lorsqu'il vien- ne dra dans sa gloire et dans celle de son Père et des saints an- <( ges. » D'oii vient qu'on lit dans Daniel : (c Ceux qui mettent c( leur confiance en toi ne tomberont point dans la confusion . » Il y en a qui se signent seulement au front et à la poitrine , com- me sur les deux entrées du corps. Le clergé et le peiiple, ayant ouï le titre de l'évangile , savoir : « Suite du saint évangile selon, <c etc., » ou la bonne nouvelle, se tournent vers l'orient ou du côté de l'autel, pour glorifier Dieu, qui est le véritable Orient qui leur a envoyé la parole du salut , comme on le lit dans les Actes des Apôtres : ce Et ils glorifièrent Dieu , en disant : Dieu c( a donc aussi fait part aux Gentils du don de la pénitence qui <c mène à la vie. » Ils répondront avec respect et honneur: «'Gloire à toi, Seigneur. » Ainsi, quand on se propose de leur lire l'évangile, qui traite de notre gloire et de notre délivrance, et qui apprend comment le Christ a vaincu le diable, nous a délivrés de son esclavage et est monté vainqueur à la gloire de son Père , ces mêmes auditeurs de Févangile, pleins de joie et louant leur Sauveur, s'écrient : « Gloire à toi. Seigneur, » comme s'ils disaient : ce Que ta gloire , qui nous est annoncée

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dans révangile , demeure avec nous sans fin , et qu'elle croisse toujours. »

XXYIIl. Et en disant ces mots ils se munissent en même temps du signe de la croix sur le front, la bouche et la poitrine, pour résister aux attaques du diable , afin qu'il ne les trouble pas pendant la lecture de l'évangile. Au front, parce que c'est là que résident la pudeur et la vergogne. C'est pourquoi, en imprimant la croix sur le front , on montre qu'on ne rougit pas de croire au Crucifié , dont on lit le livre , et de l'avoir pour Dieu et Seigneur. Sur la bouche , pour marquer qu'on prêche avec courage la croix du Seigneur. Sur la poitrine, pour mon- trer qu'on souffrirait volontiers pour le nom du Christ; et c'est aussi pour cette raison qu'il y en a qui , pendant qu'on lit l'é- vangile , posent leurs deux pouces sur la poitrine , de manière à y figurer une croix. Nous nous signons encore sur la bouche, pour indiquer que nos paroles doivent être empruntées à l'E- vangile ; et sur la poitrine^ pour montrer que les paroles de l'Evangile doivent nous frapper dans la poitrine et dans l'ame. Après avoir fait le signe de la croix, on se tourne vers le diacre pour entendre l'évangile. On parlera dans la préface de la cin* i quième partie du mystère de la croix.

XXIX. Enfin, en quelques endroits le sous -diacre^ pen-* i dant la lecture de l'évangile, met sa main gauche sous le livre, | pour montrer que ceux qui vécurent sous le temps de la loi, dont la fin ou le dernier fut Jean , que représente le sous-diacre, ^ lors même qu'ils faisaient quelque bien , ce bien était faible et 1 infirme; ce qu'indique la main gauche, parce que, si la loi disposait à la grâce, cependant. elle ne la conférait pas. C'est donc avec convenance que le sous-diacre met sa main gauche sous le livre des évangiles , dans lequel est annoncée la foi du f Christ, sans laquelle personne n'est sauvé , même par les œu- vres de la loi. La main gauche signifie aussi les choses tempo- relles, et le livre des évangiles désigne comme il faut les cho- \ ses spirituelles. Or, on met la main gauche sous le livre, pour

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marquer que, de même que Famé ne vit pas sans le corps, ainsi les choses de l'esprit ne peuveut subsister longtemps sans l'assistance des choses du temps. On termine l'évangile en éle- vant la voix à la fin, comme on l'a dit à l'article de l'Epître, et, sitôt qu'il est achevé , le diacre se munit du signe de la croix , pour que le diable ne dérobe pas la semence de l'Evangile, qu'il vient de prendre d'un vase scellé (vase signato).

XXX. Et ensuite il baise l'évangile pour montrer qu'il a an- noncé la bonne nouvelle par charité et amour. Les auditeurs se tournent vers l'orient , comme du côté de Jérusalem , pour rendre grâces à Dieu de ce que l'Evangile nous est venu de là, selon ce que dit le Seigneur dans l'Evangile : ce Vous me ren- te drez témoignage de ces paroles parmi toutes les nations , en « commençant par Jérusalem; » et ils se munissent du signe de la croix sur la poitrine^ contre le diable, de peur que la pa- role de Dieu soit étouffée en eux. D'où vient que [saint] Luc dit, chapitre viii : ce Les oiseaux du ciel l'ont mangée. » C'est aussi pour que le diable ne ravisse pas de leurs cœurs la parole du Seigneur, comme s'ils disaient : « Que Dieu nous fasse persé- « vérer dans la doctrine du Christ, » et pour signifier qu'ils ont dans leur cœur ce qu'exprime leur bouche. Ce que l'on dé- signe d'une manière encore plus claire en certaines églises oij, quand l'évangile est fini, on dit Amen. Et ajuste titre, comme si l'on disait : (c Ce qui est dit dans l'Evangile est vrai ; » et j cette pratique est contre certains hérétiques, qui, après avoir lu t ! l'Evangile, disent en quelque sorte : ce C'est faux, » par la con- i I tradiction de leur doctrine et de leur vie avec l'Evangile lui- il I même. Amen veut dire aussi : ce Qu'il nous advienne ce que le e j <c Seigneur promet dans l'Evangile , » selon cette parole de Il Néhémias, chapitre viii : (( Esdras bénit le Seigneur, le grand h a Dieu ; et tout le peuple, levant les mais en haut , répondit : }- j (( Amen y amen. Et, s'étant prosternés en terre, ils adorèrent « Dieu. » Dans d'autres églises on dit : Deo gratias , comme cela a lieu après quelque leçon (ou lecture) , ou le capitule.

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Certains lettrés disent aussi : ce Béni soit celui qui vient au non a du Seigneur, » qui est la fin de l'évangile de saint Mathieu qu'on lit à la fôte du bienheureux Etienne et le dimanche dei Rameaux. En certains lieux les cierges, qui signifient les doc leurs par qui l'Eglise est illuminée, sont éteints après la lectun de l'évangile, parce que c'est seulement quand 1q Christ parl( en eux qu'ils peuvent éclairer l'Eglise, tandis que lorsqu'il s( tait, c'est-à-dire quand l'Esprit saint se retire d'eux, ils ne peu vent plus posséder cette faculté. En outre, quand la prédicatior de l'Evangile sera terminée , la loi et les prophéties cesseront Cependant, dans quelques églises, pendant qu'on lit l'évangile on dépose à terre les chandeliers garnis de cierges, pour mon trer que la loi et les prophètes sont inférieurs à l'Evangile.

XXXI. C'est avec raison que le sous-diacre rapporte le livn des évangiles, tandis que le diacre revient à vide [vacuus) pour montrer qu'ayant fini de prêcher il se livre [vacare) à k contemplation. En venant pour lire l'évangile, il portait^ er certaines églises, le livre sacré , pour montrer qu'il devait non- seulement enseigner, mais aussi pratiquer. Il revient aussi l l'évêque ou au prêtre^ dont il a reçu sa mission, pour faire voii que toute doctrine vient de Dieu et retourne à lui. Ce qui a fai dire à Salomon : « Les fleuves retournent au même lieu d'oi^ a ils étaient sortis. » On rapporte aussi le texte de l'évangik sur un coussin, parce que l'Eglise, dès qu'elle eut ouï l'Evan- gile , le reçut avec douceur dans son cœur et fut remplie d( liesse , selon cette parole : « Sion l'a entendu, et s'en est ré- <( jouie ; » et : « Mon ame s'est fondue au son de la voix du <( Bien- Aimé. » On rapporte encore au pontife le livre de< évangiles et l'encensoir, parce que l'on doit rapporter tous les biens à Celui dont tous les biens procèdent. Car il est la fin qui consomme mais ne consume pas , l'alpha et l'oméga , le pre- mier et le dernier, le commencement et la fin. Et les apôtres ayant achevé de prêcher, revinrent au Christ, lui rendant grâ- ces de leurs miracles et du fruit de leur prédication.

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XXXII. L'évêque respire le parfum de l'encens et baise l'é- vangile : Premièrement , pour montrer que ce que l'évêque a inspiré et enseigné, il l'approuve et l'accepte. Car Dieu ne re- çoit rien que ce qu'il produit, et il ne récompense que ce qu'il donne, parce que^, comme tout ce qu'il a fait est bon, ainsi il n'y a de bon que ce qu'il a fait. « Dieu regarda ce qu'il avait créé, et cr tout était excellent. » Deuxièmement, le célébrant baise le livre ouvert, pour montrer qu'il doit savoir que tout est ouvert et à nu devant ses yeux dans l'ancienne loi , selon cette parole de [saint] Luc, chapitre viii : « Pour vous^ il vous a été donné de <( connaître le mystère du royaume de Dieu. » Et Malachie, chapitre ii : « Les lèvres du prêtre sont les dépositaires de la « science, et c'est de sa bouche que l'on recherche la connais- « sance de la loi » (Extra De hœr. cum ex injuncto). Troisiè- mement, parce que lui seul entre dans le saint des saints, comme on l'a dit dans la préface de cette partie. Quatrième- ment, parce que ce baiser signifie l'ardeur de l'amour pour l'E- vangile, qui doit surtout être plein de force dans l'évêque, de telle sorte qu'il soit prêt à subir la rriort pour lui (XXV, q. i, Violatores). Cinquièmement, le sous-diacre présente ouvert le livre au prélat ou au prêtre pour qu'il le baise , pour mon- trer qu'il doit mettre ses délices dans la foi , dont le cœur des fidèles est pénétré et ouvert à toutes les bonnes inspirations par la prédication de l'Evangile, qui avait été d'abord renfermée et comme contenue en germe dans la loi. Ensuite, dans certaines églises, on montre le livre fermé à ceux qui sont dans le chœur, parce qu'après les susdites paroles : « Pour vous , il vous a été c( donné de connaître le mystère du royaume de Dieu , » sui- vent celles-ci : « Mais pour les autres il ne leur est proposé « qu'en paraboles. »

XXXIII. Et il faut prendre garde qu'après que le diacre, ayant lu l'évangile, baise le livre pour montrer qu'il a évangé- lisé ses frères avec charité et amour , alors enfin on porte l'é- vangile à l'évêque, représentant du Christ, pour qu'il le baise.

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c'est-à-dire pour qu'il accepte la prédication; et on ne fait pas cela avant ^ pour montrer que Dieu n'a pour agréable que la prédication qui est le produit de l'amour et de la charité. Mais, cependant , à la messe pour les défunts on ne porte pas l'é- vangile à baiser au pontife, autant parce qu'alors les raisons précitées cessent, que parce qu'à cette messe toute solennité est suspendue, afin que les chants de fêtes ne se mêlent pas aux plaintes de la désolation. Pourtant, celui qui lit l'évangile à la messe pour les défunts baise le livre, en certaines églises, parce que- quiconque le prononce doit tendre par l'amour de la cha- rité à Celui dont il a répété la doctrine évangélique , et cet amour est symbolisé par le baiser.

XXXIV. Et il faut faire attention qu'aussitôt après avoir baisé le livre le prêtre assistant encense le pontife , figure du Christ, pour montrer que le principal office du prêtre est d'of- frir au Christ le sacrifice brûlant de la prière , symbolisée par l'encens, non-seulement en expiation du péché, mais encore en action de grâces, comme on le voit dans le Lévitique. On peut dire encore, en abrégé, que le livre des évangiles est porté par le sous-diacre ; que le diacre monte au pupitre ; qu'après avoir ouvert le livre^ il salue le peuple, et que tous répondent ; qu'il dit le titre précité de l'évangile, qu'il le lit à haute voix et distinc- tement, et contre l'aquilon ; que tout le peuple tourne ses oreil- les et ses yeux vers le livre et écoute en silence et debout, et qu'à la fin il lève ses mains au ciel et prie , en disant Amen. Tout cela, dis-je, est pris de l'ancienne loi. Car on lit, au com- mencement du livre de Néhémias, que le peuple s'étant assem- blé dans la place qui est devant la porte des Eaux, Esdras, doc- teur de la loi , apporta le livre de la loi de Moïse , et se tint debout sur un marche-pied de bois qu'il avait fait pour parler devant le peuple , et il ouvrit le livre devant tout le peuple. Enfin , les Lévites faisaient faire silence au peuple , afin qu'il écoutât la loi , bénissant le grand Dieu ; et tout le peuple de- bout, chacun en sa place, répondit Amen. Et ils lurent dans le

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livre de la loi de Dieu distinctement, et d'une manière fort in- telligible. Et tout Israël élevant ses mains , se prosterna à terre et adora Dieu.

XXXV. Il ne faut pas oublier de dire qu'en général deux préfaces précèdent les évangiles qu'on lit dans les églises. La première est : Initium^ « Commencement du saint évangile ; )> la seconde : Sequentia, « Suite du saint évangile. » Or, la pre- mière préface s'emploie au commencement de chacun des évan- giles des quatre évangélistes, savoir : de l'évangile de saint Jean, In principio eratVerhum ; de l'évangile de saint Mathieu,Zi6er generationis ; de l'évangile de saint Luc^ Fuit in diehus Hero- dis ; et de l'évangile de saint Marc, PrincipiiimEvangeliiJem Christi. On emploie cette formule le premier dimanche de l'A- vent, comme on le dira à cet article, et alors on n'y ajoute pas : In illo tempore, parce que dans ces commencements mêmes un temps certain est expliqué et déterminé ; d'où vient que ce serait un jeu et une superfluité que d'employer ces mots : In illo tempore. Quant à la seconde préface , on en fait précéder tous les autres évangiles. Et on l'appelle Suite ^ parce que ce qu'on va lire est la suite du commencement, ou après ce qui précède l'évangile du jour, d'où sont tirées les paroles du saint évangile, etc. Et Suite est du nombre singulier. Ainsi donc, quand on dit : a Suite du saint évangile selon saint Jean, » on sous-entend : « C'est là la suite, voilà la suite, etc. »

XXXVI. C'est avec raison que dans les évangiles devant lesquels on emploie la seconde préface on ajoute parfois : In illo tempore y et que parfois aussi on n'emploie pas cette for- mule. En effet, on laisse de côté In illo tempore quand les ter- mes mêmes de l'évangile marquent un temps certain, comme on l'a dit ci-dessus, et alors on débute par quelque époque dé- terminée d'un règne ou de tout autre pouvoir, comme : ce La ce quinzième année de Tibère ; » ou par une simple narration du fait accompli fixant lui-même son époque, comme celui-ci : « Cum esset desponsata. » Et cet autre : ce Postquam consum-

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(( mati sunt. » Et : « Quand Jésus fut né, — 11 arriva pendant (( qu'on le baptisait, — Lorsqu'il eut douze ans, — Les jours « étant accomplis, — Le soir du sabbat, — Elizaheth impletum « est y etc. Pour le reste des évangiles on ajoute : ïn illo tem- ^ pore, c( En ce temps-là^ » dont voici le temps : « En ce temps « de grâce , » dont l'Apôtre dit : « Voici maintenant le temps « favorable; voici maintenant le jour du salut » [De pœnit, ^ dist. I, Ecce).

XXXVII. Il ne faut pas non plus oublier de dire qu'on lit l'é- vangile à l'église parfois comme histoire, tel que celui du jour de Pâques, des saintes femmes, et celui qu'on chante à Noël à la deuxième messe , et qui a trait à l'adoration des bergers. Parfois on lit l'évangile au point de vue de l'allégorie, comme celui de l'Assomption de la bienheureuse Marie, oii il est parlé de Marie et de Marthe, et qui débute ainsi : « Jésus entra dans c( un bourg, etc., » comme on le dira dans la septième partie.. Parfois on lit l'évangile au point de vue d'une réalité [secun-^. dum rem) , comme celui de la sainte Trinité. Parfois il est per-^ sonnel, comme celui qu'on chante à la fête de saint Thomas^ apôtre, où l'on dit : « Thomas, un des douze. » Parfois au point de vue d'une particularité, comme celui de la fête de la sainte Croix , lequel traite de Nicodème , et où on lit : « Il faut « que le Fils de l'homme soit ainsi élevé, etc.; » parole par laquelle le Christ marque sa passion et l'élévation de son corps sur la croix. C'est pourquoi on lit, le jour de la fête de la sainte Croix , Tévangile qui en contient cette petite mention. Celui de la fête de saint Michel, archange, contient ce verset, et c'est ce qui l'a fait choisir pour cette solennité : « Les anges « voient toujours la face de mon Père qui est dans les cieux. » C'est encore au point de vue d'une particularité qu'on lit l'é- vangile qui commence ainsi : « Livre de la génération du « Christ, etc., » et cela à cause du dernier verset, dans lequel il est fait mention du Christ. Parfois au point de vue d'un évé^ nement complet, comme l'évangile qu'on lit à la Circoncision

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du Seigneur : « Postquam consummati sunt dies octo^ etc. » Par- fois selon le temps, comme celui qu'on dit le premier diman- che de Carême^ et qui a rapport au jeûne. Parfois à cause des litanies^ comme celui-ci : « Si vous demandez quelque chose « en mon nom, etc.^ » qu'on dit les jours de litanies , et où il est fait mention de quelques pains et d'un poisson. Et parfois selon l'endroit, comme celui qu'on lit le dimanche de la Sexa- gésime^ savoir : «Celui qui sème sortit^ etc. »

XXXVIII. C'est aussi avec raison qu'une abbesse ne doit pas lire l'évangile : car, quoique la bienheureuse Vierge fût plus digne et plus excellente que tous les apôtres , le Seigneur, ce- pendant, ne lui confia pas les clés du royaume des cieux (Ex- tra De pœn. et remis, nova). C'est aussi pourquoi une abbesse ne peut bénir ses propres nonnes, ou entendre leurs péchés en confession , ou lire l'évangile , ou prêcher publiquement. Elle pourrait cependant, à matines, dire l'évangile, mais non pas en public (VII, q. i, Diaconissam) . Et remarque qu'ily a quatre évangiles qui se rapportent à la bienheureuse Marie , comme on le dira dans la septième partie, à Farticle de la Fête de l'As- somption.

CHAPITRE XXV.

DU SYMBOLE (10).

L Après la lecture de l'évangile on chante immédiatement et à haute voix le symbole, c'est-à-dire : « Je crois en un seul « Dieu. » — (( Car il faut croire de cœur pour être justifié, et (c confesser sa foi par ses paroles pour obtenir le salut » (Saiqt Paul aux Romains, chapitre x). C'est pourquoi l'Eglise^ afin •de montrer qu'elle reçoit avec foi et de cœur la parole de l'E- ivangile ou sa prédication , chante immédiatement à pleine voix [ore) le symbole de la foi ; or, le symbole, qui suit l'évan-

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gile, marque la foi qui vient après la prédication. Ce qui a fait dire à saint Jean : « Après qu'il eut dit ces choses , beaucoup « crurent en lui. » Car, selon l'Apôtre aux Romains^ chap. x, « la foi vient de ce qu'on a ouï, et on a ouï parce que la pa- « rôle de Dieu a été prêchée. »

II. Et on dit le symbole à haute voix, afin que tous le disent et l'apprennent : car tout chrétien est tenu de confesser publi- quement la foi catholique, à cause de quoi il se signe au front. Mais à prime et à com plies on le dit tout bas, de peur que a les « mouches qui meurent dans le parfum n'en gâtent la bonne (( odeur, » comme on en touchera un mot dans la cinquième partie, au chapitre de Prime.

III. On dit encore à voix haute le symbole à la messe, pour marquer qu'aujourd'hui la foi catholique est librement prêchée et enseignée. Mais à prime on dit le symbole à voix basse, pour montrer que dans la primitive Eglise, surtout au temps de la passion du Christ, les prédicateurs et les professeurs de la foi gardèrent le silence ; et à compiles on le dit aussi tout bas, pour marquer qu'il en sera de même a la fin des siècles : car, lorsque la persécution suscitée par l'Ante-Christ sera. dans toute sa force, i les lèvres des prédicateurs et des docteurs de la foi seront clo- ses. C'est avec raison que le prêtre ou l'évêque commence le symbole, pour indiquer que tout bien procède du Christ : « car c< toute grâce excellente et tout don parfait vient d'en haut; o etc. » (I, q. I, Quant pio). Et afin que le musicien céleste ne dise pas : « Nous avons chanté devant vous, et vous n'avez « point dansé , )) le chœur répond d'une voix sympathique à l'enseignement de l'Evangile , et il célèbre avec un grand transport (tripudio) la foi catholique, en disant : Patrem om-i nipotentem^ etc., quoiqu'à la messe du Pape cela s'observe pari fois d'une autre manière, comme on le dira tout-à-l' heure.

IV. En outre, le prêtre, quand il commence le symbole, s^ place devant le milieu de l'autel, les mains étendues etélevéesi et il les joint ensuite en continuant sa récitation. Or, le prêtrei

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(jui représente le Christ , reste debout pour marquer que le Christ est toujours prêt à répandre largement sur tous les biens spirituels. Devant le milieu de l'autel, c'est pour montrer ^u'il ne fait acception de personne, mais qu'autant qu'il est en lui il coule également pour tous , et qu'il n'aime ni angle, ni détour. Les mains étendues, pour montrer qu'il est prêt à ré- pandre avec abondance ses biens sur ceux qui s'en rendent dignes. Et il élève ses mains en haut, comme pour montrer par cette action même que nous devons chercher les choses l'en haut, implorer la miséricorde de Dieu et espérer en lui seul. Ensuite il continue la récitation du symbole les mains jointes^ parce que nous devons rendre grâces à lui seul des biens que nous avons reçus et nous humilier. Et parce que le symbole est une parole évangélique quant au sens, c'est pour- quoi nous devons l'entendre debout , comme l'évangile ; et de même, après sa récitation, nous devons faire le signe de la 2roix.

V. SûpSoXov en grec se traduit en latin par juUcium (ju- ^ement)^ signum (signe), on coUatio (comparaison), tant parce ju'il indique une règle de foi pleine et parfaite , que parce ^u'il renferme en lui seul les articles de cette même foi.

YI. Et remarque qu'il y a trois symboles. Le premier est celui des apôtres, qu'on appelle petit symbole [symholum mi- nus) y que, d'après la règle du pape Damase, on dit tout bas cha- que jour, à toutes les heures canoniques. Symbole vient de juv [avec) et de jSbXov [sentence) y parce qu'il fut composé des diverses paroles des apôtres, comme les enfants, lorsqu'ils se réunissent aux jours de fêtes, ont coutume d'apporter des parts de mets [bolos) , c'est-à-dire des débris de viandes et de pain dont la réunion s'appelle écot [symbolum)^ c'est-à-dire assem- blage de menues choses (xliii d. , Non oportet) . On rapporte qu'a- près que les apôtres eurent reçu l'Esprit consolateur, comme ils s'apprêtaient à partir pour prêcher l'Evangile, et qu'ils confé- iraient ensemble sur les articles de la foi, ils établirent que, puis-

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qu'ils étaient tous unis par une seule foi, ils prêcheraient tous cette foi unique en des termes identiques; et c'est pourquoi, s'étant mis à composer le petit symbole, chacun d'eux y apporta son morceau ( boliim) , c'est-à-dire une particule. De là vienl qu'en suivant le catalogue ou le nombre des apôtres, on voit que le symbole contient douze parties.

VII. Car Pierre dit : a Je crois en Dieu, le Père tout-puis- (( sant, créateur du ciel et de la terre. » André : « Et en Jésus- ce Christ, son Fils unique, notre Seigneur. » Jacques : a Qui a « été conçu de l'Esprit saint, est né de la vierge Marie. » Jean ; (c A souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort et a été « enseveli. » Philippe : ce 11 est descendu aux enfers; le troi- a sième jour il est ressuscité. » Barthélemi : « Il est monte « aux cieux , il est assis à la droite de Dieu le Père tout-puis- (( sant. » Thomas : c< D'où il viendra juger les vivants et les c( morts. » Mathieu : « Je crois en l'Esprit saint. )) Jacques : a La sainte Eglise catholique, la communion des saints. » Si- mon : (c La rémission des péchés. » Thaddée : « La résurrec- « tion delà chair. » Mathias : « Et la vie éternelle. »

VIII. Le second symbole est celui qui commence par ces mots : « Quiconque veut être sauvé. » Il fut composé dans la ville de Trêves, par Athanase, patriarche d'Alexandrie. On peut cependant l'appeler le troisième symbole, car celui de Nicée , dont nous allons parler, fut recueilli dans le premier Synode de Nicée.

IX. Le troisième symbole est celui de Nicée (xv die), qui commence ainsi : « Je crois en un seul Dieu, etc. » Le pape Da- mase, de l'accord du Synode universel réuni à Conslantinople, établit qu'on publierait ce symbole et qu'on le chanterait à h messe à haute voix, quoique déjà le pape Marc 1" eût décrète qu'on le chanterait ainsi , et on l'appelle le grand symhoh [symholum majus). On croit que l'usage de chanter le sym- bole à la messe vient des Grecs; ce symbole contient douze articles.

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X. Le premier article est : a Je crois en un seul Dieu, etc. » jC second : « Et en un seul Seigneur, Jésus-Christ. » Le troi- ième : « Qui pour nous, hoiiimes, etc. » Et quand on dit :

Il s'est fait homme, » nous devons fléchir les genoux, parce

ue nous adorons le Christ fait homme et crucifié pour nous, -.e quatrième article est : ce lia été aussi crucifié pour nous. » je cinquième : « Et il est ressuscité le troisième jour^ selon c les Ecritures, » c'est-à-dire de la manière, dans l'ordre et au emps prédits dans les Ecritures. Le sixième article est : « Il

est monté au ciel. » Le septième : « Et il doit venir de nou-

c veau, etc. » Le huitième : a Et en l'Esprit saint, Seigneur. » jC neuvième : « Et l'Eglise une, sainte, catholique. » Le iixième : ce Je confesse un baptême. » Le onzième : « Et j'at- [ tends la résurrection des morts. » Le douzième : « Et la vie i du siècle à venir. Amen. » Et il est à remarquer que dans es susdits Conciles de Nicée et de Constantinople on ne lit >as ces mots : « Selon les Ecritures, » ni ceux-ci : ce Qui pro- ( cède du Fils. »

XI. Or, chez les Grecs, à la fin de ce même symbole on dit [u'il est défendu, sous peine d'anathème à qui que ce soit, l'oser enseigner ou de prêcher une autre doctrine touchant la bi en la Trinité, que celle qui est contenue dans le symbole ; ît le Concile de Calcédoine, tenu en Grèce, a recommandé d'a- lathématiser ceux qui oseraient composer, publier, écrire une mtre croyance, enseigner ou publier un autre symbole, comme )n l'a dit ci-dessus. C'est pourquoi les Grecs assurent que nous sommes anathèmes, parce que nous avons ajouté au symbole [es paroles rapportées plus haut. Mais ils parlent mal, autant parce que cetanathème n'est pas une règle confirmée par sen- tence publique , mais une sorte de menace , que parce qu'une puissance inférieure ne peut lier une puissance supérieure [xxi d., Inferior). Or, l'Eglise de Rome n'est pas soumise aux conciles^ mais bien plutôt les conciles lui sont soumis ( Extra De elecl. significasti). En outre, ces paroles : « Selon les Ecri-

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(( tiires, » sont tirées de l'exposition de foi de ce môme con- cile de Constantinople , et ainsi rien n'y paraît être ajouté ou respirer quelque erreur. C'est avec raison qu'on emploie ces mots dans le sens que nous avons exposé ci-dessus. Par ces pa- roles encore, nous n'enseignons rien d'étranger touchant la per- sonne du Fils ou à l'égard de la Trinité ; au contraire, c'est une seule et même doctrine^ car le Fils étant identique en substance au Père , ce qui procède du Père procède aussi du Fils : ainsi donc nous n'ajoutons rien, mais nous éclaircissons plutôt la doctrine reçue. Nous ne composons, nous ne publions, nous n'écrivons pas une croyance étrangère , pas plus que nous ne mettons en lumière un autre symbole ; en un mot , nous ne sommes soumis à aucun anathènae touchant l'enseignement précité.

XII. Il est cependant étonnant de voir avec quelle audace ces mêmes Grecs s'arrogent le droit de nier que l'Esprit saint procède du Fils^ lorsque cette doctrine est expressément conteH nue dans le Concile d'Ephèse, tenu contre eux (De consec, d. v,' ult. et pénult.). Mais envoyant qu'ils étaient tombés dans l'er-^ reur, ils envoyèrent quelques prélats des leurs au Concile général de Lyon, tenu sous le pape Grégoire X, et en notre présence ils professèrent publiquement, en leur nom et en celui de tous les prélats et de l'empereur des Romains, que l'Espril saint procède éternellement du Père et du Fils, non comme de deux principes, mais comme d'un seul principe; non de deux spi rations, mais d'une seule (Extra De summa Trini- tate et fide cath.), comme on le trouve dans la Constitution du même Grégoire ; et devant tout le Concile ils chantèrent troi^ fois en grec et trois fois en latin le symbole avec ces parole^ précitées : ce Selon les Ecritures , » et « Qui procède du Père « et du Fils. »

XIII. Et l'on chante ce grand symbole aux solennités seule-) ment de ceux qui l'ont composé, et à celles dont il y est far quelque mention^ savoir : tous les dimanches, aux festivités di

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seigneur, Noël^, l'Epiphanie, le Jeudi saint, Pâques, l'As- îension, la Pentecôte et la Transfiguration, et à la fête de la frinité^ et à toutes les festivités de la bienheureuse Marie^ de a sainte Croix, des Anges et des Apôtres, dont il est fait men- ion dans ce symbole en ces termes : « Et l'Eglise apostolique.)) \.ux solennités des évangéhstes Luc et Marc , au dire de quel- [ues-uns, on ne doit pas chanter le symbole, parce qu'ils n'ont )as été apôtres. On doit dire ce symbole aux dédicaces des îglises et à la commémoration de tous les saints , bien que îette même commémoration soit la festivité de la Dédicace. )n dit aussi ce symbole pendant l'octave de Noël, excepté le our des Innocents, dans lequel on suspend les cantiques d'al- égresse. Cependant on le chante pendant l'octave, comme on e dira dans la sixième partie, à l'article de cette fête. On chante lussice symbole pendant les octaves de l'Epiphanie, de Pâques, le l'Ascension, de la Pentecôte, des apôtres Pierre et Paul et de 'Assomption de la bienheureuse Marie. Et, quoiqu'aux jours le naissance des saints Jean-Baptiste et Laurent on ne chante 3as le symbole , cependant on le chante pendant l'octave de eurs fêtes , parce qu'elles se rencontrent entre les octaves des \pôtres et de l'Assomption; et c'est aussi pour cela que l'on îhante pendant l'octave de saint Jean-Baptiste la préface des \pôtres, et pendant celle du bienheureux Laurent la préface le l'Assomption. Cependant, en certaines églises on dit le

ymbole le jour de la fête du bienheureux Jean-Baptiste, et
ela avec juste raison , parce que dans le symbole il est fait

nention des prophètes en ces termes : (c Qui a parlé par les ( prophètes. » Et parce que Jean ne fut pas seulement un pro- phète , mais plus qu'un prophète , il est écrit de lui : « Il y eut

un homme envoyé de Dieu qui s'appelait Jean. )) Et ainsi

i fut apôtre, dit saint Jean-Chrysostôrne dans le sermon qu'on it le jour de la fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste ; t le nom d'apôtre est synonyme de celui d'ange. Jean-Bap- j liste aussi fut le premier à baptiser et à prêcher le baptême,

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et dans le symbole il est fait mention du baptême ; au surplus, le symbole rappelle toutes ces choses. Il en est cependant dont il parle obscurément, comme de l'Epiphanie ; c'est pourtant ue jour solennel dans la vie du Seigneur, car c'est la fête de sor baptême, et il en est parlé en ces termes dans le symbole : « J( ce confesse un baptême , etc. » Il est aussi fait mention de h cène du Seigneur; c'est la solennité de l'eucharistie, à laquelle se rapportent ces mots : ce La communion des saints » et dei anges; mais ces derniers sont compris sous le nom du ciel, e^ il en est parlé dans cet article du symbole : « Créateur ou fa- ce bricateur du ciel et de la terre. » Cependant quelques-uns ne pensent pas qu'on doive chanter ces paroles dans ce sens, parce que les anges n'ont jamais eu la foi , mais Tespérance ils ne croient pas, mais ils savent, car ils ont une pleim science. On fait aussi commémoration dans le symbole^ quoi que d'une manière obscure, de la dédicace des églises, à la quelle se rapporte cette parole : ce La sainte Eglise catholi ce que; » car alors l'église est sanctifiée, et, pour ainsi parler proclamée catholique, lorsqu'on la dédie. Aux octaves a trai la résurrection des morts , dont il est dit dans le symbole ce Et j'attends la résurrection des morts. » A la fête de sainti Agnès on ne chante pas le symbole , parce que , quoiqu'on l< célèbre dans l'Eglise, ce n'est cependant pas une fête d'octave comme on le dira dans la septième partie , à l'article de cett( fête.

XIV. Enfin, il y en a qui chantent, non sans raison, le sym bole tous les jours depuis Pâques jusqu'à la fête de l'Ascen sion , comme tous les dimanches, et aussi à la solennité de L bienheureuse Marie-Madeleine, disant qu'elle fut la messager des apôtres, parce que la première elle les remplit d'allégress en leur annonçant la résurrection ; et à la fête du bienheureu Martin, parce que l'on chante de lui : ce Martin est l'égal de ce apôtres. » Il y en a aussi quelques-uns qui disent le symbol le jour de la principale fête d'une église ou d'un oratoire , i

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ion cependant dans Toctave de celte fête , s'ils la célèbrent. 1 est fait mention dans le symbole de certaines choses en commémoration desquelles on ne chante pas le symbole,

omme de la passion et de la sépulture ; car l'office de ces jours

le suit pas la règle des autres fêtes du cercle de l'année [alio- mm regnorum) . On ne dit pas non plus le symbole dans les jours de la semaine consacrés en l'honneur de la bienheu- reuse vierge Marie, ou de la sainte Croix, ou du Saint-Esprit 'Extra De celehratione missarum consilium). En certains en- Jroits, après qu'on a chanté le symbole , ou pendant qu'on le îhante, le peuple chante Kyrie, eleison , parce qu'après que le Christ et les apôtres eurent enseigné, les fidèles, ayant reçu la foi , louèrent Dieu ; ce que représente la mélodie très-agréable iu symbole. Et il faut savoir que le Christ n'est pas venu prê- cher les Gentils , mais les Juifs, selon cette parole de l'Evan- gile : c( Je n'ai été envoyé qu'aux brebis de la maison d'Israël c( qui se sont perdues. » D'où vient qu'il fit cette recomman- dation aux apôtres : a N'allez point vers les Gentils, et n'en- c( trez point dans les villes des Samaritains. » Ce ne fut qu'a- près la résurrection qu'il leur donna cette autre recommanda- tion en ces termes : « Allez par le monde entier, prêchez TE- c( vangile à toute créature. » C'est pourquoi, quand le pontife romain célèbre solennellement, ce ne sont pas les chantres dans le chœur, mais les diacres devant l'autel, qui chantent le symbole de la foi, et ce sont eux qui répondent générale- ment à tout, jusqu'à ce que le pontife dise : « Que la paix du « Seigneur soit toujours avec vous; » parce que, jusqu'après la résurrection du Christ, la seule Eglise des Juifs, que symbolise le sous-diacre qui se tient en haut de l'autel, « crut de cœur c( pour être justifiée, et confessa sa foi par ces paroles pour ob- « tenir le salut » (Extra De sac, c,\). Mais, à partir de ce moment, les chantres répondront dans le chœur et chanteront tout , parce qu'après la résurrection l'Eglise des Gentils , sym- bolisée par les chantres, qui se tiennent au bas du chœur, reçut

Tome ÏI. U

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la foi du Christ et chanta en l'honneur du Sauveur de magni- fiques louanges. Cependant , entre Tévangile et le sacrifice le chœur chante d'une voix unanime l'ofTertoire , parce qu'entre la passion et la prédication les Gentils montrèrent un désir de foi à Dieu, quand la femme Chananéenne, venue du pays de Tyret de Sidon, fit entendre ce cri : « Seigneur, fils de David, « aie pitié de moi ; ma fille est misérablement tourmentée « par le démon. » Et le Seigneur loua sa foi en lui disant : (( femme! ta foi est grande; qu'il te soit fait comme tu (( le désires. »

XV. Enfin, exposons sous forme d'abrégé le symbole des apôtres, qui contient en peu de mots tous les articles de foi. <( Je crois en Dieu, le Père tout-puissant^ créateur du ciel et « de la terre. » Remarque que c'est autre chose ^ comme dit Augustin , de croire à Dieu , de croire Dieu et de croire en Dieu.

