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Sommaire

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Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences \037Notices biographiques \037Paris/Leipzig \0371854 \037Arago, François \037Tome 1 volume 1 \037

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~0 7 \037i~l ~?~ \037(WJVRK8 COMPKfcTKS \037M \037FRANÇOIS ARAGO \037TOMR PREMIKK \037

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Li propriété littéraire des dlven omrragr» de Fiakçii Attoo, étant «onmlir i des dflili lépam, difëretiU itIob qu’Ui unt nn non de» onviva pojthiime», lu Miimr» ont |iubli< rhaqu* ouvrage ttptTémruU Ce UU* rnllrctif ii’i>i ’Imii.i1 ici i|ii« pour Indiquer au ralUuf It nsllltnr (Ivuiaenl i idnptf r. Par U méou nbon, II rfxtrrf du droit d* Iriducllon n’nl par nif iilinnii/f Ui, mal» rllr ml faite ait mv) du fin>>tilrr dr tba<|ue tolunir ri«i>. – iinnrai Or i, cittr if ̃•. Air •n>t-«r«o|i, 7 \037

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ŒUVRES COMPLÈTES \037nu IS \037FRANÇOIS ARAGO »r.r»tT»i»« rrtrtruri \037MB L’ACADEMIE UB» HCIENCBH \037nanti* \037ll’APHEH HON OHPSB ftOVS LA DIRECTION \037n ~I \037M. J.-A. BAH H AL \037Ai.rl. Kii*^ Hi- l’Ér..[^ l’olyUr hnl^u* »nrl-.i k>|^l|t \037̃lin« rpt fttabllwcDint \037roue fhkmikk R \037PAHIS LKII’ZKi \037li\m kt J, BAUDBV, ÉDITEURS T. 0. WEIORL, ÊDITRUH •S Hue B»lii|>trtc KHpiKH-HIrawe \037I .̃ .lr.|l ilr lriilii.il .11 ni iVwrril m lltn> *• rl.«.|i vr<«f •^mni. \037IH.’)< \037

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NOTICES BIOGRAPHIQUES TOME PREMIER \037

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rt«i<. urnurnct r" i um ir W, i"r i»i>l-»>«"li, 7 \037b>» (Iimii NI» <|f KiaNfiiM Al»o<>, Brilla héritirr» de le» droit», aiu»i ipie Im éditrnm-propriétain1» de w» «uvre», «• réwnrriil tf droit de faire tradiilir kt Ni>titiii BiKinnuuiX» dîna tonte* Im langui-a. Ils |miir«iiTnint nu vertu di » lui» iJr» décrrtt et drt traité» lute rnationani toute cootrefâron on truite Irjilmtiiin, mfme partielle, faite ̃• mlpria de l«-un dniiu. \037U dépbt U»i»l de M »olm»« » <M hit » Ptrh, an Mlnbttr» d» l’Utcrirur. ) U «a d» mani t«%4, et (imnltanément I la Direction royale du Or<’li> di M|»ifi. \j* éditrnn ont rempli dani \

aiitntt ()«)• IdmIi* l<>» furmilil» 

|>rr«’ril<-« par !<•» l«l« natinnale* de ehxjni’ Élit, ou |iar l<>< traitât Inliriulioiiaiii. \037L’imiiinr tradiirtimi rn lanyiir allrmandr «iiIimImV par Im ilriii Itl» «le f"aitMyii>i Aatoo ri l>’k éditi’iiin, a été publiée tlmullaiiéiiMnt 1 lr\\<if, par lhi, liliiaiii’-i’’<lili’iir, rt le dépôt légal ru a été frit partout 011 lis ||. IVtigrllI, \037

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ŒUVRES \037PK Y. \037FRANÇOIS ARAGO •tritT»itt riirtrciL \037HE L’ACADÉMIE DE» SCIENCE* \037NOTICES BIOGRAPHIQUES \037TOME PHKMIRR \037PARIS LKIPZKJ \037(illiR kt J. BAUORY, EDITEURS T. 0. WEIGRI-, EDITEUR ̃> Rai- Bonapirlr Knnlgi-Slrisw \037!.<*• iiropri/tv’.ri’» Mf r^M’rwnt le ilrntt t|p ftiir Irxlutn* (f vi»lutu<*a \037I K 5 f \037

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f.– u a \037Je remplis, avec trop de confiance peut-tore et sans consulter la mesure de mes forces, uu douloureux devoir. Invité par la bienveillance d’une famille qui m’est chère à placer quelques pages en l<He de la Collection des Œuvres de l’homme illustre dont l’amitié, pendant près d’un demi-siècle, a contribué au bonheur de ma vie, je devrais m’excuser sans doute de céder à une pareille demande; mais il n’y a point ici de place pour les préoccupations littéraires ou les réserves de la modestie il s’agit de déposer sur une tombe récemment fermée l’hommage de mon admiration et de ma vive reconnaissauce. \037Les rapports intimes que j’ai entretenus fondant une si longue suite d’années avec M. Arago, mon confrère à l’Académie des Sciences de l’Institut de France, la douce et constante habi- \037INTRODUCTION \037

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M INTRODUCTION. \037tude qu’il avait de m’cnlrctcnir de ses travaux et de ses projets scicntitiqucs, m’ont procuré l’avantage d’observer de près, je ne dirai pas le développement’ des faculté*» de ce puissant esprit, mais leur application progressive aux grandes découvertes qui lui sont ducs. J’essaicrai donc, sans écrire un Éloge ou une Notice biographique (le mettre à profit la connaissance que je possède do tous les inalériaux réunis dans lu Collection des Œuvres de M. Arago, Je rappellerai quelle vaste étendue ont embrassée les travaux d’un seul homme dans les différentes branches des connaissances humaines; comment, au milieu de celte variété d’objets, il tendait toujours vers un même but à savoir, de généraliser les aperçus, d’enchatner les phénomènes qui avaient paru longtemps isolés, d’élever la pensée vers les régions les moins accessibles de la philosophie naturelle. ï/actien des forces, manifestée dans la lumière, la chaleur, le magnétisme et l’électricité, aussi bien que dans le jeu des combinaisons et des décompositions chimiques, appartient à la série des mystérieux effets sur lesquels les brillantes découvertes du xix* siècle ont jeté une clarté inattendue. Dans le champ de ces glo- \037

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INTRODUCTION. ur \037rieuses conquêtes, M. Arago eest placé parmi les grands physiciens de notre époque. A b fois ardent à découvrir et circonspect dan» les conclusions qui pouvaient dépasser la portée des résultats partiels, il aimait surtout À indiquer les voies nouvelles par lesquelles on pouvait de plus en plus approcher du but, et reconnaître l’identité des causes dans des phénomènes en apparence si divers. Si de la méthode suivie par M. Arago on s’élève aux facultés puissantes qu’il mettait en jeu, on ne peut mesurer sansétonnement l’étendue qu’elles embrassaient. En même temps qu’il reculait pour les savants les bornes de la science, il avait un art merveilleux de répandre les connaissances acquises. Ainsi aucun genre d’influence ne lui échappait, et l’autorité de son nom égalait sa popularité. Il y avait cinq ans que j’étais revenu du Mexique, et que j’avais l’inappréciable avantage d’être le collaborateur de M. Gay-Lussac, avec lequel j’avais voyagé en Italie, en Suisse et en Allemagne, lorsque j’appris à connattre M. Arago, au moment où il arrivait d’Alger, en juillet 1809. II avait déjà parcouru les côtes d’Afrique au mois d’août 1808, après être resté longtemps prisonnier dans une citadelle d’Fs- \037

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iv INTRODUCTION. \037pagne, à la suite des importants travaux de triangulation qu’il avait effectués pour joindre les tles Baléares au continent et obtenir la longueur d’un arc de parallèle terrestre. Ce n’était pas seulement le choix honorable qu’avait foit de lui, sur les instances de Laplace, le Bureau des Longitudes, en le chargeant, en 1800, d’aller en Espagne terminer, conjointement avec M. Biot, la mesure de la méridienne de France; c’était surtout le témoignage du plus illustre des géomètres, Lagrange, avec lequel j’avais l’honneur d’entretenir des rapports intimes, qui fixait mon attention sur M. Arago. L’auteur de la Jfécanique analytique, avec la sagacité qui inarquait tous ses jugements, avait reconnu les heureuses et précoces dispositions du jeune savant. Dès l’abord, il avait été frappé en lui de cette pénétration qui, dans des problèmes complexes, fait saisir rapidement et avec netteté le point décisif. « Ce jeune homme, me disait-il souvent, ira loin, » Cette divination de Lagrange, qui était en général si sobre de louanges, est restée présente à mon esprit comme un titre de gloire bien digne d’être enregistré. \037lorsque l’arrivée de M, Arago sur les côtes de France fut connue à Arcueil, embelli alors par le \037

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INTRODUCTION. v \037séjour et l’amitié de Berthollet et de laplace, j’adressai mes félicitations au voyageur, avant qu’il eût quitté le lazaret de Marseille. Ce fut la première lettre qu’il reçut en Europe, après avoir été exposé à tant do dangers et de souffrances pour sauver les fruits de ses observations. Je cite un fait bien peu important, parce que M. Arago, sensible au charme que l’amitié répand sur la vie, en avait conservé un vif et long souvenir. Il faisait remonter à cette époque le commencement de nos liaisons. \037A l’âge de v ingt-trois ans, en septembre 1809, M. Arago fut élu membre de l’Académie des Sciences, par 47 suffrages sur 52 votants. Il succédait A Lalande, dont le rare mérite, trop légèrement attaqué pendant sa longue carrière, a été universellement reconnu après sa mort. Ce ne furent pas seulement de pénibles travaux astronomiques et géodésiques que l’Institut voulut récompenser par l’élection de M. Arago; l’attention des savants avait été attirée aussi par d’importantes recherches d’optique et de physique. M. Arago, de concert avec M. Biot, avait déterminé le rapport du poids de l’air à celui du mercure, et avait mesuré la déviation que les différents gaz font subir à un rayon de \037

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vi INTRODUCTION. \037lumière. Le prisme et le cercle répétiteur ont pu dès lors fournir quelques données sur le rapport des parties constituantes de l’atmosphère et même faire connaître le peu de variabilité qu’offre ce rapport. Tel est l’admirable enchaînement des phénomènes naturels que depuis bien longtemps, par la seule mesure d’uu angle de réfraction, le géomètre aurait pu prouver au chimiste que l’air atmosphérique contient moins de vingt-sept ou vingt-huit centièmes d’oxygène. \037La vitesse de la lumière avait été, pour AI. Arago, l’objet d’un autre travail d’astronomie physique, non moins ingénieux que le premier. Au moyeu de l’application d’un prisme à l’objectif d’une lunette, il avait prouvé nonseulement que les mimes tables de réfraction peuvent servir pour la lumière qui émane du soleil et pour celle qui nous vient des étoile»; mais en outre, ce qui jetait déjà bien dis doutes sur la théorie de l’émission, que les rayons des étoiles vers lesquelles marche la terre, et les rayons des étoiles dont la terre s’éloigne, se réfractent exactement de la même quantité. Pour concilier ce résultat, obtenu à la suite d’observations très-délicates, avec l’hypothèse \037

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INTRODUCTION. vu \037newtonienne, il aurait fallu admettre que les corps lumineux t’incitent des rayons de toutes les vitesses, et que tes seuls rayons d’une vitesse déterminée sont visibles, qu’eux seuls produisent dans l’oeil la sensation de la lumière. En considérant le genre de recherches auxquelles M. Arago s’était livrd avant d’entrer A l’Institut et même avant de quitter la France, p on remarque d’abord une extrême prédilection pour tout ce qui a rapport a la rétraction, c’està-dire à la route des rayons lumineux et aux causes qui altèrent leur vitesse. Cette prédilection eut pour origine, comme M. Arago me l’a souvent affirme, la lecture assidue des ouvrages d’optique de Bouguer, de Lambert et de Thomas Smith, qui de très-bonne heure étaient tombés entre ses mains. Pourrais-je ne pas faire remarquer combien, pendant trois années employées à des opérations géodésiques, l’aspect de la nature féconde dans les plaines, sauvage et souvent grandiose sur le sommet des montagnes; combien la couleur des eaux agitées de l’Océau la hauteur variable des nuages, le mirage sur les plages arides et dans les couches atmosphériques où les signaux de nuit se multipliaient et se balançaient verticalement; combien enfin la \037

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vin INTRODUCTION. \037vie à l’air libre, bienfaisante sous tant de rapports, ont dû agrandir la pensée, émouvoir l’imagination, exciter la curiosité de M. Arago au milieu des continuelles perturbations qui se produisent dans la succession pourtant régulière deg phénomènes Un voyageur dont la vie est consacrée aux sciences, s’il est né sensible aux grandes scènes de la nature, rapporte d’une course lointaine et aventureuse non-seulement un trésor de souvenirs, mais un bien plus précieux encore, une disposition de l’âme a élargir l’horizon, à contempler dans leurs liaisons mutuelles un grand nombre d’objets à la fois. M. Arago avait une préférence marquée pour les phénomènes d’optique météorologique; il aimait surtout à rechercher les lois qui règlent les variations perpétuelles de la couleur de la mer, l’intensité de la lumière réfléchie sur la surface des nuages, et le jeu des réfractions aériennes. \037S’il m’était permis ici d’entrer dans quelques détails, je rappellerais combien le jeune astronome avait été frappé de la facilité avec laquelle sa vue, lorsqu’il se trouvait assis sur une montagne taillée à pic du côté du rivage, pénétrait jusqu’au fond de la mer hérissé d’écueils. Cette \037

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INTRODUCTION. n \037simple observation le conduisit dans la suite à des discussions remplies d’intérêt sur le rapport de la lumière réfléchie par la surface de l’eau, sous des angles aigus, avec celle qui vient du fond de l’eau elle le conduisit également à l’idée ingénieuse de proposer, pour découvrir les récifs, l’emploi d’une lame de tourmaline, taillée parallèlement à l’axe de double réfraction et placée devant la pupille, dans une position oh elle élimine les rayons réfléchis par la surface de l’eau sous un angle de 37°, et par conséquent complètement polarisés. C’était, ainsi qu’il le disait dans les instructions rédigées pour le voyage au. tour du monde de la corvette la Bonite, « tenter d’introduire la polarisation dans l’art nautique. n \a nombre et la variété des travaux de M, Arago, qui ont eu également pour objet la physique du ciel et de la terre, rendront trèsdiflicile un jour la tâche de raconter sa vie. Dans tous ces travaux, on retrouve la même pénétration, la même ardeur à faire avancer la science, mais aussi la même réserve et la même tempérance dans les conjectures. On a dit ailleurs, et avec beaucoup de justesse, que M, Arago « avait puisé dans l’étude approfondie qu’il avait faite des mathématiques, cette méthode rigou- \037

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x INTRODUCTION. \037reusc, cette sûreté de vues qu’il apportait dans ses propres recherches expérimentales et dans l’appréciation de celles de ses contemporains. » Généralement le public se croit cu droit de se méfier un peu de la solidité des travaux trèsvariés le mot fastueux de connaissances universelles est surtout très-dangereux il est toujours mal appliqué. Bacon, Newton, I^eibnitz, M. Cuvicr, ont eu des connaissances très-variées; ils n’ont pas eu de connaissances universelles. Par l’étendue et la variété de ses connaissances, M. Arago se place à coté des esprits les plus éminents dont la science s’honore. Pour mettre dans son véritable jour le mérite des hommes supérieurs qui ont laissé une trace lumineuse de leur passage, il faut s’arrêter d’abord à ce qu’ils ont produit de plus saillant. Les grandes découvertes de M. Arago appartiennent aux années 1811, 1820 et 1824. Elles ont rapport à l’optique, aux phénomènes de la physique céleste, à l’électricité en mouve* ment, au développement du magnétisme par la rotation. Ce sont, pour les spécifier encore davantage 1° la découverte de la polarisation colorée ou chromatique 2° l’observation précise du déplacement des franges causées par la rcu- \037

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1 INT1ODUCTION. u \037contre de deux rayons lumineux, dont l’un traverse une lame mince transparente, comme par exemple du verr,e: phénomène qui indique une diminution de vitesse, un retard dans la route, et est en opposition directe avec la théorie de l’émission; 3° la première observation de la propriété d’attirer la limaille de fer que possède le lit conducteur de l’électricité dans les expériences d’Œrslcd, autrement dit, le rhéophore de la pile; l’heureuse idée de faire tourner le courant eu hélice autour d’une aiguille, et de l’aimanter aussi bien par le passage de la décharge de la bouteille de Leydo que par celui du courant électrique d’une pile de Voila 1° le magnétisme de rotation, \037Ia découverte de la polarisation chromatique a conduit M. Arago à l’invention du polariscope, d’un photomètre, du cyauomèlrc, et de plusieurs appareils usuels pour étudier divers phénomènes d’optique. C’est par des expériences de polarisation chromatique que M. Arago a constaté physiquement, avant l’année 1820, que la lumière solaire n’émane pas d’une masse solide ou liquide incandescente, mais d’une enveloppe gazeuse. Le moyeu étant trouvé de distinguer la lumière directe de la lumière relié-* \037

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mi INTRODUCTION. \037chic, on a pu s’assurer que la queue des comètes offre dans la lumière qui en émane une portion polarisée, et qu’elle doit nécessairement briller, au moins en partie, d’un éclat d’emprunt. l>a polarisation chromatique a fourni aussi à .M. Arago le moyen de reconnaître que la lumière diffuse de l’atmosphère est en partie polarisée par réflexion et qu’en examinant progressivement les couches de l’atmosphère à différentes hauteurs et en différents azimuts, on découvre un point neutre de polarisation, situé dans le vertical du soleil à environ 30° au-dessus du point opposé à cet astre. Ce point appelé neutre, parce que la polarisation y est insensible, diffère des deux autres points neutres de Babinet et de Brevvster, qui n’ont été découverts que plus tard. JI me reste à parler, dans cette belle série do travaux optiques, de deux objets sur lesquels M. Arago et son constant ami Fresnel, maître et législateur en plusieurs parties de l’Optique, ont jeté une vive clarté, et dont on ne saurait nier l’importance, puisqu’ils touchent aux grands phénomènes de Y interférence et de la diffraction de la lumière. Le premier de ces ̃ objets est la scintillation des étoiles, phénomène I que l’illustre Thomas Young, auquel on doit les I \037

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INTRODUCTION. xiii \037lois fondamentales des interférences lumineuses, avait cru inexplicable. La scintillation. est toujours accompagnée d’un changement de couleur et d’intensité. Les rayons des étoiles, après avoir traversé une atmosphère oh il existe des couches différant entre elles de température, de densité, d’humidité et par conséquent de réfringence, se réunissent pour former une image, vibrent d’accord ou en désaccord, s’ajoutent ou se détruisent par interférence. Je rappelle avec orgueil que des extraits de cette belle théorie de la scintillation ont été pu*bliés pour la première fois, en 1814, dans le quatrième livre de mon Voyage aux, régions équinoxiales du nouveau continent. Ixî Mémoire même, plein de curieuses recherches historiques, est un des principaux ornements de la collection des Œuvres de mon illustre ami. D’autres extraits, relatifs au même sujet, mais tirés de manuscrits plus récents et datant de Tannée 1847, ont été insérés dans la partie astronomique du Cosmos. \037M interférence, sur laquelle Grimaldi (de lk>logne) avait eu déjà, vers la seconde moitié du xvne siècle, de vagues aperçus, a donné lieu à l’énonciation d’une vérité fondamentale et déjà \037

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xiv INTRODOCTION. \037souvent proclamée, à savoir « que, sous certaines conditions, de la lumière ajoutée à de la lumière, produit les ténèbres. » Dans ce peu de mots est inscrite sans doute la victoire du système des vibrations sur celui de l’émission; mais cette victoire n’a pu être regardée comme assurée et complète que lorsqu’elle a été appuyée sur des expériences simples et irrécusables. M. Arago avait déjà, conune je l’ai indiqué plus .haut, découvert, en 1818, le remarquable effet que produit dans les phénomènes de l’inter- férence une lame très-mince, placée sur la route de l’un des deux rayons interfèrent*» II y a alors déplacement dei franges et rotard dans la lumière, qui se meut plus lentement à travers une substance plus dense. « La propriété de deux rayons de s’entre-détruire par interférence une fois constatée, dit M. Arago en faisant allusion à d’autres expériences faites conjointement avec Fresnel, n’est-il pas bien plus extraordinaire encore qu’on puisse les priver à volonté de cette propriété, que tel rayon la. perde momentanément, et que tel autre, au contraire, en soit dépouillé à jamais? » \037Lorsque M. Wheatstone fut parvenu, dans ses belles recherches sur la vitesse de la lumière \037

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INTRODUCTION. xv \037électrique (1835), à se servir avec un grand succes de son ingénieux appareil rotatif, M. Arago entrevit aussitôt la possibilitd de mesurer, par (les déviations angulaires, en appliquant le même principe de rotation, la différence de vitesse de la lumière dans un liquide et dans l’air. Il rendit compte à l’Institut, vers la fin de 1838, de l’expérience qu’il se proposait de faire. Aidé par un artiste expérimenté et habile, M. Brcguet fils, il parvint, après bien des changements d’appareils, à réaliser son projet. Dans le cours de ces essais, M. Breguet était parvenu à faire tourner un axe, en le déchargeant du poids du miroir qu’il supportait, huit mille fois par secondcTout était prêt en 1850, et l’appareil perfectionné pouvait être mis en fonction; mais la funeste et profonde altération qu’avait éprouvée presque subitement la vue de M. Arago, ne lui donnait plus l’espoir de pouvoir prendre part aux observations. Il dit, avec une noble simplicité, dans une Note présentée à l’Institut le 29 avril 1850 « Mes prétentions doivent se ]>orner à avoir posé le problème et avoir indiqué (en les publiant) des moyens certains de le résoudre. Je ne puis, dans l’état actuel de ma vue, qu’accompagner de mes voeux les expé- \037

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1 \037xvi INTRODUCTION. \037• ̃ • 1.» • 1 \037rimentatcurs qui veulent suivre mes idées, et ajouter une nouvelle preuve en faveur du système des ondes, aux preuves que j’ai déduites d’un phénomène d’interférence, tropbien connu des physiciens pour que j’aie besoin de le rappeler ici. u M. Arago a pu voir ses vœux exauces. Deux expérimentateurs, également distingués par leur talent et par la délicatesse de leurs procédés d’observation, M. Foucault, à qui l’on doit la démonstration physique de la rotation de la terre au moyen du pendule, et M. Fizeau, qui a déterminé par une méthode ingénieuse la vitesse de la lumière dans l’atmosphère, sont parvenus, en apportant quelques perfectionnements aux moyens proposés par M. Arago, à résoudre la question dans le sens qui renverse le système de l’émission. MM. Foucault et Fizeau ont présenté les résultats de leurs travaux à l’Académie des Sciences, le premier en mai 1850, le second en septembre 1851. \037Si j’ai développé longuement les recherches principales de M. Arago sur la lumière, c’est que ce sont les travaux auxquels il s’est voué avec le plus de suite, durant un espace de plus de quarante années. Ses découvertes en électricité et en magnétisme, si importantes qu’elles soient \037

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INTRODUCTION.. xvii \037U-u b \037par elles-mêmes, ne l’ont occupé, pour ainsi dire, que passagèrement. L’attraction exercée par lu fil rhéophore, qui joint les deux pôle» de la pile de Volta, sur la limaille de fer, et l’aimantation au moyen d’un fil de métal roulé en hélice, soit d’une manière continue, soit avec des interruptions et en sens divers, avaient été observées par M. Arago avant les magnifiques travaux d’Ampère, et ces observations avaient déjà donné une vive impulsion aux recherches électro-magnétiques. \037Le magnétisme par rotation fut découvert par M. Arago sur la pente de la belle colline de Grccnwich, pendant le séjour que nous fîmes en Angleterre pour comparer, conjointement avec M. Biot, la longueur du pendule. Les résultats de nos observations ne furent pas aussi satisfaisants que nous l’eussions désiré; mais M. Arago, en déterminant avec moi l’intensité magnétique, au moyen du nombre des oscil.lations d’une aiguille d’inclinaison, fit lui seul cette importante remarque qu’une aiguille magnétique, mise en mouvement, atteint plus tôt le repos, quand elle est placée dans la proximité de substances métalliques ou non métalliques que lorsqu’elle en est éloignée. Ce premier i. \037

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xviii INTRODUCTION. \037aperçu, fécondé par d’ingénieuses combinaisons, le conduisit, en 1825, à expliquer les phénomènes produits par la rotation des disques agissant sur des aiguilles en repos; ainsi que l’influence qu’exercent sur les aiguilles l’eau, la glace et le verre. Pendant six ans, l’excitation du magnétisme par le mouvement fut l’objet d’ardentes discussions entre Nobili, Antinori, Seebeck, Barlow, sir John Herschd, Babbage et Baumgartner, jusqu’à l’année 1831 où la brillante découverte de Faraday rattacha tous les phénomènes du magnétisme par rotation aux principes féconds des courants d’induction. Telle est la marche des sciences, à ces époques malheureusement trop courtes où elles avancent d’un pas rapide, où les idées tendent à se généraliser, où les esprits s’élèvent par degrés à des conceptions d’un ordre supérieur. \037Pour tracer cette esquisse des travaux les plus importants de M. Arago, et de l’influence qu’ils ont exercée, j’ai dû compléter mes propres souvenirs par ceux de deux hommes dévoués à sa mémoire le célèbre professeur de Genève, M. Auguste de La Rive, et le savant chargé par M. Arago lui-même de diriger la publication de ses Œuvres, M. Barrai, chimiste et physicien \037

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INTRODUCTION. *n \0370 \037d’un rare mérite, répétiteur à cette École polytechnique dont il m’est resté un reconnaissant souvenir, pour y avoir travaillé longtemps sous la direction de M. Gay-Lussac. Ce tableau général achevé, il me reste à entrer dans quelques détails sur la distribution des matières qui composeront les Œuvres de François Arago. Mais avant tout, Je dois prévenir qu’il sera difficile de suivre toujours un ordre bien déterminé, tant sont étroits les rapports qui unissent les différentes sciences et que des découvertes nouvelles mul- tiplient de jour en jour, tant sont incertaines les limites qui les séparent! Éloigné de la France, qui a été longtemps pour moi comme une seconde patrie, et n’ayant pas les manuscrits do M. Arago sous les yeux, je ne puis présenter que de vagues aperçus. Je divise en six groupes l’en." semble des travaux de mon illustre ami. I, IMBTIB LITTERAIRE KT BIOGRAPHIQUE, \037Je crois être l’interprète de la voix publique, au milieu de toutes les dissidences des opinions, en vantant, dans les Eloges acadérnùjues de M. Arago, le soin critique qu’il apporte à la recherche des faits, l’impartialité des j ugements, la lucidité des expositions scientifiques, une cha- \037

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xs INTRODUCTION. \037• • I • » il l tfll \037leur qui grandit à mesure que le sujet s’élève. Ces mêmes qualités distinguent les divers discours qu’il a prononcés dans les assemblées politiques où il occupait un rang si éminent par la noblesse et la pureté de ses convictions, et les rapports qu’il a rédigés afin de faire rendre aux sciences, dans les personnes de quelques inventeurs célèbres, un hommage éclatant. Pour faire apprécier avec justesse le mérito des hommes dont il veut retracer la vie et caractériser les travaux, M. Arago débute généralement par un tableau de l’état des connaissances à l’époque ou ils ont commencé à se produire. M. Arago apportait au travail autant de patience que d’ardeur; aussi ses éloges sont-ils d’une haute importance pour l’histoire des sciences, et en particulier pour l’histoire des grandes découvertes. Des convictions profondes, acquises par de longues et pénibles recherches, ont quelquefois rendu ses jugements sévères et l’ont exposé lui-même à d’injustes critiques. La découverte de la décomposition de l’eau, par exemple, et l’invention de la machine à vapeur à haute pression, qui a si puissamment secondé la domination de l’homme sur la nature, sont de ces faits pour lesquels, comme pour plusieurs \037

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INTRODUCTION. »*l \037autres encore, le sentiment national n’est point l’unique cause de la divergence d’opinion qui existe entre les savants. \037Défenseur zélé des intérêts de la raison, M. Arago nous fait souvent sentir dans ses Éloges combien l’élévation du caractère ajoute de no- blesse et de gravite* aux «uvres de l’esprit. Dans l’exposition des principes de la science, sur laifiiellc il sait répandre une admirable et persuasive clarté, le style de l’orateur est d’autant plus expressif, qu’il offre plus de simplicité et de précision. Il atteint alors à ce que Buffon a nommé la’vérité du style, \03711, PARTIE RELATIVE A I.’ASTRONOMIB ET A h\ PUYSIQUE CELESTE. \037Travaux de la méridienne de France dans sa partie la plus méridionale, accomplis conjointement avec M. Biot. Figure de la terre. llccherchcs sur la détermination précise des diamètres des planètes. Nouveau micromètre oculaire et nouvelle lunette prismatique différente de celle de Rochon. Solstices d’été et d’hiver*, équinoxes de printemps et d’automne; déclinaisons d’étoiles australes et circumpolaires j position absolue de la polaire en 1813} \037

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nu INTRODUCTION. \037latitude de Paris; parallaxe do la 61* du cygne (recherches faites avec M. Mathieu). Observations géodésiques faites sur les côtes de France et d’Angleterre, avec M. Mathieu et des savants anglais, pour déterminer la différence de longitude entre Greenwich et Paris. – Recherches sur la déclinaison de quelques étoiles de première et de seconde grandeur, faite! avec MAI. Mathieu et Ilumboldt. – Nouvelles recherches photométriques sur l’intensité comparative de la lumière des astres, et de la lumière qui émane du bord et du centre du disque solaire.- Intensité lumineuse dans les différentes parties de la lune, Variabilité de la lumière cendrée du disque lunaire. – Régions polaires de Mars, – Bandes de Jupiter et de Saturne. lumière des satellites de Jupiter comparée à celle de la planète centrale du petit système. Constitution physique du soleil et de ses diverses enveloppes. – Lumière qui émane des parties gazeuses du soleil. -–Phénomènes singuliers que présentent les éclipses totales de soleil. – Proéminences rougeâtres qui se montrent sur le contour de la lune pendant la durée d’une éclipse solaire totale. – Rayons de lumière polarisée dans la lumière qui émane des comètes. – Cause delà scintillation des étoiles.– \037

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INTRODUCTION. xun \037Tables de réfraction. – Irradiation. Effet des lunettes sur la visibilité des étoiles pendant le jour. – Considérations sur la lumière atmosphé- rique diffuse. -Vitesse de la lumière des étoiles ’vers lesquelles la terre marche, et des étoiles dont la terre s’éloigne. Vitesse de transmission des rayons de différentes couleurs. Moyen fourni par tes phases d’Algol pour mesurer la vitesse de transmission des rayons lumineux. V Astronomie populaire qui offre l’exposé des cours publics faits par M. Arago, de 1812 à 1845, dans le magnifique amphithéâtre de l’Observatoire, et suivis avec le plus vif intérêt par toutes les classes de la société, sera le principal ornement de cette seconde partie de ses Œuvres. La lecture du traité A’ Astronomie populaire réveillera des souvenirs bien doux et bien tristes a la fois chez ceux qui ont eu le bonheur d’assister aux leçons de M. Arago, d’admirer ce débit si simple, si persuasif, si attachant. \037III. rmiB optique. \037Diversité de la nature de la lumière qui émane des corps incandescents, solides ou gazeux. Moyen dedistinguer par le polariscope la lumière polarisée de la lumière naturelle. – Rapport \037

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xm INTRODUCTION. \037constant entre la proportion de lumière polarisée qui se trouve dans le faisceau transmis ou réfracté et celle qui existe dans le faisceau réfléchi. M. Arago a aussi trouvé, conjointement avec Fresnel que les rayons polarisé* n’exercent plus d’influence les uns sur les autres quand leurs plans de polarisation sont perpendiculaires entre eux, et que par conséquent ils ne peuvent plus alors produire de franges, quoique toutes les conditions nécessaires à l’apparition de ce phénomène, dans le cas ordinaire, soient scrupuleusement remplies. Traité de photométrie, fondé sur la théorie des ondes (travail expérimental et théorique, dont une grande partie se trouvait contenue en sept Mémoires, présentés à l’Académie des Sciences en 1850). – Réfraction des rayons lumineux dans différents gaz et sous différents angles. Mémoire sur la possibilité de déterminer les pouvoirs réfringents des corps d’après leur composition chimique. – Recherches sur les affinités des corps pour la lumière, faites conjointement avec M. Biot. – Polarisation chromatique fécondité de ses applications dans la physique céleste et terrestre. Polarisation circulaire (rotatoire), ou phénomènes de colora- \037

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INTRODUCTION, »iv \037tion, découverts dès 1811 par M. Arago, dans des plaques de quartz coupées perpendiculairement à Taxe du cristal ( le rayon blanc qui traverse offre les plus vives couleurs, lorsqu’on le regarde à travers un prisme biréfringent). – Anneaux colorés réfléchis et transmis. Application de la double réfraction à la photométrie. – Formation de tables photométriques offrant les quantités de lumière réfléchie et transmise par une lame de verre, pour les inclinaisons comprises entre 4° et 26°, et continuées jusqu’à l’incidence perpendiculaire par un procédé particulier. – Evaluation de la perte de lumière qui s’opère par la réflexion h la surface des métaux, et démonstration de ce fait important qu’il n’y a pas de perte de lumière dans l’acte de la réflexion totale. La loi de Malus, dite loi du Cosinus, sur le partage de la lumière polarisée, « qui n’était d’abord qu’un moyen empirique de représenter les apparences » a été démontrée expérimentalement par M. Arago, pour le cas où le faisceau polarisé traverse, soit un prisme doué de la double réfraction, soit une tourmaline taillée parallèlement à l’axe. (I-e polari mètre de M, Arago, employé dans ces genres d’expériences, était d’une telle sensibilité, qu’il accu- \037

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livi INTRODUCTION. \037sait sans équivoque, dons un faisceau, un quatre-vingtième de lumière polarisée. Pour toutes ces recherches relatives à la photométrie, les expériences et les calculs ont été faits par MM. f *ugier et Petit, sous la direction de M. Arago.)Démonstration de la possibilité de construire un baromètre, un thermomètre et un réfracteur interférentiels. – Vues sur la mesure des montagnes par le polariscope et sur celle de la hauteur des nuages à l’aided’un polarimètre gradué, IV. PARTIE tfLECTRO-MAGNÉTIQlK, \037Découverte de la propriété d’attirer la limaille de fer que possède le fil rhéophore, qui unit les pôles de la pile. Aimantation d’une aiguille au moyen du passage du courant électrique en hélice points conséquents qui en résultent. Magnétisme de rotation, par lequel il a été constaté d’une manière rigoureuse que tous les corps sont susceptibles d’acquérir du magnétisme, fait déjà deviné par William Gilbert, et rendu probable par les ingénieuses expériences de Coulomb. Observations des variations horaires de la déclinaison magnétique à Paris depuis 1818; changements séculaires du même phénomène. – Discussion sur le mouvement, \037

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INTRODUCTION. Hvu \037de l’est à l’ouest, des nœuds ou points d’intersection de l’équateur magnétique avec l’équateur géographique. – Perturbations qu’éprouve, par l’influence des aurores polaires, la marche des variations horaires de la déclinaison magnétique dans des endroits où l’aurore polaire n’est pas visible. Simultanéité des perturbations de déclinaison (orages magnétiques), prouvée par des observations correspondantes entre Paris et Kasan, entre Paris et Berlin, entre Paris, Berlin et les mines de Freiberg, en Saxe. Observation de la déviation qu’éprouve, par l’approche d’un aimant, le jet de lumière qui réunit les deux bouts du charbon conducteur, dans un courant électrique fermé} analogies qu’oflïe cette expérience avec les phénomènes de l’aurore boréale. Découverte faite en 1827 de la variation horaire de l’inclinaison et de l’intensité magnétiques. \037Y. l’ARTIK RELATIVE A LA MÉ’tÊ’OROLOGIE ET AUX PRIKCIPK8 G&MfoAUX DE l’UVSIQLE ATMOSl’JIKIUQl E. Détermination du poids spécifique de l’air, faite conjointement avec M. Biot. – Expériences faites avec M. Dulong, à l’effet de constater que la loi de Mariotte n’éprouve aucune varia- \037

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"111 INTIIODUCTION. \037-11,¡.. a- .1- \037tion essentielle jusqu’à la pression de vingt-sept atmosphères et bien au delà.– Expériences dangereuses, faites avec le môme physicien, sur les forces élastiques de la vapeur d’eau à de très-hautes températures. ’fable des forces élastiques de la vapeur d’eau et des températures correspondantes. Formation des halos et lumière polarisée que les halos reflètent.– Cyanomètre. – Recherches optiques sur les causes de la couleur des eaux de la mer et des rivières. Froid produit par l’évaporation. Recherches sur les quantités de pluic qui tombent à diverses hauteurs et en différents lieux. – Explication des effets nuisibles attribués à la lune rousse. –Un Mémoire 1res étendu sur le tonnerre, lu foudre et les éclairs de chaleur, augmenté de nombreuses additions que M. Arago, pendant sa dernière maladie, dictait à un secrétaire savant et dévoué, M. Goujon, jeune astronome de l’Observatoire de Paris, qui a écrit de la même manière, sous la dictée de son illustre maître, le traité iï Astronomie populaire, Expériences sur la vitesse du son, faites en 1822, conjointement avec MM. Gay-Lussac, Bouvard, Prony, Mathieu et Humboldt, avec l’aide de l’artillerie de la garde royale, entre Montlhéry et Villejuif. \037

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INTRODUCTION. xxtx \037VI. PABTIB RKI.VTIVK A U filiOl.HUMIIK PIIVKIQIK. Niveau des niera. État thermométrique du globe. Tem|>érature de la surface des mer«  à différentes latitudes, et dans les différente* couches superposées jusqu’aux plus profondes. Courants d’eau chaude et d’eau froide. lies eaux de l’Océan comparées à l’atmosphère qui les recouvre, sous le rapport de la température, Couleur du ciel et des nuages à différentes hauteurs au-dessus’ de l’horizon. Point neutre de polarisation dans l’atmosphère. – Emploi d’une plaque de tourmaline taillée parallèlement aux arétes du prisme, pour voir les écueils et le fond de In mer. Température de l’air autour du pôle bordai, – Température moyenne de l’intérieur de la terre à des profondeurs accessibles à l’homme (les observations faites sur la température des puits forés, de différentes profondeurs, ont conduit à la loi qui donne l’accroissement de chaleur à mesure que l’ou s’enfonce dans l’intérieur de la terre). \037Tel est le tableau, encore bien incomplet malgré les richesses immenses qu’il renferme, des \037

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tt* INTBODl’CTION. \037travaux de M. Arago. Ils l’ont élevé au rang des hommes les plus éminents du xix# siècle. Son nom sera honoré partout où se conservent le respect pour les services rendus aux sciences, le sentiment de la dignité de l’homme et de l’indépendance de la pensée, l’amour des libertés publiques. Mais ce n’est pas seulement l’autorité d’une puissante intelligence qui a donne à M. Arago la popularité dont il a joui ce qui a contribué encore à mettre son nom en honneur, c’est-le zèle consciencieux qui ne s’est point démenti à t’approche de la mort, ce sont ses efforts désespérés pour remplir jusqu’au dernier moment les devoirs les plus minutieux. Il ne faut pas non plus oublier le charme de sa diction, l’aménité de ses mœurs, la bienveillance de son caractère. Capable du plus tendre dévouement, modérant toujours par sa bonté naturelle la vivacité d’une âme ardente, M. Arago a goûté, au centre d’une famille spirituelle et aimante, les paisibles douceurs de la vie domestique. Ce qu’une touchante assiduité, l’exercice d’une intelligente prévoyance, et le zèle le plus tendre et le plus inventif ont pu ollrir de consolation et de soulagement, 31. Arago l’a trouvé pendant le lent épuisement de ses forces, dans \037

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INTRODUCTION. xxxi \037le cercle, malheureusement trop étroit, des parents qui lui étaient chers. Il est mort environne’ de ses (ils; d’une sceur, madame Mathieu, digne de la tendre affection d’un tel frère; d’une nièce, madame Laugier, qui s’est consacrée à lui avec la plus touchante abnégation, et qui, au dernier moment, s’est montrée aussi grande clans la douleur que noble dans le dévouement. Eloigne* du lit de souffrance de M. Arago, je n’ai pu faire entendre que de loin les accents de ma vive oflliction. La certitude même d’une perte prochaine n’a pu en diminuer l’amertume. Pour rendre un dernier hommage à celui qui vient de descendre dans la tombe, je consignerai ici quelques lignes qui déjà ont été publiées ailleurs. « Ce qui caractérisait, disais-je, cet homme unique, ce n’était pas seulement la puissance du génie qui produit et féconde, ou cette rare lucidité qui sait développer des aperçus nouveaux et compliqués, comme choses longuement acquises à l’intelligence humaine; c’était aussi le mélange attrayant de la force et de l’élévation d’un caractère passionné, avec la douceur affectueuse du sentiment. Je suis fier de penser que, par mon tendre dévouement et par la constante admiration que j’ai \037

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ikxii INTRODUCTION. \037exprimée dans tous mes ouvrages, je lui ai appartenu pendant quarante-quatre ans, et que mon nom sera parfois prononcé à côté de son grand nom. » \037Auundre pi HUMBOLDT. \037l’ot^lam, novembre 1853. \037

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F. 1. i \037HISTOIRE \037KK \037MA JEUNESSE1 \037–̃-«.)♦ \037I. \037Je n’ai pas la sotte vanité de m’imaginer que quelqu’un, dans un avenir môme peu éloigné, aura la curiosité de rechercher comment ma première éducution s’est faite, comment mon intelligence s’est développée; mais des biographes improvises et sans mission, ayant donné a ce sujet des détails complètement inexacts, et qui impliqueraient la négligence de mes parents, je me crois obligé de les rectifier, \037II. \037Je naquis le 26 février 1780, dans la commune d’Kst g«’l, ancienne province du Roussillon (département des PyréoéVg-OiienliiIes). Mon pere, licencié en droit, avait de petite» propriétés en terres arables, en vignes et en J, Œuvre posthume. \037

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2 HISTOIRE \037champs d’oliviers, dont le revenu faisait vivre M nombreuse famille. \037J’av«is donc trois ans en 1780, quatre ans en 1790, cinq ansen 1791 six ansen 1792, et sept ansen 1793, etc. Ijc lecteur a par devers lui les moyens de juger fi, t comme on l’a dit, comme on l’a imprimé, j’ai trempé dans les cxcU de notre première révolution. \037III. \037.\îos parents m’envoyèrent à l’école primaire d’Estngel, où j’nppris de bonne heure a lire et a écrire. Je recevais en outre, dans la maison pnternelle, des leçons particulières de musique vocale. Je n’étais, du reste, ni plus ni moins avancé que les autres enfants de mon Age. Je nVnlrc dans ces détails que pour montrer à quel point se sont trompés ceux qui ont imprimé que, a l’Age de quatorze à quinze ans, je n’avais pas encore appris a lire, Eslagel étuit une étape pour une portion des troupes qui, venant de l’intérieur, allaient à Perpignan oit se rendaient directement à l’armée des Pyrénéen La maison de mes parents se trouvait donc presque constamment remplie d’officiers et de’ soldats. Ceci, joint à la vive irritation qu’avait fait naître en moi l’invasion espagnole m’avait inspiré des goûts militaires si décidés, que ma famille était obligée de me faire surveiller de près pour cmpOclier que je ne me mélasse furtivement aux soldats qui partaient d’Estagel. Il arriva souvent qu’on m’atteignit une lieue du village, faisant d<’ja route avec les troupe*. \037

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UE MA JF.UNESSB. a \037Vno fols ces goûts guerroyants faillirent me coûter cher. C’était la nuit de la bataille de Pelres-Tortcs. Les troupes espagnole» en déroute, «e trompèrent en partie (le chemin. J’étuis sur la place du village, avant que le jour se lovAt je vis arriver un brigadier et cinq cavaliers qui, à la vue de l’arbre de la liberté, s’écrièrent 5 Somos perdûtos t Je courus aussitôt à la maison m’armer d’une lance qu’y nvnit laissée un soldat de la levée en masse, et, in’ embusquant an coin d’une rue, je frappai d’un coup de cette arme le brigadier placé en tête du peloton. La blessure n’était pas dongercuse un coup do sabre allait cependant punir ma hardiesse, lorsque des poysans, venus à mon aide et armés de fourches, renversèrent les cinq cavaliers de leurs montures et les firent prisonniers. J’avais alors sept ans. \037IV. \037Mon pore étant allé résider. à Perpignan comme trésorier de la monnaie, toute la famille quitta Estagel pour l’y suivre. Je fus alors placé comme externe au collège communal de la ville, où je m’occupai presque exclusive ment d’études littéraires. Nos auteurs classiques étaient devenus l’objet de mes lectures de prédilection. Mais la direction de mes idées changea tout à coup, par une circonstance singulière que je vais rapporter. \037En me promenant un jour sur le rempart de la ville, je vis un officier du génie qui y faisait exécuter des répa- rations. Cet officicr, M. Cressac, était très-jeune; j’en* 1.1 hardiesse de m’en approcher et de lui demander com- \037

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4 HISTOIHB \037:1 :1 ~h & 1.. "1"1~iI \037ment il était arrivé si prompteincnt à porter l’épaulettc, Je sors de l’École polytechnique, répondit-il. – Qu’est*ce que cette école-là? C’est une école où l’on entre par examen. Exige-t-on beaucoup des candidats? Vous le verrez dans le programme que le Gouvernemeut envoie tous les ans à l’administration départementalc; vous le trouverez d’ailleurs dans les numéros du /ournul de l’École, qui existe à la bibliothèque de l’école centrale. » \037Je courus sur-le-champ à cette bibliothèque; et c’est là que, pour la première fois, je lus le programme des connaissances exigées des candidats. \037A partir de ce moment, j’abandonnai tes classes de l’école centrale, où l’on m’enseignait à admirer Corneille, Racine, La Fontaine, Molière, pour ne plus fréquenter que le cours de mathématiques. Ce cours était confié a un ancien ecclésiastique, l’abbé Verdier, homme fort respectable, mais dont les connaissances n’allaieirt pas au delà du cours élémcntaire de La Caille. Je vis d’un coup d’oeil que les leçons de .M. Verdier ne ruffiraient pas pour assurer mon admission à l’École polytechnique; je me décidai alors à étudier moi-même le* ouvrages les plus nouveaux, que je fis venir de l’aria C’étaient ceux de Lcgcndre de Lacroix et de Garnicr, En parcourant ces ouvrages, je rencontrai souvent des difficultés qui épuisaient mes forces. Heureusement, chos3 étrange et peut-être sans exemple dans tout le reste de la France, il y avait à Estagel un propriétaire, M, Raynal, qui faisait ses délassements de l’étude des mathématiques transcendantes. C’était dans sa cuiaine, en donnant ses \037

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DE MA JEUNESSE. 5 \037ordres a de nombreux domestiques, pour Ics travaux du lendemain, que M. Raynal lisait avec fruit V Architecture hydraulique de Prony, la Mécanique analytique et la Mécanique célette. Cet excellent homme me donna souvent des conseils utiles; mais, je dois le dire, mon véritable maître je le trouvai dans une couverture du traité d’algèbre de M. Garnier. Cette couverture se composait d’une feuille imprimée sur laquelle était collé extérieurement du papier bleu. ta lecture de la page non recouverte me fit naître l’envie de connaître ce que me cachait le papier bleu. J’enlevai ce papier avec soin, après l’avoir humecté, et je pus lire dessous ce conseil donné pnr d’Alembert à un jeune homme qui lui faisait part des difficultés qu’il rencontrait dans ses études Allez Monsieur, allez, et la foi vous viendra. » \037Ce fut pour moi un trait de lumière au lieu de m’obstiner à comprendre du premier coup les propositions qui pc présentaient à moi, j’admettais provisoirement leur vérité, Je passais outre, et j’étais tout surpris, le lendemain, de comprendre parfaitement ce qui, la veille, me paraissait entouré d’épais nuages. \037Je m’étais ainsi rendu mattre, en un an et demi, de toutes les matières contenues dans le programme d’admission, et j’allai h Montpellier pour subir l’exninen. J’avais alors seize ans. M. Monge le jeune, examinateur, fut retenu à Toulouse par une Indisposition et écrivit nux candidats réunis à Montpellier qu’il les examinerait h Paris, J’étais moi-même trop indisposé pour entreprendre ce long voyage, et je rentrai à Perpignan. La, je prêtai l’oreille, un moment, aux sollicitations \037

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ft HISTOIRE \037de ma famille, qui tenait à me faire renoncer aux carrières que T École polytechnique alimentait. Mais, bientôt, mon goût pour les études mathématiques l’emporta; j’augmentai ma bibliothèque de Y Introduction à l’analyse infinitésimale d’Euler, de la Résolution des équations numériques, de la Théorie des fonctions analytiques et de la Mécanique analytique de Lagrange, enfin de la Mécanique céleste de Laplace. Je me livrai à l’étude de ces ouvrages avec une grande ardeur, Le journal de l’École renfermant des travaux tels que le Mémoire do M. Puis6in sur l’élimination, je me figurais que tous les élèves étaient de la même force que ce géomètre, et qu’il fullait s’élever jusqu’à sa hauteur pour réussir. A partir de ce moment, je me préparai à la carrière d’artilleur, point de mire de mon ambition; et comme j’avais entendu dire qu’un officier devait savoir la musique, faire des armes et danser, je consacrai les premières heures de chaque journée à la culture de ces trois arts d’agrément. \037Le reste du temps, on me voyait me promenant dans les fossés de la citadelle de Perpignan, et cherchant, par des transitions plus ou moins forcées, à passer d’une question à l’autre, de manière à être assuré de pouvoir montrer à l’examinateur jusqu’où mes études s’étaient étendues \0371. Véclialn, membre de l’Académie des Sciences et de l’Institut, fut chargé en 1793 d’aller prolonger la mesure do la méridienne en Espagne, Jusqu’à Barcelone. Pendant ses opérations dans les Pyrénées, en 1794, Il avait connu mon pire qui était un des admlnlstrateurs du département des Pyrénées-Orientales, plus tard, en 1803, lorsqu’il «’agissait de continuer la mesure de la méridienne \037

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DB MA JEUNESSE. \0371 \037V. \037Le moment de l’examen arriva enfin, et je me rendis n Toulouse, en compagnie d’un candidat qui avait étudié au collége communal. C’était la première fois que dos élèves venant de Perpignan se présentaient au concours. Mon camarade, intimidé, échoua complètement. Lorsque, après lui, je me rendis au tableau, il s’établit entre M. Monge, l’examinateur, et moi, la conversation la plus étrange \037« Si vous devez répondre comme votre camarade, il est inutile que je vous Interroge. \037Monsieur, mon camarade en sait beaucoup plus qu’il ne l’a montré; j’espère être plus heureux que lui; jusqu’aux Iles Baléares, M. Méchain passa de nouveau h Perpignan et vint rendre visite à mon père. Comme j’allais partir pour subir IVxamon d’admission à l’École polytechnique, mon père ne hasarda a lui demander s’il ne pourrait pas me recommander à M. Mongc «Volontiers, répondit-Ut mais, avec la franchise qui me caractérise, Je ne dois pas vous laisser Ignorer que, livré a lui-même, Il me parait peu probable que votre fils se soit rendu complètement maître des matières dont se compose le programme. Au reste, s’il est rcçll, qu’il se deottne à l’artillerie ou au génie, la carrière des sciences, dont vous m’avel parlé, est vraiment trop difficile a parcourir, et a moins d’une vocation spéciale, votre fil» n’y trouverait que des déceptions, » En anticipant un pou sur l’ordre des dates, rapproclions ces conseils de ce qu’il advint i J’allai à Toulouse, Je subi* l’examen et Je fus reçu une année et demie après Je remplissais a l’Observatoire la place de secrétaire devenue vacante par la démission du fil» de M. Méchaln une année et demie plus tard, c’est-a-dlro quatre ans après l’horoscope de Purplgnan, Je remrlaçats en Espagne, avec M. Plot, le célèbre académicien qui y était mort, TicUrae de ses fatigue*. \037

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I IIISTOIRB \037mais ce que vous venez de me dire pourrait bien m’intiinider et me priver de tous mes moyens. \037],a timidité est toujours l’excuse des ignorants; c’est pour vous éviter la honte d’un échec que je vous fais la proposition de ne pas vous examiner. \037Je ne connais pas de honte plus grande que celle que vous m’infligez en ce moment. Veuillez m’interroger c’est votre devoir. \037Vous le prenez de bien haut, Monsieur Nous allons voir tout à l’heure si cette fierté est légitime. Allez, Monsieur, je vous attends! » \037M. Monge m’adressa alors une question de géométrie à laquelle je répondis de manière à affaiblir ses préventions. De là, il passa à une question d’algèbre, à la résolution d’une équation numérique. Je savais l’ouvrage de Lagrange sur le bout du doigt; j’analysai toutes les méthodes connues en en développant les avantages et les défauts méthode de Newton, méthode des séries récurrentes, méthode des cascades, méthode des fractions continues, tout fut passé en revue; la réponse avait duré une heure entière. Monge, revenu alors & des sentiments d’une grande bienveillance, me dit Je pourrais, dès ce moment, considérer l’examen comme terminé je veux cependant, pour mon plaisir, vous adresser encore deux questions. Quelles sont les relations d’une ligne courbe et de la ligne droite qui lui est tangente? » Je regardai la queslion comme un cas particulier de la théorie des osculations que j’avais étudiée dans le Traité des jonclions analytiques de Lagrange. «Enfin, me dit l’examinateur, comment déterminez-vous la tension des divers \037

