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Iconologie (Cesare Ripa, 1643)/Première partie

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Ripa - Iconologie - 1643.pdf
A
Monseignevr,
Monseignevr
Segvier,
chancelier de France.

Monseignevr,

ayant à ſatiſfaire aux iuſtes deuoirs que ie ſuis obligé de rendre à voſtre Grandeur ; Ie prends la hardieſſe de luy venir offrir l’Iconologie entiere, dont elle a deſia veu la premiere Partie. I’imite en cela les anciens Peuples du Perou ; qui apres auoir eſté long-temps ſans voir leur Seigneur, ne le viſitoient iamais qu’ils ne luy donnaſſent vne marque de leur reconnoiſſance & de leur employ par quelque Ouurage de leur façon. I’aduoüe qu’en celuy-cy il n’y a rien d’aſſez beau, ny d’aſſez brillant pour pareſtre deuant vos yeux ; & qu’on me peut reprocher à bon droict, qu’en vous le dediant, ie preſente de la lumiere au Soleil. Mais apres tout, Monseignevr, ie ne croy pas que ie le puiſſe addreſſer plus legitimement à perſonne qu’à Vous, quand ie conſidere que les Liures, & ceux qui les font, ne trouuent point aujourd’huy d’Azyle plus fauorable que voſtre Maiſon. Elle n’eſt pas ſeulement le ſacré Temple de Themis, où ſe rendent ſes infaillibles Oracles ; mais on la peut encore nommer le veritable Parnasse, deuenu plus fameux que l’ancien Lycee par cette celebre Academie d’honneſtes gens, auſquels vous permettez de s’y aſſembler, pour cultiuer les richeſſes de noſtre Langue. Puis que ma bonne Fortune, plutoſt qu’aucun merite que i’aye, me donne vne place parmy eux, & par conſequent vne part aux faueurs qu’il vous plaiſt leur faire ; Ie ſerois le plus ingrat de tous les hommes, ſi ie ne publiois à quel point ie ſuis redeuable à vos bontez, pour tant de graces que ie reçoy d’elles. Vous ſeul, Monseignevr, entretenez ce peu de vigueur qui reſte à mes pauures Muſes. Les voyla tantoſt au bout de la Lyce, où elles languiroient hors d’haleine, ſi vous ne leur donniez dequoy reſpirer. Elles doiuent leur repos à voſtre Generoſité ; & peuuent bien dire, qu’elle les venge du tort qu’Apollon leur fait il y a ſi long-temps. Car c’eſt luy qui par vn trauail opiniaſtre les ayant preſque reduittes à n’en pouuoir plus, ne leur donne pour toute recompenſe que des fueilles ſans fruict, & que de vaines Guirlandes, où il y a beaucoup moins de fleurs que d’eſpines. Vous au contraire, Monseignevr, pour les deliurer de peine, & mettre leurs Eſtudes à l’ombre, leur faites cueillir tous les ans vn precieux Rameau d’or, qui mieux que celuy d’Enée raſſeure leurs craintes, & les rend victorieuſes de toute ſorte d’obſtacles. Ce n’eſt donc pas merueille, ſi touché ſenſiblement de vos biens faits, ie m’eſcrie en m’adreſſant à vous, de meſme qu’Horace à ſon Mecene,

O & præſidium, & dulce decus meeum !

Mais comme ce Poëte Lyrique ne pouuoit recourir qu’à ſes Vers, pour reconnoiſtre les grandes obligations qu’il auoit à cét illuſtre Romain ; Ainſi, Monseignevr, m’eſtant impoſsible de vous remercie aſſez dignement de celles que ie vous ay, & d’y reſpondre autrement que par quelques Ouurages de Proſe y bien que peu conſiderables, En voicy vn que ie vous ſupplie de vouloir agréer, & e le receuoir pour vn teſmoignage du fidelle ſeruice que vous a voüé,



Monseignevr,



De Voſtre Grandeur


Le tres-humble, tres-obeïſſant, & tres-obligé ſeruiteur,
Iean Bavdoin.

Av lectevr.


VOicy L’ICONOLOGIE, Lecteur, que ie vous donne
augmentée d’vn ſecond Volume, dont les Diuersitez pleines de curieuſes recherches, vous feront trouuer dans cette nouuelle Edition dequoy vous diuiertir agreablement. Ie me le perſuade ainſi, à cauſe que ce qui s’en eſt imprimé cy-deuant, n’a pas deſpleu aux honneſtes gens, & particulierement à ceux qui ſe connoiſſent aux bonnes choſes. Mais il eut encore eſté mieux receu, ſi Celuy qui en a graué les Figures, pour s’eſtre voulu meſler de les debiter luy meſme, ne ſe fût rendu ſi odieux à quelques Libraires, que par diuers artifices ils ont retardé la vente de ce Liure, afin de faire perdre l’enuie de l’acheter à ceux qui les demandoient dans leurs Boutiques. Cela n’a pas empeſché pourtant qu’on ne ſe ſoit ſi bien desfait de la premiere Impreſsion, qu’il n’en reſte plus aucune copie. A raiſon dequoy, pour contenter le deſir des Curieux, qui ſçauent qu’en toutes les Profeſsions que l’on eſtime le plus, il n’y a point de ſecret ſi rare, ny de connoiſſance ſi cachée, dont il ne ſoit fait mention dans cét Ouurage ; l’on s’eſt aduisé de le remettre en lumiere, & d’y ioindre une ſeconde Partie, pour faire de les deux enſemble un Corps entier ; Et par conſequent vous donner moyen de profiter plus amplement de cette Lecture. Que ſi vous en recueillez quelque fruict, comme ie n’en doute pas, Ie vous aduiſe, Lecteur, que vous en aurez l’obligation au Sieur Cappitain, à qui, ſans le flatter, on peut donner à bon droict la gloire d’auoir mis en leur luſtre ces Emblemes. Car c’eſt luy qui en a fait la principale deſpenſe ; & qui meſme apres la mort du Graueur, aduenuë depuis peu, n’a rien eſpargné pour en recouurer les Cuiures ; comme en effet il les a dégagez de ſes deniers propres : A faute dequoy, & à moins que de faire de nouueaux frais pour de nouuelles Figures, cette ſuitte de l’Iconologie ne pouuoit eſtre acheuée. Maintenant donc qu’elle voit le iour, Vous m’obligerez bien fort, Lecteur, d’en excuſer les fautes, ſoit que l’Imprimeur les ait cauſées, ſoit que ie les aye moy-meſme laiſſé paſſer. Car il eſt vraysemblable que vous y en trouuerez pluſieurs, qu’il m’a eſté impoẞible de preuenir par mes ſoings ; mon indiſpoſition ne m’ayant pû permettre de voir les Eſpreuues ſur ma Copie, que i’ay la plus part du temps dictée du lict à meſure qu’elle s’eſt imprimée.

Adieu.

Privilege dv roy.


LOVYS par la grace de Dieu Roy de France & de Nauarre : A nos Amez & Feaux Conſeillers les gens tenans nos Cours de Parlemens, Maiſtres des Requeſtes de noſtre Hostel, Baillifs, Seneſchaux, Preuoſts ou leurs Lieutenans, & à tous autres nos Iuſticiers & Officiers qu’il appartiendra, Salut : Noſtre cher & bien Amé Mathiev Gvillemot, Marchand Libraire de noſtre bonne Ville de Paris, Nous a fait remonſtrer qu’il a depuis peu recouuert vn Liure intitulé, L’Hiſtoire de France, compoſée par F. E. de Mezeray, commençant depuis Pharamond iuſques à preſent. Laquelle il deſireroit enrichir de pluſieurs Portraits en taille douce, tant des Roys de France nos Predeceſſeurs, des Reynes & des Dauphins, que de leurs Medailles. Comme auſſi il auroit fait Traduire nouuellement d’Italien en François les Oeuures de Cesar Ripa, intitulé, L’iconologie, enrichie de pluſieurs Figures en taille douce, diuiſée en deux parties. Mais qu’apres auoir fait beaucoup de frais employez pour les Impreſſions deſdits Liures, quelques autres Libraires ou Imprimeurs ne les vouluſſent pareillement faire au grand preiudice de l’Expoſant, s’il ne luy eſt par Nous pourueu de nos Lettres neceſſaires, Requerant humblement icelles. A ces cavses, & pour donner moyen audit Expoſant de ſe redimer des grands frais qu’il luy conuient faire, tant pour l’impreſſion deſdits Liures, que pour la graueure deſdites tailles douces, & pour empeſcher qu’il ne ſoit fruſtré des fruits de ſon labeur, Novs luy auõs permis & permettõs par ces preſentes d’imprimer ou faire imprimer, vẽdre & debiter en tous les lieux de noſtre obeïſſance leſdits Liures, eſtans en pluſieurs Volumes, en telles marges & tels caracteres, & autant de fois que bon luy ſemblera, ou à ceux qui auront droict de luy, en vertu des preſentes durant l’eſpace de vingt ans finis & accomplis, à commencer du iour que leſdits Liures ſeront acheuez d’eſtre imprimez pour la premiere fois ; Et faiſons tres-expreſſes deffences à toutes perſonnes de quelque qualité & condition qu’elles ſoient, d’imprimer ou faire imprimer, vendre ny debiter durant ledit temps en aucun lieu de noſtre obeïſſance les ſuſdits Liures ſans le conſentement de l’Expoſant, ſous pretexte d’augmentation, correction, changement de tiltres, fauſſes marques contrefaites ou autrement, en quelque ſorte & maniere que ce ſoit, ſur peine de trois mil liures d’amende, payable ſans déport par chacun des contreuenans applicable vn tiers à Nous, vn tiers à l’Hoſtel Dieu de noſtre bonne ville de Paris, & l’autre tiers à l’Expoſant, de confiſcation des exemplaires contrefaits, & de tous deſpens, dommages & intereſts, à condition qu’il en ſera mis deux exemplaires de chacun en blanc en noſtre Bibliotheque publique, & vne en celle de noſtre tres-cher et Feal le Sieur Seguier, Cheualier, Chancelier de France, auant que de les expoſer en vente, à peine de nullité des preſentes. Du contenu deſquelles, Novs vous mandons faire iouïr & vſer plainement & paiſiblement ledit Expoſant, & tous ceux qui auront droict de luy, ſans qu’il leur ſoit donné aucun trouble ny empeſchement. Voulons auſſi qu’en mettant au commencement ou à la fin deſdits Liures vn Extraict des preſentes qu’elles ſoient tenuës pour deuëment ſignifiées, & que foy ſoit adiouſtée aux coppies collationnées par vn de nos Amez & Feaux Conſeillers & Secretaires comme à l’Original. Mandons au premier noſtre Huiſſier ou Sergent ſur ce requis, faire pour l’execution des preſentes tous exploicts neceſſaires, ſans demander autre permiſſion. Car tel eſt noſtre plaiſir, nonobſtant Clameur de Haro, Charte Normande, & autres Lettres à ce contraires. Donné à Paris le treiſieſme Iuin, l’an de grace mil ſix cens quarante-trois : Et de noſtre Regne le premier. Signé,

Par le Roy en ſon Conſeil. Yvonnet. Et ſcellé du grand Seel de cire jaune.

Preface svr le sviet de ce livre.


LES Images que l’eſprit inuente, & qui par les choſes qu’elles ſignifient, ſont les ſymboles de nos penſées, n’ont point de regle plus aſſeurée, ny plus vniuerſelle qu’vne vraye imitation des memoires de l’Antiquité, qui par le ſoin des Latins & des Grecs ſe trouuent eſcrits dans leurs Liuvres, ou grauez ſur les Medailles ou ſur les marbres. Lon trauaille en vain ſans ces Originaux & ſans ces Modelles, que l’on ne peut abandonner ny perdre de veuë, à moins que de ſe rendre coupable, ou d’ignorance, ou de preſomption, vices odieux aux ames bien nées, qui n’aſpirent par leurs veilles qu’à l’acuiſition d’vne legitime loüange. Pour ſe garantir du blaſme de ceux qui ne les imitent pas, dans le deſſein que l’on a de recueillir enſemble diuerſes Images, qui ſoient tirées des anciens Autheurs, il eſt à propos ſans doute, qu’à leurs obſeruations generales en ſoient adjouſtées de particulières, qui ſeruent d’introduction à cét ouurage.

Lib. 3. Reth. Laiſſant donc à part les Images dont fait mention Ariſtote, qui ſont communes aux Orateurs, nous parlerons ſeulement de celles qui appartiennent aux Peintres, ou à ſemblables Ouuriers, qui par les couleurs & les ombrages qu’ils y meſlent, peuuent repreſenter les objets viſibles : Ce qui n’empeſche pas toutesfois qu’il n’y ait quelque ſorte de reſſemblance entre l’Art du Peintre, & celuy de l’Orateur, puis qu’il arriue ſouuent, que l’vn ne perſuade pas moins bien par les yeux que l’autre par les paroles. Cette premiere ſorte d’Images a eſté familiere aux Anciens, comme il ſe remarque par les diuerſes peintures qu’ils ont feintes en faueur de leurs Dieux ; qui ne ſont à proprement parler que des voiles ou des veſtements propres à couurir cette partie de la Philoſophie, qui regarde ou la generation des choſes naturelles, ou leur corruption, ou la diſpoſition des Cieux, ou l’influence des Aſtres, ou la ſolidité de la terre. L’on en peut dire de meſme des autres Figures, qu’ils ont inuentées, & couuertes d’eſpais nuages, afin que les Ignorans & les Doctes les peuſſent comprendre d’vne differente maniere, & qu’ils ne penetraſſent eſgalement dans les ſecrets de la Nature. De cette ſource, que l’on ne ſçauroit iamais tarir, ont eſté puiſées toutes les Fables des Anciens, & toutes les explications que les plus grands hommes de leur ſiecle nous en ont données. Par l’Image de Saturne ſe doit entendre le Temps, qui deuore ſes propres enfans, c’eſt à dire les iours, les mois, & les années : Par celle de Iupiter foudroyant, la plus pure partie du Ciel, où ſe produiſent preſque tous les effets des Metheores : Par celle de Venus, l’vnion de la premier Matiere auecque la Forme, d’où luy vient la perfection ; Et par celle du Berger Argus tout couuert d’yeux, l’Empire des Aſtres ſur ce bas monde, qu’ils croyoient eſtre vn corps mobile, ſujet à leurs influences.

La ſeconde ſorte d’Images, comprend les choſes qui ſont en l’homme meſme, & inſeparables d’auecque luy ; comme les conceptions, ou les penſées, & les habitudes leurs creatures, pour eſtre engendrées de pluſieurs actions particulieres : Où il eſt à remarquer, que par les penſées eſt entendu tout ce qui peut eſtre ſignifié par les paroles. Pour faire mieux comprendre cecy, on le diuiſe en deux parties, qui ſont, l’Affirmatiue & l’Indifferente, dont l’vne eſt propre aux Deuiſes & aux Emblemes, & l’autre à inuenter diuerſes Images de la nature des noſtres. Elles ſont du ſujet de ce diſcours, pour la conformité merueilleuſe qu’elles ont auecque les Definitions, qui comprennent generallement tout ce qu’on appelle Vice ou Vertu, ſans rien affirmer ou nier. Et dautant que ces choſes ſont neceſſairement ou Priuations, ou Habitudes, elles ne peuuent pour cét effet eſtre mieux exprimées que ſous l’humaine Figure. Car eſtant veritable, ſelon Ariſtote, que l’homme eſt la meſure de toutes choſes, comme la Definition l’eſt du Definy, il n’eſt pas incompatible que ſa forme exterieure ne ſoit auſſy la meſure des Qualitez qui peuuent eſtre deffinies, ſoit à l’eſgard de l’Ame ſeule, ou de tout le Compoſé ; D’où il faut conclurre, Que ce qui n’a point forme d’homme n’eſt pas Image, de la façon que nous l’entendons ; Et que la diſtinction en eſt tres-mauuaise, quand le corps principal ne produit en quelque ſorte le meſme effet que le Genre en la Definition.

Il eſt neceſſaire encore de bien prendre garde aux parties eſſentielles de la choſe que l’on repreſente, & d’en obſeruer ponctuellement les Diſpoſitions & les Qualitez. Par exemple, ce qu’on appelle Diſpoſition en la teſte, eſt ſa poſture diuerſe, ou haute, ou baſſe, ou en porfil, ou en plein ; Et pareillement l’air different qu’on luy donne ; ou joyeux, ou triſte, ou doux, ou ſeuere, ou enflammé d’Amour, ou glacé de Ialouſie ; & tourmenté de toutes ces autres Paſſions nuiſibles, qui ſe deſcouurent dans le viſage, dont il ſemble que la Nature ait voulu faire vn theatre. Touchant la cheuelure, les bras, les iambes, les pieds, & les autres parties du corps, il ne faut pas eſtre moins iudicieux à les bien planter, qu’à les parer des ornements les plus conuenables aux ſujets qui en font la diſtinction. Mais ſans s’arreſter par trop aux reigles qu’on en peut donner, il doit ſuffire de s’attacher aux Exemples que nous en fourniſſent abondamment les anciens Romains. Car il n’eſt pas poſſible de voir des Figures mieux diſpoſées que les leurs, & particulierement dans les Medailles de l’Empereur Adrien ; entre leſquelles il y en a deux remarquables ; dont l’vne, qui a pour inſcription le Vœu public, eſt repreſentée par vne femme à genoux, qui hauſſe les mains au Ciel ; & l’autre par vn ieune homme qui les porte aux oreilles, pour vne marque de l’Allegreſſe du peuple. I’obmetz que les diſpoſitions de toutes ces Figures ſont preſque diuerſes, & qu’on les dépeint tantoſt aſſiſes, tantoſt debout, & quelquefois en action de marcher. Quant aux qualitez par qui elles ſe remarquent, il y en a pluſieurs qui leur appartiennent ; Comme par exemple, d’eſtre blanches ou noires, ieunes, ou vieilles, & ainſi des autres choſes qui peuuent bien à peine eſtre ſeparées du vray ſujet qu’elles ont pour fondement. De maniere que de toutes ces parties iointes enſemble il ſe forme vne ſi douce harmonie, que lors qu’on vient à l’oüir, il n’eſt pas à croire combien l’eſprit eſt ſatisfait de conneſtre leur mutuelle correſpondance, & le bon iugement de celuy qui les a ſçeu ranger auec vn ordre ſi agreable & ſi iuſte.

Mais ce n’eſt pas aſſez de ſçauoir diſtinctement les qualitez, les raiſons, les proprietez, & les accidens d’vne choſe qui peut eſtre deffinie. Pour en rendre l’Image parfaite, il eſt beſoin encore d’en rechercher dans les choſes materielles la reſſemblance la plus naïſue, qui ſeruira, par maniere de dire, comme d’vne Rethorique muette. Cette reſſemblance conſiſte en l’eſgalle proportion, que peuuent auoir deux choſes de differente nature. Ainſi par la peinture d’vne Coulonne qui ſouſtient ſans s’écrouller la lourde maſſe d’vn edifice, eſt denotée la force d’vn homme de courage, qui ſe roidit contre le mal-heur, & ſe monſtre inesbranlable à ſes plus rudes ſecouſſes ; Comme encore par la figure de l’Eſpée & de l’Eſcu, n’eſt pas mal exprimée l’Eloquence du bon Orateur, qui par ſes arguments inuincibles, n’a pas moins d’adreſſe à ſouſtenir les choſes fauorables, & ruiner les contraires, qu’en a le vaillant ſoldat à ſe deffendre, & bleſſer autruy. A cette derniere ſorte de reſſemblance il en faut adiouter vne autre, qui eſt, lors que deux choſes diuerſes conuiennent en vne ſeule qui differe des autres ; Comme quand pour repreſenter la Vaillance & la grandeur de courage, ont peint le Lyon, qui en eſt pourueu plus que tous les autres Animaux. Or bien que cette maniere d’expreſſion ſoit la moins loüable, elle eſt toutesfois la plus commune, à cauſe que l’inuention n’en eſt pas beaucoup difficile, ny meſme l’explication. Quoy qu’il en ſoit, ces deux ſortes de rapports, ou de reſſemblances, ſont comme les nerfs de la Figure qu’on veut former, ſans leſquels elle eſt entierement deſpourueuë & de vigueur, & de force.

A tout cecy neantmoins, bien que grandement conſiderable, ſemblent auoir peu d’eſgard quelques modernes, qui prennent effects appelez Contingents, pour des Qualitez eſſentielles, comme quand ils repreſentent le Deſeſpoir par vn homme qui ſe pend, & l’Amitié par deux perſonnes qui s’embraſſent ; inuention groſſiere, & trop commune, pour meriter quelque loüange. Ie ne deſauoüe pas pourtant, qu’en matiere de ces accidens qui doiuent ſuiure neceſſairement la choſe ſignifiée par l’Image, il n’y ait beaucoup d’eſprit à les renger en leur place, & particulierement ceux qui appartiennent à la Phyſionomie, & à l’habitude du corps ; D’où l’on peut tirer des conjectures de l’Aſcendant qu’ont les premieres Qualitez en la compoſition de l’homme, dont elles diſpoſent les accidents exterieurs, & le rendent enclin aux Paſſions, ou à tous ces autres mouuemens qui ont de la conformité auec elles. Ainſi qui voudroit repreſenter la Melancolie, le Repentir et le Soing, feroit fort bien de leur donner un viſage vieil & aride, vne cheuelure negligée, & vne barbe toute craſſeuſe ; Comme au contraire ce ſeroit impertinence de ne peindre pas la Ioye, ou la Volupté, ieune, riante, & de bonne mine : pource qu’encore que telle connoiſſance n’ait point de lieu dans le denombrement des ſemblables, ſi eſt-ce qu’elle eſt aſſez vſitée. Et toutefois, quelque generalle que ſoit cette reigle des accidents & des effets qu’ils produiſent, il ne faut pas s’y tenir touſiours. Car bien qu’il n’y ait celuy qui ne ſçache, que de la proportion des traits, de l’eſclat, du teint, & de ce qu’on appelle, le ie ne ſçay quoi, ſe forme une parfaite Beauté ; il y auroit de la faute neantmoins à la repreſenter par l’Image d’vne perſonne extremément belle & bien proportionnée. La raiſon eſt, à cauſe que ce ſeroit expliquer le meſme par le meſme, & vouloir, par maniere de dire, faire voir diſtinctement le Soleil à la clarté d’vn flambeau : d’où il s’enſuiuroit qu’à faute de reſſemblance, qui eſt l’Ame de la Figure, celle-cy ſe trouueroit imparfaite, & ne pourroit iamais plaire, pour n’auoir pas la diuerſité requiſe à l’agréement : A raiſon dequoy, en la peinture de cette meſme Beauté dont nous parlons, nous luy auons caché le viſage dans les nuës, ſans oublier les autre particularitez, qui nous ont ſemblé luy eſtre conuenables.

Or pour auoir moins de peine à treuuer des reſſemblances & des raports qui ſoient propres au ſujet que l’on imagine, il eſt bon de remarquer auecque les Maiſtres de l’Eloquence, que par les choses connoiſſables on cherche les hautes, par les loüables les ſplendides, & par les recommendables les magnifiques. Que ſi l’eſprit s’accouſtume à ces obſeruations, elles luy fourniront à la fin vne ſi grande quantité de penſées, s’il n’eſt entirement ſterile, qu’il ne luy ſera pas difficile de contenter autruy ſur tous les ſujets qui luy ſeront propoſez pour en former des Images. Ceux qui nous en ont donné des Regles, diſent que l’inuention en eſt deuë aux Egyptiens, & la font paſſer pour vn veritable effet de l’abondance de leur doctrine. Tellement qu’il eſt de cette Connoiſſance, comme d’vne personne ne ſçauante, qui a veſcu long-temps toute nuë dans le deſert, d’où elle ſe reſout de ſortir enfin, pour voir les compagnies, & s’habille pour cét effet le mieux qu’elle peut, afin que ceux qui l’aborderont, attirez par l’ornement exterieur du Corps, qui en eſt comme l’Image, ayent enuie d’apprendre ponctuellement quelles ſont les qualitez qui donnent du luſtre à l’Ame, qu’on peut appeller la choſe ſignifiée.

Ce ne fut auſſi que le ſeul deſir de s’eſclaircir des obſcuritez qui eſtoient cachées dans ces myſterieuſes Images, qui fit aller Pythagore au fonds de l’Egypte ; D’où eſtant retourné plein de ſcience & d’années, il merita que de ſa maiſon ſe fiſt vn Temple, qui fut conſacré ſolemnellement à ſon admirable Genie. I’obmets que Platon tira de ces Figures Hyeroglifiques la meilleure partie de ſa doctrine, Que les ſaincts Prophetes enueloperent de nuages leurs veritables Oracles ; Et que Ieſus-Chriſt meſme, qui fut l’accompliſſement des Propheties, cacha ſous des Paraboles la plus-part de ſes diuins ſecrets.

Ces Images, ſi la diſpoſition en eſt bonne, & la maniere ingenieuſe, ont ie je ne ſçay quoy de ſi agreable, qu’elles arreſtent la veuë, & font auſſi-toſt deſirer à l’eſprit de ſçauoir ce qu’elles ſignifient : Mais ſur tout cette curioſité ſe redouble par leur Inſcription. En effet il faut neceſſairement qu’elles en ayent vne, ſi ce n’eſt quand elles ſont en forme d’Enigme, pource que ſans la connoiſſance du nom, il eſt impoſſible de paruenir à celle de la choſe ſignifiée ; Ce qu’on ne mettra iamais en doute, ſi l’on conſidere qu’en toutes les anciennes Medailles ſont eſcrits les noms conuenables à leur ſujet, tels que peuuent eſtre ceux-cy. Abondance, Concorde, Felicité, Force, Paix, Prouidence, Pieté, Salut, Seureté, Victoire, Vertu, & ainſi des autres. Voilà ce qu’on peut dire generallement des diuerſes ſortes d’Images, & des reigles les plus neceſſaires à les former, que vous verrez plus particulierement obſeruées en ce Recueil, ſi vous auez la patience de le lire, & le deſir d’en profiter.


I. Bavdoin.
Table des suiets contenvs en cette premiere partie


A
4
Amitié, IV.
9
14
Art, XII.
20
Artifice, XIII.
22
23
24
Aurore, XVII.
25
Auarice, XVIII.
26


B
Benignité, XXII.
32
Bonté, XXIII.
33
Bon-Augure, XXIV.
34


C
36
Concorde, XXVII.
ibid.
Confiance, XXVIII.
39
Conſeil, XXX.
ibid.
Conſtance, XXXI.
42
Conſcience, XXXII.
43
Conuerſation, XXXIII.
44
Correction, XXXIV.
45
ibid.
Curioſité, XXXVI.
46


D
Dialectique, XXXVIII.
48
Dignité, XXXIX.
49
ibid.
Doctrine, XLII.
52
Doute, XLIII.
54
55
Diuinité, XLV.
56
Douleur, XLVI.
ibid.


E
Economie, XLVII.
57
Eſgalité, XLVIII.
58
Eloquence, XLIX.
59
Erreur, L.
61
Eſtude, LI.
62
ibid.
Eternité, LIII.
63
Exercice, LIV.
64
Exil, LV.
66
67


F
Faueur, LVII.
68
ibid.
69
Fidelité, LXII.
74
Flatterie, LXIII.
ibid.
Force, LXV.
76


G
Generoſité, LXVII.
79
Genie, LXVIII.
80
Gloire, LXIX.
81
83
Grammaire, LXXII.
84
Grauité, LXXIV.
86


H
Harmonie, LXXV.
87
Hiſtoire, LXXVI.
88
Hoſpitalité, LXXVII.
ibid.
Humilité, LXXVIII.
89


I
Inclination, LXXIX.
91
93
Imagination, LXXXI.
94
Intelligence, LXXXIII.
96
Inuention, LXXXIV.
ibid.


L
Laẞitude, LXXXV.
99
Liberté, LXXXVI.
100
Liberalité, LXXXVII.
101
Libre arbitre, LXXXVIII.
102
Logique, LXXXIX.
ibid.
104


M
107
Mariage, XCII.
108
Mathematique, XCIII.
109
Meditation, XCIV.
ibid.
Medecine, XCV.
110
Memoire, XCVI.
111
Merite, XCVIII.
114
Meſure, XCIX.
115
119
Modeſtie, CII.
ibid.
Mort, CIII.
121
Muſique, CIV.
123


N
Nature, CV.
124
125
Nobleſſe, CVII.
126
Nonchalance, CVIII.
ibid.


O
129
ibid.
Oraiſon, CXII.
132
136


P
Paix, CXV.
138
Patience, CXVIII.
143
Pauureté, CXIX.
144
Peché, CXX.
ibid.
Penitence, CXXI.
146
Peril, CXXII.
147
Perſpective, CXXIII.
148
Perfection, CXXIV.
149
ibid.
Pieté, CXXVI.
150
Predeſtination, CXXVIII.
154
156
Philoſophie, CXXXI.
ibid.
Poësie, CXXXII.
158
Practique, CXXXIII.
160
Prelature, CXXXIV.
162
Preuoyance, CXXXV.
163
Prix, CXXXVI.
ibid.
Prudence, CXXXVII.
164
Pudicité, CXXXVIII.
ibid.


R
Raiſon, CXXXIX.
166
Rebellion, CXLI.
168
Religion, CXLIII.
170
Reformation, CXLIV.
171
Repentance, CXLV.
172


S
Santé, CXLVII.
174
Sapience, CXLVIII.
ibid.
175
Science, CLI.
178
Seureté, CLIII.
180
Servitude, CLIV.
181
182
Soing, CLVI.
ibid.
184
185


T
Temperance, CLIX.
187
Theologie, CLX.
188
Theorie, CLXI.
189
Tutele, CLXII.
190


V
Valeur, CLXIII.
192
Vanité, CLXIV.
193
Verité, CLXVI.
195
Vertu, CXLVII.
196
Vertu Heroïque, CLXVIII.
197
Vie courte, CLXIX.
199
Vie longue, CLXX.
201
Vigilance, CLXXI.
202
Virginité, CLXXII.
ibid.
Volonté, CLXIII.
203


Z
Zele, CLXXIV.
204


Fin de la table de la première partie
Table des suiets contenvs en la seconde partie


Les 4. parties du monde.
Les 4. Saiſons de l’année.
Les quatre quartiers du monde.
Les quatre Vents.
Les 12. mois de l’année.
26
28
28
Les Solſtices, & les Equinoxes.
Les quatre Aages.
Les quatre complexions de l’Homme.
83
Diuers Gouuernemens
ibid.
110.111.112.113
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
138
ibid.
ibid.
141
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
162
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
ibid.
175
ibid.
ibid.
Les 4. parties du Iour.
ibid.
ibid.
ibid.


Fin de la seconde partie.

Première partie

Abondance. Academie.
Ripa - Iconologie - 1643 - p.38 - Abondance.jpg

Ripa - Iconologie - 1643 - p. 2 - Academie.jpg

Acte vertueux. Amitié.
Ripa - Iconologie - 1643 - p. 2 - acte vertueux.jpg

Ripa - Iconologie - 1643 - p. 2 - amitié.jpg

Amovr dompté. Amovr de vertv.
Ripa - Iconologie - 1643 - p. 2 - amour dompté.jpg

Ripa - Iconologie - 1643 - p. 2 - amour de vertu.jpg

Iconologie



Abondance. I.



ELLE eſt peinte icy en Femme de bonne mine, couronnée d’vne Guirlande de diuerſes fleurs, & veſtuë d’vne robe verte en broderie d’or. De la main droite elle tient vne Corne d’Amalthée pleine de fruicts, & de la gauche vn faiſceau d’eſpics de pluſieurs ſortes de grains & de legumes, dont la pluſpart tombent peſle-meſle par terre.

On la repreſente belle & aimable, pource qu’elle ne l’eſt pas moins, que l’Indigence, ſon ennemie, eſt laide de ſa nature, & odieuſe à tout le monde.

Elle porte vne Guirlande, pour monſtrer que des fleurs naiſſent les fruicts, dont elle eſt la creature, & que l’allegreſſe & les delices ſont ſes compagnes inſeparables.

Le verd & le jaune doré, qui eſclatent ſur ſa robe, luy ſont des couleurs extremément propres, pource que l’vn fait eſperer vne belle année, & l’autre vne bonne recolte de grains & de fruicts, d’où ſe forme l’Abondance.

Quant à la Corne d’Amalthée, qui eſt ſi ſameuſe dans les eſcrits des Mithologiſtes, il paroiſt aſſez qu’elle eſt vn ſymbole de l’Abondance par ces vers d’Ouide, où il dit : Met. l. 9

Et de fleurs & de fruicts les Nymphes la comblerent,
Puis aux Dieux immortels elles la conſacrerent.

Academie. II.


ON la peut repreſenter ſous la figure d’vne Dame illuſtre, le viſage de laquelle a ie ne ſçay quoy de viril & d’Heroïque. La couronne qu’elle porte eſt de fin or, & ſon habillement de pluſieurs couleurs. Elle tient vne lime de la main droite, auec ces mots à l’entour, Detrahit atqve polit ; Et de la gauche vne Guirlande faite de Laurier, de Lierre, & de Myrrhe, où pendent deux pommes de Grenade. Sa chaire eſt parſemée de fueillages & de fruicts de diuers arbres, comme de Cedre, de Cyprés, de Cheſne, & d’Oliuier. Son ordinaire ſejour eſt vn lieu champeſtre, où elle eſt aſſiſe à l’ombre, ayant à ſes pieds quantité de Liures, parmy leſquels vn Singe ſe joüe.

La virilité de ſon âge & de ſa beauté, monſtre qu’auec vn eſprit ſolide & vn profond iugement, elle poſſede vne parfaite connoiſſance des bonnes choſes. La raiſon eſt, pource qu’elle les conçoit en la ſaiſon la plus calme de la vie, pour n’eſtre ſujette ny aux legeretez de la ieuneſſe, ny aux peſanteurs du dernier âge.

Sa couronne eſt d’or, pour nous donner à entendre qu’vn Academicien qui veut faire d’excellantes productions, & les appuyer de fortes penſées, dont l’Arſenal ou le magazin eſt dans la teſte, comme en la partie intellectiue de noſtre eſprit, les doit raffiner plus d’vne fois, à la maniere de l’or, & les mettre pour cét effect à toutes ſortes d’eſpreuves.

Par les differentes couleurs de ſa robe eſt denotée la diuerſité des ſciences, qui ſont traittées dans vne docte Academie.

Elle tient en main vne lime, pour monſtrer que comme par le moyen de cét outil, plus on diminüe du fer & des autres metaux, plus ils ſe deſroüillent & ſe nettoyent ; Ainſi les pieces d’Academie ſe poliſſent & s’acheuent, à force de les corriger, & d’en oſter les ſuperfluitez ; tellement que pour les reduire au point où il faut qu’elles ſoient, il eſt neceſſaire au bon Academicien de les ſoubmettre à la cenſure des plus habiles, & de ſe reſoudre à dire auec Ouide.

suiuant les ſentiments diuers,
De ceux qui ſont dans quelque eſtime,

Ie feray paſſer par leur lime,
Iuſqu’aux moindres mots de mes vers.

Sa Guirlande eſt compoſée de Myrthe, de Laurier, & de Lierre, d’autant que par ces trois plantes, qu’on peut à bon droit appeller Poëtiques, ſont ſignifiées les diuerſes ſortes de Poëſie, qui fleuriſſent dans vne Academie. Mais le Myrthe particulierement, comme conſacré à l’Amour, ſert auſſi à couronner les Poëtes amoureux ; Ce qui fait dire à Nicandre, que Venus en euſt vne Guirlande, quand elle ſe treuua preſente au iugement de Paris ; & de Virgile

InMelib
Qu’à la mère d’Amour le Myrthe eſt agreable.

Quant au Laurier & au Lierre, tous les Poëtes en eſtoient indifferemment couronnez. Le Prince des Lyriques le teſmoigne par ces vers.

Hor.
Des doctes fronts le Lierre eſt le prix.

Et en vn autre endroit parlant du Laurier il en dit de meſme.

Lib. 3. Od. vlt.
Vien Melpomene, & le chef m’enuironne,
____De la Delphique couronne.

Le Lierre neantmoins me ſemble plus propre aux Poëtes Dithirambiques, ainſi appellez, à cauſe des vers qu’ils souloient chanter à l’honneur de Bacchus, Ouid. Fast.

Qui ſe plaiſt à meſler aux raiſins le lierre.

L’on peut dire pareillement que le Laurier ne conuient pas ſi bien aux autres Poëtes qu’il fait aux Epiques, qui ſe propoſent pour but de deſcrire les faits heroïques des grands Guerriers & des Empereurs, qu’on a de tout temps couronnez de branches de cét Arbre glorieux, & inuincible à la foudre. C’eſt pour cela qu’Apollon dans le premier des Metamorphoſes le deſtine pour marque d’honneur aux Conquerans, & qu’il s’en couronne luy-meſme, comme Pere des Poëtes, auſquels il fait part de ſon feu celeſte, & de cette diuine fureur dont il anime leurs penſées.

Les pommes de Grenade ſont des figures de l’vnion mutuelle qu’il y doit auoir entre les Academiciens. Car, ſelon Pierius, Lib. 54. elles ſignifient vne compagnie de pluſieurs hommes joints enſemble, & qui ſe maintiennent par leur bonne intelligence. Auſſi eſtoient-elles anciennement dediées à Iunon, à qui l’on ſouloit donner une Grenade à la main, auec l’epithete de Conseruatrice, comme il ſe void par le reuers de quelques anciennes Medailles, où l’on peut lire ces mots, Ivnu conservatrix, à cauſe que cette Déïté preſidoit à l’vnion & à la conſeruation des peuples.

En la chairre où l’Academie eſt aſſiſe, ſe voyent grauées des branches de Cedre, de Cyprés & de Cheſne, d’autant que ces arbres, que Pierius appelle incorruptibles, ſont des Hierogliphes de l’eternité. A quoy doiuent butter principalement les vrays Academiciens, & ne rien dire, s’il eſt poſſible, qui ne ſoit digne du Cedre ; puis qu’ils ſont veritablement du nombre de ceux, Perſ. Sat. 1.
Hor. in Poët.

Dont les vers qu’Apollon ſemble auoir fait exprès,
Sentent touſiours le Cedre, & iamais le Cyprés.

Car bien que le dernier de ces arbres ſoit appellé fatal & funeſte, ſi ne laiſſe-t-il pas d’eſtre exempt de corruption, & d’auſſi longue durée que le Cheſne, qui ſeruoit encore de prix à la vertu des vainqueurs. Teſmoin l’empereur Domitian, Symp. 3. quæſt. 2. qui voulut qu’ils en receuſſent vne Couronne aux jeux ſolemnels, qu’il fonda luy-meſme au Capitole. Mais l’Oliuier particulierement, qui ſelon Platon pour eſtre oleagineux & plein de chaleur, ſe conſerue toujiours verd, ainſi que le Laurier, le Cyprés, & le Lierre, me ſemble recommendable par deſſus tous, & grandement propre à l’Academie. Que ſi vous m’en demandez la raiſon, ie vous reſpondray que cette plante eſt dediée à Minerue,

Hor. Poët.
Sans qui vous ne pouuez rien dire, ny rien faire,

Et par conſequent, qu’vn Academicien qui a ce fauorable Genie que nul ne peut donner, & qui naiſt auecque nous, ne doit pas laiſſer de faire la cour à cette Reine des belles penſées, ny de cultiuer ſes hautes connoiſſances à force de veilles, dont l’Oliuier eſt le ſymbole. Ce qui luy reüſſira, ie m’aſſeure, ſi heureuſement, qu’on ne luy reprochera iamais d’auoir perdu ſa peme, ny ſon huyle. Car le fruict de ſes trauaux ne luy ſera pas moins doux, que l’eſt naturellement au gouſt cette precieuſe liqueur que l’on tire des Oliues. Et comme elle a cela de propre d’exempter les corps de pourriture, ainſi par le moyen de l’eſtude les Ouurages de l’eſprit ſe conseruent incorruptibles contre les iniures des années.

L’Academie eſt aſſiſe en vn lieu champeſtre à l’ombre des arbres, pour memoire de ce qu’elle ſe tint premierement à la campagne, en vne maiſon qu’auoit pres d’Athenes vn de ſes principaux Citoyens, qu’on appelloit Academus. Ce fut de luy qu’elle prit le nom qui luy eſt demeuré depuis ; eſtant bien certain que toutes les Sectes de ce temps-là prirent le leur, ou des couſtumes, ou des lieux, ou des noms propres ; comme celle des Cyniques, des Peripateticiens, des Stoïciens, & ainſi des autres. C’eſtoit donc en la Metairie de cét Héros Athenien, où le diuin Platon & ſes Diſciples ſouloient s’aſſembler, auec deſſein, comme dit Horace,

Lib. 2
D’exterminer la fauſſeté
Pour le ſalut des Republiques,
Et de chercher la Verité
Dedans les bois Academiques.

Et d’autant que la lecture des Liures eſt l’ordinaire exercice de l’Academie, c’eſt pour cela qu’on luy en donne pluſieurs, & qu’à les coſtez eſt peint vn Singe, animal ingenieux, & qui Pier. Val. lib. 6. chez les Egyptiens eſtoit vne figure myſtique des Lettres & des ſciences ; à raiſon dequoy ils le conſacroient à Mercure, pour les auoir toutes inuentées.


Acte vertvevx. III.


TOvt ce que les actions vertueuſes ont de plus grand & de plus illuſtre eſt compris dans ce Tableau. C’eſt la peinture d’vn homme, qui n’a rien d’extraordinaire ; & en qui la fleur de l’aage, la beauté, l’agréement, & les iuſtes proportions de toutes les parties du corps ſont le Chef-d’œuure de la Nature. Il a ſur la teſte vne Couronne de rayons, comme celle d’Apollon, & vne guirlande d’Amaranthe. Sous le manteau Imperial, qu’il porte retrouſſé ſur ſes eſpaules, & qui eſt tiſſu de fin or, eſclattent pareillement des armes dorées. Dans la teſte d’vn effroyable ſerpent qu’il vient de combattre, il enfonce de la main droite le fer d’vne lance, & tient vn Liure auecque la gauche, foulant de l’vn de ſes pieds vne teſte de mort.

Par cét Embleme il eſt demonſtré ; Que la principale de toutes les actions humaines eſt celle qui ſe fait par les Armes & par Lib. 2. Reth. l’eſtude des bonnes Lettres. Or pource qu’au rapport d’Ariſtote, c’eſt en la fleur de ſon aage que l’homme s’acquiert la vraye connoiſſance des vertus, pour cette meſme raiſon vne parfaite virilité s’attribuë à ce Herôs que nous dépeignons. Quant aux aduantages de la taille, de l’agréement, & de la beauté, qui ſe remarquent par tout ſon corps, ils ſont à mon aduis des ſignes euidens & des coniectures indubitables des belles qualitez de Lib. 2. Eth. ſon ame. Ariſtote le teſmoigne ainſi, quand il dit, que l’exterieur eſt vn indice certain de l’interieur ; & tel eſt encore le ſentiment de Virgile, lors qu’il nous aduiſe,

Æneid. 5.
Que la vertu de l’Ame eſclatte dauantage,
Quand elle rejalit des traits d’vn beau viſage.

La Couronne reſplendiſſante qui luy enuironne la teſte, ſignifie que comme par la force de ſes rayons le Soleil eſclaire tous les lieux par où il paſſe ; ainſi vne action vertueuſe ne ſe peut cacher, & rend ſon autheur illuſtre, en quelque part du monde qu’elle ſoit faite.

Virgil. 10. Æneid.
La Vertu la plus haute, & la plus eſtimée,
Eſt celle par qui l’homme accroit ſa Renommée,
Par ſes propres exploicts, etc.

A la Couronne de noſtre Herôs n’eſt pas jointe ſans raiſon vne guirlande d’Amaranthe, à cauſe que cette fleur ne perd iamais ſa naturelle beauté, & que la rigueur de l’Hyuer, pour violente qu’elle ſoit, n’eſt pas capable de luy nuire, ny de ternir Plin. l. 21. 8. tant ſoit peu l’eſclat de ſa viue couleur. Le Vertueux tout de meſme ne degenere iamais de ces nobles qualitez qui le mettent dans l’eſtime des honneſtes gens. Au contraire, quand il n’eſt plus au monde, ſes belles actions l’y font reuiure, & conſeruent precieuſement ſa memoire, pour la rendre venerable aux ſiecles futurs.

Les grandes preuues de ſa Vertu ſont figurées par les armes qu’on luy donne, pource qu’en quelque temps que ce ſoit, il les employe à combattre le vice ſon ennemy, qui eſt ce venimeux ſerpent, auquel il eſcraze la teſte. Par où il eſt encore monſtré, Qu’il faut ſçauoir joindre l’effect à la volonté en matiere Cic. Off. 1. de vertu, puis qu’il eſt veritable qu’elle conſiſte en l’action, & Senec. de Rep. que c’eſt vne Maiſtreſſe incorruptible, qui ne peut ſouffrir les approches d’vn Amant, s’il n’eſt genereux & honneſtre homme.

La riche tiſſure de ſon manteau Imperial nous enſeigne, ce me ſemble, Qu’il eſt difficile que les perſonnes de baſſe naiſſance, & qui viuent mecaniquement, puiſſent faire des actions illustres, puis qu’à vray dire elles ne ſont communes qu’aux grands courages, & à ceux qu’vn Genie particulier a ſeparez des ames vulgaires.

Et d’autant que l’exercice des Lettres n’eſt pas moins capable d’immortalizer vn homme que celuy des Armes, c’eſt pour cela qu’on luy fait tenir vn Liure de la main gauche, & vne teſte de mort ſous le pied, pour nous apprendre que ceux qui excellent en l’vne & en l’autre de ces nobles profeſſions ne voyent iamais le fleuue d’oubly,

Et que malgré Charon, qui les prend dans ſa barque,
Leur nom & leur vertu triomphent de la Parque.


Amitié. IV.


VOicy la peinture de l’Amitié, qu’Ariſtote definit vne mutuelle correſpondance d’affections entre des perſonnes de meſme humeur, & qui ſe propoſent touſiours la Raiſon & la Vertu pour guides. Elle eſt ſimplement veſtuë d’vne robe blanche ; & peu s’enfaut que ſon eſpaule gauche ne ſoit auſſi nuë que ſa belle gorge, qu’elle a toute deſcouuerte. Sa Guirlande eſt de fueilles de Myrthe & de fleurs de Grenadiers entrelaſſées, auec ces mots au deſſus, Hyems et Æstas, qui ſignifient L’Hyuer et l’Eſté. De ſa main droite elle monſtre ſon cœur, où ſont eſcrites ces paroles en lettres d’or, Longe et prope, loing & prés, & celles-cy au bas de la robe, Mores et Vita, La Mort & la Vie. Elle ſe plaiſt à la nudité de ſes pieds, & empoigne auec la main gauche vn ormeau ſec, enuironné d’vn ſep de vigne.

La liurée de l’Amitié ſincere eſt touſiours blanche, & ſon habillement ſans parure, pour vne marque de ſa franchiſe, qui ne peut ſouffrir ny artifice, ny déguiſement.

Les differentes deuiſes qui ſe liſent ſur ſon corps, & qui en ſont comme l’ame, ſignifient qu’vn parfait amy prés ou loing de la perſonne aymée, en eſt en tout temps inſeparable : Car pour grand que ſoit le changement de la Fortune, ou bonne, ou mauuaiſe, il eſt tres-content de viure & de mourir pour les intereſts d’vne vertiable affection. Que s’il arriue qu’elle ſoit feinte, il ne faut que le moindre reuers pour la faire fondre tout à l’inſtant, comme la neige au Soleil.

Quant à ſa Guirlande, faite de Myrthe, & de fleurs de Grenadier, elle eſt un ſymbole de l’vnion des volontez, le fruct deſquelles, quelque caché qu’il ſoit au dedans, ne laiſſe pas de paroiſtre enfin ; n’eſtant pas posſſible qu’il ne s’en exhale de bonnes odeurs, par les exemples & les actions honorables de ceux qui les accueillent. En quoy toutesfois il ne faut pas qu’il y ait aucune marque d’oſtentation ny de pompeuſe apparence. Car on ne peut mettre en doute, que l’vne & l’autre ne ſoient bien ſouuent les maſques de la flatterie la plus ſeruile, comme celle-cy eſt aſſeurément contraire à vne amitié ſans fard, & ſon irreconciliable ennemie.

On peint encore cette Vertu nuë par les pieds, pource qu’il n’eſt point d’incommodité qu’elle n’endure pour le ſeruice de ſon Amy : & luy fait-on pareillement embraſſer un ormeau ſec, entouré d’vn ſep de vigne, afin de donner à connoiſtre par là, Que l’Amitié ne doit pas moins paroiſtre dans les diſgraces que dans les ſuccez fauorables, & qu’il n’eſt point d’amy ſi peu vtile, qui ne puiſſe en quelque façon trouuer dequoy s’acquitter des courtoiſies & des effets de bien-veillance qu’au beſoin on luy teſmoigne.


Amovr dompté. V.


CEst vn Cupidon aſſis, le flambeau duquel ne paroiſt point, & qui foule aux pieds ſon arc & ſes fleches. Il tient de la main droite vn Horloge de ſable, & de la gauche l’oyſeau communément appellé petit Plongeon, qui eſt extremement maigre & décharné.

Le Temps & la Pauureté ſont les deux choſes les plus capables d’eſteindre l’Amour. C’eſt à raiſon de cela qu’on luy met en main vn Horloge, qui eſt le vray ſymbole du Temps, par qui ſont moderées les inquietudes de l’eſprit, & les paſſions de l’ame. Mais il remedie ſur tout à celle d’Amour, à cauſe qu’ayant pour but la joüiſſance d’vne belle Maiſtreſſe, il faut neceſſairement que la beauté venant à ſe chãger par la reuolution des ans, le deſir ſe chãge auſſi, & que l’Ame ſe tourne à d’autres penſées.

La Pauureté produit encore le meſme effect ; & l’experience nous monſtre, qu’il n’eſt point d’Amant que la miſere ne dompte, apres que pour aſſouuir ſes folles affections il a perdu ſa ieuneſſe, & diſſipé ſa meilleure ſubſtance. Ce pauure Amour que nous deſcriuons icy en ſert d’exemple par le chetif oyſeau qu’il a ſur le poing : C’eſt vne maniere de Plongeon, que les Grecs appellent Κιγκλὁς, qui ſelon Suidas, eſt ſi chetif, que n’ayant pas la force de ſe faire vn nid, il eſt contraint d’aller couuer dans celuy des autres oyſeaux.

Aux deux remedes d’Amour que nous venons de donner, le ſeuere Crates, Philoſophe Thebain, en adjouſte vn troiſieſme, qui eſt le Deſeſpoir. Mais bien qu’en effet quelques Amants ayent voulu recourir à luy, apres n’auoir pû joüir de la choſe aymée ; ſi eſt-ce qu’ils n’ont pas eſté ſi foibles d’eſprit, que de ſe precipiter à la mort toutes les fois qu’ils l’ont inuocquée. C’eſt le reproche que fait Amarillis à ſon Myrtille, lors que l’oyant parler de mourir pour mettre fin à ſes peines, elle luy reſpond,

Bapt. Guar.
C’eſt en vain qu’vn Amant par vne fauſſe enuie,
__S’arme contre ſa vie ;
Et qu’en ſa paβion il veut faire ſon port
__Des eſcueils de la mort ;
Infidelle qu’il eſt, il dément ſa pensée
__D’une bouche inſensée,
Et trahit ſon amour, lors que pour en guerir
__Il dit qu’il veut mourir.

Voilà ce qu’il en ſemble au Caualier Guarini, la penſée duquel approche fort de celle-cy du Taſſo dans ſon Aminte,

Le diſcours de la mort eſt celuy d’vn Amant ;
Et toutesfois l’effet s’en enſuit rarement.

Il n’eſt doncques pas beſoin de reduire l’Amour au Deſeſpoir, qui eſt le pire de tous les maux, puis que nous auons demonſtré que le Temps & la Pauureté ſuffiſent pour le dompter, & le mettre à la raiſon, quelque mauuais qu’il puiſſe eſtre.


Amovr vertvevx. VI.


IL eſt icy figuré par vn Enfant qui a des aiſles au dos, & quatre guirlandes de Laurier, l’vne ſur la teſte, & les trois autres en ſes deux mains. Cela veut dire, ſi ie ne me trompe, qu’entre tant d’Amours de nature differente, que les Poëtes ont pris plaiſir à nous dépeindre, il ne s’en treuuve point de plus excellent, ny de plus illuſtre que celuy de la Vertu. Auſſi eſt-il vray qu’elle a de merueilleux charmes, & vn Empire abſolu ſur toutes les choſes du monde. Les Guirlandes qu’elle porte ſont les vrayes marques de cette haute preéminence, qui luy eſt legitimement deuë. Et comme le Laurier qui en eſt la glorieuſe matiere, ne perd iamais ſa verdure ; Ainſi peut-on aſſeurer, que l’amour de cette Reine eſt incorruptible & ſans bornes, auſſi bien que la Couronne de ſa teſte, qui ſignifie l’Eternité par ſa figure Spherique.

Ame Courtoise et Traictable. Agriculture.
Ripa - Iconologie - 1643 - p. 12 - ame courtoise.jpg

Ripa - Iconologie - 1643 - p. 12 - agriculture.jpg

Amovr Divin. Amovr vers sa patrie.
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Ripa - Iconologie - 1643 - p. 12 - amour de la patrie.jpg

ame raisonnable et hevrevse. Art.
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Ripa - Iconologie - 1643 - p. 12 - art.jpg



Ame covrtoise. VII.