XVI. Croire à Dieu, c'est croire que tout ce qu'il dit est vrai, ce que les méchants mêmes croient ; nous croyons à un homme, et nous ne croyons cependant pas en lui. Croire Dieu, c'est croire qu'il est Dieu, comme font aussi les démons. Croire en Dieu, c'est joindre l'amour à la foi ; croire en Dieu , c'est aller à lui ; croire à Dieu, c'est s'attacher à lui , ce que seuls font les justes. Donc celui qui dit : « Je crois en Dieu, » ment, s'il ne chérit pas Dieu , à moins qu'il ne dise qu'il parle en la personne de l'Eglise. Et en disant Dieu au singulier, il montre son mépris pour la pluralité des dieux. D'oi^i vient qu'on a ajouté d'une manière remarquable dans le grand symbole ce mot : Unum^ « Un , un « seul, » selon cette parole : « Ecoute, Israël; le Seigneur ton « Dieu est le seul et unique Seigneur. » Et l'Apôtre : « 11 n'y « a qu'un seul Dieu, qu'une seule foi, qu'un seul baptême. »

XVII. En disant le Pêre^ le symbole, commence à distinguer les personnes, dont Isaïe a dit : a Qui soutient de trois doigts « toute la masse de la terre. » Et ailleurs : ce Les séraphins « criaient : Saint, saint, saint. » Et le Seigneur a dit : « Bap-

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« tisez toutes les nations au nom du Père^, et du Fils^ et de TEs- « prit saint. » Et Jean : « Il y en a trois qui rendent témoi- (( gnage dans le ciel : le Père, le Verbe et l'Esprit saint. » Le Père est la première personne, non pas selon le temps, mais selon l'autorité, dans la Trinité. Ce qui suit, tout-puissant , est son nom essentiel ; et voilà pourquoi nous le rapportons ^ non sans raison^, à Dieu substantiel, ou au Père, par relation, quand nous disons : a Je crois en Dieu , le Père tout-puissant, » ou : (( Je crois dans le Père tout-puissant. »

XVIII. De même pour ce qui suit : « Créateur du ciel et de c( la terre; » parole qui confond l'hérétique qui affirme que le créateur du ciel n'a pas été celui de la terre, que les choses célestes ont eu un autre créateur que les choses terrestres, et que les corps n'ont pas eu le même créateur que les âmes ; à quoi Moïse a répondu : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la (c terre. )) Et David : a Tu as. Seigneur, dès le commence- (( ment , fondé la terre , et les cieux sont les ouvrages de tes ce mains. » Et l'Apôtre : « Tout a été créé par lui dans le ciel <( et sur la terre. )>

XIX. Ensuite, le symbole dit : k Et en Jésus-Christ, son fils (( unique^ notre Seigneur. » Voici une autre personne dans la Trinité : c'est Jésus, qui sauve son peuple de ses péchés; c'est le Christ^ qui a été oint de l'huile de l'allégresse^ de préférence à ses frères ; car il est le Fils unique du Père, dont David a dit : (( Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui; » et l'Apôtre: (( Dieu a envoyé son Fils né d'une femme et assujetti à la loi. (( — C'est notre Seigneur, qui nous a créés^ qui nous a rache- c(' tés, étrangers que nous étions , au prix de son sang. »

XX. Ensuite : « Il a été conçu du Saint-Esprit, est né de la (c vierge Marie. » Voici le premier mystère du Christ, c'est- à-dire son Incarnation ; c'est comme si le symbole disait : a Lui (( qui est en Dieu s'est fait homme , non par le concours de « l'homme, mais conçu par l'opération de l'Esprit saint; il est né (( de la vierge Marie. » Ce qui a fait dire à Isaïe : « Voici qu'une

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« vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera Em- « manuel. » Et l'Ange, dans l'Evangile : «Salut, Marie pleine « de grâces, le Seigneur est avec toi; » et il ajoute : « L'Es- (( prit saint surviendra en toi , et la vertu du Très-Haut te a couvrira de son ombre. » Il y en a cependant qui joignent ces mots : « Qui a été conçu de l'Esprit saint, » avec ceux qui précèdent.

XXI. Ensuite : « Il a souffert sous Ponce-Pilate, il a été « crucifié, il est mort et a été enseveli. » Voici le second mys- tère relatif à l'humanité du Fils, c'est-à-dire la Passion, dont l'époque est assignée sous Ponce-Pilate ; la forme du supplice est indiquée par le mot crucifié, et la fin de la passion se con- clut en ces termes : mort et enseveli. D'où vient que le Christ dit en pleurant, par la bouche de David et de Jérémie : a Ils « ont percé mes pieds et mes mains, et ils ont compté tous (( mes os. » Touchant sa mort, le Prophète dit : « Le Seigneur (( est entré dans la mort. » Quant à son sépulcre, Isaïe dit : (( Son sépulcre sera glorieux. » Tout cela est démontré d'une manière évidente dans l'Evangile.

XXII. Ensuite : « Il est descendu aux enfers; le troisième (( jour, il est ressuscité d'entre les morts. » Voici un troisième mystère , celui de la Résurrection ; mais Ton parle d'abord de la descente aux enfers, par laquelle les morts sont délivrés. C'est pourquoi on lit dans le prophète Osée : « Je les délivrerai (( des mains de la mort ; je les rachèterai de la mort. mort ! je (c serai ta mort; enfer, je serai pour toi une morsure cruelle. » Le Christ est cet homme fort dont il est parlé dans l'Evan- gile, qui a enchaîné le fort et a brisé 'ses vases. C'est lui qui dit, dans le psaume : « J'ai dormi et j'ai été plongé dans « le sommeil , puis je me suis levé , parce que le Seigneur «c m'a pris par la main. » Son Père lui dit : « Lève-toi, toi « qui fais ma gloire , lève-toi au chant des psaumes et aux « accents delà harpe. » Le Christ lui répond ce peu de mots : (( Je me lèverai dès le point du jour. » Et dans l'Evangile

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les femmes et les hommes rendent témoignage de sa résurrec- tion. Ce qu'on dit dans le grand symbole : a II est ressuscité « le troisième jour, selon les Ecritures, » marque la manière, les particularités et le temps prédit par les Ecritures.

XXIII. Ensuite : « Il est monté aux cieux ; il est assis à la « droite de Dieu, le Père tout-puissant. » Voici un quatrième mystère, savoir : l'Ascension. « Il est monté, comme dit Da- « vid , porté par les chérubins , et il a volé sur les ailes des (( vents, et il a préparé dans le ciel sa demeure, et son royaume tt dominera tous les rovaumes. » Le Père lui dit : c< Assieds- « toi à ma droite , jusqu'à ce que je réduise tes ennemis à te (( servir de marche-pied. » Et, pour qu'il ne manquât point de témoins oculaires de son ascension, saint Luc dit : « Ses (( disciples le virent s'élever en haut , et il entra dans une nuée « qui le déroba à leurs yeux. » On lit ensuite ces mots : « D'où c( il viendra juger les vivants et les morts. » Voici un cinquième mystère qui n'a pas encore été révélé : « Il viendra dans tout (( l'appareil de sa royauté, lui à qui son Père a donné déjuger « le monde. » Et^ comme dit David : « Il a préparé son trône (( pour le jour du jugement , et il jugera l'univers entier avec « équité, il jugera les peuples dans sa justice. » Et ailleurs : <( Dieu viendra dans sa majesté , c'est notre Dieu ^ et il ne se « taira pas. » Et saint Luc : ce II viendra de la même manière « que vous l'avez vu monter dans le ciel. » Et Michée : ce Le c( Seigneur veut entrer en jugement avec son peuple. »

XXIV. « Je crois en l'Esprit saint. » Voici la troisième per- sonne de la Trinité : c'est l'Esprit saint, touchant lequel Moïse a dit : a L'esprit de Dieu était porté sur les eaux. » Et le Psal- miste : « Son esprit soufflera , et les eaux couleront. » Et le Seigneur, dans l'Evangile : « L'Esprit, qui procède du Père, « vous enseignera toutes choses. » Or, l'Esprit saint enseigne, il sanctifie, il vivifie, il remet les péchés ; par lui nous ressusci- tons dans la gloire , par lui nous arrivons à la vie éternelle. Le symbole ajoute : a La sainte Eglise catholique. »

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166 RATION AL

XXV. Et Ton peut entendre et joindre ainsi ces paroles et les suivantes : « Je crois en l'Esprit saint la sainte Eglise ca- (( tholique , » c'est-à-dire : c< Je crois que la sainte Eglise des « fidèles est sanctifiée par l'Esprit saint. Je crois aussi en l'Es- c( prit saint la communion des saints, c'est-à-dire que les « saints sont unis dans le lien de la charité par l'Esprit saint. « Et je crois en l'Esprit saint la rémission des péchés, c'est-à- « dire que les péchés sont remis par l'Esprit saint. Je crois, c( enfin, en l'Esprit saint la résurrection de la chair et la vie c( éternelle, c'est-à-dire que par l'Esprit saint la chair arri- (( vera à la gloire et l'ame à la vie éternelle. )) Nous ne disons pas : (( Je crois la sainte Eglise catholique, mais en l'Eglise y parce que, comme l'assure saint Augustin [De consec.y d. iv, Prima) , on croit en l'Eglise comme on croit en Dieu.

XXVI. Et nous croyons en la sainte Eglise catholique lors- que, priant dans son sein, nous croyons en Dieu. Ensuite, nous confessons que nous comprenons avec une foi très-grande ce qui suit, savoir : c( La communion des saints, la rémission (( des péchés , la résurrection de la chair et la vie éternelle, » toutes choses que tu joindras ainsi : « Je crois en la sainte « Eglise catholique la communion des saints ; » c'est-à-dire que par la foi que j'ai, et qui est fondée sur la sainte et universelle Eglise, j'arriverai à jouir de la communion des saints, c'est-à- dire de leur concorde et de leur union, car, de même qu'il n'y a qu'un pasteur et un troupeau , de même il n'y a qu'un seul Dieu, qu'une seule foi et un seul baptême; ou je reçois par avance la communion des saints^ c'est-à-dire le pain de béné- diction dont il est dit : « Crois et tu mangeras » [De consec, d. II, Ut quid). Même interprétation pour ce qui suit.

XXVII. <( Je crois en la sainte Eglise, la rémission des pé- chés; » c'est-à-dire que, par la foi que j'ai , et qui est fondée sur la sainte et universelle Eglise , j'aurai la rémission des pé- chés et je serai guéri de la lèpre.

XXVIII. Il est parlé de la lèpre dans l'ancienne loi et dans

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l'Evangile. Marie, sœur d'Aaron, ayant demeuré sept jours hors du camp, fut guérie de la lèpre (l dist.^ § Econtra). Le syrien Naaman, s'étant lavé sept fois dans le Jourdain, fut délivré de la lèpre ; et le Seigneur purifia dix lépreux, mais un seul, cependant^ rendit gloire à Dieu. Il est dit de Madeleine que beaucoup de péchés lui ont été remis, parce qu'elle a beau- coup aimé. Le Seigneur dit aussi au paralytique : « Mon fils, « tes péchés te sont remis. »

XXIX. (( Je crois en la sainte Eglise catholique la résurrec- « tion de la chair; » c'est-à-dire que par la foi que j'ai, et qui est fondée sur l'Eglise, j'obtiendrai de ressusciter dans cette chair dont Job a dit : « Je crois que mon rédempteur est vivant, « et que je ressusciterai de la terre au dernier jour, et que je (( verrai dans ma chair Dieu mon Sauveur. » Et il est dit dans l'Evangile : « Le Dieu d'Abraham , le Dieu d'Isaac et de Ja- (( cob n'est point le Dieu des morts , mais des vivants. » Et l'Apôtre : « Nous ressusciterons tous, il est vrai; mais nous ne <( serons pas tous transformés. » Il faut aussi unir de la même manière les paroles suivantes :

XXX. (( Je crois en la sainte Eglise catholique la vie éter- « nelle; » c'est-à-dire que, par la foi que j'ai, et qui est fondée sur l'Eglise, j'arriverai à la vie éternelle, cette terre des vi- vants dont David dit : « Je crois fermement voir un jour les « biens du Seigneur dans la terre des vivants. »

XXXI. Or, la vie éternelle, c'est voir Dieu le Père et Jésus- Christ qu'il a envoyé sur la terre. On parlera encore de cela dans la sixième partie, à l'article du Samedi saint, oii l'on traite du baptême.

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i 08 RATIONAL

CHAPITRE XXVI.

DE LA PRÉDICATION.

I. Comme, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, l'évangile est une prédication , et le symbole une profession de foi , voilà pourquoi, après ce dernier, on prêche au peuple la parole de l'évangile et du symbole, ou bien on lui explique le Nouveau et l'Ancien-Testament. Cet usage est tiré du livre de Néhémie, au commencement duquel on lit ces mots : « Les lévites lurent « dans le livre de la loi. » Néhémie, prêtre de Dieu, et Esdras, docteur de la loi, expliquaient toutes choses au peuple. En outre, anciennement on avertissait ceux qui avaient de la haine contre leurs frères de se raccommoder avant de communier, et d'être purs devant leur Sauveur, qui connaît le secret des cœurs. De cet usage prit naissance dans l'EgHse celui de prê- cher. De là vient aussi que la prière que l'on dit à prime et aux autres heures à voix basse se dit à la messe à haute et in- telligible voix, parce qu'elle renferme une sorte d'admonition fraternelle. Cependant on chante communément le symbole après la prédication, parce que l'Eghse s'engage par là à obser- ver la foi qu'on vient de prêcher.

II. Et, comme la charge de prêcher est un privilège, nul ne doit prêcher s'il n'en a reçu commission, ou si cela n'entre pas dans ses attributions , selon cette parole de l'Apôtre : « Com- « ment les prédicateurs prêcheront-ils, s'ils ne sont envoyés?» Extra De hœreticis, cum ex injuncto). Et voilà pourquoi celui qui doit prêcher en demande la permission , en disant : « Bé- c( nis-moi. Seigneur. »

III. Le prédicateur doit se placer sur un lieu élevé, comme le diacre lorsqu'il lit l'évangile , et cela pour les raisons indi-

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[liées au chapitre de l'Evangile : « Jésus, voyant tout ce peu- ( pie, monta sur une montagne, et, ouvrant sa bouche^ il les ( enseignait. » Et Esdras fit élever un marche-pied pour )arler devant le peuple, comme on Fa dit dans la première )artie, au chapitre de l'Eglise, où l'on traite du pupitre.

IV. Le prédicateur doit pourtant dire avec humilité ce qu'il snseigne; et, selon saint Grégoire ( xlvi d.^ Habet, in fin.), prê-

hera-t-il avec l'orgueil dans le cœur contre ce vice qu'il
herche à faire disparaître par de saintes paroles du cœur de

es auditeurs? Et, selon saint Ambroise, la prédication chré- ienne ne doit pas être dépouillée de la pompe et de l'ornement lu discours. Selon saint Grégoire, le prédicateur doit aussi avoir discerner ce qu'il ne faut pas dire de ce qu'il est utile le dire , afin qu'il ne dise pas ce qu'il faudrait taire , et pour ju'il ne taise pas ce qu'il faudrait dire (xliii d., Sirector.). 1 y en a cependant quelques-uns qui, oubliant cet enseigne- nent, perdent et noient en quelque sorte leurs auditeurs, comme litBède (II, q. yii, S ecutisunt), en leur prêchant, non pas ce jui les sauverait et les corrigerait, mjais ce qui leur plaît et les rompe. D'autres, par contraire, selon saint Grégoire (xlix dist., Hinc et enim; VIII, q. i, Oportet; xliii dist., § fin.), ne vou- ant pas s'acquérir la réputation d'hommes sans esprit , se fati- guent souvent à certaines recherches plus qu'il ne faudrait, et, par une subtilité immodérée , ils remplissent leurs prédica- tions de secrets et de mystères que ne comprennent pas les simples. Or, il faut que celui qui enseigne et instruit les autres se mette au niveau de ses écoliers et parle de manière à être compris de ceux qui l'écoutent; car celui qui enseigne des

hoses que ses auditeurs ne peuvent comprendre, ne parle pas

pour leur être utile, mais pour flatter sa vanité, afin de pa- raître savoir beaucoup de choses, ou bien par flatterie, afin de plaire à ses auditeurs, en leur révélant des choses cachées. Sur [juoi l'Apôtre dit : « Le Christ m'a envoyé pour prêcher, mais « sans employer la science et la sagesse de la parole. » Dans

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le Concile de Carthage](Z)e comec.y di. i, Sacerdote), il fut statué que l'on interdirait la parole au prêtre qui , prêchant dans une église, sortirait des bornes de Tintelligence de son auditoire, cela étant considéré comme une marque de mépris qui mérite l'excommunication.

V. Après la prédication, on fait la confession et on accorde rindulgence pour les péchés commis et pour les omissions, afin que nous soyons ainsi rachetés par l'aveu de nos cons- ciences, selon cette parole du Prophète : « Je roulais dans mon « esprit plusieurs pensées. » Puis, que tous s'approchent l'un après l'autre du sacrement de tous les fidèles , qu'ils doivent recevoir à la messe , soit sous les espèces sacramentelles , soit en esprit. La communion spirituelle a lieu par la foi , qui opère en nous par l'amour, selon cette parole d'Augustin : « Crois et tu mangeras » {De consec.y dist. ii, Ut quid).

CHAPITRE XXVII.

SECONDE PARTIE DE LA MESSE, QUI COMMENCE A L'OFFERTOIRE.

I. La seconde partie de la messe commence à l'offertoire ou au Dominus vohiscum^ et elle se subdivise en quatre parties. La première partie s'appelle secrète [secretella] ^ la deuxième préface^ la troisième canon, la quatrième oraison dominicale avec sa préface, qui est Prœceptis salutarihus. On peut encore appeler tout ce qui se dit depuis l'offertoire jusqu'à la fin de la messe du nom de secrète ^ et cette secrète se divise en cinq par- ties.

II. La première partie va de l'offertoire jusqu'au mélange de l'eau et du vin dans le calice ; c'est là ce qu'on appelle spécia- lement la secrète. La seconde se nomme préface^ la troisième canon y la quatrième oraison dominicale^ la cinquième embo^

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sme. Et par rapport aux effusions du sang de notre Seigneur, n en compte cinq. La première dans la circoncision, la se- Dude dans sa sueur au jardin des Olives , la troisième dans la agellation, la quatrième dans la crucifixion, la cinquième dans ) coup de lance donné à son corps mort. C'est dans un ordre Dnvenable qu'après la prédication viennent la foi dans le cœur, i louange dans la bouche, le fruit dans les œuvres. En efîet, i prédication est dans l'évangile , la foi dans le symbole , la )uange dans l'ofTertoire, le fruit dans le sacrifice ; c'est pour- uoi on chante l'offertoire , parce qu'on offre un sacrifice de )uange , ce qui a fait dire au Psalmiste : a J'ai fait plusieurs tours, et j'ai immolé dans son tabernacle une hostie avec des cris et des cantiques de joie ; je chanterai et je ferai retentir des hymnes à la gloire du Seigneur. » Et dans les Paralipo- lènes : ce Pendant qu'on offrait les holocaustes , ils commen- cèrent à chanter en chœur, et en s'accompagnant de divers instruments, les hymnes que le roi David avait composées à la louange du Seigneur. »

III. Et l'on chante l'offertoire entre l'évangile et le sacrifice, omme on Ta dit au chapitre du Symbole. Le prêtre, avant de ire OremuSy dit Dominus vohiscum, comme s'il disait : « Si le Seigneur n'est pas avec vous , nous ne pouvons prier pour votre salut. » Ensuite il ajoute Oremus, pour avertir le peuple e prier, afin qu'il croie tous les articles de la foi qu'il vient de éciter dans le symbole, et qu'il demeure ferme dans cette foi, arce que le Christ a dit à ses disciples : « Priez, etc. » Et saint iUc, chapitre xxii, recommande à chacun de rentrer en lui- aême , d'examiner sa conscience et de s'offrir en digne holo- auste à Dieu. Avant donc que le chœur chante l'offertoire, le ►rêtre le salue, afin qu'il puisse chanter dévotement. Aussitôt près que le célébrant a dit Oremus y le chœur chante le can- ique de ceux qui vont à l'offrande ou l'offertoire ; le peuple ap- porte son offrande , pour montrer qu'après avoir accompli les ommandements de Dieu nous nous offrons nous-mêmes,

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comme on le dira au chapitre de TOblation. C'est comme s chaque personne qui \a à ToITrande disait : « Je crois , et j <( complète par des œuvres la foi dont j'ai fait profession dan (( le symbole, et je m'unis à la prière du prêtre. )) C'est pour quoi le prêtre offre aussitôt les dons qu'il doit consacrer.

IV. Et remarque comme les versets que les anciens père avaient réunis avec beaucoup de soin sont omis aujourd'hui e beaucoup d'endroits , et c'est autant pour abréger l'offertoir que pour que les assistants du célébrant et le peuple vaquer plus librement aux oblations , à la prière et au sacrement d l'autel. C'est aussi parce que, comme dit Augustin (xn dist. Omma)y Dieu a voulu, dans sa miséricorde , que la religio chrétienne fût entourée de très-peu de mystères, et que ses ce rémonies fussent très à découvert. Selon Jérôme [De consec. dist. V, Non mediocriter) , il vaut mieux chanter cinq psaume avec un cœur joyeux, que tout le psautier avec ennui ; car c n'est pas la multitude des prières qui touche le cœur de Dieu On ne chante plus aujourd'hui les versets qu'à l'offertoire de 1 messe des Morts , parce que cet office ne suit pas la règle de autres offices en beaucoup de parties.

V. Or, on doit aux patriarches la coutume de chanter l'offer toire, parce que (comme on l'a dit plus haut), quand ils fai saient leurs offrandes au Seigneur, ils sonnaient de la trom pette ; car Dieu aime celui qui donne avec joie (XXIII, q. vi, §) C'est aux patriarches que Salomon , lors de la dédicace di temple et de l'autel, prit l'idée d'offrir avec une grande solen nité une innombrable multitude d'holocaustes ; cette idée lu avait été aussi inspirée par l'exemple de Moïse, au-devant du quel tout le peuple accourut pour offrir des présents à Dieu quand il descendait de la montagne en saluant le peuple et ei priant pour lui.

VI. On chante encore l'offertoire pendant l'offrande, en mé moire du bonheur avec lequel le peuple israélite offrit ses de niers pour la construction du tabernacle, ou plutôt pour mar

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ler le cri de la femme dont il est parlé dans l'Apocalypse, apitrexii. Une femme, c'est-à-dire l'Eglise, revêtue du so- [1, c'est-à-dire du Christ, dont elle s'est revêtue dans le bap- ne, ayant une lune sous ses pieds, c'est-à-dire foulant toutes ) choses passagères de ce monde et portant une couronne de uze étoiles sur sa tête , c'est-à-dire le chœur des douze apô- îs , et grosse de tout ce qui s'est accompli en elle depuis son igine, crie comme étant en travail et ressentant les douleurs l'enfantement. Or, l'offrande imite le cri de cette femme en ivail, ou les salutaires souffrances du Seigneur, par son chant ave et sonore. Ce chant, qui déborde de neumes, et qui est

ond en versets, ne peut assez exprimer l'immense triomphe

'il symbolise. Cependant on ignore quel est celui qui a ins- [lé le chant de l'offertoire.

VII. L'offertoire tire son nom du mot latin feriay qui signifie blation que Ton offre sur l'autel et que les pontifes consa- mt; d'où vient qu'on l'appelle offertoire, comme en quel- e sorte une chose offerte d'avance [prœfertum); et on Tap- lle oblation, parce qu'on l'offre. L'offertoire s'appelle encore isi, parce que pendant qu'on chante l'offrande le prêtre re- t des mains de ses assistants les oblations ou hosties dont on rlera au chapitre de l'Oblation.

VIII. Il faut faire attention que, quoique le prêtre dise d'a- rd Or émus y il ne prie pas cependant tout de suite ; au con- ire, il encense, il reçoit les offrandes et fait d'autres choses, Time si par cette action même il disait : «; Celui qui ne cesse pas de bien faire ne cesse pas de prier. » Pendant qu'on mfe l'offertoire et que l'on encense, comme on a présent le ivenir de la passion du Seigneur, on garde le silence jusqu'au ►ment où le célébrant dit à haute voix : Per omnia secula ulorum. C'est pour marquer que Jésus , après la résurrec- n de Lazare, ne se montrait pas à découvert aux Juifs, parce 'ils pensaient à le tuer ; mais il s'en alla dans une ville qu'on 3elle Ephrem, et il y demeura avec ses disciples. C'est alors

»

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que les pontifes elles pharisiens tinrent conseil, et qu'un d'eux, nommé Caïphe, dit : u 11 est bon qu'un seul homme meure <( pour le peuple, et non que toute une nation périsse. » Et à partir de ce jour ils pensèrent à le mettre à mort; ce dont on parlera au chapitre de l'Inclinaison du prêtre.

CHAPITRE XXVIII.

DE L'ABLUTION DES MAINS.

I. Avant que le prêtre offre le corps et le sang du Christ, i se lave une seconde fois les mains , quoique déjà une premièn fois il se les soit lavées en revêtant ses habits , comme on l'a di au chapitre m de ce livre. 11 se les lave encore après le seconc encensement, afin que, de plus en plus purifié, il offre à Diei une hostie immaculée _, sainte et agréable. Car le Psalmiste après avoir été purifié, demandait à être encore purifié davan tage, en disant : « Lave-moi de plus en plus de mon iniquité (( et purifie-moi de mon péché. » I

II. Et il lave toujours ses mains au côté droit de l'autel, ca le côté droit signifie la prospérité, et le gauche l'adversité- Or, on pèche plus dans la prospérité que dans l'adversité, se Ion cette parole du Psalmiste : c( Mille tomberont à ton côt « (le côté gauche), et dix mille à ta droite. » C'est donc juste titre que le prêtre se lave les mains plutôt à droite qu' gauche.

III. Donc, le prêtre qui va offrir l'hostie se lave les main pour marquer qu'il doit laver et purifier sa conscience par le larmes de la pénitence et de la componction, selon cette parole « Je laverai toutes les nuits mon lit de mes pleurs, j'arrosen « de mes larmes le lieu où je suis couché. » C'est pour ceï que le prêtre dit encore : ce Je laverai mes mains, c'est-à-dii^

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( mes actions, dans la compagnie des innocents. » Et Isaïe : c Lavez-Yous et purifiez-vous. » Car le Christ, avant d'offrir, lur l'autel de la Croix, le véritable et unique sacrifice, plein de

ommisération , versa des larmes pour ressusciter Lazare, au

émoignage de TEvangéliste : « Jésus, dit-il , frémit en son es- c prit , se troubla lui-même et pleura. » Le prêtre lave encore es mains pour ne pas se rendre coupable du corps et du sang lu Seigneur , selon cette parole : « Mes mains sont pures du c sang de cet homme. » Et lui, c'est afin que ses mains soient >ures du pain terrestre ou des désirs de la terre , après avoir eçu l'offrande du peuple.

CHAPITRE XXIX.

DES PALLES ET DES CORPORAUX.

1. Pendant que le prêtre lave ses mains , le diacre arrange ur l'autel la palle dite corporaly pour avertir ses assistants et le ►euple de se purifier de tous désirs de la chair, de même que a palle est pure de la verdeur naturelle au lin dont elle est aite, et de toute humidité. La netteté du corporal symbolise a pureté du peuple fidèle. C'est dans ces termes qu'il est parlé le la palle dans le canon [De cotisée. ^ dist. i, Ex consulto).

II. (( Or, de l'avis de tous, nous avons établi que personne le doit prendre sur lui de célébrer le sacrifice de l'autel avec ine étoffe de soie ou de couleur, mais avec un linge blanc con- acré par l'évêque. Ce linge sera le produit d'une plante de la erre, c'est-à-dire qu'il sera fait et tissu du lin que produit la erre. Et, de même que le corps de notre Seigneur Jésus-Christ ut enseveli dans un linceul de lin blanc, et que le Christ a tiré ilu corps terrestre d'une vierge sa véritable chair passible et

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mortelle , ainsi le corporal est fait de lin blanc et non teint , d'après la règle établie par le pape Sixte-Eusèbe. »

III. Le corporal symbolise le but de la passion ou le corps du Christ^ parce que, de même que le lin n'acquiert sa blan- cheur qu'après beaucoup de travail et un grand nombre d'opé- rations diverses [tunsionibus] , ainsi la' chair du Christ n'est arrivée à la gloire de la résurrection qu'après un grand com- bat. Le corporal symboHse aussi l'Eghse, qui figure elle-même le corps du Christ, et elle n'arrive à l'éclat de la vie éternelle qu'après beaucoup de souffrances et d'afQictions. Troisième- ment, le corporal signifie le Christ. Or, de même que le cor- poral est plié de telle façon qu'on n'en voit ni le commence-ij ment ni la fin (a), ainsi la divinité du Christ n'a paseu de com- mencement et n'aura jamais de fin. Et, de même que l'hostie est déposée 'sur le corporal et ensuite mise sur l'autel , ainsi la^ chair du Christ^ unie à sa divinité , a été attachée à la croix.

IV. Et remarque que dans certaines églises la palle dite corporal, que l'on met sous le calice, s'étend le long de l'autel; elle a quatre plis en longueur et trois en largeur. On l'étend le, long de l'autel, parce que, au dire de quelques-uns, le linceul dans lequel le corps du Fils de Dieu avait été enveloppé futi trouvé ainsi étendu dans la longueur du sépulcre. Ses qua- tre plis en long désignent les quatre vertus cardinales, sa- voir : la justice, la prudence, la tempérance et la force, paij lesquelles sont réprimées les passions qui nous sont naturelles

(a) Ut nec initium, nec finis ejus apparent. — Le corporal, appelé aussi H ceul, comme le dit Durand, ne se distinguait pas autrefois de la pnlle. Paît vient de pallium, manteau ou couverture : les nappes et les corporaux qui cou vraient l'autel étaient appelés pa//(5p, palla corporalis. Le corporaljétait autrefoi aussi long et aussi large que le dessus de l'autel , et il était si ample , qu'on 1 repliait sur le calice pour le couvrir (Greg. Turon., lib, 7, cap. 12). Mais comme cela était embarrassant, surtout depuis qu'on a fait l'élévation du ca lice, que quelques-uns voulaient tenir couvert rhême en l'élevant, on a fait deu corporaux plus petits, l'un qu'on étend sur l'autel, et l'autre plié d'une manier propre à couvrir le calice. L'on a mis ensuite un carton entre deux toiles, aft qu'il fût ferme et qu'on le prît plus commodément, et on lui a toujours laissé I nom de palle.

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Les trois plis du corporal dans sa largeur désignent les trois vertus théologiques , savoir : la foi , Tespérance et la charité, par lesquelles nous sommes unis à Dieu. Ces plis peuvent en- core avoir d'autres significations. Or, lapalle dite corporal se compose de deux pièces , une que le diacre étend sur Fautel^ l'autre qu'il met sur le calice après l'avoir pliée , ce qui figure les deux linceuls dans lesquels Joseph enveloppa le corps du Christ. La pièce étendue sur l'autel représente le suaire dans lequel le corps du Christ fut enseveli dans le tombeau, et voilà pourquoi on l'appelle corporal; la pièce pliée et mise sur le calice figure le suaire dans lequel la tête du Christ fut sépa- rément enveloppée. La pièce étendue que l'on appelle corpo- ral signifie la foi ; celle qui est pliée , et que l'on appelle maire, représente l'intelligence : car ce mystère doit être cru, mais il ne peut être compris, afin que la foi ait un mérite in- dépendant des preuves que donne la raison humaine [De pœn., d. IV, in Domo). Deuxièmement, le corporal, qui fait l'office de linceul, signifie aussi l'humilité du Christ dans sa passion, et le suaire figure ses souffrances. Troisièmement, le corporal représente le linge dont le Christ se ceignit les reiris le soir de la Cène, et le suaire représente ses fatigues au milieu des persécutions. La palle que Ton met sur le calice ne couvre pas toute la partie supérieure de ce vase , pour donner à entendre que le suaire couvrait une partie de la tête du Christ et en laissait une autre à découvert, comme c'est la coutume chez les Juifs. Cependant quelques églises n'ont qu'un corporal, parce qu'on lit dans l'Evangile que Joseph enveloppa le corps de Jésus dans un drap blanc , et non dans plusieurs ; et c'est pour marquer l'unité du sacrement et représenter le linceul dans lequel le corps du Christ fut enseveli.

V. Le corporal reste sur l'autel jusqu'après la consomma- tion du corps et du sang du Christ, et jusqu'à ce qu'on enlève le calice de dessus l'autel , parce que le linceul et le suaire res- tèrent dans le tombeau jusqu'au moment de la résurrection. Tome II. 12

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En outre, le corporal étendu sur l'autel montre , par sa blan- cheur ;, la pureté d'esprit que doit toujours avoir celui qui re- çoit le corps du Seigneur.

VI. Le pape Soter (xxi d. , Sacratas) établit qu'aucune sainte femme ou religieuse ne toucherait au calice , à la pa- tène, aux saintes pâlies et au corporal. Cependant elles peu- vent confectionner les ornements de l'autel et des prêtres , à l'exemple de Marie, qui fit divers tissus pour servir au mystère du tabernacle d'Alliance.

VII. Communément on donne le nom de palle à la nappe blanche sur lacjuelle on développe et l'on étend le corporal. Son nom palle vient de ce qu'elle couvre [valliat] ou cache en elle-même le mystère dont nous venons de parler. L'autel doit être couvert de deux nappes, pour figurer la robe de l'ame et celle du corps.

CHAPITRE XXX.

DE L'OBLATION DU PRÊTRE,

DE l'office de ses MINISTRES PENDANT CE TEMPS-LA, DE LA PATÈNE, ET DES OFFRANDES DU PEUPLE ET DES CLERCS.

L Le célébrant s' étant lavé les mains, le diacre ou le prêtre qui l'assiste, étendant ses mains munies d'une blanche serviette {tobalia) (a), prend les mains de l'évêque comme pour l'aider à se lever de son fauteuil; cependant, ce n'est pas tant pour l'aider que pour l'inviter, lui qui est la figure du Christ , à se lever et à prier pour le peuple , selon cette parole : a Lève-toi, I <( Seigneur, secoure-nous. » Et ailleurs : « Lève-toi, toi qui] (c dors. » Cette blanche serviette que l'assistant tient entre ses! mains est pour figurer qu'il n'y a que la vue de la pureté dej

(û) C'est notre vieux mot toaille, touaille, aujourd'hui toile.

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[)S mains , c'est-à-dire de nos œuvres , qui engage le Seigneur nous aider tous auprès de son Père. Or, si l'on rapporte cette îrémonie au pontife, vicaire du Christ, on peut dire alors ii'il est invité à venir en aide à ceux pour lesquels il prie , en 3yant la blancheur de leurs mains , et à donner à sa prière lute l'efficacité possible. C'est le Christ qui est le principal iteur de toutes les bonnes œuvres qui se font dans l'Eglise, Dmme on le lit dans Isaïe : (c Seigneur, c'est toi qui as fait en nous toutes nos bonnes œuvres. » Or, l'évêque tient la lace de Dieu. Quant au ministre, qui est comme son serviteur, )mme son coadjuteur, il représente l'Eglise coopérant avec I Christ, et qui, dans tout ce qu'elle fait, est la servante et aide du Christ, qui est le principe de toutes ses actions, 3mme dit l'Apôtre : ce Nous sommes les coadjuteursde Dieu, » ui donne la serviette, c'est-à-dire le respect dévoué ; car, selon Apôtre , ce nous ne sommes pas capables de former de nous- mêmes aucune bonne pensée comme venant de nous-mê- mes; mais c'est Dieu qui nous en rend capables. »

II. Ensuite, l'évêque ou le prêtre célébrant entre dans le mctuaire et monte à l'autel consacré ; il représente ' alors le hrist, qui entra dans une grande chambre haute toute meu- lée, pour y faire la cène avec ses disciples et leur donner 3n corps. Quand le célébrant reçoit l'offrande de la main de es assistants , il représente ce que raconte Jean l'évangéliste n ces termes : « Jésus, dit-il, six jours avant la Pâque, vint

à Bélhanie, où il avait ressuscité Lazare d'entre les morts.
On lui apprêta là à souper, et Marthe servait. »

III. L'évêque s'avance à l'autel sans mitre et sans crosse, evêtu des ornements sacrés, comme on l'a dit en son lieu. Considère l'ordre du sacrifice : l'évangile se dit d'abord, la foi uit dans le symbole , ensuite sont offerts les présents. Il faut, )n effet, d'abord entendre la parole de Dieu : a Comment, dit i l'Apôtre, croiront-ils dans le Seigneur, si personne ne leur { prêche? » Ensuite, nul ne peut offrir à Dieu un présent qui

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lui soit agréable , s'il n'a une foi droite, parce que sans la foi est impossible de plaire à Dieu. Nous devons donc parler i des trois espèces d'oifrandes, savoir : de l'offrande du prêtre des assistants et du peuple. Le prêtre s'offre lui-même le pn mier à Dieu.

IV. On doit offrir à Dieu ce qui vient de Dieu, c'est-à-dii les âmes, qui ont en elles la ressemblance de Dieu imprimée puis on offre les choses nécessaires au sacrifice, savoir : ] pain, le vin et l'eau, et autres choses convenables.