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DE MA JEUNESSE. 9 \037cordons dont se compose une machine funiculaire? • Je traitai ce problème suivant la méthode exposée duns la Mécanique analytique. On voit que Lagrange avait fait tous les frai» de mon examen. \037J’étais depuis deux heures et quart au tableau; M. Monge, passant d’un extrême a l’autre, se leva, vint m’embrasser, et déclara solennellement que j’occuperais le premier rang sur sa liste. Le dirai-je? pendant l’examen de mon camarade, j’avais entendu les candidats toulousains débiter des sarcasmes très-peu aimables pour Ics élèves do Perpignan c’rot surtout à titre de réparation pour ma ville natale que la démarche de M. Monge et sa déclaration me transportèrent de joie. VI. \037Venu à l’École polytechnique, à la fin de 1803, je fus placé dans la brigade excessivement bruyante des Gascons et des Bretons. J’aurais bien voulu étudier à fond la physique et la chimie, dont je ne connaissais pas intime les premiers rudiments; mais c’est tout au plus si les allures de mes camarades m’en laissaient le temps. Quant .’i l’analyse, j’avais appris, avant d’entrer à l’École, beaucoup au delà de ce qu’on exige pour en sortir. Je, viens de rapporter les paroles étranges que M, Monge le jeune m’adressa à Toulouse en commentant mon examen d’admission. II arriva quelque chose d’analogue au début de mon examen de mathématiques pour le passage d’une division de l’École dans l’autre. L’examinateur, cette fois, était l’illustre géomètre \037

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10 HISTOIRE \037Legendre, dont j’eus l’honncur, peu d’années après, de devenir le confrère et l’ami. \037J’entrai dans son cabinet au moment où M. T. qui devait subir l’examen avant moi, était emporté, complétement évanoui, dans les bras de deux garçons de Balle. Je croyais que cette circonstance aurait ému et adouci M. Legendre; mais il n’en fut rien. Comment vous appelez-vous? me dit-il brusquement. -Arago, répondis-je. -Vous n’êtes donc pas Français? -.Si je n’étais pas Français, je ne serais pas devant vous, car je n’ai pas appris qu’on ait été jamais reçu à l’École sans avoir fait preuve de nationalité. Je maintiens, moi, qu’on n’est pas Français quand on s’appelle Arago. -Je soutiens, de mon côté, que je suis Français, et très-bon Français, quelque étrange que mon nom puisse vous paraître* –C’est bien; ne discutons pas sur ce point davantage, et passez au tableau. » \037Je m’étais h peine armé de la craie, que M. Legendre, revenant au premier objet de ses préoccupations, me dit Vous êtes né dans les départements récemment réunis à la France? – Non, Monsieur; je suis né dans le département des Pyrénées-Orientales, au pied des Pyrénées, –Eh, que ne me disiez-vous cela tout de suite; tout s’explique maintenant. Vous êtes d’origine espagnole, n’est-ce pas?-C’est présuinable; mais, dans mon humblf famille, on ne conserve pas de pièces authentiques qui aient pu me permettre de remonter a l’état civil de mes ancêtres chacun y est fils de ses œuvres. Je vous déclare de nouveau que je suis Français, et cela doit vous suture. » La vivacité de cette dernière réponse n’avait pas dis- \037

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DE MA JEUNIÎSSL’. if \037posé M. Legendre en ma faveur. Je le reconnus aussitôt car, m’ayant fait une question qui exigeait l’emploi d’intégrales doubles, il m’arrêta en me disant: «La méthode que vous suivez ne vous a pas été donnée par le professeur. Ou l’avez-vous prise?– Dans un de vos Mémoires, Pourquoi l’avez-vous choisie ? Était-ce pour me séduire? Non, rien n’a été plus loin de ma pensée. Je ne l’ai adoptée que parce qu’elle m’a paru préférable. Si vous ne parvenez pas à m’expliquer les raisons de votre préférence, je vous déclare que vous serez mal noté, du moins pour le caractère, » \037J’entrai alors dans des développements établissant, selon moi, que la méthode des intégrales doubles était, en tous points, plus claire et plus rationnelle que celle dont Lacroix nous avait donné l’exposé à l’amphithéâtre. Dès ce moment, Legendre me parut satisfait et se radoucit. Ensuite, il me demanda de déterminer le centre de gravité d’un secteur sphérique, « La question est facile, lui dis-je. Eh bien, puisque vous la trouvez facile, j<> vais la compliquer au lieu de supposer la densité constante, j’admettrai qu’ello varie du centre à la surface, suivant une fonction déterminée. Je me tirai de ce colcul assez heureusement { dès ce moment, j’avais entièrement conquis la bienveillance de l’examinateur. Il m’adressa, en effet, quand je me retirai, ces paroles, qui, dans sa bouche, parurent à mes camarades d’un augure très-favorable pour mon rang de promotion. «Je vois que vous avez bien employé votre temps continuez de même la seconde année, et nous nous quitterons très.bons amis, » \037

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fi HISTOiniï \037Il y avait, dons tes modes d’examen adoptés a l’Ecole polytechnique de 1804 qu’on cite toujours pour l’opposer à l’organisation actuelle, des bizarreries inqualifiables. Croirait-on, par exemple, que le vieux bl. Burrucl examinait sur la physique deux élèves à la fois, et leur donnait, disait-on, à l’un et à l’autre la note moyenne? Je fus associé, pour mon compte, à un camarade plein d’intelligence, mais qui n’avait pas étudié cette branche de l’enseignement. Nous convînmes qu’il me laisserait le soin de répondre, et nous nous trouvâmes bien l’un et l’autre de cet arrangement. \037Puisque j’ai été amené à parler de l’École de 1804, je dirai qu’elle péchait moins par l’organisation que par le personnel que plusieurs des professeurs étaient fort audessous de leur» fonctions, ce qui donnait lieu à des scènes passablement ridicules. Les élèves s’étant aperçus par exemple, de l’insuffisance de M. Hassenfratz, firent une démonstration des dimensions de l’arc-en-ciel remplie d’erreurs de calcul qui se compensaient les unes les autres, f de telle manière que le résultat final était vrai. Le professeur, qui n’avait que ce résultat pour juger de la bonté de la réponse, ne manquait pas de s’écrier, quand il le voyait apparaître au tableau Bien, bien, parfaitement bien 1 ce qui excitait des éclats de rire sur tous les bancs de l’amphithéâtre. \037Quand un professeur a perdu la considération sans laquelle il est impossible qu’il fasse le bien, on se permet envers lui des avanies incroyables dont je vais citer un seul échantillon. \037Un élève, M. Lcboullenger, rencontra un soir dans le \037

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DE MA JEUNESSE. 4) \037monde le même M. Hassenfratz et eut avec lui une discussion. En rentrant le matin à l’École, il nous fit purt de cette circonstance. – Tenez-vous sur vos gardes, lui dit l’un de nos camarades, vous serez interrogé ce soir jouez serré, car le professeur a certainement prépari quelques grosses difficultés, afin de faire rire a vos dépens Nos prévisions ne furent pas trompées. A peine les élèves étaient-ils arrivés à l’amphithéâtre, que M. Hassenfratz appela M. Leboullenger qui se rendit au tableau. M. Leboullenger, lui dit le professeur, vous avez vu ta lune? – Non, Monsieur 1 -Comment Monsieur, vous dites que vous n’avez jamais vu la lune? Je ne puis que répéter ma réponse; non, Monsieur. » Hors de lui, et voyant sa proie lui échapper à cause de cette réponse inattendue, M. Hassenfratz s’adressa à l’inspecteur, chargé ce jour-là de la police, et lui dit Monsieur, voilà M. Leboullenger qui prétend n’avoir jamais vu la lune. (.lue voulezivous que j’y fasse? répondit stoïquement M. Lebrun. Repoussé de ce côté 1e professeur se retourna encore une fois vers M. Leboullenger, qui restait calme et sérieux au milieu de la gaieté indicible de tout l’amphitéÀtre, et il s’écria avec une colère non déguisée Vous persistez à soutenir que vous n’avez jamais vu la lune?– Monsieur, repartit l’élève, je vous tromperais si je vous disais que je n’en ai pas entendu parler, mais je ne l’ai jamais vue. Monsieur, retournez à votre place. • Après cette scène, M. Hassenfratz n’était plus professeur que de nom, son enseignement ne pouvait plus avoir aucune utilité. \037

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fi HISTOIRE \037VII. \037Au commencement de la deuxième année, je fus nommé chef de brigade. Hachette avait été professeur d’hydrogrophic à Collioure; ses amis du Roussillon me recommandèrent a lui il m’accueillit avec beaucoup de bonté et me donna même une chambre dans son appartement. C’est là que j’eus le plaisir de faire la connaissance de Poisson, qui demeurait à côté. Tous les soirs, le grand géomètre entrait dans ma chambre, et nous passions des heures entières a nous entretenir de politique et de mathématiques, ce qui n’est pas précisément la même chose. Dans le courant de 1804, l’École fut en proie aux passions politiques, et cela, par la faute du gouvernement. \037On voulut d’abord forcer les élèves à signer une adresse de félicitations sur la découverte de la conspiration dans laquelle Moreau était impliqué. Ils s’y refusèrent en disant qu’ils n’avaient pas à se prononcer sur une cause dont la justice était saisie. Il faut, d’ailleurs, remarquer que Moreau ne s’était pas encore déshonoré en prenant du service dans l’armée russe qui vint attaquer les Français sous les murs de Dresde. \037Les élèves furent invités à faire une manifestation en faveur de l’institution de la Légion d’Honneur ils s’y refusèrent encore; ils virent bien que la croix donnée .sans enquête et sans contrôle serait, en bien des cas, la récompense de la charlatanerie et non du vrai mérite. La transformation du gouvernement consulaire en gou- \037

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DE MA JEUNESSE. «  \037vcrnemcnt impérial donna lieu, dons le sein de l’École, à de très-vifs débats, \037Beaucoup d’élèves refusèrent de joindre leurs félicitations aux plates adulations des corps constitués. Le général Lacuée, nommé gouverneur de l’École, rendit compte de cette opposition à l’Empereur. \037Monsieur Lacuée, s’écria Napoléon au milieu d’un groupe de courtisans qui applaudissaient de la voix et du geste, vous ne pouvez conserver à l’École les élèves qui ont montré un républicanisme si ardent vous les renverrez. Puis, se reprenant Je veux connattre auparavant leurs noms et leurs rangs de promotion. Voyant la liste, le lendemain, il n’alla pas au delà du premier nom, qui était le premier de l’artillerie. « Je ne chasse pas les premiers de promotion, dit-il; ah s’ils avaient été à la queue M. Lacuée, restez-en là. • \037Rien ne fut plus curieux que la séance dans laquelle le général Lacuée vint recevoir le serment d’obéissance des élèves. Dans le vaste amphithéâtre qui les réunissait, on ne remarquait aucune trace du recueillement que devait inspirer une telle cérémonie. La plupart, au lieu de répondre à l’appel de leurs noms Je le jure, «’écriaient « Présent. » \037Tout à coup, la monotonie de cette scène fut interrompue par un élève, le fils de Brissot le eonventionnel, qui s’écria d’une voix de stentor « Non, je ne prête pas serment d’obéissance à l’Empereur. » Lacuée, pale et très-peu de sanj-froid ordonna à un détachement d’élèves armés placé derrière lui, d’aller arrêter le récalcitrant. Le détachement, à la tôte duquel je me trouvais, refusa d’obéir. \037

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46 I1ISTO1RK \037Brissot, s’adressant au général, avec le plus grand calme, lui dit « Indiquez-moi le lieu où vous voulez que je me rende; ne forcez pas les élèves à se déshonorer en mettant la main sur un camarade qui ne veut pas résister. » Le lendemain Brissot fut expulsé. \037V III. \037Vers cctto époque, M. Méchain qui avait été envoyé en Espagne pour prolonger la méridienne jusqu’à Formentera, mourut à Castellon de la Plana. Son fils, secrétaire do l’Observatoire, donna incontinent sa démission, Poisson m’offrit cette place je résistai à sa première ouverture je ne voulais pas renoncer à la carrière militaire, objet de toutes mes prédilections, et dans laquelle j’étais d’ailleurs assuré de la protection du maréchal Lanncs, ami de mon père. J’acceptai toutefois, à titre d’essai, après une visite que je fis à M. de Laplace, en compagnie de M. Poisson, la position qu’on m’offrait à l’Observatoire, avec la condition expresse que je pourrais rentrer dans l’artillerie si ça me convenait. C’est par ce motif que mon nom resta Inscrit sur (a liste des élèves de l’École s j’étuU seulement détaché à l’Observatoire pour un service spécial. \037J’entrai donc dons cet établissement sur la désignation de Poisson, mon ami, et par l’intervention de Laplace. Celui-ci me combla de prévenances. J’étais heureux et fier quand je dtnals dans la rue de Tournon chez le grand géomètre. Mon esprit et mon cœur étaient Ires-disposé* & tout admirer, Il tout respecter, chez celui qui avait \037

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DE MA JEUNESSE. t7 \037la rauaa lia VÀfiitattnn aAe>ii\ati>A An la !̃•«<• \037L-t. 3 \037découvert la cause de l’équation séculaire do la lune, trouvé dans le mouvement de cet astre les moyens de calculer t’aplatissement de la terre, rattaché à l’attraction tes grandes inégalités de Jupiter et de Saturne, etc., etc. Mais, quel ne fut pas mon désenchantement, lorsque, un jour, j’entendis madame de Laplace s’approcher de son mari, et lui dire*. « Voulez-vous me confier la clef du sucre? » \037Quelques jours après, un second incident m’affecta plus vivement encore. Le Ois de M. de Laplace se préparait pour tes examens de l’École polytechnique. Il venait quelquefois me voir à l’Observatoire. Dans une de ses visites, je lui expliquai la méthode des fractions continues, à l’aide de laquelle Lagrange obtient les racines des équations numériques. Le jeune homme en parla à son père avec admiration. Je n’oublierai jamais la fureur qui suivit lea paroles d’Émile de Laplace, et l’ôpreté des reproches qui me furent adressés pour m’être fait le patron d’un procédé qui peut être très-long en théorie, mais auquel on ne peut évidemment rien reprocher du côté do l’élégance et de la rigueur. Jamais une préoccupation jalouse ne s’était montrée plus à nu et sous des formes plus acerbes. Ah 1 me disais-je, que les anciens furent bien inspirés lorsqu’ils attribuèrent des faiblesses à celui qui cependant faisait trembler l’Olympe en fronçant le sourcil. » \037IX. \037Ici se place, par sa date, une circonstance qui aurait \037

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48 IIISTOIRB \037a a a. • t « • \037pu avoir pour moi les conséquences les plus fatales voici le fait. \037J’ai raconté plus haut la scène qui fit expulser le fils de Brissot do l’École polytechnique. Je Pavais totalement perdu de vue depuis plusieurs mois, lorsqu’il vint me rendre visite à l’Observatoire, ot me plaça dans la position la plus délicate, la plus terrible où on honnête homme se soit jamais trouvé. \037< Je ne vous ai pas vu, me dit-il, parce que, depuis ma sortie de l’École, je me suis exercé chaque jour à tirer le pistolet; je suis maintenant d’une* habileté peu commune, et je vais employer mon adresse à débarrasser la France du tyran qui a confisqué toutes ses libertés. Mes mesures sont prises; j’ai loué une petite chambre sur te Carrousel, tout près de l’endroit où Napoléon, après être sorti de la cour, vient passer la revue de la cavalerie c’est de l’humble fenêtre de mod appartement que partira la balle qui lui traversera la tête. » Je laisse à deviner avec quel désespoir je reçus cette confidence. Je Os tous les efforts imaginables pour détourner Brissot de son sinistre projet; je lui fis remarquer que tous ceux qui s’étaient lancés dans dos entreprises de cette nature avaient été qualifiés par l’histoire du nom odieux d’assassin. Rien ne parvint à ébranler sa fatale résolution; j’obtins seulement de lui, sur l’honneur, la promesse que l’exécution serait quelque peu ajournée, et je me mis en quête des moyens de la faire avorter. \037L’idée de dénoncer le projet de Brissot à l’autorité ne traversa pas même ma pensée. C’était une fatalité qui \037

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• \037DE MA JBONB8SB. 4* \037• « h • _̃ a • h • ̃ • \037venait me frapper, et dont je devais subir les conséquences, quelque graves qu’elles pussent être. Je comptais beaucoup sur les sollicitations de ta mère de Brissot, déjà si cruellement éprouvée pendant la révolution je me rendis chez elle, rue de Condé, et la priai à mains jointes de sa réunir à moi pour empêcher son fils de donner suite à sa résolution sanguinaire. c Eh! Monsieur, me répondit cette femme, d’ailleurs modèle de douceur, si Sylvain (c’était le nom de l’ancien élève de l’École) croit qu’il accomplit un devoir patriotique, je n’ai ni l’intention, ni le désir de le détourner de ce projet. » \037C’était en moi-môme que je devais désormais puiser toutes mes ressources. J’avais remarqué que Brissot .s’adonnait à la composition de romans et de pièces de vers. Je caressai cette passion, et tous les dimanches. surtout quand je savais qu’il devait y avoir une revue, j’allais le chercher, et l’entralnais à la campagne dans les environs de Paris. J’écoutais alors complaisamment la lecture des chapitres de ses romans qu’il avait composés dans la semaine. \037Les premières courses m’effrayèrent un peu, car, armé de ses pistolets, Brissot saisissait toutes les occasions de montrer sa grande habileté; et jo réfléchissais que cette circonstance me ferait considérer comme son complice, si jamais il réalisait son projet. Enfin, sa prétention à la gloire littéraire, que je flattai de mon mieux, les espérances que je lui fis concevoir sur la réussite d’une passion amoureuse dont il m’avait confié le secret, ct à laquelle je ne croyais nullement, lui firent recevoir \037

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30 HISTOIRE \037avec attention les réflexions que je lui présentais sans cesse sur son entreprise. Il se détermina à faire un voyage d’outre-mer, et me tira ainsi de la plus grave préoccupation que j’ai éprouvée dans ma vie. Brissot est mort après avoir couvert les murs de Paris d’affiches imprimées en faveur de la restauration bourbonnienne. \037X. \037A peine entré à l’Observatoire, je devins le collaborateur de Biot dans des recherches sur la réfraction des gaz, jadis commencées par Borda. \037Durant ce travail, nous nous entretînmes souvent, le célèbre académicien et moi, de l’intérêt qu’il y aurait a reprendre en Espagne la mesure interrompue par la mort de Méchain. Nous soumîmes notre projet à Laplace, qui l’accueillit avec ardeur, fit faire les fonds nécessaires, et le Gouvernement nous confia, à tous deux, cette mission importante. \037Nous partîmes de Paris, M. Biot et moi, et le commissaire espagnol Rodriguez, au commencement de 1800. Nous visitâmes, chemin faisant, les stations indiquées par Méchain; nous flmes à la triangulation projetée quelques modifications importantes, et nous nous mîmes aussitôt à l’œuvre. \037Une direction inexacte donnée aux réverbères établis Il Iviza sur la montagne Campvey, rendit les observations faites sur le continent extrêmement difficiles. Ln lumière du signal de Campvey se voyait très-rarement, et je fus, pendant six mois, au Desierto de lai Palmat, \037

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DE MA JEUNESSE. 91 \037,< 4-< t~t. <«~ 1. <<&M ~t~t~)!~ \037sans l’apercevoir, tondis que plus tard la lumière établie au Desierto, mais bien dirigée, se voyait, tous les soirs, de Campvey. On concevra facilement quel ennui devait •’prouver un astronome actif et jeune, confiné sur un pic clevé, n’ayant pour promenade qu’un espace d’une vingtaine de mètres carrés, et pour distraction que la conversation de deux chartreux dont le couvent était situé au pied de la montagne, et qui venaient en cachette enfreindre la règle de leur ordre. \037Au moment où j’écris ces lignes, vieux et infirme, avec des jambes qui peuvent à peine me soutenir, ma pensée se reporte involontairement sur cette époque de ma vie où, jeune et vigoureux, je résistais aux plus grandes fatigues et marchais jour et nuit dans les contrées mon»lagncuscs qui séparent les royaumes de Valence et de Catalogne du royaume d’Aragon, pour aller rétablir nos signaux géodésiques que les ouragans avaient renversés. XI. \037J’étais à Valence vers le milieu d’octobre 1806. Un matin, de bonne heure, je vis entrer chez moi le consul de France, tout effaré < Voici une triste nouvelle, me dit M. Lanusse, faites vos préparatifs de départ; la ville est toute en émoi; une déclaration de guerre contre la France vient d’être publiée; il parait que nous avons éprouvé un grand désastre en Prusse. La reine, assuret-on, s’est mise à la tête de la cavalerie et de la garde royale; une partie de l’armée française a été taillée en pièces; le reste est en complète déroute. Nos vies ne \037

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Il histoire \037̃ • Alt» •••! .1 \037seraient pas en sûreté si nous restions ici; l’ambassadeur de France à Madrid me préviendra quand un bâtiment américain, à l’ancre au Grao de Valence, pourra nous prendre à son bord, et moi, je vous avertirai dès que le moment sera venu. » Co moment ne vint pas, car, peu de jours après, la fausse nouvelle qui, on doit le supposer, avait dicté la proclamation du prince de la Paix, fut remplacée par le bulletin de la bataille d’Iéna. Les gens qui d’abord faisaient tes fanfarons et menaçaient de tout pourfendre, étaient subitement devenus d’une platitude honteuse nous pouvions nous promener dans la ville, tête levée, sans craindre désormais d’être insultés. Cette proclamation, dans laquelle on parle des circonstances critiques où était la nation espagnole, des difficultés qui entouraient ce peuple, du salut de la patrie, des palmes et du Dieu de la victoire, d’ennemis avec lesquels on devait en venir aux mains, ne renfermait pas le nom de la France. On en profita, le croirait-on? pour soutenir qu’elle était dirigée contre le l’ortugal. Napoléon fit semblant de croire à cette burlesque interprétation; mais, dès ce moment, il fut évident que l’Espagne serait tôt ou tard obligée de rendre un compte sévère des intentions guerroyantes qu’elle avait subitement montrées en 1800 ceci, sans justifier les événement* de Bayonne, les explique d’une manière fort naturelle. XII. \037J’attendais à Valence M. Biot, qui «’était chargé d’ap-^ porter de nouveaux instrumenta avec lesquels nous de- \037

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DE MA JEUNESSE. si 1_a.!&JI- .¡¡- il \037vionfl mesurer la latitude de Fomentera. Je profitera! de cea courts instants de repos pour consigner ici quelques détails de mœurs qu’on lira peut-être avec intérêt. Je rapporterai d’abord une aventure qui faillit me coûter la vie dans des circonstances assez singulières. Un jour, par délassement, je crus pouvoir aller, avec un compatriote, t la foire de Murviedro, l’ancienne Sagonte, qu’on me disait être très-curieuse. Je rencontrai, dons la ville, la fille d’un Français résidant è Valence, mademoiselle B* Toutes les hôtelleries étaient combles mademoiselle B* noua invita à aller prendre une collation chez sa grand’mère; noua acceptâmes. Mais, t au sortir de la maison, elle noua apprit que notre visite n’avait pas été du goût de son fiancé, et que nous devions nous attendre à quelque guet-apena de sa façon. Nous allâmes incontinent acheter des pistolets chez un armurier, et nous nous remîmes en route pour Valence. Chemin faisant, je dis au caletero, homme que j’employais depuis longtemps et qui m’était très-dévoué fsidro, j’ai quelques raisons de croire que nous serons arrêtés; je vous en avertis, afin que voua ne eoyes pas surpris par les coups de feu qui partiront do la caleza.» ie Isidro, assis aur le brancard, suivant l’habitude du pays, répondit \037• Vos pistolets sont parfaitement inutiloa, Messieurs .· laissez-moi faire; il suffira d’un cri pour que mu mulo nous débarrasso de deux, de trois et même de quatre hommes. » \037Une minute s’était à peine écoulée depuis que le calezero avait prononce ces paroles, lorsque deux homme» \037

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U HISTOIRE \037se présentèrent devant la mule et la saisirent par les naseaux. A l’instant, un cri formidable, qui ne s’effacera jamais de mon souvenir, le cri de capitanal fut poussé par loidro. La mule se cabra presque verticalement, on soulevant l’un des deux hommes, retomba et partit au grand galop. Le cahot qu’éprouva la voiture nous lit trop bien comprendre ce qui venait d’arriver. Un long silence succéda à cet événement; il ne fut interrompu que par ces mots du calezero Ne trouvez-vous pas, Messieurs, que ma mule vaut mieux que des pistolets? • Le lendemain, le capitaine général, don Domingo Izquierdo me raconta qu’on avait trouvé un homme écrasé sur la route de Murvicdro. Je lui rendis compte de la prouesse de la mule d’Isidro, et tout fut dit. XIII. \037Une anecdote prise entre mille, et l’on verra quelle vie aventureuse menait le délégué du Bureau ie$ longitude». Pendant mon séjour sur une montagne voisine de Cullera, au nord de l’embouchure du rio Xucar, et au sud de l’Albuféra, je conçus, un moment, le projet d’établir une station sur les montagnes élevées qui se voient en face. J’allai la visiter. L’alcade d’un des villages voisine m’avertit du danger auquel j’allais m’exposer. Ces,montagnes, me dit-il, servent de repaire à une foule de voleurs de grand chemin. Je requis la garde nationale, comme j’en avais le pouvoir. Mon escorte fut prise par les voleurs pour une expédition dirigée contre eux, et ils se répandirent aussitôt dans la riche plaine que \037

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DE MA JRUNBSSE. 15 \037le Xucar arrose. A mon retour, je trouvai le combat engagé entre eux et les autorités de Cullera. Il y eut des blessés des deux parts, et si je me le ra ppclle bien, un alguazil resta même sur le carreau. \037Le lendemain matin, je regagnai ma station. La nuit suivante fut horrible; il tombait une pluie diluvienne. Vers minuit, on frappa à la porte de ma cabane. Sur la question s «Qui va là? on répondit Un garde de la douane, qui vous demande un refuge pour quelques heures. » Mon domestique ayant ouvert, je vis entrer un homme magni fique, armé jusqu’aux dents. Il eo coucha par terre et s’endormit. Le matin, pendant que je causais avec lui, à la porte de ma cabane, ses yeux s’animèrent en voyant sur le penchant de la montagne deux personnes, l’alcade de Cullera et son principal alguazil, qui venaient me rendre visite. « Monsieur, s’écrla-t-il il ne faut rien moins que la reconnaissance que je vous dois, à raison du service que vous m’avez rendu cette nuit, pour que je ne saisisse pas cette occasion de me débarrasser, par un coup de carabine, de mon plus cruel ennemi. Adieu, Monsieur I Et il partit, léger comme une gazelle, sautant de rocher en rocher. \037Arrivés à la cabane l’alcade et son alguazil reconnu- rent dans le fugitif le chef de tous les voleurs de grands chemins de la contrée. \037Quelques jours après, le temps étant redevenu trèsmauvais, je reçus une seconde visite du prétendu garde de la douane, qui s’endormit profondément dans ma cabane. Je vis que mon domestique, vieux militaire, qui avait entendu le récit des faits et gestes de cet homme, \037

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16 H1STOIRB \037«-♦ uAi a!1 L I a AaSAM T« <̃ jtaai xi X UllM *1 A MAAM 1*4 <1a 4t \037s’apprêtait à le tuer. Je mutai à bas de mon lit de camp, et prenant mon domestique à la gorge < Êtes-vous fou? t lui dis-je est-ce que nous sommes chargés de faire la police dans le pays? Ne voyez-vous pas d’ailleurs que ce serait nous exposer au ressentiment de tous ceux qui obéissent aux ordres de ce chef redouté? Et nous nous mettrions dans l’impossibilité de terminer nos opérations. » \037Le matin, au lever du soleil, j’eus avec mon hôte une conversation que je vais essayer de reproduire fidèlement, \037Votre situation m’est parfaitement connue je sais que vous n’êtes pas un garde de la douane j’ai appris de science certaine que vous êtes le chef des voleurs de la contrée. Dites-moi si j’ai quelque chose à redouter de vos affidés? \037L’idée de vous voler nous est venue; mais nous avons songé que tout votre argent était dans les villes voisines; que vous ne portiez pas do fonds sur le sommet des montagnes, où vous ne sauriez qu’en faire, et que notre expédition contre vous n’aurait aucun résultat fructueux. Nous n’avons pas d’ailleurs la prétention d’être aussi forts que le roi d’Espagne. Les troupes du roi nous laissent assez tranquillement exercer notre industrie; mais le jour où nous aurions molesté un envoyé de rempereur dea Français, on dirigerait contre nous plusieurs régiments et nous aurions bientôt succombé. Permettezmoi d’ajouter que la reconnaissance que je vous dois est votre plus sûre garantie. \037Eh bien, je veux avoir confiance dans vos paroles; \037

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DE MA J&UNES8E. 17 \037• ̃•,»_ j__ _# **• i » \037je réglerai ma conduite sur votre réponse, Dites-moi si je puis voyager la nuit? Il m’est pénible de me transporter, le jour, d’une station a l’autre, sou» l’action brûlente du soleil i. \037Vous le pouvez, Monsieur; j’ai déjà donné des ordres en conséquence ils ne seront pas enfreints, » Quelques jours après, je partais pour Dénia; il était minuit, lorsque je via acourir à moi des hommes à cheval qui m’adressèrent ce discours \037«Halte-là! senor; les temps sont durs il faut quo ceux qui possèdent viennent au secours de ceux qui n’ont rien. Donne&-nous les clef. de vos malles; nous ne prendrons que votre superflu, » \037J’avais déjà déféré à leurs ordres, lorsqu’il me vint a l’esprit de m’écrier: \037« On m’avait dit cependant que j? pourrais voyager sans risque. \037Comment vous appelez-vous, Monsieur ? 1 \037Don Francisco Arago. \037– Ilombre I vaya usted con Dioi (que Dieu vous accompagne). » \037Et nos cavaliers, piquant des deux, se perdirent rapidement dana un champ d’algarroboa. \037Lorsque mon ami le voleur de Cullera m’assurait que je n’avais rien à redouter de ses subordonnés, il m’apprenait en même temps que son autorité ne s’étendait pas au nord de Valence. Les détrousseurs de grand chemin de la partie septentrionale du royaume obéissaient à d’autres chefs, k celui, par exemple, qui, après avoir été pris, condamné et pendu, fut partagé en quatre quartiers \037

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U HISTOIRE \037qu on attacha à des poteaux sur quatre route» royales, mais non sans les avoir préalablement fait bouillir dans de l’huile afin d’assurer leur plus longue conservation. Cette coutume barbare ne produisait aucun effet; car à peine un chef était abattu qu’il s’en présentait un autre pour le remplacer. \037De tous ces voleurs de grand chemin, ceux qui avaient la plus mauvaise réputation opéraient dans les environs d’Oropeza. Les propriétaires des trois mules sur lesquelles nous chevauchions un soir dans ces parages, M. Rodriguez, moi et mon domestique, nous racontaient des haut$ fait$ de ces voleurs qui, même en plein jour, auraient fait dresser les cheveux sur la tête, lorsque, à la lucur de la lune, nous aperçûmes un homme qui sc cachait derrière un arbre nous étions six, et cependant cette vedette eut l’audace de nous demander la bourse ou la vie mon domestique lui répondit sur-le-champ t Tu nous crois donc bien lâches retire-toi, ou je t’abats d’un coup de ma carabine. Je me retire repartit ce misérable mais vous aurez bientôt de mes nouvelles. > Encore pleins d’effroi au souvenir des histoires qu’ils venaient de nous raconter, les trois arieros nous supplièrent de quitter la grande route et de nous jeter dans un bois qui était sur notre gauche. Nous déférâmes à leur invitation mais nous nous égarâmes. • Descendez, dirent-ils, les mules ont obéi à la bride et vous les avez mal dirigées. Revenons sur nos pas jusqu’à ce que nous soyons dans le chemin, et abandonnez les mules à elles-mêmes; elles sauront bien retrouver la route. • A peine avionsnous effectué cette manœuvre, qui nous réussit à mer- \037

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DR MA JEUNESSE. t9 \037veille, que nous entendîmes une vive discussion qui avait lieu à peu de distance. Les uns disaient i < II faut suivre la grande route, et nous les rencontrerons. Les autres prétendaient qu’il fallait se jeter à gauche dans le bois. Les aboiements des chiens dont ces individus étaient accompagnés ajoutaient au vacarme. Pendant ce temps nous cheminions silencieusement, plus morts que vifs. Il était deux heures du matin. Tout à coup nous vîmes une faible lumière dans une maison isolée c’était pour le navigateur comme un phare au milieu de la tempête, et le seul moyen de salut qui nous restât. Arrivés à la porte de la ferme, nous frappâmes et demandâmes l’hospitalité. Les habitants, très-peu rassurés, craignaient que nous ne fussions des .voleurs, et ne s’empressaient pas d’ouvrir. Impatienté du retard, je m’écriai, comme j’en avais reçu l’autorisation « Au nom du roi, ouvrez I On obéit à un ordre ainsi formulé nous entraînes pôlc-mêle et en toute hâte, hommes et mules, dans la cuisine qui était au rez-de-chaussée, et nous nous empressâmes d’éteindre tes lumières, afin de ne pas éveiller les soupçons des bandits qui nous cherchaient. Nous les entendîmes, en effet, passer et repasser près de la maison, vociférant de toute la force de leurs poumons contre leur mauvaise chance. Nous ne quittâmes cette maison isolée qu’au grand jour, et nous continuâmes notre route pour Tortose, non sans avoir donné une récompense convenable a nos hôtes. Je voulus savoir par quelles circonstances providentielles ils avaient tenu une lampe allumée à une heure indue. • C’est, me dirent-ils, que nous avions tué un cochon dans la journée, et que nous nous occupions \037

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30 HISTO1RB \037̃ _« _r. st.. • *• m-m • \037de la préparation du boudin, Faites vivre le cochon un jour de plus ou supprimez les boudins, je ne serais certainement plus de ce monde, et je n’aurais pas l’occasion «le raconter l’histoire des voleurs d’Oropeza. XIV. \037Jamais je n’ai mieux apprécié la mesure Intelligente par laquelle l’Assemblée constituante supprima l’ancienne division de la France en provinces, et lui substitua la division en départements, qu’en parcourant pour ma triangulation les royautés espagnoles limitrophes, de Catalogne, de Valence et d’Aragon. Les habitants de ces trois provinces se détestaient cordialement, et il ne fallut rien moins que le lien d’une haine commune pour les faire agir simultanément contre les Français. Telle était leur animo.sité, en 1807, que je pouvais à peine me servir à la fois de Catalans, d’Aragonais et de Valenciens, lorsque je me transportais avec mes instruments d’une station à l’autre. Les Valenciens en particulier étaient traités de peuple léger, futile, inconsistant, par les Catalans. Ceux-ci avaient l’habitude de me dire En el reino de Vakncia la carne « verdora, la verdura agua, lot hmbret mugeret, ht tnugeret nada; ce qui peut se traduire ainsi s Dans le royaume de Valence, la viande est légume, les légumes de l’eau, les hommes des femmes, et les femmes rien. » \037D’autre part, les Valehciens, parlant des Aragonais, les appelaient tchwot. \037Ayant demandé à un pâtre de cette province, qui \037

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DE HA JBUNESSE. 31 \037avait mené des chèvres près d’une de mes stations, quelle était l’origine de cette dénomination, dont ses compatriotes se montraient si offensés t \037< Je ne sais, me dit-il en souriant finement, si je dols vous répondre. –Aller, allez, lui dis-je, je puis tout entendre sans me fâcher. Eh bien, le mot de schurot veut dire qu’à notre grande honte, nous avons quelquefois été gouvcrnés par des rois français. Le souverain, avant de prendre le pouvoir, était tenu de promettre sous serment de respecter nos franchises et d’articuler à haute voix les mots solennels h Juro 1 Comme il no savait pas prononcer la Jota, il disait tchuro. Êtes-vous satisfait, scôorf Je lui répondis: Oui, oui Je vois que la vanité, que l’orgueil ne sont pas morts dans ce pays-ci. » Puisque je viens de parler d’un pâtre, je dirai qu’en Espagne, la classe d’individus des deux sexes préposée à la garde des troupeaux m’apparut toujours moins éloignée qu’en France des peintures que les poëtes anciens nous ont laissées des bergers et des bergères, dans leurs poésies pastorales. Les chants par lesquels ils cherchent à tromper les ennuis de leur vie monotone sont plus distiagués dans la forme et dans le fond que chez les autres nations de l’Europe auprès desquelles j’ai eu accès. Je* ne me rappelle jamais sans surprise qu’étant sur une montagne située au point de jonction des royaumes de Valence, d’Aragon et de Catalogne, je fus tout à coup enveloppé dans un violent orage qui me força de me réfugier sous ma tente et de m’y tenir tout blotti. Lorsque l’orage se fut dissipé et que je sortis de ma retraite, j’entendis, à mon prand étonnement, sur un pic isolé \037

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si HISTOIRE \037qui dominait ma station, une bergère qui chantait une chanson dont je me rappelle seulement ces huit vers, qui donneront une idée du reste \037A los que ampr no saben \037Ofroces las dulzuras \037Y a mi las amarguras \037Que té lo que es amar. \037Us gracias al me certé \037Eratj cuadro de flores \037Te cantaban amores \037Por hacerte callar. \037Oh! combien il y a de sève dans cette nation espa. gnolel quel dommage qu’on ne veuille pas lui faire produire des fruits 1 \037XV. \037En 1807, le tribunal de l’inquisition existait encore à Valence et fonctionnait quelquefois. Les révérends Pères ne faisaient, il est vrai, brûler personne; mais ils prononçaient des sentences où le ridicule le disputait à l’odieux. Pendant mon séjour dans cette ville, le saintoffice eut à s’occuper d’une prétendue sorcière il la fit promener dans tous les quartiers, à califourchon sur un Ane la figure tournée vers la queue la partie supérieure du corps, depuis la ceinture, n’offrait aucun vêtement; seulement, pour obéir aux règles les plus vulgaires de la décence, la pauvre femme avait été enduite d’une substance gluante, de miel, me dit-on, sur laquelle adhérait une énorme quantité de petites plumes; en sorte que, \037

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DE MA JEUNESSE. 33 \037l.–l. 1. 3 \037h vrai dire, la victime ressemblait à une poule ayant une icHc humaine. Le cortége, je laisse à deviner s’il y avait foule, stationna quelque temps sur la place de la cathédrale, où je demeurais. On me rapporta que la sorcière fut frappée sur le dos d’un certain nombre de coups de pelle; mais je n’oserais pas l’affirmer, car j’étais absent au moment où cette hideuse procession passa devant mes fciiftivs. \037Voila cependant quels spectacles on donnait au peuple, au commencement du xix* siècle, dans une des principales villes d’Fspagne, siége d’une université célèbre et patrie de nombreux citoyens distingués par leur savoir, leur courage et leurs vertus. Que les amis de l’humanité et de la civilisation ne se désunissent pas; qu’ils forment, ou contraire, un faisceau indissoluble, car la superstition veille toujours et guette le moment de ressaisir sa proie. \037XVI. \037J’ai raconté, dans le cours de ma relation, que deux chartreux quittaient souvent leur couvent du Desierlo de las palmat, et venaient, en contrebande, me voir à ma dation, située environ deux cents mètres plus haut, Quelques détails pourront donner une idée de ce qu’étaient certains moines, dans la Péninsule, en 1807. L’un des deux, le père Trivulce, était vieux; l’autre, nu contraire, était très-jeune. Le premier, d’origine franruise avait joué un rôle à Marseille, dans les événements contre révolutionnaires dont cette ville fut le \037

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U HISTOIRE \037théâtre au commencement de notre première révolution. Son rôle avait été très-actif on en voyait la preuve aux cicatrices de coups de sabre qui sillonnaient sa poitrine. Ce fut lui qui vint le premier. En voyant monter son jeune camarade, il se cacha; mais, dès que celui-ci fut entré en pleine conversation avec moi, Ic père Trivulce se montra tout à coup. Son apparition fit l’effet de la tête de Méduse. « Rassurez-vous, dit-il à son jeune confrère: ne nous dénonçons pas réciproquement, car notre prieur n’est pas homme à nous pardonner d’être venus ici enfreindre notre vœu de silence, et nous recevrions tous les deux une punition dont nous conserverions longtemps le souvenir. Le traité fut conclu aussitôt, et à partir de ce jour, les deux chartreux vinrent très-souvent s’entretenir avec moi. \037Le plus jeune de nos deux visiteurs était Aragonais; sa famillc l’avait fait moine contre sa volonté. Il me racontait un jour, devant M. Biot, revenu de Tarragone, où il s’était réfugié pour se guérir de la fièvre, des détails qui, suivant lui, prouvaient qu’il n’y avait plus en Espagne que des simulacres de religion. Ces détails étaient surtout empruntés au mystère de la confession. M, B;ot témoigna brusquement le déplaisir que cette conversation lui causait il y eut même, dans ses paroles, quel(lues mots qui portèrent le moine à supposer que M. Biot le prenait pour une sorte d’espion. Dès que ce soupçon eut traversé son esprit, il nous quitta sans mot dire, et le lendemain matin je le vis monter de bonne heure, anné d’un fusil. Le moine français l’avait précédé, et m’avait dit à l’oreille quel danger menaçait mon confrère. Joi- \037

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DE MA JEUNESSE. » \037giicz-vou» à moi, ajouta-t-il pour détourner le jeune moine aragonais de son projet homicide. Je n’ai pas besoin de dire que je m’employai avec ardeur dans cette négociation, où j’eus le bonheur de réussir. Il y avait là, comme on le voit, l’étoffe d’un chef de guérillero*. Je .serais bien étonné que mon jeune moine n’eût pas joué un rôle dans la guerre de l’indépendance. \037XVII. \037L’anecdote que je vais raconter prouvera amplement que la religion était, pour les moines chartreux du Iksierto de las Palmai, non la conséquence de sentiments élevés, mais une simple réunion de pratiques superstitieuses. \037La scène du fusil toujours présente à mon esprit, me semblait établir que le jeune moine aragonais, poussé par ses passions, serait capable des actions les plus criminelles. Aussi, je fus très-désagréablement impressionné, lorsqu’un dimanche, étant descendu pour entendre la messe, je rencontrai ce moine qui, sans mot dire, me con. duisit, par une série de sombres corridors, dans une chapelle où le jour ne pénétrait que par une très-petite fenêtre. U je trouvai le père Trivulce, qui se mit en mesure de dire la messe pour moi seul. Le jeune moine la servait. Tout à coup, un instant avant la consécration, Ic père Trivulce, se tournant de mon côté, me dit ces propres paroles « Nous avons la permission de dire la messe avec du vin blanc; nous nous servons pour cela de celui que nous recueillons dans nos vignes ce vin est très-bon. \037

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16 HISTOIRE \037Demandez au prieur de vous en faire goûter, lorsque, en sortant d’ici, vous irez déjeuner avec lui. Au surplus, vous pouvez vous assurer à l’instant de la vérité de ce que je vous dis.. Et il me présenta la burette pour’me faire boire. Je résistai fortement, non-seulement à cause de ce que je trouvai d’indécent dans cette invitation jetée au milieu de la messe, mais encore parce que, je dois l’avouer, je conçus un moment la pensée que les moines voulaient, en m’empoisonnant, se venger sur moi de l’avanie que M. Biot leur avait faite. Je reconnus que je m’étais trompé, que mes soupçons n’avaient aucun fondement car le père Trivulce reprit la messe interrompue, but, et but largement le vin blanc renfermé dans une des burettes. Quoi qu’il en soit, lorsque je fus sorti des mains des deux moines, et que je pus respirer l’air pur de la campagne, j’éprouvai une vive satisfaction. XVIII. \037Le droit d’asile accordé à quelques églises était un des plus hideux privilèges parmi ceux dont la révolution de 89 débarrassa la France. En 1807, ce droit existait encore en Espagne, et appartenait, je crois, è toutes les cathédrales. J’appris, pendant mon séjour à Barcelone, qu’il y avait, dans un petit clottre attenant à la plus grande église de cette ville, un voleur de grand chemin, un homme coupable de plusieurs assassinats, qui y vivait tranquillement, garanti contre toute poursuite par la sainteté du lieu. Je voulus m’assurer par mes yeux de la réalité du fait, et je me rendis avec mon ami Rodriguez \037

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DB MA JBUNB8SE. 31 \037dans le petit clottre en question. L’assassin prenait alors un repas qu’une femme venait de lui apporter. Il devina aisément le but de notre visite, et fit incontinent des démonstrations qui nous prouvèrent que si l’asile était sûr pour le détrousseur de grands chemins, il ne le serait guère pour nous. Nous nous retirâmes sur-le-champ en déplorant que dans un pays qui se disait civilisé, il existât encore des abus aussi criants, aussi monstrueux. XIX. \037Pour réussir dans nos opérations géodésiques, pour obtenir le concours des habitants des villages voisins de nos stations, nous avions besoin d’être recommandés aux curés. Nous allâmes donc, M. Lanusse, vice-consul de France, M. Biot et moi, rendre visite à l’archevêque de Valence, afin de solliciter sa protection. Cet archevêque, t homme de très-haute taille, était alors général des franciscains; son costume, plus que négligé, sa robe grise, couverte de tabac, contrastaient avec la magnificence du palais archiépiscopal. Il nous reçut avec bonté, et nous promit toutes les recommandations désirables: mais, au moment de prendre congé de lui, nos affaires semblèrent se gâter. M. Lanusse et M. Biot sortirent de la salle de réception sans baiser la main de Monseigneur, (luoiqu’il l’eût présentée à chacun d’eux très-gracieusement. L’archevêque se dédommagea sur ma pauvre personne. Un mouvement qui faillit me casser tes dents, un geste que je pourrais justement appeler un coup de poing, me prouva que le général des franciscains, malgré son \037

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38 HISTOIRE \037vœu d’humilité, avait été choqué du sans-façon de mes deux compagnons de visite. J’allais me plaindre de la brusquerie dont il usait à mon égard; mais j’avais devant les yeux les nécessités de nos opérations trigonométriques, et je me tus. \037D’ailleurs, à l’instant où le poing serré de l’archevéque s’appliqua sur mes lèvres, je songeais encore aux belles expériences d’optique qu’il eût été possible de faire avec la magnifique pierre qui ornait son anneau pastoral. Cette idée, je le dis franchement, m’avait préoccupé pendant toute la durée de la visite. \037XX. \037M. Biot étant enfin venu me retrouvera Valence, où j’attendais, comme je l’ai dit, de nouveaux instruments, nous nous rendtmes à Formentera, extrémité méridionale de notre arc, dont nous déterminâmes la latitude. M, Biot me quitta ensuite pour retourner à Paris, pendant que je joignais géodésiquement l’tle Maynrque à Iviza et à Formentera, obtenant ainsi, à l’aide d’un seul triangle, la mesure d’un arc de parallèle de un degré et demi. \037Je me rendis ensuite à Mayorque, pour y mesurer la latitude et l’azimut. \037A cette époque, la fermentation politique, engendrée par l’entrée des Français en Espagne, commençait i envahir toute la Péninsule et les Iles qui en dépendent. Cette fermentation n’atteignait encore, à Mayorque, que )fts ministres*, les partisans et les parents du prince de In \037

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DG MA JEUNESSE. %9 \037Paix. Tous les soirs, je voyais traîner en triomphe, sur In place de Palma, capitale do l’tle Mayorque, tantôt tes voitures en flammes du ministre Sollcr, tantôt les voitures de l’évéque, et même celles de simples particuliers soupçonnés d’être attachés à la fortune du favori Godoï. J’étais loin de soupçonner alors que mon tour allait bientôt arriver. \037Ma station mayorquino, le Clopde Calaxo, montagne très-élevée était située précisément au-dessus du port oii débarqua don Jayme el Conquistador lorsqu’il alla enlever les Iles Baléares aux Maures. Le bruit se répandit dans la population que je m’étais établi là pour favoriser l’arrivée de l’armée française, et que tous les soirs je lui faisais des signaux. Ces bruits toutefois ne devinrent menaçants pour moi qu’au moment de l’arrivée à Palma, le 27, mai 1808, d’un officier d’ordonnance de Napoléon. Cet officier était M. Berthemie il portait à l’escadre espagnole, à Mahon, l’ordre de se rendre en toute hAte à Toulon. Un soulèvement général, qui mit la vie de cet officier en danger, suivit la nouvelle de sa mission. Le capitaine -général Vives ne parvint même à lui sauver la vie qu’en le faisant enfermer dans le château fort de Bel ver. On se souvint alors du Français établi au Clop île Galaxo et l’on forma une expédition populaire pour aller s’en saisir. \037M. Damian patron du mistic que le gouvernement espagnol avait mis à ma disposition, prit les devants et m’apporta un costume à l’aide duquel je me déguisai. En me dirigeant vers Palma, en compagnie du brave marin, nous r^ncontrAmes l’attroupement qui allait à ma re- \037

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40 HISTOIRB \037cherche. On ne me reconnut pas, car je parlais parfaitement le mayorquin. J’encourageai fortement les hommes de ce détachement à continuer leur route, et je m’acheminai vers Palma. La nuit, je me rendis à bord du mistic, commandé par don Manuel de Vacaro, que Ic gouvernement espagnol avait placé sous mes ordres. Je demandai à cet officier s’il voulait me conduire à Barcelone, occupé par tes Français, lui promettant que, si l’on faisait mine de le retenir, je reviendrais sur-le-champ me constituer prisonnier» \037Don Manuel, qui jusqu’alors avait montré envers moi une obséquiosité extrême, n’eut que des paroles de rudesse et de défiance. Il se fit, sur le môle, où le mistic était amarré, un mouvement tumultueux que Vacaro m’assura être dirigé contre moi. « Soyez sans inquiétude me dit-il; si l’on pénètre dans le navire, vous vous cacherez dans ce bahut, J’en fis l’essai mais la caisse qu’il me montrait était si exiguë que mes jambes étaient tout entières en dehors, et que le couvercle ne pouvait pas se fermer. Je compris parfaitement ce que cela voulait dire, et je demandai à M. Vacaro de me faire enfermer aussi au château de Belver. L’ordre d’incarcération du capitaine-général étant arrivé, je descendis dans la chaloupe où les matelots du mistic me reçurent avec effusion. Au moment où ils traversaient la rade, la populace m’aperçut, se mit à ma poursuite, et ce ne fut qu’avec l>caucoup de peine que j’atteignis Belver sain et sauf. Je n’avais, en effet, reçu dans ma course qu’un léger coup de poignard à la cuisse. On a vu souvent des prisonniers s’éloigner à toutes jambes de leur cachot je suis le \037

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DE MA JEUNESSE. U \037premier, peut-être, è qui il ait été donné de faire l’inverse. Cela ee passait le 1" ou le 2 juin 1808. Le gouverneur de Belver était un personnage tresextraordinaire. S’il vit encore, il pourra me demander un certificat de priorité sur les hydropathes modernes le capitaine grenadin soutenait que l’eau pure, administrée convenablement, était un moyen de traiter toutes les maladies, même les amputations. En écoutant ses théories tres-patiemment et sans jamais l’interrompre, je conquis ses bonnes grâces. Ce fut sur ea demande, et dans l’intérêt de notre sûreté qu’une garnison suisse remplaça la troupe espagnole qui jusque-là avait été employée à la garde de Belver. Ce fut aussi par lui que j’appris un jour qu’un moine avait proposé aux soldats qui allaient chercher ma nourriture en ville, de verser du poison dans l’un des plats. \037Tous mes anciens amis de Mayorque m’avaient abandonné au moment de ma détention. J’avais eu avec don Manuel de-Vacaro une correspondance très-acerbe pour obtenir la restitution du sauf-conduit que l’amirauté anglaise nous avait délivré. M. Rodriguez seul osait venir me visiter en plein jour, et m’apporter toutes le» consolations qui étaient en son pouvoir. \037XXI. \037L’excellent 11. Rodriguez, pour tromper les ennuis de mon incarcération, me remettait de temps en temps les journaux qui se publiaient alors sur divers points de la JV’tiinsulo. Il nu; le» envoyait souvent sans les lire. l’ne \037