CEtte nouueauté n’eſt pas bien grande, de voir la peinture d’vn Enfant, à qui vn Dauphin fait le meſme office ſur la mer, que le cheual rend à l’homme ſur la terre. L’ancienne Hiſtoire nous en fournit d’aſſez curieux Cap. 17. 21. exemples. Teſmoin celuy que Solin rapporte dans ſon Liure, à ſçauoir, qu’aupres d’Hippone il ſe treuua vn de ces animaux ſi amy de l’homme & ſi appriuoiſé, qu’il s’en alloit fort ſouuent au prochain riuage, où il tendoit l’eſchine aux vns, & ſe laiſſoit manier aux autres : Ce que le meſme Autheur dit eſtre arriué à Flauianus Proconſul d’Afrique, auquel il prit fantaiſie vn iour de le frotter de quelques onguents ; mais pource que la ſenteur en eſtoit trop forte, le pauure Dauphin faillit d’en mourir, & fut pluſieurs mois ſans reuenir à la riue. I’obmets Pln. I. 9. c. 8 qu’au temps de l’Empereur Auguſte, il y en euſt vn autre ſi priué, qu’vn petit garçon ayant pris l’aſſeurance de luy donner du pain l’apprit auſſi de monter ſur luy, & fut porté de Bajes à Pouzzol : Ce qui continue iuſques à la mort de l’enfant, qui fut ſuiuie de celle du Dauphin, au grand eſtonnement de ceux qui le virent. Ces deux exemples preuuent aſſez bien à mon aduis ce que ie pretends par cette figure, qui eſt, d’en faire l’Embleme d’vne Ame courtoiſe, ou, ſi vous voulez, officieuſe & bien née. Toute la raiſon que i’en puis donner eſt, que le Dauphin ayme l’homme, & qu’il le careſſe, par inſtinct pluſtoſt que par intereſt, ny pour aucun bien qu’il en reçoiue. Pierius le croit ainſi, lors qu’alleguant à ce propos le iugement qu’en fait vn Ancien ; Plutarque, dit-il, admire à bon droict ce genereux naturel que les Dauphins ont pour les hommes. Car ce n’eſt ny pour la nourriture qu’ils les aiment, comme font les chiens & les cheuaux, ny par autre neceβité ; ou pour auoir eſté deliurez de leur joug, comme l’on pourroit dire des Elephans, des Lyons, & des Pantheres, mais par ie ne ſçay quelle tendreſſe qui les y porte, & qui leur eſt ordinaire. Puis qu’ils tiennent donc de leur propre nature ces bons mouuemens qu’ils ont pour les creatures raiſonnables, ils meritent bien ſans doute d’eſtre le ſymbole des courages nobles, qui ſont nais pour obliger autruy. A quoy certes ne les pouſſe pas tant la recompenſe qu’ils en attendent, que leur inclination propre, qui ſe laiſſe aller

d’elle-meſme à des actions officieuſes & charitables.

Agricvltvre. VIII.


CEvx qui s’eſtudient à peindre l’Agricultre, luy font d’ordinaire vn viſage champeſtre, mais qui n’en eſt pas moins agreable, tel que celuy de la Deeſſe Cerés. Ils luy donnent pour habillement vne robe verte, & la couronnent d’vne guirlande d’eſpics. Auecque cela ils luy font tenir de la main gauche la figure du Zodiaque, & de la droite vn Arbriſſeau, qu’elle regarde fixement, pource qu’il commence à fleurir, outre qu’à ſes pieds eſt remarquable le coultre d’vne charruë.

Par ſa robe verte eſt ſignifiée l’Eſperance, ſans laquelle il ne ſe trouueroit iamais perſonne qui vouluſt s’employer à labouerer ny à cultiuer la terre.

La Couronne d’eſpics luy eſt donnée auecque raiſon, comme principale fin de cét Art, qui eſt de faire multiplier les grains pour la nourriture des hommes.

Par l’Arbre fleury ſur qui elle porte ſa main & ſes yeux, eſt denotée l’amour extreme du Laboureur enuers ſes Plantes, qui pour recompenſe du ſoin qu’il en a, luy promettent des fruicts, en ſuitte des fleurs qu’elles eſtalent.

Les douze Signes du Zodiaque marquent la diuerſité du temps & des ſaiſons de l’année ; à quoy le Laboureur doit prendre garde ſur toutes choſes.

Quant au coultre de la charruë, ce n’eſt pas ſans raiſon qu’il eſt mis au bas de cette peinture, pour eſtre l’outil le plus neceſſaire au labourage.

Ie rapporteray à ce propos qu’il ſe treuue des Medailles de l’Empereur Gordian, au reuers deſquelles le ſoin de l’Agriculture eſt repreſenté par vne Femme qui des deux bras qu’elle eſtend monſtre vn Lyon & vn Taureau couchez à ſes pieds ; Où il faut remarquer que le Lyon ſe prend icy pour la terre, comme conſacré qu’il eſt à la Deeſſe Cybele, & le Taureau pour le labourage, à cauſe que cét animal infatigable y eſt

extremement propre.

Amovr divin. IX.


COmme tous les autres Amours ne ſont rien à comparaiſon de celuy-cy, ce n’eſt pas merueille s’il eſt directement oppoſé à l’Amour prophane, & ſi on le peint d’vne maniere bien differente ; Car il n’eſt pas nud comme luy, mais veſtu modeſtement ; & s’il auoit à paroiſtre enfant, ce ne ſeroit que par ſa pure innocence. Il a quant au reſte les yeux eſleuez au Ciel, vn Calice en vne main, & en l’autre vn cœur embraſé ; & par le milieu percé d’vne fléche.

Cét Embleme eſt ſi clair de luy-meſme, qu’il n’a pas beſoin d’vne longue explication. Celuy qu’il repreſente a les yeux fixes en haut, pource que la beauté des choſes celeſtes luy fait dedaigner l’amour des Creatures mortelles.

Son habillement eſt ſimple, à cauſe qu’il eſt mortel ennemy du luxe ; & qu’ayant fait vœu de fouler aux pieds les vanitez de la terre, il ne veut pas que ſa conſcience luy reproche d’auoir moins de ſoin des ornemens de l’ame que de ceux du corps. Auſſi eſt-ce pour cela qu’à l’imitation de ſainct Paul il le mortifie ; & que pour chaſtier ſa moleſſe, il a recours aux diſciplines & aux ſilices.

Ses aiſles myſterieuſes ſont les figures de ſes hautes penſées, qui l’eſleuent à la contemplation des choſes diuines. C’eſt où il aſpire tant ſeulement, & où la Foy luy fait croire ce que ſa curioſité luy defend d’entreprendre. Ie veux dire par là qu’il meſure ſon vol par ſa foibleſſe, de peur que voulant ſonder trop auant l’impenetrable lumiere du grand Soleil de Iuſtice, il ne s’expoſe au hazard d’vne cheute plus dangereuſe que celle d’Icare.

L’adorable Nom de Iesvs qu’il a deuant luy, ne ſe peut mieux appeller qu’vn Caractere ſacré, qui luy donne autant d’amour pour le Ciel, qu’il a d’auerſion & de haine pour la terre. Que ſi l’Enfer meſme l’attaque, ce Nom venerable, qui fait trembler les Demons, luy ſert d’vn rempart d’airain, & d’vn celeſte Palladium, qui eſt à l’eſpreuue de leurs armes.

Par le Calice qu’il porte, où ſe void la ſaincte Hoſtie couronnée de rayons, qui ſe forment de ſa propre clairté, nous ſommes tous confirmez dans cette doctrine ſalutaire, Qu’il eſt impoſſible que noſtre amour enuers le Souuerain Createur, arriue iamais au poinct où il faut qu’il ſoit, pour eſtre parfaict, s’il n’eſt appuyé d’vne ferme Foy, qui eſt vn don de Dieu, & vne lumiere infuſe, par qui nous croyons indubitablement les choſes où les raiſons humaines ne peuuent atteindre.

Finalement, le Cœur plein de flame & percé d’vne fleche, monſtre que l’Amour celeſte eſt de la nature du diamant, qui s’eſpure dans le feu ; & qu’il ſe raffine par la patience, comme l’or par la coupelle ; Qu’au reſte celuy qui en a le cœur bleſſé, le porte à la main ; c’est à dire qu’il ne dément iamais ſes penſées par les déguiſemens & les artifices des Amans du monde, qui ne s’attachent d’inclination qu’à des objets periſſables.


Amovr de la patrie. X.


ON le repreſente par vn vigoureux & ieune Guerrier, qui ſe tient debout entre vne grande flamme de feu, & vne eſpaiſſe exhalaiſon de fumée, vers laquelle il tourne les yeux auec vne mine reſoluë, & vne aſſeurance ineſbranlable. En ſa main droite il porte vne Couronne d’Herbe ; & en la gauche il en tient vne autre de Cheſne. Il eſt armé à l’antique, pour les raiſons que nous dirons cy-apres ; & bien qu’il doiue apprehender apparemment, eſtant ſur le bord d’vn precipice profond, ſi eſt-ce qu’auecque le meſme courage qu’il teſmoigne auoir à meſpriſer ce danger, il marche ſur les picques, & foule aux pieds les eſpées nuës.

Cét Amour eſt peint ieune & robuſte ; pource qu’il ſe renouuelle & ſe renforce, à meſure que la perſonne vieillit. Les autres tout au contraire diminuent à la fin, & paſſent de la careſſe au deſdain, du feu à la glace, & de la violence à l’aneantissement. Teſmoin l’Amour qu’vn Cavalier a pour vne Dame, ou vn Courtiſan pour ſa fortune, ou vn Capitaine pour la gloire, ou vn Marchand pour les biens du monde. Quelque paſſion qui les entraine apres ces vains & ridicules amuſements, elle n’eſt iamais ſi forte que le Temps n’en vienne à bout, & qu’il n’en voye la fin auſſi bien que le commencement. Mais l’experience monſtre tous les iours qu’il ne peut deſtruire l’Amour dont nous parlons, non pas meſme par la mort, puis que c’eſt par elle que ceux qui ſe ſacrifient pour la Patrie s’ouurent vn chemin à l’immortalité : Ce n’eſt donc pas ſans ſujet que pour la ſeruir au prix de leur ſang, tant de grands courages en cherchent ſi paſſionnément les occaſions dans les Pays eſtrangers. Que ſi par le ſort des Armes ils s’en retirent la vie ſauue, apres la glorieuſe ſatisfaction qu’ils ont de s’eſtre portez en gens de bien pour la defence de leurs foyers, de quels deſir ne bruſlent-ils point d’y retourner pour en reuoir la fumée ? Certainement celle d’Ithaque plaiſoit ſi fort à Vlyſſe, qu’il ſe l’imaginoit plus agreable que n’eſt vne belle nuée qui enuironne le Soleil qui ſe couche ; & quelque petit que fut ſon village, il n’en eſtimoit pas moins les mazures, qu’Agamemnon priſoit les murailles de la grande ville de Mycenes : Auſſi ſçait-on bien que les hommes aiment leur pays, pluſtot à cauſe qu’ils y ſont nais, que pour la grandeur & la fertilité qui luy donnent de l’eſtime.

Ouid.
Sans mentir l’air natal a des douceurs extremes,
Et defend aux mortels de s’oublier eux-meſmes.

Ce que les peuples les plus barbares ayant touſiours reconnu, pour n’eſtre reueſches aux ſentimens que la Nature leur en a donnez, nous pouuons dire veritablement auec vn ancien Poëte,

Euripid.
_Qu’aymer vn païs eſtranger
Plus que celuy de ſa naiſſance,
C’eſt auoir peu de connoiſſance,
Et l’eſprit, ou foible, ou leger.

Noſtre Guerrier porte en ſes mains deux marques d’honneur bien ſignalées & dignes de luy. La premier est vne Couronne de Gramen, ou d’Herbe ſimple, que les Anciens auoient accouſtumé de donner à celuy de leurs Citoyens, qui par quelque action extraordinaire auoit deliuré leur ville de la violence des ennemis qui la tenoient aſſiegée. Cette Couronne, que l’on ne priſoit pas moins que ſi elle euſt eſté de fin or, ou toute brillante de pierrerie, & qui ſe faiſoit ordinairement de la premier Herbe que l’on trouuoit dans l’enclos de la place qui auoit eſté bouclée, fut au grand Capitaine Fabius vn prix illuſtre de ſa valeur, qu’il receut ſolemnellement de tout le corps du Senat, apres qu’en la ſeconde guerre des Carthaginois contre les Romains, il les eut contraints de leuer honteuſement le ſiege, qu’ils auoient mis deuant la capitale ville du monde. Pour la meſme fin encore s’il arriuoit que dans la meſlée quelqu’vn des leurs ſauuaſt la vie à vn Citoryn, ils luy ſouloient donner vne Couronne de Cheſne. A quoy ie veux croire que cét Arbre eſtoit particulierement deſtiné, à cauſe que les Anciens l’auoient en grande veneration, & que les glands qu’il produit leur ſeruoient de nourriture ordinaire. Plutarque neantmoins ne demeure pas d’accord de Quæst. Rom. cette raiſon, qui eſt rapportée par Aulegelle, & en allegue quelques autres, qu’il dit eſtre plus vray-ſemblables. Mais quoy qu’il en ſoit, il eſt tres-certain que ces deux Couronnes eſtoient le prix honorable de ceux qui auoient bien ſeruy leur Patrie, l’amour de laquelle ne peut regarder la conſeruation de tout le public, qu’elle ne comprenne celle de châque Citoyen en particulier.

Le precipice qui ſe void ouuert aux pieds du Soldat que nous dépeignons, auec leſquels il foule ſans crainte toute ſorte d’armes, nous aduiertit qu’vn vray Citoyen n’apprehende iamais aucun danger pour l’amour de ſa Patrie ; En cela ſemblable au renommé Curtius, Cheualier Romain, & au valeureux Anchur, fils de Mydas Roy de Phrigie, qui pour ſauuer leur païs des contagieuſes exhalaiſons qui ſortoient d’vn gouffre eſpouuantable, s’y precipiterent volontairement ; Ce qui monſtre aſſez combien doit eſtre recommandable aux courages nobles le ſeruice de leur Patrie ; & qu’auec beaucoup de raiſon Neſtor dans Homere, pour mieux encourager les Troyens à combattre les Grecs, leur dit ces paroles,

Iliad.. 19.
Courage, compagnons, ſuiuez voſtre deſtin ;
Attaquez les vaiſſeaux de ce Peuple mutin,
Et que pas vn de vous lâchement de n’eſtonne
Des atteintes de Mars, ny des traits de Bellonne ;
Vous ne ſçauriez mourir d’vne plus belle mort.

Le ſage Lycurgue, grand Legiſlateur & grand Roy tout enſemble, ordonna pour cét effet. Qu’on n’euſt à grauer ſur les tombeaux les noms d’aucuns Citoyens, que de ceux-là ſeulement qui ſeroient morts pour la defence de leur païs : Ce qu’il fiſt ſans doute, pour apprendre aux autres à les imiter ; comme s’il euſt voulu dire, que dans vn Eſtat bien policé, les valeureux & fidelles Compatriotes eſtoient ſeuls dignes de la memoire des hommes.

Par ces exemples il eſt aiſé de iuger, que l’habit de ſoldat eſt fort conuenable au bon Citoyen, puiſque pour defendre le lieu de ſa naiſſance, il fait touſiours gloire de mourir courageuſement, & les armes à la main. Cette vérité ne ſe peut cacher, eſtant ſi viſible dans l’Hiſtoire ; où tant que les belles actions auront lieu, on remarquera par deſſus les plus grands Noms de ces braues Romains, Decius, Horace, Fabius, & ainſi des autres ; Et parmy les Grecs celuy de Grillus, fils de Xenophon, Philoſophe Athenien, qui durant vn Sacrifice, où il preſidoit, ayant appris que ce valeureux ieune homme qu’il croyoit luy deuoir ſuruiure, eſtoit mort en combattant pour ſon païs, ſe remit à l’heure meſme la Couronne ſur la teſte, & ſe tournant vers le meſſager qui luy auoit apporté de ſi funeſtes nouuelles : Voilà, dit-il, mes vœux exaucez : Ie viens d’obtenir ce que i’ay touſiours demandé aux Dieux, à ſçauoir qu’ils me donnaſſent vn fils qui mouruſt pour ſa Patrie, & non qui veſcuſt de longues années, veu qu’on ne ſçait s’il est bon ou mauuais de viure long-temps.


Ame bien-heureuse. XI.


ENcore que l’Ame, comme diſent les Theologiens, n’ait rien de corporel, & qu’elle ſoit vne ſubſtance immortelle, l’homme neantmoins attaché aux ſens du corps, ſe la figure en l’imagination le mieux qu’il la peut comprendre, & non autrement qu’on a de couſtume de repreſenter Dieu & les Anges. Il ne faut donc pas trouuer eſtrange, ſi pour en laiſſer à l’eſprit vne veritable idée, nous an faiſons ainſi la peinture.

C’eſt vne ieune Fille, en qui la grace & la beauté ſont également jointes enſemble. Elle a vne Eſtoile ſur la teſte, des aiſles au dos, le viſage couuert d’vn voile tranſparent, & vne robe eſclatante, & fort deliée.

On la peint belle, pource qu’elle eſt faite à l’image de Dieu ſon Createur, ſource inepuiſable de beauté, de grace, & de perfection.

Le voile qu’on luy met ſur le viſage, nous fait remarquer Lib. def. an. auecque ſainct Augustin, Qu’elle eſt vne ſubſtance inuiſible aux yeux humains, & vne forme ſubſtantielle du corps, où elle ne paroiſt point, & ne ſe comprend que par certaines actions exterieures.

L’eſclat de ſa robe eſt vne marque de la grande pureté par qui elle eſt en ſon luſtre, & vn ſigne myſterieux de la perfection de ſon eſſence.

L’Asſtre qui brille deſſus ſa teſte ſignifie ſon immortalité, que les Egyptiens ſouloient dépeindre par vne Eſtoile, comme Lib. 44. ſe void dans Pierius en ſes Figures Hieroglifiques.

Quant à ſes aiſles, il n’y a celuy qui ne les prenne auecque raiſon pour des effets de ſa viſteſſe incroyable dans les fonctions ſpirituelles, & qui par elles-meſme n’entende ſes deux plus nobles puiſſances, qui font l’Entendement & la Volonté.


Art. XII.


ON le repreſente par vne Femme agreable, qui paroiſt ingenieuſe à ſa mine, & qui eſt veſtuë d’vne robe verte. Elle tient en ſa main droite trois ſortes d’outils, qui ſont vn marteau, vn burin, & vn pinceau ; & s’appuye de la gauche contre vn pieu enfoncé dans la terre, ſeruant d’eſtançon à vne ieune plante, qui l’enuironne depuis le bas iuſques en haut.

L’agréement qui ſe remarque dans le viſage de cette Femme, monſtre aſſez combien charmantes ſont les merueilles de l’Art, & ce que peut vn excellent ouurage ; ſoit pour attirer les yeux d’vn chacun, ſoit pour mettre ſon Autheur dans l’approbation & dans l’eſtime de tout le monde.

Sa robe de couleur verte, ſignifie, Qu’en quelque profeſſion que ce ſoit, les meilleurs Ouuriers ne s’eſtudient à perfectionner la Nature par le moyen de l’Art, qu’à cauſe de l’eſperance qu’ils ont, ou d’en tirer de la gloire, ou d’en auoir du profit. Car il eſt indubitable que l’honneur & l’intereſt ſont deux demons grandement puiſſans, pour aiguiſer l’eſprit de l’homme, & le faire reüſſir dans les ouurages les plus difficiles.

Les trois outils qu’elle tient en main, ſont icy mis comme les plus ordinaires, & les plus propres à imiter la Nature, principallement dans les pieces où l’on ſe ſert du burin & du pinceau, par qui les Peintres & les excellents Sculpteurs reuiuent apres leur mort.

Et d’autant qu’il y a certaines choſes, où l’Art ne trauaille pas tant à imiter la Nature en ſes productions, qu’à ſuppleer à ſes deffauts, comme il ſe void en l’Agriculture ; C’eſt à raiſon de cela qu’on peint cette Femme appuyée contre vn pieu planté dans la terre, pource que le pieu qui eſt droit, fait que l’arbriſſeau tortu & encore tendre, ſe redreſſe par la force de l’Art, à meſure qu’il prend accroiſſement.

Artifice. Assidvité.
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Astrologie. Avthorité.
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Aurore. Avarice.
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Artifice. XIII.


SA Peinture eſt celle d’vn homme de beau viſage, & l’habillement duquel eſt ſemé d’vne riche broderie. Il tient la main droite appuyée ſur vne viz ſans fin, & de la droite il monſtre vne ruche pleine de mouche à miel, dont les vnes s’attachent au deſſus, & les autres s’enuolent.

Il eſt veſtu noblement & artiſtement, pource que l’Art eſt ſi noble de ſoy, qu’on le peut nommer vne ſeconde Nature.

Il s’appuye de la main droite ſur vne viz, pour monſtrer que l’induſtrie humaine a inuenté des machines, & des inſtrumens, par l’aide deſquels on peut ſans aucun effort faire des choſes qui ne ſemblent pas croyables. C’eſt pour cela qu’en vn vers qu’Ariſte a pris plaiſir de citer en ſes Mecaniques, le Poëte Antiphon nous enſeigne, Que par le moyen de l’Art, nous venons à bout quelquefois de certaines entrepriſes, qui ſemblent directement oppoſées à la nature de la choſe meſme à laquelle nous trauaillons. Ce que nous n’auions l’experience, qui nous fait voir qu’en nos baſtimens ordinaires, il ſeroit comme impoſſible d’enleuer les plus groſſes pierres, ſans la Machine vulgairement appellée Gruë.

Par la Ruche qu’il monſtre, qui eſt pleine de mouches à miel, nous eſt declarée leur merueilleuſe induſtrie, qui fait dire au plus ſage de tous les hommes ; Va-t’en à l’abeille, qui t’apprendra combien elle eſt diligente & laborieuse en ſon ouurage ; Æneid. Georg. & au Prince des Poëtes Latins, Que ces merueilleux Animaux, quelques petits qu’ils ſoient, ne laiſſent pas d’eſtre grands en leur conduite, comme ayant leurs chefs, leurs ordres, leur police, & leur œconomie, d’où ſe forme entr’eux vne maniere de Royauté.


Assidvité. XIV.


C’Est le tableau d’vne Vieille, qui tient des deux mains vn Horloge de ſable, & pres de laquelle ſe void vn eſcueil enuironné d’vn rameau de Lierre.

L’Empire du Temps, qui trauaille continuellement à noſtre ruine, nous eſt marqué par la vieilleſſe de cette Femme. Elle tient pour cét effet vn Horloge de ſable, qui a beſoin de ſon aſſiduité, ſoit qu’il le faille tourner, ou le remuer ſouuent, de crainte qu’il ne s’arreſte.

Pour le regard de l’eſcueil que le Lierre enuironne, cela veut dire, Que ceux qui s’attachent au ſeruice des Grands, & qui leur rendent les aſſiduitez & les deuoirs à quoy ils ſont obligez, montent peu à peu comme le Lierre, tant qu’ils les ont pour ſupport ; mais que leur appuy eſt rarement ſans quelques eſcueils.


Astrologie. XV.


CEtte figure de l’Aſtrologie eſt tirée de la deſcription que pluſieurs excellents Poëtes en ont faite. Elle a vn habillement bleu, des aiſles au dos, vn Compas en la main droite, & en la gauche vn Globe celeſte.

Elle eſt veſtuë de bleu, pour nous apprendre qu’elle a pour objet la contemplation des Cieux, & des Eſtoilles, qui leur ſeruent d’ornement ; auſſi en eſt-elle couronnée.

On la peint auec vn Globe & vn Compas à la main, pource qu’elle s’eſtudie à meſurer les Cieux, & à conſiderer leurs mouuemens, & leur iuſte ſymmetrie. Le meſme nous eſt ſignifié par ſes aiſles, à cauſe que cette Science a cela de propre, d’eſleuer l’eſprit aux connoiſſances les plus loüables & les plus hautes.

Quelques-vns encore luy donnent vn Sceptre, afin de faire voir par là, que les Aſtres ont vn Empire puiſſant ſur tous les corps ſublunaires ; Et d’autres mettent vne Aigle à ſes coſtez, pour monſtrer qu’à l’imitation de ce Roy des oyſseaux, qui regarde le Soleil fixement, l’Astrologie eſt ſi clair-voyante, que dans l’obſcurité meſme, elle ſe fait des lumieres, pour penetrer iuſques dans les Cieux.


Authorité. XVI.


IE ne penſe pas que la Puiſſance ou l’Authorité ſe puiſſe mieux peindre qu’en ce portraict, qui la repreſente comme vne Dame venerable, aſſiſe dans vn magnifique thrône, & veſtuë d’vne belle robe, couuerte de pierrerie : auec deux Clefs en la main droite, vn Sceptre en la gauche, & à ſes coſtez vn double trophée d’Armes & de Liures.

Lib. de Senect. On la peint aagée, pource qu’au dire de Ciceron, vne Vieilleſſe honorable eſt ſi pleine d’Authorité, qu’elle ſurpaſſe de bien loin tous les autres plaiſirs de la vie, comme eſtant la ſource de la Prudence & de la Sageſſe : d’où il s’enſuit auſſi, Que les ieunes doiuent obeïr, & les vieillards doiuent commander.

Elle eſt aſſiſe en vn Thrône, à cauſe que cette action, propre aux Souuerains, & aux premiers Magiſtrats, eſt vne marque d’Authorité, & de tranquillité d’eſprit. A raiſon dequoy les Iuges, qui ont puiſſance d’abſoudre & de condamner, ne le peuuent faire ſelon les Loi, s’ils ne ſont aſſis.

Son habillement eſt plein d’eſclat & de pompe, pour monſtrer la grande preéminence qu’ont ſur autruy les perſonnes de condition & d’authorité.

Les Clefs ſignifient cette meſme puiſſance, & particulierement la ſpirituelle ; comme il nous eſt declaré par ces paroles Math. 16. de Iuſus-Chriſt, parlant à ſainct Pierre, Ie te donneray les Clefs du Royaume des Cieux, où ſera lié tout ce que tu lieras ſur la terre, & tout ce que tu deſlieras y ſera pareillement deſliée.

Or ce qu’elle hauſſe la main droite, comme ſi elle vouloit eſleuer au Ciel les Clefs qu’elle tient, eſt pour nous apprendre, comme dit S. Paul, Que toute puiſſance vient de Dieu ; & par conſequent, Que tous ceux qui releuent de celle d’autruy, ſont obligez de la reconnoiſtre, & de s’y aſſujettir.

Quant au Sceptre qu’elle porte, il eſt vne marque de la Puiſſance temporelle, comme les Armes qui ſe voyent à ſes coſtez en ſont vne autre ; Et les Liures vn ſigne expres de l’Autorité des Eſcritures.



Avrore. XVII.


CEtte belle Fourriere du iour, à qui l’on donne des aiſles comme à la Renommée, ſe fait remarquer par le vermillion de ſes jouës, & par ſa robe de couleur jaune.

Elle tient vn flambeau d’vne main, & ſeme des fleurs de l’autre, ſereinant l’air à ſon arriuée, qui cependant reſioüit la terre & les plantes, qu’elle arrouſe de ſes larmes.

Ses Aiſles figurent la merueilleuſe viſteſſe de ſon mouuevement, qui diſparoit auſſi-toſt. Car de la meſme façon que la nuict luy quitte ſa place, il faut qu’elle cede la ſienne au Soleil, qui par ſes rayons naiſſans efface toutes les autres lumieres.

Le rouge & le jaune luy conuiennent extremement bien, à cauſe qu’à ſon leuer elle peint tout l’horizon de ces couleurs, comme il ſe remarque en diuers endroits d’Homere, où il dit : Od. 2.

Que d’vn teint de ſaffran elle ſemble voilée,

A quoy ſe rapportent ces vers de Virgile, In Epigr.

L’Aurore cependant de jaune coloriée,
___Sort de l’onde azurée.

Et ceux-cy d’Ouide, Lib. 5. de art. am.

Cephale ſceut que le Deſtin,
Moiſſonne les plus belles choſes,
Et deuint le honteux butin,
De la Deeſſe au teint de roſes.

Elle porte vn flambeau allumé, à cauſe, comme i’ay dit, qu’auſſi-toſt qu’elle ſe leue, cét endroit du Ciel où elle paroiſt brille d’vne agreable clarté.

Touchant les fleurs qu’elle ſeme, cela ſignifie que celles dont la terre s’eſmaille, doiuent leur eſpanoüiſſement & leur fraiſcheur à la roſée, que les Poëtes ont feint naiſtre de l’Aurore, & diſtiller de ſes yeux, comme des perles liquides.

Quelques-vns encore l’ont peinte aſſiſe ſur le cheual Pegaſe, pour monſtrer auec combien de viſteſſe elle vole dans le Ciel ; ou poſſible, pource qu’elle aime les Muſes, & que les Poëtes qui en ſont inſpirez font de plus belles productions d’eſprit au matin, que tout le reſte de la iournée.


Avarice. XVIII.


CEst vne Vieille effroyable à voir, pour eſtre extremement laide, paſle, deſcharnée, melancolique, & monſtrueuſe par tout le corps. La violence de la douleur qu’elle ſent luy fait porter l’vne de ſes mains ſur ſon ventre, qui eſt plus gros que celuy d’vn Hydropique. Elle ſemble cependant deuorer des yeux vne bourſe, qu’elle tient eſtroittement ſerrée de l’autre, & n’a pour toute compagnie qu’vn Loup affamé, auſſi maigre qu’elle, & qui ne bouge de ſes coſtez.

L’Auarice, mortelle ennemie des Vertus Morales & Chreſtiennes, eſt vne exceſſiue conuoitiſe d’auoir du bien, qui dans le cœur de celuy qu’elle poſſede, engendre la hayne, la cruauté, le diſcord, l’ingratitude, & la trahiſon. Auſſi a-t-on accouſtumé de la peindre Vieille, non ſeulement pour la puiſſance qu’elle a ſur les Vieillards, mais pour faire voir encore qu’elle eſt l’ancienne mere de toute ſorte de fourberies & de malices.

Le viſage paſle, eſt vn effet de la malignité de ſon enuie, qui la ronge & la bourrelle ſans ceſſe, pource que dans le comble meſme de ſes richeſſes, il eſt impoſſible de luy oſter de l’eſprit, que la fortune de ſon prochain ne ſoit meilleure que la ſienne. Diſons encore, que ſi quelque choſe fait paſlir vn homme auare, c’eſt l’apprehenſion qu’il a que ſon bien ne diminuë ; Ce qui luy donne ſi fort l’alarme, qu’il ne rencontre iamais vne parfaite aſſeurance en autruy, tant s’en faut qu’il la puiſſe treuuer en ſoy-meſme.

L’on adiouſte icy, qu’auec beaucoup de raiſon cét inſatiable appetit des biens du monde eſt comparé au mal d’vn Hydropique. Car comme celuy-cy ne fait que s’alterer dauantage à force de boire ; l’Auare de meſme ſemblable à Tantale, ne peut eſteindre l’ardante ſoif qu’il a des richeſſes, & ſe croit pauure dans l’abondance.

Noſtre vielle Harpie ne tourne les yeux que ſur ſa bource ; à cauſe que repreſentant l’Auarice, elle prend plus de plaiſir à regarder ſon argent, qu’à l’employer aux choſes vtiles & neceſſaires.

On luy donne vn Loup qui l’accompagne, pour monſtrer que l’homme auare ne tourne ſes penſées qu’aux moyens d’attraper le bien d’autruy, ſoit par ruſes couuertes, ſoit par manifeſtes rapines. En cela ſemblable à ce glouton & inſatiable animal, qui ne ſe contentant pas de la proye qu’il a faite, taſche de ſurprendre ou les Bergers, ou les chiens, & n’a iamais de repos, qu’il n’ait eſtranglé tout ce qu’il y a de brebis dans vne Bergerie, tant il a peur de n’auoir pas dequoy ſe ſaouler.

Beavté de Femme. Beavté Celeste.
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Bienveillance. Benignité.
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Bonté. Bon avgvre.
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Beavté de femme. XIX.


ELle eſt peinte nuë, auec vne Guirlande de Lys & de Violettes, vn Dard en vne main, en l’autre vn Miroir, & vn Dragon eſpouuentable ſous elle.

On la couronne de Lys, à cauſe que cette fleur naturellement blanche, agreable, & ferme en ſes fueilles, eſt vn ancien Hieroglyphe de la Beauté ; bien que toutesfois elle ſe paſſe plus viſte que ne font les Violettes, qui pour cela ſont iointes à ſa Guirlande.

Le Dard dont elle bleſſe les cœurs, ne fait d’abord qu’vne bien legere playe, qui s’accroiſt neantmoins inſenſiblement, pource que la fléche s’enfonce peu à peu ſi auant, qu’il eſt difficile de la retirer. Par où il eſt demonſtré, Que les bleſſures d’Amour ſemblent douces au commencement, mais que le temps les enuenime, & les rend quelquefois incurables, tant s’en faut qu’il les gueriſſe.

Quant au Miroir qu’elle tient en main, c’eſt la Beauté meſme ; où plus vn Amant ſe regarde, & plus il ſe plaiſt à aimer l’objet qui luy eſt repreſenté, ſi bien que le plaiſir qu’il y prend luy en fait deſirer la joüiſſance.

Le Dragon ſur qui elle eſt aſſiſe, apprend aux Amans à ſe tenir ſur leurs gardes, pource qu’où la Beauté ſe rencontre, c’eſt là qu’ordinairement l’excez de l’Amour ſe meſle au venin de la Ialouſie.

Ie ne parle point de ſa nudité, qui veut dire que les Femmes, quelque mine qu’elles faſſent, ſe picquent ſi fort des beautez du corps, que pour les faire admirer, les moins honneſtes d’entr’elles, comme dit vn ancien Poëte, en eſtalleroient volontiers toutes les parties, ſi elles n’eſtoient retenuës par la honte, ou par la timidité qui eſt naturelle à leur ſexe.


Beavté celeste. XX.


IL n’eſt pas moins difficile de la peindre que de la regarder, ſans eſtre eſbloüy des rayons qui l’enuironnent. Et bien qu’elle n’eſcoute pas volontiers les loüanges que luy donne la Renommée, qui n’en peut parler aſſez dignement, l’vne & l’autre neantmoins ont la teſte enueloppée d’vn nuage. Elle tient au reſte vn Lys d’vne main, & de l’autre vn Compas & vne Boule.

Elle cache ſa teſte dans les nuës, pource qu’il n’est rien de ſi obſcur à l’eſprit humain, ny rien dequoy la langue des hommes puiſſe parler plus difficilement que de la Beauté. Que s’il la faut definir par Metaphore ; Elle n’eſt autre choſe, ſelon les Platoniciens, qu’vne lumiere reſplandiſſante, la ſource de laquelle eſt la face de Dieu. Car la premiere de toutes les Beautez n’eſt qu’vne meſme choſe auec luy : Tellement que ſi les mortels ſe hazardent d’en parler, tout ce qu’ils en diſent, ils le tiennent de ſa grace particuliere, & de ſa profonde ſapience, qui leur en communique l’idée. Mais comme ceux qui ſe regardent dans vn Miroir, n’en ſont pas pluſtoſt eſloignez, qu’ils perdent le ſouuvenir de ce qu’ils ont veu ; Ainſi tant que nous ne conſiderons la Beauté que dans les choſes mortelles, nous ne pouuons pas nous eſleuer hautement à la contemplation de cette pure & ſimple clarté, d’où procedent toutes les autres lumieres. Dant. Part. 2.

Rien ne ſe void en aucun lieu,
Qui ne ſoit formé d’vne Idée,
Qu’engendre l’amour du grand Dieu,
Par qui la Raiſon eſt guidée.

Le Lys fleuriſſant qu’elle meſle parmy ſes rayons, ſignifie vne eſgale correſpondance de lineamens & de couleurs ; ce qui nous eſt encore demonſtré par le Compas & le Globe qu’elle tient de l’autre main. Car la vraye Beauté, de quelque nature qu’elle ſoit, a ſes proportions & ſes meſures, qui s’ajuſtent au temps & au lieu. Comme par exemple, le lieu determine la Beauté en la diſpoſition des Prouinces, des Villes, des Temples, des Places, de l’Homme, & generalement de toutes les choſes qui ſont ſujettes à l’œil, ou qui luy plaiſent en quelque ſorte ; ſoit par la symmetrie des figures, ſoit par la delicateſſe des traits, ſoit par l’agreable meſlange des couleurs, & des ombrages qui les rehauſſent. Le Temps tout de meſme reglant comme il faut les tons, les meſures & les cadences, en forme vne douce harmonie, qui fait que ces choſes & autres ſemblables eſtant bien ajuſtées plaiſent à meruilles, & ſont à bon droit appellées Belles. Dauantage, comme par la ſubtilité de ſon odeur, le Lys chatoüille les ſens, & reſueille les eſprits ; La Beauté demeſme incite les cœurs à aimer

les choſes qui tiennent de ſa nature, & qui ſont aimables d’elles-meſmes.

Bien-veillance. XXI.


CEtte Figure ne ſe peut mieux expliquer que de l’vnion mutuelle qu’il y doit auoir entre deux perſonnes mariées. Elle repreſente vne Femme agreable, couronnée de fueilles de vigne & d’ormeau, enlacées peſle-meſle. Le bras gauche qu’elle tend, ſemble demonſtrer quelque action officieuſe ; comme le droit ſignifie ſa merueilleuſe tendreſſe enuers vn Alcion, qu’elle tient eſtroittement ſerré contre ſa belle gorge.

Sa Guirlande eſt vn ſymbole d’Amour, pour la grande ſimpatie qu’il y a naturellement entre la vigne & l’ormeau,

Dont la forte vnion par l’Amour enchainée,
Semble les auoir ioints ſous le joug d’Hymenée.

Quant à l’Alcion qu’elle eſtreint contre ſon ſein, c’eſt vne alluſion à la fable d’Alcione femme de Ceïx, Roy de Thrace, qui eut tant d’amour pour ſon mary, qu’ayant ſceu la verité du ſonge qu’elle auoit fait de ſa mort, aduenuë ſur la mer, elle s’y precipita de regret qu’elle en euſt. Ce qui donna ſujet aux anciens Poëtes de feindre qu’elle auoit eſté transformée en cét oyſeau qui porte ſon nom ; Et ce qui a fait dire depuis à noſtre Horace François. M. de Malherbe.

Ainſi fût ſourde au reconfort,
Quand elle euſt trouue ſur le bord
La perte qu’elle auoit ſongée,
Celle de qui les paẞions,
Firent voir à la mer Egée
Le premier nid des Alcions.

Ce n’eſt donc pas ſans raiſon que l’ingenieux Ouide s’eſt aduiſé d’vne ſi belle Metamorphoſe, afin d’obliger plus fort les femmes à l’amour de leurs marys. Car à vray dire, la femelle de l’Alcion aime tellemnent le ſien, qu’au rapport de Plutarque, Plut. de ſolert. anim. s’il arriue que la foibleſſe de l’aage le rende peſant au vol, elle le porte ſur ſes eſpaules : elle le nourrit & le ſoulage ; elle prend la meilleure part de ſes maux, & luy tient compagnie

iuſques à la mort.

Benignité. XXII.


CEtte belle Dame, dont le viſage eſt ſi charmant, a toutes les marques d’vne parfaite Benignité. Ses cheueux blonds ſont ornez d’vne Couronne d’or, l’eſclat de laquelle ſe redouble par celuy d’vn beau Soleil, qui rayonne ſur ſa teſte. Elle eſt habillée d’vne riche robe, & de la façon qu’elle tient les bras ouuerts, il ſemble qu’elle ne demande pas mieux que d’accueillir fauorablement tout le monde. En ſa main droite elle porte vne branche de Pin, ayant vne chairre à ſon coſté gauche, & vn Elephant derriere elle.

Auant qu’expliquer cette Figure, il eſt à propos que nous donnions la definition de la Vertu qu’elle repreſente. La Benignité Eth. l. 4 n’eſt dont autre choſe, ſelon Ariſtote, Qu’vne affection, ou ſi l’on veut, vne inclination, qui porte naturellement vne perſonne genereuſe & magnanime, à eſtimer l’honneur qu’elle reçoit des honneſtes gens, & particulierement de ceux qui luy ſont inferieurs. Par où l’on peut voir, qu’à proprement parler, cette Vertu n’appartient qu’aux ames genereuſes, qui ont toutes les bonnes qualitez neceſſaires à la bien cultiuer. Or comme il eſt veritable que l’honneur eſt immediatement l’objet de la Benignité, il s’enſuit de là, qu’elle eſt la plus noble Vertu que puiſſe auoir vn genereux Prince.

De ce que ie viens de dire eſt vne preuue bien manifeſte l’extreme douceur qui ſe remarque dans le viſage de cette Dame ; qui n’a les bras ouuerts que pour donner vn libre accez à ceux qui l’abordent, & leur teſmoigner par ſon action combien elle merite d’eſtre aimée : Auſſi eſt-elle ſi aimable,

Qu’on dit que ſa beauté, qui n’a point de pareille,
Peut enchanter les cœurs d’amour & de merueille.

Et d’autant que ſa grande modeſtie eſt accompagnée d’vne Majeſté Royale, elle a pour cét effet vne Couronne d’or ſur la teſte.

Ce n’eſt pas encore ſans vn myſtere particulier qu’elle tient en ſa main droite vn rameau de Pin, vray ſymbole de Benignité. Car bien que cét arbre ſoit haut, & ſon ombre fort grande, ſi eſt-ce que les plantes qui ſont en bas n’en reçoiuent que de l’vtilité, comme le remarque Theophraſte. Ce qui nous apprend, Qu’vn homme de haute naiſſance & d’illuſtre tyge, n’eſt iamais nuiſible à ceux qui ſont au deſſous de luy, & que ſa protection leur eſt comme vne ombre, pour les mettre à couuert de la violence des meſchans.

L’on adiouſte icy pour vn autre ſymbole de la Benignité des Princes & des Seigneurs, le plus grand & le plus noble de tous les animaux, qui eſt l’Elephant : Dequoy les Naturaliſtes attribuent la cauſe à ce qu’il n’a point de fiel : mais l’on peut Lib. 8. cap. I. dire de plus auec Pline, que cét animal a de merueilleuſes lumieres d’eſprit, & des ſentimens qui approchent fort de ceux des creatures humaines. Cette preuue que l’on en donne n’eſt pas des moindres ; à ſçauoir, que ſi dans quelque deſert il rencontre vne perſonne eſgarée, pour ne la point effrayer il s’en eſcarte d’abord ; puis pour luy donner courage, il marche deuant, & luy ſert de guide, iuſques à ce qu’il l’ai remiſe peu à peu dans le grand chemin. Apres vne action ſi remarquable, que peut-on dire autre choſe, ſinon que c’eſt vn prodigieux effet de la bonté de cét animal, qui pouuant nuire ne le veut pas, & ne ſe plaiſt qu’à faire du bien. De ce meſme naturel ſont les bons Princes, qui par vne inclination genereuſe aſſiſtent leurs pauures ſujets, les redreſſent quand ils ſont fouruoyez, & leur donnent des azyles ſalutaires contre les perſecutions de ceux qui les veulent opprimer. Que ſi l’on fueillette bien l’ancienne Hiſtoire, l’on y trouuera ſans doute, Que par des actions de Clemence & de Bonté, les Alexandres & les Ceſars ont plus cueilly de Lauriers, que par leurs plus memorables faits d’armes.




Bonte. XXIII.


CEtte Nymphe, ou pluſtoſt cette Deeſſe, veſtuë d’vne robe de gaze d’or, & couronnée d’vne guirlande de Ruë, a les yeux fixes au Ciel, vn Pelican entre ſes bras, & à ſes coſtez un Arbre verdoyant, planté ſur le bord d’vne riuiere.

La Bonté en l’homme eſt vn meſlange de pluſieurs bonnes qualitez, comme celles-cy ; la Foy, la Iuſtice, l’integrité, la patience, & ainſi des autres.

Sa robe eſt tiſſuë d’or, à cauſe que c’eſt le meilleur de tous les metaux : Et pour la meſme raiſon encore le Poëte Horace donne à la mediocrité l’epithete de dorée, pource qu’il eſt veritable que par ſon moyen la Bonté ſe communique à toutes les choſes d’icy bas.

Sa Guirlande faite de Ruë, monſtre qu’elle n’a pas moins de force à exterminer les mauuaiſes penſées, qui luy font ſans ceſſe la guerre, que cette Herbe a de vertu contre les enchantemens & les charmes des malins eſprits, qui la fuyent naturellement, & l’ont en horreur. Dauantage, comme ce n’eſt pas la moindre de ſes qualitez que d’eſteindre peu à peu l’amour prophane ; la vraye Bonté de meſme a cela de propre, de fouler aux pieds tous ſes intereſts, & d’aſſuiettir à la raiſon l’amour de ſoy-meſme, qui trouble ordinairement l’harmonie des autres Vertus.

Elle tourne les yeux vers le Ciel, pour ne voir point les vanitez de la terre. Car les objets de baſſeſſe & de fragilité ne luy ſont pas moins odieux, que la contemplation de choſes diuines luy eſt agreable.

Le Pelican qu’elle tient entre ſes bras, eſt vne figure de ſon ardente Charité ; Car elle retranche de ſa propre nourriture, pour en faire part aux pauures ; à l’imitation de cét oyſeau ſecourable, qui pour empeſcher que ſes petits ne meurent de faim, ſe perce le flanc à coups de bec, & les nourrit du ſang qu’il en fait ſortir.

L’Arbre qu’on a peint prés d’elle a vn ſens allegorique & myſterieux, Pſal. I tiré des termes exprés du Royal Prophete, lors que parlant de l’Homme iuſte & qui ſuit la Loy de Dieu, il le compare à vn arbre qu’on a planté ſur le bord d’vn clair ruiſſeau.



Avgvre. XXIV.


NOvs peignons icy le bon Augure ſous la forme d’vn ieune Homme veſtu de verd, ayant ſur la teſte vne Eſtoille, & vn Cygne entre ſes bras.

La couleur verte eſt vn ſymbole de l’eſperance, & par conſequent du bon Augure, à cauſe que la verdure de la terre nous promet abondamment des biens & des fruicts.

L’Eſtoille qui brille ſur ſa teſte luy conuient fort bien, pource que les anciens Augurs marquoient touſiours les heureux Liu. I. ſuccez, comme il ſe void dans Pierius en ſes Figures Hierogliphiques.

Quant au Cygne, il n’y a celuy qui ne ſçache bien, qu’il eſtoit jadis de bon Augure, tant pour ſon extreme blancheur, que pour eſtre conſacré à la Deeſſe Venus ; ce qui fait dire à Virgile

Æneid.
Tu peux voir, ſi tu veux, dans le vague de l’air,
_________________Douze Cygnes voler.

Au contraire de ce que ie viens de dire, l’on peut peindre le mauuais Augure en foible Vieillard, veſtu de couleur de fueille-morte, & luy faire tenir en main vne Belette ; y adjouſtant, ſi l’on veut, vne Corneille, qui prenne ſon vol du coſté gauche.

La couleur de ſon habit monſtre, Que le mauuais Augure ſe tire ordinairement d’vne mauuaiſe cauſe, qui ne peut produire vn bon effet ; comme il ſe void aux fueilles des Arbres, qui ne perdent iamais leur couleur, que le tronc n’ait perdu ſa vertu.

Pour le regard de la Belette & de la Corneille, on a touſiours tenu ces deux animaux pour mal-encontreux. Alciat le remarque en vn Embléme, où il dit,

Que touſiours la Belette eſt de mauuais preſage,
Lors que dans ton chemin elle s’ouure vn paſſage.

Et Virgile en ſes Eclogues aſſeure le meſme de la Corneille, qu’il appelle fatale,

Du creux d’un Cheſne vieux maintesfois la Corneille
A predit ce mal-heur, etc.

A toutes ces choſes ſe rapporte à peu prés la Medaille de l’Empereur Adrian, repreſentant vn Homme debout, qui regarde voler vn oyſeau, & qui tient d’vne main le baſton Augural, Lib. I. Diu.
Lib. 5. cap. 8.
appelé Lituus, que la pluſpart des anciens Autheurs, & particulieremenet Ciceron & Aule-Gelle ont deſcrit aſſez au long.

C
Celerité ou vistesse. Chasteté.
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Concorde. Confidence.
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Cognoissance. Conseil.
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Chasteté. XXV.

Il n’y euſt iamais de beauté plus grande ny plus modeſte que celle-cy. Elle tient vn foüet d’vne main, & de l’autre vn crible, d’où il s’eſcoule de l’eau. Sa robe blanche reſſemble à peu prés à celle d’vne Veſtalle ; ſur la ceinture de laquelle, qui eſt en forme de bande aſſez large, ſont eſcrits ces mots tirez de S. Paul, Caſtigo corpus meum, c’eſt à dire, Ie chaſtie mon corps ; Et à ſes pieds ſe void vn Cupidon vaincu, auecque les yeux bandez, & l’arc tout rompu.

Cette Figure de la Chaſteté ne peut mieux eſtre expliquée que par la definition qu’en donne le grand Sainct Thomas, In 2.2. 141. att. quand il dit, Qu’vne ſi belle Vertu, qui prend ſon nom du chaſtiment de la chair, purifie la perſonne qui la poſſede, & la nettoye de toute ſorte d’impuretez & d’ordures.

Elle tient pour cét effet vne diſcipline, dont elle chaſtie ſon corps, qui eſt la deuiſe eſcrite ſur ſa ceinture.

Par le crible qu’elle porte, il eſt demonſtré, Que l’eau qu’on y reſpand n’en ſort pas plus promptement, que les mauuaiſes penſées s’eſcoulent viſte de ſon ame ; Et par le Cupidon qu’elle foule aux pieds ſe void clairement, Que la Concupiſcence, quelque forte qu’on ſe la figure, ne peut auoir aucun empire sur elle.

A cette Peinture de la Chaſteté l’on en peut adjouſter vne autre, qui la repreſente veſtuë de blanc, ſelon Tibulle, Lib. 2. Ep. 1.

Pource que les Dieux immortels,
Qui ſont ennemis des ordures,
N’ayment à voir ſur leurs Autels,
Que des choſes chaſtes & pures.

Son viſage eſt voilé, à cauſe, dit S. Gregoire, que c’eſt le propre des ames pudiques d’empeſcher ſoigneuſement que le vice n’entre chez elles par les yeux, & de les deſtourner pour cét effet des objets deshonneſtes.

Le Sceptre qu’on luy fait tenir, ſignifie que l’homme chaſte a tant de pouuoir ſur ſoy, qu’encore que la chair ſoit mortelle ennemie de l’eſprit, elle ne peut neantmoins le vaincre, s’il lui reſiſte.

C’eſt pour la meſme raiſon encore, que la Chaſteté ſemble marcher icy, de la façon qu’elle eſt peinte ; afin de monſtrer à ceux qui la cheriſſent, combien il leur importe de tenir l’ame en action, & de ne point s’auilir dans le vice des feineants, qui eſt la ſource de tous les maux de la vie. Mais il l’eſt ſur tout de la plus ardente de toutes les paſſions, puis qu’aſſeurément, Ouid. med. am.

Cupidon n’a point d’arc, point de traits, point de flame,
Pour celuy qui bannit l’oiſiueté de l’ame.

Pier. 22 Quant aux Tourtourelles, ie trouue qu’elles conuiennent fort bien à la Vertu que nous deſcriuons, dont cét oyſeau eſt à bon droit le ſymbole ; pource qu’ayant vne fois perdu ſa compagne, il n’en veut point auoir d’autre, & qu’il paſſe le reſte de ſa vie dans vne ſolitude continuelle.



Celerité, ou vitesse. XXVI.

La deſcription de cette Peinture eſt tirée de Pierius en ſes Figures Hieroglyphiques, où il dépeint la Viteſſe telle qu’on la void icy ; à ſçauoir vn foudre à la main, vn Eſperuier prés de ſa teſte, & vn Dauphin à ſes pieds. Dequoy ie ne m’amuſeray point à rendre d’autres raiſons, que les ſeuls effets de l’experience, qui nous monſtre l’extreme promptitude de ces trois choſes : Car il eſt certain qu’apres celle de la foudre, qui n’eſt pas imaginable, il n’eſt point d’oyſeau en l’air qui eſgale le vol de l’Eſpervuier, ny point de poiſſon dans l’eau qui nage ſi viſte que le Dauphin.



Concorde. XXVII.

C’est vne ieune Fille veſtue à l’antique, & couronnée d’vne Guirlande de fleurs & de fruicts. De la main droite elle ſouſtient vn baſſin auec vn cœur au dedans, & de la gauche vn faiſceau de verges.

La Concorde, qui ne ſe peut mieux definir, Qu’vne mutuelle vnion de volontez entre pluſieurs, marque l’abondance de toutes choſes par ſa Guirlande de fleurs & de fruicts. Elle eſt veſtuë à l’antique, pource qu’en effet dans la nature des choſes, il n’y a rien de ſi ancien qu’elle-meſme. Auſſi eſt-il vray que les Poëtes luy donnent la gloire d’auoir ſçeu démeſler le Chaos, auant que le monde en fuſt tiré.