V. Et remarque que dans l'Ancien -Testament on metta sur la table du tabernacle douze pains azymes très-blancs (il six à chaque bout de la table, et chaque pain était sur un pk d'or garni d'une poignée d'encens..

VI. Ces pains furent appelés sacerdotaux y parce que les seul prêtres pouvaient les prendre , les ôter de l'autel pour les mar ger, ou, selon Josèphe, parce que le Seigneur avait command que les seuls prêtres les pétriraient , les feraient cuire , les pla ceraicnt sur la table et les y prendraient, toutes choses que ce pendant ils n'observèrent pas. Et cela prouve que les prêtre doivent faire les hosties eux-mêmes (12).

VII. On appelait ces pains pains de proposition ^ parce qu'il étaient placés sur la table de proposition , devant le Seigneur comme un souvenir éternel des douze tribus des enfants d'Is raël, ou parce qu'ils éidiient porro positi y c'est-à-dire placé pour un long temps, savoir, pour toute une semaine. Ca dès le point du jour du sabbat on en mettait de nouveaux e de tout chauds sur celte table, et ils y restaient _, sans qu'on ] touchât, jusqu'au sabbat suivant, et alors on les enlevait, oi ils y restaient toujours dans le même ordre qu'on les y avai mis.

VIII. L'hostie est ronde, parce que la terre appartient ai Seigneur avec tous les pays qu'elle renferme dans son cerch et avec tous ceux qui l'habitent (vin dist., Quojure); et la forme même de l'hostie représente Celui qui n'a ni commencemem

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fin, puisqu'il est l'alpha et l'oméga , le commencement des (mmencements et la fin des fins (Apocalypse, chap. i); et^ ►mme la figure ronde est formée point par point , cela veut re que tout part de lui et que tout retourne à lui , ce qui a it dire au Psalmiste : « La vérité forme ton entourage. » On parlé de cette figure dans la préface de la seconde partie, et i en traitera encore dans la sixième partie du canon , aux ois A ccepit panent.

IX. On offre deux choses , un don et un sacrifice. On appelle m tout ce qu'on offre en or, en argent ou en toute autre atière. Cependant un don et un présent sont deux choses dif- rentes, comme on le dira à l'article de la première partie du non , aux mots Hœc dona.

X. Le sacrifice, c'est la victime et tout ce qu'on brûle sur utel ou ce qu'on y met comme une chose devenue sacrée ou mme un symbole , parce que l'hostie est consacrée pour nous r une parole mystérieuse, en mémoire de la passion du iigneur. Mais certains hérétiques pervers nous reprochent être grandement présomptueux , patce que nous sacrifions parce que nous appelons sacrifice la consécration de l'hostie, ndis que l'Ecriture dit par la bouche du Seigneur : « Je ne veux pas de sacrifice. » Et Isaïe : « Qu'on ne m'offre plus un vain sacrifice. » Et dans l'Evangile : « Je veux la misé- ricorde et non le sacrifice. )> David : « Si tu avais souhaité un sacrifice, je n'aurais pas manqué à t'en offrir; mais tu n'aurais pas les holocaustes pour agréables. » Touchant la, nous avons dit ce que c'est qu'un sacrement, dans la pre- ière partie, au chapitre des Sacrements de l'Eglise. Tout ce l'on donne à Dieu lui est ou dédié ou consacré. Ce que l'on îdie se donne avec des paroles ( dicendo datur ) , d'où vient nom même de dédicace. Donc, ceux qui pensent que la con- cration a le même sens que la dédicace sont dans l'erreur. 3 mot immolation, employé par les anciens, vient de ce l'on plaçait un gâteau rond [mola) sur la tête de la victime

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devant l'autel. Les libations [mactari) viennent après l'immo- lation; mais maintenant on fait en même temps l'immolation et du pain et du vin contenu dans le calice.

XI. La libation a été remplacée par la seule offrande du ca- lice, selon cette parole : « 11 a offert à Dieu le sang de la vi- ce gne ; » et selon cette expression du poète : « Maintenant, «offrez les coupes à Jupiter. » Or, faire des libations , c'est répandre ; et dans l'antiquité, tout ce qu'on offrait de liquide, comme le vin et l'huile , s'appelait libation ou effusion, tandis que les offrandes sèches, comme le pain et l'encens , recevaient le nom d'oblation.

XII. Chez les anciens, les hosties s'appelaient sacrifices, et on les offrait avant de marcher contre les ennemis (/los^es). : On donnait le nom de victime au sacrifice que l'on immolait après la victoire , pour remercier le ciel d'avoir vaincu les en- nemis, et l'on parlera de cela à l'article de la Sixième partie du Canon , aux mots Qui pridie , et les victimes étaient de plus grands sacrifices que les hosties. Ou bien on les appelait victimes, parce que l'animal que l'on devait tuer était amené lié (vincta) aux pieds des autels.

XIII. L'holocauste est l'action par laquelle on offrait un ani- mal entier, comme un agneau ou un veau, que l'on brûlait dans le feu de l'autel. Car o)ov en grec veut dire entier, et xau^rov embrasement. Toutes les choses sacrées que les Latins appel- lent cérémonies y sont nommées orgies chez les Grecs, Cepen- dant on les appelle convenablement cérémonies , du verbe la-i tin carere, parce que les hommes se privent [careant), pouri leur usage, de ce qu'ils offrent dans les solennités religieuses. D'autres donnent le nom de cérémonies aux observances des Juifs, qui s'abstenaient de certaines nourritures, conformé- ment à l'ancienne loi, et ils tirent ce. nom du verbe latin ca- rere, parce que les Juifs manquent [carent) des choses dont ils s'abstiennent. Le sacrement du pain et du calice s'appelle eucharistie , comme on le dira aux mots Qui pridie.

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XIV . Enfin , à Pégard de Poblation du prêtre , ses assistants remplissent leurs offices , le diacre d'abord, en dépliant et en arrangeant le corporal sur Fautel , pour montrer que l'évan- gile figure d'une manière complète le Christ ou son corps, en un mot son humanité seule. Car le corporal représente le corps du Christ^ comme on l'a dit dans le précédent chapitre. En- suite, le sous-diacre préparera avant toutes choses le calice, en y mettant le pain et le vin que le prêtre doit consacrer ensuite ; et la loi, qui est convenablement désignée ici par le sous- diacre , a figuré d'avance le mystère de cette offrande , quand elle dit que Melchisédech, prêtre du Seigneur, offrit à Abra- ham du pain de froment et du vin exprimé de la grappe , deux choses que le Christ devait plus tard produire et consacrer en vérité, comme on le dira dans la Sixième partie du Canon, aux mots Accepit panem.

XV. L'offrande du. pain et du vin représente les pieux dé- sirs des fidèles , soit à l'égard de l'immolation , ou en vue de l'hostie vivante. Le pain figure le corps du Christ, le vin son sang, et l'eau le peuple. Le mot pain vient du grec pan^ qui veut dire tout^ parce que ce pain sera toute notre vie dans le siècle futur, et le vin est ainsi appelé a vite, de la vigne, à la- quelle le Seigneur se compare dans l'Evangile. Aqua, l'eau, est ainsi appelée du mot latin œqualitas, égalité, parce que ce sacrement nous égale [œquat) aux anges. Mais, quôqu'il y ait deux espèces, il n'y a cependant pas deux sacrifices, car l'unité de paroles fait l'unité du sacrifice. C'est ce manteau jdont les fils de Noé voilèrent leur père , et dont les chrétiens (couvrent l'ivresse du Christ, c'est-à-dire sa passion sous le sacrifice (6).

j XVL Ensuite, le sous-diacre, portant de la main gauche le calice couvert du corporal, et l'offrant au diacre, signifie que

(6) Hoc est enim illud pallium, quod Noe filii contexerunt, quo christiani Ghristi ebrietatem, id est passionem sub sacrificio tegunt.

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le Seigneur remplit l'office de sous-diacre quand il ouvrit le livre _, et de diacre quand il dit : « Je ne suis pas venu pour <c être servi, mais pour servir. » Le diacre reçoit de la main du diacre la patène avec l'hostie , et la tient entre le pouce et l'index de ses deux mains, après avoir interposé cependant un linge [manipulo) entre ses pouces et la patène. Les mains du sous-diacre, ce sont les œuvres de la loi ; la patène, c'est l'éten- due du cœur ; le manipule, ce sont les œuvres de l'Evangile ; le pouce, la force de la vertu; l'index, le discernement. Toutes ces choses ont lieu pour montrer que les œuvres de la loi^ l'éten- due du cœur et les actions charitables ne suffisent pas pour être sauvé , si elles ne sont aidées et menées à bonne fin par les œuvres de l'Evangile, dont le diacre est le hérault, et si l'on n'y joint la force de la vertu et le discernement de l'esprit. On met l'index sur le pouce , pour montrer qu'il ne faut pas dé- ployer la force de la vertu sans le discernement, qui est la mère" et le fondement de toutes les vertus (Extra De offic. Euc.^ cap. i).

XVII. Ensuite, le diacre présente au pontife la patène avec l'hostie, conformément au décret du Concile d'Ancyre (Anthi- ritani) (l dist., Preshyteros ; xxv dist., Perlectis), pour mar- quer que c'est parla tradition évangélique^ dont le diacre est la figure , que l'Eglise est arrivée à l'autel , c'est-à-dire à un rit solennel ; car la loi, dont le sous-diacre est la figure , a seule- ment symbolisé d'avance ce sacrifice de notre salut, comme on l'a dit ci-dessus. Ensuite, le pontife ou le prêtre place l'hostie sur l'autel; le diacre garde le calice avec le vin , et le met lui- même sur l'autel. Sur quoi il faut remarquer que l'hostie re-i présente le corps et non le sang du Christ, et le prêtre le Christ même. Or, le prêtre offre l'hostie sans le secours de qui que ce soit, en disant : « Reçois, ô Père saint.. .. cette hostie sans tache « que j'offre, » parce que le Christ s'est offert lui-même à Dieu le Père sur l'autel de la croix. Et le prêtre met l'hostie de l'autel sur le corporal, comme sur un blanc linceul, donnant

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ainsi à entendre que le Christ lui-même a institué ce sacre- ment^ et qu'il en a légué la tradition et l'observance à l'Eglise,

en disant : « Ceci est mon corps faites ceci en mémoire

« de moi » Le prêtre arrange et place Fhostie sur le cor-

poral, en faisant le signe de la croix, parce que , de même que l'offrande du Christ fut faite sur la croix ^ ainsi l'offrande du prêtre, qui a lieu en mémoire de celle du Christ, doit être faite avec le signe de la croix. Il place aussi le corporal sur la croix faite avec le chrême lors de la consécration de l'autel , parce que le Christ a attaché sa chair à la croix. Le vin dans le calice représente le sang du Christ, et c'est pourquoi le diacre seul, et non le prêtre, figure du Christ, tient le calice, pour montrer que dans l'immolation du Christ le sang fut séparé du corps. Cependant le diacre n'offre pas seul le calice, mais de concert avec le prêtre, et il le met surlapalle dite corporal, ou plutôt entre lui et le prêtre ; ce qui ressort de ce qu'il ne dit pas } offre au singulier, comme fait le prêtre à l'oblation de l'hostie, mais : ce Seigneur, nous t'offrons le calice du salut. » D'oii il apparaît clairement que tous deux doivent prononcer ces paroles. Or, le diacre offre le calice avec le prêtre, parce que non- seulement le Christ s'est offert lui-même à Dieu le Père , mais aussi parce que par son Evangile , dont le diacre est la figure et le porteur, il a institué les cérémonies de ce sa- crifice et les a confiées à l'Eglise. C'est le diacre, comme pré- dicateur de l'Evangile, qui doit, en vertu de sa charge, révéler et manifester cette institution et cette recommandation que l'Eglise militante est tenue d'observer. C'est pourquoi le diacre doit partager avec le prêtre le soin d'offrir le calice , mais non pas cependant celui de consacrer^ parce que cet office n'appar- tient qu'au seul prêtre.

XVII. Cependant c'est à l'évêque ou au prêtre seul à mêler dans le calice le vin et l'eau, chose qu'il n'est permis de faire là aucun de leurs inférieurs, parce que c'est le Christ seul qui a racheté les peuples par son sang. De plus, ce mélange désigne

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l'union du peuple avec le Christ, d'où il s'ensuit qu'elle ne peut avoir lieu que par la grâce du Christ, dont le pontife et l'évêque sont la figure. On mêle le vin et l'eau dans le calice (c), en vertu d'un décret du pape Alexandre I".

XIX. Premièrement , pour marquer que jamais un peuple n'a pu être sauvé sans l'effusion du sang, et aussi que l'effusion du sang a toujours sauvé un peuple. En effet, le Christ s'est réconcilié avec son peuple en mourant. Car il est écrit que les grandes eaux représentent les peuples nombreux. Le Christ a répandu son sang pour son peuple, comme il le témoigne lui- même : (( Ceci est mon sang, le sang du Nouveau-Testament, « qui sera répandu pour beaucoup en rémission des péchés. » Deuxièmement, pour marquer que du côté du Christ il sortit \ à la fois du sang et de l'eau. Car le Christ n'est jamais séparé du peuple, et le peuple du Christ. Et lorsqu'on mêle l'eau avec le vin, alors le peuple s'unit au Christ [De consec, dist. n, Cum omne, prope fînem ) . La loi de Moïse figura aussi d'avance ce mystère , comme l'Apôtre l'explique en disant : « Ils buvaient « de l'eau de la pierre spirituelle qui les suivait ; cette pierre, « c'était le Christ» [De consec, dist. u y Rêvera). Le prêtre verse l'eau dans le calice afin que, de mênie que l'eau est unie au vin , ainsi le peuple soit toujours uni au Christ. Troisième- ment, ce mélange a lieu pour faire comprendre que la divinité et l'humanité sont unies en une seule personne [De consec.

(c) C'est pour imiter Jésus-Christ , qui, dans la dernière pâque qu'il fit avec ses apôtres, consacra la coupe pascale, dans laquelle, selon le rit des Juifs, il y avait du vin et de l'eau. En effet, S. Justin [Apolog., 2); S. Irénée {De hères. y lib. 4, cap. 57); S. Cyprien (epist. 63) ; les Pères du troisième Concile de Car- thage (canon 4), et ceux du Concile in Trullo (canon 32), nous apprennent que, selon la tradition, le vin que Jésus-Christ consacra était mêlé d'eau.

Outre cette raison naturelle et essentielle , les Pères ont cru qu'il fallait met- tre de Teau dans le calice pour deux raisons mystiques, rapportées par Durand. La première, pour figurer le peuple uni à Jésus-Christ; et la seconde, pour figu- rer l'eau qui coula du côté de Jésus sur la croix. Dans le rit Ambrosien, et se- lon un grand nombre d'anciens Missels, en mettant le vin et l'eau on dit: « Du côté du Christ sortit du sang et de l'eau, » De latere Christi exivit sanguis et aqua.

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list. II, cap. III, IV et v). Car la divinité est figurée parle vin, 'humanité par l'eau ; donc celui qui , servant à l'autel;, donne m prêtre l'eau sans le vin ou le vin sans l'eau , sépare , autant ïu'il dépend de lui, la divinité de l'humanité [d). On parlera le cela à l'article du Canon , aux mots : Hoc est corpus meum^ ît à ceux-ci : Hic est calix,

XX. C'est avec raison que le prêtre assistant, avant de ver-

er le vin et l'eau dans le calice, en répand d'abord un peu

)ar terre, non-seulement pour laver le col ou l'endroit du vase )ar lequel l'eau ouïe vin doit couler, ou pour chasser une petite mpureté qui aurait monté à la surface d'un de ces deux liquides, nais aussi pour montrer que le sang et Teau coulèrent du côté lu Christ jusqu'à terre, mystère que le célébrant se prépare à iccomplir.

XXI. Il faut considérer aussi qu'on bénit l'eau (e) quand on a mêle au vin, tandis que, cependant, on ne bénit pas le vin ; et ^ela, comme disent quelques-uns : Premièrement, parce que e vin attend qu'on le bénisse ; mais cette raison ne paraît pas luffisante , car alors le vin est tout entier, puisque dans la bé- lédiction du vin sous le nom de calice on bénit à la fois tant

{d) Au Vie siècle, les Arméniens ne mirent point d'eau dans le calice, et pré- endirent s'autoriser d'une des homélies de S. Jean Chrysostôme sur S. Mathieu, klais les Pères du Concile in T^ullo, assemblés en 692 à Gonstantinople, où 5. Jean Chrysostôme avait été évêque , firent voir que les Arméniens enten- îaient fort mal les écrits de ce saint docteur, qui avait. seulement combattu les tiérétiques qui ne sacrifiaient qu'avec de l'eau. Les Pères ajoutent que l'usage ie mêler de l'eau avec du vin est fondé sur la tradition universelle des églises iepuis Jésus-Christ, et ils déclarent que l'évêque ou le prêtre qui ne mettra lue du vin dans le calice sera déposé comme un novateur qui ne suit pas l'or- Ire prescrit par les apôtres et qui n'exprime qu'imparfaitement le mystère du lacrifice (Conc. TrulL, canon 32). Le décret d'union avec les Arméniens, dans .6 Concile de Florence, déclara aussi qu'il était nécessaire de mettre de l'eau dans e calice : «Cui (vino), ante consecrationem , aqua modicissima admisceri de- 3et, etc. » (Conc, t. 1^2, col. 536).

(e) « Aux messes des Morts, le prêtre ne bénit pas l'eau par le signe de la

roix, » disent les rubriques ; c'est une suite de la raison mystique indiquée par

Durand. On n'emploie pas ce signe extérieur pour bénir l'eau, qui signifie le peuple , parce qu'on est tout occupé des âmes du purgatoire , qui ne sont plus en voie d'être bénites par le prêtre.

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le vin que l'eau [f). D'où vient qu'on peut dire , d'une autre manière, que le vin ici symbolise le Christ, qui n'a nullement besoin d'être bénit ; l'eau figure le peuple, qui , dans cette vie, ne peut être sans péché , et qui , pour l'éviter, a besoin de la bénédiction de Dieu pour être rendu digne d'être uni au Christ, comme on l'a dit ci-dessus. C'est donc pour marquer cela qu'on bénit l'eau quand on la mêle avec le vin. Deuxièmement en- core , on ne bénit pas le vin parce que le sous-diacre, qui n'a pas le droit de bénir, doit , selon son office , le verser dans le calice, comme on l'a dit ci-devant. Troisièmement, parce que le peuple est symbolisé par l'eau; il est uni au Christ seulement par la bénédiction de la grâce du Christ , que figure le prêtre en bénissant l'eau. Et l'on doit mettre plus de vin que d'eau, au jugement du prêtre , de telle sorte cependant que l'eau soit absorbée par le vin et garde le goût de ce dernier ( Extra De celeb. miss, perniciosus), et cela pour marquer que l'Eglise doit s'incorporer au Christ et non le Christ à l'Eglise. Ce qui a fait dire à saint Augustin : « Tu ne me changeras pas en toi, (( comme la nourriture de ta chair ; mais tu seras changé en « moi. ï) On parlera encore de cela au mot précité : Hic est calixy et dans la sixième partie, à l'article du Jeudi saint, vers la fin. Le pape Alexandre, cité plus haut, établit que l'oblation

(/) Le prêtre ne metqu'wn peu d'eau (rubrique) dans le calice, parce que ce qu'on met dans le calice pour le consacrer doit être censé du vin. Les chartreux se servent d'une petite cuillère pour n'y mettre que quelques gouttes d'eau (*). L'Ordre romain d'Amelius parle ainsi de la cuillère avec laquelle on met trois gouttes d'eau ('*) ; et le Concile de Tibur, tenu en 895, dit qu'il faut deux fois plus de vin que. d'eau, « afin que la majesté du sang de Jésus-Christ y soit plus, abondammnent que la fragilité du peuple représenté par l'eau » (***). Voilà encore la raison mystique qui donne lieu à l'oraison suivante que le prêtre dit en versant l'eau dans le calice : Deus, qui humanœ substantiœ, etc.

(*) Capit cochlear, et unam aut duas aquse guttas-infundil. [Oriin. Car tus , cap. 32, no 10.)

(**) Et post aquœ benedictioncm , ponit cum cochleari très guttas aquae. [Ordo rom., xv.) (***) Ut duae partes sint Tini , tertia vero aquae : quia major est majestas sanguinis Do- mini, quara fragilitas populi, qui per aquam designatur, juxta illud : Populi multi, aquae multae (canon 19).

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ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 189

e ferait avec du pain azyme et en petite quantité, et il dit à
e sujet 
a Plus cette oblation est petite , plus elle est pré-

( cieuse. »

XXII. Il ne faut pas aussi oublier qu'aux messes particulières

elui qui présente au prêtre la burette du vin ne baise pas sa

nain, ce qu'il ne fait qu'en lui donnant l'eau , parce que le vin eprésente le Christ, l'eau le genre humain, et le baiser la paix établie entre Dieu et l'homme. Régulièrement, pourtant, lors- [u'on présente quelque chose au célébrant cm qu*on reçoit [uelque chose de lui , on lui baise la main pour montrer que ont le culte et tout le respect qu'on rend à Dieu, dont le célé- )rant tient la place, doivent procéder de la ferveur, de la cha- ité et de l'amour figurés par le baiser de la main. On a aussi >arlé de ce baiser à l'article de l'Evangile, et on en traitera au hapitre du Baiser de paix. A Rome, on pose le calice à droite le l'hostie {oUatœ), et à juste titre, puisque le célébrant s'ap- >rête , en quelque sorte , à recevoir le sang qui coula du côté Iroit du Christ; c'est aussi pour marquer que le sang et l'eau ombèrent du flanc droit du Christ. En outre , si la croix que 'on fait ordinairement sur l'hostie et le calice n'est pas bien lirigée à droite, elle n'a pas lieu sur l'hostie, ce qui cependant loit nécessairement se faire ainsi. Car on doit commencer le igné de la croix sur l'hostie et l'achever sur le calice , comme 'indique évidemment la réunion de divers endroits et termes lu canon. On parlera de cela dans la huitième partie du Canon^ lux mots : Hostiam sanctam.

XXIII. Communément, cependant, ailleurs on met l'hostie intrè le prêtre et le calice : Premièrement, pour montrer que le Christ est le médiateur de Dieu et des hommes (x dist., Quando), it c'est dans ce sens que le prêtre représente Dieu le Père ; 'hostie , le Christ ; l'eau dans le calice , le peuple ; et nous ne jouvons arriver à la joie de la résurrection que par la média- ion du Christ. Deuxièmement, l'hostie est plus près du prêtre lue le calice , parce qu'on lit que le Christ la consacra bien

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avant que de donner son sang aux apôtres ; mais cette raison est mieux comprise des Romains, qui commencent les signes de croix sur l'hostie et les achèvent sur le calice. Enfin^ quand le prêtre prend la patène avec l'hostie , la hurette avec l'eau, le calice avec le vin, l'encensoir avec l'encens, il fait sur toutes ces choses le signe de la croix, afin de déjouer, par la vertu de la croix , toutes les embûches de la malignité du diable , pour qu'elles ne prévalent pas, en quelque manière, contre le prêtre ou le sacrifice. •

XXIV. Et remarque que, relativement aux burettes ou am- poules dans lesquelles on met le vin et l'eau pour le sacrifice, il est à considérer, au point de vue spirituel, que dans une pe- tite substance sont renfermés d'incompréhensibles mystères à venir. Ampulla (ampoule) veut dire en quelque sorte ampla[ huila (une large boule) : elle est la figure du cœur humain, qui doit être étendu de toute la largeur de la charité. Les am- poules ou vases à offrir le vin, ce sont les prédicateurs qui reprennent leurs auditeurs d'une manière mordante, ou qui, enivrés de la grâce de l'Esprit saint , communiquent aux au- tres leur ivresse. Quant aux aiguières ou vases à eau, ce sont les docteurs qui ont bu l'eau de la science du salut , et qui se sont largement abreuvés à la source de vie. Mais continuons à poursuivre l'explication de ce que nous avons dit plus haut, et passons à un autre ordre d'idées.

XXV. Dans certaines églises, le sous-diacre porte le calice à gauche , la patène couverte du corporal à droite ; un chantre porte l'hostie à consacrer , avec un linge {favone) dessus , et la burette au vin ; un autre apporte l'eau qu'on doit mêler avec le vin ; enfin, le diacre verse l'eau dans le calice, qu'il présente au prêtre ou à l'évêque. Le sous-diacre, c'est le Christ; le calice,, la passion ; la patène , la croix ; le côté gauche , la vie présente ; le droit , la vie future ; le corporal , l'Eglise ; le premier chan- tre figure le peuple juif; le second, les Gentils ; Tampoule, la dévotion ; l'hostie, le corps ; le vin, le sang; l'eau, l'Eglise;

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'archidiacre, le Christ ; le 'prêtre ou l'évêque, Dieu le Père.

XXVI. Or, le sous-diacre porte le calice à gauche^ parce [ue le Christ a bu de l'eau du torrent en son chemin , c'est- -dire qu'il a souffert la passion en cette yie ; on porte la patène

droite , parce que par la croix il est parvenu à la gloire : 'est pourquoi Dieu l'a exalté ; avec le corporal par-dessus, >arce que l'Eglise ne cesse d'imiter sa passion. On blanchit le orporal ; et l'Eglise se moule sur le Christ, à travers un grand lombre de tribulations. Notre sous-diacre, c'est-à-dire le Christ,

porté la patène avec le calice , quand il a porté la croix dans a passion.

XXVII. Le premier chantre apporte l'hostie couverte d'un inge , et la burette au vin, parce que la primitive Eglise reçut [es Juifs la foi de la passion, avec tout le dévouement [devo- ione) de son ame. 11 ne porte pas l'hostie dans ses mains nues , nais avec un linge blanc ou une serviette propre et pure, pour narquer que le corps du Christ n'est dignement reçu que par eux qui crucifient leur chair avec ses vices et ses concupis- ences.

XXVIII. L'autre chantre qui apporte l'eau que le diacre mêle vec le vin et qu'il présente au prêtre ou à l'évêque , c'est la lentilité qui a offert la multitude de ses peuples que le Christ . offerts à son tour à Dieu le Père dans sa passion. On peut en- ore dire avec justesse que l'autel est la table du Seigneur, au- our de laquelle il mangeait avec ses disciples ; la pierre con- acrée , la croix ; le calice , le sépulcre ou la passion du Christ , lont on a parlé dans la première partie, au chapitre des Pein- are?; et la patène , qui vient de patere, signifie un cœur large t vaste. Sur cette patène, c'est-à-dire sur l'étendue de la cha- ité , on doit offrir le sacrifice de la justice , afin que l'holo- auste de Famé soit agréable à Dieu. Les apôtres avaient cette irgeur du cœur^ lorsque Pierre disait : «S'il me fallait mou- rir avec toi^ je ne te renierais point. » Tous les apôtres dirent

ussi la même chose au Christ. Mais cette ampleur du cœur les

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abandonna et se cacha, quand tous, ayant abandonné leur maître, s'enfuirent et se cachèrent.

XXIX. C'est pour symbohser cette fuite qu'après avoir reçu l'hostie le prêtre cache la patène sous le corporal , ou au moins que le sous-diacre ;, l'ayant enlevée de dessus l'autel, la tient enveloppée par derrière. Cela désigne la fuite ou la retraite des disciples, ou l'aveuglement de leur infidélité; puisque, pendant que s'offrait le véritable sacrifice, ayant abandonné le Christ , ils s'enfuirent et se cachèrent , comme il le leur avait prédit lui-même, ce Je vous serai (leur avait- il dit) à tous une c( occasion de scandale. Car il est écrit : Je frapperai le pasteur , (c et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais, après que ce je serai ressuscité, j'irai devant vous en Galilée. » On ne laisse à découvert qu'une petite partie de la patène, pour montrer que la bienheureuse Vierge et le bienheureux Jean l'évangé- liste ne s'enfuirent pas et ne se cachèrent pas , comme on le dira au chapitre du Sanctus. C'est pourquoi le prêtre, avant de dire : Pax Domini, comme pour annoncer la bonne nouvelle de la résurrection du Seigneur, reprend la patène^ parce que ce le soir du même jour, qui était le premier de la semaine, lei ce portes du lieu oii les disciples étaient assemblés de peur def- ce Juifs étant fermées , Jésus vint , et se tint au milieu d'eux ce et leur dit : La paix soit avec vous , » rassemblant ainsi sei' brebis que la frayeur avait fait fuir.

XXX. La patène, qui, à cause de sa forme, symbolise la divi nité, qui n'a ni commencement ni fin, est tenue cachée jusqu'; l'oraison dominicale , pour montrer que la divinité est caché- et voilée pour nous en ce monde ; mais quand , dans l'oraisoi dominicale, nous disons : Panem nostrum, on la montre, pou marquer que, quand nous aurons notre pain qui est dans le cieux, alors la divinité, qui dans ce monde est cachée et voi lée , se manifestera à nous , et nous verrons Dieu tel qu'il es! On parlera de cela au chapitre de la reprise de la Patène. Ce pendant, en certains endroits on tient la patène découverte

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pour montrer que le prêtre prie pour obtenir les biens éternels qui nous ont été révélés par la prédication du Christ. Car la patène , qui est ronde , figure très-bien l'éternité , qui n'a ni commencement ni fin.

XXXI. C'est avec raison que le sous-diacre tient la patène par derrière^ comme s'il disait : a Imitez-moi, car j'ai oublié a le passé et je m'avance vers l'avenir. » Il insinue aussi par là

que nous devons rapporter toutes nos actions au Christ et à la

j couronne éternelle. La patène, en dehors du calice et sens des- sus dessous, représente la pierre soulevée et roulée hors du sé- pulcre. Et remarque que le diacre donne à tenir la patène au sous-diacre ;, indiquant ainsi que le Christ a conféré à ses dis- , ciples le pouvoir de prêcher le royaume de Dieu. On verra en- core ce qui concerne ce sujet au chapitre de la Reprise de la Patène.

XXXII. Pour ce qui concerne l'offrande du peuple^ il est à remarquer que le peuple doit faire des oJBPrandes , selon cette parole de l'Exode : « Tu ne paraîtras pas en présence de ton «Dieu les mains vides » [De consec.^ dist. i, Omnis). Par l'of- frande de présents^, nous pouvons aussi rappeler le souvenir du grand nombre de victimes qui furent offertes par le peuple, quand le roi Salomon consacra au Seigneur un temple et un autel. Or, c'est à son exemple que le peuple fidèle offre sa per- sonne et des dons à Dieu ; car, dans l'Ancien-Testament , le peuple se rassemblait à Jérusalem^ à l'époque de certaines grandes solennités, savoir : Pâques, la Pentecôte et la fête des Tabernacles , pour prier dans le temple , et ils étaient tenus, à ces époques, de faire des offrandes. Et remarque que dans l'An- cien-Testament le peuple offrait le sacrifice légal et volontaire pour le péché, réservant pour l'action de grâces les dons, les vœux et les holocaustes.

XXXIII. Le sacrifice légal, ce sont les dîmes et les prémices que la loi ordonnait d'offrir (Deutéronome, chap. xii). Le sa- crifice volontaire est celui que le peuple offrait de lui-même

Tome II. 13

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pour le péché et pour la transgression de la loi. Les dons, c'é- tait ce qu'il offrait pour la décoration du temple. Les vœux étaient pour éviter les dangers de la maladie ou de la guerre. On a parlé, ci-devant, de l'holocauste ; et, à propos de tout ce que nous venons d'énumérer, il est dit , dans les Paralipomè- nes , que les princes firent des offrandes pour acquitter leurs vœux , de leur propre mouvement , pour le péché , pour le royaume, pour le sanctuaire, pour Juda.

XXXIV. Le cérémonial de la synagogue a passé dans le culte de l'Eglise , et les sacrifices d'un peuple charnel ont été changés aux observances d'un peuple spirituel. Car^ de même que quand Moïse descendit de la montagne le peuple lui of- frit divers dons pour la construction du tabernacle , ainsi , quand l'évèque quitte le pupitre, les chrétiens viennent lui of- frir leurs dévotes oblations. L'un apporte de l'or, pour imiter les Mages, qui offrirent de l'or au Seigneur. L'autre de l'argent, pour suivre l'exemple de ceux qui mettaient de l'argent dans le tronc du temple. Celui-ci quelque chose de ses biens , pour s'associer à ceux qui , par les mains de Paul et de Barnabe, donnaient ce qui était nécessaire aux pauvres. Et il ne faut pas faire attention à la quantité ou à l'apparence des offrandes, mais plutôt à l'intention de celui qui fait son offrande , selon cette parole des Proverbes : « Honore de ton bien le Seigneur c( ton Dieu. » Et Thomas^ iv : ce Fais l'aumône de ton bien. » Et les Mages offrirent au Christ, nouveau-né, de l'or, de l'en- cens et de la myrrhe, selon cette parole du Psalmiste : « Les c( rois t'offriront des présents. » Selon Grégoire, on ne se rend pas agréable, par ses présents, mais les présents sont agréables suivant la main qui les fait (^f). On offre aussi le sacrifice légal, consistant en dîmes et en prémices ; le sacrifice volontaire, qui se compose des oblations spontanées pour le péché , en se ra- chetant par la pénitence , en rendant grâces à Dieu lorsqu^on

{g) La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne, dit Corneille.

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n a reçu quelque grâce ; on offre des dons, lorsqu'on donne de uoi bâtir des églises , ou des vases sacrés , ou quelque autre hose. On offre des vœux , quand on accomplit en partie ce u'on a promis à Dieu. Ils offrent ^des holocaustes ceux qui bandonnent le siècle et distribuent leurs biens aux pauvres.

XXXV. Celui qui offre baise la main du prêtre, ce qui figure i foi jointe aux œuvres, et l'on a parlé ci-dessus de cela. Celui ui offre le pain et le vin symbolise les disciples qui vinrent réparer tout ce qui était nécessaire pour la pâque.

XXXVI. Mais les clercs et les moines aussi qui ont des biens administrer ne font d'offrande qu'à l'office des Morts , quand n prêtre dit sa première messe , et dans certaines solennités rincipales (De consec, d. i, Alia). Et parce qu'ils vivent d'of- 'andes et qu'ils se sont offerts eux-mêmes à Dieu, ils ne sont as obligés de faire des offrandes. Les hommes passent avant 3S femmes à l'offrande. Comme le sexe le plus fort, ils figurent 3S martyrs , qui , dans la primitive Eglise , ayant souffert un

rand nombre d'injures , offrirent au Christ une victime , en

Qourant pour lui. Ensuite viennent les femmes, ce sexe plus ragile ; et elles figurent les confesseurs , qui , au temps de la >aix, offrirent leurs louanges comme autant d'hosties au Sei- gneur. En outre , l'homme est le chef [caput] de la femme^ i'est pourquoi elle doit lui céder le pas (ff. De edendo, Argen- arius-),

XXXVIÏ. Les sous- diacres et les acolytes reçoivent les of- randes qu'on apporte à l'évêque , pour montrer qu'il ne doit )as administrer de ses mains , mais par celles des autres , les )iens du temps.

XXXVIII. C'est avec raison que le pontife romain ne touche le ses mains aucune offrande autre que celle pour les morts, p'il reçoit de ses mains, pour fermer la bouche à l'erreur de zes dogmatisateurs qui disent que les aumônes ne servent pas lux morts; et il ne touche que l'offrande du pain, autant par respect pour le saint sacrifice, qui se fait avec du pain, que parce

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qu'il est le vicaire de Celui qui dit de lui : « Je suis le pain de « vie. » Il reçoit les autres offrandes à ses pieds, à cause de ce qu'on lit dans les Actes des apôtres , que les fidèles offraient à Dieu ce qu'ils avaient vendu, et qu'ils en déposaient le prix aux pieds des apôtres ; et aussi parce que tout est à lui , comme on en a touché un mot à l'article de l'Evangile. Le prêtre touche de la main les offrandes , parce qu'il représente ce que dit le Lévitique , chapitres i et iv : « Il mettra la main sur la tête de (( l'hostie , et elle sera reçue de Dieu , et lui servira d'expia- c( tion. »

XXXIX. Et remarque qu'on offre le pain et le vin pour les morts , d'après ce passage de Tobie , chapitre iv : « Mets ton c( pain et ton vin sur le tombeau du juste, » c'est-à-dire fais-en l'offrande. On offre une somme ou de l'argent^ à l'exemple de Judas Machabée, qui envoya offrir douze mille drachmes d'ar«  gent, afin qu'on fît un sacrifice pour les péchés des morts. En- fin, les fidèles mettaient aux pieds des apôtres le prix de leurs biens _, comme on l'a dit ci-devant. Cette offrande est un flam- beau pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres du pur- gatoire , comme si celui qui fait une offrande pour les morts disait : « Seigneur, que la lumière éternelle luise pour eux, etc. »

XL. Moïse, voyant que le peuple avait fait beaucoup d'offran- des, fit dire par un hérault que personne ne présentât plus rien (ExodC;, chap. xxxv et xxvi). Cependant, on n'a vu à notre épo- que aucun prêtre imposer un terme aux offrandes. En quelques endroits, les paroissiens offrent, le jour de Noël, des pains qu'ils appellent pains des calendes [panes... calendarios) , à cause de ce qu'on lit dans le Lévitique, chapitre xxii : a Vous offrirez a deux pains au prêtre pour son usage propre, et vous appel- a lerez ce jour un jour très-solennel et très-saint, etc. » Après qu'on a reçu les offrandes du peuple , et pendant que le chœur chante l'offertoire, l'évêque ou le prêtre retourne à l'autel, parce que le Christ , après avoir reçu les vœux de la troupe

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dèle, qui chantait : « Hosanna au plus haut des deux, » entra ms le temple , dans le voisinage duquel il allait être bientôt nmolé.