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M HISTOIRE \037fois, je vis dans ces journaux le récit des horribles massacres dont la ville de Valence, je ine trompe, dont la place des ’taurcauoo avait été le théâtre, et dans lesquels disparut, sous la pique du toréador, la presque totalité des Français établis dans cette ville (plus de 350). Un autre journal renfermait un article portant ce titre JWaftûn <~ ~o dAo~o~MM <<c~ «~ ~r<t~ e < <~or B~ cion d$ la ahorcadura del sefbr Arago e del teHor Berthemie littéralement Relation du supplice de Ht. Arago et de M. Berthemie. Cette relation parlait des deux supplicié* dans des termes très-différents. M. Berthemie était un huguenot, il avait été sourd à toutes les exhortations il avait craché à la figure de l’ecclésiastique qui t’assistait, et même sur l’image du Christ. Pour moi, je m’étais conduit avec beaucoup de décence et m’étais laissé pendre sans soulever aucun scandale. Aussi, l’auteur de la relation témoignait ses regrets de ce qu’un jeune astronome avait eu la faiblesse de s’associer à une trahison, en venant, sous le couvert de la science, favoriser l’entrée de l’armée française dans un royaume ami. Après la lecture de cet article, je pris immédiatement mon parti • Puisqu’on parle de mon supplice, dis-je à mon ami Rodriguez, l’événement ne tardera pas à arriver j’aime mieux être noyé que pendu je veux m’évader de cette forteresse c’est à vous de m’en fournir les moyens. » Rodriguez, sachant mieux que personne combien mes appréhensions étaient fondées, se mit aussitôt à l’œuvre. II alla chez le capitaine-général et lui fit sentir tous les dangers de sa position si je disparaissais dans une émeute populaire, ou même s’il avait la main forcée pour se débarrasser de moi. Ses observations furent d’autant mieux \037

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DE MA JEUNESSE. 41 \037comprises, que personne ne pouvait alors prévoir quelle serait l’issue de la révolution espagnole. « Je prends l’engagement, dit le capitaine-général Vives à mon colla»Orateur Rodriguez, de donner au commandant de la forteresse l’ordre de laisser sortir, quand le moment sera venu, M. Arago et même les deux ou trois autres Français qui sont avec lui dans le château de Belver. Ils n’auront donc nullement besoin des moyens d’évasion qu’ils se sont procurés; mais j’entends rester en dehors de tous les préparatifs qui deviendront nécessaires pour faire sortir de l’lie les fugitif.; je laisse tout cela sous votre responsabilité. » \037Rodriguez s’entendit immédiatement avec le brave patron Damian; il fut convenu entre eux que Damian prendrait le commandement d’une barque à demi pontée que le vent avait poussée sur la plage, qu’il l’équipcrait comme s’il voulait aller à la poche, qu’il nous porterait à Alger, après quoi sa rentrée à Palma, avec ou sans poisson, n’inspirerait aucun soupçon. \037Les choses furent exécutées suivant ces conventions, et malgré la surveillance inquisitoriale que don Manuel de Vacaro exerçait sur le patron de son mistic. \037Le 28 juillet i808, nous descendions silencieusement la colline sur laquelle Belver est bâtie, au moment mcme où la famille du ministre Soller entrait dans la forteresse pour se soustraire aux fureurs de la populace. Parvenus sur le rivage, nous y trouvâmes Damian, sa barque et trois matelots. Nous nous embarquâmes sur-le-champ et mimes à la voile; Damian avait eu la précaution de réunir aussi wir ce fréïo navire les instruments de prix qu’il \037

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41 HISTOIRE \037avait enlevés à ma station du Clop de Galazo. La mer était mauvaise; Damian crut prudent de s’arrêter à la petite tic de Cabrera, destinée à devenir, peu de temps npri-s, si tristement célèbre par les souffrances qu’y éprouvèrent les soldats de l’armée de Dupont, après la honteuse capitulation de Baylen. Là, un incident singulier faillit tout compromettre. Cabrera assez voisine de l’extrémité méridionale de Mayorque, est souvent visitée par des pécheurs venant de cette partie de l’Ile. M. Berthemie craignait assez justement que, le bruit de l’évasion étant répandu, on ne dépéchât quelques barques pour se saisir de nous. Il trouvait notre relâche inopportune; je soutenais qu’il fallait s’en rapporter à la prudence du patron. Pendant cette discussion, les trois marins que Damian avait enrôlés virent que M. Berthemie, que j’avais fait passer pour mon domestique, soutenait son opinion contre moi sur le pied d’égalité. Ils s’adressèrent alors en ces termes au patron \037« Nous n’avons consenti à prendre part à cette expédition qu’à la condition que l’aide de camp de l’Empereur, renfermé à Belver, ne figurerait pas au nombre des personnes que nous enlèverions. Nous ne voulions nous prêter qu’à la fuite de l’astronome. Puisqu’il en est autrement, il faut que vous laissiez cet officier ici, à moins que vous ne préfériez le jeter à la mer. » \037Damian me fit part aussitôt des dispositions impératives de son équipage. M. Berthemie convint avec moi qu’il souffrirait quelques brutalités qui ne pouvaient être tolérées que par un domestique menacé par son maître; tous le-* soupçons disparurent. \037

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DE MA JEUNESSE. 4* \037Damian, qui craignait aussi pour lui-même l’arrivée de quelques pécheurs mayorquains, s’empressa de mettre à la voile, le 29 juillet 1808, dès le premier moment favorable, et nous arrivâmes à Alger le 3 août. XXII. \037Nos regards se portaient avec anxiété sur le port pour deviner la réception qui nous y attendait. Nous fûmos rassurés par la vue du pavillon tricolore qui flottait sur deux ou trois bâtiments. Mais nous nous trompions; ces bâtiments étaient hollandais. Dès notre entrée, un Espagnol, que nous primes, à son ton d’autorité, pour un foncliunnaire supérieur de la régence, s’approcha de Damian et lui demanda: Que portez-vous? Je porte, rélondit le patron, quatre Français. Vous allez Ics remporter sur-le-champ; je vous défends de débarquer. » Comme nous faisions mine de ne pas obtempérer à son ordre, notre Espagnol, c’était l’ingénieur constructeur des navires du dey, s’arma d’une perche, et se mit à nous assommer de coups. Mais, incontinent, un marin génois, monté sur un bateau voisin, s’arma d’un aviron et frappa d’estocet de taille notre assaillant. Pendant ce combat animé, nous desccndtmcs à terre sans que personne s’y y opposât. Nous avions conçu une singulière idée de la manière dont la police se faisait sur la côte d’Afrique. Nous nous rendtmes chez le consul de France, M. Du.bois-ThainviUe; il était a sa campagne. Escortés par le janissaire du consulat, nous nous acheminâmes vers cette campagne, l’une des anciennes résidences du dey, située \037

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40 r) HISTOIRE \037non loin de la porte de Bub-.Uoun. Le consul et sa famille nous reçurent avec une grande aménité et nous donnèrent l’hospitalité. \037Transporté subitement sur un continent nouveau, j’attendais avec anxiété le lever du soleil pour jouir de tout ce que l’Afrique devait offrir de curieux à un Européen, lorsque je me crus engagé dans une aventure grave. A lu lueur du crépuscule, je vis un animal qui se mouvait au pied de mon lit. Je donnai un coup de pied; tout mouvement cessa. Après quelque temps, je sentis le mémo mouvement s’exécuter sous mes jambes; une brusque secousse le fit cesser aussitôt. J’entendis alors les éclats de rire du janissaire, couché, sur un canapé, dans la r.ième chambre que moi, et je vis bientôt qu’il avait simplement, pour s’amuser de mon inquiétude, placé sur mon lit un gros hérisson. \037Le consul s’occupa, te lendemain, de nous procurer le passage sur un bâtiment de la Régence qui devait partir pour Marseille. M. Ferrier, chancelier du consulat français était en même temps consul d’Autriche. Il nous procura deux faux passe-ports qui nous transformaient, M. Berthcmie et moi, en deux marchands ambulants, l’un de Schmkat, en Hongrie, l’autre de Leoben. XXIII. \037Le moment du départ était arrivé le 13 août 1808, nous étions à bord; l’équipage n’était pas encore embarqué. Le capitaine en titre, Rai Braham Ouled Mustapha Goja, s’étant aperçu que le dey était sur sa terrasse, et \037

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DE MA JEUNESSE. 47 \037craignant une punition s’il tardait à mettre à la voile, compléta son équipage aux dépens des curieux qui regardaient sur le môle, et dont la plupart n’étaient pas marins ces pauvres gens demandaient en grâce la permis- sion d’aller informer leurs familles de ce départ précipité, et de prendre quelques vêtements. Le capitaine resta sourd à ces réclamations. Nous levâmes l’ancre. Le navire appartenait à l’émir de Seca directeur de la Monnaie. Son commandant réel était un capitaine grec, appelé Spiro Calligero. La cargaison consistait en un grand nombre de groupes. Parmi les passagers se trouvaient cinq membres de la famille à laquelle tes Bakri avaient succédé comme rois des Juifs deux marchands de plumes d’autruche, Marocains; le capitaine Krog, de Berghen en Norvège, qui avait vendu son bâtiment à Alicante deux tiens que le dey envoyait à l’empereur Napoléon, et un grand nombre de singes. Les premiers jours de notre navigation furent très-heureux. Par le travers de la Sardaigne nous rencontrâmes un bdtiment américain qui sortait de Cagliari. Un coup de canon (nous étions armés de quatorze pièces de petit calibre) avertit le capitaine de venir se faire reconnaître. Il apporta à bord un certain nombre de talons de passeports, dont l’un s’ajusta parfaitement avec celui dont nous étions porteurs. Le capitaine se trouvait ainsi en r^gle, et ne fut pas médiocrement étonné lorsque je lui ordonnai, au nom du capitaine Braham, de nous fournir du thé, du café et du sucre. Le capitaine américain protesta il nous appela brigands, écumeurs de mer, furbans Ic capitaine Braham admit sans difficulté toutes \037

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iti HISTOIRE \037cos qualifications, et n’en persista pas moins à exiger du Hicre, du café et du thé. \037L’Américain, poussé alors jusqu’au dernier terme de l’exaspération, s’ adressant à moi qui servais d’interprète Oh coquin de renégat I s’écria-t-il, si jamais je te rencontre en terre sainte, je ferai sauter ta tète en éclats. – Croyez-vous donc, lui répondis-je, que je sois ici pour mon plaisir, et que, malgré votre menace, je ne m’en irais pas avec vous, si je le pouvais? Ces paroles le calmèrent; il apporta le sucre, le café et le thé réclamés par le chef maure, et nous remîmes à la voile, mais sans nous être donné le farewell d’usage. \037XXIV. \037Nous étions déjà entrés dans le golfe de Lyon, et nous approchions de Marseille, lorsque, le 16 août 1808 nous rencontrâmes un corsaire espagnol de Patamos, armé à la proue de deux canons de 24. Nous fîmes force do voiles; nous espérions lui échapper; mais un coup de canon, dont le boulet traversa nos voiles, nous apprit qu’il marchait beaucoup mieux que nous. \037Nous obéîmes à une injonction ainsi formulée, et attendîmes la chaloupe du corsaire. Le capitaine déclara qu’il nous faisait- prisonniers, quoique l’Espagne fût en paix avec les Barbaresques, sous le prétexte que nous violions le blocus qu’on venait de mettre sur toutes les côtes de France; il ajouta qu’il allait nous mener à Robas, et que là les autorités décideraient de notre sort. J’étais dans la chambre du bâtiment; j’eus la curiosité \037

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DB MA JBUNB8SB. t9 \037w t* -~ttt~––~Jt-<t-~< ~ti* \0371 0 J’ I. 1. 4 \037de regarder furtivement l’équipage de la chaloupe, et j’y y aperçus, avec un déplaisir que tout le monde concevra, un des matelots du mistic commandé par don Manuel de Vacaro, le nommé Pablo Blanco, de Palamos, qui m’avait souvent servi de domestique pendant mes opérations géodésiques. Mon faux passe-port devenait dès ce moment inutile, si Pablo me reconnaissait. Je me couchai aussitôt, j’enveloppai ma tête dans ma couvertun!, et je ne bougeai pas plus qu’une statue. \037Dans tes deux jours qui n’écouleront entre notre capturc et notre entrée dans la rade de Rosas, Pablo, que la curiosité conduisait souvent dans la chambre, s’écriait Voilà un passager dont je n’ai pas encore réussi à voir la figure.. » \037Lorsque nous fûmes arrivés à Rosas, on décida que nous serions mis en quarantaine dans un moulin à vent démantelé, situé sur la route qui conduit à Figucras. J’eus le soin de m’embarquer sur une chaloupe à laquelle Pablo n’appartenait pas. Le corsaire partit pour une nouvelle croisière, et je fus un moment débarrassé des préoccupations que me donnait mon ancien domestique. XXV. \037Notre bâtiment était richement chargé; les autorités espagnoles désiraient dès lors beaucoup le déclarer de bonne prise ils firent semblant de croire que j’en étais le propriétaire, et voulurent, pour brusquer les choses, m’intorroger, même sans attendre la fin de la quarantaine. On lendit deux cordes entre le moulin et la plage, et un \037

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M HISTOIRE \037juge se pla<;a en face de moi. Comme l’interrogatoire se faisait de très-loin, le nombreux public qui nous entourait prenait une part directe aux questions et aux réponses. Je vais essayer de reproduire ce dialogue avec toute la fidélité possible \037« Qui étes-vous? \037Un pauvre marchand ambulant. \037D’où êtes-vous? \037D’un pays où certainement vous n’avez jamais été. Enfin, quel est ce pays? » \037Je craignais de répondre, car les passe-ports, trempés dans le vinaigre, étaient dans les mains du juge instructeur, et j’avais oublié si j’étais de Schwekat ou de Lcobcn. Je répondis, enfin, à tout hasard \037f Je suis de Schwekat. • \037Et cette indication se trouvait heureusement conforme à celle du passe-port. \037< Vous êtes de Schwekat comme moi me répondit le juge. Vous êtes espagnol, et même espagnol du royaume de Valence, comme je le vois à votre accent. Vous allez me punir, Monsieur, de ce que la nature m’a donné le don des langues. J’apprends avec facilité les dialectes des contrées où je vais exercer mon commerce j’ai appris, par exemple, le dialecte d’Iviza. – Eh bien, vous serez pris au mot J’aperçois ici un soldat d’Iviza; vous allez lier conversation avec lui. \037J’y consens; je vais même chanter la chanson de» chèvres. » \037Les vers de ce chant (si vers il y a) sont séparés de \037

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DE MA JEUNESSE. M \037deux en deux par une imitation du Moment de la chèvre. \037Je me mis aussitôt, avec une audace dont je suis actuellement étonné, à entonner cet air chanté par tous les bergers de l’Ile \037Ab graclad» «clora \037Una canzo bouil canta \037Ln~ caMO bout) canta \037M bè bè M. \037No sera gatra pulida, \037Sosé ai vo» agradara \037D~ bè I~ 1~. \037Voilà mon Ivizanero, pour qui cet air faisait l’elfet du ranz des vaches sur les Suisses, déclarant, tout en pleurs, que je suis originaire divisa. \037Je dis alors au juge que s’il veut me mettre en contact avec une personne sachant la langue française, on arri.vera à une solution tout aussi embarrassante. Un officier émigré, du régiment de Bourbon, s’offre incontinent pour faire l’expérience, et, apre. quelques phrases échangées entre nous, affirme sans hésiter que je suis Français, Le juge, impatienté, s’écrie Mettons fin à ces épreuves qui ne décident rien. Je vous somme, Monsieur, do me dire qui vous êtes. Je vous promets la vie sauve fi vous me répondez avec sincérité. \037Mon plus grand désir serait de voua faire une n>ponse qui vous satisfit. Je vais donc cssayer; mais je vous préviens que je ne vais pas dire la vérité. Je suis le fi!» de l’aubergiste de Mntnrù. \037Je connais cet aubergiste vous n’êtes pas son fils. Vous avez raison. Je vous ai annoncé que je varic- \037

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Si HISTOIRE \037rai* mes réponses jusqu’à ce qu’il y en eut une qui vous convint. Je reprends donc, et je vous dis que je suis un litirilero (joueur de marionnettes), et que j’exerçais à Lerida. » \037l’n énorme éclat de rire de tout le public qui nous entourait accueillit cette réponse, et mit fin aux questions. Je jure par le diable, s’écria le juge, que je découvrirai tôt ou tard qui vous êtes I » \037Et il se retira. \037XXVI. \037Les Arabes, les Marocains, les Juifs, témoins de cet interrogatoire, n’y avaient rien compris; ils avaient vu seulement que je ne m’étais pas laissé intimider. A la fin de l’entretien, ils vinrent me baiser la main, et m’accordèrent, dès ce moment, leur entière confiance. Je devins leur secrétaire pour toutes les réclamations Individuelles ou collectives qu’ils se croyaient en droit d’adresser au gouvernement espagnol et ce droit était incontestable. Tous les jours j’étais occupé à rédiger des pétitions, surtout au nom des deux marchands de plumes d’autruche, dont l’un se disait assez proche parent de l’empereur de Maroc. Émerveillé de la rapidité avec laquelle je remplissais une page de mon écriture, ils imaginèrent sans doute que j’écrirais aussi vite en caractères arabes, lorsqu’il s’agirait de transcrire les passages du Koran que ce serait là pour moi et pour eux la source d’une brillante fortune, et ils me sollicitèrent, à mains jointes, de me faire mahométun. \037

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DE MA JEUNESSE. na \037Tros-pcu rassuré par les dernières paroles du juge instructeur, je cherchai momentanément mon salut d’un autre côté. \037J’étais possesseur d’un sauf-conduit de l’amirauté anglaise j’écrivis donc une lettre confidentielle au capitaine d’un vaisseau anglais, f Aigle, je crois, qui avait jeté l’ancre depuis quelques jours dans la rade de Kosos. Je lui expliquai ma position, f Vous pouvez, lui disais-je, me réclamer, puisque j’ai un passe-port anglais. Si cette démarche vous coûte trop, ayez la bonté de prendre mes manuscrits et de les envoyer à la Société royale de Londres. • Un des soldats qui nous gardaient et à qui j’avais eu le bonheur d’inspirer quelque intérêt, se chargea de remettre ma lettre. Le capitaine anglais vint me voir il s’appelait si j’ai bonne mémoire, (îeorge Eyre. Nous eûmes une conversation particulière sur le bord de li r plnge. George Eyre croyait peut-être que les manuscrits de mes observations étaient contenus dans un registre relié en maroquin et doré sur tranche. Lorsqu’il vit que ces manuscrits se composaient de feuilles isolées, couvertes de chiffres, que j’avais cachées sous ma chemise, le dédain succéda à l’intérêt, et il me quitta brusquement. Revenu à son bord, il m’écrivit une lettre que je retrouverais au besoin, et dans laquelle il me disait Je ne puis pas me mêler de votre affaire. Adressez-vous au gouvernement espagnol j’ai la persuasion qu’il fera droit a votre réclamation, et ne vous molestera pas. Comme je n’avais pas la même persuasion que le capitaine George Kyre je pris le parti de ne tenir aucun compte de ses conseils. \037

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5i HISTOIRE \037Quelque temps après, je dois dire qu’ayant raconté ces détails en Angleterre, chez sir Joseph Banks, la conduite de George Eyre fut sévèrement blâmée; mais, lorsqu’on déjeune et dlne au son d’une musique harmonieuse, peut-on accorder son intérêt à un pauvre diable couche sur la paille et rongé de vermine, eût-il des manuscrits sous sa chemise? Je puis ajouter que j’eus le malheur d’avoir affaire à un capitaine d’un caractère exceptionnel. Quelques jours plus tard, en effet, un nouveau vaisseau, le Colo$su$, étant arrivé en rade, et le capitaine norvégien Krog, quoiqu’il n’eût pas comme moi de passe-port de l’amirauté, s’étant adressé au commandant de ce nouveau bâtiment, fut immédiatement réclamé, et arraché a notre captivité. \037XXVII. \037\a bruit que j’étais un Espagnol transfuge et propriétaire du bâtiment s’accréditant de plus en plus, et cette position étant la plus dangereuse de toutes, je résolus d’en sortir. Je priai le commandant de la place, M. Alloy, de venir recevoir mu déclaration, et je lui annonçai que j’étais Français. Pour lui prouver la vérité de mes paroles, je l’invitai à faire venir Pablo Blanco, matelot embarqué sur le corsaire qui nous avait pris, et qui était depuis peu de temps rentré de sa croisière. Cela fut fait ainsi que je le désirais. En descendant sur la plage, Pablo Blanco, qui n’avait pas été prévenu, s’écria avec surprise :<Quoi! vous, don Francisco, mêlé à tous ces mécréants Ce matelot donna au gouverneur des ren- \037

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DE MA JBUNBSSE. »!> \037geignements circonstanciés sur la mission que je remplissais avec deux commissaires espagnols. Ma nationalité se trouvait ainsi constatée. \037Le jour même, Alloy fut remplacé dans le commandement de la forteresse par le colonel irlandais du régiment d’Ultonia le corsaire partit pour une nouvelle croisière, emmenant Pablo Blanco, et je redevins le marchand ambulant de Schwekat. \037Du moulin à vent où nous faisions notre quarantaine, je voyais flotter le pavillon tricolore sur la forteresse de Figueras. Des reconnaissances de cavalerie venaient quelquefois jusqu’à la distance de cinq à six cents mètres il ne m’eût donc pas été très-difficile de m’échopper. Cependant, comme les règlements contre ceux qui violent les lois sanitaires sont très-rigoureuses en Espagne, comme ils prononcent la peine de mort contre celui qui les enfreint, je ne me déterminai à m’évader que la veille de notre entrée en libre pratique. \037La nuit étant venue, je me glissai à quatre pattes le long des broussailles, et j’eus bientôt dépassé la ligne des sentinelles qui nous gardaient. Une rumeur bruyante que j’entendis parmi les Maures me détermina à rentrer, et je trouvai ces pauvres gens dans un état d’inquiétude indicible ils se croyaient perdus, si je partais; je restai donc. Le lendemain, un fort piquet de troupes se présenta devant le moulin. Les manœuvres qu’il faisait nous inspirèrent à tous des inquiétudes, notamment au capitaine Krog Que veut-on faire de nous?. s’écria-t-il. Hélas! vous ne le verrez que trop tôt, » répliqua l’officier espagnol. Cette réponse fit croire à tout le monde \037

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fit HISTOIRE \037qu’on allait nous fusiller. Ce qui aurait pu me fortifier dans cette idée, c’était l’obstination que le capitaine Krog et deux autres individus de petite taille mettaient à se cacher derrière moi. Un maniement d’armes nous fit penser que nous n’avions plus que quelques secondes à vivre. En analysant les sensations que j’éprouvai dans cette circonstance solennelle, je suis arrivé à me persuader qu’un homme que l’on conduit à la mort n’est pas aussi malheureux que le public se l’imagine. Cinquante idées se présentaient presque simultanément à mon esprit, et je n’en creusais aucune; je me rappelle seulement les deux suivantes, qui sont restées gravées dans mon souvenir en tournant la tête vers ma droite, j’apercevais le drapeau national flottant sur les bastions de Figueras, et je mo disais r Si je me déplaçais de quelques centaines de mètres, je serais entouré de camarades, d’amis, de concitoyens, qui me serreraient affectueusement tes mains; ici, sans qu’on puisse m’imputer aucun crime, je vais, à vingt-deux ans, recevoir la mort. Mais voici ce qui m’émut le plus profondément en regardant les Pyrénées, j’en voyais distinctement les pics, et je réfléchis que ma mère, de l’autre côté de la chatne, pouvait en ce moment suprême les regarder paisiblement. \037XXVIII. \037Les autorités espagnoles, reconnaissant que pour racheter ma vie je ne me déclarais pas le propriétaire du bâtiment, nous firent conduire, sans autre molestation, ù la forteresse de Rosas. Ayant à défiler devant presque \037

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DE MA JBUNESSE. 87 \037tous les habitants de la ville j’avais d’abord voulu par un sentiment de fausse honte, laisser dans le moulin les restes de nos repas de la semaine. Mais II. Berthemie, plus prévoyant que moi, portait sur l’épaule une grande quantité de morceaux de pain noir passés dans une ficelle; je l’imitai je me munis bravement de notre vieille marmite, la mis sur mon épaule, et c’est dans cet accoutrement que je fis mon entrée dans la fameuse forteresse. \037On nous plaça dans une casemate où nous avions à peine respace nécessaire pour nous coucher. Dans le moulin à vent, on nous apportait, de temps en temps, quelques provisions venant de notre navire. Ici, le gouvernement espagnol pourvoyait à notre nourriture; nous recevions tous les jours du pain et une ration de riz mais, comme nous n’avions aucun moyen de cuisson, nous étions en réalité réduits au pain sec. \037Le pain sec était une nourriture bien peu substantiel pour qui voyait à la porte de sa prison, de sa casemate, une vivandière vendant des raisins à deux liards la livre et faisant cuire, à l’abri d’un demi-tonneau, du lard et des harengs; mais nous n’avions pas d’argent pour nous mettre en rapport avec cette marchande. Je me décidai alors, quoique avec un très-grand regret, à vendre une montre que mon père m’avait donnée. On m’en offrit a peu près le quart de sa valeur il fallut bien accepter, puisqu’il n’y avait pas de concurrents. \037Possesseurs de soixante francs, nous pûmes, M. Berthemie et moi, assouvir la faim dont nous souffrions de. puis longtemps mais nous ne voulûmes pas que ce re- \037

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r.8 HISTOIRE \037tour de fortune ne profitât qu’à nous seuls, et nous fîmes des libéralités qui furent très-bien accueillies par nos compagnons de captivité. Si cette vente de ma montre nous apportait quelque soulagement, elle devait plus tard plonger une famille dans la douleur. \037La ville de Rosas tomba au pouvoir des Français, après une courageuse résistance. La garnison prisonnière fut envoyée en France, et passa naturellement à Perpignan. Mon père, en quête de nouvelles, allait partout où des Espagnols se trouvaient réunis. Il entra dans un café au moment où un officier prisonnier tirait de son gousset la montre que j’avais vendue à Rosas. Mon bon père vit dans ce fait la preuve de ma mort et tomba évanoui. L’officier tenait la montre de troisième main, et ne put donner aucun détail sur le sort de la personne à qui elle avait appartenu. XXIX. \037La casemate étant devenue nécessaire aux défenseurs de la forteresse, on nous transporta dans une petite chapelle dù l’on déposait pendant vingt-quatre heures les morts de l’hôpital. Là, nous étions gardés par des paysans venus, à travers la montagne, de divers villages et particulièrement de Cadaquès. Ces paysans, très-empressé de raconter ce qu’ils avaient vu de curieux pendant leur campagne d’un jour, me questionnaient sur les faits et gestes de tous mes compagnons d’infortune. Je satisfaisais amplement leur curiosité, étant le seul de la troupe qui sût parler l’espagnol. \037l’our capter leur bienveillance, je les questionnais moi- \037

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DE MA JEUNESSE. M \037intime longuement sur ce qu’était leur village, sur les travaux qu’on y exécutait, sur la contrebande, leur principale industrie, etc., etc. Ils répondaient à mes questions avec la loquacité ordinaire aux campagnards. Le lendemain, nos gardiens étaient remplacés par d’autres habitants du même village. • En ma qualité de marchand ambulant, dis-je à ces derniers, j’ai été jadis à Caduques, et me voilà leur parlant de ce que j’avais appris la veille, de tel individu, qui se livrait à la contrebande avec plus de succès que les autres, de sa belle habitation, des propriétés qu’il possédait près du village, enfin d’une foule de particularités qui ne semblaient pouvoir être connues que d’un habitant de Cadaquès. Ma plaisanterie produisit un effet inattendu. Des détails si circonstanciés, se dirent nos gardiens, ne peuvent pas être connus d’un marchand ambulant; ce personnage que nous trouvons ici, dans une si singulière société, est certainement originaire de Cadaquès; et le fils de l’apothicaire doit avoir a l>cu près son Age. Il était allé en Amérique tenter la fortune c’est évidemment lui qui craint de se faire connaître, ayant été rencontré avec toutes ses richesses sur un bâtiment qui se rendait en France. Le bruit grandit, prend de la consistance, et parvient aux oreilles d’une soeur de l’apothicaire, établie à Rosas. Elle accourt, croit me reconnaître et me saute au cou. Je proteste contre l’identité Bien joué! me dit-elle; le cas est grave, puisque vous avez été trouvé sur un bâtiment qui se rendait en France; persistez toujours dans vos dénégations; les circonstances deviendront peut-être plus favorables, et j’en profiterai pour assurer votre délivrance. \037

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CO HISTOIRE \037En attendant, mon cher neveu, je ne vous laisserai manquer de rien. Et, en effet, nous recevions, tous les mutins, M. Berthemie et moi, un repas confortable. XXX. \037l/t’glisc étant devenue nécessaire è la garnison pour en faire un magasin, on nous transporta, le 25 septembre 1808, dans un fort de la Trinité, dit le Bouton de lio&as, citadelle située sur un monticule à l’entrée de la rade, et nous fûmes déposés dans un souterrain profond, où la lumière du jour ne pénétrait d’aucun côté. Nous ne restâmes pas longtemps dans ce lieu infect; non parce qu’on eut pitié de nous, mais parce qu’il offrit un refage à une partie de la garnison attaquée par les Français. On nous fit descendre la nuit jusqu’au bord de la mer, et l’on nous transporta, le 17 octobre, au port de Palamos. Nous fûmes renfermés dans un ponton; nous jouissions cependant d’une certaine liberté; on nous laissait aller à terre pendant quelques heures et promener nos misères et nos haillons dans la ville. C’est là que je fis la connaissance de la duchesse douairière d’Orléans, mère de Louis-Philippe. Elle avait quitté la ville de Figueras, où elle résidait, parce que, me dit-elle, trente-deux bombes, parties de la forteresse, étaient tombées dans son habitation. Elle avait alors le projet de se réfugier à Alger, et elle me demanda de lui amener le capitaine du bâtiment dont elle aurait peut-être à Invoquer la protection. Je racontai à mon rats les malheurs de la princesse; il en fut tfinu, c je le conduisis chez elle. En entrant, il ôta par \037

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n~ MA JEUNESSE. 61 \037t~t~ -< _t. \037respect ses babouches, comme s’il avait pénétré dans une mosquée, et, les tenant à la main, il alla baiser un pan de la robe de madame d’Orléans. La princesse fut effrayée à l’aspect de cette mâle figure portant la plus longue barbe que j’aie jamais vue; elle se remit bientôt, et tout se passa avec un mélange de politesse française et de courtoisie orientale. \037Les soixante francs de Rosas étaient dépensés. Mndamc d’Orléans aurait bien voulu nous venir en aide; mais elle (’tait cllc-mémc sans argent. Tout ce dont elle put nous gratifier fut un morceau de sucre en pain. Le soir de notre visite, j’étais plus riche que la princesse. Pour soustraire à la fureur du peuple les Français qui avaient échappé aux premiers massacres, le gouvernement cspagnol les renvoyait en France sur de frôles bâtiments. L’un des cartels vint jeter l’ancre à côté de notre ponton. Un des malheureux expatriés me reconnut et m’offrit une prise de tabac. En ouvrant la tabatière, j’y trouvai una onza de oro (une once d’or), l’unique «lébris de sa fortune. Je lui remis cette tabatière, avec force remerciements, après y avoir renfermé un papier contenant ces mots: Le compatriote porteur de ce billet m’a rendu un grand service; traitez-le comme un de vos enfants. Ma demande, comme de raison, fut exaucée; c’est par ce morceau de papier, grand comme la onza de oro, que ma famille apprit que j’existais encore, et que ma mère, modèle de piété, put cesser de faire dire dos messes pour le repos de mon âme. \037Cinq jours après, un de mes hardis compatriotes arrivait a Palamos, après avoir traversé les lignes des postes \037

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r,i HISTOIRE \037français et ct$pagiio*s en présence, portant à un négociant qui avait des amis è Perpignan l’invitation de me fournir tout ce dont j’aurais besoin. L’Espagnol se montra trèsdisposé à déférer à l’invitation; mais je ne profitai pas de sa bonne volonté, à cause des événements que je rapporterai tout à l’heure. \037L’Observatoire de Paris est très-près de la barrière dans ma jeunesse, curieux d’étudier les mœurs du peuple, j’allais me promener en vue de ces cabarets que le besoin de se soustraire au paiement de l’octroi a multipliés hors des mure de la capitale; dans mes courses, j’étais souvent humilié de voir des hommes se disputer un morceau de pain, comme l’eussent fait des animaux. Mes sentiments ont bien changé à ce sujet depuis que j’ai été personnellement en butte aux tortures de la faim. J’ai reconnu, en effet, qu’un homme, quelles qu’aient été son origine, son éducation et Res habitudes, se laisse gouverner, dans certaines circonstances, bien plus par son estomac que par son intelligence et son coeur. Voici le fuit qui m’a suggéré ces réflexions. \037Pour féter l’arrivée inespérée d’una onsa de oro, nous nous étions procuré, M. Berthcmie et moi, un immense plat de pommes de terre; l’officier d’ordonnance de l’empereur le dévorait déjà du regard, quand un Marocoin qui faisait ses ablutions près de nous avec un de ses compagnons, le remplit involontairement d’ordurcs. M. Berlhemie ne put maîtriser sa colère, s’élança sur le maladroit Musulman, et lui infligea une rude punition. Je restais spectateur impassible du combat, lorsque le second Marocain vint au secours de son compatriote. La \037

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DE MA JEUNESSE. 61 \037partie notant plus égale, je pris moi-même part à lu lutte, en saisissant le nouvel assaillant par la barbe. Le combat cessa à l’instant parce que le Marocain ne voulut pas porter la main sur un homme qui écrivait si rapidement une pétition. le conflit, comme les luttes dont j’avais été souvent témoin hors des barrières de Paris, n’en avait pas moins eu pour cause un plat de pommes de terre. XXXI. \037Les Espagnols caressaient toujours l’idée que le bâtiment et sa cargaison pourraient être confisqués; une commission vint de Girone pour nous interroger. Elle se composait de deux juges civils et d’un inquisiteur. Jo servais d’interprète. Lorsque le tour de M. Berthemie fut arrivé, j’allai le chercher, et lui dis • Faites semblant de parler styrien, et soyez tranquille, je ne vous compromettrai pas en traduisant vos réponses. » \037II fut fait ainsi qu’il avait été convenu; malheureuscment la langue que parlait M. Bcrthcmie était très-peu vniïée, et les sacrement der teufel qu’il avait appris eu ADemugne lorsqu’il était aide de camp de d’IIautpoul dominaient trop dans ses discours. Quoi qu’il en soit, les juges reconnurent qu’il y avait une trop grande conformité entre ses réponses et celles que j’avais faites moi- même pour qu’il fût nécessaire de continuer un interrogatoire qui, pour le dire en passant, m’inquiétait beaucoup. Le désir de le terminer fut encore pUis vif de la part des juges, lorsque arriva le tour d’un matelot, nommé Méhémet. Au lieu de le faire jurer sur le Koran de dire lu \037

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Ci HISTOIRE \037vérité, Ic juge s’obstina à lui faire placer le pouce sur l’index de manière à figurer la croix. Je l’avertis .qu’il allait en résulter un grand scandale; et, en effet, lorsque Méhémct s’aperçut de la signification de ce signe, il se mit à cracher dessus avec une inconcevable violence. La séance fut levée incontinent. \037Le lendemain, les choses avaient totalement changé de face; un des juges de Girone vint nous déclarer que nous étions libres de partir, et de nous rendre avec notre bâtiment où bon nous semblerait. Quelle était la cause de ce brusque revirement? La voici. \037Pendant notre quarantaine dans le moulin à vent de Rosas, j’avais écrit, au nom du capitaine Braham, une lettre au dey d’Alger. Je lui rendais compte de l’arrestation illégale de son bâtiment et de la mort d’un des lions que le dey envoyait à l’Empereur. Cette dernière circonstance transporta de fureur le monarque africain, II manda sur-le-champ le consul d’Espagne, M. Onis, réclama des dédommagements pécuniaires pour son cher lion, et menaça de la guerre si l’on ne relâchait pas surle-champ son bâtiment. L’Espagne avait alors à pourvoir à trop de difficultés pour s’en mettre, de gaieté de cœur, une nouvelle sur les bras, et l’ordre de relâcher le navire si vivement convoité arriva à Girone et de là à l’alamos. XXXII. \037Cette solution à laquelle notre consul d’Alger, M. Du.bois Thainville, n’était pas resté étranger, nous parvint au moment où nous nous y attendions le moins. Nous fîmes \037

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DE MA JEUNESSE. 66 \037l.-i. 5 \037Hii’-le-cliaiiip nos préparatifs de déport, et, le 28 novembre 1808, nous mimes à la voile le cap sur Marseille. Mais il était écrit là-haut, comme disaient les Musulmans à bord du navire, que nous n’entrerions pas dans cette ville. Nous apercevions déjà les bâtisses blanches qui couronnent les collines voisines de Marseille, lorsqu’un coup de mistral d’une violence extrême nous poussa du nord au’sud. \037Je ne sais quelle route nous suivîmes, car j’étais couché dans la chambre, abîmé par le mal de mer; je puis donc, quoique astronome, avouer sans honte qu’au moment où nos inhabiles pilotes se prétendaient par le travers des Baléares, nous abordions, le 5 décembre, a Bougie. \037Un on prétendit que pendant les trois mois d’hivernage toute communication avec Alger, par les petites barques nommées sandales, serait Impossible, et je me résignai lt la pénible perspective d’un si long séjour dans un lieu alors presque désert. Un soir, je promenais mes tristes relaxions sur le pont du navire, lorsqu’un coup de fusil parti de la côte vint frapper le bordage à côté duquel je passais. Ceci me suggéra la pensée de me rendre à Alger par terre. \037J’allai le lendemain, accompagné de bl. Bcrthemic et du capitaine Spiro Calligero, chez le caïd de la ville s « Je veux, lui dis-je, me rendre à Alger par terre. » Cet homme, tout effrayé, s’écria Je ne puis vous le permettre; vous seriez certainement tué en route; votre consul portcrait plainte au dey, et je serais dé capit^. \037

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06 HISTOIRE \037.1 Il. \037– Ijua cela ne ticnne 1 je vais vous donner une décharge. » \037Elle fut immédiatement rédigée en ces termes Nous, soussignés, certifions que le caïd de Bougie a voulu nous détourner de nous rendre à Algcr par » lerre qu’il nous a assuré que nous serions massacré» en route; que, malgré ses représentations vingt fois renouvelées, nous avons persisté dans notre projet. Nous prions les autorités algériennes particulièrement notre « consul de ne pas le rendre responsable de cet événe«  ment, s’il arrive. Nous le répétons de nouveau, c’est « contre son gré que le voyage a été entrepris. • Signé: Arago et Bkrtiikmie. » \037Cette déclaration remise au caïd, nous croyions être quittes envers ce fonctionnaire; mais il s’approcha de moi, défit, sans mot dire, le nœud de ma cravate, la détacha et la mit dans sa poche. Tout cela se fit si vile, que je n’eus pas le temps, je dirai même que je n’eus pas l’envie de réclamer. \037Au sortir de cette audience, terminée d’une manière si singulière, nous ftmes marché avec un marabout qui nous promit de nous conduire h Alger pour la somme de vingt piastres fortes et un manteau rouge. La journée fut employée à nous déguiser tant bien que mal, et nous partîmes le lendemain matin, uccompagnés de plusieurs matelots maures appartenant à l’équipage du bâtiment, et après avoir montré au marabout que nous n’avions pas un soa vaillant; en sorte que, si nous étions tute sur la route, il perdrait inévitablement tout salaire. \037

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DE MA JEUNESSE. i>7 \037JV’tiiis allé, au dernier moment, prendre congé du seul lion qui fût encore vivant, et avec lequel j’avais vécu en très-bonne harmonie; je voulais aussi foire mes adieux aux singes qui, pendant près de cinq mois, avaient été également mes compagnons d’infortune Ce» singes, dans notre affreuse misère, nous avaient rendu un service que j’ose à peine mentionner, et dont ne se doutent guère les habitants de nos cités, qui prennent ces animaux comme objet de divertissement ils nous délivraient de la vermine qui nous rongeait, et montraient particulièrement une habileté remarquable à chercher les hideux insectes qui se logeaient dans nos cheveux. Pauvres animaux ils me paraissaient bien malheureux d’être renfermés dans l’étroite enceinte du bâtiment, lorsque, sur la côte voisine, leurs pareils, comme pour les narguer, venaient sur les branches des arbres faire des preuves sans nombre d’agilité, \037Au commencement de la journée nous vîmes sur la route deux Kabyles, semblables à des soldats de Jugurtha, et dont la mine rébarbative tempéra assez fortement notre humeur vagabonde. Le soir, nous fûmes témoins d’un tumulte effroyable qui semblait dirigé contre nous. Nous sûmes plus tard que le marabout en avait été l’ohjet, de la part de quelques Kabyles que, dans un \0371. l>e retour a Paris, Je m’empressai d’aller au Jardin des Plantes rendre visite au lion, mais il me reçut avec un grincement de dents tr.Vpeu amical. Croyez ensuite à cette merveilleuse histoire du lion de t’lorence, dont la gravure s’est emparée, et qui est offerte, sur IVlalage de tous les marchands d’estampes, aux yeux des passant» étonnés et émus. \037

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68 1118TOIR£ \0371. ~t. :1 ~t~. \037de leurs voyages à Bougie, il avait fait désarmer. Cet incident, qui semblait devoir se renouveler, nous inspira un moment la pensée de rétrograder; mais les matelots insistèrent, et nous continuâmes notre hasardeuse entreprise. \037A mesure que nous avancions, notre troupe s’augmentait d’un certain nombre de Kabyles, qui voulaient se rendre à Alger, pour y travailler en qualité de manœuvres, et qui n’osaient entreprendre seuls ce dangereux voyage. \037Le troisième jour, nous campâmes à la belle étoile, à l’entrée d’un fourré. Les Arabes allumèrent un trèsgrand feu disposé en cercle, et se placèrent au milieu. Vers les onze heures, je fus réveillé par le bruit que faisaient les mules, essayant toutes de rompre leurs liens. Je demandai quelle était la cause de ce désordre. On me répondit qu’un tcbâd était venu rôder dans le voisinage. J’ignorais alors qu’un tebâd fût un lion, et je me rendormis. Le lendemain, en traversant le fourré, la disposition de la caravane était changée on l’avait massée dans le plus petit espace possible un Kabyle était en tête, le fusil en joue; un autre en queue, dans la même posture. Je m’enquis, auprès du propriétaire de ma mule, de la cause de ces précautions inusitées; il me répondit qu’on craignait l’attaque d’un sebdà, et que, si la chose arrivait, l’un de nous serait emporté avant qu’on eût eu le temps de se mettre en défense. Je voudrais, lui dis-je, être spectateur, et non acteur, dans la scène que vous m’unnoncoz; en conséquence, je vous donnerai deux piastres de plus, si vous maintenez toujours votre mule \037

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DE MA JEUNESSE. 08 \037au centre du groupe mobile. Ma proposition fut acceptée. C’est alors, pour la première fois, que je vis que mon Arabe portait sous sa tunique un yatagan, dont il se wrvit pour piquer sa mule pendant tout le temps que nous fumes dans le fourré. Soins superflus 1 le sebdri ne se montra pas. \037Chaque village étant une petite république dont nous ne pouvions traverser le territoire sans obtenir la permission et un passe-port du marabout président, le marabout conducteur de notre caravane nous abandonnait dans les champs et s’en allait quelquefois dans un village assez éloigné solliciter la permission sans laquelle il eût été dangercux de continuer notre route. Il restait des heures entières sans revenir, et nous avions alors l’occasion du réfléchir tristement sur l’imprudence de notre entreprise. Nous couchions ordinairement au milieu des habitations. Une fois, nous trouvâmes les rues d’un village barricadée», parce qu’on y craignait l’attaque d’un village voisin. l/avont-gurde de notre caravane écarta les obstacles; mais une femme sortit de sa maison comme une furie et nous assomma de coups de perches. Nous remarquâmes qu’elle était blonde, d’une blancheur éclatante, et fort jolie. \037Une autre fois, nous couchâmes dans une cachette décorée du beau nom de caravansérail. Le matin, ’au lever du soleil, les cris de Houmil Houmil 1 nous apprirent que nous avions été reconnus. Le matelot Méhémet, celui de la sc«’>ne du serment de Palamos, entra tristement dan* le bouge ou nous étions réunis, et nous fit comprendre qmj les cris de Iloumi 1 vociférés dans cette ciminstanro \037

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70 IIISTOIRB \037étaient l’équivalent d’une condamnation à mort. Attendez, dit-il, il me vient à l’idée un moyen de vous sauver. • Méhémet rentra quelques moments après, nous dit que son moyen avait réussi et m’invita a me joindre aux Kabyles, qui allaient faire la prière. \037Je sortis en effet, et me prosternant vers l’orient, j’imitai servilement les gestes que je voyais faire autour de moi, en prononçant les paroles sacramentelles La etah ill’ Atlah! oua Mohammed raçoul Allah! C’était la scène du Mamamouchi du Bourgeoii gentilhomme, que j’avais vu jouer si souvent par Dugazon, avec la seule différence que, cette fois, elle ne me faisait pas rire. J’ignorais cependant la conséquence qu’elle pouvait avoir pour moi, à mon arrivée à Alger. Après avoir fait la profession de foi devant des mahométans n’y a qu’un Dieu, et Mahomet est son prophète, si j’avais été dénoncé au muphti, je serais devenu inévitablement musulman, et on ne m’aurait pas permis de sortir de la Régence. \037Je ne dois pas oublier de raconter par quel moyen Méhémet nous avait sauvés d’une mort inévitable, Vous avez deviné juste, dit-il aux Kabyles il y a deux chrétiens dans le caravansérail, mais ils sont mahométans de cœur, et vont à Alger pour se faire affilier par le muphti a notre sainte religion. Vous n’en douterez pas, lorsque je vous dirai que j’étais, moi, esclave chez les chrétiens, et qu’ils m’ont racheté de leurs deniers. – In cha Allah I » s’écria-t-on tout d’une voix. Et c’est alors qu’eut lieu la scène que je viens de décrire. \037Nous arrivâmes en vue d’Alger, le 25 décembre 1808. Nous primes ccngé des Arabes propriétaires de nos \037

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DE MA JEUNESSE. 7< \037mules, qui marchaient à pied à côté de nous, et nous piqudmes des deux, afin d’atteindre la ville avant la fermeture des portes. En arrivant, nous apprîmes que le dey, a qui nous devions notre première délivrance, avait été décapité. La garde du palais, devant laquelle nous passâmes, nous arrêta, en nous demandant d’où nous venions. Nous répondîmes que nous venions de Bougie, par terre. « Ce n’est pas possible! s’écrièrent les janissaires tout d’une voix le dey lui-même n’oserait pas entreprendre un pareil voyage 1 Nous reconnaissons que nous avons fait une grande imprudence; nous ne recommencerions pas ce voyage, nous donnat-on un million; mais le fait que nous venons de déclarer est de la plus stricte vérité. » \037Arrivés à la maison consulaire, nous fûmes, comme la première fois, reçus très-cordialement; nous eûmes la visite d’un drogman envoyé par le dey, qui demanda si nous persistions à soutenir que Bougie avait été notre point de départ, et non le cap Matifou, ou quelque lieu voisin. Nous affirmâmes de nouveau la réalité de notre récit il fut confirmé, le lendemain, à l’arrivée des propriétaires de nos mules. \037XXXIII. \037A Palamos, pendant les divers entretiens que j’eus avec la duchesse douairière d’Orléans, une circonstance m’avait particulièrement ému. La princesse me parlait sans cesse du désir qu’elle avait d’aller rejoindre un de ses fils qu’elle croyait plein de vie, et dont cependant j’avais \037

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7* HISTOIRE \037appris la mort par une personne de sa maison; j’étais donc disposé à faire tout ce qui dépendrait de moi pour adoucir un malheur qu’elle ne pouvait tarder à connaître. \037Au moment où je quittai l’Espagne pour Marseille, la duchesse me confia deux lettres que je devais faire parvenir à leur adresse. L’une était destinée à l’impératrice mère, de Russie, l’autre à l’impératrice d’Autriche. A peine arrivé à Alger, je parlai de ces deux lettre. à M. Dubois-Thainville, et le priai de les envoyer en France par la première occasion. Je n’en ferai rien, me réponditil aussitôt. Savez-vous que vous vous êtes comporté dans cette circonstance comme un jeune homme sans expérience, tranchons le mot, comme un étourdi? Je m’étonne que vous n’ayez pas compris que l’Empereur, avec son esprit quinteux, pourrait prendre ceci en fort mauvaise part, et vous considérer, suivant le contenu des deux lettres, comme le fauteur d’une intrigue en faveur de la famille exilée des Bourbons. Ainsi, les conseils poterneUdu consul de France m’apprirent que, pour tout ce qui touche de près ou de loin à la politique, on ne peut s’abandonner sans danger aux inspirations de son cœur et de sa raison. \037J’enfermai mes deux lettres dans une enveloppe, portant l’adresse d’une personne de confiance, et je les remis aux moins d’un corsaire qui, après avoir touché à Alger, se rendait en France. Je n’ai jamais su si clics parvinrent, \037

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DB MA JBUNBSSE. 73 \037XXXIV. \037Le dey régnant, successeur du dey décapité, remplissait antérieurement dans les mosquées l’humble office d’épileur de corps morts. Il gouvernait la Régence avec iissez de douceur, ne s’occupant guère que de son harem. Cola dégoûta ceux qui l’avaient élevé à ce poste éminent, et ils résolurent de s’en défaire. Nous fûmes informés du danger qui le menaçait en voyant les cours et les vestibules de la maison consulaire se remplir, suivant l’usage en pareil cas, de juifs portant avec eux ce qu’ils avaient de plus précieux. Il était de règle, à Alger, que tout ce qui se passait dans l’intervalle compris entre la mort du dey et l’intronisation de son successeur ne pouvait pas être poursuivi en justice et restait impuni. On conçoit dès lors comment les fils de Moïse cherchaient leur sûreté dans les maisons consulaires, dont les habitants européens avaient le courage de s’armer pour se défendre dès que le danger était signalé, et qui, d’ailleurs, avaient un janissaire pour les garder. \037Tandis que le malheureux dey épileur était conduit vers le lieu où il devait être étranglé, il entendit le canon qui annonçait sa mort et l’installation de son successeur. On se presse bien, dit-il que gagnerez-vous h pousser les choses à bout? Envoyez-moi dans le Levant; je vous promets de ne jamais revenir. Qu’avez-vous a me reprocher ? – Rien, répondit son escorte, si ce n’est votre nullité. Au reste, on ne peut pas vivre en simple parti- \037

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74 HISTOIRE \037culier quand on a été dey d’Alger. Et le malheureux expira par lu corde. \037XXXV. \037Les communications par mer entre Bougie et Alger n’étaient pas aussi difficiles, même avec des sandale», que le caïd de cette première ville avait bien voulu me l’assurer. Le capitaine Spiro fit débarquer des caisses qui m’appartenaient; le caïd chercha à découvrir ce qu’elle» renfermaient; et, ayant aperçu par une fente quelque chose de jaunâtre, il s’empressa de faire parvenir au dey la nouvelle que les Français qui s’étaient rendus à Alger par terre avaient dans leurs bagages des caisses remplies de sequins destinés à révolutionner la Kabylie. On fit expédier incontinent ces caisses à Alger, et à l’ouverture, devant le ministre de la marine, toute la fantasmagorie de sequins, de trésor, de révolution, disparut à la vue des pieds et des limbes de plusieurs cercles répétiteurs en cuivre. \037XXXVÏ. \037• \037Nous allons maintenant séjourner plusieurs mois à Alger; j’en profiterai pour rassembler quelques détails de mœurs qui pourront intéresser comme le tableau d’un état antérieur à celui de l’occupation de la Régence par les Français. Cette occupation, il fuut le remarquer, a déjà altéré profondément les manières, les habitudes de la population algérienne. \037

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DE MA JEUNESSE. 71 \037Je vais rapporter un fait curieux et qui montrera que la politique, qui s’infiltre dans l’intérieur des familles les plus unies et y porte la discorde, était parvenue, chose extraordinaire, à pénétrer jusque dans le bagne d’Alger, J«es esclaves appartenaient à trois nations; il y avait, en 1800, dans ce bagne, des Portugais, des Napolitains et des Siciliens; dans ces deux dernières classcs, on comptait les partisans de Murat et les partisans de Ferdinand de Naples. Un jour, au commencement de l’année, un drogman vint, au nom du dey, inviter M. Dubois-Thainville à me rendre sans retard au bagne, où les amis des Français et leurs adversaires se livraient un combat acharné; déjà plusieurs avaient succombé. L’arme avec laquelle ils se frappaient était la grosse et longue chafno attachée 6 leurs jambes. \037XXXVII. \037Chaque consul, ainsi que je l’ai dit plus haut, avait un janissaire préposé à sa garde; celui du consul do France était Candiote on l’avait surnommé la Terreur. Toutes les fois que, dans les cafés, on annonçait quelque nouvelle défavorable à la France, il venait s’informer au consulat de la vérité du fait, et lorsque nous lui avions déclaré que les autres janissaires avaient propagé une nouvelle fausse, il allait les rejoindre, et là, le yatagan à la main, déclarait vouloir combattre en champ clos ceux qui soutiendraient encore l’exactitude de la nouvelle. Comme ces menaces incessantes pouvaient le compromettre, car elles ne s’appuyaient que sur son courage de \037