La cœur qu’elle porte, qui ſe tient ferme deſſus ſa poitrine, ſignifie que les intentions des gens paiſibles ne chancellent iamais, & qu’en leur aſſiette elles ſont ineſbranlables.

Le meſme eſt repreſenté par le faiſceau de verges, chacune deſquelles eſt foible de ſoy, mais toutes enſemble ſont grandement fortes : à raiſon dequoy Salomon dit, Qu’un triple Cordon ſe rompt difficilement, & l’Hiſtorien Saluſte, Que par la Concorde les petites choſes s’accroiſſent, comme au contraire par le diſcord les plus grandes s’aneantiſſent.

Il ſe void vne ancienne Medaille de l’Empereur Nerua, où l’vnion des Armées eſt repreſentée par vne Femme, qui ſouſtiend du bras droit vne proüe de Nauire, & vne Enſeigne de guerre, où ſont enlacées deux mains l’vne dans l’autre, auecque ce mot Concordia exercitvvm.

I’obmetz qu’en d’autres Medailles, pour monſtrer l’vion des volontez entre pluſieurs, on luy fait tenir d’vne main deux Cornes d’Abondance jointes enſemble, & de l’autre vn Vaſe plein de feu. Ce qui ſignifie, Que la Concorde naiſt de l’amour mutuelle, qui ſe compare à bon droit au feu materiel, pour eſtre vn effet de la chaleur interieure de l’ame.

Quelques-vns ont adjouſté aux Cornes d’Abondance des Pommes de Grenade, comme il ſe remarque en pluſieurs Medailles de Fauſtine ; & d’autres des Corneilles, à la loüange deſquelles on peut dire auec Alciat,

Qu’à leur fidelité leur amour eſt unie.

Et comme les Grenades ſont compoſées de pluſieurs grains attachez ensemble ; la Concorde de tout de meſme ſe forme d’vne eſgale conjoncture d’intentions & de volontez vnies.

Il ne faut pas oublier icy, que lors qu’elle eſt arriuée au point d’eſtre inuincible, elle nous eſt figurée par vn Geryon armé, qui a trois viſages, vne couronne d’or ſur la teſte, ſix bras, & autant de jambes ; outre qu’auecque trois de ſes mains il tient vne Lance, vne Eſpée nuë, & vn Sceptre ; & qu’il appuye les trois autres sur vn Eſcu. Cela neantmoins ne doit point s’entendre de ce fabuleux Geryon, qui eu trois corps, à ce qu’on dit, & qui fut mis à mort par Hercule ; mais bien de trois freres ainſi appellez, & qui n’eſtoient qu’vne meſme choſe, pour la bonne intelligence où ils viuoient enſemble.




Confiance. XXVIII.

Il ſeroit difficile d’en faire vn Tableau plus naturel que celuy-cy, repreſentant vne Femme qui regarde fixement vn Nauire, & qui le ſouſtient des deux mains.

Comme la Confiance preſuppoſe la connoiſſance de quelque danger prochain, & le moyen de l’éuiter, qui ſont deux qualitez ſans leſquelles elle changeroit ſon eſtre & ſon nom. C’eſt à raiſon de cela qu’elle eſt peinte auec vn vaiſſeau entre ſes mains : Car bien que la Mer ſoit ſi à craindre, que le ſeul mouuement de ſes vagues eſpouuante l’homme ; ſi eſt-ce que nous voyons par eſpreue qu’à la faueur d’vn ſimple nauire, il oſe bien ſe fier à ce barbare Element, dont on ne ſçauroit s’imaginer la vaſte eſtenduë, & ne trembler pas, à moins que d’eſtre plus inſenſible que les eſcueils qui s’y treuuent. Cela fait dire au plus excellent des Poëtes Lyriques,

Qu’il falloit que celuy portât armé le ſein
___De trois ramparts d’airain,
Qui le premier de tous ſur la Mer inconſtante
___Mit ſa barque flottante.


Connoissance. XXIX.


ELle tient vn flambeau en vne main, & en l’autre vn Liure ouuert, qu’elle regarde attentiuement.

Le flambeau allumé ſignifie, Que comme les yeux du corps ont beſoin de la lumiere pour voir, ceux de l’ame tout de meſme, pour s’acquerir la connoiſſance des eſpeces intelligibles, doiuent recourir à l’inſtrument exterieur des ſens, & particulierement à celuy de la veuë : Car c’eſt la maxime d’Ariſtote, Qu’il n’y a rien dans l’entendemẽt qui n’ait eſté premierement dans les ſens ; ce qui nous eſt auſſi denoté par le Liure ouuert, eſtant certain que pour connoiſtre les choſes, il faut neceſſairement ou les voir, ou les auoir leuës.


Conseil. XXX.


IL nous eſt repreſenté par vn Vieillard, veſtu d’vne longue robe d’eſcarlate. Il porte à ſon col vne chaiſne d’or, où pend vn cœur pour Medaille ; vn Liure Eth. I. 6. c. 9. en ſa main droite, & vn Hibou en la gauche. Le Conseil, dit Ariſtote, eſt vne meure deliberation, qui ſe fait des choſes qu’on examine auecque prudence, & où l’on ſe propoſe vne fin vtile. On le peint en Vieillard, pource qu’il n’eſt iamais ſi bon, que lorsqu’il nous eſt donné par des perſonnes aagées, en qui la Theorie des ſciences & la practique des choſes du monde Iliad. 1. ſont jointes enſemble. C’eſt pour cela que le iudicieux Homere fait aagé de trois cens ans le prudent Neſtor Conſeiller Iliad. 4. d’Agamemnon, & qu’en vn autre endroit de ſon Iliade, il l’introduit encourageant au combat les ſoldats Grecs, auſquels il promet de les aſſiſter de ſon conſeil, & non de ſes forces, qu’il aduoüe n’eſtre propres qu’à la ieuneſſe, encore verte & boüillante. À quoy ſe rapportent pareillement ces mots de Plutarque, Qu’il n’eſt point de ville plus heureuſe que celle où les ieunes gens ne prennent les armes que par le conſeil des Vieillards, pource que les vns ſont propres à l’execution, & les autres au commandement.

La robe longue de couleur rouge, ſiet grandement bien au Conſeiller, ſoit pource qu’il paroiſt plus graue, ſoit à cauſe que la pourpre a eſté de tout temps la liurée des Senateurs, l’eſclat de laquelle les ſemble exhorter, à ne manquer iamais d’ardeur ny de zele, quand il eſt queſtion d’aſſiſter de leur conſeil les ignorans, qui en ont beſoin.

Il porte ſon cœur pendu au col, d’autant qu’au rapport de Pierius, cette noble partie de noſtre corps, qui vit la premiere & meurt la derniere, eſt un Symbole du bon Conſeil, que Platon appelle vne choſe religieuſe & ſacrée.

Le Liure qu’il tient en la main droite, nous apprend combien il importe au Senateur d’eſtudier les ouurages des ſçauans hommes, pour s’acquerir la connoiſſance de la Morale & de la Politique, puis que de l’eſtude de la Sageſſe dépend la ſolidité du Conſeil.

Pour cette meſme raiſon il tient de l’autre main vn Chat-huant, que les Anciens ont conſacré à la Deeſſe Minerue. Cét Oyſeau, comme diſent les Naturaliſtes, cherche à repaiſtre de nuict, & void clair dans les tenebres. Par où les grands Princes & leurs Miniſtres ſont aduiſez, d’employer leurs ſoins & leurs veilles à la commune conſeruation des peuples, meditant la nuict ce qu’il faut reſoudre le iour ; à quoy l’eſprit est grandement propre durant le ſilence & l’obſcurité, dont le Chat-huant eſt vn Hieroglyphe.

Poſſible encore que par cét Oyſeau, qui cherche de nuict ce dequoy il a beſoin, il nous eſt declaré, Que les bonnes deliberations qu’on a priſes en veillant, ne doiuent point eſtre éuentées ; mais qu’en quelque temps que ce ſoit il les faut tenir ſecrettes : Ce que les anciens Romains ne pûrent mieux teſmoigner que par le mysterieux Temple de Conſus, Dieu du Conſeil, qu’ils voulurent pour cét effet eſtre baſty ſous terre, au pied du mont Palatin.


Constance. Conscience.
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Conversation. Correction.
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Covrtoisie. Cvriosité.
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Constance. XXXI.


CE qu’il y a de plus ſolide en elle eſt compris dans la peinture de cette Femme. Elle empoigne vne Colomne de la main gauche ; & il ſemble qu’elle ſe veüille bruſler exprés la droite, dont elle tient vne Eſpée nuë ſur vn grand Vaſe de feu.

La Conſtance eſt vn ferme propos de reſiſter aux douleurs du corps, & de teſmoigner autant de vertu qu’il en faut, pour ne ſe point laiſſer vaincre ny aux inquietudes de l’eſprit, ny aux paſſions de l’ame, ny aux diſgraces de la Fortune. Ce qu’elle porte la main ſur vne Colomne eſt pour mieux s’affermir en ſon aſſiette, ſuiuant ce Prouerbe ; Qui bien s’appuye, tombe rarement. En effet eſtre conſtant, n’eſt autre choſe que ſe monſtrer ferme & inebranlable en toutes les raiſons qui pouſſent l’entendement à quelque reſolution.

Quant à l’Eſpée qu’elle tient nuë au milieu du feu, cela ſignifie que ny le fer ny la flamme n’eſtonnent iamais vn courage armé de Conſtance : Car tant qu’il a pour rempart vne ſi forte vertu, il peut dire hardiment auec Enée dans Virgile,

Pour moy le mauuais Sort ne change point de face,
Et ie ne voy iamais de nouuelle diſgrace ;
Pource que des mal-heurs dont ie ſuit menacé,
Ie crois ſouffrir les coups auant qu’eſtre bleẞé.



Conscience. XXXII.


ELle regarde fixement vn Cœur, qu’elle tient entre ſes mains ; au deſſus duquel ſont eſcrites ces paroles en lettres d’or, ΟΙΚΕΙΑ ΣΙΝΕΣΙΣ, comme qui diroit : La propre Conſcience ; ſe trouuant au reſte bien empeſchée de ſe voir pied nud entre vn pré ſemé de fleurs, & vn champ tout plein d’eſpines.

La Conſcience ne pouuant mieux eſtre defnie qu’vne ſecrette connoiſſance qu’ont les hommes de leurs actions, & de leurs plus ſecrettes penſées ; ce n’eſt pas ſans ſujet qu’on la repreſente icy regardant vn Cœur, pour monſtrer par là,

Que nul ne peut ſe cacher à ſoy-meſme.

Que ſi de quelque coſté qu’elle ſe tourne, elle n’y void que fleurs & qu’eſpines, c’eſt pour nous apprendre, Qu’il y a parmy nous deux chemins fort differents ; l’vn bon, & l’autre mauuais, où ſelon que noſtre ame ſe trouue diſpoſée au bien

ou au mal, elle éuite le precipice, ou tombe dedans.

Conversation. XXXIII.


ELle paroiſt icy ſous la forme d’vn ieune Homme de fort bonne mine, & d’vn viſage riant. Il porte vn habillement verd, vne Guirlande de Laurier ſur la teſte, & en la main gauche vn Caducée, à l’entour duquel ſont enlacez en lieu de ſerpens, deux rameaux differens, l’vn de Myrthe, & l’autre de Grenadier, auec deux langues humaines au deſſus.

En la poſture où il eſt, il ſemble vouloir accueillir quelqu’vn, tenant pour cét effet le bras gauche ouuert, & en la main droite vn rouleau, où ſont eſcrits ces deux mots, Veh ! ſoli. C’eſt à dire, Malheur à celuy qui eſt ſeul.

La Conuerſation, que l’on peut appeller à bon droit, la choſe du monde la plus agreable & la plus douce, eſt une hantiſe de perſonnes qui s’entr’aiment, & qui ſe voyent ſouuent.

Voilà pourquoi elle eſt icy figurée par les deux branches de Myrthe & de Grenadier entrelacées, pource qu’il faut de neceſſité qu’vne vraye Conuerſation, ait pour fondement l’vnion & l’amitié mutuelle. Nous en auons vn exemple en ces deux Plantes, qui s’aiment ſi fort, que leurs racines bien qu’eſloignées s’approchent, & ſe vont ioindre naturellement. Ce qui ne peut tourner qu’à la honte de ces Thimons ennemis des hommes, qui en abhorrent la conuerſation, & qui appellent force d’esprit leur humeur reſveuſe, accouſtumée à ne voir perſonne.

La Langue qui eſt au deſſus de ces deux Plantes ſignifie, Que la Nature l’a donnée à l’homme pour exprimer ſes penſées dans les bonnes compagnies, & s’entretenir auec les perſonnes de ſa connoiſſance, ſoit pour inſtruire, ſoit pour eſtre inſtruit.

L’accortiſe qui ſe remarque dans ce tableau, monſtre que le bon accueil, les ciuilitez, & les complimens ſont ordinaires à ceux, dont la Conuerſation eſt vertueuſe, & qu’on les trouue touſiours en eſtat d’accueillir courtoiſement les honneſtes gens.

Auſſi ces deux mots, Veh ſoli, tirez de Salomon en ſes Prouerbes, declarent aſſez qu’il n’eſt pas moins mauuais & deſplaiſant d’eſtre ſeul, qu’il eſt bon & agreable de voir des hommes qui uiuent en freres par la conuerſation qu’ils ont enſemble.


Correction. XXXIV.


CEst la figure d’vne Vieille melancolique, qui ſur vn banc où elle est aſſiſe, tient de la main gauche vn foüet, & de la droite vne plume, dont elle corrige vn Liure.

Elle eſt peinte Vieille & deſplaiſante, pour faire voir que comme la Correction eſt vn acte de prudence en celuy qui la fait ; Auſſi eſt-elle vn ſujet de meſcontentement à celuy qui la reçoit : car à moins que d’auoir vne bien haute vertu, il eſt difficile à vn eſprit, quelque doux & ſouple qu’il ſoit, de mortifier l’amour de ſoy-meſme iuſques à ce point, que de voir ſans deſplaiſir paſſer par la lime ſes propres ouurages, & mutiler les membres d’vn corps qu’il conſidere comme ſa creature, bien que toutefois cela ne ſe face que pour luy donner vne meilleure forme.

Pour cette meſme raiſon elle eſt peinte le foüet en vne main, & la plume en l’autre ; pource qu’à le prendre en general, on n’vſe ordinairement de correction qu’aux manquemens que font les hommes, ou dans la voye de l’action, ou dans celle de la contemplation.


Covrtoisie. XXXV.


LA bonne-mine, & la majeſté de cette Dame, en qui les dons du corps, de l’ame, & de la fortune s’accordent enſemble par vne merueille extraordinaire, monſtrent aux moins clair-voyans combien puiſſant eſt l’Empire de la Courtoiſie, ou de la Generoſité.

La Couronne & le Manteau Royal qu’elle porte ſemé d’hermines, ſont les precieuſes marques de ſa grandeur & de ſa magnificence.

Elle eſt veſtuë de blanc, pour faire voir que comme cette couleur eſt ſimple, nette & ſans fard, elle de meſme eſt ſans artifice, quand elle donne, & ſans eſperance d’autre intereſt que de la ſatisfaction qu’elle a de faire du bien.

Pour la meſme fin elle ouure les bras pour accueillir tout le monde, & reſpand à pleines mains des pieces d’or & des pierreries ; ce qu’elle fait de ſi bonne grace, qu’elle ne daigne pas meſme regarder les effets de ſa largeſſe, & ſe plaiſt à les produire ſans en tirer vanité. Par où, ſi ie ne me trompe, il nous eſt enſeigné, Que la Generoſité doit eſtre nommée par excellence, la Vertu des Prince & des Herôs, pource qu’ils ont dequoy l’exercer, & que les perſonnes de leur naiſſance ſe plaiſent plus incomparablement à donner qu’à receuoir.


Cvriosité. XXXVI.


CElle qui la repreſente a ſur ſa robe quantité d’oreilles & de grenoüilles, les cheueux heriſſez, des aiſles au dos, les bras en haut, & la teſte en dehors, comme ſi elle vouloit guetter de toutes parts.

La Curiosité ſe void icy peinte auecque pluſieurs oreilles, pource que celuy qu’elle poſſede n’eſt iamais ſans vn deſir deſreglé de vouloir ſçauoir plus qu’il ne doit. Ainſi la deſcrit Saint Bernard en ſon Traicté des degrez de la Superbe, où parlant des Moynes curieux, C’en eſt une marque, dit-il, ſi parmy eux tu en vois quelqu’vn qui ayme à courir, & à s’en aller la teſte leuée, ou l’oreille à l’erte.

Les grenoüilles pareillement eſtoient chez les Egyptiens les ſymboles de la Curioſité, à cauſe des grands yeux qu’elles ont ; leſquels, dit Pierius, mis dans vne bourſe de peau de Cerf, auec de la chair de Roſſignol, font l’homme eſueillé, diſpos, gaillard, & prompt à s’enquerir de tout.

Le meſme nous eſt encore demonſtré par ſa teſte à l’eſvent, par ſes cheueux qui ſe heriſſent, par ſes bras hauſſez, & par la viteſſe de ſes aiſles, qui teſmoignent qu’elle ne fait qu’aller & venir, pour voir & fureter ça & là, ce qui ſe dit, & qui ſe paſſe ; eſtant ſi amoureuſe des nouueautez, que plus elle en ſçait, & plus elle en veut apprendre.

Desir vers Diev. D Dialectique.
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Dignité. Diligence.
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Distinction
dv bien et dv mal
.
Doctrine.
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Desir envers Diev. XXXVII.


PVis qu’il eſt vray que cette affection n’a rien de charnel, ny de terreſtre, il eſt bien raiſonnable qu’elle paroiſſe ſous la figure d’vn Ange. Les aiſles qu’il porte ſignifient la merueilleuſe viteſſe des deſirs d’vne ame embrazée de l’Amour de Dieu ; & la flamme qui luy ſort du cœur eſt vn portrait de celle que Iesvs-Christ s’en vint porter ſur la terre.

Il tient la main gauche ſur ſa poitrine, le bras droit eſtendu, & la veuë au Ciel, pour nous apprendre que noſtre cœur, nos yeux, & nos œuures, ne doiuent auoir pour objet que Dieu ſeulement.

Cela nous eſt auſſi denoté par le Cerf, qui ſe deſaltere dans Pſal. 41 vn ruiſſeau ; ce qui eſt vne penſée priſe de Dauid, pour nous faire entendre qu’vn deſir tel que le ſien, & tel que le doit auoir vne ame pure, reſſemble à celuy du Cerf qu’on a couru toute la iournée, qui ne cherche qu’à ſe delaſſer, en eſteignant l’ardeur de ſa ſoif dans vne claire fontaine.


Dialectique. XXXVIII.


ELle eſt figurée par vn ieune Soldat, qui ſe tient ferme ſur ſes pieds. Il a pour habillement de teſte vn Heaume auecque deux Plumes, l’vne blanche, & l’autre noire ; Et pour Cimier vne Lune : De la main droite il ſerre par le milieu deux dards eſgaux, & qui ſont pointus par les deux bouts ; & ferme le poing du bras gauche, qu’il ſemble preſenter a quelqu’vn.

Par ſon Heaume, qui ſe prend pour la vigueur de l’eſprit, il eſt monſtré qu’elle eſt particulierement requiſe en la Dialectique : Et par les deux Plumes, que le vent ne les eſbranle pas auecque plus de facilité qu’en a cét Art à ſouſtenir le vray & le faux par des raiſons vray-ſemblables : Ce que ſignifie encore la Lune miſe pour Cimier ; à raiſon dequoy Clitomachus ſouloit comparer la Dialectique à cét Aſtre, pour le diuerſité de ſes formes.

L’on en peut dire autant du dard à deux pointes, qu’on luy attribuë auecque raiſon, pource qu’elle picque des deux coſtez, par la force de ſes argumens, qu’elle ſe plaiſt à racourſir & ſerrer ; Ce que le philoſophe Zenon n’exprimoit pas mal

par la figure du poing, ou de la main eſtroitement fermée.

Dignité. XXXIX.


CElle qui la repreſente eſt une Femme richement parée, mais qui fléchit preſque ſous le ferdeau qu’elle porte, qui eſt une groſſe pierre, anchaſſée dans vne bordure d’or & de pierrerie.

Icy le mot de charge ſert d’explication à celuy de Dignité, puiſque c’en eſt vne ſi peſante que celle des affaires publiques, qu’elle ne peut mieux eſtre comparée qu’à la roche de Syſiphe ; Tellement qu’à moins que d’auoir les eſpaules d’vn Athlas ou d’vn Hercule, il eſt difficile aux plus grands hommes de ſouſtenir ces fardeaux ; Et peut on bien dire qu’à ceux qui les portent courageuſement & ſans en eſtre laſſez, ſont legitimement deuës les meſmes offrances & les meſmes actions de graces qui ſe faiſoient aux anciens Heros.


Diligence. XL.


UNe merueilleuſe viuacité ſe remarque dans le viſage de cette Femme, qui en ſa main droite a vn rameau de Thim, où vole vne Abeille ; en la gauche vn Boucquet de fueilles d’Amandier & de Meurier ; & à ſes pieds vn Coq, qui gratte la terre.

Soit que la definition de la Diligence doiue eſtre tirée de ſes ethymologies, ou des differens effets qu’elle produit, tant y a qu’elle ſe prend, à mon aduis, pour cette exacte induſtrie que nous mettons à faire le choix de ce qui nous eſt le plus conuenable, dans la conduite de nos actions.

de Orat. 2 Cette Vertu, dit Ciceron, eſt d’autant plus recommendable, qu’elle ſurpaſſe les autres, comme les comprenant toutes : C’eſt pourquoy nous deuons bien eſtre ſoigneux de luy faire la cour, n’y ayant rien de ſi difficile, que par ſon moyen nous ne puiſſions obtenir.

Elle nous eſt figurée par l’Abeille qui vole deſſus le Thim, herbe, dit Plutarque, qui n’eſt pas moins rude qu’elle eſt ſeiche, & où neantmoins les mouches à miel ne laiſſent pas de trouuer vn ſuc agreable, qui leur ſert plus qu’aucune autre plante, à faire vne precieuſe liqueur. Les hommes ſoigneux & diligens les imitent, en ce que par leur induſtrie ils ſurmontent ce qu’il y a de plus rude & de plus difficile dans les affaires. Tellement que des eſpines ils en font des fleurs, comme du Thim l’Abeille en tire du miel.

Or pource que la Diligence, ſelon ſainct Thomas, eſt quelquefois priſe pour le ſoin meſme, & qu’il eſt nuiſible d’en trop auoir ; il faut y apporter la moderation requiſe, & ſe ſouuenir de l’exemple de Protogenes. C’eſtoit vn des plus celebres Peintres de Rhodes, à qui, ſelon Pline, le fameux Apelle n’auoit autre choſe à reprocher ſinon qu’il trauvailloit trop ; Il m’égalleroit auſſi, concluoit-il, n’eſtoit que ie le ſurpaſſe en vne choſe, qui eſt, que ie ſçay mieux que luy, oſter la main de deſſus la toille.

Cette Diligence doncques, qui ne peche point par excez, mais qui ſe haſte d’aller bellement, & que pluſieurs excellens hommes ont diuerſement repreſentée, comme Auguſte par l’Eſcreuice & le Papillon ; Veſpaſien, par vn Dauphin à l’entour d’vn Ancre ; Paul troisieſme, par le Cameleon attaché à vn Dauphin, & le grand Duc Coſme par vne Tortuë ſous la voile d’vn nauire ; N’eſt pas icy figurée mal à propos par des fueilles d’Amandier & de Meurier iointes enſemble. Car l’Amandier eſtant celuy de tous les Arbres qui fleurit le pluſtoſt, & le Meurier au contraire, celuy qui fleurit le plus tard. Ils ſont liez l’vn à l’autre, pour monſtrer, Qu’il faut moderer les ſoins que l’on ſe donne, & tenir pour ſage & bien aduiſé celuy qui entre la promptitude & la tardiuité ſçait tenir vn vray milieu, qui à proprement parler, eſt ce qu’on appelle Diligence.

Le Coq qui ſe void à ſes pieds en eſt encore vn ſymbole, ſoit à cauſe que cét Oyſeau, qui eſt grandement ſolaire nous annonce le iour, & nous eſueille au trauail ; ſoit pource que de ſoy-meſme il s’y porte ponctuellement, & qu’il eſpluche iuſques aux moindres grains, & les diſcerne d’auec les ordures, ne ceſſant de gratter la terre, qu’il n’ai trouué ce qu’il cherche pour ſa nourriture.


Distinction dv bien et dv mal. XVI.


LA difference d’vn & de l’autre eſt icy marquée par la figure de cette Femme, qui eſt en la fleur de ſon aage, & modeſtement veſtuë ; tenant vn Crible de la main droite, & de la gauche vn Raſteau.

Son habillement marque ſa grande moderation, fort conuenable à ſon aage, qui dans le milieu de ſa courſe eſt ſans doute plus capable de la vraye Raiſon, & de diſcerner le bien d’auecque le mal, que ne peuuent eſtre ny la Ieuneſſe, ny la Vieilleſſe. La raiſon eſt, pource que l’vn de ces deux aages peche par un excez de paſſion, & l’autre par vn deffaut de memoire, & de iugement.

Et d’autant que le propre du Crible eſt de ſeparer le bon grand d’auec le mauuais ; c’eſt pour cela qu’il eſt mis icy, comme dans Pierius, pour le Hieroglyphe d’vn homme parfaitement ſage. Car ceuy qui ne l’eſt pas, ne peut ny faire la diſtinction des Vices & des Vertus, ny rechercher les ſecrets de la Nature, ny purifier non plus ſes actions, & comme dit le Prouerbe, les faire paſſer par le Crible. Auſſi n’eſtoit-ce pas ſans myſtere que les Preſtres Egyptiens en prenoient vn à la main, toutes les fois que par de ſubtiles conjectures, ils vouloient tirer quelque preſage de l’aduenir.

Le Raſteau qu’elle tient en main a la meſme proprieté que le Crible ; Et voilà pourquoy le Laboureur s’en ſert d’ordinaire, pour arracher les herbes nuiſibles : Ce qui doit apprendre à l’homme d’en faire de meſme de ſes mauuaiſes inclinations, & de les retrancher entierement de ſon ame, de peur qu’il ne les puiſſe deſraciner, ſi elles ſe tournent vne fois en

habitude.

Doctrine. XVII.


CEtte Femme d’vn aage deſia meur, & modeſtement veſtuë, a les bras ouuerts, pour accueillir tous ceux qui meritent de l’aborder. Elle tient de la main gauche vne maniere de Sceptre, au deſſus duquel eſt vn Soleil ; & en ſon giron vn Liure ouuert ; tandis que d’vn Ciel agreable & ſerein il tombe ſur elle vne grande quantité de roſée.

La maturité de ſon aage monſtre, Qu’il faut employer beaucoup de temps, pour apprendre les ſecrets & les merueilles de cette deeſſe ; Son habit honneſte, Que la modeſtie ſiet touſiours bien à ſes fauoris ; Son Liure & ſes bras ouuerts, Qu’elle ſe communique liberalement à ceux qui s’en rendent dignes ; Et ſon Sceptre, où brille vn Soleil, Que ſon Empire eſt de grande eſtenduë, & ſa lumiere ſi forte & ſi uiue, que donnant dans les nuages de l’ignorance, elle les perce auſſitoſt, & deffait entierement les Monſtres & les Chimeres qu’elle produit.

Et d’autant que la Doctrine ou la Science eſt vne habitude de l’entendement ſpeculatif, par qui nous conſiderons & connoiſſons les choſes par leurs cauſes ; Quelques autres pour donner à connoiſtre cela, ſe ſont aduiſez de la peindre auec des aiſles au chef, vn Miroir en la main droite, & en la gauche vne Boule ſous vn Triangle.

Par les aiſles, il eſt monſtré, Qu’il n’eſt point de Science où la contemplation ne puiſſe eſleuer l’eſprit. Par le Miroir, Que c’eſt l’abſtraction qui la forme, pource qu’en matiere de conceuoir les accidens, le ſens fournit à l’entendement des ſubstances Ideales, tout de meſme qu’en voyant dans vn Miroir la forme accidentale des choſes exiſtentes, l’on en conſidere l’eſſence. Par la Boule, Que comme en ſa figure ronde, elle ne peut ſouffrir de contrarieté de mouuement, la Science n’en ſouffre non plus, en matiere d’opinions. Et par le Triangle, Que dans les propoſitions il y a trois termes, qui produiſent la demonſtration de la Science ; tout ainſi que de trois angles eſgaux, vne ſeule figure ſe forme.

I’obmets qu’il y a d’autres peintures de cette Deeſſe, qui la repreſentent auec vn Trepied d’or à la teſte, & vn Liure en main ; Poſſible pour faire voir, qu’encore que la voix du Maiſtre ſerue grandement à l’Eſcolier, ſi eſt-ce que s’il n’y adjouſte la lecture des bons Liures, il peut difficilement comprendre & retenir cette grande abondance de choſes, qui engendre la Science en nous à force d’eſtudier.

Le Trepied d’or eſt pareillement vn ſymbole de cecy, ſoit pour la nobleſſe de ce metail, qui ſert d’ornement aux plus belles choſes ; ſoit pour la perfection du nombre ternaire, à qui Ariſtote donne l’aduantage ſur tous les autres nombres. La Science de meſme l’emporte par deſſus tout ce qu’il y a de plus exquis en la Nature : puiſque c’eſt elle qui ſert à perfectionner noſtre ame, & qui l’eſleue à la connoiſſance des myſteres diuins. Dequoy le ſage Socrate nous aduiſe prudemment dans Plutarque, où il dit, Que c’eſt beaucoup d’en acquerir quelque eſchantillon icy bas, puis qu’il n’appartient qu’à Dieu ſeulement de ſçauoir toutes choſes, & de penetrer dans la connoiſſance de toutes leurs cauſes.

Dovbte. Discretion.
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Divinité. Dovlevr.
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Economie. Esgalité.
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Dovte. XLII.


ON la repreſente par vn ieune Garçon, qui marche dans les tenebres, tenant vn Baſton d’vne main, & de l’autre vne Lanterne.

Ce que l’on appelle Doute, est à proprement parler, vn embarras d’eſprit touchant ce qu’on ne ſçait pas, & de corps par conſequent, en matiere d’agir & de trauailler.

On la dépeint ieune, pource qu’en cét aage-là, le peu de connoiſſance que nous auons de la Verité, nous met dans l’incertitude de toutes choſes.

Le Baſton & la Lanterne ſont des symboles de l’Experience & de la Raiſon, par le moyen deſquelles celuy qui doute de ce qu’il doit faire, peut s’arreſter, s’il veut, ou paſſer outre à la faveur de ces deux guides.


Discretion. XLIV.


CEtte Dame venerable, & pleine de majeſté, penche la teſte du coſté gauche, & hauſſe le bras, comme ſi elle teſmoignoit auoir pitié de quelqu’vn, ayant vn Plomb en ſa main droite, & vn Chameau ſur ſon giron.

Le Plomb qu’elle porte, inſtrument aſſez connu dans l’Architecture, le propre duquel eſt de ſeruir de regle au Maſſon, pour prendre les dimenſions d’vn baſtiment, ajuſter les pierres au niueau, & en applanir les inégalitez, ſignifie, Que la vraye Diſcretion s’accomode aux imperfections humaines, ſans que toutefois elle ſe forligne iamais de ce qui eſt iuſte de ſoy ; fondée qu’elle eſt sur l’equité, comme inſeparable d’auec elle.

Outre ce que nous venons de dire, ce n’eſt ſans beaucoup de raiſon que ce qui la rend le plus recommandable, eſt denoté par le Chameau qu’on luy donne. Car à l’exemple de cét animal, qui eſt ſi prudent, qu’il ne porte iamais de fardeau qui ſoit au deſſus de ses forces ; L’homme aduiſé n’entreprend Lib. 6. de ſinod. rien que bien à propos. Auſſi eſt-il vray, dit Iſidore, que l’on doit appeller Vice tout ce qui manque de Diſcretion, & Vertu

tout ce qui en abonde.

Divinité. XLV.


CEtte Vierge veſtuë de blanc, qui a du feu ſur la teſte, & en ſes mains deux Globes d’azur, d’où s’euaporent des Flammes, eſt vne Image de la Diuinité.

La blancheur de ſon habillement, ſignifie la pureté de l’Eſſence des trois perſonnes Diuines, objet merueilleux de la ſcience des Theologiens. Ce qui n’eſt pas mal exprimé, ce me ſemble, par les trois Flammes, que l’on a faites égales, pour marquer l’égalité des trois Perſonnes ; ou par vne ſeule Flamme diuiſée en trois, Pour denoter pareillement l’vnité de la Nature, par la diſtinction des meſmes Perſonnes dont nous venons de parler.

De plus, la couleur blanche conuient grandement bien à la Diuinité, pource que les autres couleurs n’y ont point de part ; comme dans les choſes Diuines il n’y entre aucune ſorte de compoſition. Dequoy ſert de preuue la miraculeuſe Transfiguration qui ſe fit ſur la montagne de Tabor, où noſtre Seigneur apparût à ſes Diſciples auec vn habillement plus blanc que la neige.

Quant aux deux Globes enflammez, leur figure ronde eſt vn Symbole de l’Eternité, inſeparable d’auec l’Eſſence Diuine. D’ailleurs, cette Vierge qui s’efforce de les ſouſtenir en ſes deux mains, monſtre que l’homme s’ouure vn chemin à l’Eternité par ſes œuures meritoires, & par le merite de Iesvs-Christ.


Dovlevr. XLVI.


L’On tient que l’excellent Peinture Zeuxis a fait le deſſein de ce Tableau. C’eſt vn homme paſle, melancolique, & veſtu de noir, tenant en main vn Flambeau, qui vient de s’eſteindre, & qui fume encore.

Il eſt paſle, parce que cét accident eſt vne des marques de la Douleur, qu’il eſt difficile de cacher ſur le viſage, eſtant, comme il eſt, l’image de l’ame.

Son habillement noir eſt d’ordinaire vne marque de dueil : Auſſi n’y en a-il point de plus ſemblable à l’obſcurité, ou à la priuation de cette belle lumiere, qui eſt la ſource de noſtre ioye, comme diſoit l’aueugle Tobie, quand il racontoit ſes infortunes à ſon fils.

Le Flambeau eſteint ſignifie, Que noſtre ame, qui n’eſt que feu, ſelon quelques Philoſophes, ou s’eſteint preſque par la violence des douleurs ; ou qu’à tout le moins elle n’eſt pas ſi clair-voyante, qu’elle puiſſe diſcerner en ſes actions ce qui luy eſt le plus propre, & le plus vtile : Outre qu’à vray dire, vn malheureux qui ſe void perſecuté de toutes parts, ne ſe peut mieux comparer qu’à vne torche qu’on vient d’eſteindre. Car alors toute ſa flamme ſe reſout en fumée, comme tout ce qu’il a de vie ne ſert qu’à le tenir en langueur, & à luy rendre plus ſenſible ſon infortune.


Economie. XLVII.


CEtte venerable Dame a ſur la teſte vne Couronne d’Oliuier, en ſa main gauche vn Compas, en la droite vne Baguette, & à ſon coſté vn Timon de Nauire.

Comme il eſt certain qu’à la commune felicite de la vie Politique, eſt requiſe l’vnion de pluſieurs Familles, qui viuent ſous vn meſme ordre ; & que pour bien ſe maintenir, chaque Famille a beſoin de loix particulieres, & qui ſoient plus reſſerrées que les generales ; C’eſt à raiſon de cela, que cette conduite, ou ce gouuernement particulier eſt appellé par nous Economie, mot tiré du Grec, pour en rendre l’expression plus forte. Et d’autant qu’il n’y a point de Famille qui ne ſoit compoſée de mary, de femme, de pere, d’enfans, de Maiſtre, & de ſeruiteurs ; tout cela nous eſt aſſez bien demonſtré dans cette Peinture. La Baguette ſignifie l’empire qu’vn Maiſtre a ſur ſes valets : Le Timon, le ſoin qu’vn vray pere a ſur ſes enfans : La Guirlande d’Oliuier, la peine qu’il doit prendre à maintenir la paix dans ſa maiſon ; Et le Compas, la prudence & la moderation dont il doit vſer dans ſon meſnage. Car il faut qu’il meſure ſa deſpence par ſon bien, s’il veut bannir l’incommodité de ſon logis, & y maintenir le bon ordre.


Esgalité. XLVIII.


ELle eſt figurée par vne Femme de moyen aage, tenant vne Balance de la main droite, & de la gauche le nid d’vne Arondelle, qui donne à manger à ſes petits.

L’explication de cette Figure eſt aſſez facile, ce me ſemble ; n’y ayant celuy qui ne ſçache, que la Balance a touſiours eſté le vray Symbole de la Iuſtice, le propre de laquelle eſt de peſer equitablement les actions de tout le monde, & de rendre à chacun ce qui luy appartient.

Le meſme nous eſt ſignifié par l’Arondelle, que les Egyptiens ont priſe pour vn vray Pere de Famille, qui partage également ſon bien à ſes enfans ; A l’imitation de cét Oyſeau charitable, qui fait égale la portion de ſes petits, & qui n’oſte iamais rien à l’vn, pour le donner à l’autre.

Eloqvence. Errevr.
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Estvde. Esperance.
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Eternité. Exercice.
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Eloqvence. XLIX.


CE n’eſt pas ſans raiſon, que pour exprimer ſes diuers effects, on la peint armée d’vn Motion, enuironné d’vne Couronne d’or, d’vn Corcelet, & d’vne Eſpée, qu’elle porte à ſon coſté ; Outre que de l’vn de ſes bras, qu’elle a retrouſſez iuſques au coude, elle empoigne la Foudre ; & que de l’autre elle tient vn Liure ouuert, au deſſus duquel eſt vne Horloge de ſable.

On repreſente l’Eloquence, ieune, belle, & armée, à cauſe qu’elle ne ſe propoſe point d’autre fin que la perſuaſion : Dequoy ne pouuant venir à bout que par le moyen de ſes attraits & de ſes charmes, on luy en met quantité ſur le viſage, pour monſtrer par là, Que les ornemens & les graces des paroles, ſont abſolument neceſſaires à quiconque veut perſuader autruy. Auſſi n’eſtoit-ce que pour cela, qu’anciennement l’on peignoit ieune & agreable le Dieu Mercure pour figurer l’Eloquence, qui peut agreer difficilement, ſi elle n’eſt belle, vigoureuſe, fleurie, & pleine de Majeſté.

La delicateſſe des paroles nous eſt encore denotée par ſes bras nuds. Car ſans les fondemens d’vne ſolide doctrine & d’vn fort raiſonnement l’Eloquence ſeroit deſarmée, & ne pourroit iamais donner dans le but où elle viſe : d’où vient qu’elle meſme & la Perſuaſion, ſont à bon droit appellées les creatures de la Doctrine. Mais pource que les raiſons que produit la Science, ont des difficultez qui empeſchent qu’on ne les entende ſi aiſément ; L’on y adiouſte pour cét effet les ornemens & les graces des paroles, qui les eſclairciſſent, & qui engendrent ſouuent des effects des perſonnes, par le moyen deſquels l’on d’éueloppe les embarras d’vn eſprit deffectueux & groſſier. Pour cette meſme fin encore, ſoit qu’il s’agiſſe, ou d’expliquer par raiſons les matieres difficiles, ou d’eſmouuoir les paſſions de l’ame, ou de tenir en arreſt ſes mouuemens deſreglez ; Il eſt neceſſaire que l’Orateur ſoit ingenieux à couurir ſon Art d’vn agreable meſlange de paroles choiſies & bien rangées. Car quelque endormy que ſoit vn eſprit, elle l’eſueillera ſans doute par la ſubtilité de ſes Argumens, ou l’attirera par la douceur de ſon langage ; iuſques-là meſme, que ſon action & ſes paroles, comme des foudres redoutables eſtonneront les plus audacieux, & leur feront tomber les armes des mains.

Sa Couronne d’or eſt vne marque de ſa grande authorité, par qui elle regne dans le courage des hommes ; eſtant veritable, comme dit Platon, que la dignité de l’Orateur ſe treuue iointe auecque celle des Roys, lors que par elle il perſuade ce qui eſt iuſte, & qu’il l’employe au gouuernement des Eſtats.

Le Liure ouuert, & l’Horloge qu’elle tient d’vne main, enſeignent deux choſes ; L’vne, Que les paroles tissuës, auec art, & animées par la viuacité de l’action, ou miſes par eſcrit, pour le commun bien de la Poſterité, ſont les inſtrumens de l’Eloquence ; L’autre, Qu’il y faut apporter l’ordre requis, & la iuſte meſure du temps, qui donne aux periodes le nombre, au ſtile la grace, & à tout le corps du Diſcours, l’ame de la Perſuaſion.

Pier. Val. lib. 33. Quant à la Foudre, que Pierius luy attribuë, cela ſignifie, Qu’auecque la meſme facilité qu’elle met par terre les plus hautes tours, l’Eloquence abat l’obſtination des ignorans, & ruine de fonds en comble les opinions qu’ils ont baſties ſur de mauuais fondemens.


Errevr. L.


CEt Homme qui marche à taſtons, les yeux bandez, & vn Baſton à la main, eſt vn Symbole de l’Erreur. Les Stoïciens la definiſſent vn forlignement hors du chemin ; Comme au contraire, s’y tenir dedans, ſans s’eſgarer tant ſoit peu, eſt ce qu’on appelle aller droit, & ne ſe point fouruoyer.

Ainſi pouuons nous bien dire, Qu’en toutes nos actions, ſoit de l’eſprit, ſoit du corps, nous ne faiſons que voyager icy bas, & que cette vie n’eſt qu’vn Pellerinage en terre, d’où nous eſperons d’arriuer au Ciel. Cecy nous eſt enſeigné par l’apparition de Ieſus-Chriſt à ſes Diſciples, en habit de Pellerin ; Ioint que dans le Leuitique, Dieu commande exprés au Peuple d’Israël d’aller touſiours droit, & de ne s’eſgarer iamais du grand chemin.

Par le Bandeau qui aueugle ce Voyageur, il eſt ſignifié, Qu’il n’eſt point d’Erreur où l’Homme ne tombe facilement, depuis que la lumiere de ſon eſprit eſt vne fois obſcurcie par les intereſts du monde, comme par des nuages eſpais ; Et par le Baſton, Que celuy qui ſe laiſſe conduire par la voye du ſens, peut choper à chaque pas, s’il n’a pour fidelles guides les

operations de l’Eſprit, & celles de la vraye Raiſon.

Estude. LI.

Par la peinture de ce ieune Homme, qui eſt aſſis, on peut iuger aiſément de ſon inclination à l’Eſtude. Il a le viſage paſle, vn habillement modeſte, vn Liure ouuert, où il eſcrit à la clarté d’vne Lampe, & vn Coq à ſon coſté.

Sa grande ieuneſſe monſtre, Que cét aage robuſte eſt propre à l’Eſtude, pour en ſouffrir la fatigue ; Son viſage paſle, Iuu. Sat. 5

Qu’il faut veiller la nuict, & paſlir ſur un Liure.

Son habit modeſte, Qu’vn homme de Lettres doit aimer la moderation : Le Siege où il eſt aſſis, Que le repos & l’aſſiduité luy ſont neceſſaires. Son attention ſur vn Liure ouuert, Que l’Eſtude eſt vne ardente application à la connoiſſance des choſes. La Plume dont il eſcrt, Qu’il faut que par ſes ouurages il laiſſe, s’il eſt poſſible, vne loüable memoire de ſoy, Perf. Sat. 1.

Son ſçauoir n’eſtant rien, ſi d’autres de le ſçauent.

Par la Lampe allumée, Que les vrays Studieux gaſtent plus d’huile que de vin ; Et par le Coq, Que la Vigilance leur eſt neceſſaire, pour s’acquerir de parfaites notions des arts & des Sciences.


Esperance. LII.

Sa vraye Image eſt celle d’vne ieune Dame, veſtuë de verd, couronnée d’vne Guirlande de Fleurs, & qui tient entre ſes bras vn petit Amour, à qui elle donne la mamelle.

Sa Guirlande de Fleurs eſt vn vray ſymbole de l’Eſperance ; pource, Qu’elles ne paroiſſent iamais ſur l’arbre, qu’en meſme temps elles ne nous facent eſperer du fruict.

Quant à l’Amour qu’elle allaicte, cela veut dire, Que l’vn ſans l’autre peuuent eſtre difficilement de longue durée. Car comme on ne ſouhaite iamais d’auoir du mal, il s’enſuit de là, que l’homme n’aſpire qu’au bien, s’il eſt ainſi que durant ſa vie, il ſe propoſe touſiours pour guides la Nature & la Raiſon. Or eſt-il que comme le bien n’eſt pas difficile à connoiſtre ; Il nous eſmeut auſſi facilement à l’aimer, & à nous en promettre la poſſeſſion : Ce qui fait dire à ſainct Auguſtin, In Pſal. 104. Que l’amour ſans l’Eſperance, ne peut iamais venir à bout de ſes deſirs.

Quelques autres l’habillent d’vne robe iaune, toute ſemée de fleurs, à cauſe qu’elle reſueille & entretient dans nos ames mille deſirs qui leur plaiſent ; Tout de meſme que l’Aurore, de qui elle porte les couleurs, & à laquelle les Atheniens la comparent, ſe faiſant paroiſtre ſur l’Orizon, renouuelle toutes choſes auecque le iour, & nous fait eſperer de plus en plus, par la diuersité des agreables objets qu’elle preſente à nos yeux, l’adiouſte à cecy, Que de la façon qu’ils en plantent la figure, il ſemble qu’elle marche ſur la pointe des pieds ; par où ils veulent monſtrer ſans doute, Que l’Eſperance n’eſt iamais bien ferme, & que les choſes que nous deſirons, nous ſemblent touſiours plus grandes que celles que nous auons.


Eternité. LIII.

Cette Image de l’Eternité eſt de l’inuention de Monſeigneur Barberiny Florentin, qui dans le Traicté qu’il a fait de l’Amour, la repreſente ſous la figure d’vne belle Dame, de qui les cheueux eſpars & de couleur d’or, luy tombent ſur les epaules, & deſcendent aſſez long.

Auecque cela, des deux coſtez où deuroient eſtre les hanches, prennent racine deux demy Cercles ; qui ſe pliant, l’vn à droit, l’autre à gauche, s’entrerencontrent ſur la teſte de cette Dame auec vne eſgale iuſteſſe, en forme de Cercle. Elle a de plus deux Boules d’or en ſes mains, qu’elle tient hauſſées, & le corps couuert d’vn bel Azur, fermé d’Eſtoilles. Tout cela, ce me ſemble, eſt vn vray ſymbole de l’Eternité ; ſoit que l’on conſidere, ou la figure ronde, qui n’a ny commencement, ny fin, ou la perfection de l’or, qui eſt le plus durable de tous les metaux, ou la couleur azurée repreſentant le Ciel, qui eſt la choſe du monde la moins corruptible.

Ce n’eſt pas encore ſans raiſon, que dans Pierius elle eſt peinte aſſiſe ſur vne Sphere celeſte, tenant de la main gauche vn Soleil ; & de la droite vne Lune : Par où il eſt declaré, Que ces deux Aſtres agiſſent ſans ceſſe à la generation des choſes d’icy bas, auſquelles ils donnent nourriture. Et c’eſt pour cela meſme qu’elle eſt aſſiſe ſur vn Ciel, comme vne choſe durable & perpetuelle. I’obmets, qu’il ſe void vne Medaille de l’Empereur Adrian, où elle ſouſtient deux teſtes couronnées, auecque ces mots Æternitas Avgvsti & SC. Et qu’il y en a vne fort ancienne, où elle eſt aſſiſe en vn Thrône, tenant vne Lance d’vne main, & de l’autre la figure d’vn Genie, auecque cette inſcription, Clod. Sept. Alb. Avg.


Exercice. LIV.


LEs diuers effets que l’Exercice produit, nous ſont demonſtrez par vn ieune Homme veſtu de pluſieurs couleurs, auec les bras nuds, vne Horloge à la teſte, vn Cercle d’or en vne main, & en l’autre vn Rouleau, où eſt eſcrit le mot Enciclopædia. Il porte de plus vn Chapelet à la ceinture, & vn petit bout d’aiſle à chaque coſté de ſes pieds, à l’entour deſquels ſe voyent quelques pieces d’armes, & des outils d’Agriculture luiſans & polis.

L’Exercice eſt le trauail ordinaire où l’Homme s’employe, pour ſe rendre habile en la profeſſion : à quoy difficilement il peut arriuer, s’il ne met la main à l’œuure ; puis qu’au rapport d’Ariſtote, L’on n’excelle iamais en quelque Art que ce ſoit, ſi le naturel, le ſçauoir & l’Exercice n’agiſſent enſemble.

Il eſt peint ieune, à cauſe qu’il n’y a point d’aage qui ſçache reſiſter à la fatigue mieux que celuy-là ; Veſtu de pluſieurs couleurs, pour monſtrer qu’il y a diuers moyens de s’y adonner ; Et les bras decouuerts, afin d’en eſtre plus ſouple, & plus diſpos.

L’Horloge qu’il a ſur la teſte ſignifie, Que par luy nous paruenons à la connoiſſance du vray, comme par la continuelle action des roües d’vn Horloge, nous diſtinguons le temps & les heures. Le Cercle d’or qu’il tient en main eſt vne marque de perfection ; D’autant que cette Figure eſt la plus accomplie de toutes celles de Mathematique, & l’or, le plus pur de tous les Metaux. Le Rouleau qu’il porte en la main droite, auec le mot d’Enciclopedie, monſtre l’eſtroitte liaiſon qu’il fait des Arts & des Sciences, ſoit pour la Guerre, ſoit pour la Paix ; Tout de meſme, que le Chapelet qui pend à ſa ceinture, nous figure l’Exercice ſpirituel entre pluſieurs, qu’il y en a qui ſont autant d’inſtrumens au ſalut, comme inſeparables d’auecque la Religion.

Que ſi l’on ne luy donne que la moitié d’vne aiſle à chaque pied, c’eſt pour faire voir, Qu’il faut neceſſairement qu’il ſoit dans vne iuſte moderation, ſans laquelle il ne peut eſtre que nuiſible. Car comme l’oiſiueté rend l’homme laſche, & indiſpoſé, ainſi l’Exercice moderé donne de la vigueur à l’eſprit, & de l’embompoint au corps, dont il fortifie la chaleur.

Quant aux diuers outils pour le labourage, qui ſont à l’entour de luy, exempts de roüille & luiſans, cela veut dire, qu’ils ſe poliſſent par la peine que l’on prend à cultiuer la terre & les plantes ; D’où il faut conclure que l’Exercice eſt neceſſaire à l’entretenement de la vie. Auſſi eſt-il dit dans l’Eſcriture, Que celuy qui labourera ſa terre, ſera raſſaſié de pain.

Exil. Experience.
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favevr. Felicité eternelle.
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Fecondité. Fermeté dv langage.
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Exil. LV.


IL eſt icy figuré par vn Homme veſtu en Pelerin, tenant vn Bourdon de la main droite, & vn Faucon de la gauche.

Il y a deux ſortes d’Exil ; l’vn particulier, qui eſt denoté par l’equipage d’vn Pelerin, & qui arriue à raiſon de quelque accident, ou quand de ſa propre volonté l’Homme ſe bannit de ſon païs ; Et l’autre public, lors qu’vn Citoyen, ou par ſa faute, ou par ſoupçon, eſt exilé de ſa Patrie pour vn temps prefix, ou bien à perpetuité.


Experience. LVI.


C’Est vne vieille Femme veſtuë de gaze d’or, qui de la main droite tient vn carré Geometrique, & de la gauche vne Baguette, auec vn Rouleau tout à l’entour, où ſont eſcrits ces deux mots, Rerum magistra, c’eſt à dire, la maiſtreſſe des choſes ; outre qu’on peut remarquer à ſes pieds vne pierre de touche, & vn Vaſe, d’où s’euaporent des flammes.

6. Eth. Elle eſt repreſentée vieille, pource, dit Ariſtote, qu’elle eſt la creature du Temps.

__Car elle ſe produit par l’aage,
Et fait par vn diuers vſage
Ce que l’Art ſujet à ſa loy
A de plus admirable en ſoy ;
S’il aduient qu’elle ſe rencontre
Dans le chemin que l’Exemple luy monſtre.

Son habillement eſt doré, à cauſe qu’elle a le meſme auantage ſur les Sciences, que l’on donne à l’or ſur tous les autres metaux. Ce n’eſt pas auſſi ſans vn grand myſtere, qu’elle tient en main le carré Geometrique ; Pource qu’auecque cét inſtrument, en diuiſant ſes degrez, & multipliant ſes nombres, l’on treuue par vne experience infaillible, la hauteur, la profondeur, & la diſtance des choſes. Ce qui nous eſt pareillement declaré par ſa Baguette ; qui monſtre qu’elle regente icy bas, & que ſans elle on ſeroit aueugle dans la connoiſſance des Arts, & des affaires du monde.

Auecque tout cela, le feu qui ſe void à ſon coſté ne luy eſt Lib. 12. pas mal conuenable, d’autant que ſans luy, comme dit Boccace dans ſa Genealogie des Dieux, nous ne ſçaurions pas vne infinité de belles choſes, que l’Experience nous monſtre. Car c’eſt luy qui agit à la perfection de l’or, de l’argent, & de tous les autres metaux ; Luy qui dompte le fer & le bronze, qui ſepare le pur d’auecque l’impur ; & qui par d’eſtranges metamorphoſes, change le noir en blanc, les herbes en verre, & le bois en cendre.