CHAPITRE XXXI.

LE PRÊTRE ENCENSE L'AUTEL UNE SECONDE FOIS.

I. Après avoir reçu l'offrande mystique dont nous venons de irler, on brûle de l'encens, pour figurer ce que raconte Jean ms l'Evangile , et dont on a dit un mot vers le commence- lent du chapitre qui précède celui-ci, savoir : que Marie-Ma- îleine prit une livre d'huile de nard pur et précieux, et en oi- lit les pieds de Jésus, et la maison fut remplie de l'odeur de ! parfum. Le prêtre balance l'encensoir sur l'autel et autour, 1 formant le signe de la croix sur le sacrifice et l'autel , afin, ir le signe de la croix et l'encens, de déjouer la malignité des éges du diable et d'y échapper.

II. En balançant trois fois l'encensoir sur l'autel et autour, rappelle que Marie oignit à trois reprises le corps de Jésus, remièrement , elle oignit les pieds de Jésus chez Simon le larisien. Deuxièmement, lorsque chez Simon le lépreux elle pandit un parfum sur sa tête. Troisièmement, lorsqu'elle heta des aromates et vint embaumer Jésus, qu'on avait déjà is dans le sépulcre , car la volonté est réputée pour le fait [yil, q. i). Si donc elle n'a pas accompli son désir, cepen- mt il a eu un commencement d'exécution. Lorsqu'ensuite on icense l'autel de tout côté, c'est pour montrer que cette action 3 Madeleine a été publiée par toute l'Eglise , comme le Sei- [leur lui-même l'atteste : a En vérité , en vérité , je vous dis

que partout où sera prêché cet Evangile, c'est-à-dire dans tout le monde, on racontera à la louange de cette femme ce qu'elle vient de faire. »

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III. On peut encore dire qu'on encense raulcl pour repré- senter l'ange qui se tenait devant l'autel du temple, ayant un encensoir à la main , d'où la fumée des aromates montait en la présence du Seigneur. Car le Christ, qui est l'Ange du grand Conseil, a offert pour nous au Seigneur, sur l'autel de la croix, comme un sacrifice d'agréable odeur, sa chair immaculée, embrasée du feu de l'Esprit saint. La fumée des aromates, ce sont les prières des saints, qui, entretenues par l'ardeur de la charité que leur inspire la passion du Seigneur , montent à Dieu le Père , et nous méritent d'être couronnés par la Tri- nité ; voilà pourquoi le prêtre encense en forme de croix et de couronne : en encensant une fois, il rappelle qu'il n'y a eu qu'une passion; en décrivant une fois le cercle [corona)^ il rappelle la récompense d'un denier ; en encensant trois fois , il figure la coopération de la Trinité dans la passion , et la glo- rification des trois ordres, d'où vient qu'en encensant il dit : c( Seigneur, que ma prière monte comme l'encens en ta pré- ce sence , etc. ; » c'est dans le sens moral qu'il faut brûler l'en- cens de la dévotion dans l'encensoir du cœur, avec le feu de la charité, pour qu'il exhale une odeur suave, afin que, tant nous que notre offrande, nous soyons en bonne odeur devant Dieu ; sur quoi l'Ecriture dit que nous sommes chargés des fonctions du sacerdoce et de louer le nom du Seigneur, etc. Le prêtre , qui figure le Christ , reçoit cet encens et en parfume le sacri- fice et l'autel. On peut dire aussi que l'encensoir, dans lequel le prêtre offre l'encens, représente le Christ^ par lequel il de- mande que Dieu lui soit propice. C'est avec raison que l'on encense toute l'assemblée des fidèles , pour montrer que tout ce que fait le prêtre se rapporte à tous ; ce qui a fait dire au : Psalmiste : « Seigneur, que ma prière monte comme l'encens : c( en ta présence. » Cette cérémonie n'a pourtant pas lieu à la messe des morts , comme on le dira dans la septième partie , au chapitre de l'Office des Morts.

IV. Dans le Concile de Rouen, publié par Bouchard , livre

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i, chapitre Ut tempore , on lit : ce Nous avons décrété qu'a- près la lecture de l'évangile on encensera l'offrande en mémoire de la mort de notre Rédempteur. » Le pape Léon tablit aussi qu'on encenserait l'offrande. Cependant certains érétiques disent follement qu'on ne doit pas encenser pendant 1 messe , parce que le Christ n'a pas fait fumer l'encens ter- estre dans la Cène , et qu'Isaïe dit : ce L'encens m'est en abo- mination.» On a dit au chapitre de l'Aspersion de l'Eau bénite ourquoi l'on encense l'autel et le crucifix. Après Fencense- lent , le prêtre lave une seconde fois ses doigts , et il ne tou- he plus rien, jusqu'après la communion^ avec les doigts qui ii servent à manier l'hostie consacrée^ et après l'élévation de hostie il joint ses mains, comme on le dira à l'article de 1 huitième partie du Canon. L'assistant de l'évêque tire et amène sur ses bras la chasuble [planetam] et ses autres vête- ments;, car dans l'ancienne loi, lorsque le grand-prêtre sacri- iait^ il rejetait les extrémités de sa ceinture sur ses épaules.

CHAPITRE XXXIL

LE PRÊTRE S'INCLINE, BAISE L'AUTEL ET PRIE.

L Le mystère de l'encensement étant accompli, le prêtre lit, en s'inclinant : « Reçois, ô Trinité sainte ! cette oblation que c nous t'offrons, etc. » Ce qui est tiré du chapitre m de Da- liel, afin d'offrir une hostie grasse de charité et qui soit di- jne d'être immolée pour le sacrifice. L'inclinaison du prêtre igure l'humilité du Christ qui s'est réduit au dernier abaisse- nent en prenant la forme d'un esclave, et en se rendant )béissant jusqu'à la mort , la mort de la croix ; qui s'est in- cliné aux pieds de ses disciples, et qui, après avoir institué son lacrement dans la Cène , pria son Père.

IL Ensuite le prêtre, se relevant, baise Tautel, pour montrer

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que, par la passion du Christ, le peuple a été délivré et récon- cilié avec Dieu le Père , comme l'Apôtre le dit aux Ephésiens , chapitre m : « Le Christ est le pacificateur qui réconciliera (( les deux peuples en Dieu , en en formant un seul corps. » C'est avec raison que le prêtre, avant de commencer les saints mystères, prie d* abord pour lui-même, et ensuite pour le peuple.

III. Il se tourne vers l'assemblée, en disant tout bas : « Le «c Seigneur soit avec vous, » comme on l'a dit au chapitre de la Salutation; et aussitôt après, élevant quelque peu la voix, il demande que les prières de tous lui viennent en aide, n'étant pas assez présomptueux pour penser qu'il peut seul accomplir un si grand mystère ; c'est pourquoi il avertit le peuple par ces mots : (( Priez pour moi, mes frères, etc., » et moi je prierai pour vous ; ce qui figure ce que le Christ a dit à ses disciples (Luc, chapitre xxn) : « Priez, afin que vous n'entriez point « en tentation. » Et au même endroit : a J'ai prié pour toi, « Pierre. » Et le prêtre avertit le peuple de prier, pour que son sacrifice soit agréable à Dieu ; et le peuple doit prier de même tout bas et répondre : « Que le Seigneur se souvienne de tous « tes sacrifices, et que l'holocauste que tu lui offres lui soit « agréable. » Ou bien le peuple répondra : « Que le Seigneur « reçoive cette oblation, s'il lui plaît; de tes mains ce sacri- a fice, etc. » Ou bien encore : te L'Esprit saint surviendra] en toi ; » ou : « Que le Seigneur t'envoie le salut de son sanc- « tuaire; » ou : « Immole à Dieu un sacrifice de louanges. » Nous devons prier les uns pour les autres, selon l'Apôtre, pour être sauvés. En effet, le Christ a prié d'abord pour lui-même ; « Père ( dit-il ) , l'heure est venue , glorifie ton Fils , afin que ce ton Fils te glorifie. » Ensuite, il a prié pour le peuple, en disant : « Père saint, conserve ceux que tu m'as donnés, afin a qu'ils soient un comme nous» (Extra De sum. Trinit., cap. II). Le prêtre^ pour dire : «Priez pour moi, frères, » se tourne devant le peuple ^ parce que c'est à lui qu'il adresse la

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parole d'une manière distincte ; mais quand il dit : « Prions, » après Dominus vohiscum^ il se tourne devant l'autel, parce qu'alors ce n'est pas d'une manière distincte, mais d'une ma- nière collective en quelque sorte qu'il les invite à prier avec [ui ou à rendre grâces à Dieu. Ayant averti le peuple , le prêtre se retourne aussitôt devant l'autel du côté gauche , comme on l'a dit au chapitre de la Salutation au peuple , et c'est alors qu'il dit l'oraison qu'il avait interrompue depuis l'offertoire, en disant : « Prions, » pour montrer que le Christ revint une seconde fois à Jérusalem dans la maison de prières qu'il avait [juittée pour un temps, quand il s'était retiré dans la ville d'Ephrem. On lit dans l'Evangile : (c Jésus étant venu à Jé- « rusalem, entra dans le temple, et il en chassa les ache- (( teurs et les marchands, en disant : Ma maison sera appelée « la maison de la prière. »

IV. Le prêtre s'applique à la prière, pour ne pas être trouvé indigne comme Oza, qui toucha témérairement à l'arche et fut frappé par le Seigneur. On ne voit pas cependant qu'il eût fait autre chose, nisi uxorem propriqm cognovisse in nocte prœcedenti. Les Bethsamites ayant aussi voulu toucher témé- rairement à l'arche du Seigneur, le Seigneur fît mourir soixante- dix personnes des principaux de la ville , et dnquante mille hommes du petit peuple. Cette arche précieuse, c'est le calice du Seigneur.

V. Le prêtre prie à voix basse : Premièrement , pour ne pas avilir l'office de la messe ; et c'est pourquoi l'oraison qu'on dit tout bas [persecrete) est appelée par quelques-uns secrète, et par d'autres secretella. On parlera de cela et de ce silence au chapitre de la Secrète , comme on l'a déjà dit au chapitre de l'Offertoire.

VL Deuxièmement, le prêtre prie en silence pour prier plus dévotement, et il ne pensera pas à plaire au peuple par sa voix et ses gestes, parce que le Seigneur s'éloigna de ses disciples à la distance d'un jet de pierres pour prier.

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VII. Troisièmement, en priant secrètement le prêtre figure les prières secrètes que le Christ faisait en ces termes : « Mor a Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi. »

VIII. Quatrièmement, ce silence du prêtre révèle le mystère caché dans les sacrifices des patriarches, tels que ceux d'Abel d'Isaac, de l'agneau pascal, de la génisse rousse, du bouc émis- saire.

IX. Cinquièmement, ce silence représente celui que le Sei- gneur garda pendant la passion , car il fut conduit tomme un( brebis à la boucherie, exemple que les martyrs ont imité. D'oi vient qu'on chante ces paroles : Non murmur resonat^ nor querimonia ^ etc.

X. Sixièmement, on dit en silence et en secret les prière! qui suivent Toblation, parce que les Juifs, aussitôt après h résurrection de Lazare , voulurent tuer Jésus ; mais il se cache dans la ville d'Ephrem^ dans la solitude, et cessa de prêchej et d'opérer des miracles, jusqu'au samedi des Rameaux, qu'i vint chez Simon le lépreux, et alors il prêcha ouvertement.

XI. C'est pour désigner cette prédication que le prêtre élève de nouveau la vgix à la fin de la secrète, et dit ouvertement ei à haute voix : Per omnia secula seculorum , qu'on a explique au chapitre de l'Oraison ou de la Collecte. Deuxièmement^ le prêtre dit tout haut : Per omnia ^ pour montrer qu'après ss résurrection le Christ a prêché ouvertement. Troisièmement) parce que c'est le commencement de l'oraison suivante, comme on le dira tout-à-l'heure. Et comme le prêtre réclame l'assen- timent du peuple et la confirmation de ses paroles, comme le prêtre est le délégué du peuple , c'est pourquoi l'assemblée ex- prime son assentiment en disant : Amen.

XII. Le monde ayant été créé par Dieu, le prêtre, avant de dire : Per omnia secula seculorum^ met ses mains sur l'autel : Premièrement, pour montrer qu'il se dépouille de toute pen- sée temporelle, et qu'il se jette entièrement dans le sein de Dieu , en s'attachant de toute son ame à l'immolation de la

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ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 203

nte victime. Deuxièmement^ il met ses mains sur l'autel, rce qu'alors il invite le peuple à élever son cœur à Dieu et à [ rendre grâces , en se livrant à la contemplation et à l'exer-

e des bonnes œuvres que symbolisent les mains au repos.

>us rendons ensuite grâces de nos œuvres à Celui qui com- 3nce le bien en nous, et nous le prions d'y mettre le sceau, mme dit l'Apôtre ; et voilà pourquoi alors le prêtre repose

mains sur l'autel.

CHAPITRE XXXIII.

DE LA PRÉFACE.

[. Au-devant de la préface^ on dessine dans les livres une ure qui représente en haut la lettre U [a), et en bas la lettre

et ces deux lettres jointes ensemble sont mises là pour re dignum; ce sont les lettres initiales de ces deux mots. La tre U, ouverte par le haut et fermée par le bas^ symbolise umanité ou la nature humaine du Christ, qui part d*une race [tienne, et qui a eu son principe dans la Vierge, mais est is fin. Le D, qui se ferme en cercle, est la figure de la divi- é ou de la nature divine du Christ, qui n'a ni commence- !nt ni fin. Le trait qui relie par le milieu les deux parties du c'est la croix, par laquelle l'humanité est unie à la divinité.

met donc cette figure au commencement de la préface, rce que , par le mystère de l'union et de la passion du Sci- eur, les hommes font la paix avec les anges , et l'humanité ssocie à la divinité pour préconiser le Sauveur. n. Dans toutes les préfaces les hommes et les anges se missent pour chanter tous ensemble les louanges de leur i, et c'est pourquoi on chante les préfaces à haute et mélo- îuse voix , parce qu'elles représentent les chants des anges.

3) Pour V.

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204 RATIONAL

Et la préface est chantée devant l'autel et par le prêtre seul, selon cette parole de l'Apocalypse, cliap. xiv : ce Ils chantaient (( comme un cantique nouveau devant le trône...., et nul ne « pouvait chanter ce cantique que ces cent quarante-quatre « mille qui ont été rachetés de la terre. »

III. On appelle cette prière i^re/ace^ parce qu'elle précède le sacrifice principal. C'est en quelque sorte un préambule, c'est- à-dire une préparation au saint ministère. C'est le préambule de toutes les prières qui commencent à Te igilur, et qui voni jusqu'à VAgnus Dei, Dans la préface, le prêtre rend d'avance {prœloquitur) grâces et honneur à Dieu, afin de pouvoir mieu> parvenir à consacrer le corps du Christ. La préface s'appelh aussi préparation , parce qu'elle prépare les âmes des fidèleî au respect de la consécration qui va avoir lieu.

IV. On la nomme aussi l'hymne angélique, parce qu'elle es; remplie des louanges des anges. Cependant le sacrifice s'ap- pelle oblation dans la secrète [secretella) ; mais à partir dt Dominusvohiscum, que l'on dit immédiatement après la secrète jusqu'au Sanctus, le sacrifice reçoit le nom d'hymne. C'est avei raison que dans le dernier chapitre on a dit qu'à la fin de h secrète on prononçait à haute voix ces mots : Per oinniasecuk

seculorum, qui terminent cette oraison, et qui commencent L

il

préface ; car le prêtre fait entendre par là que le Christ est L pierre angulaire qui de deux peuples n'en a fait qu'un en Judée en unissant les Juifs et les Gentils^ afin qu'il n'y ait qu'unt seule bergerie et qu'un seul pasteur. Donc le prêtre, qui v; dire une chose très-digne d'attention , salue le peuple par ce mots : « Le Seigneur soit avec vous , » par lesquels il rioui souhaite d'être tels, que le Seigneur daigne habiter avec noi^ et célébrer avec nous ce repas dans lequel une femme apport un vase d'albâtre plein d'une huile de nard, qu'elle répandi sur la tête du Seigneur pendant qu'il était à table. Le peupl répondra : « Et avec ton esprit ; » et c'est ainsi que le prêtre e le peuple prieront mutuellement l'un pour l'autre.

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ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 205

V. Car dans l'Ancien -Testament tons les prêtres priaient ndant la consommation du sacrifice : Jonathas commençait, les autres répondaient. Ensuite le prêtre, pour exciter le aple à la prière, ajoute : «Elevez vos cœurs^,» vers le ciel et n vers la terre. Et il élève ses mains pour les raisons que us avons dites à la fin du chapitre de l'Oraison ou de la Coi- te. Le chœur répondra : « Nous les avons vers le Seigneur^ » st-à-dire nous devons les avoir; d'où vient qu'on trouve isi ces mots dans un canon de Cyprien [De consec, dist. i, lando papœ). C'est pourquoi le prêtre, en disant la préface mt l'oraison du canon, prépare l'ame de ses frères par ces ►ts : (( Elevez vos cœurs , » afin que , quand le peuple lui ►ondra : a Nous les avons vers le Seigneur, » il se tienne pour

rti qu'il ne doit penser à rien autre qu'au Seigneur. Le

fiur ajoute encore : c( Nous les avons vers le Seigneur, » ir que l'Eglise , à l'exemple de la femme au parfum , élève i cœur au Verbe divin et oigne de l'huile de la foi catho- ue la tête du Christ ^ égal à Dieu le Père , qu'elle atteindra

la foi, et dont le prêtre poursuit avec raison les louanges

disant :

VI. « Rendons grâces au Seigneur notre Dieu^ » parce que as devons le remercier de tous les bienfaits qu'il nous a ac- 'dés. Le chœur répondra : ce Nous le devons, et il est juste, » rce que nous devons rendre grâces à Dieu tout-puissant. Le itre dit ensuite : (c Par le Christ notre Seigneur , » ce qu'il it compléter ainsi : « Confiants et croyants que parle Christ

Anges louent sa majesté, les Dominations l'adorent, les issances tremblent en sa présance. )) L'Eglise conclut admi- )lement les termes de cette sainte confession, lorsqu'elle ante avec les anges et les hommes, et de tout le dévoûment

son cœur^ l'hymne : ce Saint, saint, saint est le Dieu des nées, les cieux et la terre sont remplis de ta gloire, etc., » nt on parlera plus bas.

VII. On peut aussi rapporter l'office de la préface à ce que

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dit saint Luc , que Jésus monta dans une grande cham bre haute , toute meublée , oii il parla beaucoup avec ses dis ciples, et, ayant rendu grâces , il chanta à Dieu le Père cett hymne dont parle saint Mathieu en ces termes : « Et, ayan c( chanté le cantique d'action de grâces , ils allèrent à la mon « tagne des Oliviers. » Donc le Dominus vohiscum représent la prière que le Christ fit avec ses disciples ; le Sursum corda c'est quand il monta au cénacle. Au Sursum corda nous nou levons pour confesser le Fils, et nous implorons le ministèr des anges, que nous prions de recevoir nos vœux et de les por ter à Dieu. En disant Grattas agamuSy nous rendons grâces ai Christ et nous invitons le peuple à remercier Dieu le Père pa son Fils , qui nous a rachetés et qui nous a admis à le loue avec les anges. Le prêtre dit au peuple Sursum (en haut) ! c'esl à-dire qu'il les exhorte à s'élever au-dessus d'eux-mêmes , oi à élever leurs cœurs vers Dieu, selon ce conseil de l'Apôtre « Recherchez ce qui est dans le ciel , et non ce qui est sur 1 (( terre. » En effet, parmi tout ce qui couvre la terre on ne peu rien offrir à Dieu qui soit digne de lui ; a et où est ton trésor « là est aussi ton cœur. » En effet , il y a beaucoup d'homme: qui parlent du ciel de bouche, dont le cœur est attaché à lî terre; c'est à ces hommes que le Seigneur adresse ce reprocb par l'organe du Prophète : « Ce peuple m'honore des lèvres i (( mais son cœur est loin de moi. » Quand le chœur répond, i déclare qu'il a reçu les avis du prêtre en disant : « Nous avon « nos cœurs vers le Seigneur.» Et le peuple veillera avec soin ji ce que son cœur ne s'abaisse pas jusqu'à la terre, afin de ne pai mentir d'une manière condamnable. Le prêtre, à son tour après avoir rendu les autres attentifs et dévots, nous exhorte i rendre grâces au Seigneur notre Dieu, parce qu'il est Dieu c'est-à-dire créateur ; il est aussi Seigneur, parce qu'il est re dempteur ; enfin, il est le Seigneur notre Dieu parce qu'il es notre sauveur, et il sera vraiment notre Dieu quand il sera tou pour nous, c'est-à-dire quand sa possession nous tiendra lie de tout.

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VIIÏ. Le peuple ayant proclamé qu'il est tout entier au Sei- leur, le prêtre ajoute : « Rendons grâces , » et le chœur, ap- ouvant et confirmant la parole du prêtre, répondra : « Nous le devons, et il est juste. )> Nous le devons à l'égard de Dieu, rce qu'il est le Seigneur notre Dieu. Il est juste par rapport îouS;, parce que nous sommes son peuple et ses brebis qu'il urrit dans ses pâturages. Nous le devons aussi, et il est juste r rapport à l'un et à l'autre , afin que le peuple et le prêtre semble rendent grâces à Dieu, dont nous avons reçu tous biens.

IX. Ensuite, le prêtre ajoute : Vere dignum^ etc. Selon litre Pierre d' Auxerre , ici commence la préface , c'est-à- e le prologue ou préambule du canon, qui se concilie la aie du Seigneur par ces paroles : ce II est véritablement de lotre devoir, et il est tout-à-fait juste, il est équitable et salu- aire ; » c'est un devoir pour nous, parce que le Seigneur est a; c'est une chose juste, parce qu'il est bienfaisant ; c'est une Dse équitable, parce qu'il est miséricordieux; salutaire, 'ce qu'il est notre salut. Ou bien : C'est notre devoir. Sel- sur, parce que tu nous as faits par ta simple volonté ; c'est te , parce que tu nous as rachetés par pure miséricorde ; 3t équitable, parce que tu nous justifies gratuitement ; c'est iitaire , c'est-à-dire plein de salut, parce que tu nous glori- 1 perpétuellement. « De te rendre grâces en tout temps et en ous lieux, ô Seigneur, Père saint. Dieu tout-puissant et éter- lel! » En effet, le Seigneur saint est partout, le Père tout- ssant est partout^ et Dieu est toujours éternel. C'est ce qui lit' dire au Psalmiste : a. Mon ame , bénis le Seigneur par- out où s'étend sa domination. » Et encore : « Je bénirai le kigneur en tout temps, sa louange sera toujours dans ma 30uche. »

^. Ensuite, le prêtre dit : a Par le Christ notre Seigneur, yy ^ nous avons , selon l'Apôtre , pour 'avocat auprès du Père, us-Christ notre Seigneur, qui plaide pour^nous et qui est la

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victime de propitiation pour nos péchés, qui nous exauce en toute chose qui est à son honneur. C'est donc par lui, comme par un médiateur, que nous offrons nos louanges; c'est par lui, comme par un avocat, que nous rendons grâces au Père. XI. « C'est par lui que les anges louent ta majesté, etc. » Majesté y c'est comme si l'on disait major stans ^ celui qui est plus grand , ou major potestas , parce que la puissance du Sei- gneur est plus grande que celle des hommes. « Les Anges « louent, les Dominations adorent, les Puissances tremblent, » parce qu'ils louent, adorent et redoutent Celui par qui tout a , été fait, et par qui tous les ordres d'esprits ont été créés dans la société du Père. Car Dieu dit : a Que la lumière soit faite, e( « la lumière fut faite; » il dit un mot et créa d'un mot, parce que c'est par la parole du Seigneur que les cieux ont été affer- mis; tout a été fait par lui, et rien n'a été fait sans lui. Le prêtn nomme les chœurs des anges , parce qu'il est hors de dont' que les anges sont présents à cette partie de la messe ; et il fau remarquer que l'Eglise doit être semblable aux anges, pou plaire» davantage à Dieu.

Xn. En disant : « Seigneur, Père saint. Dieu tout-puis « sant et éternel , par le Christ notre Seigneur , que les Ange, « louent, etc., » on donne à entendre que l'Eglise et les Ange louent Dieu, non-seulement en tant que Dieu, mais encor en tant que homme. Or , on dit que les Anges le louent, parc qu'on lit dans le Psalmiste : « Louez-le , vous tous qui êtes se c< anges, adorez-le, etc. » Et Esdras : « Les armées du ciel t'a « dorent. »

XIIL « Les Puissances tremblent, » car on lit dans Jobl (( Les colonnes du ciel tremblent devant lui, et il les fait tren « hier en sa présence. » On dit que les justes tremblent; ma ce n'est pas parce qu'ils redoutent le bras de Dieu, puisqu'i sont parfaitement heureux, mais c'est par un effet de sa puis sance ou de leur obéissance , car, selon l'Apôtre , tous l anges sont des esprits qui tiennent lieu de serviteurs et de m

a

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nistres. Les Puissances tremblent, non parce que les ordres ies anges sont corporels; mais on s'exprime ainsi pour que nous comprenions que tout ce qui est dans le ciel, sur la terre 3t dans les enfers tremble et est rempli de crainte devant la [ace de la divine Majesté, de même que nous nous avons [îoutume de trembler et d'être pleins de crainte devant nos maîtres,

XÏV. Ensuite viennent ces mots : (( Les Cieux et les Vertus (( des cieux. » Par les Cieux on entend les Trônes , car le Sei- gneur a dit : « Le ciel est mon trône ; » et l'on dit que les Cieux louent Dieu, parce qu'ils sont un sujet de louange; ce qui a fait dire au Prophète : « Que les Cieux des cieux et que « toutes les eaux qui sont au-dessous des cieux louent le nom <( du Seigneur. » Les Cieux obéissent à l'ordre de Dieu ; car par eux-mêmes ils n'ont pas le pouvoir de se montrer purs et nébuleux.

XV. (( Les Chérubins et les Séraphins. » Pour comprendre ce qu'on dit en cet endroit , il faut remarquer qu'il y a neuf ordres d'anges, savoir : les Anges, les Archanges, les Trônes et les Dominations, les Vertus, les Principautés, les Puissances, les Chérubins et les Séraphins. Ayyào\ en grec, se traduit en la- tin par nuntiiy envoyés d'en haut et du ciel, parce qu'ils sont envoyés des cieux pour annoncer et exécuter la volonté du Seigneur.

XVL Le terme d'anges est le nom de leur emploi et non de leur nature, car ils sont avant tout des esprits ; mais quand ils sont envoyés ils reçoivent le nom d'anges. Les peintres se permettent de leur donner des ailes pour symboliser la rapi- dité de leur course en toutes choses, comme les fables des poètes attribuent des ailes au vent^ à cause de sa vitesse, selon cette parole du Psalmiste : « Ils marchent sur les ailes des <( vents. )) A^y^ccvyzkoi, OU grcc, se traduit par grands envoyés; en effet, ce sont les anges qui annoncent les petites choses ou celles d'un intérêt minime , tandis que les archanges procla-

TOME II. 14

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ment les grandes nouvelles. Les arehangcs sont ainsi appelés, parce qu'entre les anges ils tiennnent le premier rang ; car a^X^vy en grec, se traduit en latin par princeps, prince ou pre- mier. Les archanges sont donc les chefs [duces) et les princes par l'ordre de qui chaque ange reçoit ses commissions. Cer- tains auteurs donnent aux archanges des noms particuliers, afin de désigner par ces termes mêmes les attributions de cha- cun d'eux.

XVn. Gabriel , en hébreu^ veut dire force de Dieu ^ parce que partout où Gabriel est envoyé la puissance et la force de Dieu se manifestent. Ce fut lui qui annonça la naissance du Christ, qui combattit le diable,'et qui vint humblement batailler contre les puissances de Tair.

XVIII. Michel signifie qui est comme Dieu. Et quand il se fait quelque chose de merveilleusement fort dans le monde, cet archange est envoyé, et il tire son nom de son office même, car personne n'a la force de faire ce que Dieu peut faire , et c'est pourquoi cet archange fut envoyé en Egypte pour lancer les fameuses plaies. Cependant certains auteurs disent que Mi- chel est le nom d'un ange.

XIX. Raphaël signifie guérison ^ ou remède de Dieu, parce que partout où il est nécessaire de guérir ou de médicamenter l'archange Raphaël est envoyé. C'est ainsi qu'il fut adressé ài Tobic pour le déUvrer de sa cécité. On parlera de Gabriel^ de Michel et de Raphaël dans la septième partie, à l'article de la- fête de Michel.

XX. Uriel signifie feu de Dieu , et nous lisons que l'on vil le feu dans le buisson , et que la flamme voltigeait au-dessus e( remplissait la mission qui lui avait été donnée. Ces noms soni^ pour personnifier les anges, et ils ne leur ont été imposés n\ par eux-mêmes ni par Dieu, mais par les hommes, et on ne sait par qui : on ne trouve pas dans l'Ecriture d'autres person-. nifications. Voici les autres noms des ordres; ce sont : les Trônes, les Dominations, les Vertus, les Principautés et les

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uissances, par lesquels l'Apôtre entend toute la société du ciel ; 1 entend par ces noms les ordres des anges et leurs dignités , )mme on le dira bientôt.

XXI. Relativement à cette distribution des offices entre les îges , les uns sont appelés Trônes , les autres Dominations ,

ux-là Vertus , ceux-ci Principautés , d'autres Puissances , à

luse des dignités particulières qui les distinguent entre eux.

XXII. Les Trônes, ce sont les troupes d'anges qu'en latin 1 appelle Sedes et Throni^ parce que le Créateur est assis )rœsidet) sur leurs ailes , et qu'il rend ses jugements par leur iermédiaire.

XXIII. Les Dominations sont les anges placés au-dessus des ertus et des Principautés;, et qui, parce qu'ils dominent les itres troupes des anges, sont appelés Dominations. On en it mention dans la préface , pour montrer que nous devons ur ressembler davantage, parce qu'ils nous enseignent la ma- ère de nous dominer : se dominer^ c'est faire la volonté de [eu.

XXIV. Les anges qu'on appelle Vertus remplissent un mi- stère par lequel ont lieu les avertissements et les miracles i ce monde, et c'est pourquoi on les appelle Vertus.

XXV. Les Principautés^ ce sont les anges qui comman-

nt les troupes des anges^ et qui, parce qu'ils ont sous leurs

'dres des anges pour remplir les ordres de Dieu, ont reçu le )m de Principautés ; car les uns servent , et les autres assis- nt, comme le dit Daniel : ce Un million d'anges le servaient, et.mille millions assistaient devant lui. »

XXVI. Les Puissances, ce sont les anges auxquels les vertus memies sont soumises ; d'où vient qu'ils ont le nom de Puis- nces, parce qu'ils écartent loin d'eux les puissances du malin prit^ pour qu'elles ne leur nuisent pas autant qu'elles dési- nt. On nomme donc les Puissances dans la préface , pour arquer que nous devons enchaîner la puissance du diable.

XXVII. Les Chérubins rendent témoignage des mystères

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angéliques et des puissances sublimes des cieux , et leur nom se traduit de l'hébreu en latin par multitude ou plénitude de la science. Les Chérubins sont, en effet, les plus grandes trou- pes d*anges^ et, parce qu'ils approchent de plus près Dieu même, ils sont plus remplis que les autres de la divine science. Ce sont ces deux animaux de métal fondu qui avaient été pla- cés sur le propitiatoire de TArche , pour figurer la présence des Apôtres, au milieu desquels Dieu se montre.

XXYIII. Les Séraphins, c'est cette multitude d'anges dont le nom se traduit d'hébreu en latin par ardentes ou incen- dentes (enflammés ou brûlants) , parce qu'ils sont enflammés et qu'ils brûlent du feu de la charité par-dessus tous les autres anges, et parce qu'entre eux et Dieu il n'y a pas d'anges in- termédiaires. Comme ils sont plus près de sa face, ils rayon- nent plus que tous les autres anges de l'éclat de la divine lu- mière.

XXIX. C'est des Séraphins qu'Isaïe dit : a Ils voilent la face (( elles pieds de Celui qui est assis sur le trône'de Dieu.» Le reste de la foule des anges ne peut voir entièrement l'essence de Dieu, puisque les Séraphins la couvrent, selon Isaïe. On mentionné dans la préface les Chérubins et les Séraphins, parce qu'à leur exemple nous devons être tous enflammés de l'amour de Dieu. On trouve le mot Séraphin du genre neutre et du genre mas- culin; mais c'est un nom neutre qui se termme en n^ comme on le voit en cet endroit de la préface : Beata Séraphin. Au mascuhn, ce nom se termine en ?n, comme dans ce passage du Prophète : ce Les Séraphins [Seraphim) se criaient l'un à « l'autre. » Saint Jérôme dit que Chérubim et Séraphhn son^ du nombre singulier et du genre masculin : la terminaisor de ce nom est le plus souvent en n, non parce que les minis- tres de Dieu ont un sexe^ mais parce que l'on donne diven genres aux mots, suivant la propriété d'une langue. La langue grecque termine d'ordinaire les mots du genre neutre en m. Josèphe dit que Chérubim et Seraphim sont deux animaux qu:

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volent, comme on Ta dit dans la préface de cette partie. Les noms des autres ordres d'anges , à l'exception de ceux des Chérubins et des Séraphins et du nom général d'anges , sont latins. Il y a neuf ordres d'anges, comme on l'a dit.

XXX. Le dixième ordre d'anges étant tombé à cause de son orgueil , se changea en la personne du diable , et les neuf au- tres furent affermis dans la possession de l'éternelle béatitude. On cherche pourquoi trois ordres sont exclus dans la préface ordinaire, et pourquoi cette hymne n'en contient que six^ qui y sont désignés comme ayant seuls des trônes dans les cieux, comme on l'a dit. Il semble que ce soit parce que les trois or- dres exclus de la préface ne glorifient pas et n'adorent pas comme les autres la majesté divine; mais il n'en est rien , car les Vertus des cieux comprennent tous les ordres d'anges, comme l'atteste saint Grégoire dans son homélie sur l'évangile qui commence par ces mots : « Il y aura des signes dans le (( soleil et dans la lune. )) Ce qui a fait dire au Psalmiste : c< Les cieux ont été affermis par la parole du Seigneur, et toute « leur vertu a été confirmée par le souffle de sa bouche. » Et encore : « Le Seigneur des vertus est lui-même ce roi de (( gloire ; » ou peut-être cela a lieu pour cette raison ., quoique cachée.

XXXI. Saint Denys l'Aréopagile a enseigné qu'il y avait trois hiérarchies ou ordres d'anges ;, et il met trois ordres dans chaque hiérarchie, pour montrer que la ressemblance de la Trinité y est figurée. Hiérarchie vient de deux mots grecs : i£pov, saint y et àpx"^;, commandement; comme si l'on disait un îaint commandement. Il y a trois ordres supérieurs et princi- paux, trois inférieurs, et trois moyens. Les ordres supérieurs sont : les Chérubins, les Séraphins et les Trônes. Les ordres moyens sont : les Dominations , les Principautés et les Puis- sances. Les ordres inférieurs sont : les Vertus, les Archanges et les Anges.

XXXII. Dans la préface on passe l'ordre moyen de chaque

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hiérarchie, pour montrer qu'en comparaison de l'éternelle Tri- nité^dont on loue principalement la majesté dans la préface, toute autre trinité se trouve amoindrie et imparfaite ; car qui, dans les cieux, sera égal au Seigneur? et qui, parmi les enfants de Dieu, sera semblable au Seigneur? On ôte des ordres supé- rieurs les Chérubins ; des ordres moyens, les Principautés ; des ordres inférieurs, les Archanges. Les Anges louent cette éter- nelle et indivisible Trinité, les Dominations l'adorent, les Puis- sances tremblent en sa présence. « Et nous te prions de rece- cc voir nos voix avec les louanges de ces bienheureux es- c( prits, etc. »

XXXÏII. Le Dieu tout-puissant a mis au monde deux créatures raisonnables, les anges et les hommes^ pour qu'elles s'appli- quent à louer Dieu et à lui rendre des actions de grâces ; et quand , unies par un même désir, ces deux créatures célèbrent ensemble le Seigneur, elles sont de cœur à Funisson , comme les cordes hautes et basses dans cette harpe céleste dont saint Jean dit qu'il entendit une voix comme le son de plusieurs joueurs de harpes qui touchent leurs harpes , et ils chantaient comme un cantique nouveau.