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7« HISTOIIIB \037Ix’le fauve, nous avions voulu le rendre habile dans le maniement des armes, en lui donnant quelques leçons d’escrime; mais il ne pouvait endurer l’idée que des chrétiens le touchassent è tout coup avec des fleurets; alors il nous proposait de substituer au simulacre de duel un combat effectif avec le yatagan. \037On se fera une idée exacte de cette nature brute, lorsque je raconterai qu’un jour, ayant entendu un coup de pistolet dont le bruit partait de sa chambre, on accourut, et on le trouva baigné dans son sang; il venait de se tirer une balle dans le bras pour se guérir d’une douleur rhumatismale. \037Voyant avec quelle facilité les deys disparaissaient, je dis un jour à notre janissaire Avec cette perspective devant les yeux, consentiriez-vous à devenir dey. Oui, sans doute, répondit-il. Vous paraissez ne compter pour rien Ic plaisir de faire tout ce qu’on veut, ne fût-ce qu’un seul jour! » \037Lorsqu’on voulait circuler dans la ville d’Alger, on se faisait généralement escorter par le janissaire attaché à la maison consulaire; c’était le seul moyen d’échapper aux insultes, aux avanies et même à des voies de fait. Je viens de dire c’était le seul moyen; je me suis trompé, il y en avait un autre c’était d’aller en compagnie d’un lazariste français Agé de soixante-dix ans, et qui s’appelait, si j’ai bonne mémoire, le père Josué; il résidait dans ce pays depuis un demi-siècle. Cet homme, d’une vertu exemplaire, s’était voué avec une abnégation admirnble au service des esclaves de la Régence, Abstraction fuite de toutes considérations de nationalité. l,o l’or- \037

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DE MA JEUNESSE. 77 \037tugais, le Napolitain, le Sicilien, étaient également ses frères. \037Dans les temps de peste, on le voyait jour et nuit porter des secours empresses aux Musulmans; aussi, sa vertu avait-elle vaincu jusqu’aux haines religieuses; et partout où il passait, lui et les personnes qui l’accompngnaient recevaient des gens du peuple, des janissaires, et même des desservants des mosquées, les salutations les plus respectueuses. \037XXXVIII. \037Pendant nos longues heures de navigation sur le Intiment algérien, de notre séjour obligé dans les prisons de llosas et sur le ponton de Palamos, j’avais recucilli sur la vie intérieure des Maures ou des Coulouglous des renseignements qui, meïne à présent qu’Alger est tombé sous la domination de la France, mériteraient peut-être d’£lre conservés. Je me bornerai cependant à rapporter à peu près textuellement une conversation que j’eus avec RaîsBraham, dont le père était un Turc fin, c’est-à-dire un Turc né dans le Levant \037.Comment consentez-vous, lui dis-je, à vous marier civec une jeune fille que vous n’avez jamais vue, et à trouver peutrétre une femme excessivement laide, au lieu de la beauté que vous aviez rôvéeî \037Nous ne nous marions jamais sans avoir pris des informations auprès des femmes qui servent, en quotité do domestiques, dans les bains publics. Les juives sont d’ailleurs, dans ce cas, des entremetteuses très-utiles. \037

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7* HISTO1RK \037– Combien avez-vous de femmes légitimes? 1 – J’en ni quatre, c’est-à-dire le nombre autorisé par le Koran. \037Vivent-elles en bonne intelligence? \037Ah! 1 Monsieur, ma maison est un enfer. Je ne rentre jamais sans les trouver au pas de la porto ou au bas de l’escalier; là, chacune veut me faire entendre la première les plaintes qu’elle a à porter contre ses compagnes. Je vais prononcer un blasphème, mais je crois que notre sainte religion devrait interdire la multiplicité des femmes à qui n’est pas assez riche pour donner à chacune une habitation à port. \037Mais, puisque le Koran vous permet de répudier mémo les femmes légitimes, pourquoi no renvoyez-vous pas trois d’entre elles à leurs parents? \037Pourquoi ? parce que cela me ruinerait le jour du mariage, on stipule une dot avec le père de la jeune fille qu’on va épouser, et on en paie la moitié. L’autre moitié est exigible le jour où la femme est répudiée. Ce serait donc trois demi-dots que j’aurais à payer si je renvoyais trois de mes femmes. Je dois, au reste, rectifier ce qu’il y a d’inexact dans ce que je disais tout à l’heure, que jamais mes quatre femmes n’avaient été d’accord. Une fois, elles se trouvèrent unies entre elles dans le senti* ment d’une haine commune. En passant au marché, j’avais acheté une jeune négresse. Le soir, lorsque je me retirais pour me coucher, je m’aperçus que mes femmes ne lui avaient pas préparé une couche, et que la malheureuse était étendue sur le carreau je roulai mon pantalon, et le mis sous sa tête en guise d’oreiller. Le matin, \037

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DE MA JEUNESSE. 79 \037les cri»s déchirants de la pauvre esclave me tirent accourir, et je la trouvai succombant presque sous les coups de inca quatre femmes; cette fois, elles s’entendaient h merveille. » \037XXXIX. \037En février 1809, le nouveau dey, le successeur de lYpileur de corps morts, peu de temps après être entré on fonctions, réclama de deux à trois cent mille francs, je ne me rappelle pas exactement la somme, qu’il prétendait lui être dus par le gouvernement français. M. DuboisThainville répondit qu’il avait reçu de l’Empereur l’ordre de ne pas payer un centime. \037Le dey, furieux, décida qu’il nous déclarait la guerre. t’ne déclaration de guerre à Alger était immédiatement suivie de la mise au bagne de tous les nationaux. Cette fois, on ne poussa pas les choses jusqu’à cette limite extrême. Nos noms durent bien figurer dans la liste des esclaves de la Régence mais en fait, pour ce qui me concerne, je restai libre dans la maison consulaire. Sous une garantie pécuniaire contractée par le consul de Suéde, M. Nordcrling, on me permit même d’habiter sa campagne, t située près du fort de l’Empereur. \037XL. \037L’événement le plus insignifiant suffisait pour modificr le» dispositions de ces barbares. J’étais descendu, un jour, en ville, et j’étais assis à table chez M. Dubois-Thainvillc, \037

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80 IUSTOI1 E \037I <feH>< *̃*̃ «^^ l^% A^^Bftmal ^m’ m n#klnffAMitA H llliknbliilf At*tfl \037lorsque Ic consul d’Angleterre, M. Blunkley, arriva est toute hâte, annonçant à notre consul l’entrée au port d’une prise française. Je n’ajouterai jamais inutilement, dit-il avec bienveillance, aux rigueurs de la guerre; je viens vous annoncer, mon collègue, que je vous rendrai vos prisonniers sur un reçu qui me permettra la délivrance d’un nombre égal d’Anglais détenus en France. Je vous remercie, répondit M. Dubois-Thainville, mais je n’en déplore pas moins cet événement qui retardera indéfiniment peut-être le règlement de compte dans lequel je suis engagé avec le dey. » \037Pendant cette conversation, armé d’une lunette, je regardais par la fenêtre de la sulle à manger, cherchant à me persuader du moins que le bâtiment capturé n’avait pas une grande importance. Mais il fallut céder à l’évidence il était percé d’un grand nombre de sabords. ’fout a coup, le vent ayant déployé les pavillons, j’aperçois uvec surprise le pavillon français sur le pavillon anglais. Je fais part de mon observation à M. Blankley il me répond sur-le-champ s Vous ne prétendez pas «ans doute mieux observer avec votre mauvaise lunette que je ne l’ai fait avec mon dollon. Vous ne prétendez pas, lui dis-je à mon tour, mieux voir qu’un astronome de pro.fession je suis sûr de mon fait. Je demande à M. Thainville ses pouvoirs, et vais à l’instant visiter cette prise mystérieuse. » \037Je m’y rendis en effet, et voici ce que j’appris Le général Duhesme, gouverneur de Barcelone, voutant se débarrasser de ce que sa garnison renfermait de plus indiscipliné, en forma la principale partie de l’équi- \037

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». \037DE MA JEUNESSE. 81 \037I.-I. 1. d \037page d’un bâtiment, dont il donna le commandement à un lieutenant de Babastro, célèbre corsaire de la Méditerranée. \037On voyait, parmi ces marins Improvisés, un hussard, un dragon, deux vétérans, un sapeur avec sa longue harbe, etc., etc. Le bâtiment, sorti de nuit de Barcelone, échappa à la .croisière anglaise, et se rendit à l’entrée du port de Mahon. Une lettre de marque anglaise sortait du port; la garnison du bâtiment français sauta à l’abordage, et il s’engagea sur le pont un combat acharné dans Icqucl les Français eurent le dessus. C’était cette lettre de marque qui arrivait à Alger. \037Investi des pleins pouvoirs de M. Dubois-Thainville, j’annonçai aux prisonniers qu’ils allaient être immédiatement rendus à leur consul. Je respectai même la ruse du capitaine qui, blessé de plusieurs coups de sabre, s’était fait envelopper la tête de son principal pavillon. Je rassurai sa femme mais tous mes soins se portèrent particulièrement sur un passager que je voyais amputé d’un bras. \037«Où est le chirurgien, lui dis-je, qui vous a opéré? -Ce n’est pas notre chirurgien, me dit-il; il a fui lâchement avec une partie de l’équipage, et s’est sauvé à terre. \037Qui donc vous a coupé le bras? t \037Cest le hussard que vous voyez ici. \037Malheureux t m’écriai-je, qui a pu vous porter, vous dont ce n’est pas le métier, à faire cette opération ? 1 – La demande pressante du blessé. Son bras avait acquis déjà un énorme volume; il voulait qu’on le lui cou- \037

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n histoire \037a.. -1 \037pat d’un coup de hache. Je lui répondis qu’en KgypLe, étant à l’hôpital, j’avais vu faire plusieurs amputations, que j’imiterais ce que j’avais vu, que peut-être réussiraisje qu’en tout cas, cela vaudrait mieux qu’un coup de hache. Tout fut convenu; je m’armai de la scie du char. pentier, et l’opération fut faite. » \037Je sortis sur-le-champ, et j’allai au consulat d’Amérique réclamer l’intervention du seul chirurgien digne de confiance qui fût alors a Alger. M. Triplet, je crois me rappeler que c’est le nom de l’homme de l’art distingué dont j’invoquai le concours, vint aussitôt à bord du bâtiment, visita l’appareil, et déclara, à ma très-vive satisfaction, que tout était bien, et que l’Anglais survivrait à son horrible blessure. \037Le jour même nous fîmes transporter sur des bran.cards les blessés dans la maison de M. Blankley cette opération, exécutée avec un certain apparat, modifia un tant soit peu les dispositions du dey à notre égard, dispositions qui nous devinrent encore plus favorables à la suite d’un autre événement maritime, pourtant fort insignifiant. \037On vit un jour, à l’horizon, une corvette armée d’un très-grand nombre de canons et se dirigeant vers le port d’Alger survint, immédiatement après, un brick de guerre anglais, toutes voiles dehors; on s’attendait à un combat, et toutes les terrasses de la ville se couvrirent de spectateurs le brick paraissait avoir une marche supérieure et nous semblait pouvoir atteindre la corvette mais celle-ci, ayant viré de bord, sembla vouloir engager le combat le bâtiment anglais fuit devant elle; la corvette vira de bord \037

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DE MA JEUNESSE. M \037une seconde fois et dirigea de nouveau m route vers Alger, où on aurait cru qu’elle avait une mission spéciale à remplir. Le brick changea de route à son tour, mais il se tint constamment hors de portée du canon de la corvette enfin, les deux bâtiments arrivèrent successivement dans le port et y jetèrent l’ancre, au vif désappointcmei.t de la population algérienne, qui avait espéré assister sans danger à un combat maritime entre des chiens ék chrétien* appartenant à deux nations également détestées au point de vue religieux mais elle ne put cependant réprimer de grands éclats de rire, en voyant que la corvette était un bâtiment marchand et qu’elle n’était armée que de simulacres de canons en bois. On dit dans la ville que les matelots anglais, furieux, avaient été au moment do .se révolter contre leur trop prudent capitaine. J’ai bien peu de choses a rapporter en faveur des Algériens j’accomplirai donc acte de justice, en disant que la corvette partit le lendemain pour les Antilles, sa destination, et qu’il ne fut permis au brick de mettre à la voile que le surlendemain. \037XLI. \037Bakri venait souvent au consulat de France traiter do nos affaires avec M. Dubois-Thainville « Que voulezvous ? disait celui-ci, vous êtes Algérien, vous serez la première victime de l’obstination du dey. J’ai déjà écrit à Livourne pour qu’on se saisisse de vos familles et de vos biens. Lorsque les bâtiments chargés de coton, que vous avez dans ce port, arriveront à Marseille, ils seront \037

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8i HISTOIRE \037immédiatement confisquas c’est a vous de voir s’il ne vous convient pas mieux de payer la somme que réclame le dey que de vous exposer à une perte décuple et certaine. » Le raisonnement était sans réplique, et quoi qu’il pût lui en coûter, Bakri se décida à payer la somme demandée à la France. \037La permission de partir nous fut immédiatement accordée je m’embarquai le 21 juin 1801), sur un bâtiment dans lequel prenaient passage M. Dubois-Thainville et sa famille. \037XLII. \037l.a veille de notre départ d’Alger, un cor6aire déposa, clicz le consul, la malle de Mayorque qu’il avait prise sur un bâtiment dont il s’était emparé c’était la collection complète des lettres que les habitants des Baléares écrivaient à leurs amis du continent. Tenez, me dit M. Dubois-Thainville, voilà de quoi vous distraire pendant la traversée, vous qui gardez presque toujours la chambre à cause du mal de mer; décachetez et lisez toutes ces lettres, et voyez si elles renferment quelques renseignements dont on puisse tirer parti pour venir en aide aux malheureux soldats qui meurent de misère et de désespoir dans la petite lle de Cabrera. • \037A peine arrivé à bord de notre bâtiment je me mis br l’œuvre et remplis sans scrupule et sans remords le rôle d’un employé du cabinet noir, avec cette seule différence que les lettres étaient décachetées sans précaution. J’y trouvai plusieurs dépêches dans lesquelles l’amiral Colling- \037

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DR MA JEUNESSE. 85 \037wood signalait au gouvernement espagnol la facilité qu’on aurait à délivrer les prisonniers. Dès notre arrivée 6 Marseillo, on envoya ces lettres au ministre de la marine, qui, je crois, n’y fit pas grande attention. \037Je connaissais presque tout le grand monde à Palm.i capitale de Mayorque. Je laisse à deviner avec quelle curiosité je lisais les missives dans lesquelles les belles dames de la ville exprimaient leur haine contre lot maldilos cavachios [Françait), dont la présence en Espagne avait rendu nécessaire le départ pour le continent d’un magnifique régiment de hussards combien de personnes j’aurais pu intriguer, si, sous le masque, je m’étais trouvé avec elles au bal de l’Opéra! l \037Plusieurs de ces lettres, dans lesquelles il était question de moi, m’intéressèrent particulièrement j’étais sûr pour le coup que rien n’avait gêné la franchise de ceux (lui les avaient écrites. C’est un avantage dont peu de gens peuvent se vanter d’avoir joui au même degré. Le bâtiment sur lequel j’étais, quoique chargé de balles de coton, avait des papiers de corsaire de la Régence, et était censé l’escorte de trois bâtiments marchands richement chargés qui se rendaient en France. \037Nous étions devant Marseille le i" juillet, lorsqu’une Wgule anglaise vint nous barrer le passage Je ne vous prends pas, disait le capitaine anglais; mais venez devant Ics Iles d’Hyères, et l’amiral Collingwood décidera do votre sort. J’ai reçu, répondait le capitaine barbaresque la mission expresse de conduire ces bâtiments a Marseille, et je l’exécuterai. -Vous ferez individuellement ce que bon vous semblera, reprit l’Anglais; qunnt \037

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86 HISTOIRE \037aux bâtiments marchant sous votre escorte, ils seront, je vous le répète, conduits devant l’amiral Collingwood.i Et il donna sur-le-champ à ces bâtiments l’ordre de faire voile à l’Est. \037La frégate s’était déjà un peu éloignée, lorsqu’elle s’aperçut que nous nous dirigions vers Marseille. Ayant appris alors, des équipages des bâtiments marchands, que nous étions nous-mêmes chargés de coton, elle vira de bord pour s’emparer de nous. \037Elle allait nous atteindre, lorsque nous pûmes entrer dans le port de la petite Ile de Pomègue. La nuit, elle mit ses chaloupes à la mer pour tenter de nous enlever mais l’entreprise était trop périlleuse, et elle n’osa pas la tenter. \037Le lendemain matin, 2 juillet 1809, je débarquai au lazaret. \037XLIII. \037On va aujourd’hui d’Alger à Marseille en quatre jours; j’avais employé onze mois pour faire la même traversée. Il est vrai que j’avais fait çà et là des séjours involontaires. Mes lettres, parties du lazaret de Marseille, furent considérées par mes parents et mes amis comme des certificats de résurrection; car, depuis longtemps, on me supjwsait mort. Un grand géomètre avait même proposé au bureau des longitudes de ne plus payer mes appointements à mon fondé de pouvoirs; ce qui peut sembler d’autant plus cruel que ce fondé de pouvoirs était mon père. La première lettre que je reçus de Paris renfermait \037

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DR MA JBUNESSR. 87 \037_1_ -1. -L.I- .1-- 1’LIl~:Wal. 1.. \037des témoignages de sympathie et des félicitations sur la fin de mes pénibles et périlleuses aventures; elle était d’un homme déjà en possession d’une réputation européenne, mais que je n’avais jamais vu. M. de Humboldt, sur ce qu’il avait entendu dire de mes malheurs, m’offrait son amitié. Telle fut la première origine d’une liaison qui date de près de quarante-deux ans, sans qu’aucun nuage l’ait jamais troublée. \037M. Dubois-Thainville avait de nombreuses connaissances à Marseille; sa femme était née dans cette ville, et sa famille y résidait. Ils recevaient donc l’un et l’autre de nombreuses visites au parloir. La cloche qui les y appelait n’était muette que pour moi, et je restais seul, délaissé, aux portes d’une ville peuplée de cent mille de mes concitoyens comme je l’avais été au milieu de l’Afrique. Un jour, cependant, la cloche- du parloir tinta trois fois (c’était le nombre de coups correspondant au numéro de ma chambre) je crus à une erreur. Je n’en 0$ rien parattre, toutefois; je franchis fièrement, sous l’escorte de mon garde de santé, le long espace qui sé- pare le lazaret proprement dit du parloir, et j’y trouvai, avec une très-vive satisfaction, M. Pons, concierge de l’observatoire de Marseille le plus célèbre dénicheur de comètes dont les annales de l’astronomie aient eu à enregistrer les succès. \037En tout temps, la visite de l’excellent M. Pons, que j’ai vu depuis directeur de l’observatoire de Florence, m’eût été très-agréable; mais, pendant ma quarantaine, elle fut pour moi d’une inappréciable valeur. Elle me prouvait que j’avais retrouvé le sol natal. \037

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S* HISTOIRB \037Deux ou trois jours avant notre entrée en libre pratique, t nous éprouvâmes une perte vivement ressentie par chacun de nous. Pour tromper les ennuis d’une sévère quarantaine, la petite colonie algérienne avait l’habitude de se rendre dans un enclos voisin du lazaret, où était renfennée une très-belle gazelle appartenant à M. Dubois-Thflinville elle bondissait là en toute liberté, avec une grâce qui excitait notre admiration. L’un de nous essaya d’arrêter dans sa course l’élégant animal; il le saisit malheureusement par la jambe et la lui cassa. Nous accourûmes tous, mais seulement, hélas 1 pour assister à une scène qui excita chez nous une profonde émotion. \037La gazelle, couchée sur le flanc, levait tristement la l«He; ses beaux yeux (des yeux de gazelle 1) répandaient des torrents de larmes; aucun cri plaintif ne s’échappait de sa bouche; elle fit sur nous cet effet que produit toujours une personne qui, frappée subitement d’un irréparable malheur, se résigne et ne manifeste ses profondes angoisses que par des pleurs silencieux. \037XLIV. \037Après avoir terminé ma quarantaine, je me rendis d’abord à Perpignan, au sein de ma famille, où ma nii’-rc, la plus respectable et la plus pieuse des femmes, fit dire force messes pour célébrer mon retour, comme elle en avait demandé pour le repos de mon âme, lorsqu’elle me croyait tombé sous le poignard des Espagnols. Mai» je quittai bientôt ma ville natale pour rentrer à \037

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DE MA JRUNBSSF. M \037Pnris, et je déposai au Bureau des Longitudes et è l’Académie des Sciences, mes observations que j’étais parvenu à conserver, au milieu des périls et des tribulations de ma longue campagne. \037Peu de jours après mon arrivée, le i8 septembre 1809, je fus nommé académicien, en remplacement de Lalande, Il y avait cinquante-deux votants; j’obtins quarante-sept voix, M. Poisson, quatre, et M. Nouet, une. J’avais alors vingt-trois ans, · \037XLV. \037Une nomination fuite à une telle majorité semhle, au premier abord, n’avoir pu donner lieu à des difficullfc sérieuses; et, cependant, il n’en fut pas ainsi. L’intervention de M. de Laplace, avant le jour du scrutin, fut active et incessante pour faire ajourner mon admission jusqu’à l’époque où une place vacante, dans la section de géométrie, permettrait à la docte assemblée de nommer M. Poisson en même temps que moi. L’auteur de b Mécanique céle$le avait voué au jeune géomètre un attachement sans bornes, complètement justifié, d’ailleurs, par les beaux travaux que la science lui devait déjà. M. de Laplace ne pouvait supporter l’idée qu’un astronome, plus jeune de cinq ans que M. Poisson, qu’un élfcve, en présence de son professeur à l’École polytechnique, deviendrait académicien avant lui. Il me fit donc proposer d’écrire à l’Académie que je désirais n’être élu que lorsqu’il y aurait une seconde place à donner à Poi»son; je répondis par un refus formel et motivé en co* \037

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90 HISTOIRE \037termes s Je ne tiens nullement à être nommé en ce moment je suis décidé à partir prochainement pour le Thibet avec M. de llumboldt; dans ces régions sauvages, le titre de membre de l’Institut n’aplanirait pas les difficultés que nous devons rencontrer. Mais je ne me rendrai pas coupable d’une inconvenance envers l’Académie. En recevant la déclaration qu’on me demande, les savants dont se compose ce corps illustre, n’auraient-ils pas le droit de me dire Qui vous assure qu’on a pensé à vous? Vous refusez ce qu’on ne vous a pas offert. » En voyant ma ferme résolution de ne pas me prêter à la démarche inconsidérée qu’il m’avait conseillée, M. de Laplace agit d’une autre façon il soutint que je n’avuis pas assez de titres pour mon admission à l’Académie. Je ne prétends pas qu’à l’Age de vingt-trois ans mon bagage scientifique fût très -considérable, à l’apprécier d’une manière absolue; mais, lorsque je jugeais par comparaison, je reprenais courage, surtout en songeant que les trois dernières années de ma vie avaient été consacrées à la mesure d’un arc de méridien dans un pays étranger qu’elles s’étaient passées au milieu des orages de la guerre d’Espagne assez souvent dans les cachots, ou, ce qui était encore pis, dans les montagnes de la Kabylie et à Alger, séjour alors fort dangereux. Voici, au surplus, mon bilan de cette époque; je le livre à l’appréciation impartiale du lecteur \037Au sortir de l’École polytechnique, j’avais fait, de concert avec M. Biot, un travail étendu et très-délicat sur la détermination du coefficient des tables de réfraction atmosphérique. \037

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DB MA JEUNESSE. M \037Nous avions aussi mesuré la réfraction de différents gaz, ce qui, jusque là, n’avait pas été tenté. lTne détermination, plus exacte qu’on ne l’avait alors, du rapport du poids de l’air au poids du mercure, avait fourni une valeur directe du coemeient de la formule barométrique servant au calcul des hauteurs. \037J’avais contribué, d’une manière régulière et trèsassidue, pendant près de deux ans, aux observations qui s’étaient faites de jour et de nuit à la lunette méridienne et au quart de cercle mural à l’Observatoire de Paris. J’avais entrepris avec M. Bouvard les observations relatives à la vérification des lois de la libration de la tune, Tous les calculs étaient préparés; il ne me restait plus qu’à mettre les nombres dans les formules, lorsque je fua., par ordre du Bureau des longitudes, forcé de quitter Paris pour aller en Espagne. J’avais observé diverses comètes et calculé leurs orbites. J’avais, de concert avec M. Bouvard, calculé, d’après la formule de Laplace, la table de réfraction qui a été publiée dans le Recueil det fables du Bureau des longitudes et dans la Connaissance des temps. Un travail sur la vitesse de la lumière, fait avec un prisme placé devant l’objectif de la lunette du cercle mural, avait prouvé que les mêmes tables de réfraction peuvent servir pour Ic soleil et toutes les étoiles, Enfin je venais de terminer dans des circonstances trt>s-dilBcilcs la triangulation la plus grandiose qu’on eut jamais exécutée, pour prolonger la méridienne de France jusqu’à l’lie de Formentera. \037M. de Laplace, sans nier l’importance et l’utilité de ces travaux et de ces recherches, n’y voyait qu’une espé- \037

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91 HISTOIRE \037ranco alors, M. Lngrnnge lui dit en Urines formels Vous-même, monsieur de laplace, quand vous entrâtes à l’Académie, vous n’aviez rien fait de saillant; vous donniez seulement des espérances. Vos grandes découvertes ne sont venues qu’après. » \037Lagrange était le seul homme en Europe qui pût avec autorité lui adresser une pareille observation. M. de Laplace ne répliqua pas sur lé fait personnel mois il ajouta • Je maintiens qu’il est utile de montrer aux jeunes savants une place de membre de l’Institut comme une récompense pour exciter leur zèle. » Vous ressemblez, répliqua M. Halle à ce cocher de fiacre qui, pour exciter ses chevaux à la course, attachait une botte de foin au bout du timon de sa voiture. Les pauvres chevaux redoublaient d’efforts, et la botte de foin fuyait toujours devant eux. En fin de compte, t cette pratique amena leur dépérissement, et bientôt après leur mort. » \037Delambre, Legendre, Biot, insistèrent sur le dévouement et ce qu’ils appelaient le courage avec lesquels j’avais combattu des difficultés inextricables, soit pour achever les observations, soit pour sauver les instruments et les résultats obtenus. Ils firent une peinture animée des dangers que j’avais courus. M. de Laplace finit par se rendre en voyant que toutes les notabilités de l’Académie m’avalent pris sous leur patronage et, le jour de l’élection, il m’accorda sa voix. Ce serait pour moi, je l’avoue, un sujet de regrets, même aujourd’hui, après quarantedeux ans, si j’étais devenu membre de l’Institut sans avoir obtenu le suffrage de fauteur de la Mécanique céleste. \037

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DE MA JEUNESSE. f3 \037XLV!. \037Les membres de l’Institut devaient toujours être présenté l’Empereur après qu’il avait confirmé Icurs nominations. Lo jour désigné, réunis aux présidents, aux secrétaires des quatre classes et aux académiciens qui avaient des publications particulières à offrir au chef de l’Etat ils se rendaient dans un des salons des Tuileries. Lorsque l’Empereur revenait de la messe, il passait une sorte de revue de ces savants, de ces artistes, de ces littérateurs en habits verts. \037Je dois le déclarer, le spectacle dont je fus témoin le jour de ma présentation ne m’édifia pas. J’éprouvai mémo un déplaisir réel à voir t’empressement que mettaient les membres de l’Institut à se faire remarquer. \037Vous êtes bien jeune, me dit Napoléon en s’approchant de moi et, sans attendre une réplique flatteuse qu’il n’cût pas été ’difficile de trouver, il ajouta } Comment vous appelez-vous? Et mon voisin de droite ne me laissant pas le temps de répondre à la question assurément très-simple qui m’était adressée en ce moment, s’empressa de dire Il s’appelle Arago.. » \037« Quelle est la science que vous cultivez? î \037Mon voisin de gauche répliqua aussitôt \037• cultive l’astronomie. > \037• Qu’est-ce que vous avez fait? » \037Mon voisin de droite, jaloux de ce que mon voisin de gauche avait empiété sur ses droits à la seconde question, m; hâta de prendre la parole et dit a \037

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9* HISTOIRE \037.Il vient de mesurer la méridienne d’Espagne. «  1/ Empereur, s’imaginant sans doute qu’il avait devant lui un muet ou un imbécile, passa à un autre membre de l’Institut. Celui-ci n’était pas un nouveau venu c’était un naturaliste connu par de belles et importantes découvertes, c’était M. Lamarck. Le vieillard présente un Uvre à Napoléon. \037Qu’est-ce quo cela dit -celui-ci. C’est votre absurde Météorologie, c’est cet ouvrage dans lequel vous faites concurrence à Matthieu Lœnsberg, cet annuaire qui des.honore vos vieux jours; faites de l’histoire naturelle, et je recevrai vos productions avec plaisir. Ce volume, je ne le prends que par considération pour vos cheveux blancs. – Tenez t » Et il passe le livre à un aide de camp. Le pauvre M. Lamarck, qui, à la fin de chacune des paroles brusques et offensantes de l’Empereur, essayait inutilement de dire « C’est un ouvrage d’histoire naturelle que je vous présente, eut la faiblesse de fondre en larmes. \037L’Empereur trouva immédiatement après un jouteur plus énergique dans la personne de M. Lanjuinais. Celuici s’était avancé un livre à la main Napoléon lui dit en ricanant \037Le Sénat tout entier va donc se fondre à l’Institut? –Sire, répliqua Lanjuinais, c’est le corps de l’État auquel il reste le plus de temps pour s’occuper de littérature. » L’Empereur, mécontent de cette réponse, quitta brusquement les uniformes civils et se mêla aux grosses épaulettes qui remplissaient le salon. \037

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DE MA JEUNESSE. 9» \037XL Vil. \037Immédiatement après ma nomination, je fus en butte h d’étranges tracasseries de la part de l’autorité militaire. J’étais parti pour l’Espagne, en conservant le titre d’élève de l’École polytechnique. Mon inscription sur les contrôles ne pouvait pas durer plus de quatre ans; en conséquence, on m’avait enjoint de rentrer en France pour y subir les examens de sortie. Mais, sur ces entrefaites, Lalandc mourut; et, par suite, une place devint vacante au Burcnu des longitudes je fus nommé astronome adjoint. Ces places étant soumises à la nomination de l’Empereur, M. Lacuée, directeur de la conscription, crut voir dans cette circonstance que j’avais satisfait à la loi, et je fus autorisé à continuer mes opérations. \037M. Matthieu Dumas, qui lui succéda, envisagea la question sous un point de vue tout différent il m’enjoignit de fournir un remplaçant, ou de partir moi-même avec le contingent du 12* arrondissement de Paris. \037Toutes mes réclamations, toutes celles de mes amis ayant été sans effet, j’annonçai à l’honorable général que je me rendrais sur la place de l’Estrapade, d’où les conscrits devaient partir, en costume de membre de l’Institut, et que c’est ainsi que je traverserais à pied, la ville de Paris. Le général Matthieu Dumas fut effrayé de l’effet t que produirait cette scène sur l’Empereur, membre de l’Institut lui-même, et s’empressa, sous le coup de ma menace, de confirmer la décision du général LacueV, \037

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9$ HISTOIRE \037XLV1II. \037Dans l’année 1H09 je fus choisi par le conseil de perfectionnement de l’École polytechnique pour succéder à M. Monge, dans sa chaire d’analyse appliquée d la géométrie. Les circonstances de cette nomination sont restées un secret; je saisis la première occasion qui s’offre moi de les faire connattre. \037M. Monge prit la peine de venir un jour, à l’Observatoire, me demander de le remplacer. Je déclinai cet honneur, à cause d’un projet de voyage que je devais faire dans l’Asie centrale avec M. de Humboldt. Vous ne partirez certainement que dans quelques mois, dit l’illustre géomètre; vous pourrez donc me remplacer temporairement. -Votre proposition, répliquai-je, me flatte infiniment mais je ne sais si je dois accepter. Je n’ai jamais lu votre grand ouvrage sur les équations aux différences partielles; je n’ai donc pas la certitude que je serais en mesure de faire des leçons aux élèves de l’École polytech.nique sur une théorie aussi difficile. Essayez, dit-il et vous verrez que cette théorie est plus claire qu’on ne le croit généralement. » J’essayai, en effet, et l’opinion de M. Monge me parut fondée. \037Le public ne comprit pas, à cette époque, comment le bienveillant M. Monge refusait obstinément de confier son coursa M. Binet, son répétiteur, dont le zèle était bien connu. C’est ce motif que je vais dévoiler. \037Il y avait alors au bois de Boulogne une habitation nommée la Maison grise, où se réunissaient, autour de \037

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DE MA JEUNESSE. »7 \037"8 J’ V.V -V -Y.Y. "’1-- -1~, L-l. l~ 7 \037M. Cocssin, grand prêtre d’une religion nouvelle, un certain nombre d’adeptes, tels que Lcsueur, le musicien, Colin, répétiteur de chimie à l’École, M. Binet, etc. Un rapport du préfet de police avait signalé à Empereur les hôtes de la Maison grise comme étant affiliés à la Compagnie de Jésus. L’Empereur s’en montra inquiet et irrité « Eh bien t dit-il à M. Monge, voilà vos chers élèves devenus les disciples de Loyola t Et Monge de nier. « Vous niez, reprit l’Empereur; eh bien, sachez que le répétiteur de votre cours est dans cette clique. Tout le monde comprendra qu’après une telle parole, Monge ne pouvait pas consentir à se faire remplacer par M. Binet. XLIX. \037Arrivé a l’Académie, jeune, ardent, passionné, je me mêlai des nominations beaucoup plus que cela n’eût convenu à ma position et à mon âge. Parvenu à une époque de la vie où j’examine rétrospectivement toutes mes actions avec calme et impartialité, je puis me rendre cette justice que, sauf dans trois ou quatre circonstances, ma voix et mes démarches furent toujours acquises au candidat le plus méritant, et plus d’une fois je parvins à empêcher l’Académie de faire des choix déplorables. Qui pourrait me blâmer d’avoir soutenu avec vivacité la candidature de Malus, en songeant que son concurrent, M. Girard, inconnu comme physicien, obtint 22 voix sur 53 votants, et qu’un déplacement de 5 voix lui eût donné la victoire sur le savant qui venait de découvrir la polarisation par voie de réflexion, sur le savant que l’Europe \037

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98 II1STO1RB \037aurait nommé par acclamation. Les mêmes remarques sont upplirahlcs à la nomination de Poisson, qui aurait échoué contre ce même M. Girard, w quatre voix s’étaient déplacées. Cela ne suffit-il pas pour justifier l’ardeur inusitée de mes démarches? Quoique dans une troisième épreuve la majorité de l’Académie se soit prononcée en faveur du même ingénieur, je ne puis me repentir d’avoir soutenu jusqu’au dernier moment, avec conviction et vivacité, la candidature de son concurrent M, Dulong. Je ne suppose pas que, dans le monde scientifique, personne soit disposé à me blâmer d’avoir préféré M. Liouville à M. de Pontécoulant. \037L. \037Parfois, il arriva que le gouvernement voulut prescrire des choix à l’Académie; fort de mon droit je résistai invariablement à toutes les injonctions. Une fois, cette résistance porta malheur à un de mes amis, au vénérable Legendre; quant à moi, je m’étais préparé d’avance à toutes les persécutions dont je pourrais être l’objet. Ayant reçu du ministère de l’intérieur l’invitation de voter pour 11. Binet et contre M. Navier, à propos d’une place vacante dans la section de mécanique, Legendre répondit noblement qu’il voterait en son âme et conscience. Il fut immédiatement privé d’une pension que son grand Age et ses longs services lui avaient valu. l,e protégé de l’autorité échoua, et l’on attribua, dans le temps, ce résultat à l’activité que je mis à éclairer les membres de l’Académie sur l’inconvenance des procédés du ministère. \037

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DE MA JEUNESSE. W \037-.1 • i ̃ » t • J 14 A \037Dans une autre circonstance le roi voulait que l’Académie nommât Dupuytren, chirurgien éminent, mais a«qucl on reprochait des torts de caractère des plus graves. Dupuytren fut nommé mais plusieurs billets blancs protestèrent contre l’intervention de l’autorité dans les t’Ieclions académiques. \037LI. \037J’ai dit plus haut que j’avais épargné à l’Académie quelques choix déplorables je n’en citerai qu’un seul, à l’occasion duquel j’eus la douleur de me trouver en opposition avec M. de La place. L’illustre géomètre voulait qu’on accordât une place vacante dans la section d’astronomie à M. Nicollet, homme sans talent, et de plus soupçonné de méfaits qui entachaient son honneur de la manière la plus grave. A la suite d’un combat que je soutins visière levée, malgré les dangers qu’il pouvait y avoir à braver ainsi les protecteurs puissants de M. Nicollet, l’Académie passa au scrutin le respectable M. Damoiseau dont j’avais soutenu la candidature obtint 45 voix sur 48 votants. M. Nicollet n’en réunit donc que 3. \037« Je vois, me dit M. de Laplace, qu’il ne faut pas lutter contre les jeunes gens; je reconnais qu’un homme qu’on appelle le grand Électeur de l’Académie, est plus puissant que moi. – Non, répondi»-je M. Arago parviendra à balancer l’opinion justement prépondérante de M. de Laplacc alors seulement que le bon droit sera sans contestation possible de son coté. » \037

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400 HISTOIRB \037Peu de temps après, M. Nicollet était en fuite pour l’Amérique, et le Bureau des longitudes faisait rendre une ordonnance pour l’expulser ignominieusement do son sein. \037LU. \037J’engagerai les savant* qui, entras de bonne heure à l’Académie, seraient tentés d’imiter mon exemple, à ne compter que sur le témoignage de leur conscience; je les préviens, en connaissance de cause, que la reconnaissance leur fera presque toujours défaut. \037L’académicien nommé, dont vous avez exalté le mérite quelquefois outre mesure, prétend que vous n’avez fait que lui rendre justice, que vous avez rempli un devoir, et qu’il ne doit conséquemment vous en tenir aucun compte. \037lui. \037Delambrc mourut le 19 août 1823. Après les détais obligés on procéda à son remplacement. La place de secrétaire perpétuel n’est pas de celles qu’on peut laisser longtemps vacantes. L’Académie nomma une commission pour lui présenter des candidats elle était composée de MM. de Laplace, Arago, Legendre, Rossel, Prony, Lacroix. La liste de présentation se composait de MM. Biot, Fourier et Arago. Je n’ai pas besoin de dire avec quelle persistance je m’opposai à l’inscription de mon nom sur cette liste; je dus céder à la volonté de mes collègues, \037

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DE MA JEUNESSE. 40t \037mai* Je saisis la première occasion de déclarer publiquement que je n’avais ni la prétention ni le désir d’obtenir un seul suffrage; qu’au surplus je cumulais autant d’emplois que j’en pouvais remplir, qu’à cet égard M. Biot «’tait dans la même position; en telle sorte que je faisais des vœux pour la nomination de M. Fouricr. On a prétendu, mais je n’ose me flatter que Ic fait soit exact, que ma déclaration exerça une certaine influence sur le résultat du scrutin. Ce résultat fut le suivant M. Fourier réunit 38 voix et M. Biot 10. Dans une circonstance de cette nature, chacun cache soigneusement son vote afin de ne pas courir la chance d’un futur désaccord avec celui qui sera investi de l’autorité que l’Académie accorde au secrétaire perpétuel. Je ne sais si on me pardonnera de raconter un incident dont l’Académie s’égaya beaucoup dans le temps. \037M. de Laplace, au moment de voter, prit deux billets blancs; son voisin eut la coupable indiscrétion de regarder et vit distinctement que l’illustre géomètre écrivait le nom de Fourier sur les deux. Après les avoir ployé* tranquillement M. de Laplace mit les billets dans son chapeau, le remua, et dit à ce même voisin curieux « Vous voyez f j’ui fait deux billets je vais en déchirer un, je mettrai l’autre dans l’urne, j’ignorerai ainsi moiini’inc pour lequel des deux candidats j’aurai voté. Le* choses se passèrent comme l’avait annoncé le rW’brc académicien seulement tout le monde sut avec certitude que son suffrage avait été pour Fourier, et le (iilcul des probabilités ne fut nullement nécessaire pour arrivée ce résultat. \037

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10} IIISTOIBB DR MA JEUNESSE. \037Après avoir rempli tes fonctions de secrétaire avec beaucoup de distinction, mais non sans quoique mollesse, sans quelque négligence, à cause de Ra mauvaise santé, Fourier mourut le 16 mai 1850. Je déclinai plusieurs fois l’honneur que l’Académie paraissait vouloir me faire de me nommer pour lui succéder je croyais, sans fausse modestie, ne pas avoir les qualités nécessaires pour remplir convenablement cette place importante. Lorsque 59 voix sur 41i votants m’eurent désigné, il fallut bien que je cédasse a une opinion si flatteuse et si nettement formulée; le 7 juin 1850, je devins donc secrétaire perpétuel de l’Académie pour les sciences mathématiques, mais conformément aux idées sur le cumul dont je m’étais fait un argument pour appuyer, en novembre 1822, la candidature de Fourier, je déclarai que je donnerais ma démission de professeur à l’École polytechnique. Ni les sollicitations du maréchal Soult, ministre de la guerre, ni celles des membres les plus éminents de l’Académie, ne parvinrent à me faire renoncer à cette résolution. \037141 V. \037

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NOTICES BIOGRAPHIQUES \037

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UW»bjo do r~ 0 m w’lrf~ ~rl, A ~11 ~dqll 1I i; 11~ IAr/lc~tr ~r ~Irdr~Ir ~ülol~r 1r I~ut~r I~ha~ 1r 1~1 ~nl trj~ll~ 1~f. I~r r’1~41oW te~l Ar I~t~i~ll 1~. frt~ I~ ~niru! ,adI8. tMt, la 4r ~W’f~<~M~<M<0<MM<M~~<<W~tft*tnt<~ rr~~ paUt~ls ~1r ay lcieWt d~r 1 lest ..w~ j.ld ~d~l «~w. w p.twew ~ul, ~1 y r~at~· A ~<Mtm< )M ~Ht~<t MHWM MM Il <t<tMM 8MUnII" ~.r Ir~l. ~aw ~rioo~ hI OatHN~é~ ’Mt1tD8f" !u ~r 1rr ta. W~nr. ""JkM t1n wl~rllt~M A f ~lod p~pr1 < <«CM<n~, \037top rrH 1~ f~ llmlirrr, l~or pau6~s dargo <M< 4at)<~ t~~ a~~ <f)MK pe~ba4~ 41*m, 0 ro*o 00 *-erg r» ~MM~<~<<M~M~W~t~~t~~M~~<M~M~M~ 14’f« ~w <MA~ ~M~w f8I1’ rd" e~naajt, t \037Au Il biote de a~~nLpe1 ~ltr ~BttttoW A ~ll~eww 1r m.. r.rulrlyr~ pM d OtM<tMt< 4or lllAcrllb r~klEnyl! <~ <MX«  r N boum eskiow tuer. M%dt~4 0»4i«dt,4», l’la·d! .rry t~~d*~ ut, ot«4ç«o IdM11~ d~t«, MM, la ~w’~a< tMftobtw .t. l’4wrl~~ufr, dr pl~wuymY’ wtw fI" tlta.l~b.~T t:4,’ A "~1.1 <tf Ivilr IY’N~il~l~ u11 ?<* IIXN1lI~ 11a fy~:rl "’Wh \037

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dont les appointements de membre do l’Institut étaient la «mie ressource. Ces observations, présentée* avec force, m’ébranlerent. Le débat, néanmoins, «’envenima | je pouvais consentir a lire l’£lofn> <!o Fresnel, mai» je refusai obstinément d’on retrancher der pansage» <iul, la teille, avaient paru Irréprochables, sur la nécessité d’exécuter strictement la Charte »! on ne voulait pan rouvrir la carrière des révolution». Cuvlor, par amitié pour moi, et dan» l’intérêt de l’Académie, était surtout ardent pour obtenir ce» suppressions, Je 11» part île cette circonstance à Villeinaln, qui «ans s’apercevoir que le grand naturaliste pouvait l’entendre, sVcrla s « C’est une insigne lâcheté. • De là, des querelles, des personnalité», dontjft me ferai» un scrupule de consigner Ici le souvenir. Voilà ce qui arriva dans cette circonstance regrettable. Le» passage» en question furent conservé» la lecture, et devinrent l’objet, de la part du public, d’applaudissements frénétique» qui ne semblaient mérités ni par le fond ni par la forme. J’avoue même que je fus tres-surprls lorsqu’on sortant de la séance, le duc de Raguse me dit à l’oreille i « Dieu veuille que demain Je n’ate pas à aller chercher de vos nouvelle» à Vincenne* • \037

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NOTICES BIOGRAPHIQUES \037FRESNEL’ \037«ooiurHii ici m ttAxct rvtuQit pr i.’acapéiiii! vu tam:r.; LI l« jiiur.T ,<ISI. \037Messieurs, il est des hommes à qui l’on succède et f que personne ne remplace. Ces paroles d’un des plus honorables écrivains de notre temps, si souvent reproduites comme la formule convenue d’une modestie de cir.constance, sont aujourd’hui dans ma bouche l’expression fidèle de ce que j’éprouve. Comment pourrais-je, en effet, sans la plus vive émotion, venir occuper à cette tribune une place qu’a si dignement remplie, pendant huit années, le géomètre illustre dont la mort inattendue ne laisse pas moins de regrets à l’amitié qu’aux sciences et aux lettres. Cet aveu sincère de ma juste défiance, ce n’est pas ici, Messieurs, qu’on l’entend pour la première fois. Presque tous les membres de l’Académie ont été tour à tour les confidents de mes scrupules, et leur encourageante bienveillance est à peine parvenue h les surmonter. Voué 1. (Envrc | jothume. \037

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40» FRBSNEL \037depuis longtemps à des recherches purement scientifiques; tout à fait dépourvu des titres littéraires qui, jus. qu’à ce moment, avaient paru Indispensables dans les difficiles fonctions qu’on m’a confiées, je ne pouvais avoir aux yeux de l’Académie que le facile mérite d’un zèle soutenu, d’un dévouement sans bornes à ses intérêts, et du désir ardent qu’en toute occasion j’ai manifesté de voir la renommée qu’elle s’est acquise, grandir, si c’est possible, et s’étendre en tout lieu. Le vide que M. Fourier hisse parmi nous, je l’ai reconnu le premier, je l’ai reconnu sans réserve, se fera surtout sentir dans ces réunions solennelles c’est alors que vous vous rappellerez ce langage dans lequel la plus rigoureuse précision s’alliait ei heureusement à l’élégance et à la grâce. Aussi j’ai dû me persuader que l’indulgence de l’Académie me présageait en quelque sorte celle dont le public daignerait m’honorer; autrement aurais-je osé faire entendre ici une voix inexpérimentée après l’éloquent interprète que nous venons de perdre, à côté de celui que nous avons le bonheur de posséder 1 \037Cet éloge, au reste, je me hâte de le déclarer, s’écarte de la forme ordinaire. Je demanderai même qu’on veuille bien le considérer comme un simple Mémoire scientifique dans lequel à l’occasion des travaux de notre confrère, j’examine les progrès que plusieurs des branches les plus importantes de l’optique ont faits de nos jours. A une époque où les cours du Collège de France, de la Faculté de Paris, du Jardin du Roi, attirent une si grande aflluance d’auditeurs, il m’a semblé que l’Académie dos Sciences pourrait ellc-ntfmc entretenir directement le \037

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PRKSNBL 100 \037public, ami de nos études, qui veut bien assiaU’r à ce* réunions, do quelques-unes des questions variées dont elle s’occupe spécialement. Toutefois c’est ici de ma part un simple essai sur lequel on voudra bien m’ éclairer; la critique me trouvera docile. J’espère cependant que la satisfaction de se voir initié en peu d’instants aux plus curieuses découvertes de notre siècle pourra paraltre une compensation suffisante de l’inévitable fatigue qu’amèneront tant de minutieux détails. \037De mon côté l’indulgence sur laquelle je compte no me dispensera pas de faire tous mes efforts pour tacher d’être clair. Fontenelle, dans une occasion semblable, demandait à son auditoire (je cite ses propres expres.sions) « la même application qu’il faut donner au roman de la Princesse de Clèves, si on veut en suivre bien Fin«  trigue et en connattre toute la beauté. Je n’aurais pas le droit, je le sais, d’être aussi peu exigeant; mais j’ai, d’une autre part, l’avantage de parler devant une assemblée familiarisée avec des études sérieuses, et dont on peut réclamer avec confiance une attention que Fontenelle lui-même, au commencement du xvm* siècle, aurait difficilement obtenue de la société frivole à laquelle il s’adressait. \037BNiuiice de fresneu – soir entrée k i/école polytechniq.ce ET DAN» LU CORP» DES PONTS ET CHAINES. *K DEÏTIK’TIO!» POUR AVOIR lit REJOINDRE L’ARMER ROTAU A LA PALUD. Augustin-Jean Fhesnel naquit le 10 mai 4788, à Broglie, pn’’s de Bernay, dans cette partie de l’ancienne province de Normandie qui forme aujourd’hui le dt’par- \037

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tlO FHBSNBL. \037tentent de l’Hure. Sun père était architecte, et, en cette qualité, le génie militaire lui avait confié la construction du fort de Querque ville, è l’une des extrémités de la rade de Cherbourg mais la tourmente révolutionnaire l’ayant forcé d’abandonner ces travaux, il se retira avec toute sa famille dans une modeste propriété qu’il possédait près de Caen, à Mathieu, petit village qui déjà n’était pas sans quelctue illustration, puisque c’est la patrie du poëte Jean Ma rut, père du célèbre Clément. Madame Fresnel, dont le nom de famille (Mérimée) devait aussi un jour devenir cher aux arts et aux lettres, était douée des plus heureuses qualités du cœur et de l’esprit; l’instruction solide et variée qu’elle avait reçue dans sa jeunesse, lui permit de s’associer activement pendant huit années consécutives aux efforts que faisait son mari pour l’éducation de leurs quatre enfants. Les progrès du fils aîné furent brillants et rapides. Augustin, au contraire, avançait dans ses études avec une extrême lenteur à huit ans il savait à peine lire. On pourrait attribuer ce manque de succès à la complexion très-délicate du jeune écolier et aux ménagemonts qu’elle prescrivait; mais on le comprendra mieux encore, quand on saura que Fresnel n’eut jamais aucun goût pour l’étude des langues, qu’il fit toujours très-peu de cas des exercices qui s’adressent seulement à la mémoire que la sienne, d’ailleurs assez rebelle en général, se refusait presque absolument à retenir des mots, dès qu’ils ne se rattachaient pas à une argumentation clairc et ourdie fortement. Aussi, je dois l’avouer sans détour, ceux dont toutes les prévisions concernant l’avenir d’un enfant, se fondent sur le recensement complet des pre- \037

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FRE8NKI, 4)4 \037mlère* places qu’il a obtenues au collége, en thème ou en version, n’auraient jamais Imaginé qu’Augustin Fresncl deviendrait un des savants les plus distingué de notre époque. (Juant a ses jeunes camarades, ils l’avaient au contraire jugé avec cette sagacité qui les trompe rarement ils l’appelaient l’homme de génie. Ce titre pom- peux lui fut unanimement décerné à l’occasion de recherches expérimentales (on me passera cette expression, elle n’est que juste) auxquelles il se livra à l’âge de neuf ans, f soit pour fixer les rapports de longueur et de calibre qui donnent la plus forte portée aux petites canonnières do sureau dont les enfants se servent dans leurs Jeux, suit pour déterminer quels sont les bois verts ou secs qu’il convient d’employer dans la fabrication des arcs, sous lo double rapport de l’élasticité et do la durée. Le physicien de neuf ans avait exécuté en effet ce petit travail avec tant de succès, que des hochets, jusque là fort inof. fensifc, étaient devenus des armes dangereuses, qu’il eut l’honneur de voir proscrire par une délibération expresse des parents assemblés de tous les combattants. En 1801, Fresnel, âgé de treize ans, quitta le foyer paternel, et se rendit à Caen avec son frère aîné. L’école centrale de cette ville, où l’instruction a toujours été en honneur, présentait alors une réunion de professeurs du plus rare mérite. Les excellentes leçons de mathématiques de M. Quenot, le cours de grammaire générale et de logique de l’abbé de la Rivière, contribuèrent éminemment a développer chez le jeune élève cette sagacité, cette rectitude d’esprit, qui plus tard l’ont guidé avec tant de bonheur dans le dédale en apparence inextricable des \037