Pour ce qui eſt de la pierre de touche, c’eſt à fort bon droit qu’elle figure l’Experience, en eſtant vne infaillible du prix des metaux, & particulierement de l’or.


Favevr. LVII.


POvr la faire voir aux yeux, telle que l’eſprit ſe l’imagine par ſes effets, les Anciens l’ont repreſentée par vn ieune Homme, qui a des aiſles au dos, vn Bandeau aux yeux, & les pieds ſur vne roüe.

Cette Peinture qu’ils en ont faite, n’a eſté, à mon aduis, que pour nous deſcouurir trois ſources, d’où procedent & rejaliſſent toutes les faueurs. La premier eſt la Vertu, ſignifiée par les aiſles, qu’on attribuë par Metaphore au vol de l’eſprit. La ſeconde, la Fortune, Qui par les richeſſes qu’elle donne aux hommes, les fait combler de Faueurs ; bien que toutefois elle ne ſoit qu’vne Deïté fabuleuſe, à qui nous ne deuons attribuer aucun Empire ſur les choſes d’icy bas, qui dépendent toutes de la Prouidence Diuine. Et la troiſieſme, ie ne ſçay quelle conioncture heureuſe, qui ſe rencontre entre l’humeur des Grands, & les inclinations de ceux qu’ils eſleuent. Mais quoy qu’il en ſoit, les Romains & les Grecs imputoient au hazard la pluſpart des proſperitez de la terre, & leur donnoient vn Bandeau, tel qu’il ſe void icy, à cauſe que ceux qui les poſſedent en ſont le plus ſouuent aueuglez.


Felicité eternelle. LVIII.


C’Estl’image d’vne ieune Fille nuë, belle à merueilles, reſplendiſſante, & couronnée de Laurier. Elle eſt aſſiſe ſur vn Ciel eſtoillé, d’où elle regarde en haut, auec vn viſage ioyeux, tenant de la main gauche vne Palme, & de la droite vne Flamme de feu.

On la peint ieune & de belle humeur, pource que la ioye, la ſanté, les biens incorruptibles, & toutes les graces particulieres, qui accompagnent les ieunes gens, ſont inſeparables d’auec elle.

Elle eſt nuë, à cauſe qu’elle n’a nullement beſoin de ſe couurir des biens periſſables d’icy bas, ou pour s’en parer, ou pour subuenir aux incommoditez de la vie, trouuant comme elle fait en ſoy-meſme, le comble des vrays contentemens, ſans qu’il ſoit beſoin qu’elle les cherche en autruy.

Ses treſſes dorées, ſont des figures d’vne Paix immortelle, & qui eſt pleine de ſeureté. Car il n’y a celuy qui ne ſçache, que l’or eſtoit vn ſymbole d’vnion, en ce premier aage où les hommes viuoient dans l’innocence, ſans violer tant ſoit peu les Loix de la Nature. Le Ciel eſtoillé ſur qui elle eſt aſſiſe, Que la vraye felicité des Bien-heureux, n’eſt ſujette, ny au cours des Aſtres, ny au mouuement des Saiſons. La Palme jointe à la Couronne de Laurier, Qu’on ne peut s’ouurir vne entrée au Paradis que par les tribulations ; Eſtant certain, comme dit sainct Paul, Qu’il faut combattre de bonne façon, pour receuoir la couronne de gloire ; Et la Flamme ardante, Qu’vn bon Chreſtien doit eſtre embrazé de l’Amour de Dieu, & auoir ſans ceſſe les yeux de l’ame eſleuez à la contemplation de ce Createur de toutes choſes, puis qu’en cecy principallement conſiſte le plus haut point d’vne perdurable beatitude.


Fecondité. LIX.


IE treuue que cette peinture ne luy conuient pas mal ; Qui eſt celle d’vne ieune Femme, couronnée de fueilles dde Cheneuiere. Elle tient prés de ſon ſein vn nid de Chardonnerets ; & à ſes pieds ſe voyent d’vn coſté, des petits Lapins qui ſe ioüent ; comme auſſi des Pouſſins, qu’vne Poule regarde fixement, & qui viennet d’eſtre eſclos.

Le plus grand bien que puiſſe auoir vne Femme mariée, eſt celuy de la Fecondité, par qui elle produit les fruicts deſirables qu’on ſe propoſe pour fin du mariage, à la plus grande gloire de Dieu. Auſſi eſt-il vray, que la procreation des enfans eſt entierement neceſſaire aux hommes par vn instinct de Nature ; Comme il ſe void par l’exemple meſme des creatures irraiſonnables : Car il n’y en a point, qui ne cherchent naturellement d’engendrer ſelon leur eſpece, ſans que toutefois elles en eſperent aucune vtilité. Or eſt-il que ç’en eſt vne bien grande, que d’auoir des enfans qui ſoient gens de bien ; comme Lib. 7. c. 44. Ariſtote le prouue en ſa Rhetorique : Ce que Pline encore dit eſtre vn des plus hauts points de l’humaine felicité, par l’exemple qu’il rapporte là deſſus de Cecilius Metellus le Macedonien, qui eut quatre fils eſleuez aux plus hautes charges de Rome, comme ayant eſté Preteurs, Conſuls, & Cenſeurs ; A quoy il adiouſte, Qu’au temps d’Auguſte, Caius Criſpinus fit vn ſacrifice ſolemnel au Capitole, auec neuf de ſes enfans, à ſçauoir, ſept Garçons, & deux Filles, vingt-ſept Nepueux, neuf Niepces, & vingt-neuf arriere-Nepueux. Ie ne parle point ny de Cornelie, de la maiſon des Scipions, d’où naſquit Voluſius Saturninus, qui fut Conſul auec l’Empereur Domitian ; ny de la Mere des Gracques, à qui ſelon Pline, vne grande Dame ayant vn iour fait monſtre de ſes joyaux, elle luy fit voir douze beaux Garçons, qu’elle auoit, luy diſant de bonne grace, que c’eſtoient là ſes plus precieux threſors ; Tellement qu’on peut bien aſſeurer, que cette felicité des Familles eſt ſi grande, qu’elle paſſe des particuliers à tout le public. Auſſi ordonna-t’on anciennement dans Rome, Que celuy qui ſe trouueroit auoir plus d’enfans, auroit par conſequent plus d’honneur, & ſeroit preferé aux autres en la dignité Conſulaire.

Elle eſt couronnée de fueilles de Cheneuiere, pource que cette herbe, dont la ſemence eſt fort menuë, & qui multiplie d’elle meſme, ſans qu’on apporte preſque point de ſoin à la cultiuer, deuient ſi grande & ſi forte, qu’elle ſouſtient les oyseaux qui s’y perchent.

Que ſi l’on demande à quel propos on luy fait tenir en main vn nid de Chardonnerets, l’on en trouuera la reſponse dans Lib. 10. c. 63. Pline. Car en ce meſme endroit de ſon Liure, où il dit, Que tant plus vn animal eſt grand, tant moins il eſt fecond, comme il ſe void par l’exemple des Chameaux, & des Elephans ; il remarque tout au contraire, Que des œufs du Chardonneret, qui n’eſt qu’vn petit oyſeau, il s’en eſcloſt iuſques à douze.

Pour cette meſme raiſon, elle a vne Poule à ſes pieds, à cauſe que cét oyſeau domeſtique eſt ſi fecond, que d’vn ſeul de ſes œufs il en ſort quelquefois deux pouſſins ; Ce que Pierius dit auoir veu dans Padoüe ; Et Albert le grand aſſeure le meſme. Que s’il en faut croire Ariſtote, il s’eſt touué des Lib. 7. c. 4. Hiſt. an. brebis aſſez ſouuent, qui ont porté iuſques à cinq agneaux à la fois : Et poſſible eſtoit-ce pour cela, qu’anciennement les Femmes en ſacrifoient deux auecque leur mere, s’il arriuoit qu’en leur accouchement elles euſſent des jumeaux. Mais il aduient quelquefois, qu’elles en ont bien dauantage, puis Lib. 10. c. 2. in Chro. qu’Aule-Gelle, Iulles Capitolin, Boterus, & Martin Cromer, nous aſſeurent, Qu’au territoire de Laurente, vne des eſclaues d’Auguſte, accoucha de cinq enfans maſles, qui veſcurent quelque temps : Qu’il en arriua de meſme à vne autre ſous l’Empire d’Antonin : Que l’an 1276. naſquirent de la Comteſ^se Marguerite trois cens ſoixante & quatre creatures, qui furent toutes baptisées, ſous les noms de Ieanne, & d’Elizabeth : Comme il ſe remarque encore auiourd’huy ſur leur tombeau, qui eſt dans vn Monaſtere de Religieuſes de ſainct Bernard, prés de la Haye en Hollande, où cette Hiſtoire eſt eſcrite au long : Et qu’en Cracouie l’an 1269. vne autre Marguerite, femme du Comte Verbolaüs accoucha de trente-ſix enfans.

Pour ce qui eſt des Lapins, qui ſe voyent à l’autre coſté de cette Figure, c’eſt fort à propos qu’ils y ſont mis ; ces animaux eſtans ſi feconds, qu’en allaictant leurs petits, ils en produiſent d’autres. A quoy ſe rapporte la remarque qu’en fait Valere le Grand, qui dit que dans vne certaine Iſle qu’il nomme, ils multiplierent en ſi grand nombre, que les habitans furent contrains de leur quitter la place, ſi fort ils en eſtoient incommodez.

A ce que ie viens de dire de la Fecondité, ſont conformes à peu prés deux anciennes Medailles, de Fauſtine & de Mamée ; En la premiere deſquelles, elle ſe void repreſentée ſur vn lict, auec des enfans qui ſe joüent à l’entour d’elle : Et en la ſeconde, par vne Femme, qui tient d’vne main vn Enfant, & de l’autre vne Corne d’abondance.


Fermeté de langage. LX.


CEtte Peinture eſt tirée de Pierius, en ſes Figures Hieroglyfiques, où il dit, Que les Preſtres Egyptiens ſouloient repreſenter la Fermeté du Diſcours par vn Mercure, ſur vne baze quarrée, où s’enfonçoient ſes deux pieds : Par où ie m’imagine, qu’ils ne vouloient monſtrer autre choſe, ſinon que le bon raiſonnement, ſouſtenu par vn eſprit iudicieux & ſolide, peut ſubſiſter de ſoy-meſme, ſans auoir beſoin en aucune ſorte de l’aide des pieds, ny de celle des mains, pour s’affermir & ſe rendre ineſbranlable, ny de celle des mains, pour s’affermir & ſe rendre ineſbranlable. Et poſſible que pour cela meſme au lieu de baze, quelques autres luy cachent les pieds dans vn monceau de pierre ; pource qu’anciennement les paſſans en iettoient pluſieurs au bas de ſa ſtatuë, comme le remarque Fornutus en ſon Liure de la nature des Dieux.

Quant à ſes aiſles, & à ſon Caducée, cela nous apprend deux choſes ; L’vne, Qu’encore que les paroles soient legeres, & qu’elles ſemblent voler, ſi eſt-ce qu’eſtant proferées auecque poids & iudicieusement, elles ne laiſſent pas de faire vne forte impreſſion dans la memoire : L’autre, Qu’vne Eloquence ſolide fait reuiure les hommes par le ſouuenir de leurs belles actions ; Tout de meſme que Mercure reſſuſcitoit les morts par la ſecrette vertu que les Anciens attribuoient à ſon Caducée.

Fermeté d’Amovr. Fidelité.
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Flatterie. Foy Chrestienne.
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Force. Force d’Amovr.
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Fermeté d’amovr. LXI.


ELle eſt repreſentée par vne Femme aſſiſe, richement veſtuë, & qui tient les deux mains enlacées l’vne dans l’autre ; ayant ſur la teſte deux Ancres en forme de croix, vn Cœur au milieu, & ces paroles au deſſus : Mens est firmissima, comme qui diroit, Reſolution immuable.

Par le riche habillement, dont elle eſt parée, il eſt monſtré, qu’Amour eſtant volage de ſa nature, il faut tenir pour precieuſe la Conſtance, quand elle s’y trouue iointe : Par les deux Ancres liez enſemble, Que l’Eſperance fortifiée par la Raiſon, eſt le plus ferme appuy d’vn cœur amoureux : Par ſes mains enlacées, Que la Foy doit eſtre inſeparable d’auec la perſonne qui aime ; Et par ſon action poſée, Que s’il y peut auoir quelque repos d’eſprit en Amour, il faut neceſſairement qu’il procede d’vne ferme reſolution, ou qu’elle en face du moins la meilleure partie.


Fidelité. LXII.


L’On n’en peut faire vn Tableau plus conuenable que celuy-cy, qui eſt d’vne Femme veſtuë de blanc, ayant en l’vne de ſes mains vn Cachet : En l’autre vne Clef : Et à ſes pieds vn Chien.

Cette Figure n’a pas beſoin d’explication, puis qu’il n’y a celuy qui ne ſçache bien, Que le cachet & la clef ſont des ſymboles de Fidelité : Auſſi a-t’on accouſtumé d’en vſer à ſéeller, & à ſerrer les choſes que l’on veut tenir ſecrettes.

Pour le regard du chien, l’experience fait voir tous les iours, que c’eſt le plus fidelle de tous les animaux, & le plus amy de l’homme. Teſmoin celuy de Titus Labienus, qui ne partit Plin. hiſt. nat. lib. 8. iamais d’auprés de ſon maiſtre, & qui le voyant precipité dans le Tybre par les degrez Gemonins, s’y ietta incontinent apres luy, & ſe noya finallement à force de nager, & de faire le plongeon.


Flatterie. LXIII.


C’Est vne Femme agreablement veſtuë, & qui joüe d’vne fluſte ; ayant un Cerf qui dort à ſes pieds, auprés d’vne ruche, ou du tronc d’vn arbre, d’où ſortent des mouches à miel.

Hier. lib. 7. Cette Figure, comme le remarque Pierius, eſt de l’inuention d’Orus Apollo. Ils diſent tous deux, Que le Cerf aime tellement le ſon de la fluſte, & en eſt si fort charmé, qu’en l’eſcoutant il s’oublie ſoy-meſme, & ſe laiſſe prendre. Cela nous enſeigne, Que les ames foibles tombent ordinairement dans les pieges des Flateurs, pource qu’ils leur preſtent volontiers l’oreille, & ſe plaiſent qu’on les endorme de belles paroles, dequoy toutefois ils ne ſe trouuent pas ſi bien, qu’ils n’eſpreuuent à la fin, que cette douceur, comme celle des mouches à miel, eſt ſuiuie d’vne dangereuſe picqueure.

Quelques autres l’habillent d’vne couleur changeante, luy faiſant tenir vne corde d’vne main, & des ſoufflets de l’autre ; Outre qu’à ſes pieds ils mettent vn Cameleon. Le changement des couleurs, dont elle eſt veſtuë, ſignifie ſon inconſtance, & ſon artificieuſe ſoupleſſe, qui luy fait changer à tout moment de diſcours & de viſage, pour s’accomoder au gouſt de celuy qui l’eſcoute ; En cela ſemblable au Cameleon, qui pour eſtre peu ſanguin, & fort timide, que la Flatterie eſt vn vice Ariſtot. Eth. 4 laſche, qui ne poſſede iamais que les ames baſſes & ſeruiles.

Dauantage, comme on vſe de ſoufflets à r’allumer le feu quand il eſt eſteint, ou à l’eſteindre quand il eſt allumé ; Les Flatteurs de meſme du doux vent de leurs paroles attiſent l’ardeur des paſſions, ſi on les eſcoute ; ou bien ils eſtouffent la lumiere de la verité, en perſuadant le menſonge.

Quant à la corde qu’elle tient en la main gauche, cela nous In Pſal. 9 apprend, comme dit S. Auguſtin, Qu’il n’y a rien qui attache les hommes au peché ſi fort que la Flatterie ; car elle ſe plaiſt à certaines choſes, qui pour vicieuſes qu’elles ſoient, font loüer par cette maudite engeance ceux qui en ſont les autheurs, tant s’en faut qu’on les en daigne reprendre.


Foy chrestienne. LXIV.


CEst vne Vierge veſtuë de blanc, qui tient de la main droite vne Croix, & vn Liure ouuert, regardant fixement tous les deux, & qui ſemble faire ſigne de la gauche, qu’elle porte prés de ſon oreille.

Cette action de la main, & le Liure ouuert ſignifient, Qu’il y a deux moyens pour s’inſtruire en la Foy Chreſtienne ; L’vn Ad. Rom. C. 10 eſt celuy de l’oüye, d’où elle vient, comme dit ſainct Paul : L’autre, la lecture des Liures Canoniques, qui toutefois n’a pas tant de force ; Car, ſelon le meſme Apoſtre, la parole de Dieu Hebr. c. 4., eſt de ſi grande efficace, qu’elle touche au vif, & n’eſt point d’eſpée qui penetre plus auant. Quelques-vns y adiouſtent vne Baze, ſur qui elle s’appuye, pour monſtrer par là qu’elle eſt le ferme ſouſtien des autres Vertus, & que Ieſus-Chriſt en eſt la pierre fondamentale.

Elle ſe void encore repreſentée dans les eſcrits des anciens Chreſtiens, à la façon d’vne ieune Fille, qui a le viſage voilé, les eſpaules nuës, vne Couronne à la teſte, vn Sceptre en main, & ſous les pieds deux petits Renards, qu’elle foule auec vne reſolution inuincible.

Elle eſt peinte voilée, pour nous apprendre, Que des articles de noſtre Foy nous n’en auons aucune euidence en ce monde, pource, dit S. Paul, Que nous ne voyons icy que par enigme, & comme mar vn miroir. A raiſon dequoy Ieſus-Chriſt, Ioan. c. 20 aſſeure ſainct Thomas : Que bien-heureux ſont ceux qui ont creu ſans voir. Adiouſtons à cecy, Qu’elle a le viſage voilé, à cauſe que l’habitude de la Foy, comme le remarquent les Theologiens, procede ſimplement d’vn objet obſcur, & qui meſme eſt inuiſible, & inſenſible.

Elle a les eſpaules deſcouuertes, pour monſtrer, Qu’il faut preſcher l’Euangile en termes intelligibles, & non pas les pallier par Enigmes, & par des paroles obſcures, comme font les Heretiques.

Et d’autant qu’elle gagne tous les iours de nouuelles victoires sur nos communs ennemis, qui ſont le Monde, le Diable & la Chair ; C’eſt pour cela qu’elle porte vne Couronne de Laurier, & vn Sceptre en main, pour vne marque de la grandeur, & de la majeſté de noſtre ſainte Foy, qui eſt la creature du Roy eternel.

Les Renardeaux qu’elle foule aux pieds, ſont les Heretiques ; 2. Cant. ainſi appellez dans l’Eſcriture, à cauſe de leur malice, en laquelle 1. Corint. c. 3 il les faut ſurprendre, comme dit ſainct Paul.


Force. LXV.


ON la repreſente armée, telle à peu prés que la Deeſſe Pallas, Et de quelque ſorte qu’on la conſidere, elle porte la phyſionomie d’vne perſonne robuſte : Car elle a le corps ramaſſé, la taille belle, les eſpaules larges, les membres nerueux, le teint brun, les cheueux rudes, l’œil brillant, & qui n’eſt guere fendu. Elle tient au reſte vne Lance en la main droite, auec vne branche de Cheſne ; Et en la gauche vn Eſcu, au milieu duquel eſt peint vn Lyon, qui combat vn Sanglier.

Bien que les valeureux efforts que l’on fait pour lutter contre les choſes difficiles, conuiennent à toutes les Vertus particulieres, ſi eſt-ce que l’execution n’en appartient qu’à la Force, le propre de laquelle, eſt de ſouffrir courageuſement pour l’amour de la Vertu toute ſorte d’euenemens, & de fortunes contraires. Que ſi on la peint Femme, ce n’eſt pas pourtant que l’on pretende qu’elle doiue eſtre effeminée ; mais c’eſt pluſtoſt pour en accomoder la Figure à la façon de parler.

Ses armes ſont des ſymboles de la force de ſon corps ; Et le Rameau qu’elle tient en main en eſt vn de celle de ſon eſprit. Par l’vn elle reſiſte aux armes materielles ; Et par l’autre, aux ſpirituelles, qui ſont les vices. Ce qui nous eſt demonſtré par le Cheſne, arbre que les Poëtes ont touſiours creu plus fort que les autres, ſoit à cauſe qu’il ſe roidit contre la violence des vents & des eaux, ſoit pource que l’on en fait des machines, qui durent long-temps, de quelque peſant fardeau qu’elles ſoient chargées : Auſſi eſt-ce pour cela que les Latins appellent de ſon nom les hommes forts & robuſtes. La Lance qu’elle porte ſignifie, Que ce nous eſt vne choſe naturelle de repouſſer la violence qui nous eſt faite iniuſtement, & de nous aider pour cét effet des forces que nous auons.

Lib. 2. Que s’il en faut croire Pierius, par le combat du Lyon & du Sanglier, peint en ſon Eſcu, nous ſont declarées les deux forces du corps & de l’eſprit. Car au lieu que le Sanglier ſe precipite à chaque rencontre ; Le Lyon au contraire meſnage auec adreſſe, ſoit qu’il attaque, ou qu’il ſe deffende.

Hier. lib. 2. Ie diray à ce propos, qu’il me ſouuient d’auoir leu dans Orus, que les Egyptiens repreſentoient la Force par vne femme de complexion vigoureuſe, qui auoit ſur ſa teſte les deux cornes d’vn Taureau, & à ſon coſté vn Elephant, auecque ſa trompe droite. En effet l’experience ne monſtre que trop qu’il n’y a point d’animaux plus forts que ceux-cy ; Ce qui fait dire au Cic. lib. 2. Senec. ſage Caton, Qu’il n’auoit iamais ſouhaitté les forces de l’vn, ny celles de l’autre en ſa plus verte ieuneſſe.

La meſme demonſtration nous eſt faite en deux anciennes Medailles ; En la premier deſquelles eſt remarquable vne ieune Femme, qui a vne maſſuë, pareille à celle dont Hercule aſſomme vn Lyon : Et en la ſeconde, vne Amazone armée, qui en la main gauche porte pour deuiſe dans ſon Eſcu la teſte de ce genereux animal ; & en la droite vne Eſpée nuë, qui depuis la garde iuſques à la pointe, eſt enuironnée d’vn ſerpent. Ce qui ne peut mieux s’entendre que de la force du corps, de la prudence de l’ame, & de la grandeur du courage ; qui ſont des Vertus ſi excellentes, qu’on a veu ſouuent par leur moyen de ſimples ſoldats paruenir aux ſouuerains honneurs du Triomphe, apres auoir paſſé dignement par toutes les plus hautes charges de la Milice.


Force d’amovr, par mer et par terre. LXVI.


CEtte Peinture d’Amour eſt vne copie d’vn Emblème d’Alciat, qui en a tiré l’original d’vne Epigrame Grecque, qui luy ſert d’explication, & que i’ay ainſi traduite.

Icy l’Amour dépeint ſans Arc & ſans Flambeau,
Des cœurs qu’il a bleſſez, veut auoir vne offrance ;
Et monſtre ſon pouuoir ſur la terre & ſur l’eau,
Par vn Poiſſon qu’il tient, & par vne Guirlande.

Le meſme Autheur voulant marquer l’Empire de Cupidon, l’eſleue ſur vn Chariot tiré par deux Lyons ; Et en vn autre endroit il luy fait hauſſer la main droite vers le Ciel, d’où tombent ſur luy peſle-meſle des fléches & des flammes, qui cedent à la violence des ſiennes ; Car elles bleſſent, comme diſent les Poëtes, & bruſlent enſemble, ſans que Iupiter meſme en ſoit exempt. Tellement qu’on peut dire

Qu’vn Enfant qui porte des aiſles
Dompte le Pere des humains,
Puiſque pour des Beautez mortelles,
La foudre luy tombe des mains.

Generosité. Genie.
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Gloire. Gloire des Princes.
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Grace de Diev. Grammaire.
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Generosité. LXVII.


SOn image eſt celle d’vne ieune fille, ſi belle & ſi charmante, qu’elle attire à ſoy les yeux de tout le monde. Elle eſt veſtuë de gaze d’or, s’appuyant de la main gauche ſur la teſte d’vn Lyon ; Et de la droite, qu’elle hauſſe, elle tient des chaiſnes de pierrerie & de perles, auecque demonſtration d’en vouloir faire des preſents.

2. Rhet. Elle est peinte ieune, pource, dit Ariſtote, Que les ieunes gens ont le courage grand, & par conſequent genereux & noble ; ce qui eſt encore denoté par l’or de ſa robe. Auſſi appelle-t-on proprement genereux, ce qui ne degenere point de ſa nature.

Elle tient nud le bras droit, & ſemble vouloir diſtribuer les riches joyaux qu’elle porte, pour nous aduertir, Que le propre de cette Vertu eſt de ſe deſpoüiller de toute ſorte d’intereſts, & de faire du bien, ſans eſperance d’en receuoir en échange.

Or pource qu’elle ſe definit, vn Eſtre excellent en la perſonne qui en eſt pourueuë, & qui la tient de ſa propre vertu, non pas de celle d’autruy ; pour donner à entendre cela, elle s’appuye ſur la teſte d’vn Lyon, qui eſt celuy de tous les animaux le plus digne de merueille, pour la grandeur & la generoſité de ſon courage. Car il eſt inuincible à quelque aduanture que ſe ſoit : Et s’il eſt contraint de faire retraitte, c’eſt de ſi bonne grace, qu’il n’abandonne iamais de veuë celuy qui le pourſuit pour l’offencer.


Genie. LXVIII.

Syntag. 2.
IL y a dans les eſcrits de Vincent Cartary, quantité d’images du Genie, qu’il a priſes de Lilius Garaldus. Mais celle-cy me plaiſt par deſſus toutes, tirée d’vne ſtatuë de marbre de bas relief, qui fut trouuée à Rome il y a quelques années. Elle repreſente vn Enfand nud, & d’vn viſage riant, auec vne Guirlande de pauot ſur la teſte, des Eſpics en vne main, & vne grappe de raiſin en l’autre ; à quoy ſert d’explication l’Epigramme qui ſe void au deſſous, par où il eſt monſtré

Que la blonde Cerés, Bacchus, & le Sommeil,
Font gouſter aux mortels vn plaiſir nompareil ;
S’il aduient qu’à leurs dons ſoit puiſſamment vnie
_______La faueur du Genie.

Et d’autant que les Anciens le prenoient, pour la cõmune conſeruation des choſes du monde, il ne faut pas s’eſtonner ſi chez eux non ſeulement les creatures humaines, mais les inſenſibles meſme auoient leur Genie, comme il ſe void par diuerſes Medailles, qui luy attribuent la garde des threſors & des greniers.

Mais quant à cét autre Genie, qui ſe prend d’ordinaire pour l’inclination que nous auons à quelque choſe, & pour le plaiſir qui en reuient ; on luy peut donner des aiſles, pour vn ſymbole de la choſe qui nous plaiſt, & qui nous reuient touſiours en la fantaiſie. Par exemple, ſi quelqu’vn eſt porté aux Lettres, qu’on luy mette des Liures en main ; Si à la Muſique, des Luths, & autres tels inſtruments ; Si à la Guerre, des Armes, & ainſi du reſte. Par meſme moyen qu’on le couronne de fueilles de Plane, arbre Genial, & qui pour n’eſtre pas moins beau qu’il eſt commode, pour la grande ombre qu’il fait, fut l’vn des plus agreables ornemens de l’Academie d’Athenes.

En quelques Medailles, le Genie des Romains eſt couronné de laurier, pource que ce peuple ne ſe plaiſoit qu’à la guerre & aux triomphes. En d’autres on luy fait porter des Eſpics, des fleurs, & des branches d’Oliuier, comme en celles de Trajan, & de Marc-Aurelle Antonin. Mais la plus remarquable de toutes eſt celle de Neron, tenant de la main droite vne Couppe à ſacrifier deuant vn Autel, & de la gauche vne Corne d’abondance. Et il faut bien croire que par vn excez de flatterie l’on frappa cette Medaille en ſa faueur, puis qu’il est certain que le Genie de ce Prince, c’eſt à dire ſon humeur, ſe portoit au mal pluſtoſt qu’au bien ; à l’impieté, non pas à la Religion, & à la ruine des biens plus volontiers qu’à leur accroiſſement.


Gloire. LXIX.


CEtte Image eſt tirée des anciennes Medailles, où elle eſt peinte de meſme qu’icy. Car auec ce que le haut de ſon corps eſt preſque tout nud, elle porte vne Sphere où ſont les douze ſignes du Zodiaque, & vne petite Figure qui tient vne Palme d’vne main, & de l’autre vne Guirlande.

Sa nudité ſignifie, Qu’il n’y a iamais de fard dans les actions glorieuſes, pource qu’elles paroiſſent à deſcouuert en quelque temps que ce ſoit. La Sphere qu’elle porte, Que les conſiderations d’icy bas ne l’obligent pas tant à des exploits héroïques, que celles du Ciel, où elle ſe promet la recompenſe de ſes trauaux ; Et l’Image qu’elle ſouſtient de la main droite, qui eſt celle de la Victoire, Qu’elles ſont toutes deux inſeparables, puiſque l’vne aſſeurément eſt la creature de l’autre.

Il y en a qui luy mettent ſur le chef vne Couronne d’or, auec vne Trompette en la main gauche, & en la droite vne Corne d’Abondance. Que ſi ie ne m’abuſe, par la premiere de ces choſes, ils pretendent monſtrer, Que le prix de la Gloire eſt toûjours illuſtre, puis qu’elle poſſede les plus precieuſes marques d’honneur que l’on puiſſe auoir, qui ſont les Sceptres & les Couronnes. Par la ſeconde, Que ſes hautes entrepriſes ne manquent iamais d’eſtre publiées par la bouche de la Renommée ; Et par la troiſieſme, Qu’eſtant legitime & fondée sur la Vertu, elle ne peut manquer de vrais biens, ny d’eſtre victorieuſe en pluſieurs façons de la mauuaiſe fortune.


Gloire des princes. LXX.


LInvention de cette Figure eſt priſe d’vne des plus belles Medailles de l’Empereur Adrian. Elle a ſur la teſte vne riche Couronne d’or, & en tient vne autre de Laurier en la main droite ; ſouſtenant de la gauche vne forte Pyramide.

La Couronne d’or ſignifie la recompenſe que reçoiuent les grands Princes des fameuſes entrepriſes qui les occupent ſans ceſſe, & des belles actions qui s’en enſuiuent ; Comme celle de Laurier eſt un illuſtre prix, qu’ils donnent eux-meſmes pour marque d’honneur à ceux qui les ſuiuent dans les occaſions de ſignaler leur vaillance.

La Pyramide eſt pareillement vn ſymbole de leur Gloire, qui eſclatte en diuerſes façons dans les Temples, & dans les riches Palais qu’ils font baſtir, auec vne magnificence Royale : Car ces ſuperbes marques de leur Grandeur les rendent recommendables à la Poſterité, durant vne longue ſuitte d’années : Ce que teſmoignent encore auiourd’huy ces prodigieuſes maſſes de pierre qui nous ſont reſtées des Pyramides d’Egypte, que le Temps, quelque iniurieux qu’il ſoit, n’a pû démolir, ny empeſcher qu’à la gloire de leurs Autheurs, elles ne paſſent

comme autrefois pour des miracles du monde.

Grace de Dieu. LXXI.


C’Est vne ieune Vierge, qui par les merueilleux charmes de ſa beauté, rauit d’amour & d’admiration tous ceux qui la contemplent. Vne couronne reſplendiſſante ſe forme tout à l’entour de ſa teſte, dont les cheueux blonds s’eſpandent nonchalamment ſur ſes eſpaules ; & de ſes deux mains elle tient vne Corne d’abondance, d’où tombent pluſieurs ſortes de biens, qui ſont denotez par diuerſes enſeignes, & marques d’honneur. Mais elle ſe fait paroiſtre ſur tout par ſa nudité, & par les rayons qui l’enuironnent, depuis la teſte iuſques aux pieds.

Les beautez qui eſclattent ſur ſon viſage, ſont des ſymboles de celles de ſon ame, qui eſt pure & nette de toutes ſortes de taches ; ce qui procede ſur tout de ce merueilleux rayons, dont elle eſt enueloppée, qui eſtant eſlancez d’en-haut, diſſipent les nuages eſpais, & les tenebres des vices.

Sa nudité demonſtre le meſme, comme eſtant la marque de ſon innocence, qui n’a pas beſoin de ces ornemens exterieurs, ny de ces vaines parures, dont les perſonnes du monde ont accouſtumé de couurir leurs deffauts. Et quant aux biens qu’elle verſe abondamment, ils apprennent à ceux qui les poſſedent à reconnoiſtre qu’ils viennent de Dieu, puis qu’ils doiuent à ſa ſainte Grace les plus hautes dignitez où ils ſe voyent eſleuez.

D’autres la repreſentent ſous la forme d’vne belle Vierge, qui tourne les yeux vers le Ciel, d’où le Saint Eſprit deſcend ſur elle en forme de Colombe : outre qu’ils luy font tenir d’vne main vn Rameau d’Oliuier, & de l’autre vne Couppe.

Elle regarde le Ciel, pour monſtrer que la Grace nous vient de Dieu, & que pour l’obtenir, il faut neceſſairement que le pecheur ſe conuertiſſe, & qu’il luy demande pardon de ſes fautes. Cette pureté de l’ame, eſt figurée par la Colombe, vray ſymbole du Saint Eſprit, à qui les Theologiens attribuent l’infuſion de la Grace dans nos ames ; Et voilà pourquoy il eſt dit, Qu’elle s’eſpend ſur les creatures, par la pure liberalité de Dieu, & ſans aucuns merites qui ſoient en elles.

Et d’autant que l’Oliuier ſignifie la Paix, le Rameau qu’elle tient eſt vne marque de la tranquillité que ſent le pecheur, apres qu’il s’eſt reconcilié auec Dieu ; Et peut-on bien dire auſſi, Que la Couppe eſt vne figure de cette reconciliation, puiſque celuy qui eſt en la grace de Dieu, gouſte des douceurs infinies, qui luy font perdre entierement la ſoif qu’il auoit auparauant des choſes du monde.


Grammaire. LXXII.


SEs deux principalles fins ſont demonſtrées par la peinture de cette Femme, qui tient de la main gauche vn Rouleau, où elle eſt definie vn Art qui apprend à parler correctement, & à prononcer comme il faut ; Et de la droite vn Vaſe plein d’eau, dont elle arrouſe vne plante : par où elle veut ſignifier, Qu’il en eſt de meſme des ieunes eſprits, & qu’à force d’eſtre cultiuez, comme des plantes encore tendres, ils portent des fruicts d’exquiſe doctrine, pour la commune vtilité du public.

D’autres la figurent par vne ieune Femme, qui tient vne lime en l’vne de ſes mains, & en l’autre des verges ; outre que de ſes mamelles qu’elle a deſcouuertes, il en ſort du laict en abondance.

Sa ieuneſſe vigoureuſe eſt vn ſymbole de l’accroiſſement de cét Art, qui ſe fait à force de le cultiuer, & d’en apprendre les regles ; comme nous voyons qu’en ce premier aage le corps ſe rend ſouple peu à peu aux exercices qu’on luy monſtre, quand il prend peine à les acquerir.

La Lime qu’elle porte en vne main, eſt vne marque de l’aſſiduité dont il faut vſer, pour retrancher ce qu’il y a de groſſier & de ſuperflu dans vn eſprit, afin de le rendre ſuſceptible de ces nobles principes, qui luy ouurent l’entrée aux plus hautes connoiſſances ; Et le foüet qu’elle tient en l’autre, ſignifie, Que la Grammaire eſt la premiere choſe que l’on enſeigne aux enfans, y employant pour cét effet le châſtiment, pour les rendre plus capables de diſcipline. Mais cette legere peine eſt ſuivie enfin d’vn grand plaiſir, pource qu’elle leur fait gouſter auecque le temps la merueilleuſe douceur des Sciences, qui eſt icy denotée pare laict qui luy ſort des mammelles.

Gratitvde. Gravité.
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Harmonie. Histoire.
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Hospitalite. Hvmilite.
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Gratitvde, ou, Reconnoissance. LXXIII.


LE naturel de cette Vertu paroiſt en trois choſes differentes, qui ſont, vne Cygongne, vn bouquet de fleurs de febues, & vn Elephant ; par où ſe fait remarquer cette Femme qui la repreſente.

Par la Cygongne, pource, dit Orus Apollo, qu’il n’y a point d’animal qui ſoit plus reconnoiſſant que celuy-cy, qui ſoulage continuellement la vieilleſſe de ceux qui l’ont mis au monde. Car en ce meſme lieu où il a eſté nourry, il leur fait vn nid des deſpoüilles de leurs plumes inutiles, & leur donne à manger, en attendant que les bonnes leur ſoient reuenuës, & que d’eux-meſmes ils puiſſent trouuer à viure ; A raiſon dequoy cét animal eſtoit en grande conſideration chez les Egyptiens, & ſeruoit de myſterieux ornement aux Sceptres des Rois.

Par le Rameau de fleurs de febues ; d’autant que les legumes Lib. 18. c. 14. de cette eſpece, comme le remarque Pline, engraiſſent le terroir où elles viennent, & nous enſeignent par conſequent, Que nous deuons touſiours contribuer par nos ſoins à la bonne fortune de ceux qui ſont cauſe de la noſtre.

Par l’Elephant, pource que cét animal n’oublie iamais le bien qu’il a receu. Teſmoin celuy dont parle Elian, qui voyant ſon Maiſtre mort par la violence de ſes ennemis, le print auecque ſa trompe, & le porta dans ſon eſtable, où il fut longtemps pres de luy ſans vouloir manger, auec de ſi grandes demonſtrations de dueil, que tous ceux qui le voyoient en eſtoient eſmeus à pitié.


Gravité. LXXIV.


CEst vne Dame honorable, veſtuë de pourpre, & qui porte au col en forme de joyau vne Lettre de cachet. Son viſage ſe tourne du coſté d’vn Flambeau allumé, qu’elle tient en ſa main gauche, & de la droite elle empoigne la teſte d’vne petite Statuë, eſleuée ſur vn pied-deſtal.

La robe de pourpre luy eſt conuenable, pour eſtre vne marque d’honneur, & de dignité, qui rend plus majeſtueuſe & plus graue la perſonne des grands Princes.

La Lettre ſcellée qu’elle porte penduë au col, eſt comme le Caractere de ſa Nobleſſe, qui la fait paroiſtre plus releuée ; Et le Flambeau qu’elle tient en eſt vn autre de ſon merite, qui ne s’accomodant qu’aux choſes graues & ſerieuſes, ſert de fanal à tout le peuple, & luy donne ſur luy le meſme auantage

qu’a le Soleil deſſus les moindres lumieres.

Harmonie. LXXV.


CE Tableau de l’Harmonie ſe void au Palais du grand Duc de Toſcane ; où elle eſt peinte comme vne belle Reine, ayant ſur la teſte vne Couronne toute brillante de pierrerie, vne Lyre en vne main, & vn Archer de l’autre.

Pour donner l’explication de la beauté de cette Figure, il ſuffit de dire en general auecque les Poëtes, Qu’elle eſt couronnée comme fille du Ciel, les charmes de laquelle enchantent les cœurs, flechiſſent les Tygres, & donnent du mouuement aux choſes inanimées. Teſmoin la Lyre d’Orphée, qui par ſes melodieux accords ſe rendoit ſenſible aux rochers, & deſracinoit les arbres. Mais il ne faut pas s’eſtonner de ces merueilles de l’Harmonie, puiſque ſelon les Pytagoriciens, il n’y en a point icy bas qui ne prenne ſon origine des Cieux. Nous meſmes y participons par leur vertu ; Et voila pourquoy nous preſtons ſi volontiers l’oreille à ſes agreables conſerts, iuſques-là meſme, qu’au dire de quelques-vns, nous ne pourrions ſans eux, ny mettre d’accord les mouuemens de noſtre ame, ny treuuer la iuſte cymmetrie des vertus.

Les Poëtes nous ont caché cette Philoſophie ſous l’eſcorce de la fable, quand ils ont feint, Qu’apres que les Coribantes & les Curettes eurent arraché Iupiter encore enfant, des cruelles mains du vieil Saturne ſon pere, ils le menerent en Crete, pour y eſtre nourry ; & ne ceſſerent le long du chemin de le diuertir au ſon des Cymbales, & de quelques autres inſtrumens d’airain. Que ſi l’on ſçait bien examiner cette fable, l’on trouuera, que par Iupiter ſe doit entendre moralement la Sageſſe acquiſe, qui ne peut iamais prendre nourriture ny accroiſſement en nous, ſi elle n’eſt aſſiſtée de l’Harmonie de toutes les choſes. Car depuis qu’elle s’eſt vne fois emparée de noſtre ame, elle en bannit le diſcord des habitudes contraires à la vertu, dont il ſemble que nous ſoyons les creatures, pource que les inclinations au peché s’engendrent en nous, pluſtoſt que les actions vertueuſes & loüables.

Dauantage, par le meſme Iupiter, eſchappé des mains de Saturne, s’entend la plus pure patrie du Ciel incorruptible, à laquelle ne peut nuire la violence du Temps, qui deuore peu à peu les Elemens, & conſume toutes les choſes materielles. Surquoy ie concluds à la loüange de l’Harmonie, Qu’il s’eſt trouué des Gentils qui ont creu, que les Dieux meſmes en eſtoient compoſez, & pareillement de nombres, comme nous le ſommes d’ame & de corps ; Si bien concluoient-ils, qu’à cauſe de cela ils eſcoutoient volontiers la Muſique, & ſe laiſſoient fléchir bien ſouuent à la douceur de ſes accords rauiſſans.


Histoire. LXXVI.


SA figure reſſemble à peu prés à celle d’vn Ange, à cauſe des grandes aiſles qui ſont attachées à ſes eſpaules. Et bien qu’elle regarde derriere, elle ne laiſſe pas toutefois d’eſcrire ſur vn grand Liure, que Saturne ſouſtient ; & s’appuye du pied gauche ſur vne pierre carrée.

L’Hiſtoire, qui fait profeſſion d’eſcrire auec ordre ce qui ſe paſſe dans le monde, eſt peinte auecque des aiſles, pour monſtrer qu’elle va publiant de toutes parts les diuers euenemens, auec vne incroyable viteſſe.

Elle tourne pour cét effet les yeux en arriere, à cauſe qu’elle trauaille pour la poſterité, par la deſcription qu’elle fait des choſes paſſées, afin d’en perpetuer le ſouuenir. Car, comme dit Petrarque, Sonet 84.

Elle dompte les ans ; & ſes eſcrits ſont tels,
Que par eux elle rend les hommes immortels.

C’eſt pour cela qu’elle s’appuye ſur les eſpaules de Saturne, pource qu’elle rend vn iuſte teſmoignage du Temps, dont elle eſt victorieuſe : En vn mot, c’eſt la maiſtreſſe de la vie, la lumiere de la memoire, l’eſprit des actions, & le ſouſtien de la verité ; Car elle ne ſe doit iamais laiſſer corrompre par le menſonge, ny par ſes intereſts propres ; mais dire purement ce qui eſt, ſans apporter aucun fard à cette ſyncerité naïue, dont ſa robe blanche eſt le ſymbole.


Hospitalité. LXXVII.


CEtte Dame, dont l’aage eſt mediocre, le viſage riant, & la beauté ſinguliere, ſemble vouloir accueillir quelqu’vn à bras ouuerts. Elle eſt veſtuë de blanc, & tient de la main droite vne Corne d’abondance, d’où tombent peſle-meſle diuers fruicts, qu’vn petit enfant ſemble vouloir cueillir, tandis qu’vn pauure Pelerin aſſis de l’autre coſté, impore ſon aide.

Elle eſt peinte belle, pource qu’en effet elle ſe peut dire la choſe du monde la plus charmante, & la plus agreable à Dieu, puis que c’eſt par elle qu’il ſe fait connoiſtre, comme dit ſainct Auguſtin.

Elle n’eſt ny ieune, ny vieille, pource que l’vn de ces aages eſt trop adonné aux plaiſirs de la vie ; & l’autre par trop ſujet à l’Auarice ; Mais elle tient vn milieu entre les deux, à cauſe qu’eſtant le ſiege de la vertu, il ne peut mieux conuenir qu’aux charitables actions qu’elle exerce.

Sa robe blanche monſtre la pureté de ſon ame, qui eſt exempte de corruption, & qui ne fait rien par intereſt, mais par vn zele ardent enuers Dieu.

Les preuues de cette verité ſe manifeſtent par le bien qu’elle fait à l’Enfant & au Pelerin, qui ſons à ſes coſtez : Auſſi ne ſçauroit-elle auoir deux plus dignes ſujets pour exercer ſa charité, l’vn ne pouuant chercher à viure, à cauſe de la foibleſſe de ſon aage, ny l’autre en trouuer que difficilement, pource qu’il eſt hors de ſon païs. Par où l’on peut voir aſſeurément, que toutes les actions d’Hoſpitalité ſont tres-agreables à Dieu ; Qui pour teſmoigner le bon gré qu’il en ſçait à ceux qui les exercent, Ie tiens, leur dit-il, pour fait à moy-meſme ce que vous auez fait au moindre des miens ; Ce qui ne peut tourner qu’à la honte de Ioan. 5 ces hommes mal-aduisez, Qui ont des maiſons où les grands larrons & les riches ſont touſiours les bien-venus, au lieu que l’entrée en eſt defenduë aux gens d’honneurP & aux pauures.


Hvmilité. LXXVIII.


CEtte Vierge veſtuë de blanc, a la teſte baiſſée, les bras en croix, vne bale en main, vne Couronne ſous l’vn de ses pieds, & un Agneau couché prés d’elle.

L’Humilité eſt vne des plus excellentes vertus de l’ame, par qui les hommes qui en ſont pourueus, s’eſtiment inferieurs aux autres, & leur obeïſſent volontairement : Car c’eſt toûjours leur intention de tenir cachez le mieux qu’ils peuuent les dons que Dieu leur a faits, afin de n’auoir ſujet d’en deuenir orgueilleux.

Sa robe blanche monſtre, Que la pureté de l’Ame engendre en l’homme de bien cette vertueuſe ſubmiſſion qui luy eſt ſi fort neceſſaire, & qui peut ſuffire à rendre ſes actions agreables à Dieu, qui donne ſa grace aux Humbles, & s’oppoſe à la volonté des Orgueilleux.

Ce qu’elle baiſſe la teſte, eſt vn adueu qu’elle fait de ſes defauts. Dequoy neantmoins elle tire cét aduantage, Que plus elle s’abaiſſe, & plus elle eſt eſleuée, pource qu’il eſt eſcrit, Luc. 14. 18. Que quiconque s’humiliera, ſera exalté. En cela ſemblable à la bale qu’elle a dans la main, qui ne bondit iamais ſi haut, que lors qu’à force de bras elle eſt iettée contre la terre.

Par la Couronne d’or qu’elle foule aux pieds, il nous eſt declaré, De grad. hum. comme le remarque ſainct Bernard, Que celuy qui poſſede comme il faut cette diuine Vertu, ne fait du tout point d’eſtat ny des richeſſes, ny des grandeurs de ce monde. Teſmoin Baudoin premier Roy de Hieruſalem, qui monſtra veritablement combien il eſtoit humble, quand ſe voyant ſur le point d’eſtre couronné auecque pompe & ceremonies, A Dieu ne plaiſe, dit-il, que ie porte vne Couronne d’or en ce meſme lieu où mon Redempteur n’en a porté qu’vne d’eſpines.

Quant à l’Agneau qui ſe void couché à ſes pieds, il eſt ſans doute le vray portraict d’vne perſonne qui eſt humble & debonnaire ; comme il ſe remarque en diuers endroits des ſaintes Eſcritures, où Ieſus-Chriſt meſme eſt appellé de ce nom par les Prophetes.

Il ſe void vne autre Figure de l’Humilité, qui tient la main gauche ſur le ſein, & la droite eſtenduë, auecque les yeux eſleuez au Ciel. Dauantage, elle foule aux pieds vne Vipere preſque morte, tout à l’entour d’vn miroir rompu, auprés duquel eſt remarquable la teſte d’vn Lyon bleſſé.

La main qu’elle porte ſur ſa belle gorge, monſtre que le cœur eſt le vray ſiege de l’Humilité ; Et ſon bras droit eſtendu, Qu’elle doit eſtre patiente, & non pas ſemblable au Loup, qui ſe couure de la peau de la Brebis, pour deuorer les Agneaux.

En vn mot, par la Vipere il faut entendre la Hayne, & l’Enuie ; par le miroir, l’Amour de ſoy-meſme, & par le Lyon, l’Orgueil.

Inclination. Inconstance.
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Imagination. Instinct Natvrel.
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Intelligence. Invention.
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Inclination. LXXIV.


SOn image eſt celle d’vne ieune Femme veſtuë de deux couleurs, qui ſont le noir & le blanc. Sur le haut de ſa teſte, elle a deux Eſtoilles differentes ; à ſçauoir du coſté droit celle de Iupiter, extremement claire ; & du gauche celle de Saturne, beaucoup moindre, & qui n’eſt pas ſi luiſante. Elle tient de plus en l’vne de ſes mains vn bouquet de roſes, & en l’autre des eſpines, outre qu’elle a des aiſles aux pieds.

On la peint ieune, d’autant qu’elle porte l’eſprit à la hayne, ou à l’amour des choſes bonnes ou mauuaiſes. Car, comme dit Rhet. lib. 2 le Philoſophe, les ieunes gens font tout auec excez, ſoit qu’ils aiment, ou qu’ils haïſſent. La raiſon eſt, pource que l’Inclination eſtant vn appetit naturel vers ce qui eſt bon, ou mauuais de ſoy ; la foibleſſe de leur aage fait que n’eſtans pas capables de diſcerner l’vn d’auec l’autre, ils y courent auec plus d’ardeur, & ne ſuiuent en cela que le mouuement de leur nature.

Sa robe moitié blanche & moitié noire, ſignifie le bien & le mal ; dont l’vn eſt denoté par la lumiere, & l’autre par l’obſcurité. Conformément à cela il eſt dit dans les ſaintes Lettres, Que le veſtement de Iesvs-Christ ſur le mont de Thabor eſtoit plus blanc que la neige ; Comme au contraire, là où il eſt parlé du malheureux eſtat des damnez, on les repreſente Baruc. 6. auec des viſages affreux, & qui ſont tous noircis de la fumée d’Enfer.

Les deux Eſtoilles qu’elle a ſur la teſte marquent les Planetes de Iupiter & de Saturne ; dont la premiere eſt auſſi benigne de ſa nature, que la ſeconde eſt nuiſible & malencontreuſe.

Le Bouquet de roſes qu’elle tient en la main droite, monſtre, Qu’vne Inclination loüable doit reſſembler à ces fleurs ſi fort eſtimées, c’eſt à dire, qu’il faut qu’elle ſoit belle, & pleine de bonne odeur : Ce que les Egyptiens donnoient anciennement à connoiſtre auecque beaucoup d’eſprit, lors que par vne Guirlande faite de roſes ils figuroient le parfait cercle de la Vertu. Mais quant aux eſpines, elles ſignifient le contraire, Lib. 56. & ſont, comme dit Pierius, les ſymboles du vice.

On luy met au reſte des aiſles aux pieds, pour nous apprendre, Qu’elle ſe peut definir vn mouuement ſoudain, qui nous fait aimer les choſes, ou les auoir en horreur, ſelon la sympathie que nous auons auec elles, ou par nature, ou par complexion, ou par vsage. Mais ſoit qu’elle nous pouſſe au bien, ou au mal, cela ne ſe peut neantmoins que ſucceſſiuement, veu qu’autrement il y auroit de la contradiction, en ce qu’il arriueroit qu’en meſme temps vne meſme perſonne voudroit, & ne voudroit

pas ; ce qui eſt impoſſible.

Inconstance. LXXX.


C’Est vne Femme veſtuë de couleur bleuë, ayant en vne main vne Lune, & ſous l’vn de ſes pieds vn Eſcreuice.

On l’habille de bleu, pour la reſſemblance qu’il y a de cette couleur à celle des vagues de la mer, qui ſont, comme il ſe void, extremement inconſtantes, & ſujettes de temps en temps à de nouuelles alterations.

Il en eſt de meſme de la Lune, que nous voyons deſcroiſtre inſenſiblement, comme le plus muable des Aſtres : d’où il vient qu’il eſt dit dans l’Eſcriture, Que l’inſenſé change comme elle, & qu’il ne demeure iamais en vn meſme eſtat. L’on y pourroit adjouſter vn Chat-huant, oyſeau nocturne, ſi peu aſſeuré en ſon vol, qu’il ne ſçait d’où il vient, ny par où il va, comme le remarque le grand ſainct Baſile.

Quant à l’Eſcreuice, l’experience fait voir, qu’auec vne meſme diſpoſition il chemine droit & à reculons. En quoy l’imitent à tout moment, ces eſprits changeans & irreſolus, qui loüent tantoſt la contemplation, tantoſt l’action, demain l’ignorance : par où ils font bien voir, qu’ils ne ſçauent ny ce qu’ils loüent, ny ce qu’ils blaſment, tant ils ſont volages en leurs ſentimens ; Auſſi ſont-ils repris à bon droit dans les ſaintes Lettres, par l’exemple de ce Laboureur mal aduiſé, qui n’a pas pluſtoſt mis la main à la charruë, qu’il s’en repent.