XXXI V. Or, le prêtre dit : a Ils célèbrent ton saint nom (( dans des transports de joie, » parce que tous les ordres d'anges que nous venons de nommer, et avec eux les créatures humaines, célèbrent également tous ensemble la majesté de Dieu le Père, par le Christ, « en disant, par un humble aveu, » en disant, non avec une orgueilleuse présomption, mais en louant humblement Dieu : « Saint, saint, saint, etc. »

XXXV. Enfin, le pape Gélase a composé des traits et des hymnes, et il a noté des préfaces en musique dont le style n'est ; pas élégant. Il est à remarquer que, quoique jadis il y ait eu un nombre infini de préfaces , aujourd'hui elles sont réduites par les canons au nombre de dix seulement. D'où vient que le pape Gélase dit [De consec.y dist. i, Invenimus) : (c Nous avons

« trouvé qu'on ne devait recevoir que neuf préfaces dans les

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[ saints Livres : la première pour la résurrection et le samedi

de Pâques, la deuxième pour le jour de l'Ascension du Sei-
gneur, la troisième pour le jour de la Pentecôte, la quatrième
pour Noël, la cinquième pour l'Epiphanie du Seigneur, la
sixième touchant les Apôtres , la septième relativement à la

i sainte Trinité, la huitième en l'honneur de la Croix, la neu- [ vième qui traite du jeûne et qu'on doit seulement dire pen- [ dant le Carême. » On parlera de cette dernière préface dans 1 sixième partie, au Mercredi des Cendres.

XXXVl. Le pape Urbain (lxx dhi. jSanctorum) ajouta une lixième préface, relative à la bienheureuse vierge Marie ; c'est elle qui commence par ces mots : jEquum et saluiare : quœ tunigenitum tuum sancti Spiritus^ etc.

CHAPITRE XXXI V.

DU SANCTUS, •

L L'Eglise espérant être unie aux Anges et aux Archanges, lont il a été fait mention dans la préface , aussitôt qu'elle est erminée se met à l'unisson du chant des anges , en chantant iette hymne : « Saint , saint, saint , » que le pape Sixte P"" or- lonna de chanter. Ce fut le chant que chantèrent les enfants, orsque le Seigneur parut devant eux à la dixième lune_, et fut jardé jusqu'à la quatorzième lune dans Béthanie. Donc, lors- [ue le prêtre finit le chant de louange ou préface, tout le chœur, [ui représente l'Eglise, chante en même temps l'hymne évan- ^élique précitée, pour célébrer la gloire^ la louange et l'hon- leur qui appartiennent également au Père , au Fils et à l'Es- )rit saint, comme à un seul Dieu.

IL 11 est à remarquer que cette hymne se compose en partie les paroles des anges et en partie de celles des hommes. La

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première moitié renferme la louange des anges, la deuxième et dernière celle des hommes. On lit, en effet, dans Isaie, cha- pitre vi_, que les Séraphins se criaient l'un à l'autre et disaient : « Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des armées; la (( terre est toute remplie de sa gloire. » On lit aussi dans l'é- vangile de Mathieu, chapitre xxi, et de Marc, chapitre xi, que ceux qui allaient devant Jésus et ceux qui le suivaient criaient : « Hosanna au fils de David; béni soit Celui qui vient (c au nom du Seigneur. » La voix des Anges dit : a Hosanna (c dans les profondeurs de la Trinité et de l'unité qui résident « en Dieu ; » et ces accents louent un mystère , tandis que la voix des hommes, qui dit : « Hosanna au fils de David, » ce- j lèbrele sacrement de la divinité et de l'humanité unies dans le i Christ. C'est avec raison que nous chantons à l'église les can-l tiques des anges, parce que nous ne doutons pas que par ce sa-' crifice la terre s'unisse au ciel, et c'est pourquoi nous nous écrions avec eux que le salut réside dans les hauteurs des, cieux. '

III. Or, il faut remarquer qu'on dit trois fois Sanctus, pour désigner la Trinité et la distinction de ses personnes ; mais on^ ne dit qu'une seule fois Dominus^ Deus sabaoth, pour montrer s l'unité de la nature [usia] (a) divine [De consec, dist. n) ^ parce qu'on adore l'unité, pour établir ainsi le mystère de la Trinité et de l'unité. On dit trois fois Sanctus au singulier, et non. sancti au pluriel , pour faire entendre qu'une seule sainteté et! une seule éternité sont communes aux trois personnes de la Trinité. Ce n'étaient pas seulement les Séraphins qui criaienti Sanctus sous le trône sublime de Dieu, comme nous l'apprend le Prophète ; ce cri était aussi celui des quatre animaux dont

(a) Du grec ouata, nature.

Has très personas unam dissertât usiam Nomine distinctam, sed majestate jugatam,

lit-on dans les Actes de S. Gassien, martyr (Fontanin. ad calcem Antiquitat. hortœ, p. 353).

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ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 217

irle l'Apocalypse , qui entouraient ce même trône , et qui ne îssaient jour et nuit de dire : (c Saint, saint^ saint est le Sei- gneur Dieu tout-puissant. »

IV. On dit que Dieu est sainl^ c'est-à-dire qu'il sanctifie, et on qu'il est sanctifié ; d'où vient cette parole : (( Soyez saints, parce que moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. » Le Fils 3 Dieu, en parlant de son Père^ l'appelle saint : a Mon Père,

sanctifie dans la vérité ceux que tu m'as donnés , parce que tu es saint. » Le Fils de Dieu est appelé saint par l'Ange,

iii rend de lui ce témoignage : « Ce qui naîtra de toi (dit-il à la Vierge) sera saint ; on l'appellera le Fils de Dieu. » L'Es-

rit saint est nommé saint parle Christ, lorsqu'il dit : » Rece- vez l'Esprit saint. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. »

V. On dit aussi : « Le Seigneur Dieu sabaoth, c'est-à-dire le Seigneur des armées , des anges et des hommes , dont l'as- pect est terrible comme celui d'une armée rangée en ba- taille. » C'est de Lui que les anges disent dans un psaume : Qui est ce roi de gloire? — Le Seigneur des armées est lui- même ce roi de gloire. » Car Dieu a autant d'armées sur la

îrre qu'il y a d'ordres dans l'Eglise, et autant dans le ciel qu'il a d'ordres parmi les anges. Or, en nommant les cieux et la îrre, les anges et les hommes, pleins de la grâce divine, témoi- nent à la lettre que les cieux et la terre sont remplis de la race divine ; car la divinité est partout , ce qui a fait dire au 'rophète : ce Si je monte dans le ciel, tu y es ; si je descends dans l'enfer, tu y es encore. »

VL Sabaoth se traduit Seigneur des armées , ou des vertus xilitantes , ou des victoires , ou tout-puissant ; car « le Sei- gneur notre Dieu est tout-puissant , c'est lui qui range en bataille l'armée des anges et des hommes. » Le prêtre joute : « Les cieux et la terre sont remplis de ta gloire, » afin lue les cieux et la terre soient gouvernés par la gloire de Dieu, t que ceux qui sont dans les cieux et ceux qui sont sur la terre

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glorifient et honorent son saint nom ; les cieux sont remplis de gloire, parce qu'ils possèdent Dieu, et la terre est pleine d'es- pérance de le posséder un jour. Alors elle jouira de Tentière réalité , lorsque cette parole : a Que ta volonté soit faite en la « terre comme au ciel » sera accomplie. Quand nous disons : c( Les cieux et la terre sont remplis de ta gloire , » nous ren- dons grâces au Créateur pour tous ses bienfaits.

VII. Quand nous disons : ce Béni soit celui qui vient au nom « du Seigneur, » nous rendons particulièrement grâces à Dieu pour le bienfait de la rédemption ; et, comme il est nécessaire de confesser le mystère de l'Incarnation pour mériter le salut éternel, c'est avec raison qu'on ajoute : « Béni soit celui qui « vient au nom du Seigneur. » — « Je suis venu ,dit le Christ, (( au nom de mon Père. )) Le nom du Père, c'est son Fils, dont le Prophète dit : «Voici le nom du Seigneur, il vient de loin.» Quand on commence le Sanctus ^ nous devons nous tenir in^ clinés, parce qu'alors nous vénérons l'incarnation et l'inconnue majesté de Dieu, par le chant des anges et des hommes. En disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur , » comme ces paroles sont tirées de l'Evangile, nous devons faire ou mettre sur nous le signe ou l'étendard de la croix, parce que le Christ a triomphé par la croix et nous fait triompher par elle. Lorsque le Christ, venant à Jérusalem, descendit du mont des Oliviers , les enfants d'Israël criaient : a Béni soit celui qui (( vient au nom du Seigneur. » L'entrée du Christ à Jérusalem' figure la résurrection future, quand il viendra lui-même juger les vivants et les morts et qu'il apparaîtra à nos yeux avec ce corps dans lequel il a souffert pour nous; alors, au nom de Jésus tout genou fléchira au ciel , sur la terre et dans les en- fers. C'est pourquoi il y en a qui, au moment où l'on chante

(( Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur , » se metten à genoux et prient dévotement.

VIII. Hosanna est un mot hébreu qui veut dire : )) Sauve c( je t'en prie; » ajoute : a ton peuple, ou le monde entier. )

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mot se compose de osi, qui veut dire sauve, et de anna, qui, hébreu, est une interjection suppliante qui exprime Témo- n de l'ame tout entière à l'objet de sa demande. Pour parler rrectement, on devrait dire osianna; mais nous avons cor- npu ce mot en supprimant la voyelle i et en disant osanna , que nous faisons par ignorance, ou sciemment, par l'élision me voyelle que nous supprimons, comme on a coutume de faire dans les vers (6) .

IX. On dit deux fois : Hosanna in excelsis ^ à cause des IX choses que l'homme a à sauver, qui sont la robe de i ame et la robe de sa chair, qui toutes deux partagent le [iheur des saints dans la gloire , afin que , sauvés dans notre le et dans notre corps , nous soyons comptés au nombre des ^es (( dans les lieux élevés, » c'est-à-dire dans les hauteurs 5 cieux. On trouve dans le psaume cxvii ce petit verset, que ait la foule du peuple : Hosanna; c'est ce que nous disons is le Sanctus en ces termes : ce Seigneur ! sauve-moi ; » et es paroles on ajoute celles-ci : a. Béni soit celui qui vient au Qom du Seigneur. »

K. C'est avec raison que parfois les orgues se font entendre accompagnent ce chant des anges et des hommes ; usage i remonte à David et à Salomon , lesquels firent des hymnes 'on devait chanter pendant les sacrifices qu'on offrait au igneur, avec l'accompagnement des orgues (13) et d'autres itruments de musique , unis à la voix de tout le peuple chan- it les louanges de Dieu. Mais cependant, autant le cœur est

)) Hosanna est un de ces mots hébreux qu'on a conservés dans toutes les ses sans le traduire, comme amen et alléluia. Il signifie sauve maintenant, ou ve,je te prie. On trouve dans presque tous les anciens Missels manuscrits, lans Durand, osanna sans h. Il est pourtant mieux d'écrire hosanna avec un îomme il l'est dans tous les Missels d'à présent, parce que ce mot est écrit hébreu par un Y] ^*^- Si l'on voulait même s'en tenir rigoureusement aux res hébraïques, il faudrait dire hosianna et même hoschianna. Mais on sait 1 les manières de prononcer ne sont pas absolument fixes , et que dans toutes langues il se fait des élisions. Il n'est pas surprenant que Viod, étant suivi Valeph, soit mangé, et qu'ainsi on dise osanna au lieu dosia?ina; c'est la larque que faits. Jérôme, ép. 145, ad Damas.

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plus noble que le corps, autant nous confessons plus dévote- ment le Seigneur de cœur que de bouche ; on parlera de cela à la fin de la préface de la cinquième partie.

XI. Par ces paroles et par les gestes qui les accompagnent, à partir du Sanctus on représente la passion du Christ. Quand le diacre et le sous-diacre vont derrière Tévêque ou le prêtre, ils figurent la fuite des apôtres lors de la passion du Christ, comme on Ta dit au chapitre de TOblation. S'il en est qui se tiennent debout derrière l'autel, les yeux fixés sur Tévêque, ils représentent les femmes qui virent la passion de loin. Tous ceux qui sont derrière l'évêque ou derrière l'autel s'inclinent , par respect pour la majesté divine et Fincarnation du Seigneur, célébrées par le chant des anges et des hommes. L'ordre des anges, en disant : « Saint, saint, saint le Seigneur Dieu des armées , )) fait entrer en scène la majesté divine ; l'ordre des hommes , en disant : a Béni soit celui qui vient au nom du- Seigneur, » représente Tavénement corporel du Christ. Cette inclinaison figure aussi la tristesse que les disciples ressentirent de la mort du Christ; ils n'osaient pas se lever et confesser qu'ils étaient ses disciples; voilà pourquoi on se tient incline jusqu'au moment oii le célébrant dit : ce Délivre-nous du mal.» Il était inutile qu'ils se levassent avant la lumière , c'est-à-dir( qu'ils se glorifiassent d'appartenir au Christ avant sa résurrec- tion, qui les délivra de toutes leurs angoisses. De là vient qu( cette demande est la septième dans l'oraison dominicale ; 1( nombre sept est le complément de cette prière. On a parlé d< cela au chapitre qui a pour titre : Comment l'Evêque ou 1( Prêtre et ses Ministres doivent se tenir devant l'autel.

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ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 221

CHAPITRE XXXV.

DE LA SECRÈTE , OU DU CANON DE LA MESSE.

I. Après avoir proclamé les louanges de Dieu, on fait un •ofond silence, pendant lequel on dit dévotement le canon de

messe et on accomplit les saints mystères. Le prêtre seul fait îtte prière, parce que, selon saint Mathieu, le Christ pria seul, îlon certaines personnes, c'est à ce moment que commence la esse , parce que tout ce qui précède le canon n'est qu'un as- mblage de cérémonies [De consec.y d. ii, Panis est). Le canon î la messe s'appelle oblation, comme on Ta dit au chapitre de la [•éface ; on lui donne aussi les noms d'action^ canon, sacrifice secrète. On l'appelle action, à cause des saints mystères que )n accomplit ( aguntur) pendant sa durée, et parce qu'alors prêtre plaide [agit) notre cause devant Dieu, comrne on l'a t dans la préface de cette partie. D'où vient qu'à ce début: ')mmunicanteSy etc., et à ces paroles : Hanc igitur ohlationeniy 1 ajoute et l'on dit, à certains jours fixés, certains mots en îhors des termes habituels du canon ou de l'action ; c'est )urquoi en divers endroits on écrit dans les Missels, au-dessus î ces additions , ce titre ou cette rubrique : Infra actionem, irce que ce que renferme cette rubrique doit être dit dans cours du canon , ou en quelque sorte au milieu de Faction 1 canon.

II. Le canon s'appelle ainsi, parce qu'il se compose des règles îs Pères _, lesquels ont institué quelques paroles mystiques )nt la réunion s'appelle canon en grec et règle en latin. Le mon s'appelle ainsi, parce que l'on y représente dans les 'gles le Christ, qui est le véritable prêtre, ou parce que c'est ir lui que la consécration du sacrement a Heu dans les règles.

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On donne au canon le nom de sacrifice , parce que c'est la par- tie de la messe dans laquelle nous méritons le plus ; on a dit , au chapitre de l'Oblation, ce que c'était que le sacrifice. On appelle aussi le canon secrète, comme pour désigner une chose cachée à nos yeux , parce que la raison humaine ne peut jamais entièrement saisir un si grand mystère, et c'est pour figurer cela que Ton dit avec raison le canon à voix basse {sécréta voce).

III. C'est aussi pour montrer que le prêtre lorsqu'il com- mence la secrète , est comme voilé par les rideaux qui sont de chaque côté de l'autel , comme on le dira ci-dessous dans la quatrième partie du canon, aux mots Hanc igitur. On appelle encore le canon secrète, parce qu*onle dit en secret et en si- lence. Car le Christ, au moment de consacrer son corps, pria en secret et seul depuis la Cène jusqu'à son crucifiement^ et c'est ce que figurent les oraisons secrètes. Dans les temps an- ciens, nos pères sacrifiaient et communiaient en silence, ce que nous observons aussi le Samedi saint. En outre, comme le raconte saint Jean l'évangéliste , le Christ, après avoir été reçu avec honneur par la foule et glorifié par elle avec des rameaux et des chants, s'enfuit et se cacha, non par crainte, mais pour accomplir sa mission. Son heure n'était pas encore arrivée; mais^, quand elle fut venue, il s'offrit de lui-même aux souffrances de sa passion. Donc ce secret et ce silence re- présentent la retraite du Christ ; pendant ce silence , la dévo- tion seule s'applique à la recherche du Seigneur. Alors le prêtre doit entrer dans la retraite de son cœur, et^ après avoir fermé la porte de ses sens , prier Dieu le Père , qui entend ef exauce le cri du cœur, et non celui de la voix.

IV. C'est pourquoi Anne, figure de l'Eglise, obtint ce qu'elle^ demandait, non par une prière à voix haute , mais par sa dé- votion secrète et cachée. On lit dans le livre des Rois, qu'Anne parlait dans son cœur et que l'on voyait seulement remuer ses lèvres sans qu'on entendît aucune parole. Le Seigneur dit à

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iloïse : « Pourquoi cries-tu vers moi ? » quoiqu'il gardât le ilence. Le Prophète dit aussi : «Parlez dans vos cœurs , et c soyez touchés de componction dans vos lits. »

Y. Cependant on peut dire que la première secrète [secre- ella) représente le temps auquel le Christ vint à Jérusalem, )our la fête, sans être connu , tandis que la deuxième secrète sécréta ) figure le temps où il fut reçu dans Jérusalem avec les hymnes et des palmes , puis crucifié six jours après. La ►réface, c'est quand le Christ chanta dans le cénacle le canti- [ue d'action de grâces après lequel il s'en alla avec ses apôtres ur le mont des Oliviers ; lorsque le prêtre dit : Sursum corda, ela représente l'ascension.

VL Deuxièmement, on dit la secrète^ en silence, de peur que 3 prêtre, en élevant la voix, ne soit moins attentif à ce qu'il fait, troisièmement , c'est pour que la voix du prêtre ne se fatigue •as trop par un chant élevé. Quatrièmement, c'est pour que 3S très-saintes paroles ne soient pas divulguées et livrées au népris.

VIL On rapporte que jadis, comme on disait publiquement t à haute voix le canon , presque tout le monde le savait par œur et le chantait sur les places et dans les rues. Des bergers, 3 chantant un jour dans les champs et ayant mis un pain sur ne pierre , au moment où ils prononcèrent les paroles du ca- lon le pain se changea en chair ; quant à eux , frappés par la istice de Dieu d'un feu céleste, ils périrent à l'instant (14). C'est ourquoi les Pères décrétèrent que l'on dirait ces paroles tout las, défendant, sous peine d'anathème, de les prononcera tous utres qu'aux prêtres à l'autel , pendant la messe et revêtus ^es ornements sacrés. On donne aussi le nom de secrètes à ertaines oraisons qu'on dit tout bas avant la préface. On a larlé de cela et du silence qu'il faut garder , au chapitre de Inclinaison du prêtre.

YIII. L'esprit du prêtre, au moment de la consécration, doit tre, comme on l'a dit ci-dessus, tout entier à ce qu'il fait, car

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il faut que ceux qui adorent Dieu l'adorent "en esprit et en vérité. Et afin que les mouches qui se mettent dans le parfum n'en gâtent pas la bonne odeur, c'est-à-dire pour que les pen- sées importunes n'ôtent pas la dévotion de la prière , on les chasse avec l'éventail [flahello) de l'esprit, c'est-à-dire qu'on les éloigne par l'inspiration delà grâce; car lorsque le vent du midi souffle et que l'Esprit saint arrive, il agite les arbres du jardin, c'est-à-dire il féconde l'esprit pour que les parfums en découlent, c'est-à-dire que les vertus y croissent en abondance. C'est pour figurer ces choses qu'en été on se sert d'un éventail matériel (15) pendant la récitation de la secrète.

ÏX. C'est pour cette raison, savoir, afin que les mouches qui se mettent dans le parfum n'en gâtent pas la bonne odeur, que l'on peut dire que le canon doit être récité rapidement et non d'une manière traînante et capable d'ennuyer ceux qui l'entendent. D'où vient qu'il est dit dans l'Exode : ce Hâte-toi, » ce qui s'entend de l'immolation de l'agneau, comme le prouve cet autre passage : « Vous mangerez à la hâte. » Il ne faut pas cependant dire le canon trop vite, parce qu'on ne doit pas offrir un sacrifice sans sel, c'est-à-dire sans discernement et sans dévotion. On doit aussi le lire dans le livre, pour qu'il ne puisse se produire aucune erreur.

X. Enfin le prêtre, en disant la messe, représente ce que dans l'ancienne loi le pontife faisait dans le saint des saints, ei ce que le Christ a réalisé, car le pontife n'était que sa figure. Tout ce qui a lieu depuis le commencement jusqu'à la fin de la secrète représente la passion, la sépulture et la résurrection du Seigneur. On rappelle le souvenir de tout ce qui s'est fait dans la semaine avant Pâques^ depuis la dixième lune du pre- mier mois, quand Jésus sortit de Jérusalem, jusqu'à la dix- septième lune, quand il ressuscita d'entre les morts. C'est pourquoi dans la plupart des cartons d'autel [sacrariis] on représente le Christ en croix, entre la préface [prœdicationem) et le canon , afin que non-seulement le sens de la lettre , mais

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icore la vue de la peinture, inspirent le souvenir de la passion 1 Seigneur.

XI. Et il est arrivé, par la permission de Dieu^ sans que l'in- Listrie humaine ait rien fait pour cela, que le canon commence îr la lettre T, qu'on appelle en hébreu thau^ et cette lettre ^présente et exprime par sa forme la figure et le mystère de L croix; d'oii vient que le Seigneur dit, par la bouche d'Ezé- biel : «Marque un thausurle front des hommes qui gémissent et qui sont dans la douleur de voir toutes les abominations qui se font au milieu de Jérusalem, » parce que, par la pas- on du Christ, toutes ces choses ont été accomplies et ont leur [ficacité dans la croix. Cependant, en certains livres, on re- résente la majesté du Père et aussi l'image de Jésus crucifié, [în que le prêtre ait en quelque sorte présent Celui qu'il invo- ue et auquel il parle en ces termes : Te igitur^ etc.^ et qu'il Dntemple avec les yeux du cœur la passion qui est représentée ans le livre. Le prêtre baise le bas de cette image^ qui repré- înte la majesté du Père , et fait le signe dé la croix sur son •ont, pour témoigner qu'il s'approche avec respect du mystère e la Passion : il y en a cependant qui baisent d'abord les ieds du Père et ensuite ceux du Fils , Selon l'ordre du anon. D'autres, au contraire, baisent les pieds du Christ, puis eux du Père, parce que c'est par le Fils qu'on arrive au Père. Insuite, le prêtre s'incline aux mots : Te igitur^ comme on le ira en cet endroit. La secrète représente la passion, et lapas- ion commence en cet endroit : Unde eimemores^ etc. Le cru- ifiement a lieu quand le prêtre dit : « L'hostie pure , l'hostie

sainte, l'hostie immaculée. » La prière que fit le Christ sur

a croix commence à ces mots : ce Nous te faisons donc cette c humble prière, etc. » Quand l'évêque ou le prêtre s'incline levant l'autel , cela signifie que Jésus rendit l'esprit la tête in-

hnée. Quand le prêtre élève la voix, en disant : « Et à nous

( pécheurs, » il reproduit le cri du Centurion, qui dit : ce Celui- ( ci était vraiment le fils de Dieu. )) Les deux croix que le

Tome II. 15

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prêtre fait sur lui et sur le calice nous apprennent que le Christ a été crucifié pour les deux peuples, les Juifs et les Gen- tils ; l'hostie dans le calice figure le corps du Christ ; le vir dans le calice, son sang. Quand le sous-diacre se retire d'au- près de l'évêque au moment où il commence le Pater noster. il représente les femmes qui, après que le Seigneur eut été en- seveli, s'éloignèrent du tombeau. La patène représente le cœui des femmes dans leur sollicitude pour la sépulture du Christ, et ouvert {patentia) par la charité qui le dilatait, comme or l'a dit au chapitre de l'Oblation ; et on traitera de toutes ces particularités en leurs lieux.

XII. La tradition nous apprend que Gélase, le cinquante-et unième pape depuis le bienheureux Pierre , fut le premier qu mit en ordre le canon. Mais la secrète tout entière n'a pas ét( composée à la fois par un seul auteur , comme on le dira à h troisième particule du canon, au mot Communicantes. Et quoi que quelques paroles du canon aient été ajoutées par quelques auteurs que nous ne connaissons pas , elles ne se trouvent pai dans le texte de l'Evangile^ comme on le dira dans la sixième partie du canon, aux mots Elevatis oculis. Cependant il n'es permis à personne de soustraire ou d'ajouter quelque chose ai canon autre que les noms de ceux pour qui l'on offre nommé- ment le saint sacrifice , comme on le montrera plus bas , dam la dixième partie du canon.

XIII. Il est à remarquer qu'il y en a qui s'asseoient pendan ie canon de la messe ; ils représentent les apôtres, qui s'étaien assis dans le cénacle, pleins de tristesse à cause de la mort di Seigneur ; d'autres se tiennent debout, pour figurer Moïse, qu priait les mains élevées , pendant qu'Aaron et Hur lui soute naient les bras , ce dont on a parlé au chapitre de l'Oraison Quelques-uns ;, enfin, comme plusieurs des assistants du celé' brant;, ne sont ni assis^ ni debout ; mais, revêtus des ornement! sacrés, ils inclinent leurs têtes, comme on l'a dit au chapitn du Sanctus et au chapitre qui a pour titre : Comment le Prêtn et ses Ministres doivent se tenir devant l'autel.

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CHAPITRE XXXVI.

EXPLICATION DU CANON , QUI COMMENCE PAR CES MOTS :

TE IGITUR.

Nous avons pensé que c'était ici le lieu d'exposer ou d'expli- quer le canon. Le moment nous paraît opportun pour nous efforcer d'exposer tout ce que cette partie de la messe contient. Cependant notre langue faiblit, la parole nous manque, notre îsprit est surpassé , notre intelligence est écrasée. Pourtant, je rapperai à la porte , afin que mon ami me prête trois pains - De pœ.^ d. i, Opportuna) qui me seront très-nécessaires pour pe repas, savoir : la foi qui demande et reçoit la vie, l'espérance [ui la cherche et qui la trouve , et la charité qui frappe à la )orte de la vérité et qui la voit s'ouvrir devant elle.

I. Le canon contient onze parties, dont la première est indi- quée en tête de ce chapitre. La seconde commence à ces mots : llementOy Domine ; la troisième à Communicantes ; la quatrième \. Hanc igitur ; la cinquième à Quant ohlationem ; la sixième à )ui pridie ; la septième à Simili modo ; la huitième à Unde et lemores; la neuvième à Supplices te rogamus; la dixième à lemento; la onzième à Nohis quoque.

II. D'autres disent que le canon renferme douze parties. La ii|euxième commence à In primis; la troisième à Mémento ; la

uatrième à Communicantes ; la cinquième à Hanc igitur; la xième à Qui pridie; la septième à Unde et memores; la hui- èmé à Supra, quœ propitio ; la neuvième à Mémento ; la di- ième à Nohis quoque ; la onzième à Per quem hœc omnia; la ouzième à Oremus^ prœceptis salutarihus moniti. l4 III. Mais, selon d'autres^ le canon contient seulement six ni arties. La seconde commence à In primis; la troisième à tu ommunicantes ; la quatrième à Hanc igitur ; la cinquième à tu upplices^ te rogamus; la sixième à Oremus^ prœceptis.

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RATIONAL

IV. Il en est aussi qui disent que le canon a seulement cinq parties, et en vertu de cette opinion ils terminent chacune de ces parties en ces termes : « Par notre Seigneur Jésus-Christ, » pour donner à entendre par là que la prière des fidèles repré- sente les cinq parties de la passion du Seigneur^ ce dont on a parlé à la fin de la préface de cette partie.

V. Le canon commence donc par ces mots : Te igitur^ qui en sont la première partie. Igitur se traduit par certainement. En disant ces mots, le prêtre parle à Dieu comme s'il était pré- sent ; ou bien igitur est une continuation de ce qui précède, comme si le prêtre disait : « Tu es le Dieu saint ; donc [igitur), a Père très-clément, très-illustre, au cœur très-large, c'est-à- « dire très-miséricordieux, ou bien qui éclaircit l'esprit. » Car l'esprit s'éclaircit lorsqu'il sent que Dieu lui est propice. En prononçant ces paroles , le prêtre s'incline devant l'autel , afin de montrer que Pierre se baissa pour regarder dans le tom- 1 beau. Cette inclinaison du prêtre, au commencement du canon,.i marque encore l'humilité du Christ dans sa passion et aussi le respect avec lequel le prêtre s'approche du mystère de la croix. Ces paroles montrent que, de même que le grand-prêtre de l'an- cienne loi tournait son visage vers le propitiatoire, comme on l'a dit dans la préface de cette partie, ainsi notre prêtre doit avoir le cœur tourné vers la clémence de Dieu ; et que , de même que le pontife entrait dans le saint des saints une fois chaque année, couvert du sang d'un bouc ou d'un veau , ainsi le Christ, couvert de son propre sang , est entré une fois dans le saint des saint de l'éternité, après avoir accompli la rédemp- tion; ainsi le ministre de nos autels entre couvert de sang dans le saint des saints, chaque fois que, portant dans son esprit le souvenir du sang du Christ, il commence secrètement les saints mystères, et il doit non-seulement avoir ce souvenir dans l'es- prit, mais encore se munir du signe de la croix ( dont on par- lera bientôt), parce qu'il raconte la passion du Christ.

VI. Le prêtre dit ensuite : Supplices^ c'est-à-dire humiles :

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« Nous te supplions humblement de recevoir , » c'est-à-dire « d'avoir pour agréable ; » et en même temps il baise l'autel en considération delà passion, montrant ainsi par cette action qu'il y compatit.

VII. C'est avec raison que le même jour que la foule acclama les louanges du Christ , savoir , la dixième lune du premier moiS;, époque à laquelle, d'après la loi, on offrait chez les Hé- breux l'agneau figuratif [typicus)^ Jésus-Christ, le véritable Agneau, entra dans Jérusalem, et que ses ennemis cherchèrent par toutes sortes de ruses à le faire condamner à mort. Trois personnes le livrèrent au trépas : d'abord Dieu, pour notre sa- I lut, ce qui a fait dire à l'Apôtre : « Dieu n'a pas épargné son « propre Fils, mais il l'a livré à la mort pour nous tous. » En- ' suite, ce fut Judas qui livra le Christ, comme on lit dans saint Mathieu : « Judas cherchait une occasion favorable pour le \ c( livrer aux Juifs. » Enfin, le Christ fut livré à Pilate par les I Juifs, comme on lit en saint Jean : a Ceux de ta nation, et les I (( princes des prêtres, t'ont livré entre mes mains. » La pre- j mière tradition fut un effet de la grâce , parce qu'il nous aima j! et se livra pour nous. La seconde fut l'effet de l'avarice, parce ! que Judas se fit compter par les Juifs trente pièces d'argent. La troisième fut le résultat de la haine. Pilate savait bien que les Juifs lui avaient livré le Christ par un sentiment de haine. Dieu donc nous a livré son Fils en pur don ; Judas, en échange d'un présent; le Juif, comme un sacrifice sans tache.

VIIL C'est pour marquer cela que le prêtre fait trois signes de croix sur l'hostie et sur le calice , en disant : « Ces dons, « ces présents , ces saints sacrifices sans tache , » comme s'il disait : a Nous t'offrons, Père très-clément , ces dons, ces pré- ce sents, ces saints sacrifices, pour rappeler que Dieu a livré son

(C

Fils en pur don, que Judas l'a trahi pour un présent, que le « Juif l'a livré comme un sacrifice sans tache : tous trois ont (( livré le Christ à la mort, à la mort de la croix. » Deuxième- ment , on fait aussi ces trois signes de croix en considération

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de Celui qui est un Dieu erï* trois personnes , par la puissance duquel a lieu le changement du pain et du vin. Troisièmement, pour figurer la triple union qui se fait en nous quand nous re- cevons le Sauveur. Quatrièmement, en mémoire des trois crucifiements du Christ ; le premier par le désir de ceux qui le poursuivaient, dont saint Jean dit : «Les princes des prêtres (( et les pharisiens s^ssemhlèrent , etc. » Le second crucifie- ment eut lieu parles clameurs de la foule, dont saint Marc dit : « Ils criaient encore plus fort : Crucifie -le! » Le troisième crucifiement, ce fut quand on cloua les mains et les pieds du Christ sur la croix, a Ils le crucifièrent, » dit saint Luc. Cin- quièmement , ces trois signes de croix marquent les temps qui) précédèrent la loi, et que l'on distingue en trois époques, sa- voir : depuis Adam jusqu'à Noé, depuis Noé jusqu'à Abraham,| depuis Abraham jusqu'à Moïse. Pendant ces trois époques, le justes représentèrent le Christ dans leurs sacrifices : Abel e™( offrant un agneau , Melchisédech en offrant du pain et du vin,jjp( et Abraham en offrant son fils. Mais, en disant les trois parole^ précitées , on ne dit pas ceci ou cela , mais on loue une seule chose en lui donnant divers noms à cause de sa grandeur; c'est un don que Dieu nous fait, un présent que nous recevons, un sacri-^ fice que nous offrons. Le Père a 'donné, le Fils a offert, l'Esprit saint a reçu ; ce qui a fait dire à l'Apôtre : « Le Christ s'esl « offert àDieu par l'Esprit saint, comme une victime sans tache.): Chaque personne de la Trinité a donné, offert, et reçu; maisJ pour établir une distinction entre les attributs de chacune d( ces personnes , on dit que le Père a donné à cause de son auto-i rite, que le Fils a offert à cause de son humilité, et que l'Espri saint a reçu à cause de sa bonté.

IX. Or, ces sacrifices sont en même temps des dons et des présents : ce sont des dons que Dieu nous a faits pour notre entretien ; ce sont des présents que nous offrons à Dieu pour 1< louer. Car tout ce qu'on offre sur les saints autels s'appell* à la fois présents et dons ; d'où vient que le Seigneur dit, dam

k

101

fei

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l'Evangile : « Avant d'offrir ton présent devant l'autel , vas « te réconcilier avec ton frère. » Daniel dit à Balthazar : «Que « tes présents soient pour toi , et fais don à un autre des hon- « neurs de ta maison » (XIII^ q. v). On lit ailleurs : (c Le Sei- « gneur regarda favorablement Abel et ses présents. » On ap- pelle ces dons et ces présents sacrifices^ parce qu'on les sacrifie et parce qu'on les offre pour nos péchés , afin qu'ils nous ren- dent saints [sacros efficiant). C'est pourquoi le peuple dit, en parlant du pontife , qu'il offre des dons et des sacrifices pour les péchés. La répétition des mêmes mots est un exercice de pieuse dévotion et la louange de l'ineffable sacrement que l'on appelle avec justice l'Eucharistie, comme on le dira dans la sixième partie du canon aux mots : Qui pridie, quant pa- teretur. A proprement parler, on fait un présenta un homme, un don à Dieu. Car on appelle présents les choses que l'on donne ou que l'on reçoit avec les mains. Le mot don se rap- porte au pain , dans lequel il y a de la farine et de l'eau , et celui de présent au vin , dans lequel il y a du vin et de l'eau. Les saints sacrifices se composent de dons et de présents, selon saint Augustin : « Nous offrons des dons , quand nous nous c( offrons nous-mêmes à Dieu , et nous donnons des présents « quand nous nous souvenons de ses bienfaits ; nous lui pré- « sentons des sacrifices sans tache lorsque nous nous humihons (( devant lui et que nous le louons. » Voir là-dessus le canon Comperimus [De consec, d. ii).

X. Et remarque que l'on dit au pluriel des dons, des pré-

r sents , des sacrifices , parce que le pain et le vin, avant d'être

1 consacrés , sont des espèces diverses de substances , et que ces

I substances sont diverses d'espèces ; mais, dès que la consécra-

j tion céleste est descendue sur le pain et le vin , quoique les es-

pèces demeurent, cependant les substances sont changées,

et, quoique contenant divers éléments , elles ne renferment

pourtant qu'un seul Dieu , lequel est contenu sous l'une et

l'autre espèces , bien que les deux substances ne se changent

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pas en lui, comme on le montrera ci-après d'une manière plus détaillée.