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III HlBfNEL. \037|4iAiMnenen naturel* qu’il est (Nirvvnu à débrouiller, U conmiuntatlon du m voir e*t de (ou* les bienfaits que nom rm-vons daiw notre jeunes», celui dont un camr bien nd nNMcrve le plut profond souvenir, Aussi la reconnais.mimx qu’ivf it vouée Prcsnel 4 ses digne* profc**rur« do lîaen, fuMIe constamment vive ci respectueuse, l/sa tcoU’* rriifrclcf ellc«-tn*inc» rurent loujour» une lirgo |iart daiu «on Muvrnir et j’ai quelques ral*on» do croira qu’mi aurait trouvé diverses réminiscences de ces anrkiincs institution* dans un plan d*étudcs qu’il voulait puhl"’r. \037Kn «ri rntra à vlus ans et demi à racole polytech- nique, où son (rtro Biné l’avait précédé d’une année, £̃ miiI/ Malt alors eitr^meincnt fsiblo, et faisait craindra qu’il no pût pas su|iporter les fatigues d’un tuui rude nos triât { mais ce carpe débile rcnfprmait l’Imo la plus >igourcu*>, et, tn toutes cnosm, Is forme voient* do r^uuir c4 d^jà la moitié du succès j d’ailleurs Is do^tdrité de PrcjwH pour les’ srt* graphiques était pn»que «ans {%»\e, et, sous c* rapfiori, il pouvait marcher de pair av<r les plu* habiles do ses camarades, tout en s’impoMnt un travail journalier beaucoup moins long, borique rVwt suivait les cours de CrVole polyUvIinkiuc, un M vaut, dont Tlgo n’o pas refroidi M «Me, que l’AradA.mie des fr-tence* « la bonheur de compter parmi ses membre* k* plus actifs, les plus ssuldus, H qu’il me faudra d^tfigner, puisqu’il m’entend, par le x-ul litro de <k»)in des gtemèlrcs vivants, remplissait les fonction» d’etaminsteur. Dons le courant de l’année 180J il pro|n>u aux élèves comme sujet de concours, une question \037

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FRESNEL, m \0371.-1. · 8 \037de géométrie. Plusieurs la résolurent; mais la solution de Fresnel fixa particulièrement l’attention de notre confrère, car les hommes supérieurs jouissent de l’heureux privilège de découvrir, môme sur de légers indices, les talents qui doivent jeter un grand éclat. M. Legendre, son nom m’échappe, complimenta publiquement le jeune lauréat. Des témoignages d’encouragement partant de si haut mirent Fresnel, peut-être pour la première fois, dans le secret de son propre mérite, et vainquirent une défiance outrée qui, chez lui, produisait les plus fâcheux résultats, puisqu’elle l’empêchait de tenter des routes nouvelles, \037En sortant de l’École polytechnique, Frcsnel passa dans celle des ponts et chaussées. Lorsqu’il eut obtenu le titre d’ingénieur ordinaire, il fut envoyé dans le département de la Vendée, où le gouvernement cherchait à effacer les traces de nos déplorables discordes civiles, relevait tout ce que la guerre avait renversé, ouvrait des communications destinées à vivifier le pays, et posait les fondements d’une ville nouvelle. Tout élève, quelque carrière qu’il veuille embrasser, attend avec la plus vive impatience l’instant où il pourra déposer ce titre. Pour lui, en vingt-quatre heures, le inonde alors change complétement d’aspect il recevait des leçons, il va créer. Son avenir semble d’ailleurs lui promettre tout ce qu’un siècle a offert d’événements brillants à quelques rares individus favorisés du sort. \037Peu d’ingénieurs, par exemple, reçoivent leurs diplômes sans se croire, dès ce moment, appelés soit (nouveau\ Ilicquet) à joindre l’Océan à la Méditerranée par un gnuul \037

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IU PREBNEL. \037canal qui conduira les navires du commerce jusqu’au centre du royaume, soit à tracer sur la croupe des Alpes la route sinueuse et hardie dont la sommité se perd dans la région des frimas éternels, et que le voyageur cependant peut affronter sans crainte, même au cœur de l’hiver. Celui-ci a conçu l’espoir d’orner la capitale d’un de ces ponts légers et toutefois inébranlables, où le hardi ciseau d’un David viendra quelque jour animer le marbre; l’autre, renouvelant les gigantesques travaux de Cherbourg, arrête les tempétes à l’entrée de certaines rades, prépare d’utiles refuges aux navires de commerce, s’associe enfin à la gloire des escadres nationales, en leur fournissant de nouveaux moyens d’attaque et de défense. Les moins ambitieux ont songé à redresser le cours des principaux fleuves, à rendre, par des barrages, leurs eaux moins rapides et plus profondes; à arrêter ces montagnes mouvantes qui, sous le nom de dunes, envahissent graduellement de riches contrées, et les transforment en de stériles déserts. \037Je n’oserais pas affirmer que malgré l’extrême modération de ses désirs, Fresnel échappa tout à fait à ces heureux rêves du jeune âge. En tout cas le réveil ne se fit pas attendre î niveler de petites portions de route; chercher, dans la contrée placée dans sa circonscription, des bancs de cailloux présider à l’extraction de ces matériaux; veiller à leur placement sur la chaussée ou dans les ornières; exécuter. ça et là, un ponceau sur des canaux d’irrigation; rétablir quelques mètres de digue que le torrent a emportés dans sa crue; exercer principalement sur les entrepreneurs une survtil- \037

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FRESNEL. H5 \037lance active; vérifier leurs états de compte, toistT scrupuleusement leurs ouvrages, telles étaient les fonctions fort utiles, mais très-peu relevées, très-peu scientifiques, que Fresnel eut à remplir pendant huit à neuf années dans la Vendée, dans la DrOmc, dans l’I Ile-etVilaine. Combien un esprit de cette portée ne devait-il pas être péniblement affecté quand il comparait l’usage qu’il aurait pu faire de ces heures qui paient si vite, avec la manière dont il les dépensait I Mais chez Fresnel, l’homme consciencieux marchait toujours en première ligne; aussi s’acquitta-t-il constamment de ses devoirs d’ingénieur avec le plus rigoureux scrupule. La mission de défendre les deniers de l’État, d’en obtenir le meilleur emploi possible, se présentait è ses yeux comme une question d’honneur, Le fonctionnaire, quel que fût son rang, qui lui soumettait un compte louche, devenait à l’instant l’objet de son profond mépris. Fresnel ne comprenait pas les ménagements auxquels des personnes, d’ailleurs très-estimables, se croient quelquefois tenues par esprit de corps. Toute confraternité cessait pour lui, malgré les similitudes de titres et d’uniformes, dès qu’on n’avait pas une probité à l’abri du soupçon. Dans ces circonstances, la douceur habituelle de ses manières disparaissait, pour faire place à une raideur, je dirai même à une âpreté qui, dans ce siècle de concessions, lui attira de nombreux désagréments. \037Les opinions purement spéculatives d’un homme de cabinet, concernant l’organisation politique de la société, doivent en général trop peu intéresser le public, pour qu’il soit nécessaire d’en faire mention mais l’influence \037

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ne kh esn el. \037qu’elles ont exercée sur la carrière de Fresnel ne me permet pas de les taire. \037l’reMiel, comme tant de bons esprits, s’associa vivement en 1814 aux espérances que le retour de la famille des Bourbons faisait naître. La Charte de 1814, exécutée sans arrière-pensée, lui paraissait renfermer tous les germes d’une sage liberté. 11 y voyait l’aurore d’une régénération politique qui devait, sans secousses, s’étendre de la France à toute l’Europe. Son cœur de citoyen s’émouvait en songeant que notre beau pays allait exercer cette pacifique influence sur le bonheur des peuples. Si, pondant le régime impérial, les grandes journées d’Austerlitz, d’iéna, de Friedland, n’avaient pas fortement excité son imagination, c’est seulement parce qu’elles lui semblaient destinées à perpétuer le despotisme sous lequel la France se trouvait alors courbée. Le débarquement de Cannes, en 1815, lui parut une attaque contre la civilisation; aussi, sans être arrêté par le délabrement de sa santé, s’empressa-t-il d’aller rejoindre l’un des détachements de l’armée royale du Midi. Fresnel s’était flatté de n’y trouver que des hommes de sa trempe, si j’en juge par l’impression pénible qu’il éprouva dès sa première entrevue avec le général sous les ordres duquel il allait se placer, Touché de l’air maladif de son nouveau soldat, le chef lui témoigne combien il est surpris qu’il veuille, dans un tel état, s’exposer aux fatigues et aux dangers d’une guerre civile. Vos supérieurs, « Monsieur, lui dit- il, vous ont peut-être commandé • cette démarche. –Non, général, je n’ai pris con«  sei! que de moi. Je vous en prie, parlez-moi sans \037

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FRESNEL. 1(7 \037< détour; vous a-t-on menacé do ne pas payer vos api pointements?-Aucune menace semblable ne m’a été « faite mes appointements étaient régulièrement payé». « -Fort bien; mais je dois, entre nous, vous prévenir « qu’il ne faut guère compter ici que sur le casuel. – J’ai « compté sur mes seules ressources; je n’espère et ne < claire aucune récompense je me présente à vous pour remplir un devoir. – A merveille, Monsieur; c’est ainsi que tout bon serviteur de la cause royale doit penser et agir; je partage vos honorables sentiments; comptez » sur ma bienveillance. » Cette bienveillance, en effet, ne se démentit point, et les questions qui d’abord avaient Messe Fresnel, montraient seulement que son interlocuteur, moins novice dans les affaires de ce bas monde, savait, par expérience, qu’un rassemblement populaire, de quelque couleur qu’il se pare, renferme plus d’un individu dont le dévouement, sous des apparences trompeuses, cache des intérêts personnels. \037Freanel rentra à Nyons, sa résidence habituelle, presque mourant. La nouvelle des événements de la Palud l’y avait précédé; la populace, on sait ce que signifie ce terme dans les départements du Midi, lui prodigua mille outrages. Peu de jours après, un commissaire impérial vint prononcer sa destitution et le placer sous la surveillance de la haute police. Loin de moi la pensée d’atténuer ce qu’une semblable mesure avait d’odieux. Je dois dire cependant qu’elle fut exécutée sans trop de rigueur, que Fresnel obtint la permission de passer par Paris; qu’il y Ajourna sans être inquiété qu’il y put renouer connaissance avec d’anciens condisciples et se préparer ainsi aux \037

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418 FRESNEL. \037recherche* scientifiques dont il comptait s’occuper dans la retrnite 0(1 ses jeunes années s’étaient écoulées. A cette époque Fresnel avait à peine une idée confuse des brillantes découvertes qui, dans les premières années de ce siècle, changèrent totalement la face de l’optique. PREMIERS MÉMOIRE! Dl HEINE!» \037Le premier mémoire de science que Fresnel ait rédigé, remonte à cette même année 1814. C’était un essai destiné à rectifier l’explication fort imparfaite du phénomène de l’aberration annuelle des étoiles qui, généralement, est suivie dans les ouvrages élémentaires; la géométrie et la physique pouvaient également avouer la nouvelle démonstration mais malheureusement, elle ressemblait beaucoup à celle de Bradley lui-méme et de Clairaut, Je dis malheureusement, car si l’on croyait que de telles rencontres satisfont l’amour-propre d’un débutant et stimulent son zèle on se ferait étrangement illusion. Et d’ailleurs, un auteur supporterait avec philosophie, je veux bien J’admettre, le déplaisir d’avoir inutilement usé ses force? pendant des années entières à la recherche d’une vérité déjà aperçue auparavant; il renoncerait de la meilleure grâce à la flatteuse espérance de voir son nom attaché à quelque brillante découverte mais ne doitil pas être vivement inquiet, quand il peut craindre que pour avoir ignoré l’existence de tel ouvrage auquel personne ne songeait, il sera peut-être traité de plagiaire quand il peut craindre qu’une vie sans tache ne Mit pas une sauvegarde suffisante contre de telles imputations. \037

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FHKSNEL. «19 \037Le public, nonobstant les dénégations les plus expresses, suppose prcsquo toujours qu’un auteur a connu tout ce qu’il a pu connattre, et le droit dont il est investi de truiter avec une sévérité implacable ceux qui sciemment &o sont emparés des travaux de leurs prédécesseurs, est l’origine de plus d’une injustice. Aussi Lagrange racontait-il que, dans sa jeunesse, il éprouva un si profond chagrin en trouvant, par hasard, dans les œuvres de Lcibnitz, une formule analytique dont il avait parlé à l’Académie de Turin, comme d’une découverte à lui, qu’il s’évanouit complètement. Peu s’en fallut même, que dès ce jour, il ne renonçât tout à fait aux études mathématiques. La démonstration de l’aberration était trop peu importante pour inspirer à Fresnel un pareil découragement; d’ailleurs, il ne l’avait point imprimée; toutefois, cette cir. constance le rendit extrêmement timide, et depuis il ne publia jamais de mémoire sans s’être assuré, par le témoignage d’un de ses amis à qui les collections académiques étaient plus familières, qu’il n’avait pas, suivant un dicton populaire devenu chez lui une formule habituelle, enfoncé des portes ouvertes. \037Les premières recherches expérimentales de Fresnel ne datent que du commencement de 1815 mais à partir de celle époque, les mémoires succédèrent aux mémoires, les découvertes aux découvertes, avec une rapidité dont l’histoire des sciences offre peu d’exemples. Le 28 dé.cembre 1814, Fresnel écrivait de Nyons:t Je ne sais ce qu’on entend par polarisation de la lumière t priez « M. Mérimée, mon oncle, de m’envoyer les ouvrages « dans lesquels je pourrai l’apprendre. » Huit mois \037

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410 FKESNEL. \037s’étaient à peine écoulés et déjà d’ingénieux travaux l’avaient placé parmi les plus célèbres physiciens de notre époque. En 1819, il remportait un prix proposé par l’Académie sur la question si difficile de la diffraction. En 1823, il devenait l’un des membres de cette compagnie, à l’unanimité des suffrages, genre de succès fort rare, car il ne suppose pas seulement un mérite du premier ordre, mais encore de la part de tous les compétiteurs, un aveu d’infériorité bien franc, bien explicite. En 1825 la Société royale de Londres admettait notre confrère au nombre de ses associés. Enfin» deux ans plus tard, elle lui décernait la médaille fondée par le comte de Rumford. Cet hommage d’une des plus illustres académies de l’Europe, ce jugement prononcé chez une nation rivale, par les compatriotes les plus éclairés de Newton, en faveur d’un physicien qui n’attachait guère de prix ses découvertes qu’autant qu’elles ébranlaient un système dont ce puissant génie s’était fait le défenseur, me semble avoir tous les caractères d’un arrêt de la postérité, J’espère donc qu’il me serait permis de l’invoquer, si malgré tout mon désir de rester dans les strictes bornes de la vérité, et la conviction que j’ai de ne pas les avoir pas franchies, il arrivait par hasard qu’on trouvât cet éloge empreint d’une légère exagération. Ce serait là, au reste, je dois l’avouer, un reproche que je ressentirais faiblement, comme ami de Fresnel. S’il m’importe de le repousser, c’est seulement en qualité d’organe de l’Académie le ministère que je remplis aujourd’hui, au nom de mes confrères, doit être exact et sévère comme sont rigoureuses et exactes les sciences dont ilss’occupent. \037

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FRBSNEL. 411 \037«inaction. \037Les travaux de Fresnel sont presque tous relatifs à l’optique. Afin d’éviter des répétitions fatigantes, je les classerai, sans égard pour l’ordre des dates, de manière à réunir dans un seul groupe tous ceux qui se rapportent à des questions analogues. Les phénomènes de la réfraction m’occuperont les premiers. \037Un bAton dont une partie plonge dans l’eau parait brisé; les rayons qui nous font voir la portion immergée doivent donc avoir changé de route, ou s’être brisés euxmêmes, en passant de l’eau dans l’air. Naguère on réduit-nit à cette remarque les connaissances des anciens sur le phénomène de la réfraction. Mais en exhumant de la poussière des bibliothèques où tant de trésors sont encore enfouis, un manuscrit de l’Optique de Ptolémée, on a trouvé que l’école d’Alexandrie ne s’était pas bornée à constater le fait de la réfraction, car cet ouvrage renferme, pour toutes les incidences, des déterminations numériques passablement exactes de la déviation des rayons, soit quand ils passent de l’air dans l’eau ou dans le verra, soit lorsqu’ils n’entrent dans le verre qu’en sortant de l’eau. \037Quant à la loi mathématique de ces déviations, que l’Arabe Alhasen, que le Polonais Vitellio, que Képler, et d’autres physiciens avaient inutilement cherchée, c’est à Descartes qu’on la doit. Je dis Descartes, et Descartes seulement, car si les réclamations tardives d’Huygens en faveur de son compatriote Snellius étaient accueillies, il \037

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lij FRBSNKL. \037faudrait renoncer à jamais écrire l’histoire des scienc?*». Vnc loi mathématique a plus d’importance qu’une découverte ordinaire /car elle est elle-même une source de découvertes. Do simples transformations analytiques signalent alors aux observateurs une foule de résultats plus ou moins cachés, dont ils se seraient difficilement avisés; mais ces résultats ne peuvent être accueillis sans réserre tant que la vérité de la loi primordiale repose uniquement sur des mesures. Il importe pour la science, qu’en remontant aux principes de la matière, cette loi reçoive le caractère de rigueur que les expériences les plus précises ne sauraient lui donner. \037Descartes essaya donc d’établir sa loi de la réfraction par des considérations purement mathématiques; peutêtre même est-ce ainsi qu’il la trouva? Fermât combattit la démonstration de son rival, la remplaça par une méthode plus rigoureuee, mais qui avait le grave inconvénient de s’appuyer sur un principe métaphysique dont rien ne montrait la nécessité. Huygens arriva au résultat, en partant des idées qu’il avait adoptées sur la nature de la lumière; Newton enfin, car cette loi a occupé les plus grands géomètres du xvu’ siècle, la déduisit du principe de l’attraction. \037La question était parvenue à ce terme, lorsqu’un voya. geur revenant de l’Islande apporta à Copenhague de beaux cristaux qu’il avait recueillis dans la baie de Roërford. tour grande épaisseur, leur remarquable diaphanéité, les rendait très-propres à des expériences de réfraction. Bartholin, a qui on les avait remis, s’empressa de les soumettre è divers essais; mais quel ne fut \037

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FRESNEL U3 \037pas son étonnement, lorsqu’il aperçut que la lumière s’y partageait en deux faisceaux distincts, d’intensités précisément égales, lorsqu’il eut reconnu, en un mot, qu’à travers ces cristaux d’Islande qu’on a trouvés depuis dans une multitude de localités, car ils ne sont que du carbonate de chaux, tous les objets se voient doubles. La théorie de la réfraction tant de fois remaniée, avait donc besoin d’un nouvel examen tout au moins elle était incomplète, puisqu’elle ne parlait que d’un rayon et qu’on en voyait deux. D’ailleurs, le sens et la valeur de l’écartement de ces deux rayons changeaient en apparence de la manière la plus capricieuse, quand on passait d’une face de cristal’ à l’autre, ou lorsque sur une face donnée la direction du rayon incident variait. Huygens surmonta toutes ces difficultés; une loi générale se trouva comprendre dans son énoncé les moindres détails du phénomène; mais cette loi, malgré sa simplicité, malgré son élégance, fut méconnue. Les hypothèses avaient été pendant tant de siècles des guides inutiles ou infidèles; on les avait si longtemps considérées comme toute la physique, qu’à l’époque dont je parle, les expérimentateurs en étaient venus sur ce point à une sorte de réaction; or dans Ics réactions, même en matière de science, il est rare qu’on garde un juste milieu. Huygens donne sa loi i oimne le fruit d’une hypothèse, on la rejette sans examen tes mesures dont il l’étaie ne rachètent pas tout ce qu’on trouve de vicieux dans son origine. Newton luimême se range parmi les opposants, et, dès ce moment, les progrès de l’optique sont arrêtés pour plus d’un siècle. Depuis, il n’a fallu rien moins que les nombreuses expé- \037

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414 FRESNEL. \037m m ̃ ̃ #fc A ̃ MA \037riences de deux membres les plus célèbre» de cette Académie, MM. Wollaston et Malus, pour replacer la loi d’Huygensau rang qui lui appartient. \037Pendant les longs débats des physiciens sur la loi mathématique d’après laquelle la double réfraction s’opère dans le tristal d’Islande, l’existence du second faisceau étant généralement considérée comme une anomalie qui n’atteignait que la moitié de la lumière incidente l’autre moitié, au moins, disait-on, obéit à l’ancienne loi de la réfraction donnée par Descartes; le carbonate de chaux, en tant que cristal jouit ainsi de certaines propriétés particulières, mais sans avoir perdu celles dont tous les corps diaphanes ordinaires sont doués. Tout cela était exact dans le cristal d’Islande; tout cela paraissait sans trop de hardiesse pouvoir être généralisé. Eh bien, on se trompait. Il existe des cristaux où le principe de la réfraction ordinaire ne se vérifie pas, où les deux faisceaux en lesquels la lumière incidente se partage, éprouvent l’un et l’autre des réfractions anomales, où la lui de Descartes ne ferait connattre la route d’aucun rayon 1 \037Lorsque Fresnel publia pour la première fois ce fait inattendu, il ne l’avait encore vérifié qu’à l’aide d’une méthode indirecte, remarquable par l’étrange circonstance que la réfraction des rayons se déduit d’expé. riences dans lesquelles aucune réfraction ne s’est opérée. Aussi notre confrère trouva-t-il plus d’un incrédule. La singularité de la découverte commandait peut-être quelque réserve; peut-être aussi, aux yeux de diverses personnes, avait-elle, comme l’ancienne loi d’IIuygens, le tort \037

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FRE8NEL. 425 \037d’être le fruit d’une hypothèse! Quoi qu’il en soit, Kresncl aborda la difficulté de front. En montrant dans un parallélipipède de topaze formé de deux prismes de môme angle adossé», qu’aucun rayon ne passait entre deux faces opposées et parallèles sans être dévié, il rendit toute objection inutile, \037Les physiciens, je pourrais citer ici les noms les plus célèbres, qui avaient cherché à renfermer dans une seule règle tous les cas possibles de la double réfraction, s’étaient donc trompés, car ils admettaient unanimement, et comme un fait dont on ne pouvait douter, que pour la moitié de la lumière, que pour les rayons qu’ils appelaient ordinaires, les déviations devaient être les mêmes à égalité d’incidence, dans quelque sens qu’on eût coupé le criblai, La vraie loi de ces phénomènes compliqués, loi (lui renferme comme cas particuliers les lois de Descartes et d’lluygens est due à Fresnel. Cette découverte exigeait au plus haut degré la réunion du talent des expériences et de l’esprit d’invention. \037Je viens de l’avouer, les phénomènes de la double réfraction récemment analysés par Fresnel et les lois qui les enchalnent, ne sont pas exempts d’une certaine complication. C’est là un sujet de regrets, je dirai presque de lamentations chez quelques esprits paresseux qui réduiraient volontiers chaque science à ces notions superficielles dont on peut, sans effort, se rendre maltre en quelques heures de travail. Mais ne voit-on pas que, avec ces idées, les sciences ne feraient aucun progrès; que négliger tel phénomène, parce que notre faible intelligence trouverait quelque peine à le saisir, ce serait man- \037

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«20 FRESNEL. \037quer à son mandat, que souvent on passerait ainsi à côté des plus importantes découvertes Y \037L’astronomie aussi, bornée à la connaissance des constellations et à quelques remarques insignifiantes sur les levers et les couchers des étoiles, était à la portée de tous les esprits; mais alors pouvait-on l’appeler une science? Lorsqu’à la suite du travail le plus colossal qu’aucun homme ait jamais exécuté, Kepler substitua des mouvements elliptiques non uniformes aux mouvements circulaires et réguliers qui, d’après les anciens, devaient régir les planètes, ses contemporains eurent le droit de crier à la complication. Eh t bien, peu de temps après, dans les mains de Newton, ces mouvements compliqué» en apparence, furent la base de la plus grande découverte des temps modernes, d’un principe tout aussi simple qu’il est fécond; ils servirent à prouver que chaque planète est maîtrisée dans sa course elliptique par une force unique, par une attraction émanée du soleil, Les observateurs qui, à leur tour, renchérissant sur Képler, montrèrent qu’il ne suffit pas des mouvements elliptiques pour représenter les vrais déplacements des planètes, ne simplifièrent pas la science; mais, outre que les dérangements connus sous le nom de perturbations n’en auraient pas moins existé, si, en haine de toute complication, on s’était obstiné à ne les point voir, je dois dire qu’en les étudiant avec soin, on a été conduit, entre tant d’autres importants résultats, au moyen de comparer les masses des divers astres dont notre système solaire se compose, et que si nous savons aujourd’hui, par exemple, qu’il ne faudrait pas moins de trois cent cinquante mille \037

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FRE8NBL. 117 \037globes terrestres pour former un poids égal à celui du soleil, on le doit à l’observation do très-petites inégalités qu’auraient certainement négligées ceux qui, à tout prix, ne veulent que des phénomènes simples. \037Sans pousser plus loin ces remarques, je pourrai donc avouer que l’optique était plus facile, plus à la portée du commun des hommes, plus susceptible de démonstration dans les cours publics, avant tous les progrès qu’elle a faits de nos jours. Mais ces progrès sont une richesse réelle; ils ont donné lieu aux plus curieuses applications; ils signalent déjà dans diverses théories de la lumière des impossibilités qui doivent prendre rang parmi les découvertes, car dans la recherche des causes, nous sommes souvent réduits à procéder par voie d’exclusion; sous ce rapport, il n’y a jamais d’expérience inutile; on ne saurait trop les multiplier. Un homme d’un esprit universel qui prenait souvent plaisir à cacher le sens le plus profond sous des formes burlesques, Voltaire, comparait toute théorie à une souris: elle passe, disait-il dans «neuf trous, mais elle est arrêtée par le dixième. C’est en multipliant indéfiniment le nombre de ces trous, ou pour parler d’une manière moins triviale, le nombre des épreuves auxquelles une théorie doit satisfaire, que l’astronomie s’est placée au rang qu’elle occupe dans l’estime des hommes, qu’elle est devenue la première des sciences. \037C’est en suivant la même marche qu’on pourra aussi donner à diverses branches de la physique le caractère d’évidence dont elles manquent encore à quelques égards. Dans chaque science d’observation, il faut distinguer \037

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m FRBSNBL, \037les fuite, les lois qui les lient entre eux, et les causes. Souvent les difficultés du sujet arrêtent les expérimentateurs après le premier pas; presque jamais ils ne franchissent le troisième. Les progrès que Fresnel avait faits sous les deux premiers rapports, dans l’étude de la double réfraction, devaient naturellement le conduire à rechercher d’où pouvait dépendre un si singulier phénomène or, là encore il a obtenu d’éclatants succès. Mais, pressé par le temps, je pourrai seulement faire connaître le plus saillant de ses résultats. \037Lorsque Huygens publia son Traité de la lumière, on connaissait seulement deux gemmes doués de la double réfraction, le carbonate de chaux et le quartz. Aujourd’hui, il serait beaucoup plus court de dire quels cristaux n’ont pas cette propriété, que de nommer ceux qui la possèdent. Anciennement, il fallait qu’un corps diaphane eût présenté distinctement la double image pour qu’on pût se permettre de l’assimiler au cristal d’Islande. Toutes les fois que l’écartement de deux faisceaux était très-petit, échappait à l’œil, l’observateur restait dans le doute, il n’osait prononcer. Maintenant, à l’aide de la méthode très-simple qu’un membre de cette Académie a signalée, l’existence de la double réfraction se manifeste, par des caractères tout à fait indépendants, de la séparation des deux images; aucune substance, quelque mince qu’elle puisse être, douée de cette propriété, ne saurait échapper au nouveau moyen d’investigation mais s’il était certain que la double réfraction ne peut exister sans qu’on aperçoive les phénomènes très-apparents sur lesquels la méthode se fonde, il ne paraissait pas aussi incon- \037

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FRESNEL. no \037t 1.- w 0 \037tcstable qu’elle dût nécessairement les accompagner. Le doute, à cet égard, semblait d’autant plus naturel que l’auteur de la méthode avait trouvé lui-même des plaques de verre qui, sans séparer les images d’une manière perceptible, donnaient cependant naissance a tous les phénomènes en question; qu’un savant distingué de Berlin, M. Sccbeck, prouva plus tard que tout verre brusquement refroidi jouit des mêmes propriétés; qu’enfin, un trèshabile physicien d’Édimbourg les faisait nattre en comprimant des masses de verre avec force dans certains sens. Montrer qu’une plaque de verre ordinaire, ainsi modifiée par refroidissement ou par compression, sépare toujours la lumière en deux faisceaux, rendre cette séparation incontestable, tel est le problème important que se proposa Fresnel, et qu’il résolut avec son bonheur accoutumé. \037En plaçant sur une même ligne et dans une monture en fer portant de fortes vis ingénieusement disposées, quelques prismes de verre que ces vis soumettaient à de trèsfortes pressions, Fresnel fit nattre une double réfraction manifeste. Sous les rapports optiques, cet assemblage de pièces de verre ordinaire était donc un véritable cristal d’Islande; mais ici la séparation des images et toutes les autres propriétés qui en découlent résultaient exclusivement de l’action des vis de pression. Or, cette action, analysée avec soin, ne devait produire qu’un seul effet s le rapprochement des molécules du verre dans le sens suivant lequel elle s’exerçait, tandis que dans la direction perpendiculaire ces molécules conservaient leurs distances primitives. Pouvait-on douter, après cette remarquable \037

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130 FRESNEL. \037/̃ n i • • i ̃ i r i • i \037expérience qu’une disposition moléculaire analogue produite dans l’acte de la cristallisation, ne fût aussi en général cause de la double réfraction du carbonate de chaux et du quartz et de tous les minéraux de même espèce? Si l’on considère avec attention les ingénieux appareils à l’aide desquels Fresnel, en donnant ainsi artificiellement la double réfraction au verre ordinaire, a fait faire un si grand pas à la science, on est frappé de tout ce que l’esprit d’invention emprunte de secours, soit à la connaissance des arts, soit à cette dextérité manuelle qu’avait si bien caractérisée Franklin, quand il drmandait aux physiciens de savoir scier avec une lime et limer avec une scie. \037I.e- défaut de temps ne me permettra pas de citer ici divers autres travaux de notre confrère également relatifs a la réfraction de la lumière et dont je suis certain de ne pas exagérer l’importance en disant qu’ils sufliraient à la réputation de plusieurs physiciens du premier ordre. Je me hâte donc de passer à une théorie de l’optique non moins intéressante et toute moderne, à celle qu’on a désignée par le nom de théorie des interférences. Elle me fournira de nouvelles occasions de faire ressortir l’ébnnaiite perspicacité de Fresnel et les intarissables ressources de son esprit inventif. \037INTF.RKKKKNCES. \037Le nom même d’interférence n’est guère sorti jusqu’à à présent de l’enceinte des académies, et cependant j’ignore si aucune branche des connaissances humaines présente \037

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FRESNEL. 131 \037nr Wm wai·in~. mlm ~·m·inmr mlm ~:In:wm~~ \037des phénomènes plus variés, plus curieux, plus étranges. Essayons de dégager le fait capital (jui domine cette théorie, du langage scientifique dans lequel il c.-t ordinairement enveloppé, et j’espère qu’ensuite on reconnaîtra qu’elle mérite au plus haut degré de fixer l’attention du public. \037Je supposerai qu’un rayon de lumière solaire vienne rencontrer directement un écran quelconque, une belle feuille de papier blanc, par exemple. La partie du papier que le rayon frappera, comme de raison, sera resplendissante; mais me croira-t-on maintenant, si je dis qu’il dépend de moi de rendre cette portion éclairée complètement obscure, sans que pour cela il soit nécessaire d’arrêter le rayon ou de touclier au papier? \037Quel est donc le procédé magique qui permet de transformer a volonté la lumière en ombre, le jour en nuit? Ce procédé excitera plus de surprise encore que le fait en lui-même ce procédé consiste à diriger sur le papier, mais par une route légèrement différente, t.n second rayon lumineux qui, pris isolément aussi, l’aurait fortement éclairé. Les deux rayons en se mêlant semblaient devoir produire une illumination plus vive; le doute à cet égard ne paraissait pas permis; eh bien! ils te détruisent quelquefois tout à fait et l’on se trouve a\oir créé les ténèbres en ajoutant de la lumière à de la lumière. \037l’n fait neuf exige un mot nouveau. Ce phénomène dans lequel deux rayons, en se mêlant, se détruisent tout a fait ou seulement en partie, s’appelle une interférence. (ji imaldi avait déjà aperçu, avant 1005, une légère trace \037

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tU l-’RKSNEL. \037de l’action qu’un faisceau de lumière peut exercer sur un aulrc faisceau; mois dans l’expérience qu’il cite, cette action était à peine apparente; d’ailleurs les circonstances qui la rendent possible n’avaient point été indiquées; aussi aucun physicien ne donna suite à l’observation. En recherchant la cause physique de ces couleurs irisées si remarquables dont brillent les bulles de savon, llookc crut qu’elles étaient le résultat d’interférences; il assigna même très-ingénieusement quelques-unes des circonstances qui peuvent les faire naître; mais c’était là une théorie dénuée de preuves; et comme Newton, qui la connaissait, ne daigna seulement pas, dans son grand ouvrage, en faire la critique, elle resta plus d’un siècle dans l’oubli. \037La démonstration expérimentale et complète du fait des interférences, sera toujours le principal titre du docteur Thomas Young à la reconnaissance de la postéri’.é. Les recherches de cet illustre physicien dont les sciences déplorent la perte récente, avaient déjà conduit aux principes généraux dont je ne crois pas devoir m’abstenir (le consigner ici l’énoncé, lorsque le génie de Fresncl s’en empara, ks étendit, et montra toute leur fécondité. Deux rayons lumineux ne pourront jamais se détruire, s’ils n’ont pas une origine commune, c’est-à-dire s’ils n’émanent pas l’un et l’autre de la môme particule d’un corps incandescent. Les rayons d’un des bords du soleil n’interfèrent donc pas avec ceux qui proviennent du bord opposé ou du centre. \037Parmi les mille rayons de nuances et de réfrangibilités diverses dont la lumière blanche se compose, ceux-là \037

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F R ESN EL. 133 \037seulement sont susceptibles de se détruire qui possèdent dos couleurs et des réfrangi!)ilité\s identiques; ainsi, de quelque manière qu’on s’y prenne, un rayon rouge n’anéantira jamais un rayon vert. \037Quant aux rayons de même origine et de même couleur, ils se superposent constamment sans s’influencer; ils produisent des effets représentés par la somme des intensités, si au moment de leur croisement ils ont parcouru des chemins parfaitement égaux. \037l’ne interférence ne peut donc avoir lieu que si les routes qu’ont parcourues les rayons sont inégales; mais toute inégalité de cette espèce n’amène pas nécessairement une destruction de lumière; il est telle différence de roule qui fait que les rayons, au contraire, s’ajoutent. Quand on connaît la plus petite différence de chemin parcouru pour laquelle deux rayons se superposent ainsi sans s’influencer, on obtient ensuite toutes les différences de chemin qui donnent le même résultat, d’une manière hirn simple, car il suffit de prendre le double, le triple, le quadruple, etc. du premier nombre. \037si l’on a noté de môme la plus petite différence de route qui amène la destruction complète de deux rayons, tout multiple impair de ce premier nombre sera aussi l’indice d’une semblable destruction. \037Quant aux différences de route, qui ne sont numériquement comprises ni dans la première ni dans la seconde dis deux séries que je viens d’indiquer, elles correspondent seulement à des destructions partielles de lumière, à ùe simples affaiblissements. \037Ces séries de nombres, à l’aide desquels on peut savoir \037

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4.54 FRESNEL. \037si nu moment <le leur croisement deux rayons doivent intci Iïtit ou seulement s’ajouter sans se nuire, n’ont pns la même valeur pour les lumières diversement colorées; les plus petits nombres correspondent aux rayons violets, indigos, bleus; les plus grands aux rouges, oranges, jaunes et verts. Il résulte de là que si deux rayons blancs se croisent en un certain point, il sera possible que dans la série, infinie de lumières diversement colorées dont ces rayons se composent, le rouge, par exemple, disparaisse tout seul et que le point de croisement paraisse vert, err le vert c’est du hlanc moins le rouge. \037Les interférences qui, dans le cas d’une lumière homogène, produisaient des changements d’intensité, se manifestent donc, quand on opère avec de la lumière blanche, par des phénomènes de coloration. A !;• suite de tant de singuliers résultats, on sera peut-être curieux de trouver la valeur numérique de ces différences de routes, dont j’ai si souvent parlé, et qui placent deux rayons lumineux dans des conditions d’accord ou de destruction complète. Je dirai donc que pour la lumière rouge on passe de l’un à l’autre de ces deux états, des qu’on fa !t \aricr la longueur du chemin parcouru par l’un des rayons, de trois dix-millièmes de millimètre. I*oui* que la différence de chemins détermine seule si deux rayons de même origine et de même teinte s’ajouteront ou se détruiront mutuellement, il est nécessaire qu’ils aient l’un et l’autre parcouru un seul et même corps solide, liquide ou gazeux. Des qu’il n’en est plus ainsi, il faut encore tenir compte, comme un membre de cette Académie l’a prouvé par des expériences incontestables, \037

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1"U ESN EL. <35 \037do iV’Iondue et do la réfrangibilité dos corps h 1 ni vers lesquels les rayons se sont séparément propagé.15, l’n fai.suit varier graduellement l’épaisseur de ces corps, les rayons qui les traversent pourront alors se détruire ou s’ajouter, bien qu’ils aient parcouru des chemins parfaitei nent égaux. \037Il n’arrive presque jamais qu’une région quelconque de l’espace reçoive seulement de la lumière directe cent rayons de la môme origine lui parviennent par des ville.vions ou des réfractions plus ou moins obliques. Or, après ce que je viens de dire, on conçoit à combien de phénomènes cet entre-croisement de lumière doit donner lieu cl à quel point il eut été superflu d’en chercher la raison tant que les lois des interférences n’étaient pas connue*. Remarquons seulement que rien, jusqu’ici, ne dit m ces lois sont également applicables, lorsque, avant de se mêler, les rayons ont reçu les modifications particulières dont j’ai déjà parlé, et qu’on désigne sous lo nom de polarisation. Cette question était importante; elle a île l’objet d’un travail difficile que Fresnel entreprit avec un de ses amis (Arago). L’exemple qu’ils ont donné, en le publiant, d’indiquer pour quelle part chacun d’eux avait contribué, sinon à l’exécution matérielle des diverses expériences, du moins à leur invention, mériterait, je cruis, d’être suivi car les associations de ce genre tournent souvent a mal, parce que le public s’obstinanl, quelquefois par un pur caprice, à ne pas traiter les intéressés sur le pied d’une égalité parfaite met ainsi en jeu l’amoiir-propre d’auteur, cette peut-être de toutes les passion-» humaines qui exige lo plus do ménagements. \037

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436 FRESNEL. \037Voici les résultats des recherches en question, car, sans parler des importantes conséquences qu’on en a déduites, ils méritent d’être cités, ne fût-ce qu’à raison de leur bizarrerie. \037Deux rayons que l’on fait passer directement de l’état de lumière naturelle à l’état de rayons polarisés dans le même sens, conservent, après avoir reçu cette modificfition, la propriété d’interférer ils s’ajoutent ou se détruisent comme des rayons ordinaires, et dans les mêmes circonstances. \037Deux rayons qui passent, sans intermédiaire, de l’état naturel à celui de rayons polarisés rectangulairement perdent pour toujours la faculté d’interférer; modifiez ensuite de mille manières les chemins parcourus par ces rayons, la nature et les épaisseurs des milieux qu’ils tra.versent; il y a plus: ramenez-les, à l’aide de réflexions convenablement combinées, à des polarisations parallèles, rien de tout cela ne fera qu’ils puissent se détruire. Mais si deux rayons actuellement polarisés dans deux sens rectangulaires, et qui dès lors ne sauraient agir l’un sur l’autre, avaient d’abord reçu des polarisations parallèles, en sortant de l’état naturel, il suffira, pour qu’ils puissent de nouveau s’anéantir, de leur faire reprendre, comme on voudra, le genre de polarisation dont iU avaient été primitivement doués. \037On ne saurait se défendre de quelque étonnement, 1 quand on apprend, pour la première fois, que deux rayons lumineux sont susceptibles de s’entre-détruire que l’obscurité peut résulter de la superposition de deux lumières; mais cette propriété des rayons une fois con- \037

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FRESNEL. 137 \037slatée, n’est-il pas encore plus extraordinaire qu’on pu Use les en priver? que tel rayon la perde momentanément, et (|iic toi autre, au contraire, en soit dépouillé à tout jjimais? La théorie des interférences, considérée sous ce point de vue, semble plutôt le fruit des rêveries d’un cerveau malade, que la conséquence sévère, inévitable, d’expériences nombreuses et à l’abri de toute objection. Au reste, ce n’est pas seulement à cause de sa singularité que cette théorie devait fixer l’attention du physicien Fresncl y a trouvé la clef de tous les beaux phénomènes de coloration qu’engendrent les plaques cristallisées douées de la double réfraction il les a analysés dans tous les détails; il en a déterminé les lois les plus cachées il a prouvé qu’ils étaient des cas particuliers des interférences; il a renversé ainsi, de fond en comble, plusieurs romans scientifiques dont ces phénomènes avaient été l’occasion, et qui faisaient déjà plus d’un prosélyte, soit à raison de tout ce qu’on y remarquait de piquant, soit à cause du mérite distingué de Icurs auteurs. Enfin, ici, comme dans toute science qui marche vers sa perfection, les faits ont paru se compliquer, parce qu’on les examinait de plus près et avec une attention plus minutieuse mais, en même temps, les causes pont devenues plus simples. \037POLARISATION. \037Quoique je sache à quel point on s’expose à lasser l’aurlitoire le plus bienveillant quand on lui parle longtemps dit îiH’me objet, je me vois encore ramené par la nature \037

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138 F R ESN EL. \037des travaux de l’Yesnel au phénomène de la double réfraction mais cette fois, au lieu de m’occuper de la manière dont les rayons se partagent en traversant certains cristaux, j’examinerai les modifications permanentes qu’ils y reçoivent je présenterai, en un mot, les principaux traits de la nouvelle branche de l’optique qui’porte le nom de polarisation de la lumière. \037Tout faisceau lumineux qui rencontre même perpcndiculairement une face quelconque, naturelle ou artificielle, d’un de ces cristaux diaphanes qu’on appelle carbonate de chaux, spath calcaire ou cristaux d’Islande, s’y dédouble; une moitié de ce faisceau traverse la matière du cristal sans se dé\ier on l’appelle faisceau ou rayon ordinaire; l’autre, au contraire, éprouve une réfraction très-sensible, et, par cette raison, on la nomme fort justement le faisceau ou le rayon extraordinaire. Les faisceaux ordinaire et extraordinaire sont contenus dans un seul et même plan perpendiculaire à la face du cristal. Ce plan est très-important à considérer, car c’est lui qui détermine dans quel sens le rayon extraordinaire se dirigera on lui a, en conséquence, donné un nom spécial il s’appelle la seclion principale. \037Ces prémisses posées, je supposerai, pour fixer les idée?, quV/i eerlain cristal d’Islande ait sa section principale dirigée du nord ait midi. Au-dessous, et a quelque dislance que ce soit, nous placerons un autre cristal, orienté de même, c’est-à-dire de manière que sa section principale soit aussi contenue dans le méridien. Que résultera-t-il de cette disposition si la lumière traverse tout le système? Un faisceau unique vient frapper le premier \037

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FHESNEL. 139 \037mais il en sort deux faisceaux: chacun de ceuxla semble devoir éprouver la douhle réfraction dans le cristal «rivant dès lors, on peut s’attendre à avoir quatre faisceaux émergents distincts; il n’en est rien cependant les rayons provenant du premier cristal ne se bifurquent pas dans le second; le faisceau ordinaire reste seulemcnt faisceau ordinaire le faisceau extraordinaire éprouve tout entier la réfraction extraordinaire. Ainsi, en traversant le cristal supérieur, les rayons lumineux ont changé de nature; ils ont perdu un de leurs anciens caractères spécifiques celui d’éprouver constamment la double réfraction en traversant le cristal d’Islande. \037Qu’on veuille bien se rappeler ce que sont des rayons de lumière, et peut-être accordera-t-on alors qu’une expérience à l’aide de laquelle on change leurs propriétés primitives d’une manière aussi manifeste mérite d’être connue, même de ceux pour qui les sciences sont un simple objet de curiosité. \037L’idée qui, de prime abord, se présente à l’esprit, quand on veut expliquer le singulier résultat dont je viens de rendre compte, consiste à supposer qu’originairement il y a dans chaque rayon lumineux naturel deux espèces de molécules distinctes; que la première espèce doit toujours subir la réfraction ordinaire; que la seconde est destinée à suivre seulement la route extraordinaire; mais une expérience très-simple renverse cette hypothèse de fond en comble. En effet, lorsque la section principale du second cristal, an lieu d’être dirigée du nord au midi, comme je l’avais d’abord suppose, s’étend de t’ouest à l’est, le rayon qui était ordinaire dans le cristal supérieur \037

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4(0 FHESNRL. \037flnvîniït o\t m nrrliimïi’n rlano Puni i«*a nt rA/»ï \037devient extraordinaire dans t’autre, et réciproquement. (Ju’y a-t-il de différent, en réalité, entre deux expériences qui donnent des résultats aussi dissemblables? une circonstance fort simple et de bien peu d’importance au premier aspect; c’est que d’abord la section principale du second cristal coupait les rayons provenant du premier par leurs côtés nord et sud, et qu’ensuite elle les a coupes dans les côtés est et ouest. \037Il faut donc que, dans chacun de ces rayons, les côtés nord et sud diffèrent en quelque chose des côtés est et ouest; de plus, les côtés nord-sud du rayon ordinaire doivent avoir précisément les mêmes propriétés des côtés estoursl du rayon extraordinaire en sorte que si ce dernier rayon faisait un quart de tour sur lui-même, il serait impossible de le distinguer de l’autre. Les rayons lumineux sont si déliés, que des centaines de milliardsde ces rayons peuvent passer simultanément par un trou d’aiguille sans se nuire. Nous voilà cependant amenés à nous occuper de leurs côtés, à reconnaître à ces côtés les propriétés les plus dissemblables. \037Lorsqu’en parlant d’un gros aimant naturel ou artificiel, les physiciens affirment qu’il a des pôles, ils entendent .seulement, par là, que certains points de son contour ?c trouvent doués de propriétés particulières qu’on ne rencontre pas du tout dans les autres points, ou qui du moins s’y manifestent plus faiblement. On a donc pu, avec autant de raison, dire la même chose des rayons lumineux ordinaires et extraordinaires provenant du dédoublement qu’éprouve la lumière dans le cristal d’Islande; on a pu, par opposition avec les rayons naturels, \037

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FRESNKL. 441 \037où tous les points du contour semblent pareil, les appeler des rayons polarisés. \037l’our qu’on n’étende pas au delà des bornes légitimes l’analogie d’un rayon polarisé et d’un aimant, il importe, toutefois, de bien ronnrquer que sur le rayon les pôles diamétralement opposés paraissent avoir exactement les mêmes propriétés; quant aux pôles dissemblables, ils se trouvent constamment sur des points du rayon situés dans deux directions rectangulaires. \037Les lignes des espèces de diamètres qui sur chaque rayon joignent les pôles analogues méritent une attention tinte particulière. Lorsque, sur deux rayons séparés, ces lignes sont parallèles, on dit les rayons polarisés dans le même plan. Je n’ai donc pas besoin d’ajouter que deux rayons polarisés à angle droit doivent avoir les pôles identiques dans deux directions perpendiculaires l’une à l’autre. Les deux rayons ordinaire et extraordinaire, par exemple, donnés par quelque cristal que ce soit, sont toujours polarisés angle droit. \037Tout ce que je viens de rapporter sur la polarisation de l;i lumière, Huygens et Newton le connaissaient déjà mant la fin du xvu" siècle; jamais, certainement, un plus curieux sujet de recherches ne s’était offert aux méditations des physiciens; et néanmoins il faut franchir un intervalle de plus de cent années pour trouver, je ne dirai I as des découvertes, mais même de simples travaux destinés à perfectionner cette branche de l’optique. L’histoire de toutes les sciences présente une multitude do bizarreries pareilles; c’est que pour chacune d’elles il arrive périodiquement des époques où, après de grands \037

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H;! FRESNEL \037cllbrls, on les suppose généralement parvenues nu terme de leurs progrès. Alors les expérimentateurs sont en général Ires-timides; ils se croiraient, coupables d’un manque de modestie, d’une sorte de profanation, s’ils osaient porter une main indiscrète sur les barrières que d’illustres devanciers avaient posées; aussi se contententils ordinairement de perfectionner les éléments numérique* ou de remplir quelques lacunes, au prix d’un travail souvent fort difficile, et qui cependant attire à peine les regards du public. \037En résumé, les expériences d’Huygens avaient nettement établi que la double réfraction modifie les propriétés primordiales de la lumière de manière qu’après l’avoir subie une première fois, les rayons restent simples ou se dédoublent, suivant le coté par lequel un nouveau cristal se présente à eux; mais ces modifications se rapportent-elles exclusivement à la double réfraction tou:es les antres propriétés sont-elles demeurées intactes? Ce sont les travaux d’un de nos plus illustres confrères, comme Fresnel enlevé très-jeune aux sciences dont il était l’espoir, qui nous permettront de répondre à ce-.te importante question Malus découvrit, en effet, que, dans l’acte de la réllexion, les rayons polarisés se comportent autrement que les rayons naturels; ceux-ci, tout le monde le sait, se réfléchissent en partie quand ils tombent sur les corps même les plus diaphanes, quelles que soient d’ailleurs l’incidence et la position de la surface réfléchissante par rapport aux côtés du rayon. Quand il s’agit, nu contraire, de lumière polarisée, il y a toujours une situation du miroir relativement aux pôles, dans laquelle \037

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1KESNEL. 4jJ klk’IPQlt Cl ftll In /’•llklklllfl n\- 1\ llll nlirrln \037toute réflexion disparaît si on la combine avec un angle spécial, et qui varie seulement d’un miroir à t’autre, suivant la nature de la matière dont ils sont formés. Si après cette curieuse observation, la double réfraction cessait d’être l’unique moyen de distinguer la lumière polarisée de la lumière ordinaire, du moins semblait-elle encore la seule voie par laquelle des rayons lumineux pussent devenir polarisés; mais bientôt une nouvelle découverte de Malus apprit au monde savant, à sa trèsgrande surprise, qu’il existe des méthodes beaucoup moins cachées pour faire naître cette modification. Le plus simple phénomène de l’optique, la réflexion .sur un miroir diaphane, est un grand moyen de polarisation. La lumière qui s’est réfléchie à la surface de l’eau sous l’angle de 37 degrés, à la surface d’un miroir de verre commun sous l’inclinaison de 35 degrés 25 minutes seulement, est tout aussi complètement polarisée que les deux faisceaux ordinaire et extraordinaire sortant d’un cristal d’Islande. La réflexion de la lumière occupait déjà les observateurs du temps de Platon et d’Euclide; depuis celle époque elle a été l’objet de mille expériences, de cent spéculations théoriques la loi suivant laquelle elle s’opère sert de base à un grand nombre d’instruments anciens cl modernes. Eh bien dans cette multitude d’esprits éclairés, d’hommes de génie, d’artistes habiles, (;ui durant plus de deux mille trois cents ans s’étaient occupés de ce phénomène, personne n’y avait soupçonné ̃mire chose que le moyen de dévier les rayons, de lis réunir ou de les écarter; personne n’avait imaginé que la lumière réfléchie ne dût pas avoir toutes les propriétés \037

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14* FRESNEL. \037de la lumière incidente, qu’un changement de route pût être la cause d’un changement de nature. Les générations d’observateurs se succèdent ainsi pendant des milliers d’années, touchant chaque jour aux plus belles découvertes sans les faire. \037Malus, comme je l’ai déjà expliqué, donna un moyen de polariser la lumière différent de celui qu’Huygcns avait anciennement suivi; mais les polarisations engendrées par les deux méthodes sont identiques; les rayons réfléchis et ceux qui proviennent d’un cristal d’Islande jouissent exactement des mêmes propriétés. Depuis, un membre de cette Académie (Arago) a découvert un genre de polarisation entièrement distinct et qui se manifeste autrement que par des phénomènes d’intensité. Les rayons qui l’ont subie, par exemple, donnent toujours deux images en traversant un cristal d’Islands; mais ces images sont teintes dans tous leurs points d’une couleur vive et uniforme. Ainsi, quoique la lumière incidente soit blanche, le faisceau ordinaire est complètement rouge, complètement orangé, jaune, vert, bleu, violet, suivant le côté par lequel la section principale du cristal pénètre dans le rayon; quant au faisceau extraordinaire, il ne serait pas suffisant d’annoncer qu’il ne ressemblera jamais par la suite au rayon ordinaire; il faut dire qu’il en diffère autant que possible; que si l’un se montre coloré de rouge, l’autre sera du plus beau vert, et ainsi de même pour toutes les autres nuances prismatiques. Quand la nouvelle espèce de rayons polarisés se réfléchit sur un miroir diaphane, on aperçoit des phénomènes non moins curieux. \037