D’autres repreſentent l’Inconſtance, par vne Femme veſtuë de couleur changeante, qui s’appuye des mains ſur vn Roſeau, & des pieds ſur vne boule ; Ce qui monſtre aſſez clairement, Que l’homme volage n’a iamais d’arreſt en ſes penſées, & qu’en matiere d’agir il ſuit d’ordinaire les choſes les plus muables.

Adiouſtons icy, Que les Anciens ont figuré l’Amour inconſtant par le poiſſon appellé Polipe, pource que ſemblable au Cameleon, il prend toutes les couleurs qui luy ſont oppoſées.

L’on en peut dire autant des Amants, que l’on void tantoſt paſlir, & tantoſt rougir ; leur paſſion eſtant vne ſource d’eſpoir & de crainte, de triſteſſe & de ioye, de cholere & de jalouſie, ſelon qu’elle ſe trouue pouſſée par des mouuemens

contraires.

Imagination. LXXXI.


CEtte Femme qui la repreſente eſt veſtuë d’vne robe de couleur changeante, & ſemble eſtre toute deſolée, de la façon qu’elle tient les yeux hauſſez vers le Ciel, & les mains croiſées l’vne dans l’autre. Mais ce qui la fait remarquer par deſſus tout, c’eſt la bizarrerie de ſa coëffure ; Car aux deux coſtez de ſa teſte, dont les cheueux ſont heriſſez, elle a des aiſles, comme celles de Mercure ; & en lieu de Couronne, de petites figures diuerſement ombragées.

Auant qu’expliquer cette Peinture, il faut ſçauoir auec Ariſtote, Que l’imagination eſt vn mouuement, qui ſe fait actuellement par le ſens ; ou ſi vous voulez, vne connoiſſance de ce qui a touché les autres ſens, à ſçauoir le commun, & les exterieurs. Ce qu’il declare encore en vn autre endroit, où la voulant diſtinguer, il dit, Qu’elle ſe rencontre parfaite, ou imparfaite dans les animaux, ſelon qu’ils ſont plus ou moins parfaits.

Par ſa robe de diuerſes couleurs, il eſt monſtré, Que la puiſſance imaginatiue reçoit les eſpeces de tous les objets, qui luy ſont preſentez par les ſens exterieurs ; Comme par ſes yeux eſleuez au Ciel, auec vne action toute penſiue, il eſt declaré, Que ſoit qu’elle dorme, ou qu’elle veille, elle eſt en vn mouuement continuel, d’où luy naiſſent mille inquietudes, & mille penſées differentes.

Ses aiſlerons & ſes cheueux heriſſez, ſignifient le meſme ; c’eſt à dire, Qu’il nous faut remarquer la viteſſe, ou la ſoudaine operation de cette puiſſance, ſoit à receuoir les eſpeces, ſoit à les repreſenter à l’entendement.

Quant à ſa Couronne, qui eſt en forme de bandeau, d’où s’eſleuent trois ou quatre petites figures, cela veut dire, ſelon les Medecins, Que la vertu imaginatiue a ſon ſiege dans le premier ventricule du ceueau, & que c’est le ſens commun qui luy fournit diuerſes eſpeces.

L’Imagination ſe forme doncques de cette meſme vertu, à qui toutes les autres obeïſſent. Auſſi eſt-il vray, qu’elle ne laiſſe pas d’operer, quand les ſens exterieurs ſont oiſifs, & qu’elle Valer. l. 2. Sext. Emp. Galen. agit mesme bien ſouuent quand nous dormons : dequoy nous auons pluſieurs preuues dans les Autheurs, outre que l’experience

nous le confirme.

Instinct natvrel. LXXXII.


IL eſt figuré par vn ieune garçon, qui ſemble courir, ayant le viſage voilé, & en la main droite l’Eliothropion, ou la fleur du Soleil.

Il eſt peint ieune, pource qu’il ne change iamais, & que ſa force eſt touſiours égale. Que s’il a le viſage voilé, c’eſt pour faire voir, Que la cauſe de cét Inſtinct eſt ſi fort cachée, qu’on en peut donner difficilement des raiſons probables, & en faire des demonſtrations, comme des autres choſes de la Nature. C’eſt pour cela qu’Ariſtote compare l’entendement au Soleil, & au ſens de la veuë. Car comme noſtre œil n’eſt pas aſſez fort, pour regarder la lumiere de ce bel aſtre ; Ainſi noſtre entendement eſt trop foible, pour comprendre tous les ſecrets de la Nature, comme eſtans des choſes qui dépendent de la premiere forme, & que Dieu, qui s’eſpend de tous coſtez, ainſi que le Poëte le remarque, a miraculeuſement creées.

Il eſt repreſenté nud, pource qu’il opere par le moyen de ſa propre forme, ſans eſtre aſſiſté des qualitez elementaires, ny d’aucun artificile exterieur ; Et ſemble courir, pour ſignifier l’inclination & le mouuement qui ſe trouuent immediatement en luy meſme, qui opere ſans aucun obſtacle. De là vient auſſi que nous auons de l’amour pour les vns, & de la haine pour les autres, Que nous faiſons quelquesfois du mal aux innocens, & du bien à ceux qui en ſont indignes ; Iuſques-là meſme qu’il y en a que la Fortune a comblez de richeſſes, & qui toutesfois pour en auoir dauantage, ne laiſſent pas de voler à toutes mains, & ſe prostituent aux actes les plus infames ; ce qui ſoit dit neantmoins ſans preiudice de franc-arbitre.

Pour ce qui eſt de l’Eliothropion, ou de la fleur du Soleil, qu’on luy fait tenir en main ; comme il ne manque iamais de ſuiure le mouuement de cét Aſtre, ny de ſe tourner de ſon coſté, ainſi l’on ne peut mettre en doute, que ce qu’il en fait ne ſoit par vn Inſtinct naturel, qui n’eſt pas ſeulement commun aux plantes, mais aux pierres meſme, & aux autres choſes les moins ſenſibles.


Intelligence. LXXXIII.


C’Est vne Femme veſtuë de gaze d’or, & couronnée d’vne Guirlande, tenant vne Sphere d’vne main, & d’vn Serpent de l’autre.

L’Intelligence, qui peut eſtre definie, vne mutuelle vnion que fait noſtre eſprit auecque la choſe qu’il entend, eſt veſtuë de gaze d’or, pource qu’elle doit eſtre reſplendiſſante comme ce metal ; & non pas commune, mais precieuſe, & tout à fait eſloignée des notions baſſes & vulgaires.

Nous pouuons adjouſter à cecy la figure de cette haute Intelligence, qui ſelon les Philoſophes, fait mouuoir les Spheres celeſtes. Mais noſtre principal deſſein eſtant de traiter des choſes qui dépendent des connoiſſances humaines, nous ne parlerons que de celle-cy, qui par la Sphere & le Serpent qu’elle tient en main, nous apprend, Que pour bien entendre les hautes matieres, il faut premierement ramper comme le Serpent, & aller terre à terre dans les principes des choſes terreſtres, qui ſont incomparablement moins parfaites que les celeſtes, & plus conformes par conſequent à la portée de nos eſprits.


Invention. LXXXIV.


CEtte Maiſtreſſe des Arts eſt icy veſtuë d’vne robe blanche, où ces deux mots ſont eſcrits, Non alivnde. Elle a ſur la teſte deux aiſlerons, en vne main l’image de la Nature, & en l’autre, vn Rouleau, où il est eſcrit, Ad operam.

On la repreſente ieune, d’autant qu’en ce premier aage, la chaleur du ſang fait que les eſprits s’eſleuent dans l’intellect, où par la force du Raiſonnement ſe forment les inuentions.

Elle eſt veſtuë de blanc, pource que l’Inuention doit eſtre pure, & ne ſe point ſeruir du trauail d’autruy, d’où vient qu’il eſt dit,

Qu’on adiouſte aisément aux choſes inuentées :

De maniere qu’il faut qu’elle ne dépende que de ſa propre operation, comme le demonſtre le mot, Non alivnde.

Les aiſlerons qu’elle a ſur la teſte ſignifient l’eleuation de toutes les parties intellectuelles, à cauſe qu’eſtant pouſſées par les ſens à l’acquiſition des choſes que l’on deſire ſçauoir, elles ſe ramaſſent enſemble, & font vn effort pour inuenter tout ce qu’ils leurs propoſent.

Elle tient en main l’image de la Nature, pour monſtrer par là qu’elle inuente toutes choſes. Et d’autant qu’il ne ſert de rien d’auoir vne inuention, ſi l’on ne la met en lumiere ; c’eſt à raiſon de cela, qu’on luy fait tenir les bras retrouſſez & à demy nuds, comme le declarent ces deux mots Latins, Ad operam, qui ſont dans le Rouleau qu’elle porte. A quoy l’incite encore l’eſperance du prix propoſé, qui eſt vn bracelet d’or, qu’on ſouloit donner, ſelon Pierius, à ceux qui pour le bien de la Republique auoient trouvé quelque inuention ingenieuſe & loüable.

L’Inuention ſe void repreſentée à Florence dans le Cabinet du grand Duc Ferdinand, ſous la figure d’vne belle Femme, qui a des aiſles à la teſte, comme celles du Dieu Mercure, & à ſes pieds vn Ours qui leche ſon Faon, afin de donner vne forme à cette lourde maſſe de chair.

On la peut encore denoter par vne ieune Beauté, qui tient vn Sceptre, au deſſus duquel eſt vne main ouuerte, vn œil au milieu, & au bout de cette main, deux petites aiſles, qui reſſemblent à peu prés à celles du Caducée.

Le Sceptre eſt vne marque de grandeur & de promptitude, comme la main en eſt vne d’induſtrie, & d’art ; Tellement que l’vn ſouſtenu par l’autre, fait voir que les Princes & les Seigneurs qui ont de l’empire ſur leurs ſujets, reſueillent leur Inuention, & leur équiſent l’eſprit par le moyen des recompences, qui ſont de forts aiguillons de Vertu.

C’eſt l’opinion d’Artemidore, Que par les mains eſt ſignifié l’Art, qui eſt la creature de l’Inuention ; à tout le moins les Egyptiens le demonſtroient ainſi par leurs Figures Hieroglyphiques. Auſſi eſt-il vray que tous les Arts preſque ſont mis en euidence par l’Induſtrie de la main, qu’Ariſtote nomme pour cét effet, l’Inſtrument des Inſtrumens.

Pour ce qui eſt de l’œil, il figure la Prudence, qui doit ſuiure l’Invention, comme les aiſles qui ſont au bout de ſon Sceptre, ſignifient la viuacité requiſe à executer heureuſement.

Diſons en ſuite, Que par vne image de Mercure, qui tient vn Caducée de la main droite, & de la gauche vne Fluſte ; Les Anciens ont figuré les deux ſujets principaux, qui ſont comme les sources de l’Inuention ; à ſçauoir l’intereſt propre, & le plaiſir d’autruy ; dont l’vn eſt denoté par le Caducée ; par le moyen duquel, comme les Poëtes ont feint, Mercure reſſuſcitoit les morts ; & l’autre par la Fluſte, inſtrument propre à reſiouir l’eſprit, & à calmer ſes mouuemens deſreglez.

Concluons ce Tableau de l’Inuention par celuy qui s’en void encore auiourd’huy à Rome, où elle eſt peinte en ieune Femme nuë, hormis qu’elle a ſur la teſte vn Morion, vne Eſpée à la main, & vne maniere d’Eſcharpe ſemée de fleurs & de fueilles, auecque ces mots à l’entour, Proprio Marte.

Par ſa nudité, nous apprenons, Qu’elle s’engendre la plus part du temps des incommoditez de la vie : Par ſon Morion, Qu’elle ſubſiſte par ſon eſprit, que la Prudence fortifie : Par ſon Eſpée, Qu’elle eſt touſiours preſte à deffendre ce qu’elle a mis au iour, afin que la gloire & le profit luy en demeurent ; Et par ſon Eſcharpe ſemée de fleurs, Que toute la peine qu’elle prend à inuenter d’excellentes choſes, ſe fonde ſur l’eſperance d’en cueillir vn iour le fruict, & d’en faire part au public.

Lassitvde. Liberté.
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Liberalité. Libre ov Franc arbitre.
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Logiqve. Lovange.
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Lassitude. CXV.


C’Est vne Femme fort maigre, legerement veſtuë, & qui a la gorge deſcouuerte. Elle s’appuye de la main gauche ſur vn Baſton, & tient de la droite vn Eſuentail, dont il ſemble qu’elle s’euente.

La Laſſitude dont nous parlons, qui n’eſt point cauſée de maladie ; mais d’vn trop violent exercice, ou d’vne raiſon trop chaude, eſt dépeinte maigre, pource que la ſanté du corps venant à l’exhaler par le moyen de la chaleur, il faut neceſſairement qu’elle ſe deſſeiche.

Son habillement, & ſon ſein deſcouuert, ſont des marques des trop violentes ardeurs de l’Eſté ; Car en ce temps-là l’on a de couſtume de s’habiller à la legere, afin de ſe raffraiſchir, & de n’eſtre ſi toſt laſſé.

Elle s’appuye, pource qu’elle a beſoin de ſouſtien, à cauſe qu’elle manque de forces : ce qui s’accomode fort bien à la langueur que nous deſcriuons, qui ne procede que de foibleſſe.

C’eſt auec raiſon encore, qu’elle vſe de l’Euentail, qui par l’agitation qu’il fait de l’air eſchauffe, en ſemble produire vn autre plus commode, & plus propre à rafraiſchir le corps humain.


Liberté. LXXXVI.


SA figure eſt celle d’vne Femme veſtuë de blanc, ayant vn Sceptre en la main droite, vn Bonnet en la gauche, & vn Chat prés d’elle.

Le Sceptre ſignifie l’Empire de la Liberté, qui ne le tient que de ſoy-meſme, eſtant comme elle eſt, vne abſoluë poſſeſſion d’eſprit, de corps, & de commoditez temporelles, qui nous incitent au bien par diuers moyens ; à ſauoir l’eſprit, par vne grace particuliere de Dieu, le corps, par l’aide de la Vertu, & la richeſſe, par la direction de la Prudence.

Elle eſt peinte auec vn Bonnet en main, d’autant que par vne ancienne couſtume, les Romains le faiſoient porter à celuy de leurs Eſclaues qu’ils vouloient affranchir, & le remettre en liberté, apres luy auoir razé les cheueux ; Ceremonie qui ſe faiſoit d’ordinaire dans le Temple de la Deeſſe Feronia.

L’on met vn Chat à ſes pieds, pource qu’il n’y a point d’animal qui aime tant la liberté que celuy-là, qui ne peut ſouffrir en aucune ſorte d’eſtre enfermé : à cauſe dequoy quelques peuples, & particulierement les Bourguignons, le portoient anciennement pour deuiſe en leurs enſeignes de guerre.

I’obmets, que parmy pluſieurs Medailles de la Liberté, il s’en trouue quelques-vnes où elle ſe void tenant d’vne main vne maſſuë comme celle d’Hercule, & de l’autre vn Bonnet, auecque ces mots, Libertas Avgvsti ex SC. Ce qui ſignifie vne Liberté acquiſe par la valeur, comme il ſe remarque dans la Medaille d’Antonin Heliogabale, où eſt adjouſté vn joug rompu.


Liberalité. LXXXVII.


CEtte Femme qui la repreſente a les yeux vn peu enfoncez, le nez aquilin, & le front carré. Elle a de plus vne robe blanche, vne Aigle ſur la teſte, vn Compas en vne main, auec vne Corne d’aondance renuerſée, d’où s’eſpandent diuers joyaux, & autres choſes de prix, outre qu’elle en tient vne autre pleine de fruicts & de fleurs.

La Liberalité, qui conſiſte en vne deſpenſe honneſte & moderée, eſt peinte auec des yeux enfoncez, & vn front carré, par vne maniere de reſſemblance auec le Lyon, le plus liberal de tous les animaux irraiſonnables.

Vne Aigle eſt perchée ſur ſa teſte, pour nous apprendre, Que le plus haut point de cette vertu ne giſt pas en l’action de donner caſuellement aux autres ce qui eſt à nous ; Mais en l’habitude & en l’intention : ce qui eſt encore le propre des autres vertus. C’eſt ainſi que l’Aigle, au rapport de Pline, ayant pris quelque gibier, n’en mange pas tant, qu’elle n’en laiſſe toûjours vne partie pour les autres oyſeaux, comme glorieuſe qu’elle eſt, de voir pluſieurs animaux viure de la chaſſe qu’elle a faite.

Les deux Cornes d’abondance qu’elle tient de la façon que nous auons dite, monſtrent, Que les grandes richeſſes portent vn eſprit genereux à faire du bien, non pas tant pour en tirer vanité, que pour en aſſiſter vertueuſement ceux qui en manquent.

Elle eſt veſtuë de blanc, à cauſe qu’elle eſt ſans eſperance d’aucuns intereſts, comme cette couleur eſt ſimple, & ſans artifice.

C’eſt pour cela meſme, qu’on luy met vn Compas à la main, pource qu’elle n’eſt pas moins iudicieuſe que ſyncere en ſes largeſſes : Car elle les meſure par ſes commoditez, & par le merite des perſonnes à qui elle les fait.


Libre arbitre. LXXXVIII.


IL eſt aſſez bien dépeint dans ce Tableau, qui eſt celuy d’vn ieune homme veſtu d’vn habit de diuierſes couleurs, auec vn equipage de Roy ; Car il a ſur la teſte vne Couronne d’or, & vn Sceptre en main, au deſſus duquel eſt la lettre Grecque, Υ.

Le franc-Arbitre, ſelon ſainct Thomas, eſt vne libre puiſſance, attribuée à la Nature intelligible, pour la plus grande gloire de Dieu, pour faire election d’vne choſe pluſtoſt que d’vne autre, parmy pluſieurs qui contribuent à noſtre fin. A cette 3. Eth. definition ſe rapport celle d’Ariſtote, qui dit, Que c’est vne faculté de pouuoir eſlire diuerſes choſes, pour arriuer à vne fin. Or eſt-il qu’elle n’eſt autre que le ſouuerain bien, c’eſt à dire, l’eternelle Felicité, où viſent toutes les actions humaines : Mais ce que i’y trouue de pire, c’eſt que les hommes ſont irreſolus, & peu aſſeurez, touchant l’election qu’ils doiuent faire des voyes & des moyens qui les peuuent conduire à cette fin.


Logiqve. LXXXIV.


SEs principales operations ſe voyent icy ſous la figure d’vne ieune fille, qui a les cheueux eſpars & aſſez longs, vn bouquet de fleurs en la main droite, auec ce mot au deſſus, Vervm est falsvm ; Et en la gauche vn Serpent.

Sont teint paſle eſt vn effet de ſes veilles, & de l’eſtude qu’elle employe à s’acquerir cette noble connoiſſance ; d’où s’enſuit d’ordinaire que pour s’y trop adonner, les hommes de Lettres ſont ſujets aux maladies.

Ses cheueux eſpars et meſlez, monſtrent que l’homme qui vaque à la ſpeculation des matieres intelligibles, oublie toutes autres choſes pour celle-là, & qu’il neglige meſme le ſoin de ſon corps.

Les fleurs qu’elle porte, nous aduiſent, Que par le moyen de cette profeſſion la Verité eſt miſe en euidence, & le Menſonge eſtouffé ſous elle ; comme par vn effet de nature, de l’herbe naiſſent les fleurs, qui la couurent depuis quand elles ſont grandes.

Pour le regard du Serpent, il nous enſeigne deux choſes ; La premiere, Que la Prudence eſt neceſſaire à cette profeſſion, comme à toutes les autres, veu que le plus grand effort de l’humaine induſtrie, eſt de ſçauoir diſcerner le vray d’auecque le faux, & d’operer ſelon cette diſtinction, auec vne proportion conforme à la verité qu’on a reconnuë.

La ſeconde, Que la Logique eſt priſe pou vne matiere venimeuſe & inacceſſible, par ceux qui n’ont pas l’eſprit aſſez fort pour la conceuoir ; bien que toutesfois elle leur apprenne le contraire, & qu’elle detruiſe ceux qui par vne temerité trop grande s’oppoſent à ſa doctrine.

L’on en fait encore vne ſeconde peinture, qui eſt celle d’vne ieune Femme veſtuë de blanc, le viſage de laquelle teſmoigne vne merueilleuſe viuacité. Elle porte vne longue eſtocade en la main droite, quatre clous en la gauche, vn morion en teſte, & pour Cimier un Faucon.

La Logique, par qui l’on conſidere la nature & la proprieté des operations de l’entendement, eſt peinte auec vne eſtocade à la main, pour monſtrer la merueilleuſe ſubtilité de ſon eſprit à former diuers argumens, qui nous font diſtinguer le vray d’auecque le faux : Et auec vn morion en teſte, pour marquer la force de ſes raiſons, qui la portent aux plus hautes connoiſſances. Car comme le Faucon fond dans les nuës apres l’oyſeau qu’il pourſuit ; Le Logicien tout de meſme, diſpute hautement des choſes les plus ſublimes, pour ſe donner en proye les diſcours d’autruy, & les aſſujettir à ſon raiſonnement.

Les quatre clous qu’elle porte ſignifient, Qu’en chaque figure ſyllogiſtique, il y a quatre moyens de deſcouurir le Vray, qui ſont enſeignez par les Profeſſeurs de cét Art ; Et par ſa robe blanche, Qu’elle ne ſe propoſe pour but que la Verité. Car comme cette couleur eſt la plus parfaite de toutes, la Logique de meſme eſt la connoiſſance la plus capable d’effacer les nuages d’vne ame, afin de luy faire comprendre le Vray, pourueu que celuy qui l’entreprend s’en acquitte en bon Logicien,

& non pas en mauuais Sophiſte.

Lovange. XV.


CEtte Femme doüée de tant de beautez, & ſi proprement veſtuë d’vne robe blanche, eſt la figure de la Loüange. Elle porte ſur le ſein vn goyau de Iaſpe, luiſant & de couleur verte ; à la teſte vne Guirlande de roſes, en la main droite vne Trompette dont elle ſonne ; & de la gauche qu’elle tend, elle ſemble faire ſigne, & monſtrer quelque perſonne particuliere.

On la peint belle, pource qu’il n’y a point de charmes ſi agreables que les ſiens, ny point de concerts ſi doux à l’oreille, que ceux qui ſe forment de ſes paroles.

Son habillement eſt blanc, d’autant que la vraye Loüange doit eſtre pure, & mortelle ennemie des artifices de la Flaterie ; Surquoy il eſt à propos de remarquer, Que l’humaine Loüange eſt de deux ſortes, à ſçauoir, ou vraye, ou fauſſe. La vraye, eſt celle qui ſe donne legitimement aux hommes vertueux ; Et la fauſſe, celle qui s’attribuë malicieuſement aux perſonnes vicieuſes. De la premiere doiuent eſtre honorez ceux qui s’en rendent capables par leurs bonnes qualitez, qui ſont par exemple, l’integrité de vie, la douceur d’eſprit, la franchiſe, la doctrine, la ſageſſe, & autres choſes ſemblables ; mais principalement la crainte de Dieu, la charité enuers le prochain, & la pureté de cœur ; D’où vient qu’il eſt dit dans l’Eſcriture, Que l’homme ſage ſera combla de benedictions, & loüé de ceux qui le verront ; Et en vn autre endroit, Que la Loüange n’eſt pas bien ſeante en la bouche du pecheur. A quoy ſe rapporte encore le dire du Philoſophe, Qu’il n’eſt pas moins honteux d’eſtre loüé par des infames, que ſi on l’eſtoit pour des choſes deshonneſtes. Le joyau de Iaſpe qui pend à ſon col, eſt vn ſymbole de la Grace, ſelon les Naturaliſtes, qui diſent, Que par vne vertu ſpecifique, cette pierre rend agreable, & fait loüer celuy qui la porte.

Et d’autant qu’il n’eſt point de fleur, ny plus belle, ny de meilleure odeur que la roſe ; on luy donne vne Guirlande, pour demonſtrer la Loüange humaine, qui eſt comme vn doux parfum à ceux qui la reçoiuent, & la Diuine encore plus. Car comme la Couronne eſt vne figure ronde, qui n’a ny commencement ny fin ; ainſi la Loüange de Dieu, comme eternelle qu’elle eſt, n’a point de limites. Auſſi eſt-ce pour cela, Que tous les peuples du monde, & les Elemens qui ſont le chef-d’œuure de ſes mains, à ſçauoir le Ciel, la Terre, l’Air, le Feu, & les choſes qu’ils contiennent ne ceſſent de le loüer, comme le ſouuerain Autheur de leur eſtre.

Le merueilleux eſclat qu’on oit ſortir de la Trompette dont elle ſonne, ſignifie la ſplendeur du nom de ces ames vertueuſes, qui meritent de iuſtes Loüanges. C’eſtoit pour cela, Qu’au plus haut du Temple de Saturne, les anciens Romains ſouloient eſleuer les figures des Tritons, & des autres Dieux marins, dont les queuës ne paroiſſoient point ; pour monſtrer par là, Que l’Hiſtoire des euenemez paſſez ſous le regne de Saturne eſtoit ſi connuë, qu’il n’y auoit pas moyen d’en perdre le ſouuenir ; Comme au contraire, les choſes aduenuës auparauant, eſtoient cachées, & enſeuelies dans les tenebres.

Elle eſtend le bras gauche, comme ſi elle vouloit monſtrer 12. q. 22, art. 2 quelqu’vn, à cauſe, dit S. Thomas, Que la Loüange eſt vn diſcours, qui eſclaircit la grandeur de la Vertu, eſtant veritable que tout ce qui en a, merite d’eſtre loüé : Ce qui nous eſt confirmé 1. Rhet. par Ariſtote, quand il dit, Que loüer n’eſt autre choſe, qu’eſleuer en termes exprés les bonnes qualitez qui ſont en autruy : Et voila pourquoy l’on tient, que Caton merita plus de gloire pour auoir banny le vice de Rome, que Scipion pour auoir vaincu les Carthaginois, veu qu’à proprement parler, la Loüange, comme le remarque le meſme Philoſophe, regarde les actions.

Or pource qu’à le prendre en general, il y a deux ſortes de Loüanges differentes, à ſçauoir la vraye, & la fauſſe ; elles ſont auſſi diuerſement repreſentées.

La premiere eſt vne Femme qui tient vne Trompette en la main droite, & en la gauche vn Rameau d’Oliuier ; outre qu’elle a des aiſles au dos, & qu’elle porte au col vne chaiſne d’or, au bout de laquelle pend vn cœur en forme de joyau.

Par la Trompette, il eſt declaré, Que ce luy eſt vne choſe ordinaire de publier de tous coſtez les actions des gens de bien, afin d’en rendre l’eſtime vniuerſelle par toute la terre. Par le Rameau d’Oliuier, Qu’on s’efforce en vain de blaſmer ce qui eſt loüable de ſoy ; Car cét Arbre & ſon fruict ſont toûjours pris en bonne part. Voila pourquoy dans les ſaintes Lettres, le Nom de noſtre Seigneur Iesvs-Christ eſt myſtiquemnet comparé à de l’huille reſpanduë ; Et dans les Pſeaumes de Dauid, il eſt parlé de l’Oliuier, qui fructifie dans la Maiſon du Seigneur. Auſſi eſt-il vray-ſemblable, que les Anciens en couronnoient Iupiter, pource qu’ils le croyoient extrememement bon, & le plus parfait de tous les Dieux.

Et d’autant que l’homme de bien eſt animé quand on le loüe ; Cela ſe demonſtre par la figure du cœur, pendu au col, comme il ſe lit dans Orus Apollo ; De meſme que par les aiſles blanches il faut entendre la merueilleuſe viſteſſe, & la ſyncerité de la vraye Loüange.

Quant à la fauſſe, elle eſt dépeinte auec vn habillement bizarre, ſemé de petites figures noires, propres à denoter les actions baſſes & laſches des gens ſans merite ; qui pour eſtre loüez, bien qu’indignement, ont accouſtumé d’achetter les ſuffrages des Flatteurs, & des hommes mercenaires.

Au contraire de cecy, dans vne certaine Medaille d’Antinüs eſt repreſentée de cette ſorte l’illuſtre Loüange. C’eſt vn Mercure, auecque des aiſlerons à la teſte, & des talonnieres aux pieds ; tenant de la main droite le Cheual Pegaſe, & de la gauche vn Caducée.

Par ce Courrier celeſte, ſi fort eſtimé pour ſa viteſſe, & pour ſon bien dire, ſe doit entendre l’efficace de la parole, qui s’épend de tous coſtez par la bouche de celuy qui loüe ; Ce qui nous eſt encore ſignifié par les talonnieres de ce Dieu, & par le Cheual Pegaſe qu’il mene en main : Car cela veut dire, Que plus on fait aller viſte la Loüange des grands hommes, & plus elle prend d’accroiſſement. Ce que le peuple Romain voulut autrefois donner à entendre, par la Medaille qu’il fit battre à l’honneur de Domitian, où eſtoit graué le meſme Cheual, qui ſembloit courir & voler enſemble.

Mansvetvde. Mariage.
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Mathematiqve. Meditation.
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Medecine. Memoire.
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Mansvetvde. XCI.


C’Est vne Femme couronnée d’Oliuier, ayant à l’vn de ſes coſtez vn Elephant, ſur qui elle poſe la main droite.

Eth. 4. La Manſuetude, qui ſelon Ariſtote, ſe tient dans les bornes de la Moderation, & dompte les mouuemens de la Colere, ne peut eſtre mieux repreſentée, que par l’Elephant ſur qui elle s’appuye. Auſſi a-t’il touſiours eſté chez les Egyptiens vn ſymbole de cette vertu : car il tient cela de la Nature, de ne combattre iamais auecque des beſtes moins fortes que luy, ny meſme qui luy ſoient eſgales, ſi elles ne l’irritent extremement : Que s’il en rencontre pluſieurs, il ſe tire auſſi-toſt à l’eſcart, de peur qu’il a de leur nuire : Ioint que s’il trouue dans les deſerts quelque voyageur qui ſoit eſgaré, il ne luy fait aucun mal, & le remet dans ſon chemin auec vne adreſſe merueilleuſe.

C’eſt encore à fort bon droit, qu’vne Guirlande d’Oliuier eſt le prix de cette vertu : Car ce bel arbre a eſté de tout temps vne marque de Manſuetue. Et voila pourquoy les anciens Preſtres Egyptiens vouloient que toutes les figures de leurs Dieux fuſſent faites de ce bois. Par où ils vouloient dire ſans doute, Que c’eſt le propre de Dieu de communiquer ſes graces liberalement aux hommes, de leur pardonner leurs offences, & de les traitter auecque toute ſorte de douceur & de Manſuetude. A quoy l’on peut adjouſter, Que l’Oliuier n’eſt pas ſeulement pacifique, mais que l’huile qui en ſort, a tant de force contre la fureur, qu’eſtant iettée dans la mer elle la rend calme, & fait ceſſer la violence des vents qui l’agitent.


Mariage. XCII.


IL ne peut mieux eſtre dépeint que par le portrait de cette Femme richement veſtuë, ayant ſur le col vn Ioug, vn Coin en vne main, des Entraues aux pieds, & vne Vipere au deſſous.

Par les Entraues, & par le Ioug, il eſt demonſtré, Que le Mariage eſt vn aſſez peſant fardeau pour les forces de l’homme, qui ſe vend ſoy-meſme, ſe priuant de liberté, pour s’obliger à vne loy perpetuelle, & ſe ſoubmettre le plus ſouuent aux caprices d’vne femme. Auecque tout cela neantmoins, il ne laiſſe pas d’eſtre deſirable, pour pluſieurs conſiderations, & particulierement pour celle d’auoir des enfans, qui pour l’vtilité publique ſuccedent aux biens & aux vertus de leurs peres.

On luy met vn Coin à la main, d’autant que par l’expreſſe ordonnance de Solon, anciennement on preſentoit ce fruict dans Athenes à ceux qui eſtoient nouuellement mariez. Auſſi eſt-il, ſelon Pierius, vn ſymbole de fecondité & d’amour reciproque, comme il ſe remarque en pluſieurs Medailles, où l’on le fait porter au ieune Hymenée.

Quant à la Vipere, qui eſt ſous les pieds de cette Eſpouſe, cela monſtre, Qu’il faut qu’vne femme d’honneur foule aux pieds toute ſorte de penſées indignes d’elle, & qui choquent tant ſoit peu la foy promiſe à ſon mary, ne faiſant pas comme la Vipere, qui par vn excez de volupté brutale tuë le Serpent, dans les embraſſements duquel elle eſt enlacée.


Mathematique. XCIII.


CEst vne Femme d’aage mediocre, couuerte d’vn voile blanc & tranſparant, auecque des aiſles à ſa teſte, vn Globe celeſte en la main gauche, & en la droite vn Compas, dont elle trace pluſieurs figures.

Par ſon aage vn peu auancé, nous ſommes aduertis, Que cette Science eſtant des plus belles & des plus certaines, pource qu’elle n’agit que par demonſtrations, l’on ne doit pas s’eſtonner s’il faut du temps & de l’aſſiduité pour l’acquerir. Par ſon habit tranſparant, Que les preuuves qu’elle donne ſont ſi claires & ſi euidentes, qu’à moins que d’eſtre deſpourueu de ſens commun, il eſt impoſſible de les mettre en doute ; Et par les aiſles de ſa teſte, Qu’auec la force de ſon eſprit, elle s’eſleue à la contemplation des matieres les plus hautes, & les plus ſpeculatiues. Ce qui eſt encore declaré par le Globe celeſte qu’elle tient en vne main ; & pareillement par le Compas, inſtrument propre à cette profeſſion, qui s’eſtudie à connoiſtre les proportions, & les meſures de toutes choſes.


Meditation. XCIV.


C’Est vne Femme d’vn aage meur, & d’vn viſage graue & modeſte. De la maniere qu’elle eſt aſſiſe, elle paroiſt toute penſiue, ayant la main gauche appuyée ſur ſa joüe, & en la droite vn Liure fermé, ſans y comprendre les autres qu’elle a ſous les pieds. Elle eſt icy peinte graue & modeſte, à cauſe que toutes ces qualitez conuiennent fort bien à la profeſſion qu’elle fait, de conſiderer la ſimple vertu des choſes, pour apprendre à diſcerner le vray d’auecque le faux.

Son action reſveuſe, eſt vne marque de la grauité de ſes penſées, qui n’ont pour but que les choſes profitables, que le ſage ſe doit touſiours propoſer, pour agir parfaitement, & non pas à la volée.

Les Liures ſur qui elle s’appuye, ſont les marques de ſa propre operation, fondée ſur les eſcrits des bons Autheurs, qui contiennent les principes naturels, par qui l’on procede à la recherche de la Verité.

Pour ce qui regarde l’autre Liure qu’elle tient fermé, cela veut dire, Qu’elle fait diuerſes reflexions ſur la connoiſſance des choſes, pour en former de bons ſentimens, qui ne ſont pas moins glorieux que profitables à l’homme.


Medecine. XCV.


ON la repreſente par vne Femme aagée, qui a ſur la teſte vne Guirlande de Laurier, en la main droite vn Coq, & en la gauche vn Baſton noüeux, enuironné d’un Serpent.

La Medecine, qui par les cauſes des maladies iuge des moyens de les guerir, eſt depeinte aagée, poſſible pour s’accomoder à l’opinion des Anciens, qui ont creu, Que depuis qu’vn homme auoit paſſé quarante ans, ce luy eſtoit vne honte d’appeller le Medecin. Par où ils preſuppoſoient, qu’ayant connoiſſance de ſa propre complexion, il ſe pouuoit guerir luy-meſme, en s’abſtenant de ce qu’il connoiſſoit luy eſtre nuiſible. De là vient auſſi que par le moyen de l’Art & de l’Experience, vn vieil Medecin maintient en eſtat la ſanté preſente, & recouure celle qu’on a perduë.

Elle eſt couronnée de Laurier, d’autant que cét Arbre ſert à pluſieurs maladies. C’eſt pourquoy le premier iour de Ianuier, les Romains ſouloient donner de ſes fueilles aux nouueaux Magiſtrats, pour les aduertir de conſeruer leur ſanté toute l’année.

On luy fait porter vn Coq, & vn Serpent, pource que ces animaux, comme le remarque Feſte Pompée, ſont fort vigilans, & qu’il faut que les Medecins le ſoient auſſi. D’ailleurs, ç’a eſté de tout temps qu’on a pris le Serpent pour vn vray ſymbole de ſanté. Car comme il ſe raieunit en poſant ſa vieille peau ; Il ſemble de meſme, que les hommes ſe renouuellent en gueriſſant de leurs maladies.

Et d’autant qu’il eſt mal-aiſé de reüſſir en la Medecine, cette difficulté ſe demonſtre par le Baſton noüeux, enuironné d’vn Serpent, que l’ont tient auoir eſté la deuiſe d’Eſculape.


Memoire. XCVI.


CE n’eſt pas ſans myſtère qu’on luy donne icy deux viſages, & vne robe noire, auec vne Plume en la main droite, & vn Liure en la gauche.

La Memoire a vn double viſage, pource qu’elle eſt vn don particulier de la Nature, d’autant plus conſiderable, que par ſon moyen, & par les regles de la Prudence, elle comprend toutes les choſes paſſées, & celles de l’aduenir.

Le Liure & la Plume qu’elle tient, nous apprennent, Que la Memore ſe rend pafaite par l’vſage, qui conſiſte principalement en l’eſcrit, ou en la lecture des Liures.

Outre ces choſes, il y en a qui mettent vn Chien noir à ſes pieds, pour deux raiſons aſſez fortes. La premiere, à cauſe que le noir, ſignifie fermeté & longue durée, ce qui appartient à la Memoire, le propre de laquelle eſt de bien retenir les formes des ſens. La ſeconde, pource que l’experience continuelle nous fait voir, Que le Chien eſt vn animal qui ſe ſouuient de fort loing. Car ſi du lieu où il a eſté nourry, on le mene en vn païs eſtranger, il retrouue le chemin de luy-emeſme, & s’en retourne facilement : A quoi ſert d’exemple le Chien d’Vlyſſe, qui apres vingt ans d’abſence, reconnut ſon Maiſtre, quand il fut de retour en ſon païs. Et poſſible eſt-ce pour cela, que dans Platon le ſage Socrate jure par le Chien, que Phedre auoit appris par cœur toute la harangue que Lyſias auoit compoſée.

Quelques Anciens l’ont repreſentée par vne Femme d’aage mediocre, la coëffure de laquelle eſt enrichie de pierrerie & de perles : Mais ils la rendent ſur tout fort remarquable par ſon action : car elle ſe tire le bout de l’oreille auecque les deux premiers droits de la main droite.

Par ſon aage mediocre, il eſt declaré, comme dit Ariſtote, Lib. de Mem. Qu’en la force de leur virilité, les hommes retiennent mieux les choſes, qu’ils ne font en leurs ieunes, ny en leur vieilleſſe. Par les joyaux qui eſclattent ſur ſon chef, Qu’elle eſt la fidelle garde des richeſſes de l’eſprit, & de toutes les choſes qui ſont repreſentées par les ſens ; Et par ſon oreille, où elle porte la main, Qu’en cette partie delicate par qui nous oüyons, il y a, comme dit Lib. 1. Hiſt. Nat. Pline, ie ne ſçay quel reſeruoir de la Memoire, que nous ſemblons reclamer en y touchant ; Ce qui fait dire encore à Virgile, Ecl. 2

Quand des grandes Rois ie chantois la merueille,
Le Cynthien me tira par l’oreille.

Mais comme les vns abondent en memoire, l’experience fait voir, que les autres n’en ont du tout point ; comme on le raconte d’Atticus fils d’Herodes, auquel il fut impoſſible d’apprendre l’Alphabet ; & pareillement de Corebe, de Margités, & de Melitides, qui ne ſceurent iamais compter plus auant que le nombre de cinq ; Il y en a qui la perdent encore par diuers accidens, nais de frayeur, de cheutes, & de bleſſures ; comme il ſe remarque de cét Athenien, à qui vn coup de pierre receu à la teſte, fit oublier tout ce qu’il auoit appris ; & de Meſſala Coruinus, qui ne ſe ſouuint plus de ſon nom, apres qu’il faut releué d’vne longue maladie. A ces exemples i’en pourrois adjouſter d’autres ; comme celuy d’Orbilius Pupilius, illuſtre Grammairien, & d’Hermogenes le Sophiſte, à qui les meſmes diſgraces arriuerent : Mais il me ſuffit de dire, Que le temps nous fait tout oublier ; puiſque c’eſt luy qui abolit à la longue, les Deſplaiſirs, les Inimitiez, les Promeſſes, les Amours, & l’Amitié meſme, ſi elle n’eſt cultiuée par la conuerſation, ou par le moyen des Lettres. Il eſt vray qu’il n’y a que trop de faux amis, qui par vne malice noire oublient volontairement ce qu’il faut eſtre ſoigneux de retenir ; & ne retiennent que trop ce qu’vne ame genereuſe doit oublier. Cette verité ne peut mieux eſtre exprimée que par ces vers, qu’vn des grands eſprits de noſtre France nous a laiſſez : M. Bertaud

L’on ne ſe ſouuient que du mal ;
L’Ingratitude regne au monde ;
L’injure ſe graue en metal,
Et le bien-fait s’eſcrit ſur l’onde.

Memoire des Bienfaicts Recevs. Merite.
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Mesvre. Metaphisyque.
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Misericorde. Modestie.
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Memoire des biens-faicts recevs. XCVII.


L’Agreement & la Beauté ſe remarquent également dans le viſage de cette Fille. Elle porte ſur la teſte vne guirlande de Genevre, auec vn grand clou à la main, & ſe tient debout entre vn Lyon et vne Aigle.

On la couronne de Genevre pour trois raiſons. La premiere, Lib. 6. cap. 40 à cauſe que cette Plante, comme dit Pline, ne vieillit point, & ne ſe pourrit iamais ; & que de cette meſme façon la memoire d’vn bon office receu n’eſt point effacée par le Temps. La ſeconde, d’autant qu’en quelque ſaiſon que ce ſoit, ſes ſueilles ne peuuent tomber, ce qui denote la fermeté d’vne ame pleine de reconnoiſſance ; Et la troiſieſme, pource que des grains de Genevre diſtillez, il s’en tire vne liqueur qui ayde grandement à la Memoire.

De plus, elle tient en main vn gros clou, pour monſtrer, Qu’il ne s’enfonce pas plus auant dans vne piece de bois, que fait vne obligation receuë, dans le ſouuenir d’vne ame bien née.

Elle eſt entre vn Lyon & vne Aigle, d’autant que ces animaux, bien que priuez de raiſon, ont monſtré ſouuent, combien ils eſtoient reconnoiſſans, & ennemis de l’Ingratitude : Lib. 5. cap. 24. Teſmoin le Lyon d’Androde, rapporté par Aulu-Gelle, & par Lib. 6. cap. 48 Elian, qui diſent tous deux, Qu’aux jeux publics qui furent faits dans le grand Cirque de Rome, en la preſence de tout le peuple, vn ſi genereux animal ſauua la vie de cét Eſclaue, pour recompenſe qu’il luy auoit tiré vne eſpine dupied, dans vne foreſt où il s’eſtoit ſauué, pour ſecoüer le joug de ſon Maiſtre : Teſmoin encore cette Aigle reconnoiſſante, qui pour ſe reuancher de la nourriture qu’vne fille de Ceſte luy auoit donnée, luy fit part depuis de tout le gibier qu’elle prenoit ; & la voyant morte, en fut ſi faſchée, qu’en la preſence du peuple elle ſe jetta dans le meſme bucher qu’on auoit allumé pour bruſler ce corps, qui luy eſtoit ſi precieux & ſi cher. Que ſi nous conſiderons maintenant, que le Lyon eſt le Roy des Quadrupedes, & l’Aigle la Reyne des Oyſeaux, nous conclurons de là, Que plus vne perſonne eſt noble, & plus elle conſerue cherement le ſouuenir des biens-faits qu’elle a receus.


Merite. XCVIII.


CEt Homme ſi richement veſtu, & qui ſe tient debout ſur la pointe d’vn rocher, repreſente le Merite. Il a ſur la teſte vne couronne de Laurier, l’vn des bras armé, l’autre tout nud, & ſe fait remarquer par le Liure & par le Sceptre qu’il porte.

3. P. ſum qu. 4. 6. Le Merite, qui ſelon ſainct Thomas, eſt une action vertueuſe, à qui l’on doit pour reonnoiſſance quelque choſe de haut prix, eſt dépeint ſur vn lieu rude & inacceſſible, pour la difficulté qui ſe rencontre à ſe rendre digne de quelque choſe ; Tellement que les Poëtes n’ont pas feint ſans raiſon, que l’ancien Hercule qu’ils nous ont propoſé pour vn exemple de gloire, & d’vne haute reputation, quitta le chemin le plus facile, à ſçauoir celuy des voluptez, pour ſuiure le plus mal-aiſé ſur le ſommet des montagnes, où il ſemble que la Vertu ſe retire ; Ce qui fut cauſe que pour recompence de tant d’actions, & de trauaux memorables, il merita d’eſtre mis au nombre des plus renommez Heros de l’Antiquité.

Son riche habillement ſignifie la diſpoſition & l’habitude des Vertus, par qui l’homme s’accouſtume à faire des actions honorables, & d’immortelle loüange.

Or pource que le Merite a de la relation auecque les choſes grandes ; afin de le rendre plus recommandable, on luy donne pour marque d’honneur le Sceptre & la Couronne, qui ſont des prix legitimement deubs aux belles actions, puis qu’il eſt vray, comme dit S. Paul, Qu’on ne couronnera que celuy qui aura bien combattu.

Le Sceptre, & le Liure qu’il porte differemment, ayant l’vn des bras armez, & l’autre nud, ſignifient deux ſortes de merites, qui ont pour ſources les Armes & les Lettres : car il eſt certain, que par leur moyen, l’homme ſe donne du commandement ſur autruy ; le Laurier n’eſtant pas moins conuenable aux ſçauans hommes, qu’aux grands & ſignalez Capitaines.


Mesvre. XCIX.


CEtte Femme ingenieuſe ne ſe fait pas moins remarquer par ſon habillement modeſte, que par ſa bonne mine. Elle a en ſa main droite la meſure du pied Romain : en la gauche l’Eſquerre & le Compas, ſous les pieds le Carré Geometrique ; & à coſté de ſa robe le Niueau, auecque ſon plomb.

Par le mot de Meſure, ſelon Iſidore, ſe doit entendre tout Lib. de Geſt. Re. c. 3 ce que l’eſtenduë, la longueur, la hauteur, & l’eſprit limitent. Pluſieurs Autheurs, dit Polidore Virgile, l’ont inuentée en diuers païs : Car il ſe void dans Eutrope, Qu’vn certain Sidonius fut inuenteur des meſures & des poids, au temps que Procax regnoit en Albanie, Aza en Iudée, & Ieroboam en Ieruſalem. Ce qui s’entend neantmoins des choſes liquides & menuës : Mais comme les opinions ſont differentes, Gellius en attribuë l’inuention à Palamede, & Pline à Fidon Argien, qui fut le dixieſme Roy des Eliens, en ſuitte du grand Hercule, qui ſurpaſſa tous les autres Princes de ſon temps : ce qui a donné lieu, ſi ie ne me trompe, à la meſure Fidonienne, qui eſtoit faite d’eſtain, de fer, & de ſemblable matiere, que le marteau pouuoit rendre ſouple.

Mais pource que les outils repreſentez en cette figure, ſont ceux dont on vſe à meſurer la terre, c’eſt dequoy nous parlerons particulierement. Il faut donc ſçauoir, Que le premier Lib. 2 qui s’en ſeruit à la partager, fut vn certain Egyptien, qu’Herodote nomme Soſoſtre Roy d’Egypte. Celuy-cy ayant diſtribué à chacun de ſes vaſſaux vne égale portion de terre, les mit tous à la taille, dont l’impoſition fut annuelle. Que s’il arriuoit de fortune, que quelqu’vn d’entr’eux eut ſouffert du degaſt en ſes terres par vn deſbordement d’eau, il luy faiſoit rabattre de la ſomme à laquelle il eſtoit taxé, à l’égal de la perte qu’il ſe trouuoit auoir faite. Ainſi la connoiſſance de la Geometrie vint premierement d’Egypte, d’où elle paſſa depuis en In Enc. Geom. Grece : ce qui fait dire à Cardan, Que Tales le Mileſien en traça les premieres lignes dans Athenes. Voila ce que diſent les Autheurs, quand ils parlent de cét Art. Ils ne conſiderent pas neantmoins, que l’origine en eſt incomparablemnet plus ancienne Lib. 1. Ant. c. 2 qu’ils ne la font : car, ſelon Ioſephe, Caïn premier enfant d’Eue, diuiſa la terre, à laquelle il mit des bornes, & baſtit Geneſ. 4. la ville d’Enoch, dont il eſt parlé dans l’Eſcriture : ce qu’il n’euſt pû faire apparemment, ſans aucunes meſures, ny ſans auoir connoiſſance de la Geometrie.

Or de tous les inſtrumens que nous eſtalons en cette Figure, il n’y en a pas vn qui ne ſoit pris des anciennes inſcriptions. Le premier eſt le pied Romain, d’où ſont tirées les principales meſures, comme l’Aulne, l’Orgie, la Perche Geometrique, & ainſi des autres, dont il eſt parlé au long dans les eſcrits du Demenſ. in Plin. l. 35. c. 14 docte Budée, d’Habaldus, d’Ermolaüs Barbarus, & de leurs ſemblables.

La Meſure appellée Decempeda, pource qu’elle eſtoit longue de dix pieds, ſeruoit generalement à tous les Architectes & Arpenteurs, pour prendre les dimenſions des baſtimens qu’ils auoient à faire ; Mais les gens de guerre en vſoient particulierement, quand il leur falloit camper, ſoit qu’il fuſt queſtion, ou de meſurer le terrain, ou de tracer la largeur d’vn foſſé, ou de faire les plans, ou de regler les lieux propres à dreſſer des tentes. Ils auoient pour cét effet des Arpenteurs & des Fourriers, qui marchoient deuant la ſoldateſque, & qui marquoient ponctuellement les logemens en châque quartier du camp, comme font encore auiourd’huy les Mareſchaux des logis. Lib. 2. cap. 7. Dec. 4. lib. 5. Lib. I. cap. 10. Lib. 24. cap. 16. Ce que ie pourrois deduire plus au long, ſi les preuues n’en eſtoient euidentes dans les Liures de Vegece, de Tite-Liue, de Caſſiodore, de Turnebe, & de pluſieurs autres.

Pour ce qui eſt du Niueau, parmy pluſieurs inſcriptions il s’en void vne de Cneus Coſutius, où cét inſtrument eſt marqué en forme d’vn A capital, auec ſon plomb attaché à vne ficelle, qui tombe au milieu en forme de ligne droite. Cét inſtrument de Geometrie eſtoit aux Anciens vn ſymbole de Iuſtice, & nous-meſmes en vſons encore, pour monſtrer qu’il ne faut pas ſeulement eſtre iuſte en la meſure des baſtimens, mais qu’à parler myſtiquement, les hommes ſont obligez d’obſeruer exactement cette égalité en toutes les affaires qu’ils ont à demeſler enſemble. Pour cette meſme fin par la Loy de Lib. 12. tit. 6. l’Empereur Gratian, enregiſtrée dans le Code de Theodoſe, l’on s’eſt aduiſé de donner au public des meſures & des poids, afin que chacun ſçache ſon compte, & que s’il eſt poſſible, il ne ſe commette aucune fraude. Auſſi ſainct Thomas les eſtimoit neceſſaires à la conſeruation des Eſtats, & à la fidelité qui ſe doit garder dans le commerce. De là vient que dans le In Princip. c. I.]] Leuitique, où Dieu commande à Moyſe d’exhorter ſon peuple à maintenir l’Equité. Il luy propoſe les regles de la Iuſtice naturelle, par ces paroles, Vous ne ferez, rien de frauduleux Cap. 19. en vos Iugemens, en vos regles, en vos poids, ny en vos meſures, etc.

De cette Meſure materielle, nous pouuons paſſer maintenant à la morale, & dire à bon droit, Qu’il n’eſt point de plus belle eſtude, que celle de la moderation de ſoy-meſme, puiſque ſelon Hesiode,

Il n’eſt rien de ſi beau qu’vne égale iuſteſſe.

A quoy par maniere de ſymbole nous pouuons fort bien appliquer les inſtrumenſ de Geometrie, principalement le pied, dont il eſt dit dans Horace : Epiſt. 7. lib. 1

Qu’il eſt bon que chacun à ſon pied ſe meſure.

Et pareillement la Perche, qui ſeruant à meſurer nos terres, nos poſſeſſions, & nos meſtairies, qui nous fourniſſent dequoy viure ; nous apprend par Metaphore à meſurer noſtre bien par nos rentes, & a ſuiure cét aduis d’Horace, Horat. li. 2. Sat. 3

Selon ton reuenu modere ta deſpenſe.

Cela nous encore demonſtré par le Niueau, qui eſt vne figure myſtique de la Iuſtice & de l’égalité, qu’il faut que nous obſeruions icy bas. Et comme par le moyen du plomb, eſt priſe la dimenſion de la hauteur, nous deuons de meſme meſurer celle de nos penſées auecque prudence & iugement ; puiſque, comme dit Seneque, In Oedip.