XI. On appelle aussi ces dons et ces présents saints et sans tache , parce que le pain et le vin sont rendus saints dans le très-saint corps et dans le sang immaculé du Christ. On ne leur donne pas Tépithète d'illibata dans le sens de choses qui n'ont pas encore été goûtées ^ mais plutôt dans le sens d'imma- culéeSy parce qu'il faut les offrir avec un cœur et un corps sans À tache [sine macula) ; car il faut que le cœur soit pur de toute iniquité^ et le corps de toute souillure, avant qu'on les offre tous deux, parce que, comme dit l'Apôtre [De consec.y d. ii. Qui cœlare, et c. seq.) : a Quiconque mangera le pain et boira le « calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du <( sang du Seigneur. Que l'homme donc s'éprouve lui-même et (( qu'il mange ainsi de ce pain et boive de ce calice ; car quicon- « que en mange et en boit indignement, mange et boit sa pro- (( propre condamnation. » On appelle ces dons et ces présents illibatay c'est-à-dire sans tache, à l'exemple de l'agneau pascal immaculé, lequel représente le Christ, qui est sans tache, c'est- à-dire sans rouille. Illihata veut encore dire que ces dons et ces présents sont incorruptibles , non pas que la substance du pain et du vin ne puisse être corrompue, mais parce que le corps et le sang du Fils de Dieu, auxquels les espèces sont déjà ! changées d'une substance en une autre par la vertu des pa- roles divines, ne peuvent être corrompues. C'est ce qui a fait dire au Psalmiste : « Tu ne souffriras point que ton Saint soit c( sujet à la corruption. » Troisièmement , ces dons et ces pré- sents sont dits illibatay pour montrer qu'aucun homme étran- ger à la foi ne doit en approcher, comme on le dira dans la troisième partie du canon, au mot : Communicantes.

XII. Il y a trois sacrifices dans l'Eglise, que figurent lei trois sacrifices que l'on offrait dans l'Ancien - Testament comme on l'a dit dans la préface de cette partie.

XIII. Le prêtre dit ensuite : <( que nous t'offrons , premiè-

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« mièrement, etc. » C'est avec raison que le pontife de la loi priait en entrant dans le saint des saints, comme on l'a dit dans la préface de cette partie , et le Christ, avant sa passion, pria son Père de le glorifier et de conserver ses disciples, et même, maintenant qu'il est assis à la droite du Père , il inter- cède pour nous^ de même, notre prêtre, à l'exemple d'Aaron et du Christ , adresse à Dieu ses supplications pour toute l'E- glise , qui se compose des prélats et des fidèles qui leur sont soumis. Quoiqu'un seul prêtre offre un seul sacrifice, il dit cependant au pluriel : a nous offrons » [offerimus] , parce que le prêtre ne sacrifie pas seulement en son nom, mais au nom de toute l'Egfise. C'est pourquoi, dans le sacrement du corps du Christ, un bon prêtre n'ajoute rien et un mauvais prêtre ne retranche rien , comme on l'a dit dans la préface de cette partie.

XIV. C'est l'occasion de rechercher ici à qui, pour qui, comment et pourquoi nous devons offrir le sacrifice de l'autel. Nous pouvons clairement tirer ces quatre solutions du canon même. A qui? A Dieu seul, c'est-à-dire à l'indivisible Trinité. Pour qui? Pour la sainte Eglise catholique, c'est-à-dire pour tous ceux qui ont la vraie foi [orthodoxis) . Comment? Dans une foi unique, c'est-à-dire dans la communion des saints. Pour- quoi? Pour les biens du corps, de l'esprit et de l'éternité, et pour tous en vue de Dieu. A qui? On le voit par ces paroles : «Ils rendent leurs vœux à toi. Dieu éternel, vivant et véri- (c table. )) Pour qui ? Les paroles suivantes nous le disent : « Pour « ta sainte Eglise catholique. » Comment? Le voici : « Par- ce ticipant à une même communion , et honorant la mé- <( moire, etc. » Pourquoi? C'est « pour la rédemption de « leurs âmes , pour l'espérance de leur salut et de leur conser- « vation. » On offre le sacrifice de louanges pour tous les fidèles en général, et en particuher pour certaines personnes , c'est-à-dire pour les prélats, qui, selon l'Apôtre, sont élevés en dignité , et pour les hommes et les femmes qui leur sont sou-

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mis\ pour les prêtres et pour les assistants, pour nous et les nôtres. 11 est fait mention des prélats et de ceux qui leur sont soumis dans ces paroles du canon : ce avec ton serviteur, notre (( Pape, et tous les observateurs de la vraie foi. » Relativement aux hommes et aux femmes , le canon dit : ce Souviens-toi , (( Seigneur, de tes serviteurs et de tes servantes. » Pour les prêtres et les assistants , il est dit : « de tous ceux qui assistent <( à ce sacrifice et qui te l'offrent. » Pour nous et les nôtres, il est dit : « pour eux-mêmes, et pour tous ceux qui leur appartien- c( nent. » C'est ainsi qu'on doit expliquer ces mots : « que (( nous t'offrons premièrement, » c'est-à-dire » principalement (( pour ta sainte Eglise catholique , » répandue sur toute la surface du globe, mais unie par les sacrements de la foi; que, c'est-à-dire afin que tu daignes lui donner la paix, pour qu'elle ne soit pas troublée par les hérétiques et les schismatiques, « et (( la maintenir dans l'union, » elle qui est dispersée au milieu^ des infidèles et des païens. Ou bien, on veut dire ici qu'il faut prier pour ceux qui sont désunis entre eux, et l'on ajoute : ce Et daigne aussi la garder des vices et des démons, et la i( gouverner dans la prospérité et dans l'adversité. »

XV. Il semble pourtant que donner la paix ce soit la même chose que maintenir dans l'union , et que garder soit syno^ nyme de gouverner. Car le Christ donne la paix aux fidèles, quand il maintient leurs esprits dans l'union, afin que, la cha- rité étant répandue de toutes parts sur eux par l'Esprit saint, toute la multitude de ceux qui croient n'ait qu'un cœur et qu'une ame (Extra De sum. Trin., c. ii). Le Christ garde les fidèles, en lés gouvernant au milieu des périls de ce monde, quand il leur envoie du secours de son Saint, et que de la monr tagne de Sion il est leur défenseur. Quoique, dans l'Apoca- lypse, sept églises soient nommées, cependant ilVy a qu'une colombe dans le Cantique des cantiques. La Sagesse s'est bâti une maison, elle a taillé sept colonnes.

Il n'y a qu'une Eglise, distribuée en sept ordres ou marquée

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de sept onctions , à laquelle le Christ même donne la paix , et qu'il mantient dans l'union.

XVI. C'est encore le Christ qui garde et gouverne l'Eglise, lui qui , pour la gouverner et la défendre , a prescrit à tous les hommes d'être gouvernés par un seul homme , comme tous les membres du corps sont gouvernés par la tête ; c'est pour ce chef suprême que l'on prie, quand on dit : « avec notre Pape , « ton serviteur, » paroles que le pape Clément a ajoutées au canon. Car, comme dit le pape Pelage, il est évident qu'ils sont séparés du monde entier, ceux qui, pour quelque dissenti- ment, ne font pas mémoire, dans la célébration des saints mystères, du Pontife apostolique, suivant la coutume géné- rale ; mais ceux qui n'appartiennent pas au diocèse de Rome doivent aussi prier pour leur pontife , afin de garder l'unité de l'esprit dans le lien de la paix , et c'est pourquoi ils doivent dire les paroles suivantes, savoir : ce et avec notre prélat. » Cependant, quand le pontife célèbre en personne les saints mystères, il ne doit pas dire ces mots. C'est par une tradition nouvelle que certains prêtres ajoutent la mention du prélat et du roi, et c'est pour montrer que, quand on prie pour les pré- lats, on doit aussi prier pour le prince , comme l'enseigne l'A- pôtre dans sa première épître à Timothée, chap. ii.

XVII. «Je demande (dit-il) que tout d'abord on fasse des supplications, des oraisons, des demandes et des actions de grâces pour tous les hommes , pour les rois et pour tous ceux qui sont constitués en dignité , afin que nous menions une vie calme et tranquille au milieu de tous les exercices de piété et de chasteté » [De consec^ d. i. De hymnis^ ad fin.), car il y a deux vies, savoir : la vie céleste et la vie terrestre ; la première, par laquelle l'ame vit de Dieu ; la seconde, par laquelle la chair vit de l'esprit; ainsi, ce sont deux vies bien distinctes.

XVIIL II y a deux puissances, celle de l'Eglise et celle du monde, la première qui gouverne l'esprit, la seconde le corps : la première de ces deux puissances est exercée par les clercs, et

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la seconde par les laïques (xvi d., Duo). Après ces deux puis- sances , il faut prier pour tous les fidèles qui vénèrent et pra- tiquent les deux fois, la foi catholique et la foi apostolique, par où Ton voit que les hérétiques et les schismatiques sont exclus de ces prières. Le nom d'orthodoxes est un titre de gloire, parce qu'ils glorifient Dieu en confessant la droite foi.

CHAPITRE XXXVIL

DE LA SECONDE PARTIE DU CANON, SAVOIR : MEMENTO DOMINE (16).

« Souviens-toi , Seigneur , de tes serviteurs et de tes ser- (( vantes, et de tous ceux qui assistent à ce sacrifice, etc. »

I. Ainsi commence la seconde partie du canon, qui montre qu'on doit encore prier pour les fidèles soumis à l'autorité de l'évêque. On voit évidemment, par la phrase précitée et les termes dont elle se compose, qu'en cet endroit le prêtre doit particulièrement faire mémoire des vivants , tandis que les pa- roles suivantes : « Souviens-toi des morts , » marquent qu'il peut faire mémoire spéciale de ceux-ci. On voit clairement par là que c'est une chose sainte et salutaire que d'assister aux saints mystères de la messe , puisque le sacrifice de l'eucha- ristie s'offre spécialement pour ceux qui y assistent.

II. Mais, puisque Dieu n'ignore rien et qu'il ne peut ou- blier quoi que ce soit , d'où vient que nous demandons que Dieu se souvienne de nous? Or, on dit que Dieu connaît ceux qu'il justifie; d'où vient cette parole : « Le Seigneur connaît c( ceux qui sont à lui? » et on dit qu'il ne connaît pas ceux qu'il réprouve , selon cette parole : « Je ne. vous connais pas. » On dit encore qu'il oublie les méchants , quand un d'eux revient au bien, selon cette parole : « Si l'impie fait pénitence, je ne (( me souviendrai plus de toutes ses iniquités. » On dit aussi

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qu'il oublie les bons^ lorsqu'un d'eux tourne à mal , selon cette parole : ce Si le juste se détourne de sa justice , je ne me sou- « viendrai plus de toute son équité passée. » Dieu, parfois aussi, se souvient pour faire miséricorde, selon cette parole : « Souviens-toi de moi, mon Dieu, parce que ma vie est un « souffle; » parfois, pour punir, selon cette parole : « Sou- (i. viens-toi. Seigneur, des filles d'Edom, au jour de Jérusa- « lem. » Or, nous demandons, non pas que Dieu se souvienne de nous, mais qu'il ait pitié de nous, selon cette parole : (( Souviens-toi de tes miséricordes, Seigneur, des miséricordes c( que tu as fait paraître de tout temps. » Le prêtre dit ensuite : « dont tu connais la foi, et dont tu sais la dévotion, etc. » Comme s'il disait : ce Toi qui es propice à ceux qui sont fidèles « et dévots, qui seul lis dans les consciences si elles ont une « foi droite et si elles te chérissent dévotement ; ô Dieu ! toi qui « sondes les reins et les cœurs , Seigneur des sciences , qui re- c( cherches toutes les choses cachées , en la présence de qui au- cc cune créature ne peut se rendre invisible. » — « Pour qui (( nous t'offrons ou qui t'offrent ce sacrifice de louanges, etc., » comme si le prêtre disait : ce Souviens-toi , Seigneur', non-seu- (( lement de ceux pour qui nous offrons ce sacrifice de louan- « ges, mais encore des prêtres qui offrent ce sacrifice, etc. » En effet, le prêtre offre le saint sacrifice pour le peuple et aussi pour lui-même.

m. Ou bien le prêtre dit : a. Pour qui nous t'offrons, ou qui « t'offrent, » parce que ce ne sont pas seulement les prêtres, mais aussi tous les fidèles qui offrent; car, si le ministère des prêtres accomplit le sacrifice d'une manière spéciale , c'est le vœu des fidèles qui l'exécute d'un accord général. « Pour qui c( nous offrons » marque l'action; « qui t'offrent » indique la dévotion. On appelle ce sacrifice un sacrifice de louanges ^ selon cette parole de l'Apôtre : ce Tout ce que vous devez faire, « faites-le à la louange de Dieu, afin que Dieu soit loué en vous. ))

IV. Deuxièmement, on appelle ce sacrifice un sacrifice de

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louanges, parce que le Christ l'institua en rendant grâces à Dieu , comme on le dira dans la sixième particule du canon , aux mots : Grattas agens. Troisièmement, c'est parce que, quand nous offrons quelque chose à Dieu , nous lui rendons ce qui lui appartient, et que nous ne lui donnons rien qui soit à nous, selon celte parole : « Si j'ai faim, je ne te dirai pas : La terre et (( tout ce que renferme son globe est à moi; mais : Immole à (( Dieu un sacrifice de louanges, et rend tes vœux au Très- ce Haut.')) Quatrièmement, parce que nous devons louer Dieu, non-seulement parce qu'il a souffert pour nous, mais encore parce qu'il est toujours avec nous , chaque jour de la vie, jus- qu'à la mort ; ou bien , parce que non-seulement il s'est livré pour payer notre rançon, mais aussi parce qu'il s'est donné à nous comme une nourriture : comme rançon , afin de nous ra- cheter de la mort; comme nourriture, afin de nous sustenter jusqu'à la vie éternelle, selon cette parole : « Celui qui me « mange vit par moi, )) c'est-à-dire pour lui-même, car telle est l'ecthèse ou l'explication de ces mots qui suivent, et que voici : « pour la rédemption de nos âmes, pour l'espérance de « leur salut et de leur conservation. »

V. Le prêtre dit ensuite : « pour tous ceux qui leur appar- « tiennent, )) savoir : pour leurs parents ou alliés, pour leurs I connaissances ou amis ; car, bien que nous soyons obhgés de | chérir aussi nos ennemis , selon cette parole : a Chérissez vos I « ennemis, )) cependant nous devons observer l'ordre de la | charité, qui nous fait commencer par nous-mêmes (XXIII, q.v. Si non licet; Depœni.^ d. m, Sane cavendum extra de usu>s palliiy in fin:), selon cette parole : ce Le roi m'a fait entrer dans « le cellier où il met son vin, il a réglé dans moi la charité ; » et l'Apôtre ajoute : «Lorsque l'occasion se présente, faisons (( du bien à tout le monde, mais surtout aux fidèles. )) — (( Pour la rédemption de leurs âmes, etc. )) Comme si le prêtre disait : « Nous offrons ce sacrifice, non pour un avantage « temporel, ou parce que nous désirons les choses de la terre,

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x mais pour l'espérance de leur salut et de leur conservation, » î'est-à-dire afin de pouvoir espérer leur salut ou leur conser- vation. En effet, c'est l'espérance qui sauve l'ame et qui con- lerve le corps ; car la santé de l'une et de l'autre vient de Celui [ui dit : « Je suis le salut du peuple. » La santé de l'ame et lu corps provient de la rédemption de l'ame, c'est-à-dire le la rémission du péché ; et réciproquement , c'est de l'ac- omplissement du péché que procède la maladie de l'ame et lu corps, selon la sentence de la Vérité : <( Tu vois que tu

es guéri ( dit Jésus au malade) ; ne pèche plus à l'avenir, de
peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire » ( Extra De

)œnit. et remiss, cum infirmitas, in princ).

YI. L'homme possède trois sortes de biens, les biens du orps, de l'esprit et de l'éternité^ savoir : ici-bas, dans la ré-

ion moyenne, et en haut ; tels sont les biens pour lesquels le

irêtre dit qu'il offre le sacrifice. Il l'offre pour les biens du orps , c'est-à-dire pour sa conservation ; pour les biens spiri- uels, c'est-à-dire pour la rédemption de l'ame ; pour les biens ternels , c'est-à-dire pour le salut. Car le Seigneur nous ap- rend à prier pour ces trois sortes de biens ; pour ceux de l'é- îrnité, en disant : « Que ton règne arrive; » pour ceux de esprit, en prononçant ces mots : « Que ta volonté soit faite en la terre comme au ciel ; » pour les biens du corps , par es paroles : ce Donne -nous aujourd'hui notre pain quoti- dien. » Nous offrons le sacrifice pour les biens éternels, fin qu'ils nous soient donnés en récompense ; pour les biens pirituels, afin de les recevoir selon nos mérites ; pour les biens lU corps , afin que l'administration nous en soit donnée ^ pour ue, par les uns et les autres^ nous arrivions au ciel. Mais 'uisque, comme dit l'Apôtre, la vertu se perfectionne dans infirmité (Extra De sac. une, c. i), et qu'il ajoute : «Lorsque

je suis affligé par la maladie, je suis plus fort, » pourquoi

ffrons-nous un sacrifice '^de louanges pour la conservation iu corps, sinon pour rendre grâces à Dieu, dans l'Eglise, de la anté qui nous a été donnée ou rendue?

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VII. Le prêtre dit ensuite : « Et ils rendent leurs vœux à toi, « Dieu éternel, vivant et véritable. » On dit leurs vœux, parce qu'ils en font la promesse volontairement, parce que que nous devons volontiers et librement faire un vœu à Dieu et l'accomplir (Extra De voto, magnœ). Mais, puisque nous donnons ce qui nous appartient^ et que nous rendons ce qui est à autrui, pourquoi dit-on : « ils rendenl\eurs vœux, » plutôt que : « ils donnent leurs vœux? » ou bien, si l'on conserve l'ex- pression rendent, pourquoi met-on leurs vœux, plutôt que les vœux d' autrui ? C'est avec raison que le mot vœu est appliqué à l'homme et à Dieu : à Dieu , à cause de l'autorité de sa grâce ; à l'homme , à cause du libre arbitre ; ce qui a fait dire à l'Apôtre : « Ce n'est pas moi^ mais la grâce de Dieu avec (( moi. » Donner est le propre de l'homme ; mais rendre est l'attribut de Dieu.

CHAPITRE XXXVIIL

DE LA TROISIÈME PARTIE DU CANON.

I. Le mot Communicantes ouvre la troisième partie du canon. C'est le pape Sirice qui a ajouté au canon les paroles suivantes : « Participant à une même communion , et honoi « rant la mémoire. » C'est avec raison que le pontife selot l'ordre de la loi portait avec lui dans le saint des saints ui encensoir plein de charbons ardents , comme on l'a dit dans L préface de cette partie et que le Christ a élevé jusqu'au ciel l'encensoir de sa chair, rempli de toutes les vertus. De même! notre prêtre, qui tient la place du Christ, doit se préparer au se crifice de l'autel en se dépouillant du péché et en se remplissaiî du parfum des vertus. « Participant à une même communion, É « et honorant la mémoire. » Communiquer est la même cho^ que participer j parce que nous devons nous rendre commuD

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i nourriture des saints et des anges. On communie de quatre lanières dans l'Eglise, comme on le dira dans la sixième parti- ule du canon, aux mots : Quipridie. — Honorer la mémoire, 'est la même chose que conserver avec honneur le souvenir e la bienheureuse vierge Marie, qui , par l'opération de l'Es- rit saint , est devenue la mère du Fils de Dieu , Jésus-Christ iotre Seigneur , qui est Dieu et homme.

II. 11 faut remarquer que la secrète n'a pas été composée en ne seule fois et par un seul homme , mais pièce à pièce par lusieurs auteurs; ce que l'on reconnaît aux trois commé- morations des saints que la secrète contient, bien que cette épétition ait pour but la louange et la gloire de la Trinité. )ans la seconde commémoration des saints, on a mis en sup- lément ceux qui paraissaient manquer au nombre des saints rimitivement inscrits. Dans la commémoration qui précède la onsécration du corps du Christ on réclame le suffrage des aints, et dans celle qui alleu après cette consécration on im- ilore la communauté des saints, parce qu'avant que le corps u Christ, qui est l'EgHse universelle, soit consacré, c'est-à-dire vaut que son règne arrive, nous avons besoin du suffrage des aints sur le chemin qui y conduit, afin que, par leurs mérites t par leurs prières, nous soyons munis du secours de la pro- ection divine. Mais quand le corps du Christ aura été consa- ré, c'est-à-dire quand son règne sera arrivé, nous serons asso- ies à la communauté des saints dans la céleste patrie , et nous )artagerons la société et le bonheur éternel des saints apôtres it des martyrs. Sur la route de cette vie nous communiquons Lvec les saints par la foi qu'ils ont eue ici-bas et que nous Lvons aussi ; mais dans la céleste patrie nous entrerons en par- icipation avec les saints, par l'espérance qu'ils possèdent Maintenant et que nous posséderons aussi.

III. Nous avons la foi et l'espérance, les saints ont l'espé- 'ance et la réalité ; nous courons dans la carrière, eux ils ont léjà remporté le prix ; nous combattons en chemin , eux

Tome II. 16

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triomphent dans la patrie. Nous participons à une même communion , et nous honorons la mémoire des apôtres et des martyrs, surtout celle de la glorieuse vierge Marie, mère de Dieu, afin que parleurs suffrages nous arrivions de la foi à l'espérance, de la carrière au prix, du chemin à la patrie. On nomme en premier lieu la bienheureuse Marie , parce que c'est elle qui a mis au monde Celui qu'on doit offrir et qui est la véritable hostie. Dans le ciel, la Vierge tient le premier rang. On nomme ensuite les douze apôtres et les douze mar- tyrs, qui tous furent les témoins de ce sacrifice, et scélèrent leur foi en la passion du Christ par leurs paroles et par le té- moignage de leur sang répandu. Dans cette commémoration des saints, l'Eglise observe l'usage qu'elle a toujours eu de- puis la plus haute antiquité, de rappeler dans ses prières la mémoire des patriarches, afin d'obtenir plus facilement par le suffrage de leurs mérites ce qu'elle implore. C'est ainsi que Moïse, en intercédant pour le peuple qui avait péché, rappela le souvenir des patriarches, en disant à Dieu : « Souviens-toi « d'Abraham, d'isaac et d'Israël , tes serviteurs. » C'est ainsi qu'on lit qu'Azarias pria dans la fournaise : c( Nous t'en prions, « Seigneur notre Dieu, ne retire pas de nous ta miséricorde, (( à cause d'Abraham, ton bien-aimé ; d'isaac, ton serviteur, et « d'Israël, ton saint. » Et parce qu'en dehors de l'unité de l'E-i glise il n'y a pas lieu d'offrir un sacrifice d'union, voilà pour- quoi nous participons à la mémoire des saints dans le sacrifîcel de l'autel, pour offrir ce sacrifice en communion avec les sàintsj IV. Car, de même que le pain se compose d'un grand nom-* bre de grains de blé, et le corps de l'homme de beaucoup de membres, ainsi l'Eglise, qui est une, compte dans son sein la multitude des fidèles. Il est écrit : « Nul étranger ne mangera (c de ces choses, parce qu'elles sont.saintes. » C'est pourquoi nous ne recevons pour manger l'Agneau que celui-là seul qui fait partie de notre maison , c'est-à-dire tout serviteur de la foi; depuis le prince jusqu'à l'homme du peuple , depuis le peuple

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ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 243

isqu'au publicain. Certains auteurs ont écrit que c'est parce ue le grand-prêtre de l'ancienne loi avait en écrit sur son pec- )ral les noms des douze tribus ou des douze patriarches que

prêtre de la nouvelle loi, pour conserver ce souvenir, fait

îémoire de la bienheureuse Vierge, des apôtres et de quelques lartyrs.

V. Mais, puisque l'Eglise, parmi les saints, honore avec ma- nifîcence la mémoire des confesseurs, pourquoi n'est-il pas lit commémoration d'eux dans le canon? A cela on peut ré- ondre que le canon a été publié avant que l'Eglise célébrât i mémoire des saints confesseurs. Car presque tous les saints ont il est fait commémoration dans le canon ont précédé aint Sylvestre, tels que pourtant Jean, Paul, Marcellin et ^ierre, qui se sont suivis de près. Ce ne fut qu'après la mort lu bienheureux Sylvestre que l'Eglise commença à honorer a mémoire des saints confesseurs. Une preuve convaincante [ue la publication du canon a précédé le culte des confes- ieurs, c'est que le catalogue des apôtres ne s'y trouve pas dis- )Osé de la même manière qu'on le rencontre dans des livres îlus corrects, ou bien dans les évangiles. En effet, dans les premières éditions, comme le dit saint Jérôme, non-seulement ['ordre des évangélistes est changé , mais encore leurs paroles 3t leurs sentences sont mêlées confusément.

YI. On peut encore dire qu'il est seulement fait mention, dans le canon, des martyrs, parce que ce sacrement étant un sacrement d'amour, lorsqu'on l'offre on doit seulement faire mémoire de ceux chez qui le signe du véritable amour s'est plus spécialement révélé. Dans les apôtres , cet amour s'est révélé par le mépris des biens temporels ; dans les martyrs, par l'of- frande de leurs corps aux tourments. En parlant du premier amour, saint Mathieu dit : « Pour nous autres, nous avons tout a quitté, et nous t'avons suivi. y> En parlant du second, la Sagesse dit : « S'ils ont souffert des tourments devant les hom- c( mes, leur espérance est pleine d'immortalité. »

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VIL On ne fait pas non plus mention des confesseurs, parce qu'ils n'ont pas souffert comme le Christ , dont ce sacrement rappelle la passion. Grégoire III a ajouté au canon les paroles suivantes, que l'on dit en certaines églises, et que voici : « dont « aujourd'hui on célèbre la solennité, en présence de ta ma- c( jesté, dans l'univers entier^ ô Seigneur notre Dieu! » Cette particule du canon se termine ainsi : « Par le même notre Sei- (( gneur. » Car, de même que tout a été fait par le Christ et que tout doit être réparé et terminé par lui, c'est pourquoi certains auteurs disent qu'on ne doit pas répondre ici Amen^ ni jusqu'à la fraction de l'hostie, parce que le chœur des anges, qui assiste au saint sacrifice , répond Amen; cependant cela ne s'observe pas partout^ comme on le dira dans la deuxième par- ticule du canon.

CHAPITRE XXXIX.

DE LA QUATRIEME PARTIE DU CANON.

I. Ces mots : Hanc igitur ohlationem ouvrent la quatrième partie du canon , et dans certaines églises le prêtre, en les di- sant, s'incline profondément. C'est avec raison que le pontife J de l'ancienne loi, pendant qu'il priait, était enveloppé de la fumée des parfums et qu'il en était couvert, afin que personne ne le vît pendant qu'il brûlait l'encens, comme on l'a dit dans la préface de cette partie. Le Christ, lorsqu'il intercède son Père pour nous^ surpasse l'entendement des anges, parce qu'ilsi ne peuvent comprendre combien la vue du corps revêtu par le Christ est puissante auprès du Père pour nous obtenir s grâces. Le prêtre^, qui tient la place du Christ, est aussi en quelque sorte couvert et caché , parce qu'il est impossible de se faire une idée et de raconter l'immense vertu et puissance

Pela

îce

fie

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ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 245

que contiennent ces paroles et ce mystère caché aux hommes et aux anges. Dans quelques églises, pour représenter ce mys- tère , quand le prêtre commence la secrète on le couvre et on le voile avec des rideaux que l'on tire de chaque côté de l'autel. Cette expression : « de notre servitude , » veut dire : « de ma « servitude et de celle de tous ceux qui sont tes serviteurs et « tes amis. »

II. Et remarque qu'il y a deux espèces de servitude , l'une qui est due au Créateur seul et que l'on appelle latrie , l'autre que l'on exerce vis-à-vis des créatures et qui se nomme dulie; car nous pouvons vénérer certaines créatures entre toutes les autres. Le Seigneur détermine lui-même ces deux espèces de servitude^ lorsqu'il dit : a Rendez à César ce qui est à César, et « à Dieu ce qui est à Dieu.» On a fait à ce sujet les vers sui- vants :

Le culte de latrie appartient au Seigneur,

Celui de dulie à ses serviteurs ;

On rend le culte d'hyperdulie au corps du Christ.

Latrie^ c'est la servitude ou le culte que l'on doit à Dieu seul, créateur^ que nous devons révérer par-dessus toutes choses. A ce culte appartiennent les temples , les autels , le sacerdoce, les sacrifices , les festivités , les cérémonies et autres choses de ce genre, qu'on ne doit employer que pour Dieu seul, selon cette parole : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que « lui seul ; » c'est-à-dire « tu t'acquitteras envers Dieu seul de la « servitude de l'adoration. » Ce n'est pas, en effet, aux saints et laux. anges en l'honneur de Dieu, mais plutôt à Dieu en l'hon- neur des saints et des anges ^ que l'on dédie des temples, que iron consacre des autels et que l'on offre des sacrifices. Ce n'est pas envers eux, mais à l'égard de Dieu seul que l'on s'acquitte de la servitude de l'adoration ( comme on le dira dans la pré- face de la septième partie), de peur qu'en agissant autrement on ne rende pas à Dieu le culte qui lui est dû , mais qu'on en- coure l'accusation d'idolâtrie, en servant la créature comme le

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Créateur^ et en changeant la gloire de Dieu incorruptible en la ressemblance de Thomme corruptible.

III. Donc, si l'on ne doit adorer ni les hommes ni les anges, que ceux-là pèsent bien ce qu'ils font qui, sous le prétexte d'une certaine rehgion ou piété , adorent diverses images ; en effet, il n'est point permis d'adorer quoi que ce soit qui provient de la main des hommes, comme on l'a prouvé dans la première partie, au chapitre des Peintures. Il n'y a qu'une seule image de Dieu le Père que nous devons confondre dans une commune adoration avec Dieu le Père, et cette image c'est le Fils unique de Dieu, Jésus-Christ, qui est la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance, dont nous devons adorer non-seulement la divinité, mais encore l'humanité, suivant ce texte : « Adorez « l'escabeau de ses pieds, parce qu'il est saint. » Pour ce qui est des autres images et créatures sacrées et saintes, à savoir,, les anges, les hommes et les sacrements, nous pouvons les vé- nérer, non par le culte de latrie^ mais par celui de dulie. Tou- chant l'adoration des anges , on lit qu'Abraham , ayant levé les yeux sur les hauteurs qui bordent la vallée de Membre, vit trois anges et adora l'un d'entre eux; Loth, de son côté, alla à la rencontre de deux anges qui entraient dans la ville, et les adora, les priant de recevoir l'hospitalité dans sa maison. A l'égard de l'adoration des hommes , on lit que Jacob, voyant venir Esaû, franchit les deux escortes qui accompagnaient les deux frères, et, se prosternant sept fois à terre, l'adora. Les, fils de Jacob adorèrent aussi Joseph en Egypte. L'Eghse dit touchant l'adoration des choses saintes : « Nous adorons U « croix , ô Seigneur ! » Et ailleurs on lit : « Les chrétiens vé a nèrent pieusement et adorent les saintes images. »

IV. Suivent ces mots : Dies quoque nostros. Et remarque qui le pape Léon les ajouta dans le corps du canon [infra actionem) Le prêtre ajoute : Hanc igitur ohlationem lusqu' kplacatus. Or on dit que le bienheureux Grégoire ajouta au canon les troi prières suivantes ; la première est celle-ci : ce Diesque nostros

k

Sri

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c( etc. ; Place nos jours à l'ombre de ta paix tutélaire; » ajoute par supplément : a Au nom de celui qui, pour nous, a été livré (c aux mains de ceux qui poursuivent la paix de leur haine. » La seconde est : a Ah œterna damnatione nos eripi^ Arrache- « nous de l'éternelle damnation ; » supplée : « Par celui qui, « pour nous, a été condamné à la mort temporelle. » La troi- sième est ainsi conçue : « Et in electorum, etc. ; ((Et ordonne « que nous soyons comptés au nombre des élus ; » supplée : (( Par celui qui , pour nous , a été condamné à l'égal de ceux (( qui faisaient l'iniquité. » In pace tua, etc.

V. Et remarque qu'il y a la paix des pécheurs et la paix des justes, qui sont appelées la paix du cœur ou la paix spirituelle ; la paix dans le temps et la paix dans l'éternité. Pour ce qui est de la paix des pécheurs, le Psalmiste a dit : ((J'ai été saisi de (( dépit en voyant la paix dont jouissent les pécheurs et ceux « qui font l'iniquité. » A l'égard de la paix des justes, l'Apôtre dit : (( C'est un fruit spirituel^ c'est la charité, la joie, la paix, (( la patience. » C'est cette paix que le Seigneur laissa à ses apôtres en leur disant : (( Je vous laisée ma paix. » Voici com- ment le Prophète parle de la paix temporelle : ((Dans les jours « où il apparaîtra, naîtront la justice et l'abondance de la (( paix. » Touchant la paix éternelle, le Seigneur a dit à ses apôtres : (( Je vous donne ma paix, mais ce n'est pas de la ma- « nière que le monde la donne que je vous la donne. » Pour obtenir cette triple paix nous prions trois fois pendant la messe. D'abord, dans cette prière : (( Hanc igitur, » dans cet endroit : |« diesque nostros in tua pace disponas. » Deuxièmement, dans l'oraison (( Libéra nos, » dans cet endroit : (( da propi- t( tins pacem in diebus nostris, accorde-nous avec bienveil- (c lance la paix dans les jours où nous vivons. » Troisième- ment, quand le prêtre dit : (( Pax Domini , » à cet endroit : « da nobis pacem, donne-nous la paix, » afin que de la paix du temps nous arrivions, par la paix du cœur, à la paix de l'é- ternité. C'est encore pour cela que le prêtre, pendant la messe,

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baise trois fois l'autel; d'abord au commencement du canon, en disant ces mots : « uli accepta , etc. » Ensuite dans la prière « Supplices , » et après l'oraison « Domine , Jesu c( Chrisle, etc. » Pourtant, il y en a qui baisent neuf fois l'au- tel, comme pour s'aider à obtenir les suffrages des neuf cliœurs ou ordres des anges, dans lesquels ont été placés ou doivent être placés tous les saints qu'ils invoquent, dont ils réclament le secours ; ou bien ils n'agissent ainsi que comme pour rendre grâces à Dieu pour les neuf ordres que tout prêtre a reçus suc- cessivement.

VI. Quant à ces sortes de baisers qu'il donne à l'autel, il faut remarquer que le prêtre les donne pendant la messe, à trois époques correspondantes aux trois choses dont il a besoin et aux trois actions qu'il doit accomplir sur l'autel. Car, d'abord, il donne certains baisers avant de placer l'hostie et le calice, c'est-à-dire quand il s'approche de l'autel : pour la première fois, quand, premièrement, au moment de dire la collecte, il prononce : « Dominus vohiscum , le Seigneur soit avec c< vous; » puis une seconde fois après l'évangile, quand il va dire encore : ce Dominus vohiscum. )) Il donne ces baisers à l'autel, afin de devenir un digne ministre du sacrifice. Secon- dement^ il donne d'autres baisers après avoir disposé le calice et l'hostie , avant de communier , quand il est près de dire : ii Orale, fraires , Priez, mes frères; » quand il arrive à ces mots du canon : « uli accepla ; » puis lorsqu'il dit : « ex hac c( altaris parlicipalione ; » puis à la fin de cette prière : « Do- c( mine, Jesu Christe, qui dixisti aposlolis ; » ce qu'il fait « afin « de devenir juste , et pour recevoir convenablement le corps (( du Christ. » Troisièmement, il baise encore l'autel après la communion, à savoir : lorsqu'il est sur le point de dire : « Do- ii minus vobis, etc.; » avant la postcommunion et après l'orai- son c( Placeal lihi;y) il fait cela pour trouver le moyen de ren-^ dre au Seigneur Dieu des actions de grâces suffisantes pour leî choses saintes qu'il a reçues. Et les baisers qui ont lieu avan'

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a disposition de l'hostie et du calice, et ceux qui succèdent à a communion, se font au milieu de l'autel ; car, comme la di- gnité et l'autorité du prêtre en sacrifiant, comme sa suffisance i remercier Dieu des choses reçues , ne viennent que de Dieu, l'où dérive notre suffisance, c'est pourquoi, avant l'arrange- nent du calice et de l'hostie, et après la communion, il baise e milieu de l'autel, qui , par la vertu de la consécration et de 'onction qui y ont été faites pendant la messe, représente plus xcellemment Dieu, en qui les extrêmes sont unis. Les baisers, ,u contraire, qui se donnent après le placement du calice et de 'hostie, et qui précèdent la communion , ont lieu à la gauche lu calice , près de l'hostie; car, pour que le prêtre soit juste n sacrifiant, l'action divine n'est pas seule requise , celle du irêtre l'est aussi. C'est pourquoi saint Augustin a dit : ce Celui

qui t'a fait sans toi ne te justifiera point sans toi. » Une dis-

>osition est donc requise de la part du prêtre : c'est de ne point ésister aux avertissements divins ; car c'est de Dieu que vient 'infusion de la grâce , et c'est pour cela que les baisers que lonne le prêtre avant la communion n'ont pas lieu directe- nent au milieu de Fautel. Encore une fois, la part qui nous evient dans notre propre justification est fort minime et très- jeu de chose, si on la compare à ce qui procède de Dieu. C'est loncavec raison que ces baisers ont lieu à la gauche du calice,

ôté oblique et inférieur par rapport au côté droit. Ces baisers

)nt lieu cependant à côté de l'hostie , autant parce que dans la ustification la part la plus forte et la plus noble vient de Dieu )u du Christ , que parce que la part qui vient de nous serait )lulôt mauvaise que bonne, si elle n'était en quelque sorte épu- 'ée, réglée et rendue acceptable par la grâce prévenante. On )eut encore dire, en second lieu , que lorsque le calice et l'hos- ie ne sont pas sur l'autel , les baisers se donnent au milieu de .'autel, c'est-à-dire directement à l'endroit où se trouve la croix faite avec le chrême lors de sa consécration , parce que le Christ, se tenant debout au milieu de ses disciples , leur dit :

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« La paix soit avec vous , » laquelle paix est représentée par ces baisers eux-mêmes. Troisièmement, pour désigner, comme on le voit dans le Cantique. des cantiques, que le Christ est monté sur la croix par un degré rouge comme la pourpre, c'est- à-dire rougi de son sang, et qu'il a orné le milieu de la croix en y plaçant la charité même. Cette charité est désignée parle baiser précité. On dit encore qu'elle se trouve au milieu, parce qu'elle est commune pour tous les hommes , car il a voulu souffrir pour tous par charité.