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FRESNEL. 145 \037J. – i. 10 \037Concevons, en olTct, pour fixer les idées, qu’un de ces rayons soit vertical et qu’il rencontre un miroir réfléchissant du verre le plus pur, sous un angle d’environ 35" cc miroir pourra se trouver à droite du rayon; il pourra, l’inclinaison restant constante, être à sa gauche, en avant, en arrière, dans toutes les directions intermédiaires. On se souvient que le rayon incident était blanc eh bien, dans aucune des positions du miroir de verre, le rayon réfléchi n’aura cette nuance il sera tantôt rouge, tantôt orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet, suivant le côté par lequel la lame de verre se sera présentée au rayon primitif, et c’est précisément dans cet ordre que les nuances se succéderont si l’on parcourt graduellement toutes les positions possibles. Ici, ce ne sont pas seulement quatre pôles placés dans deux directions rectangulaires qu’il faut admettre dans le rayon on voit qu’il y en a des milliers que chaque point du contour a un caractère spécial que chaque face amène la réflexion d’une nuance particulière. Cette étrange dislocation du rayon naturel (on me passera ce terme puisqu’il est exact) donne ain.-i le moyen de décomposer la lumière blanche par voie de réflexion. Les couleurs, il faut l’avouer, n’ont pas toute l’homogénéité de celles que Newton obtenait avec le prisme; mais aussi les objets n’éprouvent aucune délorin.iiion, et, dans une multitude de recherches, c’est là le point capital. \037l\>ur reconnaître si un rayon a reçu soit la polarisation dlluygens et de Malus, soit celle dont je viens de parler, d qu’on a appelée la polarisation chromatique, il suflit, comme on a vu, de lui faire (’prouver la double réfruc- \037

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446 FRESNEL. \037tiou; mais de ce qu’un faisceau en traversant un cristal d’ Islande donnerait toujours deux images blanches également vive:?, il ne s’ensuivrait pas qu’il est formé de lumière ordinaire; c’est là encore une découverte de Fresnel. C’est lui qui le premier a fait voir qu’un rayon peut avoir les mêmes propriétés sur tous les points de son contour et n’être pas cependant de la lumière naturelle. Pour montrer, par un seul exemple, que ces deux espèces de lumière se comportent différemment et ne doivent pas être confondues, je dirai qu’en éprouvant la double réfraction un rayon naturel qui vient de traverser une lame cristalline donne deux images blanches, tandis que dans les mêmes circonstances le rayon de Fresnel se décompose en deux faisceaux vivement colorés. \037On imprime aux rayons polarisés ordinaires cette modification nouvelle qui, n’étant pas relative à leurs divers côtés, a été désignée par le nom de polarisation circulaire, en leur faisant subir deux réflexions totales sur des surfaces vitreuses convenables. \037Le plaisir d’avoir attaché son nom à un genre de polarisation jusque-là inaperçu, eût probablement suffi à la vanité d’un physicien vulgaire, et ses recherches n’cussent pas été plus loin mais Fresnel était conduit par des sentiments plus élevés à ses yeux rien n’était fait tant qu’il restait quelque chose à faire; il chercha donc s’il n’y aurait pas d’autres moyens de produire la polarisation circulaire, et, comme d’habitude, une découverte remarquable fut le prix de ses efforts. Cette découverte peut être énoncée en deux mots il y a un genre parlieuli< r de double réfraction qui communique aux rayons la \037

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FRESNEL. U7 \037polarisation circulaire, comme la double réfraction du cristal d’Islande leur donne la polarisation d’Huygcns. Cette double réfraction spéciale résulte non de la nature du cristal, mais bien de certaines coupes que Fresnel a signalées. Les propriétés des rayons polarisés circulaiivinenl conduisirent aussi notre confrère à des moyens nouveaux et très-curieux de faire naître la polarisation colorée. Dans tous les temps et dans tous les pays, on trouve des esprits moroses qui, assez disposés a proclamer la gloire dos morts, ne traitent pas à beaucoup près leurs contemporains avec la mtonc faveur. Des qu’une découverte apparaît, ils la nient; ensuite ils contestent sa nouveauté, et feignent de l’apercevoir dans quelque ancien passage bien obscur et bien oublié enfin, ils soutiennent qu’elle a été seulement le fruit du hasard. \037,1e ne sais si les hommes de notre siècle sont meilleurs ([ne leurs devanciers; toujours est-il qu’aucun doute ne s’est élevé ni sur l’exactitude, ni sur la nouveauté, ni sur l’importance des découvertes dont je viens de rendre compte. Quant au hasard, l’envie la plus aveugle n’eût pas osé ici l’invoquer, tant les appareils employés par l’resnel dans l’étude de la polarisation circulaire étaient compliqués, minutieux et allaient droit au but qu’il se proposait. l’eut-être même serait-il convenable d’avertir qu<> la plupart d’entre eux avaient été suggérés par des idées théoriques; car, sans cela, plusieurs des expériences de notre confrère sembleraient offrir des combinaisons dont i! eût été pour ainsi dire impossible que personne s’avisât. Si en écrivant l’histoire des sciences il est juste de mettre (huis tout leur jour les découvertes de ceux qui lis oui \037

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<18 FRESNEL. \037cultivées avec gloire, il importe aussi, ce me semble, d’éviter qu’on y puisse trouver un sujet de découragement. CARACTÈRES PRINCIPAUX DU SYSTÈME DE L’ÉMISSION ET DE CELUI DES ONDES.– MOTIFS SUR LESQl tLS FRESNEL S’ÉTAIT FONDÉ POUR REJETER SANS RÉSERVE LE SYSTÈME DE L’ÉMISSION. Après avoir étudié avec tant de soin les propriétés des rayons lumineux, il était naturel de se demander en quoi la lumière consiste. Cette question scientifique, l’une des plus grandes, sans contredit dont les hommes se soient jamais occupés, a donné lieu à de vifs débats. Fresnel y a pris une part active. Je vais donc essayer de la caractériser avec précision je présenterai ensuite une analyse succincte des curieuses expériences qu’elle a fait naître. Les sens de l’ouïe et de l’odorat nous font découvrir l’existence des corps éloignés de deux manières totalement différentes. Toute substance odorante éprouve une espèce d’évaporation; de petites parcelles s’en détachent sons cesse elles se mêlent à l’air qui leur sert de véhicule, et les répand en tous sens. Le grain de musc, dout les subtiles émanations pénètrent dans toutes les parties d’une vaste enceinte, s’appauvrit de jour en jour; il finit par se dissiper, par disparaître en totalité. \037Il n’en est pas de même d’un corps sonore. Tout le monde sait que la cloche éloignée dont le tintement ébranle fortement notre oreille, ne nous envoie cependant aucune molécule d’airain; qu’elle pourrait résonner sans interruption pendant cent années consécutives sans rien perdre de son poids. Lorsqu’un marteau vient la frapper, \037

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FRESNEL. HO \037scs parois s’ébranlent; elles éprouvent un mouvement vibratoire qui se communique d’abord aux couches d’air voisines, et ensuite, de proche en proche, à toute l’atmosphère. Ce sont ces vibrations atmosphériques qui constituent les sons. \037Nos organes, quels qu’ils soient, ne sauraient être mis en rapport avec les corps éloignés, que de l’une ou de l’autre de ces deux manières; ainsi, ou le soleil lance incessamment, comme les corps odorants, des particules matérielles par tous les points de sa surface, avec une vitesse de 77,000 lieues par seconde, et ce sont ces petits fragments solaires qui, en pénétrant dans l’œil, produisent la vision; ou bien l’astre, en cela semblable à une cloche, excite seulement un mouvement ondulatoire dans un milieu éminemment élastique dont l’espace est rempli, et ces vibrations viennent ébranler notre rétine comme les ondulations sonores affectent la membrane du tympan. \037De ces deux explications des phénomènes de la lumière, l’une s’appelle la théorie de l’émission; l’autre est connue mais le nom de système des ondes. On trouve déjà des tri’ccs de la première dans les écrits d’Empédoclc. Chez les modernes, je pourrais citer parmi ses adhérents, Kepler, Newton, Laplace. Le système des ondes ne compte pas dos partisans moins illustres AriMoto, Départes, Ilooke, Ifiiygon»!, Kiiler, l’avaient adopté. De tels nom, rcndraù’iit un choix bien difficile, si en matière de science les noms les plus illustres pouvaient être des autorités délermin.i nies. \037Au le.-le, si l’on sYlonn.’til de voir d’au<>i grands \037

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<S0 FRESNEL. \037génies ainsi divisés, je dirais que de leur temps la question en litige ne pouvait être résolue, que les expériences nécessaires manquaient, qu’alors les divers systèmes sur la lumière étaient, non des déductions logiques des faits, mais, si je puis m’exprimer ainsi, de simples vérités de sentiment; qu’enfin, le don de l’infaillibilité n’est pas accordé même aux plus habiles, dès qu’en sortant du domaine des observations, et, se jetant dans celui des conjectures, ils abandonnent la marche sévère et assurée dont les sciences se prévalent de nos jours avec raison, et qui leur a fait faire de si incontestables progrès. Avant de parcourir les larges brèches qu’on a faites récemment au système de l’émission, il sera peut-être convenable de jeter un coup d’cril sur les vives attaques dont il avait été l’objet sous la plume des Euler, des Franklin, etc., et de montrer que les partisans de Newton pouvaient alors sans trop de présomption considérer la solution comme ajournée a long terme. Les effets qu’un boulet de canon peut produire dépendent si directement de la masse et de la vitesse, que l’on peut, sans les altérer, changer à volonté l’un de ces éléments, pourvu qu’on fasse varier l’autre proportionnellement et en sens inverse. Ainsi, un boulet de deux kilogrammes renverse un mur; un boulet d’un kilogramme le renversera aussi, pourvu qu’on lui imprime une vitesse double. Si le poids du boulet était réduit au 10’. au 100’ de sa valeur primitive, il faudrait pour l’identité d’effet que la vitesse devînt 10 fois, 100 fois plus grande. Or nous savons que la vitesse d’un boulet est la six cent quarante millième partie de colle do ta lumière; si le poids d’une molécule lumineuse était la six cent quarante \037

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FllESNKL. 151 \037m illième partie de celui du boulet de canon, comme ce boulet elle renverserait les murs. \037Ces déductions sont certaines; voyons maintenant les faits. (Jnemolécule lumineuse, non-seulement ne renverse pas les murs, mais elle pénètre dans un organe aussi délirât que l’oeil sans occasionner aucune douleur, mais elle ne produit aucun eflet dynamique sensible; disons plus, dans les expériences destinées à apprécier les impulsions de la lumière, les physiciens ne se sont pas contentés d’employer un moyen isolé, ils ont fait agir simultanément l’immense quantité de lumière qu’on peut condenser au foyer de la plus large lentille ils n’ont pas opposé ;m choc dos rayons des obstacles très-résistants, mais bien dos corps si délicatement suspendus, qu’un souille eût suffi pour les déranger énormément ils ont agi par exemple» sur l’extrémité d’un levier très-léger attaché horizontalement à un fil d’araignée. Le seul obstacle au mouvement de rotation d’un semblable appareil serait Ja force de réaction qu’acquerrait le fil en se tordant. Mris cette ferce doit être considérée comme nulle, car, de sa nature, elle augmente toujours rapidement avec la torsion, et ici cependant, l’un des observateurs dontj’anahsc les expériences, n’en aperçut aucune trace après avoir eu la patience de faire tourner le levier sur lui-même 1 ’l,000 fois. \037Il est donc bien constaté que, malgré leur excessive vitesse, des milliards de rayons lumineux, agissant simultanément, ne produisent aucun choc appréciable; m;iis on a été au delà des conséquences légitimes que cette intéressante expérience autorise, quand on en a conclu qu’un \037

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<5» Fit ESN EL. \037rayon ne se compose pas d’éléments matériels doués d’un vif mouvement de translation. On peut bien déduire de l’absence de toute rotation du levier suspendu au fil d’araignée, sous l’action d’une quantité énorme de lumière, que les particules élémentaires des rayons lumineux n’ont pas des dimensions comparables à la millionième partie des molécules pesantes les plus ténues. Mais comme rien ne montre qu’il y ait absurdité à les supposer un million, un milliard de fois plus petites encore, ce genre d’expériences et d’arguments dont on doit la première idée à l’YanldD, ne pourra jamais rien fournir de décisif. Parmi les objections qu’Euler a présentées dans ses ouvrages contre le système de l’émission, deux que je vais signaler et sur lesquelles il a plus particulièrement insisté, lui semblaient irrésistibles. « Si le soleil, dit ce grand géomètre, lance continuellement des parties de sa propre substance en tous sens, et avec une excessive vitesse, il linira par s’épuiser et puisque tant de siècles se sont écoulés depuis les temps liistoriques, la diminution devrait tire déjà sensible. Mais, n’cst-il pas évident que cctlo diminution est liée à la grosseur des particules lumineuses? Or, rien n’empêche de leur supposer de tels diamètres qu’après des millions d’années d’une émission continue, le volume du soleil on soit a peine altéré. Aucune obsorv; lion exacte ne prouve, d’ailleurs que cet asIie ne s’épuise pas, que son diamètre est ausM grand aujourd’lui qu’au siècle d’Ilipparque. \037Personne n’ignore que des milliards de rayons peuvent pénélrcr simultanément dans une chambre obscure par le plus petit trou d’épingle, et y former des images Irès- \037

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FRESNEL. *5* \037net les de tous les objets extérieurs. En se croisant dans un si petit espace, les éléments matériels dont on suppose cette multitude de rayons formés sembleraient cependant devoir s’entre-choquer avec une grande impétuosité, changer de direction de mille manières, et se mêler sans aucun ordre. Cette difficulté est sans doute très-spécieuse, mais elle ne semble pas insurmontable. La chance que des molécules partant de deux points différents et passant par un même trou se rencontreront, dépend à la fois du diamètre absolu de ces molécules et des intervalles qui les séparent. On pourrait donc, en diminuant convenablement les diamètres, rendre les chances de choc presque nulles; mais nous avons ici, dans l’intervalle des molécules, un autre élément qui seul conduirait largement au but. En effet, toute sensation lumineuse dure un certain temps; l’objet incandescent (jui a lancé des rayons dans l’oeil se voit encore, l’expérience l’a prouvé, au moins un centième de seconde après que cet objet a disparu. Or, en un centième de seconde, un rayon parcourt 770 lieues. Ainsi les molécules lumineuses, qui forment chaque rayon, pourraient être à 770 lieues les ’ines des autres, et produire néanmoins une sensitkm continue de lumière. Avec de telles distances, que (IcuVnnent ces chocs répétés dont parlait Euler, et qui, en toute circonstance, devaient mettre obstacle a la proposition régulière des rayons? On se sent presque humilié, quand on voit un géomètre do ce rare génie se croire nu–l’irisé, par des objections si futiles, à qualifier le système de l’émission, un égarement de Newton, une erreur grossière dont le crédit, dit-il, ne pourrait s’expliquer qu’en \037

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)5( FRESNEL. \037K! rappelant cette remarque de Cicéron, qu’on ne saurait imaginer rien de si absurde que les philosophes ne soient capables de le soutenir. \037Le système de l’émission a maintenant très-peu de partisans mais ce n’est pas sous les coups d’Euler qu’il a succombé. Des objections insurmontables ont été puisées dans des phénomènes variés dont cet illustre géomètre ignorait même l’existence. Ce grand progrès de la science appartient aux physiciens de nos jours il est dû en partie aux travaux de Fresnel. Cette seule considération m’obligerait à le signaler ici en détail, lors même que l’intérêt de la question ne m’en ferait pas aussi un devoir. Si la lumière est une onde, les rayons de différentes couleurs, semblables en cela aux divers sons employés dans la musique, se composeront de vibrations inégalement rapides, et les rayons rouges, verts, bleus, violets, se transmettront à travers les espaces éthérés, comme toutes les notes de la ganune dans l’air, avec des vitesses exactement égales. \037Si la lumière est une émanation, les rayons de diverses couleurs se seront formés de molécules nécessairement différentes quant à leur nature ou à leur masse, et qui, de plus, pourront être douées de vitesses dissemblables. l’ne inspection attentive des bords des ombres que produisent les satellites de Jupiter, dans leur passage sur le disque lumineux de la planète, et mieux encore, l’observation des étoiles changeantes, a prouvé que tous les rayons colorés se meuvent également vite. Ainsi se trouve \éiïfié le trait caractéristique du système des ondes. Dans l’un et dans l’autre des deux systèmes sur la \037

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FRESNEL. (65 \037lumière, la vitesse primordiale d’un rayon détermine la réfraction qu’il doit (prouver, quand il rencontre obliquement la surface d’un corps diaphane. Si cette vitesse augmente, la réfraction deviendra plus petite, et réciproquement une diminution de vitesse se manifestera par une déviation croissante. La réfraction devient ainsi un moyen assuré de comparer les vitesses de toutes sortes de rayons. En se livrant à cette recherche avec des moyens tellement précis qu’ils auraient fait ressortir des différences (le un cinquante-millième, on a pu reconnaître que. la lumière de tous les astres, que la lumière de nos foyers, celle des bougies et des lampes à double courant d’air, disons plus, que les faibles rayons lancés par les vers luisants, parcourent tout aussi bien 77,000 lieues par seconde (|iic la lumière éblouissante du soleil. \037On concevra aisément comment ce résultat est une conséquence mathématique du système des ondes, si l’on veut bien remarquer que toutes les notes musicales se propagent également vite dans l’air, soit qu’elles émanent de la voix d’un chanteur, de la corde d’acier d’un cla\ccin, de la corde à boyau d’iui violon, de la surface vitreuse d’un harmonica, ou des parois métalliques d’un énorme tuyau d’orgue. Or, il n’y a aucune raison pour que les notes lumineuses (on me passera, j’espère, cette expression), se comportent autrement dans l’Ivtlier. Dans lliypcthèse de l’émission, l’explication n’est pas aussi simple. Si la lumière se compose d’éléments matériels, elle se trouvera soumise à l’attraction universelle; à peine se sera-t-elle élancée d’un corps incandescent, que l’action de ce corps tendra à l’y ramener. (’ne diminution \037

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156 FRESNEL. \037graduelle de sa vitesse originaire est donc indubitable; il fallait seulement rechercher si les observations pourraient la faire découvrir. C’était là une simple question de calcul. Or, en faisant sur la constitution physique de quelques (’toiles, c’est-à-dire, à l’égard de leur volume et de leur densité, des suppositions qui ne semblent avoir rien d’outré, on trouve qu’elles pourraient, par leur force attractive, anéantir totalement la vitesse d’émission des molécules lumineuses qu’après être parvenues à une distance donnée, ces molécules, qui, jusque-là, se seraient éloignées du corps, y retourneraient par un mouvement rétrograde. Ainsi, certains astres pourraient être aussi resplendissantsque le soleil, jusqu’à la distance de 40,000, 000 de lieues, par exemple, et paraître ensuite subitement tout à fait obscurs, 40,000,000 de lieues étant tout juste la limite qu’aucun de leurs rayons ne saurait dépasser. Changez beaucoup les volumes et les densités qui fournissent ces résultats; prenez pour les étoiles de première grandeur de telles dimensions qu’aucun astronome ne refuserait de les considérer comme probables, elles ne présenteront plus alors d’aussi étranges phénomènes «Iles ne seront plus éblouissantes ici et complètement obscures un peu plus loin; mais la vitesse de leur lumière changera avec la distance, et si deux de ces astres sont fres-divorsemont éloignés de la terre, leurs rayons nous arriveront avec dos \itessrs dissemblables. N’est-ce donc pas contre le système de l’émission une objection formidable que cette parfaite égalité de vitesse, dont toutes les observations font foi. \037II existe un moyen tres-s-iinple d’altérer notablement, \037

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FRESNEL. 4V7 \037sinon la vitesse absolue d’un rayon, au moins sa vitesse rotative; c’est de l’observer pendant sa course annuelle, quand la terre se dirige soit vers l’astre d’où ce rayon Liliane, soit vers la région diamétralement opposée. Dans le premier cas, c’est comme si la vitesse du rayon se trouvait accrue de toute celle de notre globe; dans le second, le changement a numériquement la même valeur, mais la vitesse primitive est diminuée. Or, personne n’ignore que la vitesse de translation de la terre est comparable à celle de la lumière, qu’elle en est la dix-millième partie. Observer dPabord une étoile vers laquelle la terre marche et ensuite une étoile que la terre fuit, c’est avoir opéré sur des rayons dont les vitesses diffèrent entre elles de un cinq-millième. De tels rayons doivent être inégalement réfractés. La théorie de l’émission fournit les moyens de dire en nombres à combien l’inégalité s’élèvera et l’on peut voir ainsi qu’elle est fort supérieure aux petites erreurs des observations. Eh bien, des mesures précises ont complètement démenti le calcul les rayons émanés de toutes les étoiles, dans quelque région qu’elles soient situées, éprouvent précisément la même réfraction. Le désaccord entre la théorie et l’expérience ne pouvait pas être plus manifeste, et dès ce moment le système de l’émission semblait renversé de fond en comble; ou est cependant parvenu à ajourner cet arrêt définitif à. l’aide d’une supposition dont je pourrai rendre compte en deux mots, car elle consiste à admettre que les corps incandescents lancent des rayons avec toutes sortes de vitesses, mais qu’une vitesse spéciale et déterminée est nécessaire pour qu’ils soient de la lumière. Si un dix-mil- \037

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158 FRESNEL. \037lième d’augmentation ou de diminution dans leur vitesse enlève aux rayons leurs propriétés lumineuses, l’égalité de déviation observée est la conséquence nécessaire de cette supposition, car dans la multitude des molécules qui viendront le frapper, l’œil, qu’il s’éloigne d’une étoile ou qu’il marche à sa rencontre, apercevra en toute occasion celles de ces molécules dont la vitesse relative sera la même mais cette hypothèse, on ne saurait en disconvenir, enlèverait au système de l’émission la grande simplicité qui faisait son principal mérite. Les entre-chocs des molécules, sur lesquels Euler a tant insisté, deviendraient alors la conséquence inévitable de leur inégalit6 de vitesse, et amèneraient dans la propagation des rayons un trouble qu’aucune observation n’a fait ressortir. \037La lumière exerce une action frappante sur certains corps elle change promptement leur couleur. Le nitrate d’argent, vulgairement connu sous le nom de pierre infernale, possède, par exemple, cette propriété à un très-haut degré il suffit de l’exposer durant quelques secondes à ta lumière diffuse d’un jour nébuleux, pour qu’il perde sa blancheur primitive et devienne d’un noir bleuâtre. Dans la lumière solaire, le changement est presque instantané. Les chimistes ont cru voir dans cette décoloration un phénomène analogue à ceux qu’ils produisent journellement. Suivant eux, la lumière serait un véritable réactif, qui, en s’ajoutant aux principes constituants du composé sur lequel elle agit, en modifierait quelquefois les propriétés primitives. Quelquefois aussi la matière lumineuse déterminerait seulement par son action le dégagement \037

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FRKSNEL 159 \037d’un ou de plusieurs cléments des corps qu’elle iruit frapper. \037Ces explications, quoique basées sur des analogies spécieuses, ne paraissent pas pouvoir être admises depuis qu’il est constaté que, en interférant, les rayons lumineux perdent aussi des propriétés chimiques dont ils étaient doués. Comment concevoir, en effet que la matière de deux rayons puisse se combiner avec une substance donnée, si chaque rayon va la frapper isolément, et qu’aucune combinaison, au contraire, n’ait lieu, quand ces mêmes rayons frappent simultanément, après avoir parcouru, car cette condition est nécessaire, des routes différant les unes des autres de quantités comprises dans une certaine série régulière de nombres. \037En géométrie, pour démontrer l’inexactitude d’une proposition, on la suit dans toutes ses conséquences jusqu’à ce qu’il en ressorte un résultat complètement absurde. Ne faut-il pas ranger dans cette catégorie une action chimique qui naîtrait ou disparaîtrait suivant la longueur du chemin qu’aurait suivi le réactif? \037Les phénomènes naturels se présentent ordinairement à nous sous des formes très-compliquées, et le véritable mérite de l’expérimentateur consiste à les dégager d’une multitude de circonstances accessoires qui ne permettraient pas d’en saisir les lois. \037Si, par exemple, on n’avait observé les ombres des corps opaques qu’en plein air, si on n’avait jamais éclairé ces corps avec des points lumineux très-resserrés, personne n’eût deviné combien un phénomène si vulgaire offre de curii.’uv sujets de recherches; mais placez au milieu d’iue \037

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<60 FRESNEL. \037chambre noire et dans le faisceau de lumière homogène qui diverge, soit d’un petit trou du volet, soit du foyer d’une lentille de verre, tcl corps opaque qu’il vous plaira de choisir, et son ombre se montrera entourée d’une série de stries contiguës, les unes très-lumineuses, les autres complètement obscures. Substituez de la lumière blanche au faisceau homogène, et des stries semblables, vivement irisées, viendront occuper la place des précédentes. Grimaldi aperçut le premier ces singuliers accidents de lumière, auxquels il donna le nom de diffraction. Newton en fit ensuite l’objet d’une recherche toute spéciale; il crut y voir des preuves manifestes d’une action attractive et répulsive très-intense, qu’exerceraient les corps sur les rayons qui passent dans leur voisinage. Cette action, en la supposant réelle, ne pourrait s’expliquer qu’en admettant la matérialité de la lumière. Le phénomène de la diffraction méritait donc, par cette seule raison, de fixer au plus haut degré l’attention des physiciens. \037Plusieurs, en effet, l’étudièrcnt, mais par des méthodes très-inexactes; Fresnel, enfin, donna à ce genre d’observations une perfection inespérée, en montrant qu’il n’est pas nécessaire pour voir les bandes diffractées de les recevoir sur un écran, comme Newton et tous les autres expérimentateurs l’avaient fait jusque-là qu’elles se forment nettement dans l’espace même où l’on peut les suivre avec toutes les ressources qui résultent de l’emploi du micromètre astronomique armé d’un fort grossissement. D’après les expériences précises faites par Fresnel à l’aide de ses nouvelles méthodes d’observation, si l’on voulait attribuer encore les effets de la diffraction à des forces \037

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FRESNEL. 46. \037!l. i. 11 \037attractives et répulsives agissant sur des éléments matériels, il faudrait admettre que ces actions sont totalement indépendantes de la nature et de la densité des corps, car un fil d’araignée et un fil de platine produisent des bandes parfaitement semblables; les masses n’auraient plus d’inlluence, puisque le dos et le tranchant d’un rasoir se comporlent exactement de même. On se trouverait enfin amené inévitablement à cette conséquence, qu’un corps ngït sur les rayons voisins de sa surface avec d’autant moins d’énergie que ces rayons viennent de plus loin, c:r l’ m, en mettant le point lumineux à un centimètre de ditlance, la déviation angulaire est 12, elle ne s’élèvera pas tout a fait à 4, dans les circonstances pareilles, à l’égard de la lumière provenant d’une distance décuple. \037Ces divers résultats, et surtout le dernier, ne peuvent se concilier avec l’idée d’une attraction. Les expériences de Fresnel anéantissent donc complètement tous les arguments qu’on avait puisés dans les phénomènes de dilfractiun pour établir que la lumière est une matière. \a branche importante de l’optique qui traite de l’intensité de la lumière réfléchie, transmise et absorbée par les corps; celle qu’on a désignée sous le nom de photométrie est dans son enfance; elle ne se compose encore que de résultats isolés dont on pourrait même contester l’exactitude. Les lois générales et mathématiques manquent presque complètement. Quelques essais, faits depuis peu d’années, ont cependant conduit à une règle très-simple, (lui, pour toute espèce de milieux diaphanes, lie les angles de la première et de la seconde surface, sous lesquels les ivlkxions égales. \037

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462 FRESNEL. \037Dans le système de l’émission, ces deux angles n’ont aucune dépendance nécessaire; le contraire a lieu si les rayons lumineux sont des ondes, et la relation, qu’en partant de cette hypothèse un de nos illustres confrères a déduite de sa savante analyse, est précisément celle que l’expérience avait fournie. Un tel accord entre le calcul et l’observation doit prendre place aujourd’hui parmi les plus forts arguments qu’on puisse produire à l’appui du système des vibrations, \037Les interférences des rayons ont occupé une trop grande place dans cette biographie pour que je puisse me dispenser d’indiquer comment elles se rattachent aux deux théories de la lumière; or, dans la théorie de l’émission, je n’hésite pas à le dire, si on n’admet aucune dépendance entre les mouvements des diverses molécules lumineuses ( et j’ignore quelle dépendance on pourrait vouloir établir entre des projectiles isolés), le fait et surtout les lois des interférences semblent complétement inexplicables. J’ajouterai encore qu’aucun des partisans du système de l’émission n’a tenté, dans un écrit public, de lever la difficulté, sans que j’en veuille conclure qu’elle a élS dédaignée. \037Quant au système des ondes, les interférences s’en déduisent si naturellement, qu’il y a quelque raison d’être étonné que les expérimentateurs les aient signalées les premiers. Pour s’en convaincre, il suffit de remarquer qu’une onde, en se propageant à travers un tluide élastique, communique aux molécules dont il se compose un mouvement oscillatoire en vertu duquel elles se déplacent t-ucccssivemcnt dans deux sens contraires; cela posé, il \037

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FRESNEL. 163 \037est évident qu’une série d’ondes détruira complètement l’cllet d’une série différente si en chaque point du fluide, le mouvement dans un sens, que la première onde produirait isolément, coïncide avec le mouvement en sens opposé qui résulterait de la seule action de la deuxième onde. Les molécules, sollicitées simultanément par des forces égales et diamétralement opposées, restent alors en repos, tandis que, sous l’action d’une onde unique, elles eussent librement oscillé. Le mouvement a détruit le mouvement, or le mouvement, c’est de la lumière. \037Je ne pousserai pas plus loin cette énumération, car on peut déjà juger sur combien de points les antagonistes du système de l’émission ont été heureux dans leurs attaques. /.es expériences si nombreuses, si variées, si délicates que j’ai citées, ne témoignent pas seulement toute l’importance que la question leur semblait avoir il faut les considérer encore comme une éclatante marque de respect envers le grand homme dont le nom s’était pour ainsi dire identifié

uec la théorie qu’ils pensaient devoir rejeter. Quant au

systèmo des ondes, les N’ewtoniens ne lui ont pas fait l’honneur de le discuter avec le même détail; il leur a semblé qu’une seute objection suffirait pour l’anéantir, et cette objection ils l’ont puisée dans la manière dont le son se propage dans l’air. Si la lumière, disent-ils, est une vibration, comme tes vibrations sonores, elle se transmettra dans tcutcs les directions; de même qu’on entend le tintement d’une cloche éloignée quand on en est séparé par un écran qui la cache aux yeux, de même on devra apercevoir la lumière solaire derrière toute espèce de corps opaque. Tels sont les termes auxquels il faut réduire la \037

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461 FRESNEL. \037difficulté-, car l’analogie ne permettrait pas de dire que la lumière doit se répandre derrière les écrans sans perdre de son intensité, puisque le son lui-môme, comme tout le monde le sait, n’y pénètre qu’en s’affaiblissant d’une manière sensible. En parlant ainsi de l’impossibilité du passage de la lumière dans l’ombre géométrique d’un corps comme d’une difficulté insurmontable, Newton et ses adhérents ne soupçonnaient certainement pas la réponse qu’elle amènerait; cette réponse est cependant directe et simple. Vous soutenez que les vibrations lumineuses doivent pénétrer dans l’ombre, eh bien 1 elles y pénètrent; vous dites que dans le système des ondes l’ombre d’un corps opaque ne serait jamais complètement obscure, eh bien 1 elle ne l’est jamais; elle renferme des rayons nombreux qui y donnent lieu à une multitude de curieux phénomènes dont vous pourriez avoir connaissance, car Grimaldi les avait déjà aperçus en partie avant 1633. Fresnel, et c’est là incontestablement l’une de ses plus importantes découvertes, a montré comment et dans quelles circonstances cet éparpillement de lumière s’opère; il a d’abord fait \oir que, dans une onde complète qui se propage librement, les rayons sont seulement sensibles dans les directions qui, prolongées, aboutissent au point lumineux, quoique dans chacune de ses positions successives les diverses par.ties de l’onde primitive soient réellement elles-mêmes des centres d’ébranlement d’où s’élancent de nouvelles ondes dans toutes les directions possibles; mais ces ondes obliques, ces ondes secondaires, interfèrent les unes avec les autres, elles se détruisent entièrement; il ne reste donc que les ondes normales, et ainsi se trouve expliquée dans \037

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FRESNEL. 165 \037Ic système des vibrations la propagation rectiligne de la lumière. \037Quand l’onde primitive n’est pas entière, quand elle se trouve brisée ou interceptée par la présence d’un corps opaque, le résultat des interférences, car dans ce cas encore elles jouent un grand rôle, n’est pas aussi simple; les i ïiyons partant obliquement de toutes les parties de l’onde non interceptées, ne s’anéantissent plus nécessairement, ÏA ils conspirent avec le rayon normal, et donnent lieu à un vif éclat ailleurs, ces mêmes rayons se détruisent mutuellement, et toute lumière a disparu. Dès qu’une onde est brisée, sa propagation s’effectue donc suivant des lois spéciales; la lumière qu’elle répand sur un écran quelconque n’est plus uniforme, elle doit se composer de stries lumineuses et obscures régulièrement placées. Si le corps opaque intercepteur n’est pas très-large, les ondes obliques qui viennent se croiser dans son ombre, donnent lieu aussi par leurs actions réciproques à des stries analogues mois différemment distribuées. \037Je m’aperçois que, sans le vouloir, en suivant les spéculations théoriques de Fresnel, je viens de mentionner les principaux traits de ces curieux phénomènes de diffraction que j’ai déjà cités sous un autre point de vue, auxquels Newton a consacré un livre tout entier de son Traité d’op.tique. Newton avait cru ne pouvoir en rendre compte, tant ils lui semblaient difficiles à expliquer, qu’en admettant qu’un rayon lumineux ne saurait passer dans le voisinage d’un corps sans y éprouver un mouvement sinueux qu’il comparait a celui d’une anguille. D’après les explications <l< IYcmuI, cette étrange supposition est superflue; le \037

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106 FRESNEL. \037corps opaque qui semblait la cause première des stries diffraclées, n’agit sur les rayons ni par attraction ni par répulsion il intercepte seulement une partie de l’onde principale; il arrête, à raison de sa largeur, un grand nombre de rayons obliques, qui sans cela seraient allés dans certains points de l’espace, se mêler à d’autres rayons, et interférer plus ou moins avec eux. \037Dès lors, il n’est plus étonnant que le résultat, comme l’observation l’a prouvé, soit indépendant de la nature et de la masse du corps. Les maxima et minima périodiques de lumière, tant en dehors qu’en dedans de l’ombre, se déduisent d’ailleurs de la théorie de notre confrère avec un degré de précision dont auparavant aucune recherche de physique, peut-être, n’avait offert un si frappant exemple. Aussi, quelque réserve qu’il soit prudent de s’imposer quand on se hasarde à parler des travaux de nos successeurs, j’oserai presque affirmer qu’à l’égard de h diffraction, ils n’ajouteront rien d’essentiel aux découvertes dont Fre.-nel a enrichi la science. \037Les théories ne sont, en général, que des manières plus ou moins heureuses d’enchaîner un certain nombre de faits déjà connus. Mais quand toutes les conséquences nouvelles qu’on en fait ressortir s’accordent avec l’expérience, elles prennent une tout autre importance. Ce genre de succès n’a pas manqué à Fresnel. Ses formules s de dillraction renfermaient implicitement un résultat fort étrange qu’il n’avait pas aperçu. Un de nos confrères, je n’aurai pas besoin de décliner son nom, si je dis qu’il s’est placé depuis longtemps parmi les plus grands géomètres de ce siècle, tant par une multitude d’importants travaux \037

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FRESNEL. 167 \037d’analyse pure que par les plus heureuses applications au système du monde et à la physique, aperçut d’un coup d’œil la conséquence dont je veux parler; il montra qu’en admettant les formules de Fresnel, le centre de l’ombre d’un (’cran opaque et circulaire devait être aussi éclairé que si l’écran n’existait pas. Cette conséquence si paradoxale a été soumise à l’épreuve d’une expérience directe, et l’observation a parfaitement confirmé le calcul. Dans la longue et difiicile discussion que la nature de la lumière a fait naitre, et dont je viens de tracer l’histoire, la tâche des physiciens a été à peu près épuisée. Quant à celle des géomètres, elle olîre malheureusement encore quelques lacunes. J’oserais donc, si j’en avais le droit, adjurer le grand géomètre à qui l’optique est redevable de l’important résultat dont je viens de faire mention, d’essayer si les formules à moitié empiriques par lesquelles Fresnel a prétendu exprimer les intensités de la lumière réfléchie sous toutes sortes d’angles et pour toute espèce de surfaces, ne se déduiraient pas aussi des équations générales du mouvement des fluides élastiques. Il reste surtout à expliquer comment les diverses ondulations peuvent subir des déviations inégales à la surface de séparation des corps diaphanes. \037PHARES. \037Dans une Académie des sciences, si elle apprécie convenablement son mandat, l’auteur d’une découverte n’est jamais exposé à cette question décourageante qu’on lui adresse si souvent dans le moi;de à quoi bon? La, cha- \037

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168 FRESNEL. \037cun comprend que la vie animale ne doit pas être la seule occupation de l’homme; que la culture de son intelligence, qu’une étude attentive de cette variété infinie d’êtres animés et de matières inertes dont il est entouré, forment la plus belle partie de sa destinée. \037Et d’ailleurs, lors même qu’on ne voudrait voir dans les sciences que des moyens de faciliter la reproduction des substances alimentaires; de tisser avec plus ou moins d’économie et de perfection les diverses étoffes qui servent à nous vêtir; de construire avec élégance et solidité ces habitations commodes dans lesquelles nous échappons aux icissitudes atmosphériques; d’arracher aux entrailles de la terre tant de métaux et de matières combustibles dont les arts ne sauraient se passer d’anéantir cent obstacles matériels qui s’opposeraient aux communications des habitants d’un même continent, d’un même royaume, d’une même ville d’extraire et de préparer les médicaments destinés à combattre les nombreux désordres dont nos organes sont incessamment menacés, la question à quoi bon? porterait à faux. Les phénomènes naturels ont entre eux des liaisons nombreuses, mais souvent cachées, dont chaque siècle lègue la découverte aux siècles à venir. Au moment où ces liaisons se révèlent, des applications importantes surgissent, comme pW enchantement, d’expériences qui jusque-la semblaient devoir éternellement rester dans le domaine des simples spéculations. Un fait, qu’aucune utilité directe n’a encore recommandé à l’attention du public, est peut-être l’échelon sur lequel un homme de génie s’appuiera, soit pour s’élever à ces vérités primordiales qui changent la face des sciences, soit pour \037

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FRESNEL. 16} \037créer quelque moteur économique que toutes les industries adopteront ensuite, et dont le moindre mérite ne sera pas de soustraire des millions d’ouvriers aux pénibles travaux (lui les assimilaient à des brutes, ruinaient promptement leur santé, et les conduisaient à une mort prématurée. Si, pour fortifier ces réflexions, des exemples paraissaient nécessaires, je n’éprouverais que l’embarras du choix; mais rien ne m’oblige ici d’entrer dans ces détails, car, à toutes les recherches théoriques déjà signalées, Fresnel a juint lui-même un travail important, d’une application immédiate, qui placera certainement son nom dans un rang distingué parmi ceux des bienfaiteurs de l’humanité. Ce travail, tout le monde le sait, a eu pour objet l’amélioration des phares. Je vais essayer d’en tracer t’analyse, et j’aurai terminé ainsi le tableau que je devais vous présenter de la brillante carrière scientifique de notre confrère. \037Les personnes étrangères à l’art nautique sont toujours saisies d’une sorte d’en’roi lorsque le navire qui les porte, (rès-éloigné des continents et des îles, a pour uniques témoins de sa marche les astres et les flots de l’océan. La vue de la côte la plus aride, la plus escarpée, la plus inhospitalière, dissipe comme par enchantement ces craintes indéfinissables qu’un isolement absolu avait inspirées, lundis que, pour le navigateur expérimenté, c’est près de terre seulement que commencent les dangers. \037Il est des ports dans lesquels un navigateur prudent n’entre jamais sans pilote; il en existe où, même avec ce secours, on ne se hasarde pas à pénétrer de nuit. On conCuua donc aisément combien il est indispensable, si l’on \037

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HO FRESNEL. \037veut éviter d’irréparables accidents, qu’après le coucher du soleil, des signaux de feu bien visibles avertissent, dans toutes les directions, du voisinage de la terre il faut de plus que chaque navire aperçoive le signal d’assez loin pour qu’il puisse trouver dans des évolutions, souvent fort difficiles, les moyens de se maintenir à quelque distance du rivage jusqu’au moment où le jour paraîtra. Il n’est pas moins désirable que les divers feux qu’on allume dans une certaine étendue des côtes ne puissent pas être confondus, et qu’à la première vue de ces signaux hospitaliers, le navigateur qu’un ciel peu favorable a privé pendant quelques jours de tout moyen assuré de diriger sa route, sache, par exemple, en revenant d’Amérique, s’il doit se préparer à pénétrer dans la Gironde, dans la Loire ou dans le port de Brest. \037A cause de la rondeur de la terre, la portée d’un phare dépend de sa hauteur. A cet égard, on a toujours obtenu sans difficulté l’amplitude que les besoins de la navigation exigeaient c’était une simple question de dépense. Tout le monde sait, par exemple, que le grand édifice dont le fameux architecte Sostrate de Gnide décora, près de trois siècles avant notre ère, l’entrée du port d’Alexandrie, et que la plupart des phares construits par les Romains s’élevaient bien au-dessus des tours modernes les plus célèbres. Mois, sous les rapports optiques, ces phares étaient peu remarquables; les faibles rayons qui partaient des feux de bois ou de charbon de terre allumés en plein air à leurs sommets ne devaient jamais traverser les épaisses vapeurs qui, dans tous les climats, souillent les basses régions de l’atmosphère. \037

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FRESNEL. <71 \037Naguère encore, quant à la force de la lumière, les phares modernes étaient à peine supérieurs aux anciens. La première amélioration importante qu’ils aient reçue date de la lampe à double courant d’air d’Argant, invention admirable, qui serait beaucoup mieux appréciée si, de même que nos musées renferment les œuvres des siècles de décadence dans un but purement historique, les conservatoires industriels offraient de temps à autre aux regards du public les moyens d’éclairage si ternes, si malpropres, si nauséabonds, qu’on employait il y a cinquante ans, à côté de ces lampes élégantes dont la lumière vive et pure le dispute à celle d’un beau jour d’été. Quatre ou cinq lampes à double courant d’air réunies donneraient, sans aucun doute, autant de clarté que les larges feux qu’entretenaient les Romains, à si grands frais, sur les tours élevées d’Alexandrie, de Pouzzole, de Ravenne; mais, en combinant ces lampes avec des miroirs réfléchissants, leurs effets naturels peuvent être pro- digieusement agrandis. Les principes de cette dernière invention doivent nous arrêter un instant, car ils nous frront apprécier les travaux de Fresnel à leur juste valeur. \037La lumière des corps enflammés se répand uniformément dans toutes les directions. Une portion tombe vers le sol, où elle se perd; une portion différente s’élève et se dissipe dans l’espace le navigateur, dont vous voulez éclairer la route, profite des seuls rayons qui se sont élancés, peu près horizontalement, de la lampe vers la mer; tous les rayons, même horizontaux, dirigés du côté de la toi re ont été produits en pure perte. \037

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172 FRESNEL. \037Cotte zone de rayons horizontaux forme non-seulement une très-petite partie de la lumière totale; elle a de plus le grave inconvénient de s’afiaiblir beaucoup par divergence, de ne porter au loin qu’une lueur a peine sensible. Détruire cet éparpillement fâcheux, profiter de toute la lumière de la lampe, tel était le double problème qu’on avait à résoudre pour étendre la portée ou l’utilité des phares. Les miroirs métalliques profonds, connus sous le nom de miroirs paraboliques, en ont fourni une solution satisfaisante. \037Quand une lampe est placée au foyer d’un tel miroir, tous les rayons qui en émanent sont ramenés, par la réflexion qu’ils éprouvent sur les parois, à une direction commune; leur divergence primitive est détruite ils forment, en sortant de l’appareil, un cylindre de lumière parallèle à l’axe du miroir. Ce faisceau se transmettrait aux plus grandes distances avec le même éclat si l’atmosphère n’en absorbait pas une partie. \037Avant d’aller plus loin, hâtons-nous de le reconnaître, cette solution n’est pas sans inconvénient. On ramène bien ainsi vers l’horizon de la mer une multitude de rayons qui auraient été se perdre sur le sol, vers l’espace ou dans l’intérieur des terres. On anéantit môme la divergence primitive de ceux de ces rayons qui naturellement se portaient vers le navigateur; mais le cylindre de lumière réfléchie n’a plus que la largeur du miroir la zone qu’il éclaire a précisément les mêmes dimensions à toute distance, et à moins qu’on n’emploie beaucoup de miroirs pareils diversement orientés, l’horizon contient de nombreux et larges espaces complétement obscurs où le pilote \037

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FRESNEL. 473 \037ne reçoit jamais aucun signal. On a vaincu cette grave dilliculté en imprimant, à l’aide d’un mécanisme d’horlogerie, un mouvement uniforme de rotation au miroir réfléchissant. Le faisceau lumineux sortant de ce miroir est alors successivement dirigé vers tous les points de l’horizon chaque navire aperçoit un instant et voit ensuite disparaître la lumière du phare et si dans une grande étendue de côte, de Bayonne à Brest, par exemple, il n’existe pas deux mouvements de rotation de même durée, tous les signaux sont, pour ainsi dire, individualisés. D’après l’intervalle qui s’écoule entre deux apparitions ou deux échpses successives de la lumière, le navigateur sait toujours quelle position de la côte est en vue il ne se trouve plus exposé à prendre pour un phare telle planète, telle étoile de première grandeur voisine de son lever ou de son coucher, ou bien ces feux accidentels allumés sur la côte par des pêcheurs, des bûcherons ou des charbonniers méprises fatales qui souvent ont été la cause des plus déplorables naufrages. \037Une lentille diaphane ramène au parallélisme tous les rayons lumineux qui la traversent, quel que soit leur degré primitif de divergence, pourvu que ces rayons partent d’un point convenablement situé qu’on appelle le foyer. Des lentilles de verre peuvent donc être substituées aux miroirs, et en effet, un phare leaticulaire avait été exécute depuis longtemps en Angleterre, dans l’idée, au premier aspect très-plausible, qu’il serait beaucoup plus brillant que les phares à réflecteurs. L’expérience, toutefois, était venue démentir ces prévisions les miroirs, malgré l’énorme perte de rayons qui se faisait à leur surface dans \037

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474 FRESNEL \037l’acte de la réflexion, portaient à l’horizon des feux plus intenses les lentilles furent donc abandonnées. Les auteurs inconnus de cette tentative avortée avaient marché au hasard. En s’occupant du même problème, Fresnel, avec sa pénétration habituelle, aperçut du premier coup d’oeil où gisait la difficulté. Il vit que des phares lenticulaires ne deviendraient supérieurs aux phares à réflecteurs qu’en augmentant considérablement l’intensité de la Ilamme éclairante, qu’en donnant aux lentilles d’énormes dimensions qui semblaient dépasser tout ce qu’on pouvait attendre d’une fabrication ordinaire. 11 reconnut encore que ces lentilles devraient avoir un très-court foyer; qu’en les exécutant suivant les formes habituelles, elles auraient une grande épaisseur et peu de diaphanéité, que leur poids serait considérable, qu’il fatiguerait beaucoup les rouages destinés à faire tourner tout le système, et qu’il en amènerait promptement la destruction. On évite cette épaisseur excessive des lentilles ordinaires, leur énorme poids et le manque de diaphanéité qui en seraient les conséquences, en les remplaçant par des lentilles d’une forme particulière, que Buffon avait imaginées pour un tout autre objet, et qu’il appelait des lentilles à échelons. 11 est possible aujourd’hui de construirc les plus grandes lentilles de cette espèce, quoiqu’on ne sache pas encore fabriquer d’épaisses masses de verre exemptes de défauts. Il suffit de les composer d’un cer. tain nombre de petites pièces distinctes, comme Condorcet l’avait proposé. \037Je pourrais affirmer ici qu’au moment où l’idée des lentilles à échelons se présenta à l’esprit de Fresnel il \037

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FRESNEL. «75 \037n’avait jamais eu connaissance des projets antérieurs de Buiïbn et de Condorcet mais des réclamations de cette nature n’intéressent que l’amour-propre de l’auteur elles n’ont point de valeur pour le public. A ses yeux, il n’y a, je dirai plus, il ne doit y avoir qu’un seul inventeur celui qui le premier a fait connaître la découverte. Après une aussi large concession, il me sera du moins permis de remarquer qu’en 1820 il n’existait pas encore une seule lentille à échelons dans les cabinets de physique; que d’ailleurs, jusque-là, on les avait envisagées seulement comme des moyens de produire de grands effets calorifiques; que c’est Fresnel qui a créé des méthodes pour les construire avec exactitude et économie; que c’est lui enfin, et lui tout seul, qui a songé à les appliquer aux phares. Toutefois, cette application, je l’ai déjà indiqué, n’aurai conduit à aucun résultat utile, si on ne l’eût pas combinée avec des modifications convenables de la lampe, si la puissance de la flamme éclairante n’avait pas été considérablement augmentée. Cette importante partie du système exigeait des études spéciales des expériences nombreuses et assez délicates. Fresnel et un de ses amis (Arago) s’y livrèrent avec ardeur, et leur commun travail conduisit à une lampe à plusieurs mèches concentriques dont l’éclat égalait 25 fois celui des meilleures lampes à double courant d’air. \037Dans les phares à lentilles de verre, imaginés par Fresnel, chaque lentille envoie successivement vers tous les points de l’horizon une lumière équivalente à celle de 3,000 à 4,000 lampes à double courant d’air réunies; c’est 8 foi, ce que produisent les beaux réflecteurs parabo- \037

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<76 FHESNEL. \037liques argentés dont nos voisins font usage c’est aussi l’éclat qu’on obtiendrait en rassemblant le tiers de la quantité totale des lampes à gaz qui tous les soirs éclairent les rues, les magasins et les théâtres de Paris. Un tel résultat ne paraîtra pas sans importance si l’on veut bien remarquer que c’est avec une seule lampe qu’on l’obtient. En voyant d’aussi puissants effets, l’administration s’empressa d’autoriser Fresnel à faire construire un de ses appareils, et elle désigna la tour élevée de Cordouan, à l’embouchure de la Gironde, comme le point où il serait installé. Le nouveau phare était déjà construit dès le mois de juillet 1823. \037Le phare de Fresnel a déjà eu pour juges, durant sept années consécutives, cette multitude de marins de tous les pays qui fréquentent le golfe de Gascogne. 11 a été aussi étudié soigneusement sur place par de très-habiles ingénieurs, venus tout exprès du nord de l’Écosse avec une mission spéciale du gouvernement anglais. Je serai ici l’interprète des uns et des autres en affirmant que la France, où déjà l’importante invention des feux tournants avait pris naissance, possède maintenant, grâce aux travaux de notre savant confrère, les plus beaux phares de l’univcrs. Il est toujours glorieux de marcher à la tête des sciences mais on éprouve surtout une vive satisfaction à réclamer le premier rang pour son pays, quand il s’agit d’une de ces applications heureuses auxquelles toutes les nations sont appelées à prendre une part égale, et dont l’humanité n’aura jamais à gémir. \03711 existe déjà aujourd’hui sur l’Océan et la Méditerranée douze phares plus ou moins puissants, construits d’après \037

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FRESNEL. 177 \037I. – 1. ij \037les principes de Fresnel. Pour compléter le système général d’éclairage de nos côtes, trente nouveaux phares paraissent encore nécessaires. Tout fait espérer que ces importants travaux seront exécutés promptement, et qu’on s’écartera le moins possible de l’heureuse direction imprimée à ce service par notre confrère. La routine et tes préjugés seraient ici sans pouvoir, puisque les intéressés, les véritables juges, les marins de toutes les nations, ont unanimement proclamé la supériorité du nouveau système. On ne saurait alléguer des motifs d’économie; car, à égalité d’effet, les phares lenticulaires n’exigent pas autant d’huile que les anciens, sont d’un entretien beaucoup moins dispendieux, et ils procureront en définitive à l’ filât une économie annuelle d’environ un demi-million. Cette belle invention devait donc prospérer, à moins qu’après la mort de Fresnel elle ne tombât dans les mains d’un de ces étranges personnages qui se croient propres à tous ks emplois, quoique sous les divers régimes i!s n’aient eu d’autres cabinets d’étude que les antichambres des ministres. Les candidatures, si je suis bien informé, ne manquèrent pas; mais heureusement, cette fois, l’intrigue succomba devant le mérite, et la haute surveillance des phares fut confiée au frère cadet do Fresnel, comme lui, ancien élève très-distingué de l’École polytechnique, comme lui, ingénieur des ponts et chaussées, habile, zélé, consciencieux. Sous son inspection, ta construction et le placement des grandes lentilles à échelons ont déjà reçu des améliorations importantes, et le public n’aura pas à craindre que quoique négligence prive ces beaux appareils d’une partie de leur puissance. Ce ne \037