L’ouurage que l’on fait ſans poids & ſans meſure
____N’eſt pas choſe qui dure.

Et que l’experience nous monſtre, Martial.

Qu’il faut touſiours auoir pour les charges peſantes,
____Des forces ſuffiſantes.


Metaphysique. C.


ON la repreſente par vne Femme qui a les yeux bandez, vne Couronne à la teſte, vn Sceptre en main, & à ſes pieds vn Horloge & vn Globe.

Par le voile de ſes yeux il eſt ſignifié, Qu’elle les tient ſans ceſſe fermez à tous les objets qui attirent les creatures mortelles apres les vanitez de la terre :

Par ſa Couronne & ſon Sceptre, Qu’elle eſt Reyne de toutes les autres Sciences, qui s’acquierent par la lumiere naturelle ; Et par l’Horloge & le Globe, Que meſpriſant tout ce qui eſt ſujet aux revolutions du Temps, elle ne s’employe

qu’à la contemplation des choſes celeſtes.

Misericorde. CI.


NOvs la depeignons par vne Femme qui a le teint extremement blanc, le nez vn peu aquilin, vne Guirlande d’Oliuier à la teſte, le bras gauche ouuert, vn rameau de Cedre en la main droite, & à ſes pieds vne Corneille.

Lib. 2. cap. 24. La Miſericorde, qui felon ſainct Iean Damaſcene, eſt l’affection d’vn cœur remply de tendreſſe, & qui prend part à la miſere d’autruy, a le viſage tel que nous le venons de deſcrire, Phiſion. c. 6 pource que telle eſt auſſi, ſelon Ariſtote, la phyſionomie d’vne perſonne qui a de l’inclination à la pitié.

La Guirlande d’Oliuier qu’elle a ſur la teſte, eſt dans les ſaintes Lettres vn vray ſymbole de Miſericorde, comme le rameau de Cedre en eſt vn autre, ainſi que le remarque Pierius.

Elle ouure les bras, pource qu’à l’exemple de noſtre Seigneur Ieſus-Chriſt, ſource de cette vertu, elle eſt touſiours preſte à ſecourir les affligez, & à les embraſſer dans la plus forte violence de leurs miſeres.

Quand à la Corneille que l’on a miſe à ſes pieds, il ne faut que lire ce qu’en dit Orus Apollo, pour apprendre que les Egyptiens reueroient particulierement cét oyſeau, à cauſe qu’ils le connoiſſoient enclin à la compaſſion par deſſus tous les autres.


Modestie. CII.


CEtte Vierge veſtuë de blanc, & coiffée d’vn ſimple couure-chef, ſans auoir autre ornement qu’vne ceinture d’or, tient la teſte baiſſée, & vn Sceptre myſterieux à la main, auec vn œil au deſſus.

La Modeſtie, qui conſiſte principalement à fuir les extremitez, & à ſe tenir dans vn iuſte milieu, eſt ſimplement coiffée, & veſtuë d’vne robe blanche, pource qu’elle ſe contente de peu, & que fuyant tous excez, elle n’a rien de ſi cher, que de conſeruer dans vne vraye moderation la pureté de ſon ame.

Cela nous eſt figuré par ſa ceinture d’or, que l’Apoſtre nous conſeille de prendre, c’eſt à dire, ſelon Eutymius, de mettre à la chaiſne nos paſſions deſreglées, & nos laſciues concupiſcences ; A quoy l’on ne peut mieux paruenir, que par vne vertueuſe Modeſtie, & vne pure ſincerité de cœur.

Elle donne des preuues de tous les deux par ſon action poſée, & par l’humilité de ſes yeux qu’elle panche en bas à l’imitation des honneſtes filles, & des deuotes Religieuſes, monſtrent veritablement, combien elles ſont ſoigneuſes d’obeïr à ce precepte de S. Paul, Que voſtre Modeſtie ſoit manifeſtée à tous les hommes.

Le Sceptre, auec vn œil au bout, eſt vn Hieroglyphe de cette Vertu, ainſi repreſentée par les Preſtres Egyptiens. Auſſi eſt-il vray, que celuy qui la poſſede a les yeux de l’ame aſſez clair-voyans, pour s’empeſcher de tomber dans le precipice ; & aſſez d’Empire ſur ſes paſſions, pour les aſſujetir au Sceptre de la raiſon. Par où l’on peut voir, que la principale fin de l’homme modeſte ſe rapporte à la moderation de ſoy-meſme.

Or comme il n’eſt pas incompatible que les Vertus hors de leurs bornes ne deuiennent vices, puis qu’il ſe void par eſpreuue, que la vaillance degenere en humeur brutale, la largeſſe en Prodigalité, & la Deuotion en Hyprocriſie, quand il y a de l’excez. Il ſe peut faire de meſme qu’vne trop grande Modeſtie paſſe quelquesfois pour laſcheté dans le monde ; ce qui arriue la pluſpart du temps, lors que l’homme s’aneantit par maniere de dire, à force de ne ſe connoiſtre pas, & de n’oſer entreprendre ce dequoy il pourroit venir à bout, s’il auoit vn peu meilleure opinion de soy-meſme : Tellement qu’il ne faut pas s’eſtonner ſi quelques anciens Mythologiſtes ont repreſenté cette ſorte de molleſſe par vne Femme nonchalante, eſcheuelée, mal veſtuë, & couchée par terre. Auſſi eſt-il vray que les femmes, à cauſe de la foibleſſe de leur ſexe, ſont d’ordinaire plus laſches que les hommes, quand il eſt queſtion d’executer quelques deſſeins d’importance.

Mort. Musique.
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Natvre. Necessité.
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Noblesse. Nonchalance.
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Mort. CIII.


COmme on y arriue par diuers moyens, auſſi en peut-on faire la peinture diuerſe. En celle-cy elle eſt repreſentée par vn ſquelet, couuert d’vn riche manteau de brocatel, d’autant qu’auecque la meſme main dont elle deſpoüille de leur biens les Grands du monde, elle guerit de leurs maux les miſerables.

Elle eſt déguiſée d’vn beau maſque, pource qu’elle ne ſe monſtre pas à tous auec vn meſme viſage : car prenant à tout moment autant de formes que les Poëtes en donnent à Prothée, elle eſt douce aux vns, & terrible aux autres ; indifferente aux gens de cœur, & odieuſe aux courages laſches. En vn mot, tels que ſont les hommes en leurs humeurs, tels ils ſe la figurent en leur imagination ; & peut-on bien dire que leurs opinions ſont les maſques de la mort : car comme dans la vie ciuile, la Religion, la Patrie, l’Honneur, & les Intereſts publics, ſont des choſes qui les touchent de fort prés, auſſi n’apprehendent-ils point de s’immoler pour leur deffenſe.

On la pourroit couronner encore d’vne Guirlande de Laurier, pour monſtrer, Que ſon empire eſt vniuerſel ſur tous les hommes : car c’eſt ſa couſtume de traitter également les pauures & les riches, les grands & les petits, les forts & les foibles, les ignorans & les doctes ; De ne ſe laiſſer fléchir, ny par prieres, ny par raiſons ; d’auoir les yeux bandes quand elle décoche ſes fleſches ; de n’eſpargner ny aage, ny condition ; & de ne reſpecter non plus les Sceptres des Princes, que les houlettes des bergers, ce qui ne peut mieux eſtre exprimé que par ces beaux vers du plus ingenieux, & du plus poly de tous nos Poëtes Lyriques, M. de Malherbe.

La Mort d’vn coup fatal toutes choſes moiſſonne,
_____Et l’arreſt ſouuerain,
Qui veut que ſa rigueur ne connoiſſe perſonne,
_____Eſt eſcrit en airain.

Le Pauure en ſa cabane, où le chaume le couure
_____Eſt ſujet à ſes Loix ;
Et la Garde qui veille aux barrieres du Louure
_____N’en defend point nos Rois.

Mvsiqve. CIII.


CEtte Figure n’a pas beſoin d’explication pour eſtre entenduë. C’eſt vne Femme qui regarde fixement un Liure ouuert, qu’elle tient d’vne main, & vne plume de l’autre, pour corriger ſa tablature ; ayant pour cét effet à ſes pieds vn Luth, vne Viole, & des Fluſtes, pour en accorder l’harmonie à celle de ſa voix.

D’autres luy donnent vne Balance, pour monſtrer par là, combien la iuſteſſe eſt requiſe en vn concert ; & quelques-vns, vn Enclume, qu’ils croyent auoir donné commencement à ce bel Art. Car ils diſent, Que du ſon different des marteaux Auicenne tira des coniuectures des tons & des meſures de la Muſique.

Il ne faut pas oublier icy, Que les Egyptiens la repreſentoient par vne langue qui auoit quatre dents, comme le remarque Pierius en ſes Figures Hieroglyphiques ; & qu’ils luy faiſoient tenir des deux mains la Lyre d’Apollon : outre que pour la rendre plus connoiſſable, ils luy donnoient vne robe toute ſemée d’inſtrumens diuers, & de Liures de tablature.

Il s’en void encore à Rome vne peinture, qui eſt telle : Sur le bord d’vne fontaine ſont rangez en rond pluſieurs beaux Cygnes ; au milieu deſquels eſt remarquable vn ieune garçon, qui a des aiſles au dos, le viſage riant, & ſur la teſte vne Guirlande de fleurs. Ceux qui le voyent iugent auſſi-toſt que c’eſt Zephir, qui du vent de ſon haleine, dont il rafraiſchit l’air d’alentour, ſemble faire mouuoir doucement les plumes des Cygnes : car il eſt vray, comme dit Elian, que ces oyſeaux ne chantent iamais qu’en la ſaiſon que Zephire ſouffle : tout de meſme que les Muſiciens font rarement un concert, s’ils n’y ſont pouſſez par la douceur des loüanges qu’on leur donne, comme par quelque vent agreable ; & ſi ce n’eſt deuant des perſonnes qui ſçachent gouſter leur harmonie.

A cette derniere Figure peut eſtre iointe fort à propos celle d’vne Femme qui joüe d’vn Ciſtre, où ſe void vne Cigale à la place d’vne corde qui eſt rompuë : Outre qu’elle ſe fait remarquer par vn Roſſignol qu’elle a ſur ſa teſte, par vn grand Vaſe plein de vin, qui eſt à ſes pieds, & par vne Lyre auec ſon archet.

La Cigale, qui eſt ſur le Ciſtre, ſignifie la Muſique, pour vne choſe extraordinaire aduenuë à vn certain Eunomius : car comme il joüoit vn iour de cét inſtruement en vn deffi d’Ariſtoxene & de luy, l’vne des cordes s’eſtant rompuë, vne Cigale vola deſſus fortuitement, & ſupplea par ſon chant au manquement de la corde ; ſi bien qu’Eunomius demeura victorieux. De ſorte que pour memoire d’vn euenement ſi remarquable, les Grecs luy dreſſerent depuis vne ſtatuë auec vn Ciſtre à la main, où la Cigale eſtoit peinte.

Quant au Roſſignol, l’on ne peut douter qu’il ne ſoit vn vray ſymbole de la Muſique, pour les merueilleux effets de ſa voix, qui charme ceux qui l’eſcoutent, & qu’il hauſſe & baiſſe en toutes les façons imaginables, comme s’il ſçauoit parfaitement les regles de ce bel Art.

Et d’autant que la Muſique n’a eſté inuentée que pour combattre la Melancolie, elle ne peut auoir de meilleur ſecond que le vin qu’on luy met auprés : car ce luy eſt vne vertu ſpecifique de faire eſuanoüir les ennuys ; joint que s’il eſt bon & delicat, il fortifie la voix : A raiſon dequoy les Anciens ont eu raiſon de mettre Bacchus en la compagnie des Muſes.


Natvre. CV.


ELle ſe void icy repreſentée comme dans vne Medaille de l’Empereur Adrian, à ſçauoir par la figure d’vne Femme nuë, qui a du laict aux mammelles, & vn Vautour à la main.

La Nature, ſelon Ariſtote, ne pouuant mieux eſtre definie, Qu’vn principe de mouuement & d’alteration en la choſe où elle ſe trouue, par qui s’engendre tout ce qui eſt corruptible ; Ce n’eſt pas ſans raiſon qu’elle eſt peinte en Femme nuë : car comme ce Principe ſe diuiſe en Actif & en Paſſif, dont l’vn eſt appellé Forme, & l’autre Matiere ; L’Actif ne peut mieux eſtre denoté que par les mammelles pleines de laict, parce que la Forme eſt ce qui entretient les choſes creées, tout ainſi que les tetins de la femme nourriſſent l’enfant ; ny le Paſſif auſſi mieux demonſtré que par le Vautour, oyſeau fort flouton ; eſtant veritable que par la Matiere qui s’eſmeut & s’altere au gré de la Forme, ſont deſtruites peu à peu toutes les choſes corruptibles.


Necessité. CVI.


POvr la donner à connoiſtre par ſa plus eſſentielle partie, on la peint en ieune Femme, qui tient de la main droite vn marteau, & de la gauche vne poignée de cloux.

L’on vſe ordinairement du mot de Neceſſité, quand vne choſe eſt reduite a tel point qu’elle ne peut eſtre autrement : car alors elle a cét auantage de ne releuer que de ſoy-meſme, & de ne reconnoiſtre aucune Loy : Et d’autant que là où elle ſe trouue, elle y tient vn nœud qu’il eſt impoſſible de deſnoüer ; on la compare pour cét effet à celuy qui porte vn marteau d’vne main, & des cloux de l’autre ; à quoy ſert de ſujet ce Prouerbe, Le clou eſt enfoncé, dont on vſe ordinairement, quand il n’eſt plus temps de ſe conſeiller d’vne affaire, qui ſe treuue deſia faite.

Le mot de Neceſſité ſe prend encore en noſtre langue, pour la Pauureté, qui violente quelquefois ſi fort vn eſprit qu’elle luy donne la gehenne, & le contraint de faire des choſes à la volée, dont il a tout loiſir de ſe repentir. On la peint maigre & deffaite, auec les mains & les pieds liez contre vn eſcueil, pour monſtrer, Que les plus honneſtes gens ſont inhabiles à tout, depuis que cette eſpine s’attache à eux : ce qui fait dire à S. Gregoire de Nazianze, Qu’elle eſt vn obſtacle à pluſieurs actions ; & vn voyage qui en empeſche beaucoup d’autres. Elle ſe peut vanter neantmoins, comme dit Theocrite à Diophante, de ſçauoir polir les eſprits groſſiers, de reſueillier les Arts aſſoupis, & de faire reuiure les plus nobles inentions

quand elles ſemblent enſeuelies.

Noblesse. CVII.


ELle eſt icy peinte en habit long, comme elle ſe void en la Medaille de Geta, où elle tient vne Lance d’vne main, & de l’autre vne petite Image de Minerue, auec deux Couronnes en bas. Par la robe longue, que les ſeuls Gentils-hommes pouuoient porter au temps des Romains, il eſt demonſtré, Que la grauité des mœurs eſt bien-ſeante aux perſonnes nobles ; Par la Lance jointe à l’Image de Minerue, Que les Sciences & les Armes ennobliſſent l’homme ; Et par les deux Couronnes, Que les biens du corps, & ceux de l’ame y contribuent entierement : à quoy ſert beaucoup, ſelon les Poëtes, la Deeſſe Pallas, pour eſtre née du cerueau de Iupiter : ce qui doit s’entendre myſtiquement du diſcours, & de l’intellect, par le moyen deſquels on peut ſe mettre en eſtime, & s’acquerir les qualitez qui ſont neceſſaires à la vraye Nobleſſe.

D’autres la peignent auec vne Eſtoille ſur la teſte, & vn Sceptre en main, pour donner à connoiſtre, Que la Nobleſſe naiſt de la vertu d’vn courage illuſtre ; & qu’elle ſe conſerue facilement par le moyen des Richeſſes.


Nonchalance. CVIII.


ON la repreſente par vne Femme écheuelée, malveſtuë, & couchée par terre, où elle dort, appuyée ſur l’vn de ſes bras, & tient de l’autre main vn Horloge renuerſé.

Ses cheueux épars, ſon pauure équipae, & ſon aſſoupiſſement, font voir, Qu’vne perſonne nonchalante rampe toûjours, & que ſa faineantiſe deplaiſt à tout le monde.

Quant à l’Horloge qu’elle tient de trauers, & dont le ſable ne peut couler, cela denote le temps perdu ; A quoy l’on peut adjouſter vne tortuë, qui ſe traine ſur ſa robe, pour vne marque de ce que le pareſſeux eſt ſi tardif & ſi peſant, que comme dit l’Arioſte,

Il ne peut ny marcher, ny ſe tenir debout,
Et de crainte d’agir il ſe couche par tout.


D’autres la peignent aſſiſe, auec vne mine triſte, la teſte panchée, les mains dan ſon ſein, & les bras croiſez. Que s’il en faut croire Pierius, les Egyptiens la repreſentoient ainſi, afin de faire connoiſtre, que l’homme eſtoit inhabile à toutes ſortes de bonnes actions, depuis que par vne vie laſche il ſe declaroit ennemy du trauail. Auſſi eſt-il vray, que l’Oiſiueté ou la Nonchalance eſt vne peſte ſi dangereuſe, qu’où elle ſe rencontre, là n’eſclatte aucun rayon d’eſprit ; là n’eſt conceuë la moindre penſée de gloire, & là finalement ne ſe remarque, ny trace de Vertu, ny ombre d’Immortalité. On peut donc bien dire, Que les ames oiſiues n’ont point de vie, non plus que ces eaux mareſcageuſes, qui à force de croupir ſe corrompent & deuiennent puantes ; & que toutes leurs actions ne ſont que pures folies, comme s’eſcrie le plus ſage de tous les hommes. En effet, la faineantiſe eſtant la racine & la ſource de tous les maux de la vie, il s’en peut tirer cette conſequence, qu’elle eſt plus pernicieuſe que le vice meſme, à le prendre en general. Cette verité ne peut eſtre miſe en doute, ſi l’on ſçait conſiderer, qu’encore que le vice ſoit comme naturel à pluſieurs, il n’eſt pourtant pas contraire à la nature de l’homme, les mauuaiſes inclinations duquel ſont comme des rejettons que pouſſe au dehors vn meſlange d’humeurs contraires & mal reglées : Mais quant à la faineantiſe, c’eſt vne contagion fatale à l’humaine nature, de qui elle eſt mortelle ennemie : car eſtant certain que l’Action & la Contemplation sont naturelles à l’homme, c’eſt aſſeurément contre ſa nature, quand il aduient qu’il ne s’adonne ny à l’vn ni à l’autre. Ainſi d’autant plus que ſont odieuſes & deteſtables les choſes contre nature, d’autant plus auſſi doit eſtre fuye l’oiſiueté pluſtoſt que le vice, pource qu’elle deſtruit entierement la raiſon, le ſens, la generoſité, la courtoiſie, & les autres qualitez, qui mettent l’homme eſt eſtime.

Or ce n’eſt pas ſeulement au corps naturel à qui elle en veut, mais encore au Politique ; Eſtant bien certain que cette peſte ne deſtruit pas moins les grands que les petits, & qu’elle ruine auſſit-toſt les maiſons des Princes, que les eſtats particuliers : car, comme dit Catulle,

Elle perd les grands Rois, elle gaſte les Villes,
Et ſeme le poiſon des diſcordes ciuiles.

Ce fut auſſi pour empeſcher les maux qu’elle cauſe d’ordinaire, que durant le regne d’Amazis il fut ordonné, Que châque Citoyen euſt à comparoiſtre tous les ans deuant ſon Iuge, pour luy declarer ſur peine de la vie, quelle eſtoit ſa profeſſion, & à quoy il employoit le temps. Solon en fit de meſme, lors qu’ayant appris des peuples d’Egypte vne loy ſemblable, il l’impoſa depuis aux Atheniens ; & voulut en outre qu’il fut permis à chacun d’accuſer en iugement les pareſſeux & les faineants, comme des perſonnes indignes de viure. Ce qui fut encore pratiqué dans Rome, où pas vn des Citoyens n’oſoit paroiſtre en public, s’il ne portoit ſur luy des enſeignes de ſa profeſſion, ou de meſtier dont il ſouloit gagner ſa vie.

Que ſi dans les Republiques bien policées on teſmoignoit tant de ſoin & de vigilance à bannir l’Oiſiueté, cela ne ſe faiſoit ſans doute que pour oſter les effets d’vne ſi mauuaiſe cauſe, & par conſequent pour deſraciner les vices du monde.

Ces conſiderations ſont aſſez fortes, à mon aduis, pour nous obliger à fuyr le vice de Nonchalance, & à l’auoir d’autant 1. de Anim. plus en horreur, qu’il eſt veritable, comme le remarque Ariſtote, qu’il n’y a rien d’oiſif en la Nature. Cela ſe preuue par l’exemple des choſes d’icy bas, qui ont toutes leur trauail & leur taſche à faire. Les Anges meſme n’en ſont pas exempts : car ils s’occupent perpetuellement à ſeruir Dieu, comme font les Cieux à rouler ſans ceſſe : les Aſtres à communiquer leurs influences, & les Elemens à les receuoir, pour en produire diuers effets. En vn mot, il n’eſt rien dans le monde qui ne s’employe à quelque choſe, comme les Oyſeaux à voler, les Poiſſons à nager, les Quadrupedes à courir, les Reptiles à ramper, & les plantes à ſe renouueler. Nous deuons donc bien les imiter, nous qui ſommes creatures raiſonnables, & ne neous laſſer iamais de faire des œuures vitles. Que ſi nous trauaillons nonchalamment à noſtre ſalut, ſouuenons-nous que la punition Saint Matthieu, 07 s’en enſuiura toſt ou tard, & que Tout Arbre qui ne porte point de bon fruict, ſera couppé & ietté au feu.

Obeissance. Œvvre Manifeste.
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Œvvre Parfaicte. Oraison.
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Origine d’Amovr. Ovbly d’Amovr.
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Obeissance. CIX.


CEtte Vierge veſtuë en Religieuſe, & dont le viſage eſt fort modeſte, tient de la main gauche vn Crucifix, & de la droite vn joug, auecque ce mot, Svuave.

L’Obeïſſance eſt miſe à bon droit au nombre des Vertus, puis qu’elle conſiſte à ſçauoir mortifier ſes appetits, & à ſouſmettre pour vn plus grand bien, ſa volonté propre à celle d’autruy : Ce qu’vne perſonne peut difficilement faire, ſi elle n’eſt portée d’inclination aux choſes loüables & vertueuſes. Auſſi eſt-elle peinte auec vn viſage plein de modeſtie, à cauſe que ceux qui en ont beaucoup ſont d’ordinaire plus honneſtes gens que les autres, & plus enclins à aimer la raiſon, d’où dépend principalement le moyen de bien obeïr.

Le Crucifix, & l’habillement qui ſe porte dans le Cloiſtre monſtrent, Que pour l’amour de la Religion, l’Obeïſſance eſt grandement recommandable. Voila pourquoy les hommes contemplatifs & qui craignent Dieu, diſent, Que pour l’amour d’elle la diuine Bonté nous accorde tres-volontiers nos prieres, & l’accompliſſement de nos deſirs.

Le joug qu’elle porte auecque le mot Svave, nous apprend qu’il n’y a point d’amertume en cette Vertu. Leon Dixieſme eut cette deuiſe en ſa ieuneſſe, & la retint depuis, quand il fut eſleué au Pontificat. Ce qui eſt aiſé de voir encore aujourd’huy en pluſieurs magnifiques baſtimens qu’il a laiſſez dans Rome, & dehors, où ſe remarque le meſme mot, tiré de ces paroles de Ieſus-Chriſt, Iugum meum ſuaue eſt, c’eſt à dire, mon joug eſt doux à porter : par où ce grand Chef de l’Egliſe entendoit parler ſans doute de l’Obeïſſance que doiuent les vrays fidelles, à leurs Vicaires legitimes.

On la peut repreſenter encore par vne Femme veſtuë de blanc, qui porte vne Croix ſur ſes eſpaules, & qui tourne les yeux vers le Ciel, d’où rejaliſſent pluſieurs rayons reſplendiſſans comme des eſclairs.

Toutes ces choſes nous font remarquer, que l’Obeïſſance doit fouler aux pieds les intereſts du monde, aſpirer aux recompenſes de l’Immortalité, & ſe ſouſmettre patiemment aux Loix & aux Regles qui luy ſont impoſées, quoy qu’elles ſemblent inſupportables aux ſens.

Quelques-vns ont peint l’Obeïſſance qu’on doit à Dieu par vne Femme honneſtement veſtuë, qui regarde attentiuement vn Sacrifice ſur vn Autel, & qui d’vne main qu’elle a trempée au ſang de la victime, ſe touche le bout de l’oreille droite.

L’explication de cette Figure eſt tirée de la Bible, où il eſt dit, Que Moyſe s’en alloit touchant l’extremité des oreilles du ſouuerain Preſtre Aaron, & de ſes enfans, auec les meſmes doigts qu’il auoit trempez dans le ſang de la victime : Par où, comme diſent les Theologiens, nous ſommes aduiſez d’eſtre obeïſſans, & d’executer de point en point, tout ce qui appartient au ſacré culte de Dieu.


Œvvre manifeste. CX.


CEst vne Femme qui a les deux mains ouuertes, auec vn œil au milieu tant de l’vne que de l’autre.

Cette Figure de l’inuention des Anciens, eſt aſſez claire d’elle-meſme. Par les mains s’entendent les œuures, dont elle ſont les principaux inſtrumens, comme par l’œil eſt demonſtré leur qualité : car il faut qu’elle ſoit claire, & non pas ſemblable à la lanterne, qui luit pour les autres, ſans s’eſclairer elle-meſme : en cela contraire à l’œil, qui s’embellit par ſa propre lumiere : ce qui nous declare, qu’il ne faut point mettre la main à l’œuure par vne eſpece de vaine gloire, ny pour vne fin mecanique, mais pour ſe faire du bien à ſoy, & à ſon prochain.


Œvvre parfaite. CXI.


ELle eſt aſſez remarquable par la peinture de cette Femme, qui tient vn Miroir de la main droite, & de la gauche vne Eſquierre, & vn Compas.

Le Miroir eſt tel que noſtre entendement, où nous faiſons naiſtre des idées de pluſieurs choſes que nous ne voyons point ; aidez en cecy de la diſpoſition naturelle, bien que toutesfois elles puiſſent eſtre miſes en œuure, par le moyen de l’Art, & des inſtrumens qu’on y employe.

Mais pour bien executer ce qu’on a deſſeigné, il faut ſçauoir premierement, quelles qualitez y ſont neceſſaires ; à quoy le Compas & l’Eſquiere ſeruent de beaucoup : car il faut que nous adjuſtions nos forces à la deſpenſe requiſe, & la choſe imaginée à la réelle : Que ſi l’on fait autrement, apres s’eſtre beaucoup donné de peine, l’on treuue à la fin, qu’on ne peut acheuer ce qu’inutilement on a commencé.

Que ſi au lieu d’vne œuure acheuée quelqu’vn en veut repreſenter vne qui ne puiſſe reüſſir, il n’a qu’à peindre vne Femme eſtonnée, qui regarde pluſieurs toiles d’araignée, qu’elle tient entre ſes doigts : car comme ces toiles, bien que tiſſuës auecque beaucoup de peine & de ſoin, ſont neantmoins trop deliées, & par conſequent ſi fragiles, qu’il ne faut que la moindre choſe pour tout gouſter ; Ainſi les ouurages vains, & qui n’ont point la raiſon pour vray & ſolide fondement, s’eſbranlent tout à coup, & ne ſont pas pluſtoſt eſbranlez, qu’on les void portez par terre.


Oraison. CXII.


CEtte Femme veſtuë de blanc, & qui eſt ſur le declin de ſon aage, repreſente l’Oraiſon. Elle a les yeux hauſſez vers le Ciel, & les bras ouuerts, tenant à genoux vn Encençoir, où eſt attaché vn Chapelet, au lieu des chainons qu’on a couſtume d’y mettre.

Lib. offic. Elle eſt veſtuë de blanc ; pource, dit ſainct Ambroiſe, qu’elle doit eſtre pure, ſimple, claire, & manifeſte.

Elle se tient à genoux, & les bras ouuerts, pour vne marque de la reuerence qui ſe doit à Dieu, & particulierement quand on luy adreſſe quelque priere.

Ses yeux qui regardent le Ciel, d’où s’eſpandent ſur elle des rayons reſplendiſſans, monſtrent, comme dit ſainct Thomas, Quæſt. 83. Que l’Oraiſon eſt vne eſleuation d’eſprit, & vne ardeur d’affection, par qui l’homme parlant à ſon Dieu, luy fait ſes prieres, & luy deſcouure les ſecrets de ſon cœur.

L’Encençoir qu’elle porte, eſt vn vray ſymbole de ſon eſtre, Pſal. 140. conformément à ces paroles de Dauid, Que mon Oraiſon, Seigneur, ſoit adreßée vers toy comme l’Encens. Et pour le regard du Chapelet, il luy ſert de chaine à bon droit, pource qu’il conſiſte en l’Oraiſon Dominicale, & en la Salutation Angelique, dont l’vn fut compoſé par noſtre Seigneur Iesvs-Christ, & enſeigné aux Apoſtres, quand ils luy demanderent, qu’il leur appriſt à prier ; & l’autre par l’Ange Gabriel, par ſaincte Elizabeth, & par l’Egliſe noſtre bonne Mere.

L’Oraiſon au reſte, eſt peinte vieille, d’autant qu’en ce declin-là, nous y vacquons plus qu’en pas vn autre aage, comme

eſtans plus proches de noſtre derniere fin.

Origine d’amovr. CXIII.


LA naiſſance de cette paſſion eſt icy repreſentée fort à propos par vne ieune Beauté, qui tient d’vne main vn Miroir rond, qu’elle oppoſe aux rayons du Soleil, dont la reflexion allume vn flambeau qu’elle porte en l’autre main ; & au deſſous du Miroir ſe void vn Rouleau, où ſont eſcrites ces paroles, Sic in corde facit Amor incendivm, qui ſignifient,

C’eſt ainſi que l’Amour s’allume dans mon cœur.

Bien que pluſieurs s’eſtudient de prouuer par diuers exemples, que l’Amour ne s’engendre pas ſeulement de la veuë, mais encore de l’oüye ; pource, diſent-ils, qu’ils n’eſt pas incompatible, que cette paſſion ne ſe communique par les oreilles, comme par les yeux, qu’on peut appeller les deux feneſtres de l’Ame ; Ie ſuis neantmoins pour l’vn pluſtoſt que pour l’autre : car il me ſemble que pour charmant que ſoit vn recit des beautez de quelque Dame, il n’eſt pas poſſible qu’il y faſſe vne auſſi forte impreſſion, que celle qu’y s’y fait d’ordinaire, quand nos yeux en ſont les teſmoins & les Iuges. Ie veux que l’oüye nous porte à aymer ; il ne s’enſuit pas pourtant qu’elle ſoit vn ſujet d’amour ; car elle ne fait ſeulement que frapper l’imagination des merueilles qu’on raconte d’vne belle choſe, au lieu que la veuë nous en confirme effectiuement la creance. Il ſeroit bien difficile de contredire cette verité, quand il n’y en auroit point d’autre preuue que celle qu’en donne le docte Ficin en ſon dixieſme diſcours ſur le Banquet de Platon. C’eſt là qu’il monſtre, que la maladie amoureuſe procede de la mutuelle rencontre des yeux ; & là meſme qu’il en donne pluſieurs belles raiſons, où ie vous renuoye pour n’eſtre ennuyeux.

Or cette rencontre d’où vient l’Amour, ne ſe peut mieux figurer que par celle du Soleil & du Miroir, oppoſez l’vn à l’autre ; Où il eſt à remarquer, que ce Miroir rond & tranſparent, dont il eſt icy queſtion, eſt de la nature de ceux que deſcrit Plutarque en la vie de Numa Pompilius, ſecond Roy des Romains, où il dit, Que les Vierges Veſtales en ſouloient vſer, pour recouurer le feu du Ciel, quand celuy qu’elles gardoient ſur terre venoit à s’eſteindre. Archimede, à ce que l’on dit, en fut inuenteur, & s’en ſeruit heureuſement contre les Romains au ſiege de Syracuſe, ville de ſa naiſſance : En quoy l’imita depuis auecque pareil ſuccez, le Mathematicien Proculus, qui ſelon Zonare, par le moyen de ces glaces enflammées, bruſla l’armée nauale de Vatilianus, qui s’eſtoit reuolté contre l’Empereur Anaſtaſe.

L’on peut donc bien dire, pour expliquer cette Figure, que comme des rayons du Miroir, qui ſont les creatures de l’Art, oppoſez à ceux du Soleil, s’allume vn flambeau ; Ainſi par la rencontre de nos yeux, vrays miroirs de la Nature, auec ceux d’vne Beauté, ou d’vn Aſtre animé qui leur darde ſa lumiere, la flamme d’Amour s’allume en nos cœurs. Que ſi nous voulons ſçauoir au vray, comment cela ſe peut faire, nous n’auons Orat. 4. cap. 7. qu’à lire Ficin, qui nous l’apprendra. Les eſprits, dit-il, qui par la chaleur du cœur, s’engendrent du plus pur ſang, ſont touſiours tels en nous que l’humeur qui s’en exhale. Or comme cette vapeur de ſang, qu’on appelle eſprit, qui en eſt formé, eſt telle que le ſang meſme ; auſſi enuoye-t’elle au dehors des rayons qui luy reſſemblent, & qui paſſent par les Lib. 8. cap. 23. yeux, comme par des feneſtres de verre. Cælius Rhodiginus nous aſſeure le meſme, quand il dit, Qu’à l’imitation du Soleil, qui eſt le cœur du monde, où il fait ſon tour, & luy communique ſa lumiere, noſtre cœur par vn perpetuel mouuement agitant le ſang qui eſt prés de luy, eſpand par ſon moyen les eſprits dans tous les corps. C’eſt par ces meſmes eſprits encore qu’il darde des eſtincelles & des rayons ſur tous les membres, principalement par les yeux ; Car l’eſprit eſtant leger de ſoy, ce luy eſt vne choſe facile de s’eſleuer aux parties du corps les plus hautes, ioint que ſa lumiere eſclatte bien plus abondamment par les yeux : La raiſon eſt, pource qu’ils ont l’auantage d’eſtre tranſparens, vaporeux, reſplendiſſans, & pleins d’eſtincelles. Cela eſtant, il ne faut pas s’eſtonner, ſi les yeux de deux perſonnes qui ſe regadent fixement, s’entrebleſſent par les rayons qu’ils ſe décochent. Ainſi par des effets merueilleux, ces traits aigus & remplis de flammes percent & bruſlent en meſme temps les cœurs des miſerables Amants. Cette doctrine eſt tirée de Platon, qui veut que les bleſſures d’Amour ſoient certains rayons extremement ſubtils, dardez au cœur, qui eſt le ſiege d’vn ſang tres-doux & tres-chaud, ſi bien que les yeux de l’objet aimé s’ouurant vn paſſage en ceux de l’Amant, penetrent dans le profond de ſon cœur.

Voila le raiſonnement du diuin Philoſophe, aſſez conforme à l’opinion de l’ancien Poëte Muſée, qui le premier de tous met dans les yeux la ſource d’Amour, d’où il dit que print naiſſance celle que Leandre auoit pour Hero.

En effet les beaux yeux ont des flammes volantes,
Ou pluſtoſt des eſclairs pleins de feux & de dards ;
Qui font ſentir au cœur les ardeurs violentes
____Des amoureux regards.

De cette verité demeurent d’accord auecque Muſée, tous les autres Poëtes qui ont eſcrit de l’Amour en diuerſes langues ; Tellement qu’il ne me ſeroit pas difficile, de me preualoir de leur authorité, ſi ie l’auois entrepris : Mais au lieu de m’amuſer aux preuues d’vne choſe, qui en a ſi peu beſoin, & que les hommes apprennent à leur dommage ; il eſt bien plus à propos que ie leur conſeille de fermer les yeux, que de les ouurir pour des objets qui les peuuent perdre. Qu’ils ſe ſouviennent tant ſeulement, Que la beauté de la pomme, ſi toſt que noſtre premiere Merre l’euſt veuë, attira la commune ruine du genre humain, Qu’on n’euſt iamais veu les eaux du Ciel ſe déborder ſur la terre, & faire vn Deluge vniuersel, ſi les laſciuetez de l’œil n’en euſſent eſté la cauſe : Que ny Themnata la belle Philiſtine, ny la fameuſe Dalila, n’euſſent peu vaincre Sanſon, que l’on croyait inuincible, s’il ne les eût trop fixement regardées ; Que pour auoir veu la belle Berzabée dans le bain le plus ſage Roy de ſon temps ſe peruertit ; Et que dans les yeux de Cleopatre s’alluma l’Amour que Marc-Anthoine euſt pour elle ; Amour s’alluma l’Amour que Marc-Anthoine euſt pour elle ; Amour contagieuſe & fatale à ce malheureux Amant, autant qu’elle fut glorieuſe & profitable au victorieux Auguſte. A tous ces exemples i’en pourrois ioindre quantité d’autres, ſi ie n’auois fait deſſein d’expliquer ſuccinctement

ces figures, pluſtoſt que de m’arreſter à de longs raiſonnemens.

Ovbly d’amovr. CXIII.


ON le repreſente par vn Enfant couronné de Pauots ; qui a des aiſles, & qui prés d’vne fontaine, au bord de laquelle ſont eſcrits ces mots, Fons Cyzici, dort nud ſur la terre, où il vient de rompre ſon arc & ſes fléches.

Les aiſles que nous donnons à cét Enfant ſont des ſymboles d’Oubly ; qui font voir qu’Amour n’eſt pas touſiours ſi bien imprimé dans le ſouuenir de ceux qui aiment, qu’il ne s’enfuye & ne s’en volle quand on le faſche. A quoy toutefois s’oppoſent quelques Autheurs, qui ſouſtiennent ; Que ce n’eſt pas luy qui s’enfuit, mais pluſtoſt l’Amant volage. Comme en effet, pour ſuiure les diuers mouuemens de ſon ame, il s’abandonne à l’inconſtance, & ne peut tenir en arreſt ſes penſées.

Nous peignons icy l’Amour endormy, pource que les Amans n’ont pas pluſtoſt oublié le ſujet aimé, que les fonctions de leur ame ſemblent entierement aſſoupies ; De maniere qu’autant qu’ils ont eſté ardens apres la pourſuitte de la beauté deſirée, autant deuiennent-ils laſches, quand ils deſeſperent de la conqueſte qu’ils s’imaginent de pouuoir faire.

Le Pauot dont cét Efnant eſt couronné, ſignifie le Sommeil & l’Oubly ; Car cette plante produit d’ordinaire ces deux effets en la perſonne de ceux qui en vſent par excez. Or eſt-il qu’il n’y a celuy qui ne ſçache bien que le Sommeil & l’Oubliance ont vne conformité ſi grande, qu’ils ſont comme inſeparables. Le Poëte Euripide nous apprend cette verité, lors qu’il feint qu’Oreſte leur attribuë la cauſe du relaſche que ſa fureur luy a donné, & qu’il en remercie l’vn & l’autre quand il s’eſcrie,

__Seule cauſe de mon repos
Sommeil, à qui ie porte enuie ;
O que tu me viens à propos,
Pour adoucir les ennuis de ma vie !
__Et toy doux oubly des malheurs,
Deité ſage & venerable,
O que tu fais tarir de pleurs,
Et qu’aux mortels ta main eſt ſecourable !

Or ce qu’il y a de plus remarquable en ces vers, c’eſt que ce

grand Poëte appelle ſage & venerable l’oubliance des maux, pour monſtrer combien ſont dignes d’honneur & de veneration ces perſonnes genereuſes, qui ſçauent oublier les paſſions deſreglées ; Au contraire de ces autres, qui s’y abandonnent entierement, & qui font gloire de leurs ſenſualitez plus que brutales.

Quant à la Fontaine de Cyzique ; ainſi appellée d’vne ville de ce meſme nom, que les Geographes diſent eſtre en la Natholie, ce n’eſt pas ſans raiſon qu’elle eſt icy miſe pour vn ſymbole d’oubly : Car s’il en faut croire Pline, elle auoit la proprieté de faire perdre le ſouuenir de la choſe aimée à tous ceux qui beuuoient de ſon eau ; Ce que ie tiendrois pour fabuleux, ſi Pauſanias en ſes Achaïques n’attribuoit vne pareille vertu à la riuiere Sellienne.

Quelques-vns voulant ſignifier l’oubly des meres enuers leurs enfans, peignent vne Femme qui porte penduë au col en forme de joyau, la pierre que les Grecs appellent Galathite, & en ſa main droite vn œuf d’Auſtruche.

Cette pierre dont Pline fait mention, eſt fort à propos attribuée à la Femme dont nous parlons, pource que ſelon le meſme Autheur, elle a vne ſecrette proprieté d’augmenter le laict aux nourrices, & pareillement de faire perdre la memoire des choſes paſſées. Tellement que par vne façon de parler figurée, nous pouuons bien dire des merres qui oublient leurs enfans, Qu’elles ont au col la pierre Galathite.

Pour la meſme raiſon encore on les compare aux Auſtruches, qui pour faire eſclorre leurs œufs en Eſté les enſeueliſſent dans le ſable, & vn peu apres ne ſe ſouuiennent plus de les y auoir mis : Ce que le patient Iob remarque fort bien, quand il s’eſcrie. L’Autruſche laiſſe ſes œufs à terre, & les oublie, au hazard de les fouler aux pieds.

Paix. Parsimonie ov espargne.
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Passion d’amovr. Patience.
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Pavvreté. Peché.
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Paix. CXV.


ELle nous eſt repreſentée par vne Femme agreable, qui ſur la teſte vne Guirlande d’Oliuier, en la main gauche vne Corne d’Abondance, & des Eſpics en la droite.

Il n’eſt pas difficile d’expliquer cette Figure, puis qu’il n’y a celuy qui ne ſçache, Que l’Oliuier & les Eſpics ſont les vrays ſymboles de la Paix ; la Terre ne produiſant abondamment des oliues ny des grains, qu’aux lieux où cette Deeſſe permet aux hommes de la cultiuer,

M. de Malherbe.

C’eſt en la Paix que toutes choſes
Succedent ſelon nos deſirs ;
Comme au Printemps naiſſent les roſes,
En la Paix naiſſent les plaiſirs.
Elle met les pompes aux villes,
Donne aux champs les moiſſons fertiles ;
et de la majeſté des Loix
Appuyant des pouuoirs ſuprémes,
Fait demeurer les Diadémes
Fermes ſur la teſte des Rois.

C’eſt à raiſon de cela que dans les Fables des Poëtes la Deeſſe Minerue eſt loüée par Iupiter, pour auoir inuenté l’Oliuier ; comme Neptune l’eſt auſſi, à cauſe que ce fut luy qui le premier de tous apprit aux Hommes l’art de dompter les cheuaux ; l’vn pour l’vſage de la Paix ; & l’autre pour le ſouſtien de la Guerre, qui ſe la propoſe pour but ordinairement.

Et d’autant que la Paix a touſiours eſté les delices des peuples, auſſi ont-ils pris plaiſir de repreſenter diuerſement les biens qu’elle produit. Si cette verite n’eſtoit aſſez forte d’elle-meſme, ie rapporterois icy quantité de preuues pour l’appuyer ; Et les modernes m’en fourniroient abondamment. Mais ie me tiens à celles que l’Antiquité nous en a laiſſées en plusieurs Medailles, qui ſe voyent encore aujourd’huy.

La premiere eſt celle d’Auguſte, où elle eſt grauée tenant d’vne main vne branche d’Oliuier, pource qu’elle adoucit les courages les plus aigres ; Et de l’autre vn flambeau, dont elle bruſle vn trophée d’armes, pour ſignifier par là, qu’elle aneantit toutes les vieilles inimitiez, ſur le poinct meſme qu’elles ſemblent renaiſtre de la cendre de ceux qui les ont fomentées durant leur vie.

La ſeconde eſt celle de Philippe, qui luy fait tenir vne Lance en main, pour monſtrer qu’elle eſt acquiſe par la valeur propre, & par la force des armes.

La troiſieſme eſt celle de Veſpaſien, où elle ſe fait remarquer par vn Caducée, & par vne Corne d’Abondance.

La quatrieſme eſt celle de Titus, qui la repreſente en Femme guerriere, tenant d’vne main vne Palme, pour recompenſer les vertueux ; Et de l’autre une Hache d’armes, pour en punir les coupables ; Auſſi eſt-il vray que l’Eſperance & la Crainte ſont les deux choſes du monde qui peuuent le mieux eſtablir la Paix, & la conſeruer parmy les hommes.

La cinquieſme eſt celle de Sergius Galba, où elle ſe void aſſiſe en vn thrône, pour vne marque de ſa tranquillité merueilleuſe ; & appuyée ſur vne maſſuë, apres s’en eſtre ſeruie comme Hercule à punir l’audace des meſchans, qui ne ſemblent eſtre nez que pour troubler le repos des gens de bien.

La ſixieſme eſt celle de Claudius, repreſentant vne Femme qui s’appuye ſur vn Caducée, enueloppé d’vn effroyable Serpent, & qui ſe couure les yeux de l’autre main, pour ne luy voir point reſpandre ſon venin ; Où il eſt à remarquer, qu’on luy donne icy fort à propos le Caducée, ainſi dit du verbe Latin, cadere, qui ſignifie tomber, d’autant que cette enſeigne de Paix ne paroiſſoit pas pluſtoſt, qu’elle abatoit toutes ſortes de diſcordes & de diuiſions, de quelque nature qu’elles fuſſent ; Que ſi elles ſe voile les yeux, c’eſt pour monſtrer que la Guerre, qui eſt figurée par le Serpent, a des objets ſi tragiques, qu’ils font horreur la pluſpart du temps à quiconque, les ſçait bien conſiderer : ce qui fait que le plus illuſtre de tous les Poëtes s’eſcrie à bon droit, Æneid. I.

Vien nous donner ſur la terre
La Paix que nous demandons,
S’il est vray que de la Guerre
Rien de bon nous n’attendons.


Parsimonie, ou Espargne. CXVI.

Cette Femme d’vn aage viril & modeſtement veſtuë, tient de la main droite vn Compas, & de la gauche vne Bourſe fermée pleine d’argent, auec vn Rouleau, où ſont eſcrites ces paroles, In melius servat, comme qui diroit, Elle le garde pour le mieux.

Il faut bien que la moderation ſoit le princial but de l’Eſpargne, puis qu’elle conſiſte principalement à fuir les deſpenſes ſuperfluës, en ſe tenant dans les bornes d’vne iuſte mediocrité ; C’eſt elle auſſi qui des quatre parties de la Prudence, neceſſaires à la conſeruation des biens du monde en poſſede trois : Car, ſelon Plutarque, elle ſçait l’art d’agir prudemment dans le meſnage, d’accroiſtre ſes commoditez, & de les conſeruer auec honneur. Eſchinez ſouloit dire à ce propos, Que de la façon qu’il viuoit il n’empruntoit rien à vſure que de ſoy-meſme, pource qu’au lieu de la deſpenſe qu’il pouuoit faire, il ſe reſſeroit eſtroittement dans l’vſage de ſon bien ; en quoy veritablement il ſe regloit par le conſeil d’Ariſtote, qui recommandant l’eſpargne aux Communautez, ou aux Republiques ; Il faut, dit-il, que châque ville ſçache premierement l’eſtat de ſon reuenu, puis celuy de ſa deſpenſe, afin de la retrancher, ſi elle eſt ſuperfluë. Car pour ſe maintenir riche, il n’eſt pas moins neceſſaire d’eſpargner ſon bien, que de l’accroiſtre par ſa propre induſtrie. A cét aduis d’Ariſtote ſe rapporte encore celuy de Seneque, quand il dit, Qu’il n’y a point de richeſſes aſſez grandes, ny qui ſoient capables de nous aſſouuir, ſi pour en vſer comme il faut nous ne ſçauons recourir à l’Eſpargne.

Or ce qu’elle eſt peinte en l’aage viril, eſt pour faire voir qu’en ce temps-la l’homme eſt rendu capable de raiſon, & de joindre également l’vtile à l’honneſte.

Son habillement eſt ſimple & ſans aucune parure, pour monſtrer qu’elle eſt ennemie de toute deſpenſe ſuperfluë : Car elle ſe plaiſt à profiter de cette leçon de ſainct Ambroiſe, Qu’il n’y a rien ſi neceſſaire à la vie, que de bien ſçauoir connoiſtre ce dequoy elle a beſoin.

Le Compas qu’elle a en la main droite, ſignifie l’ordre & la meſure qu’il faut tenir en toutes choſes. Car comme cét inſtrument de Mathematique ne s’eſloigne point de ſa circonference, l’Eſpargne de meſme ne ſort iamais des limites de la raiſon, ny de celles de l’honneſteté.

Quant à la Bourſe qu’elle porte en l’autre main, auecque ces mots, In melivs servat, cela veut dire, Que ce nous eſt vn honneur beaucoup plus grand de conſeruer ce que nous auons, que d’acquerir ce qui nous manque.



Passion d’amovr. CXVII.


CEtte Femme qui tenant d’vne main vne Baguette, & de l’autre vne Couppe, void en l’vn de ſes coſtez vn monceau de pierres, & en l’autre pluſieurs animaux farouches, tels que ſont des Lyons, des Ours, des Sangliers, & autres ſemblables qui l’enuironnent, eſt priſe pour la paſſion d’Amour, ſous le nom de la Magicienne Circé, ſi fameuſe dans les ouurages des Poëtes.

Elle tient vne Baguette à la main, pour monſtrer qu’elle eſt capable de transformer les hommes en beſtes, comme il aduint aux compagnons d’Vlyſſe, ſi toſt que cette Sorciere, Lib. 10. Odiſ. dont parle Homere, les euſt tant ſoit peu touchez l’vn apres l’autre.

Diſons en ſuitte, que par ſa Couppe dangereuſe, ſont denotez les Philtres d’Amour, qu’il ne faut pas moins apprehender que le ſuc de ces plantes venimeuſes, dont Circé changeoit en pierres & en beſtes ceux à qui elle en donnoit à boire, comme il eſt fort bien monſtré par la belle deſcription que Virgile & Ouide en ont faite. Par où nous ſommes tous aduertis, Que ce Tyran de la vie qu’on appelle Amour, aſſujetit ordinairement ſous ſon Empire, ceux qui plongez dans l’oiſiueté, ſe laiſſent ſurprendre laſchement au gouſt des choſes plaiſantes, & qui par de faux objets enchantent les ſens : De maniere qu’il ne faut pas s’eſtonner ſi par des appas ſi dangereux, il leur aueugle l’eſprit, & leur oſte entierement la raiſon : Car l’experience fait voir, Qu’il rend leurs inclinations brutales, transformant en Ours les Hommes coleres, les charnels en Pourceaux, les enuieux en Chiens, les gourmands en Loups,

& ainſi des autres.

Patience. CXVIII.


CEtte pauure Femme, dont les eſpaules ſouſtiennent vn peſant joug, & qui toute deſolée tient les mains jointes, & marche ſur des eſpines, ſignifie la Patience, qui ne peut mieux eſtre definie, Qu’vne inuincible vertu que l’on teſmoigne à ſupporter les douleurs du corps, & les trauaux de l’eſprit, qui ſont figurez par des eſpines.

Quant au joug, il demonſtre le meſme, & nous apprend, qu’vn des principaux effects de la Force eſt de ſouffrir courageuſement la ſeruitude quand la neceſſité le requiert. A raiſon dequoy Caton, bien fort aduiſé d’ailleurs, fut neantmoins tenu pour laſche par les plus ſages, pour s’eſtre voulu donner la mort, pluſtoſt que de viure ſous l’Empire d’vn Tyran.

Quelques-autres la peignent au pied d’vn eſcueil, d’où diſtillent peu à peu des gouttes d’eau ſur de fortes chaiſnes, dont elle a les mains liées.

Il eſt denoté par là, ſi ie ne me trompe, Qu’il eſt fort difficile qu’vn homme qui ſe donne la patience d’attendre, n’ait à la fin vn bon ſuccez ; Car quelques perſecutions que ſouffrent les gens de bien, leur merite reçoit toſt ou tard la recompenſe qui leur eſt deuë ; mais à le prendre au pire, quand nous ne pourrions en cette vie nous acquerir la liberté deſirée, & quand meſme il nous ſeroit impoſſible d’y paruenir par vne longue ſouffrance, qui n’a pas moins de pouuoir quelquefois de diſſiper les ennuys, qu’en a la force de l’eau de conſumer celle du fer, ſi ne faudroit-il pas toutefois perdre courage, mais nous ſouuenir touſiours de la promeſſe qui nous eſt faite par Iesvs-Christ, quand il nous recommande ſur toutes choſes, de poſſeder nos ames en patience ; Auſſi a-t’il accouſtumé de ne chaſtier en cette vie que ceux qu’il deſire recompenſer en l’autre.


Pavvreté. CXIX.



CEtte ſorte de Pauureté dont il eſt icy queſtion, s’entend de celle qui empeſche les grands eſprits de paruenir. Elle eſt figurée par vne Femme mal-veſtuë, qui a la main droite attachée à vne pierre peſante, & en la gauche des aiſlerons ouuerts, comme pour l’attirer en haut.

L’on appelle Pauureté le manquement des choſes qui ſont neceſſaires à l’homme pour l’entretenement de ſa vie, & meſme pour l’acquiſition des vertus.