VII. Ces baisers se donnent les mains appuyées sur l'autel, pour marquer que la charité, désignée par un baiser, doit s'appuyer sur les œuvres ; car, selon saint Grégoire, elle opère de grandes choses tant qu'elle subsiste ; mais , si elle so re- fuse à agir, c'est qu'elle n'existe pas. Secondement, pour marquer que dans le sacrifice de l'autel le prêtre doit déposer tout souci des choses temporelles et tenir son esprit uni(]uement appliqué au sacrifice. Troisièmement, afin de montrer que pour opérer ces œuvres il ne suffit pas seulement d'obtenir la miséricorde divine. Quelques-uns encore, de leurs trois doigts étendus, marquent auparavant d'un signe de croix les endroits qu'ils doivent baiser ensuite, autant parce que tout ce qui doit être fait doit l'être dans la foi ta la Trinité, que parce que, régu- lièrement, tout ce qui doit être appliqué à la bouche doit aupa- ravant être marqué du signe de la croix ; et, quoique la table de l'autel ait été consacrée et que dans l'office même de la messe beaucoup d'autres signes de croix aient précédé , cela n'est pourtant pas superflu, soit parce que ces signes doivent être faits non eu égard au lieu en lui-même, mais bien à l'œu- vre qui doit s'accomplir dans ce lieu ; soit parce que , encore bien que la table de l'autel ait été consacrée , on ne sait cepen- dant ce que Dieu peut permettre de faire à l'esprit malin dans ce lieu même. Beaucoup d'autres signes de croix encore faits auparavant l'ont été non par égard pour le lieu , mais en con- sidération de la consécration du corps et du sang du Christ.

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lependant il y a des prêtres qui, au pénultième et dernier Do- linus vobiscum^ ne baisent point l'autel, ni ne le marquent du igné de la croix , mais qui se contentent de se signer eux-mê- [les , et c'est avec raison , soit parce que par le baiser donné à autel à la fin de la messe on entend que le prêtre approuve ous ceux qui ont précédé et leur donne son adhésion de toute affection de son ame^ soit parce que l'on doit croire tout es- •rit immonde chassé de ce lieu même par la présence du corps lu Seigneur. On a parlé du baisementde l'autel et du livre au hapitre du Baisement de l'autel.

CHAPITRE XL.

DE LA CINQUIÈME PARTIE DU CANON.

ï. Quam ohlationem (17), etc., est la cinquième partie du anon, dans laquelle le prêtre s'apprête à consacrer le corps du leigneur, en disant : a Quam ohlationem. ^^y c'est-à-dire : « Nous 'en prions, ô Dieu ! sous tous rapports, » c'est-à-dire de toute lotre pensée, de toute notre ame, de toute la force de notre ntelligence, daigne bénir, etc., cette matière terrestre desti- lée à se changer au corps de ton Fils.

II. Or, le Mercredi saint, Judas, un des douze, possédé par Jatan , consomma un énorme sacrilège en vendant trente piè-

es. d'argent le Fils de Dieu aux pharisiens, pour compenser

e dommage qu'il avait éprouvé de la perte du parfum. « Pour- [uoi, dit-il, ne vend -on pas ce parfum trois cents deniers [ue l'on donnerait aux pauvres? Et il parlait ainsi, non qu'il )'embarrassât des pauvres, mais parce qu'il était voleur, et que, )ortanl la bourse, il dérobait l'argent qui lui était confié. » Or, îhaque pièce d'argent valait dix deniers ordinaires , et ainsi la 3erte du parfum , qui valait trois cents deniers, fut compensée

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pour lui parles trente pièces d'argent. Si nous admettons que les pièces d'argent étaient des deniers ordinaires, nous di- rons que Judas vendit le Christ comme un vil esclave , pour trente deniers , qui sont la dixième partie des trente deniers que valait le parfum, trente deniers dont le Seigneur parle avec dégoût par le Prophète : « Ils ont pesé trente pièces d'ar- gent pour ma récompense ; j'ai été évalué par eux à ce prix. » m. Or, pour désigner la quantité du prix que le Christ a été vendu, le prêtre, en cet endroit, fait ordinairement trois croix sur l'hostie et le calice , lorsqu'il dit : henedictam, adscriptam et ratam ; car trois cent trente, par la multiplication, viennent du nombre trois. Puis ensuite , pour désigner la vente et l'a- chat, il fait deux croix, figurant en quelque sorte le sceau, sur l'hostie , l'autre sur le cahce, lorsqu'il dit : ut nohis corpus et sanguis corpus fiât; comme s'il disait : Cette vente avait été maudite , prédite , inutile , inique et abominable ; mais toi , ô mon Dieu ! cette offrande , daigne la bénir, l'adopter, l'approu- ver, la tenir pour raisonnable et l'avoir pour agréable. Car Judas aima la malédiction et l'obtint; il rejeta la bénédiction, et elle s'éloigna de lui; mais toi, mon Dieu, daigne bénir cette ^ offrande, par laquelle tu nous béniras dans les cieux. Judas a été rayé du livre des vivants, et il ne sera pas inscrit avec les jus- tes; mais toi,' mon Dieu, daigne inscrire cette offrande, par' laquelle tu nous inscriras au nombre des élus. Judas se pendit, et un autre reçut sa charge [episcopatum]; mais toi, ô mon Dieu! daigne ratifier cette offrande par laquelle la promesse de notre salut sera ratifiée, ou bien ratifie-la, eu égard à la con- firmation dans tous les biens, de peur que nous ne présentions notre offrande comme Caïn, qui ne s'offrit pas en sacrifice à' Dieu, mais au diable. Ensuite Judas sortit condamné, et sa" prière ne fut efficace que pour le péché ; mais toi , mon Dieu , daigne rendre cette offrande raisonnable, c'est-à-dire pleine de raison, afin que par elle la soumission de notre servitude devienne déraisonnable aux yeux du monde. Judas, encore.

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endit ie mal pour le bien, et la haine pour l'amour; mais toi, mon Dieu ! daigne rendre acceptable cette offrande par la- uelle tu nous accepteras nous-mêmes.

IV. Deuxièmement, on fait communément trois croix sur l'of- •ande et sur le calice, parce que le Christ fit communément 'ois choses à l'égard du pain et du vin , c'est-à-dire il les prit, îs bénit et les donna. Après cela, le prêtre fait spécialement ne croix sur la chose offerte, en disant : « Mangez, ceci est ion corps, » et une autre sur le caHce, en disant : ce Buvez, 3ci est mon sang, » et, suivant ce sens^ on ajoute avec raison : ui pridie quam pateretur .

V. Troisièmement, on fait trois croix, parce que Judas ven- ît, pour être crucifié, le Christ à trois sortes de gens, savoir : IX prêtres, aux scribes et aux pharisiens. Donc, pour noter s trois acheteurs, le prêtre fait communément trois croix sur Dblation et le calice , pendant qu'il dit : henedictam^ adscrip- im et ratam. Et pour noter sans confusion le vendeur et le îndu, ou le livrant et le hvré, il fait distinctement deux 'oix surl'oblation et le calice, lorsqu'il dit : ut fiât corpus et mguis.

YI. Quatrièmement, les trois premières croix marquent iie ce qui a été fait l'est par la vertu du Crucifié, ou elles signi- 3nt les trois jours pendant lesquels Jésus-Christ prêcha après

dimanche des Rameaux, ou bien les trois jou^ qu'il reposa ms le sépulcre, ou encore les trois parties de son corps dans squelles il souffrit, c'est-à-dire les mains, les pieds et le côté, r, les deux suivantes symbolisent la nature divine et la nature Lim'aine, ou bien que le Christ souffrit en ame et en corps ; et on fait cinq croix pour figurer que le Christ reçut cinq bles- ires; ou bien, par ces cinq croix, nous exprimons le temps de . loi, que l'on divise en cinq livres , dans chacun desquels la assion du Christ est désignée ; cette loi était régie par cinq es- Bces de personnes, à savoir : le juge, le roi, le prince, lepro- hète et le prêtre, auxquels le Christ est assimilé.

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VII. On peut encore expliquer de celte seconde manière les paroles précitées. Nous demandons que Dieu bénisse, inscrive et ratifie cette offrande, c'est-à-dire qu'il la consacre, qu'il l'approuve, qu'il lui assure la valeur d'une hostie raisonnable et d'un sacrifice agréable, de sorte que, pour nous, c'est-à-dire pour notre salut, le pain devienne le corps, le vin devienne le sang de ton très-cher Fils Jésus-Christ, notre Seigneur, car le Fils est le bien-aimé du Père, comme le Père l'a attesté lui- même du haut des cieux, en disant : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, etc. ; » et nous, de notre côté, nous devons l'aimer, parce que, le premier, il nous a aimés et a souffert pour nous.

VIII .Troisièmement, de cette manière : Nous le prions, ô Dieu ! de daigner bénir cette offrande, c'est-à-dire de la bénir spiri- tuellement, ainsi que , par la vertu de notre Père , fut béni le fruit de la vierge Marie ; de l'inscrire, c'est-à-dire de la rendre telle qu'elle ne puisse jamais sortir de la mémoire; de la rati-. fier, c'est-à-dire telle qu'elle s'accorde avec ton bon plaisir; raisonnable , c'est-à-dire telle qu'elle s'accorde avec ta divine raison.

IX. Car il y a une différence entre raisonnable et ralionel. On.| appelle raisonnable ce qui procède de la raison, radonel [ratio- nale) ce qui est conforme à la raison; d'où ce livre est appeléf Rational, parce qu'il contient les raisons des cérémonies qui ont lieu danftes offices de l'Eglise ; acceptable , c'est-à-dire afin que par elle nous te soyons agréables, ô Dieu !

X. Quatrièmement, on peut encore expliquer ainsi ces pa- roles : (( digneris faeere benediclam y daigne bénir, etc., » c'est- à-dire remplir de l'Esprit saint; ac?scnpfam, l'ajoutera ta divi-t nité ; ralam , la ratifier, c'est-à-dire dans la vérité , afin que, par sa solidité, cette offrande suffise à notre salut; ralionabilem (raisonnable), c'est-à-dire raisonnable dans notre foi; accepta- bilem (accceptable) dans notre dévotion.

XI. On peut encore expliquer ces paroles d'une cinquième manière : « Cette offrande , ô Dieu tout-puissant ! daigne h

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bénir, » c'est-à-dire la changer en cette hostie qui est à tous égards bénie, inscrite, ratifiée, raisonnable et acceptable.

XII. L'hostie salutaire est dite bénie, c'est-à-dire pure de toute source de malédiction , tant originelle qu'actuelle, tant criminelle que vénielle, dans le même sens qu'Elisabeth dit à la Vierge : « Le fruit de tes entrailles est béni ; » elle est dite Inscrite y c'est-à-dire désignée par les figures et les Ecritures mciennes, tant par l'agneau pascal que par la manne céleste; iant par Isaac, sur le point d'être immolé, que par Abel, vrai- nent immolé, parce que (comme dit saint Jean), « Celui-ci îst l'agneau qui a été immolé dès l'origine du monde. » Elle îst dite ratifiée^ comme si on voulait exprimer qu'elle n'est )as transitoire, comme la loi ancienne, qui a cessé du jour oii a nouvelle lui a succédé ; mais celle-ci reste pour l'éternité, lelon l'ordre de Melchisédech. Elle est dite raisonnable, comme )our exprimer qu'elle ne ressemble pas aux sacrifices antiques les animaux, comme l'ancienne loi, qui, parle sang des boucs

t des taureaux, ne pouvait purger du péché, tandis que la

louvelle, parle propre sang du Christ, lave la conscience, [u'elle délivre des œuvres mortes. Elle est dite acceptable,

omme pour la distinguer de celle dont le Prophète dit 
ce Vous

ivez rejeté le sacrifice et l'oblation ; » de celle dont le Seigneur lit : (( Non acciplam de domo tua vitulos, etc. ; Je n'accepterai )as de veaux de ta maison, ni de boucs de tes troupeaux ; » mais î'est vraiment l'offrande dont le Psalmiste dit : « Tibi sacrifia abo hostiam laudis, Je te sacrifierai une hostie de louange. » ]'6st d'elle dont le Seigneur parle en ces termes : « Le sacri- ice de louange m'honorera. »

XllL Et, selon cette disposition, on ajoute avec raison : c ut /îat corpus et sanguis dileclissimi Filii tui Domini, etc., fin qu'elle devienne le corps et le sang de ton bien-aimé Fils, lotre Seigneur. ^) Car le Fils est le bien-aimé du Père, selon es paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; » et nous de- ons l'airner, parce que lui-même, le premier, nous a aimés et

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a souiïert pour nous. Et saint Augustin explique ainsi les pa- roles précitées : « Benedictam [bénie), par laquelle nous sonunes bénis ; adscriptam ( inscrite), par laquelle nous sommes tous inscrits dans le ciel ; ratam ( ratifiée), par laquelle nous sonnnes censés dans les entrailles du Christ, c'est-à-dire faisant partie du corps du Christ, qui est l'Eglise; rationahilem [raison- nable), par laquelle nous sommes dépouillés du sens bestial; acceptabilem [acceptable), afin que nous, qui nous sommes à charge à nous-mêmes, nous soyons, par cette hostie, agréablcî au Fils unique de Dieu ; » et il ajoute que le prêtre emprunte k récit des évangélistes, en disant : «. qui pridie quam pateretur qui, la veille de sa passion, etc. » Saint Ambroise dit que cei paroles : quam oblationejn adscriptam, rationabilem, etc., son les paroles de l'évangéliste, jusqu'à ces mots : « Accipite et man ducate , et bibite ex eo omnes; Prenez et mangez, et buvez-er tous; » et d'autres prétendent que le pape Alexandre I" ajoutî au canon ces paroles : « qui pridie, » jusqu'à ces mots : alloi est corpus meum, Ceci est mon corps. »

CHAPITRE XLI.

DE LA SIXIÈME PARTIE DU CANON.

I. Ces mots : qui pridie quam pateretur, sont la sixième parti( du canon, et le pape Alexandre I", dit-on, les y ajouta, commi on Ta vu plus haut. Ce qui se passe en cet endroit représent ce que fit le Christ dans la cène, et voici le sens de ces parole qui pridie quam pateretur, c'est-à-dire : Le jour avant celui oi notre Seigneur souffrit pour nous, il voulut livrer le mystèr de son corps et de son sang à ses disciples, afin qu'eux-même nous le transmissent.

II. Car ce fut le quinzième jour du premier mois , qui alor

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lit la sixième férié, que le Christ souffrit; et la nuit précé- nte, c'est-à-dire à la quatorzième lune du premier mois, vers soir, afin de remplir les Ecritures, après la pâque typique institua le sacrement de son corps et de son sang, et l'Eglise ►us en a laissé la tradition et nous en a recommandé le fré- lent usage ; car c'est ainsi que ce sacrement avait été figuré ir avance dans l'Exode : ce Au dixième jour du premier mois, le chacun prenne, dans sa maison, un agneau par famille, et le conservera jusqu'au quatorzième jour de ce mois, et tout raël l'immolera sur le soir ; et ils prendront le sang de l'a- leau, et ils en teindront leurs portes et le seuil de leurs mai- ns dans lesquelles ils le mangeront. » Et plus loin on lit : Car c'est le passage (en hébreu phase ^ en grec Traa;)^a, en tin transitus) du Seigneur. »

III. Or, il faut noter ceci , que , comme la manne fut donnée IX Hébreux après le passage de la mer Rouge , oii les Egyp- îns étaient déjà engloutis , ainsi l'eucharistie est donnée aux irétiens après l'absolution du baptême , lorsque déjà les pe- lés sont effacés, pour que, par le baptême, nous soyons pur-

s du péché , et que, par l'eucharistie, nous soyons Confirmés

ms le bien. Car, de même que la manne conduisit ce peuple- dans la terre promise , à travers de vastes solitudes , sans lemin frayé , ainsi l'eucharistie conduit ce peuple-ci vers la itrie du paradis, à travers l'exil de la vie présente. L'eucha- stie est ainsi nommée , parce qu'on ne trouve pas , pour ex- 'imer dignement unjsi grand sacrement , de terme plus con- înable que le mot grec Evi^aptcTia, qui , selon saint Isidore, gnifie en latin hona gratia ( bonne grâce ) ; ou , selon autres, dator gratiœ (donneur de grâces). On l'appelle icore, et avec raison, viaticum (viatique), parce qu'elle 3nduit vers la patrie ceux 'qui tombent en faiblesse [in via) ins le chemin. Car, de même que la manne ne manqua oint aux enfants d'Israël depuis le passage de la mer Rouge isqu'à leur arrivée à la terre de promission ; de même , pour Tome II. 17

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les fidèles régénérés par le baptême, rougis et sanctifiés parle sang du Christ, l'eucharistie ne manquera pas jusqu'à la fin des siècles. Bien plus, elle ne manquera pas même alors, si ce n'est qu'elle ne sera plus prise d'une manière sensible , mais nous verrons Dieu face à face.

IV. Selon les Hébreux , hostie vient du mot ostium ( porte), parce qu'elle était ofTerte à l'entrée du tabernacle. Selon les Gentils , hostie vient de hoslis ( ennemi ) , parce que c'étail après la défaite des ennemis que l'on offrait une hostie, c'est- à-dire un sacrifice ; et la victime s'offrait pour obtenir la vic- toire, comme on l'a vu au chapitre de l'Oblation. L'hostie esi encore appelée immolation , parce que le Christ y est immole sacramentellement, lui qui, une fois, a été immolé en vérité, pour nos péchés, sur la croix. Immolatus vient de molay gâ- teau qu'on avait coutume de faire avec une espèce de fro- ment appelé /ar ou ador. Or, ce qui est arrivé auparavant pour la manne s'achève dans l'eucharistie ; car, quelque partie que chacun reçoive , il reçoit toute l'eucharistie , comme il arriva de la manne , puisque celui qui en avait le plus amassé n'en avait pas davantage , et celui qui en avait ramassé le moins n'en avait pas une moindre quantité. La manne figurait donc l'eucharistie, ce pain céleste dont le Sage dit : « Il a donné du ciel un pain qui^ sans aucun travail, renferme en lui tout agré- ment , et dont le goût a une suavité suprême ; » parole que le Christ s'applique en ces termes : « Ego sumpanis vivus qui de cœloy etc. ; Je suis le pain vivant, descendu du ciel ; celui qui mangera de ce pain vivra éternellement, et le pain que je don- nerai est ma chair, qui a été livrée et qui donne la vie au mon- de. )) Et il faut remarquer que dans l'Eglise on reçoit le corps du Christ lorsqu'on prend le pain, quand on offre le pain béni et quand on reçoit la bénédiction , comme il sera dit au cha- pitre du Baiser de paix. Or, celui qui veut communier doil être rempli de crainte, de foi et de joie {De comec, dist. ii, Timor em).

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V. Suivent ces mots : accepit paneniy etc. ; ce il prit du pain. » n lit que Melchisédech, le premier, célébra ce rit dans le sa- [•ifice, en offrant le pain et le vin, car il était prêtre du Dieu ès-haut. D'oii vient que David, s'adressant au Christ, dit : Tu es prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech, te. » Le sacrifice de l'ancienne loi a donc précédé le sacrifice vangélique , non-seulement par la dignité , mais encore par ipport au temps, comme l'Apôtre le montre plus pleinement ans l'épître aux Hébreux. C'est pour cela que le Christ choisit ! pain et le vin pour le sacrifice de son corps et de son sang, [în que, dans la réception du corps et du sang du Christ, on iche qu'il y a un aliment parfait ; car, de même que le pain )utient le corps de l'homme d'une manière plus excellente ue toutes les autres nourritures corporelles , que le vin re- mit le cœur de l'homme d'une manière plus parfaite que tous îs autres breuvages corporels , ainsi le corps et le sang du lirist refont et rassasient l'homme intérieur d'une manière Lipérieure à toutes les autres nourritures et à tous les autres reuvages spirituels. C'est ce qui a fait dire au Psalmiste :

Que ta coupe enivrante est excellente ! » C'est en ces deux hoses que consistent la plénitude et la perfection de la réfec- ion, comme le Christ l'atteste lui-même : Caro mea vere est ihus et sanguiSy etc.; « Ma chair est vraiment une nourriture, t mon sang est vraiment un breuvage. » Nous reviendrons ncore sur ce sujet à la particule septième du canon, sur cette •arole : Hic est calix.

YI. Au reste, le pain doit être de froment, et le vin doit tre du vin de la vigne, parce que le Christ lui-même s'est omparé au froment , lorsqu'il dit : a à moins que le grain de roment, tombant dans la terre, ne vienne à périr ^ il reste eul et improductif. » Il se compare aussi à une vigne, lors- [u'il dit : (( Je suis la vigne véritable. » Il fut encore lui- nême la grappe pressée sous le pressoir de la croix; d'où rient qu'Isaïe dit : ce Tes vêtements sont comme ceux du

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vigneron qui foule aux pieds le raisin. » Or, ni la grappe de raisin, ni le grain de froment ne doivent être offerts, à moins que l'une ne soit pressée et réduite en la liqueur du vin , et l'autre en pain [De consecrat., d. xv^ Cum omne) , parce que le Christ dit qu'il est pain, et se compare au froment. Cepen- dant, dans le canon des apôtres (Bucard , lib. v, cap. Si guis), il est dit : ce Si quelqu'un , évoque ou prêtre, contre la règle établie par le Seigneur, offre sur l'autel , en sacrifice , certaines matières, comme par exemple, du miel, du lait ou de la bière au lieu de vin , ou certaines autres choses fabriquées , ou des oiseaux , ou des animaux quelconques , n'observant point ce qui a été réglé par la loi , qu'il soit déposé. » On a parlé de cela au chapitre de TOblation du prêtre.

Yll. On ne doit point mettre de sel dans le pain, quoique cer- tains hérétiques fassent le contraire et cela parce qu'il a ét^ écrit : ce Tout ce que tu offriras en sacrifice, tu l'assaisonneras de sel ; » et ceci : « Tu n'enlèveras pas du sacrifice le sel de l'alliance du Seigneur ton Dieu ; » et encore : « Dans toutes tes oblations , tu offriras le sel ; » et dans l'Evangile : a Toute victime sera salée ; » ce qui s'entend du sel de discrétion , et non du sel matériel.

YlII. Or , le pain eucharistique a la forme d'un denier^ tant parce que le pain de vie a été livré pour des deniers , que parce que le même denier doit être donné en récompense à ceux qui travaillent à la vigne, et il est de forme ronde, comme il a éttj, dit au chapitre de l'Oblation. Car sur ce pain est souvent grave le nom et l'effigie de notre Empereur ( q. i, Quod quidam, it fine) , parce que c'est par lui que nous sommes reformés à l'ij mage de Dieu et que nos noms sont écrits sur le livre de vie Quelques-uns même y figurent un agneau , tant parce que Ce, lui qui est immolé est un véritable agneau, que parce qu'on li dans l'Exode : « Or , voici ce que vous ferez sur l'autel : vo» offrirez des agneaux, et immédiatement après du vin pour fair» des libations sur l'agneau. »

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IX. On doit aussi offrir en sacrifice non du pain fermenté, nais du pain azyme , tant par la raison du fait que par la rai- on du mystère. Car il est écrit dans l'Exode : « Le premier et e quatorzième jours du premier mois, sur le soir, vous man- derez du pain azyme jusqu'au vingt-et-unième jour du même nois, vers le soir. On ne devra pas trouver non plus dans ^os maisons de pain fermenté pendant ces sept jours. De dus, celui qui aura mangé du pain fermenté, sa vie dispa- aîtra de l'assemblée d'Israël. De même, vous ne mange- ez rien de fermenté. De même, dans toutes vos habitations ous mangerez des azymes. » Puis donc que le Christ , le [uatorzième jour du premier mois, sur le soir [ad vesperam), it la cène avec ses disciples, et mangea l'agneau pascal, et [ue, d'après le rit légal, la pâque se faisait avec du pain izyme et des laitues sauvages , il est constant qu'à cette heure m ne trouvait pas de pain fermenté dans les maisons des Hé- )reux; ainsi, sans aucun doute, le Christ consacra le pain izyme en son corps. Car, comme ferment signifie corruption, i'où, selon l'Apôtre , « un peu de ferment corrompt toute la nasse, » afin que dans ce sacrement on ne voie rien de corrompu ni de susceptible de corrompre, mais que tout y joit pur et purifiant, nous consacrons non du pain fermenté, nais du pain azyme, d'après cette parole de l'Apôtre : « Le Christ, notre pâque, a été immolé ; c'est pourquoi rassasions- îous , non avec le ferment ancien, mais avec les azymes de la sincérité et de la vérité. »

X. Les Grecs, cependant, persistant dans leur erreur, se servent du pain fermenté. Ils appellent les Latins azijmites (à)^ lorsqu'ils méritent avec bien plus de raison d'être traités de ^ermentaires. Car ils disent que la veille de la mort du Christ 5e trouvait coïncider avec le quatorzième de la lune , jour au- quel le véritable Agneau fut immolé, afin que fût accomplie la

(a) Du Gange , in Gloss., verbo Azymitœ; — id., aux mots Fermentacei, Fer- nentarii et Fermentum.

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figure de la loi (lui ordonnait TimiTiolation de l'agneau pas- cal à la quatorzième lune du premier mois. Le Seigneur donc, ce jour-là, connaissant d'avance qu'il allait souffrir, forcé pai la nécessité , mangea la pâque le jour précédent par antici- pation ; et alors, disent-ils, il pouvait manger du pain lev( sans violer la loi ; c'est pour cela qu'ils usent de pain fermentt pour le corps du Seigneur. Car ils disent que, puisque lé bienheureuse vierge Marie se trouva enceinte par l'opératior du Saint-Esprit, l'incarnation du Seigneur est justement figu rée par le pain fermenté, h cause du gonflement du sein de If Vierge [propter virginei uteri tumorem). Mais on peut leui répondre que nous n'offrons pas en sacrifice le sein de h Vierge, et qu'il n'est pas nécessaire pour opérer la trans- substantiation, mais qu'il y faut la foi et la parole de Dieu.

XL Mais consacre-t-il celui qui, aujourd'hui, chez nous offre du pain fermenté, ou bien du pain azyme en même tempi que du pain levé? Il nous paraît que non , puisque h Christ consacra du pain azyme quand il institua le sacre- ment, comme il a été dit. En outre, comme on le dira plui tard, l'Eglise a reçu ce rit du sacrifice des bienheureux Piern et Paul. Certains disent le contraire ; mais c'est surtout pai négligence et par ignorance (Extra De celehmh., c. fin.). Cai on lit dans le Lévitique : (c Vous offrirez des pains levés ave( l'hostie d'actions de grâces ; on les offrira comme hostie pa- cifique. » On lit aussi dans le Pentateuque : « Vous offrire: les pains des prémices de deux dixièmes de fleur de farine fermentée; » et l'Eglise est en communion avec un grand nombre de ceux qui sacrifient avec du pain fermenté.

XIL Suivant ces mots : elevalis oculh in cœlum^ « ayani élevé les yeux vers le ciel , » le Christ , en levant les yeu5 vers le ciel , nous fiiit entendre qu'il tient de son Père toul ce qu'il a, et que nous devons, au commencement de toutes noî actions, diriger les yeux de notre ame vers le Seigneur comme vers celui qui enseigne toutes les bonnes œuvres. De mcme^

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i levant les yeux au ciel et en rendant grâces à son Père , il lus a enseigné que nous devons toujours supplier son Père, in qu^il daigne accomplir par nos mains un si grand sacri-

e.

XIII. C'est dans cet endroit que l'on fait mention de trois loses , dont aucun des évangélistes ne parle , savoir : eleva-

oculis in cœlum, jusqu'à discipulis suis; de même, œterni

Uamenti; ensuite, mysterium fidei. Qui donc a été assez au- cieux pour oser interposer ces mots de son propre mouve- ent? (Extra De cel. mi. cumMarthœ). Sans doute, les apôtres it reçu du Christ lui-même ces formules , et l'Eglise les tient s apôtres. Car beaucoup, tant des paroles que des gestes i Seigneur, ont été passés sous silence par les évangélistes, >ur abréger leur récit; mais les apôtres y ont suppléé, mme on peut le voir par ce que dit saint Paul dans l'épître I" IX Corinthiens (c. xv) : « Jésus fut vu de plus de cinq cents ères à la fois ; ensuite il apparut à Jacques , ensuite à tous s apôtres; dernièrement il m'est apparu à moi, bien que je î sois qu'un avorton. » En effet, chez les évangélistes eux- êmes certaines particularités qui sont omises par l'un sont ippléées par l'autre. Ainsi, quoique trois évangélistes citent is mots : Hoc est corpus meum, (c Ceci est mon corps, » saint uc seul a ajouté : quod pro vohis tradetur, (( qui sera livré )ur vous ; » et quand saint Mathieu et saint Marc disent : ^0 multis, « pour beaucoup, )> saint Luc dit : pro vohis, c< pour )us, » et saint Mathieu ajoute : in remissionem peccatorum y pour la rémission des péchés. »

XIV. Suivent ces paroles : gratias agens^ etc.^ «rendant races. » C'est de ces mots que se tire le nom de sacrifice de manges donné au sacrifice de la messe ; car il est dit : Chris- iSy gratias agens^ « le Christ, rendant grâces, » institua ce sa- pement. Or, il rendait grâces non pour lui, mais pour nous, cst-à-dire pour la réparation future de tous les hommes. On

parlé de cela dans la seconde particule du canon , sur cette

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parole : pro qiiihm hencdixil , etc. En effet, tu as béni d'un bénédiction céleste et par la vertu de ta parole, qui change L pain en la substance du corps du Christ, a Ceci est mon corps ; ) en prononçant ces paroles on fait sur le pain une croix qui signi fie que le Christ a souffert aussi dans sa nature, car il a souffer tout entier et dans son ame et dans son corps, comme on le dir; dans la particule onzième, sur ce mot : et prœstas, afin de ra cheter l'homme tout entier. Car^ de même que le Christ prit li pain et le calice dans ses mains saintes et vénérables, et béni l'un et l'autre, le prêtre aussi, à l'exemple du Christ, prcnan le pain et le calice dans ses mains, bénit l'un et l'autre par ui signe de croix. Ces deux croix indiquent le temps de la cène e le temps de la grâce, ou l'endroit oii viennent se réunir lei deux murailles sur la pierre angulaire, ou bien que le géan d'une double nature est crucifié. Or, comme en prononçant cei paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » le prêtn consacre (De cons. , dist. ii, Panisest) , il est à croire que le Christ consacra en prononçant ces mêmes paroles.

XV. Mais, comme le Seigneur rompit le pain avant de h consacrer, il semble que l'Eglise, qui consacre le pain avant de le rompre, agisse autrement que n'agit le Christ, et pèche ainsi; car l'action du Christ doit être notre instruction (XII, q. I, Exemplum).A ce sujet, quelques-uns ont dit que le Chrisi brisa le pain après la bénédiction et la transsubstantiation, cai il consacra alors qu'il bénit , et ils rangent les mots dans cei ordre : « Il prit le pain , » il faut sous-entendre henedixii, en disant : « Ceci est mon corps, » et alors « il le rompit et le donna , » et dit : a Prenez et mangez ; » puis il répéta : « Ceci est mon corps. » Il prononça donc ces paroles la première fois pour donner à ses apôtres le pouvoir de consacrer; puis il les prononça une seconde fois pour leur enseigner la forme de la consécration. D'autres ont dit que le Christ rompit le pain avant de le consacrer; car, d'abord, il le bénit ^ et ensuite il le rompit, et enfin il prononça ces paroles : « Ceci est mon

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irps, » et alors il le distribua. D'après cette opinion, le Christ la fois consomma le sacrement et en institua la forme après bénédiction, lorsqu'il dit : « Ceci est mon corps. » Ceux qui nt de cet avis pensent que cette bénédiction fut quelque si- 16 qu'il imprima ou quelque parole qu'il prononça sur le dn ; mais ce qui vient surtout infirmer cette opinion , c'est l'il rompit le pain avant de prononcer : ce Ceci est mon rps ; » et il n'est pas croyable qu'il ait distribué le pain avant

l'avoir consacré. Sans doute, on peut dire que le Christ, ,r une vertu divine qui nous échappe , consacra d'abord, et suite exprima la forme sous laquelle ses successeurs bénis- nt ; car il a béni par sa propre vertu, et nous, nous ne bénissons le par cette vertu qu'il a attachée aux paroles. Donc, lorsque le être prononce ces paroles du Christ : « Ceci est mon corps » « ceci est mon sang, » le pain et le vin se changent en chair en sang , par cette vertu de la parole par laquelle le Verbe 3té fait chair et a habité parmi nous. Car il a parlé, et tout îté fait; il a ordonné, et tout a été créé. C'est par cette vertu l'il a changé la femme de Loth en une statue , la Verge de Dise en un serpent, les fleuves en sang, l'eau en vin. Car, si parole d'Ehe put attirer le feu du ciel , la parole du Christ I peut-elle pas changer le pain en chair ? Certainement, il est us grand de tirer quelque chose de rien, que de changer une bstance en une autre substance (De cons., d. n, Rêvera ^ etc., mis); et il est incomparablement plus grand de concevoir le Dieu soit homme sans cesser d'être Dieu, que de concevoir le du pain devenu chair cesse d'être du pain. Le premier de s prodiges ne s'est fait qu'une fois par l'incarnation, le se- nd se fait continuellement par la consécration. Au moment me où l'on prononce ces paroles, le pain, par la volonté divine,

transsubstantie en chair. Car la divine et matérielle subs- nce de ce sacrement est la parole qui, s'approchant de l'élé- ent , parfait le sacrement , comme le Verbe uni à la chair a it le Christ homme.

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XVI. Or, il faut remarquer que dans le corps du Christ on considère onze miracles, dont on ne peut donner expressément la raison, quoiqu'on puisse les prouver par des similitudes.

XVII. Le premier miracle, c'est que le pain soit transsubs- tantié au corps seul et au sang seul , ce dont on a déjà exposé les raisons. Une autre raison manquait encore ; c'est qu'une nourriture et un breuvage matériel, deviennent chair et sang en changeant de nature, et d'une nature bien supérieure à leur nature primitive ; car Dieu peut faire immédiatement que le pain soit changé en son corps, et le vin en son sang.

XVIII. Le second miracle, c'est que chaque jour le pain soit transsubstantiéau corps du Christ, et que Dieu n'en reçoive point d'augmentation. On n'a pas encore donné la raison de cela: c'est que, si je possède quelque secret que je manifeste à plusieurs, quoique tous sachent mon secret après ma révéla- tion, cependant dans moi seul ou dans mon esprit n'a lieu aucune espèce d'augmentation quant à ce secret.

XIX. Le troisième miracle, c'est qu'il est pris et consommé chaque jour sans que pour cela il éprouve aucune diminution. La raison en est que , si avec mon flambeau on allume mille flambeaux, le mien n'a rien perdu de sa lumière. Caria veuve de Sarepta mangeait sans que la farine diminuât dans son vais- seau, et l'huile dans sa cruche.

XX. Le quatrième prodige, c'est qu'étant indivisible, il est pourtant divisé et demeure intact et tout entier dans chaque partie de l'eucharistie; et la raison s'en trouve dans un miroir 011 quelque chose est représenté : si l'on partage ce miroir en morceaux , la chose même est représentée dans chaque frac- tion du miroir, comme on le dira dans la particule suivante, à cette parole : Simili modo.

XXI. Le cinquième prodige, c'est que, pris par des crimi- nels, il n'en reçoit point de souillures; la raison, c'est que, le soleil traversant de sa lumière des lieux infects, n'en est pas souillé pour cela (xix d., Secundum).

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XXII. Le sixième prodige, c'est que le corps du Christ, qui est un pain de \ie, devient mortel pour les pécheurs, comme il a été dit au commencement de cette partie; la raison en est que, pour les malades et les personnes faibles de corps, les fortes nourritures , comme les chapons et les bons vins, sont nuisibles.

XXIII. Le septième prodige, c'est que, pris par le prêtre ou par tout autre, quand la bouche de celui qui l'a pris est fer- mée^ il est ravi au ciel [De consec, d. ii. Quia corpus y in princ), comme on le dira bientôt au mot Accepit. La raison, c'est que le Christ sortit du corps d'une vierge pure , qu'il res- suscita d'un sépulcre fermé (quoique la chose soit des plus sim- ples pour Dieu) , et qu'il entra dans le lieu oii étaient ses dis- ciples , les portes restant fermées.