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178 FRKSNEL. \037i i l’*i î ̃* «  \037sont pas les héritages de gloire qu’on laisse j.-un lis dépérir I \037VIE ET CARACTÈRE DE FRKSNEU-SA MORT. \037Les nombreuses découvertes dont je viens de présenter l’analyse ont été faites dans le court intervalle de 1 Si 5 a 1820, sans que les travaux confiés à Fresnel, soit comme ingénieur du pavé de Paris, soit comme secrétaire de la Commission des phares, en aient jamais souffert mais aussi notre confrère s’était entièrement soustrait à toutes ces occasions de désœuvrement dont Paris, plus qu’une autre ville, abonde, et que ceux qui s’y livrent suis réserve appellent des devoirs de société, afin d’apaiser leur conscience et de s’expliquer à eux-mêmes comment leur temps est si mal employé. Une vie de cabinet, une vie tout intellectuelle convenait au reste très-pou la frêle constitution de Fresnel. Cependant les soins empressés que sa respectable famille lui prodiguait; ce contentement intérieur de l’homme de bien, dont personne ne méritait de jouir a plus juste titre, et qui réagit si puissamment sur la santé; son extrême sobriété, enfin, faisaient espérer qu’il serait longtemps conservé aux sciences. Les émoluments des deux positions occupées par Fresnr I ceux d’ingénieur et d’académicien, auraient amplement suffi à ses modestes désirs, si le besoin des recherches scientifiques n’avait pas été chez lui une seconde nature; la cons’ruction et l’achat des instruments délicats sans lesquels, aujourd’hui, on ne saurait en physique rien produire d’exact, absorbait tous les ans une partie de sonpaiii- \037

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FKESNJIL. t*’J \037moine. Jl songea donc à se créer de nouvelles ressources. La place, si médiocrement rétribuée, d’examinateur temporaire des élèves de l’École polytechnique se présenta, Fresnel l’obtint; mais ses amis ne tardèrent pas à reconnaître qu’i! avait trop présumé de ses forces, que l’ardeur avec laquelle il remplissait ses nouvelles fonctions, que les inquiétudes vraiment exagérées dont il était saisi quand il fallait classer les élèves par ordre de mérite, altéraient gravement une santé déjà si chancelante; et toutefois comment conseiller un désistement d’où serait inévitablement résulté l’abandon d’une multitude de gloricux travaux? Sur ces entrefaites, l’une des plus belles places scientifiques, parmi toutes celles dont le gouvernement dispose, la place d’examinateur des élèves de la marine vint à vaquer. Cette place n’exige qu’un travail modéré. Le voyage annuel qu’elle nécessite était, aux yeux des médecins, une raison de plus pour désirer que l’resnel l’obtint. Il se détermina donc à se mettre sur les rangs; car alors tout le monde croyait qu’il n’y avait aucune inconvenance à demander un emploi auquel de longues études vous rendaient proprc et qu’on aurait rempli avec conscience. Les gens de lettres s’imaginaient qu’en s’imposant les plus pénibles travaux, ils pourraient mus crime aspirer à jouir, dans leur vieillesse, de cette indépendance que le moindre artisan de Paris est sûr d’obtenir un jour, pour peu qu’il soit laborieux et rangé. Personne encore n’avait soutenu qu’en toute chose il n’y eût pas convenance et profit à nommer le plus digne. La gloire que les Lagrange, les Laplace, les Legcndrc répandaient sur lc Bureau des Longitudes et sur l’Acadé- \037

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«80 FRESNEI-. \037mie, semblait pouvoir se concilier avec les éinincnts services que, a d’autres titres, ces illustres géomètres rendaient à l’ficolc polytechnique. Dans tes cours publics, les élèves demandaient à leurs professeurs d’être zélés, lucides, méthodiques; mais on ne leur conseillait pas encore de s’enquérir si d’autres auditeurs, dans un établissement différent, avaient déjà reçu des leçons de la même bouche. Les sciences, enfin ne paraissaient pas un vain luxe, et l’on pensait que l’apin inventant la machine à vapeur; que Pascal signalant la presse hydraulique; que Lebon imaginant l’éclairage au gaz; que Berthollet créant le blanchiment au chlore; que Leblanc enseignant à tirer du sel marin, la soude qu’anciennement il fallait aller demander à l’étranger au prix de tant de trésors, avaient noblement payé à la société la dette de la science. Si l’on devait en croire quelques personnes dont il nie semblerait plus aisé de louer les intentions que tes lumières, je viendrais d’énumérer une longue série de préjugés et j’aurais ici à excuser l’auteur de tant de belles découvertes, le créateur d’un nouveau système de phares, le savant dont les navigateurs béniront éternellement le nom, d’avoir désiré (je ne reculerai pas devant l’expression usitée) d’avoir désiré, parlée»»))// de deux places, se procurer un revenu annuel et viager de douze mille francs, dont la plus grande partie eut été certainement consacrée a de nouvelles recherches. L’apologie de notre confrère, je ne crois pas me faire illusion, serait une tâche facile mais je puis l’omettre Frosnel n’obtint point l’emploi qu’il sollicitait, et cela par des motifs que je laisserais volontiers dans l’oubli, s’ils ne me donnaient l’occasion de montrer \037

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FRESNEL. 481 \037que Ics gens de lettres dont récemment on a essayé de flétrir le caractère, en les représentant comme des harpies courant sans règle et sans mesure à la curée du budget, savent aussi renoncer noblement aux plus beaux emplois, à ceux-là même qu’ils pourraient réclamer comme une dette sacrée, aussitôt que leur dignité y est intéressée. J’ai dit combien les fonctions d’examinateur rt IKcole polytechnique compromettaient la santé de Fresin’l combien il devait désirer que sa demande d’une place moins pénible fût accueillie. L’incontestable supériorité de ses titres scientifiques, le désistement de tous ses compétiteurs, les démarches d’un de nos honorables confrères, l’un des plus grands géomètres de ce siècle, enfin les pressantes démarches de M. Bccquey qui, en toute occasion, traita Fresnel avec la bienveillance d’un père, avaient aplani divers obstacles. Le ministre de qui la place dépendait, s’était, dans sa jeunesse, occupé de t’étude des sciences d’une manière distinguée et il en avait conservé- le goût il désira voir notre confrère, et dès ce niomenl sa nomination nous parut assurée; car les manières réservées de l’resncl, la douceur de ses traits, la modestie sans apprêt de son langage, lui conciliaient surle-champ la bienveillance de ceux-là même qui ne connaissaient pas ses travaux; mais, hélas! à la suite des discordes civiles, à combien de mécomptes n’est-on pas exposé, quand on veut juger de ce qui sera par ce qui douait être Combien de petites circonstances, d’intérêts mesquins, d’éléments hétérogènes, viennent alors se mêler îiii\ alVaires tes plus simples, et prévaloir sur des droits incoiilfi-lables? l’our ma part, je ne saurais dire à quelle \037

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132 FRESNEL. \037occasion le ministre s’adressant au volontaire roya) do la Drômc, posa la question suivante, en l’avertissant sans détour, que de la réponse qu’il ferait dépendait sa nomination « Monsieur, êtes-vous véritablement des nôtres? – Si j’ai bien compris, Monseigneur, je répondrai qu’il « n’existe personne qui soit plus dévoué que moi a l’au«  guste famille de nos rois et aux sages institutions dont « la France lui est redevable. Tout cela, Monsieur, est « trop vague; nous nous entendrons mieux avec des noms « propres. A côté de quels membres de la Chambre siége«  riez-vous, si vous deveniez député ? – Monseigneur, tr répondit Fresnel sans hésiter, à la place de Camille Jor«  dan, si j’en étais digne. Grand merci de votre fran«  cliise, répliqua le ministre. Et le lendemain un inconnu fut nommé examinateur de la marine. Fresnel reçut cet échec sans proférer une plainte. lians son esprit, la question personnelle s’était entièrement effacée à côté de la peine qu’il éprouvait, en voyant, après trente années de débats et de troubles, les passions politiques encore si peu amorties. Lorsqu’un ministre dont les qualités privées o liraient droit aux hommages des gens de bien de tous les partis, se croyait obligé de demander un examinateur en matière de science, non des preuves d’incorruptibilité, de zèle et de savoir, mais l’assurance que s’il lui arrivait par hasard de devenir un jour député, il n’aurait pas l’intention d’aller s’asseoir à côté de Camille Jordan, un bon citoyen pouvait craindre que notre avenir ne fut pas exempt d’orages. \037Le corps enseignant de l’Kcole po); technique, sous tous les régimes, a peu souffert de ces influences politiques. La \037

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FRESNEL. «83 \037l’examinateur et le professeur doivent journellement payer de leurs personnes; là, sous les yeux d’une pépinière d’auditeurs habiles, et quelque peu enclins à la malice, des (’̃pures inexactes, de faux calculs, de mauvaises expériences de chimie et de physique, chercheraient vainement un refuge sous le manteau des opinions du jour. Fresncl pouvait donc espérer que malgré sa récente profession de foi, on ne lui retirerait pas la place d’examinateur temporaire. Cette place, d’ailleurs, est extrêmement pénible, et, l’expérience l’a suffisamment montré, ce sont les sinécures surtout qu’on poursuit avec ardeur. Fresnel reprit donc ses anciennes fonctions; mais à la suite des examens de 182/1, une attaque d’hémoptysie vint le condamner ù la retraite et vivement alarmer ses amis. A partir de ce moment, notre malheureux confrère fut obligé d’abandonner toute recherche scientifique (lui demandait de l’assiduité, et de consacrer au service des phares le peu de moments de relâche que sa maladie lui laissait. Les soins les plus tendres, les plus empressés, devinrent bientôt impuissants contre les rapides progrès du mal. On résolut alors d’essayer les cflets de l’air de la campagne. Ce projet de déplacement était, hélas un indice trop évident du découragement qu’éprouvait le médecin habile auquel Fresno! avait donné sa confiance. Cependant, pour ne point affliger sa famille, notre malheureux confrère eut la condescendance de paraître espérer encore, et au commencement de juin 1827, on lc transporta à Ville-d’Avray. La, il \it approcher la mort avec le calme et la résignation d’un honnie dont toute la conduite a été sans reproche. l jeune ingénieur très-distingué, M. Duleau, trouva \037

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481 FRESNEL. \037dans la vive amitié qui l’unissait à notre confrère, la force de s’associer aux tristes soins dont il était l’objet il la aussi s’établir à Ville-d’Avray. C’est M. Duleau qui nous r.pprit le premier combien peu Fresnel se faisait illusion sur son état. « J’eusse désiré, s’écriait-il quelquefois, quand la présence d’une mère et d’un frère qu’agitaient de si poignantes inquiétudes ne lui commandait pas une que sa tendresse n’enfreignit jamais; j’eusse désiré \ivre plus longtemps, car je sens qu’il y a dans l’inépuisable carrière des sciences, un grand nombre de questions d’utilité publique dont peut-être j’aurais eu le bonheur de trouver la solution. « Fresnel habitait déjà la campagne lorsque la Société royale de Londres me chargea de lui présenter la médaille de Rumford. Ses forces, alors presque épuisées, lui permirent à peine de jeter un coup d’œil sur ce signe, si rarement accordé, de l’estime de l’illustre Société. Toutes ses pensées s’étaient tournées vers sa fin prochaine, tout l’y ramenait Je vous remercie, me ditil d’une voix éteinte, d’avoir accepté cette mission; je devine combien elle a du vous coûter, car vous avez ressenti, n’est-ce pas, que la plus belle couronne est peu de chose, quand il faut !a déposer sur la tombe d’un ami?» J Hélas ces douloureux pressentiments ne tardèrent pas li s’accomplir. Huit jours encore s’étaient à peine écoulés, et la patrie perdait l’un de ses plus vertueux citoyens, l’Académie l’un de ses membres tes plus illustres, le inonde savant un homme de génie. \037Kn apprenant la mort prématurée de Côtes, jeune géonièlre dont les premiers travaux faisaient concevoir <l<- grandes espérances, Newton prononça ces mots, s/ \037

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FRESNEL. 185 \037simples, si expressifs, que l’histoire des sciences a recueillis « Si Côtes eût vécu, nous saurions quoique chose. • Dans la bouche de Newton ce court éloge pouvait se passer de commentaire il appartient au génie de dicter de tels arrets; on l’en croira toujours sur parole. Quant à moi, Messieurs, dépourvu de toute autorité, j’ai dû nie traîner péniblement sur de bien minutieux détails, car r j’avais non à dire, mais à prouver, que nous savons quel. que chose, quoique Fresnel ait peu vécu. \037

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ALEXANDRE VOLTA \037Ht"f,mPmt LIE T.S SKANCK PI’Bl.igl’F. DE L’aCAUïMIE DES SCIIMH, LE 20 HILLET 1831. \037Messieurs, l’ambre jaune, lorsqu’il a été frotté, atliro ivomcnt les corps légers, tels que des barbes de plumes, des brins de paille de la sciure de bois. Théophraste parmi les Grecs, Pline chez les Romains, citèrent déjà cutlc propriété, mais sans paraître y attacher plus d’impurtance qu’à un simple accident de forme ou de couleur. Ils ne se doutèrent pas qu’ils venaient de toucher au premier anneau d’une longue chaîne de découvertes; ils méconnurent l’importance d’une observation qui, plus tard, devait fournir des moyens assurés de désarmer les nuées orageuses, de conduire, dans les entrailles de la ti’rre, sans danger et même sans explosion, la foudre (jue ces nuées recèlent. \037Le nom grec de l’ambre, électron, a conduit au mot <’li\tiïcilé, par lequel on désigna d’abord la puissance attractive des corps frottés. Ce même mot s’applique maintenant à une grande variété d’effets, à tous les détails brillante science. \037L’électricité était restée longtemps, dans les mains des \037

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<S8 ALEXANDRE VOLTA. \037physiciens, le résultat presque exclusif de combinaisons compliquées que les phénomènes naturels présentaient rarement réunies. L’homme de génie, dont je dois aujourd’hui analyser les travaux, s’élança le premier hors de ces étroites limites. Avec le secours de quelques appareils microscopiques, il vit, il trouva l’électricité partout dans la combustion, dans l’évaporation, dans le simple attouchement de deux corps dissemblables. H assigna ainsi à cet agent puissant un rôle immense qui dans les phér.oinèncs terrestres, le cède a peine a celui de la pesanteur. \037La filiation de ces importantes découvertes m’a semblé devoir être tracée avec quelques développements. J’ai cru qu’A une époque où le besoin de connaissances positives est si généralement senti, les éloges académiques pourraient devenir des chapitres anticipés d’une histoire générale des sciences. Au reste, c’est ici de ma part un simple essai sur lequel j’appelle franchement la critique sévère et éclairée du public. \037NAISSANCE DE VOLTA; SA JEl’NESSE; SES PREMIERS TRWAIV. –BOl TEILLE DE 1.KÏDE. – ÉLECTROPHORE PERPÉTl EL. – PERFECTIONNEMENTS DE LA MACHINE ÉLECTRIO.I E. – ÉLKCTBOMKTBK CONDENSITEUR. – PISTOLET ÉLECTRIQUE. – l.AMI’E PERPÉTUELLE. – ElïiIOMETRE. \037Alexandre Volta un des huit associés étrangers de l’Académie des Sciences, naquit à Corne, dons le Milanais, le 18 février 17/J5, de Philippe Volta et de Madeleine do Conli Inzaghi. Il fit ses premières études sous \037

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ALEXANDRE VOLTA. 160 \037la surveillance paternelle, dans l’école publique de sa \ille natale. D’heureuses dipositions, une application soutenue, un grand esprit d’ordre, le placèrent bientôt à la tête de ses condisciples. \037A dix-huit ans, le studieux écolier était déjà en commerce de lettres avec Nollet, sur les questions les plus délicates de la physique. A dix-neuf ans, il composa un poëinc latin, qui n’a pas encore vu le jour, et dans lequel il décrivait les phénomènes découverts par les plus célèbres expérimentateurs du temps. On a dit qu’alors la vocation de Volta était encore incertaine pour moi, je ne saurais en convenir un jeune homme ne doit guère tarder a changer son art poétique contre une cornue, dès qu’il a eu la singulière pensée de choisir la chimie pour sujet de ses compositions littéraires. Si l’on excepte en clllt quelques vers destinés à célébrer le voyage de Saussure au sommet du Mont-Blanc, nous ne trouverons plus dans la longue carrière de l’illustre physicien que des travaux consacrés à l’étude de la nature. \037Volta eut la hardiesse, à l’âge de vingt-quatre ans, d’aborder, dans son premier Mémoire, la question si délicate de la bouteille de Leyde. Cet appareil avait été- découvert en 174G. La singularité de ses effets aurait amplement suffi pour justifier la curiosité qu’il excita dans toute l’Europe; mais cette curiosité fut duc aussi, en grande partie, à la folle exagération de Musschriibroeck; à l’inexplicable frayeur qu’éprouva ce physicien en recevant une faible décharge, à laquelle, disait-il emphatiquement, il ne s’exposerait pas de nouveau pour le plus beau royaume de l’univers. Au surplus, les nom- \037

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190 ALEXANDRE VOLTA. \037breusrs théories dont la bouteille devint siiccessivcnH’i:t l’objet, mériteraient peu d’être recueillies aujourd’hui. C’est à lYanklin qu’est di> riionneur d’avoir éclairei cit important problème, et le travail de Volta, il faut lc reconnaître, semble avoir peu ajouté à celui de l’illustre philosophc américain. \037Le second Mémoire du physicien de Corne parut dans l’année 1771. Ici on ne trouve déjà presque plus aucune idée systématique. L’observation est le seul guide de l’auteur dans lcs recherches qu’il entreprend pour déterminer la nature de l’électricité des corps recouverts de td ou tel autre enduit pour assigner les circonstances de température, de couleur, d’élasticité, qui font varier le phéromène; pour étudier soit l’électricité produite par frottement, par percussion, par pression; soit celle qu’on engendre à t’aide de la lime ou du racloir; soit enfin les propriétés d’une nouvelle espèce de machins électrique laquelle le plateau mobile et les supports isolants étaient de bois desséché. \037De ce côté-ci des Alpes, les deux premiers Mémoires de Volta furent à peine lus. En Italie, ils produisirent au contraire une assez vive sensation. L’autorité, dont Ire prédilections sont si généralement malencontreuses partout où dans son amour aveugle pour le pouvoir absolu clic refuse jusqu’au modeste droit de présentation à des jugrs compétents, s’empressa elle-même d’encourager le jeune expérimentateur. Elle le nomma régent do l’école royale de Corne, et bientôt après professeur do physique. \037Les missionnaires de Pékin, dans l’année 1755, eom- \037

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Al.liX ANDRE VOLTA. «01 <, 1 1 i- i-nirnn4u *̃» I F nr"AriA un f\» 1 f 1 i>lfif\I*f îl Vit \037rnuniquèrcnt aux savants de l’Europe un fait important que le hasard leur avait présenté, concernant l’électricité por influence qui, sur certains corps, se montre ou disparaît suivant que ces corps sont séparés ou en contact immédiat. Ce fait donna naissance à d’intéressantes recherches d’.Epinus, de Wilcke, de Cigna et de Beccaria. Volta à son tour en fit l’objet d’une étude particulière. Il y trouva le germe de Y électrophorc perpétuel, instrument i’.dmirablc, qui, même sous le plus petit volume, est une source intarissable du fluide électrique, où, sans avoir besoin d’engendrer aucune espèce de frottement, et (jiiellos que soient les circonstances atmosphériques, le physicien peut aller sans cesse puiser des charges d’égale force. \037Au Mémoire sur l’Électrophore succéda, en 1778, un nuire travail très-important. Déjà on avait reconnu qu’un corps donné, vide ou plein, a la même capacité électrique pourvu que la surface reste constante. Une observation de Lemonnier indiquait, de plus, qu’à égalité de Mirfacc la forme du corps n’est pas sans influence. GYt-t Volta toutefois, qui le premier, établit ce principe sur une brsc solide. Ses expériences montrèrent que, de doux cylindres de même surface, le plus long reçoit la plus forte charge, de manière que partout ou le local le permel il y a un immense avantage substituer aux larges conducteurs des machines ordinaires, un système <k très-petits cjlindrcs, quoiqu’on masse ceux-ci ne forment pas un volume plus grand. En combinant p.ir exemple, 16 files de minces bâtons argentés de 1,000 pieds de longueur chacune, on aurait, suivant \037

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iOl ALEXANDRE VOLTA. -1 1. 11. 11. 11 ’0" \037Voila, une machine dont tes étincelles, véritablement fulminantes, tueraient les plus gros animaux. \037Il n’est pas. une seule des découvertes du professeur de Corne qui soit le fruit du hasard. Tous les instruments dont il a enrichi la science, existaient en principe dans son imagination, avant qu’aucun artiste travaillât à leur exécution matérielle. Il n’y eut rien de fortuit, par exemple, dans les modifications que Volta fit subir h lY’Icctrophorc pour le transformer en condensateur, véritable microscope d’une espèce nouvelle, qui décèle la présence du fluide électrique là où tout autre moyen resterait muet. \037Les années 1776 et 1777 nous montreront Volta travaillant pendant quelques mois sur un sujet de pure chimie. Toutefois, l’électricité, sa science de prédilection, viendra s’y rattacher par les combinaisons les plus heureuses. \037A celte époque, les chimistes n’ayant encore trouvé le | gaz inflammable natif que dans les mines de charbon de I terre et de sel gemme, le regardaient comme un des 1 attributs exclusifs du règne minéral. Volta, dont les 1 réflexions avaient été dirigées sur cet objet par une f observation accidentelle du P. Campi, montra qu’on se J trompait. H prouva que la putréfaction des substances f. animales et végétales est toujours accompagnée d’une $ production de gaz inflammable; que, si l’on remue le fond d’une cou croupissante, la vase d’une lagune, ce | gaz s’échappe à travers le liquide, en produisant toutes tes apparences de l’ébullition ordinaire. Ainsi le rjaz < inflammable des marais qui a tant occupé les chimistes ’j \037

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ALEXANDRE VOLTA. 193 \037f.-i. 13 \037depuis quelques années, est, quant à son origine, une découverte de Volta. \037Cette découverte devait faire croire que certains phénomènes naturels, que ceux, par exemple, des terrains en lia m mes et des fontaines ardentes, avaient une cause semblable; mais Volta savait trop h quel point la nature te joue de nos fragiles conceptions, pour s’abandonner légèrement à desimpies analogies. Il s’empressa (1780) d’aller visiter les célèbres terrains de Pictra Mata, de Ycltrja; il soumit a un examen sévère tout ce qu’on lisait dans divers voyages sur des localités analogues, cl il parvint ensuite h établir, avec une entière évidence, contre tes opinions reçues, que ces phénomènes ne dépendent point de la présence du pétrole, du naphte ou du bitume; il démontra, de plus, qu’un dégagement de gaz inflammable en est l’unique cause. Volta a-t-il prouvé îivcc la mémo rigueur que ce gaz, en tout lieu, a pour (nï^ino une macération de substances animales ou végétales? Je pense qu’il est permis d’en douter. \037L’étincelle électrique avait servi de bonne heure à enflammer certains liquides, certaines vapeurs, certains gaz, tels que l’alcool, la fumée d’une chandelle nouvellement éteinte, lc gaz hydrogène; mais toutes ces expériences se faisaient à l’air libre. Volta est le premier qui lésait répétées dans des vases clos (1777). C’est donc à lui ([n’appartient l’appareil dont Cavendish se servit en 1781 pour opérer la synthèse de l’eau, pour engendrer ce liquide t’aide de ses deux principes constituants gazeux. \037Noire illustre confrère avait au plus haut degré deux \037

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i’jl ALEXANDRE VOI.TA. \037qualités qui morclicnt rurcmcnt réunies le génie créateur et l’esprit d’application. Jamais il n’abandonna un sujet, sans l’avoir envisagé sous toutes ses faces, sans avoir décrit ou du moins signalé les divers instruments que la science, l’industrie ou la simple curiosité pourraient y puiser. Ainsi, quelques essais relatifs à l’inflammation de l’air des marais, firent naître d’abord le fusil et lc pistolet électriques, sur lesquels il serait superflu d’in.-islcr, puisque des mains du physicien ils sont passif dans celles du bateleur, et que la place publique les offre journellement aux regards des oisifs ébahis; ensuite la lampe perpétuelle « fjaz hydroyenc, si répandue en Allemagne, et qui, par la plus ingénieuse application de l’électrophorc, s’allumo d’elle-même quand on le désire; enfin, Veudiomïlrc ce précieux moyen d’analyse dont [es chimistes ont tiré un parti si utile. \037La découverte de la composition de l’air atmosphérique a fait naître de nos jours cette grande question de philosophie naturelle La proportion dans laquelle les deux principes constituants de l’air se trouvent réunis, varict-clle avec la succession des siècles, d’après la position des lieux suivant les saisons? \037Lor.-qu’on songe que tous les hommes, que tous tes quadrupèdes, que tous les oiseaux consomment incessamment dans l’acte de la respiration un seul de ces deux principes, le gaz oxygène; que ce même gaz est l’a liment indispensable de la combustion, dans nos foyers domeMiques, dans tous les ateliers, dans les plus vastes usines; qu’on n’allume pas une chandelle, une lampe, un réverbère, tans qu’il aille ausM s’y absorber; que \037

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ALEXANDRE VOLTA. Itt \037l’oxygène, enfin, joue un rôle capital dans les phénomï’iies de la végétation, il est permis d’imaginer qu’a la longue l’atmosphère varie sensiblement dans sa composition qu’un jour elle sera impropre à la respiration; qu’alors tous les animaux seront anéantis, non à la suite d’une de ces révolutions physiques dont lcs géologues ont trouvé tant d’indices, et qui, malgré leur immense (’tendue, peuvent laisser des chances de salut à quelques individus favorablement placés; mais, par une cause générale et inévitable, contre laquelle les zones glacées du pôle, les régions brûlantes de l’équatcur, l’immensité de l’Océan, les plaines si prodigieusement élcvées de l’Asie ou de l’Amérique, lcs cimes neigeuses des Cordillères et de l’Hymalaya, seraient également impuissantes. Étudier tout ce qu’à l’époque actuelle ce grand phénomène a d’accessible, recueillir des données exactes que les siècles à venir féconderont, tel était le devoir que les physiciens se sont empressés d’accomplir, surtout depuis que l’cudiomètrc à étincelle électrique lcur en a donné les moyens, Pour répondre à quelques objections que tes premiers essais de cet instrument avaient fait naître MM. do lliimboldt et (lay-Lussac lc soumirent, en l’an xm, au plus scrupuleux examen. Lorsque de pareils juges déclarent qu’aucun des eudiomètres connus n’approche vn exactilude de celui de Volta, le doute même ne serait pas permis. \037DILATATION !>K l/AIIt. \037Puisque j’ai abandonné l’ordre chronologique, avant de m’oceiiper des deux plus importants travaux de notre \037

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106 ALEXANDRE VOLTA. \037vénérable confrère, avant d’analyser ses recherches sur l’élect/icité atmosphérique, avant de caractériser sa découverte de la pile, je signalerai, en quelques mots, tes expériences qu’il publia pendant l’année 1793, au sujet de la dilatation de l’air. \037CeUe question capitale avait déjà attiré l’attention d’un grand no:>i!>re de physiciens habiles, qui ne s’étaient accordés ni sur l’accroissement total de volume que l’air (’prouve entre les températures fixes de la glace fondante et de l’ébullition ni sur la marche des dilatations dans les températures intermédiaires. Volta découvrit la cause de ces discordances; il montra qu’en opérant dans un vase contenant de l’eau, on doit trouver des dilatations croiss; ntes; que s’il n’y a dans l’appareil d’autre humidité (jik; celle dont les parois vitreuses sont ordinairement recouvertes, la dilatation apparente de l’air peut être croissante dans le bas de l’échelle thennoinétrique, et décroissante dans les degrés élevés; il prouva, enfin, par des mesures délicates, que. l’air atmosphérique, s’il est renfermé dans un vase parfaitement sec, se dilate proportionnellement à sa température, quand celle-ci est mesurée sur un thermomètre à mercure portant des divisions égales; or, comme les travaux de Deluc et de Crawford paraissaient établir qu’un pareil thermomètre donne tes vraies mesures des quantités de chaleur, Voila se crut autorisé à énoncer la loi si simple qui découlait de .ses expériences, dans ces nouveaux termes dont chacun appréciera l’importance l’élasticité, d’un volume donné d’oir u’inospjiérique est proportionnelle à sa chaleur. Lorsqu’on échauffait de l’air pris a une basse tempéra- \037

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ALEXANDRE VOLTA. «7 \037turc et contenant toujours la même quantité d’humidité, sa force (Mastique augmentait comme celle de l’air sec. Volta en conclut que la vapeur d’eau ct l’air proprement dit se dilatent précisément de même. Tout le monde sait aujourd’hui que ce résultat est exact; mais l’expérience du physicien de Corne devait laisser des doutes, car aux températures ordinaires, la vapeur d’eau se mêle à l’air atmosphérique dans de très-petites proportions. Yolta appelait le travail que je viens d’analyser une simple ébauche. D’autres recherches très-nombreuses et du même genre auxquelles il s’était livré, devaient faire partie d’un Mémoire qui n’a jamais vu le jour. Au reste, sur ce point, la science paraît aujourd’hui complète, grâce à MM. Cay-Lussac et Dalton. Les expériences de ces ingénieux physiciens, faites à une époque où le Mémoire de Volta, quoique publié, n’était encore connu ni en France ni en Angleterre, étendent à tous les gaz, permanents ou non, la loi donnée par le savant italien. Elles conduisent de plus dans tous tes cas au même coefficient (!•; dilatation. \037ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE. \037Je ne m’occuperai des recherches de Volta sur l’électricité atmosphérique qu’après avoir tracé un aperçu rapide des expériences analogues qui les avaient précédées. Pour juger vainement de la route qu’un voyageur a p;irco:.irue, il est souvent utile d’apercevoir d’un même coupd’n.’il le point de départ et la dernière station. Le l)r Wall, qui écrivait en 1708, doit être nommé ic i \037

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198 ALEXANDRE VOLTA. \037le premier, car on trouve dans un de ses Mémoires cette ingénieuse réflexion « La lumière et le craquement dos s « Corps électrisés semblent, jusqu’à un certain point, « représenter l’éclair et le tonnerre. » Stephen Grey publiait, à la date de 1735, une remarque analogue. « II «est probable, disait cet illustre physicien, qu’avec le « temps on trouvera les moyens de concentrer de plus c abondantes quantités de feu électrique, et d’augmenter «la force d’un agent qui, d’après plusieurs de mes expé«  riences, s’il est permis de comparer les grandes aux «petites choses, paraît être de la même nature que le « tonnerre et les éclairs » \037La plupart des physiciens n’ont vu dans ces passages que de simples comparaisons. Ils ne croient pas qu’en assimilant les effets de l’électricité à ceux du tonnerre, Wall et Grey aient prétendu en conclure l’identité des causes. Ce doute, au surplus, ne serait pas applicable aux aperçus insérés par i\ollet, en 17/jO, dans ses Leçons de physique expérimentale. Là en effet suivant l’auteur, une nuée orageuse, au-dessus des objets terrestres, n’est autre chose qu’un corps clcctrisé placé en présence d0 corps qui ne le sont pas. Le tonnerre, entre les înoins tic la nature, c’est l’électricité entre les mains des physiciens. Plusieurs similitudes d’action sont signalées; rien 113 manque, en un mot, à cette ingénieuse théorie, si ce n’est la seule chose dont une théorie ne saurait se passer pour prendre définitivement place dans la science, la sanction d’expériences directes. \037Les premières vues de Franklin sur l’analogie de l’électricité et du tonnerre n’étnient, comme les idées anté- \037

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ALEXANDRE VOLTA. <99 \037ricures de Noltot, que de simples conjectures. Toute la dill’ércncc, entre les deux physiciens, se réduisait alors à un projet d’expérience, dont Nollet n’avait pas parlé, et qui semblait promettre des arguments définitifs pour ou contre l’hypothèse. Dans cette expérience on devait, par un temps d’orage, rechercher si une tige métallique isolée et terminée par une pointe, ne donnerait pus des étincelles analogues à celles qui se détachent du conducteur de la machine électrique ordinaire. \037Sans porter atteinte <i la gloire de Franklin, je dois remarquer que l’expérience proposée était presque inutile. Les soldats de la cinquième légion romaine l’avaient d^ja faite pendant la guerre d’Afrique, !e jour où, comme César le rapporte le fer de tous les javelots parut en feu a la suite d’un orage. II en est de même des nombreux navigateurs à qui Castor et Pollux s’étaient montrés, soit aux pointes métalliques des mâts ou des vergues, soit sur d’autres parties saillantes de leurs navires. Knfm, dans certaines contrées, en Frioul, par exemple, au château de Duino, le factionnaire exécutait strictement ce que désirait Franklin, lorsque, conformément à sa consigne, et dans la vue de décider quand il fallait, en mettant une cloche en branle, avertir les campagnards de l’approche d’un orage, il allait examiner avec sa hallebarde si le fer d’une pique plantée verticalement sur le rempart donnait des étincelles. Au reste, soit que plusieurs de ces circonstances fussent ignorées, soit qu’on ne les trouvât pas démonstratives, des essais directs semblèrent nécessaires, et c’est h Dalibard, notre compatriote, que la science en a été redevable. 1-e 10 mai I7.V2, pendant un orage, la \037

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200 ALEXANDRE VOLTA. \037grande tige de métal pointue qu’il avait établie dans un jardin de Marly-la-Yillc, donnait de petites étincelles, comme le fait le conducteur de la machine électrique ordinaire quand on en approche un fil de fer. Franklin ne réalisa cette même expérience aux États-Unis, a l’aide d’un cerf-volant, qu’un mois plus tard. Les paratonnerres en étaient la conséquence immédiate. L’illustre physicien d’Amérique s’empressa de le proclamer. \037La partie du public qui, en matière de sciences, est réduite a juger sur parole, ne se prononce presque jamais à demi. Kllc admet ou rejette, qu’on me passe ce terme, avec emportement. Les paratonnerres, par exemple, de\inrent l’objet d’un véritable enthousiasme dont il est curieux de suivre les élans dans les écrits de l’époque. Ici, vous trouvez des voyageurs qui, en rase campagne, croient conjurer la foudre en mettant l’épée à la main contre les nuages, dans la posture d’Ajax menaçant tes dieux; la, des gens d’église, à qui leur coslumc interdil l’épée, regrettent amèrement d’être privés de ce talisnan conservateur; celui-ci propose sérieusement, comme un préservatif infaillible, de se placer sous une gouttière, des le début de l’orage, attendu qui; les étoiles mouillées sont d’excellents conducteurs de l’électricité; celui-là invente certaines coiffures d’où pendent de longues chaînes métalliques qu’il faut avoir grand soin de laisser constamment traîner dans le ruisseau, etc., etc. Quelques physiciens, il faut le dire ne partageaient pas cet engouement. Ils admettaient l’identité de la foudre et du fluide électrique., l’expérience- de Maily-la-Yille ayant a cet égard \037

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ALEXANDRE VOLTA. 2<>< \037prononcé (UTinitivcinent; mais les rares étincelles qui étaient sorties do la tige et leur petitesse, faisaient douter qu’on pût épuiscr«ainsi l’immense quantité de matière fulminante dont une nuée orageuse doit être chargée. Les rUVayantes expériences faites par Romas de Nérac ne vainquirent pas leur opposition, parce que cet observateur s’était servi d’un cerf-volant à corde métallique qui allait, à plusieurs centaines de pieds de hauteur, puiser le tonnerre dans la région même des nuages. Bientôt, cependant la mort déplorable de Richman occasionnée par la simple décharge provenant de la barre isolée du paratonnerre ordinaire que ce physicien distingué avait f;iit établir sur sa maison de Saint-Pétersbourg, vint fournir de nouvelles lumières. Les érudits virent dans cette fin tragique l’explication du passage où Pline le naturaliste rapporte que. Tullus Hostilius fut foudroyé pou- rvoir mis peu d’exactitude dans l’accomplissement des cérémonies a l’aide desquelles Numa, son prédécesseur, formait le tonnerre à descendre du ciel. D’autre part, et ceci avait plus d’importance, tes physiciens sans prévention trouvèrent dans le même événement une donnée qui leur manquait encore, savoir qu’en certaines circonstances, une barre de métal peu élevée arrache aux nuées orageuses non pas seulement d’imperceptibles étincelles, mais de véritables torrents d’électricité. Aussi, à partir de cette époque, les discussions relatives à l’efficacité des paratonnerres n’ont eu aucun intérêt. Je n’en excep’.e même pas le vif débat sur les paratonnerres terminés en f. l.o fi aont 1753. \037

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2>2 1 ALEXANDRE VOLTA. \037pointe ou en boule, qui divisa quelque temps tes savants anglais. Personne, eu effet, n’ignore aujourd’hui que George 111 était le promoteur de <fettc polémique; qu’il ko déclara pour les paratonnerres en boule, parce que lYanklin, alors son heureux antagoniste sur des questions politiques d’une immense importance, demandait qu’on tes terminât en pointe, et que cette discussion, tout bien considéré, appartient plutôt, comme très-petit incident, à l’histoire de la révolution américaine qu’A celle de la science. \037Les résultats de l’expérience de Marly étaient à peine connus, que Lemonnier, de cette Académie, fit établir dans son jardin de Saint-Germain-en-Laye une longue barre métallique verticale qu’il isola du sol avec quelques nouvelles précautions; eh bien des ce moment, les aigrettes électriques lui apparurent (juillet et septembre 1752), non-seulement quand le tonnerre grondait, non-sculei nent quand l’atmosphère était couverte de nuages menaçants, mais encore par un ciel parfaitement serein, lue belle découverte devint ainsi le fruit de la modification en apparence la plus insignifiante dans le premier appareil de Dalibard. \037Lemonnier reconnut sans peine que cette foudre des jours sereins dont il venait de dévoiler l’existence, était soumise toutes les vingt-qua’rc heures à des variations régulières d’intensité. Beccaria traça les lois de cette période diurne à l’aide d’excellentes observations. 11 é’.ablit de plus ce fait capital que dans toutes les saisons, à toutes les hauteurs, partons les vents, l’électricité, d’un ciel serein est constamment positive ou vitrée, \037

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ALEXANDRE VOLTA. 203 \037Ki) suivant ainsi par ordre de dates les progrès de nos connaissances sur l’électricité atmosphérique, j’arrive aux travaux dont Volta a enrichi cette branche importante do la météorologie. Ces travaux ont eu tour à tour pour objet le perfectionnement des moyens d’observation et l’examen minutieux des diverses circonstances dans lesquelles se développe le fluide électrique qui ensuite va envahir toutes lcs régions de l’air. \037Quand une branche des sciences vient de naître, les observateurs ne s’occupent guère que de la découverte (le nouveaux phénomènes, réservant leur appréciation numérique pour une autre époque. Dans l’électricité, par exemple, plusieurs physiciens s’étaient fait une réputation justement méritée: disons plus, la bouteille de Leydo ornait déjà tous les cabinets de l’Europe, et personne n’avait encore imaginé un véritable électromètre. Le premier instrument de ce genre qu’on ait exécuté ne remonte <ju’à l’année 1749. Il était dû à deux membres de cette Académie, Darcy et Le Roy. Son peu de mobilité dans 1rs petites charges empocha qu’il ne fût adopté. L’élecfromètre proposé par Nollet (1752) paraissait nu premier aperçu plus simple plus commode et surtout infiniment plus sensible. Il devait se composer de deux (ils qui, après avoir été électrisés, ne pouvaient manquer, par un cifet de répulsion, de s’ouvrir comme les dcux branches d’un compas. La mesure cherchée se serait uiii.-i réduite à l’observation d’un angle. \037Cavallo réalisa ce que Nollet avait seulement indiqué i^lTSO). Ses fils étaient de métal et portaient à leurs "xlrémités do petites sphères de moelle do sureau. \037

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201 ALEXANDRE VOLTA. \037Volta, enfin, supprima le sureau, et suhstitua des pailles sèches aux fils métalliques. Ce changement paraîtrait sans importance, si l’on ne disait que le nouvel éleclromèlre possède seul la propriété précieuse, et tout h fait inattendue, de donner entre 0 et 30° des éci’rteirunls angulaires des deux pailles exactement proportionnels a.ix charges électriques. \037La lettre à Lichtenberg, en date de 1780 dans laquelle Volta établit par de nombreuses expériences les propriétés des électromètres à pailles, renferme sur les moyens de rendre ces instruments comparables, sur la mesure des plus fortes charges, sur certaines combinaisons de l’électromètre et du condensateur, des vues intéressantes dont on est étonné de ne trouver aucune trace dans les ouvrages les plus récents. Cette lettre ne saurait être trop recommandée aux jeunes physiciens. Mlle les initiera à l’art si difficile des expériences; elle leur apprendra à se défier des premiers aperçus, à varier sans cesse la forme des appareils; et si une imagination impatiente devait leur faire abandonner la voie lente, mais certaine, de t’observation, pour de séduisantes rêveries, peut-être seront-ils arrêtés sur ce terrain glissent en voyant un homme de génie ne se laisser rebuter par aucun détail. Et d’ailleurs, à une époque ou, sauf quelques honorables exceptions, la publication d’un livre est une opération purement mercantile, où les traités de science, surtout, taillés sur le même patron, ne diffèrent entre eux que par des nuances de rédaction souvent imperceptibles, où chaque auteur néglige bien scrupuleusement toutes les expériences, toutes les théories, tous tes inshn- \037

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ALEXANDRE VOLTA. 203 \037nients que son prédécesseur immédiat a oublias ou mcconnus, on accomplit, je crois, un devoir en dirigeant t’attention des commençants vers les sources originales. C’est la, et là seulement, qu’ils puiseront d’importai]’* sujets do recherches; c’est là qu’ils trouveront l’histoire fidèle des découvertes, qu’ils apprendront à distinguer clairement le vrai de l’incertain, à se défier enfin des théories hasardées que les compilateurs sans discernement adoptent avec une aveugle confiance. \037Lorsqu’on profitant de la grande action que lcs pointes exercent sur le fluide électrique, .Saussure fut parvenu (1785), par la simple addition d’une tige de huit à neuf décimètres de long, à beaucoup augmenter la sensibilité de l’électromètrc de Cavallo lorsque, à la suite de tant de minutieuses expériences les fils métalliques portant des boules de moelle de sureau du physicien de Naples, eurent été remplacés par des pailles sèches, on dut croire que ce petit appareil ne pourrait guère recevoir d’aulx s nmi’-lionitions importantes. Volta, cependant, en 1787, parvint à étendre considérablement sa puissance sans rien changer à la construction primitive. lient recours, pmtr cela, au plus étrange des expédients il adapta à la pointe de la tige métallique introduite par Saussure, soit une bougie, soit même une simple mèche enflammée! Personne assurément n’aurait prévu un pareil résultat 1 Ias expérimentateurs découvrirent do bonne heure que la llannne est un excellent conducteur de l’électricité niais cela même ne devait-i) pas éloigner la pensée do l’emuloyer comme puissance collectrice? Au reste, Volta, • l’Miô d’un sens si droit, d’une logique si sévère, ne \037

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200 ALEXANDRE VOLTA. \037s’abandonna entièrement aux conséquences du fait (’(range qui venait de s’offrir à lui qu’après l’avoir expliqué. Il trouva que si une bougie amené sur la pointe qu’elle sur.monte trois ou quatre fois plus d’électricité* qu’on n’en recueillerait autrement, c’est à cause du courant d’air qu’engendre la flamme c’est h raison des communications multipliées qui s’établissent ainsi entre la pointe de mêla! et les molécules atmosphériques. \037Puisque des flammes enlèvent l’électricité à t’air beaucoup mieux que des tiges métalliques pointucs, ne s’cnsuit-il pas, dit Yolta, que le meilleur moyen de prévenir tes orages ou de les rendre peu redoutables, serait d’allumer d’énormes feux au milieu des champs, ou mieux encore, sur des lieux élevés. Après avoir réfléchi sur les grands effets du très-petit lumignon de l’élcclromètre on no voit rien de déraisonnable a. supposer qu’une large flamme puisse, en peu d’instants, dépouiller de tout fluide électrique d’immenses volumes d’air et de vapeur. \037Vo’.la désirait qu’on soumit cette idée h l’épreuve d’une expérience directe. Jusqu’ici ses vœux n’ont pas été entendus. Peut-être obtiendrait-on à cet égard quelques notions encourageantes si l’on comparait les observations météorologiques des comtés de l’Angleterre que tant de hauts-fourneaux et d’usines transforment nuit et jour en océans de feu, a. celles des comtés agricoles environnants. \037Les feux paratonnerres tirent sortir Voila de la gravité sévère qu’il s’était constamment imposée. Il essaya d’égayer son sujet aux dépens des érudits qui, semblables \037

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ALEXANDRE VOLTA. W \037iiii l’iiiiicu.x Dutcns, aperçoivent toujours, mais après coup, dans quelque ancien auteur, tes découvertes do leurs contemporains, Il les engage a remonter, dans ce en?, jusqu’aux temps fabuleux de la Grèce et de Rome; il appelle leur attention sur les sacrifices à ciel ouvert, sur les flammes éclatantes des autels, sur les noires colonnes de fumée qui, du corps des victimes, s’élevaient clans les airs; enfin, sur toutes les circonstances des cérémonies que le vulgaire croyait destinées a apaiser la colère des dieux, à désarmer le bras fulminant de Jupiter. Tout cela ne serait qu’une simple expérience de physique, dont les prêtres seuls possédaient le secret, et destinée à ramener silencieusement sur la terre l’électricité de l’air et des nuées. Les Grecs et tes Romains, auv époques les plus brillantes de leur histoire, faisaient, il est vrai, les sacrifices dans des temples fermés; mais, ajoute Volta, cette difficulté n’est pas sans réplique, puisqu’on peut dire que Pythagore, Aristote, Cicéron, Pline, Sénèquc, étaient des ignorants qui, même par simple tradition, n’avaient pas les connaissances scientifiques de Ictus devanciers 1 \037La critique ne pouvait être plus incisive; mais, pour en attendre quelque effet, il faudrait oublier qu’en chcrchant dans de vieux livres les premiers rudiments vrais ou faux des grandes découvertes, Ics zoïles de toutes tes époques se proposent bien moins d’honorer un mort que de déconsidérer un de leurs contemporains J \037Presque tous les physiciens attribuent les phénomènes électriques à deux fluides de nature diverse, qui, dans certaines circonstances, vont s’accumuler séparément h \037

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2’I8 ALEXANDRE VOLTA. \037la su’ïacc des corps. Cette hypothèse conduisoit naturellement à rechercher de quelle source émane l’électricité atmosphérique. Le problème était important. Une expérience délicate, quoique très-simple, mit sur la \oio de la solution. \037Dans cette expérience, un vase isolé d’où l’eau s’évapora il donna, à l’aide du condensateur de Volta des indices manifestes d’électricité négative. \037Je regrette de ne pouvoir dire, avec une entière certitude, à qui appartient cette expérience capitale. Volta l’apporte dans un de ses Mémoires qu’il y avait songé dès l’année 1778 mais que diverses circonstances l’ayant empêché de la tenter, ce fut à Paris seulement et dans le mois de mars 1780 qu’elle lui réussit en compagnie de quelques membres de l’Académie des sciences. D’une autre part, Lavoisier et Lnplace, à la dernière ligne du Mémoire qu’ils publièrent sur le même sujet, disent sculement Voila voulut bien assister à nos expériences et nous y être utile. \037Comment concilier deux versions aussi contradictoires! l’nc note historique, publiée par Volta lui-mémo, est loin de dissiper tous les doutes. Cette note, quand on l’c.viniinc attentivement, ne dit, d’une manière expresse, ni a qui l’idée de l’expérience appartient, ni lequel des (rois physiciens deu’na qu’elle réussirait a l’aide du condensateur. Le premier essai fait à Paris par Volta et tes deux savants français réunis fut infructueux, l’état hygrométrique de l’atmosphère n’ayant pas été favorable. Peu de jours après, à la campagne de Lavoisier, tes signes électriques devinrent manifestes quoiqu’on n’eût pas changé \037

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ALEXANDKK VOLTA. 209 ̃ ̃A ̃̃ V ̃ « Û M t M ̃*̃̃ V \037l.-i. 1. «4 \037les moyens d’observation. Volta n’assistait point à la dernière épreuve. \037Cette circonstance a été l’origine de toutes les diflicultés. Quelques physiciens, en thèse générale considèrent comme inventeurs, sans plus ample examen, ceux qui les premiers, appelant l’expérience à leur aide, ont constaté l’existence d’un fait. D’autres ne voient qu’un mérite secondaire dans le travail suivant eux presque matériel que les expériences nécessitent. Ils réservent leur estime pour ceux qui les ont projetées. \037Ces principes sont l’un et l’autre trop exclusifs. Pascal laissa à Perrier, son beau-frère, le soin de monter sur le Puy-de-Dôme pour y observer le baromètre, et le nom de Pascal est cependant le seul qu’on associe à celui de Toricelli, en parlant des preuves de la pesanteur de l’air. Michell et Cavendish, au contraire, aux yeux des physiciens éclairés ne partagent avec personne le mérite de leur célèbre expérience sur l’attraction des corps terrestres, quoique avant eux on eût bien souvent songé à la faire; ici, en effet, l’exécution était tout. Le travail de Volta, de Lavoisier et de Laplace, ne rentre ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux catégories. Je l’admettrai, fi l’on veut, un homme de génie pouvait seul imaginer que l’électricité concourt à la génération des vapeurs; mais pour faire sortir cette idée du domaine des hypothèses, il fallait créer des moyens particuliers d’observation, et inrinc de nouveaux instruments. Ceux dont Lavoisier et Laplace se servirent étaient dus à Volta. On les construisit a Paris sous ses yeux; il assista aux premiers essai- Des preuves aussi multipliées, d’une coopération directe, \037

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210 ALEXANDRE VOLTA. \037il 1 1 -1- ’j- \037rattachent incontestablement le nom dc Volta à toute théorie de l’électricité des vapeurs; qui oserait, cependant, en l’absence d’une déclaration contraire et positive de ce grand physicien, affirmer que l’expérience ne fut pas entreprise à la suggestion des savants français? Dans le doute, ne sera-t-il point naturel, en deçà comme au delà des Alpes, de ne plus séparer, en parlant de ces phénomènes, les noms de Volta, de Lavoisier, de Laplace; de cesser d’y voir, ici une question de nationalité mal entendue, là un sujet d’accusations virulentes qu’on pourrait à peine excuser si aucun nuage n’obscurcissait la vérité? Ces réflexions mettront fin, je l’espère, à un fâcheux débat que des passions haineuses s’attachaient à perpétuer elles montreront, en tout cas, par un nouvel exemple, combien la propriété des œuvres de l’esprit est un sujet délicat. Lorsque trois des plus beaux génies du xvjn’ siècle, déjà parvenus au faîte de la gloire, n’ont pas pu s’accorder sur la part d’invention qui revenait à chacun d’eux dans une expérience faite en commun, devra-t-on s’étonner de voir naître de tels conflits entre des débutants? \037.Malgré l’étendue de cette digression je ne dois pas abandonner l’expérience qui l’a amenée sans avoir signalé toute son importance, sans avoir montré qu’elle est la base d’une branche très-curieuse de la météorologie. Deux mots, au reste, me suffiront. \037Lorsque le vase métallique isolé dans lequel l’eau s’évapore devient électrique1, c’est, dit Yolta, que pour 1. On sait aujourd’hui que l’exprrlonce ne n’-ussit pas (|iiainlon opère sur de l’eau distillée Cette circonstance, certainement fort \037

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ALEXANDRK VOLTA. îM \037passer de l’état liquide à l’état aéritbrinc cette eau emprunte aux corps qu’elle touche, non-seulement de la clialeur, mais aussi de l’électricité. Le fluide électrique est donc une partie intégrante des grandes masses de qui se forment journellement aux dépens des eaux de la mer, des lacs et des rivières. Ces vapeurs, en s’élevant, trouvent dans les hautes régions de l’atmosphère un froid qui les condense. Leur fluide électrique constituant s’y dégage, il s’y accumule, et la faible conductibilité de l’air empêche qu’il ne soit rendu à la terre, d’où il tire son origine, si ce n’est par la pluie, la neige, la grêle ou de violentes décharges. \037Ainsi, d’après cette théorie, le fluide électrique qui, dans un jour d’orage, promène instantanément ses éblouissantes clartés de l’orient au couchant, et du nord au midi; qui donne lieu à des explosions si retentissantes; qui, en se précipitant sur la terre, porte toujours avec lui la destruction, l’incendie et la mort, serait le produit de l’évaporation journalière de l’eau, la suite inévitable d’un phénomène qui se développe par des nuances tellement insensibles, que nos sens ne sauraient en saisir les progrès! Quand on compare les effets aux causes, la nature, il faut l’avouer, présente de singuliers contrastes! ( \037curieuse quant à la théorie de l’évaporation, n’atténue en rien l’importance météorologique du travail de Lavoisier, do Volta et de Lajilace, puisque l’eau des mers, des lacs et des rivières, n’est jamais parfaite nent pure. \037

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212 L ALliXAXDRK VOI.TA. \037I’ILE VOLTAÏQIE. \037J’arrive maintenant à l’une de ces rares époques dans lesquelles un fait capital et inattendu, fruit ordinaire de quelque heureux hasard, est fécondé par le génie, et devient la source d’une révolution scientifique. Le tableau détaillé des grands résultats qui ont été amenés par de très-petites causes ne serait pas moins piquant, peut-être, dans l’histoire des sciences que dans celle des nations. 8i quelque érudit entreprend jamais de le tracer, la branche de la physique actuellement connue sous le nom de galvanisme y occupera une des premières places. On peut prouver, en effet, que l’immortelle découverte de la pile se rattache, de la manière la plus directe, à un léger rhume dont une dame bolonaise fut attaquée en 1790, et au bouillon aux grenouilles que le médecin prescrivit comme remède. \037Quelques-uns dc ces animaux, déjà dépouillés par ta cuisinière de madame Galvani gisaient sur une table, lorsque, par hasard, on déchargea au loin une machine électrique. Les muscles, quoiqu’ils n’eussent pas été frappés par l’étincelle éprouvèrent, au moment de sa sortie, de vives contractions. L’expérience renouvelée réussit également bien avec toute espèce d’animaux, avec l’électricité artificielle ou naturelle, positive ou négative. Ce p’iénomène était très-simple. S’il se fùt offert à quelque physicien habile, familiarisé avec les propriétés du fluide électrique, il eût à peine excité son attention. L’extrême sensibilité de la grenouille, considérée comme é!ec- \037