Les aiſles de la main gauche, ſignifient l’extreme deſir qu’ont ordinairement les meilleurs eſprits de s’eſleuer aux plus hautes connoiſſances ; Ce qui ne leur ſeroit pas difficile, ſi la Pauureté, qui leur eſt vn fardeau plus inſuportable que la pierre de Syſiphe, ne les abaiſſoit à meſure qu’ils penſent prendre leur vol : Ce qui eſt cauſe que par vne certaine neceſſité, qui ſemble fatale à la pluſpart des honneſtes gens, ils croupiſſent dans la boüe, & deuiennent le joüet des ames vulgaires :

M. Reinier.
Car ſans le reuenu l’eſtude les abuſe,
Et l’eſprit ne ſe paiſt des chanſons de la Muſe.



Peché. CXX.



COmme il n’eſt rien de ſi effroyable, que ce pernicieux ennemy de l’ame, ce n’eſt pas ſans raiſon qu’il eſt icy peint ſous la forme d’vn ieune Homme, horrible à voir : Car auec ce qu’il eſt aueugle & tout nud, il a ſur la teſte des Couleuures en lieu de cheueux, en ſon coſté gauche vn gros ver qui luy ronge le cœur, & au milieu du corps deux Serpens qui le tiennent eſtroittement ſerré : Outre qu’à voir ſa poſture, il ſemble marcher ſur des rochers rabouteux, & panchans en precipice.

On repreſente le Peché ieune, & aueugle, à cauſe qu’il eſt commis auec imprudence & les yeux fermez, comme n’eſtant autre choſe de ſoy-meſme qu’vne tranſgreſſion des Loix, par qui l’homme mal auiſé s’eſgare du grand chemin de la Vertu.

On le peint noir & tout nud, d’autant que ce monſtre difforme, nous deſpoüillant de la grace, & du bien le plus ſolide du monde, nous met au hazard d’eſtre precipitez dans les abyſmes de la mort eternelle, ſi nous n’auons promptement recours à la Contrition, & à la Penitence.

Il eſt enuironné de Serpens, à cauſe que ce Tyran a de couſtume d’aſſujetir le pecheur ſous la ſeruitude du diable, noſtre commun ennemy, qui cherche ſans ceſſe à nous ſeduire par de fauſſes apparences, ſe promettant touſiours le meſme ſucces qu’il eut auecque noſtre premiere mere.

Quant au ver qui luy ronge le cœur, c’eſt celuy de la conſcience, où ſelon les Theologiens, la conſcience meſme qui le bourrelle continuellement, & qui par des ſyndereſes ſecrettes luy fait ſentir les foüets & les flambeaux que les Poëtes ingenieux ont mis entre les mains des Furies, pour le commun chaſtiment de tous les meſchans, qui font gloire de leurs crimes.

Or comme la Punition fuit ordinairement le Peché, ie ne penſe pas qu’il ſoit hors de propos d’en faire icy le Tableau, tel que nous l’auons de quelques Anciens. Ils la repreſentent donc par vne Femme extremement laide, toute deſchirée, melancolique au poſſible, qui fait d’eſtranges grimaſſes à force de crier, qui tient vn foüet d’vne main, & qui ſe ſouſtenant ſur vne jambe de bois, ſemble deſcendre dans vne grande cauerne.

Entre la Penitence & la Peine il y a cette difference particuliere, que la Penitence s’engendre par le conſentement de l’homme qui ſe repent des fautes paſſées ; au lieu que par le iugement de Dieu ou des hommes, la Peine eſt impoſée aux pecheurs, ſans que toutesfois ils ſoient touchez à leur grand mal-heur, ny du deſir de ſe repentir, ny de celuy de ſatisfaire à leurs offences par des œuures meritoires.

Pour faire voir donc les circonſtances & les effets de la Peine, on la peint difforme, & en eſtat de crier, comme ſi elle ſe vouloit porter à la reſiſtance, ou ſe venger ſi elle pouuoit, de ceux qui l’ont condamnée.

On luy donne au reſte vn foüet à la main, & vne jambe de bois, pour monſtrer qu’elle n’agit point de ſa propre volonté, mais par la force qui luy eſt faite ; & que par vn ſecret iugement de Dieu les hommes ſont bien ſouuent conduits au precipice, pour vn iuſte chaſtiment des fautes qu’ils ont commiſes.

Penitence. Peril.
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Perspective. Perfection.
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Persvasion. Pieté.
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Penitence. CXXI.


IL ſeroit difficile, à mon aduis, de la mieux repreſenter que par cette Figure, à qui eſt celle d’vne Femme extremement maigre, melancolique, & fort mal veſtuë. Elle tient vne diſcipline en vne main, vn poiſſon en l’autre, vn gril à ſon coſté, vne Croix deuant, & les yeux fixes au Ciel.

La Penitence, qui eſt vne douleur des pechez commiz, que l’on reſſent plus pour l’amour de Dieu, que pour aucune crainte de la peine, contient en ſoy trois parties principales, qui ſont la Contrition, la Confeſſion, & la Satisfaction. La premiere est denotée par ſon viſage bleſme & melancolique. La ſeconde, par ſes yeux eſleuez au Ciel, pour vn teſmoignage du pardon qu’elle demande à Dieu : Et la troiſieſme par le gril, inſtrument proportionné à la peine temporelle, par qui se meſure encore le merite de cette vertu qui nous viuifie. Adjouſtons à cecy, que comme le gril eſt vn milieu entre le feu & la choſe que l’on cuit ; la Penitence de meſme en eſt vn autre entre les douleurs du pecheur & l’Amour de Dieu, qui en eſt le motif.

Pour ce qui eſt de la diſcipline & du poiſſon qu’elle tient en ſes deux mains, cela ſignifie que la Penitence pour eſtre ſalutaire, ſe doit aſſaiſonner auec le Ieuſne & la Contrition.

Par la Croix encore il faut entendre la patience, & la correction de ſoy-meſme, pour la conformité merueilleuſe que le penitent s’acquiert auec Ieſus-Chriſt, en renonçant aux vanitez de la terre : à quoy il eſt exhorté par ces paroles, Qui veut eſtre mon Diſciple, qu’il porte la Croix, & qu’il me ſuiue.


Peril. CXXII.


CEvx qui ſçauent par experience, combien ordinaires ſont les dangers de la vie, n’en peuuent auoir eſpreuué de plus grands qu’en eſpreuue ce ieune Homme que nous dépeignons icy. De quelque coſté qu’il ſe tourne, il ſe void menacé d’vn peril ineuitable. Lors qu’il foule aux pieds les fleurs & les herbes, il marche ſur vn Serpent qui luy mord la jambe par derriere. Que s’il veut aller plus outre, il void d’vn coſté vn precipice ouuert deuant luy, & de l’autre vn furieux torrent qui l’eſpouuente. En ces faſcheuſes extremitez il n’a pour tout appuy qu’vn freſle roſeau ; & ſi ſes yeux ſe trouuent effrayez par des objets ſi funeſtes, ſes oreilles ne le ſont pas moins par le bruit d’vn horrible tonnerre, qui perce la nuë, & en fait ſortir peſle-meſle l’eſclair & la foudre.

Bien que la vie du ieune ſoit auſſi douteuſe que celle du vieillard, veu que Dieu dit generalement à tous, Tenez vous preſts, puis que vous ne ſçauez ni le iour, ny l’heure ; Il ſe void neantmoins que le ieune eſt en plus grand danger que le vieillard, à cauſe que pour la vigueur de ſon aage, qui le rend naturellement hardy, il ſe precipite dans les perils, ſans qu’il ſemble les apprehender.

La picqueure que luy fait le Serpent, lors qu’il y penſe le moins, & qu’il marche ſur les fleurs, apprend à l’homme, Qu’au poinct qu’il s’imagine que la Fortune luy rit le plus, il eſpreuue tout le contraire, & ſe void en vn moment expoſé à quelque aduenture tragique & inopinée.

Par le Roſeau qui luy ſert d’appuy eſt demonſtrée la fragilité de noſtre vie, qui de moment en moment eſt agitée de nouuelles tempeſtes ; ce qui procede aſſeurément de l’imprudence de l’homme, qui ſe fonde la pluſpart du temps ſur des choſes caduques & periſſables, au lieu de s’appuyer ſur celles qui ont vne aſſiette ferme & ſolide.

En vn mot, la foudre qui menace ce miſerable ieune Homme ſert à nous apprendre, Que nous ne ſommes pas ſeulement expoſez à vne infinité de dangers, & ſur la terre, & ſur l’onde ; mais ſujets encore aux influences des Cieux, ſelon qu’il plaiſt à Dieu de les faire agir ; car il permet quelquefois que nous ſoyons chaſtiez pour nos demerites, qui ſont cauſe des diſgraces qui nous arriuent ; eſtant certain, comme dit ſainct Paul, Que le peché engendre la mort : d’où il faut conclure, que les puiſſances humaines, quelques grandes qu’elles ſoient, ne peuuent s’oppoſer à celuy qui a mis des bornes, & donné des loix à toutes les choſes qu’il a créées.


Perspective. CXXIII.


C’Est vne Dame extremement belle, & qui porte au col vne chaine d’or, où pend vn œil en lieu de joyau. Auecque cela elle tient en la main droite vne Regle, vn Eſquiere, vn Plomb, vn Miroir ; & en la gauche deux Liures, qui portent pour inſcription le nom de Ptolomée, & de Vitellion.

Comme cette partie de Mathematique n’eſt pas moins vne Fẽme extremement belle. Et d’autant qu’elle tire ſon nom de la veuë, c’eſt pour cela qu’elle porte vn œil attaché à vn chainon, eſtant veritable qu’elle ſe fonde entieremnt ſur les eſpeces viſibles.

Cela ſe demonſtre encore par les diuers inſtrumens qu’elle porte en main, qui font voir ſes differentes operations. Mais elles ſe remarquent ſur tout dans le Miroir, où il ſe fait reflexion des figures droites : Si bien que par la repercuſſion des rayons & de la lumiere, cette Science fait voir des choſes merueilleuſes, & qui paſſent pour enchantemens dans l’eſprit de ceux qui n’en ſçauent pas la raiſon.


Perfection. CXXIIII.


ELle eſt figurée par vne fort belle Dame, veſtuë de gaze d’or, qui a le ſein deſcouuert, & le corps dans le Zodiaque. Pour eſtre plus libre en ſon action, elle a les bras retrouſſez iuſques au coude, & fait vn cercle entier auec vn Compas qu’elle tient de la main gauche.

Son habillement eſt d’or, à cauſe que ce metal eſt le plus parfait de tous : & ſa gorge deſcouuerte, pour ſignifier par là vne des principales parties de la Perfection qui eſt de nourrir autruy, & d’eſtre touſiours preſt à faire du bien à ſon prochain : car aſſeurément c’eſt vne choſe beaucoup plus parfaite de donner que de receuoir ; Et voila pourquoy le Souuerain Createur, qui eſt la Perfection meſme, donne ſans ceſſe, & ne reçoit rien de ſes creatures.

Elle ſe ſert d’vn Compas à faire vn cercle, d’autant que cette Figure eſt la plus parfaite de toutes celles des Mathematiques. Ce que les Anciens vouloient monſtrer, comme le remarque Lib. 39. Pierius, lors qu’apres auoir ſacrifié, ils faiſoient apporter deſſus l’Autel vn grand cercle, qu’ils ſouloient tremper dans le ſang de la victime, auec beaucoup de veneration & de ceremonie : Par où ils marquoient la Perfection, comme par le cercle du Zodiaque, qui en eſt encore le vray ſymbole.


Persvasion. CXXV.


BIen que cette Figure ſemble bizarre, elle ne laiſſe pas toutesfois de ſignifier beaucoup de choſes par cette Femme qu’elle repreſente.

Son habillemẽt eſt auſſi modeſte que ſa coëffure ſemble extrãge, pource qu’vne langue y eſt attachée, auec vn œil au deſſous.

Elle eſt au reſte liée par tout le corps auecque des cordes d’or, & en tient vne des deux mains, à laquelle eſt attaché vn animal à trois teſtes, à ſçauoir d’vn Chien, d’vn Chat, & d’vn Singe.

Ce n’eſt pas ſans raiſon, qu’en ſa coëffure eſt peinte vne langue, eſtant comme elle eſt le principal inſtrument de la Perſuaſion. A raiſon dequoy les Egyptiens la ſouloient peindre, pour monſtrer ce que peut la parole par la ſeule aide de la Nature.

Et d’autant que l’Exercice & l’Art agiſſent auſſi beaucoup à la Perſuaſion, ils donnoient à entendre cela par vn œil, qu’ils faiſoient vn peu ſanguin : Car cõme le ſang eſt le ſiege de l’ame, ainſi que l’on creu quelques anciens Philoſophes ; La parole de meſme l’eſt de ſes actiõs, quand elle ſçait l’art de bien exprimer vne penſée : Et comme l’œil ſe peut dire la feneſtre par où l’ame void ; la parole en eſt vne auſſi, par où elle eſt veuë des autres.

Les cordages d’or qui luy ceignẽt le corps, mõſtrent que par la force de l’Eloquẽce l’hõme peut lier en quelque ſorte les volontez d’autruy, & les tenir en arreſt par le moyen de la Perſuaſion.

L’Animal à trois teſtes ſignifie, que trois choſes ſont neceſſaires à celuy qui veut perſuader quelqu’vn. La premiere, de s’inſinuer en la bien-veillance de ſon Auditeur ; ce qui eſt denoté par le Chien, qui flatte & careſſe pour ſes intereſts. La ſeconde, de le rendre docile, en luy faiſant nettement comprendre ce qu’il luy veut perſuader : dequoy ſert d’exemple le Singe, pource qu’il ſemble eſtre celuy de tous les animaux qui comprend le mieux les penſées des hommes : Et la troiſieſme, de le redure à eſtre attentif, à l’imitation du Chat, qui l’eſt grandement en tout ce qu’il fait. Or ce qu’elle tient ferme auecque les deux mains la corde à laquelle cét animal eſt attaché, eſt pour monſtrer, Que ſi l’Orateur ne ſçait agir auecque les conditions que ie viens dire, ou il ne gagne rien du tout ſur l’eſprit de ſon Auditeur, ou du moins il n’auance pas beaucoup.


Pieté. CXXVI.


NOvs la repreſentons icy apres les anciẽnes Medailles par vne Femme extremement belle, qui a le teint fort blanc, les yeux à fleur de teſte, le nez aquilin, des flammes en lieu de cheueux, des aiſles au dos, la main gauche du coſté du cœur, & en la droite vne Corne d’abondance, d’où tombent diuerſes choſes qui ſont vtiles à la vie humaine. L’on peint ſon viſage tel que nous venons de le deſcrire, pource qu’en effet il eſt ainſi dépeint par ceux qui s’entendent à la Physionomie.

Elle eſt veſtuë de rouge, comme ſœur qu’elle eſt, & comppagne de la Charité, à qui cette couleur eſt grandement propre, pour des raiſons qui ſont communes dans les eſcrits des Philoſophes moraux.

On luy donne des Aiſles, pour monſtrer la merueilleuſe viteſſe de cette vertu par deſſus toutes les autres, en ce qu’elle ne ceſſe de voler de Dieu à la Patrie, de la Patrie aux parens, & des parens à nous-meſmes.

Par les flammes qu’elle a ſur la teſte, il eſt declaré, Que l’eſprit s’embraze de l’amour de Dieu, plus il s’exerce à la Pieté, qui aſpire naturellement aux choſes celeſtes.

Par la main gauche qu’elle a ſur le cœur, Que l’homme doüé de cette vertu donne des preuues de ſa Charité par des œuures genereuſes, & qui ſont faites auecque ſincerité, ſans oſtentation, ny ſans deſir de vaine gloire. Quelques-vns diſent à ce propos, que pour oſter toute ſorte d’ombrages à la Pieté d’Enée, Virgile & les autres Poëtes aſſeurent, Que les plus grandes actions de Pieté furent par luy faites durant la nuict.

Par la Corne d’abondance, Que toutes les fois qu’il eſt queſtion de faire des œuures de Pieté, il ne faut point tenir conte des richeſſes mondaines, mais en aſſiſter liberalement ceux que l’on ſçait en auoir beſoin.

Quelques autres nous figurent la Pieté par vne Femme qui tient vne Cigongne de la main droite, & de la gauche vne Eſpée, dont elle s’appuye ſur vn Autel, ayant vn Elephant d’vn coſté, & vn Enfant de l’autre.

Par la Cygongne eſt demonſtrée la Pieté que l’homme doit rendre à ſes pere & mere : Et par l’Enfant celle qui ſe doit à Dieu, à la Patrie, & à ceux qui nous ont mis au monde ; Dequoy la Cygongne eſt pareillement vn vray ſymbole, pour les raiſons que nous auons dites ailleurs.

Or d’autant que l’hõme qui poſſede cõme il faut cette vertu, ſe doit expoſer à tous perils pour l’amour de la Religion ; c’eſt à raisõ de cela qu’on luy fait tenir ſur vn Autel vne eſpée en main.

Pour ce qui regarde l’Elephant, l’exemple en eſt tiré de Plutarque, qui dit, Que dans la ville de Rome, quelques enfans ayant par maniere de jeu picqué la trompe de cét animal, il en priſt vn entre les autres qu’il voulut lancer en l’air. Mais comme il vid que ſes compagnons, qui le tenoient deſia pour mort, ſe mirent à crier, il le poſa doucement à terre, ſans luy faire aucun mal, & ſe contenta de la peur qu’il leur auoit faite pour punition de leur audace.

Plaisir. Predestination.
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Preeminence de Rang. Perseverance.
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Philosophie. Poesie.
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Plaisir, ou Volvpté. CXXVII.


ON la repreſente par vn ieune Garçon ; qui a les cheueux creſpelus & de couleur d’or ; vne Guirlande de Myrthe enrichie de Perles, le corps à demy nud, des Aiſles au dos, vne Harpe en main, des Brodequins d’or, & vne Sereine à ſes pieds.

Ses cheueux friſez & parfumez, qui ſe couronnent d’vne Guirlande de fleurs, ſont autant de marques de laſciueté, de molleſſe, & de mœurs effeminées.

Le meſme ſe doit entendre de ſa Guirlande de Myrthe, arbre dedié à Venus, qui en eut vne Couronne, à ce que diſent les Poëtes, quand elle ſe treuua preſente au Iugement de Pâris.

Diſons en ſuite, Que par les aiſles qu’il porte, il eſt demonſtré, Qu’il n’y a rien qui vole plus viſte, ny qui s’eſuanoüiſſe ſi-toſt que la Volupté ;

Et par la Harpe, Que le plaiſir effeminé chatouille les ſens, comme fait cét inſtrument ; A cauſe dequoy les Poëtes feignent que par ſon harmonie il plaiſt à Venus & à ſes compagnes les Graces.

Ses Brodequins d’or font remarquer pareillement vn homme voluptueux, qui monſtre par là qu’il ne tient conte de ce metal, s’il n’en aſſouuit ſes appetits deſreglez ; Ce qui ſe peut encore entendre de l’Inconſtance, dont les pieds ſont quelquefois le ſymbole, comme Dauid le demonſtre par ces paroles, Mes pieds ſe ſont à peine remuez : Par où il nous eſt enſeigné, Que le Senſuel ſe porte volontiers aux nouueautez & aux changemenz.

Toutes ces veritez que i’ay dites ſont compriſes dans le ſeul exemple de la Syreine ; Car comme elle perd les Mariniers par la douceur de ſon chant ; La Volupté de meſme par ſes appas & ſes charmes, ruine miſerablement tous ceux qui la ſuiuent.

Il y en a d’autres qui repreſentent le Plaiſir du monde par vn beau ieune garçon, aagé d’enuiron dix-ſept ans. Il porte en la teſte vne Guirlande de roſes, & vn habillement verd, auec quantité d’hameçons attachez à vn filet, & vn Arc en Ciel, qui aboutit d’vne eſpaule à l’autre.

Il eſt peint ieune, d’autant que cét aage-là plus que tous les autres, eſt adonné aux plaiſirs, pour eſtre comme vn criſtal tranſparant, au trauers duquel tous les delices du monde paroiſſent belles.

Son viſage agreable & riant monſtre que le plaiſir eſt la creature de la beauté : Sa Guirlande de roſes conſacrées à Venus, Que les voluptez ſenſuelles, quelques douces qu’elles ſemblent, ne laiſſent pas d’eſtre freſles & peu durables ; Et ſon habillement verd, Que cette couleur s’accomode fort bien à l’humeur folaſtre des ieunes gens, pource qu’eſtant plus temperée que les autres, entre le blanc & le noir, ou entre l’obſcur & le clair, elle eſt celle qui recrée plus la veuë ; ce que les autres couleurs ne peuuent pas ſi bien faire, pource qu’elles tiennent des extremitez.

Quant aux Hameçons, dont il eſt parlé cy-deuant, ce ſont les diuers appas qui ſe treuuent dans les voluptez du monde. Mais ces douceurs ſont touſiours meſlées de quelque amertume ; Car il nous arriue enfin que l’homme ſe ſent picqué bien auant des aiguillons de ſa conſcience, & qu’il ne peut toutefois ſe reſoudre à quitter les voluptez paſſageres, qui ſont icy denotées par l’Arc en Ciel, pource qu’elles s’euanoüiſſent en vn inſtant, & n’ont rien de beau que l’apparence.


Predestination. CXXVIII.


IL n’eſt point de beauté comparable à cette Vierge, qui n’a pour cacher ſa nudité qu’vn voile d’argent, encore paroiſt-elle à moitié nuë. Elle a les yeux tournez vers le Ciel, qu’elle regarde fixement, la main droite ſur le ſein, & en la gauche vne Hermine.

La Predeſtination eſt peinte ieune, pour vne marque de ſon Epiſt. ad. Epheſ. Eternité, dont parle ſainct Paul, quand il dit, Qu’auant la creation du monde Dieu nous auoit Predeſtinez à eſtre Saincts.

Elle eſt belle, comme eſtant la meſure & l’idée de toute beauté ; ce qui fait dire à ſainct Thomas, & à ſainct Auguſtin, Lib. de don. Perſe. ad cap. 14 Que la Predeſtination eſt la preparation de la grace pour le preſent, & de la gloire pour le futur.

Le Voile qui la couure eſt d’argent, d’autant que c’eſt vn myſtere caché non ſeulement aux hommes, mais encore aux Anges, & à l’Egliſe meſme : A raiſon dequoy ſainct Paul s’eſcrie ſouuent à ce propos, Que c’eſt vn chemin ſi peu battu, qu’il eſt extremement difficile de le treuuer.

Son action attentiue à regarder le Ciel, monſtre que le Predeſtiné doit marcher par les voyes que Dieu luy a tracées, comme Ieſus-Chriſt l’aſſeure luy-meſme par ces paroles, Ils ne periront point eternellement, & perſonne ne me les oſtera de la main, ce qui doit eſtre entendu des Predeſtinez.

Ce qu’elle porte la main ſur ſa belle gorge, ſignifie que la Predeſtination doit eſtre de grande efficace, non ſeulement en la Preſcience, mais encore en ſes moyens, comme il nous eſt Ezéchiel, 36 teſmoigné par ces paroles, Ie feray que vous enſuiurez mes preceptes, & garderez mes iugemens, &c.

Elle tient de plus vne Hermine en l’autre main, pour vne marque de pureté ; Car comme ce petit animal aime mieux mourir que ſe ſoüiller tant ſoit peu ; nous voyons de meſme que Dieu oſte la vie au Predeſtiné, pluſtoſt que de permettre qu’il ſe ſaliſſe des ordures de l’obſtination, conformément à La Sagesse, 04 ces paroles de l’Eſcriture, Il a eſté emporté, de peur que la malice ne changeaſt ſon entendement.


Preeminence de rang. CXXIX


ELle nous eſt icy demonſtrée par vne Femme majeſtueuſe, qui a ſur le haut de la teſte l’oiſeau qu’on appelle Roitelet, & qui de la main droite s’oppoſe aux efforts d’vne Aigle, afin d’empeſcher qu’elle ne s’eſlance en haut, pour oſter à ſon riual la place qu’il a priſe.

Lib. 8. cap. 25. Cap. 80 Le Roitelet, dont il eſt parlé dans Ariſtote, & dans Pline, eſt de cette eſpece d’oiſeaux que Suetone dit auoir preſagé la mort de Ceſar : Car la veille des Ides de Mars il y en eut vn qui eſtant volé dans la Cour de Pompée auec vn petit rameau de Laurier qu’il portoit au bec, fut mis en pieces par d’autres oiſeaux, qui depuis le bois prochain l’auoient touſiours pourſuiuy. Par où l’on peut voir, que cét oiſeau tout petit qu’il eſt, ne laiſſe pas d’auoir de la Preéminence ſur les autres ; ce qui Hiſt. an. lib. 9. c. 1 eſt cauſe, comme le remarque Ariſtote, de l’antipatie qu’il y a entre luy & l’Aigle ; Car elle qui eſt grande & forte, ne peut ſouffrir qu’vne choſe ſi petite & ſi foible luy ſoit comparée : En quoy l’imitent aſſez ſouuent les hommes ambitieux, qui ſe voyant bien auecque la fortune, peuuent à peine endurer que les plus vertueux & les plus Nobles, qu’ils ſurpaſſent en credit & en richeſſes, aillent du pair auec eux. Mais la preſeance, ſi ie ne me trompe, ne ſe doit point oſter aux gens de merite, bien que la fortune les traitte mal, pour la donner à ceux qui n’en ont point : Et voila pourquoy l’Aigle eſt icy au deſſous du

Roitelet, duquel elle eſt ennemie.

Perseverance. CXXX


ELle eſt icy peinte de meſme qu’au Palais du Cardinal Bourgheſe, à ſçauoir en ieune Femme, qui tient d’vne main vne méche allumée, & de l’autre vn Serpent qui mort ſa queuë : Ce qu’il n’eſt pas difficile d’expliquer, puis qu’on ſçait aſſez que le mouuement du Temps, que les Egyptiens ont denoté par le Serpent, qui ſe plie en cercle, roulle ſans diſcontinuer, tout de meſme que la méche ne ceſſe de bruſler iuſques au bout.

Elle eſt figurée encore par vn Enfant eſleué en l’air, & qui ſe tient ferme d’vne main à vne branche de Palme.

Par l’Enfance, ſont denottées les premieres inclinations qu’a l’eſprit au bien, lors qu’il s’attache à la Palme, c’eſt à dire à la Vertu ; Car les branches de cét arbre ont cela de propre, de s’eſleuer au deſſus du fardeau qu’on leur oppoſe pour les abaiſſer. A cét effet remarquable eſt pareil celuy de la Vertu, qui n’eſt iamais ſi forte que dans les occaſions de reſiſter au Vice : Mais il faut neceſſairement que la Perſeuerance y ſoit iointe ; Autrement il eſt à craindre que le Vertueux qui ſe relaſche, ne ſoit comme l’Enfant dont il eſt icy queſtion, qui s’expoſe apparemment au hazard d’vne cheute mortelle, s’il abandonne tant ſoit peu la branche qu’il tient.


Philosophie. CXXXI.


LE docte Boëce ayant à deſcrire la Philoſophie, ſe ſert d’vne inuention qui n’eſt pas moins agreable qu’ingenieuſe. Car il feint qu’elle apparut vn iour à luy ſous la forme d’vne Femme beaucoup trop majeſtueuſe que ne ſont pour l’ordinaire les creatures mortelles. Elle auoit les yeux extremement vifs & penetrans, le teint fort vermeil, & l’embompoint vigoureux, bien que toutefois elle ſemblait aſſez aagée. Quant à ſa taille, l’on ne pouuoit la repreſenter au vray ; pource qu’encore qu’elle ſurpaſſaſt celle des hommes, ſi eſt-ce que la pluſpart du temps elle ſe deſroboit à leurs yeux par ſa hauteur exceſſiue : Tellement qu’apres l’auoir bien regardée, l’on treuuoit que ſa teſte ſe cachoit iuſques aux nuës ; & meſme qu’elle s’eſleuoit par deſſus le Ciel de la Lune. Sur le haut de ſa robe, qui eſtoit d’vne eſtoffe tres-deliée, ſe remarquoit la lettre θ, & ſur le bord vn Pi, Grec, Π. Mais c’eſtoit de telle ſorte, que de la derniere lettre, l’on montoit à la premiere par les échelons grauez ſur ſa robe, depuis la ceinture iuſques en bas, où il eſt à remarquer encore qu’elle tenoit vn Sceptre de la main droite, & de la gauche des Liures.

Ce que repreſente cette Figure, n’eſt pas moins myſterieux que digne d’eſtre conſideré. Elle a le viſage venerable, pour monſtrer que la Philoſophie merite qu’on la reuere, eſtant comme elle eſt, mere des Arts Liberaux, Maiſtreſſe des bonnes Mœurs, Regle de la vie, Source de tout bien, & guide des ames vertueuſes.

Sa taille ambiguë, tantoſt grande, & tantoſt petite, ſignifie qu’elle embraſſe diuerſement la connoiſſance des choſes du Ciel & de la terre ; iuſques-là meſme qu’elle s’eſleue quelquefois à la recherche des ſujets les plus hauts, & qui ſont incomprehenſibles à l’eſprit humain : Ce qui fait dire à Boëce, Qu’à force de ſe hauſſer vers le Ciel, elle diſparoiſt aux yeux des hommes, qui ne ſont pas aſſez clair-voyans pour la contempler, eſtant bien certain que l’eſprit humain n’eſt pas capable de conceuoir l’Eſſence diuine, ny ſes myſterieux ſecrets, qui ſont entierement inconnus aux hommes, comme dit ſainct Gregoire de Naziance.

Sur le bord de ſa Robe eſt vn Θ, & ſur le haut vn Π, & non pas vn T, comme quelques-vns l’ont voulu dire, & comme il eſt à propos que nous remarquions icy, pource que la ſignification en eſt differente, & du tout contraire. Car le Θ chez les grecs, comme le C parmy les Latins, eſt vne marque de condemnation, au lieu que le T en eſt vne d’abſolution : Cela n’a pourtant rien de commun en cette Figure, où le Θ ſignifie Theorie, & le Π eſt le meſme que Pratique, qui ſont deux parties eſſentielles à la Philoſophie ; Ce qui fait dire à ſainct Auguſtin, De. Ciuit. lib. 8. c. 4 Que l’eſtude de la Sapience conſiſte en l’Action, & en la Contemplation ; Tellement que l’on peut appeller à bon droit l’vne de ces parties Actiue, & l’autre Contemplatiue, qui ſe propoſe pour but la verité toute pure, & la recherche des cauſes de la Nature.

Que ſi la Philoſophie tient des Liures en vne main, & vn Sceptre en l’autre, c’eſt pour monſtrer, Que les hommes de haute naiſſance ne doiuent point negliger cette belle Reyne, & que le conſeil des ſages Miniſtres eſt tout à fait neceſſaire au gouuernement des Eſtats : L’Hiſtoire remarque à ce propos, Que Solon, Lycurgus, & Zeleucus, furent Princes & Legiſlateurs enſemble ; à ſçauoir des Atheniens, des Lacedemoniens, Plut. in Iſid. & Oſir. & de ceux de Locres : Et que les Egyptiens n’eſtimoient iamais pour Chef que le plus ſage de leurs Preſtres, ou le plus aguerry de leurs ſoldats, afin de maintenir la tranquillité publique par la valeur, ou par la bonne conduite.


Poesie. CXXXII.


TOvtes les beautez mortelles, quelques grandes qu’elles ſoient, n’ont rien de pareil à celle de cette Deeſſe. Elle a le viſage vn peu enflammé, l’action d’vne perſonne penſiue, vne Couronne de Laurier ſur la teſte, les Mammelles nuës & rebondies, comme ſi elles eſtoient pleines de laict, vne Robe de couleur celeſte, toute semée d’Eſtoilles, vne Lyre en la main gauche, & en la droite vne maniere de Haut-bois, ou de Fluſte.

La Poëſie, ſelon Platon, eſt à proprement parler, vne expreſſion des choſes diuines, dont vne fureur celeſte embraze l’entendement.

On la peint ieune & belle, pource qu’il n’eſt point d’homme si barbare, ny ſi peu ſenſible qui ne ſoit charmé de ſa douceur, & attiré par ſon mouuement.

Elle eſt couronnée de Laurier, arbre touſiours verdoyant, & qui ne craint point la foudre, pource que les Muſes s’aſſujetiſſent le Temps, qui plonge dans l’oubly toutes les choſes du monde ; Et que n’eſtant iamais ingrates à ceux qui les ſeruent, elles leur donnent l’Immortalité, pour recompenſe de l’eſtime qu’ils en ont faite.

M. de Malherbe.

La Vertu, qui de leur eſtude
Eſt le fruict le plus precieux,
Sur tous les actes vicieux
Leur fait haïr l’Ingratitude.

Et les agreables chanſons,
Par qui leurs doctes nourriſſons
Sçauent charmer les deſtinées,
Recompenſent vn bon accueil
De loüanges, que les années
Ne mettent point dans le cercueil.

Sa Robe eſtoillée eſt vn ſymbole de la Diuinité, puiſque ſelon les Poëtes, ce bel Art tire ſon origine du Ciel ; & ſes Mammelles pleines de laict ſignifient la fecondité des penſées & des inuentions, qui ſont l’ame de la Poëſie.

Elle eſt penſiue & toute enflammée, pour faire voir, Que le Poëte a l’ame touſiours pleine d’vn feu qui luy eſt inſpiré d’en faut, & qui luy eſchauffe l’imagination, lors qu’il eſcrit ſur quelque ſujet.

On luy fait tenir vne Lyre d’vne main, & vne Fluſte de l’autre, pour ſignifier le genre Lyrique, & le Paſtoral ; Comme le troiſieſme, à ſçauoir l’Heroïque, le plus haut & le plus noble de tous, eſt denoté par vne Trompette : Et peut-on bien croire, Qu’on s’eſtudie en vain d’y exceller, ſi l’on n’a ce merueilleux Genie que la Nature nous donne, ſuiuant ce dire ordinaire, Que nous naiſſons Poëtes, & ſommes faits Orateurs.

Pratiqve. Prelatvre.
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Prevoyance. Prix.
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Prvdence. Pvdicité.
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Practiqve. CXXXIII.


ELle ſe prend d’ordinaire pour vne choſe qui eſt relatiue & oppoſée à la Theorie. Car comme cette derniere ſe regle par l’art de raiſonner, & par le mouuement de l’esprit ; la Practique de meſme, a pour but les operations du ſens, qui la pouſſent & la font agir. L’vne s’attache donc à la Contemplation, l’autre à l’Action ; L’vne tient le haut du raiſonnement humain, & l’autre en eſt comme le fondement.

Pour demonſtrer ce que nous venons de dire, la Practique eſt icy repreſentée vieille, la teſte panchée, vn Compas en vne main, vn Plomb en l’autre, & ſeruilement veſtuë.

L’aage que nous luy attribuons luy eſt entierement conuenable. Car comme la Ieuneſſe eſt ordinairement accompagnée d’Eſperance, d’Amour, de vigueur, & de grandeur de courage ; Nous pouuons dire tout au contraire, Que la Vieilleſſe eſt touſiours ſuiuie de peſanteur, de nonchalance, de foibleſſe, d’apprehenſion, & de pluſieurs autres maux. A de pareils accidens eſt ſujette la Practique, pource qu’elle s’accomode à l’vſage, qui pour eſtre vieil ſe trompe facilement, eſt peu clairvoyant, touſiours en doute, & mortel ennemy de ceux qui choquent ſes ſentimens.

Elle a le viſage panché en bas, d’autant qu’elle ne regarde que cette partie de l’Vniuers que l’on foule aux pieds ; comme il eſt fort bien denoté par ſa robe ſeruile ; au lieu que la Theorie, comme plus noble qu’elle eſt, ne s’arreſte point à l’vſage, mais à la ſeule connoiſſance des choſes ſur qui principalement elle ſe repoſe ; Et le meſme nous eſt ſignifié par les deux inſtrumens qu’elle tient, qui ſont le Compas, & le Plomb.

Le Compas, comme nous auons dit ailleurs, eſt le ſymbole de la Raiſon, qui eſt neceſſaire à la conduitte de toutes les actions humaines. La Theorie en tient la pointe en haut, & la Practique la tient en bas ; pource que par les vniuerſels l’vne conclud les particuliers, concluſion vraye & demonſtratiue ; au lieu que l’autre tout au contraire par les particuliers conclud les vniuerſels ; concluſion qui la pluſpart du temps eſt fauſſe & trompeuſe, en la ſeconde & troiſieſme figure, ſoit dans la negatiue, ou dans l’affirmatiue.

Quant au Plomb, qui eſt touché par l’vne des pointes du Compas ouuert, cela veut dire, Que cõme la Theorie ſe regle par les choſes du Ciel, qui ſont incorruptibles & immortelles ; Ainſi le fondemẽt de la Practique eſt ſur des matieres terreſtres, qui dans leur eſtat periſſable, & ſujet à changement, ont beſoin que l’homme les fortifie, & les appuye de quelque forme, qui ſoit vniuersellement receuë & practiquée comme vne regle infaillible. Ce que Protagoras nous veut poſſible faire connoiſtre, quand il appelle l’homme, la meſure de toutes les choſes d’icy bas.

Or ſi l’on ne donne à la Theorie qu’vn ſeul inſtrument, au lieu que la Practique en a deux, qui ſont le Compas, & le Plomb, c’eſt pour monſtrer, que l’vne eſt ſeule & indiuiſible, comme parfaite en ſoy-meſme ; Et que l’autre eſt de deux ſortes, liberale & mecanique. La liberale dans la vie ciuile ſe propoſe les Vertus morales, qui s’acquierent par l’vſage ; Et la Mecanique, les meſures des choſes eſtablies du commun conſentement des hommes dans le commerce du monde, ſoit pour vendre, ou pour achetter. D’où il faut conclurre que par le Compas & par le Ploomb ſe peuuent entendre deux differentes ſortes de Iuſtice, qu’on appelle dans les Eſcoles, Commutatiue & Diſtributive.


Prelatvre. CXXXIV.


LEs Egyptiens auoient beaucoup de raiſon de repreſenter les Prelats, & toutes les autres perſonnes qui ſont dans les charges les plus eminentes, par cette Figure Hieroglyphique. Ils peignoient vn homme, qui en la main droite auoit vne Horloge, & en la gauche vn Soleil eclypſé, auecque ces mots, Non niſi cum deficit ſpectatorem habet. Par où ils vouloient ſignifier, Que comme le Soleil, quelque reſplendiſſant qu’il ſoit, n’eſt regardé d’aucun que lors qu’il s’eclypſe : Ainſi pour homme de bien que ſoit vn Prelat, peu de gens neantmoins le conſiderent pour l’imiter, & pour le loüer. Mais ſur tout quand il aduient qu’il s’obſurcit & s’eclypſe par quelque deffaut qu’on y remarque ; Voilà qu’en meſme temps les yeux de tous ſe tournent vers luy, auec autant de ſcandale que d’eſtonnement : d’où il s’enſuit que les médiſans en font des contes, & s’en eſtonnent comme s’ils voyoient vne Eclypſe, ou quelque prodige dans le monde.

Le meſme nous eſt ſignifié par l’Horloge qu’il tient en la main droite : & poſſible qu’à cela ne s’accomode pas mal l’explication que les ſeptante Interpretes ont donnée de ce paſſage d’Iſaie, Quam ſpecioſi ſuper montes pedes euangelizantis bona : ce qu’ils traduiſent ainſi, Sicut hora, vel ſicut Horologium ſuper montes. Par où ils veulent monſtrer, Que les Prelats, & les autres Superieurs les plus qualifiez eſtans comme les Horloges du monde, deſtinez à regler le mouuement d’autruy, doiuent eſtre fort moderez en leurs propres actions, & ſe tenir dans vne grande iuſteſſe, puis qu’ils ſont eſclairez de beaucoup d’yeux, & que la malice des hommes va ſi auant, qu’ils s’eſtudient à faire paſſer pour vices iuſques aux vertus les plus hautes, qui ne peuuent que difficilement eſchapper à leur cenſure.


Prevoyance. CXXXV.


CEtte Femme à deux teſtes, qui porte vn Compas en vne main, & en l’autre l’oyſeau qu’on appelle Eſmerillon, eſt le vray ſymbole de la Preuoyance.

Ses deux teſtes nous apprennent, Que la connoiſſance du paſſé ſert grandement à preuoir l’aduenir. Auſſi n’y a-t’il celuy qui ne ſçache, Que l’experience fait les hommes prudens, & par conſequent capables à peu prés d’aller au deuant des malheurs qui les menacent ; Car preuoir & preuenir vn mal, ſont des effets conuenables à la Prudence. C’eſt à raiſon de cela qu’on eſtime vtile à la vie humaine la connoiſſance de pluſieurs hiſtoires, & des ſuccez les plus memorables aduenus de long-temps ; pource qu’elle produit en nous cette force de Prudence, qui eſt requiſe pour iuger des choſes à venir ; A quoy nous ne pourrions pretendre autrement, à moins que d’eſtre deceus & blaſmez d’vne curioſité ridicule.

Le Compas ouuert monſtre, Que pour preuoir les Euenemens, il faut ſçauoir meſurer les qualitez, & l’ordre des temps auec vn eſprit iudicieux, & vn ſolide raiſonnement.


Prix. CXXXVI.


SA figure eſt celle d’vn homme veſtu de blanc, & dont la Ceinture eſt de fin or ; Ayant de plus, vne Palme en la main droite, auec vn rameau de Cheſne, & en la gauche vne Couronne & des Guirlandes.

Le Prix, ou la recompenſe a deux parties principales, à ſçauoir l’Honneur, & l’Vtilité, qui ſont icy diuerſement denotées, l’vne par le Cheſne, & l’autre par la Palme.

Quant au veſtement blanc, & à la Ceinture d’or, cela demonſtre la Verité, quand elle eſt ſuiuie d’vne eminente Vertu : Car on ne peut qu’iniuſtement appeller recompenſe, le bien qu’on fait à des perſonnes qui en ſont indignes.


Prvdence. CXXXVII.


ELle eſt repreſentée par vne Femme à deux viſages, qui a ſur la teſte vn Heaume doré, enuironné d’vne Guirlande de fueilles de Meurier, vn Cerf auprés d’elle, vn Miroir en la main gauche, & en la droite vne Fléche, auec vne Remore tout à l’entour.

La Prudence, ſelon Ariſtote, eſt vne habitude actiue, accompagnée d’vne vraye raiſon, qui agit ſur les choſes poſſibles, pour atteindre à la felicité de la vie, en ſuiuant le bien, & fuyant le mal.

Son Heaume doré ſignifie, Que l’homme prudent preuoit l’aduenir, & ſe deſueloppe ſagement des embuſches de ceux qui luy veulent nuire :

La Guirlande de fueilles de Meurier, Qu’vne perſonne aduiſée ne doit iamais faire les choſes auant le temps, mais bien les regler en leur ſaiſon, & les executer auec iugement :

Le Cerf qui rumine, Qu’il ne faut iamais entreprendre aucune affaire ſans y penſer, afin que la reſolution en ſoit meilleure, & le ſuccez plus fauorable :

Le Miroir qu’elle tient en main, Qu’il eſt neceſſaire que pour regler ſes actions, l’homme prudent examine ſes deffauts : Ce qu’il ne peut faire ſans la connoiſſance de ſoy-meſme :

Et par la Remore qui eſt autour d’vne Fléche, Que nous ne deuons point tarder à faire du bien, quand nous en ſçauons les moyens, & lors que le temps nous le permet.


Pvdicité. CXXXVIII.


C’Est vne ieune Fille veſtuë de blanc, & qui a ſur la teſte vn Voile de la meſme couleur, auec vn Lys en la main droite, & vne Tortuë ſous l’vn de ſes pieds.

Sa robe blanche eſt vne marque de ſes chaſtes intentions. Car cette couleur en a touſiours eſté vne bien expreſſe d’vne ſi haute vertu : Ce que Salomon enſeigne myſtiquement, quand il nous recommande que nos veſtemens ſoient toûjours blancs.

Elle a la teſte voilée, pour nous apprendre, Qu’vne honneſte femme doit tenir cachée ſa beauté, pluſtoſt que d’en faire monſtre : A raiſon dequoy Tertullien appelle le Voile, vn Bouclier de modeſtie, & vn Rempart que l’on ne peut battre en ruine. Pour cela meſme les anciens Romains vouloient que la Pudicité fuſt touſiours peinte auec le viſage couuert, cõme il ſe peut voir en la Medaille de Sabine, femme de l’Empereur Adiran ; Et en celle de Marcia, Otacilla, Seuera, auec ce mot, Pudicitia Aug. Les femmes Iuiſues eſtoient encore voilées, & les Chrétiennes auſſi, quand elle faiſoient leurs prieres dans le Temple ; autrement elles n’y pouuoient entrer. Sainct Paul l’ordonna comme cela, & Sainct Pierre pareillement, dont le ſucceſſeur, qui fut le pape Linus, voulut depuis que cette couſtume fuſt religieuſement obſeruée.

Elle tient vn Lys en la main droite ; à cauſe que cette fleur, comme le remarque S. Hieroſme contre Iouinian, eſt vn Hyerogliphe de la Pudicité. Et voilà pourquoy dans le Cantique des Cantiques il eſt dit, Que l’Eſpouſe celeſte prend ſa nourriture parmy les Lys, c’eſt-à-dire en la compagnie des perſonnes que la Chaſteté rend recommendables.

Quant à la Tortuë qu’elle foule aux pieds, cela veut dire, Que les femmes chaſtes ne doiuent non plus bouger de leur maiſon, que cét animal de deſſous le toict où la Nature l’a renfermé. Cette penſée eſt du fameux Sculpteur Phidias, & du grand Hiſtorien Thucidide, qui dit, au rapport de Plutarque, Qu’il faut qu’vne femme de bien ait ſes promenades bornées dans l’enclos de ſon logis.

Raison. Raison d’estat.
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Rebellion. Reconciliation d’amovr.
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Religion. Reformation.
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Raison. CXXXIX.


CEtte ieune Fille, armée à peu prés comme la Deeſſe Pallas, repreſente la Raiſon ; Elle a ſur ſon Heaume vne riche Couronne d’or : En la main droite vne Eſpée nuë, en la gauche vn Lyon, à qui elle a mis vn frain, & deuant ſon eſtomac vne maniere de Plaſtron, ſemé de notes d’Arithmetique.

Cette Vertu, que les Theologiens appellent la plus puiſſante force de l’ame, pource qu’elle commande à l’homme, & luy donne de vrayes Loix, eſt peinte ieune & armée, à cauſe qu’elle ſubſiſte par vne extraordinaire vigueur de Sageſſe : Ce que les Anciens nous ont figuré par les armes exterieures, principalement par celles de Minerue.

La Couronne d’or nous enſeigne, Que la Raiſon ſeule eſt capable de mettre les bons courages ſur le theatre, & dans l’eſtime vniuerſelle des hommes : Car l’or n’a pas de plus grands auantages ſur les Metaux, qu’en a la Raiſon ſur les puiſſances de l’ame, qu’elle regle par ſa conduitte : Auſſi a-t-elle ſon ſiege en la plus noble partie du corps.

Par ſes bras nuds ſe doiuent entendre les actions, qui ſont touſiours bonnes & ſans tache, quand elles ſe laiſſent guider à la Raiſon :

L’Eſpée qu’elle porte nous fait ſouuenir, Qu’il faut s’en ſeruir courageuſement à exterminer les monſtres de l’ame, c’eſt à dire les vices qui luy font la guerre. Nous auons pour vn parfait exemple de cecy Iesvs-Christ noſtre ſouuerain Maiſtre, la Doctrine duquel n’a point d’autre but que d’arracher les vieux pechez de nos ames, & d’en couper la racine par le moyen de la Raiſon, eſclairée de ſa grace.

Le Frain dont elle arreſte le Lion, ſignifie l’empire qu’elle a ſur les paſſions, qui ſont naturellement farouches, & indomptables. Et comme par le moyen du chiffre on preuue les choſes reelles ; Ainſi par la force de la Raiſon l’on s’acquiert la connoiſſance de celles qui regardent noſtre commun bien.


Raison d’estat. CXL.


NOvs la repreſentons par vne Femme aguerrie, & qui eſt armée d’vn Heaume, d’vne Cuiraſſe, & d’vn Cimeterre.

Elle a de plus vne Iupe verte, toute ſemée d’yeux & d’oreilles, vne Baguette en la main gauche, & la droite appuyée ſur la teſte d’vn Lion.

On la peint armée, pour monſtrer, Que celuy qui agit par les raiſons Politiques tient toutes les autres pour indifferentes, pourueu qu’il puiſſe venir à bout de ſes pretentions, & par la force des armes faire de nouuelles conqueſtes.

Sa Iupe pleine d’yeux & d’oreilles nous repreſente la Ialouſie, qui pour mieux acheminer ſes deſſeins, & retarder ceux des autres, veut tout voir, & tout oüir.

La Baguette qu’elle tient eſt vne marque de la domination des Souuerains ſur leurs ſujets ; Bien que toutefois les moindres perſonnes ne laiſſent pas, mais improprement, d’auoir certaines Raiſons d’Eſtat, pour la direction & la cõduite de leurs affaires.

Elle s’appuye ſur vn Lion, pource que par leurs maximes, les grands du monde cherchent à s’aſſujetir les plus puiffans, à l’imitation de cét imperieux animal, qui met tous les autres au deſſous de luy : Par où il est encore monſtré, Que pour la conſeruation d’vn Eſtat la Vigilance doit dire iointe à la Force.


Rebellion. CXLI.


A Voir la mine de ce ieune homme, qui regarde derriere luy auec vne poſture qui n’eft pas moins altiere qu’extrauagante, on iuge auſſi-toſt que c’eſt vn Rebelle.

Il eſt armé d’vn Corcelet & d’vn Iauelot qu’il tient à deux mains : Ioint que pour Cimier il porte la figure d’vn Chat, & qu’il foulle aux pieds vn Ioug rompu.

On le repreſente ieune, pource qu’en cét aage-là, celuy qui ſe porte à la Rebellion ſouffre difficilement l’Empire d’autruy ; De maniere que le ſang qui boût dans ſes vaines luy fait tout entreprendre ſans rien craindre, comme le remarque Ariſtote.

Il ne va iamais ſans eſtre armé, à cauſe que les continuelles apprehenſions qu’il a de quelque ſurpriſe, veulent qu’il ſoit touſiours en eſtat, ou d’attaquer, ou de ſe deffendre.

Vn Chat luy ſert de Cimier, pource que cét animal abhorre naturellement d’eſre ſujet & dans la contrainte. Auſſi liſons-nous que les Sueues, les Analois, & les anciens Bourguignons le ſouloiẽt porter en leurs drapeaux pour vne marque de liberté.

Son action dédaigneuſe, & ſes yeux qu’il tourne derriere luy, monſtrent le peu de reſpect que les Rebelles ont accouſtumé de porter à leurs Seigneurs ; & que depuis qu’ils en viennent là, ils ne ſont iamais en ſeureté, de quelques armes dõt ils ſe couurent.

Par le Ioug qu’il foule aux pieds ſe doit entendre la puiſſance des Loix ; & c’eſt en ce mefme fens que le prend Virgile, lors que parlant du deſtin d’Enée, il dit,

Que ſous le Ioug des Loix il rangeroit les hommes.

Car on peut dire veritablement, Que les ſujets ſont ſous le joug de leur Prince. Que ſi les Rebelles taſchent de le ſecoüer, c’eſt leur humeur altiere & ingrate qui les y pouſſe, & qui les porte au mépris des Loix, ſans faire eſtat de l’obeïſſance qu’ils ſont obligez de rendre à leurs Souuerains. C’eſt donc à bon droit, Que pour faire voir icy l’inſolence de la Rebellion, nous luy mettons vn Ioug ſous les pieds, qu’elle foule par vn mépris manifeſte.


Reconciliation d’amovr. CXLII.


LA voicy repreſentée ſous la figure d’vne ieune Fille, qui porte à ſon col vn beau Saphir, en ſa main droite vne Coupe, tandis que de la gauche elle tient deux petits Amours.

L’on appelle Reconciliation vne Amour renouuellée ; ce qui aduient quand on ſe remet bien auec la perſonne aimée : Car tout le monde ſçait qu’vn excez d’Amour engendre ſouuent les ſoupçons & les injures ; A quoy le deſdain, le mépris, & le courroux ſuccedent pour l’ordinaire : Le Poëte Horace a fort bien dit à ce propos, Sat. 3. lib. 2

Qu’en tous les maux qu’Amour a ſemez, ſur la terre,
La guerre ſuit la paix, & la paix ſuit la guerre.

Toutes ces picoteries ſont les creatures d’vne paſſion trop forte : Car plus vn Amant a d’Amour, & plus il s’offence de la moindre choſe ; s’imaginant touſiours que le ſujet aimé ne reſpond pas à ſon affection, & qu’il fait tort à ſes merites. Cependant cét ombrage qu’il ſe donne le porte au deſdain pour quelque temps ; Mais apres auoir bien faſché la choſe aimée il s’en repent à la fin, il ne peut plus tenir ſa colere, il s’accuſe ſoy-meſme, & deſire paſſionnément de faire ſa paix ; Ce qui s’appelle Reconciliation d’Amour,

Entre les vrays Amants l’Amour ſe renouuelle
             Par leur propre querelle.