XXIV. Le huitième prodige, c'est que son corps, qui est immense, se trouve contenu dans une si petite hostie; on en peut donner cette raison , que la pupille de l'œil , qui pourtant est bien petite, ne laisse pas que d'embrasser une vaste mon- tagne.

XXV. Le neuvième prodige, c'est que le même corps se trouve tout à la fois dans divers lieux et est reçu par diverses personnes ; et voici ce qui nous paraît en être la raison : c'est que la parole humaine , une fois proférée , suivant la nature de la voix , frappe tout à la fois les oreilles de diverses personnes. En outre, celui qui a créé le corps et l'espace fait que l'un se trouve dans l'autre de la manière qu'il lui plaît. De plus, la lune et le soleil et la lumière sont aperçus dans divers lieux et par diverses personnes.

XXVI. Le dixième prodige , c'est qu'après la transsubstan- tiation du paiii, les accidents du pain , le toucher, la couleur et le goût restent néanmoins. Ici nous n'avons pas de raison de simihtude, comme on le dira au mot Fregit.

XXVII. Le onzième prodige, c'est que le corps et le sang du Christ, que dis-je! le Christ tout entier réside et est pris sous

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l'apparence du pain; le corps, le sang, le Christ tout entier se trouvent et sont pris sous l'espèce du vin^ sans que pour cela il y ait double absorption. La raison en est que, quoique dans un même repas je mange avant de boire et après avoir bu , on ne dit pas pour cela que je prends deux repas. Nous parlerons de cela à la particule septième, à cette parole : Simili modo. Cependant^ comme le dit le pape Léon (De consec.yd. ii.,/n quibus) : « Pourquoi cherches-tu l'ordre de la nature dans le corps du Christ, puisque le Christ est né d'une vierge, en dehors des lois de la nature? »

XXVIIL Ici vient se placer un fait digne de remarque : Une certaine dame , chaque dimanche , offrait des pains au bienheureux Grégoire. Un jour que celui-ci, après la messe, lui présentait le corps du Seigneur et disait : Corpus Do- mini nostri Jesu Christiy etc., «Que le corps de notre Sei- gneur Jésus-Christ te garde pour la vie éternelle , » cette femme effrontée se mit à sourire. Le saint, éloignant rapide- ment l'hostie de sa bouche , déposa sur l'autel cette parcelle du corps du Seigneur; ensuite, devant le peuple, il demanda à cette femme pourquoi elle avait la témérité de rire : « C'est, dit-elle , parce que tu appelais corps du Seigneur ce pain que j'ai pétri de mes mains. » Alors le saint se prosterna en prières pour expier l'incrédulité de cette femme, et^ se levant, il trouva cette parcelle de pain devenue chair , ayant la forme d'un doigt; et ainsi il convertit cette dame à la foi. Il pria de nouveau, et vit cette chair redevenue pain^ dont il communia cette dame.

XXIX. On lit encore que Hugues de Saint- Victor , docteur éminent , étant malade de la maladie dont il mourut, demanda instamment à recevoir le corps du Seigneur ; mais, comme il ne pouvait garder aucune nourriture , ses frères , craignant les suites de cette perturbation de l'estomac, lui apportèrent une hostie non consacrée ; mais il reconnut en esprit cette super- cherie : c( Mes frères^ dit-il, que Dieu ait pitié de vous ; pour-

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quoi voulez- vous me tromper? ce que vous portez là n'est point mon Dieu. » Ceux-ci, frappés d'étonnement, lui appor- tèrent aussitôt le corps du Seigneur ; et lui , voyant qu'il ne pouvait le recevoir , éleva les mains vers le ciel et pria ainsi : « Que le Fils remonte vers son Père , et que l'esprit retourne vers celui qui l'a créé ; » et en disant ces mots il rendit l'es- prit, et le corps du Seigneur disparut de ce lieu {&).

XXX. Cinq motifs ont engagé le Christ à donner sur Fautel le sacrement de son corps et de son sang sous les espèces. Le premier motif est d'augmenter notre foi ; car dans ce sacre- ment on voit une chose que l'on croit être autre chose que ce que l'on voit. C'est pour que la foi soit méritante, alors que la raison humaine ne peut l'éclairer [De pœn., d. iv. In domo). Le second motif est de flatter les sens ; car l'esprit pourrait

(6) Ce trait ne doit pas être attribué à Hugues de Saint-Victor , comme le fait Durand; c'est Maurice de Sully, illustre évêque de Paris au XII^ siècle, qui en est le héros, comme l'attestent ces vers latins tirés d'un manuscrit de l'abbaye de Saint-Victor, à Paris :

Migrât Parisii Pater ad patriam paradisi

Mauricius, mundo Martha, Maria Deo. Sic obit a quinta Id. junii luce viator.

Esurit in vera carne videre Deum. Offertur panis, quem clausis sensibus extra,

Spiritus inspirât corporis esse cibum. Verbo, mente, manu^, panem calicemque repellit :

Et sic crelesti corripit ore cibum. « lUusere mihi velut hostes : postulo passum ,

c( Passum sub vera postulo carne Deum. » Rem stupet auditor, offert venerabilis abbas

Quod petit : occurrit mente manuque Pater. Sentit adesse Deum , fervescit in oscula : sanctum

Vas tenet , et verum corpus adorât ita. « Ecce salus mundi, Verbum Patris, hostia vera,

« Viva caro, deitas intégra , verus homo. » Sic spes hic meruit rem prsesentire , fidesque

Scire, videre Deum glorificandus homo. Sic amor exarsit, sic spes prsesentit : ut una

Grederet, et sciret crédita vera fides.

Csesarius {Histor. memor.), lib. 9, cap. 43; Jacques de Vitri [Hist. occi- ^dent.), cap. 38; Bu Breuil {Antiq. de Paris), p. 425 et 426, s'accordent à at- tribuer le trait précité à Maurice de Sully.

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avoir de la répugnance pour ce qui frapperait la vue , parce que nous n'avons pas riiabilude de manger de chair crue ni de boire de sang humain [De con.s., dist. Partis est). En effet, les sens sont flattes en ce point qu'ils ne voient rien qu'ils n'aient coutume de voir, et la foi est édifiée en cet autre point qu'elle reconnaît en ce qu'elle voit une autre chose qu'elle ne voit point. Le troisième motif est pour éviter le ridicule, afin que le païen n'insulte pas le chrétien lorsqu'il s'approche de ce sa- crement, et afin que la vérité subsiste sans le ridicule. Le qua- trième motif est que l'homme mortel ne pourrait contempler l'éclat du corps du Christ, comme il arriva aux disciples lors de la transfiguration. En outre, le pain fortifie et le vin réjouit le cœur de l'homme. Enfin, pour le cinquième motif, on ne prend pas le corps du Christ sous l'apparence d'un agneau, de peur de paraître judaïser en offrant un agneau, suivant la coutume de l'ancienne loi.

XXXI. Suivent ces mots : fregit, « il rompit. » On a coutume de demander ce que le Christ rompit sur la table, et ce que le prêtre rompt sur l'autel. Il y en eut qui dirent que , de même qu'après la consécration restent les vrais accidents du pain , de même la vraie substance du pain reste aussi , parce que, comme le sujet ne peut subsister sans les accidents , ainsi les accidents ne peuvent exister sans le sujet ; car l'être , sous le rapport de l'accident, n'est autre chose que l'être en soi ou en substance. Mais la substance du pain et du vin restant au mo- ment où se prononcent ces paroles : corpus et sanguis Cliristi^i elle commence véritablement à être sous le corps et sous le sang ; de sorte que sous les mêmes accidents on reçoit véri-t tabloment les unes et les autres substances, c'est-à-dire le paiij et la chair, le vin et le sang. Les sens font l'épreuve de deux de ces substances, la foi croit les deux autres. C'est alors qu'ils disent que la substance du pain est rompue et broyée, détour- nant dans ce sens la parole de l'Apôtre : partis querrt frangimus, « le pain que nous rompons, » et celles-ci de saint Luc : c( Ls

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►remier jour du sabbat, étant venus pour rompre les pains, » d frangendum panem.

XXXII. Et, selon eux, lorsque l'hostie est rongée par un rat, e qui est mangé est la substance même du pain, sous laquelle 3 corps du Christ cesse aussitôt de se trouver lorsque la subs- mce du pain a commencé d'être rongée [De cons.^ d. ii, Qui ene super hoc verho : hoc est corpus meum) . Innocent III, dans on Miroir ecclésiastique ^ dit que la forme du pain est rompue t broyée, mais que le corps du Christ est pris et mangé, rap- ortant à la forme du pain ce qui marque la corruption, et au orps du Christ ce qui marque la réception. CarBéranger, qui tait soupçonné d'hérésie (c), confessa devant le pape Nicolas

(c) Béranger, archidiacre d'Angers, trésorier et écolâtre de Saint Martin de ours, dont il était natif, vivait dans le XI« siècle. Il fut le prennier qui osa dire ue le sacrement de l'Eucharistie n'était que la figure du corps de notre Seigneur 5sus-Ghrist ; opinion dans laquelle il engagea Brunon, évéque d'Angers, et plu- eurs autres qui publièrent cette doctrine en France, en Italie et en Allemagne, e pape Léon IX lacondamna, avec ses fauteurs, dans un Concile de Rome, enl050. éranger se retira en Normandie, dans le dessein d'engager Guillaume, duc de oimandie, dans ses sentiments. Il fut condamné, dans une assemblée d'évêques înue à Brionne, et dans le Concile de Verceil tenu au mois de septembre de an 1050. Béranger, chassé de Normandie, se retira à Chartres, où il n'osa se éclarer, Théoduin, évêque de Liège, écrivit contre lui ; et Henri I", roi de rance, fit tenir un Concile à Paris au mois de novembre de l'an 1050, qui Dndamna la doctrine de Béranger, sa personne et ses sectateurs. Adelman, clerc e l'église de Liège, et Ascelin, moine de Saint-Evron , écrivirent des lettres Dntre lui. Léon IX étant mort en 1054, Hildebrand, légat en France de Victor II, nt un Concile à Tours, où il fit venir Béranger, qui prit le parti d'^abandonner 3S sentiments et de s'obliger avec serment de tenir la doctrine de l'Eglise tou- hant la réalité du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie; mais, u il n'agissait qu'avec dissimulation, ou il changea bientôt de sentiments, car près ce Concile il continua à dogmatiser comme il avait fait auparavant, et à omposer des écrits pour soutenir son hérésie. Nicolas II, qui succéda en 1058

Etienne X, successeur de Victor, cita Béranger au Concile de Rome de l'an 059 , composé de 113 évoques de diverses nations. Béranger y signa une for- lule de foi dressée par le cardinal Humbert, dans laquelle il reconnut que le pain t le vin, après la consécration, ne sont pas seulement le sacrement, mais aussi î vrai corps et le vrai sang de notre Seigneur Jésus-Christ, et qu'il est touché ar les mains des prêtres, rompu et moulu par le? dents des fidèles. Il brûla 3S écrits et le hvre de Jean Scot. Cette profession de foi semblait être sincère; lais Béranger ne fat pas plus tôt revenu en France, qu'ayant trouvé le roi Henri lort et son fils Philippe en bas âge, il recommença à soutenir de nouveau son rreur. Le pape Alexandre II lui écrivit pour l'exhorter à se soumettre; mais

répondit qu'il n'en ferait rien. Il fut déféré en 1075 à un Concile de Poitiers :

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que lo pain vi le vin qui sont placés sur raulel après la consé- cration sont non-sculcmcnt un sacrement, mais encore réelle- ment le vrai corps et le vrai s;mg de Jésus-Christ, et que, sen- siblement et en vérité , le sacrement est touché et rompu par les mains des prêtres et broyé sous les dents des fidèles. Or, le corps du Christ ne peut être ni divisé en partie, ni broyé sous les dents, puisqu'il est immortel et impassible. Mais saint Au- gustin nous montre en quoi pourrait se faire la fraction ou le broiement [De comec,^ dist. ii. Qui mnnducat), lorsqu'il dit : « Quand le Christ est mangé, il restaure, il ne fait pas défaut; et quand nous le mangeons , nous ne le partageons pas. » Ef cela se passe ainsi dans le sacrement de l'Eucharistie. Car le Christ blâma vivement le sens charnel de ses disciples , qui pensaient que sa chair, comme une autre chair, serait divisée en parties et broyée sous les dents. Or, on dit la forme du pain, non qu'elle existe, mais parce qu'elle a existé ; de même qut Simon était appelé lépreux, non qu'il fût tel, mais parce qu*i l'avait été jadis.

XXXIII. Or, si l'on demande ce qui est mangé quand le sa- crement est rongé par un rat , ou ce qui est réduit en cendn quand le sacrement est brûlé , Innocent lui-même répondri que, de même que la substance du pain est miraculeusemcn changée au corps du Seigneur ([uand elle commence à fair partie du sacrement , de même, en quelque sorte, elle revien miraculeusement à sa forme primitive quand le corps du Sel gneur cesse d'exister sous son apparence; non qu'elle redc

Brunon se déclara alors contre sa doctrine, et enfin Grégoire VII cita Dérange à Rome. Il y comparut dans un Concile tenu en 1078, et y signa une nouv profession de foi ainsi conçue : '( Ego, Berengarius, corde credo et corde fiteor panem et vinum quae ponunlur in allari, per mysterium sacrae oralioij^ et verba nostri Redemptoris, substantialiter converti in veram ac propria m yl"\fi viviticatricem carnem et sanguinem Jesu Chri&ti Domini nostri » (ex Bertoldof Reg. Grcgorii VII, lib. 6), et promit de n'enseigner i)lus rien contre cette fo Cependant Bérnn.L'er fut encore accusé au Concile de Bordeaux de l'an 1080, ( jg obligé d'y rendre compte de sa foi. — Il mourut le 6 janvier 1088, converti « , Ion les uns, et, suivant les autres, dans ses sentiments erronés. ' ^

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vienne pain, cette substance qui a été changée en chair, mais à sa place est créée miraculeusement une autre substance, quoique les accidents de cette espèce puissent être sans sujet; et c'est dans cet état qu'il peut être rongé.

XXXIV. Dédit. On a coutume de demander quel fut le corps du Christ dans la cène ; s'il le donna mortel ou immortel, passi- ble ou impassible, et autres choses qui concernent cette ques- tion. Et quoique dans la simplicité de la foi il suffise qu'il Tait donné tel qu'il l'a voulu (et il sait bien lui-même comment il l'a donné), cependant il y en a eu qui ont prétendu que, de même qu'il était réellement le même qui donnait et qui était donné, de même en tant qu'il donnait il était passible et mortel, et en tant qu'il était donné immortel et impassible, comme il se portait visiblement et était invisiblement porté ; invisiblement, dis-je, quant à la forme du corps , non quant à l'espèce du sa- crement. Car, en tant qu'il se portait il apparaissait ce qu'il était; mais en tant qu'il était porté, ce qu'il était lui-même n'apparaissait pas, parce que la forme du pain et du vin voilait la forme de la chair et du sang. Celui-ci est le vrai David, qui, devant Acchis, roi de Geth, se portait de main en main! Donc , puisqu'il était donné imm.ortel , il était mangé d'une manière incorruptible. Ceux-là accordent sans doute que si quelque partie du sacrement eût été conservée pendant les trois jours de la mort du Christ, le même corps fût tout à la fois resté soumis à la mort dans le tombeau et vivant dans le sacrement; que sur l'autel de la croix il souffrait, et que sous la forme du pain il ne recevait aucune atteinte. Mais quelquefois on consi- dère comme incroyable que, selon la même nature, il fut tout à la fois mortel et immortel, ce qui, cependant, lui convenait, selon la même personne. D'autres ont dit que le Christ, à h vérité, fut mortel, non par nécessité, mais par volonté. Car, en ce qu'il était exempt de toute faute, il était hbre de toute peine ; de sorte qu'il ne devait rien à la mort, puisqu'il n'avait rien du péché. Il souffrit pourtant de lui-même et volontairement

Tome IL . ,.

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la condition de la mort, parce qu'il voulait supporter la mort, et que, s'il n'eût pas accepté la mortalité, il n'eût pu mourir entièrement. Afm donc de prouver qu'il était mortel (non par nécessite, mais volontairement), il déposa son immortalité quand il le voulut , et quand il le voulut aussi il reprit la con- dition mortelle. On lit dans l'Evangile que, les Juifs ayant con- duit Jésus sur le faîte d'une montagne pour le précipiter en bas, le Sauveur, traversant au milieu d'eux, s'en alla paisible- ment. En allant sur la montagne, il se laissait tenir comme un homme passible ; mais quand il fut sur le point d'être préci- pité , en sa qualité d'être impassible il passa paisiblement au milieu de ses ennemis.

XXXV. Cependant on peut, sans blesser la foi, accorder qu'il donna dans la cène un corps mortel tel qu'il l'avait alors, et évidemment aussi un corps passible, non qu'il puisse souf- frir sous le sacrement, c'est-à-dire maintenant, mais parce qu'il pouvait soufTrir sous le sacrement, c'est-à-dire à cette époque. Maintenant nous le prenons dans un état d'immorta- lité et d'impassibilité , et cependant il n'a maintenant ni une plus grande efficacité, ni une plus grande puissance. Or, parce' qu'il était mangé dans un état de passibilité, cependant il n'é- tait pas lésé; il n'appartenait pas à la nature humaine, mais en lui était la puissance divine , par laquelle il voulait tout ce ' qu'il voulait absolument. ,

XXXYI. Discipulis suis. On a coutume de douter si Judas reçut l'eucharistie avec les autres apôtres : car saint Luc le montre en compagnie des autres , puis aussitôt après il parle] de la livraison du calice, en faisant dire au Christ : « Ceci est le calice du Nouveau-Testament dans mon sang , qui sera ré- pandu pour vous ; et cependant voici que la main de celui qui va me livrer est avec moi sur la table. » Or, tous ceux qui furent présents reçurent l'eucharistie, selon le témoignage de saint Marc, qui dit : a Et tous burent de ce calice, » d'après ce que le Christ lui-même avait ordonné , témoin saint Mathieu :

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« Buvez-en tous. » D'un autre côté, il n'est pas prouvé que Judas fût présent; car, selon saint Mathieu, Jésus dit aussitôt à ses apôtres, en buvant le calice : « Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu'à ce jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père, y) Or, Judas n'était pas pré- sent, car il ne devait pas boire avec Jésus dans son royaume. En ce cas^ peut-être faut-il s'en tenir à ce que saint Jean insi- nue, que lorsque Judas eut reçu sa bouchée de pain il sortit sur-le-champ;, car il était nuit. Or, le Christ ne donna l'eucha- ristie qu'après les autres mets ; témoin saint Luc , qui dit : Si- militer et calicem postquam cœnavit; « Il prit pareillement le calice après qu'il eut soupe. » Il est donc évident que Judas sor- tit avant que le Christ donnât l'eucharistie. Ce que saint Luc dit en ces termes : a post calicis traditionerriy » peut s'entendre comme récapitulation^ parce que souvent, dans l'Ecriture i sainte^ ce qui a été fait antérieurement est raconté après, I comme dans saint Mathieu, qui, deux jours avant la Pâque, ^ parle du vase d'albâtre rempli du parfum" que , selon saint Jean, une femme répandit, six jours avant la Pâque ;, dans la maison de Simon le lépreux.

! XXXVII. Mais, en accordant que Judas ait reçu l'eucha- ristie^ ce que la plupart accordent , d'où vient que le médecin qui sauve donna au malade une médecine qu'il savait devoir lui être mortelle, car celui qui mange indignement mange sa I propre condamnation ? Je réponds : Peut-être était-ce pour en- seigner^ par son exemple, que le prêtre ne doit pas refuser la I communion à celui dont le crime, bien que lui étant connu, n'est cependant pas manifeste pour l'Eglise, de peur que peut- être il le fasse connaître sans le corriger. C'est pourquoi on lit au canon (De consec^ à. ii, Non prohiheat) : « Que le dispensa- teur, c'est-à-dire le prêtre , n'éloigne pas ceux qui se sont en- graissés sur la terre, c'est-à-dire les pécheurs, de la table du Seigneur ou de la réception du corps et du sang du Christ, ,;pinais qu'il avertisse letransgresseur de craindre, y) Mais, comme

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c'est un moindre mal d'être suspecté de crime que de com- mettre le crime, et que de deux maux, quand l'un des deux est imminent, il faut choisir le moindre (xni dist., Duo, etc.), il paraît convenable que le prêtre discret refuse l'eucharistie au criminel , en tant qu'il s'expose à un mal moindre pour en éviter un plus grand , c'est-à-dire en faisant planer le soupçon pour empêcher qu'on ne mange indignement, ou en le rendant suspect pour l'empêcher de manger indignement. Sans doute, comme le prêtre ne doit point commettre un seul péché mor- tel de peur que notre prochain n'en commette un autre mor- tel , le prêtre doit plutôt ne pas démasquer le pécheur que de l'empêcher de pécher ; mais il vaut mieux qu'il le rende suspect en l'éloignant, que de le laisser manger indignement en lui donnant la communion (xiv d., cl).

XXXYIII. Mais on demande si le Christ donna l'eucharistie à Judas pour son bien ou pour son malheur ? Et, à la vérité, il ne paraît pas la lui avoir donnée pour son bien, pour ne pas être trompé dans son intention , lui qui , selon le Prophète , a fait tout ce qu'il a voulu : car Judas ne la prit pas pour son bien, mais pour son mal ; mais il ne paraît pas que Jésus-Christ la lui ait donnée pour son mal, parce que le Christ n'est pas l'au- teur, mais le vengeur du mal. On répond que si cette préposi- tion ad y lorsqu'il est dit : dédit ad malum^ dénote l'intention ou l'effet, la proposition est fausse ; mais si elle marque la con- séquence ou l'effet, elle est vraie. C'est sans doute parce que Jésus-Christ présenta à Judas une bouchée trempée, qu'il a été établi par l'Eglise que l'eucharistie ne serait pas trempée {in-'M tincta (18) Deconsec, dist. n, Cum omne). On ne doit pas en- tendre que le Christ ait donné à celui qui le livra l'eucharistie dans une bouchée trempée ; mais que , par la bouchée trem- pée, il voulut désigner celui qui le trahissait.

XXXÏX. Suivent ces mots : Accipite etmanducate, a Prenez et mangez. » Qui jamais croirait que le pain eût pu être changé en chair et le vin en sang, si le Sauveur lui-même ne l'eût dit.

ij

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lui qui a tiré le pain, le vin et tout ce qui existe des choses in- visibles ? Il a donc voulu que le pain et le vin lui fussent offerts par nous et fussent consacrés par lui d'une manière divine, afin que le peuple fidèle croie que c'est un vrai mystère ce qu'il a donné lui-même à ses disciples, en leur disant : c( Prenez et mangez; » et il s'exprima dans des termes semblables tou- chant le calice.

XL. Sans doute, il ne faut pas entendre ceci dans ce sens que les disciples, recevant le corps des mains du Seigneur, se l'ad- ministrèrent eux-mêmes. Celui-là même fut le ministre du sa- crement qui en fut le consécrateur. Ces mots nous insinuent que le Christ voulut dire en quelque sorte : « Prenez ce sacre- ment par une double manducation. » Car le corps du Seigneur est mangé doublement, parce qu'on le comprend d'une ma- nière double , savoir : le vrai corps , qu'il tira du sein de la Vierge et qui fut suspendu sur la croix , et le corps mystique, qu'il tire de l'Eghse, fécondée parle Saint-Esprit. Touchant son vrai corps , le Seigneur dit : « Ceci est mon corps , qui sera livré pour vous. )> Touchant le corps mystique , l'Apôtre dit : <( Nous sommes beaucoup, n'ayant qu'un pain et né foirant qu'un seul corps. » Mais le vrai corps du Christ est mangé sa- cramentellement, c'est-à-dire sous les espèces ; et le corps mys- tique est mangé spirituellement , c'est-à-dire sous l'espèce du pain, par la foi du cœur. Touchant la manducation sacramen- telle, le Seigneur dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. » De cette manière, les bons comme les méchants mangent le corps du Christ; mais les bons le mangent pour leur salut et les mé- chants pour leur jugement. Car si les méchants aussi ne man- geaient pas le corps du Christ , l'Apôtre n'eût pas dit aux Co- rinthiens : c( Celui qui mange indignement, mange son juge- ment, ne discernant pas le corps du Seigneur. » Or, celui-là e prend indignement qui le prend sacramentellement et non spirituellement ; car Judas est dit avoir reçu l'eucharistie avec

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les autres, comme on l'a déjà vu. Touchant la manducation spirituelle, le Seigueur dit : a Si vous ne mangez la chair du Fils de l'honuîie et ne huvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. » C'est de cette manière que les bons seuls man- gent le corps du Christ ; d'où : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang reste en moi, et moi en lui. » Car celui qui de- meure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu en lui : a Pour- quoi prépares-tu ta dent et ton ventre? crois, et tu as mangé » {Deconsec.y d. n, Ut quid). Celui qui croit au Christ mange le Christ, parce qu'il est incorporé au Christ par la foi, c'est-à- dire il devient membre du Christ ou s'identifie d'une manière plus forte avec le Christ, par T union de son corps avec celui du Christ. Car, en d'autres termes, ce que l'on mange s'incor- pore, et celui qui mange incorpore. Or, ce qui est mangé in- corpore, et celui qui mange s'incorpore. Le Christ insinue l'un et l'autre modes de manducation, quand il dit : u C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien, » parce que la chair du Christ , si elle n'est mangée spirituellement , est mangée non pour le salut, mais pour le jugement.

XLI. Mais qu'advient-il du corps du Christ, quand il a été pris et mangé? On peut répondre que, si l'on cherche la présence corporelle, c'est dans le ciel qu'il faut la chercher, dans le ciel, où le Christ est assis à la droite de Dieu [De consec.^ d. H, Tribus). Pour un temps, toutefois, il y a eu présence cor- porelle comme invitation à la présence spirituelle. D'où vient que, lorsque le sacrement est pris, goûté et mangé, le Christ se manifeste corporellement à la vue et au goût, et tant que le sens corporel est affecté, la présence corporelle demeure; mais dès que la perception échappe au sens matériel, il ne faut plus chercher de présence corporelle, mais garder la présence spi- rituelle, parce que, par une dispensation complète, le Chrisf passe de la bouche dans le cœur , et il vaut mieux qu'il s'em- pare de l'esprit que de descendre dans le ventre. Il est la nour- riture non de la chair, mais de l'ame ; il vient pour être mangéj

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non consommé ; pour être goûté, non incorporé; on le mange par la bouche^ mais il n'est pas digéré par l'estomac. Il restaure l'ame, mais il ne passe pas par les entrailles. Or, ce que dit le Seigneur : « Tout ce qui entre dans la bouche se dirige dans les entrailles, pour être rejeté du corps^ » ne s'entend pas de la nourriture spirituelle, mais delà nourriture corporelle.

XLII. Que si^ par hasard, après la seule réception de Teu- charistie , l'évacuation ou le vomissement arrive ( ils ne sont produits que par les humeurs provenant des accidents, et semblables aux humeurs qui sont la matière provenant d'une nourriture quelconque qui s'échappe par évacuation ou vo- missement), elle conserve en tout, à nos yeux, la ressemblance d'une nourriture corruptible, mais en elle-même ne perd rien de son essence de corps immolable [immolabilis], quand même l'espèce se trouve souillée et maculée. Mais la vérité n'est ja- mais corrompue ni souillée, et quand tu vois quelque chose de tel arriver, ne crains point pour le corps du Christ, ne t'in- quiète que de toi, de peur que, par hasard, tu ne sois lésé si tu n'as pas la foi nécessaire.

XLIII. Suivent ces mots : «Ceci est mon corps. » Comme c'est en prononçant ces mots : Hoc est corpus meum : « Ceci est mon corps, » et ceux-ci : Hic est sanguis meus^ « Ceci est mon sang , » que le pain est changé au corps, et le vin changé au sang ( De consec, d. ii, Partis est) , et que les uns sont pro- noncés avant les autres , il paraît que le pain est changé au corps avant que le vin soit changé au sang ; et ainsi il paraît, par conséquent , que le corps est sans le sang, ou le sang sans le corps. C'est pour cela qu'il a été dit par certains auteurs que tout est achevé lorsque tout a été dit, soit qu'ils veuillent ou ne veuillent pas déterminer le moment de la transsubstantiation. Mais d'autres disent que, quoiqu'au moment où les précé- dentes paroles sont prononcées le pain est auparavant changé au corps , et au moment où sont prononcées les paroles sui- vantes le vin est après changé au sang, jamais cependant le

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corps n'est sans le sang, ni le sang sans le corps (De consec, d. n). Nous avons découvert que, de même que ni l'un ni l'autre n'est sans ame , ainsi sous la forme du pain le sang existe dans le corps par le changement du pain au corps , et vice versa. Non que le pain, c'est-à-dire le corps, soit changé au sang ou le vin au corps ; mais ni Tun ni l'autre ne peuvent exister sans leur complément. On parlera bientôt de cela.

XLIV. Mais on demande ce que démontra le Christ quand il dit: Hoc est corpus meum^ « Ceci est mon corps. » Par le pronom hoc _, il ne paraît pas qu'il ait entendu parler du pain, parce que le pain n'était pas le corps du Christ, ni même un corps, puisqu'il n'avait pas encore prononcé ces paroles par la vertu desquelles il changea le pain en son corps. Tou- chant ce pronom hoc , quelques-uns prétendent qu'il ne dé- ( montre rien, mais qu'il se trouve placé là matériellement. Mais, d'après cela , comment la transsubstantiation s'opércrait-elle ) au moyen d'un mot qui ne signifie rien? Outre cela, le Sei- gneur se servait de ce mot d'une manière significative, et pour nous ce serait un mot insignifiant et matériel ! Donc , nous ne faisons pas ce que le Christ lui-même fit. D'autres disent que telle a été la vertu donnée à ces mêmes paroles, qu'au moment où elles sont prononcées la transsubstantiation s'o- père. Ainsi, c'est pour cela que le prêtre ne les profère pas d'une manière significative , parce qu'il ne pourrait les profé- rer ainsi. Il mentirait, s'il ne disait : « Ceci est mon corps. » Mais celui-là se tire facilement du filet de la question précitée qui dit que le Christ consacra alors qu'il bénit , ce dont on a parlé au moi' Benedi.xit. Car, si on objecte que le prêtre consa- i cre alors qu'il prononce ces paroles, on répondra que le prêtre I ne démontre rien , puisque le prêtre ne se sert pas de ces pa- ! rôles d'une manière énonciative, mais d'une manière récita- tive, comme il fait quand il dit : Ego vitis vera^ ego luxmundi; « Je suis la vraie vigne, je suis la lumière du monde, » et d'au- tres passages innombrables où revient cette formule.

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XLV. On demande encore ce que le prêtre a désigné en disant : Manducate ex hoc omnes , « Mangez-en tous , » quoi- que dans aucun des quatre évangélistes ceci ne se lise du corps, mais soit dit seulement du sang : Bibite ex eo omnes, « Buvez-en tous ; » car, lorsqu'il a eu rompu le pain , s'il a dé- signé un des fragments, tous ne devaient pas manger ce frag- ment, mais il devait en distribuer un à chacun d'eux {De con- sec. y d. II, Singuli.^ et c. seq.) ; s'il a désigné son corps, ils ne pouvaient manger de ce corps , mais bien manger ce corps , parce que le corps du Christ ne se mange point par partie , mais bien tout entier. Sans doute, il arrive fréquemment dans l'Ecriture sainte qu'il semble qu'il ne s'agisse que d'une seule chose, quand il est question de diverses choses, comme est ceci : Benedixity fregit et dédit , « Il bénit, rompit et donna, » pour : c( 11 bénit le pain, rompit la forme, et donna le corps. » [1 en est de même quand il dit : Manducate ex hoc omnes , « Mangez-en tous ; » le pronom désigne le corps tout entier, et la préposition ex signifie que la forme est divisée de telle sorte que le sens est : ce Mangez le corps tout entier sous la forme di- visée ; » car la forme seule est divisée en parties , et tout le corps est mangé en entier. On peut entendre semblablement qu'il ajouta : « Ceci est mon corps, » c'est-à-dire « ce que je présente sous cette forme. »

I XL VI. On demande encore si une addition ou une soustrac- tion, une transposition , interposition ou une mutation, se faisant lans la formule de paroles dont se servit le Christ , empêchent i'effet de la consécration ; comme si on disait par addition : Roc «f corpus, etc., quod assumpsi de Virgine, ce Ceci est mon corps |ïue j'ai pris dans le sein de la Vierge ; » ou par soustraction, ïïoc est corpus, « Ceci est un corps, » en retranchant meum,

mon; » ou par transposition, comme en disant : Corpus meum toc est ; ou par interposition , comme en disant : Hoc est corpus Ulque meum y « Ceci est certainement, etc. ; » ou en chageant m mot , comme ceci : Hoc est corpus Jesu. Mais il pèche griè-

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vemcnt celui qui, n'importe de quelle manière, entreprend sur quelqu'un de ces mots, surtout s'il a l'intention de changer la forme ou d'introduire une hérésie [De consec, d. xiv, Retur lerunl), parce que la forme des paroles dont le Christ s'est servi doit être en tout conservée intacte , quoique (suivant le Philosophe) les noms et les mots transposés aient la même signification ( Extra De rescriptum ) , et que l'utile ne soit pas vicié par l'inutile, ni un mot par un autre mot, car c'est le sens qui doit être tiré du sens (Extra Deverh. sign. prœtereà). Mais si, entre renonciation de la forme du pain et celle du vin, il se trouve un intervalle, la transsubstantiation se fait- elle néanmoins? A ce sujet , point de doute pour ceux qui as- surent qu'il y a deux formes, comme on le dira bientôt [De hœc not. de consec. , d. ii, Partis, si non sanctificalur).

XLVll. Mais comme, en prononçant ces paroles : a Ceci est mon corps, » le pain est changé en chair [De cons.y d. ii,i Panis), et qu'en prononçant celles-ci: «Ceci est mon sang, » le vin est changé en sang, il paraît que le pain sans le vin et que le vin sans le pain peuvent être consacrés , comme il a été dit ci-dessus. Ainsi donc, si, après renonciation des premières pa^ rôles et avant l'expression des dernières , il arrive au prêtre un accident qui l'empêche de continuer, il y a apparence que la chose arrive comme il a été dit, si le pain est changé en chair, le vin n'ayant pas encore été changé au sang. Faudra-li t-il donc, en ce cas, qu'un autre prêtre recommence tout le sa-lris crifice depuis le commencement, et réitère sur le pain la con sécration ; ou bien commencera-t-il à l'endroit où le premier s fini, etfaudra-t-ilquele mystère de l'unité soit scindé? (Extra D«  elect . , Quod sicut) . A ce suj et on lit dans le V* Concile de Tolèdr (q. I, Nihil) : « Nous avons pensé que, lorsque les saints mystère sont consacrés par les prêtres au temps de la messe, s'il sur vient quelque indisposition à un prêtre qui l'empêche d'ache ver le mystère de la consécration déjà commencée, il convien de laisser à l'évêque ou à tout autre prêtre le pouvoir d'achevé

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la consécration de l'office commencé , comme on Ta fait dans les conciles précédents [supplée], qui permettent volontiers qu'un prêtre succède à un autre pour compléter son office. » Nous parlerons encore de ceci à la septième particule du canon, à cette parole : Novi et œterni^ à la fin. Mais^ comme il y a di- verses opinions entre les théologiens touchant le temps de la consécration , certains disant que tout n'est fait que lorsque tout a été dit, d'autres assurant que le pain est d'abord changé au corps et que le changement du vin au sang n'a lieu qu'a- près , comme il a été dit , il en résulte que la plupart , mar- chant plus sûrement , affirment qu'un autre prêtre doit répé- ter la consécration et l'achever, parce qu'on ne peut dire répété ce qu'on ignore avoir été fait une première fois ( Extra De sacra non iter.^ ci). Cependant, pour qu'il n'y ait point ré- pétition ni division sacrée^ pour qu'aucun scrupule d'erreur ou de doute ne puisse rester^ il est jugé plus prudent de re- nouveler cette hostie , par égard pour les faibles ; de répéter tout le canon sur les autres espèces du pain et du vin; et, quant à l'hostie remplacée , après avoir été consacrée elle sera prise à la fin de la messe par un prêtre ou par un autre.

XL VIII. Mais, si l'on ne peut trouver de vin, et que, pour quelque raison que ce soit, il vienne à manquer, on demande [ si, la nécessité pressant et le cas intervenant, la seule matière [ du pain peut être consacrée pour l'eucharistie , ou si l'eucha- ristie doit être conservée sous la seule espèce du pain ? Il y en a qui disent que , comme c'est la parole et l'élément qui font le sacrement , ni la forme des paroles, ni la matière des choses que le Christ a exprimées ne peuvent être changées ou divisées, parce que , de même que le vin ne peut être consacré sans le pain, de même le pain ne peut être consacré sans le vin. D'où, soit que de l'eau soit versée dans le calice au lieu du vin, soit que Ide la farine d'orge soit pétrie en pain pour remplacer le fro- iment, comme ces deux substances sont neutres en elles-mêmes, de même ni l'une des deux substances de pain et du vin n'est

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