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ALEXANDRE VOLT A. 213 \037troscope, aurait été l’objet de remarques plus ou moins étendues; mais, sans aucun doute, en se serait arrêté la. Heureusement, et par une bien rare exception, le défaut de lumières devint profitable. Galvani, très-savant annlomiste, était peu au fait de l’électricité. Les mouvements musculaires qu’il avait observés lui paraissant inexplicables, se crut transporté dans un nouveau monde. JI s’attacha donc à varier ses expériences de mille manières. C’est ainsi qu’il découvrit un fait vraiment étrange, ce fait, que les membres d’une grenouille décapitée mémo depuis fort longtemps éprouvent des contractions tresinlenses, sans l’intervention d’aucune électricité étrangère, quand on interpose une lame métallique, ou, mieux encore, deux lames de métaux dissemblables entre un muscle et un nerf. L’étonnement du professeur de Bologne fut alors parfaitement légitime, et l’Europe entière s’y associa. \037Une expérience dans laquelle des jambes, des cuisses, des troncs d’animaux dépecés depuis plusieurs heures, éprouvent les plus fortes convulsions, s’élancent au loin, paraissent enfin revenir à la vie, ne pouvait pas rester longtemps isolée. En l’analysant dans tous ses détails, Galvani crut y trouver les effets d’une bouteille de Leyde. Suivant lui, les animaux étaient comme des réservoirs de iluide électrique. L’électricité positive avait son siège dans les nerfs, l’électricité négative dans les muscles. Quant à la lame métallique interposée entre ces organes, c’était simplement le conducteur par lequel s’opérait la décharge. \037Os vues séduisirent le public les physiologistes s’en \037

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2U ALEXANDRE VOLTA. \037emparèrent l’électricité détrôna le fluide nerveux, qui alors occupait tant de place dans l’explication des phénomènes de la vie, quoique, par une étrange distraction, personne n’eût cherché à prouver son existence. On se flatta, en un mot, d’avoir saisi l’agent physique qui porte au semorvim les impressions extérieures; qui place chez les animaux la plupart des organes aux ordres de leur intelligence; qui engendre les mouvements des bras, des jambes, de la tête, dès que la volonté a prononcé. Hélas! 1 ces illusions ne furent pas de longue durée; tout ce beau roman disparut devant les expériences sévères de Volta. Cet ingénieux physicien engendra d’abord des convulsions non plus, comme Galvani, en interposant deux métaux dissemblables entre un muscle et un nerf, mais en leur faisant toucher seulement un muscle. \037Dès ce moment, la bouteille de Leyde se trouvait hors de cause; elle ne fournissait plus aucun terme de comparaison possible. L’électricité négative des muscles, l’électricité positive des nerfs, étaient de pures hypothèses sans base solide; les phénomènes ne se rattachaient plus à rien de connu; ils venaient, en un mot, de se couvrir d’un voile épais. \037Volta, toutefois, ne se découragea point. Il prétendit que, dans sa propre expérience, l’électricité était le principe des convulsions; que le muscle y jouait un rôle tout à fait passif, et qu’il fallait le considérer simplement comme un conducteur par lequel s’opérait la décharge. Quant au fluide électrique, Volta eut la hardiesse de supposer qu’il était le produit inévitable de l’attouchement des deux métaux entre lesquels le muscle se trouvait compris je \037

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ALEXANDRE VOLTA. Î15 \037dis des deux métaux, et non pas des deux lames, car, suivant Volta, sans une différence dans la nature des deux corps en contact, aucun développement électrique ne saurait avoir lieu. \037Les physiciens de tous les pays de l’Europe, et Volta lui-môme, adoptèrent, à l’origine du galvanisme, les vues de l’inventeur. Ils s’accordèrent à regarder les convulsions spasmodiques des animaux morts comme l’une des plus grandes découvertes des temps modernes. Pour peu qu’on connaisse le coeur humain, on a déjà deviné qu’une théorie destinée à rattacher ces curieux phénomènes aux lois ordinaires de l’électricité, ne pouvait être admise par (ialvani et par ses disciples qu’avec une extrême répugnance. En cffet, l’école bolonaise en corps défendit pied à pied l’immense terrain que la prétendue électricité animale avait d’abord envahi sans obstacle. \037Parmi les faits nombreux que cette célèbre éco!e apposa au physicien de Come, il en est un qui, par sa singularité", tint un moment les esprits en suspens. Je veux parler des convulsions que Galvani lui-même engendra en touchant les muscles de la grenouille avec deux lames, non pas dissemblables, comme Volta le croyait nécessaire, mais tirées toutes deux d’une seule et même plaque métallique. Cet effet, quoiqu’il ne fut pas constant, présentait en apparence une objection insurmontable contre la nouvelle tliéorie. \037Volta répondit que les lames employées par ses adversaires pouvaient être identiques quant au nom qu’elles portaient, quant à leur nature chimique, et différer cependant entre elles par d’autres circonstances, de manière à \037

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216 ALEXANDRE VOLTA. \037jouir de propriétés entièrement distinctes. Dans ses mains, en effet, des couples inactifs, composés de deux portions contiguës d’une même lame métallique, acquirent une certaine puissance dès qu’il eut changé la température, le degré de recuit ou le poli d’un seul des éléments. Ainsi, ce débat n’ébranla point la théorie du célèbre professeur. Il prouva seulement que le mot dissemblable, appliqué à deux éléments métalliques superposés, avait été compris, quant aux phénomènes électriques, dans un sens beaucoup trop restreint. \037Volta eut à soutenir un dernier et rude assaut. Cette fois, ses amis eux-mêmes le crurent vaincu sans retour. J,e docteur Valli, son antagoniste, avait engendré des convulsions par le simple attouchement de deux parties de la grenouille, sans aucune intervention de ces armures métalliques qui, dans toutes les expériences analogues, avaient été, suivant notre confrère, le principe générateur de l’électricité. \037Les lettres de Volta laissent deviner, dans plus d’un passage, combien il fut blessé du ton d’assurance avec lequel (je rapporte ses propres expressions) les galvajiistes, vieux et jeunes, se vantaient de l’avoir réduit au silence. Ce silence, en tout cas, ne fut pas de longue durée, Un examen attentif des expériences de Valli prouva bientôt à Volta qu’il fallait, pour leur réussite, cette double condition hétérogénéité aussi grande que possible entre les organes de l’animal amenés au contact; interposition entre ces mêmes organes d’une troisième substance. Le principe fondamental de la théorie voltaïque, loin d’être «’•branlé, acquérait ainsi une plus \037

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ALEXANDRE VOLTA. ?17 \037grande généralité. Les métaux ne formaient plus une classe à part. L’analogie conduisait à admettre que deux substances dissemblables, quelle qu’en fût la nature, donnaient lieu, par leur simple attouchement, à un développement d’électricité. \037A partir de cette époque, les attaques des galvanistes n’eurent rien de sérieux. Leurs expériences ne se restreignirent plus aux très-petits animaux. Ils engendrèrent dans les naseaux, dans la langue, dans les yeux d’un bœuf tué depuis longtemps, d’étranges mouvements nerveux, fortifiant ainsi plus ou moins les espérances de ceux auxquels le galvanisme était apparu comme un moyen de ressusciter les morts. Quant à la théorie, ils n’apportaient aucune nouvelle lumière. En empruntant des arguments, non à la nature, mais à la grandeur des ell’ets, les adeptes de l’école bolonaise ressemblaient fort à ce physicien qui, pour prouver que l’atmosphère n’est pas la cause de l’ascension du mercure dans le baromètre, imagina de substituer un large cylindre au tube étroit de cet instrument, et présenta ensuite comme une difficulté formidable, le nombre exact de quintaux de liquide soulevés. \037Volta avait frappé à mort l’électricité animale. Ses conceptions s’étaient constamment adaptées aux expérience?, mal comprises, à l’aide desquelles on espérait les saper. Cependant elles n’avaient pas, disons plus, elles ne pouvaient pas avoir encore l’entier assentiment des physiciens sans prévention. Le contact de deux métaux, de deux substances dissemblables, donnait naissance à un certain agent qui, comme l’électricité, produisait dos \037

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218 ALEXANDRE VOLTA. \037mouvements spasmodiques. Sur ce fait, point de doute; mais l’agent en question était-il véritablement électrique? Les preuves qu’on en donnait pouvaient-elles suffire? Lorsqu’on dépose sur la langue, dans un certain ordre, doux métaux dissemblables, on éprouve au moment de leur contact une saveur acide. Si l’on change ces métaux respectivement de place, la saveur devient alcaline. Or, en appliquant simplement la langue au conducteur d’une machine électrique ordinaire, on sent aussi un goût acide ou alcalin, suivant que le conducteur est électrisé en plus ou en moins. Dans ce cas-ci, le phénomène est incontestablement dû à l’électricité. N’est-il pas naturel, disait Volta, de déduire l’identité des causes de la ressemblance des eflets; d’assimiler la première expérience à la seconde de ne voir entre elles qu’une seule différence, savoir, le mode de production du fluide qui va exciter l’organe du goût? \037Personne ne contestait l’importance de ce rapproche. ment. Le génie pénétrant de Volta pouvait y apercevoir les bases d’une entière conviction le commun des physiciens devait demander des preuves plus explicites. Ces preuves, ces démonstrations incontestables devant lesquelles toute opposition s’évanouit, Volta les trouva dans une expérience capitale que je puis expliquer en peu de lignes. \037On applique exactement face à face, et sans intermédiaire, deux disques polis de cuivre et de zinc attachés à des manches isolants. A l’aide de ces mêmes manches, on sépare ensuite les disques d’une manière brusque; finalemei t on les présente, l’un après l’autre, au condensa- \037

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ALEXANDRE VOLTA. 219 \037leur ordinaire armé d’un électromètre ch bien 1 les pailles divergent à l’instant. Les moyens connus montrent d’ailleurs que les deux métaux sont dans des états électriques contraires; que le zinc est positif et le cuivre négatif. En renouvelant plusieurs fois le contact des deux disques, leur séparation et l’attouchement de l’un d’eux avec le condensateur, Volta arriva, comme avec une machine ordinaire, à produire de vives étincelles. Après ces expériences, tout était dit quant à la théorie des phénomènes galvaniques. La production de l’électricité par le simple contact de métaux dissemblables, venait de prendre place parmi les faits les plus importants et les mieux établis des sciences physiques. Si alors on pouvait encore émettre un vœu, c’était qu’on découvrit des moyens faciles d’augmenter ce genre d’électricité. De tels moyens sont aujourd’hui dans les mains de tous les expérimentateurs, et c’est au génie de Volta qu’on en est aussi redevable. \037Au commencement de l’année i800 (la date d’une aussi grande découverte ne peut être passée sous silence), à la suite de’quclques vues théoriques, l’illustre professeur imagina de former une longue colonne, en superposant successivement une rondelle de cuivre, une rondellc de zinc et une rondelle de drap mouillé avec la scrupuleuse attention de ne jamais intervertir cet ordre. Qu’attendre à priori d’une telle combinaison? Eh bien 1 je n’hésite pas à le dire, cette masse en apparence inerte, cet assemblage bizarre, cette pile de tant de couples de métaux dissemblables séparés par un peu de liquide, est, quant à la singularité, des effets, le plus \037

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220 ALEXANDRE VOLTA. \037merveilleux instrument que les hommes aient jamais inventé, sans en excepter le télescope et la machine à vapeur. \037J’échapperai ici, j’en ai la certitude, à tout reproche d’exagération, si, dans rénumération que je vais faire des propriétés de l’appareil de Volta, on me permet de citer à la fois et les propriétés que ce savant avait reconnues, et cellcs dont la découverte est due à ses successeurs. A la suite du peu de mots que j’ai dits sur la composition de la pile, tout le monde aura remarqué que ses deux extrémités sont nécessairement dissemblables; que s’il y a du zinc à la base, il se trouvera du cuivre au sommet, et réciproquement. Ces deux extrémités ont pris le nom de pâles. \037Supposons maintenant que deux fils métalliques soient attachés aux pôles opposés, cuivre et zinc, d’une pile voltaïque. L’appareil, dans cette forme, se prêtera aux diverses expériences que je désire signaler. \037Celui qui tient l’un des fils seulement n’éprouve rien, tandis qu’au moment même oit il les touche tous deux, il ressent une violente commotion. C’est, comme on voit, le phénomène de la fameuse bouteille de Leyde, qui en 1740, excita à un si haut degré t’admiration de l’Europe. Mais la bouteille servait seulement une fois. Après chaque commotion, il fallait la recharger pour répéter l’expérience. La pile, au contraire, fournit à mille commotions successives. On peut donc, quant à ce genre d’effets, la comparer à la bouteille de Leyde, sous la condition d’ajouter qu’après chaque décharge elle reprend subitement d’elle-même son premier état. \037

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ALEXANDRE VOLTA. ii\ \037Si le fil qui part du pôle zinc est appuyé sur le bout de la tangue, et le fil du pôle cuivre sur un autre point, on sent une saveur acide très-prononcée. Pour que cette saveur varie de nature, pour qu’elle devienne alcaline, il suffit de changer de place les deux fils. \037Le sens de la vue n’échappe pas à l’action de cet instrument protée. Ici le phénomène paraîtra d’autant plus intéressant que la sensation lumineuse est excitée sans qu’il soit nécessaire de toucher l’œil. Qu’on applique le bout de l’un des fils sur le front, sur les joues, sur le nez, sur le menton et même sur la gorge; à l’instant même où l’observateur saisit l’autre fil avec la main, il aperçoit, les yeux fermés, un éclair dont la vivacité et la forme varient suivant la partie de la face que le fluide électrique vient attaquer. \037Des combinaisons analogues engendrent dans l’oreille dos sons ou plutôt des bruits particuliers. \037Ce n’est pas seulement sur les organes sains que la pil<% agit elle excite, elle paraît ranimer ceux dans lesquels la vie semble tout à fait éteinte. Ici, sous l’action combinée des deux fils, les muscles d’une tête de supplicié éprouvaient de si effroyables contractions, que tes .spectateurs fuyaient épouvantés. Là le tronc de la victime se soulevait en partie; ses mains s’agitaient, elles frappaient les objets voisins, elles soulevaient des poids de quelques livres. Les muscles pectoraux imitaient les mouvements respiratoires; tous les actes de la vie enfin se reproduisaient avec tant d’exactitude, qu’il fallait se demander si l’expérimentateur ne commettait pas un acte coupable s’il n’ajoutait pas de cruelles souffrances a \037

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tti ALEXANDRE VOLTA. \037celles que la loi avait infligées au criminel qu’elle venait de frapper. \037Les insectes, eux mêmes soumis à ces épreuves, donnent d’intéressants résultats. Les fils de la pile, par exemple, accroissent beaucoup la lumière des vers luisants ils restituent le mouvement à une cigale morte ils la font chanter \037Si laissant de côté les propriétés physiologiques de la pile, nous l’envisageons comme machine électrique, nous nous trouverons transportés dans cette région de la science que Nicholson et Carlisle, Ilisinger et Berzelius, Davy, Œrsted et Ampère, ont cultivée d’une manière si brillante. \037D’abord, chacun des fils, considéré isolément, se montrera à la température ordinaire, à celle de l’air qui t’entoure. Au moment où ces fils se toucheront, ils acquerront une forte chaleur; suffisamment fins, ils deviendront incandescents; plus fins encore, ils se fondront tout à \037i. En imprimant un extrait de ÎY-Ioge de Volta dans l’Annuaire du iîurcau des longitudes de 183/i, sous le titre Notice historique sur la pile voltalque, M. Arago a ajouté « Les effets merveilleux de la pi e acquièrent chaque jour plus d’extension. Quant à ses propriétés médicales, quant à la faculté qu’elle possède, dit-on, de guérir, par ses décharges, certaines maladies d’estomac et les paralysies, j’ai dii, faute de renseignements suffisamment précis, no pas céder à Finvitation qu’on m’a faite de m’en occuper. Je dirai, toutsfols, que M. Marianini, de Venise, l’un des physiciens les plus distingués do notre époque, a obtenu récemment, dans huit cas de paralysie Intense, des résultats si complétement favorables, à l’aide de l’action habilement dirigée des électro-moteurs, qu’il y aurair, de la part des médecins, la négligence la plus coupable a ne |>as porter leur attention sur ce moyen do soulager l’humanité .souffrante. » \037

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ALEXANDRE VOLTA. îii \037fait, ils couleront comme un liquide, fussent-ils de platinc, c’est-à-dire du plus infusible des métaux connus. Ajoutons que, avec une pile très-forte, deux minces fils d’or ou de platine éprouvent au moment de leur contact une vaporisation complète, qu’ils disparaissent comme une vapeur légère. \037Des charbons adaptés aux deux extrémités de ces mêmes fils s’allument aussi dès qu’on les amène à se toucher. La lumière qu’ils répandent à la ronde est si pure, si éblouissante, si remarquable par sa blancheur, qu’on n’a pas dépassé les limites du vrai en l’appelant de la lumière solaire. \037Qui sait même si l’analogie ne doit pas être poussée plus loin si cette expérience ne résout pas un des plus grands problèmes de la philosophie naturelle; si elle ne donne pas le secret de ce genre particulier de combustion que le soleil éprouve depuis tant de siècles, sans aucune perte sensible ni de matière, ni d’éclat? Les charhons attachés aux deux fils de la pile deviennent, en cll’ct, incandescents, même dans le vide le plus parfait. Rien alors ne s’incorpore à leur substance, rien ne paraît en sortir. A la fin d’une expérience de ce genre, quelque durée qu’on lui ait donnée, les charbons se retrouvent, quant a leur nature intime et à leur poids, dans l’étut primitif. \037Tout le monde sait que le platine, l’or, le cuivre, etc. 1 n’agissent pas d’une manière sensible sur l’aiguille aimant<V. Des fils de ces divers métaux attachés aux deux pôles do la pile sont dans le même cas si on les prend isoléiiK’iit. Au contraire, dès le moment qu’ils se touchent, \037

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iîi ALEXANDRE VOLTA. \037une action magnétique très-intense se développe. Il y a plus, pendant toute la durée de leur contact, ces fils sont eux-mêmes de véritables aimants, car ils se chargent de limaille de fer, car ils communiquent une aimantation permanente aux lames d’acier qu’on place dans leur voisinage. \037Lorsque la pile est très-forte et que les fils au lieu de se toucher sont à quelque distance, une vive lumière unit leurs extrémités. Eh bien cette lumière est magnétique un aimant peut l’attirer ou la repousser. Si aujourd’hui, sans y être préparés, je veux dire avec les scules connaissances de leur temps, Franklin et Coulomb m’entendaient parler d’une flamme attirable à l’aimant, un vif sentiment d’incrédulité serait certainement tout ce que je pourrais espérer de plus favorable. \037Les mêmes fils, légèrement éloignés, plongeons-les tous les deux dans un liquide, dans de l’eau pure, par exemple. Dès ce moment l’eau sera décomposée les deux éléments gazeux qui la forment se désuniront; l’oxygène se dégagera sur la pointe même du fil aboutissant au pôle zinc; l’hydrogène, assez loin de là, à la pointe du fil partant du pôle cuivre. En s’élevant, les bulles ne quittent pas les fils sur lesquels leur développement s’opère; les deux gaz constituants pourront donc être recueillis dans deux vases séparés. \037Substituons à l’eau pure un liquide tenant en dissolution des matières salines, et ce seront alors ces matières que la pile analysera. Les acides se porteront vers le pôle zinc les alcalis iront incruster le fil du pôle cuivre. Ce moyen d’analyse est le plus puissant que l’on \037

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ALEXANDRE VOLTA. «5 1 \0371.- 1. 15 \037connaisse. Il a récemment enrichi la science d’une multitude d’importants résultats. C’est à la pile, par exemple, qu’on est redevable de la première décomposition d’un grand nombre d’alcalis et do terres qui jusqu’alors étaient considérés comme des substances simples c’est par la pile que tous ces corps sont devenus des oxydes; que la chimie possède aujourd’hui des métaux, tels que le potassium, qui se pétrissent sous les doigts comme de la cire; qui flottent à la surface de l’eau, car ils sont plus légers qu’elle; qui s’y allument spontanément en répandant la plus vive lumière. \037Ce serait ici le lieu de faire ressortir tout ce qu’il y a de mystérieux, je dirais presque d’incompréhensible, dans les décompositions opérées par l’appareil voltaïquc d’insister sur les dégagements séparés, complètement distincts, des deux éléments gazeux désunis d’un liquide; sir les précipitations des principes constituants solides d’uue même molécule saline, qui s’opèrent dans des points du fluide dissolvant fort distants l’un de l’autre; sur les étranges mouvements de transport que ces divers phénomènes paraissent impliquer; mais le temps me manque. Toutefois, avant de terminer ce tableau, je rcmarquerai que la pile n’agit pas seulement comme moyen d’analyse (pie si en changeant beaucoup les rapports électriques des éléments des corps, elle amène sotiu’iii leur séparation complète, sa force, délicatement ménagée, est devenue, au contraire, dans les mains d’un de nos confrères, le principe régénérateur d’un grand nombre de combinaisons dont la nature est prodigue, et que l’art jusqu’ici ne savait pas imiter. \037

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ÎÎO ALEXANDRE VOLTA. \037J’ajouterai encore (quelques mots pour indiquer diverses modifications que la pile a subies depuis qu’elle est sortie des mains de son illustre inventeur. \037La pile, dans ce qui la caractérise, se compose d’un grand nombre de couples ou combinaisons binaires de métaux dissemblables. Ces métaux sont ordinairement b cui\rc et le zinc. Les éléments, cuivre et zinc, de chaque couple, peuvent être soudés entre eux. \037Les couples se suivent dans le même ordre. Ainsi,, quand le zinc est en dessous dans le premier, il faut, indispcnsablcment qu’il soit aussi cn dessous dans tous les autres. Les couples, enfin, doivent être séparés par un liquide conducteur de l’électricité. Or, qui ne voit combien il est facile de satisfaire à ces conditions, sans superposer les éléments, sans les mettre en pile? Cette première disposition, qui, par parenthèse, est l’origine du nom que porte l’instrument, a été changée. Les couples, aujourd’hui, sont verticaux et se succèdent de manière a former, par leur ensemble, un parallélipipedo horizontal. Chacun d’eux plonge dans une case renfermant un liquide qui remplace lui-même avec avantage les rondelles de carton ou de drap, seulement mouillées, qui étaient employées à l’origine. \037Quelques physiciens ont exécuté, sous la dénomination de piles shltes, des appareils qui, comparativement, peuvent être appelés de ce nom, sans toutefois le mériter d’une manière absolue. Les plus connues, celles du professeur Zamboni, se composent de plusieurs milliers de disques d’un papier, dont une surface est clamée, taudis que l’autre se trouve recouverte d’une couche mince \037

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ALKXANDUK VOLTA. W \037d’oxyde de manganèse pulvérisé, qui est devenue adhérente par l’intermédiaire d’une colle formée de farine et do lait. Les disques, comme de raison, étant superposés dans le même ordre, leurs faces dissemblables, je veux dire les faces étain et manganèse de deux disques contigus, sont en contact. Voilà donc les deux éléments métalliques, de nature différente, qui composaient ce que nous appelions les couples dans la description de la première pile de Volta. Quant au liquide conducteur intermédiaire, ceux qui refusent aux piles de Zamboni le nom de piles skhes, le trouvent dans l’humidité que conserve toujours, en vertu de sa propriété hygrométrique, le papier interposé entre chaque lame d’élain et la couche de manganèse eu poudre. \037Les étonnants effets que les physiciens obtiennent avec les piles voltaïques dépendent, sans doute, en partie, des améliorations notables qu’ils ont apportées dans la construction de ces appareils; niais il faut en chercher la principale cause dans les énormes dimensions qu’ils sont parvenus à leur donner. Les couples métalliques, dans les premières piles de Yolta, n’étaient guère plus largos qu’une pièce de cinq francs. Dans la pile de M. Children, chacun des éléments avait une surface de trente-deux pieds anglais carrés 1 \037Volts, ainsi qu’on a pu le reconnaître dans l’analyse ((no j’ai donnée de ses idées, voyait la cause du développement d’électricité, dans le simple attouchement des deux métaux de nature différente (lui composent chaque couple. Quant au liquide interposé entre eux, il remplissait seulement l’oflicc de conducteur. Cette théorie, q:ii \037

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228 ALliXANDRK VOLTA. \037porte le nom de théorie du contact fut attaquée, de bonne heure par un des compatriotes de Volta, par l’obrcni. Celui-ci crut entrevoir que l’oxydation des faies métalliques des couples, opérée par le liquide qui les touche, était la cause principale des phénomènes de la pile. NVollaston, quelque temps après, développa cette même opinion avec sa sagacité ordinaire. Davy l’appuya, a son tour, d’ingénieuses expériences. Aujourd’hui, enfin, cette théorie chimique de la pile règne presque sans purtage parmi les physiciens. \037Je disais, Messieurs, tout à l’heure avec quelque timidité, (juc la pile est le plus merveilleux instrument qu’ait jamais créé l’intelligence humaine. Si dans l’énumération que vous venez d’entendre de ses diverses propriétés, ma voix n’avait pas été impuissante, je pourrais maintenant revenir sans scrupule sur mon assertion, et la regarder comir.c parfaitement établie. \037Suivant quelques biographes, la tête de Volta épuisée par de longs travaux, et surtout par la création de la pile, pc refusa à toute nouvelle production. D’autres ont v u clans un silence obstiné de près de trente années, reflet d’une crainte puérile, à laquelle l’illustre physicien n’aurait |>as eu le courage de se soustraire, Il redoutait, diton, qu’en comparant ses nouvelles recherches à celles de l’électricité, par contact, le public ne se h;\t;U d’en conclure que son intelligence s’était affaiblie. Ces deux ca plications sont sans doute très-ingénieuses, mais elles ont le grand défaut d’être parfaitement inutiles la pile, en effet, c.-t de 1800; or deux ingénieux Mémoires, l’un sur le Phénomène de la yrcle, l’autre sur la Périodicité des \037

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ALE\~1NDRE ~’OLTA, 339 -.1 m 7it-tt’<- \037orales cl le froid qui 1rs accompagne n’ont été publiés que six et dix-sept années après! 1 \037VIE DE VOLTA. FONCTIONS QU’IL A REMPLIES. SON CARACTÈRE. – SA MORT. \037Messieurs, je viens de dérouler devant vous le tableau de In brillante carrière <juc Volta a parcourue. J’ai essayé de caractériser les grandes découvertes dont ce puissent génie a doté les sciences physiques. Il ne me reste plus, pour me conformer à l’usage, qu’à raconter brièvement les principales circonstances de sa vie publique et privée. Les pénibles fonctions dont Volta se trouva chargé. |ircsqi;eau sortir de l’enfance, le retinrent dans sa ville nulale jusqu’en 1777. Cette année, pour la première fois, il s’éloigna des rives pittoresques du lac de Corne, et parcourut la Suisse. Son absence dura peu de semaines; die ne fut d’ailleurs marquée par aucune recherche importante. A Berne, Volta visita l’illustre Haller, qu’un usage immodéré de l’opium allait conduire au tombeau. De la :l se rendit a I’erncy, où tous les genres de mérite étaient assurés d’un bienveillant accueil. Notre immortel compatriote, dans le long entrelien qu’il accorda au jeune professeur, parcourut les branches si nombreuses, si riches, si variées de la littérature italienne; il passa en revue les savants, les poètes, les sculpteurs. les peint ivs dont cette littérature s’honore, avec une supériorité de vues, une délicatesse dégoût, une sûreté <Je jugement qui laissèrent dans l’esprit de Volta des traces iuHl’acablrs. \037

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230 ALEXANDRE VOLTA. \0371. 1. y \037A (ïcnfcvc, Yolta se lia d’une étroite amitié avec le célèbre historien des Alpes, l’un des hommes les plus capables d’apprécier ses découvertes. \037C’était un grand siècle, Messieurs, que celui oîi un voyageur, dans la môme journée, sans perdre lo Jura de vue, pouvait rendre hommage a Saussure, à Haller, à Jean-Jacques, à Voltaire. \037Yolta rentra en Italie par Aigue-Belle, apportant a ses concitoyens le précieux tubercule dont la culture, convenablement encouragée, rendra toute véritable famine impossible. Dans la Lombordie, où d’épouvantables orages détruisent en quelques minutes les céréales répandues pur de vastes étendues de pays, une matière alimentaire qui se développe, croît et mûrit au sein de la terre, à l’abri des atteintes de la grêle, était pour la population tout entière un présent inappréciable. \037Volta avait écrit lui-môme une relation détaillée de sa course en Suisse, mais elle était restée dans les archives lombardes. On doit sa publication récente à un us;gc qui, suivant toute apparence, ne sera pas adopté de si tôt dans certain pays où, sans être lapidé, un écrivain a pu appeler le mariage la plus sérieuse des choses bouffonnes. V.n Italie, où cet acte de notre vie est sans doute envisagé avec plus de gravité, chacun, dans sa sphère, cherche à le signaler par quelque hommage à ses concitoyens. Ce sont les noces de M. Antoine Reina, de Milan, qui, on 18k27, ont fait sortir l’opuscule de Volta des cartons officiels de l’autorité, véritables catacombes où, dans tous 1rs pays, une multitude de trésors vont s’ensevelir sans retour. \037

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AI.EXAXDRE VOLTA. 231 \037Los institutions humaines sont si étranges, que le sort, t le bien-être, tout l’avenir d’un des plus grands génies dont l’Italie puisse se glorifier, étaient à la merci de l’administrateur général de la Lombardie. En choisissant ce fonctionnaire, l’autorité, quand elle était difficile, exigeait, je le suppose, que certaines notions de finances se joignissent au nombre de quartiers de noblesse impérieusement prescrits par l’étiquette; et voilà cependant l’homme qui devait décider, décider sans appel, Messieurs, si Yolta méritait d’être transporté sur un plus vaste théAtre, ou bien si, relégué dans la petite école de. Comc, il serait toute sa vie privé des dispendieux appareils qui, certes, ne suppléent pas le génie, mais lui donnent une grande puissance. Le hasard, hâtons-nous de lo reconnaître, corrigea à l’égard de Volta ce qu’une telle dépendance avait d’insensé. L’administrateur, comte de Finnian, était un ami des lettres. L’école de Pavie devint l’objet do ses soins assidus. Il y établit une chaire de physique, et, en 1779, Volta fut appelé à la remplir. Là, pendant de longues années, une multitude déjeunes gens de tous les pays se pressèrent aux leçons de l’illustre professeur; là ils apprenaient, je ne dirai pas les détails de la science, car presque tous les livres les donnent, mais l’histoire philosophique des principales découvertes; mais de subtiles corrélations qui échappent aux intelligences vulgaires; mais une chose que très-peu de personnes ont le privilège dc divulguer la marche des inventeurs. \037Le largage de Volta était lucide, sans apprêt, inanimé quelquefois, mais toujours empreint de modestie et d’ur- \037

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2)2 ALEXANDRE VOLTA. \037banité, Ces qualités, quand elles s’allient à un mérite du premier ordre, séduisent partout la jeunesse. En Italie, où les imaginations s’exaltent si aisément, elles avaient produit un véritable enthousiasme. Le désir de se parer dans le monde du titre de disciple de Volta contribua pour une large part, pendant plus d’un tiers de Mècle, aux grands succès de l’université du Tésin. \037Le proverbial far mente des Italiens est strictement vrai quant aux exercices du corps. Ils voyagent peu et dans des familles très-opulentes, on trouve tel Romain que les majestueuses éruptions du Vésuve n’ont jamais arraché aux frais ombrages de sa villa; des Florcntins instruits auxquels Saint-Pierre et le Colisée ne sont connus que par des gravures; des Milanais qui toute leur vie croiront sur parole qu’a quelques lieues de distance, il existe une immense ville et des centaines de magnifiques palais bâtis au milieu des flots. Volta ne s’éloigna luimême des rives natales du Lario, que dans des vues scientifiques. Je ne pense pas qu’en Italie ses excursions se soient étendues jusqu’à Naples et à Rome. Si en 1780 nous le voyons franchir les Apennins pour se rendre de Bologne à Florence c’est qu’il a l’espoir de trouver sjv la route, dans les feux de pklra-mala l’occasion de soumettre à une épreuve décisive les idées qu’il a conçues sur l’origine du gaz inflammable natif. Sien 1782, accompagné du célèbre Scarpa, il visite les capitales de l’Allemagne, de la Hollande, de l’Angleterre, de la France, c’est pour faire connaissance avec Lichtcnberg VanMarum, l’n’esflcy, Laplace, Lavoisier; c’est pour enrichir le cabinet de Pavic de certains iiisliumonts de \037

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AI.KXANDRE VOLTA. Î33 t I~â-t’~ a_ a. \037recherches et de démonstration dont les descriptions et les figures les mieux exécutées ne peuvent donner qu’une idée imparfaite. \037D’après l’invitation du général Bonaparte, conquérant de. l’Italie, Voila revint à Paris en 1801. Il y répéta ses expériences sur l’électricité par contact, devant une commission nombreuse de l’Institut. Le premier consul voulut assister en personne à la séance dans laquelle ’es commissaires rendirent un compte détaillé de ces grands phénomènes. Leurs conclusions étaient h peine lues qu’il proposa de décerner à Volta une médaille en or destinée à consacrer la reconnaissance des savants français. Les usages, disons plus, les règlements académiques ne permettaient guère de donner suite à celte demande; mois les règlements sont faits pour des circonstances ordinaires, et le professeur de Pavie venait de se placer hors de ligne. On vota donc la médaille par acclamation; et comme Bonaparte ne faisait rien à demi, le savant vojageur reçut le même jour, sur les fonds de l’ filât, une somme de 2,000 écus pour ses frais de route. La fondation d’un prix de 00,000 francs en faveur de celui qui imprimerait aux sciences de l’électricité ou du magnétisme une impulsion comparable à celle que la première de ces sciences reçut des mains de Franklin et de Volta, n’est pas un signe moins caractéristique de l’enthousiasme que le grand capitaine avait éprouvé. Cette impression fut durable. Le professeur de l’avie était devenu pour Napoléon le type du génie. Aussi le vit-on, coup sur coup, décore" des croix de la Légion d’Honneur et de la Couronne de Fer; nommé membre de ta consulte italienne; \037

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33t ALEXANDRE YOt.TA. \037Il 1 t t ~1_·a( -1 ).11. ’-1- -.z-, \037élevé à la dignité de comte et à celle de sénateur du royaume lombard. Quand l’Institut italien se présentait au pa’ais, si Volta, par hasard, ne se trouvait pas sur les premiers rangs, les brusques questions Ou est Volta? serait-il malade? pourquoi n’est-il pas venu?» » montraient avec trop d’évidence, peut-être, qu’aux yeux du souverain les autres membres, malgré tout leur savoir, n’étaient que de simples satellites de l’inventeur de la pile. « Je ne saurais consentir, disait Napoléon en 1804, à la retraite de Volta. Si ses fonctions de professeur le fatiguent, il faut les réduire. Qu’il n’ait, si l’on \eut, qu’une leçon à faire par an; mais l’université de Pavie serait frappée au cœur le jour ou je permettrais qu’un nom aussi illustre disparût de la liste de ses membres; d’ailleurs, ajoutait-il, un bon général doit mourir au cliomp d’honneur. » Le bon général trouva l’argument irrésistible, et la jeunesse italienne, dont il était l’idole, put jouir encore quelques années de ses admirables leçons. \037Newton, durant sa carrière parlementaire, ne prit, dit-on, la parole qu’une seule fois, et ce fut pour inviter l’huissier de la chambre des commnnes à fermer mie fenêtre dont le courant d’air aurait pu enrhumer l’orateur qui discourait alors. Si les huissiers de L\ on, pendant la consulte italienne; si les huissiers du sénat, à Milan, t avaient été moins soigneux, peut-être que par bonté d’Ame, Voila, ne fût-ce qu’un moment, aurait vaincu son extrême réserve; mais l’occasion manqua, et l’illustre physicien sera inévitablement rangé dans la catégorie Je ces personnages qui, timides ou indifférents, traversent \037

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ALEXANDRE VOLTA. IVi \037pendant de longues révolutions les assemblées populaires les plus animées, sans émettre un avis, sans proférer un mil mot. \037On a dit que le bonheur, comme les corps matériel?, <e compose d’éléments insensibles. Si cette pensée de Franklin est juste, Volta fut heureux. Livré tout entier, malgré d’éminentes dignités politiques, aux travaux do cabinet, rien ne troubla sa tranquillité. Sous la loi de Solon on l’aurait même banni, car aucun des partis qui, pendant près d’un quart de siècle, agitèrent la Lombardie, ne put se vanter de le compter dans ses rangs. Le nom de l’illustre professeur ne reparaissait après la tempête, que comme une parure pour les autorités du jour. Dans l’intimité même, Volta avait la plus vive répugnance pour toute conversation relative aux affaires publiques il no se faisait aucun scrupule d’y couper court dès qu’il en trouvait l’occasion par un de ces jeux de mots qu’en Italie on appelle freddure, et en France calembour. Il faut croire qu’à cet égard une longue habitude ne rend pas infaillible, car plusieurs des freddure du grand physicien, qu’on n’a pas dédaigné de citer, sont loin d’être aussi irréprochables que ses expériences. \037Volta s’était marié en 179’|, h l’âge de quarante-neuf ans, avec mademoiselle Thérèse Peregrini. H en a eu trois fils deux lui ont survécu; l’autre mourut à dix-huit ans, nu moment où il faisait concevoir les plus brillantes espérances. Ce malheur est, je crois, le seul que no’rc philosophe ait éprouvé pendant sa longue carrière. Ses découvertes étaient sans doute trop brillantes pour n’avoir pas éveillé l’envie mais elle n’osa pas les attaquer, \037

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236 ALEXANDRE VOLTA. \037même sous son déguisement le plus habituel jamais elle n’cn contesta la nouveauté. \037Los discussions de priorité ont été de tout temps le supplice des inventeurs. La liaine, car c’est le sentiment qui ordinairement les fait naître, n’est pas difficile dans le choix des moyens d’attaque. Quand les preuves lui manquent, le sarcasme devient son arme de prédilection et elle, n’a que trop souvent le cruel avantage de le rendre incisif. On rapporte qu’llarvey, qui avait résisté avec constance aux nombreuses critiques dont sa découverte fut l’objet, perdit totalement courage lorsque certains adversaires, sous la forme d’une concession, déclareront qu’ils lut reconnaissaient le mérite d1 a coi r fait circuler la circulation ilu aaïuj. l’élicitons-nous, Messieurs, que Voila n’ait jamais essuyé de pareils débats; félicitons ses compatriotes de les lui avoir épargnés. L’école bolonaise crut longtemps sans doute à l’existence d’une électricité animale. D’honorables sentiments de nationalité, lui firent désirer que la découverte de Galvani restât entière; qu’elle ne rerlrât pas, comme cas particulier, dans les grands phénomènes de l’électricité voltaïque et toutefois, jamais elle ne parla de ces phénomènes qu’avec admiration; jamais une bouche italienne ne prononça le nom de l’inventeur de la pile sans l’accompagner & s témoignages les moins équivoques d’estime et de profond respect; sans t’unir a un mot bien expressif dans sa simplicité, bien doux surtout aux oreilles d’un citoyen jamais, depuis Hovérédo jusqu’à Messine, les gens instruits n’appelèrent le physicien de l’avic que uostro Voila. \037

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ALEXANDRE VOLTA. til \037J’ai dit de quclles dignités Napoléon le revêtit. Toutes les grandes académies de l’Europe t’avaient déjà appelé dans leur sein. Il était l’un des huit associés étrangère de la première classe de l’Institut. Tant d’honneurs n’éveillèrent jamais dans l’âme de Volta un mouveineit t d’orgueil. La petite ville de Corne fut constamment son si’jour favori. Les offres séduisantes et réitérées de la Russie ne purent le déterminer à échanger le beau ciel du Milancz contre les brumes de la Newa. \037Intelligence forte et rapide, idées grandes et justes, caractère affectueux et sincère, telles étaient les qualités dominantes de l’illustre professeur. L’ambition, la soif de l’or, l’esprit de rivalité, ne dictèrent aucune de ses actions. Chez lui l’amour de l’étude, c’est l’unicluc passion qu’il ait (prouve, resta pur de toute alliance mondaine. \037Volta avait une taille élevée, des traits nobles et réguliers comme ceux d’une statue antique, un front large que de laborieuses méditations avaient profondément sillonné, un regard où se peignaient également le calme de l’Ame et la pénétration de l’esprit. Ses manières conservèrent toujours quelques traces d’habitudes campagnardes contractées dans la jeunesse. Bien des personnes se rappellent avoir vu Volta à Paris, entrer journellement clicz les boulangers, et manger ensuite dans la rue en «  promenant les gros pains qu’il venait d’acheter, sans meïnc se douter qu’on pourrait en faire la remarque. On me pardonnera, je l’espère, tant de minutieuses particularités, l’ontenellc n’a-t-il pas raconté que Newton a\ait une épaisse chevelure, qu’il ne se servit jamais de \037

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?3ri ALEXAXDRËVOLTA. \0371 .& ~t~1 ,·i.~ \037lunettes, et qu’il ne perdit qu’une seule dent? D’uu.^i grands noms justifient et anoblissent les plus petits détails! 1 \037Lorsque Volta quitta définitivement, en 1819, la charge dont il était revêtu dans l’université du Tésin il se retira a Corne. A partir de cette époque, toutes ses relations avec le monde scientifique cessèrent. A peine recevait-il quelques-uns des nombreux voyageurs qui, attirés par sa grande renommée, allaient lui présenter leurs hommages. En 18*23, une légère attaque d’apoplexie amena de graves symptômes. Les prompts secours de la médecine parvinrent à les dissiper. Quatre ans après, en 1827, au commencement de mars, le vénérable vieillard fut atteint d’une fièvre qui, en peu do jours, anéantit le reste de ses forces. Le 5 de ce même mois, il s’éteignit sans douleur. Il était alors âgé de quatre-vingt-deux ans et quinze jours. \037Corne célébra les obsèques de Volta avec une grande pompe. Les professeurs et les élèves du lycée, les amis (\cs sciences, tous les habitants éclairés de la ville et des cm irons, s’empressèrent d’accompagner jusqu’à leur dernière demeure les restes mortels du savant illustre, du vertueux père de famille, du citoyen charitable. Le bc.iu monument qu’ils ont élevé à sa mémoire, près du pittoresque- village de Camnago, d’où la famille de Volta était originaire, témoigne d’une manière éclatante de la sincérité de leurs regrets. Au reste, l’Italie tout entière s’associa au deuil du Milanez. De ce côlé-ci des Alpes, l’impression fut beaucoup moins vive. Ceux qui ont paru .s’en élonner, avaient-ils remarqué que le même jour, \037

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ALEXANDRE VOLTA. 2J9 \037que presque à la même heure, la France avait perdu l’auteur de la Mécanique céleste? Volta, depuis six ans, n’existait plus que pour sa famille. Sa vive intelligence s’était presque éteinte. Les noms d’éïecfrophore de condensateur, le nom môme de la pile, n’avaient plus le privilège de faire battre son cœur! Laplace, au contraire, conserva jusqu’à son dernier jour cette ardeur, cette vivacité d’esprit, cet amour passionné pour les découvertes scientifiques, qui pendant plus d’un demi-siècle le rendirent l’âme de vos réunions. Lorsque la mort le surprit à l’Age de soixante-dix-huit ans, il publiait une suite au cinquième volume de son grand ouvrage. En réfléchissant à l’immensité d’une telle perte, on reconnaîtra, je ne saurais en douter, qu’il y a eu quelque injustice à reprocher à l’Académie d’avoir, au premier moment, concentré toutes ses pensées sur le coup funeste qui venait tic la frapper. Quant a moi, Messieurs, qui n’ai jamais pu me méprendre sur vos sentiments, toute ma craint o aujourd’hui est de n’avoir pas su faire ressortir au gri de vos désirs les immenses services rendus aux sciences par l’illustre professeur de l’avie. Je me (latte, en tout cas, qu’on ne l’imputera pas à un manque de conviclion. Dons cos moments de douce rêverie, où, passant en revue tous les travaux contemporains, chacun, suivant ses habitudes, ses goûts, la direction de son esprit, choisit avec tant de discernement celui de ces travaux <!<>nt il voudrait de préférence être l’auteur, la Mécanique céleste et la l’ile voltaïque venaient à la fois et toujours sur la même ligne s’offrir ma pensée! l’n académicien voué h l’élude des astres ne pourrait pas donner un \037

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2iO ALEXANDRE VOLTA. \037plus vif témoignage de l’admiration profonde <|ue lui ont toujours inspirée les immortelles découvertes de Volta. La place d’associé étranger, que la mort de Volta laissa vacante, a été remplie par le docteur Thomas Young. Les corps académiques sont heureux, Messieurs, luise m’en se recrutant, ils peuvent ainsi faire succéder le génie au génie. \037

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"&1" IV ,V, .IVI" ’J" ,loi l.-i. t6 \037THOMAS YOUNG \037MOGlUrillK LIE ES SÉANCE PlflLlQlE DE L ACAbl ’MIE lltS SIIKMl>, LE 26 NOVEMBRE 1832. \037Messieurs, la mort qui, sans relâche, éclaircit nos rangs semble diriger ses coups, avec une prédilection cruelle, contre la classe si peu nombreuse des associés étrangers. Dans un court espace de temps, l’Académie a vu disparaître de la liste de ses membres Ilerscliel, dont les idées hardies sur la composition de l’univers acquièrent chaque année plus de probabilité; Piazzi, qui, le premier jour de ce siècle, dota notre système solaire d’une nouvelle planète; Watt, qui fut, sinon l’inventeur de la machine à vapeur, car cet inventeur ctt un Français, du moins le créateur de tant d’admirables combinaisons, à l’aide desquelles le petit appareil de Papin est devenu le plus ingénieux, le plus utile, le plus puissant véhicule de l’industrie; Volta, que sa pile électrique conduira à l’immortalité; Davy, également célèbre par la décomposition des alcalis et par l’inappréciable lampe do sûreté des mineurs; Wollaston, que les Anglais appelaient le Pape, parce qu’il n’avait jamais failli ni dans \037

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îiï THOMAS YOUNG. \037t;es nombreuses expériences ni dans ses subtiles spéculations théoriques; Jenner, enfin, dont je puis me dispenser de qualifier la découverte devant des pères de famille. Payer à de si hautes illustrations le légitime tribut de regrets, d’admiration et de reconnaissance de tous les hommes voués à l’étude, est un des principaux devoirs imposés par l’Académie à ceux qu’elle investit du dangereux honneur de parler en son nom dans ces réunions solennelles. Acquitter cette dette sacrée dans le plus court délai passible ne semble pas une obligation moins impérieuse. En effet, Messieurs, l’académicien regnicole laisse toujours après lui, parmi les confrères que l’élection lui avait donnés, plusieurs confidents de ses plus secrètes pensées, de la filiation de ses découvertes, des vicissitudes qu’il a éprouvées. L’associé étranger, au contraire, réside loin de nous; rarement il s’assied dans cette enceinte; on ne sait rien de sa vie, de ses habitudes, de son caractère, si ce n’est par les récits de quelques voyageurs. Quand plusieurs années ont passé sur ces documents fugitifs, si vous en retrouvez encore des traces, re comptez plus sur leur exactitude les nouvelles littéraires, tant que la presse ne s’en est point saisie, sont une sorte de monnaie dont la circulation altère en même temps l’empreinte, le poids et le titre. \037Ces réflexions feront concevoir comment les noms des Ilcrschol, des Duvy, des Volta, ont dû être prononcés dans nos séances avant ceux de plusieurs académiciens célèbres que la mort a frappés au milieu de nous. Au surplus, d’ici à peu d’instants, je l’espère, personne ne pourra nier que Ic savant univers’ dont je vais raconter \037

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THOMAS YOUNG. 243 \037la vie et analyser les travaux, n’eût des droits réels à quelque préférence. \037NAISSANCE DE ÏOl’NG. – SON ENFANCE. -SES DÉBUTS SCIENTIFIQUES. \037Thomas Young naquit à Milvcrton, dans le comté do Somerset, le 13 juin 1773, de parents qui appartenaient à la secte des Quakers. Il passa ses premières années chez son grand-père maternel, M. Robert Davies, de Mineliead, que d’actives affaires commerciales, par une rare exception, n’avaient pas détourné de la culture des auteurs classiques. Young savait déjà lire couramment à l’Age de deux ans. Sa mémoire était vraiment extraordinaire. Dans les intervalles des longues séances qu’il faisait chez la maîtresse d’école du village voisin de Minehead, il avait appris par cœur, à quatre ans, un grand nombre d’auteurs anglais, et même divers poëmcs latins qu’il pouvait réciter d’un bout à l’autre, quoique alors il ne comprît pas cette langue. Le nom de Young, comme plusieurs autres noms célèbres déjà recueillis par les biographes, contribuera donc à nourrir les espérances ou les craintes de tant de bons pères de famille qui voient, dans quelques leçons récitées sans faute ou mal apprises, ici, les indices certains d’une éternelle médiocrité, là, le début infaillible d’une carrière glorieuse. Nous nous éloignerions étrangement de notre but si ces notices historiques devaient fortifier de tels préjugés. Aussi, sans vouloir affaiblir les émotions vives et pures qu’excitent chaque année les distributions de prix, nous rappellerons \037

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iil THOMAS YOUNG. \037îiiix uns, afin qu’ils ne s’abandonnent pas à des rêves que l’avenir pourra ne point réaliser, aux autres, dans la vue de les prémunir contre le découragement, que Pic de la Mirandole, le phénix des écoliers de tous les temps et de tous les pays, fut dans l’âge mûr un auteur insignifiant que Newton, cette puissante intelligence dont Voltaire a pu dire sans faire crier à l’exagération Confidents du Très-Haut, substances éternelles, \037Qui parez de vos feux, qui couvrez de vos ailes \037Le trône où votre maître est assis parmi vous, \037Pariez, du grand Newton n’étiez-vous point jaloux? 7 \037que le grand Newton, disons-nous, fit, en termes de collège, de tiès-inédiocres classes; que l’étude n’avait d’abord pour lui aucun attrait; que la première fois qu’il éprouva le besoin de travailler, ce fut pour conquérir la place d’un élève turbulent qui, assis, à cause de son rang, sur une banquette supérieure à la sienne, l’incommodait de ses coups de pied qu’à vingt-deux ans, il concourut pour un Fellowship de Cambridge, et fut vaincu par un certain Robert Uvedale, dont le nom, sans cette circonstance, serait aujourd’hui complètement oublié que Fontenelle, enfin, était plus ingénieux qu’exact, lorsqu’il appliquait à Newton ces paroles de Lucain « 11 t n’a pas été donné aux hommes de voir le Nil faible et « naissant. » \037A l’âge de six ans, Young entra chez un professeur de lîristol dont la médiocrité fut pour lui une bonne fortune. Ceci n’est point un paradoxe, Messieurs l’élève, ne pouvant se plier aux allures lentes et compassées du maître, \037

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THOMAS YOUNG. 245 \037devint son propre instituteur, et c’est ainsi que se développeront de brillantes qualités que trop de secours eussent certainement énervées. \037Young avait huit ans, lorsque le hasard, dont le rôle, dans les événements de la vie de tous les hommes, est plus considérable que leur vanité ne juge prudent de l’avouer, vint l’enlever à des études exclusivement littéraires et lui révéler sa vocation. Un arpenteur de beaucoup de mérite, à côté duquel il demeurait, le prit en grande affection. Il l’emmenait quelquefois sur le terrain, les jours de fête, et lui permettait de jouer avec ses instruments de géodésie et de physique. Les opérations à l’aide desquelles le jeune écolier voyait déterminer les distances et les élévations des objets inaccessibles, frappaient vivement son imagination; mais bientôt quelques chapitres d’un dictionnaire des mathématiques firent disparaître tout ce qu’elles semblaient avoir de mystérieux. A partir de ce moment, dans les promenades du dimanche, le quart de cercle remplaça le cerf-volant. Le soir, par voie de délassement, l’apprenti ingénieur calculait les hauteurs mesurées dans la matinée. \037De neuf ans à quatorze, Young demeura à Compton, dans le comté de Dorset, chez un professeur Thomson, dont la mémoire lui fut toujours chère. Pendant ces cinq iiiinéVs, tous les élèves de la pension s’occupèrent exclusivement, suivant les habitudes des écoles anglaises, d’une étude minutieuse des principaux écrivains de la Crècc et de Rome. Young se maintint sans cesse au preinifT rang de sa classe, et cependant il apprit, dans le inf-mo intervalle, le français, l’italien, l’hébreu, le persan \037