Le Saphir de couleur celeſte eſt vn symbole de cette Reconciliation, pource que ſelon Dioſcoride, il a cette vertu ſecrette de remettre en bonne intelligence ceux qui le portent, & qui ſont mal enſemble : Mais cela tient du ridicule, à mon aduis, pluſtoſt que du veritable ; ſi ce n’eſt que l’on vueille dire, Que les pierreries dont on fait preſent aux Dames ne ſont que trop capables de les appaiſer, quelques faſchées qu’elles ſoient ; puiſque, comme dit Ouide, a. de Art. Amand.

Les dons peuuent fleſchir & les Dieux & les hommes.

Auſſi par la Coupe que tient cette Fille, eſt demonſtré le merueilleux pouuoir qu’ils ont ſur vne Dame, quelque ſeuere qu’elle ſoit. Car ſi elle eſt genereuſe iuſques au point de les refuſer, du moins en ſçaura-t’elle du gré : Comme au contraire, ſi elle eſt d’humeur à les receuoir, ſes intereſts propres l’obligeront à faire la paix auec ſon Amant.

Quant aux deux Amours qu’elle tient par la main, cela ſignifie, Que les Amitiez ſe renforcent apres la Reconciliation, In Amph. Car alors, comme dit Plaute, & les Amants, & les Amis font à l’enuy à qui ſe careſſera dauantage. Ce qui ſembleroit peu croyable, ſi l’experience ne l’aſſeuroit, outre les exemples que les Anciens nous en donnent, & particulierement Elian, parlant de Pauſanias & du Poëte Agaton.


Religion. CXLIII.


ELle eſt figurée par vne Femme voilée, qui a du Feu en la main gauche, en la droite vn Liure & vne Croix, & à ſon coſté vn Elephant.

21. part. q. 71, art. quæſt. 24, art. 2 La Religion, ſelon ſainct Thomas, eſt vne Vertu morale, par laquelle l’homme reuere & honore Dieu interieurement auecque l’ame, & exterieurement auecque le corps. Comme les hommes, dit Ariſtote, y ſont portez naturellement ; Auſſi eſt-ce par elle plus que par la raiſon meſme qu’il differe des beſtes, qui en ſont deſpourueuës.

Elle a le viſage voilé, pource qu’il eſt veritable qu’elle a touſiours eſté ſecrette, & s’eſt conſeruée dans les ceremonies & les figures, comme ſous des voiles deliez.

La Croix eſt la victorieuſe Banniere de la vraye Religion, que les Chreſtiens ont accouſtumé d’auoir en grande veneration, comme reconnoiſſant que par elle ils ont eſté racheptez.

Le Liure qu’elle porte eſt celuy des ſainctes Eſcritures, par qui elle s’eſtablit dans les ames ; Et le Feu eſt vn ſymbole de la deuotion qu’elle y allume.

Et d’autant que l’Elephant eſt, s’il faut ainſi dire, le plus religieux de tous les animaux, c’eſt pour cela meſme qu’elle en a vn à ſon coſté ; Ce qui n’eſt pas ſans vne grande raiſon, puis qu’au rapport de Pline, ce merueilleux animal adore le Soleil & les Eſtoiles, iuſques-là meſme, qu’au point que la nouuelle Lune commence à paroiſtre il ſe va lauer dans la riuiere, & ſemble inuoquer le ſecours du Ciel apres s’eſtre purifié.


Reformation. CXLIV.


ELle eſt peinte en Femme vieille ſimplement veſtuë, & qui tient vne petite Serpe de la main droite, & de la gauche vn Liure ouuert, où ces paroles ſe voyẽt eſcrites

  — pereunt diſcrimine nullo
Amiſſæ leges.

C’eſt à dire,

Que les Loix ſans perir ſont touſiours deffenduës,
Et par les accidens ne ſont iamais perduës.

Elle eſt peinte vieille, pource que ſelon Platon, le dernier aage eſt le plus propre de tous à la Reformation & au gouuernement d’autruy : Où il eſt à remarquer, Que par le mot de Reformation nous entendons celle qui ſe fait des mœurs, lors qu’on extermine les mauuaiſes pour en introduire de bonnes, que les hommes ont quittées peu à peu par vne trop pernicieuſe licence.

Elle eſt ſimplement veſtuë, à cauſe que les riches habits ſont d’ordinaire des marques de luxe, & quelquefois de débordement.

Quant à la Serpete qu’elle tient, la cauſe en eſt aſſez manifeſte : Car comme elle ſert grandement au Iardinier pour couper les branches ſuperfluës, qui oſtent aux arbres leur force & leur nourriture ; la Reformation de meſme retranche les abus, & les mauuaiſes couſtumes de ceux qui s’emportent dans le débord, ou qui vont au delà des bornes que les Loix leur ont preſcrites.

Le Liure qu’elle porte eſt celuy des Loix, ſelon leſquelles il faut que les hommes ſe reglent, & qu’ils reforment leur vie. Ce qu’ils ne peuuent mieux faire qu’en obeïſſant aux ſaincts Decrets, & aux ſalutaires insſtructions de leurs Superieurs, que Dieu à eſtablis pour veiller à leur conduite.

Repentance. Rvmevr ou discorde.
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Santé. Sapience.
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Sapience divine. Sapience hvmaine.
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Repentance. CXLV.


CEtte Figure n’a pas beſoin d’explication, puis qu’en celle que nous auons donnée de la Penitence ſe rencontrent, ou peu s’en faut, les meſmes choſes que nous pourrions dire icy. L’on ſçait bien d’ailleurs, Que la Couronne d’Eſpines, le Cilice, & le cœur enflammé que porte ce Pecheur repentant, ſont autant de teſmoignages de zele & de mortification volontaire : Car le regret qu’il a d’auoir offencé ſon Createur, & le ſecret remors de la conſcience, ne ſe font pas moins ſentir à l’ame penitente, que les eſpines au corps qui en eſt picqué.


Rvmevr, ou Discorde. CXLVI


LEs Egyptiens repreſentoient l’vn & l’autre par vn homme armé, qui s’en alloit ſemãt la diuiſion de toutes parts, & dardoit vn Iauelot, cõme il ſe void peint icy.

Mais il ſemble qu’il ſeroit mieux d’en tirer le Tableau de la deſcription que les Poëtes en font d’ordinaire : Car ils l’eſtallent aux yeux, comme vne Fureur ſortie d’Enfer, qui a les cheueux eſpars, où s’entre-laſſent pluſieurs Serpens : Vne Robe de diuerſes couleurs, & le front ferré de Bandelettes ſanglantes.

Ce qu’on appelle Rumeur, Diſcord, ou Tumulte, eſt vn mouuement deſreglé, qui procede des vicieuſes inclinations de l’homme. Car l’on ne peut mettre en doute, Que l’Auarice, l’Ambition, la Ialouſie, & l’Inegalité, qui ſe rencontrent dans la condition & dans les humeurs, n’en ſoiente la premiere cauſe.

Cela nous eſt demonſtré par les couleurs de ſa Robe, la difference deſquelles ſignifie celle des opinions, qui ſe rencontrent rarement dans vne meſme iuſteſſe. Delà vient auſſi qu’il n’eſt point de lieu ſi ſolitaire où la Diſcorde n’habite. Ce qui a fait croire à quelques anciens Philoſophes, Qu’elle eſtoit le principe de toutes les choſes naturelles. Mais il faut tenir pour abominable celle qui tend à la ruine du bien public, & qui ne s’eſtudie qu’à faire eſclore les pernicieux deſſeins qu’elle couue, dont les Serpens qu’elle a ſur la teſte ſont les ſymboles.

M. de Malherbe.
   La Diſcorde aux creins de couleuures,
Peſte fatable aux Pontentas,
Ne finit ſes tragiques œuures
Qu’en la fin meſme des Eſtats.
  D’elle naſquit la Freneſie
De la Grece contre l’Aſie,
Et d’elle prirent le flambeau
Dont ils deſolerent leur terre,
Ces deux freres de qui la guerre
Ne ceſſa point dans le tombeau.

L’Arioſte l’appelle à ce propos, vn ſanglant Boute-feu, & luy fait tenir vn Fuſil en main, pour monſtrer, Que la Colere s’enflamme par le contraſte de deux perſonnes obſtinées, comme nous voyons que le feu s’allume à force de battre le Fuſil.


Santé. CXLVII.


ELle eſt repreſentée par vne Femme qui eſt en la fleur de ſon aage, ayant vn Coq en la main droite, & en la gauche vn Baſton noüeux, où s’entortille vn Serpent.

Le Coq eſt conſacré à Eſculape, inenteur de la Medecine, pour monſtrer qu’il faut de neceſſité qu’vn bon Medecin ſoit vigilant, & touſiours ſoigneux de viſiter ſes malades. Auſſi eſt-il vray que cét Oiſeau ſolaire, à qui les Anciens ſacrifoient comme à quelque Dieu, ſi fort ils le reueroient, eſt le vray ſymbole de la Vigilance. Ce fut pour cela que Socrate vn peu auant que mourir, legua par ſon teſtament ſon Coq à Eſculape, pour apprendre aux Philoſophes de ſon temps, dont il eſtoit le plus ſage, Qu’il n’y auoit que les Dieux, deſquels ils tenoient l’eſtre, qui peuſſent guerir les inquietudes & les langueurs de la vie.


Sapience. CXLVIII.


SA figure eſt celle d’vne ieune fille, qui dans l’obſcurité de la nuict tient de la main droite vne Lampe allumée, & de la gauche vn grand Liure.

On la peint ieune, pource qu’elle commande aux Aſtres, qui ne la peuuent faire vieillir, ny luy oſter l’intelligence qu’elle a des ſecrets de Dieu, qui ſont eternels.

La Lampe allumée ſignifie la lumiere de l’entendement, qui par vne particuliere grace de Dieu s’allume & s’entretient dans noſtre ame, ſans iamais diminuer : Car c’eſt par noſtre ſeule faute que l’entendement perd ſa propre clarté, en ſe laiſſant offuſquer par les tenebres du vice, qui ne peuuent donner lieu à la Sapience, mais enueloppent l’eſprit d’erreurs & de mauuaiſes penſées.

Quant au Liure qu’elle porte, c’eſt celuy des ſainctes Eſcritures, qui eſt le ſeul où l’on apprend la parfaite Sapience, & toutes les choſes qui ſont neceſſaires au ſalut.


Sapience divine. CXLIX.


CEtte Figure de la Sapience Divine eſt preſque toute tirée des ſainctes Lettres. C’eſt vne Dame que ſa modeſtie merueilleuſe & ſes regards rendent venerable. Elle eſt veſtuë de blanc, & ſe tient debout ſur vne pierre carrée. Elle a pour armes vn Corcelet, & vn Heaume, dont le Cimier eſt vn Coq ; Vn Eſcu rond en ſa main droite, auecque la figure du Sainct Eſprit au milieu ; Et en la gauche le Liure de la Sapience, d’où pendent ſept Sceaux, auecque l’Agneau Paſchal au deſſus.

Nous la poſons ſur vne pierre carrée, pour monſtrer par là, Qu’elle eſt touſiours ferme & inébranlable en ſes fondemens ; Et luy donnons de plus vne Robe blanche, pource que cette couleur, comme nous auons dit ailleurs, eſt la plus pure de toutes, & par conſequent la plus agreable à Dieu.

Quant à ſes Armes, elles ſont toutes myſtiques ; & comme Cap. 5 dit la Sapience meſme, extremement propres à Dieu, Qui prendra pour Corcelet la Iuſtice, pour Heaume vn Iugement certain ; Et l’Equité pour vn Eſcu impenetrable. Le Corcelet, que les Latins appellent Thorax, paſſoit chez eux pour la principale piece des armes d’vn homme de guerre ; Auſſi eſt-ce luy qui deffend les parties nobles, & qui conuient proprement à la Sapience, d’autant qu’il ſert de rempart à l’eſthomac, où quelques Anciens l’ont placée.

Le Coq qu’elle a pour Cimier, ſignifie l’intelligence & la lumiere raiſonnable, qui ſelon Platon, a ſon ſiege dans la teſte ; C’eſt pourquoy Socrate & Pythagore ont par cét oyſeau myſtiquement entendu noſtre ame, qui ſeule eſt capable d’vne vraye intelligence. Auſſi eſt-il certain que le Coq en a vne bien plus grande que les autres animaux ; Car il connoiſt les Eſtoiles, il regarde le Ciel, il conſidere le cours du Soleil, & par ſon chant annonce le iour. Pour ces merueilleuſes connoiſſances il eſtoit conſacré à Mercure & à Apollon, qui eſtoient les Dieux des Arts les plus recommandables. A quoy l’on peut Iob. c. 28 adjouſter, Que dans la ſaincte Eſcriture meſme il eſt aſſez ſouuent parlé du Coq, par qui ſont entendus les Predicateurs, & les Docteurs, qui chantent & publient dans les Eglises la Sapience Diuine.

La Colombe qui ſe void peinte ſur ſon Eſcu, eſt le Sainct Iob. c. 38 Eſprit, qui comme dit Iob, nous apprend la Sapience : Or par cét Eſcu de forme ronde, s’entend l’Vniuers, où ceux qui ſont eſleuez aux dignitez les plus hautes doiuent s’eſtudier à vne ſage conduite. A quoy les inuitent particulierement ces Sap. c. 6 belles paroles de l’Eſcriture, S’il est vray que vous aimiez vos Thrônes & vos Sceptres, ô Roys des Peuples, aimez la Sapience, afin que vous regniez à iamais, &c. Le Saint Eſprit eſt donc mis icy fort à propos dans vne figure ronde, d’autant que par luy la Sapience Diuine gouuerne l’Vniuers, & qu’il inſpire vne vraye lumiere, & de ſalutaires inſtructions à ceux qui en ont la conduite.

Le Liure fermé où pendent des Sceaux, ſignifie, Que les iugemens de la Sapience Diuine ſont cachez aux hommes ; Et qu’à cauſe qu’elle eſt enueloppée de pluſieurs nuages, l’acquiſition en eſt extremement difficile. Voila pourquoy le plus ſage de tous les hommes la compare à vn threſor qu’on a caché dans la terre. Or ce qu’elle eſt ainſi ſcellée, n’eſt pas afin que les hommes en ſoient priuez, mais pour les induire à ſe l’acquerir par leur induſtrie, ſans que toutesfois ils en deuiennent ny plus altiers, ny plus amoureux d’eux meſmes. D’ailleurs l’obſcurité de la parole diuine ſe peut dire vtile, en ce qu’elle fait eſclatter dauantage la Verité, meſme parmy les broüillards, tandis que les vns & les autres l’expliquent diuersement, comme le remarquent particulierement le grand In Ezech. S. Gregoire, & S. Auguſtin.

L’Agneau Paſchal eſt mis à fort bon droit ſur le Liure, In Pſalm. 126. Cap. 5 pource que ſuiuant ces paroles de l’Apocalypse, Ce meſme Agneau qui a eſté immolé, eſt vn digne ſujet de Vertu, de Sapience, & de Diuinité. L’autre raiſon eſt à l’eſgard de la condition des creatures humaines, qui ne doient point eſtre ſuperbes ny malicieuſes, ſi elles aſpirent à la Sapience ; Car elle ne fait ſa demeure que dans les ames pures & nettes, ayant comme elle a pour ſolide fondement la crainte de Dieu ; Ce qui nous eſt declaré par l’exemple de l’Agneau, qui eſt le plus innocent

& le plus craintif de tous les animaux de la terre.

Sagesse hvmaine. CL.


C’En eſt vne figure bien expreſſe que celle de ce ieune garçon, qui a quatre mains & quatre oreilles, vn Carquois à ſon coſté, & en ſa main droite vne Fluſte, inſtrument conſacré au Dieu Apollon.

Ce Tableau eſt de l’inuention des Lacedemoniens, qui en ont fait le deſſein, pour nous apprendre, Que pour auoir de la Science & de la Sageſſe la contemplation ne ſuffit pas, mais qu’il y faut ioindre neceſſairement l’vſage & la practique des affaires du monde, ſignifiée par les mains ; & pareillement eſcouter volontiers le conſeil d’autruy, ce qui eſt denoté par les oreilles : Et d’autant que cela ſe doit faire auec vne moderation qui ſoit telle, que l’homme ne ſe laiſſe point chatoüiller, ny par le ſon de ſes propres loüanges, ny prendre au deſpourueu quand il eſt queſtion de ſe deſtendre ; C’eſt pour cela qu’on luy fait tenir vne Fluſte ſans en jouër, & des Fléches en vn Carquois, dont il ſe reſerue l’vſage au beſoin.

Que s’il faut parler maintenant de la vraye Sageſſe, ie dis qu’elle n’eſt pas du nombre de ces habitudes vertueuſes, qui s’acquierent par l’vſage & par l’experience, mais bien vn don particulier du S. Eſprit, qui communique ſes graces & ſes favueurs à qui luy plaiſt. Les Anciens meſmes ſemblent auoir reconnu cette verité : Car bien qu’ils ne fuſſent point eſclairez de la lumiere de noſtre Foy, ils parloient neantmoins de la Sapience ſurnaturelle auecque beaucoup de Religion & de reuerence : Ils diſoient à ce propos, Qu’elle eſtoit vn don du Ciel, & qu’à moins que d’eſtre parfait & irreprochable en ſes actiõs, pas vn des mortels ne pouuoit eſtre honoré du glorieux tiltre de Sage. En effet dans toute l’ancienne Grece, mere des Sciences & des Vertus, ne ſe trouuerent iamais que ſept perſonnes qui meritaſſent ce nom ; Ce qui me fait croire, Qu’il faut neceſſairement que cette Vertu ait de merueilleux aduantages ſur toutes les autres. Auſſi a-t’elle eſté, comme dit Salomon, auant que les Cieux & la terre fuſſent, & s’eſt conſeruée de toute eternité dans le ſein du Pere eternel ; d’où ſelon ſes iuſtes iugemens elle s’eſpand dans les ames des Fidelles. Celuy-là trouue donc le ſalut, qui s’acquiert la vraye Sapience à force de la chercher, & qui la ſçait diſcerner d’auec la fauſſe ſageſſe des hommes du monde.

Science. Secret.
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Sevreté. Servitvde.
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Sincerité. Soing.
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Science. CLI.


CEtte Femme auecque des aiſles à la teſte, vn Miroir en la main droite, vne Boule en la gauche, & vn Triangle au deſſus, eſt le portraict de la Science, que les Doctes appellent vne habitude de l’entendement ſpeculatif, par qui les choſes ſont connuës, & conſiderées par leurs cauſes.

Elle eſt peinte auecque des aiſles, d’autant que pour l’acquerir il faut neceſſairement que l’eſprit s’eſleue à la contemplation des choſes qu’il veut apprendre.

Par le Miroir qu’elle porte eſt denotée ſon abſtraction, dont parlent les Philoſophes : Car par le moyen des accidens que le ſens comprend, il fournit à l’entendement la connoiſſance des Idées, & de leur ſubſtance ; Tout de meſme qu’en voyant dans vn Miroir la forme accidentale des choſes exiſtentes, l’on en conſidere l’eſſence.

Dauantage, la Boule demonſtre, Que la Science ne ſouffre point de contrarieté d’opinions, comme le Globe n’en reçoit aucune de mouuement ; Et le Triangle, Qu’en toutes propoſitions il y a trois termes qui produiſent les demonſtrations & la ſcience des choſes, De meſme que les trois Angles font vne ſeule figure.


Secret, ou Silence. CLII.


BIen que ce ne ſoit pas le propre des femmes de reuerer le Silence, Si eſt-ce qu’il eſt ivy figuré par vne Dame fort graue, & veſtuë de noir. Elle a vne Bague en ſa main droite, qu’elle porte à ſa bouche, comme ſi elle s’en vouloit ſeruir pour la cacheter, & à ſes pieds vne grenoüille.

Elle eſt peinte graue, pource qu’elle le doit eſtre, n’y ayant point de legereté pareille à celle de violer le ſecret de ſon amy : Ce qui n’arriue iamais aux hommes iudicieux & fidelles.

Son habillement noir eſt vn ſymbole de conſtance & de fermeté, dautant que cette couleur n’en prend iamais d’autre.

Ce qu’elle porte vn Anneau à la bouche, eſt pour la ſceler, c’eſt à dire pour ne point reueler ſon ſecret ; Ce qui a donné lieu à cette façon de parler tirée des Grecs, Qu’il faut mettre vne clef à la langue ; & c’eſt le meſme que s’empeſcher de trop parler. Le Poëte Sophocle dit à ce propos, Que les Preſtreſſes du Temple de Cerés auoient la bouche fermée d’vne clef d’or : voulant monſtrer, Qu’elles ne reueloiẽt iamais le ſecret de leur Deeſſe : Où il eſt à remarquer, Que ceux qui parlent ainſi font alluſion à ces petites clefs, faites en forme d’Anneau, dont on vſoit anciennement à ouurir, fermer, & cacheter ce qu’on voiloit mettre en ſeureté dans la maiſon. De ces Anneaux, dont il s’en void pluſieurs encore aiourd’huy, il eſt fait vne expreſſe mention dans les remarques de Lipſe ſur les Annales Lib. 2 de Tacite : Et l’on s’en ſeruoit pareillement à cacheter des lettres, comme nous faiſons d’ordinaire. A quoy ſe rapport ce que l’on dit du grand Alexandre, à qui quelque Gentil-homme ayant vn iour preſenté vne lettre de la part de ſa mere, dans laquelle Antipater eſtoit mal traitté, il voulut qu’Epheſtion ſon fauory en ſçeuſt le contenu. Mais il ne l’eut pas pluſtoſt leuë, qu’ayant tiré de ſon doigt la bague qui luy ſeruoit de cachet, il la luy mit à la bouche, pour le faire ſouuenir de garder le Silence. Suet. in Aug. c. 5 L’Empereur Auguste prit à cét effet pour ſa deuiſe la figure d’vn Sphinx, qui ſelon Pierius eſt le Ieroglyphe du Secret, comme l’Image d’Harpocrates l’eſtoit jadis du Silence.

Elle a pour meſme fin vne Grenoüille à ſes pieds, non pas de celles qui eſtourdiſſent le monde au Printemps par le grand bruit qu’elles font ; mais bien de ces autres dont parle Pline, qui ſont muettes, & qui s’engendrent en diuerſes contrées de la terre. Elles ſe voyent ſur tout en Macedoine, en Affrique, dans les deſerts de Syreine, en Theſſalie, au Lac de Siſendre, & particulierement en l’Iſle Seriphe, qui eſt en la mer Egée ; Ce qui a donné lieu à ce Prouerbe, Rana Siriapha, qui ſe dit proprement de ceux qui ſont d’vne humeur taciturne ; Tellement que c’eſt fort à propos que la Grenoüille eſt icy miſe pour le ſymbole du Silence, & pareillement dans les deuiſes Heroïques de Paradin. Car il remarque fort iudicieuſement, Qu’elle eſtoit grauée dans le cachet de Mœcenas, que l’Empereur Auguſte aima grandement, pour auoir eſprouué ſouuent ſa merueilleuſe conſtance à ne publier iamais ce qu’il fallait taire touchant les affaires de ſon Eſtat.


Sevreté. CLIII.


LA peinture que nous en faiſons icy eſt copiée ſur vne ancienne Medaille de Macrin, où elle eſt repreſentée par vne Femme, qui de la main droite s’appuye ſur vne Picque, & de la gauche ſur vne Colomne.

L’on appelle Seureté vne force d’eſprit ineſbranlable dans les affaires du monde ; ou ſi vous voulez, vne ferme confiance que l’homme ſe donne, quand il ſe void à couuert de tout danger. C’eſt pour cela qu’elle eſt appuyée ſur vne Colomne, qui eſt vn ſymbole de fermeté, comme la Picque en eſt vn autre de commandement & de preéminence.

On la peut encore couronner d’vne Guirlande de Betoine, à cauſe que cette plante a cela de propre, d’aſſeurer ceux qui la portent contre la morſure des Serpens, animaux contagieux & nuiſibles par deſſus tous les autres : Et voila pourquoy, ſi ie ne me trompe, ceux qui ont expliqué Theocrite, diſent, qu’en ces contrées de la Grece, où il y avoit le plus de ces venimeux Reptiles, les Payſans par maniere de precaution ſouloient remplir leurs licts de Betoine. Il ſe treuue quelques Medailles où la Seureté ſe void à peu prés repreſentée de meſme que nous venons de la deſcrire ; Comme en celle de l’Empereur Gordien, par vne Femme qui ſe tient debout deuant un Autel, auec vn Sceptre à la main : En celle d’Othon, par vne Reine, qui porte vne Lance & vne Couronne, auecque ces mots, Secvritas P. R. Et en celle d’Op. Macri, par vne autre Femme, qui de la main droite s’appuye ſur vne Maſſuë, & de la gauche ſur vn gros Pilier, auecque cette inſcription, Secvritas temporvm.


Servitvde. CLIV.


CEtte ieune Fille deſcheuelée, & qui eſt veſtuë d’vne Robe courte, & de couleur blanche, eſt l’image de la Seruitude. Elle a ſur les eſpaules vn peſant Ioug, des Aiſles aux pieds, & à ſon coſté vne Gruë, qui tient vne pierre.

La Seruitude n’eſt autre choſe qu’vn eſtat de la loy des hommes, par qui, & non par la Nature, vne perſonne eſt ſoubmiſe à l’Empire d’autruy.

On la peint ieune, afin qu’elle en ſupporte mieux le trauail ; Et deſcheuelée, pour monſtrer, Que celuy qui releue d’vn autre, doit eſtre plus ſoigneux du ſeruice de ſon Maiſtre que du i. Polit. ſien propre. Ce qui fait dire au Prince des Philoſophes, Que le ſeruiteur eſt vn inſtrument actif, animé, raiſonnable, qui eſt du tout à vn autre, & nullement à ſoy.

Sa robe blanche ſignifie, Qu’vn seruiteur doit eſtre fidelle ; Et le Ioug de ſes eſpaules, Que le deuoir l’oblige à le porter patiemment, & à ſe mortifier ſans murmure ; Car, comme dit Plaute, In Milit.

En tous euenemens, en tout temps, en tous lieux,
Il doit ſçauoir dompter & ſes mains & ſes yeux.

Son habit court, ſes pieds nuds & aiſlez, & les Eſpines qu’elle foule ſignifient, Qu’encore qu’on ſoit de condition ſeruile, il ne faut pas laiſſer toutesfois de ſe reſoudre à ſouffrir les incommoditez qui s’y rencontrent, & de ioindre la promptitude à la vigilance, qui eſt icy denotée par la Gruë, & recommandée en termes exprés par noſtre Seigneur Ieſus-Chriſt, quand il dit, Que bien-heureux ſont les ſeruiteurs que leur Maiſtre ne treuue point endormis à ſon arrivuée.


Sincerité. CLV.


IL ne s’en peut faire de peinture plus naïſue que celle-cy, repreſentant vne fille veſtuë de gaze d’or, & qui tient vn Cœur en la main gauche, & en la droite vne Colombe.

La Colombe & la Robe d’or ſignifient, Que la vraye Sincerité n’eſt pas capable d’aucune feinte ; Et le Cœur qu’elle porte en ſa main, Que l’homme à qui l’integrité de ſa vie ne fait rien craindre, tient ſi fort dans l’indifference que ſes actions ſoient eſclairées, qu’il les manifeſte luy-meſme, & met à deſcouuert l’interieur de ſon cœur, ſçachant bien qu’il ne peche que le moins qu’il peut volontairement, & par vne malice noire.

Quelques autres habillent cette Vertu d’vne Robe extremement deliée, & la couurent d’vn voile blanc. Ils veulent de plus, Qu’elle ait les cheueux eſpars à la nonchalance, le ſein deſcouuert, & vn Caducée, ſur lequel vne Colombe eſt perchée.


Soing. CLVI.


BIen qu’il face ordinairement les perſonnes vieilles & laides, il ne laiſſe pas toutesfois de paroiſtre icy également agreable pour ſa ieuneſſe & pour ſa beauté. Car il ne peut de meilleure grace s’eſleuer en haut auecque ſes aiſles, ny tenir plus adroitement qu’il fait deux Horloges de ſable, tandis qu’il eſt animé d’vn coſté par le chant du Coq qui eſt à ſes pieds, & de l’autre par le Soleil qui ſort de l’onde.

Cette Figure eſt peinte belle, pource que le Soing prend l’Occaſion par les cheueux, & qu’il la retiend auec tout ce qu’elle a de beau & de bon en ſoy.

Par les Aiſles eſt ſignifiée vne extréme viteſſe. A quoy l’on adjouſte deux Horloges, & vn Soleil qui ne ſe laſſe point en ſa courſe ; pour monſtrer, Qu’il ne faut point aller mollement dans le ſoing des affaires, mais s’y porter de bonne façon, & auecque perſeuerance, ſi l’on veut en haſter le ſuccez.

A cette Figure ne s’accomodent pas mal les deux ſuiantes, qui repreſentent le Soing ou la Vigilance par des femmes de meſme nature.

La premiere tient vn Liure en la main droite, & en la gauche vne Houſſine, & vne Lampe allumée, prés de laquelle eſt vne Gruë qui ſe ſouſtient ſur vn pied.

La Vigilance de l’ame eſt icy marquée par le Liure ; pource que par la lecture l’homme ſe rend Vigilant Comme par la Houſſine le corps ſe reueille de ſon aſſoupiſſement.

La Lampe allumée monſtre qu’à la Vigilance appartient le temps le plus conuenable au repos ; A raiſon dequoy les anciens Romains appelloient veilles certaines heures de la nuict, durant leſquelles les ſoldats eſtoient obligez à faire la ſentinelle pour la ſeureté de l’armée. D’ailleurs perſonne n’ignore, Que la Lampe ne ſoit entierement neceſſaire à ceux qui veulent donner à l’eſtude leurs ſoings & leurs veilles. Nous liſons à ce propos, Que Démoſthene interrogé de ce qu’il auoit fait pour ſe rendre ſi excellent Orateur, reſpondit, Qu’il auoit vſé plus d’huile que de vin ; entendant par l’vn la Vigilance attachée aux ſciences, & par l’autre l’aſſoupliſſement qui naiſt des delices.

La ſeconde ſe tient debout auec vne Clochette à la main, & à ſes pieds vn Lyon qui dort les yeux ouuerts.

La Cloche conuient fort bien à la Vigilance, pource qu’elle nous inuite à nous leuer, afin de vacquer à la Penitence, & au ſeruice Diuin.

Quant au Lyon, l’on ſçait à quel poinct il eſt ennemy de la Pareſſe, puis qu’au rapport de Pierius, ſes yeux ne ſont iamais ſi bien ouuerts que lors qu’il repoſe.

Le Sort ou destin. Splendevr de nom.
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Temperance. Theologie.
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Theorie. Tutele.
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Sort, ou destin. CLVII.


ON le repreſente par vne Femme bizarre, & qui eſt veſtuë d’vne Robe de couleur obſcure, tenant vne Couronne d’or de la main droite, auec vne Bourſe pleine d’argent, & de la gauche vne Corde.

La Couronne d’or & la Corde ſont des enſeignes de ce qu’on appelle bon & mauuais Deſtin. De vous dire au reſte s’il en eſt vn, ou s’il n’en eſt point ; c’eſt à quoy ie me trouuerois bien empeſché, s’il s’en falloit rapport aux reſueries des Anciens, qui ont eſté ſi fols que d’y aſſujetir Iupiter meſme. Mais ſans m’arreſter à ces fables, qui ſont chreſtiennement refutées par les ſaincts Peres, il me ſuffit de remarquer en general, Que le vulgaire nomme Deſtin l’euenement des choſes qui ſont contre l’intention de l’agent : Ce qui me ſemble aſſez bien exprimé par cette penſée d’vn Autheur Grec, qui dit, Qu’vn miſerable ayant pris vne corde pour s’aller pendre, la ietta bien viſte, comme il eut trouué fortuitement vn grand threſor en la foſſe qu’il auoit faite pour y eſtre enſeuely ; Mais qu’vn peu apres, celuy qui auoit caché cét or ne l’y trouuant plus, s’abandonna laſchement au deſeſpoir, & ſe pendit de la meſme corde que l’autre y auoit laiſſée.



Splendevr de nom. CLVIII.


CEt Homme de bonne mine, de belle taille, & d’vn aage viril, ſemble animer les grands courages à faire des actions qui éclattent, & qui les mettent dans vne haute reputation. Il eſt veſtu d’vne Robe tiſſuë d’or & de pourpre, & couronné d’vne Guirlande d’Hyacintes rouges. Auecque cela il porte au col vne chaine d’or, & s’appuye de la main droite ſur vne Maſſuë, tenant de la gauche vne Torche allumée.

On le peint agreable, & bien proportionné de ſes membres, pource qu’au dire de Platon, La beauté du corps eſt vne marque d’vne ame vertueuſe ; Et ſelon Ariſtote, Vn indice vray-ſemblable que l’interieur ne dément point l’exterieur.

Son aage viril ſignifie, Que n’ayant ny l’humeur éuentée des ieunes gens, ny la foibleſſe des Vieillards, il eſt en eſtat d’executer les hautes entrepriſes, où par vne grandeur de courage il ſe void porté, pour s’acquerir de la gloire.

Il eſt veſtu de drap d’or, à cauſe que ce metal eſt le plus noble de tous, & reſplendiſſant de ſa nature. Voila pourquoy les anciens Empereurs en auoient des robes tiſſuës, quand ils vouloient paroiſtre dans les ſolemnitez publiques. Teſmoin le vieil Tarquin, cinquieſme Roy des Romains, qui en porta vne, Plin. lib. 33. cap. 3. lors que le premier de tous il fit ſon entrée à Rome parmy les magnificences & les honneurs du triomphe : Mais pour mieux rehauſſer l’éclat de cét or, on y adjouſtoit de la ſoye teinte Plin. lib. 8. cap. 38 en pourpre ; comme il ſe verifie par les Eſcrits de pluſieurs Autheurs. De maniere qu’vn ſi riche habillement n’eſtant donné Alex. ab Alex. Genial. lib. 4. cap. 28 d’ordinaire qu’aux hommes les plus illuſtres, ce n’eſt pas ſans raiſon que nous en parons celuy-cy, pour repreſenter la ſplendeur du nom, ou l’eſclat de la vraye Gloire.

Il eſt couronné d’Hyacintes, pour memoire de ce qu’Apollon, Met. 20. comme dit Ouide, transforma en cette fleur de couleur de pourpre vn ieune homme de ce nom, qui eſtoit doüé d’vne ſinguliere beauté. Et comme ce meſme Dieu eſt appellé Protecteur des Muſes, & des bons Eſprits ; cette fleur auſſi eſt priſe pou vn ſymbole de Prudence & de Sageſſe. Cette Guirlande n’eſt donc pas mal conuenable aux hommes illuſtres, qui ſe rendent recommandables par leurs propres Vertus, & par la bonne odeur qu’ils donnent d’eux. Auſſi eſt-ce pour cela que le meſme Poëte conclud ainſi la Metamorphoſe d’Hyacinthe.

Tu ſeras touſiours en ma bouche ;
Et touſiours ma Lyre & mes Vers,
Feront connoiſtre à l’Vniuers
Combien ton ſouuenir me touche.

La Chaiſne d’or qu’il porte à ſon col, eſt vne de ces fameuſes marques d’honneur qui ſe donnoient anciennement aux grands Capitaines. Teſmoin entre les autres le celebre Guerrier L. Cicinius Dentatus, Tribun du peuple, qui apres auoir eſté victorieux en ſix-vingt combats, receut pour digne prix de ſa valeur trois de ces Chaiſnes, quatre-vingts Bracelets, dix-huict Lances, & cent cinquante Couronnes, ioint qu’il ſe trouua preſent au triomphe de neuf Empereurs, à quoy ſon courage & ſa conduite contribuerent beaucoup.

Il s’appuye de la Main droite ſur la Maſſuë d’Hercule, pource que par elle les Anciens ſouloient ſignifier l’idée de toutes les Vertus iointes enſemble. En effect tous ceux qui aſpirent à la Gloire, & qui rendent illuſtre leur nom, prennent la Vertu pour leur vnique ſupport, & s’eſloignent autant qu’ils peuuent des vices, qui ne font que noircir la reputation.

Quant au Flambeau qu’il tient en la main, ſa lumiere eſt vn ſymbole de la gloire des Iuſtes, & de l’eſclat de leur nom, qui durera ſans fin, & en ce monde & en l’autre : Ce que perſonne ne peut mettre en doute, puis qu’il eſt dit dans les ſainctes 5. Math. 15. Lettres, Que les Iuſtes luiront comme le Soleil dans le Royaume de leur Pere.



Temperance. CLIX.


ELle eſt figurée par vne Femme modeſte, qui de la main droite tient vne Bride, & de la gauche vn Temps d’Horloge, auec vn Elephant à ſon coſté.

On la dépeint auec vne Bride en vne main, & vn Temps en l’autre, pour monſtrer, Que le propre de la Temperance eſt de moderer les paſſions deſreglées : par où ce me ſemble eſt encore ſignifiée la meſure du mouuement & du repos ; Car cette vertu apporte à tous les deux la moderation requiſe, hors de laquelle les choſes qui vont dans l’excez deſtruiſent entierement le ſujet où elles s’attachent, comme par leur débordement les grandes riuieres rauagent tout ce qu’elles rencontrent.

Lib. 2. Pour le regard de l’Elephant, il eſt, ſelon Pierius, celuy de tous les animaux qui s’accomode le mieux à la Temperance ; Car depuis qu’on l’a vne fois accouſtumé à vn ordinaire reglé, il s’y tient touſiours. A quoy ſert de preuue cét exemple de Plutarque, Qui dit qu’en Syrie vn des valets d’vn grand Seigneur ayant eu ordre exprés de ſon Maiſtre de donner à chaque iour vne certaine meſure de grain à vn Elephant, ne luy en bailla que la moitié durant quelque temps ; Mais qu’en fin, comme il luy voulut donner vne fois la meſure toute entiere, l’Elephant la ſepara en deux auecque ſa trompe, & n’en mangea qu’vne ſeulement en la preſence de son Maiſtre, qui par ce moyen reconnut la fourberie de ſon valet, & n’en fut pas moins eſtonné que de la Temperance de cét ingenieux

animal.

Theologie. CLX.


C’Est vne Femme à deux viſages diſſemblables, dont l’vn qui eſt le plus ieune contemple le Ciel, & l’autre le plus vieil regarde la terre.

Elle eſt aſſiſe ſur vn grand Globe d’azur ſemé d’Eſtoilles, & tient la main droite appuyée ſur ſon beau ſein ; mais en meſme temps elle porte en bas la gauche, dont elle empoigne le bord de ſon habillement. Là tout auprés ſe void vne Roüe, qui dans les ſainctes Lettres eſt le vray ſymbole de la Theologie ; Car comme elle ne touche iamais la terre que par la plus baſſe partie de ſa circonference, quand elle vient à s’eſmouuoir ; Le Theologien de meſme ne ſe doit ſeruir du ſens en ſa profeſſion, qu’autant qu’il en peut eſtre aydé pour paſſer outre, & non pas pour s’y plonger trop auant.

Les deux viſages dont elle regarde le Ciel & la terre, monſtrent, Ad Voluſ. comme dit ſainct Auguſtin, Que toute la Theologie aſpire à contempler Dieu ſans ceſſe, & à l’aimer auecque perſeuerance. De plus, comme l’vn de ſes Viſages ne peut ſe hauſſer, qu’en meſme temps l’autre ne s’abaiſſe ; Ainſi le Theologien ne doit iamais s’eſleuer ſi haut par la force de ſon eſprit, qu’il ne ſe ſouuienne qu’eſtant homme, il eſt par conſequent ſujet à faillir.

L’on peint ieune celuy de ces deux Viſages qui regarde le Ciel, pour monſtrer, Que les objets d’en-haut ſont agreables & curieux, comme les choſes terreſtres & baſſes ſont ennuyeuſes & deſplaiſantes.

Elle eſt aſſiſe ſur vn Ciel eſtoillé, pource que la Theologie ſe propoſe pour but la connoiſſance de Dieu, autant que la foibleſſe humaine luy permet de la comprendre. La main qu’elle porte vers la terre, & dont elle tient le bord de ſa Robe, ſignifie qu’vne partie de cette diuine Science de deſdaigne pas de s’eſtendre aux choſes baſſes, mais neceſſaires ; Et telles ſont par exemple celles par qui nous pouuons regler nos actions, ſuiure les Vertus, fuir les vices, & produire d’autres effets ſalutaires, où ne penetrent que les eſprits qu’il plaiſt à

Dieu d’eſclairer, & de fortifier de ſes graces.

Theorie. CLXI.


ELle eſt peinte en ieune Femme, qui regarde le Ciel, & ſemble deſcendre d’vn degré ; ayant les mains iointes, vne Robe bleuë, & ſur la teſte vn Compas ouuert, dont les deux pointes ſont tournées en haut.

La Theorie, qui eſt vn mot Grec, ſignifie quelque deduction que ce ſoit de l’humaine Raiſon, fondée ſur le ſujet des choſes ſelon leurs ordres, & ſur la connoiſſance des principes, qui toutefois ne dependent pas du ſens, mais bien de l’entendement : Car ceux qui dependent du ſens font la Practique : Or eſt-il que cette derniere eſt oppoſée à la Theorie à l’eſgard des principes, qui ont tous pour but l’Art d’operer comme il faut, c’eſt à dire auecque mesure & iuſteſſe, ainſi que le teſmoigne Ariſtote au commencement de ſa Metaphyſique. La Theorie eſt donc vne connoiſſance & vne deduction des principes, qui dependent immediatement & mediatement de l’intellect ; Et peut-on bien dire, Que par la connoiſſance qu’elle inſpire de l’ordre des cauſes, elle ne donne pas moins de viuacité, que de ſuffiſance à diſcerner & reſoudre les choſes propoſées.

Sa Robe bleuë monſtre, Que comme par la lumiere cette couleur celeſte met des limites à noſtre veuë ; Ainſi par le moyen du raiſonnement, l’eſprit humain n’a point d’autre but que Dieu meſme, le ſiege duquel eſt au Ciel, lieu propre & proportionné à ſa Nature, qui comprend celle de toutes les choſes creées.

Son Viſage eſleué, ſignifie, Que tels que ſont nos yeux, à comparaiſon du Soleil et de la lumiere, tel eſt auſſi noſtre entendement à l’eſgard des choſes celeſtes. Or comme il y a quelque reſſemblance de l’œil auecque le Ciel, en ce que ſon Globe est enuironné de ſept pellicules, qui repreſentent les ſept Globes des Planettes, & qu’au milieu il y en a vn dur & petit, qui par diuerſes reflexions emprunte ſa clarté des ſept autres Cercles ; Ainſi pouuons-nous bien dire, Qu’en l’entendement il y a quelque repreſentation de Dieu & de la Diuinité, & qu’elle eſt auſſi petite que noſtre œil, à comparaiſon de la vaſte eſtenduë du Ciel.

Le Degré par où elle deſcend ſert à nous faire ſouuenir, Que les ſujets intelligibles ont leur proportion & leur ordre, par qui, comme par certains degrez nous allons des choſes voiſines aux plus lointaines, & des baſſes aux plus hautes ; à quoy nous paruenons inſenſiblement par le moyen du temps, ſans lequel il eſt impoſſible à l’eſprit humain de former aucun raiſonnement.

Le Compas qu’elle a ſur la teſte demonſtre le meſme que ſon viſage à l’eſgard des choſes celeſtes. Car l’experience fait voir, Que cét inſtrument eſt le plus propre de tous à meſurer, & pareillement à former le Cercle, qui eſt la premiere figure irrationnelle, d’où dependent les raiſons de toutes les choſes, comme de leur premier & propre principe. Le Compas conuient donc fort bien à la Theorie, puiſque la connoiſſance humaine conſiſte à ſçauoir meſurer les choſes, & les ajuſter enſemble auecque proportion ; A raiſon dequoy les Philoſophes, comme le remarque Diogenes Laërtius, furent au commencement appellez Analogiſtes.


Tvtele. CLXII.


C’Est vne Femme veſtuë de rouge, qui de la main gauche tient vn Liure de compte au deſſous d’vne Balance, auecque le mot Compvta, & de la gauche le bord de ſa Robe, dont elle ſemble vouloir couurir la nudité d’vn Enfant qui dort à ſes pieds, au deſſus duquel ſe voit vn petit Lezard, & vn Coq de l’autre coſté.

Il y a deux ſortes de Tuteles, l’vne generale, que les Egyptiens ont dépeinte de la maniere que la deſcrit Orus Apollo, Paul. l. I. tit. de Tut. & l’autre particuliere, qui eſt de finie vne puiſſance que donne le Droit ciuil à vn homme libre, de prendre la protection de celuy qui n’eſt pas en aage de ſe pouuoir deffendre.

Elle tient vne Balance & vn Liure, pour monſtrer, Que le Tuteur eſt obligé en conſcience de rendre vn fidelle compte du bien des Pupiles ; n’y ayant point de Loy qui n’impoſe de grandes peines à ceux qui les oppriment. Suetone loüoit fort à ce propos l’Empereur Galba, de ce qu’ayant condamné à eſtre pendu vn meſchant Tuteur, qui auoit empoiſonné vn Pupil dont il deuoit heriter ; comme il ſceut que pour s’exempter d’vne mort ſi honteuſe, il ſe diſoit eſtre Citoyen Romain, il luy fit dreſſer vn gibet blanchy exprés, & plus haut que l’ordinaire, afin qu’on le peuſt voir de plus loing.

Elle eſt veſtuë de rouge, pource que dans la ſaincte Eſcriture cette couleur eſt vn ſymbole d’Amour & de Charité, qualitez extremement neceſſaires à ceux qui ont charge des mineurs. L’on en peut dire autant de la Vigilance, qui eſt icy denotée par le Coq, ſans laquelle il eſt difficile que le Tuteur ſe puiſſe deſuelopper de l’embarras des affaires, & les mettre au poinct où il les deſire.

Le ſoin qu’elle prend de couurir l’Enfant qui eſt à ſes pieds, eſt une marque de ſon bon naturel enuers luy ; Ce que repreſente encore le petit Lezard qui eſt au deſſus, comme ayant cela de propre, à ce que l’on tient, de veiller à la conſeruation de l’homme quand il dort à la campagne.

I’adiouſteray icy, Que les curieux de Medailles en peuuent auoir remarqué quelques-vnes ſur la matiere dont nous parlons ; Comme celle que Veſpaſian fit battre en ſon troiſieſme Conſulat, auecque ce mot, Tvtela Avgvta, & ces deux autres de Nerua, qui ont pour reuers deux petis Enfans, auecque cette inſcription, Tvtela Italiæ.

Valevr. Vanité.
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Vergongne honeste. Verité.
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Vertv. Vertv heroique.
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Valevr. CLXIII.


CEt Homme qui eſt en la virilité de ſon aage, & veſtu de drap d’or, repreſente la vraye Valeur. Il tient en la main droite vne maniere de Sceptre, auec vne Guirlande de Laurier ; & de la gauche il careſſe vn Lyon qui s’appuye ſur luy.

La Virilité ne s’appelle pas ſans cauſe le ſouſtien de la Valeur, pource qu’en cét aage là, l’homme eſt capable de ioindre la force du corps à celle de l’eſprit : Auſſi comme l’or ſe raffine dans les flammes, l’on peut dire de meſme, Que la mauuaiſe fortune ne fait qu’épurer & fortifier vn cœur valeureux.

Par le Sceptre qu’il porte, il eſt demonſtré, Que la preéminence eſt deuë à bon droit à la Valeur ; Et par la Couronne de Laurier, arbre victorieux, & qui ne perd iamais ſa verdure, Qu’il en eſt de meſme des bons courages, qui dans les plus grands dangers ne paliſſent point, & ſont touſiours en meſme poſture.

Quant au Lyon qu’il careſſe, & dont il eſt careſſé, cela ſignifie, Que c’eſt le propre d’vn homme de cœur de ſçauoir gagner les volontez, & de s’aſſujetir par la douceur & par l’accortiſe les courages les plus barbares, en les deſpoüillant de leur fierté naturelle.


Vanité. CLXIV.


ELle paroiſt icy en ieune fille richement veſtuë, auec vn viſage plein de fard, vne mine aſſettée, vne Taſſe ſur la teſte, & vn Cœur au milieu.

L’on appelle Vanité en vne perſonne tout ce qui n’a point de but parfait, tel que nous le deuons auoir en nos actions, comme diſent les Philoſophes. Or pource que les beaux habits, & la peine que l’on prend à s’ajuſter ont vne fin peu loüable, & qui ne tend vainement qu’à plaire à autruy pour vne choſe vile, & qui ne fait que paſſer ; C’eſt fort à propos, à mon aduis, qu’on les met icy pour autant de marques d’vn orgueil extrauavant, & d’vne vanité ridicule.


Vergongne honneste. CLXV.


NOvs la figurons par vne fille fort agreable, qui a les yeux panchez en bas, les joües vermeilles, vne Robe rouge, vne teſte d’Elephant pour coëffure, vn Faucon en la main droite, & en la gauche vn Rouleau, où ſont eſcrits ces deux mots, Dysoria procvl.

Bien que l’honneſte Vergongne, ou la Pudeur ne paſſe point pour Vertu dans l’eſprit de quelques-vns ; elle ne laiſſe pas toutefois d’eſtre fort loüée par Ariſtote, qui luy fait tenir vn milieu entre l’effronterie & la peur ; & la definit vne certaine faſcherie de l’eſprit, née de l’apprehenſion des maux, que nous croyons pouuoir chocquer noſtre honneur ; A quoy s’accomode à peu prés le ſentiment de quelques Poëtes Italiens, qui l’appellent vne loüable modeſtie entre ieunes gens, qui de peur qu’ils ont de faire quelque inciuilité n’oſent point parler ny paroiſtre en compagnie. D’autres la definiſſent, vne douleur interieure, & vn ſecret repentir que nous auons des choſes mal faites. Mais cette derniere ſorte de Vergongne que l’on s’abſtient de faillir de peur d’en eſtre blaſmé, ce qui eſt vne demonſtration de cette vertu, que S. Ambroiſe appelle compagne de la Pudicité, au lieu que l’autre eſt en quelque façon la creature du vice, qui eſt ſuiuy de la Repentance.

Or ce n’eſt pas ſans raiſon que nous peignons l’honneſte Vergongne auec vn viſage modeſte, & les yeux baiſſez, puiſque, In Cant. ſer. 33. ſelon S. Bernard, elle adjouſte beaucoup à la grace, & rend la perſonne plus aimable : ce qui ſe remarque particulierement dans les yeux, où elle a ſon ſiege, comme dit Ariſtote. Pline neantmoins veut qu’elle l’ait dans les joües, à cauſe de la rougeur que nous voyons s’y eſpandre d’ordinaire.

Pour que cette meſme cauſe nous luy donnons vne Robe rouge ; couleur que la belle Pythias, fille d’Ariſtote, diſoit eſtre la mieux ſeante aux ieunes filles. C’eſtoit le ſentiment qu’auoient encore Caton & Menandre ; dont l’vn loüoit plus les ieunes gens qui rougiſſoient, que ceux qui deuenoient paſles ; & l’autre prenoit la rougeur en vne perſonne, pour une infaillible marque de probité.

Elle a pour coëffure la teſte d’vn Elephant, pource qu’au Lib. 8. c. 5. rapport de Pline, c’eſt celuy de tous les animaux qui eſt le plus honteaux : iuſques-là meſme, Qu’ayant à s’accoupler à ſa femelle, il s’égare dans les foreſts, & cherche les lieux qui luy ſemblent les plus deſerts, Ce qui nous apprend, comme dit Pythagore, à ne faire iamais rien de deshonneſte, & à rougir de nos propres fautes pluſtoſt que de celles d’autruy.

A l’exemple de l’Elephant l’on peut ioindre celuy du Faucon, dont le courage eſt ſi noble, qu’il aime mieux endurer la

faim que de ſe repaiſtre de charongne. Que s’il s’en va fondre ſur quelque oyſeau qu’il manque de prendre, il ſe rebute à l’inſtant, ſi honteux il eſt : & l’on a bien de la peine à le faire reuenir ſur le poing de celuy qui le reclame.

Or d’autant que tous excez ſont ordinairement vicieux, c’eſt pour cela que cette figure porte en ſa main gauche ces deux paroles eſcrites, Dysoria procvl, c’eſt à dire, Que nous ne deuons pas eſtre honteux iuſques à ce poinct, que nous en ayons le courage & les yeux abbatus enſemble ; Car comme l’on appelle Cateſie, vn ſecret chagrin, qui nous oſte la hardieſſe de regarder les perſonnes au viſage ; Ainſi par le mot de Disorie s’entend cette laſche Vergongne, qui aboutiſſant à vne extreme baſſeſſe de cœur, empeſche que ceux qui en ſont ſaiſis ne puiſſent faire en public aucune action qui ſoit honneſte & loüable : Adiouſtons à ce propos, qu’Isocrate fameux Orateur Athenien, ſouloit dire de Theopompe & d’Ephore les Escoliers, qu’il vſoit du frain pour retenir la hardieſſe de l’vn, & de l’eſperon pour chaſtier l’humeur trop honteuſe de l’autre : Ce qu’il ne faiſoit ſans doute qu’auec beaucoup de raiſon, puiſque l’experience monſtre tous les iours, Qu’il n’y a, comme l’on dit, que les honteux qui le perdent, Qu’vne humeur trop retenuë degenere quelquefois en ſotiſe, & que la fortune reſſemble à ſes femmes ruſées, qui veulent bien qu’il paroiſſe qu’on les force, quoy que neantmoins elles ne laiſſent pas d’en eſtre contentes.